ADEM Rapport As 0712
ADEM Rapport As 0712
Décembre 2021
SOMMAIRE
EDITO Page 3
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EDITO
Avec 150 000 emplois directs et indirects, plus de 5000 entreprises, un leadership international affirmé,
un taux d’export excédant 75% de sa production, l’excellence de ses structures sportives, la vitalité de son
innovation, le nautisme français est un atout pour l’économie bleue de notre pays.
L’ensemble des plans d’eau français, hexagonaux comme ultra marins, en pleine mer comme aux abords
de nos littoraux, sur nos lacs, nos rivières accueillent, partout où l’eau le permet, près de 15 millions de
pratiquants annuels. L’économie des nombreux territoires, qui disposent de cet atout, en bénéficie. La
plaisance comme l’ensemble des activités de loisirs nautiques est, pour le plus grand nombre de nos
concitoyens, en même temps qu’un plaisir, le lieu de rencontre et de découverte du milieu naturel.
Cette France nautique concilie donc à la fois enjeux économiques, environnementaux, touristiques,
sociaux, culturels, et d’aménagement. Ce rapport ne permettra pas (évidemment) de les aborder tous.
Nous avons fait le choix, pour répondre à la commande de la Ministre de la Mer de rassembler nos
réflexions autour de 7 grands thèmes : la transition écologique de la filière, l’innovation, la formation,
l’emploi et les qualifications, la simplification de la vie des professionnels du nautisme, la modernisation
de l’offre touristique nautique, le renforcement de la sécurité de la pratique et enfin, les outre-mer.
En quelques semaines, près de 130 auditions ont été menées. Nous tenions à remercier l’ensemble des
participants, mais aussi nous excuser pour celles et ceux que nous n’avons pu entendre, faute de temps.
Comme convenu avec la Ministre, il permet d’abord de jeter les fondements de propositions avec effet
immédiat et d’autres qui entraineront des décisions à moyen terme et placent l’évolution de la filière dans
une vision stratégique à 2030. S’il s’adresse en premier lieu à l’Etat, il sera ensuite également poursuivi et
enrichi à travers les instances privées, au premier plan desquelles, figure la Confédération du Nautisme et
de la Plaisance (CNP) qui regroupe toutes les familles représentatives du nautisme.
Les attentes en matière de simplification, de modernisation, d’accompagnement, etc. sont fortes mais
elles ne concernent pas exclusivement la puissance publique. Les acteurs de la filière nautique souhaitent
et entendent faire preuve de responsabilité. Tout au long des entretiens qui ont permis de composer ce
rapport, nous avons perçu qu’elle était une valeur profondément et unanimement partagée. Mais la
communauté nautique ressent aussi le besoin de renouveler un dialogue avec l’ensemble des acteurs
publics en commençant par l’Etat, afin d’être mieux accompagnée, entendue et écoutée. Elle souhaite,
collectivement, la simplification de certaines normes, prévenir les crises plutôt que d’en subir les
conséquences ou voir les travaux engagés depuis longtemps, aboutir enfin.
Nous espérons modestement que ce travail trouvera son utilité dans ce concert et participera
concrètement et rapidement aux transitions organisant l’avenir du nautisme et de la plaisance.
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I. ACCOMPAGNER LA FILIERE NAUTISME ET PLAISANCE
DANS SA TRANSITION ECOLOGIQUE
Au cours des différentes auditions, la mission a noté que ces questions de transition
écologique se sont imposées aujourd’hui comme fil conducteur et leitmotiv. Chaque secteur
est concerné, que l’on évoque la décarbonation des modes de propulsion, les infrastructures
ou l’apprentissage/la sensibilisation… Ce dernier sujet revêt un caractère particulier. Il est au
carrefour des relations public-privé. Il appelle des démarches de simplification, d’impulsion
collective au bénéfice d’une nouvelle génération qui souhaite, plus que jamais, allier plaisir
d’être sur l’eau et respect du milieu.
Dans la perspective de la transition écologique de la filière, l’un des enjeux principaux réside
dans la fin de vie des navires de plaisance. C’est un sujet sur lequel la prise de conscience et
l’engagement des entreprises du secteur sont anciens et font figure d’exception au niveau
européen.
Celle-ci est née en 2015 dans la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte
qui a créé une responsabilité élargie des producteurs pour les navires de plaisance. Afin de la
mettre en œuvre, l’APER s’est transformée afin de devenir l’éco-organisme en charge de la
filière REP. C’est chose depuis mars 2019, date à laquelle l’Etat a agréé l’APER.
1Le terme navire est systématique utilisé dans ce rapport plutôt que « bateau de plaisance » car il s’agit de la
qualification juridique appropriée, retenue par les affaires maritimes.
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En moins de deux ans et demi d’activité
opérationnelle, la filière REP a permis la
déconstruction de 3500 navires, dans l’un des 26
centres de déconstruction agréés par l’APER (25 en
métropole et 1 en Martinique).
S’agissant du financement de la filière, celui-ci repose sur un mode original puisqu’il est basé
d’une part sur les écocontributions payées par les metteurs sur le marché sur chaque bateau
neuf vendu en France (producteurs et importateurs de navires et de plaisance), et d’autre part
sur la fiscalité acquittée par les plaisanciers. Une quote-part du Droit Annuel de Francisation
et de Navigation (DAFN) est en effet affectée par l’Etat à la filière REP (article 224 du code des
douanes). Il s’agit d’un soutien pour assurer le financement de la déconstruction de l’important
stock historique des navires de plaisance. Les écocontributions, qui ont augmenté
significativement (+87% entre les barèmes 2019 et 2022 – voir annexe 1), représentent la
première source de financement de la filière. S’agissant du DAFN, la quote-part est
actuellement fixée par la loi à 3%, ramenée à 2%, en cas de non-réalisation des objectifs
déterminés par le cahier des charges de la filière.
L’APER poursuit par ailleurs ses efforts pour amplifier la montée en puissance de la filière et le
nombre de navires pris en charge. Tout d’abord, des opérations spéciales sont déployées
notamment avec la Fédération Française de Voile et ses clubs. Elles ont permis de collecter et
déconstruire 367 navires en 2020 et plus de 700 en 2021. Elles vont se poursuivre et s’amplifier
les prochaines années. L’APER développe aussi son accompagnement directement auprès des
collectivités territoriales afin de les aider à se débarrasser des épaves abandonnées sur leurs
territoires (cf 3. ci-dessous). Un accord cadre de 5 ans a également été signé entre l’APER et
l’Office français de la biodiversité (OFB) pour coordonner les moyens en vue de la collecte et
du traitement des navires abandonnés sur les aires marines protégées (Natura 2000).
Afin d’inciter les propriétaires de navires en fin de vie à s’en débarrasser, une communication
importante a été menée auprès de ceux-ci, notamment à travers une campagne média et des
kits de communication, qui ont été adressés aux professionnels, aux collectivités et aux ports
de plaisance.
Malgré ces efforts et un premier bilan positif, les demandes de déconstruction sont aujourd’hui
très inférieures aux estimations qui avaient été réalisées par l’ADEME dans le cadre de la
préfiguration de la filière qui s’élevaient à 20 à 25 000 déconstructions en cinq ans. Aujourd’hui,
parmi les navires traités par l’APER, la moitié seulement provient de propriétaires plaisanciers.
Cela s’explique par plusieurs facteurs mais notamment par la surestimation initiale des navires
dont leurs propriétaires sont prêts à se débarrasser et l’existence de freins administratifs
retardant l’activité (cf 2. ci-dessous ), pour lesquels la mission formule des propositions.
Dans ce contexte, un nouvel élément est aussi sur le point d’impacter fortement l’activité de la
filière. Il s’agit de l’obligation pour les éco-organismes, instaurée par la loi relative à la lutte
contre le gaspillage et à l'économie circulaire (dite loi AGEC), de prendre en charge les coûts
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de collecte des déchets relevant de leur filière à compter de 2023. Si cette nouvelle obligation,
qui n’était pas prévue dans le cahier des charges de la filière, va sans doute permettre de
déconstruire plus de navires, elle modifie considérablement ses conditions d’équilibre
économique (annexe 2). En effet, les navires sont des biens de grande taille pour lesquels le
coût de transport est très élevé et même bien souvent supérieur au coût de sa déconstruction.
A titre d’exemple, le coût moyen de transport d’un monocoque de 6 mètres s’élève entre 450
et 600 euros alors que sa déconstruction coûte 400 euros. Pour un multicoque de 12 mètres,
c’est entre 3000 et 4500 euros pour le transport et 2000 euros pour la déconstruction…
Aussi, alors que l’agrément de l’éco-organisme arrivera à échéance fin 2023, il est nécessaire
d’éclairer en amont et le plus complétement possible les enjeux, notamment financiers, de
cette nouvelle étape pour la filière REP.
L’ampleur des besoins de financement dès 2023, en lien avec cette nouvelle obligation non
prévue initialement (annexe 2) montrent la nécessité d’un nouveau « pacte » budgétaire entre
l’Etat et la filière REP afin de préserver l’équilibre financier du dispositif.
La mission préconise donc que le soutien financier de l’Etat soit porté dès 2023, à une quote-
part de 5% du DAFN, soit environ 2,4 millions d’euros.
Cette taxe dont s’acquittent les plaisanciers génère environ 45 millions d’euros de recettes
(celles-ci augmentent légèrement chaque année mécaniquement depuis la suppression de
l’abattement vétusté). Les ressources du Conservatoire du littoral, qui bénéficie d’une
affectation dans la limite d’un plafond fixé à 38,5 millions d’euros, ne seraient donc pas
impactées par cette augmentation de la quote-part affectée à la filière REP. L’Etat renforcerait
aussi par ce biais la vocation de cette taxe sur la plaisance à financer la transition écologique
de celle-ci.
La mission rappelle enfin à cette occasion qu’il s’agit d’une filière unique au monde et que les
metteurs sur le marché des autres pays ne sont pas soumis à de telles obligations. C’est
d’ailleurs un sujet qui pourrait être utilement porté au niveau européen par le gouvernement
français.
Afin d’amplifier et accélérer le traitement des navires de plaisance en fin de vie, il est par
ailleurs nécessaire de lever certains freins administratifs. Le principal d’entre eux concerne
l’agrément des centres de déconstruction dont la complexité ralentit la couverture territoriale.
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b. Accélérer l’agrément des centres afin de doubler la couverture territoriale des
centres de déconstruction en 2022
Ainsi, les centres spécialisés dans la gestion et le traitement des déchets qui souhaitent être
habilités par l’éco-organisme en charge de la filière REP à déconstruire des navires, doivent au
préalable obtenir le classement ICPE mentionné ci-dessus, même s’ils ont déjà une activité de
déconstruction et traitement de véhicules et sont donc d’ores et déjà classés ICPE 2712-1
(Véhicules Hors d’Usage) ou ICPE 2712-2 (autres véhicules).
Cette nouvelle exigence est complexe pour les centres de déconstruction. Les délais
d’instruction des DREAL étant très longs (entre 6 et 18 mois), l’entrée en activité d’un nombre
important d’entre eux, qui répondent pourtant au cahier des charges technique de la filière, est
retardée considérablement par cette contrainte administrative (annexe 3).
Pour ces sites, la déconstruction des navires de plaisance représente en outre une activité
complémentaire, marginale en termes de chiffre d’affaires (moins de 0,2%) ce qui décourage
certains à se positionner sur cette filière.
