Volume 5
Volume 5
Et de cinq !
Dans la lignée des quatre volumes déjà parus, cette livraison d’Au bonheur de lire
propose une nouvelle sélection de livres susceptibles d’intéresser les élèves de 4e, 5e et
6e secondaires et de leur donner le goût de la lecture. Rien n’empêche cependant les
adultes d’y trouver, tout comme nous l’avons fait, de quoi satisfaire leur curiosité
littéraire.
Les titres sont classés par niveaux de difficulté et sont accompagnés d’un court résumé
afin que chaque enseignant puisse proposer à ses élèves des lectures en fonction de leur
maturité littéraire et de leurs centres d’intérêts. L’année de parution mentionnée dans la
notice est celle de l’édition originale et nous avons choisi de renseigner les éditions au
format de poche lorsqu’elles sont disponibles. Un sigle dans la marge épingle nos coups
de cœur à titre indicatif.
Le comité de lecture :
Juin 2013
-1-
ROMANS DE NIVEAU 1
Sherman ALEXIE, Flight, traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Lederer, 2007.
10/18 n°4310.
Du sang indien coule dans les veines de Spots et, à quinze ans, il en est déjà à sa
vingtième famille d’accueil. Il ne se sent aucune attache et ne connaît pas d’autre langage
que la violence pour exprimer son vide intérieur. Un jour de haine ordinaire, il entre
dans une banque, prêt à faire un massacre. Mais il est stoppé net dans son geste et fait un
étrange voyage dans le temps qui le glisse dans la peau d’hommes obligés de poser un
choix face à la violence et à l’injustice.
Ce roman d’initiation aborde des questions fondamentales avec une légèreté de ton et
un humour qui feront mouche auprès des jeunes lecteurs.
Ce roman a été inspiré à Tahar Ben Jelloun par le destin tragique de Mohamed Bouazzi,
l’homme qui a initié le printemps arabe en s’immolant par le feu. Il imagine les derniers
instants de sa vie et nous montre comment l’injustice prive un homme de sa dignité en
lui ôtant son outil de travail, une simple charrette, alors que, diplômé en Lettres, il aurait
pu enseigner. Le récit précis, tout en phrases courtes, s’achève sur une ultime violence :
certains veulent même acheter la mort de Mohamed pour en faire un film alors qu’elle
est un acte de résistance qui appartient à l’humanité.
Ce texte fort fait la démonstration que la littérature est en phase avec le monde et n’a
pas encore dit son dernier mot.
T.C. BOYLE, L’Enfant sauvage, traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Demarty, 2010.
Le Livre de poche n°32813.
À la fin du XVIIIe siècle, la découverte dans une forêt du Languedoc d’un enfant
sauvageon, plus proche de l’animal que de l’homme, a passionné les foules. Capturé et
amené à Paris, le jeune garçon est un défi pour les scientifiques du siècle des Lumières.
Le sauvage est-il doté de morale ou n’est-il qu’une page vierge sur laquelle la société
vient imprimer sa marque ?
Ce court récit décrit avec clarté et retenue la triste vie de cet enfant perdu sur qui
l’époque fait reposer sa croyance en la suprématie de la culture sur la nature. Victor – du
nom que lui donnera son maître – va peu à peu apprendre à exprimer son humanité, ses
désirs et, d’une certaine façon, ses sentiments.
Une belle réflexion sur la nature humaine qui illustrera parfaitement les grandes
questions du XVIIIe siècle et qui peut être mise en parallèle avec le film éponyme de
François Truffaut.
-2-
Didier DAENINCKX, Galadio, France, 2010.
Folio n°5280.
Il ne fait pas bon être métis dans l’Allemagne des années trente. Comme des centaines
d’autres enfants, Galadio est né de la rencontre entre un tirailleur sénégalais venu faire
appliquer le traité de Versailles et une jeune Allemande. Poursuivis au même titre que
les Juifs comme les incarnations de la dégénérescence de la race aryenne, Galadio et sa
mère mènent une existence difficile, jusqu’au jour où le jeune homme est arrêté. Dirigé
vers les studios de cinéma de Babelsberg, il entame une carrière de figurant et part pour
le Sénégal, à la recherche de ses origines.
Armé d’une solide documentation, Didier Daeninckx nous dévoile un aspect méconnu de
la barbarie nazie et retrace le destin cruel des tirailleurs africains.
Katarina MAZETTI, Entre Dieu et moi c’est fini, traduit du suédois par Max Stadler et
Lucile Clauss, 1995 (2007 pour la traduction française).
Actes Sud Babel n°1050.
Linea est gênée par son imposant physique de basketteuse. La seule qui ait compris son
malaise, c’est Pia, une jeune fille atypique comme elle mais au caractère bien trempé et
qui n’a pas sa langue en poche. Toutes deux partageaient soucis, rêves d’amour et fous-
rires jusqu’à ce que Pia disparaisse tragiquement. Linea n’a plus alors qu’un mur auquel
se confier.
S’il évoque la mort d’une adolescente, ce roman n’en est pas triste pour autant. Partagé
entre le sourire et l’émotion, chaque lecteur pourra facilement se projeter dans l’univers
de la narratrice qui aborde avec beaucoup d’humour des problèmes aussi divers que les
rivalités entre élèves, la vie parfois compliquée des familles recomposées, la politique ou
même la question de l’existence de Dieu.
Stefan vit en Angleterre avec son père qui tient une librairie. Plutôt difficile dans une
société qui considère les livres comme subversifs, vecteurs de danger, voire de
terrorisme. Car dans le monde de Sam, tous les romans, d’Harry Potter à 1984, sont
réécrits pour les rendre conformes aux valeurs du régime, la population est
constamment surveillée par d’innombrables caméras et chacun est fiché par son ADN.
Absolument convaincu que cette politique est la bonne, Stefan a honte du métier de son
père mais ne sait comment réagir lorsqu’il découvre que celui-ci appartient à un groupe
d’opposants à la censure.
Ce roman d’anticipation au rythme enlevé retrace le cheminement de Stefan, des
certitudes rassurantes de la pensée unique jusqu’à l’émancipation et la prise de
conscience du rôle de la littérature, à travers des classiques comme Fahrenheit 451 ou
L’Attrape-cœurs.
-3-
Aki SHIMAZAKI, Mitsuba, Japon/Canada (Québec), 2006.
Actes Sud Babel n°1123.
