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Changement de variables en intégration

Ce document présente la formule générale de changement de variables pour les intégrales. Il détaille ensuite cette formule dans le cas particulier du changement de variables dans R^d, en donnant une expression du Jacobien.

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Changement de variables en intégration

Ce document présente la formule générale de changement de variables pour les intégrales. Il détaille ensuite cette formule dans le cas particulier du changement de variables dans R^d, en donnant une expression du Jacobien.

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CHAPITRE 6 : LA FORMULE DE CHANGEMENT DE

VARIABLES

1. Notion de mesure image

Nous commençons par présenter une version abstraite et générale du change-


ment de variable dans les intégrales. C’est cette formule générale qui aide
à retenir la formule de changement de variables dans Rd , que nous verrons
dans les sections suivantes.
On considère (X, M), et (Y, N ) deux espaces mesurables. Soit ϕ : X →
Y une application mesurable, et µ une mesure sur (X, M). Nous avons
déjà rencontré le procédé standard, qui consiste à “pousser la mesure µ”
par l’application ϕ. On définit la mesure image de µ par ϕ, notée ϕ∗ µ, la
mesure sur (Y, N ) définie par la formule:

ϕ∗ µ(B) = µ(ϕ−1 (B)), pour tout B ∈ N .

Ici ϕ−1 (B) désigne l’image réciproque de B par ϕ.


Exercice: vérifier que ϕ∗ µ est bien une mesure sur (Y, N ).

Nous remarquons que l’application f 7→ f ◦ϕ envoie les fonctions mesurables


sur Y sur des fonctions mesurables sur X. On souhaiterait voir dans quelle
mesure cette correspondance relie les théories de l’intégration sur (X, M, µ)
et (Y, N , ϕ∗ µ). C’est l’objet du théorème suivant:

Théorème 1.1. Soient (X, M), et (Y, N ) deux espaces mesurables. Soit
ϕ : X → Y une application mesurable. Soit µ une mesure sur (X, M).

(1) Pour toute fonction mesurable positive f : Y → [0, +∞], on a:


Z Z
f ◦ ϕ dµ = f d(ϕ∗ µ).
X Y

(2) Une fonction f : Y → C est intégrable pour ϕ∗ µ si et seulement si


f ◦ ϕ est intégrable pour µ, et on a l’égalité:
Z Z
f ◦ ϕ dµ = f d(ϕ∗ µ).
X Y
1
2 CHAPITRE 6 : LA FORMULE DE CHANGEMENT DE VARIABLES

Notons que si ϕ : X → Y est une bijection mesurable, d’inverse ϕ−1


mesurable, on peut appliquer le théorème en écrivant f = f ◦ ϕ−1 ◦ ϕ,
et obtenir également
Z Z
(1) f dµ = f ◦ ϕ−1 d(ϕ∗ µ)
X Y

pour toute fonction f intégrable sur X.


De même si ν est une mesure sur (Y, N ), et f : Y → C est intégrable pour
ν, nous aurons:

Z Z
(2) f dν = f ◦ ϕ d(ϕ−1
∗ ν)
Y X

Avant de démontrer le théorème, on peut l’illustrer sur une situation sim-


ple. Désignons par v un vecteur de Rd , et par τ la translation de vecteur
v, τ (x) = x + v pour tout x ∈ Rd . Nous avons déjà vu que la mesure
de Lebesgue λ sur Rd était invariante par translations. Ceci se traduit
par τ∗ λ = λ. Le théorème ci-dessus nous explique que pour toute fonc-
tion f : Rd → C intégrable sur Rd , nous aurons que x 7→ f (x + v) est
intégrable sur Rd avec de plus: Rd f (x + v)dλ(x) = Rd f (x)dλ(x). Si l’on
R R
R
écrit les détails, l’intégrale de gauche vaut Rd f (τ (x))dλ(x), que l’on peut
R
remplacer par Rd f (x)d(τ∗ λ)(x) par le théorème (et nous venons d’observer
que τ∗ λ = λ).

