Chapitre III : Théorie du consommateur
MICROECONOMIE 1
Dr. Jonas Bertin MALOU
[email protected]
Licence 1/Haute Ecole d’Economie et de Gestion (HEEG)
Objectif(s) spécifique(s) :
• Connaître les notions élémentaires du consommateur
• Analyser les notions d’utilité totale et d’utilité marginale, d’utilité cardinale et ordinale
• Déterminer les contrainte budgétaire et optimum du consommateur
MICROECONOMIE 1 – Chapitre III : Théorie du consommateur
Chapitre I : Théorie du consommateur
Ce chapitre répond à la question suivante : comment un individu décide-t-il de répartir son
budget entre les différents biens et services disponibles ? La détermination des conditions
d’équilibre du consommateur nous permettra de déduire les lois d’évolution de la demande d’un
bien.
Il s’agira d’abord d’étudier la théorie de l’utilité, en distinguant l’utilité totale et l’utilité marginale.
Il sera ensuite question d’analyser la théorie des courbes d’indifférences et le taux marginal de
substitution. Pour terminer, nous définirons la contrainte budgétaire du consommateur et
déterminerons les conditions d’équilibre, à savoir le panier optimal.
I. Théorie de l’utilité marginale
A. Définitions : utilité totale et utilité marginale
1. L’utilité totale (U)
L’utilité totale, U, d’un bien X quelconque, mesure la satisfaction globale que l’individu retire de
la consommation de ce bien. Le niveau U dépend de la quantité du bien X.
Autrement dit, U « est fonction de » X, ce qui s’écrit :
U = U (X).
Dans quel sens et à quel rythme l’utilité évolue-t-elle quand X augmente ? Ce sens et ce rythme
de variation sont mesurés par l’utilité marginale.
2. L’utilité marginale (Um)
L’utilité marginale d’un bien parfaitement divisible est la variation de l’utilité totale pour une
variation infiniment petite («infinitésimale ») de la quantité consommée.
Seul le concept mathématique de « dérivée » permet d’appréhender cette définition. En effet, la
dérivée d’une variable quelconque y, qui est fonction d’une autre variable x, mesure comment
varie y pour une variation de x qui tend vers zéro. Si y = y(x) [c’est-à-dire : si « y est fonction de
x »], on écrit la dérivée de y par rapport à x de deux manières : y’(x) ou bien dy/dx. Ainsi, d’un
point de vue mathématique, l’utilité marginale est la dérivée de la fonction d’utilité totale par
rapport à X.
Soit : Um = U’(X), ou bien : Um = dU/dX.
B. Evolution de l’utilité totale et de l’utilité marginale
1. Le principe d’intensité décroissante des besoins
L’analyse microéconomique retient une hypothèse simple : l’intensité d’un besoin est
décroissante au fur et mesure que la quantité consommée augmente. Si un individu a soif, il a
moins soif à partir du deuxième verre, encore moins soif à partir du troisième verre, etc.
2. Le principe de l’utilité marginale décroissante
Si l’intensité du besoin décroît avec la quantité consommée, la satisfaction éprouvée pour
chaque unité supplémentaire est moins importante que pour la précédente. Le troisième verre
d’eau procure moins de plaisir que le deuxième verre, et encore moins que le premier.
Attention ! Cela ne signifie pas que la satisfaction globale diminue. Si l’individu continue à boire,
c’est qu’il éprouve encore du plaisir à le faire. L’utilité totale continue donc à augmenter, mais de
moins en moins vite. Autrement dit, l’utilité marginale diminue.
Graphique 1 :
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U peut donc être représentée par une courbe croissante, et Um par une courbe décroissante. U
atteint son maximum au point de satiété ou de saturation du consommateur (point S sur le
graphique 1). En ce point, Um est nulle : une unité supplémentaire de consommation
n’augmente plus la satisfaction. Si la consommation de X est poussée au-delà, l’utilité marginale
devient négative et U diminue à son tour. Une consommation trop importante peut entraîner un
désagrément pour l’individu (si les premiers verres sont agréables, tel n’est probablement pas le
cas du cinquième !).
Toutefois, un individu rationnel ne devrait pas poursuivre sa consommation au-delà du point de
saturation du besoin.
On fait donc l’hypothèse que l’utilité marginale est normalement décroissante, mais toujours
positive.