♥ Larry WATSON, Montana 1948, traduit de l’anglais (États-Unis) par Bertrand Péguillan,
1993.
Gallmeister, Totem n°1.
David, douze ans, est le fils du shérif, un homme débonnaire qui exerce sa fonction à
regret. L’oncle de David, médecin, est celui qui a réussi. Héros de guerre, c’est le fils
prodigue, le préféré du patriarche. Lorsqu’une jeune Indienne en vient à porter de
graves accusations à l’encontre de cet homme admiré de tous, la question se pose de
savoir s’il vaut mieux être fidèle à sa famille ou à ses convictions.
Dans ce court roman d’initiation, l’auteur choisit le regard d’un enfant pour questionner
les valeurs et les enjeux de pouvoir au sein de la famille. Une atmosphère lourde de
tension et toujours au bord de l’explosion, comme si les hommes de ces terres immenses
avaient gardé en eux toute la fureur dont est capable la nature qui les entoure.
-4-
ROMANS DE NIVEAU 2
ADIGA Aravind, Le Tigre blanc, traduit de l’anglais (Inde) par Annick Le Goya, 2008.
10/18 n°4335.
Balram est né dans l’Inde de ceux qui, de père en fils, sont voués à la soumission. Mais
son ambition est plus forte que les traditions et, sur un coup de chance, il parvient à se
faire engager comme chauffeur de maître. Il quitte alors sa province pour Delhi et
découvre une nouvelle vie. À travers les lettres qu’il écrit au Premier ministre chinois,
Balram raconte comment il en est finalement arrivé à dépasser la condition de sa
naissance pour devenir un entrepreneur prospère de l’Inde moderne. Quitte à
commettre le pire…
Ce roman initiatique, Man Booker Prize en 2008, touche par sa fraîcheur et son humour
désabusé. Pas de misérabilisme ni de conte de fées ; ce n’est pas l’histoire d’un gentil
garçon auquel sourit la fortune mais bien, dans un monde globalisé, celle d’un serviteur
qui choisit de perdre son intégrité pour avoir une chance de s’en sortir.
Adam BRAVER, 22 novembre 1963, traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau,
2008.
Le Livre de poche n°32316.
Le 22 novembre 1963 est une journée dont se souviennent avec précision tous ceux qui
l’ont vécue. L’employé de la morgue, le cinéaste amateur, le personnel de la Maison
Blanche, autant d’existences bouleversées par l’assassinat du président Kennedy. À
commencer par celle de sa femme, Jackie, qui doit affronter la tragédie qui s’abat sur elle
et sur le pays tout entier.
De cet événement-phare du XXe siècle, Adam Braver tire un récit où les voix et les points
de vue sont multipliés, comme dans une toile cubiste. Il mêle fiction littéraire et
témoignages pour montrer de l’intérieur la construction d’un mythe collectif. Ni du
journalisme, ni de l’histoire, ni de la fiction mais un habile mélange des trois.
Guido n’a pas le profil du héros : à trente-huit ans, il traverse une phase dépressive suite
à son divorce. Même dans l’exercice de son métier d’avocat, ses clients lui apparaissent
comme un ramassis de malhonnêtes. Lorsque sa route croise celle d’un Sénégalais,
vendeur ambulant sur les plages, il est loin d’être enthousiaste à l’idée de défendre cet
homme accusé d’avoir enlevé et tué un enfant. D’autant que l’affaire semble limpide :
témoins et indices accablent son client. Mais Guido s’accroche…
Et l’on suit alors comme si on y était l’évolution du procès, les interrogatoires et les
contre-interrogatoires, les plaidoiries ; sous les apparences d’un polar, ce roman nous
montre avec beaucoup de réalisme les coulisses du métier d’avocat.
-5-
Sorj CHALANDON, Mon traître, France, 2007.
Le Livre de poche n°31457.
Antoine, jeune homme solitaire, est luthier à Paris. Lors des voyages qu’il fait en Irlande,
il loge chez Jim et Cathy O’Leary qui fréquentent les milieux engagés contre l’oppression
britannique. C’est en les accompagnant dans un pub où se retrouvent les héros de la
lutte irlandaise qu’il rencontre Tyrone Meehan, un homme charismatique avec lequel il
tisse une amitié hors du commun, proche de la fascination. Grisé par le sentiment
nouveau d’appartenir à une communauté, Antoine embrasse bientôt la cause de l’armée
républicaine irlandaise, malgré les recommandations de Tyrone qui l’incite à se tenir à
l’écart d’un combat qui n’est pas le sien.
Si ce roman évoque aussi bien la force d’une amitié et la dévastation d’une trahison, c’est
parce qu’il est inspiré de la relation qui lia Sorj Chalandon à Denis Donaldson, transfuge
de l’IRA mystérieusement assassiné en 2006.
Lorsque leur frère se marie, les sœurs Philpot sont obligées de quitter la demeure
familiale de Londres pour aller vivre dans une modeste maison sur la côte. Nous
sommes au début du XIXe siècle et une femme qui ne constitue pas un parti intéressant
est condamnée à finir vieille fille.
Elizabeth, l’aînée, découvre sur la plage le plaisir de rechercher des fossiles, ces
« prodigieuses créatures » figées dans la pierre. C’est ainsi qu’elle lie connaissance avec
Mary Anning, une fille du peuple très douée pour repérer les plus beaux spécimens. Mais
ceux-ci soulèvent une grave question théologique à laquelle le révérend du village est
incapable de répondre : si ces animaux ont disparu, cela veut-il dire que Dieu a
abandonné certaines de ses créatures et qu’il est donc faillible ?
Jonathan COE, La Pluie avant qu’elle tombe, traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par
Djamila et Serge Chauvin, 2007.
Folio n°5050.
Lassé d’être éconduit par le pape Jules II dont il doit pourtant construire le fastueux
tombeau, Michel-Ange embarque pour Constantinople à l’invitation du sultan Bajazet
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qui lui demande de concevoir un pont sur la Corne d’Or. La ville met tous les sens de
l’artiste en éveil mais parviendra-t-il à faire fi des rivalités entre l’Orient et l’Occident et
à créer un nouveau chef d’œuvre?
De cet épisode ottoman, les historiens de l’art n’ont gardé que de rares traces. Mathias
Énard comble les vides de l’histoire par la fiction et, en imaginant ces quelques semaines
passées sur la terre de l’ennemi de l’Église de Rome, il dresse le portrait d’un artiste qui
nourrit son art de ses expériences. Un voyage exotique, sensuel et artistique qui permet
d’aborder le personnage et l’œuvre de Michel-Ange d’un point de vue original.
