Innovation
Innovation
L’innovation
dans les entreprises
moteurs, moyens et enjeux
Date de parution : mai 2011
Photographie de couverture
© France Télécom
Remerciements :
Le projet a été initié, dans le cadre du SESSI, par Claire Lelarge.
Il a bénéficié des relectures de Sébastien Hallépée (DGCIS).
Sommaire
Introduction 11
Première partie 19
Comportements d’innovation :
importance de la propriété intellectuelle et diversités sectorielles
1-1 L’innovation des entreprises : entre volonté et obstacles
Pierre Blanchard, Jean-Pierre Huiban, Antonio Musolesi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
3-6 La participation des entreprises aux PCRD européens et ses impacts :
une comparaison France/Pays-Bas
Stéphane Robin, Ronald Dekker, Alfred Kleinknecht . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 300
Annexe 325
Questionnaire CIS4
1. Informations générales sur l’entreprise. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 326
2. Innovation de produits - biens ou services. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 327
3. Innovation de procédés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 327
4. Activités d’innovation en cours ou abandonnées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 327
5. Activités et dépenses d’innovation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 328
6. Sources d’information et de coopération. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 329
7. Effets de l’innovation entre 2002 et 2004. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 330
8. Facteurs freinant les activités d’innovation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 330
9. Droits de propriété intellectuelle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 331
10. Innovations d’organisation et de marketing. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 331
11. Principale innovation entre 2002 et 2004. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 331
Introduction
L’analyse des processus d’innovation des entreprises a connu une forte montée en puissance
dans les dernières décennies grâce à la réalisation et à l’exploitation des enquêtes sur
l’innovation. De telles enquêtes, dites CIS (Community innovation survey) sont aujourd’hui
pratiquées dans de nombreux pays, non seulement développés, telles que les enquêtes CIS
dans l’Union européenne, mais aussi en développement1.
L’enjeu essentiel consiste à affiner les mesures de l’innovation en allant au-delà des approches
traditionnelles préconisées initialement par le manuel de Frascati qui réduisent l’analyse de
l’innovation à une relation input/output entre dépenses de R & D et production de brevets. Ces
enquêtes fournissent, en effet, des informations quantitatives mais aussi qualitatives variées sur
les processus à l’œuvre au sein des entreprises innovantes permettant de cerner de manière
beaucoup plus fine les différentes dimensions du développement des innovations.
Ces progrès se retrouvent aussi à des niveaux plus agrégés. En autorisant l’élargissement des
champs sectoriels et territoriaux couverts et en autorisant les approches comparatives, les efforts
1
L es enquêtes CIS ont été mises en place au début des années 1990 par la Commission européenne (Eurostat). Elles
s’appuient sur le manuel d’Oslo pour une approche harmonisée et précise du concept d’innovation. Réalisées tous les
4 ans d’abord, puis tous les deux ans, les enquêtes CIS fournissent des informations sur les années 1990-1992 (CIS1),
1994-1996 (CIS2), 1998-2000 (CIS3), 2002-2004 (CIS4), 2004-2006 (CIS2006), 2006-2008 (CIS2008).
2
J acques Mairesse et Pierre Mohnen, “Using innovation surveys for econometric analysis”, UNU-MERIT Working Paper
2010-023, 2010.
Enfin un autre intérêt, et non des moindres, des travaux basés sur ces enquêtes innovation est
leur capacité à faire émerger de nouvelles thématiques en économétrie de l’innovation et de
permettre la confrontation empirique d’analyses théoriques nouvelles au-delà de celles axées
sur les fonctions de production d’innovation ou sur la relation innovation - performances. Il en
est ainsi des travaux portant sur la recherche de complémentarité dans les formes d’innovation
ou les ressources pour innover, les approches de plus en plus fines concernant les méthodes de
protection de la propriété intellectuelle et leurs effets sur l’innovation, les analyses reliant modes
de financement et formes d’innovation ou encore les nombreux travaux portant sur l’analyse des
stratégies d’acquisition de connaissances et les pratiques de coopération en découlant.
Cet ouvrage qui réunit une quinzaine d’articles réalisés par des experts, illustre donc les
avancées récentes réalisées dans l’analyse des processus, des comportements d’innovation et
de leurs impacts, grâce à l’exploitation des enquêtes innovation par des chercheurs ou praticiens
français. Il se situe totalement dans la ligne du nécessaire rapprochement entre économistes et
statisticiens réclamé par Mairesse et Mohnen (2010).
L’ouvrage est structuré autour de trois thèmes majeurs retraçant les principaux éléments
moteurs, les moyens et les enjeux de l’innovation en entreprise. La première partie éclaire la
diversité des déterminants et processus d’innovation comme principaux éléments moteurs
de l’innovation. La deuxième partie montre comment les coopérations en R & D, permettant
l’acquisition des connaissances externes et l’articulation entre compétences internes et externes
aux entreprises, sont des moyens essentiels pour innover aujourd’hui. Enfin, la troisième partie
met en évidence les enjeux de l’innovation sur différentes dimensions de la performance des
entreprises. Des résultats originaux et précis sont fournis sur chacun de ces thèmes ainsi que
sur des thèmes transversaux touchant aux différences sectorielles ou nationales notamment.
L’ouvrage fournit aussi des éclairages importants sur un certain nombre de questionnements
méthodologiques récurrents concernant l’exploitation des enquêtes CIS : problème de sélection
sur les firmes innovantes, problème de cohérence des enquêtes dans le temps ou entre nations
rendant difficile les approches dynamiques et les comparaisons dans l’espace, problèmes liés
à l’appareillage avec d’autres bases de données… Chaque fois des solutions sont proposées
qui permettent d’élargir les potentialités d’exploitation de ces enquêtes. Un ou deux chapitres de
cet ouvrage exploitent d’autres sources que l’enquête CIS et apportent ainsi des compléments
ou des contre-point intéressants.
Contenu de l’ouvrage
La première partie de cet ouvrage porte sur l’analyse des déterminants de l’innovation et des
processus menant à l’innovation dans l’entreprise. L’hétérogénéité des déterminants et de leur
rôle y apparaît clairement, démontrant la diversité des comportements d’innovation. Les voies
pour innover varient, en effet, selon les entreprises, les secteurs, les formes d’innovation et les
incitations à innover.
Dans les enquêtes CIS, les principaux déterminants de l’innovation, déjà assez largement étudiés
par la littérature, sont la taille et le type d’entreprise, les secteurs d’activités, l’appartenance de
l’entreprise à un groupe, les opportunités technologiques, les parts de marché, les sources d’in-
formations, le degré de concurrence et la capacité à s’approprier les bénéfices de l’innovation.
12 - Introduction
Les deux premiers chapitres de la première partie approfondissent la littérature sur deux
déterminants fondamentaux de l’innovation en entreprise : les obstacles à l’innovation pour le
premier et les comportements de protection de la propriété intellectuelle pour le second. Ils
offrent une analyse plus poussée de ces problématiques, permettant d’affiner les interprétations.
Les chapitres suivants proposent des approches sectorielles fines des comportements
d’innovation : l’industrie culturelle, l’agroalimentaire et l’industrie pharmaceutique. L’ensemble
de cette partie met ainsi en garde contre toute généralisation excessive des résultats obtenus
concernant les déterminants de l’innovation, notamment lorsqu’il s’agit de définir des politiques
publiques visant à inciter les entreprises à innover.
Dans l’article 1 de la première partie, Pierre Blanchard, Jean-Pierre Huiban et Antonio Musolesi
s’intéressent aux obstacles à l’innovation et à leur impact sur la propension à innover des
entreprises. Ils réexaminent en particulier le paradoxe bien connu de la littérature économétrique
selon lequel les obstacles à l’innovation auraient un impact positif sur cette propension. Les
auteurs établissent en effet la relativité de la notion d’obstacles en fonction des intentions ou
non d’innover des entreprises et montrent que cette notion n’est vraiment pertinente, ou au
moins ne peut être vraiment sensible, que pour les entreprises qui essaient véritablement
d’innover. En reformulant les estimations économétriques, pour tenir compte de ce biais et
distinguer les entreprises souhaitant innover de celles qui se situent elles-mêmes d’emblée hors
de la dynamique d’innovation, ils montrent que les obstacles à l’innovation jouent bien de façon
négative pour les firmes qui souhaitent innover, donnant ainsi une explication au paradoxe.
Un autre déterminant important des comportements d’innovation est étudié dans l’article 2 de
la première partie, écrit par Serge Pajak. Il s’agit des pratiques de protection de la propriété
intellectuelle. En comparant les pratiques effectives des firmes, rapportées dans l’enquête
CIS4, avec leurs intentions exprimées dans les enquêtes CIS antérieures, l’auteur montre que
l’usage du brevet relativement au secret est croissant avec la taille des firmes, ce qui confirme
les intentions d’innover. En revanche, contrairement aux intentions précédemment affichées,
les firmes de petite taille sont les seules dans CIS4 à recourir plus fortement au secret qu’au
brevet. Au-delà de ces résultats généraux cet article tente aussi de mieux cerner les différences
de comportements liées à l’importance de l’innovation. De ce point de vue les résultats obtenus
interrogent les institutions quant à l’efficacité de leur régime de propriété intellectuelle.
Catherine Silavong et Patrick Waelbroeck établissent, dans l’article 3, que les firmes des
industries de la culture utilisent peu les dépenses de R & D internes pour innover et s’appuient
beaucoup plus sur les acquisitions extérieures d’équipement ainsi que sur le marketing et la
formation. On peut alors s’interroger sur l’efficacité des politiques publiques très orientées vers
le soutien aux dépenses de R & D pour aider à l’innovation dans ce secteur.
La spécificité sectorielle de l’innovation est une nouvelle fois illustrée dans l’article 4 où Danielle
Galliano, Lulit Garedew Lulit et Marie-Benoît Magrini traitent de l’importance des déterminants
organisationnels pour l’innovation de produit dans les firmes de l’agroalimentaire. Bien que
traditionnellement classée « Low Tech » dans les nomenclatures axées sur l’innovation par la
R & D, l’agroalimentaire ressort de cette étude comme une industrie innovante. L’innovation y
apparaît, en revanche, fortement tirée par l’aval de la filière et prend des formes multiples mêlant
innovations radicales et incrémentales.
La première partie de l’ouvrage se termine par une étude de Guillaume Gilquin et Benjamin Guédou
sur le secteur de la pharmacie. Les déterminants de l’innovation apparaissent largement extérieurs
La deuxième partie de cet ouvrage porte sur un thème de forte actualité, tant dans les
pratiques des acteurs que par l’importance des instruments de politiques publiques qui incitent
à leur développement : il s’agit des coopérations en R & D. Le développement d’interactions
collaboratives entre acteurs aux compétences diverses est à la source des dynamiques de
diffusion et d’exploitation croisée des connaissances porteuses d’innovation. Au-delà des
motivations classiques liées au partage des coûts et des risques c’est bien plus largement
la capacité des acteurs de l’innovation à s’insérer dans cette dynamique globale de réseaux
et à bénéficier des ressources qu’elle offre qui est recherchée. On touche ainsi des thèmes
au confluent entre politique industrielle et politique scientifique posant des questions difficiles
de coordination entre acteurs agissant dans des sphères différentes (Université/industrie) et
articulant coopération et concurrence entre entreprises.
Plusieurs articles s’intéressent à la question des relations université-industrie qui sont considérées
(souvent dans le cadre des Etats-Unis) comme parmi les plus porteuses en matière d’innovation
et de performances pour chaque partenaire3.
L’article 1, écrit par Stéphane Robin et Torben Schubert, propose une analyse des effets des
coopérations université-industrie sur la propension à innover des entreprises, afin d’apporter
des éclairages sur la pertinence des politiques publiques largement orientées vers l’incitation
à ce type de coopération. Au-delà de la mise en évidence des problèmes méthodologiques
de comparabilité des données CIS entre pays, cet article montre comment les différences
de comportements coopératifs entre entreprises allemandes et entreprises françaises sont
capables d’expliquer l’effet beaucoup plus élevé des coopérations sur la propension à innover en
Allemagne qu’en France. Ce résultat aboutit à l’idée qu’une politique de coopération université/
industrie ne doit pas se focaliser sur les grandes entreprises à hautes technologies mais prendre
en considération comme c’est davantage le cas en Allemagne les entreprises de plus petites
tailles appartenant à des secteurs moins naturellement orientés vers la R & D.
Dans l’article 2, Stéphane Robin, Ronald Dekker et Alfred Kleinknecht prolongent cette approche
en étudiant les caractéristiques des entreprises participant au Programme Cadre de Recherche
Développement (PCRD), instrument emblématique des politiques d’innovation en Europe. En
appareillant les enquêtes CIS3 et CIS4 pour se donner le recul nécessaire, en croisant les effets
des instruments nationaux et européens, en tentant d’isoler des effets de substitution vs levier
des financements et en offrant une perspective de comparaison internationale, cet article éclaire
de manière fine les effets des PCRD sur l’innovation des entreprises et aboutit à un résultat
surprenant : le soutien à l’innovation par les PCRD a pour effet d’augmenter la propension
à innover (en permettant à davantage d’entreprises de devenir innovantes), mais pas celle
d’augmenter la capacité à innover des entreprises déjà innovantes (il n’agit pas sur l’intensité
d’innovation).
3
ucker et Darby (2007) parlent du cercle vertueux des relations universités/entreprises dans « Virtuous circles in science
Z
and commerce », Papers in Regional Science, 86 (3).
14 - Introduction
Alors que les deux précédentes contributions considèrent les pratiques de coopération comme
des déterminants de l’innovation, les deux contributions suivantes changent la perspective
d’analyse et s’interrogent sur la manière dont les pratiques de coopérations peuvent modifier
notre perception traditionnelle d’autres problématiques de l’innovation, en particulier celle de
l’appropriation et plus précisément de la propriété intellectuelle.
Dans l’article 3, Delphine Gallaud et Maximilien Nayaradou montrent en quoi le cadre coopératif
peut renouveler notre analyse des pratiques d’appropriation par les entreprises. Les moyens de
protection utilisés par les entreprises sont mis en regard de leurs pratiques de collaboration. Des
motivations nouvelles des choix entre moyens stratégiques/moyens légaux, brevets ou marques,
apparaissent. De façon générale les pratiques collaboratives contribuent au renforcement de
l’usage de moyens de protection de toutes sortes mais certaines formes de collaboration sont
associées de façon privilégiée à certaines formes de protection, par exemple la marque pour les
coopérations avec les universités.
La deuxième partie de l’ouvrage s’achève par une étude de John Gabriel Goddard et Marc
Isabelle, consacrée aux déterminants des choix entre brevets et publications pour la diffusion des
résultats des collaborations Université/Entreprises. Cet article propose ainsi une autre facette
des déterminants du choix ou non de breveter dans le cadre coopératif. L’étude s’appuie sur
une enquête spécifique, menée auprès de grands laboratoires de recherche publique français
en chimie et sciences de la vie, qui permet de mieux cerner les déterminants des choix des
formes de diffusion des résultats en fonction des choix organisationnels et des moyens mis
dans la collaboration. Les résultats soulignent l’importance des moyens humains nécessaires
aux dépôts de brevets dans un cadre collaboratif et plaident pour le développement d’enquêtes
harmonisées internationalement sur ces sujets.
La troisième partie de cet ouvrage s’intéresse au rôle de l’innovation sur les performances
économiques des entreprises et des nations. La diversité des enjeux de l’innovation s’exprime
dans cette partie par la diversité des mesures de performances sur lesquelles se penchent les
auteurs. Loin de se limiter à la célèbre Productivité Totale des Facteurs, ceux-ci investissent des
champs variés comme celui de la structure financière des entreprises, de l’exportation, des
parts de marché ou de la qualité mais surtout ils s’intéressent à l’imbrication des déterminants
et des critères rendant difficile le repérage des causalités et pouvant poser des problèmes
d’endogénéité. Ainsi en est-il, par exemple, des relations innovation-exportation-productivité ou
des relations innovation-qualité comme déterminants des performances. La diversité des enjeux
s’exprime aussi à travers la mise en avant des facteurs contextuels de la performance et en
particulier du rôle des différences sectorielles. Ainsi, le secteur des services semble présenter
encore beaucoup de mystère dans ses rapports à l’innovation. Enfin, dans cette dernière partie,
les enjeux méthodologiques de l’exploitation des enquêtes innovation sont forts, dans la mesure
où l’analyse de l’impact de l’innovation sur les performances nécessite à la fois de croiser des
enquêtes sur innovation et sur performance et de développer une perspective dynamique
d’analyse d’impact.
Dans la contribution de Jean Belin, Sandra Cavaco et Marianne Guille, l’innovation est abordée
sous l’angle de son financement et de la structure financière des entreprises innovantes. Le
résultat central de l’étude, menée sur les firmes françaises entre 1994 et 2004, est que les
entreprises innovantes comportent des caractéristiques non observées, spécifiques de leur
activité de R & D, qui expliquent une relation décroissante entre l’effort de R & D et l’utilisation de
la dette bancaire. Cette inadaptation de l’endettement bancaire pour l’activité de R & D conduit
les entreprises innovantes vers des structures financières spécifiques.
Flora Bellone, Sarah Guillou et Lional Nesta cherchent à expliquer les différences de perfor-
mances productives qui caractérisent des entreprises de taille similaire appartenant à un même
secteur. Au contraire de la littérature existante, qui montre d’un côté les effets des capacités
d’exportation et de l’autre les effets des capacités d’innovation sur ces performances, ces
auteurs établissent qu’il est difficile de traiter des unes sans les autres, les stratégies d’exporta-
tion et d’innovation et leurs effets étant imbriqués. Les résultats de l’étude montrent que l’inno-
vation est un facteur explicatif des primes à l’exportation mais qu’il n’est pas exclusif. Il y a donc
une partie de l’avantage de productivité des firmes exportatrices qui ne tient pas spécifiquement
à leur activité d’innovation.
J. Raffo, S. L’Huillery, F. Freitas, L. Miotti et J. De Negri insistent sur les déterminants nationaux
de l’hétérogénéité des firmes. Plus précisément, ils cherchent à repérer l’existence ou non
de différences entre pays en voie de développement et pays européens dans la capacité de
l’innovation à se traduire par une augmentation des performances des entreprises. Ils mènent
une étude des causalités R & D - innovation - productivité à laquelle une étape « exportation »
est ajoutée. L’analyse précise des résultats obtenus à chaque étape met en avant l’existence de
quelques défauts de bouclage des systèmes nationaux d’innovation dans les PVD, contraignant
les entreprises à des niveaux de performances inférieurs à ceux de leur homologues des pays
européens.
L’article de Sanja Pekovic et Fabrice Galia s’intéresse à la question complexe des relations entre
processus « qualité » et processus d’innovation en tant que déterminants des performances de
l’entreprise. Si les effets positifs des procédures « qualité » d’un côté et de l’innovation d’un autre
côté ont été démontrés dans la littérature, leurs effets croisés font l’objet de controverses. Pour
certains, il existe une relation positive entre gestion de la qualité et innovation, alors que pour
d’autres, au contraire, les systèmes de gestion de la qualité possèdent des caractéristiques
susceptibles de freiner l’innovation. Cette relation qualité/innovation serait ainsi source d’arbitrage
dans les stratégies de recherche de performance des firmes. En analysant précisément l’impact
des procédures « qualité » sur les performances innovantes, l’article fournit un éclairage utile
pour mieux cerner ces éventuels effets d’arbitrage.
L’article de Christian Cordellier clôture cette partie en tentant de repérer les différences
caractérisant secteur des services et secteurs industriels dans la relation entre innovation et
performances. S’appuyant sur des comportements d’innovation différents (différentes formes
de complémentarité entre innovation de produit, de procédé, organisationnelle ou marketing),
les performances des entreprises sont étudiées en termes de part de marchés et de productivité.
Les résultats distinguent industrie et services technologiques d’une part, et les autres services
d’autre part. Pour les premiers, l’innovation a un effet bénéfique sur la productivité, en particulier
lorsqu’elle concerne des produits ou des procédés ; pour les seconds on ne repère pas d’effet
apparent des innovations. Au total cet article montre tout de même la forte difficulté qu’il peut y
avoir à distinguer ce qui relève des différences dans la combinaison des innovations mises en
œuvre au niveau des entreprises et ce qui relève de réelles différences de type sectoriel.
16 - Introduction
Principales limites des travaux empiriques sur l’enquête CIS et nouvelles directions
de recherche suggérées.
Au delà des résultats propres qu’elles offrent, les études rassemblées dans cet ouvrage
mettent en lumière un certain nombre de difficultés pour le développement d’analyses plus
fines concernant les déterminants, formes et impacts de l’innovation dans les entreprises. Ces
difficultés nécessiteront des aménagements des enquêtes dédiées à l’innovation.Le premier
point concerne les secteurs « oubliés » des enquêtes et, plus globalement, des analyses sur
l’innovation : certains secteurs des services, de la culture en particulier. Outre le choix des
champs couverts, ceci pose la question de l’appréhension des formes non technologiques
de l’innovation dans les enquêtes. Au-delà des innovations organisationnelles ou marketing,
qui restent très largement complémentaires des innovations technologiques, on reste encore
aujourd’hui très peu armé pour appréhender d’autres formes de créativité intellectuelle porteuses
en matière de développement économique.
Enfin, limite importante des enquêtes sur l’innovation, elles ne portent que sur les entreprises
innovantes et ne développent le questionnaire que sur ces seules entreprises. Ceci constitue
une contrainte très forte pour la mise en place de modèles empiriques de l’innovation. Ainsi
les pratiques de partenariats par exemple sont loin d’être réservées aux seules entreprises
innovantes. Une meilleure compréhension des formes et modalités partenariales les plus
favorables à l’innovation suppose donc de pouvoir confronter leur observation sur entreprises
innovantes et non innovantes.
Plus largement, alors que la plupart des études économétriques menées sur l’innovation,
ses déterminants, ses formes et ses effets à partir des enquêtes CIS, débouchent sur des
enseignements en matière de politiques publiques incitatives, un faible nombre de travaux
d’évaluation de politique publique exploite cette enquête. L’absence de contrepoint possible
avec les entreprises non innovantes en est sans doute une des raisons principales, de même
que la difficulté à créer des perspectives de comparaisons dans le temps ou dans l’espace
assez larges à partir de cette enquête.
Autant de points à propos desquels cet ouvrage suggère des pistes d’amélioration et des voies
pour de nouvelles investigations.
Nadine Massard
Directrice adjointe du Creuset – CNRS
Professeure des Universités en économie à l’Université Jean Monnet Saint-Étienne
Comportements d’innovation :
importance de
la propriété intellectuelle
et diversités sectorielles
Pierre Blanchard1
Jean-Pierre Huiban2
Antonio Musolesi3
Résumé
1
ERUDITE-TEPP, Université Paris-Est Créteil, 61 av. du Gal de Gaulle 94010 Créteil Cedex France
2
INRA, UR 1303 ALISS, 65 Bd de Brandebourg, 94205 Ivry Cedex France,
et ERUDITE-TEPP, Université Paris-Est Créteil, 61 av. du Gal de Gaulle 94010 Créteil Cedex France
3
INRA, UMR 1041CESAER, 26 Bd Dr Petitjean, 21079 Dijon Cedex France
Par contre, alors même que les enquêtes CIS fournissent une information relativement détaillée
sur les obstacles rencontrés par les entreprises souhaitant innover, peu d’études incorporent
cette information comme facteur explicatif supplémentaire de la propension des firmes à innover.
Ceci s’explique sans doute par le caractère contre-intuitif des résultats souvent obtenus. Les
coefficients associés aux variables caractérisant les obstacles sont souvent non significatifs,
voire même positifs, comme le mentionnent Mohnen et al. (2004) et, dans le cas particulier des
contraintes financières, Savignac (2008).
Dans cet article, nous proposons une explication de ce résultat singulier, explication issue de
l’examen des données de l’enquête CIS4. Sur environ 20 000 firmes ayant répondu à l’enquête,
près de 40 % déclarent avoir effectivement réussi à innover, mais seulement un peu plus de
1 % disent avoir échoué ou ne pas avoir achevé un projet d’innovation. Les 59 % restantes se
composent donc de firmes ne s’étant pas engagées dans un projet innovant. Nous disposons
finalement de peu d’informations sur ces firmes : ont-elles essayé d’innover sans succès,
mais, dans ce cas, pourquoi ne pas le déclarer ? Ont-elles renoncé, avant même le lancement
effectif du projet, du fait des obstacles rencontrés et/ou anticipés ? Ou s’agit-il de firmes qui
ne se considèrent pas concernées par l’innovation ? Cette dernière hypothèse nous semble
intéressante à explorer car susceptible d’expliquer l’absence d’innovation pour une partie au
moins des entreprises. Alors que la quasi-totalité des études considère les firmes n’ayant pas
innové comme un ensemble homogène, il nous semble primordial de distinguer entre les firmes
qui n’ont pas pu innover (du fait notamment des obstacles anticipés ou rencontrés) et celles
qui, de fait, n’ont même pas cherché à le faire. Bon nombre de firmes ne sont effectivement pas
engagées dans un processus d’innovation, tout simplement parce qu’elles ne le veulent pas et/
ou n’y ont pas intérêt. Ces firmes, pour qui l’innovation n’est pas une préoccupation, en tout cas
sur la période considérée, constituent finalement la majeure partie des firmes qui ont déclaré
ne pas avoir rencontré d’obstacles à l’innovation. Identifier la présence d’obstacles suppose en
effet d’avoir, au minimum, envisagé d’innover. De ce fait, et ainsi que l’a montré Savignac (2008),
la variable « obstacles » devient endogène. Le but de cette étude est donc de proposer une
classification des firmes en fonction de leur degré d’implication dans un processus d’innovation,
puis d’observer comment évoluent les résultats d’estimation de la fonction d’innovation (en
particulier l’impact des obstacles rencontrés) selon les populations prises en compte.
Le questionnaire CIS nous fournit les moyens concrets d’établir une telle distinction entre firmes,
au prix de certaines hypothèses. Nous construisons ainsi plusieurs sous-populations, à partir de
la population totale des firmes observées (soit 19 214 firmes). Selon que l’on adopte une définition
plus ou moins stricte du fait, pour une entreprise, d’être potentiellement innovante, on aboutit à ce
que 12 506, 11 547 ou 10 334 de ces 19 214 firmes peuvent être considérées comme concernées
par l’innovation, alors que la population des firmes ayant elles-mêmes déclaré être engagées
dans un tel processus se compose de 7 954 unités (dont près de 97 % ont effectivement réussi
à innover et seulement 3 % ont échoué ou n’ont pas achevé le processus).
Un modèle explicatif de la propension à innover est alors estimé sur chacune de ces sous-
populations. Les résultats diffèrent nettement selon la population considérée. Nous retrouvons
d’abord des résultats contre-intuitifs dans le cas de la population d’ensemble, mais l’impact
négatif des obstacles rencontrés se précise très nettement au fur et à mesure que l’on isole
de façon de plus en plus précise les seules firmes concernées par un processus d’innovation.
Les estimations relatives à l’impact des autres facteurs de l’innovation restent conformes aux
résultats classiques. Les inputs, en l’espèce les dépenses de R & D, jouent un rôle positif, tout
comme la taille de la firme et son appartenance éventuelle à un groupe.
La suite de l’article se structure de la façon suivante. La partie 1 explore la littérature afin d’y
repérer quelques éléments théoriques et empiriques qui soient cohérents avec notre hypothèse.
La partie 2 présente les données utilisées et la façon dont, à partir du questionnaire de CIS4,
nous construisons les différentes sous-populations. Les résultats d’estimation sont présentés
dans la partie 3, avant que la partie 4 ne conclue.
Face aux obstacles à l’innovation, les firmes peuvent se situer dans une des quatre catégories
suivantes :
- celles qui surmontent de tels obstacles, les firmes innovantes ;
- celles qui s’engagent dans un projet mais échouent, car elles n’ont pas réussi à surmonter tous
les obstacles rencontrés ;
- celles qui auraient souhaité s’engager dans un projet mais ne le font pas, car les obstacles leur
paraissent insurmontables ;
- celles qui ne rencontrent pas d’obstacles, simplement parce qu’elles ne cherchent pas à
innover.
Les premières, et dans une moindre mesure les secondes, font l’objet d’une grande attention
dans la littérature. Par contre, l’idée même qu’une firme ne cherche pas à innover ne semble
pas pertinente. Pourtant, l’enquête CIS comporte explicitement une question destinée à ces
entreprises n’ayant pas, de manière délibérée, innové, entreprises à qui il est demandé :
Tableau 1
Part des firmes innovantes par secteur (NACE 1.1)
Nombre Part (en %) Nombre de firmes % innovantes
Secteur
de firmes du secteur innovantes dans le total
Mines et extraction 141 0,73 44 31,21
Industrie manufacturière 6 970 36,28 3 827 54,91
Production d’électricité, de gaz et d’eau 149 0,78 58 38,93
Construction 1 329 6,92 363 27,31
Commerce (gros et détail) 3 897 20,28 1 159 29,74
Hôtels / restaurants 677 3,52 166 24,52
Transports, stockage et manutention 1 650 8,59 518 31,39
Intermédiation financière 585 3,04 328 56,07
Immobilier 3 627 18,88 1 401 38,63
Autres activités de service 189 0,95 90 48,38
Total 19 214 100,00 7 954 41,40
Il paraît difficile de supposer que ces secteurs sont peuplés d’une majorité de firmes qui
souhaiteraient innover mais qui en sont incapables. Si tel était le cas, de nouvelles firmes
plus aptes à innover entreraient dans le secteur, provoquant l’élimination des précédentes,
dont la présence n’aurait constitué qu’un accident transitoire. La seule explication plausible
est que l’innovation n’a pas la même importance selon l’activité, ou plus généralement selon
l’environnement de l’entreprise considérée. Dans certains secteurs, la survie d’une entreprise
est clairement conditionnée par sa capacité à innover. Dans d’autres, une proportion
(éventuellement significative) de firmes peut survivre et se développer sans innover. Comme
indiqué précédemment, le cas de telles firmes n’est que rarement évoqué dans la littérature. Il
ne semble pas exister de modélisation suggérant la possibilité de firmes non innovantes. Nous
suggérons donc, à titre exploratoire, deux pistes qui ne semblent pas incohérentes avec une
telle possibilité.
Le postulat usuel est que les entreprises ne peuvent durablement assurer leur rentabilité
sans innover, soit en proposant des produits nouveaux, soit en améliorant leurs procédés de
production. Pourtant, certaines entreprises produisent et vendent des biens standardisés pour
lesquels d’une part la demande est peu volatile, et d’autre part le niveau de concurrence par
des biens substituts à plus fort contenu technologique est assez limité. Ces firmes peuvent
alors produire à un coût relativement bas, en assez grandes séries et à l’aide de techniques de
production éprouvées et amorties, des produits dont le contenu technologique est assez faible.
La compétitivité de ces produits et des entreprises qui les fabriquent repose dès lors plutôt
sur un niveau de prix aussi bas que possible que sur le caractère « novateur » du produit. On
peut ainsi penser à certains produits alimentaires, à certains articles d’habillement, voire aux
nouveaux modèles automobiles low cost produits par un nombre croissant de constructeurs.
Cette absence d’incitation à innover peut aussi exister dans le cas de firmes dont la production
s’appuie sur une image liant qualité et tradition, et donc contradictoire avec l’idée même
d’innovation. Certains produits d’habillement très spécifiques (la haute couture) et certains
produits alimentaires peuvent relever de cette catégorie. Ainsi, à en croire les brasseurs
allemands et, dans une certaine mesure, les instances sanitaires et celles de la concurrence de
ce pays, ne mériteraient le nom de bière que les seuls produits respectant le Reinheitsgebot,
un ensemble de règles de production édictées par Guillaume II, duc de Bavière, en 1516...
Au-delà de la dénonciation de son éventuel caractère protectionniste, ce dispositif vient illustrer
une situation où l’innovation, qu’elle soit de produit ou de procédé, est clairement désignée
comme néfaste. La définition de la qualité du produit, son identité même sont clairement
contradictoires avec la notion d’innovation. Si, dans bon nombre d’activités, il semble s’établir
une relation positive entre qualité du produit (ou du procédé de fabrication) et innovation
(cf, dans cet ouvrage, la contribution de S. Pekovic et F. Galia), la liaison inverse semble exister
dans d’autres cas, pour des raisons tenant à une image de tradition (certains produits de luxe,
par exemple) ou à des exigences sanitaires (certaines industries agroalimentaires). Une telle
opposition peut même traverser un secteur donné, avec une différenciation entre produits
innovants et produits traditionnels (la construction navale de plaisance, par exemple).
La seconde approche est sans doute susceptible de concerner un éventail plus large d’activités
et s’appuie sur des références bibliographiques plus fournies. Elle part d’abord du constat
empirique d’une grande hétérogénéité entre firmes au sein d’un secteur en matière d’innovation.
Cette hétérogénéité concerne certes les résultats en termes de propension à innover, ainsi que
cela a été mentionné, mais peut également s’observer dans le cas des moyens mis en œuvre
pour l’innovation. Cohen & Klepper (1992) observent ainsi que, dans bon nombre d’industries,
la distribution des firmes selon leurs dépenses de R & D est extrêmement étendue. Un grand
nombre de firmes ne font pas du tout de R & D, tandis que d’autres y consacrent un effort
significatif. Les unes et les autres coexistent tout au long des différentes périodes observées,
aucune ne semblant promise à une disparition inéluctable. Cette division des tâches entre
firmes est modélisée par la coexistence de plusieurs types de comportements stratégiques :
« innovateurs », « imitateurs » et « retardataires ». Parmi de nombreuses références, on peut citer
Jovanovic et Mc Donald (1994), Geroski (2000) pour une recension ou Ceccagnoli (2005) pour
une étude récente. Dans ce cadre d’analyse, les firmes d’un même secteur peuvent choisir de
mettre elles-mêmes au point des innovations ou, au contraire, de les adopter une fois qu’elles
ont été implémentées par d’autres. L’adoption d’une stratégie d’innovation ou d’imitation dépend
des caractéristiques de la firme (sa taille, l’âge des équipements), les modalités d’acquisition
étant multiples : marchandes (achat de brevets, licences) ou non marchandes (spillovers).
Tableau 2
construction des variables
Nettoyage des données : au départ, l’enquête comporte 20 672 firmes. Nous avons supprimé :
– 1 176 observations, telles que le taux de croissance annuel moyen entre 2002 et 2004 du chiffre d’affaires par tête était supérieur à
200 %, ou inférieur à - 60% ou manquant.
– 58 observations, telles que le ratio des dépenses internes de R & D sur le chiffre d’affaires moyen entre 2002-2004 était supérieur à 1
ou manquant.
– 18 observations, pour lesquelles les réponses relatives à la question sur les marchés géographiques (Q 1.2) et à la question sur les
freins à l’innovation (Q 8.2) étaient manquantes.
– 200 observations correspondant à des firmes appartenant au secteur Recherche et Développement (Nace 73).
– 6 observations, telles que le ratio dépenses internes de R & D (multiplié par 1 000) sur le nombre moyen d’employés sur 2002-2004 et
le ratio dépenses externes de R & D (multiplié par 1 000) sur le nombre moyen d’employés sur 2002-2004 étaient supérieurs à zéro et
inférieurs à 1.
Pour ce faire, nous tirons parti de la question relative aux freins à l’innovation (question 8.2). Le
dernier item de cette question est celui qui se rapproche le plus directement de notre propos :
il y est évoqué « les motifs pour ne pas innover », avec deux mentions : « aucune nécessité en
raison d’innovations précédentes » et « aucune nécessité en l’absence d’une demande pour
Le premier des deux motifs évoqués ci-dessus, lié à l’existence d’innovations antérieures,
pose davantage de questions : il semble difficile d’arguer du fait qu’une firme a déjà innové
pour soutenir qu’elle n’est pas concernée par l’innovation. Une telle hypothèse serait d’ailleurs
contraire aux nombreux travaux qui se développent autour du thème de la persistance de
l’innovation (Raymond et al. 2006). Pour ces raisons, il ne nous paraît pas judicieux de considérer
comme non concernées par l’innovation les firmes ayant mentionné l’existence d’innovations
antérieures.
Toutefois, il est intéressant de noter que peu d’entreprises déclarent ne pas avoir innové pour
cette seule raison. Sur les 2 721 entreprises ayant donné cette réponse, plus des trois quarts
(2 089) déclarent également ne pas avoir perçu de demande du marché pour une innovation.
On retrouve ici l’idée selon laquelle les entreprises qui évoluent sur des marchés peu intensifs
en technologie ne ressentent pas la nécessité d’innover à un rythme soutenu. Au total, la prise
en compte de cette information ne modifie qu’assez marginalement notre décomposition de la
population des entreprises non innovantes.
D’autres facteurs susceptibles de constituer des freins à l’innovation sont mentionnés : coûts,
connaissances, marchés. Ces trois ensembles ne sont pas susceptibles d’une utilisation
directe dans notre démarche, car ils ne constituent pas des motifs pour ne pas innover, mais
des freins susceptibles d’agir sur la probabilité d’innover, non sur l’intérêt de l’innovation. Nous
en proposons cependant une utilisation indirecte : nous formulons l’hypothèse qu’une firme
ne souhaite pas innover si elle ne le fait pas alors qu’elle n’a rencontré aucun obstacle. Les
firmes n’ayant pas innové mais ne déclarant pas non plus avoir rencontré de freins à l’innovation
sont donc exclues de la population des firmes considérées comme potentiellement innovantes.
Ceci réduit la population des entreprises non innovantes, qui peuvent être considérées comme
potentiellement innovantes, à 4 552. Pour l’instant, sur les 19 214 entreprises que comporte notre
échantillon initial, 7 954 se sont effectivement engagées dans un projet innovant, 4 552 ne l’ont
pas fait mais auraient été susceptibles de le faire si elles n’avaient pas rencontré d’obstacles, et
le reste, soit 6 708, semble ne pas avoir envisagé cette possibilité. La population des entreprises
innovantes ou potentiellement innovantes se monte donc au total à 12 506 entreprises.
Notons que les réponses aux questions relatives aux freins à l’innovation prennent la forme
d’un jugement sur le degré d’importance de chaque obstacle envisagé, avec quatre options :
« élevé », « moyen », « faible », « sans objet ». Les firmes souhaitant innover ou à l’inverse non
concernées par l’innovation peuvent donc être donc définies de façon plus ou moins restrictive
selon les degrés d’intensité retenus. La définition précédente des entreprises non innovantes
n’ayant pas déclaré s’être heurtées à un obstacle quel qu’il soit repose sur une définition stricte
de l’absence d’intérêt à innover : seules les entreprises ayant déclaré « sans objet » chacun
des obstacles considérés, alors même qu’elles n’ont pas innové, sont considérées comme
n’ayant aucune velléité d’innover. Nous proposons deux autres définitions de la population des
entreprises innovantes et potentiellement innovantes :
- dans la définition moyenne, sont exclues de cette population les entreprises non innovantes ayant
déclaré comme « sans objet » ou « faible » l’importance de chacun des obstacles considérés. On
aboutit ainsi à un ensemble plus réduit d’entreprises innovantes ou potentiellement innovantes,
constitué de 11 557 firmes,
Au total, comme le résume la figure 1, cinq populations peuvent donc être considérées, dans le
cadre d’un emboîtement progressif :
- la population totale, soit 19 214 firmes ;
- les trois sous-populations de firmes effectivement concernées par l’innovation, au sens large
(12 506 firmes), moyen (11 547 firmes) ou strict (10 334 firmes) de notre classification ;
- la population réduite aux seules 7 954 firmes se déclarant innovantes ou ayant tenté de l’être.
Figure 1
Décomposition des firmes non concernées et concernées (sens large)
par l’innovation
5 268 5 992
pas de demande potentiellement
du marché innovantes
6 708
non concernées 1 440 4 552
par l'innovation pas d'obstacles obstacles rencontrés
à l'innovation
Résultats d’estimation
Comme indiqué précédemment, la définition de ces populations d’entreprises concernées par
l’innovation vise à mettre en cohérence la modélisation, et notamment le rôle des obstacles à
l’innovation, avec les données statistiques disponibles. Nous estimons donc, sur chacun des
cinq groupes définis plus haut, un modèle visant à expliquer la propension des firmes à innover
semblable à ceux communément rencontrés dans la littérature :
Dans notre cas, les inputs sont limités aux seules dépenses de R & D effectivement engagées par
la firme (R & D « interne »). Les caractéristiques de la firme ou de son environnement, supposées
influer sur sa propension à innover, sont sa taille (repérée à travers un jeu d’indicatrices de
tranche de taille), son activité (incluse sous la forme d’un ensemble d’indicatrices sectorielles)
et son appartenance éventuelle à un groupe. Enfin, la variable « obstacles » est définie4 comme
la somme des « notes » attribuées par les entreprises aux différents obstacles, allant de 0 pour
« sans objet » à 3 pour « importance élevée ».
4
ifférentes définitions alternatives de cette variable ont été envisagées sans que cela modifie de manière notable les
D
résultats des estimations.
Les résultats obtenus vont très clairement dans le sens attendu. Dans le cas de la population
totale (cas où toutes les firmes sont supposées être concernées par l’innovation), on obtient des
résultats proches de ceux rencontrés dans la littérature : le coefficient de la variable « obstacles »
est significativement positif, ce qui n’est guère conforme à l’intuition. D’un autre côté, si on se
limite aux seules firmes qui s’autodéclarent avoir innové ou avoir essayé de le faire (colonne 5,
tableau 4, 7 954 entreprises), on observe qu’aucune variable explicative n’est significative. Ceci
est à l’évidence dû à la très faible variabilité de la variable dépendante, puisque 97,1 % de ces
firmes déclarent avoir réussi à innover. La situation évolue peu à peu, lorsqu’on remplace la
population totale par les seules firmes que nous considérons comme concernées par l’innovation.
Plus on utilise une définition « stricte » des sous-populations concernées, plus la variable
« obstacles » tend à jouer un rôle significativement négatif sur l’innovation. Tel est formellement le
cas pour la population des firmes concernées par l’innovation, définie au sens strict, c’est-à-dire
en manifestant un degré d’exigence élevé pour considérer qu’une firme peut être acceptée dans
cette catégorie. Dans le même temps, les résultats relatifs aux autres variables sont conformes
à ceux de la littérature et évoluent peu entre les différentes sous-populations. Les inputs jouent
un rôle positif sur la propension à innover. La taille de la firme, tout comme l’appartenance à un
groupe de sociétés, sont positivement reliées à cette propension.
Conclusion
Les modèles qui visent à expliquer la propension à innover des firmes conduisent à des résultats
dont certains sont paradoxaux. Tel est le cas notamment des obstacles à l’innovation, dont
le coefficient estimé est parfois positif : la présence d’obstacles sur le chemin de la firme qui
souhaite innover augmenterait donc les chances de réussite de celle-ci... Cet article propose une
explication de ce résultat : toutes les firmes ne sont pas concernées par l’innovation et seules celles
qui essayent d’innover sont susceptibles de rencontrer effectivement des obstacles. L’enquête
CIS propose non seulement une mesure de l’innovation et de ses variables explicatives (dont la
variable « obstacles »), mais contient également des informations qui permettent de construire
La conclusion de cette étude est donc double. Le rôle des obstacles à l’innovation y apparaît
plus conforme à ce que l’on obtient en considérant l’ensemble des entreprises non innovantes
comme un tout homogène. Ainsi, l’hypothèse d’hétérogénéité, selon laquelle le comportement,
mais également l’intérêt des firmes vis-à-vis de l’innovation diffèrent selon les populations
étudiées, ne semble pas infirmée. Il peut s’agir là d’un enseignement utile pour de futures
études.
