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Apollinaire : Feu et Renaissance

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En complément de la vidéo envoyée.

Le Brasier Le poème Le Brasier est extrait du recueil Alcools, de Guillaume


Apollinaire.

     Le Brasier est le premier poème d'une suite de trois poèmes de Apollinaire


parue en mai 1908 sous le titre initial "Le Pyrée" (nom de l'autel du feu, chez les
Perses), qui deviendra "Le Brasier" dans la version définitive.

     Ce premier poème de Guillaume Apollinaire est le plus classique dans sa


structure : cinq quintils d'octosyllabes. Le Brasier marque une étape dans l'évolution
personnelle du poète.

(suivre le mouvement des strophespour le découpage)

Première strophe - Le rejet du passé

Le héros (le poète) porte en lui-même le feu, où il jette son passé. Le verbe
jeter apparaît dès le premier vers, ce qui montre l'importance de ce rejet du passé.

« noble feu » : une noblesse due à sa fonction purificatrice ; adoration mystique : le
feu est un dieu qui permet la divinisation de soi-même et de la poésie.

Jeux de mots sur les différents sens de « feu » : le feu concret (vers 1) ;
l'ardeur (vers 3) ; la mort (l'absence de ponctuation permet de lire « feu ce passé »).

Le poète renie le passé, le rejette entièrement et définitivement : amorce


d'un changement chez le poète qui ne pouvait parvenir à se débarrasser de ses
souvenirs.

Le passé équivaut à la mort, tandis que le feu est source de vie ; d'où l'image des
têtes coupées amorcée au vers 4.

Dernier vers de la strophe : le poète annihile sa volonté et se soumet au


feu. Personnification de la « flamme » à qui Apollinaire confère une volonté « ce que
tu veux ».

Deuxième strophe - Dimension cosmique

Dimension cosmique de la strophe : l'univers tout entier participe à ce


mouvement de purification du poète (« des étoiles »).

Violence des images, pour traduire l'exubérance de la vie : « galop soudain », amour
sauvage au sein de la nature : mouvement intense, sonorités abondantes (sens des
mots ; allitérations en nasales du vers 8 ; assonances en [a] et [é] : sons
traînants) ; taille gigantesque (les « centaures » - ce sont des créatures mi-homme,
mi-cheval de la mythologie grecque).

Indifférence au futur (vers 7) : faire table rase du passé pour vivre l'instant
présent et non se projeter dans l'avenir.

Troisième strophe - La nostalgie du passé et la renaissance

Une tonalité nouvelle, celle du regret, à la manière de Villon (« les neiges


d'antan ») : malgré la volonté du poète, le cœur garde la nostalgie du passé.

Regret de l'amour (les « têtes »), de sa foi chrétienne (vers 12) ; thème de l'amour
faux et de l'amour mort, déjà présent dans la « Chanson ». Mais ce thème
s'interrompt aussitôt : le feu dévore les anciennes passions : mort et
renaissance.

L'image du Phénix est sous-jacente (un feu qui brûle mais permet de
renaître) ; la dimension cosmique de la strophe précédente est conservée avec le
terme « soleil » (un feu à l'échelle cosmique). Au contact de ce feu solaire, l'âme
se purifie et redevient elle-même, elle renaît (loin de l'artifice, symbolisé par les
vêtements).

Quatrième strophe - Rejet des amours passés

Nouvelle image du feu : c'est la végétation luxuriante qui devient elle aussi feu. Le
feu s'étend  : « Dans la plaine ».

La symbolique des fruits était déjà exploitée dans « Le Printemps » (les cœurs des
filles en mal d'amour étaient suspendus parmi les citrons). Ici : transposition de ce
thème : les cœurs désaffectés sont eux-mêmes les fruits des arbres (« Nos cœurs
pendent aux citronniers »). Le fruit est un symbole de naissance, de beauté.

Au vers 18, image morbide qui met mal à l'aise le lecteur : « Les têtes coupées qui
m'acclament ».

Autres thèmes entrecroisés dans cette strophe : la mort (« têtes coupées »)


(cf. Zone) ; l'impureté de la femme (avec le thème du sang, les femmes
apparaissent comme des êtres impurs car elles sont souillées par le sang) : des
femmes sans valeur, qu'il aurait prises pour des soleils ; violence de l'image qui
symbolise une rupture définitive avec le passé. Apollinaire associe la femme à la
douleur (« saigné [...] femmes »), comme si ses amours passés l'avait fait
souffrir.
Cinquième strophe - L'alliance des éléments fondamentaux

Apostrophe au feu (tutoiement des vers 22 et 24). Nouvel entrelacement de


thèmes, par l'intermédiaire du fleuve, celui du feu et celui de la ville, ainsi que celui
de la poésie.

Variations de lumière au fur et à mesure que le fleuve traverse la ville : la flamme


prend donc toutes les teintes possibles. Mariage apparemment impossible entre deux
des éléments primitifs, l'eau et le feu, ce qui permet un éloge de la modernité (par
l'intermédiaire de la ville).

Reprise de thèmes mythologiques, celui d'Orphée capable d'émouvoir même les


rochers et les arbres (dernier vers : oxymore « les pierres agiles » : prêtes à se
mouvoir). Présence également du thème du poète-musicien démiurge, Amphion, qui
créa les murs de Thèbes avec des mœllons assemblés aux accents de sa lyre. Les 3
deniers vers évoquent la reconstruction (« Amphion », « pierres » qui évoquent
la construction).

Le feu a perdu de son pouvoir avec l'appartition dans cette fin de poème de
l'élément eau. Au vers 22, le feu est fixé, donc immobilisé. Au vers 24 (« Tu subis
tous les tons charmants »), l'allitération en [t] montre comme un martèlement qui
écrase le feu. Les éléments se rééquilibrent pour cette renaissance.

Le poème se conclut donc par l'image dominante de la renaissance, de la


reconstruction et de l'alliance des éléments fondamentaux de la vie, une
fois rejeté définitivement le passé, symbole de mort.

   CCL   D'après Apollinaire, Le Brasier est un de ses meilleurs poèmes, avec «


Fiançailles « 

      Un intermédiaire entre « Zone » et « Vendémiaire » : « Zone » symbolise plutôt


une descente aux Enfers ; c'est parce qu'il rencontre le feu purificateur du
« Brasier » qu'il peut remonter à la lumière, jusqu'au chant triomphal de
« Vendémiaire ».

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