Roman lauréat du Goncourt des lycéens en 2010.
Lakhdar, un jeune Marocain, est chassé de chez lui après avoir été surpris en pleins
ébats amoureux avec sa cousine. C’est le début d’une errance qui l’emmènera jusqu’à
Barcelone. Il aura entretemps vécu les remous du printemps arabe, côtoyé des
extrémistes, des poseurs de bombes, des Européens désabusés, de jeunes indignés
espagnols et découvert une Europe aussi explosive et malmenée que le Tanger qu’il a
quitté.
Dans ce roman d’apprentissage qui colle à l’actualité, Mathias Énard nous emporte par
son style vif à la suite d’un personnage loin des clichés, confronté à la violence des
rapports sociaux. Lakhdar est un exilé plein de doutes et de contradictions qui tente de
se construire une existence. Une métaphore du monde contemporain ?
Susana FORTES, En attendant Robert Capa, traduit de l’espagnol par Julie Marcot, 2009.
10/18 n°4539.
Si l’histoire se souvient du grand photographe Robert Capa, il n’en va pas de même pour
sa compagne, Gerta Porohylle. Juive polonaise exilée à Paris en 1935, elle fréquente
intellectuels et artistes de gauche réfugiés de tous pays, dans une ambiance
d’effervescence politique et créatrice. Sa rencontre avec André Friedmann lui fera
découvrir la photographie et l’amour. C’est ensemble que les deux jeunes gens,
rebaptisés Robert Capa et Gerda Taro, se lancent dans le photojournalisme et partent
rendre compte de ce qui se passe en Espagne.
Ce roman plonge le lecteur dans l’exubérance du Paris des années trente où tout
semblait possible, puis dans l’horreur de la guerre civile espagnole, aux côtés de milliers
d’hommes et de femmes qui se sont engagés fraternellement dans un combat contre le
fascisme.
Oublié lors d’une escale sur les côtes australiennes au milieu du XIXe siècle, Narcisse
Pelletier va s’intégrer à la vie d’une petite tribu jusqu’à en perdre tout vernis de
civilisation : sa langue, d’abord, mais aussi les usages et coutumes de son pays. Dix-huit
années plus tard, il est retrouvé par hasard et ramené vers l’Europe, épaulé dans sa
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redécouverte du monde occidental par un scientifique qui va se passionner pour celui
qu’on appellera désormais le sauvage blanc.
Partant d’une histoire vraie, l’auteur imagine les premiers pas de Narcisse dans le
monde des indigènes et, en parallèle, le récit de son retour parmi les siens. Plus qu’une
robinsonnade, c’est le témoignage du contact entre deux cultures que tout oppose. Et la
société de l’époque se retrouve face à un mystère : alors que tous sont persuadés de la
supériorité de la race blanche, pourquoi Narcisse s’accroche-t-il à sa vie auprès de la
tribu ? Une belle interrogation sur l’altérité et sur les supposés bienfaits de la
civilisation.
Katharina HAGENA, Le Goût des pépins de pomme, traduit de l’allemand par Bernard
Kreiss, 2008.
Le Livre de poche n°32131.
Iris, la trentaine, hérite de la maison de sa grand-mère. Elle s’y installe pour quelques
jours, le temps de décider si elle accepte cet héritage. Il y a bien longtemps qu’elle n’était
plus venue dans cette vieille demeure. C’est pourtant là que dorment tous ses souvenirs
d’enfance : les après-midi au jardin avec sa cousine Rosemarie et leur amie Mira, les
histoires d’amours malheureuses de ses tantes, les bizarreries de sa grand-mère. Le
passé resurgit alors peu à peu, vient même frapper à la porte ou vous surprendre au
bord du lac…
La mémoire, l’oubli et le souvenir sont les thèmes centraux de cette comédie romantique
et l’auteure parvient à les cueillir sans mièvrerie, avec douceur et nostalgie, au gré d’une
écriture fluide et lumineuse.
Une jeune mère en pleurs. Entrée faire une course dans un magasin, elle a laissé son
bébé seul dans sa poussette. À son retour, l’enfant a disparu. Qui est responsable : une
connaissance, un membre de la famille, un étranger de passage ? Le juge Conrad, homme
intègre, va tenter de résoudre cette douloureuse énigme.
Le roman a été élu Prix des lycéens de Littérature 2011.
Jonas JONASSON, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, traduit du suédois par
Caroline Berg, 2009.
Pocket Best n°14857.
Le jour de son centième anniversaire, Allan Carlson décide de faire le mur pour
échapper à la fête organisée en son honneur à l’hospice. Filant dans ses pantoufles, le
vieillard entame un périple qui l’amènera à rencontrer la fortune mais aussi quelques
énergumènes peu recommandables, ainsi qu’un vendeur de hot-dogs surdiplômé, une
rousse flamboyante au langage peu châtié, une éléphante débonnaire et un inspecteur
déprimé. Mais il en faut plus pour étonner Allan qui, au cours d’un siècle d’existence
mouvementée, a eu l’occasion de boire un coup avec tous les puissants de la planète, de
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Churchill à Staline en passant par Truman et Mao, non sans influencer légèrement le
cours de l’histoire au passage...
Ce roman plein d’humour et de surprises revisite l’histoire du vingtième siècle d’un
point de vue décalé : celui d’un Suédois anonyme peu intéressé par la politique mais qui
ne dit jamais non à un petit verre !
Mons KALLENTOFT, Hiver, traduit du suédois par Lucile Clauss et Max Stadler, 2007.
Points n°2680.
Jisele, une hôtesse de l’air de trente ans, croit vivre un vrai conte de fées lorsque Mark,
un beau pilote veuf au charme fou, lui demande sa main. C’est donc avec joie qu’elle
s’apprête à devenir une femme au foyer exemplaire et une bonne mère pour les trois
enfants de son mari. Mais son rêve prend vite l’eau face aux nombreuses absences de
Mark et à l’hostilité de ses enfants. Lorsqu’une épidémie dévastatrice transforme
radicalement les conditions de vie sur Terre, Jisele se voit obligée de lutter pour leur
survie.
Ce roman aux facettes multiples débute comme une série télé, verse ensuite dans la
chronique familiale et nous emmène, en revisitant les codes des contes de fées, dans les
soubresauts d’un récit post-apocalyptique habilement mené.