Ceccagnoli, M., « Firm heterogeneity, Imitation, and the Incentives for cost reducing effort » ,
Journal of Industrial Economics, 2005, 53(1), p. 83-100.
Cohen W., Klepper S., « The Anatomy of Industry R & D Intensity Distributions », American
Economic Review,1992, 82 (4), p. 773-799.
Geroski P. A., « Models of technology diffusion », Research Policy, 2000, 29 (4/5), p. 603-625.
Griffith R., Huergo E., Mairesse J., Peters B., « Innovation and Productivity Across Four
European Countries », Oxford Review of Economic Policy, 2006, 22(4), p. 483-498.
Jovanovic, B., MacDonald G., « Competitive Diffusion », Journal of Political Economy, 1994,
102(1), p. 24-52.
Mohnen P., Palm F. C., Schim Van der Loeff S., Tiwari A., « Financial Constraints and other
Obstacles : Are there a Threat to innovation Activity ? », De Economist, 2004, 156(2),
p. 201-214.
Raymond W., Mohnen P., Palm F. C., Schim Van der Loeff S., « Persistence of Innovation in
Dutch Manufacturing : Is it Spurious ? », CESifo Working Paper Series, 2006, 1681.
Rivers D., Vuong Q., « Limited Information Estimators and Exogeneity Tests for Simultaneous
Probit Models », Journal of Econometrics, 1988, p. 347-366.
Savignac F., « Impact of Financial Constraints on Innovation : What can be learned from a
direct measure ? », Economics of Innovation and New Technology, 2008, 17(6), p. 553-569.
Serge Pajak 1
Résumé
1
épartement des Sciences économiques et sociales, Télécom ParisTech, 46 rue Barrault, 75013 Paris.
D
Thèse sous la direction de Marc Bourreau et Patrick Waelbroeck. Version de décembre 2008.
Cette sécurité juridique est proposée aux inventeurs car d’un point de vue social, le dépôt de
brevet est préférable au secret du fait de la diffusion des connaissances qu’il permet. Aussi, en
échange du coût pour l’inventeur que représente la diffusion des connaissances, il est essentiel
que le système de brevets propose d’autres avantages. La littérature a ainsi identifié l’effet de
signal associé au terme patent-pending (Long, 2002) ou bien l’impact positif sur la valorisation
boursière (Lemley, 2000). Nous nous focalisons sur la littérature qui s’est interrogée sur la réalité
de la sécurité juridique offerte par les brevets.
- (2) L’action en justice elle-même est entachée d’une forte incertitude, car l’entreprise
attaquée a la possibilité de contester la validité du brevet qui lui est opposé. Loin d’être
une simple formalité, cette étape de la procédure constitue un vrai test pour le brevet. La
décision de l’office des brevets d’accorder ou non un brevet est en effet prise après un
examen d’une dizaine d’heures, pour des brevets touchant à des domaines par définition
très techniques et de pointe, et ceci dans un contexte de sous-dotation chronique des
ressources de l’office. Pour ces raisons, le brevet est vu par la littérature économique comme
un droit probabiliste (Lemley, Shapiro, 2005), c’est-à-dire le droit de demander un procès
complet au cours duquel tous les éléments sont réexaminés plus longuement. Environ
50 % des brevets attaqués sont invalidés, l’incertitude sur l’issue de l’action en justice est
donc réelle.
Par ailleurs, la diffusion d’information lors du dépôt du brevet, qui est la contrepartie de la
protection accordée, facilite l’imitation de l’innovation. Dans le principe, un brevet doit divulguer
toute l’information nécessaire pour reproduire parfaitement l’innovation, et seule la protection
accordée, mise en oeuvre par une action en justice, empêche concrètement l’imitation. Or
cette protection est, comme on vient de le voir, incertaine. Ainsi, les coûts de dépôt de brevet
(enregistrement, monitoring et imitation facilitée du fait de la diffusion d’information) sont
certains, tandis que les gains (possibilité d’action en justice contre un imitateur) sont par nature
incertains. Il existe donc un arbitrage.
Anton et Yao (2004) établissent l’existence d’un équilibre avec brevet pour une petite innovation,
avec brevet sur une partie seulement de l’innovation pour une innovation de moyenne importance,
et sans brevet mais avec diffusion partielle d’information dans le cas d’innovation majeure2.
Il existe ainsi un équilibre où plus l’innovation est importante, moins la quantité d’information
diffusée à son sujet est importante.
La prédiction issue de ce modèle est que dans le cas de droits de propriété intellectuelle
probabilistes, la quantité d’information sur une innovation divulguée par une firme sera
décroissante avec l’importance de cette innovation. La quantité d’information est définie
par les auteurs comme le nombre de brevets, ou encore le nombre de revendications (les
claims) comprises dans les brevets déposés. L’enquête CIS4 ne contient pas d’information
sur le nombre de brevets déposés par chaque firme, et une base de données qui listerait de
manière synthétique le nombre de claims associé aux brevets d’une firme n’existe pas à notre
connaissance.
Supposons des firmes innovantes qui ne diffèrent que par une seule caractéristique, leur taille
(en nombre de salariés) et l’importance de l’innovation issue de la R & D. L’importance d’une
innovation est définie comme son impact sur le profit. Après avoir observé l’importance de
2
e modèle d’Anton et Yao leur permet de distinguer entre décision de breveter et diffusion volontaire d’information non
L
brevetée. Cette dernière action est profitable car, dans le jeu de signal modélisé, l’innovateur a intérêt à convaincre ses
concurrents de la qualité de son innovation.
On peut utiliser les conclusions d’Anton et Yao sur la propension à breveter et les mettre en
rapport avec l’usage du secret : lorsque le brevet est perçu comme un instrument offrant une
protection parfaite, son usage est entièrement déterminé par la comparaison entre le revenu tiré
de l’innovation et le coût (monétaire) du brevet. C’est-à-dire breveter si ∏P - c > ∏Conc, où ∏P est
le profit tiré de l’innovation brevetée, ∏Conc le profit de l’innovation non-brevetée et faisant l’objet
d’imitation et c le coût de dépôt du brevet, i.e. ∏P - ∏Conc > c.
Si l’innovation rapporte plus que les quelque 32 000 euros3 que coûte le dépôt du brevet
l’innovateur dépose le brevet, si l’innovation rapporte moins alors il conserve le secret. Le coût c
n’est pas, en toute rigueur, indépendant de ∏P, car les frais de représentation devant l’office des
brevets augmentent avec la complexité technique du dossier déposé4. Cependant, le choix de
breveter ou non reste soumis à un critère de décision à seuil : pour les innovations brevetables
la décision de breveter est en totalité déterminée par l’importance de l’innovation, et l’usage
du brevet est croissant avec l’importance de l’innovation. Concernant le secret, dans ce cadre
son usage ne s’explique que parce que l’innovation n’est pas assez importante pour justifier
le coût du brevet. Ainsi, dans une vision non-probabiliste des droits de propriété intellectuelle,
le ratio des deux fréquences brevet/secret est nécessairement croissant avec l’importance de
l’innovation, ce qui est intuitif.
Données
L’enquête Community Innovation Survey 4 de 2004 couvre 6 734 entreprises opérant sur le
territoire français, dont 1 643 se déclarent innovantes en produit et 1 624 innovantes en procédé.
Les firmes innovantes ont un effectif médian de 88 salariés à la fin 2004. On compte 450 firmes
innovantes de moins de 30 salariés, 1 140 firmes dont l’effectif est compris entre 30 et 250 salariés
et 706 firmes de plus de 250 salariés. Parmi les firmes innovantes en produit, sur la période
2002-2004, 542 ont développé au moins une innovation nouvelle pour l’entreprise seulement,
511 au moins une innovation nouvelle pour le marché et 589 au moins une innovation nouvelle
à la fois pour le marché et pour la firme.
3
E
stimation menée par Roland Berger Market Research pour le compte de l’Office européen des brevets, concernant
le dépôt d’un brevet euro-direct http://www.european-patent-office.org/epo/new/cost_analysis_2005_study_en.pdf
4
C
’est d’ailleurs en raison de cette tarification au cas par cas que le coût moyen de dépôt d’un brevet est difficile
à estimer, et notamment que le «prix catalogue» de l’Office des brevets ne suffit pas.
L’enquête CIS4 fournit deux mesures de l’importance des innovations de produits : les variables
binaires « Au moins un des produits introduits entre 2002 et 2004 était-il nouveau pour le marché ? »
et « ... nouveau pour la firme ». Ces variables correspondent respectivement à une innovation
importante et à une innovation incrémentale proche de l’imitation.
La mesure de l’importance de l’innovation utilisée n’est pas parfaite. En effet, les deux
variables précédentes sont relevées au niveau de la firme et pas au niveau de l’innovation.
Le comportement de protection est lui également mesuré au niveau de la firme. De sorte que
pour les firmes multiproduits et utilisant plusieurs méthodes de protection, il n’est pas possible
de relier précisément l’importance de l’innovation à la protection. Comment savoir en effet si
l’innovation ayant justifié que la firme se déclare innovante est celle qui a été protégée par brevet
ou par secret ?
Ce problème de correspondance n’existe pas dans la situation idéale de firme mono-produit.
Pour cette raison, on distingue le comportement de protection de l’innovation par classe de taille,
et on accordera une importance particulière aux petites firmes de moins de 30 salariés, dont on
peut supposer que leur activité est focalisée sur un nombre limité de produits. Néanmoins, les
firmes de moins de 10 ou 20 salariés sont peu nombreuses : le premier décile de l’ensemble des
firmes se situant à 15 salariés et le nombre médian de salariés étant de 50, se restreindre aux
petites firmes limite considérablement la taille de l’échantillon, notamment si l’on distingue aussi
par secteur au niveau NES 114. En considérant seulement les firmes innovantes de 30 salariés
et moins, on retient 297 entreprises, soit 4,4 % de l’échantillon initial.
Sur la base du critère de nouveauté du produit introduit précédemment, l’enquête CIS4 demande
aux entreprise sondées d’indiquer la répartition de leur chiffre d’affaires de l’année 2004 entre
innovation de marché et innovation pour la firme seulement. La proportion médiane de chiffre
d’affaires innovant se situe au seuil de 5 %, et le dernier quartile à 10 %.
L’enquête CIS4 demande également aux répondants innovants de rapporter les effets de
l’innovation selon neuf catégories (cadre 7) comme accroître les parts de marché, améliorer la
qualité, baisser les coûts unitaires, ou encore réduire les consommations lors de la fabrication,
avec pour chaque catégorie une réponse selon trois modalités de l’effet (peu élevé, moyen,
élevé). En formant la somme des réponses, on obtient un indicateur, de 1 à 24, des effets de
l’innovation sur les produits de l’entreprise.
Résultats
Les méthodes de protection de la propriété intellectuelle utilisées par les entreprises innovantes
sont, dans l’ordre d’importance, le dépôt de marque, 43 % pour l’ensemble des firmes innovantes,
l’avance technologique 35,1 %, le dépôt de brevet 29,8 %, le secret 27,3 %, la complexité
technologique 24,4 %, le dépôt des dessins et graphiques 22,7 % et le copyright 11,7 %.
Ces chiffres sont obtenus pour les firmes déclarant être innovantes en produit ou en procédé,
soit 2 270 observations.
Le tableau suivant présente ce ratio pour trois classes de taille : moins de 30 salariés (petites
entreprises), entre 31 et 250 salariés (moyennes entreprises) et plus de 250 salariés (grandes
entreprises), et nature de l’innovation (produit ou procédé).
Tableau 1
Ratio de la fréquence du brevet sur la fréquence du secret pour les innovations de
produit et de procédé
Entreprises innovantes en
Taille procédé produit
Ensemble 0,51 0,51
Petites firmes 0,48 0,54
Firmes moyennes 0,50 0,49
Grandes firmes 0,54 0,54
Dans le cas des innovations de procédé, l’usage du brevet relativement au secret est croissant
avec la taille de la firme, ce qui est conforme aux préférences exprimées dans l’enquête CIS1
analysée dans Arundel (2001). L’usage du secret proportionellement plus important dans les
PME que dans les grandes entreprises s’explique par les différentes barrières au dépôt de brevet
comme les coûts d’entretien, et la nécessité de faire appel aux services de juristes spécialisés.
En revanche, le ratio est inférieur à 0,5 pour les entreprises de moins de 30 salariés, alors que
lors de l’enquêtes CIS 1992, elles expriment une préférence relative pour le secret quelle que soit
la classe de taille (et cette préférence est décroissante avec la taille).
Le tableau 2 ci-après retrace la fréquence du brevet et du secret ainsi que le ratio entre les deux
fréquences, dans 9 secteurs.
Ce tableau fait apparaître l’usage du secret répandu, mais moins que le brevet dans les
secteurs technologiques comme l’automobile, ce qui correspond à la vision traditionnelle du
brevet comme moyen privilégié d’appropriation des gains à l’innovation. Néanmoins, la dernière
colonne confirme l’existence de secteurs fortement innovants, comme l’industrie de la chimie,
où l’usage du secret est plus fréquent que le dépôt de brevet.
Tableau 3
Le ratio brevet/secret, par taille de l’innovation
Critère de mesure de l’importance de l’innovation
nouveauté (1) chiffre d’affaires innovant (2) effets déclarés (3)
Ensemble
très innovantes 0,53 0,52 0,53
peu innovantes 0,51 0,54 0,52
Petites firmes
très innovantes 0,53 0,42 0,61
peu innovantes 0,54 0,55 0,47
Firmes moyennes
très innovantes 0,5 0,47 0,5
peu innovantes 0,49 0,48 0,51
Grandes firmes
très innovantes 0,56 0,52 0,53
peu innovantes 0,51 0,56 0,55
Lecture : Les petites firmes considérées comme très innovantes selon le critère de part du chiffre d’affaires innovant ont un ratio
brevet/(secret+brevet) de 0,42, et ce ratio est de 0,55 pour les firmes de même taille moins innovantes.
(1) Les entreprises très innovantes sont celles qui introduisent des produits nouveaux pour le marché.
(2) Les entreprises très innovantes sont celles dont la part du chiffre d’affaires innovant dépasse le seuil de 20 %.
(3) Les entreprises très innovantes sont celles déclarant le plus d’effets et dont le score cumulé dépasse un certain seuil.
Tableau 4
Présence de l’effet Anton et Yao, selon le critère de mesure de la taille de l’innovation
Nouveauté Chiffre d’affaires innovant Effets déclarés Effets déclarés
(seuil 20 %) (innovations de procédé)
Ensemble Non indéfini Non Non
Petites firmes Oui Oui Non Oui
Firmes moyennes Non Non indéfini Non
Grandes firmes Non Oui indéfini Non
Tableau 5
Nombre de secteurs présentant chaque comportement du ratio brevet/secret
Nouveauté Chiffre d’affaires innovant
Le tableau 4 ci-contre dit si l’on est en présence d’un effet Anton et Yao, selon la taille de la firme
et le critère utilisé pour mesurer l’importance de l’innovation.
Les petites firmes laissent presque toujours apparaître un effet Anton et Yao, tant pour les
innovations de produit avec critère de nouveauté (produit nouveau pour le marché ou nouveau
seulement pour la firme) que pour les innovations de procédé avec effets déclarés. Les firmes
de moyenne et grande tailles ont, pour leur part, un comportement plus intuitif et ont d’autant
plus recours au brevet que l’innovation qu’elles déclarent est majeure. Rappelons que dans
le questionnaire CIS4, les questions sont posées au niveau de la firme, ce qui fait que la
correspondance entre degré d’innovation et méthode de protection de la propriété intellectuelle
est moins forte pour les firmes multiproduits.
On procède également à une analyse par secteur au niveau des divisions NAF (60 divisions).
Pour pouvoir effectuer des statistiques sur les firmes innovantes, on ne retient que les divisions
contenant un nombre suffisant de firmes innovantes en produit. En écartant les divisions
contenant moins de 20 firmes innovantes en produit, 21 divisions sont conservées.
Le tableau 5 ci-contre présente le nombre de divisions où le ratio brevet/secret est croissant
avec l’importance de l’innovation (effet standard) et le nombre de secteurs où on constate un
effet Anton et Yao, selon le critère de l’importance de l’innovation.
Les secteurs présentant un effet Anton et Yao avec critère de nouveauté sont : 15 Industries
alimentaires, 24 Industrie chimique, 28 Travail des métaux, 29 Fabrication de machines et
d’équipements, 33 Fabrication d’instruments médicaux, de précision, d’optique et d’horlogerie,
52 Commerce de détail et réparation d’articles domestiques, 60 Transports terrestres.
Les secteurs présentant un effet Anton et Yao en prenant comme critère un chiffre d’affaires
innovant supérieur à 10 % sont : 28 Travail des métaux, 31 Fabrication de machines et appareils
électriques, 32 Fabrication d’équipements de radio, télévision et communication, 33 Fabrication
d’instruments médicaux, de précision, d’optique et d’horlogerie, 36 Fabrication de meubles ;
industries diverses, 65 Intermédiation financière, 73 Recherche et développement.
De plus, la préférence relative pour le brevet est, dans 7 secteurs innovants sur 21, décroissante
avec l’importance de l’innovation. Dans cette situation, un échantillon de firmes disposant d’une
innovation importante a moins recours au brevet, relativement au secret, qu’un échantillon
constitué de firmes de la même classe de taille déclarant une innovation moins importante. Ceci
n’est pas compatible avec une décision de breveter « à seuil », qui compare statiquement le gain
dû à l’innovation et le coût de dépôt du brevet.
L’existence d’un comportement du type de celui mis en évidence nous semble constituer une
confirmation empirique de la principale prédiction du modèle d’Anton et Yao. Dans la vision
traditionnelle de l’analyse économique, le brevet est la méthode qui garantit une protection,
en contrepartie d’une diffusion d’information, par opposition au secret qui est un pari risqué
puisque la protection n’est acquise que tant que le secret n’est pas brisé. Au contraire, à la suite
d’Anton et Yao, on constate que les firmes sont conscientes de la forte incertitude juridique qui
entoure la protection par brevet et prennent en compte cette incertitude dans leurs décisions de
breveter ou de conserver le secret.
Le fait que le secret soit une décision de protection qui apparaît comme en fait moins risquée
que le brevet, et puisse lui être préféré pour les innovations les plus importantes, pose un
problème en termes de bien-être social. En effet, le brevet a pour but d’assurer la diffusion
des connaissances, ce que le secret par définition ne fait pas. Or c’est précisément pour les
innovations les plus importantes que la diffusion des connaissances est socialement la plus
bénéfique. Le fait que les firmes tendent à préférer le secret pour protéger des innovations
majeures pour des raisons d’incertitude concernant le brevet est suspecté depuis longtemps,
et a donné lieu de nombreuses propositions de réforme du système de brevet. Il s’agit
principalement de proposer au déposant une vérification plus poussée ex ante de la validité de
son brevet, donnant lieu à un « super brevet » disposant d’une meilleure présomption de validité
devant les tribunaux. (Encaoua et al., 2006 ; Lemley et al., 2005).
Catherine Silavong1
Patrick Waelbroeck2
Résumé
1
Université Paris-1.
2
Département des Sciences économiques et sociales, Télécom ParisTech, 46 rue Barrault, 75013 Paris.
Auteur correspondant : [email protected]
Nous remercions Serge Pajak pour l’aide qu’il nous a apportée concernant les données.
À notre connaissance, il n’existe aucune étude décrivant le processus d’innovation dans les
industries culturelles. Il ressort du rapport de Siwek (2002) que les industries principales du droit
d’auteur représentaient aux États-Unis 5,24 % du PIB et que ce secteur affichait une croissance
supérieure à celle du reste de l’économie. Au Canada, Boyer (2004) cite une étude révélant que le
PIB des industries du droit d’auteur représentait 7,4 % du PIB total en 2000, et l’emploi industriel
dans ce secteur 5,7 % de l’emploi total. Toutefois, les industries culturelles ne constituent qu’un
sous-ensemble des industries du droit d’auteur. En France, une étude menée par Cléron et
Patureau (2007) pour le ministère de la Culture a révélé que les industries culturelles employaient
241 000 personnes en 2005, soit 1 % de la population active totale.
Nous avons constaté que les entreprises des industries culturelles représentent 3 % du chiffre
d’affaires total et 2,65 % de l’emploi total dans l’industrie française. En outre, ces entreprises
sont plus tournées vers l’international, plus innovantes et bénéficient de subventions de l’État
plus importantes que l’entreprise moyenne de l’échantillon. Si elles recourent à la formation, au
marketing et à l’acquisition d’équipements au cours du processus d’innovation, les entreprises
innovantes des industries culturelles utilisent, dans une moindre mesure, la R & D réalisée en
interne ou à l’extérieur. Notre étude n’apporte que peu d’éléments tendant à prouver l’effet positif
des subventions de l’État sur le chiffre d’affaires généré par les produits nouveaux pour les
entreprises de ce secteur.
Industries culturelles
L’enquête CIS4 fournit un échantillon représentatif de 6 730 entreprises exerçant leur activité en
France et décrit leur comportement en matière d’innovation au cours de la période 2002-2004.
Afin d’évaluer l’importance des industries culturelles dans l’activité économique française, nous
nous sommes appuyés sur la liste des industries culturelles établie par Cléron et Patureau
(2007). Le tableau 1 présente les industries culturelles et les codes correspondants.
Tableau 1
Industries culturelles
Code NACE Type d’industrie
22.11 Édition de livres
22.12 Édition de journaux
22.13 Édition de revues et de périodiques
22.14 Édition d’enregistrements sonores
52.47 Commerce de détail de livres et de journaux
74.2 Activités d’architecture
92.11 Production de films ; prestations pour le cinéma et la télévision
92.12 Distribution de films
92.13 Projection de films cinématographiques
92.2 Activités de radio et de télévision
Tableau 2
Nombre d’entreprises dans le secteur des industries culturelles
Industrie Ensemble des entreprises des industries culturelles Protection du droit d’auteur
Code NACE Nombre d’entreprises % Nombre d’entreprises %
22.11 12 4,3 8 12,5
22.12 13 4,6 <5 S
22.13 30 10,7 12 8,8
22.14 <5 S <5 S
52.47 16 5,7 <5 S
74.2 142 50,5 7 10,9
92.11 37 13,2 17 26,6
92.12 <5 S <5 S
92.13 6 2,1 <5 S
92.2 18 6,4 10 15,6
Total 281 100 % 64 100 %
Note de lecture : S = secret statistique.
Il est intéressant d’observer que les entreprises du secteur des activités d’architecture recourent
relativement moins à la protection du droit d’auteur que d’autres entreprises des industries
culturelles, tandis que les entreprises exerçant des activités cinématographiques, de radio et de
télévision y recourent davantage. Ce résultat montre qu’une part plus importante d’entreprises
relevant de ces secteurs produisent des contenus culturels nouveaux.
Le tableau 3 présente les chiffres d’affaires générés par les entreprises des industries culturelles
en 2004. Les entreprises qui ont eu recours à la protection du droit d’auteur ont réalisé un chiffre
d’affaires de 6,3 milliards d’euros en 2004, soit 1,54 % du chiffre d’affaires total de l’ensemble
de données. Les entreprises des industries culturelles dans leur ensemble ont généré un chiffre
d’affaires de 12 milliards d’euros, soit 3 % du chiffre d’affaires total. Le principal secteur culturel
est à cet égard l’industrie de la radio et de la télévision qui représente plus de 75 % du chiffre
d’affaires réalisé par des entreprises recourant à la protection du droit d’auteur.
3
léron et Patureau (2007) ne peuvent faire cette distinction et prennent en considération l’ensemble des entreprises des
C
industries culturelles.
Le tableau 4 indique le nombre d’employés dans chaque secteur industriel. Les entreprises
des industries culturelles représentaient 41 761 employés sur 1 574 997 au total, soit 2,65 % de
l’emploi total dans l’industrie française en 2004. Nous attirons votre attention sur le fait que nos
comparaisons sont établies par rapport à l’emploi total dans l’industrie et non à la population
active totale comme dans l’étude de Cléron et Patureau (2007).
Tableau 4
Emploi dans les industries culturelles (en milliers et en %)
Industrie Ensemble des entreprises des industries culturelles Protection du droit d’auteur
Code NACE
22.11 817 2 630 6,4
22.12 6 458 15,5 S S
22.13 4 603 11 862 8,7
22.14 S S S S
52.47 1 573 3,8 S S
74.2 13 873 33,2 682 6,9
92.11 1 633 3,9 739 7,4
92.12 S S S S
92.13 252 0,6 S S
92.2 12 445 29,8 5 715 57,6
Total 41 761 100 % 9 921 100 %
Note de lecture : S = secret statistique.
Le tableau 5 présente la localisation géographique des marchés sur lesquels les entreprises
exercent leur activité. Les entreprises des industries culturelles (et en particulier celles qui
recourent à la protection du droit d’auteur) sont davantage tournées vers l’international que
l’entreprise moyenne de notre ensemble de données.
Tableau 5
Localisation géographique des marchés (nombre d’entreprises ; % de l’échantillon)
Ensemble des entreprises Protection du droit d’auteur Ensemble des entreprises
des industries culturelles
Local/régional 215 76,5 39 60,9 5 476 81,4
National 222 79,0 58 90,6 4 280 63,6
Européen 129 45,9 44 68,8 2 670 39,7
Autre 96 34,2 33 51,6 1 841 27,4
Total 281 100 % 64 100 % 6 730 100 %
Tableau 6
Innovations et protection du droit d’auteur
Nombre Innovantes
d’entreprises innovantes (en % des entreprises concernées)
Ensemble des entreprises 3 752 55,75
Ensemble des entreprises des industries culturelles 168 59,79
Protection du droit d’auteur 42 65,63
L’enquête CIS recueille des données sur un grand nombre d’activités d’innovation (tableau 7.a).
Les entreprises peuvent réaliser des activités de R & D en interne ou externe (par exemple, licences
concédées par des universités), procéder à l’acquisition d’équipements et de connaissances dans
le cadre du processus d’innovation, mettre en place des activités de formation et de marketing.
Sur l’ensemble de l’échantillon, deux activités se détachent nettement pour les entreprises qui
recourent à la protection du droit d’auteur : la formation et le marketing. Il est largement démontré
que les coûts de marketing et de promotion représentent une large part du budget nécessaire au
lancement de nouveaux produits culturels. L’importance de la formation a constitué une véritable
surprise. Le tableau 7.b décrit les principales dépenses de R & D des entreprises innovantes.
Si l’on considère l’ensemble de l’échantillon, les entreprises des industries culturelles réalisent
moins d’activités de R & D et acquièrent davantage d’équipements, de logiciels et de machines
au cours de leur processus d’innovation que d’autres entreprises innovantes.
Tableau 7.a
Activités d’innovation (% d’entreprises de l’échantillon)
Entreprises des Protection Ensemble
industries culturelles (281) du droit d’auteur (64) des entreprises (6 730)
R & D en interne 28,8 (1) 31,3 28,0
R & D à l’extérieur 12,1 14,1 11,6
Acquisition d’équipements 23,5 31,3 23,4
Acquisition de connaissances 9,6 14,1 10,0
Formation 28,5 42,2 24,2
Marketing 16,7 26,6 15,4
Note de lecture :
(1)
28,8 % des entreprises des industries culturelles ont une activité de R & D en interne.
Tableau 7.b
Dépenses dans les activités d’innovation (en milliers d’euros)
Industries culturelles (168) Protection du droit d’auteur (42) Ensemble des entreprises (3 752)
Moyenne Écart type Moyenne Écart type Moyenne Écart type
R & D en interne 101 404 145 619 1 459 25 420
R & D à l’extérieur 30 236 5 17 928 32 668
Acquisition d’équipements 6 026 77 147 23 935 154 285 597 17 151
Autre 1 5 1 8 25 338
Total 6 158 24 086 3 009
Tableau 8
Types d’innovations (% d’entreprises innovantes ; chiffre d’affaires en milliers d’euros)
Industries culturelles (168) Protection du droit d’auteur (42) Ensemble des entreprises (3 752)
Type d’innovation % Chiffre d’affaires % Chiffre d’affaires % Chiffre d’affaires
Produit 38,1 2 132 798 45,8 3 215 859 43,8 256 012 082
Nouveau pour le marché 14,3 1 682 748 10,7 1 985 659 13,6 42 477 533
Nouveau pour l’entreprise 11,9 297 148 18,5 726 249 14,4 28 908 730
Nouveau pour le marché
et l’entreprise 11,9 152 902 16,7 503 950 15,7 184 625 473
Procédé 66,7 5 180 955 57,1 7 638 967 55,4 270 765 820
Organisation 64,3 5 112 582 63,7 6 430 168 70,2 277 550 717
Marketing 73,8 3 694 927 48,8 6 074 225 42,8 206 757 204
Total 100 5 356 168 100 8 956 290 100 339 888 467
En outre, la part du chiffre d’affaires dégagée par les nouveaux produits dans les entreprises
qui recourent à la protection du droit d’auteur est plus élevée que dans les autres entreprises de
l’échantillon (tableau 9).
Tableau 9
Part du chiffre d’affaires générée par les produits innovants (en %)
Industries culturelles Protection du droit d’auteur Ensemble des entreprises
Produit nouveau pour le marché 9,3 14,6 11,0
Produit nouveau pour l’entreprise 7,7 9,4 10,0
Produits inchangés 83,1 75,9 79,0
Tableau 10
Subventions (en % d’entreprises innovantes)
Industries culturelles Protection du droit d’auteur Ensemble des entreprises
Subventions d’origine locale 7,1 11,9 5,2
Subventions d’origine nationale 17,9 21,4 10,6
Subventions d’origine européenne 5,4 9,5 4,2
Crédit d’impôt (y compris CIR*) 9,5 11,9 10,8
*CIR : Crédit Impôt Recherche.
Nous avons analysé l’incidence des différentes subventions sur la part du chiffre d’affaires
dégagée par les nouveaux produits. Étant donné que de nombreuses observations sont censurées
à gauche (de nombreuses entreprises ne réalisent pas de ventes grâce aux produits nouveaux),
nous avons utilisé des régressions Tobit sur l’échantillon des entreprises des industries culturelles.
Tableau 11
Résultats de l’estimation du modèle Tobit
Produits nouveaux Produits nouveaux pour le marché
Coefficient Erreur standard Coefficient Erreur standard
Logarithme (de l’emploi) -0,034 0,018 -0,028 0,022
Édition de livres, de journaux
et d’enregistrements sonores -0,040 0,068 -0,023 0,084
Commerce de détail de livres et de journaux 0,076 0,125 0,037 0,181
Activités cinématographiques, vidéo,
de télévision et de radio -0,161 0,061 ** -0,197 0,081 *
Subventions :
d’origine locale 0,092 0,089 0,205 0,102 *
de l’état 0,003 0,071 -0,015 0,088
d’origine européenne 0,012 0,101 -0,063 0,117
CIR 0,145 0,070 * 0,159 0,078 *
Informations :
sources internes 0,150 0,027 ** 0,171 0,040 **
fournisseurs 0,014 0,024 -0,014 0,028
clients et consommateurs 0,068 0,027 * 0,051 0,032
concurrents 0,022 0,032 0,004 0,038
experts 0,029 0,033 0,089 0,040 *
université -0,044 0,040 0,001 0,044
laboratoires publics 0,057 0,046 0,012 0,053
conférences 0,016 0,029 0,028 0,036
revues techniques -0,017 0,035 -0,074 0,043
événements professionnels 0,010 0,034 0,036 0,041
Constante -0,400 0,094 ** -0,559 0,139 **
Log-vraisemblance -21,98 -24,86
R² 0,81 0,73
Nb obs, 281 281
(censurées) (204) (235)
Note : ( * ) et ( ** ) indiquent que d’un point de vue statistique, le coefficient est significatif, différent de 0, au niveau de probabilité de
5 % et 1 % respectivement.
Conclusion
Les entreprises des industries culturelles ont un profil spécifique en matière d’innovation,
privilégiant acquisitions et marketing aux dépenses propres de R & D. Bien que ce résultat doive
être confirmé par les futurs travaux de recherche, cet article tend à montrer que l’intervention
publique directe en faveur de la R & D, via le crédit d’impôt plutôt que les subventions, pourrait
augmenter le taux d’innovation dans les industries culturelles.
4
Il s’agit d’un instrument de contrôle courant dans les études s’appuyant sur les données de l’enquête CIS.
Voir notamment Monjon et Waelbroeck (2003).
Boyer M., Assessing the Economic Impact of Copyright Reform, rapport de projet établi pour
Industrie Canada, 2004.
Cléron E., Patureau F., L’emploi dans le secteur culturel en 2005, 2007.
Monjon S., Waelbroeck P., « Assessing Spillovers from Universities to Firms : Evidence from
French firm-level data », International Journal of Industrial Organization, 2003, 21, p. 1255-1270.
Siwek S.E., Copyright Industries in the U.S. Economy, rapport établi par la société Economists
Incorporated pour l’International Intellectual Property Alliance - groupement d’associations
professionnelles représentant les industries du droit d’auteur aux États-Unis, 2002.
Galliano Danielle1
Garedew Lulit1
Magrini Marie-Benoit1
Résumé
1
INRA-IODA UMR1248 AGIR, Toulouse
Les caractéristiques internes de la firme jouent un rôle important dans la littérature sur l’innovation
et la diffusion des technologies. L’hypothèse est que la firme dispose de caractéristiques propres,
telles que la taille, les dépenses en R & D, les modes d’organisation des décisions et de circulation
des connaissances, etc., qui influencent la propension à innover ainsi que les bénéfices escomptés
de l’usage des technologies ( rank effects de Karshenas et Stoneman, 1993).
La question de la relation entre la taille et la capacité d’innovation a donné lieu à une abondante
littérature, mais n’a pas permis de dégager un consensus. Schumpeter (1943) tend à montrer
que la grande taille, associée à un plus fort pouvoir de marché, favorisait la capacité à innover.
Certains auteurs mettent aussi en évidence le fait que les firmes qui peuvent s’appuyer sur des
ressources internes importantes ont moins de problèmes ou d’échecs face à l’innovation. Une
grande taille mais aussi l’appartenance à un groupe et une forte intensité en R & D peuvent
favoriser la capacité d’innovation et surtout la capacité d’absorption de la firme et l’aider à
dépasser les difficultés rencontrées dans le processus d’innovation (Lhuillery, Pfister, 2009). Ces
facteurs sont donc particulièrement sensibles dans la décision de s’engager dans un processus
d’innovation. On s’accorde aussi pour montrer que, si les dépenses en R & D augmentent
logiquement avec la taille, l’efficacité de ces dépenses peut décroître avec elle. L’intensité de
l’investissement en R & D reste toutefois un élément central de la propension à innover. Mais au-
delà de cet accord, d’autres travaux montrent au contraire que la petite taille peut favoriser une
plus grande capacité d’innovation. Elle permet notamment de réduire les coûts de remplacement
des vieilles technologies (Astebro, 2004) et favorise les innovations plus radicales. Cohen (1995)
montre dans le même ordre d’idées que les grandes firmes sont plus engagées dans des
projets de R & D incrémentale qui s’inscrivent dans la poursuite de leurs avantages compétitifs
et favorisent leur recherche d’économies d’échelles.
Dans le même ordre d’idées, Teece (1986) suggère que la réussite d’une innovation-produit est
liée à l’existence de ressources complémentaires telles que le marketing ou l’après-vente. Dans
les IAA, Alfranca et al. (2003) mettent en évidence un lien positif et persistant entre la production
d’innovations techniques et celle de nouveaux packagings design. Le manque d’innovations ou
de ressources spécifiques associées peut ainsi nuire non seulement à la réussite de l’innovation
mais à la décision même de s’engager dans un processus d’innovation (Rama, von Tunzelman,
2008, p.23).
Hyp2 : Les firmes qui innovent en termes de pratiques organisationnelles et stratégiques ont une
plus forte propension à innover en produits.
La littérature montre que les partenaires amont et aval sont des sources fondamentales de
l’innovation et surtout de l’innovation-produit. Dans la taxinomie des trajectoires sectorielles
de l’innovation de Pavitt (1984), l’agroalimentaire est classée comme un secteur supplied-
dominated, un secteur dominé technologiquement par les fournisseurs et qui puise ses sources
d’innovation dans son amont. Cette classification est largement en évolution, d’une part, du
fait de la diversité croissante des technologies amont utilisées par les IAA, et d’autre part, du
fait d’une tendance à une régulation croissante du secteur par son aval. Andersen et Lundvall
(1988) notamment montrent que la capacité d’innovation en produits et procédés n’est pas
seulement liée à l’investissement en R & D, mais dépend aussi du degré d’interaction avec les
fournisseurs d’équipements et d’inputs spécialisés. Dans le cas des IAA, et sans remettre en
cause l’importance technologique des fournisseurs, les études s’accordent pour montrer une
tendance croissante à une stratégie dirigée par le marché (market driven) et par la réponse
aux variations de la demande. L’innovation peut provenir d’opportunités créées par le marché
ou d’orientations portées par les acteurs de l’aval, du fait notamment du pouvoir intégratif
croissant de la distribution sur les filières (von Tunzelman, Acha 2005, Castellacci 2008). La
domination d’une force sur l’autre est peu consensuelle. La distinction peut être faite entre les
innovations plus radicales générées par les mutations techniques portées par les secteurs
amont et les innovations plus incrémentales proposées aux consommateurs pour répondre à
leurs besoins en termes de gamme et de différenciation des produits. Ainsi, si les fournisseurs
sont une des principales sources de technologie pour les IAA, les firmes agroalimentaires ont
2
Cf Greenan (2003) sur cette relation entre innovation technologique et organisation du travail.
Concernant les concurrents, la littérature théorique et surtout empirique tend à montrer que la
firme cherchera plus à capter l’information des concurrents et à limiter le transfert de ses propres
connaissances. Les schémas de coopération sont donc plus complexes avec les concurrents
qu’avec les partenaires amont ou aval. Comme le notent Lhuillery et Pfister (2009), s’il paraît
vraisemblable que cette coopération soit très efficace en termes d’intensité d’innovation pour
l’entreprise, elle est aussi plus difficile à gérer et à mener à terme.
Concernant les relations avec les universités ou les organismes publics de recherche, la
littérature empirique est également partagée (Lhuillerie, Pfister, 2009). Certains travaux récents
mettent en évidence le nombre croissant de collaborations entre entreprises et universités
et l’effet positif de la coopération sur les performances à l’innovation (Loof, Brostrom, 2008).
Cette tendance est particulièrement nette pour les industries basées sur la science (sciences
based industries de Pavitt) ou les entreprises innovantes de petite taille ayant peu de ressources
internes (problèmes de financement et recherche de partage de risque). D’autres, par contre,
trouvent un effet non significatif relativement aux autres formes de coopération, voire un effet
négatif (Lhuillery et al., 2009). Les obstacles généralement avancés sont les différences dans
les motivations de l’innovation (recherche fondamentale vs appliquée) ou la dissociation entre le
temps de la recherche et celui du marché.
Hyp3 : Les sources d’information et les formes de coopération de l’entreprise jouent un rôle
majeur dans la construction de la performance à l’innovation. Si toutes peuvent avoir un rôle
positif sur la capacité à innover, les relations avec les fournisseurs et les clients semblent jouer
plus significativement.
Le rôle de l’environnement
Le processus d’innovation est un processus interactif et surtout un processus cognitif qui met au
premier plan le rôle fondamental des informations et des connaissances dans la capacité d’innovation.
Différentes dimensions de l’environnement de la firme sont mises en avant comme éléments de
constitution de cette base de connaissances. On retiendra l’importance de l’environnement industriel
et marchand dans lequel la firme est insérée, mais aussi l’environnement spatial qui peut, de manière
directe et indirecte, être une source d’externalité de connaissances favorable à l’innovation.
Hyp4 : Le secteur, par son intensité technologique et ses conditions d’appropriabilité, influence
la capacité d’innovation de la firme.
Concernant les structures de marché, le lien positif entre le degré de concentration du marché et
la performance à l’innovation des firmes, mise en exergue par Schumpeter, a peu été démontré
par les nombreuses études empiriques réalisées. La littérature n’est pas convergente sur ce
lien. Si la détention d’une large part de marché peut être un stimulant à l’innovation, l’existence
de grandes firmes dominantes peut être un frein et une barrière à l’innovation pour les firmes
de la frange concurrentielle. Elle peut également, dans un secteur de plus en plus concentré
comme les IAA, constituer un élément qui renforce l’opportunité des processus imitatifs et de
l’innovation incrémentale. Par ailleurs, d’autres variables caractérisant le contexte marchand
peuvent s’avérer structurantes et notamment le degré d’incertitude sur la demande qui s’avère
particulièrement forte pour certains marchés alimentaires. Une forte incertitude peut rendre
nécessaire une plus grande capacité d’adaptation et une plus grande flexibilité de l’entreprise
en termes de comportement innovant.
Concernant l’environnement spatial, l’idée généralement admise dans la littérature est que
la localisation de la firme n’est pas neutre dans le processus de diffusion et de production
des innovations et que les processus de proximité spatiale jouent dans la diffusion des
connaissances. La littérature met en évidence différents types d’externalités ou de spillovers de
connaissances liés à l’agglomération d’activités sur un même espace. Quand l’agglomération
renvoie à la spécialisation industrielle du site, elle permet aux entreprises de construire un
réseau de fournisseurs dédiés, de disposer d’une main-d’œuvre spécialisée et de favoriser la
diffusion des informations et des innovations entre firmes concurrentes (Glaeser et al., 1992). De
manière plus générique, l’agglomération urbaine génère des économies externes qui découlent
de l’agglomération des activités et des agents. Elle renvoie à une facilité d’accès à un capital
humain dense et diversifié, aux relations interfirmes plus intenses et à l’amélioration de la
transmission des informations et des connaissances (Massard et al. 2004, Galliano, Roux 2008).
La forte densité a pour corollaire la faible densité et la diversité des externalités spatiales des
différents types d’espaces. Les espaces ruraux sont notamment porteurs d’une proximité au
niveau des matières premières, de faibles coûts fonciers et d’une main-d’œuvre plus stable et
moins chère. L’agroalimentaire est particulièrement sensible à ces différents aspects et est plus
présente dans les espaces ruraux. Toutefois, la capacité d’absorption et le besoin d’informations
de chaque firme jouent un rôle moteur dans son rapport à l’espace (Martin et al., 2006). Galliano
et Roux (2006) montrent que le gap technologique entre firmes rurales et urbaines est étroitement
lié au degré de qualification de la main-d’œuvre de la firme et qu’à niveau de compétences
égal, les firmes rurales ont la même probabilité à adopter des technologies que les firmes
urbaines. Par ailleurs, Feldman et Audretsch (1996) mettent en évidence l’existence de spillovers
technologiques spatiaux entre les firmes agroalimentaires de leur échantillon.
Cette courte revue de la littérature nous a permis de dresser un ensemble d’hypothèses sur
les déterminants de l’innovation, et plus particulièrement de l’innovation-produit, que nous
proposons de tester par un modèle économétrique mesurant la probabilité d’innover en produit
et l’intensité de cette innovation sur la population d’entreprises enquêtées par CIS4.