Voyons à présent comment on montre le théorème. On ne démontre que


le point (1), car le point (2) en est une conséquence triviale si on se rappelle
la définition de l’intégrale d’une fonction intégrable.
On commence par le cas simple où f : Y → R+ est une fonction étagée pos-
itive. On écrit f = si=1 bi 1Bi . Nous avons alors f ◦ ϕ = si=1 bi 1ϕ−1 (Bi ) . Il
P P

s’agit également d’une fonction étagée positive, définie sur X. Par définition
de l’intégrale des fonctions étagées positives:
Z Xs
f ◦ ϕdµ = bi µ(ϕ−1 (Bi )),
X i=1
et
Z s
X s
X
f d(ϕ∗ µ) = bi ϕ∗ µ(Bi ) = bi µ(ϕ−1 (Bi )).
Y i=1 i=1
R R
Nous avons bien X f ◦ ϕ dµ = Y f d(ϕ∗ µ).
CHAPITRE 6 : LA FORMULE DE CHANGEMENT DE VARIABLES 3

Supposons plus généralement que f : Y → [0, +∞] soit mesurable et posi-


tive. Nous savons qu’il existe une suite croissante (fn ) de fonctions étagées
positives sur Y qui convergent simplement vers f . Or pour tout n, nous
R R
venons de montrer X fn ◦ ϕ dµ = Y fn d(ϕ∗ µ). Par ailleurs, le théorème de
R R
convergence monotone affirme que limn→+∞ X fn ◦ ϕ dµ = X f ◦ ϕ dµ, et
R R R R
limn→+∞ Y fn d(ϕ∗ µ) = Y f d(ϕ∗ µ). L’égalité X f ◦ ϕ dµ = Y f d(ϕ∗ µ)
s’ensuit.

2. Formule de changement de variables dans Rd

Une des faiblesses de l’énoncé général 1.1 de la section précédente, est que
l’on n’a pas forcément une idée très précise de qui est la mesure image ϕ∗ µ.
Par exemple, si U ⊂ Rd est un ouvert de Rd , si λ désigne la mesure de
Lebesgue de Rd restreinte à U , et si ϕ : U → Rd est une application de
classe C 1 , peut-on décrire la mesure ϕ∗ λ?
C’est essentiellement l’objet du théorème 2.1 ci-dessous, lorsque ϕ est un
difféomorphisme (de classe C 1 ) sur son image.

Exercice: On considère h : Rd → Rd l’homothétie de rapport a 6= 0. Pour


tout x ∈ Rd , h(x) = ax. Si P est un pavé de Rd , que vaut h∗ λ(P )? (ici λ
est la mesure de Lebesgue sur Rd ). En utilisant un théorème d’unicité pour
les mesures, faire le lien entre h∗ λ et λ.

Avant d’énoncer le théorème de changement de variables dans Rd , nous


rappelons quelques notions importantes du cours de Calcul Différentiel. Si
U et V sont deux ouverts de Rd , on dit qu’une application ϕ : U → V est
un C 1 -difféomorphisme si ϕ est une bijection, et ϕ ainsi que sa réciproque
ϕ−1 sont de classe C 1 .
Si ϕ : U → Rd est une application différentiable, le Jacobien de ϕ au point
x ∈ U , noté Jϕ (x), est le déterminant de la différentielle Dx ϕ : Rd → Rd .
Le théorème d’inversion locale donne un moyen commode de vérifier qu’une
application ϕ est un difféomorphisme. Supposons en effet que ϕ : U → Rd
soit de classe C 1 (ici U est un ouvert).

• Supposons que ϕ soit injective.


4 CHAPITRE 6 : LA FORMULE DE CHANGEMENT DE VARIABLES

• Supposons de plus que le Jacobien Jϕ (x) soit non nul en tout point
x ∈ U.

Alors le théorème d’inversion locale implique que V := ϕ(U ) est un ouvert


de Rd , et ϕ : U → V est un C 1 -difféomorphisme.

2.1. Énoncé du théorème.

Théorème 2.1. Soient U et V deux ouverts non vides de Rd , et soit


ϕ : U → V un C 1 -difféomorphisme. Soit λ la mesure de Lebesgue sur Rd .

