L’EXODE RURAL
I) Introduction
L’exode rural désigne le déplacement durable de populations quittant
les zones rurales pour aller s'implanter dans des zones urbaines.
Cette forme de migration est observée tout au long de l'histoire humaine
et se déroule aujourd'hui encore à l'échelle planétaire selon une intensité
et des modalités diverses.
Le phénomène de l'exode rural est aussi lié à la pauvreté dans les zones
rurales.
En effet, c'est moins la misère des ruraux qui est à l'origine des
mouvements que la différence du niveau de vie entre la campagne et la
ville. Pour François Latortue20(*), le phénomène d'exode rural exprime la
tendance à l'équilibre des revenus et de productivité dans tous les
secteurs de la production. En fait, c'est l'un des grands problèmes de
l'agriculture. Le phénomène d'exode rural s'explique par les difficultés
inhérentes à l'exploitation agricole et les conditions particulièrement
défavorables du travail agricole.
Les causes principales de l'exode rural découlent de plusieurs facteurs
qui couvrent à peu près tous les aspects de la vie économique et
sociale. Ce sont essentiellement les difficultés de la vie paysanne qui se
traduisent par une faiblesse de revenus, l'insuffisance et l'inadéquation
des services offerts en milieu rural et parallèlement l'attrait de la ville.
Certes, d'autres facteurs peuvent occasionner les mouvements des
populations rurales, tels que: le facteur psychologique, la politique, les
contraintes culturelles etc. ..., mais les causes les plus puissantes
demeurent la situation socio-économique précaire des paysans. Car,
assez généralement, c'est sous l'aiguillon de la faim, de la misère que se
produisent les mouvements des populations. Les ruraux ne se résignant
plus de leurs situations intolérables, attirés par le mirage dans les villes
ou dans l'autre monde, s'émigrent puisqu'obligés à chercher autre part
de nouvelles conditions de vie.
Cependant, si l'exode rural est l'une des conséquences de la pauvreté
rurale, il est aussi une cause de la paupérisation rurale entraînant des
conséquences graves dans les centres urbains. Ainsi, face aux
situations de pauvreté et de malnutrition liées aux problèmes de
dégradations de l'activité agricole devenant chaque jour de plus en plus
alarmantes, les marges de manœuvres des paysans demeurent fort
réduites. Pour bon nombre d'entre eux, l'unique voie envisageable
demeure l'exode rural. Ainsi, chaque année, un nombre élevé
d'émigrants laissent les campagnes, se dirigeant, pour la plupart, vers la
capitale et les autres villes de province nourrissant l'espoir illusoire
d'emplois dans le milieu urbain. Mais, en réalité, ces infortunés ne font
que changer leur misère de pôle dans la mesure où ils ne contribuent
qu'à alimenter les bidonvilles, lieux de référence de la pauvreté urbaine.
Ce qui va entraîner une élévation de la délinquance juvénile, dans le
niveau de prostitution, de banditisme etc.
II) Les raisons de l’exode rural
Beaucoup de ruraux quittent les campagnes pour s’installer en ville
Ils espèrent d’abord y trouver un travail mieux payé qu’à la campagne et
même en l’absence d’emplois, ils pensent pouvoir se “ débrouiller ”(…).
On y trouve aussi des loisirs qu’on ne trouve pas à la campagne.
On peut s’y faire mieux soigner qu’au village, être à proximité d’un
hôpital, d’une maternité.
On peut y envoyer ses enfants au lycée et ainsi les faire réussir.
On a enfin la certitude d’y survivre en cas de crise alimentaire : c’est là
qu’arrive d’abord l’aide envoyée par les pays riches. Et en cas de guerre,
les villes sont plus sûres que les campagnes.
III) Conséquences de l'exode rural
Sur les zones de départ, Le déficit de population n'est réduit, que pour
partie seulement, par le mécanisme de compensation démographique.
Le départ des jeunes – dont les enfants des chefs d'exploitations
agricoles – vers les villes, a pour effet de diminuer la population active
agricole, alors que le nombre de retraités agricoles reste relativement
élevé. Il en résulte un déséquilibre démographique important entre actifs
et retraités, et donc un déficit très important des régimes de protection
sociale agricole, les cotisations sociales ne pouvant équilibrer les
prestations sociales.