Données et méthodologie
Nous utilisons une base de données constituée de la fusion entre l’enquête Innovation CIS4 et
de l’enquête annuelle d’entreprise (EAE). L’enquête Innovation, menée en 2004 par les différents
instituts statistiques français sous l’égide du Sessi, porte sur un échantillon représentatif en taille
et en secteur de l’ensemble des entreprises industrielles françaises. L’échantillon est constitué
de 5 577 entreprises industrielles, dont 908 entreprises agroalimentaires. Cette enquête fournit
de nombreux renseignements relatifs aux comportements innovateurs des entreprises : les
innovations de produits et de procédés, l’innovation marketing et d’organisation, les dépenses
en R & D, les sources d’informations et de coopérations pour innover, ainsi que les facteurs
freinant les activités d’innovation. L’EAE 2004 nous renseigne de manière complémentaire sur
les caractéristiques structurelles de ces firmes, leur localisation et leur environnement sectoriel
et marchand.
Les statistiques descriptives des tableaux 1.1 et 1.2 nous permettent de mettre en évidence
certaines caractéristiques des firmes industrielles françaises en distinguant les firmes
agroalimentaires des autres firmes industrielles. En termes de structures industrielles, les
entreprises des IAA sont surtout de petite taille mais avec un nombre important de firmes
moyennes-grandes de 100 à 500 salariés qui innovent. Le profil est, à ce niveau, assez proche
de la moyenne des autres industries. En termes d’innovation, on trouve une importance relative
des innovations incrémentales plus marquée pour les IAA ainsi que le poids des innovations de
type marketing qui spécifient particulièrement le secteur. La part du chiffre d’affaires en produits
nouveaux est globalement plus faible dans les IAA. Du point de vue spatial, il ressort aussi un
plus grand ancrage dans des marchés locaux et régionaux et une plus grande localisation dans
les espaces ruraux qui constituent des espaces privilégiés en termes d’origine des matières
premières de l’agroalimentaire.
Le tableau 1.2 décrit les sources d’informations déclarées comme étant très ou moyennement
importantes (contre peu importantes ou sans intérêt) et les formes de coopération des entreprises
innovantes en produits. L’intérêt du modèle économétrique sera d’évaluer l’influence propre de
ces caractéristiques sur la propension à innover et sur l’intensité de l’innovation.
Le modèle économétrique
Le fait d’avoir innové peut être vu comme un ensemble de deux décisions : le choix d’innover ou
pas, puis, si l’entreprise innove, la part de son activité qui est consacrée à cette innovation.
Pour la première décision, le fait d’avoir innové requiert d’avoir investi dans des activités
d’innovation. Cette décision préalable est généralement fondée sur la différence entre le
bénéfice espéré de l’activité d’innovation et son coût. Cette différence, non observée, renvoie à
une variable latente I* telle que :
Si I*>0, alors l’entreprise a innové (ie. elle a abouti son activité d’innovation) : on note I la variable
observée indiquant si l’entreprise a innové. Plus précisément, I vaut 1 si l’entreprise a introduit
sur le marché un produit nouveau3.
(1)
avec Φ la fonction de répartition de la loi normale. Cette probabilité peut être estimée par un
modèle Probit qui nous permet d’évaluer le poids des différents déterminants contenus dans Z
qui influencent la propension des entreprises à commercialiser des produits nouveaux.
3
appelons que le produit est considéré comme nouveau pour l’entreprise ou pour le marché : la variable I retenue ici
R
confond les innovations produits de type « radical » ou « incrémental ». D’autres investigations pourraient être menées
pour distinguer les entreprises qui innovent uniquement de manière radicale ou incrémentale.
La deuxième décision renvoie à une intensité d’innovation notée Y. Cette variable continue est
ici appréhendée au travers de la part du CA en produits innovants. Cette intensité d’innovation
dépend d’un ensemble de variables explicatives (vecteur X) parmi lesquelles certaines sont
communes à celles expliquant le choix d’innover ou pas, notamment en ce qui concerne les
caractéristiques structurelles de l’entreprise et son environnement. D’autres variables sont
introduites dans cette équation pour évaluer l’intensité d’innovation selon le degré d’innovation
mis en œuvre par l’entreprise (existence d’autres innovations de type procédé ou marketing, les
innovations sont plutôt de type radical ou incrémental ou les deux) et selon les connaissances
mobilisées. Les connaissances mobilisées dans les activités d’innovation renvoient, d’une part,
aux sources d’information dont le degré d’importance est jugé comme « élevé » ou « moyen » (ce
sont des sources d’information d’intérêt), et d’autre part, aux coopérations (i.e. collaborations)
développées par l’entreprise pour ces activités innovantes. Pour chacune de ces variables,
l’enquête CIS distingue différents types d’acteurs pourvoyeurs de connaissances et avec
lesquels une entreprise peut coopérer pour ses activités d’innovation. Nous avons retenu les
groupes d’acteurs suivants : l’entreprise elle-même (c’est-à-dire en interne) et les entreprises
du groupe, les fournisseurs, les clients, les concurrents, les organismes publics (universités,
laboratoires publics, etc.) et les consultants.
(2)
avec ui terme d’erreur de loi normale.
L’estimation de cette deuxième équation ne porte que sur les entreprises ayant innové (I=1).
Nous sommes alors confrontés à un biais de sélection ( incidental truncation, Wooldridge 2002)
qui biaise l’estimation des régresseurs ß. En effet, il existe probablement des facteurs que nous
n’observons pas dans l’enquête (variables inobservables) qui influencent conjointement la
probabilité d’innover et l’intensité de l’innovation via les variables observées X. La corrélation
entre les résidus des deux équations biaise ainsi les estimations (cov(u, ε) ≠ 0 ). Pour corriger ce
biais, nous employons ici la méthode d’Heckman (1979) par « maximum de vraisemblance » qui
consiste à estimer conjointement la probabilité d’innover et l’intensité de cette innovation tout en
contrôlant la corrélation des inobservables.
D’après l’hypothèse de normalité des résidus, il est démontré que l’équation de régression peut
s’écrire (Thomas 2000) :
de la loi normale) correspond à l’inverse du ratio de Mills, terme permettant de corriger le biais
de sélection dans l’estimation de Y, et où ρσu est considéré comme le coefficient de régression
de l’inverse du ratio de Mills.
Ainsi, la méthode d’Heckman permet d’estimer des régresseurs sans biais dans la fonction
d’intensité d’innovation pour l’échantillon non aléatoire que constituent les entreprises innovantes.
Cette dernière équation peut être estimée en deux étapes ou en une étape par « maximum de
vraisemblance ». Il est admis qu’il est préférable d’utiliser la méthode en une étape car elle
fournit des estimations plus précises des coefficients, et au final, du biais de sélection (Cadorcet
et al. 2004).
Pour l’estimation de l’équation (2), les deux groupes de variables concernant les connaissances
mobilisées (variables de sources d’information et de coopération) jouent à notre sens un rôle
déterminant dans l’activité d’innovation. C’est pourquoi nous proposons d’introduire ces
variables progressivement dans l’estimation de l’équation d’intensité (équation (2)). Nous
avons au total 4 spécifications : une première spécification M1 qui n’introduit que les variables
de sources d’information, une spécification M2 qui n’introduit que les variables de coopération,
une spécification M3 introduisant ces deux groupes de variables, et enfin, une spécification M4
proposant un croisement de ces variables. Pour ce dernier modèle, le croisement consiste à
découper chaque variable de coopération en deux classes : selon que l’acteur avec qui il y a
coopération est considéré comme une source d’information d’intérêt ou non. Il est attendu que les
variables croisent le fait d’avoir coopéré et le degré d’importance de la source. Enfin, ces estimations
sont menées sur l’ensemble des entreprises, puis en séparant les entreprises du secteur IAA des
autres afin de comparer les déterminants de l’innovation de ces deux populations.
Caractéristiques structurelles
Taille >100 sal. réf. réf. réf.
<50,100> sal. -0.107*** -0.144*** 0.0662
<20,50> sal. -0.351*** -0.397*** -0.124
Appartenance à un groupe 0.227*** 0.206*** 0.420***
Changement organisationnel dans le travail 0.0207 0.0101 0.0619
dans les rel. ext. 0.215*** 0.234*** 0.0920
dans la gestion des conn. 0.213*** 0.203*** 0.228***
Autres innovations de procédé 0.870*** 0.862*** 0.962***
de marketing 0.599*** 0.533*** 0.905***
Environnement
Secteur agroalimentaire réf.
biens de consom. -0.172*** réf.
automobile 0.174** 0.337***
équipement 0.261*** 0.433***
biens interm. 0.0156 0.183***
Concentration du marché 1.334*** 1.262*** 1.582**
Marché géographique local/régional réf. réf. réf.
national 0.345*** 0.373*** 0.268***
européen 0.207*** 0.219*** 0.169*
mondial (hors UE) 0.357*** 0.390*** 0.105
Localisation rural réf. réf. réf.
Paris 0.0262 0.0110 0.0100
urbain hors Paris -0.0127 -0.0489 0.104
périurbain 0.0453 0.0163 0.182**
Freins à l’innovation
Manque de moy. fin. au sein du groupe 0.154*** 0.157*** 0.189**
en dehors du groupe -0.168*** -0.209*** 0.0185
Coûts de l’innovation trop élevés 0.149*** 0.158*** 0.0872
Manque de personnel qualifié 0.105*** 0.0894*** 0.170**
Manque d’informations sur la technologie -0.0153 -0.00932 -0.0828
sur le marché 0.0468 0.0432 0.177**
Difficulté à trouver des partenaires 0.0182 0.0453 -0.131
Marché dominé par ent. établies 0.0580** 0.0888*** -0.132*
Incertitude de la demande 0.266*** 0.258*** 0.288***
A déjà innové -0.358*** -0.354*** -0.372***
Absence de demande d’innovation -0.556*** -0.591*** -0.400***
Constante -1.788*** -1.917*** -2.079***
LL -18154.0 -15745.0 -2334.0
Significance levels : * p<0.10, ** p<0.05, *** p<0.01.
Concernant les autres ressources internes de la firme, les résultats montrent la forte complémen-
tarité entre les innovations-produits et les autres formes d’innovation en procédés et en marketing.
Ce point est partagé avec les autres secteurs industriels français mais l’innovation marketing
semble jouer un rôle plus marqué pour les IAA. La forte significativité des innovations procédés et
marketing marque, encore une fois, cette double influence de l’amont (supplied dominated) et de
l’aval (market driven) sur le processus d’innovation-produit des firmes agroalimentaires. En termes
de changements organisationnels, on note que les changements dans les systèmes de gestion
des connaissances sont particulièrement favorables à la probabilité d’être une firme innovatrice
en produits. La forte croissance des pratiques de formalisation et de codification des informations
et des connaissances corrélée aux processus d’adoption des TIC et des pratiques informatisées
de traçabilité dans les IAA jouent sûrement dans cet effet car ils influencent l’architecture de la
base de connaissances des firmes. Par contre, les changements dans l’organisation du travail et
les relations externes ne jouent pas sur le fait d’être ou non innovatrice.
En termes d’environnement marchand, les firmes industrielles françaises sont globalement sen-
sibles à l’ouverture des marchés aux zones européennes et mondiales. Dans l’agroalimentaire, si
le marché local n’est pas favorable au fait d’innover, l’ouverture internationale ne joue également
pas et ce sont surtout les entreprises qui sont sur un marché national qui sont innovantes
(et à un degré moindre sur un marché européen). Le degré de concentration des marchés
joue également de manière très significative sur la probabilité d’innover. Cet effet positif de
l’appartenance à des marchés très concentrés sur la probabilité d’être innovatrice joue fortement
pour l’ensemble des firmes industrielles françaises.
Concernant les freins à l’innovation, l’information sur la technologie ne semble pas constituer
un frein majeur pour les innovantes qui sont plus sensibles au manque d’informations sur les
marchés. Les innovantes sont également sensibles au manque de moyens financiers au sein
de leur organisation (leur entreprise elle-même, leur groupe ou leurs réseaux d’enseignes)
et au manque de personnel qualifié. La probabilité d’être une entreprise innovante est enfin
peu sensible à la présence d’entreprises établies qui dominent le marché, contrairement aux
non innovantes pour lesquelles ce frein est plus structurant. Les non innovantes sont aussi
particulièrement sensibles à la « non nécessité d’innover » et au fait qu’elles se situent sur des
marchés marqués par une absence de demande d’innovation4.
4
ette partie du questionnaire CIS4 est assez difficile à exposer car ce sont en fait les entreprises innovantes qui expriment
C
les freins et les obstacles qu’elles ont rencontrés dans leur processus d’innovation. Les entreprises non innovantes
expriment quant à elles les freins dans un processus d’innovation non engagé ou qui n’a pas abouti.
Les caractéristiques structurelles de la firme ne jouent souvent pas de la même façon sur le
choix d’innover et sur l’intensité d’innovation. Ainsi, c’est la petite taille qui favorise l’intensité
d’innovation et, dans le cas des IAA, ce sont les firmes de taille moyenne qui ont la plus forte
intensité d’innovation. Ce résultat est assez convergent avec celui relatif au niveau de R & D
qui joue également un rôle important dans l’intensité d’innovation. La R & D favorise l’intensité
d’innovation avec toutefois un effet non linéaire qui tendrait à montrer que, au-delà d’un certain
seuil, la rentabilité de l’investissement décroît. Cet effet a souvent été mis en évidence dans la
littérature. Il joue mais de façon moins ou pas significative pour les autres industries. En termes
de changements organisationnels associés à l’innovation, ce sont les changements dans les
relations externes de l’entreprise (alliances, partenariats etc.) qui jouent de manière significative
sur l’intensité d’innovation des firmes IAA, les autres changements organisationnels étant non
significatifs. Ceci spécifie encore les IAA par rapport à la moyenne des firmes industrielles,
pour lesquelles toutes les formes de changements organisationnels jouent avec un rôle moins
significatif des relations externes.
Si la concentration du marché est un facteur qui joue dans l’engagement à l’innovation et dans
la différentiation entre firmes innovantes et non, la pression du marché ne joue plus sur l’intensité
d’innovation dans les IAA. Cette extériorisation par rapport aux structures de marché n’est
toutefois pas synonyme d’une indépendance vis-à-vis de l’aval. Le cas de l’agroalimentaire est
au contraire très révélateur du rôle fondamental de l’aval sur les processus d’innovation-produit.
Les premiers résultats montrent ainsi la forte imbrication des bases de connaissances entre les
entreprises de l’agroalimentaire et leur aval. Enfin, contrairement à ce que prédit la littérature sur
l’innovation, les effets d’agglomération urbaine ne sont pas significatifs pour les IAA et jouent
même négativement pour les autres industries. L’agroalimentaire se distingue par l’organisation
spatiale de ses firmes, plus diversifiée sur l’ensemble du territoire et qui s’appuie sur une forte
présence en zone rurale pour ses besoins en matières premières et une présence aussi en
zone urbaine, souvent par le biais de leur structure multiétablissements, pour leurs activités
administratives et commerciales. Plus globalement, on note que l’innovation-produit, ancrée
dans le caractère industriel et productif, est sensible aux coûts d’agglomération et favorise plus
une localisation en zone périphérique et notamment périurbaine.
5
Notons que la procédure Heckman est significative pour les firmes industrielles françaises globalement et pour les autres
industries hors IAA. Ceci tendrait à montrer que la décision d’innover ou pas joue sur l’intensité d’innovation sur la suite. En
revanche pour les IAA, le Heckman tend à être non significatif, ce qui tendrait à montrer que l’intensité d’innovation dans les
IAA est relativement indépendante des facteurs qui ont porté la décision de s’engager dans un processus d’innovation.
En termes de sources d’information (Modèle 1), il est déjà intéressant de noter pour
l’agroalimentaire, d’une part, l’effet négatif des sources internes et, d’autre part, l’effet fortement
significatif de la relation clients et des sources externes telles que les foires, les associations et
les publications professionnelles. On ne retrouve pas cet effet dans les autres industries plus
axées sur une information amont vers les fournisseurs. En termes de structures de coopération
(M2), on conforte les interactions avec l’aval pour l’agroalimentaire par un rôle très significatif des
coopérations pour innover avec les partenaires de l’aval et un rôle négatif des relations avec les
fournisseurs et les concurrents. Les autres industries ont, en fait, un profil de coopération assez
différent de leur profil informationnel, avec un rôle positif des coopérations avec l’aval et avec les
autres organismes publics ou privés de R & D, ainsi qu’un rôle négatif des consultants et des
universités. Le modèle (M3) conforte globalement les résultats précédents en les englobant. Pour
l’agroalimentaire, on note en plus un effet positif des liens informationnels avec les universités
qui ne se conforte pas par des liens coopératifs (négatif et non significatif).
Conclusion
L’objectif de ce travail était de mettre en évidence le rôle des différentes dimensions de
l’architecture organisationnelle interne et externe de la firme agroalimentaire sur ses performances
à l’innovation-produit. Les différents résultats nuancent souvent la vision de l’agroalimentaire
portée par la littérature généraliste en économie de l’innovation qui la classe comme un secteur
low-tech, de faible niveau technologique et porté par imbrication structurelle avec son amont.
Ces résultats mettent notamment en évidence l’importance croissante de l’aval dans les
processus d’innovation du secteur et la plus grande complexité de cette industrie en termes
de formes d’innovation. Ils montrent l’importance partagée entre les innovations radicales et
incrémentales et surtout l’importance de la combinaison entre les deux formes d’innovations
dans la performance. Cet aspect appelle des recherches plus approfondies afin de mieux cerner
les déterminants des innovations selon leur nature et leurs combinaisons.
Résumé
1
ors de l’écriture de cet article, les deux auteurs étaient membres du bureau « politique industrielle, recherche et
L
innovation » de la Direction Générale du Trésor et de la Politique Économique (DGTPE). Ils remercient vivement
Emmanuel Massé pour avoir orienté leurs recherches et Kheira Benhami pour sa relecture attentive.
Une attention particulière sera portée aux politiques publiques qui, dans ce domaine, relèvent
à la fois d’objectifs de santé publique, d’efficience budgétaire (maîtrise des dépenses sociales)
et de développement industriel, ces objectifs pouvant être tour à tour complémentaires ou
contradictoires. Le mécanisme d’assurance-maladie en particulier, qu’il soit public ou privé,
modifie substantiellement l’élasticité-prix de la demande de médicaments et est susceptible de
distordre les incitations des entreprises en matière d’innovation4. Le processus de fixation des
prix est donc particulièrement important pour corriger au mieux les effets des remboursements
sur l’incitation à la R & D et transmettre un signal juste aux entreprises pharmaceutiques.
La première partie de cet article vise à établir un diagnostic concernant le secteur du médicament
en France, sa place et ses évolutions, afin de mettre en perspective la bonne santé affichée du
secteur avec les enjeux qui le concernent. La seconde partie portera plus spécifiquement sur
la R & D dans ce secteur et sur la forte hausse du coût de développement des médicaments.
On examinera les réponses possibles des industriels à cette tendance et le rôle des politiques
publiques pour maintenir ou améliorer les performances de la France en la matière.
2
Médicaments possédant les mêmes propriétés (même substance active) que le produit de référence (appelé « princeps »)
dont le brevet est tombé dans le domaine public.
3
U
ne fiche présentant le mécanisme de fixation du prix et du taux de remboursement des médicaments en France est
tenue à la disposition du lecteur intéressé.
4
L
e double effet des remboursements de médicaments par l’assurance-maladie (qui diminue la sensibilité du consommateur
aux prix) et de la forte protection offerte par les brevets (qui assurent des rentes aux innovateurs) est notamment
susceptible d’inciter les entreprises à investir plus en R & D que ce qui serait socialement souhaitable (Congressionnal
Budget Office, Research and Development in the Pharmaceutical Industry, octobre 2006).
France
30 000
Royaume-Uni
Allemagne
20 000
Italie
Suisse
10 000
Irlande
0
1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006
Les exportations croissent fortement (+ 8 % en rythme annualisé depuis 2003, au même rythme
que les importations). Ce phénomène s’explique notamment par l’internationalisation croissante
des groupes pharmaceutiques et l’importance des échanges intragroupes. Le solde commercial
du secteur est stable à hauteur d’environ 6 Mds€ depuis 5 ans (+ 5,8 Mds€ en 2007), ce qui
en fait le deuxième secteur industriel, derrière le secteur aéronautique (+ 13,9 Mds€ en 2007),
contribuant positivement au solde commercial de la France. Les exportations sont davantage
dispersées que ne le sont les importations. Un peu plus de 60 % des exportations sont à
destination de l’Europe, 12,5 à destination des États-Unis et 9 % à destination de l’Afrique.
L’industrie pharmaceutique est l’un des rares secteurs industriels qui ne perd pas d’emplois
5
Par abus de langage, on confondra ici « industrie pharmaceutique » et « industrie du médicament », alors que l’industrie du
médicament ne représente qu’une partie de l’industrie pharmaceutique, au même titre que le diagnostic médical, etc.
6
Nationalité définie par la localisation du siège social de la tête de groupe. Base LIFI 2004.
7
Sessi, l’industrie pharmaceutique : sur les chemins difficiles de l’internationalisation, avril 2003.
Les entreprises sous contrôle français emploient environ la moitié des salariés du secteur en
France. Les emplois requièrent une qualification élevée : 20 % des salariés ont un niveau de
formation initiale bac+4 et plus, contre 8 % dans l’ensemble de l’industrie. En outre, il s’agit
d’un secteur féminisé puisque 53 % des salariés des entreprises du médicament sont des
femmes, alors que la féminisation n’atteint que 29 % pour l’ensemble des secteurs industriels11.
L’industrie du médicament, qui rassemble environ 300 groupes sur le territoire national, connaît
une accélération des fusions-acquisitions depuis le milieu des années 1990 avec notamment
la création du groupe Sanofi-Aventis en 2004 suite aux rapprochements successifs de Rhône-
Poulenc, Hoechst et Sanofi-Synthélabo. Il reste toutefois relativement peu concentré par rapport
à d’autres secteurs industriels (par exemple, l’automobile et l’aéronautique). L’émergence de
nouvelles classes thérapeutiques engendre le développement de nouveaux marchés, ce qui
freine la concentration du secteur. En France, le secteur comporte une proportion importante
d’entreprises indépendantes de taille intermédiaire (un tiers des groupes emploie entre 100 et
1 000 salariés). Les groupes ayant plus de 1 000 salariés représentent 7 % des groupes et deux
tiers de l’emploi. Le groupe français Sanofi-Aventis concentre environ un quart de l’emploi du
secteur en France.
Tableau 1
Concentration de l’industrie du médicament
Le marché français du médicament est le 3è marché mondial derrière les États-Unis et le Japon.
Le chiffre d’affaires de l’industrie pharmaceutique réalisé par les ventes en officines (CA Officine)
est en croissance régulière (+ 5 % en rythme annualisé ces 5 dernières années, cf. la partie
sur « la croissance du chiffre d’affaires en France... coûteux ») et s’établit à 20,4 Mds€12 en
2007 (18,8 Mds€ pour les médicaments remboursables et 1,6 Md€ pour les médicaments non
remboursables).
8
S
ource : Union Nationale interprofessionnelle pour l’Emploi Dans l’Industrie et le Commerce (Unedic). Codes NAF
(Nomenclature d’activités française) 244 A, C, D et une partie de la NAF731Z.
9
Cabinet Arthur D.Little, l’emploi dans l’industrie pharmaceutique en France : facteurs d’évolution et impact à 10 ans, 2007.
10
Responsables, au sein des entreprises du secteur, de l’information et de la promotion des médicaments auprès des
médecins.
11
Source : Unedic.
12
Le CA France, somme du CA Officine et du CA Hôpital (5 Mds€ en 2007), s’établit à 25,5 Mds€ en 2007.
Comme pour l’ensemble du secteur, le marché officinal français reste relativement peu concentré.
Les 20 principaux groupes vendeurs de médicaments représentent environ 70 % du chiffre
d’affaires, parmi lesquels on note la présence de plusieurs groupes étrangers relativement peu
implantés en France (par exemple, le suisse Novartis, le britannique AstaZeneca, l’américain
Johnson & Johnson).
Les groupes sous contrôle français perdent continûment des parts de marché sur les ventes en
officine en France. Depuis 1997, leur part de marché est passée de 34 % à 24,5 % au bénéfice
notamment des groupes américains et britanniques à la fin des années 1990 puis des groupes
suisses et allemands depuis 2003. Ce phénomène s’expliquerait en partie par le positionnement
stratégique du principal groupe français, Sanofi-Aventis, qui sous-traiterait la commercialisation
d’environ un quart de ses produits à des concurrents.
40
35
États-Unis
30
France
25
Royaume-Uni
20
Allemagne
15
Suisse
10
Autres
5
0
1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007
Source : LIFI 2004, Groupement pour l’Élaboration et la Réalisation de Statistiques (GERS). Ce graphe ne prend donc pas en compte
les mouvements de fusions-acquisitions antérieures et postérieures à 2004. Les joint-ventures Sanofi-BMS et Sanofi-Pasteur-MSD sont
comptabilisées pour moitié en groupes français et pour moitié en groupes américains.
Tableau 2
Décomposition de l’évolution 2007/2006 du CA Officine du médicament17
CA 2006 19,6
Champ constant : évolution en prix (1) -0,3 -1,60
Champ constant : évolution en volume (2) 0,6 3,00
dont quantités -0,15 -0,70
dont structure 0,75 3,70
Nouveaux traitements (3) 0,5 2,60
Évolution en valeur (1+2+3) 0,8 4,00
CA 2007 20.4
Source : GERS, calculs DGTPE
• Depuis 2004, le marché est déflationniste suite notamment à la mise en œuvre du plan
Médicament
L’évolution en prix correspond à la variation des prix à champ (« panier de produits ») constant.
La baisse des prix est consécutive au plan Médicament de 2004 dans le cadre de la réforme de
l’Assurance-Maladie. Ce dernier a défini des baisses de prix pour une partie des médicaments sous
brevets, négociées en fonction du cycle de vie des produits, et des baisses de prix généralisées
pour le répertoire des génériques18 (notamment, une baisse du prix de 15 % en 2006).
13
Source : EulerHermès d’après Insee.
14
Il s’agit de l’évolution du chiffre d’affaires à prix constants et non de l’évolution du nombre de boîtes vendues.
15
Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés.
16
Salariés et travailleurs assimilés à des salariés, soit environ 80 % de la population.
17
Décomposition réalisée sur la base des travaux de Cavalié (2003). Les nouveaux médicaments non remboursables, les
nouveaux conditionnements et dosages de médicaments existants ainsi que les médicaments des classes génériques
existants en 2006 ont été intégrés à la croissance en volume et en prix.
18
Créé et géré par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS), le répertoire des génériques
est constitué des princeps et de leurs génériques.
Selon une étude de la CNAM23, les médicaments de moins de 3 ans (qui correspondent dans
notre étude aux « nouveaux traitements » et à une partie de « l’évolution structurelle à champ
19
Il s’agit de l’indice de Laspeyres-quantités :
20
M
édicaments dérivés de médicaments dont les brevets arrivent à expiration, qui bénéficient d’une protection de propriété
intellectuelle interdisant la copie par des concurrents pour une période donnée.
21
R
apport de l’inspection générale des affaires sociales, l’information des médecins généralistes sur le médicament,
septembre 2007.
22
Amélioration du service médical rendu (ASMR) de niveau I ou II .
23
C
aisse nationale de l’assurance maladie, Dépenses de médicaments en 2007 : quels sont les principaux moteurs de la
croissance ?, mars 2008.
Les prix pondérés par le nombre de boîtes vendues ont crû de 5 % en rythme annualisé depuis
10 ans. Le prix moyen d’un médicament remboursable (92 % du marché) s’établit à 7,1 € en
2007 contre environ 4,2 € pour les non remboursables (stagnation du prix pour ces derniers).
Du fait de l’arrivée de traitements de plus en plus onéreux, on observe une augmentation et une
dispersion croissante des prix des médicaments (l’évolution à la baisse du prix à champ constant
est compensée par l’évolution de la structure de consommation). Alors que le prix moyen des
médicaments les moins chers (1er décile) a stagné depuis 2003, celui des médicaments les plus
chers (9e décile) a augmenté d’environ 20 % par an sur la même période. Les médicaments
sous brevets, commercialisés à un prix élevé sur la période récente24, ont engendré un chiffre
d’affaires en officine d’environ 1,5 Md€ en 2007. À l’opposé, le prix moyen d’un médicament
courant et peu cher comme le Doliprane a baissé d’environ 3 % par an depuis 10 ans.
Tableau 3
Comparaison du niveau et de l’évolution des prix des médicaments par rapport au
Royaume-Uni 25
En 2004, les prix des médicaments aux États-Unis étaient plus de deux fois supérieurs aux prix
français pour un panier identique de médicaments. Toutefois la croissance des prix aux États-
Unis semble avoir été moindre qu’en France, au Royaume-Uni et en Allemagne, sans doute
freinée outre-Atlantique par le développement des médicaments génériques.
24
édicaments remboursables commercialisés depuis 2005 dont le prix unitaire est supérieur à 100 €. Il s’agit en particulier
M
d’antirhumatismaux et d’antianémiques.
25
Pour chaque année, il s’agit de comparaison bilatérale où le Royaume-Uni est pris comme référence (base 100). Le
panier de médicaments contient une centaine de boîtes présentes dans les deux pays de comparaison.
26
20 ans dans le cas général, mais peut aller jusqu’à 25 ans pour les médicaments.
Le marché des génériques se développe en France depuis le début des années 2000.
La politique en faveur des génériques a été lancée plus tardivement en France (cf. infra) et l’écart
de prix entre le princeps et le générique y est plus faible que chez nos principaux partenaires
(États-Unis, Allemagne, Royaume-Uni).
Depuis 2003, la part de marché des génériques au sein des médicaments remboursables est
passée de 11 % à 20 % en volume et de 5,5 % à 10 % en valeur, au détriment des médicaments
hors répertoire, et des princeps depuis 2007. Selon les prévisions de Biogaran, le marché
devrait croître d’environ 10 % par an au cours des prochaines années, soutenu par la chute de
brevets couvrant des molécules à chiffre d’affaires élevé (pour le marché français, amlopidine
et lanzoprazole en 2007).
La progression des ventes de génériques procède habituellement de deux facteurs qu’il convient
de dissocier. Le premier facteur est l’augmentation du taux de pénétration des génériques au
sein de chaque groupe générique (composé de la spécialité de référence et de ses génériques)
déjà existant. Le second résulte d’un effet de structure lié à l’élargissement continu du répertoire
des génériques de l’AFSSAPS : de plus en plus de princeps sont soumis à la concurrence de
génériques. Par exemple, l’ensemble des princeps du répertoire exploité en 2004 ne représente
plus, en 2007, qu’environ 60 % des princeps du répertoire en volume et environ 40 % en valeur.
Ces médicaments ont vu leur prix baisser (baisse du prix d’environ 30 % en 3 ans31) mais ont été
rejoints dans le répertoire par des médicaments plus onéreux.
À champ constant, les génériques se substituent progressivement aux princeps. Par exemple,
les princeps concurrencés par des génériques depuis 2006 voient leur part de marché32 baisser
d’environ 2 % par mois. La différence de prix entre princeps et génériques, une marge sur
27
Situation où le rendement privé de l’innovation atteint le rendement social.
28
Vendu début 2008 à l’américain Mylan.
29
L
e princeps appartient parfois au même groupe pharmaceutique. Par exemple, Merck a commercialisé la Metformine,
générique du Glucophage, lorsque ce médicament, qui faisait partie du portefeuille de Merck, est entré dans le domaine
public.
30
Cabinet EulerHermès, la pharmacie mondiale : une restructuration en marche, 2008.
31
Moyenne des prix pondérée par le nombre de boîtes vendues.
32
Au sein de la classe thérapeutique correspondante du répertoire.
Les prix fabricants hors taxes des princeps et des génériques sont administrés par le CEPS.
Le prix du générique est fixé à 45 % du prix du princeps depuis janvier 2009 (contre 50 %
précédemment). En 2007, le prix moyen des princeps s’établit à 5,4 € contre 3,6 € pour la
boîte de génériques. Le prix des médicaments remboursables hors répertoire est sensiblement
supérieur (8,2 €).
Ventes du Mopral, de son me-too et de ses génériques (en valeur, base 100 en 1998)
250
200
Mopral
150
Me-too
Génériques
100
Ensemble
50
0
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007
Source : Gers
En 2007, l’Inexium a réalisé le quatrième chiffre d’affaires parmi les médicaments vendus
en officine, ce qui a permis à AstraZeneca d’atténuer l’impact de la fin du brevet du Mopral.
L’entreprise avait commencé à substituer le me-too au Mopral en 2002 deux ans avant
l’expiration du brevet de ce dernier.
33
’accord entre l’État et les pharmaciens de 1999 définit une marge des pharmaciens égale pour les princeps et les
L
génériques d’une même classe. Toutefois les remises commerciales, dont les pharmaciens peuvent bénéficier, sont
plafonnées par le code de la sécurité sociale à 10,74 % pour les génériques contre 2,5 % pour les princeps.
34
Molécule dont le chiffre d’affaires annuel est supérieur à 1 Md$.
Alors que la politique en faveur des génériques a été lancée au milieu des années 1980 aux
États-Unis, le droit de substitution n’a été accordé aux pharmaciens en France qu’en 1999 et
l’instauration du Tarif Forfaitaire de Responsabilité35 date de 2003.
Les comparaisons internationales sont délicates dans la mesure où la définition d’un générique
varie d’un pays à l’autre. La définition choisie par l’AFSSAPS apparaît assez restrictive. À titre
d’exemple, l’aspirine et le paracétamol ne sont pas inscrits au Répertoire AFSSAPS en France
alors que ces substances sont depuis longtemps dans le domaine public et considérées comme
génériques dans d’autres pays. En 2005, une étude comparative a été réalisée à partir d’une
définition commune (médicament sans brevet, c’est-à-dire générique et princeps dont le brevet
a expiré)36.
La part des génériques au sein du marché pharmaceutique français demeure l’une des plus
faibles des principaux marchés officinaux. En 2005, elle s’établit en volume à 38 % du marché
officinal, contre 62 % aux États-Unis, 57 % au Royaume-Uni et 56 % en Allemagne.
La politique en faveur des génériques a été lancée plus tardivement en France. En outre, la fixation
du prix des génériques à 50 % de celui du princeps limite la pénétration des génériques : l’écart
relatif de prix entre le princeps et le générique y est plus faible que dans les autres pays étudiés.
Aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne, l’écart relatif des prix est bien plus élevé qu’en
France (en 2007, le prix moyen du princeps est de 111 $ aux États-Unis contre 32 $ pour les
génériques). Par ailleurs, le taux de prescription en DCI était de 12 %37 en France en 2006 contre
81 % au Royaume-Uni (mode de prescription enseigné dans les universités britanniques) et
35 % en Allemagne (où, depuis 1999, chaque médecin se voit allouer une enveloppe budgétaire
« médicament », avec des pénalités en cas de dépassement). Or la prescription en DCI facilite
la délivrance de génériques par les pharmaciens.
En 2005, la part des génériques s’établit en valeur à 17 % du marché officinal en France, contre
13 % aux États-Unis, 25 % au Royaume-Uni et 26 % en Allemagne. Le meilleur positionnement
de la France en valeur s’explique notamment par un prix moyen plus élevé des médicaments
hors répertoire aux États-Unis, en Allemagne et au Royaume-Uni.
Une fois le brevet couvrant la molécule tombé, le développement du marché des génériques
constitue un objectif de politique publique, dans la mesure où il favorise la diffusion des traitements
à moindre coût pour la collectivité. Au vu du retard de la France en la matière (développement
relativement faible et lent), un certain nombre de rigidités pourraient être levées par les pouvoirs
publics. Il apparaîtrait par exemple souhaitable de :
• diminuer le prix des médicaments génériques afin d’augmenter l’écart relatif du prix des princeps
et des génériques ; on pourrait pour ce faire abaisser encore davantage le taux d’indexation du
prix maximal du générique par rapport à celui du princeps, fixé aujourd’hui à 45 % ;
35
FR : ce tarif calculé à partir du prix moyen des génériques est le tarif de remboursement de l’ensemble des médicaments
T
appartenant à ce groupe de génériques.
36
Cabinet IMS Health, New Market Segmentation, 2005.
37
La Mutualité Française, Le médicament : memento 2007, juin 2007.
Face aux évolutions structurelles du marché (développement des génériques, baisse de prix
des médicaments les plus anciens, limitation des mises sur le marché de me-too…), le chiffre
d’affaires des entreprises du médicament tend à se concentrer sur les molécules protégées par
des brevets. Dès lors, les résultats des entreprises du secteur dépendent de plus en plus de
leurs performances en matière de R & D.
38
ar exemple, si l’amélioration apportée par le me-too par rapport au médicament duquel il est issu constitue une
P
différenciation de produit permettant de capter une part de marché suffisante ou de pratiquer une politique de prix telle
que le rendement de l’innovation pour l’entreprise soit du même ordre que le rendement social, alors rien ne justifie qu’une
protection soit accordée à l’entreprise.
39
Dépense Intérieure de R & D exécutée par les entreprises pour lesquelles la fabrication de produits pharmaceutiques
(codes 244 A, C et D de la nomenclature des activités françaises – NAF – de l’INSEE) constitue la branche de recherche
la plus importante.
40
Organisation pour la coopération et le développement économique.
25
20
15
10
0
Royaume- Irlande Suède* États-Unis France UE à 15* Pays Allemagne Japon Italie**
Uni -Bas
Pour ce qui concerne la recherche publique, il est particulièrement difficile de mesurer le montant
des dépenses allouées à un secteur ou à un domaine donné. La santé représentait en 2005
environ 11 % des crédits budgétaires civils de R & D en France (1 Mde sur 9,2 Mdse au total).
En appliquant ce taux à la dépense intérieure civile de R & D des administrations en 2005
(12,6 Mdse environ), on peut évaluer à environ 1,4 Mde le niveau de la recherche publique
dans le domaine de la santé en 2005 (ce résultat, à ne considérer qu’en ordre de grandeur, est
particulièrement fragile). À titre de comparaison, le budget du National Institute Health (NIH)
américain en 2005 était de 25 Md$ (28,9 Md$ en 2007, soit environ 19 Mdse).
En 2006, la France se classe cinquième en ce qui concerne le poids relatif des médicaments dans
le nombre total de brevets délivrés par l’Office américain des brevets et des marques (USPTO),
(graphique), en nette diminution sur 4 ans (la France était 2e en 2002 pour cet indicateur).
41
L
e niveau apparemment faible du Japon pour cet indicateur est un peu trompeur ; il doit être mis en perspective avec
l’intensité globale de R & D de ce pays, parmi les plus élevées du Monde (3,33 % du PIB contre 2,12 % pour la France),
et la forte contribution du secteur des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) à l’effort national de
recherche : le poids pour le Japon de la R & D pharmaceutique dans le PIB (0,21 % en 2005) est en fait comparable à
celui de la France (0,19 % en 2003).
Belgique
Royaume-Uni
Suisse
France
Italie
Suède
Irlande
États-Unis
Allemagne
MONDE
2002
Pays-Bas
2006
Japon
0 2 4 6 8 10 12 14
Source : US Patents and Trademarks Office (USPTO)
L’importance relative de la R & D pharmaceutique en France par rapport aux autres pays
industriels semble s’expliquer davantage par la spécialisation sectorielle que par une
intensité de la R & D particulièrement élevée pour ce secteur en France.
Le poids d’un secteur donné dans l’activité d’innovation d’un pays dépend à la fois de la
spécialisation sectorielle de l’économie (poids du secteur dans l’économie) et de l’intensité
de R & D du secteur (poids de la R & D dans la valeur ajoutée). S’agissant du secteur
pharmaceutique, l’étude de ces deux indicateurs met en lumière des différences entre les pays
et des spécificités pour certains d’entre eux.
Comme évoqué précédemment, la France présente une spécialisation intermédiaire et croissante
dans l’industrie pharmaceutique42 : une valeur ajoutée de 10,3 Mdse en 2002, représentant 4,1 %
de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière43, contre 2,7 % en 1992 et 2,0 % en 1982 selon
l’OCDE. La part du secteur pharmaceutique dans l’industrie en France est assez comparable,
en termes de valeur ajoutée, à celle des États-Unis et du Royaume-Uni (respectivement 5,1 % et
4,3 % en 2003 selon l’OCDE). L’Allemagne et le Japon apparaissent quant à eux peu spécialisés
dans ce secteur. La position relative des pays pour lesquels les données existent est robuste à
l’indicateur considéré (valeur ajoutée, production, emploi).
Au sein des principaux pays industriels, l’intensité de R & D du secteur pharmaceutique varie
fortement, entre 5 % et 50 % (graphique). Pour cet indicateur, la France se situe à un niveau
nettement inférieur à celui du Royaume-Uni, légèrement supérieur à celui des États-Unis, et très
supérieur à celui de l’Italie44. De plus, l’intensité de R & D de la France demeure supérieure à
celle de l’Union européenne malgré un resserrement de l’écart depuis dix ans.
42
Ici, industrie pharmaceutique : Classe 2423 de la nomenclature International Standard Industrial Classification (ISIC) Rev 3 :
« Manufacture of pharmaceuticals, medicinal chemicals and botanical products ».
43
L’industrie manufacturière est un sous-ensemble de l’industrie, qui regroupe les industries de transformation des biens,
mais aussi la réparation et l’installation d’équipements industriels ainsi que des opérations en sous-traitance. Les secteurs
industriels qui ne sont pas comptabilisés dans l’industrie manufacturière sont, essentiellement, ceux de l’énergie et du BTP.
44
Ce résultat est robuste au dénominateur utilisé pour mesurer l’intensité de R & D (valeur ajoutée, chiffre d’affaires).
60
Royaume-Uni
France
50 Japon
Allemagne
États-Unis
40 Italie
Irlande
30
20
10
0
1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003
Source : base STAN (OCDE)
On note que, sur la période étudiée, l’intensité de R & D du secteur pharmaceutique a crû
dans certains pays, comme le Japon et surtout le Royaume-Uni (+ 20 points), et diminué dans
d’autres comme les États-Unis ou l’Irlande. En France, elle a crû jusqu’au milieu des années
1990 à un rythme comparable à celui du Royaume-Uni, avant de baisser progressivement.
Au total, la France apparaît aujourd’hui plutôt spécialisée dans le secteur pharmaceutique,
notamment pour ce qui concerne la R & D. L’effort de R & D de la France dans ce secteur est
supérieur (en pourcentage du PIB par exemple) à celui de l’Allemagne et de l’Italie. Il apparaît
assez comparable à celui des États-Unis (ces derniers étant un peu plus spécialisés, mais avec
une intensité de R & D moindre) ou du Japon.
La France semble toutefois présenter une spécialisation moins importante que le Royaume-Uni.
Si le poids du secteur dans le PIB y est semblable à celui de la France (il croît dans les deux pays
à un rythme comparable sur longue période, mais un peu supérieur au Royaume-Uni depuis les
années 1990), le volume de R & D y est presque deux fois plus important (5,3 Mdse de DIRDE
pharmaceutique en 2005 contre 3,1 Mdse pour la France). En particulier, l’intensité de R & D du
secteur a augmenté d’environ 10 points en dix ans au Royaume-Uni, tandis qu’elle baissait de
4 points en France.