(1) Pour tout borélien A ⊂ U , on a:


Z
λ(ϕ(A)) = |Jϕ (x)|dλ(x).
A

(2) Soit f : V → C mesurable. Si f est positive, ou si f ◦ ϕ est λ-


intégrable sur U , alors:
Z Z
f ◦ ϕ dλ = f |Jϕ−1 | dλ.
U V

(3) Soit f : V → C mesurable. Si f est positive, ou si f est λ-intégrable


sur V , alors:
Z Z
f dλ = f ◦ ϕ |Jϕ | dλ.
V U

2.2. Commentaires sur le théorème. Essayons de relier le Théorème 2.1


au Théorème 1.1.
Pour commencer, introduisons la notion de mesure à densité. Si µ est une
mesure sur un espace (X, M), et si h : X → [0, +∞] est une fonction
mesurable positive, on peut introduire une mesure µh , définie pour tout
R R
A ∈ M par µh (A) = A hdµ = X 1A hdµ. On dit que µh a une densité h
par rapport à µ. On remarque que f : X → C est intégrable pour µh si et
R R
seulement si f h est intégrable pour µ et X f dµh = X f hdµ.

Exercice: Montrer que µh est bien une mesure sur (X, M).

Exercice (bis): Montrer que sur R, la mesure de Dirac en 0 n’est pas une
mesure à densité par rapport à la mesure de Lebesgue (on pourra regarder
la mesure de {0}).
CHAPITRE 6 : LA FORMULE DE CHANGEMENT DE VARIABLES 5

Examinons à présent la formule du point (1), à savoir:


Z
λ(ϕ(A)) = |Jϕ (x)|dλ(x).
A

Cette formule explicite la mesure ϕ−1


∗ λ, puisque λ(ϕ(A)) = ϕ−1
∗ λ(A). Elle
−1
nous dit que ϕ∗ λ est une mesure à densité par rapport à la mesure de
Lebesgue λ, la densité étant la fonction (mesurable et positive) |Jϕ |. De
même, en considérant ϕ−1 au lieu de ϕ, on voit que
Z
−1
λ(ϕ (A)) = |Jϕ−1 (x)|dλ(x).
A

Ainsi, ϕ∗ λ est une mesure à densité par rapport à la mesure de Lebesgue de


densité |Jϕ−1 | (bien noter que c’est le Jacobien de l’inverse de ϕ qui permet
de décrire ϕ∗ λ).
Une fois que ceci est acquis, notre formule de changement de variable générale
R R
prouvée au Théorème 1.1, dit que U f ◦ϕdλ = V f d(ϕ∗ λ). (on a fait X = U ,
Y = V et µ = λ dans le théorème). On explicite que ϕ∗ λ a pour densité
|Jϕ−1 | par rapport à la mesure de Lebesgue, et on trouve:
Z Z
f ◦ ϕ dλ = f |Jϕ−1 | dλ.
U V

C’est notre formule (2).


De la même manière, nous avons vu en section précédente la formule générale
−1
R R
Y f dν = X f ◦ ϕ d(ϕ∗ ν). On fait X = U , Y = V et ν = λ. Par le point
(1), ϕ−1
∗ λ a pour densité |Jϕ | par rapport à λ, et on tombe sur la formule
(3).