Aussi, il est proposé de permettre aux entreprises bénéficiant déjà d’une ICPE 2712-1 (VHU)
ou 2712-2 (Autres véhicules) et candidates à l’ICPE 2712-3 (Navires) de faire une simple
déclaration à leur DREAL sans être contraintes de passer par le montage d’un dossier de
demande d’autorisation.
C’est d’autant plus justifié que ces risques sont déjà pris en
compte et instruits dans le cadre des demandes
d'autorisation au titre des rubriques 2712-1 et 2712-2. Imposer une demande d’enregistrement
pour la déconstruction de navires de plaisance pour des sites disposant déjà des autorisations
au titre des rubriques précitées n'apporte aucune plus-value, engendre des surcoûts pour les
demandeurs hors de proportion au regard du caractère accessoire de cette activité et créé une
surcharge pour les services de l'Etat chargés d'instruire ces demandes, tout en ralentissant la
couverture territoriale des sites de déconstruction pour les navires de plaisance.
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Enfin, un nombre significatif de navires étant dépourvus de motorisation et de réservoir de
carburant (petits dériveurs et catamaran de sport, annexes et barques...), une rubrique
spécifique pourrait aussi être ajoutée sous le régime de la déclaration pour des sites dont
l’activité serait limitée au traitement des navires de plaisance non motorisés.
Enfin, le dernier enjeu lié à la fin de vie des navires concerne les épaves et navires abandonnés.
De trop nombreux navires hors d’usage jonchent aujourd’hui les ports de plaisance, le littoral
français, en métropole comme en outre-mer, mais aussi les rivages des cours d’eau et rivières.
Abandonnés à la suite d’un accident, d’une tempête ou tout simplement en raison de leur
ancienneté et de leur absence de valeur marchande, ils sont une pollution visuelle mais aussi
bien souvent une dégradation pour le milieu dans lequel il se trouve.
Des outils juridiques existent pour permettre aux autorités compétentes de les traiter (prévus
par le code des transports pour les épaves et navires abandonnés sur le domaine public
maritime et par le code civil pour ceux hors domaine public maritime). Ils ont déjà été utilisés
à plusieurs reprises à l’occasion d’opérations de retrait et déconstruction d’épaves menées en
lien avec l’APER.
En effet, ces épaves, à compter de leur arrivée dans un centre de déconstruction agréé par
l’éco-organisme, ont vocation à être prises en charge gratuitement par la filière REP plaisance,
qui s’assure ensuite de leur dépollution et leur déconstruction, dans un site dédié, dans le
respect de l’environnement et de réglementation.
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Liste des principales opérations de traitement d’épaves d’ores et déjà menées par l’APER en
lien avec des collectivités et services de l’Etat
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La mission salue ce premier bilan qui révèle que les solutions, juridiques et opérationnelles
existent bien pour traiter les navires hors d’usage.
Pour autant, la mission a identifié deux freins majeurs au traitement des épaves et navires
abandonnés : la longueur des procédures administratives conduisant à la déchéance des
droits du propriétaire et l'absence de dotation budgétaire pour procéder aux enlèvements des
épaves.
En effet, si les services de l'Etat, dans leur très grande majorité, connaissent les dispositions
du code général des transports permettant le traitement des épaves et navires abandonnés,
ils regrettent la lourdeur des procédures permettant la déchéance des droits du propriétaire.
Les collectivités, elles, ne sont pas toujours bien informées des outils à leur disposition.
Aussi, la mission propose plusieurs mesures afin de débarrasser progressivement nos ports,
nos littoraux et nos rivages, des épaves et navires abandonnés qui les encombrent.
Établir une cartographie régulièrement mise à jour des épaves et navires à l’abandon
Le Secrétariat général de la mer a entamé un travail de recensement des épaves.
Celui-ci doit être finalisé et mis à jour avec une estimation du coût d'enlèvement pour
chacune d'entre elles.
Le traitement des épaves et navires abandonnés est encadré pour le domaine public maritime
par les articles L5141-1 à L5142-8 du code des transports, pour le domaine fluvial par l’article
L1127-3 du CG3P, pour le domaine privé (navires abandonnés chez des professionnels) par la
loi du 31 décembre 1903 relative à la vente de certains objets abandonnés.
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Afin de renforcer encore les moyens d’actions des autorités concernées, la mission suggère
aussi les modifications législatives et réglementaires suivantes :
de limiter les délais de recherche du propriétaire à trois mois après avis rendu
public afin de prononcer la déchéance des droits du propriétaire ;
La mission a également étudié la piste d’un renforcement du rôle des assureurs dans le
financement des opérations de traitement des épaves. Celle-ci ne s’est pas révélée probante.
En effet, les compagnies d’assurances prennent fréquemment en charge le coût des
opérations de retirement ou de renflouement des navires assurés mais les épaves et navires
abandonnés dont il est question ici ne le sont que très rarement. Une clause d’enlèvement
obligatoire pour tous les navires est difficilement envisageable car elle entrainerait une hausse
importante des primes qui serait supportée par les propriétaires de navires récents ou bien
entretenus, qui sont généralement les seuls à avoir aujourd’hui une assurance.
Enfin, afin de contrôler la dépense publique engagée par la création d’épaves volontaires, une
action de mobilisation des gestionnaires des mouillages et des collectivités publiques pour
surveiller leurs zones est recommandée.
En raison des épisodes cycloniques fréquents le sujet des épaves est particulièrement
prégnant au sein de certains territoires ultra marins.
Au-delà, la mission observe que deux facteurs déterminent l’avancement du traitement des
épaves en outre-mer.
D’une part, la capacité d’animer la volonté publique locale. Celle-ci est multiforme (collectivités
territoriales, établissements publics, acteurs de l’environnement, professionnels du déchet…).
La mission estime important de replacer l’Etat au cœur de l’enjeu, dont la première démarche
est d’opérer, avant tout, un recensement des épaves et navires abandonnés.
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D’autre part, l’appréciation et la mobilisation des contraintes financières pour les opérations
de mise à sec et d’acheminement, qui peuvent s’avérer onéreuses. Le recensement des épaves
et navires abandonnés doit permettre d’appréhender les budgets à mobiliser. Enfin, la mission
relève que la négociation que mène l’APER avec les centres de traitement des déchets est
rendue plus difficile compte tenu de la taille des territoires. Parfois il n’existe qu’un seul
opérateur, lui conférant une position dominante.
Dans ce contexte, la Martinique fait figure de modèle. La politique volontariste locale a permis
au Conservatoire du littoral d’une part de procéder à l’enlèvement de 24 épaves depuis 2019
et à la Direction de la Mer de réaliser un recensement précis du nombre de navires concernés
(155 en tout). Des crédits ont été mobilisés dans le cadre du plan de relance (370 000 euros)
et par l’OFB (355 000 euros via le parc naturel marin).
A l’inverse des autres territoires de la zone, cette situation a permis de structurer la filière de
déconstruction en Martinique puisqu’un centre de traitement y est agréé par l’APER et que la
déconstruction des navires, une fois enlevés et arrivés à ce centre, est prise en charge par la
filière REP. En Guadeloupe, où l’APER pourrait théoriquement exercer la gestion de la fin de vie
des navires aux termes de son cahier des charges, il n’y pas eu de recensement et il n’y a pas
de centre de déconstruction agréé à ce jour. Deux centres sont candidats à l’appel d’offres
actuellement mené par l’APER et pourraient permettre, s’ils remplissaient les conditions
tarifaires et de sécurité exigées, de faire progresser la situation localement.
Enfin, s’agissant de Saint-Martin, quatre ans après le passage de l’ouragan IRMA, 140 épaves
sont toujours en attente de prise en charge dont 122 dans le lagon. Après l’annulation d’un
premier marché, la collectivité a lancé courant 2021 un nouvel appel d’offres. La candidature
d’un centre de traitement est actuellement à l’étude pour 2022.
S’agissant des autres territoires hors Antilles, un centre est agréé en Guyane et des
candidatures sont à l’étude à la Réunion. Mayotte et Saint-Pierre-et-Miquelon sont aussi dans
le champ d’agrément de l’APER mais la filière n’y est pas encore déployée.
Au-delà de ces enjeux prioritaires liés à la fin de vie des navires, se pose aussi la problématique
de l’évaluation précise de l’impact des navires de plaisance sur le milieu naturel que ce soit
dans leur phase de production mais aussi celle de leur usage, particulièrement long pour ce
type de produits, et pour laquelle il n’existe pas de données consolidées aujourd’hui. Elles sont
pourtant un préalable indispensable à l’identification des principaux axes d’amélioration.
Il existe de nombreux outils généralistes pour mener des analyses de cycle de vie des produits.
On peut citer notamment Simapro, Gabi, Ecodesign studio, ou encore BilanProduit l’outil
simplifié et gratuit de l’ADEME. Certains outils ont été développés ou sont en cours de
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développement pour des produits plus spécifiques, par exemple Ecocalculator un logiciel
développé par la fédération européenne du composite ou encore le projet MarineShift 360 pour
le secteur maritime. Ce sont d’excellentes initiatives qui reposent toutefois sur des bases de
données généralistes (Simapro notamment).
S’agissant des navires de plaisance plus particulièrement, il s’agit d’un ensemble de biens qui
n’est pas homogène. Ce sont des produits complexes et divers en termes de taille, de
matériaux, d’usage, d’équipements, … ce qui rend d’autant plus difficile l’analyse de leur impact
environnemental.
Si quelques entreprises de la filière ont mené individuellement des ACV, aucune démarche
collective n’a pu encore voir le jour. Deux raisons principales expliquent cela. Cela tient d’une
part au fait qu’il n’existe pas de méthode commune pour conduire ce type d’analyse sur des
navires de plaisance, ce qui a pour conséquence que deux ACV de produits pourtant similaires
aboutissent à des résultats substantiellement différents. Les entreprises sont donc réticentes
à partager les résultats…
Aujourd’hui, la filière ne dispose donc pas de données objectives suffisantes et partagées sur
son empreinte environnementale.
Pourtant, appréhender de façon plus précise les impacts d’un bateau de plaisance tout au long
de sa vie permettrait d’identifier plus spécifiquement les axes de progrès accessibles et
efficaces à court terme et les travaux de R&D pertinents à mener à moyen terme.
Aussi, afin d’impulser cette dynamique, plusieurs actions pourraient être menées sous
l’égide de l’ADEME :
Une démarche de ce type a d’ores été menée par l’ADEME pour et avec le secteur du
bâtiment et pourrait être utilement reproduite pour le secteur nautique.
A plus long terme, l’objectif serait de nourrir et consolider une base de données « open
source » propre au secteur de la plaisance (à l’instar du secteur du bâtiment) et
couvrant l’ensemble des composants d’un bateau, à l’échelle française voire
européenne.
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B. LA DECARBONATION – HORIZON 2050
Comme tous les autres secteurs industriels français, l’industrie nautique poursuit un objectif
de décarbonation de ses activités. C’est le second volet de la transition écologique de la filière.
Dans cette perspective, il faut toutefois avoir à l’esprit un certain nombre de préalables.
D’abord le fait que les constructeurs français sont des concepteurs-assembleurs ; dans
l’amélioration de la performance environnementale de leurs produits, ils dépendent pour une
part importante de leurs fournisseurs (secteur de la chimie pour les coques notamment ou
des motoristes pour la propulsion).