Il est particulièrement difficile de mesurer l’attractivité d’un pays en matière de R & D, et a fortiori
de la comparer entre les pays. Selon Weinmann (2005), « les États-Unis représentent toujours
actuellement la première implantation pour les sites de R & D pharmaceutique » (un exemple
marquant est le transfert, en 2002, du siège mondial de sa recherche par l’entreprise suisse
Novartis à Cambridge aux États-Unis).
Le recensement par l’AFII46 des opérations internationales d’investissement concernant des
centres de R & D implantés en Europe dans le secteur pharmaceutique (au sens assez large)
sur une période récente (2003-2007) laisse apparaître certaines tendances :
- le poids prépondérant des États-Unis comme investisseur en R & D pharmaceutique en Europe
(plus de 40 % des projets d’investissements internationaux recensés sont d’origine américaine) ;
45
C
lasse 2423 de la nomenclature International Standard Industrial Classification (ISIC) Rev.3 : « Manufacture of pharma-
ceuticals, medicinal chemicals and botanical products ».
46
Agence française des investissements internationaux.
Les dépenses de R & D des entreprises du secteur pharmaceutique ont été multipliées
environ par trois entre 1990 et 2003, notamment en France…
L’industrie pharmaceutique est caractérisée par l’importance de ses activités de R & D, et donc
de ses coûts afférents. Relativement peu intensif en capital physique par rapport à d’autres
industries, ce secteur présente de fait une structure de coûts proche de celle, par exemple, de
l’édition de logiciels : coûts fixes (de R & D) très importants et coûts variables assez faibles48.
La difficulté des industriels à se différencier sur des produits fondés sur la même molécule et la
relative faiblesse des barrières à l’entrée, qui rend les parts de marché des différents produits
potentiellement contestables par de nouveaux entrants, rendent l’innovation centrale dans le
modèle économique des entreprises du médicament. Ce secteur présente de fait l’une des
intensités de R & D (27 % en 2002) les plus importantes de l’industrie manufacturière (7 % en
moyenne), juste derrière l’industrie aéronautique et spatiale.
47
À titre d’exemple, Novartis a perdu un procès intenté au gouvernement indien concernant l’anticancéreux Glivec, dont
le brevet a été refusé par les autorités, affirmant qu’il n’était pas plus efficace que sa version précédente. Dans un tel
cas de figure, l’entreprise innovante n’est pas protégée contre la diffusion géographique des connaissances nouvelles
(mobilité de personnels, etc.) et rien n’empêche les entreprises concurrentes d’utiliser gratuitement l’ensemble de ces
connaissances (voire le produit) en Inde pour leurs propres activités de recherche industrielle.
48
Ceci implique notamment que la tarification généralisée des médicaments au coût marginal n’est pas possible dans ce
secteur dans la mesure où elle ne couvrirait qu’une faible partie des coûts totaux, et donc désinciterait les dépenses de
R & D, ce qui nuirait fortement à la collectivité.
49
L’irrégularité de la courbe des États-Unis et notamment le « saut » observé en 2005 (dépense presque multipliée par deux
en un an, représentée en pointillés sur le graphique) traduisent très probablement des ruptures dans la série de données
(évolution du champ de dépenses considéré) ; aussi il convient de considérer l’évolution pour ce pays avec précaution.
800
600
400
200
0
1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006
…sans conduire à une augmentation des autorisations de mise sur le marché (AMM)…
L’augmentation importante des montants alloués à la R & D ne s’est pas traduite par une
augmentation du nombre de nouveaux médicaments sur le marché. Aux États-Unis, le nombre
de nouvelles molécules autorisées par la Food and Drug Administration (FDA) américaine
est demeuré sensiblement constant entre 1990 et 2005 (le pic observé en 1996 s’expliquerait
principalement par le vote d’une loi fédérale accélérant le processus d’autorisation50), alors
que dans le même temps les dépenses de R & D des entreprises pharmaceutiques étaient
multipliées par 3 à 5. L’évolution du nombre de demandes d’autorisation suit, elle aussi, une
tendance stable sur la même période.
50
40 Total
30
20 dont prioritaires
10
0
1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007
Note : les molécules «prioritaires» sont celles qui reçoivent une AMM accélérée de la FDA en raison de leur potentiel thérapeutique
supérieur
Source : Food drug administration (FDA)
50
CBO, Research and Development in the Pharmaceutical Industry, 2006.
Sur des données de la période 1989-2002, Adams et Brantner (2006) estiment à 868 M$ le
montant moyen de dépenses de R & D engagées par molécule mise sur le marché, hors
dépenses de marketing et de commercialisation (1,7 Md$ en prenant ces coûts en compte). Les
auteurs montrent que ce coût moyen varie sensiblement (de 500 M$ à 2 Md$) selon l’entreprise
et la thérapie51. Cette évaluation révise légèrement à la hausse l’estimation de référence de
Di Masi et al. (2003) selon laquelle le coût total par médicament serait de 802 M$52.
La représentation graphique des estimations de coûts des médicaments selon la période d’étude
laisse penser que ce coût moyen a fortement augmenté depuis les années 1960. Di Masi estime
à 7,4 % par an la croissance du coût de développement des médicaments en dollars constants
(c’est-à-dire net de l’inflation).
1 400
1 200
1 000
2
800
3
Sources for individual estimates :
600
1 = Gilbert et al., 2003
2 = Adams & Brantner, 2006
400
3 = Di Masi et al., 2003
4 4 = Di Masi et al., 1991
200 5
6 5 = Hansen, 1979
0 6 = Wiggins, 1987
1960 1964 1968 1972 1976 1980 1984 1988 1992 1996 2000 2004
Lecture : sur des données de la période 1989-2002, Adams et Brantner estiment à 868 M$ le montant moyen des dépenses de R & D par
molécule mise sur le marché
Source : Datamonitor
On retient donc que, depuis au moins la deuxième partie des années 1980, le nombre d’innovations
dans l’industrie pharmaceutique à effort de R & D donné diminue de façon généralisée (dans
tous les pays). Il est intéressant de rapprocher ce résultat de ceux mis en évidence dans les
parties précédentes, selon lesquels :
- le poids du secteur dans le PIB des économies industrielles croît de façon continue pour tous
les pays ;
- l’intensité de R & D du secteur suit, elle, des évolutions très différenciées selon les pays : forte
augmentation au Royaume-Uni, tendance baissière en France et aux États-Unis.
51
e coût peut être beaucoup moins important pour une molécule où la concurrence est faible, nécessitant moins de
L
patients pour les essais cliniques.
52
Outre le coût des médicaments abandonnés en cours de développement, ces estimations prennent également en compte
le coût du capital en considérant le retour sur investissement attendu par les investisseurs pour que ceux-ci choisissent
d’investir dans la R & D pharmaceutique plutôt que dans un portefeuille financier présentant des risques équivalents.
53
Notamment, Cockburn et Henderson (1996) et Scherer (1997).
54
Nous tenons à la disposition du lecteur intéressé une fiche présentant le processus de mise au point d’un médicament.
55
Voir Weinmann (2003).
56
e fait de substituer le financement privé au financement public de la recherche fondamentale peut avoir un coût pour
L
la collectivité si cela affecte la nature des projets menés, sinon cela constitue simplement un transfert.
57
Merrill Lynch, No near-term fix for pharma’s pipeline gap, septembre 2007.
58
Voir Acemoglu et Linn (2004).
59
Taux d’échec des molécules n’ayant pas pu être développées par suite de leurs effets secondaires. Ce taux serait en
moyenne de 90 % dans l’ensemble du secteur.
L’analyse des tendances récentes en matière d’innovation traduit l’émergence d’un nouveau
paradigme technologique. Au modèle des médicaments chimiques vient en effet s’ajouter celui
des biomédicaments, aux caractéristiques propres.
Le raisonnement scientifique issu du paradigme chimique (celui de l’industrie « traditionnelle » du
médicament) se fonde schématiquement sur une logique de « tâtonnement ». La découverte d’un
médicament innovant est le résultat d’une procédure de tri de molécules sans nécessairement
que la thématique de recherche soit fixée a priori. Le paradigme chimique présente le risque de
buter progressivement sur ses propres limites scientifiques et de répondre moins efficacement
aux pathologies nouvelles. Les médicaments qu’il conduit à mettre sur le marché participent
le plus souvent à une simple amélioration qualitative ou quantitative par ajout, modification ou
recombinaison des caractéristiques d’un produit déjà existant.
Ce modèle, de type incrémental, s’appuie de fait sur des économies d’échelle et conduit à une
certaine concentration de la R & D pharmaceutique dans quelques grands laboratoires. Les
avantages des grands laboratoires dans l’exploitation des méthodes de recherche chimique
résident d’une part dans leur puissance financière et commerciale et d’autre part dans
l’accumulation de leur expérience scientifique issue de la chimie.
Avec le développement des connaissances sur les mécanismes du vivant, les biotechnologies
appliquées à la pharmacie ouvrent la voie à de nouvelles techniques de production de
connaissances et de médicaments. La biotechnologie repose sur des principes scientifiques
issus d’une logique de recherche plus déductive, formalisée et planifiée. Elle offre la possibilité
d’intervenir non plus seulement sur les effets d’une pathologie mais aussi directement sur ses
causes.
L’émergence de ce nouveau paradigme biopharmaceutique peut représenter une évolution
importante dans la R & D pharmaceutique, conduisant à des innovations drastiques et présentant
un fort intérêt thérapeutique pour des pathologies complexes comme le cancer, les maladies
cardio-vasculaires, le sida ou encore la transplantation (selon le cabinet Arthur D. Little, 80 % des
biomédicaments cibleraient des pathologies « représentant un fort besoin non satisfait »).
60
Achat du droit de commercialisation du médicament.
61
C
ette section reprend en partie l’étude de Chaumontet, Maitrier et Treibich, ENPC, « Quelle est la performance de la
recherche et développement de l’industrie pharmaceutique française ? », rapport de projet de département, 2007.
Le secteur des biomédicaments (10 % du marché mondial des médicaments) est dominé
par les États-Unis et, dans une moindre mesure, par le Royaume-Uni.
Le développement des biomédicaments, engagé au début des années 1990, a été accéléré
par l’arrivée à maturité des biotechnologies puis par l’adaptation de la législation à des rythmes
différents suivant les pays. Les pays dont la législation est la plus souple et qui s’est adaptée
le plus rapidement (les pays anglo-saxons) présentent aujourd’hui une réelle avance dans ce
domaine. Au Royaume-Uni, dès 1990, la loi autorise la création d’embryons à des fins de R & D,
et les lois de 2001 vont dans le même sens. Aux États-Unis, la législation très succincte en
matière de biotechnologie donne une grande marge de manœuvre aux industriels. En France, il
a fallu attendre 2005 pour que la loi s’assouplisse en faveur des biomédicaments62.
Le secteur des biomédicaments connaît une croissance importante (environ 15 % par an en
moyenne selon le LEEM63) pour un chiffre d’affaires mondial atteignant 71 Mdse en 2007, soit
environ 10 % du marché pharmaceutique mondial. Les 24 biomédicaments « blockbusters »
représentaient 86 % du marché en valeur. Le marché américain est de loin le plus important pour
ce secteur. En 2007, selon le LEEM, ce marché représentait 56 % du chiffre d’affaires dégagé
par les biomédicaments dans le monde, devant le Royaume-Uni (7,5 %) et la France (6 %).
La production de biomédicaments est également largement dominée par les États-Unis. Les
entreprises de biotechnologie installées aux États-Unis, dont le nombre est comparable à
celui de l’ensemble de l’Europe (1 452 entreprises contre 1 621 en Europe en 200664), sont
d’envergure bien plus importante (90 employés en moyenne contre 25). Cette plus forte activité
induit, du point de vue commercial, un avantage comparatif des entreprises américaines.
Amgen, commercialisant notamment la protéine de fusion Enbrel et l’hormone de croissance
Aranesp, et Genentech (filiale de Roche), qui commercialise les anticorps Rituxan et Avastin, se
partagent 42 % du marché mondial. 60 % des biomédicaments vendus en 2004 sur le marché
français étaient produits par des entreprises américaines.
En Europe, 40 % des entreprises de biotechnologie cotées en bourse sont anglaises, alors
que seulement 7 % sont françaises65. Selon le LEEM, le Royaume-Uni aurait attiré 30 % des
investissements européens dans le domaine des biotechnologies entre 2002 et 2004, contre 9 %
pour la France. Néanmoins les effectifs de R & D dans le domaine des biotechnologies croissent
en France, alors même que les effectifs de R & D de l’ensemble du secteur pharmaceutique se
sont sensiblement stabilisés depuis 1995. En France66, le secteur des biotechnologies, dans
sa globalité, regroupait 473 entreprises en 2004, dont plus de la moitié appartenait au secteur
pharmaceutique67. Ces entreprises, pour l’essentiel très jeunes (les deux tiers ont moins de
5 ans), emploient environ 40 000 salariés. Les quatre premières de ces entreprises réalisent près
de la moitié du chiffre d’affaires total du secteur.
62
a France a gardé une législation très conservatrice, pour au moins deux raisons : l’application du principe de
L
précaution et des considérations éthiques. Le principe de précaution a été réaffirmé dans la Charte sur l’environnement
incluse en 2004 au bloc constitutionnel.
63
LEEM, Bioproduction 2008, État des lieux et recommandations pour l’attractivité de la France, octobre 2008.
64
LEEM, Les clefs de l’évolution des biotechnologies santé en France, avril 2008.
65
Alors que le LEEM souligne qu’au début des années 1990, la France était à la pointe de la recherche biomédicale,
notamment concernant les thérapies cellulaires.
66
Voir Pfister (2008).
67
Les autres secteurs d’application sont notamment les industries agricoles et alimentaires, l’industrie chimique, la
fabrication d’instruments médicaux, de précision, d’optique…
Tableau 4
Comparaison internationale concernant le secteur des biotechnologies
En termes de soutien public, le budget alloué en France à la R & D dans les biotechnologies était
de 22 Me en 2005, tandis qu’il atteignait 70 Me au Royaume-Uni68.
La R & D dans le secteur des biomédicaments se caractérise par une « productivité » supé-
rieure à celle de la pharmacie traditionnelle et moins dépendante des brevets déposés.
Par rapport à la recherche en pharmacie « traditionnelle », la R & D dans le domaine des
biomédicaments demande des investissements plus lourds. Par ailleurs, le nombre de patients
potentiellement concernés (donc le niveau de demande) est généralement inférieur. Néanmoins,
selon le cabinet Arthur D. Little, le taux de succès des molécules issues des biotechnologies aux
phases de test est de 18 %, contre 7 % pour les molécules chimiques traditionnelles. Malgré un
investissement initial important, le moindre taux d’attrition dans le domaine des biotechnologies
réduit fortement le coût moyen de développement d’un biomédicament par rapport à un
médicament traditionnel.
En outre, contrairement à l’industrie traditionnelle du médicament, la valeur d’une entreprise de
biomédicaments ne réside pas uniquement dans le produit final, c’est-à-dire la molécule et le
brevet qui la protège. En effet, dans le modèle chimique traditionnel, une fois la composition de
la molécule finale connue, il est assez facile pour une entreprise de la produire à son tour (d’où
le développement des génériques). Il n’en est pas de même dans les biotechnologies : maîtriser
le processus de fabrication d’un biomédicament s’avèrerait plus complexe. Pour preuve, les
grands groupes pharmaceutiques montrent un intérêt de plus en plus important pour des start
up de biotechnologie qui ne produisent pourtant pas de médicaments, mais qui maîtrisent
une certaine technologie de production. Ainsi, Pfizer absorberait en moyenne une start up de
biotechnologie toutes les deux semaines.
Enfin, le prix de vente des biomédicaments est aujourd’hui bien plus élevé que la moyenne (environ
100 e par boîte en France contre 7 e en moyenne pour l’ensemble des médicaments69). Cela pourrait
contribuer à expliquer le très fort développement du secteur malgré ses coûts faciaux élevés.
68
Les Échos, « Dossier. Des cellules souches encore expérimentales. Le Royaume-Uni très libéral », avril 2007.
69
Source : GERS. Panel de biomédicaments.
Taux de brevets maintenus en vigueur selon leur âge, par secteur, en France
1,0 1,0
0,9 0,9
0,8 0,8
0,7 0,7
Renewal rates
Renewal rates
0,6 0,6
0,5 0,5
0,4 Pharmaceuticals 0,4 Pharmaceuticals
0,3
Mechanical 0,3
Mechanical
Chemicals Chemicals
0,2 Electronics 0,2 Electronics
0,1 0,1
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18
Âge Âge
Source : Schankerman (1998)
L’adoption de la Hatch–Waxman Act aux États-Unis en 1984 a renforcé la protection des brevets
pour les médicaments innovants en prolongeant la durée légale du brevet, mais elle a affaibli
la position des médicaments de marque sur le marché en facilitant l’entrée de concurrents
génériques à l’expiration d’un brevet. Plusieurs études74 montrent que l’effet net de ces mesures
sur l’incitation à innover serait positif.
Néanmoins, du point de vue théorique, tout prolongement de la durée des brevets serait
moins souhaitable qu’un raccourcissement du processus d’approbation des médicaments :
l’allongement de la durée des brevets ajoute des recettes à la fin du cycle du produit, où la
valeur actualisée du flux de revenu est faible, alors qu’un délai d’approbation réglementaire plus
court augmenterait les recettes en début de cycle, améliorant de façon substantielle la valeur de
l’innovation et stimulant d’autres innovations75.
En Europe, l’AMM est délivrée, dans la plupart des cas76, par la Commission européenne après
expertise de l’EMEA (European Medicine Agency). Dès lors que l’AMM est obtenue, l’accès au
remboursement fait l’objet d’une procédure nationale.
70
C
ommission Européenne, Study on evaluating he knowledge economy. What are patents actually worth ? The value of
patents for today’s economy and society, Tender n°MARKT/2004/09/E, juillet 2006.
71
S
omme actualisée des profits retirés de l’invention brevetée nette de cette même somme en l’absence de brevets,
mesurée comme le prix auquel l’inventeur serait prêt à vendre son brevet au moment où il lui est délivré.
72
Ce résultat confirme celui de l’étude de Levin et al. (1987).
73
L
’écart substantiel entre la valeur moyenne et la valeur médiane des brevets pharmaceutiques indique une très forte
dispersion dans la valeur des brevets (par ailleurs observée pour tous les secteurs, avec un rapport de 1 à 10 relativement
constant entre les deux indicateurs).
74
Par exemple Grabowski et Vernon (1987).
75
Voir Palo (2007).
76
L’AFSSAPS ne délivre plus les AMM que pour les médicaments exclusivement commercialisés en France.
a) La réforme importante du CIR en 2008 devrait inciter les entreprises du secteur à augmenter
leur effort de R & D et pourrait rendre le site France beaucoup plus attractif dans le choix de
localisation des laboratoires de recherche.
Le CIR est le principal dispositif fiscal de soutien à la recherche privée en France78. Cette mesure
transversale, considérablement renforcée et simplifiée en loi de finances pour 200879, constitue,
du point de vue de la théorie économique, la contrepartie publique aux externalités positives
engendrées par les dépenses privées de R & D.
Selon le scénario retenu concernant l’effet d’entraînement du dispositif sur la dépense privée
de recherche, le coût annuel du CIR pour l’État devrait être compris entre 4,6 et 5,1 Mds€ en
2013 (en euros constants 2005), soit un surcroît d’aides, par rapport au scénario sans réforme,
compris entre 2,3 et 3,3 Mdse.
La mesure devrait inciter les entreprises à augmenter leur effort de R & D et pourrait rendre le
site France beaucoup plus attractif dans le choix de localisation des laboratoires de recherche.
En proposant en outre aux entreprises qui sollicitent le CIR pour la première fois de bénéficier
d’un crédit d’impôt de 50 % l’année de leur entrée dans le dispositif, la réforme assure que les
entreprises nouvelles ne seront pas lésées par rapport au dispositif jusqu’ici en vigueur (fondé
en partie sur l’augmentation des dépenses de R & D, et donc a priori favorable aux jeunes
entreprises en phase de croissance).
82
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Innovation et
coopérations
2-1 R
elations scientifiques et innovation dans les entreprises :
une comparaison France/Allemagne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
Résumé
1
ETA – Université Louis Pasteur Strasbourg 1 ([email protected])
B
2
Fraunhofer-ISI ([email protected]) et Université de Karlsruhe ([email protected])
Cette convergence entre politique scientifique et politique industrielle a donc favorisé l’essor,
dans les deux dernières décennies, des collaborations3 entre universités et entreprises à des fins
de recherche. En dépit de ce contexte favorable, un tel essor ne serait pas possible si les acteurs
économiques concernés n’y trouvaient pas un intérêt. Pour les entreprises, le principal intérêt
de ces partenariats est l’acquisition de savoir-faire technologiques, qui pourront être mobilisés
à des fins diverses (Hagedorn et al., 2000) : diversification horizontale (création de nouvelles
lignes de produits), intégration verticale d’activités de production, ou encore possibilité de
distancer la concurrence. Pour les universités et les laboratoires publics, le principal intérêt est la
source de revenu supplémentaire que constituent ces partenariats. Un certain nombre d’études
(par exemple : Etzkowitz, 1998 ; Feller, 1990) se sont interrogées sur les conséquences, pour
les activités académiques « traditionnelles » (enseignement et recherche fondamentale), d’un
rapprochement entre universités et industries.
En revanche, peu d’études ont cherché à évaluer l’effet des collaborations universités
– entreprises sur l’activité innovante de ces dernières. Les travaux empiriques en économie
industrielle se surtout sont focalisés sur les coopérations en R & D entre des entreprises (Link,
Bauer, 1989 ; Scott, 1996)4, en montrant que ces coopérations tendent à stimuler les activités
de recherche menées en interne. Néanmoins, les coopérations université – industrie sont d’une
nature différente, dans la mesure où les partenaires n’ont pas forcément les mêmes priorités et
ne parlent pas toujours le même langage : la culture du monde de la recherche n’est pas celle
du monde de l’entreprise. Les partenariats université – industrie pourraient donc se heurter à
des difficultés spécifiques, liées par exemple à une incompréhension mutuelle, et déboucher
sur des échecs.
Cette question mérite donc d’être examinée de manière plus systématique, car elle a
d’importantes implications en termes de politique économique : si les collaborations avec
la recherche publique académique stimulent l’activité innovante des entreprises (et/ou leur
3
Dans la suite de ce travail, nous utiliserons indifféremment les termes « collaborations » et « partenariats ».
4
U
ne des exceptions recensées est Motohashi (2004), qui examine les coopérations universités – entreprises au Japon,
et conclut à un impact positif sur la productivité des jeunes PME innovantes.
Toutes ces similitudes donnent à penser, a priori, que les collaborations université – industrie
sont mues par les mêmes enjeux dans les deux pays, et risquent également d’y rencontrer les
mêmes difficultés. Toutefois, en dépit de ces similitudes, Hagedoorn et al. (2000) soulignent
certaines différences fondamentales dans la mise en œuvre des politiques scientifiques. En
France, la mise en œuvre de ces politiques s’exprime plutôt en termes de « missions » (comme
la « troisième mission » des universités évoquée dans l’introduction), promulguées par un État
central traditionnellement fort. En Allemagne, elle est davantage orientée vers la diffusion des
connaissances scientifiques et technologiques, et s’inscrit dans une tradition de décentralisation
où les Länder bénéficient d’une grande autonomie.
Il n’est donc pas étonnant de constater que l’organisation des dispositifs d’incitation aux
collaborations science – industrie diffère dans les deux pays. En Allemagne, la politique
scientifique relève de la compétence des Länder, y compris en matière de transfert de
technologies. Les dispositifs incitatifs y présentent donc une grande variété de formes, dont la
présentation détaillée sortirait du cadre de la présente étude. Dans un souci de concision, nous
nous limiterons à la présentation des dispositifs communs à la (quasi) totalité des Länder. Parmi
ces dispositifs, les plus importants sont les bureaux de transfert de technologie (Technologietrans-
ferstelle), dédiés à la création et au renforcement des contacts entre universités et entreprises.
Par ailleurs, pour inciter les équipes universitaires à s’engager dans des partenariats, plusieurs
Länder autorisent désormais les universités à conserver les surplus financiers générés par les
partenariats avec le secteur privé. Ce surplus financier peut être utilisé par les laboratoires de
la manière qu’ils jugent la plus utile à leur activité (achat de matériel, embauche de personnel
contractuel, etc.). Néanmoins, ces divers dispositifs ne semblent pas avoir donné toute
satisfaction, car le gouvernement fédéral est récemment intervenu en créant le « Bonus de
Recherche ». Il s’agit d’une mesure temporaire, destinée à fournir des incitations supplémentaires
à la coopération entre les universités et les entreprises (en particulier les PME). Les organisations
désirant s’engager dans un partenariat de recherche public – privé peuvent demander ce bonus,
qui vient s’ajouter au montant du contrat. S’il est attribué (après examen du projet de recherche),
il peut s’élever jusqu’à 25 % de la valeur initiale du contrat de recherche, jusqu’à un maximum
de 100 000 €.
Dans la période récente (postérieure à celle considérée dans la présente étude), un certain
nombre de dispositifs sont venus compléter la loi du 12 juillet 1999. Ainsi, depuis 2006, l’agence
nationale de la recherche (ANR) peut apporter son soutien financier aux projets de recherche
menés en partenariat par des établissements publics et des entreprises. Ce soutien privilégie
des domaines de recherche stratégiques où l’effort de recherche privé est jugé insuffisant
(nanotechnologies, par exemple). Le dispositif des pôles de compétitivité vise, quant à lui, à
favoriser les coopérations scientifiques au niveau régional, en regroupant sur un même territoire
des universités, des organismes publics de recherche, et des entreprises. Les incitations
prennent notamment la forme de déductions fiscales accordées aux entreprises implantées dans
un pôle. Enfin, l’un des objectifs de la création, en 2005, de l’établissement public Oséo6 était
de favoriser les collaborations entre PME et laboratoires publics de recherche, en intervenant au
niveau régional7. Nous invitons le lecteur désireux d’obtenir plus de détails sur l’ensemble de ces
dispositifs à se référer au rapport de l’IGF (2007).
5
L
es deux autres volets de la loi portent respectivement sur la création d’entreprises issues de la recherche publique, et
sur la mobilité des chercheurs.
6
C
et établissement est né de la fusion de l’agence nationale pour la valorisation de la recherche (ANVAR) et de la
banque de développement des PME (BDPME).
7
L
a mission d’Oséo semble toutefois avoir été élargie en 2008, en intégrant l’agence pour l’innovation industrielle (AII)
dont l’action se concentre sur les grandes entreprises.
Pour analyser l’impact des collaborations sur l’innovation dans les entreprises, nous nous
appuyons sur l’enquête communautaire sur l’innovation (CIS4), qui couvre la période 2002-
2004. Cette enquête est conduite de manière harmonisée dans les différents États membres
de l’Union européenne, par les instituts statistiques nationaux, sous la coordination d’Eurostat.
De par sa nature même, elle se prête particulièrement bien aux comparaisons internationales.
Elle consiste en un questionnaire commun à tous les États participants, auquel s’ajoute un
questionnaire complémentaire dont le contenu peut varier d’un État à l’autre. Le questionnaire
commun fournit des informations capitales sur les activités de R & D, l’innovation de produit
ou de procédés, les facteurs freinant l’innovation, et les effets de l’innovation. Le questionnaire
complémentaire fournit des informations additionnelles sur des sujets dont l’importance ne fait
pas l’objet d’un consensus entre tous les États (par exemple, les innovations de marketing
ou les innovations organisationnelles sont couvertes par le questionnaire complémentaire en
France, mais pas dans tous les pays).
L’enquête CIS4 fournit, dans chaque pays, un échantillon représentatif des entreprises de
20 salariés ou plus, opérant dans l’industrie et les services. En dépit des efforts d’harmonisation
menés par Eurostat, deux difficultés subsistent pour se livrer à des comparaisons France/
Allemagne. La principale difficulté est que l’enquête CIS est obligatoire en France, mais
facultative en Allemagne. Cela se traduit par un taux de réponse plus faible dans ce dernier
pays et donc à une base de comparaison réduite, dès lors que les comparaisons portent sur
un secteur donné ou une industrie particulière. Notre comparaison portera donc sur l’ensemble
de l’échantillon dans chaque pays, et nous contrôlerons pour les différences sectorielles dans
le modèle économétrique. Une difficulté secondaire est que certaines variables explicatives
pertinentes pour l’analyse (nous préciserons lesquelles plus loin) sont présentes dans l’enquête
allemande mais pas dans l’enquête française. Pour résoudre cette difficulté, nous autorisons
une certaine flexibilité dans la spécification du modèle économétrique : nous utilisons, autant
que faire se peut, des variables communes aux deux enquêtes, mais nous nous réservons la
possibilité d’inclure, dans le modèle estimé pour l’Allemagne, des variables qui ne sont pas
disponibles pour le modèle français.
Modèle économétrique
Spécification
Notre objectif est d’estimer l’impact des coopérations entre institutions publiques de recherche
et entreprises privées sur les activités d’innovation de ces dernières, en nous focalisant sur
l’innovation de produit. Notre modèle économétrique s’inspire du cadre d’analyse proposé par
Mairesse et Mohnen (2002), qui représentent le processus d’innovation comme une « fonction de
production » avec pour output des indicateurs d’innovation. Dans leur application empirique, ce
modèle est spécifié comme un Tobit généralisé, dont la première équation explique la propension
à innover, et la seconde l’intensité d’innovation. Cette seconde équation inclut une mesure de
la proximité des entreprises à la recherche fondamentale, qui indique si une entreprise utilise
les institutions publiques de recherche comme source privilégiée de connaissance scientifique
et technologique. Les auteurs trouvent un impact significativement positif de cette variable sur
l’intensité d’innovation.
(1)
où yi1 est la variable d’intérêt (ici, une mesure de l’intensité d’innovation dans l’entreprise i),
où la seconde équation est l’équation de sélection. Cette équation (spécifiée comme un
modèle Probit) vise à corriger le biais induit par le fait que toutes les entreprises ne sont pas
nécessairement innovantes en produit. Ce premier modèle, qui néglige l’endogénéité potentielle
des coopérations, constitue notre benchmark : elle nous permet de vérifier si nous retrouvons
des résultats similaires à ceux de Mairesse et Mohnen (2002).
(2)
où yi1 est la même variable d’intérêt que précédemment, et y 2 est la variable explicative
potentiellement endogène. La troisième équation est l’équation de sélection. Le modèle autorise
toute forme de corrélation entre les termes d’erreur des trois équations (u1, v2 et v3).
Pour estimer le modèle (2), nous suivons la procédure standard décrite par Wooldridge (2002),
et qui consiste à :
· obtenir en estimant (sur tout l’échantillon) le modèle Probit qui relie yi3 à z,
· calculer le ratio de Mills inverse,
· estimer, sur le sous-échantillon des entreprises innovantes :
(3)
Le modèle (3) est spécifié comme un modèle à variables instrumentales et estimé par la méthode
des « doubles moindres carrés ».
Pour des raisons de confidentialité des données, les estimations ont été conduites séparément
sur l’échantillon français et sur l’échantillon allemand. Cela nous conduira parfois, dans ce qui
suit, à nous référer au « modèle français » et au « modèle allemand ». Toutefois, le modèle
économétrique estimé est bien le même dans les deux cas (les seules différences provenant
des variables explicatives additionnelles disponibles dans l’échantillon allemand). Il s’agit d’un
même modèle économétrique appliqué à deux échantillons distincts.
Tableau 1.b
Proportion d’entreprises coopérant avec des laboratoires publics
(par secteur et par taille)8
France Allemagne
Moyenne Écart type Moyenne Écart type
SECTEUR (classification OCDE) :
Industrie - hautes technologies 0,10 0,30 0,12 0,32
Industrie - niveau technologique moyen/haut 0,10 0,30 0,10 0,29
Industrie - niveau technologique moyen/faible 0,04 0,20 0,06 0,23
Industrie - faible intensité technologique 0,02 0,15 0,02 0,14
Services intensifs en connaissance 0,03 0,18 0,06 0,23
Autres services 0,01 0,09 0,02 0,13
TAILLE DE L’ENTREPRISE :
49 salariés ou moins 0,01 0,12 0,03 0,18
50 à 99 salariés 0,04 0,19 0,04 0,21
100 à 249 salariés 0,06 0,23 0,04 0,19
250 à 499 salariés 0,11 0,31 0,06 0,24
500 salariés ou plus 0,21 0,41 0,15 0,36
8
E xemple de lecture : en France, dans les industries de haute technologie, la proportion d’entreprises ayant coopéré avec une institution
publique de recherche entre 2002 et 2004 est de 0,10. Autrement dit, 10 % des entreprises opérant dans les industries de haute
technologie ont coopéré avec la recherche publique.
Dans les deux modèles, les variables décrivant les sources d’information utilisées pour innover
peuvent être interprétées comme des indicateurs de l’ouverture de la firme, au sens de Laursen et
Salter (2006) : le processus d’innovation est un processus dans lequel l’entreprise doit chercher
des ressources pour innover, non seulement en interne, mais aussi à l’extérieur. Laursen et Salter
(2004, 2006) suggèrent que les entreprises les plus ouvertes sur l’extérieur pourraient être plus
innovantes, mais aussi plus susceptibles de coopérer avec des universités. Les indicateurs
du secteur d’activité de l’entreprise, quant à eux, permettent de capturer les opportunités
technologiques qui s’offrent à elle, comme le soulignent Mairesse et Mohnen (2002). Pour cette
raison, nous avons recodé les indicateurs de secteur à 2 chiffres (codes NACE) disponibles
dans CIS4 en suivant la classification en termes de « niveaux technologique » développée par
l’OCDE. Les différentes catégories de cette classification sont détaillées dans le tableau 1.a, qui
fournit également des statistiques descriptives (au niveau de l’échantillon) pour les variables
explicatives et les variables dépendantes utilisées dans l’analyse.
Le tableau 1.b détaille la distribution de la variable d’intérêt (indicatrice de coopération avec une
université ou un organisme public de recherche) par secteur et par classe de taille d’entreprise.
Ces distributions sont données, dans chaque pays, pour l’ensemble des entreprises en utilisant
les pondérations de l’enquête. Les deux distributions apparaissent très similaires en France et
en Allemagne : la proportion de coopérations avec la recherche publique est plus importante
parmi les grandes entreprises et dans les secteurs de haute technologie.
9
C
omme ces auteurs, nous utilisons en fait la transformation logistique de cette variable, soit dans notre modèle,
ln[ y1 /(1-y1)]. En effet, le pourcentage de ventes innovantes est par définition une variable tronquée (toujours positive),
ce qui peut biaiser la régression, alors que la transformation logistique peut varier entre -∞ et +∞.
Dans le modèle (2), les variables d’exclusion (incluses dans z mais pas dans z1) jouent aussi le
rôle d’instruments : par définition, il doit s’agir de variables susceptibles d’influencer la probabilité
de coopérer sans influencer directement l’intensité d’innovation. Le choix de ces variables,
crucial pour l’estimation, mérite d’être discuté plus avant. Pour notre étude, les données CIS ne
fournissent guère d’instruments dont la validité serait a priori incontestable. Cela nous a conduit
à mobiliser des variables extérieures à l’enquête CIS, mais pouvant lui être facilement ajoutées.
Il s’agit de variables décrivant les opportunités de coopération scientifique offertes par la région
(au sens large) où est localisée l’entreprise. Ces variables sont a priori de bons candidats au
rôle d’instruments. En effet, une entreprise basée dans une région offrant des opportunités
de coopération plus importantes aura, toutes choses égales par ailleurs, plus de chances de
développer un partenariat avec une institution de recherche. Il est peu probable, toutefois, que
l’existence d’opportunités de coopération au niveau régional ait un impact direct sur l’intensité
d’innovation de cette entreprise.
La liste des centres régionaux d’innovation et de transfert technologique (CRITT) publiée par
le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche10, nous a permis de construire un
indicateur des opportunités régionales de coopération en France11. Cet indicateur précise s’il
existe dans la région un CRITT dont le domaine d’activité correspond au secteur d’activité de
l’entreprise (mesuré par son code NACE à deux chiffres). Ajouter cette variable aux données de
l’enquête CIS ne pose aucun problème, car l’enquête nous renseigne sur l’industrie et la région
d’appartenance de chaque entreprise enquêtée. Notre indicateur a une valeur moyenne de 0,14
et un écart type de 0,35.
En Allemagne, les sources d’information disponibles étaient plus limitées, mais nous avons pu
retenir une variable : le nombre d’universités par milliers de kilomètres carrés. Cette variable a
une valeur moyenne de 1,58 et un écart type de 3,17. Elle est observée pour chacun des 16
Länder qui constituent la République fédérale d’Allemagne, ce qui permet de l’apparier avec les
données CIS. Même son niveau géographique n’est pas tout à fait aussi fin que celui utilisé en
France, cette variable fournit une mesure approchée des opportunités régionales de coopération.
Il est légitime de considérer qu’une entreprise située dans un Land où la densité d’universités est
forte aura plus de chances de développer des collaborations. Cependant, il est peu probable
que la densité d’universités dans le Land influence directement l’intensité d’innovation de ladite
entreprise.
Résultats
Nous commentons d’abord brièvement les résultats du modèle Probit qui cherche à expliquer la
probabilité d’innover en produit sur la période 2002-2004. Ce Probit est commun au modèle (1)
et au modèle (2), puisqu’il constitue l’équation de sélection du modèle d’Heckman. Les résultats
de cette équation de sélection sont présentés dans le tableau 2. Ce tableau montre que, dans
les deux pays considérés, les déterminants « schumpétériens » de l’innovation (taille de la firme
et pouvoir de marché) jouent un rôle important : une taille plus importante est associée à une
probabilité plus élevée d’innover en produit. En Allemagne, le pouvoir de marché a un impact
significatif : une part de marché plus faible (c’est-à-dire un poids plus important des principaux
concurrents sur le marché) est associée à une probabilité d’innover plus faible. Au regard de ce
10
http://wwww.enseignementsup-recherche.gouv.fr/technologie/critt/index.htm
11
Le niveau géographique fourni est celui des 26 régions administratives (France métropolitaine et outre-mer).
Tableau 2
Équation de sélection (probabilité d’innover en produit)
France Allemagne
Coefficient Erreur standard Coefficient Erreur standard
Constante -1,72 (0,09)*** -2,03 (0,18)***
TAILLE
Log (nombre d’employés) 0,07 (0,01)*** 0,08 (0,02)***
DIVERSIFICATION
Ventes aux 3 principaux clients — 0,11 (0,03)***
DEMANDE
Obstacles à l’innovation liés à la concurrence 0,03 (0,04) —
Obstacles à l’innovation liés à la demande 0,17 (0,04)*** —
Importance de la concurrence par la qualité — -0,04 (0,03)
Importance de la concurrence par les prix — 0,1 (0,02)***
PARTS DE MARCHÉ
Taille relative des principaux concurrents — -0,06 (0,02)**
OUVERTURE DE L’ENTREPRISE
Fournisseurs comme source d’information 0,18 (0,03)*** -0,03 (0,03)
Clients comme source d’information 0,73 (0,03)*** 0,37 (0,03)***
Groupe comme source d’information 1,66 (0,03)*** 0,46 (0,03)***
Concurrents comme source d’information 0,23 (0,03)*** 0,07 (0,03)*
SECTEUR (Réf. : Industrie – hautes technologies)
Industrie – niveau technologique moyen/haut -0,13 (0,08)* 0,09 (0,12)
Industrie – niveau technologique moyen/faible -0,36 (0,08)*** -0,34 (0,12)***
Industrie – faible intensité technologique -0,40 (0,08)*** -0,28 (0,12)**
Services intensifs en connaissance -0,45 (0,08)*** -0,21 (0,11)**
Autres services -0,89 (0,08)*** -0,53 (0,11)***
AUTRES CARACTÉRISTIQUES
Dépenses d’innovation par employé 0,00 (0,00)*** 2,83 (0,70)***
Appartenance à un groupe 0,07 (0,03)** 0,04 (0,06)
Allemagne de l’Est — -0,05 (0,06)
VARIABLE D’EXCLUSION
Nombre d’universités pour 1 000 km² — 0,02 (0,01)**
Présence d’un CRITT dans le secteur de l’entreprise 0,01 (0,04) —
Les modèles sont estimés par la méthode du « maximum de vraisemblance ».
Dans chaque modèle, le test du rapport des vraisemblances est significatif au seuil de 1 %.
Significativité : *** 1 % ; ** 5 % ; * 10 %.
Le tableau 2 livre d’autres résultats intéressants : ainsi, en France comme en Allemagne, les
variables mesurant l’ouverture de l’entreprise à des sources d’information extérieures sont
(quasiment) toutes associées à une probabilité d’innover plus importante. Ces résultats
concordent avec ceux obtenus par Laursen et Salter (2006) pour le Royaume-Uni. De même, en
France comme en Allemagne, les entreprises opérant dans les industries de haute technologie
du secteur secondaire ont une probabilité d’innover en produit supérieure à celle de toutes les
autres firmes. Enfin, la variable d’exclusion, mesurant les opportunités régionales de coopération,
n’est significative qu’en Allemagne.
Cette première estimation met en lumière une différence assez frappante entre les deux pays : la
collaboration se traduit en moyenne par une augmentation de l’intensité d’innovation de 7 points
de pourcentage en Allemagne, contre 2 points seulement en France. Même si ces résultats ne
tiennent pas compte d’un possible biais d’endogénéité, ils peuvent être interprétés comme la
borne supérieure de l’effet des collaborations sur l’innovation. Il n’y a par ailleurs aucune raison
de penser que le biais d’endogénéité soit plus grand pour les entreprises françaises que pour les
entreprises allemandes. Dans ces conditions, ces valeurs donnent à penser que les entreprises
françaises rencontrent dans leurs coopérations avec la recherche publique des problèmes que
ne rencontrent apparemment pas les entreprises allemandes.
Pour aller plus loin dans l’examen de ce résultat, nous avons estimé l’effet de la coopération sur
l’intensité d’innovation à l’aide du modèle (2), c’est-à-dire du modèle Heckit avec prise en compte
de l’endogénéité. Le modèle (2) mobilise la même équation de sélection que le modèle (1), mais
l’équation d’intensité y est remplacée par un modèle à variables instrumentales – le modèle (3).
Les résultats de la première équation du modèle (3) sont présentés dans le tableau 4.a, et ceux
de la seconde équation dans le tableau 4.b. La première équation peut s’interpréter comme
un modèle de probabilité linéaire, et permet d’identifier les déterminants d’une collaboration
avec une université ou un organisme de recherche public. La seconde équation est l’équation
d’intensité corrigée du biais d’endogénéité soupçonné.