2.3. Illustrations simples du théorème.

En dimension 1. Commençons par un exemple très simple, qui fait le lien


avec la formule de changement de variables que nous connaissions déjà pour
l’intégrale de Riemann. Soit f : [0, 1] → R une application continue.
R1
Je cherche à calculer 0 f (2x)dx. Dans la théorie de Riemann, on “pose
u = 2x”, et la formule du changement de variables donne que l’intégrale
R2
précédente vaut 21 0 f (u)du. Vérifions que nous obtenons le même résultat
grâce au théorème 2.1. On considère ϕ :]0, 1[→]0, 2[ donné par ϕ(x) = 2x.
C’est un C 1 -difféomorphisme dont l’inverse est ϕ−1 : u 7→ 21 u. Le jacobien
en dimension 1 est juste la dérivée. Donc |Jϕ−1 (u)| = 21 . La formule (2)
donne bien ]0,1[ f (2x)dx = 12 ]0,2[ f (u)du.
R R
6 CHAPITRE 6 : LA FORMULE DE CHANGEMENT DE VARIABLES
R1
Il est aussi instructif de considérer l’intégrale 0 f (−2x)dx. On commence
par appliquer le changement de variable pour les intégrales de Riemann,
R −2
en posant u = −2x. On trouve que notre intégrale vaut − 12 0 f (u)du =
1 0
R
2 −2 f (u)du. Quant au théorème 2.1, il conduit au même résultat. En effet,
ϕ : x 7→ −2x est un C 1 -difféomorphisme de ]0, 1[ sur ]−2, 0[. On a Jϕ−1 (u) =
− 12 . Mais la formule (2) du théorème fait intervenir la valeur absolue de
Jϕ−1 (u). Cette formule conduit donc bien à ]0,1[ f (−2x)dx = 12 ]−2,0[ f (u)du.
R R

Coordonnées polaires. Je souhaite calculer la mesure de Lebesgue D(ρ) du


disque ouvert de rayon ρ dans R2 , centré en l’origine. J’appelle ∆ l’axe
des abscisses strictement positives dans R2 , ∆ := {(x, 0) | x > 0}, et je
constate que ϕ :]0, ρ[×]0, 2π[→ D(ρ) \ ∆, donné par la formule (r, θ) 7→
(r cos(θ), r sin(θ)) est un difféomorphisme de classe C 1 . Pour le vérifier, on
s’assure déjà qu’il s’agit d’une bijection. Elle est de classe C 1 par théorème
d’opération. La matrice Jacobienne en (r, θ) est
!
cos(θ) −r sin(θ)
sin(θ) r cos(θ)

Le Jacobien est donc Jϕ (r, θ) = r qui est strictement positif et donc non nul
sur ]0, ρ[×]0, 2π[. Notre ϕ est donc bien un C 1 -difféomorphisme.
La formule du point (1) du Théorème 2.1 s’écrit
Z
λ(D(ρ) \ ∆) = rdrdθ.
]0,ρ[×]0,2π[

Une application directe du th. de Fubini-Tonelli donne que cette intégrale


vaut πρ2 . Par ailleurs l’axe des abscisses est de mesure de Lebesgue nulle
dans R2 , d’où la formule λ(D(ρ)) = πρ2 .

Continuons sur notre lancée, et essayons de calculer l’intégrale de Gauss I =


R −x2
Re dx. Une application directe du théorème de Fubini-Tonelli montre
que Z
2 +y 2 )
e−(x dxdy = I 2 .
R2
2 2
Par ailleurs, on a aussi I 2 = R2 \∆ e−(x +y ) dxdy, où ∆ désigne l’axe réel
R

positif, et l’égalité des intégrales vient du fait que ∆ est de mesure de


Lebesgue nulle dans le plan. Comme ci-dessus ϕ : (r, θ) 7→ (r cos(θ), r sin(θ))
est un C 1 -difféomorphisme de ]0, +∞[×]0, 2π[→ R2 \ ∆. J’ai donc écrit
(x, y) = ϕ(r, θ), et vais appliquer la formule (3) du théorème 2.1. Il vient
CHAPITRE 6 : LA FORMULE DE CHANGEMENT DE VARIABLES 7

I2 = −r2 rdrdθ
R
]0,+∞[×]0,2π[ e car nous avons déjà vu que |Jϕ (r, θ)| = r. On
R 2π
applique le théorème de Fubini-Tonelli et on trouve I 2 = 0 12 dθ, ce qui

conduit bien à la valeur I = π.