Claire KEEGAN, Les Trois Lumières, traduit de l’anglais (Irlande) par Jacqueline Odin,
2011.
10/18 n°4556.
Les Kinsella, un couple de fermiers irlandais sans enfant, accueillent le temps d’un été
une fillette dont la mère enceinte est quelque peu débordée par sa famille nombreuse.
L’enfant s’intègre facilement dans son foyer d’accueil dont l’attention bienveillante
l’entraîne à mille lieues de ce qu’elle a connu jusque-là. Des zones d’ombre apparaissent
aussi mais sans altérer la quiétude du séjour où, le temps d’une saison, la petite fille
apprend l’amour et la tendresse.
Un roman tout en délicatesse qui dépeint avec une grande pudeur les sentiments de ses
personnages.
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Jesse KELLERMAN, Les Visages, traduit de l’anglais (États-Unis) par Julie Sibony, 2008.
Points n°2523.
Le jeune Ethan Muller évolue dans le milieu branché des galeries d’art new-yorkaises.
Un jour, il est amené à découvrir dans un taudis des milliers de feuillets couverts de
dessins hallucinés qui s’imbriquent pour former la carte d’un univers tentaculaire.
Fasciné par ce qu’il considère comme l’œuvre d’un génie – à moins que ce ne soit celle
d’un fou ? – Ethan se lance à la recherche de l’occupant des lieux qui semble s’être
évaporé sans laisser de trace. Mais sa quête prend une autre tournure lorsqu’un policier
à la retraite reconnaît parmi les dessins les visages d’enfants assassinés quarante ans
plus tôt…
Du suspense, des secrets de famille jalousement gardés, et même un brin de romance, le
tout saupoudré de réflexions désabusées sur les lois qui régissent le marché de l’art
contemporain : voilà les ingrédients qui font de ce faux polar un vrai délice qu’on
savoure jusqu’à la dernière page.
Philip KERR, La Trilogie berlinoise. Tome 1 : L’Été de cristal, traduit de l’anglais (Grande-
Bretagne) par Gilles Berton, 1989-1991 (2008 pour la traduction française).
Le Livre de poche n°31644.
Bernhard Gunther, ancien inspecteur de police devenu détective privé, est engagé par le
riche industriel Hermann Six pour découvrir la vérité sur le meurtre de sa fille et de son
gendre et pour retrouver le précieux collier de diamants qui était enfermé dans le coffre-
fort de la chambre des époux.
Un roman noir qui pourrait être un classique du genre si ce n’était le cadre spatio-
temporel tout particulier dans lequel baigne le récit. En effet, l’action se situe à Berlin, à
la veille des jeux olympiques de 1936 : Hitler est au pouvoir, la Gestapo se mêle à
l’enquête et notre détective, dont la route croisera Himmler et Goering, va découvrir à
ses dépens la réalité des camps de concentration.
À douze ans, Tomoko part s’installer dans la grande maison de ses oncle et tante. Tout y
est différent de sa vie d’avant. Mina, sa cousine à la santé fragile, se rend à l’école à dos
d’hippopotame nain, prend des bains de lumière pour soigner son asthme, se passionne
pour le volley et collectionne les boîtes d’allumettes.
Sous les yeux du lecteur se déroule une année de cette vie particulière, nimbée de la
saveur sucrée de l’enfance.
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Audur Ava ÓLAFSDÓTTIR, Rosa candida, traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson,
2007.
Points n°2772.
Lobbi n’est jamais aussi heureux que, lorsque les mains dans le terreau, il bouture la
rose sans épines que sa mère avait réussi à faire fleurir sur le sol inhospitalier de leur
terre natale. Le jeune homme saisit un jour l’occasion de descendre vers le Sud pour
aller rénover la roseraie d’un monastère, laissant derrière lui son père, son frère
handicapé et sa petite fille, Flora Sol, née de l’aventure d’une nuit avec « l’amie d’un
ami ». Lorsque la mère et l’enfant débarquent sans crier gare dans sa nouvelle vie, Lobbi
doit apprendre à cultiver un tout autre talent : celui de devenir père.
Les personnages de ce roman initiatique rayonnent de douceur et de tendresse, telle
cette rose mystique que Lobbi va transplanter en terre étrangère pour perpétuer le
souvenir de sa mère disparue.
C’est la chaleur de l’été. Les filles et les garçons quittent doucement les jeux de l’enfance
pour se lancer dans les premières histoires d’amour, ritualisées dans les boums. Bien
qu’elle n’ait que quinze ans, Catherine ressent parfois une certaine langueur, comme un
étourdissement qu’elle comprend à peine. Comment apprivoiser ce désir naissant,
ignoré des tests de Ok ! où les filles sont présentées comme des poupées qui font
« non » ? Bien des années plus tard, Catherine revient avec sa sœur dans la maison où
elles passaient leurs vacances. Le moment est venu pour elle d’affronter le souvenir qui
la hante depuis longtemps…
D’une plume douce-amère, Anne Percin parvient à arracher son personnage aux
stéréotypes de l’adolescente. À la découverte d’elle-même, Catherine va se heurter aux
mots qui enferment, au regard des autres, à la violence des rapports sociaux. Au-delà de
la puissance du récit, le livre séduit par son ambiance sensuelle et fiévreuse et par la
pointe de nostalgie qui émane de l’évocation très réussie des années quatre-vingt.
Anne B. RAGDE, Zona frigida, traduit du norvégien par Hélène Hervieu et Eva
Sauvegrain, 1995.
10/18 n°4578.
Mais pourquoi Béa a-t-elle choisi de dépenser ses derniers deniers pour faire une
croisière hors de prix dans le Grand Nord, au fin fond de la Norvège ? Parmi les
passagers à bord, Béa détonne par son penchant pour la boisson, son désintérêt pour la
beauté des paysages et son humour grinçant. Aurait-elle une autre motivation que celle
de photographier des ours polaires ?
Dans un décor magnifique et glacial, ce roman distille une intrigue en huis-clos, pleine de
rebondissements, avec un message écologique jamais caricatural. L’armure de l’héroïne
se fissure peu à peu pour laisser place à des blessures ouvertes et, peut-être, à une
grande histoire d’amour.
- 11 -
♥ Jean-Christophe RUFIN, Le Grand Cœur, France, 2012.
Gallimard.