France Allemagne
Coefficient Erreur standard Coefficient Erreur standard
Constante -0,58 (0,59) 2,32 (3,13)
TAILLE
Log (nombre d’employés) -0,12 (0,02) -0,3 (0,10)***
DIVERSIFICATION
Ventes aux 3 principaux clients — 0,02 (0,07)
DEMANDE
Obstacles à l’innovation liés à la concurrence 0,00 (0,05) —
Obstacles à l’innovation liés à la demande -0,15 (0,06)** —
Importance de la concurrence par la qualité — 0,01 (0,06)
Importance de la concurrence par les prix — -0,07 (0,07)
PARTS DE MARCHÉ
Taille relative des principaux concurrents — -0,10 (0,05)**
OUVERTURE DE L’ENTREPRISE
Fournisseurs comme source d’information 0,06 (0,05) -0,41 (0,29)
Clients comme source d’information 0,01 (0,12) 0,03 (0,08)
Groupe comme source d’information -0,27 (0,34) -0,48 (0,33)
Concurrents comme source d’information 0,11 (0,05)** -0,01 (0,07)
SECTEUR (2)
Industrie – niveau technologique moyen/haut -0,29 (0,10)*** -0,30 (0,24)
Industrie – niveau technologique moyen/faible -0,56 (0,11)*** -0,49 (0,30)
Industrie – faible intensité technologique -0,62 (0,11)*** -0,59 (0,27)**
Services intensifs en connaissance -0,51 (0,11)*** -0,32 (0,26)
Autres services -0,66 (0,17)*** -0,41 (0,25)
AUTRES CARACTÉRISTIQUES
Dépenses d’innovation par employé 0,00 (0,00) -0,77 (1,42)
Appartenance à un groupe 0,02 (0,05) 0,02 (0,13)
Allemagne de l’Est — 0,03 (0,15)
COOPÉRATION AVEC LA RECHERCHE PUBLIQUE
Coopération avec des institutions publiques de recherche 0,25 (0,05)*** 0,34 (0,17)**
CORRECTION DE LA SÉLECTION
Ratio de Mills inverse -0,39 (0,28) -2,29 (1,27)*
(1) La variable à expliquer est la transformée logistique du % de ventes innovantes dans les ventes totales.
(2) Catégorie de référence : Industrie - hautes technologies.
La pertinence de chaque modèle est confirmée par un test d’ajustement de Fisher significatif au seuil de 1 %.
Significativité : *** 1 % ; ** 5 % ; * 10 %.
Le tableau 4.a suggère que les principaux déterminants de la coopération sont communs à
la France et à l’Allemagne : dans les deux pays, la propension à coopérer augmente avec la
taille de l’entreprise, mais aussi avec ses dépenses d’innovation par employé. De même, les
entreprises qui font face à une concurrence plus forte tendent à avoir une propension à coopérer
plus importante. La principale différence entre les deux pays concerne les effets sectoriels : en
France, les coopérations avec la recherche publique sont concentrées dans les secteurs les plus
intensifs en technologie. En Allemagne, au contraire, ces coopérations sont répandues dans un
plus grand nombre de secteurs (ce qui pourrait résulter de la politique scientifique « orientée
vers la diffusion des connaissances » évoquée dans la première section). Toutefois, le résultat
le plus crucial pour notre analyse est l’effet de notre instrument (l’indicateur des opportunités
régionales de coopération) : cet effet est significatif en France mais pas en Allemagne, ce qui est
rassurant pour la qualité de l’estimation dans le premier pays, mais inquiétant dans le second.
L’examen du tableau 4.b (équation d’intensité d’innovation corrigée) confirme cette première
impression : l’effet de la coopération avec des institutions publique de recherche n’est plus
significatif ni en France, ni en Allemagne. Toutefois, si ce résultat est crédible dans le cas de
la France, il l’est beaucoup moins dans le cas de l’Allemagne. En effet, en France, un certain
nombre de déterminants de l’innovation (effet sectoriels et indicateurs d’ouverture de l’entreprise)
apparaissent encore significatifs dans l’équation d’intensité corrigée. Mais en Allemagne,
cette équation ne comporte aucune variable significative : même si le modèle à variables
instrumentales est globalement accepté au seuil de 1 % (par le test d’ajustement de Fisher), les
effets significatifs sont tous concentrés dans la première équation. Ce résultat remet fortement
en question la qualité de l’instrument utilisé – auquel cas il peut être préférable de s’en tenir aux
résultats du modèle Heckit simple (tableau 3).
Mais, pour que les résultats obtenus avec le modèle (2) soient crédibles a posteriori, il faut que
l’instrument retenu soit approprié. Nous avons donc testé la faiblesse de notre instrument, en
suivant la méthode proposée par Cameron et Trivedi (2005, p. 105). Ce test consiste à n’estimer
que l’équation de sélection et l’équation de coopération du modèle (2). Un test de Fisher permet
ensuite de vérifier si notre instrument a un effet significatif dans l’équation de coopération. Si le
test de Fisher n’est pas significatif, alors l’instrument est faible. Ce test s’est révélé significatif au
seuil de 5 % en France, mais non significatif en Allemagne12. En France, l’instrument utilisé n’est
donc pas faible, mais le seuil de significativité de 5 % invite toutefois à se montrer circonspect
quant à sa qualité (une significativité au seuil de 1 % ou moins aurait été préférable). En
Allemagne, l’instrument utilisé est clairement un instrument faible.
Ces résultats appellent à une grande prudence dans la formulation de nos conclusions. Notre
première estimation permet de conclure : premièrement que les coopérations avec la recherche
publique ont un effet significativement positif sur l’intensité d’innovation des entreprises ;
deuxièmement que cet effet est nettement plus élevé en Allemagne qu’en France. Cette
estimation est malheureusement entachée d’un biais d’endogénéité. Notre tentative de corriger
pour ce biais d’endogénéité conduit à annuler l’effet des coopérations – résultat extrême, qui
s’explique surtout par la faiblesse de l’instrument utilisé. Les estimations à variable instrumentale,
trop imprécises, ne permettent donc pas de déterminer l’ampleur du biais ni la « vraie » valeur
de l’effet de la collaboration. Toutefois, dans la mesure où le biais d’endogénéité n’est a priori
pas plus élevé en France qu’en Allemagne, il est légitime de penser que l’écart observé entre
les deux pays persisterait même après correction du biais. Les implications de cet écart sont
discutées dans la section suivante, qui rassemble nos conclusions.
Conclusion
L’objectif de ce travail était d’examiner l’impact des coopérations entre recherche publique et
industrie sur les activités innovantes des entreprises, dans une perspective de comparaisons
internationales. Pour ce faire, nous avons estimé une fonction de production d’innovation à
l’aide d’un modèle Heckit dans lequel l’endogénéité potentielle de la variable indicatrice de
coopération était examinée de manière approfondie. Le modèle a été estimé sur les données
allemandes et françaises de l’enquête communautaire sur l’innovation (CIS4). En l’absence de
prise en compte de l’endogénéité, nous trouvons, dans les deux pays, un effet significativement
positif des coopérations sur l’intensité d’innovation des entreprises (mesurée par le pourcentage
de ventes innovantes dans les ventes totales). Cet effet est trois fois plus élevé en Allemagne
qu’en France.
12
L
’ensemble des estimations complémentaires et des tests sont disponibles sur demande auprès des auteurs.
Cet écart a de multiples explications possibles, mais il est probable qu’il soit lié, au moins
en partie, aux politiques scientifiques propres à chaque pays. En Allemagne, le soutien aux
collaborations entre recherche publique et industrie s’appuie sur les bureaux de transferts de
technologie des universités. En France, l’effort d’incitation à la coopération n’est pas moindre
qu’en Allemagne, mais il existe un « enchevêtrement des structures qui engendre confusion,
multiplication des coûts et faible professionnalisation des équipes » (IGF 2007, p. 140). Cet
enchevêtrement peut se traduire, pour les entreprises, par une difficulté accrue à trouver le bon
interlocuteur dans le cadre d’une coopération. En dispersant les fonds, il rend également plus
difficile le soutien financier aux activités de coopération scientifiques, qui peuvent en pâtir.
En réponse à cette situation, le rapport de l’IGF (2007) propose de concentrer les moyens en
créant des « offices mutualisés de transfert de technologie » qui viendraient se substituer aux
structures existantes. Ces offices pourraient être intégrés dans les « pôles de recherche et
d’enseignement supérieur » (PRES) introduits par la loi de programme pour la recherche (qui est
venue compléter, en 2006, la loi du 12 juillet 1999). Au-delà de cette recommandation, il semble
pertinent d’attribuer davantage de moyens aux équipes qui coopèrent, tout en s’assurant que
ces moyens supplémentaires se traduiront par des coopérations plus efficaces. Une manière
de le faire pourrait être de « laisser aux enseignants-chercheurs la possibilité de choisir entre la
rémunération complémentaire sur contrats avec les entreprises et une décharge d’enseignement
de montant équivalent. » (IGF 2007, p. 150).
Toutefois, il n’est pas possible d’élaborer une véritable réflexion de politique économique sur
la base des seuls résultats obtenus ici. Notre travail appelle des analyses complémentaires,
mobilisant des sources statistiques susceptibles d’offrir de meilleurs instruments. À l’heure
actuelle, de telles sources sont extrêmement rares. Il conviendrait également d’examiner l’impact
des coopérations sur les formes d’innovations alternatives à l’innovation de produit : innovation
de procédé, innovation organisationnelle, etc. Nous envisageons de développer cette analyse
dans un travail ultérieur – tout en gardant à l’esprit que cette analyse risque de se heurter aux
limites déjà rencontrées ici.
Enfin, même si notre analyse souligne l’impact positif des partenariats entre recherche publique
et entreprises, il faut se garder des conclusions hâtives. En particulier, nous ne pouvons pas
conclure qu’il faut encourager à tout prix ces collaborations. Les données utilisées ne permettent
pas de se livrer à un calcul comparant les coûts et les avantages des coopérations pour
l’économie dans son ensemble (au niveau national ou au niveau européen). Or, les collaborations
peuvent avoir des coûts cachés pour la société, par exemple si elles conduisent les institutions
de recherche à se focaliser sur la recherche appliquée, au détriment de la production de
connaissances générales par la recherche fondamentale.
Résumé
Dans le cadre des coopérations pour innover, le brevet a toujours eu plus d’importance
pour les entreprises que les autres moyens d’appropriation, car il permet de clarifier les
droits de propriété de chacun des partenaires (Cassiman, Veugelers, 2002). Cependant,
les travaux effectués ont rarement analysé l’ensemble des moyens d’appropriation
dont disposent les entreprises dans les accords de coopération, préférant en général
se limiter à une opposition entre le secret et le brevet. Hertzfeld et al. (2006) ont analysé
le management de l’output d’innovation et montré que le brevet et le secret étaient les
deux premiers moyens d’appropriation de l’innovation utilisés par les firmes. Toutefois,
leur étude ne distingue pas les différents types d’accords de coopération. Nous avons
donc cherché à tester dans cet article les liens existant entre un type de partenaire de
coopération et un moyen spécifique d’appropriation de l’innovation.
Nous avons utilisé un modèle logit sur les données de l’enquête CIS3 sur les entreprises
françaises. Les résultats montrent premièrement que les firmes utilisent relativement
moins le brevet que la marque. Deuxièmement, les moyens légaux d’appropriation
sont utilisés dans un plus grand nombre d’accords avec des partenaires plus
diversifiés que les moyens stratégiques, qui sont plus souvent spécifiques d’un type de
coopération. En outre, les marques sont particulièrement utilisées avec les universités
et les organismes publics de recherche, alors que la littérature prédit un usage plus
important des brevets.
Nous tenons à remercier tout particulièrement les participants au séminaire du JERIP (Jeunes
Économistes de la Recherche et de l’Innovation à Paris) à l’École des Mines et les participants au
groupe de travail sur l’innovation du Sessi, ainsi que le rapporteur de l’article pour les remarques
stimulantes apportées lors de la discussion de ce travail. Les erreurs qui pourraient être notées relèvent
de notre unique responsabilité.
1
ESAER-INRA/Enesad UMR 1041, 21000 Dijon. [email protected].
C
2
IFD-Université Paris-Dauphine - [email protected]
Or, la totalité des enquêtes réalisées auprès des firmes depuis l’enquête Yale en 1987 (Levin et al.),
de même que le survey Canergie Mellon (Cohen et al. 2000) effectué en 1994 sur les firmes
américaines, ou celui de Harabi (1995) sur les firmes suisses, sont convergentes : les firmes
accordent peu d’efficacité au brevet à la fois en termes de protection de leurs innovations comme
de leur capacité à sécuriser le paiement des licences concédées à d’autres entreprises. Il est en
effet généralement cité le moins fréquemment parmi l’ensemble des moyens d’appropriation de
l’innovation possible. Au contraire, les firmes lui préfèrent les moyens d’appropriation alternatifs,
en particulier celui de maintenir leur avance sur les concurrents, qui concerne plus d’une firme
européenne sur deux en 1994, ou le recours au secret (Arundel, 2001).
Or, depuis cette première enquête, Kortum et Lerner (1999) ont constaté une forte hausse
des dépôts de brevets à l’Office américain des brevets (UPSTO). Ils ont été multipliés par 2,
passant de 60 000 en 1984 à 120 000 en 1995. Le même phénomène s’est produit en Europe
où les politiques publiques d’innovation incitent fortement les firmes, et en particulier les PME,
à développer leur recours aux brevets (ETAN, 1999). Ainsi le nombre de brevets triadiques3
augmente dans l’Union européenne à 15 pays entre 1991 et 2003, mais le nombre détenu par
la France diminue, ce qui traduit une détérioration relative de la situation française dans ce
domaine (Lelarge, 2007).
Dans le cadre coopératif, il est nécessaire de clarifier les droits de propriété intellectuelle (DPI)
de chacun des partenaires ; les moyens de protection légaux sont alors plus efficaces pour les
firmes. Brouwer et Kleinknecht (1999) ont ainsi montré que les firmes qui coopèrent pour innover
sont plus susceptibles de faire une demande de brevet que les firmes qui ne coopèrent pas. La
coopération a alors tendance à renforcer l’usage du brevet au détriment du secret.
Toutefois, les firmes ont le choix entre plusieurs moyens alternatifs ; or les travaux menés n’ont
testé en général que le recours au brevet contre l’utilisation du secret. Les délais d’avance sur
les concurrents qui sont l’un des moyens les plus fréquemment utilisés ou l’usage des marques
sont très peu analysés.
3
Il s’agit du nombre de brevets déposés simultanément dans les offices de brevets américains, japonais et européens.
Nous utiliserons les données de l’enquête communautaire sur l’innovation (CIS3) qui est une
enquête spécifique sur les activités d’innovation menées au niveau européen. Notre travail
concernera uniquement les entreprises françaises. Cette enquête porte à la fois sur l’industrie
manufacturière, les industries agroalimentaires (IAA) et les services pris en compte dans
l’enquête4.
Les activités de R & D produisent des externalités de nature technologique. Les connaissances
produites par une firme se diffusent vers d’autres sans son assentiment, parfois sans qu’elle
en soit consciente, et en tout cas sans que cette diffusion fasse l’objet d’une transaction
marchande. Ce qui empêche l’innovateur de s’approprier la totalité des revenus induits par
l’innovation (Arrow, 1962). Ces externalités peuvent passer par des canaux multiples :
- échanges informels d’informations entre travailleurs de la firme innovante et concurrents ;
- diffusion d’informations dans le cadre de foires, expositions ou salons professionnels ;
- reverse engineering5 par les concurrents quand l’innovation est mise sur le marché. Ce
dernier canal constitue un facteur très important attesté par la rapidité des délais d’imitation
de l’ordre de 12 mois pour les produits et de 18 pour les procédés (Mansfield et al., 1981).
Les entrepreneurs privés ne sont plus alors incités à réaliser des investissements en R & D.
Un système de droits de propriété forts définissant la portée et l’étendue des brevets en
particulier est susceptible de remédier à ce problème, à condition d’être défini de manière à
inciter les agents privés à corriger cet effet. Les brevets accordent actuellement à l’inventeur un
monopole temporaire sur son innovation, mais en contrepartie il doit diffuser un certain nombre
d’informations et de connaissances qui l’ont conduit à la mise au point de l’innovation. Les
concurrents potentiels peuvent alors légalement « inventer autour » de l’invention initiale.
Or ces connaissances sont des ressources stratégiques pour la compétitivité future des firmes.
Les effets négatifs de la diffusion d’informations ont été mis en évidence à la fois dans les
modèles théoriques de comportement liés aux brevets (Scotchmer, Green, 1990) et dans les
études empiriques. Dès 1965, Shrerer montre que les firmes n’accordent pas une grande
efficacité aux brevets, ce qui est confirmé par les enquêtes de Levin et al. (1987) et Cohen et al.
(2000) pour les États-Unis, d’Arundel (2001) et Harabi (1995) pour l’Europe. Les inconvénients
des brevets cités par les enquêtés sont dans l’ordre : la possibilité légale d’invention autour du
brevet, la diffusion d’informations aux concurrents, le fait qu’ils ne soient pas adaptés à toutes
les innovations et la possibilité de l’invalider devant les tribunaux (Harabi, 1995). Les firmes
plébiscitent en fait beaucoup plus le recours aux délais d’avance sur leurs concurrents ou au
secret (Arundel, 2001). En effet, ces moyens sont cités par 54,4 % des firmes innovantes en
produit et qui font de la R & D et par 46,7 % de celles qui innovent en procédé (ibidem). Le secret
est encore cité respectivement par 16,9 et 19,8 % des entreprises, alors que le brevet n’est cité
comme moyen préféré d’appropriation que par 11,2 et 7,3 % des entreprises respectivement, et
ce derrière la complexité de la conception.
4
Voir la définition dans la partie méthodologie.
5
Les concurrents ont la possibilité de démonter les produits mis sur le marché pour les étudier et peuvent ainsi les imiter.
Mais, il y a également plusieurs arguments qui indiquent que les petites firmes pourraient
trouver les brevets moins efficaces que le secret (Arundel, 2001). Les coûts des moyens légaux
d’appropriation de l’innovation, et en particulier des brevets, sont très élevés. Or la plupart
des PME n’ont pas toujours les capacités financières suffisantes pour payer les redevances
permettant de maintenir les DPI actifs. De plus, elles ont souvent plus de difficultés que les
grandes firmes à agir devant les tribunaux pour se protéger contre les contrefacteurs, et ce y
compris dans les domaines liés aux nouvelles technologies (Campart, Pfister, 2002). Enfin, il est
possible que les PME soient plus engagées dans des stratégies d’innovation incrémentale, ce
qui rend plus difficile le recours au brevet, puisque l’inventeur doit démontrer le caractère de
nouveauté de son invention par rapport à l’état de la technique (Arundel, 2001).
Enfin, la politique publique d’innovation oppose l’utilisation des brevets à celle du secret, car
dans le premier cas la diffusion d’informations est très importante alors que les procédures de
secret sont censées la limiter presque complètement. Or, si les firmes ont de nombreux autres
moyens d’appropriation à leur disposition, qu’en est-il de leur utilisation ? Les enquêtes CIS
permettent de les classer en deux catégories : les moyens légaux qui comprennent les brevets,
les marques, l’enregistrement des dessins et modèles et le droit d’auteur (copyright), et les
moyens stratégiques d’appropriation, le secret, les délais d’avance sur les concurrents et la
complexité de la conception, ces derniers relevant de la stratégie individuelle des entreprises.
Les marques sont définies comme le signe distinctif qui identifie certains biens ou services
comme produits par une personne ou une entreprise spécifiée (Mendoça et al., 2004). Ce signe
peut être une combinaison potentielle de mots, de symboles et/ou d’images 3D. Il s’agit d’un
Elles sont peu prises en compte dans les travaux sur l’appropriation alors qu’elles constituent
la seconde source de revenus issus des droits de propriété, juste derrière les brevets (Doern,
1999). L’enregistrement de nouvelles marques a été multiplié par 3 en Allemagne au cours des
années 1990 (Veilling, 2002), ce qui tend à indiquer leur importance croissante dans la stratégie
d’appropriation des firmes. De plus, bien que la nouveauté du bien ou service couvert ne soit
pas nécessaire pour obtenir ce droit de propriété, la majeure partie des nouvelles demandes
concerne bien des produits innovants.
L’enregistrement des dessins et modèles est une procédure très peu étudiée dans la littérature.
Il s’agit d’un droit de propriété permettant aux entreprises de protéger l’aspect esthétique de
leurs produits6 par des dessins pour les représentations en 2 dimensions ou par des modèles
en 3 dimensions (INPI, 2008). Les entreprises peuvent protéger des éléments visuels tels que
les lignes du produit, ses contours, formes ou textures ainsi que les matériaux utilisés. Pour
pouvoir être déposé, il doit, comme le brevet, posséder un caractère propre suffisamment
différencié d’un dessin ou modèle antérieur et il doit être relativement nouveau. Il se rapproche
de la marque dans le sens où il permet à l’entreprise de protéger ses actifs immatériels avec des
coûts relativement faibles.
Le copyright protège les œuvres littéraires, les créations musicales graphiques et les logiciels
(INPI). Ce droit s’acquiert sans aucune formalité à partir de la date de création de l’œuvre et il est
gratuit. Par contre, en cas de litige, l’auteur doit pouvoir prouver l’antériorité de la création.
Les DPI légaux font l’objet d’une divulgation d’informations relativement forte en ce qui concerne
les brevets, les marques et les dessins et modèles et faible pour le droit d’auteur. Au contraire,
les procédures d’appropriation stratégiques de l’innovation se fondent sur la non-divulgation
d’informations. Elles peuvent prendre plusieurs formes.
L’imitation peut être rendue longue et coûteuse par la complexité du procédé mis en œuvre
(Guellec, 1999). C’est le cas dans les industries d’assemblage où le produit final résulte d’une
succession d’opérations élémentaires. Ce type d’appropriation est également utilisé dans les
secteurs de haute technologie, dans lesquels le démontage du produit est peu opérant pour
6
Ce DPI ne protège donc pas les procédés.
Enfin, la rentabilité de l’imitation peut être réduite si l’innovateur garde en permanence son
avance sur les concurrents, en utilisant les délais d’avance dus aux avantages liés au fait d’être
le premier entrant par exemple. Ces avantages sont causés par les effets d’apprentissage dans
la production, qui donnent un avantage de coûts permanent au leader ou à la création d’une
image de marque auprès des consommateurs. Certaines entreprises dépensent ainsi autant en
publicité pour faire connaître les produits innovants qu’en R & D pour les développer.
Depuis le début des années 1980, les alliances interfirmes en R & D ont fortement augmenté,
passant de 200 à 500 nouvelles alliances conclues chaque année à la fin de la décennie
(Hagedoorn, 2002). La littérature a produit de nombreux travaux sur ce phénomène d’aug-
mentation de la coopération (Mariti, Smiley, 1983, Contractor, Lorange, 1988, Garette, Dussauge,
1995). La théorie de l’organisation industrielle a développé deux approches analysant la
coopération. L’approche des coûts de transaction analyse les alliances pour innover comme
une forme hybride d’organisation, intermédiaire entre le marché et la hiérarchie, qui permet
de limiter les coûts et les risques des projets et est donc plus souple que l’intégration verticale
(Pisano, 1990).
L’approche du management stratégique insiste également sur cette notion de partage des
coûts et des risques mais surtout sur l’accès aux ressources complémentaires détenues par
le partenaire de coopération, ce qui permet de justifier également les choix des partenaires de
coopération (Miotti, Sachwald, 2003, Tether 2002). Les ressources d’une firme, et en particulier
les connaissances et les routines liées à l’innovation, telles que les connaissances des marchés
ou des besoins des clients, sont très difficilement imitables et transférables à d’autres firmes car
elles sont pour partie tacites (Mowery et al., 1998). Elles sont alors difficilement échangeables
sur un marché, les causes de défaillances étant nombreuses ; dans ce cas les coopérations
permettent d’avoir un accès à la technologie développée (Hamel 1991).
Les firmes choisissent alors les partenaires de coopération à partir d’un arbitrage entre les
risques de diffusion de savoirs et de connaissances et l’accès aux ressources complémentaires
nécessaires pour innover. Les coopérations avec les clients sont conclues dans le but de diminuer
les risques liés à l’introduction de nouveaux produits car les clients sont une source importante
d’amélioration des innovations en développement (von Hippel 1976). Les coopérations avec les
fournisseurs ont plus comme objectif de réduire les coûts, les firmes se recentrant sur leur cœur
de compétences et externalisant le reste. Les coopérations avec les concurrents ont pour but
la recherche d’établissement de standards, ce qui est particulièrement important dans les cas
où les nouveaux produits sont facilement imitables mais coûteux à développer (Tether, 2002).
La littérature de l’organisation industrielle s’est focalisée sur la coopération avec les concurrents
qui produit le risque de renforcer leur pouvoir de marché et de diffuser des connaissances
stratégiques pour les firmes (Belderbos et al., 2004, Garette, Dussauge, 1995). L’ampleur des
travaux précités pourrait alors faire penser que ce type d’accord est très développé. Miotti et
Sachwald (2003) montrent, à partir des résultats de CIS2, que les coopérations verticales avec
les clients ou les fournisseurs sont plus développées que les coopérations horizontales avec les
concurrents, qui sont plutôt limitées aux secteurs de haute technologie. Les coopérations avec
les concurrents sont motivées par le coût de l’innovation. Les coopérations verticales sont plus
fréquentes dans les secteurs de basse technologie où les coopérations avec les clients sont
liées au manque d’information sur les marchés (ibidem).
Arundel (2001) montre, pour l’ensemble des entreprises, que la hiérarchie des moyens
d’appropriation cités par les firmes place le brevet en dernière position. Mais dans le cadre
coopératif, les firmes ont toujours accordé une place plus importante aux brevets (Brouwer,
Kleinknecht, 1999). Le problème initial des accords de coopération est un problème d’incitation
à entrer dans l’accord (Cassiman, Veugelers, 2002). Dans ce cas, les DPI, et en particulier
les brevets, jouent un rôle central pour inciter à coopérer. Ils permettent de clarifier les droits
de propriété sur l’output d’innovation et en ce sens facilitent le déroulement de la coopération
(Brouwer, Kleinknecht, 1999, Cassiman, Veugelers, 2002). Le niveau d’appropriation permet aux
firmes de s’engager dans un accord en estimant les risques de diffusion des connaissances au
partenaire de coopération. Le risque est plus élevé dans le cadre de coopération verticale avec
les clients ou les fournisseurs qu’avec les universités (Cassiman, Veugelers, 2005). En effet,
les premiers étant plus proches du marché, le risque d’imitation de l’innovation est donc plus
critique. Au contraire, les coopérations avec les universités sont considérées comme proches de
la frontière technologique (Miotti, Sachwald, 2002) et le risque, moins important, ne décourage
pas les firmes à s’engager dans une coopération. Toutefois en pratique, Hertzfeld et al. (2006)
ont montré qu’il existait des difficultés à conclure les accords à la fois avec les concurrents
et avec les universités. Dans ces deux cas, les risques de ne pas aboutir à la conclusion de
l’accord sont non négligeables, dans le cas des coopérations avec les concurrents du fait de
la similarité des ressources mises en jeu dans l’accord, et dans le cas des coopérations avec
les universités du fait du manque de compétences des personnels appartenant au bureau des
transferts de technologie (côté universitaire), de leur manque de connaissances de l’industrie et
de leur surestimation de la valeur des DPI détenus par une université quand le produit final n’est
pas encore développé. De plus, les enquêtés semblent indiquer un renforcement des difficultés
à négocier avec les universités, mais elles ne concernent que les accords ponctuels et de très
court terme, la coopération de long terme ayant plutôt tendance à limiter ces effets négatifs. Des
résultats similaires sont indiqués par Hall et al. (2001) sur des contrats de court terme pour des
tests de screening en biotechnologie.
Par ailleurs, le rôle des brevets est également renforcé dans le cadre des coopérations, du fait de
leur utilisation comme outils de marchandage pour conclure des accords (Hertzfeld et al., 2006).
Dans ce cas, les firmes utilisent des brevets déposés sur des connaissances antérieures pour
conclure des accords portant sur de nouveaux projets, comme « signal » de leurs compétences
(Arundel, Patel, 2003).
La hiérarchie des moyens d’appropriation indiquée par Arundel (2001) devrait donc être modifiée
dans le cadre de la coopération et la place du brevet devrait être plus importante. Néanmoins,
il existe peu de travaux empiriques vérifiant cette hypothèse. Pour éviter l’aspect utilisation
stratégique, il devient nécessaire de mesurer l’utilisation des brevets sur l’output d’innovation des
projets en cours. Cette approche a été tentée par Hertzfeld et al. (2006). Ils ont montré que les
Données
L’enquête communautaire sur l’innovation CIS3 a pour objectif de mesurer les pratiques
d’innovation des firmes européennes ; elle porte sur la période 1998-2000. En France, elle a été
réalisée par le Sessi pour les entreprises de l’industrie manufacturière, le SCEES pour les IAA,
l’Insee pour les services, le ministère de la recherche pour la R & D, la banque et les assurances.
L’enquête couvre le secteur des services sur un champ réduit : les télécommunications,
l’informatique, le commerce de gros (hors intermédiaire de commerce), les banques et
assurances, les services de R & D. L’enquête concerne les entreprises de 20 salariés et plus sauf
pour les services où le questionnaire a été adressé à un échantillon représentatif d’entreprises
de plus de 10 salariés. Dans l’industrie manufacturière (hors agroalimentaire), l’enquête est
exhaustive pour les entreprises de plus de 500 salariés. Les entreprises de 20 à 49 salariés ont
été interrogées avec un taux de sondage de 1/8, celles de 50 à 99 salariés un taux de 1/4, et
celles de 100 à 499 salariés un taux de 1/2. Dans les industries agroalimentaires, l’enquête est
exhaustive pour les entreprises de plus de 250 salariés. Les entreprises de 20 à 49 salariés sont
interrogées avec un taux de sondage variant de 1/10 à 1/2 et celles de 50 à 249 salariés avec
un taux variant de 1/2 à 1/5. Finalement, les réponses de 7 016 entreprises ont été enregistrées
pour cette version de l’enquête.
Le concept d’innovation est défini par le manuel d’Oslo (OCDE, 2005). Une firme innovante en
produit est une firme qui a introduit un produit significativement amélioré ou nouveau pour le
marché dans la période précédant l’enquête. De manière symétrique, une firme innovante en
procédés a introduit un procédé significativement amélioré ou nouveau pour le marché7.
Les firmes enquêtées doivent préciser si elles ont eu recours à des coopérations pour innover.
Une coopération se définit comme une participation active de l’entreprise à un accord de R & D
jointe ou à toute forme de projet d’innovation impliquant une autre organisation (qu’il s’agisse
d’autres entreprises ou d’une organisation non commerciale). La sous-traitance en R & D est
exclue de la définition car elle n’implique pas une participation active de la firme donneuse
d’ordres.
Si les entreprises ont eu recours à des coopérations pour innover, elles doivent indiquer le
partenaire de coopération ; 7 partenaires sont possibles : une autre entreprise du groupe, les
fournisseurs d’équipement, les clients, les concurrents, les consultants, un laboratoire commercial
de R & D, une université ou un organisme public de recherche. Nous n’avons retenu que les
coopérations avec un partenaire national, les partenaires étrangers étant très peu nombreux
dans le modèle. Finalement sur les 7 016 entreprises ayant répondu à l’enquête, seules 1 440
entreprises ont déclaré une coopération pour innover technologiquement.
7
L
’enquête permet de prendre en compte des innovations de nature non technologique, organisationnelle et marketing,
mais nous avons restreint le modèle à l’innovation technologique.
Résultats
Nous présenterons les résultats des statistiques descriptives d’abord pour l’ensemble des
entreprises et ensuite pour celles qui coopèrent pour innover.
Globalement, les entreprises françaises utilisent peu les moyens d’appropriation de l’innovation,
puisque le taux d’utilisation des différents moyens n’atteint jamais 20 %. Un moyen d’appropriation
est utilisé de manière dominante : il s’agit des marques. Or ce moyen n’est pas souvent analysé
dans la littérature. Le brevet est ensuite le moyen le plus utilisé, suivi par les délais d’avance sur
les concurrents puis par le secret. L’utilisation du copyright est marginale (3,4 % d’utilisation
globale). Par rapport aux enquêtes précédentes (Cohen et al., 2000, Arundel, 2001), la hiérarchie
des moyens d’appropriation est modifiée puisque le brevet était cité en dernière position par
les entreprises, derrière les délais d’avance sur les concurrents, le secret et la complexité de la
conception.
Figure 1
Les moyens d’appropriation de l’innovation
En % de l’ensemble des firmes
Copyright 3,4
Complexité de la conception 8,4
Enregistrement des dessins 9,4
Secret 10,3
Délais d'avance 13,3
Brevet 17,6
Marque 17,7
0 5 10 15 20
Parmi les 7 016 entreprises de départ, il y a une surreprésentation des entreprises de moins de 50
salariés, qui représentent 37,3 % de l’échantillon, et des 50 à 250 salariés représentant 35,2 %.
Les plus de 250 salariés sont moins représentées avec 27,5 % de l’ensemble.
La hiérarchie des moyens d’appropriation (marque, brevet, délais d’avance sur les concurrents,
secret) est conservée quelle que soit la taille des entreprises. Mais l’utilisation de l’ensemble des
moyens d’appropriation est croissante avec la taille des entreprises. Les entreprises de moins
de 50 salariés sous-utilisent systématiquement les moyens d’appropriation.
Figure 2
Les moyens d’appropriation de l’innovation des entreprises qui coopèrent pour
innover
En %
Copyright 8,8
Complexité de la conception 19,3
Enregistrement des dessins 21,8
Secret 20,2
Délais d'avance 29,7
Brevet 41,4
Marque 48,1
0 10 20 30 40 50 60
Le fait de coopérer augmente le recours aux moyens d’appropriation pour l’ensemble des
moyens utilisés et renforce les moyens légaux. L’utilisation des marques concerne dans ce cas
presque la moitié des entreprises et l’utilisation des brevets atteint plus de 40 %. Même si le
recours au copyright augmente, il reste relativement marginal.
L’utilisation des moyens d’appropriation de l’innovation était croissante avec la taille des
entreprises ; le fait de coopérer pour innover conserve cette tendance mais en renforçant
l’utilisation globale des moyens d’appropriation. Par contre, les entreprises de moins de
50 salariés continuent de sous-utiliser les moyens d’appropriation, y compris dans le cadre
coopératif.
Les firmes qui coopèrent pour innover collaborent (par ordre décroissant) avec les fournisseurs
d’équipement, les autres entreprises du groupe, les clients, des universités et des organismes
publics de recherche, des consultants, des laboratoires commerciaux de R & D et enfin avec
leurs concurrents.
Si l’on excepte les relations intragroupe, les entreprises privilégient les relations clients-fournis-
seurs pour nouer des coopérations liées à l’innovation, ce qui corrobore les travaux de Miotti,
Sachwald (2003), qui soulignaient déjà la prépondérance des relations de coopération verticales
par rapport aux relations horizontales. Les coopérations avec les universités et les organismes
publics de recherche sont également nombreuses ; elles concernent 32 et 30 % des entreprises
respectivement. En revanche, les coopérations avec les laboratoires commerciaux de R & D
sont relativement limitées, de même que les coopérations avec les concurrents qui concernent
moins du quart des entreprises.
Tableau 3
Les partenaires de coopération des firmes innovantes
En %
En %
Type de coopération
(1)
Fournisseurs d’équipements 53,0
Autre entreprise du groupe 45,5
Clients 36,8
Universités 31,8
Organismes publics de recherche 29,1
Consultants 27,0
Laboratoires commerciaux de R & D 23,8
Concurrents 22,8
(1) Le nombre total de coopérations peut être supérieur à 100 du fait que les entreprises peuvent avoir plusieurs partenaires de coopération.
Les entreprises qui coopèrent avec une autre entreprise du groupe utilisent comme premier
moyen d’appropriation leur marque, ensuite les brevets, puis le secret et l’enregistrement du
dessin à égalité, et le copyright.
Les coopérations avec les fournisseurs d’équipements donnent essentiellement lieu à l’utilisation
de la marque, puis à celle des délais d’avance sur les concurrents. Les coopérations avec les
clients donnent lieu à l’utilisation de la marque, du brevet, des délais d’avance et du secret. Les
coopérations avec les concurrents ne sont significatives que pour l’utilisation de la marque, des
délais d’avance sur les concurrents et du copyright. Les coopérations avec les consultants et
les laboratoires commerciaux de R & D présentent un profil assez similaire. L’utilisation de la
marque est dominante, suivie par le brevet, les délais d’avance, le secret puis l’enregistrement
Tableau 4
Les moyens d’appropriation de l’innovation en fonction du partenaire de coopération
En % des entreprises innovantes
Délais Enregistrement Complexité
Type de coopération Marque Brevet Secret Copyright
d’avance des dessins conception
Autre entreprise du groupe 53,1 46, 9 ns 24,3 23,8 ns 11,5
Fournisseurs d’équipements 51,3 ns 32,1 ns ns ns ns
Clients 53,3 43,7 35,4 24,6 ns 23,6 ns
Concurrents 43,9 ns 32,7 ns ns ns 10,8
Consultants 53,4 47,6 ns 27,8 27,2 22,8 13,3
Labos commerciaux de r & d 51,6 47,7 32,8 30,3 27,5 23,1 13,9
Universités 59 48,1 ns 27,1 30,9 23,6 10,5
Organismes publics de recherche 58,4 45,8 33,1 27,1 26,3 21,7 12,7
Les statistiques descriptives nous ont permis de montrer que le premier moyen d’appropriation
de l’innovation utilisé par les entreprises est la marque, moyen qui est peu analysé dans la
littérature. Mais, contrairement aux enquêtes précédentes, nous montrons également que le
brevet est le moyen cité par les entreprises quasiment à égalité avec la marque. La hiérarchie
des moyens d’appropriation cités dans les enquêtes précédentes est donc modifiée. Plus les
entreprises sont grandes et plus elles utilisent de moyens d’appropriation, le fait de coopérer
renforce cet effet.
Les tris croisés mettent ensuite en évidence que l’ensemble des moyens d’appropriation est
utilisé dans tous les types de coopération. Ils ne mettent pas en évidence une association
privilégiée entre un partenaire de coopération et un moyen d’appropriation. Nous avons donc
testé ensuite dans le modèle économétrique cette association.
Méthode
Les variables utilisées dans les modèles sont décrites en annexe, ainsi que la façon dont elles
ont été discrétisées8. Nous estimerons 7 modèles (un modèle par type d’appropriation) sur
l’échantillon des 1 440 entreprises innovantes qui ont déclaré coopérer pour innover.
Pour une firme i, on peut définir la probabilité Pi que la firme utilise ou non tel type de moyen
d’appropriation. L’utilisation par la firme de tel type d’appropriation de l’innovation dépend
d’un vecteur de variables Zi désignant des caractéristiques propres à chaque firme (variables
explicatives).
8
La discrétisation permet de diviser des séries statistiques en classe qualitative.
Le modèle logistique va nous permettre de déterminer les odd-ratios (rapport de cote) ; ils
représentent la force de l’association qui existe entre, par exemple, un mode de coopération et
un type d’appropriation de l’innovation. Il s’agit d’une estimation du risque relatif de l’association
d’un mode de coopération à un type d’appropriation de l’innovation. Cela nous permettra
de classer pour chaque type de coopération le type d’appropriation de l’innovation le plus
fréquemment utilisé.
Résultats
L’appartenance sectorielle des entreprises est globalement peu significative ; elle est associée
uniquement à deux moyens d’appropriation : la marque pour le secteur de la R & D et le copyright
pour le secteur des biens de consommation et celui des biens intermédiaires.
Tableau 5
Moyens d’appropriation et types de partenaires de coopération
Brevet Consultants
Laboratoires commerciaux de R & D
Marque Universités
Organismes publics de recherche
Délais d’avance sur les concurrents Laboratoires commerciaux de R & D
Secret Clients
Laboratoires commerciaux de R & D
Universités
Enregistrement des dessins et modèles Universités
Complexité de la conception Clients
Copyright Autre entreprise du groupe
Concurrents
Laboratoires commerciaux de R & D
9
L
es coûts de maintien du secret peuvent inclure des coûts de construction de bâtiments pour empêcher le public d’avoir
accès à l’usine, des coûts empêchant les employés de divulguer l’information…. À notre connaissance, ces coûts n’ont
pas été chiffrés précisément dans la littérature.
Nous utilisons ensuite la méthode des odd-ratios pour compléter l’analyse. Cette approche
permet d’estimer la force de l’association qui existe entre un mode de coopération et un type
d’appropriation de l’innovation. De plus, elle permet ensuite de mesurer la probabilité relative
de préférer l’utilisation d’un moyen donné d’appropriation de l’innovation par rapport à un autre
moyen.
Tableau 6
Odd-Ratios : risque d’utiliser tel mode d’appropriation de l’innovation ajusté sur
le type de partenaire de coopération
Lecture :
Une entreprise qui coopère avec un laboratoire de R & D privé à 1,365 fois plus de chance
d’utiliser le délai d’avance sur les concurrents qu’une entreprise qui ne coopère pas avec un
laboratoire de R & D privé.
Pour les entreprises qui coopèrent avec les laboratoires commerciaux de R & D par rapport
à celles qui ne coopèrent pas avec des laboratoires commerciaux, la fréquence d’utilisation
relative du copyright est la plus élevée (1,584) suivie de l’utilisation du brevet (1,404), puis du
secret (1,371), et enfin des délais d’avance (1,365). Le copyright est le mode d’appropriation
le plus relativement fréquemment utilisé par les entreprises qui coopèrent avec les laboratoires
commerciaux de R & D.
Au sein des entreprises qui coopèrent avec les universités, c’est la fréquence d’utilisation relative
des marques qui est la plus élevée (1,681), ensuite celle de l’enregistrement des dessins et
modèles (1,499), et enfin celle du secret (1,39). Parmi les entreprises qui coopèrent avec leurs
clients c’est la fréquence d’utilisation relative du secret (1,337) qui est la plus élevée devant la
complexité de la conception (1,291).
Aucun moyen spécifique d’appropriation n’est associé avec les coopérations avec les
fournisseurs d’équipements qui sont pourtant le second partenaire en termes de nombre
d’accords conclus.
Nos résultats permettent de relativiser la place de l’utilisation des brevets dans l’appropriation
de l’innovation dans le cadre des coopérations. Le brevet est significativement lié à seulement
2 types de coopérations (laboratoires commerciaux de R & D et consultants). Ceci est cohérent
avec le résultat des travaux précédents (Arundel, 2001).
Enfin, le tableau montre que l’appropriation ne recoupe pas l’opposition entre partenaires
publics de coopération et utilisation de moyens légaux, et coopération avec des partenaires
privés et utilisation de moyens stratégiques d’appropriation. Au contraire, deux grands types
d’association apparaissent.
De plus, le profil de coopération avec les organismes publics et celui avec les universités est en
fait différent, contrairement à la proximité que semblaient montrer les statistiques descriptives.
Dans le premier cas, il conduit à l’utilisation d’un seul moyen d’appropriation, alors que dans le
second les moyens sont multiples.
Notons aussi que pour les partenaires de coopération impliquant de nombreux moyens
d’appropriation (laboratoires commerciaux de R & D et universités), ce sont les moyens
d’appropriation légaux qui sont les plus fréquemment utilisés (respectivement le copyright
pour les laboratoires commerciaux de R & D et la marque pour les universités) par rapport aux
moyens stratégiques d’appropriation.
