Acné
Dr M. AZOUAOU, service de Dermatologie, CHU Mustapha - Université d’Alger
Définition
L’acné est une dermatose inflammatoire chronique du follicule pilosébacé, qui commence le
plus souvent à la puberté.
Physiopathologie
➢ Séborrhée : l’hypersécrétion sébacée
Stimulée par la DHT (dihydrotestostérone) à partir des androgènes ovariens et surrénaliens,
sous contrôle de l’enzyme 5 alpha réductase
➢ Kératinisation infundibulaire du follicule pilosébacé = formation du comédon :
− hyperprolifération des kératinocytes du follicule pilosébacé
− anomalies de différentiation
− rétention sébacée
➢ Microbes et facteurs de l’inflammation
Le Propionibacterium acnes, bactérie anaérobie gram positif, qui sécrète de nombreux
facteurs induisant l’inflammation du follicule pilosébacé.
❖ Terrain génétique
Clinique
I. Les lésions élémentaires :
1) Séborrhée :
- Constante
- Peau grasse et luisante
- Topographier : Partie centrale du visage (nez, front, menton, joues), région
thoracique supérieure (dos et face antérieure du thorax).
2) Lésion rétentionelles :
• Microkystes (comédons fermés) :
- Petites papules blanchâtres de 2-3 mm
- Accumulation sébum + kératine
- Evolution vers l’ouverture externe ou vers l’inflammation
• Comédons ouverts (points noirs) :
- bouchon corné de 1-3 mm
- Constitué de sébum et kératine
- Obstrue l’orifice infundibulaire
- Couleur noire = graisse oxydée.
- Evolution : ouverture externe +++, rarement inflammation
3) Lésions inflammatoires :
• Lésions inflammatoires superficielles :
o Papule :
- Rouge, ferme, parfois douloureuse.
- Apparition de novo ou secondaire à une inflammation d’un microkyste.
- Evolution soit vers la résorption spontanée soit vers une pustule.
o Pustule : papule avec contenu purulent jaune au sommet
• Lésions inflammatoires profondes :
o Nodules :
- Diamètre > 5 mm.
- Tuméfaction profonde inflammatoire douloureuse, fluctuante à la palpation.
- Peuvent s’ouvrir vers l’extérieur avec parfois formation de fistules ou se rompre
dans le derme.
o kystes inflammatoires, abcès, sinus (lésions allongées souvent localisées dans les
sillons nasogéniens) : par rupture des nodules dans le derme.
4) Cicatrices :
- Evolution cicatricielle atrophique, ou hypertrophique, ou chéloïdienne.
- Essentiellement induites par les lésions inflammatoires et d’autant plus
importantes que l’inflammation dure depuis longtemps et est sévère.
II. Formes cliniques :
1) Type de description = Acné pubertaire (ou acné juvénile ou acné commune ou acné
vulgaire) :
La plus fréquente.
3 critères positifs et un critère négatif :
- L’âge : de la puberté au 25eme anniversaire
- La topographie : strictement limitée au visage
- Le type lésionnel : le polymorphisme lésionnel est la règle
- Absence de cause identifiée
Suivant le caractère prédominant de l’un ou l’autre type de lésion, on parle d’acné à
prédominance inflammatoire ou à prédominance rétentionnelle.
Elle constitue souvent le premier signe de puberté.
2) Acnés graves :
• Acné conglobata :
Acné suppurative chronique.
Nodules multiples, volumineux, douloureux ; des kystes profonds peuvent se développer et
fusionner.
Extension des lésions : (tronc et fesses)
Laissent des cicatrices +++
• Acné fulminans :
Exceptionnelle, uniquement chez le garçon.
Forme la plus grave de l’acné.
Début brutal, AEG , fièvre à 39 - 40 C°, Arthralgies.
Nodules inflammatoires très nombreux.
Evolution vers des ulcérations nécrotiques et hémorragiques.
Hyperleucocytose.
Affection parfois engendrée par l’isotrétinoïne per os.
3) Formes selon l’âge :
• Acné néonatale :
Apparait sur le visage dès les premières semaines de vie.
Régresse spontanément en moyenne 2 à 3 mois.
Dues aux androgènes d’origine maternelle.
• Acné prépubertaire :
Essentiellement faite de lésions rétentionnelles.
Débute avant la puberté.
• Acné de la femme adulte:
De plus de 25 ans.
Des papules ou des nodules inflammatoires localisés à la partie basse du visage.