Nous sommes à la fin du Moyen Âge, à un tournant décisif dans la longue guerre de Cent
Ans. Jacques Cœur est le grand argentier de Charles VII. Sentant sa fin proche, il revient
sur les moments essentiels de son existence : comment, jeune homme natif de la grise
ville de Bourges, il a posé les premiers jalons du commerce international que la
Renaissance exploitera largement. Puis sa découverte du Sud lumineux, de la
resplendissante Italie, de l’Orient fastueux… Et la rencontre inespérée de son âme sœur,
la belle Agnès Sorel. Ces deux-là se reconnaissent et s’aiment à jamais. Malgré le Roi.
Rufin brosse le portrait d’un homme à la fois aventureux et réfléchi mais surtout celui
d’une époque en pleine ébullition, à la charnière entre le Moyen Âge et la Renaissance.
Tandis qu’un groupe d’amies se réunit pour jouer au bridge et échanger les derniers
potins, leurs bonnes noires s’activent au ménage et à l’éducation des enfants. Mais l’une
de ces dames fronce le nez : elle ne peut accepter de partager plus longtemps ses
toilettes avec le petit personnel. Il faut que cela change : une loi pour séparer maîtres et
domestiques dans les lieux d’aisance s’impose !
Skeeter n’est pas de cet avis et elle entreprend d’écrire un livre qui donne enfin la parole
aux servantes de couleur. Mais est-ce réalisable ? Celles-ci vont-elles oser se confier à
une blanche ? Et elle, ne risque-t-elle pas de s’aliéner sa propre communauté ?
Kathryn Stockett multiplie les points de vue et les changements de ton, passant de
l’humour à l’émotion puis à la révolte pour nous montrer l’étendue du gouffre qui sépare
les communautés dans l’Amérique des années soixante, mais aussi, plus subtilement,
tout ce qui les rapproche.
- 12 -
ROMANS DE NIVEAU 3
Tout commence par un détail dans la signature de L’Homme au gant, tableau attribué au
Titien : et si cette petite différence chromatique était la preuve de l’existence d’un autre
peintre ? À partir de ce presque rien, le romancier amène son lecteur en 1531, dans les
rues bouillonnantes de Constantinople où vit Elie, un jeune garçon qui n’a qu’une
obsession : dessiner. Or ni les musulmans ni les juifs n’acceptent que la créature de Dieu
se prenne pour un créateur ; seuls les chrétiens, dans leurs incroyables mosaïques, osent
représenter les figures humaines. Alors quand l’occasion se présente, il n’hésite pas et
s’embarque pour l’Italie, direction Venise, où il deviendra célèbre sous le nom du
« Turquetto ».
Le personnage d’Elie, juif en exil obligé de taire ses origines et son passé, fait la synthèse
entre l’Orient et l’Occident. Au risque de se perdre... Car au-delà de l’art, le grand thème
de ce roman passionnant et sensuel est la mixité des cultures dans la société. Et celle du
seizième siècle rappelle bien souvent la nôtre…
Paul AUSTER, Sunset Park, traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Furlan, 2010.
Actes Sud Babel n°1177.
Milles, jeune adulte, vivote au gré des petits boulots, le dernier en date consistant à vider
les maisons que les victimes de la crise financière ont dû quitter. Il a fui ses parents sans
plus donner de nouvelles, emportant avec lui un lourd secret. Le hasard dirige ses pas
vers Brooklyn, à Sunset Park, où un ami d’enfance s’est installé dans un squat assez
confortable. Milles y rencontrera des colocataires qui semblent eux aussi avoir mis leur
vie sur « pause ».
Les récits de chacun de ces personnages vont se croiser et donner vie à un petit monde
unissant ses forces contre une adversité aux formes diverses. Tous semblent vouloir
croire en leurs rêves : devenir artiste, maintenir le passé en vie, trouver l’amour. Une
utopie ?
Gerbrand BAKKER, Là-haut tout est calme, traduit du néerlandais (Pays-Bas) par
Bertrand Abraham, 2006.
Folio n°5187.
Là-haut, c’est l’étage de la ferme où Helmer décide d’installer son vieux père. Un
mouvement sans précédent dans cet univers où tout semble figé depuis trente ans.
Routinière, la vie à la campagne laisse peu de place à la nouveauté. Helmer mène une
existence qu’il n’a pas voulue : il a dû prendre la place du fils préféré mort trop tôt et
abandonner ses études à Amsterdam pour se consacrer entièrement à la petite
exploitation familiale. Pourrait-il tout recommencer à cinquante-cinq ans ? Dans le
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silence oppressant de la nuit, il reste une partie de lui-même qui parvient encore à faire
entendre sa voix.
Dans ce roman très contemplatif, la finesse de l’écriture parvient à suggérer, avec
pudeur et poésie, les infimes mouvements de la conscience que les personnages ont
d’eux-mêmes. Des thèmes que l’on a souvent rencontrés (l’imminence de la mort, la
relation au père, la gémellité,…), abordés ici avec une incroyable justesse, sans jamais
tomber dans le mélodrame.
Un écrivain tente de rendre hommage aux deux parachutistes tchèques qui, en 1942, ont
perpétré l’attentat qui coûta la vie à Reinhard Heydrich, l’une des têtes de l’appareil nazi
et architecte de la Solution finale. Accumulant les sources et les témoignages, le
romancier veut trouver les moyens de rendre vie à tous les protagonistes de l’histoire
sans pour autant les réduire au rang de personnages de fiction : Heydrich est beaucoup
plus que le « méchant » du conte et les deux parachutistes méritent davantage que le
statut de héros de roman.
L’auteur essaye de coller le plus possible à la réalité des faits historiques mais s’autorise
ça et là, souvent à contrecœur, un recours à la fiction pour donner vie à son récit. Un
mélange de distance et de proximité à la croisée des genres qui emporte le lecteur dans
l’incroyable histoire de cet attentat.
Pour comprendre le monde qui l’entoure, Célio a recours aux mathématiques. Et dans le
chaos qui règne à Kinshasa, il est bon de pouvoir se reposer sur quelques certitudes… Sa
candeur et l’originalité de sa pensée attirent l’attention d’un homme fort du Président,
directeur d’un bureau de renseignements et d’informations dont les intentions sont
assez troubles. Pour Célio, c’est l’occasion unique de quitter le royaume de la débrouille
pour aller côtoyer les plus hautes sphères de la société et mettre ses talents au service
de l’État.