Le modèle logit nous permet ensuite de montrer qu’il y a bien une spécificité de l’appropriation
en fonction des partenaires de coopération. Nos résultats permettent de relativiser l’importance
de l’utilisation du brevet par rapport aux autres moyens d’appropriation. Le brevet est en fait
surtout associé à un type de partenaire de coopération particulier : soit les consultants, soit les
laboratoires commerciaux de R & D. De plus, le brevet occulte souvent l’usage des moyens
d’appropriation alternatifs et en particulier la marque, très peu prise en compte dans la littérature
économique mais premier moyen employé par les entreprises. D’autre part, nos résultats montrent
que certains moyens d’appropriation sont spécifiques d’un type de partenaire de coopération
alors que d’autres moyens sont utilisés dans le cadre de plusieurs types d’accords. Les moyens
légaux d’appropriation de l’innovation sont plus liés à des partenaires de coopération multiples
(2 ou 3 partenaires sauf l’enregistrement du dessin) et les moyens stratégiques à un nombre
plus restreint de partenaires (1 partenaire à l’exception du secret).
Le schéma d’appropriation ne recoupe pas le lien entre un partenaire privé et l’utilisation des
moyens stratégiques d’appropriation et la coopération avec un partenaire public et l’utilisation
de moyens légaux. Il semble surtout que l’on ne puisse pas limiter l’appropriation à l’utilisation
d’un seul moyen, mais que les complémentarités entre les moyens utilisés soient fortes.
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Principales variables :
Les variables utilisées dans les estimations économétriques sont les suivantes :
Variables à expliquer :
Moyens d’appropriation de l’innovation.
PAVal : brevet valide fin 2000 : variable dichotomique 0/1 Non/Oui
Proreg : enregistrement du dessin : variable dichotomique 0/1 Non/Oui
Protm : utilisation de la marque : variable dichotomique 0/1 Non/Oui
Procp : copyright : variable dichotomique 0/1 Non/Oui
Prosec : secret : variable dichotomique 0/1 Non/Oui
Prodes : complexité de la conception : variable dichotomique 0/1 Non/Oui
Protim : délais d’avance sur les concurrents : variable dichotomique 0/1 Non/Oui
Variables explicatives :
Secteur :
IAA : Industrie agroalimentaire
BC : Biens de consommation
BE : Biens d’équipement
BI : Biens intermédiaires (référence)
NRJ :Énergie
S : Services
RD : Recherche & Développement
Odd-Ratios
Dessins et
Variables expliquées Brevet Marque Avance Secret Complexité Copyright
modèles
Secteur
Biens de consommation ns ns ns ns ns ns 1,705
(1,022-2,846)*
Biens d’équipement ns ns ns ns ns ns 2,089
(1,370-3,185)***
Biens intermédiaires ref ref ref ref ref ref ref
R & D ns 6,244 ns ns ns ns ns
(2,358-16,535)**
Innovation de produit et
de procédé simultanément ns 1,296 ns ns ns ns ns
(1,030-1,629)*
Innovation de procédé seulement 1,298 ns ns 0,741 ns ns ns
(1,015-1,659)* (0,565-0,972)*
Résumé
De manière concomitante à ces évolutions, la propriété intellectuelle a pris un rôle croissant dans
les OPR (Kortum et Lerner, 1998 ; Henderson, Jaffe et Trajtenberg, 1998). En effet, les droits de
propriété intellectuelle et accords associés, au premier rang desquels on trouve les brevets et
les licences, sont considérés comme des outils incontournables pour une gestion efficace des
transferts de connaissances et de technologies entre les OPR et les entreprises (Thursby et al.,
2001 ; Thursby et Thursby, 2003). Ils constituent aussi une nouvelle classe d’actifs que la recherche
publique peut valoriser économiquement. Ainsi, le nombre de dépôts de brevets et les revenus
des licences ont fortement augmenté dans les OPR (Nelson, 2001 ; Thursby et Thursby, 2002).
Renforcer les collaborations entre recherche publique et entreprises, sensibiliser les chercheurs
à la propriété intellectuelle, à la création d’entreprise et professionnaliser les pratiques des OPR
dans ces domaines, voilà donc le discours qui domine et guide les politiques publiques de
la recherche et de l’innovation depuis plusieurs décennies. Les moyens mis en œuvre à la
poursuite de ces objectifs consistent à lever les obstacles structurels qui s’y opposent (le Bayh-
Dole act de 1980 aux États-Unis, par exemple, a transféré aux universités les droits de propriété
intellectuelle sur les résultats des recherches financées par des fonds fédéraux), à réduire les
coûts de transaction (par exemple en professionnalisant des services de valorisation de la
recherche dans les OPR) et à renforcer les incitations des acteurs (par exemple en intéressant
davantage les chercheurs à l’exploitation commerciale de leurs inventions, ou encore en
pondérant davantage les dépôts de brevets par rapport aux publications dans les évaluations).
Mais ce faisant, le discours dominant simplifie à outrance une réalité évidemment plus complexe
et contrastée. Il existe par exemple peu d’informations robustes quant à la prévalence ou à
la valeur des résultats obtenus dans le cadre des collaborations entre OPR et entreprises.
De nombreuses études américaines et européennes montrent que les canaux par lesquels
les résultats de la recherche collaborative public-privé sont valorisés sont souvent de nature
informelle, débordant largement le canal des dépôts de brevets et autres accords de licence :
articles de recherche, rapports techniques, relations de conseil, réunions, séminaires, groupes
de travail avec le personnel des entreprises (Cohen et al., 1994 ; Meyer-Krahmer et Schmoch,
1998). Enfin, il est établi que les accords de propriété intellectuelle ne sont qu’une source mineure
de revenu pour l’immense majorité des universités et OPR. Aux États-Unis, l’enquête annuelle de
l’AUTM révèle que les revenus d’accords de licence, quoiqu’en augmentation, ne contribuent
qu’à environ 3 % du budget de recherche des universités (Swamidass et Vulasa, 2008).
Un écueil sans doute plus important encore des rapprochements entre recherche publique et
entreprises est que ce jeu n’est pas nécessairement gagnant-gagnant à terme. Une préoccupation
forte a été exprimée ces dernières années à propos des conflits qui peuvent survenir entre la
commercialisation des connaissances par les OPR et l’orientation, le rythme ou encore l’accessibilité
de la production de nouvelles connaissances dont ils sont les moteurs (Stephan et Levin, 1996).
Notre travail poursuit cette série d’études en la complétant. Il aborde la question de la productivité
en termes de publications et de brevets à l’intérieur des collaborations public-privé de recherche.
En se focalisant ainsi sur un épicentre du débat autour des réformes des systèmes publics de
recherche, il cherche à dégager des conclusions simples et claires, sur la base desquelles
des mesures pourraient être mises en œuvre pour atteindre tel ou tel objectif de politique
publique3. Ce domaine de recherche devrait retenir l’attention de toutes les parties prenantes, ne
serait-ce que parce que les dispositifs incitatifs pour renforcer les collaborations de recherche
public-privé continuent de croître en volume (cf. le 7e Programme-Cadre de l’UE ainsi que de
nombreux programmes nationaux dédiés, comme les projets de pôles de compétitivité ou les
Appels à projets partenariaux de l’ANR en France) et qu’une condition pour avoir accès à ces
financements est que les chercheurs des laboratoires comme ceux des entreprises sachent
quantifier et qualifier les résultats attendus de leurs travaux en collaboration.
Cet article s’intéresse aux facteurs qui modèlent les comportements en termes de publications
et de dépôts de brevets au sein des collaborations de recherche public-privé en France4. Plus
précisément, nous allons analyser quelles caractéristiques des laboratoires publics, quelles
modalités et résultats des collaborations de recherche sont corrélés aux propensions à publier
et à déposer des brevets dans le cadre de ces collaborations, en développant des modèles
économétriques qui utilisent les données d’une enquête réalisée auprès de 130 laboratoires publics
français travaillant dans les domaines de la chimie, des sciences et technologies de l’information et
de la communication (STIC) et des sciences de la vie. Notre objectif est d’identifier et de quantifier
quels sont les déterminants spécifiques de la fréquence des publications, des dépôts de brevet et de
l’écart entre les deux au sein des coopérations public-privé de recherche. Nos résultats permettront
de pointer certaines variables susceptibles déplacer l’équilibre entre résultats scientifiques et
résultats technologiques dans les collaborations - étant entendu que pour les laboratoires de notre
échantillon, les publications sont clairement plus fréquentes que les brevets5.
Les estimations obtenues produisent des résultats tendant à valider plusieurs hypothèses parmi
celles qui sous-tendent notre modélisation empirique : (1) les collaborations de recherche public-
privé sous la forme de projets bilatéraux en coopération produisent davantage de publications
et de brevets mais sont neutres vis-à-vis de l’équilibre entre les deux ; (2) les consortiums de
recherche impliquant des partenariats public-privé multilatéraux sont moins susceptibles de
produire des brevets et favorisent ainsi un surplus de publications par rapport aux brevets ; (3) les
collaborations recherche public-privé qui produisent des résultats appliqués tels que nouveaux
produits, nouveaux procédés ou prototypes tendent à produire aussi des brevets, tandis que
la mise au point de nouveaux produits est peu compatible avec les publications, favorisant un
surplus de brevets par rapport aux publications ; (4) la composition des ressources humaines
3
Il pourrait par exemple s’agir de renforcer les dépôts de brevets, un indicateur au regard duquel le système français de
recherche et d’innovation affiche un retard certain.
4
Nous nous concentrons sur les publications et les brevets parce que ce sont deux manières différentes et complémen-
taires de codifier et de diffuser les connaissances scientifiques et technologiques. Nous avons choisi de ne pas analyser
les licences de brevets dans la mesure où il s’agit d’accords commerciaux et non de supports de connaissances.
5
La distinction qui est couramment opérée entre recherche fondamentale et recherche appliquée n’est pas appropriée
pour caractériser sous l’angle économique toute la panoplie de résultats des activités de recherche, au contraire des
notions de recherche scientifique et recherche technologique ; cf. Isabelle (2008).
L’article est organisé de la manière suivante. Nous analysons, tout d’abord, la littérature en
focalisant cette revue sur les études qui ont traité spécifiquement des complémentarités ou au
contraire des tensions entre dépôt de brevet et publication comme résultats des collaborations
de recherche public-privé. Ensuite, nous décrivons l’enquête, les variables et l’impact a priori
que chacune peut avoir sur les publications et les brevets. Puis, nous présentons le modèle
économétrique et les principaux résultats. En conclusion, nous discutons des implications de ce
travail pour la gestion des ressources humaines des laboratoires publics et pour l’évaluation des
résultats des collaborations de recherche public-privé.
Revue de littérature
Le thème de la productivité en science a reçu une attention croissante dans la littérature économique
ces vingt dernières années (Diamond, 1986 ; Levin et Stephan, 1991). Un point particulièrement
controversé est celui de la production scientifique et technologique (quantité, direction, qualité)
dans le contexte des collaborations entre institutions de recherche publique et entreprises. De
telles coopérations pourraient « distordre » l’activité programmatique de la recherche publique vers
des sujets à plus court terme et plus appliqués (Blumenthal et al., 1986), imposer des restrictions
dans la diffusion des résultats des recherches (Blumenthal et al., 1997) ou encore conduire à une
fragmentation nuisible de la base de connaissances scientifiques et technologiques du fait de la
généralisation des pratiques d’appropriation des résultats (Heller et Eisenberg, 1998).
Un premier résultat général que l’on retrouve dans la plupart des études est que les publications
sont de loin plus fréquentes que les brevets, malgré la forte croissance des dépôts de brevets
des institutions de recherche ces trente dernières années (Agrawal et Henderson, 2002). Une
raison évidente est que les résultats de recherche qui sont brevetables sont aussi pour la plupart
publiables, alors que l’inverse n’est pas vrai, puisque seules les nouvelles connaissances ayant
une valeur commerciale sont sujettes au dépôt de brevet. En outre, le coût de l’activité de
publication est plus faible que celui de la procédure de brevetage, lequel recouvre le dépôt, le
maintien, les extensions, les litiges, etc. Néanmoins, l’écart de fréquence entre publications et
brevets devrait être atténué par les économies d’envergure réalisables lors de la rédaction d’un
article et d’un brevet pour une même connaissance nouvelle6.
Plusieurs études réalisées au niveau des institutions de recherche identifient une série de raisons
pouvant expliquer l’augmentation des dépôts de brevets académiques des dernières décennies.
L’expansion de la recherche publique effectuée dans le quadrant de Pasteur (Stokes, 1997) est
l’une d’entre elles. Ces activités de recherche visent la génération de nouvelles connaissances
et ambitionnent dans le même temps d’engendrer des résultats ayant une utilité économique et
6
O
wen-Smith et Powell (2003), par exemple, remarquent que les inventeurs académiques informent souvent leurs bureaux
de transfert de technologies de leurs inventions en leur transmettant un article manuscrit.
D’autres facteurs ont été identifiés comme déterminants possibles de la production de brevets
ou de publications (voire des deux à la fois) au niveau des laboratoires de recherche. D’abord,
le profil des activités du laboratoire en termes de recherche fondamentale ou appliquée est
crucial puisque la recherche fondamentale est peu sujette à brevetabilité. D’autres facteurs
intrinsèques sont liés aux disciplines considérées. En informatique, par exemple, les logiciels
sont protégés par droit d’auteur plutôt que par brevet (surtout en Europe), ce qui signifie que le
comptage des brevets donne une moins bonne estimation des débouchés technologiques de
ce secteur que celui des droits d’auteur. A contrario, les activités de recherche en sciences de
la vie appartiennent fréquemment au quadrant de Pasteur et sont en tant que telles davantage
susceptibles de déboucher sur des brevets. On peut d’ores et déjà relever que notre échantillon
est majoritairement composé de laboratoires publics actifs dans les domaines de la chimie et
des sciences de la vie, où les brevets sont largement utilisés, alors que les laboratoires relevant
du domaine des STIC représentent une proportion moindre de l’échantillon (11 %).
La décision d’un laboratoire public de recherche de s’engager dans des collaborations avec
les entreprises peut avoir elle-même un impact sur ses résultats en matière de brevets et de
publications. De telles collaborations pourraient conduire le laboratoire vers des sujets de
recherche dont les résultats auront plus de chances d’être brevetables (Agrawal et Henderson,
2002). Le laboratoire peut aussi être incité à déposer plus de brevets en raison de la valeur
qu’ils lui procurent en tant que monnaie d’échange lors des négociations contractuelles avec les
entreprises partenaires. Par ailleurs, il peut arriver que l’activité de publication soit entravée en
raison de dispositions contractuelles négociées par l’entreprise dans l’objectif de lui permettre
de déposer une demande de brevet ou de protéger l’avantage concurrentiel acquis à partir de
certains résultats (Blumenthal et al., 1997). Dans leur enquête sur 511 centres de recherche
conjoints université-industrie (UIRC) aux États-Unis, Cohen et al. (1994) ont constaté que pour
la moitié d’entre eux, le partenaire industriel pouvait exiger un délai pour la publication des
résultats des recherches, tandis qu’un tiers d’entre eux avaient la possibilité d’effacer certaines
informations de l’article avant sa publication. Les mêmes questions ont été posées dans notre
enquête et les réponses sont du même ordre de grandeur (Goddard et Isabelle, 2006b).
L’âge du chercheur peut aussi être relié à sa productivité scientifique et technologique par
l’intermédiaire de deux mécanismes différents. Premièrement, un effet de cohorte peut être à
l’œuvre en vertu duquel les jeunes chercheurs seraient plus ouverts à la culture du brevet que
leurs collègues plus âgés (Stephan et al., 2005), ce qui entraînerait une corrélation négative
entre âge et productivité en termes de brevets. À l’inverse, plusieurs études ont observé un
effet de cycle de vie sur la production d’articles comme de brevets, ce qui peut être expliqué en
termes d’incitations dynamiques - basées sur la réputation et la rémunération - dans les carrières
académiques. Les chercheurs recevraient ainsi de fortes incitations à publier aux premiers
stades de leur carrière dans l’objectif d’obtenir des postes permanents, mais les avantages tirés
de la réputation tendent à décliner au fur et à mesure qu’approche l’âge de la retraite (Levin
et Stephan, 1991). Du côté des brevets, Stephan et al. (2005) suggèrent que les incitations
augmentent pour les chercheurs plus âgés puisque les brevets pourraient générer un flux de
revenus après leur retraite. Ceci étant dit, les chercheurs admettent également qu’ils déposent
des brevets parce qu’ils considèrent que cela pourra augmenter la visibilité de leurs travaux
académiques (Owen-Smith et Powell, 2001) ; il pourrait en résulter des incitations dynamiques
similaires à celles observées pour les publications, c’est-à-dire de plus fortes incitations à
breveter en début qu’en fin de carrière.
Notre objectif est de construire un modèle empirique expliquant la fréquence des publications et
des dépôts de brevets dans les collaborations de recherche public-privé, ainsi que l’écart entre
les deux. Cette revue des déterminants de la production de publications et de brevets dans la
recherche publique offre un guide précieux pour choisir les variables les plus informatives de
notre base de données, et nous aidera aussi à identifier les variables qui ont été omises par
manque d’informations.
Le jeu de données mobilisé inclut les réponses de 130 laboratoires des OPR qui ont des activités
de collaboration avec les entreprises. Cet échantillon comptabilise au total 870 partenaires
industriels et emploie 6 800 salariés, qu’il s’agisse de professeurs et de chercheurs titulaires
(30 %), d’étudiants en thèse de doctorat ou en post-doctorat (respectivement 24 % et 6 %),
d’ingénieurs (13 %) ou de personnels administratifs (4 %). En termes de domaines scientifiques
et technologiques, 52 % des laboratoires ayant répondu à l’enquête sont spécialisés en sciences
de la vie, 37 % en chimie et 11 % en STIC. La distribution de la taille des laboratoires est montrée
dans le graphique 1, lequel révèle une variance importante avec notamment l’existence de quatre
« mégalabos » de plus de 250 membres se distinguant nettement du reste de l’échantillon. On
dénombre 63 unités mixtes de recherche (UMR) entre universités et OPR.
Graphique 1
Taille des laboratoires (# échantillon = 130)
En %
25
20
15
10
0
1-10 11-20 21-30 31-40 41-50 51-60 >60
Personnels permanents + non permanents
Le faible taux de réponse obtenu (7,2 %) est dû à la longueur du questionnaire ainsi qu’à la
période d’enquête qui a coïncidé par malchance, début 2004, avec la démission en masse
de directeurs de laboratoires publics de recherche opposés à un projet gouvernemental de
réforme de la recherche. Par conséquent, nos résultats relatifs aux pratiques de collaboration de
recherche avec les entreprises doivent être considérés comme indicatifs plutôt que pleinement
représentatifs. Nous avons analysé les possibles biais d’échantillonnage en comparant les
effectifs des laboratoires ayant répondu selon leur OPR d’affiliation avec le nombre total de
salariés dans les OPR français. L’échantillon semble être acceptable selon ce critère, puisque
les effectifs des 130 laboratoires de notre échantillon se répartissent de la façon suivante
dans les différents OPR français : CNRS (48 %), CEA (25 %), INSERM (18 %), INRA (15 %),
Tableau 1
Effectifs et domaines de recherche des OPR de l’échantillon
Institut Institut
CNRS CEA INRA INSERM INRIA
Pasteur Curie
Employés (2004) 26080 14910 8840 4823 1031 1793 750
L’enquête a été conçue de manière à produire une information très complète à propos des
collaborations entre laboratoires et entreprises. 157 questions ont été posées aux directeurs de
laboratoires au sujet des modalités de collaboration, de leurs bénéfices et de leurs résultats, au
sujet de la gestion de la propriété intellectuelle dans le cadre de ces collaborations ainsi que sur
les caractéristiques de leurs laboratoires. Nous allons maintenant décrire les différentes variables
mobilisées pour les modèles économétriques et présenter quelques statistiques descriptives.
Pour compléter l’analyse, nous définissons aussi un indicateur de l’écart de fréquence entre
publications et brevets au sein des collaborations de recherche public-privé. Nous transformons
la variable Publications (respectivement Patents) en une indicatrice Publications2 (respectivement
Patents2) qui vaut 1 pour les modalités 3 et 4 (fréquent et très fréquent) et 0 sinon (rare et jamais).
Une nouvelle variable proxy est définie, Publish>Patents, qui vaut 1 si Publications2 > Patents2
auquel cas les publications sont relativement plus fréquentes, et 0 sinon8.
8
N
ous avons aussi testé deux autres variables indicatrices. La première vaut 1 si Publications > Patents et 0 sinon. La
seconde est définie comme Publications – Patents + 4 , qui varie de 1, si les brevets sont beaucoup plus fréquents que
les publications, à 7 dans le cas contraire. Les résultats présentés ci-après sont qualitativement très proches de ceux qui
utilisent ces indicatrices alternatives dans le cadre de modèles de régression probit utilisant la méthode du maximum de
vraisemblance.
Graphique 2
Résultats des collaborations
En %
Publications
dont copublications
Thèses
Nouveaux produits
Nouveaux procédés
Dépôts de brevets
Prototypes, pilotes
Bases de données
Logiciels
Licences de brevets
Collections de matériels
Licences de savoir-faire
Droits d'auteurs
Licences de logiciels
0 20 40 60 80 100
Nos modèles économétriques visent à estimer la corrélation entre, d’une part, la fréquence
des brevets, des publications ainsi que l’écart entre les deux, et d’autre part un certain nombre
de variables explicatives. Ces dernières ont été choisies sur la base des résultats identifiés
dans la revue de littérature, tout en recherchant la meilleure utilisation possible de l’information
disponible dans notre base de données. Ces variables explicatives sont décrites ci-dessous,
avec les statistiques descriptives habituelles.
JointResearch est la fréquence déclarée (de 1 à 4) des projets de recherche en partenariat, une
modalité classique des coopérations de R & D entre laboratoires publics et entreprises. Les
directeurs de laboratoires ont effectivement indiqué que ces projets partenariaux constituaient la
modalité la plus fréquente (fréquente et très fréquente pour 66 % des réponses). Il est possible
d’anticiper que la fréquence des projets de recherche en partenariat, une forme d’interaction qui
associe fortement les chercheurs des différents partenaires et qui vise délibérément la production
de nouvelles connaissances et technologies (en comparaison des échanges informels ou des
prestations de conseil par exemple), est positivement corrélée avec la fréquence des brevets
comme des publications.
Consortia est définie comme le maximum entre la fréquence déclarée (de 1 à 4) des consortiums
de R & D en général et, quand cette information est manquante, des consortiums européens de
La variable Secret est la fréquence déclarée (de 1 à 4) des exigences de secret total formulées
par les partenaires industriels quant aux résultats des activités conduites en coopération. 25 %
des directeurs de laboratoires ayant répondu à l’enquête ont indiqué que de telles exigences
étaient fréquentes ou très fréquentes, un chiffre élevé au vu de l’incompatibilité fondamentale qui
existe entre la pratique du secret et la norme de divulgation des résultats scientifiques. La variable
Secret devrait être négativement corrélée avec la fréquence des publications, étant donnée la
contrainte qu’elle fait peser sur la liberté des chercheurs de publier rapidement et intégralement
leurs résultats.
9
D
e tels conflits d’intérêt figurent au cœur même du modèle de transfert de technologies développé par Jensen, Thursby
et Thursby (2003). Ils étudient les interactions stratégiques entre l’administration de l’université, le service de valorisation
et de transfert de technologies et les chercheurs avec un modèle de théorie des jeux à double relation d’agence, où les
chercheurs et le service de transfert de technologies sont tous deux agents de l’administration (principal). Ils démontrent
que dans le sous-jeu entre l’inventeur et le service de transfert de technologies, la fonction objectif de ce dernier en
matière de négociation de licences avec des entreprises doit prendre en compte les intérêts du chercheur (c’est-à-dire
que ce dernier est aussi un agent du service de transfert de technologies), un résultat qu’ils confirment empiriquement.
LogEmployees est le logarithme du nombre de salariés du laboratoire. Cette variable est introduite
pour capter les rendements d’échelle dans la production scientifique et technologique au niveau du
laboratoire, qui pourraient se répliquer au niveau des accords entre le laboratoire et les entreprises.
Il est difficile d’anticiper le sens de l’effet de cette variable de taille puisqu’à notre connaissance,
seuls des résultats fragmentaires sont disponibles au sujet des rendements d’échelles10.
Academic est le nombre d’institutions publiques de recherche auxquelles le laboratoire est affilié
(> 1 pour les unités mixtes de recherche). En France, la mixité institutionnelle est généralement
considérée comme un signal d’excellence scientifique (Carayol et Matt, 2004). Pour cette raison,
la variable Academic devrait être positivement corrélée avec la fréquence des publications.
En outre, on peut faire l’hypothèse que les coûts de transaction liés aux négociations sur la
propriété intellectuelle augmentent avec le nombre de parties qui ont légitimité à exprimer leur
10
À
des niveaux d’agrégation plus élevés, les résultats sont plus concluants. Adams et Griliches (1998), par exemple, ont
trouvé que la fonction de production en recherche suit des rendements d’échelle décroissants au niveau de l’université
mais constants au niveau agrégé.
Les statistiques descriptives de toutes les variables de nos modèles sont présentées dans le
tableau 2 ci-dessous :
Tableau 2
Statistiques descriptives
Dépendante
Publications Discrète 126 2,90 0,84 3 3 1-4
Patents Discrète 120 1,95 0,96 2 2 1-4
Publish>patent Discrète 119 0,54 0,50 1 1 0-1
Explicative
Jointresearch Discrète 125 2,79 0,85 3 3 1-4
Consortia Discrète 117 2,38 0,98 3 3 1-4
Products Discrète 120 2,02 0,91 1 2 1-4
Processes Discrète 120 1,87 0,89 1 2 1-4
Prototypes Discrète 116 1,72 0,95 1 1 1-4
Secret Discrète 128 1,98 0,93 2 2 1-4
Management PRO Discrète 122 3,52 0,79 4 4 1-4
Cownership Discrète 124 2,90 0,91 3 3 1-4
Proportion PhDs % 124 0,22 0,14 0,00 0,22 0-0,53
Proportion PostDocs % 124 0,08 0,08 0,00 0,06 0-0,41
Contrôle
LogEmployees Réel 126 3,51 0,88 2,8 3,35 1,6-6,7
LogIndustrial Réel 127 1,42 0,92 1,5 1,39 0-4,9
Academic Entier 130 1,74 0,84 1 2 1-5
Lifesciences Dichotomique 130 0,52 0,50 1 1 0-1
Chemistry Dichotomique 130 0,37 0,48 0 0 0-1
PRO_CNRS Dichotomique 130 0,48 0,50 0 0 0-1
PRO_CEA Dichotomique 130 0,25 0,43 0 0 0-1
PRO_INRA Dichotomique 130 0,15 0,35 0 0 0-1
PRO_INSERM Dichotomique 130 0,18 0,38 0 0 0-1
Nous avons estimé des modèles probit ordonné par la méthode du maximum de vraisemblance
pour les variables dépendantes Publications et Patents, et un modèle probit binaire pour la
variable Publish>Patents. Ces régressions intègrent toutes les variables explicatives décrites ci-
dessus en termes de modalités et de résultats des collaborations de recherche, de gestion de la
propriété intellectuelle dans ces collaborations et de composition des effectifs des laboratoires,
ainsi que les variables de contrôle. Les résultats sont présentés dans le tableau 3 ci-après.
Le reste de cette section présente les résultats statistiquement significatifs et leur sensibilité à
différentes spécifications des modèles ; les résultats sont confrontés aux hypothèses énoncées
Tableau 3
Résultats des modèles économétriques
Constant -0,18
Jointresearch 0,37** 0,71*** 0,05
Consortia 0,03 -0,31** 0,39**
Products -0,34* 0,64*** -0,79***
Processes -0,20 0,32* -0,24
Prototypes 0,33** 0,29* 0,00
Secret -0,01 -0,13 0,25
Management PRO 0,12 0,29* 0,19
Cownership -0,11 0,04 -0,01
Proportion PhDs 2,00 2,47* 1,73
Proportion PostDocs 2,60 13,38*** -8,53***
LogEmployees 0,25 0,56*** -0,22
LogIndustrial 0,06 0,16 0,05
Academic 0,10 -0,22 0,36
Lifesciences 0,11 0,49 0,56
Chemistry 1,13** 0,49 0,33
PRO_CNRS 0,53 0,38 -0,08
PRO_CEA 0,30 1,07* 0,15
PRO_INRA 1,35** 0,43 0,45
PRO_INSERM 0,72 0,92 -0,47
Pseudo-R2 0,18 0,43 0,29
LR statistic 47,1*** 113,0*** 42,1
Number of observations 107 107 107
*** Significatif au seuil de 1 %, ** Significatif au seuil de 5 %, * Significatif au seuil de 10 %.
La première estimation indique que la fréquence des publications est corrélée positivement à la
fréquence des projets de recherche en partenariat, comme nous l’avions anticipé. En effet, parmi
l’ensemble très hétérogène des canaux d’interaction entre laboratoires publics et entreprises
(contacts informels, accords de transfert de technologie, assistances techniques, conseils, etc.),
les projets de recherche en partenariat offrent une modalité privilégiée de collaboration à travers
laquelle les partenaires peuvent réaliser des projets de R & D d’intérêt commun et coproduire
des publications le cas échéant. Il est intéressant de relever qu’a contrario, la fréquence des
projets de R & D multilatéraux sous forme de consortiums de recherche n’est pas corrélée
positivement au taux de publications.
Concernant les variables de contrôle, on observe que les laboratoires de chimie de notre
échantillon ont une propension à publier au cours de leurs collaborations avec les entreprises qui
est significativement plus importante que celle du domaine de recherche de référence, à savoir
les laboratoires des STIC. En outre, les laboratoires affiliés à l’INRA, un OPR français dédié à
la recherche sur l’alimentation, la nutrition, l’agriculture et l’environnement, ont une propension
significativement plus grande à publier dans le cadre de leurs coopérations de R & D avec des
entreprises que les laboratoires relevant de la modalité de référence, qui inclut l’INRIA, l’Institut
Pasteur et l’Institut Curie.
La fréquence des projets de recherche en partenariat, qui s’est avérée être reliée positivement
à la fréquence des publications, a également une corrélation positive avec la fréquence des
brevets ; cette corrélation est plus forte et plus significative que pour les publications. Ceci est
cohérent avec l’idée déjà avancée ci-dessus que l’obtention de résultats à haute valeur ajoutée,
tels que les brevets, requiert des modalités d’interaction étroites entre les partenaires, ce que
permettent les projets de recherche en commun dans lesquels sont partagés les objectifs, les
coûts, les risques et les résultats. L’effet inverse est observé pour la fréquence des consortiums
comme modalité utilisée par les laboratoires pour collaborer avec les entreprises. Ce résultat,
bien que moins significatif, concorde avec le point de vue présenté ci-dessus, selon lequel il est
compliqué de gérer les processus liés aux brevets dans le cadre de consortiums public-privé,
qui impliquent un nombre important de partenaires d’origines institutionnelles diverses (Cassier
et Foray, 2002 ; Foray et Steinmueller, 2003).
Notre modèle produit un résultat original quant à la production partenariale de brevets : les
laboratoires, dont les activités de transfert de technologies sont gérées par le service de
valorisation de leur OPR de tutelle, ont tendance à obtenir plus fréquemment des brevets suite à
leurs collaborations de R & D avec les entreprises. Ce résultat semble infirmer notre hypothèse
relative au manque d’expérience des services de transfert de technologies français et aux conflits
d’intérêt qui pourraient exister avec les chercheurs. Il tendrait plutôt à démontrer que les services
de valorisation réalisent une gestion plus efficace des activités de transfert de technologies que
les solutions alternatives à la disposition des laboratoires publics de recherche en France, telles
qu’énumérées dans le questionnaire : entreprises spécialisées du secteur privé, conseils en
propriété intellectuelle ou encore centres publics régionaux et associations à but non lucratif.
Du côté des variables de contrôle, il ressort que la fréquence des brevets et corrélée à la taille du
laboratoire mesurée en termes de salariés : les grands laboratoires sont davantage susceptibles
de retirer des brevets de leurs collaborations de recherche avec les entreprises. Il est toutefois
difficile d’interpréter ce résultat, en raison de trois difficultés principales. Premièrement, étant
donné que la fréquence des brevets est une variable discrète codée de 1 à 4, il n’est pas
possible de déduire une valeur de l’élasticité de la production de brevets collaboratifs à partir du
coefficient de régression obtenu pour la variable LogEmployees, ni donc de conclure quant à la
croissance ou la décroissance des rendements d’échelle. Deuxièmement, seule une partie des
effectifs du laboratoire est a priori associée aux collaborations de recherche avec les entreprises,
sans compter que l’entreprise partenaire peut elle aussi engager des ressources humaines dans
la coopération. Troisièmement, alors qu’il pourrait sembler assez intuitif que le laboratoire retire
d’autant plus de résultats de ses coopérations avec les entreprises qu’il est grand, notre précédent
modèle a montré au contraire que ce n’était pas le cas pour la fréquence des publications.
Une deuxième variable de contrôle a une corrélation significative avec la fréquence des
brevets : les laboratoires affiliés au CEA, un OPR français dédié à la défense, l’énergie, les
TIC et les technologies de la santé, ont une plus forte propension à retirer des brevets de leurs
collaborations de recherche avec les entreprises que la modalité de référence (INRIA, Institut
Pasteur et Institut Curie). Debackere et Veugelers (2005) ont aussi constaté que le CEA était
l’institution de recherche la plus active en Europe pour les dépôts de brevets.
Notre dernier résultat montre que la production de brevets dans les collaborations de recherche
avec les entreprises est plus fréquente lorsque les laboratoires comptent dans leurs effectifs
une grande proportion de doctorants et plus particulièrement encore de postdoctorants. Les
résultats de travaux précédents ont laissé la question ouverte puisque l’effet de cycle de vie et
l’effet de cohorte jouent a priori dans des sens contraires. Les chercheurs les plus jeunes sont
plus ouverts à la culture du brevet et plus sensibilisés au processus de dépôt de brevet (effet de
cohorte), tandis qu’ils reçoivent des incitations moindres et font face à des coûts d’opportunités
plus importants que leurs aînés titularisés dans leurs postes pour divulguer leurs inventions et
déposer des brevets (effet de cycle de vie).
Selon nos résultats, il semble que l’effet de cohorte domine l’effet de cycle de vie. Les
postdoctorants constituraient une population spécifique en termes de productivité de brevets
collaboratifs puisque leur coefficient de corrélation est bien plus fort et plus significatif que
celui des doctorants. Des résultats similaires ont été trouvés par Carayol et Matt (2004) dans
leur étude de 80 laboratoires de l’université Louis Pasteur de Strasbourg. Ils suggèrent que les
postdoctorants se consacrent à des activités inventives en raison de « leur faible autonomie dans
le choix du programme de recherche ou de leur adhésion précoce à un plan de carrière tourné
vers la recherche dans l’industrie».
Le troisième modèle que nous avons développé et testé s’intéresse aux déterminants de l’écart
de fréquence entre publications et brevets. Son intérêt est d’adresser plus directement la
problématique de l’équilibre entre résultats scientifiques et résultats technologiques dans les
collaborations public-privé de recherche. Les laboratoires publics qui coopèrent fréquemment
Un résultat qui se déduit directement des régressions sur la fréquence des publications et des
brevets est la corrélation négative de la variable d’écart avec la fréquence des nouveaux produits
résultant des coopérations public-privé de recherche et l’écart entre fréquence des publications
et des brevets. Ceci résulte de l’utilisation courante des brevets pour protéger et s’approprier de
nouveaux produits, ainsi que de l’effet préjudiciable qui y est associé sur les taux de publication
(déjà mentionné plus haut). En outre, les variables Processes et Prototypes ne sont corrélées
ni l’une ni l’autre avec l’écart entre fréquence des publications et des brevets, alors que nous
avions observé qu’elles étaient corrélées à la fréquence des publications d’une part et à celle des
brevets d’autre part. En particulier, les corrélations positives de la variable Prototypes avec les
fréquences en termes de publications comme de brevets semblent se neutraliser mutuellement
dans le modèle d’écart.
Conclusion
L’enquête réalisée en 2004 auprès des laboratoires des grands organismes publics de recherche
français dans les domaines de la chimie, des sciences de la vie et des STIC, dont nous avons
analysé les données, indique que les coopérations de R & D entre les laboratoires publics et les
entreprises produisent plus souvent des publications que des brevets11 et nous donne quelques
indices sur les raisons sous-jacentes. Pour l’essentiel, les résultats originaux que produisent
nos modèles économétriques sont une confirmation que les collaborations en consortiums
rendent difficiles les négociations sur les brevets qui y sont obtenus, et une indication que les
postdoctorants ont une productivité très élevée en termes de brevets au sein des collaborations
de recherche avec les entreprises.
La question du sens de la causalité entre fréquence des brevets issus des coopérations de recherche
et proportion de postdoctorants dans les effectifs des laboratoires publics n’est pas abordée dans
cet article. Notre discussion des effets de cohorte et de cycle de vie permet d’envisager que les
postdoctorants aient effectivement une productivité scientifique et technologique élevée et qu’ils
jouent un rôle clé dans les coopérations de R & D avec les entreprises, au moins en France. Mais
dans leur analyse des laboratoires du Conseil National de la Recherche italien, Bonaccorsi et Daraio
11
omme nous l’avons exposé dans Goddard et Isabelle (2006a), ce simple fait pose en lui-même des questions quant à
C
la robustesse des indicateurs de brevets pour mesurer la production de connaissances dans le contexte de partenariats
de recherche public-privé. Ces questions s’adressent autant à la recherche en économie qu’aux politiques publiques
destinées à stimuler ces collaborations en spécifiant les résultats attendus en termes de nouveaux brevets.
La corrélation relativement faible mise à jour dans nos modèles entre la proportion de doctorants dans
les laboratoires publics de recherche et les indicateurs de productivité au niveau des coopérations
avec les entreprises pourrait aussi être expliquée dans ce cadre. Comme Carayol et Matt (2004) le
suggèrent, les doctorants et les postdoctorants choisissent leurs laboratoires de recherche par des
canaux différents : ces derniers semblent favoriser la réputation du laboratoire et ses performances
en termes de publications et de brevets, alors que les doctorants semblent valoriser les contacts
personnels qu’ils ont pu nouer avec tel ou tel professeur à la fin de leurs études supérieures.
Une limite de notre étude tient à la présence possible de biais dans notre échantillon, qui ne
peut pas se vérifier facilement étant donné le manque d’information pour les laboratoires non-
répondants. Une fois encore, nos résultats doivent être considérés comme indicatifs plutôt que
conclusifs. En outre, notre base de données ne nous a pas permis d’inclure dans nos régressions
toutes les variables pour lesquelles un impact peut être envisagé sur la production de brevets
ou de publications dans les collaborations de recherche public-privé. Il en va ainsi du profil des
activités des laboratoires entre recherche fondamentale et recherche appliquée, comme de leur
expérience en matière de dépôt de brevets, qui aurait par exemple pu être mesurée par la taille
de leur portefeuille de brevets.
Pour conclure, il nous semblerait souhaitable que s’ouvre plus largement le champ des
recherches visant une comparaison internationale des coopérations de R & D entre laboratoires
publics de recherche et entreprises. Notre travail devrait y contribuer puisque l’enquête constitue
déjà un standard : elle est largement inspirée de l’enquête Carnegie Mellon conçue par Cohen et
al. (1994), à l’instar de celle réalisée par Meyer-Krahmer et Schmoch (1998) en Allemagne. Elle
est en cours de transposition dans les universités belges, et cette diffusion pourrait être étendue
à d’autres pays européens. Si un nombre important d’enquêtes comparables finissait par être
disponible à l’échelle européenne, il serait opportun qu’elles soient exploitées d’une manière
aussi normalisée que possible afin de permettre des comparaisons poussées de la productivité
scientifique et technologique des coopérations public-privé de R & D ; nous espérons que la
méthodologie simple et éprouvée développée dans cet article pourra agir dans ce sens.
Il s’agit toutefois d’une première étape : pour obtenir des conclusions plus robustes, il serait nécessaire
d’ajouter dans les modèles de régression des variables spécifiques à chaque pays comme les
caractéristiques du régime de propriété intellectuelle dans les institutions de recherche, l’intensité
de R & D des entreprises du pays (c’est-à-dire une mesure de la demande de collaborations de
recherche), etc. Nous souhaitons vivement que les chercheurs d’autres pays rejoignent nos efforts
pour relever ce défi.
Innovation
et performances
économiques
Résumé
1
REThA (UMR CNRS 5113), Université de Bordeaux IV, [email protected]
G
2
LEM (EA 4442), Université Panthéon-Assas Paris 2, [email protected] ; CPP Aarhus School of Business,
Denmark
3
LEM (EA 4442), Université Panthéon-Assas Paris 2, [email protected]
Or, les caractéristiques des projets innovants (risque élevé, fortes asymétries d’information
entre dirigeants et apporteurs de capitaux, actifs très spécifiques et souvent incorporels…)
se traduisent par des coûts de faillite élevés, de faibles garanties à offrir aux prêteurs et des
difficultés d’évaluation et de contrôle qui peuvent notamment renforcer les incitations des
dirigeants à prendre plus de risques et à opérer des transferts de richesse au détriment des
apporteurs de capitaux.
Les projets innovants s’avèrent donc difficiles à financer par un recours aux banques ou aux
marchés financiers. Financés en priorité par l’autofinancement des entreprises, ils peuvent
bénéficier dans certains cas de modes de financement spécifiques comme le capital-risque
ou les financements publics directs ou indirects (contrats civils ou militaires de R & D, crédits
incitatifs, crédit impôt recherche,…). En conséquence, les firmes innovantes devraient se
caractériser par une structure financière particulière. Toutefois, le problème du financement de
l’innovation a plutôt été abordé sous l’angle des contraintes financières comme une source du
sous-investissement chronique en R & D des entreprises4.
L’hypothèse d’une causalité inverse a été peu explorée par l’abondante littérature empirique
consacrée aux déterminants de la structure financière des firmes. Bah et Dumontier (2001) et
Aghion et al. (2004) sont parmi les premiers à l’aborder explicitement en introduisant à côté
des déterminants usuels de la structure financière des indicateurs de l’activité de R & D des
entreprises tirés de leurs bilans. Leurs résultats montrent notamment que l’effort de R & D de
grandes entreprises cotées exerce une influence négative sur leur taux d’endettement.
Cet article prolonge ces travaux sur plusieurs points. Il étend l’analyse à un large ensemble
d’entreprises françaises, dont les activités d’innovation et de R & D sont prises en compte à
partir d’enquêtes spécifiques, les enquêtes CIS et R & D, et non des bilans des entreprises, afin
de limiter le biais de comptabilité et de disposer de données plus précises. La base Diane est
utilisée pour les autres informations. Ce panel d’entreprises qui porte sur la période 1994-2004
4
Cf. Hall (2002).
En outre, le taux d’endettement de ces entreprises est analysé à partir d’une approche dynamique,
la méthode d’estimation du système GMM développée par Blundell et Bond (1998),qui permet de
tenir compte de l’hétérogénéité non observée et du biais potentiel d’endogénéité de la variable
R & D. Enfin, l’accent est mis sur le recours à la dette bancaire pour deux raisons principales.
D’une part, les banques jouent un rôle central dans le financement des entreprises en raison
de leurs avantages informationnels5, souligné récemment par les effets réels de la contraction
de leurs crédits faisant suite à la crise des subprimes. D’autre part, différentes études ont
montré que la dette bancaire représente une source limitée de financement pour les entreprises
innovantes en France6.