C. Choix optimal du consommateur
1. Situation d’abondance
L’individu rationnel cherche à maximiser son utilité. Si les biens sont abondants, rien ne
vient limiter ses possibilités de consommation. Il ne subit aucun coût, ne doit consentir aucun
sacrifice pour se procurer une quantité quelconque d’un bien. Dans ce cas –hélas peu fréquent !
– le choix optimal consiste à consommer le bien X jusqu’au point où l’utilité totale est à son
maximum, c’est-à-dire jusqu’à ce que l’utilité marginale soit nulle.
La condition d’équilibre du consommateur est : UmX = 0.
2. Situation de rareté, économie de troc
Si à présent, les biens sont rares, l’individu doit choisir entre différentes possibilités de
consommation. Dans une économie de troc où les biens s’échangent directement entre eux,
consommer un bien X, c’est renoncer à un bien Y ou à un bien Z que l’on aurait pu obtenir en
échange. Dans ce cas, l’individu ne pousse plus la consommation de X jusqu’au point de satiété.
Il doit tenir compte du coût d’opportunité de cette consommation, c’est-à-dire des satisfactions
qu’il aurait pu obtenir en renonçant à X. Supposons qu’il n’existe que deux biens substituables,
X et Y. L’individu maximise sa satisfaction en choisissant une combinaison (X, Y) telle que
l’utilité marginale des deux biens soit égale. En effet, si UmX ˃ UmY, le consommateur augmente
son utilité totale en substituant une unité de X à une unité de Y. Il augmentera donc cette
substitution tant que UmX ˃ UmY. L’utilité marginale étant une fonction décroissante de la
quantité consommée, UmX diminue tandis UmY augmente et l’on atteint finalement un point
d’égalité des utilités marginales. Au-delà de ce point, UmX ˂ UmY et il serait alors rationnel de
substituer Y à X.
La condition d’équilibre du consommateur est donc : UmX = UmY.
3. Situation de rareté, économie monétaire
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Dans le cadre d’une économie monétaire, les biens s’échangent contre de la monnaie. Le
problème du consommateur est donc de répartir un budget donné entre X et Y. Il ne s’agit plus
de savoir si l’on doit consommer une unité supplémentaire de X ou de Y mais de savoir si l’on
doit dépenser un franc supplémentaire en bien X ou en bien Y. Par analogie avec le raisonnement
précédent, on comprend que l’optimum du consommateur est atteint quand l’utilité marginale
d’un franc dépensé sur le bien X est égale à l’utilité marginale d’un franc dépensé sur le bien Y.
Autrement dit, il faut toujours égaliser les utilités marginales, mais cette fois-ci en les pondérant
par les prix des biens X et Y (soit Px et Py).
La condition d’équilibre du consommateur est donc :
UmX UmY
= Û UmX .PY = UmY .P X
P X P Y
Notons qu’en divisant UmX par son prix, on mesure bien l’utilité marginale par unité monétaire
(par euro dépensé sur le bien X).
D. Portée et limites de la théorie de l’utilité marginale
La limite essentielle de cette théorie tient à la définition cardinale de l’utilité. Les individus ne
sont certainement pas capables de mesurer quantitativement l’utilité. Une approche ordinale de
l’utilité parait plus réaliste : les individus sont capables de comparer et classer les choix offerts
selon un ordre de préférence, mais sans attribuer à chacun un indice quantitatif précis.
II. Théorie des courbes d’indifférences
Une courbe d’indifférence représente l’ensemble des combinaisons de deux biens qui procurent
au consommateur un niveau d’utilité identique.
A. Hypothèses sur les préférences
Les économistes supposent que les relations de préférence des consommateurs vérifient
certaines hypothèses : les axiomes du consommateur. Ces axiomes sont souvent appelés
axiomes « de rationalité ». Nous ne discuterons pas ici de cette appellation qui repose sur une
certaine cohérence des choix garantie par ces axiomes. Ainsi, les économistes supposent
généralement que les préférences des consommateurs sont :
1. Complètes : quels que soient les paniers de biens A et B, le consommateur est toujours
capable de dire s’il préfère A à B ou B à A ou s’il est indifférent entre A et B. Cet axiome
exclut l’incomparabilité. On a soit A > B, soit B > A, soit A ³ B et B ³ A (et donc A ~ B)
2. Réflexives : un panier est toujours équivalent à lui-même. On a A ³ A (plus précisément
A ~ A).