Le tableau du Congo contemporain dressé par Bofane est sans appel : alors qu’un
semblant de démocratie tente péniblement de s’installer, le pouvoir en place manipule
l’opinion publique et entretient l’illusion d’un pays en marche vers le changement. À côté
de cela, il y a toute la vie d’un peuple qui crie famine et parvient pourtant à garder le
sourire. C’est d’ailleurs souvent par le biais de l’humour que l’auteur tire ses flèches qui
mettent en évidence l’absurdité de certaines situations.
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Joseph BOYDEN, Le Chemin des âmes, traduit de l’anglais (Canada) par Hugues Leroy,
2006.
Le Livre de poche n°30959.
Xavier et Elijah, deux Amérindiens de l’ethnie Cree, ont grandi dans la nature grandiose
de l’Ontario. À peine adultes, ils décident de s’enrôler ensemble dans l’armée canadienne
pour combattre les Allemands. Après avoir fui l’assimilation des sœurs catholiques et
lutté pour leur survie dans la nature à la fois inhospitalière et envoûtante de leurs
ancêtres, les voilà précipités dans la boucherie des tranchées de 14-18, partageant
l’infortune de leurs compatriotes et de soldats européens qui les regardent souvent de
haut. Mais pour ces chasseurs hors pair devenus tireurs d’élite, l’ennemi n’est pas
forcément là où on l’attend ; la folie ou la démesure les guettent, entachant leur amitié
d’inquiétants sentiments de rivalité et de haine.
Avec ce roman très bien documenté, Joseph Boyden nous livre un récit puissant, parfois
violent, passant des rites séculaires des Indiens Cree au cœur de l’enfer de la guerre des
tranchées.
Chacun peut construire, pour lui-même ou pour un proche, une Maison de l’âme. Il s’agit
de créer dans l’au-delà une demeure la plus accueillante et la plus confortable possible
pour le défunt, en offrant à des inconnus les objets avec lesquels on souhaite la meubler.
Claire, journaliste, a vécu en Afrique l’expérience traumatisante de l’agonie silencieuse
d’une jeune femme et n’arrive pas à se libérer de cet obsédant souvenir. Accepter de
partir en Roumanie faire un reportage qui donne la parole aux « démolis » de Snagov,
déplacés de force par le régime dictatorial de Ceausescu, lui permettra peut-être de se
libérer du poids des non-dits.
Prix Victor Rossel des Jeunes 2010.
Michel est un adolescent typique des années soixante : il se consacre bien plus volontiers
au rock’n’roll et au baby-foot du bistro Le Balto qu’à ses études au lycée. C’est dans
l’arrière-salle du café qu’il fait la connaissance du Club des incorrigibles optimistes, un
cercle de joueurs d’échecs qui ont fui le bloc de l’Est en laissant tout derrière eux pour se
réfugier à Paris. Ils se retrouvent pour d’épiques et bruyantes parties d’échecs arrosées
de vodka, au cours desquelles ils refont le monde avec l’énergie de ceux qui n’ont plus
rien à perdre. Entraîné dans ce tourbillon, Michel apprend la vie, mais il mûrit peut-être
plus vite qu’il ne l’aurait souhaité…
Un roman d’apprentissage qui est aussi le roman d’une époque, celle de la fin des grands
idéaux.
Prix Goncourt des lycéens 2009.
- 15 -
Nicole KRAUSS, L’Histoire de l’amour, traduit de l’anglais (États-Unis) par Bernard
Hoepffner et Catherine Goffaux, 2006.
Folio n°4699.
Derrière ce titre à l’eau de rose se tisse l’incroyable réseau de hasards qui unit trois
destinées autour d’un livre intitulé L’Histoire de l’amour. Écrit dans la Pologne d’avant-
guerre par un jeune homme qui donne à son héroïne le prénom de sa bien-aimée, ce
roman oublié a inspiré des décennies plus tard le prénom d’Alma, une adolescente new-
yorkaise. Celle-ci tente de surmonter la mort de son père en se lançant sur les traces de
cette œuvre entourée de mystère. Et puis il y a Léo, le vieil exilé polonais qui pose
comme modèle dans le cours de dessin d’Alma et en qui elle voit le reflet de sa propre
solitude.
Une construction vertigineuse qui par un jeu de cercles concentriques suscite une
réflexion sur le pouvoir de l’écrit et la nécessité de la transmission dans la constitution
de notre identité.
♥ Aryn KYLE, Le Dieu des animaux, traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne-Laure Tissut,
2007.
Gallimard.
Alice, treize ans, vit dans le ranch familial, entre une mère qui garde le lit depuis qu’elle
l’a mise au monde et un père qui se démène pour faire tourner son manège. Sa grande
sœur, championne d’équitation, a pris la fuite avec un cowboy, laissant Alice seule avec
des parents qui ne la voient pas grandir. Alors elle s’invente des amies, vivantes ou
mortes, elle communique par téléphone avec son professeur d’anglais dont elle croit
tomber amoureuse, elle imagine le voyage de sa sœur. Mais il y a la réalité, la difficulté
de se faire une place à l’école et dans le monde, la crainte de l’avenir, les rêves auxquels
il faut renoncer.
Si on parle beaucoup de cheval dans ce roman, on est loin de l’univers glamour dont
rêvent les petites filles. La vie dans une écurie est un travail harassant et ingrat ;
l’homme doit assurer sa domination sur l’animal, souvent par la force. Dans ce cadre
rude et impitoyable, Aryn Kyle évoque avec beaucoup de justesse l’adolescence, la
solitude des êtres et la violence sourde des rapports humains.
Joyce Carol OATES, Fille noire, fille blanche, traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude
Seban, 2006.
Points n°2587.
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pose la question de la marge de manœuvre personnelle que nous laissent notre
éducation et la société dans laquelle nous vivons.
Un matin, la vieille Aliide Truu découvre une fille endormie dans sa cour. D’abord
méfiante, elle décide finalement de faire entrer cette visiteuse sale et déguenillée dans
son univers coupé du monde, quelque part dans la campagne estonienne. Entre les deux
femmes planent des secrets, de la peur et de la méfiance. Petit à petit, elles vont lever le
voile sur leur histoire et décider de s’épauler, même si le prix à payer est élevé.
Dans ce puzzle dont l’auteur distille les éléments à travers une chronologie éclatée, le
lecteur découvre par bribes les vies tourmentées de deux êtres qui ont vécu l’horreur.
D’une génération à l’autre, la même question se pose : est-on victime ou bourreau ?