Un dernier exemple. Pour finir, essayons de calculer


Z
2 2 2
I= e−(3x+2y) (1+(x+2y) ) dxdy.
R2
Pour simplifier l’expression, on a envie de “poser u = 3x + 2y et v =
x + 2y”. Autrement dit (u, v) = ϕ(x, y) = (3x!+ 2y, x + 2y). Ici, ϕ est
3 2
une transformation linéaire de matrice , et de déterminant égal
1 2
à 3 × 2 − 2 = 4. La transformation linéaire ϕ est donc inversible. En
particulier c’est un C 1 -difféomorphisme de R2 dans R2 . Appliquons la for-
mule de changement de variables; c’est ici la formule (2) du théorème qui
nous intéresse, avec U = V = R2 . On obtient que notre intégrale I vaut
−u2 (1+v 2 )2 |J
R
R2 e ϕ−1 (u, v)|dudv. Comme l’application ϕ est linéaire, il en va
de même pour ϕ−1 . On se rappelle que les transformations linéaires sont
leurs propres différentielles en chaque point. Ainsi |Jϕ−1 | est constant et
c’est l’inverse de |Jϕ |. On trouve donc |Jϕ−1 (u, v)| = 41 . Puis, le théorème
de Fubini-Tonelli nous permet de dire que
Z Z 
1 −u2 (1+v 2 )2
I= e du dv.
4 R R
L’intégrale en u s’obtient grâce à l’intégrale de Gauss, que l’on vient de cal-
culer,√ et au changement

de variable s = u(1 + v 2 ), à v ∈ R fixé. On trouve
π R dv π π
I = 4 R 1+v 2 = 4 .

Exercice: Que trouverait-on si nous devions cette fois calculer


Z
2 2 2
J= e−(x+5y) (1+(x+y) ) dxdy ?
R2

Formule (2) ou formule (3)? Nous avons donné des exemples où étaient
utilisées alternativement les formules (2) et (3) du Théorème 2.1. Comment
comprendre quelle est la formule adaptée à notre problème? Dans la pra-
tique, on part d’une intégrale, exprimée avec certaines variables d’intégration,
que l’on va remplacer par de nouvelles variables d’intégration, les deux jeux
de variables étant reliés par “une formule”. Cette substitution de variables
peut se faire de deux manières. Soit les anciennes variables s’expriment à
8 CHAPITRE 6 : LA FORMULE DE CHANGEMENT DE VARIABLES

partir des nouvelles, et il faut alors utiliser la formule (3). C’est par exem-
ple le cas quand on passe en coordonnées polaires. Soit ce sont au contraire
les nouvelles variables qui sont exprimées en fonction des anciennes, et il
faut alors utiliser la formule (2). C’est la situation de l’exemple précédent.
Notons que dans ce cas, il faut calculer |Jϕ−1 | en fonction des nouvelles vari-
ables, ce qui nécessite d’inverser explicitement la transformation ϕ. Dans
l’exemple précédent, nous avons été sauvés de cette opération délicate par le
fait que ϕ était linéaire, donc ϕ−1 aussi, et que par conséquent |Jϕ−1 | était
une constante.

3. Preuve de la formule de changement de variables pour les


transformations affines.

La preuve du théorème 2.1 est relativement technique. Elle est déjà instruc-
tive et non triviale dans le cas où ϕ est une transformation affine bijective
de Rd (un isomorphisme affine), i.e ϕ : x 7→ M.x + b, avec M ∈ GL(d, R) et
b ∈ Rd . Nous allons prouver:

Proposition 3.1. Soit M une matrice de GL(d, R) et b ∈ Rd . Soit ϕ


l’isomorphisme affine défini par ϕ(x) = M.x + b, ∀x ∈ Rd . Alors pour tout
borélien A de Rd , on a:

λ(ϕ(A)) = | det(M )|λ(A).

Comme toujours dans ce chapitre, λ désigne, dans l’énoncé du théorème, la


mesure de Lebesgue sur Rd .
Remarquons que la différentielle de ϕ, en tout point de Rd , est la transforam-
tion M . Par conséquent Jϕ (x) = det(M ) pour tout x ∈ Rd . La proposition
précédente prouve donc le point (1) du théorème 2.1 dans le cas des isomor-
phismes affines.

Exercice: Montrer que les isomorphismes affines sont des C 1 -difféomorphismes


de Rd dans Rd .