3. Transitives : si le panier A est préféré ou indifférent au panier B et si le panier B est préféré
ou indifférent au panier C, alors le panier A est préféré ou indifférent au panier C. Cette
hypothèse est bien connue sur l’ensemble des nombres réels. Si A ³ B et B ³ C alors A ³ C.
4. Monotones (non-saturation) : tous les biens sont désirables pour l’individu, et quelle que
soit la quantité d’un bien dont il dispose, il préfère toujours en avoir plus. De toute évidence,
dans le cas de certains biens indésirables, comme la pollution, le consommateur préférera
toujours moins à plus.
Si A contient au moins autant de chaque bien que le panier B, on a A ³ B (préférence faible).
Les préférences sont dites strictement monotones, si dès lors que A contient strictement plus
ou moins d’un des biens que B, alors A > B (préférence stricte).
5. Convexes : lorsque le consommateur fait face à deux paniers de biens qu’il considère
comme équivalents, il préférera répartir sa consommation totale entre les biens plutôt que
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d’en choisir un. Ces hypothèses n’expliquent pas les préférences du consommateur, mais
elles leur imposent, dans une certaine mesure, un caractère rationnel et raisonnable.
Sous ces conditions, on peut construire une fonction de préférence qui classe par ordre de
préférence toutes les combinaisons possibles des deux biens.
B. Propriétés des courbes d’indifférence
L’utilité U est inchangée quand on se déplace le long d’une courbe d’indifférence.
U augmente quand on passe d’une courbe à une autre plus élevée vers la droite.
Sur le graphique 2, nous désignons différentes combinaisons des biens X et Y par A, B, C, D, E
(ainsi, A correspond à 3 Y et 1 X, etc.).
Par définition des courbes d’indifférence, A = B, mais C ˃ A et C ˃ B.
Pour un même individu, il existe une infinité de courbes, chacune correspondant à un niveau de
satisfaction différent. L’ensemble de ces courbes est appelé « carte d’indifférence ». Il existe
autant de carte d’indifférence que d’individus.
Graphique 2 :
L’intersection entre deux courbes d’indifférence est impossible. On le voit sur le graphique 2 : si
l’intersection était possible, C ou D devraient, par définition des courbes d’indifférence, procurer
une même satisfaction que la combinaison E. Or, c’est impossible puisque D ˃ C.
C. Rationalité et forme des courbes d’indifférence
La forme des courbes d’indifférence du graphique 2 n’est pas arbitraire. Elle reflète la rationalité
du consommateur et l’intensité décroissante des besoins.
1. Pourquoi les courbes sont-elles décroissantes ?
Le long de la courbe, il existe une relation « inverse » ou « décroissante », ou encore « négative »
entre Y et X : si X augmente, Y diminue, et inversement. La décroissance de la courbe vient donc
de ce que UmX et UmY sont supposées positives, en raison de la rationalité des comportements.
2. Pourquoi les courbes sont-elles convexes ?
On voit sur le graphique 3 ci-après, que le long d’une droite, une diminution de Y d’un montant
donné suppose, pour maintenir l’utilité inchangée, une augmentation de X qui reste constante
quel que soit le niveau où l’on se situe sur cette droite. En revanche, le long d’une courbe convexe,
une même diminution de Y ne peut être compensée que par une quantité croissante du bien X.
Pourquoi en va-t-il ainsi ? Parce que l’utilité marginale est décroissante.
Graphique 3 :
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Quand on substitue du bien X au bien Y, Y est de plus en plus rare : donc son utilité marginale
(UmY) augmente. On se sépare d’un bien dont l’utilité marginale est de plus en plus forte. En
conséquence, l’utilité totale diminue de plus en plus vite et seule une quantité croissante de l’autre
bien pourra maintenir la satisfaction inchangée, d’autant que, X étant de plus en plus abondant,
son utilité marginale diminue.
La convexité des courbes d’indifférence indique aussi que l’analyse économique s’intéresse
normalement à l’arbitrage entre deux biens imparfaitement substituables, cela signifie que
l’individu, les considérant comme parfaitement identiques, est indifférent à la part relative de
chaque bien dans son « panier » ? Il n’a pas de goût particulier pour la variété de ses
consommations. Dans ce cas, quel que soit le niveau de consommation, une unité de Y est
toujours équivalente à une unité de X. La courbe d’indifférence est alors une droite.