En ville, l'afflux de population alimente les crises du logement, et
l'instauration de faubourgs ou de bidonvilles. (Voir pour le cas de la
France : bidonvilles en France dans les années 1960). Les nouveaux
arrivants peuplent les périphéries des villes existantes ou donnent lieu à
la création ou développement de villes comme Le Creusot ou de
gigantesques conurbations comme le bassin minier du Nord-Pas-de-
Calais ou de Lorraine.
L'afflux de population plus ou moins bien intégrée dans les
agglomérations alimente les préjugés et opinions de peur vis-à-vis :
-d'ouvriers considérés comme concurrents : « Début avril 1848, on crie à
Paris sur les boulevards : À bas les Savoyards, qui sont alors pour la
plupart des sujets piémontais. À Lille et à Rouen, des fileuses irlandaises
sont molestées. On note des manifestations hostiles aux Belges dans le
Nord de la France ou de Piémontais à la Grand'Combe. La main d'œuvre
étrangère est dans de nombreux centres recherchée par les patrons
pour son prix moins élevé. »6
-de ceux qu'on désigne comme constituant des classes dangereuses à
la fois du fait de leur origine différente et aussi assez rapidement du fait
de leurs protestations contre les conditions matérielles qui leur sont
faites (Niveau de salaire, durée du travail, travail des enfants,
logement...) . Les incompréhensions mutuelles -renforcées par les
difficultés d'intégration résultant de l'afflux massif et désordonné de ces
populations-, sont attisées par les crises conjoncturelles et contribuent à
déséquilibrer les cadres de référence traditionnels et à poser à partir du
XIX° siècle ce que l'on a appelé la Question sociale.
Autre conséquence non moins réelle, le statut de la Femme et du travail
des Femmes est significativement modifié : « Ce serait une erreur de
croire que c'est la révolution industrielle qui a donné naissance au travail
des femmes. celui-ci a toujours existé dans la civilisation traditionnelle.
(...) Au stade de l'économie naturelle la femme - fille ou épouse- travaille
à la maison, dans le cadre de l'exploitation familiale, agricole, artisanale
ou commerciale, ou bien contribue par un travail domestique de fileuse
ou de tisseuse ». Par contre et consécutivement à l'exode rural « Avec le
travail en usine, (ou en ville) la femme est contrainte de travailler hors
foyer. C'est dans ce passage d'une activité intérieure à un cadre familial
vers une activité extérieure que réside la nouveauté du XIX° siècle »7
D'une manière plus globale, le phénomène de l'immigration alimenté par
un exode rural pour des raisons économiques de populations hors des
campagnes étrangères ne doit pas être oublié tant il rejoint de
nombreuses préoccupations chez nos contemporains.
IV) Origines et causes
L'exode rural n'est pas un simple transfert d'une population rurale à un
espace urbain avoisinant. Ses migrations revêtent différentes formes et
concernent de très nombreuses destinations :
Les migrations durables privilégient les plus grands centres urbains,
créant une certaine métropolisation.
Les migrations saisonnières ou temporaires de salariés sont très
courantes dans certaines professions, tel les maçons, charpentiers,
ramoneurs. Une partie de cette population pouvant revenir sur son lieu
d'origine, après avoir constitué un pécule. (voir à cet égard l'exemple
significatif du département de la Creuse).
L'émigration vers les colonies de peuplements ou les migrations intra-
européennes atteignent leur apogée durant la période 1860-1930.
La population mondiale est, jusqu'au XIXe siècle, majoritairement rurale.
En Europe, le mouvement d'urbanisation se développe dès le Moyen
Âge.
V) Conclusion
En effet, le terme d'exode rural, souvent employé dans le passé, est plus
une expression destinée à émouvoir qu'une réalité. Exode au sens strict,
signifie un départ en masse. Sous cette appellation, on désigne le plus
souvent la migration des ruraux vers les villes, dès lors que celle-ci est
relativement importante et continue.
De nos jours, les migrations massives de ruraux vers les villes
concernent avant tout les pays en voie de développement. Pour
l'ensemble des pays en voie de développement, on peut estimer que le
flux net en direction des villes est de 18 à 20 millions de personnes
chaque année. En Inde, c'est le cas pour près de 3 millions de
personnes.