Nous avons déjà expliqué comment les points (2) et (3) découlent du point
(1) grâce au théorème 1.1.
On commence la preuve de la proposition par une remarque. Si ϕ : x 7→
Mϕ .x + b et ψ : x 7→ Mψ .x + c sont deux isomorphismes affines qui satisfont
CHAPITRE 6 : LA FORMULE DE CHANGEMENT DE VARIABLES 9

les conclusions de la proposition, alors pour tout Borélien A de Rd , on aura:

λ(ψ◦ϕ(A)) = | det(Mψ )|λ(ϕ(A)) = | det(Mψ )|| det(Mϕ )|λ(A) = | det(Mψ Mϕ )|λ(A).

Comme Mψ Mϕ = Mψ◦ϕ , nous voyons que ψ ◦ ϕ satisfait également les


conclusions de la proposition.
Comme la mesure de Lebesgue est invariante par translations, et donc la
proposition 3.1 est vérifiée pour les translations, notre remarque permet de
limiter la preuve au cas des transformations linéaires inversibles.

Exercice: Dans la remarque précédente, nous avons utilisé implicitement


que si A est un borélien, ϕ(A) est aussi un Borélien. Chercher où ceci est
utilisé, et montrer cette propriété.
Soit donc maintenant ϕ : Rd → Rd une transformation linéaire inversible.
Posons, pour tout A borélien de Rd , λϕ (A) = λ(ϕ(A)). Nous avons déjà
vu (voir section 1) que λϕ est une mesure sur Bor(Rd ). On remarque que
λϕ (A + a) = λ(ϕ(A + a)) = λ(ϕ(A) + ϕ(a)) par linéarité de ϕ, et

λ(ϕ(A) + ϕ(a)) = λ(ϕ(A)) = λϕ (A)

car λ est invariante par translations. Ce calcule prouve que λϕ est invariante
par translations. Par ailleurs, λϕ est finie sur les parties bornées boréliennes
de Rd .
Nous pouvons alors utiliser le:

Lemme 3.2. Soit µ une mesure sur Bor(Rd ), et λ la mesure de Lebesgue.


On suppose que µ est finie sur les parties bornées, et invariante par trans-
lations. Alors il existe c ≥ 0 tel que µ = cλ

Preuve: Posons µ([0, 1[d ) = c. Alors c ∈ R+ car µ est supposée finie sur
les parties bornées. Nous allons montrer que pour tout pavé P de la forme

P = [a1 , b1 [× . . . × [ad , bd [,

on a µ(P ) = cλ(P ). Comme l’ensemble des P comme ci-dessus forme une


famille stable par intersections finies, que cette famille engendre Bor(Rd ),
et comme de plus on peut écrire Rd = n∈N∗ [−n, n[d , le théorème d’unicité
S

pour les mesures (voir Théorème 2.2 chapitre 5) assurera que µ = cλ sur
Bor(Rd ).
La preuve se fait maintenant en trois points:
10 CHAPITRE 6 : LA FORMULE DE CHANGEMENT DE VARIABLES

• Supposons que q1 , . . . , qd soient des entiers naturels non nuls. Le


pavé [0, 1[d s’exprime comme réunion disjointe de q1 . . . qd translatés
du pavé [0, q11 [× . . . × [0, q1d [. L’invariance par translations assure que
1 1
c = µ([0, 1[d ) = q1 . . . qd µ([0, [× . . . × [0, [),
q1 qd
et donc
1 1 c
µ([0, [× . . . × [0, [) = .
q1 qd q1 . . . qd
• En particulier, supposons que bi − ai soit rationnel, égal à pqii , pour
tout 1 ≤ i ≤ d. Alors P s’écrit comme union disjointe de trans-
latés du pavé [0, q11 [× . . . × [0, q1d [. On obtient en utilisant le point
précédent µ(P ) = c pq11 ...p d
...qd , et donc µ(P ) = cλ(P ) dans ce cas.
• Pour un pavé P = [a1 , b1 [× . . . × [ad , bd [ arbitraire, on choisit des
(n) (n)
suites croissantes (a1 )n∈N , . . . , (ad )n∈N de sorte que pour 1 ≤ i ≤
(n) (n)
d, ai tende vers ai , et que bi − ai soit rationnel pour tous i
T (n) (n)
et n. Alors P = n∈N [a1 , b1 [× . . . × [ad , bd [, d’où, si l’on pose
(n) (n)
Pn = [a1 , b1 [× . . . × [ad , bd [:
µ(P ) = lim µ(Pn ) = c lim λ(Pn ) = cλ(P ).
n→+∞ n→+∞