Par ailleurs, il faut rappeler que le marché de la plaisance est mondial et que l’Amérique du
Nord représente 55% de son activité, notamment pour les navires à moteur. Les constructeurs
qui développent des produits mondiaux sont obligés de tenir compte de l’appétence que
conservent les Américains pour des moteurs traditionnels. Le dernier salon nautique qui s’est
tenu à Fort Lauderdale à l’automne 2021 est symptomatique de ce point de vue : le groupe
américain Brunswick y a présenté un moteur hors-bord de 600 CV…
En France et plus largement en Europe, les attentes des clients évoluent en partie vers une
navigation plus douce, moins bruyante, une maitrise de la consommation et non vers la
puissance maximale. Comme dans d’autres secteurs, la tendance est également au
développement de la copropriété, de l’usage partagé et de la location. Ces évolutions
impactent directement la consommation de carburant et donc les émissions, et poussent les
industriels à s’organiser, à s’adapter pour y répondre.
Il faut aussi tenir compte du fait que les navires de plaisance sont des biens dont la durée de
vie est particulièrement longue. Aussi, si l’on considère l’ensemble du cycle de vie d’un bateau,
la part de l’impact environnemental liée à l’usage du bateau est plus importante que celle liée
à sa production. 2
La décarbonation de la filière nautique repose ainsi en grande partie sur les progrès en matière
de propulsion.
2 BOATCYCLE - Management, recycling and recovery of wastes of recreational boat scrapping / LIFE08
ENV/E/000158[Link]
j_id=3455#PD
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Enfin, le dernier élément à prendre en considération est celui du poids relatif de l’industrie
nautique dans la pollution marine. En effet, si les émissions sont réelles et qu’il faut
absolument les réduire, il n’en demeure pas moins que la plaisance est à l’origine de seulement
0,4 % du total des émissions de CO2 du secteur européen des transports et de 0,1% des
émissions de l’ensemble des secteurs économiques de l’UE 3.
Cela étant dit, ces éléments de perspective n’exonèrent pas les producteurs de navires de
plaisance. Ils ont d’ailleurs engagé des efforts ces dernières années, que la mission appelle à
poursuivre.
1. Poursuivre les efforts engagés par les entreprises pour réduire leur impact
La filière industrielle est composée, rappelons-le, d’une très grande majorité de petits chantiers
qui ne produisent que quelques unités par an et d’une poignée de grands chantiers. A leur
échelle, ils s’attachent en effet depuis plusieurs années à réduire les émissions liées à la
production des navires. Cela passe par divers procédés comme l’utilisation de résines à faible
teneur en styrène, le développement de techniques de fabrication innovantes et beaucoup
moins émettrices (infusion et injection), ou encore l’usage de produits de substitution en base
aqueuse, etc.
Leurs défis restent importants et ils le sont d’autant plus que la pression de la société civile et
des pouvoirs publics, européens comme nationaux, pour faire progresser la performance
environnementale et diminuer l’impact des produits, quels qu’ils soient, sont de plus en plus
fortes (loi climat, Green Deal européen, économie circulaire, etc.).
De nombreuses évolutions technologiques ces dernières années ont ainsi contribué à réduire
significativement les émissions liées à l’usage du bateau : le design des hélices, la gestion
électronique de l’alimentation en carburant notamment mais aussi le passage du deux temps
au quatre temps pour les moteurs hors-bord essence.
Un autre exemple d’innovation permettant un gain d’énergie considérable, celle de Volvo Penta.
En 2004, cette société a mis sur le marché une nouvelle embase de propulsion (le système de
propulsion d’un bateau est composé d’un moteur mais aussi d’une transmission -embase- qui
établit la liaison depuis le moteur jusqu’à l’hélice), appelée IPS et destinée aux navires à moteur
de 12 mètres et plus, permettant de réduire les pertes d’énergie de 30% et la consommation
de carburant d’autant.
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Au-delà du système de propulsion, d’autres innovations importantes ont permis de réduire la
consommation de carburant. A l’image de l’aérodynamisme des voitures, le rendement des
coques des navires représente l’un des principaux vecteurs d’innovation des constructeurs de
navires de plaisance. Trois exemples ci-dessous illustrent bien les avancées du secteur.
En 2003, Bénéteau a lancé une nouvelle génération de coque (AIRstep) destinée aux navires à
moteur. En créant un coussin d’air entre le fond de la coque et l’eau, la puissance de propulsion
nécessaire au bateau est réduite de 15 à 20% et la consommation de carburant
significativement revue à la baisse. Cette technologie inspirée du biomimétisme a été
déployée sur des milliers de navires depuis lors.
Le foil est également une innovation majeure de ces dernières années qui permet une
réduction de la consommation de carburant substantielle et un bénéfice conséquent sur le
plan des émissions de gaz à effet de serre.
Les efforts pour réduire les émissions de CO2, notamment liées aux moteurs thermiques,
doivent se poursuivre. Les marges de progrès sont encore importantes et elles le sont d’autant
plus que les modes de propulsion alternatifs restent encore marginaux.
S’agissant de la propulsion électrique notamment, elle représente aujourd’hui une part infime
de la motorisation des navires du marché français, sachant qu’environ 80% des navires de
plaisance sur celui-ci sont des navires à moteur contre 20% de navires à voile (cette proportion
est plutôt de 90/10 dans les autres pays).
La technologie arrive pourtant à maturité et l’évolution vers le moteur électrique peut être
encouragée, notamment pour certains types d’usages pour lesquels elle est particulièrement
adaptée (par exemple pour les annexes et navires de servitude portuaire).
Cela pourrait passer par des dispositifs incitatifs comme un bonus écologique similaire à celui
qui existe dans l’automobile. Toutefois, une telle mesure semble aujourd’hui prématurée. En
effet, les infrastructures d’accueil des navires de plaisance ou d’autres engins motorisés, que
ce soit dans le domaine fluvial, maritime ou en eaux intérieures, ne sont pas encore
suffisamment équipées pour fournir et distribuer de l’électricité sur l’ensemble du littoral. Cette
évolution induit d’importants besoins de financement auxquels il faut répondre afin de
permettre l’adaptation.
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3. Mieux accompagner la transition écologique des ports de plaisance
Sur le littoral, près de 473 installations portuaires sont destinées à l’accueil des navires de
plaisance. En eaux intérieures, il est dénombré 556 installations portuaires ou haltes
nautiques 4. Les ports de plaisance évoluent aujourd’hui vers une stratégie de service de qualité
et d’intégration tant environnementale que territoriale. Cette évolution est néanmoins
disparate et nécessite d’être mieux soutenue par la puissance publique.
Concept né dans les années 1990, la certification européenne « Ports propres » est depuis
2011 un gage d’excellence en matière de gestion environnementale des ports de plaisance.
Elle traduit une volonté forte de la part des gestionnaires de port de plaisance de prendre des
engagements concrets pour lutter en faveur de la préservation des milieux aquatiques et du
développement durable des activités littorales et marines. Elle permet notamment aux
gestionnaires de ports de plaisance de maîtriser les pollutions chroniques, accidentelles et les
déchets toxiques issus de l’activité du port, en accord avec les réglementations en vigueur. Un
volet est aussi dédié aux économies d’eau et d’énergie. Cette démarche permet enfin aux
gestionnaires d’accéder au management environnemental dans les meilleures conditions.
A ce jour, d’après les propos recueillis lors des auditions, seuls 92 ports sont certifiés en
France. Il est donc nécessaire d’amplifier cette démarche et d’accompagner les ports dans
une réflexion plus poussée autour de technologies innovantes pour des solutions de
production d’énergies renouvelables et autonomes qu’il s’agisse d’énergies solaires,
hydroliennes, hydrauliques… associées aux environnements portuaires. Dans ce contexte, le
CEREMA, un établissement public dont la vocation est d'apporter des connaissances, des
savoirs scientifiques et techniques et des solutions innovantes au cœur des projets
territoriaux, pourrait utilement être mis à contribution.
Rappelons que de 2009 à 2011, 3 appels à projets « ports exemplaires » ont permis de soutenir
financièrement les études préalables des collectivités territoriales souhaitant expertiser leurs
projets de rénovation portuaire dans une démarche de développement durable. 30 projets ont
été primés dans le cadre des 3 éditions de cet appel à projets.
Les ports de plaisance, en revanche, sont absents de « la stratégie nationale des ports »
présentée en janvier 2021 et du plan de relance qui prévoit pourtant un soutien aux ports
maritimes. Seuls quelques-uns ont pu bénéficier de l'appui de la Banque publique des
territoires au titre du développement du tourisme.
4 [Link]
17
Il semble donc nécessaire, compte tenu des forts enjeux en matière de transition écologique
et solidaire et des besoins induits d’accompagnement en ingénierie de relancer un appel à
projets spécifique pour encourager l’émergence de solutions opérationnelles en matière
d’infrastructures énergétiques (bornes de recharge, production d’énergie, connexion au réseau,
…), de gestion des déchets (notamment aires de carénage fixes ou mobiles), de traitement des
eaux (douce, grises, noires …), que pourrait faciliter le développement du numérique, dans le
cadre du plan de relance notamment.
Le développement annoncé des Aires Marines Protégées sur toutes les côtes françaises est
une réponse aux enjeux environnementaux. Mais les usagers et certaines collectivités
craignent que les mesures de gestion à venir se traduisent par des interdictions de mouillages
de navires de plaisance, ce qui serait contraire aux objectifs de développement durable.
L’expérience conduite en Méditerranée pour les navires de plus de 24 mètres est source
d’enseignements. Pour rappel, les règles de mouillages pour la protection des écosystèmes
marins, en particulier des posidonies, sont entrées en vigueur à l’été 2021 pour les navires de
plus de 24 mètres.
En termes de protection environnementale, le bilan semble positif : une étude réalisée par
Andromède océanologie, avec le soutien de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse
indique que la superficie cumulée d’herbiers impactés sur la période estivale est ainsi passée
de 400 hectares en 2020 à moins de 100 en 2021. En dehors des zones protégées, la superficie
endommagée reste supérieure à 250 hectares. La réglementation est plutôt bien respectée :
le mouillage des embarcations de plus de 24 mètres dans les posidonies est passé de 30 %
en 2019 et 2020 à moins de 10 % en 2021.
18
Ces restrictions ont suscité de la part de certains acteurs régionaux de vives réactions,
certains allant jusqu’à appeler à un moratoire. L’Etat, de son côté, qui avait reporté de près de
deux ans l’entrée en vigueur de ces mesures, n’a pas mis à profit ce délai pour mettre en œuvre
des actions d’accompagnement, tels que des mouillages organisés, et communiquer
efficacement vers les acteurs internationaux de la grande plaisance.
En termes économiques, l’attractivité des côtes françaises étant fortement réduite, des effets
négatifs à moyen et long terme, principalement dans les zones touristiques qui accueillent
historiquement des yachts, se feront sentir. En effet, les yachts préféreront d’autres
destinations méditerranéennes où les restrictions de mouillage, lorsqu’elles existent, sont à la
fois plus pragmatiques et accompagnées de mesures d’organisation des mouillages et
d’information efficaces.
Maintien d’un très haut niveau de service aux yachts avec un guichet unique pour les
démarches administratives ;
La définition des points d’immersion des coffres est aujourd’hui achevée par les services de
l’Etat qui envisagent la mise en place de 80 coffres pour une enveloppe financière estimée
entre 15 et 20 millions d’euros. S’engage à présent une course contre la montre sur les
procédures administratives (études d’impact, approbation par les DREAL), la mobilisation des
financements et sur la mise en place d’un outil de gestion adapté.
Les pouvoirs publics locaux disposent de peu temps pour préparer la saison 2022 en déployant
une offre de mouillages assortie d’un système de réservation numérique, permettant une
communication positive qui préserve l’attractivité des côtes françaises.