D. Le taux marginal de substitution
On voit bien que la forme des courbes d’indifférence est déterminée par le rythme auquel le bien
Y et le bien X sont échangés le long de ces courbes. Ce « rythme » ou taux d’échange, est appelé
taux de substitution.
1. Pente et dérivée
La pente
La vitesse ou « pente » d’une droite est mesurée en faisant le rapport entre la variation de Y et
celle de X, entre deux points quelconques.
Pente = DY / DX
Graphique 4 :
On voit sur le graphique que ce rapport est, en valeur absolue, nettement plus élevé pour D 1
que pour D 2 .
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De la pente à la dérivée
Une droite se distingue d’une courbe par la constance de sa pente. Le rapport DY / DX est
identique en tous points d’une droite (donc quel que soit l’ampleur de la variation de X retenue
pour faire le calcul).
La pente en un point n’est autre que la dérivée de Y par rapport à X (désignée par dY / dX ).
Elle mesure la variation de Y pour une variation infiniment petite de X ( DX ® 0 ).
Le long d’une droite, la pente en un point (la dérivée) est constante et identique à la pente entre
deux points quelconques, ou encore : DY / DX = dY / dX .
La pente de la courbe varie en chaque point et, en ce cas, le calcul d’une pente entre deux points
de la courbe n’a plus aucun sens. Le seul indicateur pertinent du rythme de variation de Y est la
dérivée, que l’on peut considérer comme la « pente en un point » de la courbe
(mathématiquement, on doit dire : « la pente de la droite tangente à la courbe en ce point »).
2. Le taux marginal de substitution (TMS)
Le taux marginal de substitution (TMS) entre deux biens Y et X mesure la variation de quantité
consommée du bien Y qui est nécessaire, le long d’une courbe d’indifférence, pour compenser
une variation infiniment petite (infinitésimale) de la quantité consommée du bien X.
Le TMS varie en chaque point et continûment décroissant le long de la courbe. D’un point de
vue mathématique, ce taux est mesuré par la dérivée de Y par rapport à X, c’est-à-dire la pente
en un point de la courbe d’indifférence. On a déjà expliqué pourquoi cette pente (et donc le
TMS) était négative et décroissante en valeur absolue. Toutefois, les économistes n’ayant pas
coutume de dire que le taux d’échange entre deux biens est « - 2 » ou « - 3 », mais « 2 » ou « 3 »
(on s’exprime en valeurs absolues), par convention on définit le taux marginal de substitution par
un signe « - » placé devant, de sorte que le taux ainsi exprimé soit toujours positif :
TMS = (-)dY / dX ,
Si le taux ainsi calculé donne par convention un résultat positif, la relation qu’il décrit entre les
deux biens reste bien négative. Un TMS = 3 signifie qu’au point de la courbe d’indifférence où
est effectué le calcul, une augmentation « marginale » (tendant vers zéro) de X nécessite une
diminution de 3 de la quantité consommée de Y, si l’on veut maintenir la satisfaction inchangée.
Le taux marginal peut être calculé en un point quelconque de la courbe d’indifférence, mais pas
entre deux points. Entre deux points, on peut calculer un taux moyen de substitution. Sur le
graphique 3, on peut calculer ce taux moyen entre A et B, en calculant la pente du segment de
droite AB :
Taux moyen de substitution = -DY / DX = -(-2 / 2) = 1
Ce taux nous dit combien il faut sacrifier de Y par unité supplémentaire de X quand on passe de
la combinaison A à la combinaison B. Il n’a rien à voir avec le TMS qui varie en tout point entre
A et B et qui, par exemple, au point A, nous dirait combien il faut sacrifier de Y pour obtenir
une augmentation à la marge (infiniment petite) de X.
TMS et taux moyen ne seraient identiques que si pente entre deux points et pente en un point
l’étaient aussi, c’est-à-dire si les courbes d’indifférence étaient des droites.
III. Contrainte budgétaire et équilibre du consommateur
A. La contrainte budgétaire
1. Les contraintes
Le consommateur ne peut pas choisir n’importe quelle combinaison des biens X et Y. Il ne peut
choisir que parmi l’ensemble des combinaisons qui sont possibles compte tenu de son revenu
(R) et des prix (Px et Py).