L’analyse du taux d’endettement bancaire, qui reflète l’importance du recours aux banques des
entreprises dans leur structure financière en rapportant leur dette bancaire à leurs ressources
totales, est complétée par celle de la composition de la dette (la part d’endettement bancaire
dans la dette totale). L’influence du caractère innovant des entreprises sur ces deux ratios
d’endettement bancaire est appréhendée au travers de deux variables, d’une part une indicatrice
de la réalisation d’une activité d’innovation ou de R & D, et d’autre part l’effort de R & D mesuré
par le rapport des dépenses de R & D au chiffre d’affaires.
À côté de ces variables, les déterminants usuels de la structure financière sont introduits, comme
la taille et la profitabilité, ainsi que des variables de contrôle financières additionnelles comme
les garanties, la capacité d’autofinancement ou les financements provenant du groupe.
Après un rappel des principaux facteurs explicatifs de la structure financière des entreprises
mis en évidence dans la littérature empirique, nous présentons les données et la méthode
d’estimation utilisées dans cette étude avant d’analyser les résultats obtenus.
En particulier, les travaux qui ont cherché à comparer la pertinence des deux principales théories
concurrentes, autrement dit l’hypothèse d’un taux d’endettement cible, postulée par la Trade-
Off Theory, versus celle d’une relation entre besoin de financement et endettement, conforme
à la Pecking Order Theory, n’ont pas véritablement permis de départager ces deux hypothèses
(Fama, French 2002).
Cependant, il est possible de dégager les principaux facteurs explicatifs du taux d’endettement
mis en évidence par les nombreux travaux qui testent simultanément différentes hypothèses
relevant de théories alternatives afin de prendre en compte les facteurs susceptibles d’être
pertinents.
5
Rajan (1992), Nakamura (1993), Guille (1994).
6
Planès et al. (2002), Belin et al. (2003), Belin et Guille (2004).
Plusieurs raisons peuvent expliquer ces résultats contradictoires concernant l’influence de la taille.
D’une part, il existe des différences dans les systèmes financiers, en particulier l’endettement
joue un rôle plus important dans le financement des entreprises en Europe continentale qu’au
Royaume-Uni ou aux États-Unis. D’autre part, d’un point de vue théorique, les deux effets
peuvent se justifier dans la mesure où, selon la Pecking Order Theory ou les modèles avec effets
de réputation et coûts d’accès aux marchés financiers (Diamond 1991, Petersen, Rajan 1994),
l’endettement augmente d’abord avec la taille avant de décroître. Enfin, le risque perçu par les
banques dépend fortement de la taille, souvent considérée comme une proxy des contraintes
financières. La relation entre taille et endettement devrait donc dépendre de la taille moyenne des
firmes dans l’échantillon considéré.
Plusieurs autres facteurs exercent une influence négative sur le taux d’endettement : la
profitabilité7, ce qui conforte la Pecking Order Theory plutôt que la Trade-Off Theory (Titman,
Wessels 1988, Rajan, Zingales 1995, Kremp, Stöss 2001, Fama, French 2002, Gaud et al.
2005), les liquidités (Ozkan 2001 sur données britanniques), les opportunités de croissance et
la hausse du cours des actions (Masulis, Korwar 1986, Asquith, Mullins 1986, Hovakimian et al.
2001). De même, l’augmentation du coût de la dette réduit généralement le taux d’endettement,
bien que cette variable joue un rôle limité dans les analyses théoriques de la structure financière.
Kremp et Stöss (2001) montrent sur données franco-allemandes que les grandes entreprises
sont plus sensibles au coût de la dette que les PME, ce qui va dans le sens de la théorie des
coûts d’accès.
Enfin, l’influence du caractère innovant de l’activité des entreprises sur leur financement fait
l’objet de quelques travaux, principalement sous l’angle des contraintes financières. Ainsi, Guiso
(1998) utilise une enquête sur la perception de ces contraintes par des entreprises italiennes pour
montrer que l’appartenance à la catégorie des entreprises innovantes augmente la probabilité
d’être contraint financièrement. Savignac et Sevestre (2007) mobilisent le même type d’enquête
(un échantillon de firmes françaises provenant de la Centrale des Bilans, Banque de France)
pour obtenir un résultat qui va dans le même sens : les firmes innovantes ont une probabilité
d’emprunter plus faible que les autres firmes et des taux d’intérêt plus élevés et augmentant plus
avec le montant emprunté, ce qui tend à confirmer l’hypothèse de contraintes financières plus
marquées. Le rôle important du capital-risque dans le financement de certains types de firmes
innovantes susceptibles d’être confrontées à des contraintes financières prononcées est aussi
mis en évidence par Gompers et Lerner (2001) dans le cas des jeunes entreprises innovantes
américaines ou Audretsch et Lehmann (2004) dans celui des petites entreprises innovantes
allemandes.
7
H
ovakimian et al. (2001) montrent cependant que la profitabilité augmente la propension à s’endetter plutôt qu’à émettre
des actions.
Bah et Dumontier (2001) utilisent des données internationales en coupes instantanées provenant
de bilans de sociétés cotées. Ils constituent deux groupes de firmes dans chaque pays ou
groupe de pays8 à partir de leur ratio dépenses de R & D/chiffre d’affaires9. Ils montrent que le
taux d’endettement (dette total/actif total) des firmes R & D-intensive (déclarant un ratio dépenses
de R & D/CA supérieur à 5 %) est plus faible que celui des firmes non-R & D (ne déclarant pas
de dépenses de R & D) dans tous les pays, en contrôlant pour la taille, la profitabilité et les
économies d’impôt non liées à la dette de ces entreprises. La maturité des dettes des firmes
R & D-intensive est également plus importante, excepté au Japon.
À partir du même type de données, tirées des bilans de sociétés, Aghion et al. (2004) construisent
un panel non cylindré de 900 firmes industrielles britanniques cotées à la bourse de Londres
sur la période 1990-2002. L’activité de R & D est prise en compte par une indicatrice prenant la
valeur de l’unité lorsque le bilan de l’entreprise comprend des dépenses de R & D, celle de zéro
sinon, et par une variable représentant son effort de R & D (dépenses de R & D /CA). Ils mettent
en évidence un impact positif de l’indicatrice de R & D mais négatif de l’effort de R & D sur le
taux d’endettement (dette totale/actif total). Autrement dit, les firmes ayant peu de dépenses de
R & D s’endettent plus que celles sans R & D mais l’utilisation de la dette décroît avec l’effort
de R & D. Cette relation non linéaire n’est pas vérifiée lorsqu’ils s’intéressent à la seule dette
bancaire. En effet, la part de la dette bancaire dans la dette totale diminue avec l’indicatrice de
R & D et l’effort de R & D.
Afin de prendre en compte l’ensemble des entreprises innovantes au sens large du terme, une
entreprise est considérée comme innovante si elle est engagée dans un processus d’innovation
ou bien a effectué des dépenses de R & D. En effet, l’activité d’innovation ne se limite pas
à la réalisation de dépenses de R & D, même si celles-ci constituent la source principale de
8
États-Unis, Japon, Royaume-Uni et un groupe de trois autres pays européens (France, Allemagne, Pays-Bas).
9
En 1996, l’année étudiée, seules les firmes américaines étaient obligées de reporter leurs dépenses de R & D dans leurs
bilans à condition qu’elles représentent au moins 1 % de leur CA. Dans les autres pays, les firmes ne reportant pas de
dépenses de R & D ont été classées dans le groupe des non-R & D seulement si elles appartenaient à l’un des quatre
secteurs industriels considérés par les auteurs comme sans activité de R & D.
Pour identifier plus exhaustivement les entreprises innovantes au cours de cette période,
nous avons donc croisé les enquêtes CIS avec les enquêtes R & D. Les enquêtes CIS nous
permettent d’identifier les entreprises engagées dans un processus d’innovation au sens large
du terme : avoir réalisé une innovation de produit ou de procédé au sens du Manuel d’Oslo
(OCDE) ou bien des activités spécifiquement entreprises en vue de développer ou de mettre en
œuvre une innovation de produit ou de procédé (l’entreprise a un projet d’innovation en cours ou
abandonné). Les enquêtes CIS nous permettent aussi de vérifier certaines informations comme
la taille, le secteur ou l’activité de R & D, activité qui est par ailleurs détaillée dans les enquêtes
R & D. Ces enquêtes s’adressent aux entreprises exécutant en interne ou en externe des
activités de R & D de façon permanente et organisée au sens du Manuel de Frascati (OCDE),
entreprises qui réalisent la quasi-totalité des dépenses de R & D des entreprises françaises. Les
enquêtes R & D sont donc utilisées pour identifier les entreprises engagées dans une activité
de R & D mais aussi pour mesurer leur effort de R & D, à partir du ratio dépenses de R & D/
chiffre d’affaires, ainsi que les financements publics de la R & D reçus par ces entreprises.
Une entreprise est donc considérée comme non innovante si elle n’a pas déclaré d’activité
d’innovation dans les enquêtes CIS et n’apparaît pas non plus comme une entreprise réalisant
des dépenses de R & D dans les enquêtes R & D.
Notre échantillon d’entreprises est construit à partir de la fusion des différentes bases sur la
période 1994-2004. Après avoir enlevé les informations aberrantes et retenu uniquement les
entreprises pour lesquelles l’ensemble des informations est disponible, nous obtenons un
échantillon contenant 43 755 observations, soit en moyenne 3 977 entreprises par an. En raison
de la présence de variables retardées dans nos estimations, les comptes des entreprises doivent
être disponibles sur plusieurs années consécutives, de ce fait notre panel non cylindré contient
finalement 15 971 observations.
Ces entreprises sont majoritairement des PME (85 %), selon le critère d’effectif de la
Commission européenne (moins de 250 salariés), et des entreprises non engagées dans des
activités d’innovation ou de R & D (2/3 vs 1/3), comme dans l’échantillon initial. Les entreprises
innovantes sont plus grandes en moyenne que les autres entreprises (69 % des entreprises
innovantes sont des PME vs 94 % des autres entreprises) ; un constat vérifié dans la plupart des
études statistiques sur l’innovation (enquêtes CIS)10. Les statistiques descriptives concernant
notre échantillon de travail sont présentées dans le tableau 1.
10
Cf. notamment Kremp et Rousseau (2006).
Pour identifier la structure financière des entreprises, deux ratios sont calculés à partir de leurs
bilans. Ils représentent les deux variables expliquées de nos estimations : d’une part, le taux
d’endettement bancaire, défini comme la somme des dettes bancaires à court et long terme
sur le total des ressources, et d’autre part, la part de l’endettement bancaire dans l’endettement
total. Les définitions et retraitements utilisés sont ceux de «la méthode d’analyse financière de la
Centrale des Bilans» (Banque de France, 2000). Les ressources des entreprises comprennent
donc le financement propre (capitaux propres appelés, amortissements et provisions,
amortissement crédit-bail) et l’endettement total (ensemble des emprunts et trésorerie passif).
Comme attendu, nous retrouvons un fait stylisé relevé dans plusieurs études empiriques :
les entreprises innovantes ont proportionnellement moins de dettes bancaires que les autres
entreprises. En effet, ces deux ratios se révèlent plus faibles pour les entreprises innovantes que
pour les autres entreprises (tableau 1). De plus, l’évolution de leur endettement bancaire montre
que ces différences demeurent vérifiées sur l’ensemble de la période d’analyse même si elles
s’atténuent en fin de période (graphiques 1 et 2). En effet, le taux d’endettement bancaire et sa
part dans l’endettement total des deux types d’entreprises ont diminué, mais ce mouvement de
désendettement vis-à-vis des banques a été moins marqué pour les entreprises innovantes, dans
la mesure où elles étaient déjà moins endettées auprès des banques que les autres entreprises.
Il semble également que l’endettement bancaire des entreprises innovantes soit plus sensible
Cette plus grande sensibilité des entreprises innovantes peut s’interpréter en termes
d’accélérateur financier (Bernanke, Gertler 1989, Kiyotaki, Moore 1997 ou Bernanke et al. 1999).
Concrètement, les entreprises innovantes seraient plus affectées par un choc (réel ou financier)
qui altère les comptes des entreprises, dégrade leurs conditions de financement et les oblige
à réduire leur endettement bancaire, en raison du risque élevé de leurs projets et d’asymétries
d’information prononcées entre dirigeants et apporteurs de capitaux.
À partir de nos estimations, nous pourrons alors déterminer si ces particularités de l’endettement
bancaire des entreprises innovantes sont dues à leurs activités de R & D et d’innovation ou se
révèlent au contraire dépendantes d’autres caractéristiques de ces entreprises.
Dans cet objectif, en complément des variables reflétant les activités de R & D ou d’innovation et
des variables d’endettement retardées, plusieurs variables de contrôle caractérisant la situation
économique et financière des entreprises sont introduites.
Deux variables sont utilisées afin de tester l’influence des activités de R & D et d’innovation
des entreprises sur leurs ratios d’endettement bancaire. La première est une indicatrice de
l’engagement de l’entreprise dans une activité d’innovation ou de R & D. Elle prend la valeur
de l’unité lorsque l’entreprise a déclaré faire de la R & D ou innover dans l’enquête R & D
ou l’enquête CIS de l’année considérée ; l’entreprise est alors considérée comme innovante.
L’indicatrice prend sinon la valeur de zéro ; l’entreprise est non innovante dès lors qu’elle n’a pas
déclaré faire de la R & D ou innover dans les deux types d’enquêtes. Toutefois, les enquêtes CIS
ne permettent pas de disposer d’informations sur le comportement d’innovation des entreprises
chaque année. La base CIS2 couvre la période 1994 à 1996, CIS3 la période de 1998 à 2000 et
CIS4 la période de 2002 à 2004. Pour les années 1997 et 2001 nous avons donc dû reconstruire
cette information. Nous avons considéré qu’une entreprise qui a innové en 1996 ou en 1998 est
également innovante en 1997 dans la mesure où la réalisation d’une activité d’innovation est un
processus long. Nous avons procédé de la même façon pour l’année 2001.
Nous distinguons ensuite, parmi les entreprises innovantes, celles qui déclarent des dépenses
de R & D des autres entreprises innovantes. Les entreprises déclarant des dépenses de R & D
représentent 59 % des entreprises innovantes et seulement 19 % des entreprises de notre
échantillon. La seconde variable reflète donc l’intensité de l’effort de R & D de ces entreprises à
partir des dépenses de R & D qu’elles ont déclarées rapportées à leur chiffre d’affaires.
Les variables de contrôle comprennent tout d’abord des indicatrices temporelles annuelles qui
permettent de contrôler les effets des chocs conjoncturels communs à toutes les entreprises
(technologique, durcissement des conditions d’endettement …). Les autres variables reflètent
les caractéristiques individuelles des firmes pouvant influencer leur endettement bancaire.
Le profil de l’entreprise est caractérisé par deux types d’indicatrices : d’une part, une indicatrice
de secteur, le secteur d’appartenance des entreprises influençant à la fois leur mode de
financement et la réalisation d’activités innovantes, et, d’autre part, une indicatrice de taille.
Cette indicatrice prend la valeur de l’unité lorsque l’effectif de l’entreprise est inférieur à 250
employés, de zéro sinon. Elle permet de contrôler la différence de taille entre les entreprises
innovantes et les autres entreprises et de vérifier si l’hypothèse d’une spécificité européenne (un
impact négatif de la taille sur l’endettement total contrairement aux pays anglo-saxons) peut être
étendue à l’endettement bancaire sur notre échantillon.
18
Entreprises
16 innovantes
Entreprises
14 non innovantes
12
10
1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Graphique 2
Endettement bancaire/endettement total
En %
70
65
Entreprises
60
innovantes
55 Entreprises non
innovantes
50
45
40
1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Graphique 3
Environnement macroéconomique
En %
10
6
Taux de croissance
4 du PIB
Taux de base
2 bancaire
0
1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Pour avoir une mesure plus directe des financements internes, nous ajoutons à notre équation
une variable représentative de l’autofinancement : la capacité d’autofinancement rapportée au
total des ressources. En effet, l’autofinancement est la source de financement privilégiée des
entreprises. De plus, il joue un rôle d’autant plus important qu’elles sont confrontées à des
contraintes financières marquées. Or, le taux d’autofinancement des entreprises innovantes
est supérieur à celui des autres entreprises (tableau 1), comme dans la plupart des études
empiriques11, ce qui peut s’expliquer par leurs difficultés à obtenir des financements externes,
particulièrement auprès des banques.
Deux autres sources de financement sont réservées à certains types d’entreprises mais peuvent
influencer leur recours à l’endettement bancaire. D’une part, les entreprises appartenant à
un groupe peuvent recevoir des financements de celui-ci. Ces financements sont rarement
introduits comme variable explicative de la structure financière dans les études empiriques12.
Pourtant, le groupe peut être considéré à la fois comme un marché interne des capitaux
(Gertner et al. 1994) et comme un facteur de réduction des asymétries d’information vis-à-vis
des apporteurs de capitaux (Leland, Pyle 1977), facilitant l’accès aux financements externes13.
C’est pourquoi, nous introduisons le ratio financements du groupe/total des ressources qui n’est
en moyenne que de 2 % dans notre échantillon et légèrement plus élevé pour les entreprises
non innovantes (tableau 1). D’autre part, nous introduisons les financements publics de la R & D
rapportés au total des ressources. Ces financements proviennent essentiellement des contrats
civils et militaires de R & D commandités par les différentes administrations publiques. Il s’agit
d’une aide directe, qui représente une part conséquente des dépenses de R & D de certaines
entreprises liées à la Défense et aux grands programmes technologiques14, et qui peut s’avérer
complémentaire ou substituable aux autres sources de financement.
11
Planès et al. (2002), Belin et Guille (2004).
12
Kremp et Sevestre (2000) montrent notamment que les entreprises indépendantes ont plus de difficultés à obtenir des
financements externes et sont plus dépendantes des crédits bancaires que celles qui appartiennent à un groupe, à taille
équivalente.
13
Le Crédit Impôt Recherche qui représente une aide indirecte n’est pas inclus dans ces financements.
14
Dans les domaines de l’aéronautique, du nucléaire et des TIC.
Méthode d’estimation
Le modèle économétrique estimé établit une relation linéaire entre chacun des deux ratios
d’endettement bancaire des entreprises françaises considérés, sur la période 1994-2004, noté
d, ses valeurs retardées sur deux périodes, les dépenses de R & D réalisées sur la période (I)
et un ensemble de variables explicatives de contrôle (X), présentées plus haut, conformément
à l’équation suivante :
(1)
Ainsi, il est possible d’identifier quatre sources de biais potentiels liés à la spécification du
modèle (1) : biais de simultanéité, de causalité inversée (variables indépendantes poten-
tiellement endogènes), de corrélation temporelle des erreurs et de variables omises ou de
certaines erreurs de mesure des variables explicatives. En effet, la détermination simultanée
de certaines variables, telles qu’ici le taux d’endettement bancaire et les dépenses de R & D,
par des éléments de conjoncture non observés, peut entraîner une corrélation entre les valeurs
courantes des variables explicatives et les différences premières des erreurs. Par ailleurs, le
caractère autorégressif du modèle implique une corrélation entre la variable endogène retardée
et les différences premières des erreurs.
La méthode dite des moments généralisés (GMM) d’Arellano et Bond (1991) a été utilisée pour
estimer des modèles dynamiques sur des données de panel. Nous avons utilisé l’estimateur
GMM en système développé par Blundell et Bond (1998) qui a été spécifiquement mis au point
pour l’estimation d’équations de données de panel dynamiques avec des variables dépendantes
persistantes et des variables indépendantes potentiellement endogènes15. Blundell et Bond
(1998) ont montré qu’il est plus efficient que l’estimateur des GMM en différences premières16.
Cette méthode dite du Système GMM permet de prendre en compte l’ensemble des sources
de biais énumérées en instrumentalisant les variables indépendantes avec leurs différences
retardées et avec leurs niveaux retardés17.
15
Arellano (2003).
16
Cet estimateur donne des résultats biaisés dans des échantillons finis lorsque les instruments sont faibles.
17
L
es estimations ont été effectuées à l’aide du logiciel Stata 10 à partir de la commande Xtabond2 développée par
Roodman (2006).
Résultats
Les résultats de nos estimations sont reportés dans le tableau 2. Deux spécifications différentes
sont utilisées pour estimer chacune des deux variables expliquées : le ratio d’endettement
bancaire (dette bancaire/ressources totales) et la part d’endettement bancaire (dette bancaire/
dette totale). La première implémente notre spécification dynamique avec les variables utilisées
par Aghion et al. (2004) (équations 1 et 2). Toutefois, notre échantillon étant plus large et plus
hétérogène, avec notamment un grand nombre de PME et d’entreprises non cotées, nous
essayons de contrôler ces différences d’échantillon par l’introduction de deux indicatrices
supplémentaires, afin de rendre nos résultats comparables : une indicatrice « être une PME »
plutôt qu’une variable de taille continue et une indicatrice « être cotée ». Dans la seconde
spécification, plusieurs variables financières de contrôle additionnelles décrites précédemment
sont introduites (équations 3 et 4).
Nous constatons tout d’abord trois résultats communs à l’ensemble des spécifications retenues.
D’une part, le test de suridentification de Hansen ne permet pas de rejeter l’hypothèse de validité
des variables retardées en niveau et en différence comme instruments. D’autre part, le test
d’Arellano et Bond confirme l’hypothèse d’absence d’autocorrélation de second ordre. Enfin,
le niveau de significativité et la valeur des coefficients des variables retardées d’endettement
confirment la nécessité d’une spécification dynamique et d’inclure ces effets. En effet, les
deux ratios d’endettement bancaire dépendent fortement de leurs variables retardées : le
taux d’endettement retardé d’une période constitue la principale variable explicative et le taux
d’endettement retardé de deux périodes joue également un rôle non négligeable même si la
valeur du coefficient est moindre.
L’analyse des résultats de la première équation permet de constater que la prise en compte de la
dynamique et de la causalité inversée entre dépenses de R & D et taux d’endettement bancaire
conforte la plupart des résultats obtenus par Aghion et al. (2004) sur le taux d’endettement total.
En effet, l’effort de R & D et la profitabilité exercent un impact négatif et très significatif sur le
taux d’endettement bancaire et le taux de croissance des ventes a un impact non significatif.
Toutefois, nos résultats diffèrent des leurs sur deux points. D’une part, la relation non linéaire entre
endettement total et R & D n’est pas confortée, dans la mesure où l’impact de l’indicatrice de
l’activité d’innovation s’avère non significatif. Ainsi, nous mettons en évidence une simple relation
décroissante entre taux d’endettement bancaire et effort de R & D. D’autre part, l’indicatrice de
taille (PME) exerce un impact positif sur le taux d’endettement bancaire. Cet effet, contraire à
Ces divergences de résultats peuvent tout d’abord s’expliquer par des différences dans les
variables utilisées. L’indicatrice de l’activité d’innovation est tirée non des comptes annuels des
entreprises mais d’enquêtes spécifiques, ce qui permet à la fois de limiter le biais de comptabilité
et de tenir compte des entreprises qui innovent sans faire de R & D18. De plus, la variable
expliquée est l’endettement bancaire rapporté au total des ressources et non l’endettement
total (qui comprend toutes les formes d’endettement quelle que soit la nature du prêt et de
l’émetteur) sur le total des actifs. Il existe en outre des différences dans les échantillons étudiés :
un grand nombre d’entreprises, très majoritairement non cotées et de taille petite ou moyenne,
versus un échantillon plus réduit composé d’entreprises de grande taille cotées. Enfin, il importe
de souligner que le système financier français diffère du système financier britannique. L’effet
positif de l’indicatrice PME sur le taux d’endettement bancaire conforte d’ailleurs les résultats
obtenus dans d’autres études sur données européennes, notamment françaises et allemandes,
portant sur l’endettement total (cf. précédemment).
Si les PME s’endettent proportionnellement plus auprès des banques que les grandes
entreprises, il importe de noter qu’il en va de même des entreprises cotées : le fait pour une
entreprise d’être cotée exerce un impact positif et très significatif sur son taux d’endettement
bancaire. Contrairement aux financements internes qui semblent substituables à l’endettement
bancaire, l’impact de la profitabilité étant négatif, l’opportunité de pouvoir se financer par
émission d’actions semble plutôt renforcer le recours aux banques, ce qui peut s’expliquer par
la réduction des asymétries d’information et l’effet de réputation favorable dont bénéficient les
entreprises cotées.
Ainsi, nous retrouvons deux effets obtenus dans plusieurs études empiriques sur le taux
d’endettement total. D’une part, l’effet des garanties sur le taux d’endettement bancaire est positif
et très significatif, ce qui va dans le sens de la théorie de l’agence. Un ratio d’immobilisations
corporelles plus important permet aux entreprises d’emprunter davantage aux banques. D’autre
part, l’effet de la capacité d’autofinancement, conformément à la prédiction de la Pecking Order
Theory, est négatif et très significatif.
Enfin, les financements du groupe, qui représentent également un financement interne au sens
large du terme, semblent jouer un rôle aussi important que l’autofinancement pour les rares
entreprises qui en bénéficient. Le coefficient obtenu est négatif et significatif : l’augmentation de
ces financements, comme celle de la profitabilité ou de la capacité d’autofinancement, permet
aux entreprises de réduire leur taux d’endettement bancaire. Ces financements apparaissent
donc substituables à la dette bancaire.
18
Toutefois, nos résultats ne sont pas modifiés lorsque nous utilisons une indicatrice de la seule activité de R & D.
Enfin, ces différents effets se révèlent robustes à l’introduction des variables explicatives
additionnelles (équation 4). De plus, nos résultats confirment l’influence de deux de ces variables
sur l’endettement bancaire : disposer de plus de garanties permet aux entreprises d’augmenter
la part de la dette bancaire dans leur dette totale, de recevoir davantage de financements du
groupe et de la réduire. En revanche, elle ne dépend pas de la capacité d’autofinancement, son
impact n’étant pas significatif.
Conclusion
Les résultats mis en évidence confortent l’hypothèse d’une spécificité de la structure financière
des entreprises innovantes à partir d’une technique d’estimation dynamique, le Système GMM,
qui permet en particulier de corriger le biais de causalité inversée entre les dépenses de R & D
et le taux d’endettement. Plus que le fait d’être une entreprise innovante, c’est l’effort de R & D
engagé par les entreprises qui exerce une influence négative sur le recours à l’endettement
bancaire. En effet, l’utilisation de la dette bancaire décroît avec l’effort de R & D dans toutes nos
spécifications.
Par ailleurs, la profitabilité exerce également un impact négatif sur les ratios d’endettement
bancaire, un résultat conforme à la Pecking Order Theory et à l’évidence empirique. En revanche,
l’impact positif de l’indicatrice PME renforce la pertinence de l’hypothèse d’une spécificité
européenne : les PME s’endettent davantage auprès des banques. Les entreprises cotées se
caractérisent aussi par un recours plus important à la dette bancaire qui va plutôt dans le sens
de la théorie des coûts d’accès.
Enfin, la robustesse de ces différents effets est confortée par l’introduction de variables
additionnelles susceptibles de capturer une partie des particularités des entreprises innovantes,
dans la mesure où la persistance de ces effets, avec la même significativité, s’accompagne
d’un impact significatif de la plupart de ces variables additionnelles. En particulier, le recours à la
dette bancaire augmente avec les garanties des entreprises et leur capacité d’autofinancement,
tandis qu’il diminue avec les financements apportés par leur groupe.
La persistance de l’effet négatif de l’effort de R & D sur les ratios d’endettement bancaire signifie
que ces variables ne suffisent pas à expliquer les spécificités de la structure financière des
entreprises innovantes. Le plus faible endettement bancaire de ces entreprises pourrait donc
s’expliquer au moins en partie par les caractéristiques non observées de l’activité d’innovation,
notamment l’existence d’un fort taux d’échec des projets innovants et d’asymétries d’information
prononcées.
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Résumé
1
es auteurs remercient chaleureusement Lionel Nesta pour sa collaboration précieuse.
L
2
University of Nice-Sophia Antipolis et GREDEG, UMR n° 6227, 250 rue Albert Einstein, Valbonne - Sophia Antipolis,
06560 France. Contact de l’auteur : [email protected]
3
OFCE, Centre de Recherche en Économie de Sciences-Po, Département de Recherche sur l’Innovation et la
Concurrence, 250, rue Albert Einstein, Valbonne - Sophia Antipolis, 06560 France.
Contact de l’auteur : [email protected]
Depuis une dizaine d’années, la littérature sur l’hétérogénéité des firmes et le commerce international
met fortement l’accent sur l’association positive qui existe entre la productivité d’une entreprise et
son degré d’implication sur les marchés internationaux. Cette relation positive a été documentée
par une large littérature empirique initiée par les travaux de Bernard et Jensen (1995,1999) et
Clerides, Lach et Tybout (1998), mettant en évidence l’existence de primes à l’exportation, c’est-à-
dire d’avantages des entreprises exportatrices sur leurs homologues non exportatrices en termes
de caractéristiques, dont la productivité et le niveau des salaires. Ces résultats ont trouvé un
fondement théorique solide dans les récents modèles de commerce international avec les firmes
hétérogènes (Bernard et al., 2003, Melitz, 2003), dans lesquels, en présence de coûts spécifiques
liés à l’exportation, seules les entreprises les plus productives trouvent rationnel d’étendre leurs
activités à l’international. Les entreprises moins efficientes préfèrent se cantonner au marché
domestique, tandis que les plus inefficientes sortent du marché.
L’observation selon laquelle certaines entreprises sont plus efficaces que d’autres au sein d’une
même industrie soulève néanmoins la question de l’origine de ce différentiel de performance.
Les modèles pionniers de Bernard et al. (2003) et de Melitz (2003) restent tous deux silencieux
sur cette question, chacun supposant, par simplification, que les écarts de productivité entre
les entreprises sont issus de chocs technologiques purement aléatoires. Les contributions
théoriques plus récentes dans le champ, notamment celles de Costantini et Melitz (2008),
pointent l’innovation comme le déterminant principal des écarts de productivité des entreprises,
et donc de leurs décisions d’exporter. Ainsi, les entreprises les plus aptes à innover auraient
de fait une plus forte productivité et donc une plus forte propension à exporter. Ces modèles
fondent donc une relation entre l’habilité à innover et l’exportation transitant via le canal de la
productivité.
Dans cet article nous nous proposons d’explorer empiriquement les liens qui existent entre
l’aptitude à innover des entreprises, leur performance, et leur degré d’implication dans le commerce
international. Nous cherchons à déterminer quelle part prennent les variables d’innovation dans
les écarts observables de productivité et de salaire entre les entreprises exportatrices et leurs
homologues non exportatrices. Selon la logique des modèles d’autosélection à la Melitz, si la
technologie est le déterminant clé de la productivité des entreprises et donc de leurs salaires,
la prise en compte des variables d’innovation devrait « capter » une large part des primes
repérables en faveur des entreprises exportatrices. Afin de valider cette hypothèse théorique,
notre stratégie consiste à estimer la sensibilité des primes à l’exportation à l’introduction de
statistiques détaillées sur les activités d’innovation des entreprises opérant dans les secteurs
manufacturiers français.
Sur données françaises, des contributions marquantes dans le champ incluent Eaton Kortum
et Kramarz (2008), qui proposent une anatomie complète du commerce international français
à partir de données d’entreprises, Thoening et Verdier (2003) qui mettent en évidence un
phénomène d’innovation défensive causé par l’intensification de la concurrence internationale,
ou encore Lelarge et Nefussi (2008) qui confirment cet effet en montrant que la concurrence
des pays du Sud a impacté positivement les dépenses de R & D des industries françaises, en
particulier dans les entreprises les plus productives.
D’autres contributions mettent davantage l’accent sur les enjeux microéconomiques, notamment
concernant l’imbrication des décisions d’innovation et d’exportation des entreprises. Dans cette
veine, le point de départ demeure la mise en évidence des primes à l’exportation par le biais de
comparaisons systématiques de performances d’entreprises exportatrices par rapport à celles de
leurs homologues non exportatrices (pour une revue de cette littérature, voir Wagner, 2007, Girma
et al. 2007, et pour l’estimation de ces primes dans le cas de la France, voir Bellone et al., 2006).
Par homologues, cette littérature entend généralement les entreprises opérant sur un même
territoire national et appartenant à un même secteur d’activité. Certains travaux proposent
néanmoins de contraindre davantage les similarités entre les entreprises. Il en est ainsi des
entreprises exportatrices qui partagent avec leurs homologues non exportatrices les mêmes
caractéristiques, notamment en termes de taille, de structure de la propriété, de localisation
géographique. En général, les primes à l’exportation restent significatives dans ces cadres
contraints, ce qui conforte l’idée d’un lien spécifique entre exportations et productivité au niveau
de la firme.
L’idée que ce lien spécifique recouperait pour l’essentiel des écarts d’habilité technologique
entre les entreprises est au cœur de la littérature. Elle est présente dans des modèles initiaux de
Bernard et al. (2003) et de Melitz (2003) qui fondent les différences de productivité entre les firmes
sur de purs chocs technologiques. Elle est plus explicite encore dans des modèles plus récents,
notamment celui de Melitz et Costantini (2008), qui modélisent, dans un cadre d’équilibre général
dynamique, l’imbrication des décisions d’innovation et d’exportation d’entreprises faisant face à
des coûts spécifiques d’entrée sur les marchés d’exportation.
En particulier Aw et al. (2007) montrent, par le biais de modèles à forme réduite appliqués
à des données taïwanaises, qu’au sein des entreprises qui exportent, seules celles qui
investissent en R & D expérimentent des gains de productivité suite à leur entrée sur les marchés
d’exportation. De manière similaire, Girma, Gorg et Hanley (2007) mettent en évidence des
effets d’apprentissage (via un impact positif de l’exportation sur les dépenses de R & D) pour
les entreprises irlandaises. Ils ne trouvent pas toutefois d’effet équivalent pour les entreprises
britanniques et expliquent cette différence de résultats par le fait que les entreprises irlandaises
et britanniques ont des destinations d’exportation sensiblement différentes. Tout récemment,
Aw et al. (2010) estiment un modèle dynamique structurel de décisions d’entreprises impliquant
à la fois les choix d’investissements en R & D et des décisions d’exportations. Leurs résultats
ne confortent pas toutefois l’idée d’une interdépendance forte des types d’activités dans les
décisions des entreprises.
Une des raisons possibles pour lesquelles les travaux sus-cités rencontrent des difficultés à
établir un lien solide entre innovation, productivité et exportation au niveau microéconomique,
pourrait provenir du fait que ces travaux mobilisent uniquement des données de R & D et non
pas des mesures directes de l’activité d’innovation des entreprises. De ce point de vue, la
disponibilité des enquêtes communautaires sur l’innovation (CIS), en Europe, ouvre une réelle
voie d’exploration complémentaire.
De fait, les premières études menées à partir des enquêtes CIS semblent apporter des résultats
plus favorables à l’hypothèse de liens entre les décisions d’innovation et d’exportation des
entreprises. Leurs conclusions restent néanmoins partagées sur la nature précise de ces liens.
D’un côté, Cassiman et al. (2010), travaillant sur données espagnoles, argumentent en faveur de
l’idée selon laquelle l’innovation de produit est le déterminant essentiel à la fois de la productivité
et de la décision d’exportation. À l’opposé, Damijan et al. (2010), répliquant la méthodologie de
Aw et al. (2007) sur données slovènes, ne trouvent aucun support empirique aux mécanismes
d’autosélection à l’exportation fondés sur des choix d’innovation différenciés. Ils confirment en
revanche les effets d’apprentissage déjà mis en lumière dans les études utilisant les données
de R & D. Finalement, Van Beveren et Vandenbussche (2009), s’intéressant au cas d’entreprises
belges, montrent que c’est une combinaison d’innovation de produit et d’innovation de procédé,
et non pas l’une ou l’autre activité isolément, qui impacte positivement la décision d’exporter des
entreprises.
4
D
es travaux d’origine plus ancienne, davantage orientés sur les sciences de gestion, proposent également d’analyser
la relation entre les stratégies d’innovation et d’exportation de l’entreprise. Ces travaux n’intègrent pas toutefois de
mesures explicites de la productivité des entreprises. Voir, en particulier, Hirsh et Bijaoui (1985), Wakelin (1998),
Sterlachini (1999), Lefebvre et Lefebvre (2001), Basile (2001), Roper et Love (2002) et, plus récemment, Salomon et
Shaver (2005), Lachenmaier et WöBmann (2006) et Harris et Li (2008). En particulier, Salomon et Shaver (2005), utilisant
des données des brevets sur firmes espagnoles, montrent que le fait d’exporter se traduit par une augmentation de
l’innovation ex post. Harris et Li (2008) mettent en évidence une causalité inverse. Utilisant des données de firmes
britanniques, ils montrent que les dépenses de R & D augmentent les capacités de pénétration des marchés étrangers.
Nous proposons donc de tester très simplement l’hypothèse selon laquelle les primes à
l’exportation sont effectivement sensibles aux statistiques d’innovation sur un large échantillon
d’entreprises manufacturières françaises. À cette fin, nous commençons par comparer les
distributions de productivité d’ensemble d’entreprises regroupées en fonction de leur statut
d’exportateur et/ou d’innovateur. À l’aide des tests non paramétriques de Kolmogorov-
Smirnov (tests K-S par la suite), nous établissons la dominance stochastique des distributions
de productivité de certains groupes de firmes vis-à-vis d’autres au regard des décisions
d’exportation et d’innovation. Nous procédons ensuite à l’estimation de la prime à l’exportation
en introduisant différents contrôles et en qualifiant les décisions d’exportation et d’innovation
au regard de critères relatifs au marché le plus lointain servi et au type d’innovation entreprise.
Autrement dit, nous nous attachons à mesurer les primes à l’exportation résiduelles, une fois
tenu compte du comportement d’innovation des entreprises.
L’Enquête Annuelle d’Entreprise (EAE), menée par le Ministère français de l’Industrie, offre
des informations comptables et financières annuelles sur toutes les entreprises de plus de
20 employés appartenant à l’industrie manufacturière. L’unité enquêtée est l’entreprise et
non l’établissement. Sur la période 1990-2005, nous disposons d’une base de données non
cylindrée de 23 000 firmes environ qui représentent en moyenne chaque année 25 % du total des
entreprises mais plus de 85 % de la valeur ajoutée totale de l’industrie manufacturière française.
L’Enquête Innovation 2005 est, quant à elle, issue de la quatrième itération du Communauty
Innovation Survey (CIS4) réalisée auprès des pays de l’Union européenne. Cette enquête offre
des informations sur le comportement d’innovation de 20 000 entreprises françaises de plus de
10 employés sur la période 2002-2004.
À partir de la fusion de ces deux bases, nous obtenons une base de travail de 4 266 entreprises
manufacturières actives en 2005 pour lesquelles nous avons à la fois des informations comptables
et financières de 2005 à 1990 (au plus) et des informations sur leurs activités d’innovation
Enfin, reconnaissant qu’une des principales limites des informations issues des enquêtes CIS
réside dans l’autodéclaration des entreprises et donc dans le caractère forcément subjectif du
jugement du caractère « innovant » de leur activité, nous proposons de tester systématiquement
la robustesse de nos résultats à une définition plus restrictive des innovateurs, consistant à ne
retenir comme innovantes que les entreprises qui déposent effectivement des brevets. En ce qui
concerne les variables d’exportation, nous considérons comme exportateurs les entreprises qui
déclarent dans l’enquête EAE un montant non nul d’exportations en 2005. Les non-exportateurs
sont les entreprises qui n’exportent pas en 2005. Nous caractérisons plus précisément les
exportateurs en observant non seulement leur intensité d’exportation (définie par le pourcentage
du chiffre d’affaires que l’entreprise a exporté au cours de l’année) mais également la destination
la plus lointaine de leurs exportations (à l’intérieur de l’Europe ou à l’extérieur de l’Europe). Cette
dernière caractéristique est obtenue au moyen des informations contenues dans l’enquête CIS4
sur la localisation du client le plus lointain. Cela nous permet ainsi de distinguer les exportateurs
« intraEurope » des exportateurs « Global », selon que l’entreprise déclare que son client le plus
lointain appartient à l’Union européenne ou au reste du monde5.
Statistiques descriptives
5
Il n’y a pas de parfait recouvrement entre le nombre d’entreprises qui déclarent un montant d’exportations non nul
en 2005 dans l’enquête EAE et celles qui déclarent un client européen (non nationa ) et/ou un client extra-européen
dans l’enquête CIS4. En moyenne, 82 % des entreprises déclarent exporter en 2005 selon l’enquête EAE, tandis que
seulement 74 % d’entreprises déclarent servir des clients hors de la frontière nationale (i.e. en Europe ou hors Europe)
dans l’enquête CIS4. Ce non-recouvrement partiel peut s’expliquer par le décalage temporel mais également par le fait
que certaines entreprises localisées dans des zones frontalières peuvent déclarer avoir un marché purement local dans
CIS4 et pour autant être exportatrices au regard de l’information contenue dans l’EAE.
6
C
ette hiérarchie des groupes d’entreprises est parfaitement respectée quand on calcule les moyennes pondérées qui
permettent de rétablir la représentativité nationale de l’échantillon. Les chiffres sont disponibles sur demande.
Le tableau 1 fait état d’une hiérarchie claire entre les quatre catégories d’entreprises obtenues
par le croisement du statut d’exportateur et du statut d’innovateur. Les entreprises exportatrices
et innovantes présentent en moyenne les meilleures performances. Le deuxième groupe
d’entreprises est constitué des entreprises exportatrices non innovantes, puis vient le groupe
des entreprises innovantes et non exportatrices, enfin le groupe des entreprises non innovantes
et non exportatrices qui présentent les plus faibles performances. Ce classement suggère
que la stratégie d’exportation est le moteur premier de la performance, et ce quelle que soit la
variable de performance retenue (chiffre d’affaires, effectifs ou salaire moyen). Mais, par ailleurs,
il apparaît nettement que l’innovation et l’exportation sont des stratégies complémentaires
qui, mises en œuvre conjointement, semblent se renforcer l’une l’autre. La surperformance
des entreprises engagées dans l’exportation et l’innovation est très nette6. Par exemple, le fait
d’innover et d’exporter est associé à une taille moyenne d’entreprise plus grande d’un facteur
6 par rapport aux entreprises qui ne sont engagées dans aucune de ces deux activités. En
comparaison, le fait d’exporter seulement ou celui d’innover seulement sont chacun associés à
un avantage de taille d’un peu moins du double par rapport aux entreprises non innovatrices et
non exportatrices. Cette hiérarchie est également respectée lorsque l’on retient le brevet, plutôt
que la simple autodéclaration des entreprises, comme critère identifiant le statut « innovant » de
l’entreprise (deuxième partie du tableau).
Les deux types d’activités apparaissent nettement se compléter à l’observation des intensités
de mise en œuvre. Ainsi, alors qu’au sein des entreprises exportatrices, ce sont les innovateurs
qui présentent la plus forte intensité d’exportation (33 % contre 20 % pour les non-innovateurs),
6
ette hiérarchie des groupes d’entreprises est parfaitement respectée quand on calcule les moyennes pondérées qui
C
permettent de rétablir la représentativité nationale de l’échantillon. Les chiffres sont disponibles sur demande.
Tableau 2
Stratégie d’exportation selon le type d’innovation
En %
Exportateurs Intensité Marché de destination le plus lointain
% de firmes d’exportation* Local National Europe Global
Nous différencions ici le type d’innovation entrepris et qualifions plus précisément le statut
d’exportateur par l’intensité d’exportation et par la répartition géographique des clients de
l’entreprise, notamment en différenciant les clients étrangers européens et extra-européens.