Cette crise, qui aurait pu être évitée, offre le bénéfice d’enseignements qui peuvent utilement
aider à bâtir, le moment venu, une stratégie de mouillages pour l’ensemble des navires de
plaisance en France. Pour ce faire, trois temps paraissent incontournables : anticiper, planifier,
organiser.
Anticiper :
Instaurer une gouvernance entre l'Etat, les collectivités territoriales et les acteurs en
identifiant les responsabilités de chacun ;
Préparer les usagers en assurant la concertation avec les autres usagers de l'espace
maritime notamment au sein du conseil maritime de façade ;
Produire les études de gestion nécessaires aux porteurs de projets pour en établir la
viabilité économique ;
Référencer et accompagner l’émergence de solutions d’ancrage innovantes.
Déterminer un calendrier de mise en œuvre ;
19
Planifier :
Identifier les procédures administratives incontournables à engager (loi sur l'eau,
dérogation espèces protégées...) ;
Bâtir un plan de financement équilibré de l'opération distinguant les coûts d'installation
des coûts de fonctionnement ;
Organiser :
Réglementer le mouillage et organiser le pouvoir de police ;
Observer les effets produits sur l’environnement et l’économie de la plaisance.
Depuis deux ans donc, les effets collatéraux du COVID ainsi que l’apparition de supports
innovants de pratique, ont mis à l’eau ou sur l’eau un nombre plus important de néo
pratiquants.
Certains de ces néophytes ignorent tout du milieu marin ou lacustre dans lequel ils évoluent.
Des comportements peu respectueux ou certaines incivilités sont observées sur le plan d’eau.
Ils créent des tensions entre les usagers et peuvent être à l’origine de dégâts sur le milieu
naturel. Ces agissements ne sont pas sans rappeler ceux observés en milieu urbain. Il s’agit
d’un phénomène sociétal auquel il convient d’apporter rapidement des réponses. La mission
estime cependant important de distinguer les agissements de « mauvaise foi », ceux dont on
ne peut croire qu’ils se réalisent sans avoir conscience de leur impact (rodéo urbain ou
maritime par exemple) de ceux « de bonne foi » qui sont la résultante d’une méconnaissance
et / ou d’une inconscience à nuire. Si la répression pour les premiers doit être forte (cf VI.), elle
ne peut être la seule réponse.
Une réforme ou une extension du permis plaisance est-elle une réponse appropriée dans ce
contexte ? Tous les interlocuteurs de la mission sont unanimes : « un permis plaisance ne fait
pas un bon marin ». Ils estiment par ailleurs que l’apprentissage des gestes respectueux de la
nature et de la sécurité doit s’acquérir le plus rapidement possible au contact d’une pratique
encadrée par des sachants.
Les rapporteurs observent une forte mobilisation de tous les interlocuteurs sur ces enjeux
(fédérations sportives, ports de plaisance, associations de plaisanciers, acteurs de la
protection de l’environnement, élus du littoral) et le désir d’apporter une réponse novatrice à
un sujet qui pourrait, s’il n’était pas traité, entrainer des dommages importants.
La réponse qui émerge de ces constats consiste à engager tous les acteurs qui sont au contact
des nouveaux plaisanciers dans une démarche originale et de grande ampleur
d’apprentissage, d’éducation et de prévention.
20
La mission appelle à la création d’un livret nautique numérique comme outil éducatif, évolutif
et collaboratif. Référence commune et outil de suivi des apprentissages, il permettrait d’agir à
trois niveaux :
Un volet Validation des Acquis de l’Expérience qui permettrait de tenir compte des
différentes pratiques sur tout plan d’eau ;
Un volet protection du milieu qui viserait à diffuser des informations sur le milieu
naturel (aquatique comme terrestre), la façon de le préserver, en tenant compte des
spécificités territoriales ;
S’agissant de la validation des acquis, elle serait laissée à ceux qui les dispensent (centres de
formation, loueurs…).
Sa mise en œuvre effective doit évidemment reposer sur le volontariat des candidats, mais
celui-ci pourrait être fortement encouragé. Certains suggèrent, par exemple, qu’il soit constitué
en unité de valeur qui compterait, à l’avenir, pour l’obtention du permis plaisance. D’autres, que
son obtention soit exigée par les assureurs des loueurs de navires de plaisance pour couvrir
une navigation sans skipper.
Compte tenu de l’adhésion observée par l’ensemble des acteurs interrogés, le rapport estime
qu’une première version du livret numérique pourrait être présenté en décembre 2022.
21
b. Développer le temps maritime périscolaire
L’éducation nationale a mené ces dernières années un travail important pour intégrer la
dimension maritime dans les programmes d’enseignement du secondaire. La mission tient à
saluer cette démarche qui a permis à 6,5 millions et demi d’enfants de bénéficier de cette
approche et à 45 000 enseignants d’être formés à l’enseignement de la mer.
Ainsi, la mission estime important de mener une triple démarche touchant à la simplification
et à la modernisation des règlementations ; à la mobilisation des acteurs publics et privés ; et
à la qualité des infrastructures.
Organiser l’accueil de jeunes pour effectuer des activités sur un plan d’eau repose sur un trop
grand nombre de textes issus de réglementations aux origines ministérielles diverses
(jeunesse, sport, éducation nationale, tourisme …). Ces contraintes freinent, voire découragent
les initiatives des acteurs de terrain, privés comme publics. Cette situation répond mal, de
surcroit, aux nouvelles approches « décloisonnées » proposées par les acteurs (stage multi-
nautisme ou mixte vélo et voile ou découverte du yoga et du kite surf, etc.). Elle appelle à une
simplification des diplômes requis (voir III.1.). Dans le cadre de stages de découverte, qui ne
requièrent pas un haut degré de technicité, l’ensemble des acteurs (fédérations sportives
comme associations) pointent l’incongruité d’un système trop complexe et inadapté à la
pratique. Dans le contexte de la pratique lacustre, ils regrettent les difficultés d’obtention
d’autorisations délivrées par les acteurs (préfectures, VNF, etc …).
Bref, trop souvent, les structures sont dans l’obligation de composer avec des réglementations
complexes et pas toujours cohérentes. Il faut inverser l’approche. La mission recommande de
mettre en place un groupe de travail interministériel qui référence de façon exhaustive les
situations en lien avec les principaux acteurs, dont les travaux pourraient être partagés au
sein du comité du nautisme et de la plaisance, co-présidé par le SG MER et la CNP, en vue
d’arrêter un programme de simplification.
22
Favoriser le développement des activités nautiques scolaires grâce à une nouvelle impulsion
publique qui doit mobiliser au plus près du terrain
Les communes et les départements sont un maillon essentiel dans ce contexte, les équipes
pédagogiques et directeurs d’établissement un pivot. Ces deux groupes d’acteurs doivent
pouvoir trouver un appui et un conseil sur le déploiement de ces activités auprès des Directions
Administratives des Services de l’Education Nationale (DASEN) sous la responsabilité de
l’inspecteur d’académie. Cela permettra de fluidifier les procédures d’autorisation de sorties
ou de renforcer la dimension d’éducation au développement durable dans le cadre de
l’organisation des activités nautiques scolaires.
L’action de l’Etat doit ainsi viser à faciliter la mobilisation de ces acteurs au plus près du terrain.
Si (évidemment) l’Etat ne peut tout résoudre, son impulsion a valeur d’exemple.
Le maritime, et en son sein le nautisme, doivent aussi gagner en reconnaissance au sein des
grands réseaux d’élus (AMF, ADF, ANEL…) car c’est essentiellement au niveau des communes
pour l’enseignement primaire et des départements pour l’enseignement secondaire que sont
définis les choix et les moyens touchant les activités périscolaires.
La mission n’a pu, par manque de temps, d’approfondir cette question. Néanmoins, il semble
important de signaler, au regard des échanges avec les principaux acteurs associatifs et
sportifs, le sujet de la réhabilitation des centres nautiques et des perspectives de financement.
Les infrastructures participant pleinement à la dynamique de développement, le rapport
estime utile qu’une étude soit diligentée sur le sujet afin de connaitre les besoins pour les dix
prochaines années.
23
II. INNOVATION
Le matériau qui compose la coque et le pont de la plupart des navires de plaisance est identifié
comme l’un des principaux défis de l’industrie nautique en termes de transition écologique. Il
repose sur la capacité d’innovation de la filière mais surtout de ses fournisseurs.
En effet, l’industrie nautique, même si elle ne représente que 4% du marché français des
composites - loin derrière l’automobile, le BTP, les énergies renouvelables, les biens de
consommation et l’aéronautique - a largement recours au composite. Ce matériau dispose de
propriétés mécaniques incomparables en termes de résistance, durabilité et légèreté et une
grande majorité des navires de plaisance construits depuis les années 70 ont ainsi des coques
et ponts en composite, alliant principalement fibre de verre et résine polyester.
Or l’enjeu réside dans la fin de vie de celui-ci. Aujourd’hui, le composite représente 67,5% des
déchets issus de la déconstruction des navires de plaisance. Alors que les autres déchets
(métaux, bois, etc.) sont recyclés, 2/3 des déchets issus du composite font l’objet d’une
valorisation énergétique sous forme de Combustibles Solides de Récupération (CSR) et 1/3
est incinéré ou enfoui.
Les CSR sont obtenus en broyant des matériaux non recyclables et non dangereux, pour
obtenir un mélange à fort pouvoir calorifique (PCI). Ils sont principalement utilisés comme
combustibles par les cimenteries ou en réseau de chaleur urbain.
Si des solutions techniques se développent pour séparer la matrice des renforts ou incorporer
du composite broyé en charge dans la fabrication de nouveaux produits, il n’existe pas à ce
jour de filière de recyclage, techniquement et économiquement viable, permettant de capter et
valoriser ces flux de déchets. Certaines solutions semblent exploitables pour les composites
24
à forte valeur ajoutée (fibres carbone) mais difficilement applicables pour des matériaux dont
le prix d’achat est plus faible (fibres de verre).
Deux voies s’offrent pour relever le défi du composite : trouver des matériaux alternatifs pour
la coque et le pont des navires aux propriétés comparables et progresser sur sa valorisation
et son recyclage.
S’agissant des alternatives, des initiatives existent (navires en fibre de lin par exemple) mais
aucune n’offre à ce jour une solution viable. C’est toutefois un enjeu sur le long terme, pour
lequel l’industrie nautique dépend aussi des progrès de l’industrie chimique fournissant le
matériau pour les coques.
Le sort des composites est un sujet plus important à court terme. Il s’agit aujourd’hui de
trouver des solutions pour améliorer le traitement actuel des navires mis sur le marché depuis
les années soixante et qui arrivent progressivement en fin de vie.
La première d’entre elle réside dans la filière des CSR. Les CSR sont une alternative à
l’utilisation d’énergies fossiles (une tonne de CSR équivaut à 0,5 tonne de pétrole) et
permettent de réduire le stockage des déchets en centres d’enfouissement, dont les quotas
doivent baisser de moitié d’ici 2025.
L’Etat a pour ambition de développer cette filière en la faisant passer de 400Kt/an à 2,5Mt/an
d’ici 2025. Les cimentiers prévoient d’en consommer 1Mt/an, les autres tonnages devant être
répartis entre les chaufferies industrielles et les réseaux de chaleur.
Si le CSR souffre encore d’un manque de compétitivité face au gaz, la montée en puissance
voulue par l’Etat représente une opportunité pour la filière de déconstruction qui pourrait ainsi
améliorer rapidement la valorisation des déchets composite en attendant que des solutions
industrielles de recyclage matière voient le jour.