Ce dernier point achève la preuve du lemme. ♦


Reprenons notre transformation linéaire inversible ϕ : x 7→ M.x, avec M ∈
GL(d, R). Par le lemme 3.2 et la remarque qui le précède, nous savons qu’il
existe c ∈ R+ tel que λϕ = cλ. Ainsi, si nous trouvons un borélien A0
de mesure de Lebesgue non nulle tel que λ(ϕ(A0 )) = | det(M )|λ(A0 ), nous
aurons c = | det(M )|, et la proposition 3.1 sera démontrée.
Si M est une matrice orthogonale, alors on peut prendre pour A0 la boule
euclidienne unité fermée, et la proposition 3.1 est montrée dans ce cas.
Si M est une matrice diagonale, alors A0 = [−1, 1]d est un bon choix, et la
proposition 3.1 est montrée dans ce cas.
Si maintenant M est une matrice quelconque dans GL(d, R). La matrice
t M M est symétrique réelle, donc diagonalisable en base orthonormée. Ob-

servons que si u est un vecteur de Rd , a < t M M.u, u >= ||M.u||2 , ce qui im-
plique aisément que les valeurs propres de t M M sont > 0. Nous en déduisons
qu’il existe une matrice orthogonale O, et une matrice diagonale (réelle) D
inversible, telles que t M M = t OD2 O. On vérifie que O1 = M t OD−1 O est
orthogonale. Il vient M = O1 t ODO. Ainsi ϕ s’écrit comme composée de
transformations pour lesquelles la proposition 3.1 est démontrée (voir les
CHAPITRE 6 : LA FORMULE DE CHANGEMENT DE VARIABLES 11

deux cas ci-dessus). Comme nous l’avons déjà remarqué, il s’ensuit que M
satisfait aussi la proposition.

4. Le volume de la boule unité dans Rd

Soit d ∈ N∗ . On désigne par λd la mesure de Lebesgue sur Rd , et on appelle


Bd la boule euclidienne unité (fermée) de Rd . Le but de cette section est
de donner une formule pour la quantité vd := λd (Bd ). Cette formule nous
permettra de comprendre le comportement de vd lorsque la dimension d tend
vers l’infini (un pronostique?).
Pour les petites valeurs de d, nous connaissons le résultat: v1 = 2, v2 = π,
v3 = 34 π... Pour exprimer le résultat général, nous devons introduire une
“fonction spéciale”, appelée fonction Gamma.
On définit, pour tout réel x > 0,
Z +∞
Γ(x) = tx−1 e−t dt
0

Exercice: Montrer que la fonction t 7→ tx−1 e−t est bien intégrable sur R+
lorsque x > 0.
Nous verrons en TD quelques unes des propriétés remarquables de cette
fonction. On peut déjà, en faisant une intégration par parties élémentaire,
vérifier la relation fonctionnelle:

Γ(x + 1) = xΓ(x), ∀ x > 0.

Comme Γ(1) = 1, une récurrence immédiate prouve que pour tout n ∈ N:

Γ(n + 1) = n!

La fonction Gamma étend donc l’opération “factorielle” sur les entiers.