Rechercher des signes d’hyperandrogénie : hirsutisme, aménorrhée, alopécie, stérilité…
Si signes d’hyperandrogénie même minime:
- une échographie ovarienne;
- un bilan hormonal à la recherche d’une hyperandrogénie d’origine surrénalienne
ou ovarienne.
En l’absence de signes d’hyperandrogénie : une échographie ovarienne seulement.
Traitement
1. Moyens thérapeutiques locaux :
➢ Antibiotiques locaux :
Erythromycine (retiré du marché), clindamycine et nadifloxacine.
Ils agissent sur la flore bactérienne et comme anti-inflammatoires non spécifiques.
Avantage : bonne tolérance
Inconvénient : résistance (durée maximale de traitement : 4 semaines).
Indication : acné inflammatoire (lésions inflammatoires superficielles) en association avec un
peroxyde de benzoyle ou un rétinoïde topique, ou en association avec un traitement général
(ne pas associer avec les ATB par voie générale).
➢ Peroxyde de benzoyle :
Anti inflammatoire
Cutacnyl* gel 2.5%, 5%, 10%
Avantage : n’induit pas de résistance, peut être prescrit chez la femme enceinte.
Inconvénient : irritation, photosensibilité.
Indication : acné inflammatoire (lésions inflammatoires superficielles), seul ou en association
avec un traitement général.
➢ Rétinoïdes topiques :
Action kératolytique.
Adapalène (Différine*), gel ou crème 0.1%
Indication : acné rétentionnelle
Contre-indication : grossesse
Effet secondaire : irritation
Ne pas associer aux rétinoïdes par voie générale
2. Moyens thérapeutiques systémiques :
➢ Antibiotiques = les cyclines :
Doxycycline comprimés ou gélules à 100 mg (Vibramycine*, Dotur*) : 100 mg /j et
Lymécycline gélules à 150 mg (Tetralysal*) : 300 mg /j.
Indication : acné inflammatoire modérée à sévère.
Effet secondaire : troubles digestifs, photosensibilité, candidoses
Contre-indications : enfant < 8 ans et femme enceinte (2-3ème trimestre).
Durée max : 3 mois.
Pas d’association entre cyclines et isotrétinoïne per os = risque d’hypertension
intracrânienne bénigne.
➢ Isotrétinoïne (Roaccutane*, Curacné Gé* ; 5, 10, 20 mg) :
Le seul traitement réellement curatif dans l’acné.
Indications (AMM) : du fait de ses effets indésirables assez nombreux, l’isotrétinoïne est
réservée :
- Aux acnés sévères : nodulaires et conglobata
- Aux acnés ayant résisté à un traitement classique d’au moins trois mois
(traitement antibiotique associé à des traitements locaux).
- Indication d’emblée dans des acnés papulo-pustuleuses à évolution cicatricielle.
- et dans des acnés ayant un retentissement psychologique important ou chez des
dysmorphophobiques.
Mode d'action :
- Inhibition de la sécrétion sébacée (atrophie des glandes).
- Diminution de l’hyperkératinisation du canal infundibulaire.
- Diminution de l’inflammation.
Contre-indications :
- Grossesse (tératogenèse +++), allaitement, absence de contraception.
- Bilan lipidique perturbé (hypercholestérolémie, hypertriglycéridémie)
- Insuffisance rénale ou atteinte hépatique.
- Syndrome sec et port de lentilles (sécheresse cutanéo-muqueuse
dose-dépendante : chéilite, xérose cutanée, conjonctivite).
- Association avec les cyclines
Contraception efficace (1 mois avant et 1 mois après la fin du TRT) + bilan pré-thérapeutique
(ASAT et ALAT ; Triglycérides et cholestérol) et régulièrement.
Schéma thérapeutique :
- La dose initiale : 0,5 mg/kg/j
- puis augmenter progressivement jusqu’à 1 mg/kg/j
- poursuivie jusqu’une dose totale de 120 à 150 mg/kg (9 à 12 mois)
➢ Gluconate de zinc
En cas de contre-indication aux cyclines et rétinoïdes (grossesse+++), acné estivale, enfant
moins de 8 ans.
➢ Hormonothérapie :
Chez la femme
Diane 35* et Androcur*
Mode d'action : par blocage des récepteurs périphériques de la DHT de la glande sébacée.
Diane 35 pdt 21 j/mois : du 1er au 21ème jour, si échec : Diane 35 + Androcur pendant les 10
premiers jours du cycle.
Indications : acné avec troubles du cycle ou désir de contraception.