C’est en effet in fine l’objectif à atteindre. Mais la filière nautique, en tant que petite filière
industrielle composée en très grande majorité de TPE et PME et ne représentant que 4% du
marché français du composite, ne peut pas relever seule ce défi.
Partant du principe qu’il était nécessaire d’identifier et massifier les volumes avant de voir
émerger une filière de transformation des déchets composites en matière première recyclée,
la rédaction d’un guide du recyclage des composites a été lancée début 2021, avec l’appui du
centre technique de la plasturgie (IPC) et le soutien de l’ADEME. Il a pour objectif d’identifier et
25
mesurer les flux de composite (mise en marché, gisements et déchets), les opportunités de
recyclage (solutions techniques, équilibre économique) et d’établir un annuaire des acteurs de
la filière « fin de vie ».
Ce guide, dont la parution est prévue en février 2022, doit permettre aux acteurs français
d’identifier les pistes et solutions de recyclage les plus adaptées, afin de les soutenir et leur
permettre de faire émerger des solutions opérationnelles en termes de débouchés pour les
déchets composites.
Dans ce contexte, la mission propose que l’Etat, à travers l’ADEME, continue d’accompagner
les efforts engagés pour trouver des moyens de mieux valoriser et recycler le composite.
Cela pourrait passer par un accompagnement financier des projets de recyclage identifiés par
le guide et le soutien aux projets R&D visant l’utilisation de composites recyclés.
B. STIMULER L’INNOVATION
Si l’innovation est foisonnante, elle est principalement une innovation de continuité et non de
rupture. D’abord car les entreprises de la filière sont avant tout de petites voire très petites
entreprises qui n’ont pas accès à la recherche. Seuls quelques constructeurs de petites unités
ou équipementiers ont développé des programmes de recherche bien souvent en lien avec des
universités.
Mais aussi parce que - nous l’avons déjà dit -, les constructeurs sont des concepteurs
assembleurs, qui dépendent en grande partie des innovations de leurs fournisseurs (les
motoristes pour les moteurs, l’industrie chimique pour les coques, les équipementiers, etc.).
Cela étant dit, il n’en demeure pas moins qu’il existe une véritable problématique quant au
financement des innovations des projets de la filière.
Si les guichets sont multiples (Programme des Investissements d’Avenir, Corimer, pôles mer,
BPI…) les entreprises de la filière nautique n’y trouvent pas leur place. Une des raisons tient au
fait que les « tickets d’entrée » sont bien trop élevés pour que les entreprises de la filière
nautique, dans leur immense majorité des TPE et PME, puissent y prétendre. Avec des aides
pour des projets à hauteur de 2 à 4 millions d’euros pour les PIA, c’est bien au-dessus de leurs
besoins.
La création d’une cellule d’orientation des petits projets a été actée au sein du conseil
stratégique de filière des industriels de la mer. Elle pourrait apporter une partie de la réponse
à cet enjeu mais c’est aujourd’hui trop tôt pour le dire (l’avenant au contrat stratégique de filière
sera signé le 8 décembre 2021 au Nautic de Paris).
26
Par ailleurs, il faut savoir qu’à l’inverse, pour d’autres aides, le curseur est trop bas. Ainsi, le
dispositif tremplin de l’ADEME qui permet d’accompagner les entreprises dans leurs
démarches d’éco-conception est réservé aux petites et moyennes entreprises, ce qui exclut les
quelques groupes de la filière nautique qui souhaitaient y avoir recours pour mener des
Analyses de Cycle de Vie.
La mission souligne l’importance que revêt la stimulation de l’innovation, notamment par son
financement, en termes d’amélioration de la performance environnementale des produits,
comme le montre bien le chapitre sur la décarbonation. Le concours national d’innovation
organisé par la Fédération des Industries Nautiques chaque année est aussi révélateur de ce
point de vue.
mettre en place un programme de financement dédié aux enjeux clés de la filière avec le
soutien de la DGE et du ministère de la Mer, organisé autour d’appels d’offre gérés par la
BPI, et ses agences régionales ;
Les thèmes prioritaires identifiés par les acteurs pour ces deux initiatives sont : la propulsion
avec l’enjeu des piles à hydrogène avec l’ADEME, le traitement des eaux grises et noires, le
traitement du bruit (hélices), les matériaux.
27
III. FORMATION, EMPLOI, QUALIFICATIONS
Les acteurs de la filière ne parviennent plus à recruter les collaborateurs dont ils ont besoin.
Ce constat vaut autant pour les entreprises que pour le monde de la pratique sportive ou celui
des loisirs nautiques. C’est l’un des freins majeurs au développement de la filière malgré les
différentes initiatives engagées pour répondre au besoin. Ici aussi les professionnels font
preuve de dynamisme et d’inventivité. Leur fédération professionnelle, malgré la pandémie, a
mis sur pied une nouvelle convention collective « de l’industrie et des services nautiques » et
obtenu l’adhésion de toutes les organisations syndicales au terme de deux années de travail.
Ce nouveau texte (qui attend désormais son extension par le ministère du travail) est un nouvel
outil au service de l’attractivité, de l’emploi et de la résilience de la filière nautique. Mais c’est
loin d’être suffisant. Le secteur nautique a impérativement besoin de réformes dans ce
domaine. Il appelle à décloisonner, simplifier, moderniser les règlementations publiques pour
qu’il puisse agir plus efficacement en matière d’emploi et assurer son avenir.
Chacun des diplômes continue donc d’enfermer le professionnel dans un cadre étroit de
compétences, ce qui nuit fortement à l’attractivité du métier. Le titulaire d’un BJEPS Voile
Croisière par exemple, quoique habilité à enseigner jusqu’à 200 miles d’un abri et à encadrer
une flotte de navires habitables, n’a pas le droit de transporter de passagers à titre commercial
sur ce même type de navires s’il n’est pas titulaire du Capitaine 200 voile, ni même de le
convoyer sans personne d’autre que lui à bord. À l’inverse, un skipper professionnel titulaire du
Capitaine 200 voile, qui transporte des passagers sur des navires de plaisance à usage
commercial (NUC), ne serait pas habilité à enseigner les rudiments de la voile à ces mêmes
passagers s’il n’est pas détenteur d’un diplôme Jeunesse et Sport (alors même que le module
voile du capitaine 200 est du même ordre que celui du BEPJS Voile).
28
L’acquisition, par le titulaire d’un diplôme Marine Marchande, d’un diplôme Jeunesse et Sport
(et inversement), n’est même plus facilitée par un système de passerelles, depuis que la
reconnaissance des compétences par équivalence a été supprimée par la réforme du BJEPS.
Tout professionnel de la navigation doit donc aujourd’hui, s’il veut exercer les deux professions,
accomplir successivement deux parcours de formation complets, longs, en partie redondants
et coûteux.
En outre, les sociétés de charter auditionnées et particulièrement celles opérant aux Antilles,
ont insisté sur la nécessité de compléter aujourd'hui les formations de navigant par des
formations d'accueil de touristes et de sensibilisation à l'environnement marin, ces deux
aptitudes étant aujourd'hui essentielles à leurs yeux pour rester attractives.
La mission insiste sur l’absolue nécessité de faire cesser cette entrave au développement de
l’emploi maritime et propose de favoriser celui-ci par les mesures suivantes.
Rétablir des passerelles entre les diplômes Jeunesse et sport et le Capitaine 200. En
s’appuyant sur le travail réalisé par les acteurs du nautisme (CNP - Confédération du
Nautisme de de la Plaisance), il conviendra d’identifier les compétences équivalentes pour
alléger autant que possible les parcours de formation des professionnels. À partir de ce
travail, pourront être définis :
un module sécurité pour l’obtention du Capitaine 200 par les titulaires d’un
BEJEPS/DEJEPS ainsi que pour les Sportifs de Haut Niveau (SHN) ;
un module pédagogique pour l’obtention du BEJEPS pat les titulaires du Capitaine 200.
Adapter les formations aux enjeux environnementaux et aux nouveaux publics pour
renforcer la polyvalence des skippers et moniteurs
Enrichir les formations Jeunesse et Sport et celles de la Marine marchande (en
particulier le Capitaine 200) d’un module de connaissance de l’environnement marin ;
Enrichir ces formations d’un module de connaissance de la filière pour favoriser les
reconversions vers les autres métiers de l’industrie et des services nautiques ;
Proposer des parcours Jeunesse et sport qui permettent en une formation d’encadrer
plusieurs sports nautiques, en particulier au niveau de l’initiation ;
Compléter le référentiel de Capitaine 200 des compétences d’hôtellerie et d’accueil des
touristes, en s’appuyant sur des formations existantes.
A plus long terme, la mission recommande que soit envisagée la reconnaissance du Yacht
master et des diplômes équivalents pour l’exercice des fonctions de commandement des
navires de plaisance en France afin, en particulier, de donner la possibilité aux marins français
qui acquièrent ces formations d’avoir une carrière en France et une carrière internationale.
29
B. AMELIORER LA FORMATION AUX METIERS INDUSTRIELS
La filière industrielle est confrontée depuis plusieurs années maintenant à un déficit de main
d’œuvre opérationnelle, alors que les opportunités d’emplois sont nombreuses, en particulier
chez les constructeurs de navires de plaisance dans les principaux bassins concernés
(Bretagne, Pays de la Loire, Sud-PACA, Occitanie, Nouvelle-Aquitaine.)
Alors que les entreprises de la filière (5000 entreprises, 42 000 emplois) connaissent un regain
d’activité important depuis l’été 2020, cette problématique de recrutement s’est encore
aggravée. Près de 1500 emplois à durée indéterminée sont aujourd’hui proposés par les
chantiers français qui n’arrivent pas les pourvoir, perturbant ainsi la production et handicapant
la reprise.
Plusieurs facteurs expliquent ces difficultés. Elles tiennent d’abord à la nature des métiers des
industries et services nautiques, qui sont des métiers d’ouvriers ou d’ouvriers qualifiés, dits
manuels et s'exerçant dans un environnement le plus souvent industriel, souffrant d’un déficit
de visibilité et de notoriété. Ces métiers, pour lesquels il n’existe pas ou peu de formation
initiale professionnelle, ne font en effet pas partie des orientations naturellement valorisées
par l'Education nationale et la perception qu’en ont les parents n’est pas toujours positive.
Ils sont aussi concurrencés par d’autres filières dont la notoriété est plus grande, comme le
bâtiment, l'automobile, voire l'industrie navale ou aéronautique. La notoriété de la filière
nautique n'est pas en rapport avec l'image de la plaisance ; peu de jeunes imaginent la diversité
d'emplois dont recèle cette filière.
Un autre frein au recrutement est lié à la localisation des entreprises de la filière nautique, qui
se situent généralement au sein de territoires littoraux. Ceux-ci sont parfois enclavés, éloignés
des grands centres urbains, et leur bassin d'emploi est soit surexploité soit faible. Les moyens
de transport collectifs y sont souvent insuffisants. Ainsi, se loger sur le littoral est coûteux –
surtout si l’on n’est pas natif - et se loger loin de son entreprise implique un coût de transport
important.
Enfin, une dernière difficulté réside dans la structuration même de la filière, composée
principalement de TPE et PME, au sein desquelles la gestion des ressources humaines n’est
pas une priorité absolue. La capacité d'anticipation en matière de d'emploi et de recrutement
est faible.
30
réseau des Campus des métiers du nautisme (qui sont passés de 3 à 13 entre 2020 et 2021).
Les entreprises, enfin, mènent également des actions en leur sein (centre de formation interne,
web série).