Un roman au style tranchant qui nous ramène vers ces années sombres où suspicions et
dissimulations recouvraient les pays de l’Est d’une chape de plomb.
Plusieurs scènes violentes pourraient heurter la sensibilité de certains lecteurs.
Prix Fémina Étranger 2010.
En 1951, alors que de jeunes Américains continuent de mourir sur le front de la guerre
de Corée, Marcus quitte la demeure familiale pour entamer sa deuxième année
d’université au Winesburg College, établissement qui défend des valeurs patriotiques et
religieuses. Fils d’un boucher kasher, Marcus ne peut plus supporter l’écrasante
sollicitude de son père. Studieux et appliqué, il se conforme aux règles mais montre peu
d’enthousiasme quand il s’agit de participer à la vie sociale de l’université. Immergé
dans un monde pudibond, il n’en ressent pas moins du désir pour le sexe opposé, ce qui
finira par lui attirer pas mal d’ennuis…
Portrait d’une époque mais surtout d’une étape dans la vie de chaque être humain,
Indignation dépeint, avec tendresse et un humour désabusé, le passage parfois périlleux
de l’adolescence à l’âge adulte.
Lorsqu’il apprend la mort de ses parents, massacrés dans leur village par le GIA, Rachel
entreprend le voyage plus que périlleux qui sépare sa banlieue parisienne du bled
algérien. Mais ce qu’il découvre là-bas est bien loin de ses attentes : une vieille valise lui
révèle le passé caché de son père, l’ancien officier SS Hans Schiller. Rachel n’aura alors
de cesse de comprendre cet homme mais aussi d’expier sa faute. À travers le journal de
ses découvertes, il tentera de faire comprendre à son frère Malrich, jeune tête brûlée de
la cité, l’origine du mal qui le ronge pour le libérer de ce poids.
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Rédigé sous forme d’un journal à plusieurs mains, ce roman est une attaque en règle
contre les formes contemporaines du nazisme et les extrémismes de tous poils.
Juan Pablo VILLALOBOS, Dans le terrier du lapin blanc, traduit de l’espagnol (Mexique)
par Claude Bleton, 2010.
Actes Sud.
Totchli, jeune garçon atypique, vit enfermé dans un monde créé par son père, un
narcotrafiquant richissime et paranoïaque. C’est depuis sa cage dorée qu’il nous raconte
sa vie, ses cours privés, son goût pour les chapeaux, son désir d’avoir des hippopotames
nains dans son zoo. Cet univers a priori protégé baigne en réalité dans une violence
assumée que les protagonistes trouvent naturelle.
Un conte glaçant où la folie d’un enfant fait écho à celle des adultes.
Akira YOSHIMURA, Le Convoi de l’eau, traduit du japonais par Yutaka Makino, 1976
(2009 pour la traduction française).
Actes Sud Babel n°1059.
Des ouvriers arrivent au fond d’une vallée coupée du monde pour y construire un
barrage hydroélectrique. Ils y découvrent un hameau hors du temps, condamné à être
englouti par les eaux et observent à une distance prudente les étranges coutumes des
habitants du lieu, en apparence résignés face à cette intrusion qui détruit leur
environnement sacré.
L’atmosphère lourde et embrumée du décor jette sur la vie de ces deux communautés
qui s’observent avec méfiance et curiosité un voile de mystère qui rappelle celui de la
fable. Les rites traditionnels prennent un tour menaçant et viennent perturber, en
silence, l’industrialisation en marche. Une méditation subtile sur le Japon d’aujourd’hui
qui balance toujours entre tradition et modernité.
Robert Charles WILSON, Spin, traduit de l’anglais (Canada) par Gilles Goullet, 2005.
Folio SF n°362.
En levant les yeux vers le ciel par une nuit d’octobre, Tyler, Jason et Diane, sa sœur
jumelle, doivent se rendre à l’évidence : les étoiles ont disparu. La terre se retrouve, du
jour au lendemain, entourée par une barrière invisible et perméable qui l’isole du reste
de l’univers : le Spin. À l’extérieur de cette membrane, le temps s’écoule plus vite que sur
la Terre, accélérant ainsi l’évolution du Soleil qui pourrait finir par embraser notre
planète. Pas d’explication à ces phénomènes si ce n’est l’intervention d’une puissance
qui nous dépasse et dont les intentions sont inconnues.
Au centre du roman, les trois personnages d’adolescents vont grandir avec le Spin et
tenter, chacun à sa manière, de lui donner du sens. S’il s’agit bien de science-fiction, le
livre n’en est pas moins aussi un très beau roman d’initiation sur les rapports de classes
et la découverte amoureuse.
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ROMANS DE NIVEAU 4
♥ Tom LANOYE, La Langue de ma mère, traduit du néerlandais (Belgique) par Alain Van
Crugten, 2011.
La Différence.
Colum McCANN, Et que le vaste monde poursuive sa course folle, traduit de l’anglais
(Irlande) par Jean-Luc Piningre, 2009.
10/18 n°4397.
Un curé irlandais amoureux, en exil dans le Bronx, rattrapé par son jeune frère. Une
bourgeoise de Park Avenue qui ne cesse de pleurer son fils mort en Irak. De pseudo-
artistes en cavale. Deux prostituées, mère et fille, qui ont cessé de rêver à des jours
meilleurs. Des pirates de l’informatique en embuscade. Autant de personnages
imperceptiblement liés les uns aux autres par le fil d’un funambule.
Le 7 août 1974, une silhouette s’élance sans trembler sur un câble reliant les Twin
Towers de Manhattan, image fulgurante de liberté et de détermination au centre de ce
roman polyphonique. Les phrases tendues rendent compte du trouble et des impasses
dans lesquels les personnages se confondent et se croisent. Mais comme pour le
funambule, une force les pousse à avancer et, oubliant la peur du vide, ils atteignent
l’autre bord.
Une manière aussi d’évoquer les tours jumelles en passant par une fiction où l’homme,
plutôt que de détruire, crée du lien.
Claire a le génie des langues. Elle en parle au moins quinze. Elle pourrait gagner des
fortunes comme traductrice, alors pourquoi, sur un coup de tête, va-t-elle s’enterrer
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dans une maison abandonnée au cœur de la Bretagne ? Serait-ce pour se rapprocher de
Simon, son amour d’enfance ? Mais il est aujourd’hui marié et père de famille. La
tragédie couve…
Par son écriture sensible, Pascal Quignard entraîne son lecteur à travers les landes, au
sommet des falaises, au bord de la mer déchaînée. Comme Claire qui arpente, solitaire,
ces paysages abrupts, on a le regard attiré par mille fleurs aux couleurs éclatantes, les
oreilles envahies par le bruit des vagues, le visage giflé par la pluie qui laisse sur les
lèvres un goût de sel.