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Ainsi, R, Px et Py sont des données indépendantes des décisions de consommation prises par
l’individu ; on dit qu’elles sont exogènes, elles s’imposent à lui comme des contraintes au moment
du choix.
En pratique, la contrainte budgétaire signifie que la dépense doit être égale au revenu :
R = Px. X + Py.Y
Soit : Revenu = dépense sur X + dépense sur Y ;
= (prix de X multiplié par la quantité) + (prix de Y multiplié par la quantité)
2. Equation de la droite de budgétaire
L’ensemble des combinaisons X-Y qu’un individu peut acheter avec un revenu donné est
appelé droite de budget. Nous pouvons affirmer que la contrainte budgétaire se représente par
une droite parce que l’équation de cette contrainte est celle d’une droite. En effet, l’équation
R = Px. X + Py.Y peut être réécrite :
R = Px. X + Py.Y Þ R - Px. X = Py.Y ,
Et, en divisant par Py des deux côtés, il vient :
Y = ( R / Py) - ( Px / Py). X .
L’équation de la contrainte budgétaire est donc de la forme y = ax + b, qui est toujours
représentée par une droite dont la pente est a.
Ici, a = -( Px / Py ).
Méthodologie de représentation graphique :
Pour tracer une droite, il suffit d’en connaître deux points. Choisissons deux points extrêmes :
- sur l’axe des Y, cherchons la quantité maximum de Y que l’individu peut obtenir s’il
consomme zéro X ; elle est égale à son revenu divisé par le prix de Y, soit R/Py ;
- sur l’axe des X, cherchons la quantité maximum de X que l’individu peut obtenir s’il
consomme zéro Y, elle est égale à son revenu divisé par le prix de X, soit R/Px.
Joignons ces deux points extrêmes et nous obtenons une droite budgétaire qui indique une
infinité de combinaisons possibles compte tenu du revenu et des prix :
Graphique 5 :
B. L’équilibre du consommateur
1. La combinaison optimale
La combinaison optimale correspond au point de tangence entre la courbe d’indifférence la
plus élevée et la droite de budget.
En conséquence, la combinaison optimale est définie par le point où une courbe
d’indifférence est tangente à la droite budgétaire (le point E sur le graphique 6 ci-contre).
Graphique 6 :
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On a donc : dY / dX = - Px / Py .
Pente de la courbe d’indifférence = dY / dX
Pente de la droite budgétaire = -( Px / Py )
Le TMS devient donc :
TMS = -dY / dX = P x / P y .
On peut montrer que ce résultat est compatible avec celui de la théorie de l’utilité marginale.
En effet, le TMS est égal au rapport des utilités marginales de X et de Y. En conséquence,
au point d’équilibre du consommateur (E) on a aussi :
TMS = UmX / UmY = Px / Py , ce qui, en multipliant les deux côtés par UmY puis en les
divisant par Px, est équivalent à :
UmX / Px = UmY / Py .
On retrouve ainsi la loi d’égalisation des utilités marginales pondérées par les prix
• Remarque mathématique
La variation totale de l’utilité liée aux variations des quantités de X et Y peut s’écrire :
dU = UmX .dX + UmY .dY .
Comme, par définition, sur une courbe d’indifférence, dU = 0, on peut écrire :
0 = UmX .dX + UmY .dY Þ UmX .dX = -UmY .dY
UmX / UmY = -dY / dX
2. Effet des variations de prix et du revenu
Les variations du revenu, à prix constants, déplacent la droite budgétaire sans affecter sa pente
(voir graphique 8) : la droite se déplace, parallèlement à elle-même, vers la droite si le revenu
augmente, vers la gauche si le revenu diminue. Les prix étant constants, le prix relatif Px/Py, et
donc la pente de la droite budgétaire, sont inchangés. La hausse de revenu augmente dans la
même proportion la quantité maximale de Y et de X et déplace donc dans cette même proportion
les deux points extrêmes à partir desquels nous avons tracé la droite budgétaire.
Par conséquent, quand le revenu augmente, la droite budgétaire se déplace vers la droite,
parallèlement à elle-même.
Graphique 7 et 8 :
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Les variations de prix modifient la pente de la droite budgétaire. Par exemple si le prix de X
diminue –celui de Y restant inchangé – la consommation maximum du bien X augmente, et le
point extrême de la droite budgétaire se déplace vers la droite, sur l’axe X. En revanche, le
maximum possible pour Y ne varie pas et le point extrême de la droite budgétaire sur l’axe Y ne
change pas.