Toutefois, ces actions restent à ce jour insuffisantes pour relever les défis en matière de
recrutement et d’attractivité des métiers de la filière. Les rapporteurs estiment que les trois
axes ci-dessous pourraient être en mesure d’améliorer cette situation.
Dans le cadre des dispositions nouvelles prévues par la loi Avenir professionnel, la branche
des Industries et des Services nautiques doit adapter son offre de formation professionnelle
pour la rendre plus largement accessible notamment via l’apprentissage (développement de
titres professionnels). En parallèle, afin de répondre au besoin de réactivité des
entreprises, cette offre de formation doit répondre aux critères les plus modernes
(segmentation des CQP en blocs de compétences, enregistrement au RNCP). Enfin, pour
répondre au mieux aux spécificités régionales de l’emploi, la branche va poursuivre le
développement de partenariats adaptés avec les Régions et les Campus.
Le Brevet d’Initiation à la Mer (BIMer) est un diplôme d’initiation à la culture maritime et aux
métiers de la mer, créé en 2020 par l’Education Nationale, destiné à tous les élèves volontaires
de la classe de troisième aux classes préparatoires. C’est une excellente initiative qui apporte
aux jeunes Français une connaissance du monde maritime qui leur permettra de mieux
l’appréhender et peut-être d’imaginer un parcours professionnel dans ce domaine.
Mis en œuvre à titre expérimental dans le Finistère, il est en cours de déploiement dans
d'autres régions. Il est indispensable de concourir à la mise en œuvre rapide de ce brevet et de
veiller à ce que l'industrie du nautisme soit bien identifiée parmi les secteurs maritimes.
Il lui semblerait par ailleurs utile de poursuivre ce travail par une réflexion stratégique sur les
métiers de demain pour compléter cette approche.
31
IV. SIMPLIFIER L’ACTIVITE DES PROFESSIONNELS DU
NAUTISME
La simplification de la vie des professionnels est un sujet vaste et dépasse, bien entendu, le
contenu de ce chapitre. La vie des entreprises est souvent jalonnée de multiples contraintes,
mais il semblait utile à la mission de mettre en exergue deux sujets particulièrement prégnants,
celui du statut du navire, qui à sa manière, fait figure de léviathan administratif, et celui des
AOT (autorisations d’occupations temporaires), véritables sésames administratifs qui
cristallisent souvent les craintes des professionnels.
S’agissant du premier, la mission appelle sans tarder l’Etat à conduire une réforme visant à
l’unicité du statut. Quant au second, elle préconise de poursuivre la collaboration Etat-
confédération du nautisme et de la plaisance pour stabiliser et sécuriser davantage
l’implantation de l’activité économique.
Ce cadre, en France, est fixé par la partie réglementaire du code des transports issu de la
transposition de la directive 2013/53/UE du 20 novembre 2013 relative aux navires de
plaisance et aux véhicules à moteur.
Tous les navires de plaisance (de 2,5 à 24 mètres) répondent donc aux mêmes exigences de
sécurité quel que soit leur usage ; qu’ils soient destinés à être utilisés par un propriétaire à titre
privé, loués par une entreprise à des clients, avec ou sans skipper, ou encore destinés à réaliser
des prestations de service près des côtes (livraison, promenade, etc.).
Dans tous ces cas, ce sont exactement les mêmes produits, répondant aux mêmes exigences
de sécurité fixées par le marquage CE.
La réglementation française a créé pour tous ces usages des titres de navigation
correspondant à des statuts administratifs différents. Trois principaux statuts coexistent -
navire à usage personnel (NUP, avec carte de circulation), navire à usage commercial (NUC
avec permis d’armement) et le dernier né, navire d’activités côtières (NAC) –, et avec les
différentes configurations de statut des équipages et des skippers, on recense 23
configurations règlementaires différentes pour l’usage professionnel d’un navire de plaisance
(annexe 5).
C’est une véritable difficulté pour les entreprises qui exercent ces activités et un frein à leur
développement en raison de l’insécurité juridique et des coûts et des délais de mise en
conformité administrative qui en résultent.
32
Il est donc proposé d’unifier ces différents statuts administratifs pour qu’il n’y ait plus qu’un
seul statut, celui de « navire de plaisance ». La mission propose également que la carte de
circulation du navire de plaisance soit le seul titre de navigation d’un navire de plaisance,
quel que soit son usage, privé ou commercial. Il conviendra de préciser cette exclusion par
circulaire.
Dans le cadre que propose la mission la simplicité et la flexibilité des changements d’usage
seraient totales et favoriseraient ainsi le développement économique de ces activités.
Le régime unique du navire de plaisance préserverait un niveau de sécurité équivalent à
l’existant, à travers le marquage CE.
En effet, le marquage CE d’un bateau de plaisance garantit qu’il est conçu et construit pour
différents types d’utilisation, commerciales ou non, détermine le nombre de personnes à bord
et les limites d’utilisation. C’est également ce qui se pratique dans les autres pavillons
européens.
L’homogénéisation des statuts administratifs (NUC, NUP, NAC) permettrait d’unifier les règles
applicables au matériel de sécurité embarqué qui sont actuellement définies par deux textes
réglementaires différents (divisions 240 et 241). La différence entre ces deux textes porte
principalement sur la dotation médicale (trousse de pharmacie et petit matériel de soins) pour
laquelle la réglementation doit dépendre de la distance de navigation aux côtes et non pas de
l’usage des navires. Cette évolution rendrait en outre plus simple les mises à jour de la dotation
médicale en fonction de l’évolution des techniques et des matériels.
Les qualifications de l’équipage dépendent elles du type d’exploitation choisi par l’entreprise
(services, charter) et des conditions d’exploitation (distance des côtes). L’unification des
statuts administratifs n’impacterait donc pas la sécurité garantie par les qualifications de
l’équipage et simplifierait considérablement la tâche des entreprises qui doivent aujourd’hui
s’assurer de la conformité de la qualification de l’équipage au statut du navire.
Pour les navires non marqués CE (conçus avant 1998) qui postuleraient à une exploitation
commerciale après la suppression des statuts, définir des exigences afin de s’assurer de
leur bon état de navigation.
La mise en place d’un contrôle aléatoire du bon état de navigation des navires utilisés
dans un cadre commercial par les services de contrôle.
33
Ce contrôle prendrait appui sur l’engagement du propriétaire et de l’exploitant de
maintenir en bon état de navigation le bateau. Cet engagement prendrait la forme d’une
déclaration périodique.
Dans la plupart des cas, cet espace relève du domaine public maritime (DPM). Ce domaine
appartient historiquement à l’Etat qui en a le plus souvent transféré la propriété ou délégué la
gestion à une personne publique, généralement une collectivité territoriale. Le DPM a un statut
spécial et répond à des règles spécifiques. Son occupation est ainsi nécessairement à titre
précaire et révocable.
Il s’agit là d’une première difficulté lorsque l’on exerce une activité économique.
La situation s’est encore complexifiée pour les professionnels avec la réforme par
l’ordonnance du 19 avril 2017 relative à la propriété des personnes publiques du mode
d’attribution des autorisations d’occupation temporaire du DPM.
Ce texte a effet instauré une procédure de sélection pour l’occupation d’une parcelle sur le
DPM, dès lors que celle-ci vise à être utilisée pour exercer une activité économique, sans
donner aucune indication sur le déroulement pratique de celle-ci.
C’est pourquoi un guide a été élaboré, de façon collaborative avec les services de l’Etat, dans
le cadre du comité du nautisme et de la plaisance, afin d’accompagner les gestionnaires de
ports dans leurs démarches et d’aider les professionnels du nautisme à mieux les comprendre.
Le Secrétaire général de la Mer a transmis ce document aux administrations et associations
d’élus fin juin 2021.
Des retours reçus des acteurs de terrain, les éléments du guide leur sont particulièrement
utiles. Ils ont vocation à alimenter et enrichir celui-ci.
Une fois le document stabilisé grâce aux retours d’expériences, il serait souhaitable qu’il fasse
l’objet d’une communication officielle sous forme de circulaire interministérielle.
34
V. MODERNISER L’OFFRE TOURISTIQUE NAUTIQUE
La France des bords de l’eau concerne plus de 1200 communes ; les communes littorales
accueillent 6 millions de résidents et les quelques 20 000 kilomètres de côtes françaises
recouvrent une rare richesse paysagère et écologique, sans oublier évidemment
l’extraordinaire biodiversité ultra marine.
Le nautisme est un atout touristique et un levier marketing territorial efficace pour valoriser
une destination. Certains territoires l’ont compris, d’autres moins.
Sur le plan économique, les études sur les retombées économiques menées dans les
différentes régions littorales métropolitaines ces dernières années fixent à 100 000, le nombre
d’emplois indirects de la filière nautique.
Enfin, la crise sanitaire a mis en exergue la demande toujours plus forte de nos concitoyens
de pouvoir s’évader sur l’eau. Au-delà du bien-être et de la santé, l’activité nautique permet de
transmettre un certain nombre de valeurs (dépassement, solidarité, sensibilisation au milieu
naturel…) au service de l’intérêt général.
35
DEPLOYER UNE GRANDE CAMPAGNE DE COMMUNICATION DE
A. PROMOTION TOURISTIQUE NAUTIQUE
15 millions de personnes s’adonnent à une activité sur l’eau chaque année et ce faisant,
« apprennent » les valeurs intrinsèques aux pratiques aquatiques, appréhendent la réalité du
milieu naturel et participent à l’économie locale et touristique. Les études menées par les
Régions, en lien avec la FIN, montrent que les retombées économiques du nautisme sont de
150 000 emplois (directs et indirects) pour 15 milliards d’Euros de chiffre d’affaires.
En 2021, Atout France a engagé 2 millions d’euros pour la promotion des massifs français et
a su mobiliser ses partenaires (France Montagnes, acteurs territoriaux et privés) pour amplifier
la résonance des actions entreprises, à hauteur de 3,3 millions d’euros5.
A l’instar de ce qui est réalisé pour la Montagne, le rapport estime que la filière nautique devrait
pouvoir bénéficier d’un tel accompagnement public-privé.
Au-delà, l’intégration de la filière nautique a été amorcée au sein du comité de filière tourisme,
en raison de la crise sanitaire. Cet élan doit être poursuivi afin de mieux accompagner les
acteurs touristiques qui participent au dynamisme du secteur nautique.
Afin d’encourager et, surtout, accélérer le développement et l’utilisation d’outils digitaux pour
mieux répondre aux nouvelles attentes des plaisanciers un appel à projets avec financement
pourrait être lancé.
5 [Link]
36
VI. RENFORCER LA SECURITE DE LA PRATIQUE
Selon le ministère de la Mer, ce sont près de 15 millions de Français qui pratiquent aujourd’hui
régulièrement ou occasionnellement le nautisme. A chaque saison nautique, ce sont de
nouveaux supports qui apparaissent et de nouveaux pratiquants avec eux.
La crise sanitaire a encore renforcé cet engouement pour les loisirs nautiques, perçus comme
des espaces de liberté, qu’ils soient pratiqués en mer ou dans les eaux intérieures. Les
restrictions de voyage ont contribué à une fréquentation record du littoral français.
Avec cette tendance à la hausse, ce sont aussi malheureusement les incivilités qui se
développent, mais aussi des pratiques dangereuses pour les pratiquants eux-mêmes, les
autres usagers et le milieu marin.
La SNSM, auditionnée, a fait part d’une augmentation significative de ses interventions lors de
l’été 2021 liées à des « nouveaux engins » et à de nouveaux pratiquants alors que celles liées
à la plaisance dite traditionnelle sont restées stables. La majeure partie de ces interventions
auraient pu être évitées si les plaisanciers concernés avaient observé les règles minimales de
sécurité avant de prendre la mer.