Nous allons prouver

Théorème 4.1. Pour tout d ∈ N∗ , on a la formule


d
π2
λd (Bd ) = d
.
Γ( 2 + 1)

Rappelons la notation vd = λd (Bd ) On va supposer dans ce qui suit que


d ≥ 2. Nous avons, par le théorème de Fubini-Tonelli que
Z Z 1 Z 
vd = 1Bd (x) dx = 1{x21 +...+x2 ≤1−x2 } (x1 , . . . , xd−1 )dx1 ...dxd−1 dxd .
d−1 d
Rd −1 Rd−1
12 CHAPITRE 6 : LA FORMULE DE CHANGEMENT DE VARIABLES

Or
Z q
1{x21 +...+x2 2 (x1 , . . . , xd−1 )dx1 ...dxd−1 = λd−1 (B(0, 1 − x2d )).
d−1 ≤1−xd }
Rd−1

La boule B(0, r) est l’image dans Rd−1 de Bd par l’homothétie de rapport r.


est rd−1 , donc la formule de changement
Le jacobien d’une telle homothétieq
d−1
de variables donne que λd−1 (B(0,1 − x2d )) = (1 − x2d ) 2 .
R1 d
Finalement, si nous posons Id := −1 (1 − x2 ) 2 dx, nous aboutissons à la
relation de récurrence:

(3) vd = Id−1 vd−1 .

On va maintenant essayer d’obtenir une expression pour Id .


R1 √
Remarquons tout d’abord que I0 = 2. Pour calculer I1 = −1 1 − x2 dx, on
R0
fait le changement de variables x = cos(θ), qui conduit à I1 = −π sin2 (θ) dθ =
π 2
2 (utiliser la relation 2 sin (θ) = cos(2θ) + 1).

En intégrant par parties, on voit que


Z 1
d
Id = d x2 (1 − x2 ) 2 −1 .
−1

En écrivant x2
= 1+ (x2 − 1), on aboutit à la relation de récurrence Id =
dId−2 − dId , ou encore:
d
(4) Id = Id−2
d+1

Celà permet d’affirmer que



(5) Id−1 Id−2 =
d

Cette relation (5) se démontre facilement par récurrence sur d ≥ 2. En effet,


notre calcul de I0 et I1 prouve qu’elle est satisfaite si d = 2, et on incrémente
d
la récurrence par la relation Id Id−1 = d+1 Id−1 Id−2 (utiliser (4)).
Ainsi, notre première relation vd = Id−1 vd−1 se réécrit, pour d ≥ 3:


(6) vd = vd−2
d
Nous pouvons maintenant montrer la formule annoncée dans le théorème
4.1.
CHAPITRE 6 : LA FORMULE DE CHANGEMENT DE VARIABLES 13

Supposons pour commencer que d soit pair. On écrit d = 2k, et on applique


(6) à répétition, pour obtenir:
d
2π 2π π k−1 π2
v2k = ... v2 = π= d
2k 2.2 k! Γ( 2 + 1)
car nous avons déjà remarqué Γ(n + 1) = n!

Si maintenant d = 2k + 1 est impair, on obtient:


2π 2π πk
v2k+1 = . . . v1 = .
2k + 1 3 (k + 21 ) . . . 32 . 12
Or la relation fonctionnelle Γ(x + 1) = xΓ(x) conduit à
1 1 1 1 1
Γ( + k + 1) = ( + k).( + k − 1) . . . Γ( ).
2 2 2 2 2
1
R +∞ −t dt R +∞ −u2 √
Or Γ( 2 ) = 0 e √t = 2 0 e = π (faire le changement de variables
√ 1
k+ 2 d
u = t). Au final, on aboutit à vd = v2k+1 = Γ( π1 +k+1) = Γ(πd +1)
2
.
2 2

Asymptotique. Pour comprendre le comportement de vd lorsque d → +∞,


nous allons utiliser l’équivalent de Stirling, que nous montrerons en TD.

√ xx x
Γ(x + 1) ∼ 2π x .
+∞ e
d
π2
Nous utilisons cet équivalent dans notre formule vd = Γ( d2 +1)
, pour finale-
ment obtenir

 d
1 2πe 2
vd ∼ √ .
+∞ dπ d
Nous arrivons à la conclusion que vd tend très rapidement vers 0 lorsque
d → +∞.
Il doit en particulier exister une dimension d pour laquelle la mesure λd (Bd )
est maximale. On peut montrer que cet entier est d = 5.

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