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NOUVELLES DE NIVEAU 1
Il a beau se dire à chaque fois qu’on ne l’y reprendra plus, Kenneth Cook a l’art de se
laisser embarquer dans les plans les plus tordus par les piliers de comptoir qu’il croise
au gré de ses pérégrinations dans le bush australien… Résultat, on retrouve le
bonhomme à la silhouette « légèrement enrobée » tantôt poursuivi par un wombat de
très mauvaise humeur, tantôt dans les bras d’un kangourou peu reconnaissant, quand il
n’est pas le témoin impuissant d’un combat inégal entre un buffle et un 4X4 (buffle, un ;
4X4, zéro). Hilarant !
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NOUVELLES DE NIVEAU 2
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NOUVELLES DE NIVEAU 3
Sherman ALEXIE, Danses de guerre, traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Lederer,
2009.
Albin Michel.
Des nouvelles, des poèmes, des interviews imaginaires en forme de dialogues de sourds :
l’auteur, d’origine amérindienne, use d’un ton moderne et décalé pour aborder des
questions existentielles telles que l’identité ou la course du temps.
Un voyage dépaysant et vivifiant dans un univers résolument original.
Prix Pen-Faulkner 2010.
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ESSAIS ET DOCUMENTS DE NIVEAU 2
L’auteur soutient sa thèse sans fard : les objectifs politiques poursuivis par la création
des centres fermés ne sont pas atteints. Au contraire, dans le contexte de la
mondialisation, ils échouent à décourager l’immigration clandestine tout en flattant
notre peur irrationnelle de l’étranger.
Ce court essai dénonce le recours à cette fausse solution qui nie la dignité humaine et les
conventions internationales des droits fondamentaux. Il plaide plutôt pour
l’accompagnement de la mondialisation et pour plus de solidarité entre les peuples.
Au travers des correspondances des voyageuses des XVIIIe et XIXe siècles confrontées à
l’esclavage sous toutes ses formes (traite négrière mais aussi Barbaresques, traite des
femmes à destination des harems en Orient, servage dans la Russie impériale…), ce
recueil nous offre des témoignages de première main sur les réalités terribles de la
condition d’esclave à travers le temps. Mais il nous en dit encore bien plus sur les
mentalités de ces femmes qui observent le monde à travers le prisme étroit de
l’éducation qu’elles ont reçue.
Un document clair et instructif qui se lit comme un roman.
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Jonathan SAFRAN FOER, Faut-il manger les animaux ?, traduit de l’anglais (États-Unis)
par Gilles Berton et Raymond Clainard, 2009.
Points n°2780.
Manger est d’abord une histoire de famille et une manière de s’intégrer dans une
filiation. Les repas constituent une activité sociale importante et la viande y joue un rôle
de premier plan. Mais pourquoi, par exemple, ne retrouve-t-on pas de chiens ou de chats
dans nos assiettes ? C’est à partir de cette question banale que l’auteur décide de se
lancer dans une vaste enquête sur les conditions d’élevage et de mise à mort des
animaux destinés à l’alimentation. Et son constat est sans appel. Que ce soit d’un point
de vue écologique, éthique, psychologique voire économique : c’est un désastre.
Jonathan Safran Foer a enquêté, lu, rencontré des acteurs du secteur alimentaire et des
défenseurs des droits des animaux, allant même jusqu’à les accompagner
clandestinement dans un élevage industriel.
Tout en nuançant les points de vue, cet essai nous interroge sur notre rapport à la
nourriture et envisage nos habitudes alimentaires comme des choix qui nous engagent.
Non, je ne passe pas des heures vautré devant la télé : je philosophe, nuance ! Dire que
les séries américaines des quinze dernières années ont révolutionné les codes de
production du récit est une banalité ; elles sont aujourd’hui disséquées un peu partout,
au point de faire de l’ombre au cinéma. L’originalité de ce livre aux intentions
pédagogiques est d’envisager scénarios et personnages sous l’angle de la philosophie.
Voir quelles grandes problématiques sont mises en scène dans ces produits de la culture
de masse et en profiter pour aller faire un tour du côté de la pensée des grands
philosophes. C’est ainsi que l’on pourra, par exemple, se pencher sur les agissements de
Jack Bauer (24 Heures Chrono) à l’aune de la morale kantienne, comparer les procédés
utilisés par les Experts avec la recherche de la vérité chez Aristote ou encore envisager
les péripéties de Wisteria Lane (Desperate Housewives) sous l’angle du pessimisme de
Schopenhauer.
Une analyse simple mais pas simpliste, étayée d’extraits d’œuvres philosophiques
commentés.
Pour les fans de la formule, d’autres séries plus récentes (True Blood, Mad Men, …) sont
envisagées dans Philosophie en séries : Saison 2, du même auteur.
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ESSAIS ET DOCUMENTS DE NIVEAU 3
Richard David PRECHT, Qui suis-je et, si je suis, combien ? : Voyage en philosophie, traduit
de l’allemand par Pierre Deshusses, 2007.
Pocket n°14538.
Tzvetan TODOROV, La Peur des barbares : Au-delà du choc des civilisations, France, 2008.
Le Livre de poche, Biblio essais n°31588.
Selon Tzvetan Todorov, le choc des civilisations est un mythe qu’il faut à tout prix
déconstruire si l’on veut éviter d’attiser les conflits qui opposent les pays occidentaux au
reste du monde. La peur de l’autre, de sa différence, aurait tendance à faire de nous des
barbares, prêts à tout justifier au nom de bien des préjugés.
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L’auteur interroge les notions de civilisation, de barbarie et, à travers des exemples
contemporains (les guerres en Irak et en Afghanistan, l’affaire des caricatures de
Mahomet, …), nous amène à remettre en question notre vision du monde, notamment
celle de la construction de l’identité européenne.
Un essai clair et accessible dont la structure permet une lecture par chapitre.
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TABLE DES MATIERES
Page
Avant-propos 1
Romans de niveau 1 2
Romans de niveau 2 5
Romans de niveau 3 13
Romans de niveau 4 19
Nouvelles de niveau 1 21
Nouvelles de niveau 2 22
Nouvelles de niveau 3 23
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