Parallèlement, les médias se sont aussi largement fait le relais de l’explosion des rodéos
nautiques dans certaines zones du littoral. Ils sont souvent le fait d’une minorité mais
entachent plus largement l’image de la plaisance. La mission préconise d’être particulièrement
sévère à l'encontre des auteurs d'infractions graves aux règles de navigation maritime et à la
sécurité en mer.
Les comportements des plaisanciers et leur usage du produit sont également bien souvent en
cause quand il s’agit d’accidents. Des drames auraient pu être évités en appliquant des gestes
simples de précaution, comme le port du coupe-circuit.
En revanche, en matière de plaisance comme pour la sécurité routière, il est important de créer
un « continuum éducatif », un parcours nautique tout au long de la vie.
37
DEVELOPPER UN LIVRET NAUTIQUE NUMERIQUE, NOUVEL OUTIL
A. PEDAGOGIQUE, EVOLUTIF ET COLLABORATIF
Le livret nautique, tel qu’envisagé par la mission (cf. I.C.2.a) vise à la fois à sensibiliser les
pratiquants sur le respect du milieu dans lequel ils évoluent mais aussi aux gestes de sécurité.
Même s’ils restent rares, les accidents liés aux hélices de navires de plaisance sont
particulièrement choquants et dramatiques. A la suite de deux accidents mortels en 2019, la
proposition de généraliser l’équipement des hélices par des cages avait été soutenue par
plusieurs parlementaires. Cette mesure ne parait pas pertinente aux rapporteurs ni aux
structures interrogées sur ce sujet. Si elles peuvent être utiles dans certains cas et sur certains
supports, ces cages ont un impact direct sur la manœuvrabilité des navires qu’il ne faut pas
sous-estimer et qui peut perturber certaines interventions urgentes.
6 [Link]
38
PROTEGER LE PLAISANCIER DES RISQUES QUE REPRESENTE
D. L’ACHAT D’UN BATEAU D’OCCASION
Le marché des produits d’occasion est marqué par un certain nombre de risques inhérents en
termes de sincérité et de sécurité. Le monde du nautisme est d’autant plus concerné qu’un
bateau peut avoir au cours de sa vie un nombre important de propriétaires, que la vente
d’occasion y est une pratique très commune, et que ce phénomène ne cesse de croître. De fait,
de nombreux navires vétustes, datant parfois des années 1960 et de la démocratisation de la
plaisance sont aujourd’hui vendus sur le marché de l’occasion, principalement entre
particuliers, aux dépens d’acheteurs incapables d’évaluer l’état réel du navire. Ces acheteurs
sont autant de plaisanciers qui prennent des risques en naviguant, sans le savoir, sur une
embarcation potentiellement dangereuse qui aurait davantage vocation à rejoindre la filière de
déconstruction qu’à prendre la mer. Ces ventes peu scrupuleuses pourraient
malheureusement se multiplier, sous l’effet du vieillissement de la flotte des navires de
plaisance et l’arrivée sur le marché de néo-plaisanciers. Il est donc nécessaire de concevoir
rapidement un moyen d’enrayer ce phénomène.
Le constat est simple : la connaissance dont un particulier dispose sur l’état du navire qu’il
entend acquérir est trop souvent limitée du fait de la complexité du produit, de l’inexpérience
de l’acheteur, et plus généralement du caractère lacunaire ou asymétrique de l’information sur
le marché de l’occasion. Certes, les expertises préachats existent, mais elles sont exhaustives
car liées à une évaluation de la valeur du navire, coûteuses, et ne sont réalisées par conséquent
que sur des unités de taille et de valeur importantes. Pour sécuriser la vente, il convient donc
de permettre à l’acheteur de se renseigner, à moindre frais, sur l’état du bateau dont il envisage
l’acquisition.
C’est le but d’un projet porté, depuis plusieurs mois, par différents acteurs de la filière
(fédération, assureurs, experts) et qui consiste à mettre en place un outil de “diagnostic
prévente”. Celui-ci consisterait en la vérification, par un contrôleur tiers aux compétences
certifiées, et aux frais du vendeur, de la conformité du navire aux exigences essentielles de
sécurité. Le recours à cet outil ne serait pas obligatoire, mais une forte mobilisation des
acteurs de la filière permettrait de valoriser le caractère gagnant-gagnant de la démarche. Le
vendeur d’un navire aurait en effet les moyens de garantir à l’acheteur que son navire est dans
un bon état de navigabilité, accroissant ainsi sa capacité à conclure la vente à des conditions
avantageuses. L'acheteur, sensibilisé aux risques du marché de l’occasion par une vaste
campagne de communication, serait quant à lui incité à se détourner de toute vente de navire
qui n’aurait pas fait au préalable l’objet d’un diagnostic. Les principaux sites d’annonces et de
vente en ligne seraient invités à s’engager dans la démarche en valorisant les navires qui
auraient fait l’objet d’un diagnostic.
La mise en place d’un tel outil participerait in fine à la réalisation de trois objectifs liés :
sécuriser pour le particulier l’achat d’un bateau d’occasion, sécuriser la pratique du plaisancier
et écarter de la navigation les navires vétustes et dangereux.
La mission se félicite de cette initiative qui pourrait permettre de clore le dossier d’un pseudo
contrôle technique au bénéfice d’une initiative de la communauté plaisancière.
39
VII. LES OUTRE-MER : UNE DESTINEE NAUTIQUE A
CONSOLIDER
Dresser une frontière artificielle entre les différentes attentes exprimées dans ce rapport que
l’on soit « de métropole » ou « d’outre-mer » serait un non-sens. La filière nautique est une. Mais
l’unicité n’est pas uniformité. Il n’est pas matériellement aujourd’hui possible aux rapporteurs
de brosser un constat exhaustif de la France nautique ultra marine tant la richesse et la
diversité culturelles des différents territoires est importante. Leurs spécificités doivent être
mieux analysées et appréhendées.
Pour s’en convaincre, il est par exemple utile de rappeler que la plaisance touristique
polynésienne permet au territoire des retombées quasi équivalentes aux exportations du
secteur de la pêche, ou près de trois fois supérieures aux exportations de vanille ou de monoï ;
que le bassin caribéen est actuellement un des premiers bassins de navigation et de pratique
nautique au monde ; que forte de 260 entreprises pour environ 1000 emplois, la Martinique est
devenue en un peu plus d’une décennie une place incontournable de la filière nautique
antillaise, notamment pour la location, l’entretien et la réparation de navires de plaisance.
Bien sûr, et c’est heureux, l’ensemble des acteurs s’organise et le rapport tient par exemple à
souligner l’importance de rendez-vous menés au sein du Comité France maritime outre-mer.
Ces rendez-vous permettent à la communauté maritime ultra marine de faire entendre sa voix.
Mais il semble primordial d’aller plus loin car les attraits nautiques ultra marins doivent pouvoir
être davantage portés et s’inscrire dans une dynamique plus soutenue.
40
La mission estime que la structuration spécifique de la filière nautique française ultra marine
doit être poursuivie pour que s’affirme pleinement le positionnement stratégique des
territoires. Cette nouvelle gouvernance à laquelle les services maritimes et économiques de
l’Etat doivent participer pourrait être utilement (et rapidement) organisée au sein du comité
du nautisme et de la plaisance. Elle permettrait de fixer un cadre de dialogue et de travail
spécifique au nautisme ultra marin.
La mission y voit plusieurs vertus. D’abord celle de mieux connaitre et appréhender l’identité
nautique des différents territoires ultra marins. Ensuite, celle d’accompagner les projets
stratégiques et d’élaborer des réponses avec l’ensemble des parties concernées, publiques
comme privées. Enfin, de mieux élaborer des stratégies d’influence internationale. Nos
territoires sont des bases avancées qui doivent permettre de mieux valoriser et exporter le
savoir-faire français.
D’un point de vue structurel, il ne s’agit pas créer un nouveau comité mais de renforcer le
comité du nautisme et de la plaisance existant, structure interministérielle par essence, en lui
confiant une mission d’accompagnement de projets collectifs partagés, en lien avec tous les
acteurs. Cette nouvelle alliance permettrait assurément de favoriser l’émergence de projets
nautiques ultra marins et de mieux faire valoir la dynamique de leurs acteurs.
41
ANNEXES
42
ANNEXE 1
Evolution des écocontributions payées par
les metteurs sur le marché depuis 2019
Le montant des écocontributions versées par les metteurs sur le marché a pratiquement
doublé entre 2019 et 2022, avec une augmentation moyenne de +86%.
Sur la même période, la dotation DAFN n’a pas évolué. Elle est restée figée à 2% bien que la loi
prévoie un plafond à 5% et que le CIMER 2017 avait acté une montée en puissance progressive
jusqu’à 5% en 2022.
43
ANNEXE 2
2023 : Impact de la prise en charge du transport
Le niveau de ressources 2022 créé un déséquilibre massif en 2023 auquel il ne peut être
remédié que par un relèvement significatif du DAFN et des écocontributions.