Par conséquent, quand le prix de X diminue, on obtient une série de droites budgétaires qui
partent toutes du même point sur l’axe des Y et qui aboutissent, sur l’axe des X, à un point
d’autant plus éloigné vers la droite que le prix de X est bas. Sur la figure 9, on passe du point
d’équilibre E 1 au point E 2 , puis E 3 , etc.
La courbe de consommation-revenu et la courbe consommation-prix représentent la fonction
des points d’équilibre successifs ( E 1 , E 2 , E 3 , etc.). Elles illustrent l’évolution du « panier du
consommateur (combinaison des biens X et Y) lorsque le revenu ou les prix varient.
3. L’optimum du consommateur
3.1. Définition
L’optimum du consommateur, se définit par rapport aux quantités X et Y, dans l’hypothèse d’un
marché à 2 biens, qui maximisent son utilité compte tenu de sa contrainte budgétaire.
3.2. La solution graphique
R = X P X + Y PY
Pour un budget donnée et une fonction d’utilité correspondante U 1, le point
E appelé aussi point d’équilibre du consommateur est le point qui optimise la situation du
consommateur dans sa consommation de bien X et de bien Y, sous la contrainte budgétaire R.
Graphique 1 :
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Graphique 2 :
Le problème que nous avons résolu graphiquement peut être posé de manière formelle. La
recherche du plus haut niveau de satisfaction possible correspond à la maximisation de la
fonction d’utilité du consommateur. Cette maximisation se fait sous contrainte budgétaire
présentée plus haut. Ainsi, le consommateur doit résoudre le programme suivant :
Max U = U ( X , Y )
R = X P X + Y PY
Sous contrainte :
3.3. La solution algébrique : le multiplicateur de Lagrange
Méthode mathématique, les multiplicateurs de Lagrange permettent de transformer une situation
d’optimisation sous contrainte en une situation d’optimisation sans contrainte, facilitant ainsi la
résolution du modèle.
Dans le cas présent, la contrainte est toujours R.
R = X P X + Y PY
Avec , et la fonction d’utilité s’écrit U = U ( X , Y ) .
La fonction de Lagrange s’écrit :
L( X , Y , l ) = U ( X , Y ) + l (R - X P X - Y P Y )
.
l est une constante indéterminée, appelée multiplicateur de Lagrange.
L est maximisée lorsque les dérivées partielles s’annulent, soit encore :
dL dU
= -lPX = 0
dX dX (1)
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dL dU
= - l PY = 0
dY dY (2)
dL
= R - X P X - Y PY = 0
dl (3)
dU
dU
dX =
dU
dY = l dX = P X = l
dU
Soit encore : P X PY et dY P Y .
A l’équilibre, il y a optimum maximisant l’utilité du consommateur. Dans ce cas, condition
X (dU ) Y( dU )
remarquable : le rapport des utilités marginales de dX et de dY est égal au
rapport des prix relatifs de X et de Y. Ce rapport, c’est aussi le taux marginal de substitution entre
X et Y, ce qui explique pourquoi la droite de budget, l’optimum, est tangente à la courbe
d’indifférence U.
Application :
1. Optimisation sous contrainte
2
z = 2 x + 3xy + 6 y
2
Soit une fonction objectifs , optimiser cette fonction sous la contrainte
x + y = 40 .
2. Maximisation du profit
Une entreprise a une fonction de coût total égale à :
2
CT = 10 + 3Q + Q
et une fonction de demande égale à Q = 20 - P .
A quelles conditions, prix/quantité, cette entreprise maximise-t-elle son profit ? Quel est alors le
profit réalisé ?
Références bibliographiques :
ETNER J. & JELEVA M. (2018), Microéconomie, Ed. Dunod, 366 p.
GAYANT J.-P. (2019), Aide-mémoire. Microéconomie, 2e éd. Dunod, 297 p. ISBN: 978-2-10-
078887-3
GÉNÉREUX J. (2019), Economie politique. 2 Microéconomie, 8e éd. Hachette Supérieur,
159 p.
VÉDIÉ L. H. (2011), Microéconomie en 24 fiches, 3e éd., 157 p., ISBN: 978-2-10-056787-4
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