Charges 2023
Ressources 2022
(sur la base de 3 000 navires)
2 270 000
Total charges
4 350 795 € Total ressources €
44
ANNEXE 3
Liste des centres de déconstruction par type de régime ICPE
Centres actifs avec ICPE 2712-3
Raison sociale Zone géographique ICPE
DADDI - Gignac PACA (13) 2712-3
DEMONAVAL - Le Trait Normandie (76) 2712-3
LRB - Plouigneau Bretagne (29) 2712-3a & b
METALDOM - Fort de France Martinique (972) 2712-3b
PRAXY - EPUR - Gignac PACA (13) 2712-3b
PRAXY - EPUR - Montpellier Occitanie (34) 2712-3a & b
PRAXY - GARDET - Le Havre Normandie (76) 2712-3a & b
PRAXY - Guyot - Brest Bretagne (29) 2712-3a & b
PRAXY - Guyot - Morlaix Bretagne (29) 2712-3a & b
PRAXY - Guyot - Quimper Bretagne (29) 2712-3a & b
PRAXY - PENA - Mérignac Nouvelle Acquitaine (33) 2712-3b
PRAXY - SOFOVAR - Fréjus PACA (83) 2712-3a & b
ROMI - Lannion Bretagne (35) 2712-3b
ROMI - Montoir de Bretagne Pays de la Loire (44) 2712-3 antériorité
ROMI - St Malo Bretagne (22) 2712-3 antériorité
ROMI - St Nicolas de Redon Pays de la Loire (44) 2712-3b
TRIPAPYRUS - L'Aiguillon-sur-Vie Pays de la Loire (85) 2712-3a & b
TUBERT - Elne Occitanie (66) 2712-3a & b
Centres actifs disposant de 2712-2 avec régime de l'antériorité
Raison sociale Zone géographique ICPE
Groupe World Recycling - Azur Métaux - Toulon PACA (83) 2712-2
Groupe World Recycling - France Récupération Recyclage - La Crau PACA (83) 2712-2
LRB - Brest Bretagne (29) 2712-2
PRAXY - EPUR - Digoin Bourgogne-Franche-Comté (71) 2712-2
PRAXY - EPUR - Macon Bourgogne-Franche-Comté (71) 2712-2
Centres candidats avec ICPE 2712-3
PRAXY - Guyot - Guingamp (Plomagoar) Bretagne (22) 2712-3a & b
PRAXY - Guyot - Kervignac Bretagne (56) 2712-3a & b
PRAXY - IPES (PENA) - Kourou Guyane (973) 2712-3a & b
Centres candidats 2022-2023 ayant déposé la DDAE 2712-3
Raison sociale Zone géographique ICPE Date de dépôt
BOATING OVERSEAS INCORPORATION - Bouillante Guadeloupe (971) DDAE 2712-3 déposé 16/07/2021
LRB - Guilers Bretagne (29) DDAE 2712-3 déposé 01/04/2021
LRB - Guipavas Bretagne (29) DDAE 2712-3 déposé en 2020
PRAXY - BAUDELET - Dunkerque Hauts de France (59) DDAE 2712-3 déposé 01/10/2020
PRAXY - Excoffier - Saint Alban Leysse Auvergne-Rhône-Alpes (73) DDAE 2712-3 déposé 11/05/2021
ROCCA - Borgo Corse (Nord) DDAE 2712-3 déposé 28/12/2020
ROUVEREAU - La Rochelle Nouvelle Aquitaine (17) DDAE 2712-3 déposé 12/07/2021
Centres candidats 2022-2023 en possession de 2712-1
Raison sociale Zone géographique ICPE Date de dépôt
BIG BENNES - Soignolles en Brie IDF (77) 2712-1b attente résutat AO APER
DEPOLIA - Moret-Loing-et-Orvanne IDF (77) VHU attente résutat AO APER
CAPY - Audenge Nouvelle Aquitaine (33) 2712-1b attente résutat AO APER
Passenaud - Flers Normandie (61) 2712-1b attente résutat AO APER
PRAXY - Excoffier - Chêne-en-Semine Auvergne-Rhône-Alpes (74) 2712-1b attente résutat AO APER
ROCCA - Sarrola-Carcopino Corse (Sud) 2712-1b attente résutat AO APER
SIRMET - Boulazac Nouvelle Aquitaine (24) 2712-1b attente résutat AO APER
VERDE - St Martin Saint Martin (978) 2712-1b attente résutat AO APER
Centres candidats 2022-2023 sans 2712
Raison sociale Zone géographique ICPE Date de dépôt
ALFA RECYCLING - Saint Bonne de Mure Auvergne-Rhône-Alpes (69) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
Arc Environnement / Atlantique Envrionnement - Périgny Nouvelle Aquitaine (17) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
CAPELLE - Alès Occitanie (30) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
Caribean Docks Service Guadeloupe (971) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
Green Tropical Circle La Réunion (974) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
Groupe World Recycling - Fréjus PACA (83) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
Les Champs Jouault - Cuves Normandie (50) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
LRB - Crozon Bretagne (29) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
LRB - Caudan Bretagne (56) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
Nasarre (Nautic Auto) - Meyzieu Auvergne-Rhône-Alpes (69) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
NICOLLIN - Montpellier Occitanie (34) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
NICOLLIN - Sète 1 Occitanie (34) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
NICOLLIN - Sète 2 Occitanie (34) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
PRAXY - AM Environnement - Biguglia Corse (Nord) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
PRAXY - Saint Laurent - Carros PACA (06) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
RECYNOV - Leffinckoucke Haut de France (59) Pas d'ICPE 2712 attente résutat AO APER
45
ANNEXE 4
Carte de France des centres de déconstruction agréés et en
attente de réponse
46
ANNEXE 5
Les différentes configurations réglementaires liées aux statuts
des navires de plaisance
Régime de
Type de Titre de Régime social Brevet de
Type d'activité sécurité des Aptitude médicale
navire navigation de l'équipage commandement
navires
Carte de Navire de
Navigation récréative exercée à titre Navire de Pas de régime Permis de plaisance si
circulation (art L plaisance (décret Aucune
personnel plaisance social navire à moteur
5234-1 du CT) 84-810 art 1 I-3.1)
A préciser en
fonction de la
Navire de Brevet sportif de
Navire de Carte de définition de la
Apprentissage de la plaisance à voile ou à plaisance de formation (voile),
plaisance de circulation (art L plaisance Médecin agréé
moteur formation (décret autorisation d’enseigner
formation 5234-1 du CT) professionnelle
84-810 art 1 I-3.2) (moteur) et permis
à priori régime
terrestre
Navire de A préciser en
plaisance de fonction de la
Navire de
formation, pas Carte de définition de la
plaisance de Brevet sportif de
Navire support de plongée de transport circulation (art L plaisance
formation(décret formation et permis
de passagers 5234-1 du CT) professionnelle
84-810 art 1 I-3.2)
si moins de 12 à priori régime
passagers terrestre
Navire de
A préciser en
charge si plus Carte de
fonction de la
de 12 circulation (art L Navire de
définition de la Capitaine 200 ou BACPN
passagers 12 5234-1 du CT) plaisance de
plaisance si navigation diurne,
passagers Permis formation (décret
professionnelle P<170kW, 12 pax max
max, navire à d'armement (art 84-810 art 1 I-3.2)
a priori régime
passagers si L 5232-1 du CT)
terrestre
plus
Navire de Régime
Navire de
plaisance de Carte de terrestre (L
plaisance de Brevet sportif de
guide de pêche formation, pas circulation (art L 5551-1 du CT)
formation(décret formation et permis
de transport 5234-1 du CT) si activité
84-810 art 1 I-3.2)
de passagers terrestre > 50%
Carte de Navire de
Navigation récréative exercée dans le Navire de Pas de régime Permis de plaisance si
circulation (art L plaisance (décret Aucune
cadre d'une location sans skipper plaisance social navire à moteur
5234-1 du CT) 84-810 art 1 I-3.1)
Navire de Navire de
Navigation récréative exercée dans le plaisance à plaisance à
ENIM (L 5551-1
cadre d'une location avec skipper sous utilisation Permis utilisation
du CT et note Médecin des gens de
responsabilité du skipper si navire > 160 commerciale d'armement (art commerciale Capitaine 200
DAM DS de mer
kW ou navigation > 6 milles du point de si moins de 12 L 5232-1 du CT) (décret 84-810 du
2014 § 1-2.1))
départ passagers, 30 30 août 1984 art 1
ou 120 I-3.3) Division 241
Navigation récréative exercée dans le Navire de Régime
cadre d'une location avec skipper sous services Carte de terrestre (L
Médecin des gens de
responsabilité du skipper si navire < 160 côtiers si circulation (art L 5551-1 du CT) BACPN
mer
kW et navigation comprise entre 2 et 6 moins de 12 5234-1 du CT) si activité
milles du point de départ mètres terrestre > 50%
Navigation récréative exercée dans le Navire de Régime
cadre d'une location avec skipper sous services Carte de terrestre (L
Médecin des gens de
responsabilité du skipper si navire < 160 côtiers si circulation (art L 5551-1 du CT) BRACPN
mer
kW et navigation < 2 milles du point de moins de 12 5234-1 du CT) si activité
départ mètres terrestre > 50%
Navigation récréative exercée dans le
cadre d'une location avec skipper sous Carte de Navire de
Navire de Médecin des gens de
responsabilité du locataire si navire > 160 circulation (art L plaisance (décret Terrestre Capitaine 200
plaisance mer
kW ou navigation > 6 milles du point de 5234-1 du CT) 84-810 art 1 I-3.1)
départ
N i ti é é ti é d l N i d Ré i
47
Navigation récréative exercée dans le Navire de Régime
cadre d'une location avec skipper sous services Carte de terrestre (L
Médecin des gens de
responsabilité du skipper si navire < 160 côtiers si circulation (art L 5551-1 du CT) BACPN
mer
kW et navigation comprise entre 2 et 6 moins de 12 5234-1 du CT) si activité
milles du point de départ mètres terrestre > 50%
Navigation récréative exercée dans le Navire de Régime
cadre d'une location avec skipper sous services Carte de terrestre (L
Médecin des gens de
responsabilité du skipper si navire < 160 côtiers si circulation (art L 5551-1 du CT) BRACPN
mer
kW et navigation < 2 milles du point de moins de 12 5234-1 du CT) si activité
départ mètres terrestre > 50%
Navire de ENIM (L 5551-1
Permis
charge si plus du CT et note Médecin des gens de Brevet marine
Location de navire de plaisance d'armement (art Division 222
de 12, 30, 120 DAM DS de mer marchande
L 5232-1 du CT)
passagers 2014 § 1-2.1))
Navire de Régime
services Permis terrestre (L BRAPN/BACPN/BACPN
Navigation de services hôteliers si navires Médecin des gens de
côtiers si d'armement (art 5551-1 du CT) V en fonction de la
< 160 kW mer
moins de 12 L 5232-1 du CT) si activité navigation
mètres terrestre > 50%
Navire de Permis
ENIM (L 5551-1 Médecin des gens de
charge si plus d'armement (art Division 222
du CT) mer
de 12 mètres L 5232-1 du CT)
Navire de Régime
services Permis terrestre (L BRAPN/BACPN/BACPN
Navigation de prestation de services côtiers Médecin des gens de
côtiers si d'armement (art 5551-1 du CT) V en fonction de la
si navires < 160 kW mer
inférieur à 12 L 5232-1 du CT) si activité navigation
mètres terrestre > 50%
Navire de Permis
ENIM (L 5551-1 Médecin des gens de
charge si plus d'armement (art Division 222 Capitaine 200
du CT) mer
de 12 mètres L 5232-1 du CT)
Navire de Régime
services Permis terrestre (L BRAPN/BACPN/BACPN
Navigation à des fins de recherche Médecin des gens de
côtiers si d'armement (art 5551-1 du CT) V en fonction de la
scientifique si navire < 160 kW mer
moins de 12 L 5232-1 du CT) si activité navigation
mètres terrestre > 50%
Navire de Permis
ENIM (L 5551-1 Médecin des gens de
charge si plus d'armement (art Division 222 Capitaine 200
du CT) mer
de 12 mètres L 5232-1 du CT)
Navire de
Navigation de travaux maritimes côtiers services Permis BRAPN/BACPN/BACPN
ENIM (L 5551-1 Médecin des gens de
(interventions sur mouillages) si navires < côtiers si d'armement (art V en fonction de la
du CT) mer
160 kW moins de 12 L 5232-1 du CT) navigation
mètres
Navire de Permis
ENIM (L 5551-1 Médecin des gens de
charge si plus d'armement (art Division 222 Capitaine 200
du CT) mer
de 12 mètres L 5232-1 du CT)
Navire de Régime
services Permis terrestre (L
Navigation de services portuaires (hors Médecin des gens de
côtiers si d'armement (art 5551-1 du CT) BRACPN
lamanage...) si navire < 160 kW mer
inférieur à 12 L 5232-1 du CT) si activité
mètres terrestre > 50%
Navire de
Permis
charge si plus ENIM (L 5551-1 Médecin des gens de
d'armement (art Division 222 Capitaine 200
de 12 mètres du CT) mer
L 5232-1 du CT)
ou > 160 kW
Navire de Permis
ENIM (L 5551-1 Médecin des gens de
Transport régulier de personnes transports de d'armement (art Division 222 Capitaine 200
du CT) mer
passagers L 5232-1 du CT)
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ANNEXE 6
Liste des personnes auditionnées
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LISTE DES AUDITIONS
NOM PRENOM STRUCTURE FONCTION
Albahary Olivier Globesailor Président fondateur
Administrateur, en charge de la
Allot Emmanuel FIN
location maritime
Aubertin Laurent Pôle compétitvité EMC2 Directeur du développement
Barrière Ophélie Locaboat Directrice générale
Blanchard Gilles Earthcase (société de conseil) Directeur
Boilot Fabien Parc Marin d'Iroise Directeur
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