Il apparaît que le statut Innovateur est fortement associé au statut d’exportateur Global. La
fréquence d’exportateurs Global qui est de 55 % pour l’ensemble des entreprises de l’échantillon
s’élève à près de 70 % pour les Innovateurs et atteint 85 % pour les Innovateurs en produits
nouveaux pour le marché. Inversement, la fréquence des exportateurs dont les clients les plus
lointains sont en Europe (intraEurope) est de 19 % pour l’ensemble des entreprises et diminue
à 17 % chez les innovateurs pour s’établir au plus bas à 10 % pour les grands Innovateurs
en produits nouveaux pour le marché. Compte tenu des caractéristiques des flux d’échanges
intraeuropéens qui sont constitués de produits différenciés échangés sur des marchés où
domine une concurrence sur la qualité, nous aurions pu nous attendre à ce que la stratégie
d’innovation soit également essentielle pour les exportateurs dont les clients sont uniquement
européens. Il apparaît plutôt que la concurrence extra-européenne est telle qu’elle exige
davantage en termes d’innovation. Ce constat conforte par ailleurs un résultat dominant de la
littérature selon lequel l’exportation hors des frontières européennes sélectionne plus fortement
les entreprises innovatrices dès lors que seules les plus productives sont capables de supporter
les coûts d’entrée vers les marchés étrangers hors Europe.
Nous proposons dans cette section de comparer les distributions de productivité et de salaire
moyen de différentes catégories d’entreprises différenciées au regard de leurs stratégies
d’innovation et/ou d’exportation. Nous retenons donc deux mesures de la performance des
entreprises : la productivité totale des facteurs et le salaire moyen. Dans les deux cas, la littérature
Nous optons pour une mesure non paramétrique de la productivité, via le calcul d’indices
multilatéraux de PTF initialement introduits par Caves et al. (1982) et ultérieurement affinés par
Good et al. (1997). Cette mesure est largement répandue dans la littérature sur l’hétérogénéité
des firmes et la dynamique industrielle (voir en particulier les contributions de Baily, Campbell,
Hulten, 1992 ; Aw, Chen, Roberts, 2000 ; Aw, Chung, Roberts, 2001 ; Delgado et al., 2002, Bellone
et al., 2008). Par rapport aux approches paramétriques, notamment celle d’Olley et Pakes, ce type
de mesure n’autorise pas d’estimations structurelles. En contrepartie, ces mesures indicielles
ont le mérite de ne pas être directement soumises aux problèmes d’endogénéité et de sélectivité
propres aux approches paramétriques.
À partir des mesures individuelles de PTF relative, il est possible de comparer deux à deux
toutes les entreprises appartenant à un même secteur d’activité. Nous pouvons ainsi mesurer
les écarts de performance entre différentes catégories d’entreprises différenciées au regard de
leurs stratégies d’innovation et/ou d’exportation.
Les écarts de performances sont évalués à partir du test de dominance stochastique des
distributions cumulées de productivité et de salaire des différents échantillons de firmes (tableaux
3 et 4 ci-après). Les tests de dominance stochastique à la Kolmogorov-Smirnov (K-S), dont
la méthodologie est reportée dans l’annexe B, sont accompagnés de tests de différences de
moyennes pour les différents groupes de firmes.
Les tests de différences de moyennes comme les tests de dominance stochastique confirment
que les exportateurs ont une performance supérieure en termes de productivité (tableau 3) et
de salaire (tableau 4) relativement aux entreprises non exportatrices. Cette surperformance est
donc significative et valable sur l’ensemble de la distribution de la productivité d’une part et des
salaires d’autre part.
Stratégies d’innovation
Innovateurs Non-innovateurs 2 656 1 966 0,077 11,743 0,000 0,168 0,000 -0,0007 0,99
Inn avec brevets Inn sans brevets 1 282 1 374 0,115 16,91 0,000 0,255 0,000 -0,0017 0,99
Inn Procédés Non-innovateurs 2 107 1 966 0,053 8,009 0,000 0,154 0,000 -0,006 0,99
Inn Produit/entrep. Non-innovateurs 587 1 966 0,069 6,824 0,000 0,149 0,000 -0,001 0,99
Inn Produit/marché Non-innovateurs 1 433 1 966 0,106 13,67 0,000 0,248 0,000 -0,0018 0,99
Notes : Les deux premières colonnes du tableau identifient les deux sous-échantillons d’entreprises (respectivement le Groupe A et le
Groupe B) qui sont comparés.
* Tous les résultats établis dans ce tableau sont robustes à un changement de l’année de référence pour l’estimation de la performance de
l’entreprise (2004 au lieu de 2005).
a
: H0 est l’hypothèse que la différence de moyennes est négative.
b
: H0 est l’hypothèse que sup |F(z) –G(z)|=0, où F est la distribution du groupe A et G est la distribution du groupe B ; D est la
différence la plus large en valeur absolue entre F et G.
c
: H0 est l’hypothèse que sup{F(z)-G(z)}=0, D est la plus grande différence entre F et G.
Les exportateurs Global ont une productivité significativement plus élevé (10 % plus élevé en
moyenne) que les exportateurs qui restent cantonnés au marché européen. En revanche, la
productivité des exportateurs intraEurope ne se distingue pas significativement des non-
exportateurs. Ce résultat confirme la suggestion issue de l’observation statistique selon
laquelle seul le franchissement des frontières hors Europe entraîne un surcroît de productivité
des entreprises. Il est notable que le groupe des exportateurs Global surpasse très nettement
celui des entreprises non exportatrices ou celui des exportatrices intraEurope. Ce résultat
peut s’interpréter de deux manières, selon que l’on privilégie l’idée d’une causalité allant de la
productivité vers l’exportation ou, à l’inverse, celle d’une causalité allant de l’exportation vers la
productivité. Dans le premier cas, les résultats seraient révélateurs de l’absence de mécanisme
d’autosélection sur les marchés intraeuropéens. Ceci accréditerait l’idée selon laquelle le
processus d’intégration européenne aurait conduit à la quasi-disparition des coûts d’entrée
sur les marchés d’exportations intraeuropéens. Dans le second cas, ces mêmes résultats
seraient révélateurs du fait que la concurrence intraeuropéenne n’est pas porteuse de gains
d’efficacité, alors que celle à laquelle se confrontent les exportateurs français sur les marchés
extra-européens, au premier rang desquels les États-Unis et le Japon, engendrerait des gains
de productivité importants. Compte tenu du fait que la littérature sur le lien entre exportation et
productivité trouve beaucoup de preuves en faveur du premier type de causalité et très peu
en faveur du second (cf. Wagner, 2007), nous sommes poussés à conclure que l’absence
d’avantage de productivité en faveur des exportateurs intraEurope est plutôt révélatrice du fort
degré d’intégration des marchés européens.
Il est intéressant, ici, de comparer ce résultat à celui concernant les salaires moyens (tableau 4).
Si on retrouve bien une différence significative en termes de performances de salaires entre les
exportateurs Global et les exportateurs intraEurope à l’avantage des premiers, la différence reste
significative également entre les exportateurs intraEurope et les non-exportateurs.
Notes : Les deux premières colonnes du tableau identifient les deux sous-échantillons d’entreprises (respectivement le Groupe A et le
Groupe B) qui sont comparés.
* Tous les résultats établis dans ce tableau sont robustes à un changement de l’année de référence pour l’estimation de la performance de
l’entreprise (2004 au lieu de 2005).
a
: H0 est l’hypothèse que la différence de moyennes est négative.
b
: H0 est l’hypothèse que sup |F(z) –G(z)|=0, où F est la distribution du groupe A et G est la distribution du groupe B ; D est la
différence la plus large en valeur absolue entre F et G.
c
: H0 est l’hypothèse que sup{F(z)-G(z)}=0, D est la plus grande différence entre F et G.
Concernant les stratégies d’innovation (deuxième partie du tableau), le choix d’innover induit,
comme attendu, systématiquement une performance en termes de productivité et de salaire
significativement supérieure relativement aux non-innovateurs. Il apparaît que les « types »
d’innovation jouent également un rôle important pour discriminer la performance des entreprises,
en particulier le dépôt de brevet. La surperformance est la plus importante quand la stratégie
de l’entreprise est d’être innovante en produit nouveau pour le marché (productivité 10 % plus
élevée, et salaire 12 % plus élevé).
Mais, bien plus que l’innovation, le dépôt de brevet est fortement associé à une surperformance,
que ce soit en termes de salaire ou de productivité. Les innovateurs qui ont déposé un brevet
ont en moyenne un avantage de productivité de 11,5 % et un avantage de salaire de 13 %
relativement aux innovateurs qui ne déposent pas de brevets. Ces résultats captent évidemment
la qualification du capital humain des entreprises qui déposent des brevets. Cette qualification
entraîne une plus forte productivité et de plus forts salaires7.
7
Tous les résultats sont robustes à un changement de l’année de référence : 2004 au lieu de 2005.
Les résultats relatifs à la performance productive, mesurée par la PTF, sont présentés dans le
tableau 5. Il apparaît tout d’abord que les entreprises exportatrices sont en moyenne 3,3 % plus
productives que celles non exportatrices qui opèrent dans le même secteur d’activité et qui sont
de même taille. Ce résultat est conforme à la littérature préexistante sur le lien entre productivité
et exportation des firmes. Il montre que, pour une même taille d’entreprise, une hétérogénéité de
performances persiste entre les entreprises, qui est significativement corrélée aux différences de
stratégies d’exportation entre ces mêmes entreprises.
Nous confirmons également que la dimension de la stratégie d’exportation qui révèle le plus
fort avantage de productivité est celle du marché de destination. En effet, être un exportateur
Global conduit à 4 % de niveau de productivité en plus, alors que le statut d’exportateur se
traduit par un avantage de 1,5 % et qu’une augmentation de 10 % de l’intensité d’exportation se
traduit par un avantage de productivité de 0,26 %. La prise en compte de la distance du marché
d’exportation fait disparaître la significativité du coefficient du statut d’exportateur. Autrement dit,
la prime à l’exportation est essentiellement observée parmi les exportateurs qui exportent en
dehors de l’Europe.
Nous montrons, ensuite, que l’introduction des statistiques d’innovation diminue toutes les
dimensions de la prime à l’exportation mais ne les fait pas disparaître. Ainsi l’avantage de
productivité associé au simple fait d’exporter qui était de 3,3 % baisse à 3 % quand on contrôle
la stratégie d’innovation. Quand on considère les trois dimensions de l’exportation, la prime à
l’exportation de l’exportateur Global qui était de 3,9 % (spécification VIII) diminue à 3,6 % quand
on introduit la variable indicatrice de l’innovation. Il importe de remarquer que ces diminutions
sont assez faibles.
Ce dernier résultat peut légitimement jeter un doute sur la fiabilité de la variable innovation
de procédé dans l’enquête CIS4. Par nature, cette variable, basée sur l’autodéclaration des
entreprises, est subjective, dès lors que la matérialisation de l’innovation de procédé n’est
pas aussi claire que pour l’innovation de produit. Nos résultats tendent donc à montrer que la
variable innovation de procédé renseignée dans l’enquête CIS4 n’est pas parfaitement adéquate
pour capter les réelles innovations de procédés qui visent théoriquement à réduire les coûts de
production et qui devraient donc avoir un impact plus fort en termes de productivité9.
8
N
ous ne distinguons pas dans cette régression les innovateurs en produits nouveaux pour l’entreprise ou nouveaux
pour le marché tels qu’ils ont été définis dans la description statistique, en raison du trop petit nombre d’entreprises y
appartenant relativement à l’ensemble. Nous considérons donc essentiellement la distinction entre innovation de produit
et innovation de procédé.
9
L
’ensemble des régressions a été réalisé en retenant la productivité du travail comme variable dépendante, et cela ne
modifie ni la significativité, ni la hiérarchie des résultats.
I II III IV V VI
Exportateur 0,033*** 0,030*** 0,028*** 0,022*** 0,020** 0,016*
[0,008] [0,008] [0,008] [0,008] [0,008] [0,008]
Exportateur Global 0,044***
[0,007]
Intensité d’exportation 0,051*** 0,047***
[0,012] [0,012]
Innovation dum. 0,023*** 0,021***
[0,006] [0,006]
Innov. Produit dum. a 0,028***
[0,007]
Innov. Procédé dum. 0,004
[0,007]
Groupe dum.
Taille (Eff. Employé) 0,054*** 0,051*** 0,050*** 0,051*** 0,048*** 0,049***
[0,002] [0,003] [0,003] [0,003] [0,003] [0,003]
Nous procédons à présent au même exercice, en se concentrant sur le niveau des salaires par
tête dans l’entreprise qui remplace la PTF comme variable dépendante.
Les résultats du tableau 6 montrent que la prime à l’exportation en termes de salaire moyen
est toujours significativement positive. Ce résultat résiste à l’introduction de statistiques sur
l’innovation. L’avantage en termes de salaire moyen des entreprises exportatrices relativement
aux entreprises non exportatrices est légèrement diminué par l’ajout des indicatrices
d’innovation : il passe de 8,7 % à 7,9 %. Il apparaît aussi nettement que la surperformance des
exportateurs est étalonnée par la qualité du statut d’exportateur lui-même. Ainsi, les contrôles
de l’intensité d’exportation et de la destination des exportations affectent la prime à l’exportation
dans une plus large mesure que ne le font les indicatrices d’innovation. Cependant le simple
fait d’exporter reste toujours significatif pour expliquer la performance relative des exportateurs
en termes de salaire, alors qu’il ne persiste pas à expliquer la performance relative en termes
de PTF quand est précisé le degré d’implication sur les marchés étrangers des exportateurs.
Ce résultat conforte l’idée que la distance aux clients est une contrainte de coût qui sélectionne
les entreprises les plus productives. En revanche, le statut d’exportateur est en lui-même un
élément qui sélectionne les entreprises aux plus hauts salaires quelle que soit la distance de
leurs clients.
Tableau 6
Salaire réel par employé de la firme expliquée par le comportement d’exportation et
d’innovation
I II III IV V VI
Exportateur 0,087*** 0,082*** 0,079*** 0,045*** 0,043*** 0,047***
[0,011] [0,011] [0,011] [0,011] [0,011] [0,011]
Exportateur Global 0,101***
[0,009]
Intensité d’exportation 0,185*** 0,181***
[0,017] [0,017]
Innovation dum. 0,033*** 0,024***
[0,009] [0,009]
Innov. Produit dum. a 0,053***
[0,010]
Innov. Procédé dum. -0,014
[0,009]
Groupe dum.
Taille (Eff. Employé) 0,042*** 0,038*** 0,037*** 0,031*** 0,029*** 0,031***
[0,003] [0,003] [0,004] [0,003] [0,004] [0,003]
L’avantage relatif des innovateurs en termes de salaire par tête est, comme pour la PTF,
significatif, mais les résultats se distinguent en deux points. Premièrement, quand l’indicatrice
concernant la destination hors Europe est introduite (spécification VII), le statut d’innovateur
perd de sa significativité, alors qu’il restait nettement significatif dans la régression sur la PTF.
Deuxièmement, l’avantage relatif des innovateurs (spécification IX) n’apparaît plus quand on
tient compte de l’intensité d’exportation, alors que cet avantage demeurait dans le cas de la
PTF. En revanche, l’avantage relatif des innovateurs en produit en termes de salaire est toujours
significatif. Il n’apparaît pas d’avantages propres aux innovateurs en procédé. Au contraire
même, cette qualité semble conférer un désavantage en termes de salaire réel, ceci explique
la disparition de la significativité de l’innovation (qui inclut produit et procédé) quand l’intensité
d’exportation est introduite. Cela révèle assez logiquement que les innovateurs en procédé font
des gains de productivité qui ne se traduisent pas dans les salaires, voire même réduisent le
salaire moyen suite à une réorganisation du travail. Seule l’innovation de produit est associée
à l’avantage de salaire. Ce résultat est cohérent avec la présence de personnels dédiés à la
recherche et au développement pour la réalisation d’innovation produit. Le contrôle par les
brevets ne modifie pas les résultats : les innovateurs en procédé ne disposent pas d’un avantage
relatif en termes de salaire.
Le résultat commun aux deux régressions précédentes réside dans le constat que le statut
d’innovateur n’explique pas complètement la surperformance des exportateurs. L’avantage des
Conclusion
L’étude menée dans cet article a permis une exploration des liens entre innovation, performance
et exportations des entreprises françaises, à partir du croisement entre les enquêtes EAE et
CIS4. Notre résultat principal est que les variables d’innovation, bien que positivement liées à
l’avantage en termes de productivité et de salaire moyen des entreprises exportatrices, ne sont
pas à même d’expliquer à elles seules une large part de cet avantage. Le fait qu’une prime
d’exportation résiduelle demeure, de l’ordre de 3 % pour la productivité et de 8 % pour le salaire
moyen, laisse penser que des variables omises jouent également un rôle important dans la
détermination de l’avantage de productivité des entreprises exportatrices. Nous en concluons
qu’au-delà des écarts d’aptitude à innover entre entreprises, d’autres facteurs spécifiques,
possiblement relatifs aux compétences managériales et entrepreneuriales, jouent un rôle
important pour fonder le lien entre productivité et exportations des firmes.
Deux résultats additionnels ont émergé de la différenciation plus fine des exportateurs au regard de
leurs exportations les plus lointaines et au regard du type d’innovation qu’ils entreprennent. Nous
avons montré, tout d’abord, qu’une fois prise en compte la distance au marché d’exportation le
plus lointain, seules les entreprises qui déclarent exporter hors Europe bénéficient d’un avantage
de productivité par rapport aux entreprises non exportatrices. Ce résultat peut s’interpréter en
faveur de l’hypothèse d’un fort degré d’intégration des marchés européens, dès lors que le coût
d’entrée sur les marchés d’exportation (justifiant le surcroît de productivité) est a priori plus élevé
sur les marchés d’exportation hors Europe. En ce qui concerne la différenciation entre innovation
de produit et innovation de procédé, nous avons montré que chacune de ces dimensions était
liée avec l’avantage de productivité des exportateurs Global. Néanmoins, alors que l’innovation
de produit apparaît toujours significativement liée à la performance de l’entreprise en termes de
salaire ou de productivité, l’innovation de procédé n’affecte significativement et positivement
que la productivité relative des entreprises lorsqu’elle est associée à un dépôt de brevet.
Plusieurs explications ont été avancées pour expliquer la faible corrélation entre cette variable,
seule, et la productivité des entreprises. Elles militent toutes en faveur d’approfondissements de
l’analyse visant à envisager le rôle de l’innovation de procédé pour la performance d’entreprise
non pas seule mais associée à d’autres variables d’innovations (brevets / innovation de produit)
ou à des investissements spécifiques en inputs de meilleure qualité et/ou en changements
organisationnels. Une contribution notable dans cette voie est celle de Polder et al. (2010)
qui étudient la complémentarité des innovations de procédé, de produit et des changements
organisationnels comme moteurs de la productivité des entreprises. Il serait intéressant d’étendre
ce travail aux implications en termes de performance à l’exportation.
D’une manière plus générale, nos résultats invitent à creuser davantage l’hypothèse d’une
complémentarité entre les activités d’innovation des entreprises, leurs choix d’inputs et leurs
compétences managériales, dans la lignée des travaux théoriques qui mettent la double
hétérogénéité, des technologies et des inputs, plutôt que le seul facteur technologique, au cœur
des mécanismes d’autosélection et/ou d’apprentissage par l’exportation. De ce point de vue,
les résultats empiriques obtenus récemment par Verhoogen (2008), Kluger et Verhoogen (2009)
et Bustos (2010) ouvrent des voies intéressantes de recherche.
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And Wage Inequality », The Quarterly Journal of Economics, MIT Press, 1998, vol. 113(4),
p. 1055-1089.
Acs Z., Audretsch D., Strom R., « Entrepreneurship, Growth, and Public Policy », Cambridge
Books, Cambridge University Press, 2009, number 9780521894920.
Acs Z., Audretsch D., « Small Firms and Entrepreneurship », Cambridge Books, Cambridge
University Press, 2008, number 9780521062046.
Aghion P., Howitt P., The Economics of Growth, MIT Press, 2009.
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Turnover in Taiwanese Manufacturing », Journal of Development Economics, 2000, 66, p. 51-86.
Aw B. Y., Chung S., Roberts M. J., « Productivity and Turnover in the Export Market : Micro-level
Evidence from the Republic of Korea and Taiwan (China) », World Bank Economic Review,
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Bernard A. B., Eaton J., Jensen J. B., Kortum S., « Plants and Productivity in International
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Bustos P., « Trade liberalization, Exports and Technology Upgrading : Evidence on the impact of
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Cassiman B., Golovko E., Martínez-Ros E., «Innovation, exports and productivity », International
Journal of Industrial Organization, Elsevier, Juillet 2010, vol. 28(4), p. 372-376.
(1)
où Y représente l’output réel produit par l’entreprise à partir d’un ensemble de N inputs. Nous
retenons ici, comme inputs, le stock réel de capital physique (K), la quantité de travail (L) et
les volumes de consommations intermédiaires (M). La variable S mesure la part dans le coût
total du coût de l’input X. Les indices t et n indiquent respectivement le temps et les inputs. Les
variables surmontées d’une barre indiquent les moyennes d’échantillon pour les entreprises
appartenant au même secteur (défini au niveau NAF36) que l’entreprise i10.
Les variables d’inputs et d’outputs utilisées pour le calcul de la PTF sont définies au niveau
de l’entreprise, tandis que les indices de prix, le nombre d’heures travaillées et les taux de
dépréciation sont disponibles au niveau de l’industrie (NAF 36). Ainsi l’output réel (Y), calculé à
partir du produit brut de la firme, est déflaté par un indice des prix sectoriel publié par l’Insee.
L’input travail (L) est obtenu en multipliant le nombre de travailleurs effectifs (i.e. le nombre
d’employés plus le nombre de travailleurs d’autres entreprises mobilisés moins le nombre
d’employés qui travaillent pour une autre firme) par le nombre moyen d’heures de travail au
niveau sectoriel. Le stock de capital (K) est obtenu pour chaque firme à partir de l’investissement
et de la valeur comptable des actifs tangibles suivant la méthode traditionnelle de l’inventaire
permanent. Enfin, les consommations intermédiaires (M) correspondent aux achats de matériels
et de marchandises, aux frais de transport et de voyages et à diverses dépenses. Elles sont
déflatées également en utilisant les séries de l’Insee d’indices des prix des consommations
intermédiaires au niveau sectoriel.
La part du travail dans le coût total (SL) est calculée à partir de la variable « compensations
salariales » disponible dans l’enquête EAE. Cette valeur, qui inclut les salaires et les charges
afférentes, est utilisée pour approcher la variable théorique wt Lt. Pour estimer la part des
10
a firme de référence est ainsi une firme hypothétique, dont la production et les inputs sont des moyennes
L
géométriques des productions et des inputs de l’ensemble des firmes opérant dans le même secteur, et dont les
contributions relatives de chaque input aux coûts sont les moyennes arithmétiques des contributions relatives de
chaque input aux coûts de l’ensemble des firmes opérant dans le même secteur.
où c est le coût d’usage du capital, r le taux d’intérêt nominal, τt est le taux d’impôt sur les
sociétés à la période t, et ZI est la valeur présente des annuités de dépréciation fiscale d’une
unité nominale d’investissement dans l’industrie I. Des formules complexes de dépréciation
peuvent être employées en matière fiscale en France. Pour simplifier, nous avons recours à la
formule suivante :
où est la moyenne des taux de dépréciation industriels sur la période 1984-2005 et est la
moyenne des taux nominaux d’intérêt sur la période 1990-2005.
Soit Z1,…Zn un échantillon aléatoire de taille n qui correspond à un groupe de firmes issu d’une
distribution F, et soit Zn+1,..,Zn+m, un échantillon aléatoire de taille m, indépendant du premier
échantillon et issu d’une distribution G ; où Zi représente le niveau de productivité de la firme i.
La procédure de test est alors la suivante :
(i) Test bilatéral : H0 : F(z) – G(z) = 0 quel que soit z vs. HA : F(z) – G(z) ≠ 0 pour au moins
un z.
(ii) Test unilateral : H0 : F(z) – G(z) ≤ 0 quel que soit z vs. HA : F(z) – G(z) >0 pour au
moins un z.
Le test bilatéral teste l’égalité des distributions. Le test unilatéral teste la dominance stochastique
de F sur G, autrement dit si F est à droite de G. Supposons ainsi que F et G représentent les
distributions de productivité des exportateurs et des non-exportateurs. Le rejet de H0 dans le test
bilatéral indiquera que les distributions ne sont pas identiques. Le non-rejet de H0 dans le test
unilatéral signifiera que F domine G et donc que la distribution de productivité des exportateurs
domine stochastiquement la distribution de productivité des non-exportateurs.
Les statistiques de Kolmogorov-Smirnov utilisées pour ces tests bilatéral et unilatéral sont :
et
respectivement où :
Les résultats des tests KS sont reportés dans les tableaux 3 et 4 au côté de tests de différence
de moyenne.
Résumé
1
niversité de Paris Nord/CEPN ([email protected])
U
2
École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL)/CEMI
3
Instituto de Pesquisa Economica Aplicada (IPEA)
Le présent papier compare les liens entre innovativité et productivité dans les pays européens
et latino-américains. Suivant le modèle présenté dans un papier fondateur par Crépon et al.,
1998, (ci-après CDM), nous mettons en œuvre un modèle structurel où la R & D, l’innovation,
la productivité et les exportations sont estimées de manière séquentielle. Dans ce cadre, les
inputs de connaissance généralement considérés sont l’engagement dans des activités de
R & D et l’intensité des dépenses en R & D. Ceux-ci sont censés générer une production de
connaissances de différentes formes (brevets, innovation de produit, innovation de procédé,
etc.). Finalement, cette création de connaissances (ou plutôt de technologies) est supposée
avoir un impact direct sur la performance économique, en général exprimée par la productivité
du travail ou le taux d’exportation.
L’enchaînement causal entre ces principales composantes du modèle est perturbé par
différentes forces qui agissent simultanément. Une première dimension est d’ordre structurel :
il existe d’importantes différences entre et à l’intérieur des pays développés et des pays en
développement, comme ces spécialisations industrielles, la taille des entreprises, ces
ressources humaines ou naturelles. Elle se superpose dans une certaine mesure avec des
différences institutionnelles qui soutiennent des opportunités d’innovation et leurs réalisations
(la régulation des marchés, l’importance des marchés financiers, des organismes de recherche
publics, ou les droits de propriété intellectuelle). Une troisième entrave à l’innovation et à son
succès est l’incertitude politique ou de crise financière. Les données dont nous disposons ne
nous permettent pas de contrôler tous les aspects cités. Il est néanmoins intéressant de savoir
si les pays du Sud sont similaires les uns et les autres comme certains pays de l’UE le sont (Voir
Mohnen et al., 2006) et de mettre en évidence les similitudes et disparités entre pays développés
et pays en développement.
Cet article fait une comparaison internationale en utilisant des microdonnées au niveau des
firmes de pays européennes et latino-américains. En se basant dans les propositions du Manuel
d’Oslo (OECD, 1997) et le manuel de Bogotá (RICYT, 2001), les enquêtes utilisées fournissent
des indicateurs d’input de l’innovation et ses résultats ainsi que des informations générales sur
les entreprises. Notre article rassemble des données sur six pays : les microdonnées au niveau
de l’entreprise sont disponibles en Europe pour deux pays (France et Suisse) et en Amérique
latine pour trois pays (Argentine, Brésil et Mexique). En outre, les microdonnées agrégées de
CIS4 sont disponibles pour l’Espagne4.
4
L
es données CIS3 espagnoles sont disponibles mais sans le nombre d’employés. Il est dès lors impossible d’utiliser les
données microagrégées pour estimer un modèle CDM complet.
L’article est organisé comme suit. La littérature est analysée en focalisant cette revue sur l’étude
des résultats portant sur les déterminants de l’innovativité, la productivité et les exportations.
Ensuite sont présentées les données et les définitions des variables, ainsi que les différents
aspects du modèle empirique retenu. Puis, des statistiques descriptives sur les performances
des pays d’Amérique latine et des pays européens viennent étayer la comparaison entre les six
économies. Enfin, les résultats économétriques du modèle sont présentés et interprétés.
Revue de littérature
De nombreux travaux économétriques sont disponibles montrant les liens positifs entre la R & D
ou l’innovation et la productivité (voir Mohnen et al. (2006) ou Mairesse et Mohnen (2002) pour
des revues sur les recherches faites sur les pays développés engagés dans des enquêtes
innovation). En suivant la structure du CDM, ces articles empiriques proposent un cadre intégré
où les activités de R & D, l’innovation et la productivité sont estimées de manière séquentielle.
Fondamentalement, les travaux basés sur les modèles CDM se sont concentrés sur les liens
linéaires entre trois étapes : les inputs à la connaissance, la production des connaissances et
la performance économique. Les inputs à la connaissance généralement considérés sont ici la
décision de s’engager dans des activités de recherche et l’intensité des investissements de R & D.
Ceux-ci sont censés fournir une production de connaissances mesurée par plusieurs types
d’innovation (invention brevetée, innovation de produit, innovation de procédé, etc.). Ensuite,
la connaissance technologique est supposée avoir un impact direct sur les performances
économiques en général exprimé par la productivité du travail.
Sans prétendre être exhaustif, il est possible de citer quelques-uns des travaux récents reprenant
cette structure tels que Lööf et Heshmati (2000), Van Leeuwen et Klomp (2002), Lööf H. et al.
(2003), Kemp et al. (2003), Janz et al. (2003), Griffith et al. (2006), Rogers (2006) et Mohnen et al.
(2006). Ces études empiriques portent sur des données récentes CIS - le plus souvent à partir
de la troisième édition - de divers pays européens comme la Belgique, le Danemark, la France,
l’Allemagne, l’Irlande, l’Italie, les Pays-Bas, la Norvège, l’Espagne et le Royaume-Uni. En termes
généraux, toutes ces études montrent le lien positif entre R & D et innovation et, par suite, son
impact sur la performance économique des firmes.
Une mention spéciale doit être faite pour trois travaux empiriques - Lööf H. et al. (2003), Janz
et al. (2003), Mohnen et al. (2006) et Griffith et al. (2006) - qui sont les premières tentatives
d’analyse internationale. La première étude porte seulement sur le premier lien du CDM, à savoir
l’influence de la R & D sur l’innovativité de sept pays européens à partir de données CIS1.
Les deux dernières références développent des modèles CDM complets à partir de quatre
échantillons européens de CIS3.
Récemment, le modèle CDM a été transposé à des pays en développement. Une revue de
la littérature nous a permis d’identifier les contributions de Benavente (2006) sur données
chiliennes, Chudnovski et al. (2006) sur données argentines, Correa et al. (2005) et De Negri
et al. (2007) sur panel brésilien, Espinoza Peña (2006) sur base péruvienne, Hernández et al.
(2004) sur ensemble mexicain, Hegde (2004) sur données malaisiennes, Jefferson et al. (2006)
sur entreprises chinoises et Stoevsky (2005) sur fichier bulgare5.
Les différences les plus remarquables par rapport au modèle CDM original sont l’absence
de brevets comme indicateur de produit novateur et le fait que les dépenses de R & D sont
mesurées en flux et non en stock6. Ces deux différences sont partagées par tous les articles
mentionnés.
Benavente interprète ces résultats par deux effets. D’une part, l’impossibilité de percevoir les
changements dans les variables expliquées – la productivité et l’innovation – à court terme, car
il n’existe pas suffisamment de retard. D’autre part, par le fait que le modèle CDM est censé
capturer le changement technique par l’intermédiaire de la valeur ajoutée par travailleur, alors
que l’innovation dans les pays les moins avancés repose généralement sur l’introduction de
biens d’équipement incorporant des connaissances nouvelles.
Toutefois, la plupart des différentes études mentionnées ci-dessus sur données de pays en
développement montrent certains écarts avec les résultats de Benavente et suggèrent que le
modèle CDM est toujours valable. Alors que Hernández et al. (2004) ont les mêmes problèmes
pour trouver les liens entre les trois étapes pour un modèle sur données mexicaines, les autres
contributions empiriques (en Argentine, au Brésil, Pérou, en Malaisie, Chine et Bulgarie) vérifient
au moins l’un des liens et la plupart d’entre eux les deux (tableau 1).
Ces modèles CDM employés pour ces pays en développement atténuent avec succès les
deux principales limites suggérées par Benavente. Un premier moyen mis en œuvre consiste
à éviter les limitations des données en coupe en utilisant des données de panel. C’est le
choix opéré par Chudnovski et al. (2006), De Negri et al. (2007) ou Jefferson et al. (2006). Ces
études montrent alors une relation positive et significative entre, d’une part, la R & D et les
connaissances technologiques produites, puis, entre connaissance produite et performance
économique.
5
Voir aussi le numéro spécial de European Journal of Development Research, 2008; 20(2).
6
L
a plupart des raisons avancées sont liées au manque de structures institutionnelles, que ce soit en termes de défense
des droits de propriété ou de système d’information statistique ou dans l’idée que la plupart des processus innovants
sont de nature informelle. Pour un résumé récent sur ces points, on consultera le manuel de Bogotà du RICYT (2001) ou
la troisième édition du manuel d’OSLO (2005).
7
E
n fait, plus de la moitié des coefficients ont des significativités différentes de celles trouvées dans Crépon et al. (1998).
Notes :
IC = Input des Connaissances ;
OC = Output des Connaissances ;
PE = Performance Économique ;
OLS = Ordinary Least Squares ;
SLS = Stages Least Squares ;
ALS = Asymptotic Least Squares ;
FIML = Full Information Maximum Likelihood ;
IV = Instrumental Variables.
CA par employé Linear Fixed effects Tous les liens sont vérifiés. Exportation (t-1)
Multinomial Logit et structure du capital ne sont pas significatives.
Valeur ajoutée ALS Faible lien positif entre IC et OC.
Lien positif robuste entre OC et PE.
Croissance stock capital 3SLS and FIML Tous les liens sont retrouvés.
Valeur ajoutée par employé Probit, Tobit et ALS Tous les liens sont retrouvés.
CA par employé 3SLS and 2SLS Tous les liens sont vérifiés pour l’échantillon complet.
Il n’y a pas d’influence de la propriété du capital sur le OC.
CA Probit, OLS et IV Tous les liens sont vérifiés. Les firmes étrangères
Profit ont un impact positif sur IC, OC et PE.
- Probit Le lien entre IC et OC est vérifié.
Les firmes étrangères ont un impact positif sur OC.
Valeur ajoutée par employé OLS et Quantile Il n’y a pas de lien entre OC et PE.
régression
Une dimension intéressante empruntée par certaines de ces études empiriques et généralement
négligées par les versions CDM sur les pays développés, est la prise en compte de l’origine
de la propriété du capital et plus précisément l’introduction de la distinction entre entreprises
indépendantes ou filiales de groupes nationaux ou étrangers (Cf., Chudnovski et al. 2006,
Stoevsky 2005, Jefferson et al. 2006 et Hegde 2004). Cela est particulièrement intéressant pour
l’analyse des systèmes d’innovation des pays en voie de développement, dans la mesure où
les entreprises d’origine étrangère ont généralement leur siège social situé dans des systèmes
d’innovation technologiquement plus avancés.
Un résultat dominant de cette littérature souligne que les entreprises multinationales font de
la R & D au sein de leur pays d’origine et adaptent leurs produits aux demandes locales (Voir
Sadowski et al. 2006 pour une revue) ou alors que la R & D est regroupée avec les installations
de production (Defever, 2006). Dans les pays en développement, les investissements de R & D
des entreprises multinationales peuvent donc être moins fondamentales et moins intenses que
dans les pays développés, mais cependant demeurer plus fréquents et plus élevés que pour les
entreprises locales. De même, afin de compenser leurs faibles performances productives, ces
entreprises multinationales sont mieux à même de transférer des pratiques organisationnelles et
des processus de production avancés (Benfratello et Sembenelli 2006, Girma et Gorg, 2007).
Chudnovski et al. (2006) et Stoevsky (2005), respectivement sur l’industrie argentine et bulgare,
ne trouvent cependant aucune différence entre firmes nationales et étrangères au sein de
chaque équation du modèle CDM. Jefferson et al. (2006) et Hegde (2004) sur la Chine et la
Malaisie trouvent une influence positive de la propriété étrangère sur l’innovation. En particulier,
les entreprises étrangères de Chine semblent être plus intenses en R & D, en part du chiffre
d’affaires des produits innovants et de productivité.
Les problèmes sont encore plus importants lorsque les comparaisons internationales sont visées.
Tout d’abord, il y a la question de la forte hétérogénéité entre les pays développés et les pays en
développement. Jusqu’à présent les modèles CDM comparaient des pays où les performances
macroéconomiques et institutionnelles étaient assez semblables (Voir Lööf et al., 2003, Janz et
al., 2003, Griffith et al., 2006 ; Mohnen et al., 2006). Il existe de très faibles différences entre pays
européens concernant la stabilité politique ou de régimes de droit de propriété intellectuelle.
Par rapport aux pays d’Amérique latine, de fortes différences existent (par exemple sur les lois
sur les faillites, les régimes de droit de propriété intellectuelle, les marchés du travail ou des
systèmes financiers…) mais sont difficiles à maîtriser en raison de la rareté des données ou de
la difficulté de les mettre en commun (Bartelsman, Doms 2000)8.
En second lieu, il faut souligner la forte hétérogénéité au sein même des pays en développement
concernant la réglementation et des institutions affectant les investissements et les performances
(Voir par exemple Goedhuys et al., 2006). Il existe par exemple de grandes différences entre
nos trois pays d’Amérique latine en ce qui concerne leur spécialisation et leurs exportations :
8
ar exemple, chacune de nos bases de données est disponible uniquement sur place. Il est donc impossible d’empiler
P
les données pour tous les pays.
Parallèlement, l’influence des connaissances produites sur les performances économiques peut
être étendue aux performances à l’export. Bien que de nombreux travaux soutiennent le lien
entre ces deux variables, la causalité est moins évidente que pour la relation entre connaissance
et productivité.
La plupart des études empiriques peuvent être réparties en deux familles principales à partir de
leurs hypothèses théoriques de causalité. La première se réfère au fait qu’il y a un coût irréversible
à s’aventurer sur un marché extérieur. Seules les entreprises ayant un avantage concurrentiel –
comme un nouveau produit ou une productivité supérieure – vont décider d’exporter, alors que
les entreprises ne possédant qu’un faible avantage vont décider de se cantonner à leur marché
intérieur. Le second processus repose sur l’hypothèse que les entreprises en concurrence sur le
marché international – considéré comme un réservoir de connaissances avancées par rapport
au marché domestique – vont bénéficier d’externalités facilitant leur innovation (Voir De Loecker,
2006).
Plusieurs études ont été menées au niveau des entreprises sur l’hypothèse d’autosélection9.
La plupart trouvent un effet positif sur l’innovation, que ce soit sur le choix ou l’intensité des
exportations. Néanmoins, la plupart d’entre elles ne considèrent pas la possible endogénéité de
la variable innovation. À côté, ces articles expliquent les différences interentreprises en termes
de propension à exporter ou d’intensité d’exportations par de nombreux autres facteurs. Les
plus répandus sont ici la taille, le secteur d’activité et la productivité – cette dernière variable
étant parfois remplacée par la part décalée dans le temps des exportations dans le chiffre
d’affaires – pour lesquels sont trouvés des effets significatifs.
Enfin, semblables au modèle CDM sur les pays en développement, certaines études comprennent
la propriété des capitaux étrangers. Les résultats sont en l’occurrence encore moins concluants.
Bien que Correa et al. (2007) et Cassiman et Martinez-Ros (2006) trouvent une influence positive
respectivement pour l’Équateur ou l’Espagne, Harris et Li (2006) ne trouvent pas une telle relation
significative sur échantillon de firmes britanniques.
9
V
oir sur ce point Wakelin (1998), Kumar et Siddharthan (1994), Hirsch et Bijaoui (1985), Basile (2001), Sterlacchini
(1999), Roper et Love (2002) et Anderton (1999). On consultera aussi les contributions récentes de Cassiman et
Martinez-Ros (2006), Harris et Li (2006), Becker et Lachenmaier (2006), Kirbach et Schmiedeberg (2006) et Correa et al.
(2007).
Le tableau 2 présente la liste des variables utilisées autant dans les statistiques descriptives
que dans les estimations économétriques. Ces variables sont disponibles dans presque tous
les pays considérés.
Les définitions des variables montrent que certaines décisions doivent être prises lorsque
des questions ne sont pas exactement formulées de la même façon dans les différents pays,
de sorte que les variables obtenues ne sont pas parfaitement comparables. Dans plusieurs
cas, la variable peut être récupérée ou estimée à partir des données en provenance d’autres
sources. Dans d’autres cas, ces définitions donnent lieu à une certaine ambiguïté concernant
les spécifications à utiliser. Par exemple, la coopération est limitée dans certains questionnaires
aux activités de R & D – par exemple, le cas de la Suisse – alors que d’autres pays vont l’étendre
jusqu’à y inclure d’autres activités d’innovation. Les variables sur la coopération pourraient ainsi
être des variables explicatives aussi bien dans l’équation qui explique la R & D que dans les
équations d’innovation. La même conclusion peut être tirée pour la variable sur l’aide publique
qui ne se limite pas aux activités de R & D (par exemple, l’initiative Eureka dans les pays de l’UE
et la Suisse). Cette prise en compte des contraintes issues des données côtoie celles liées à la
spécificité des pays en voie de développement. Nous présentons tout d’abord la spécification
retenue avant de la caractériser puis d’exposer la méthode d’estimation mise en oeuvre.
Le modèle économétrique
Le modèle théorique est basé sur un mélange du modèle CDM original et de la version de Griffith
et al. (2006). À la suite de ces auteurs, nous pouvons écrire notre modèle à quatre équations.
En indexant les firmes de i = 1,…, N. La première équation rend compte du montant de R & D
investi pour produire de la connaissance par l’entreprise (R&DI*) :
(1)
où R&DI* est considéré comme une variable latente, x la matrice des déterminants des efforts
de R & D, α est le vecteur des paramètres à identifier, et ui un terme d’erreur. L’intensité des
dépenses de R & D des entreprises, notée R&DI, peut être utilisée comme une proxy des
efforts inobservables faits pour produire des connaissances. Toutefois, seules les entreprises
Variables Définitions
Activités de R & D La firme a engagé des activités de R & D pendant la période (dichotomique).
Intensité R & D Dépenses en R & D par employé dans la dernière année de la période.
Innovation de produit Produits nouveaux ou significativement améliorés dans la période (dichotomique).
Innovation de procédé Procédés nouveaux ou significativement améliorés dans la période (dichotomique).
Innovation Innovation de procédé ou produit dans la période (dichotomique).
Productivité du travail Chiffre d’affaires par employé dans la dernière année de la période.
Exportatrice La firme a exporté une partie de sa production dans la dernière année
de la période (dichotomique).
Coefficient d’exportation Ratio entre les exportations et les chiffres d’affaires dans la dernière année de la période.
Sources externes:
Groupe L’information provenant du groupe a été considérée comme de haute importance
pour innover dans la période (dichotomique).
Universités L’information provenant des universités ou des institutions sans profit a été considérée
comme de haute importance pour innover dans la période (dichotomique).
Fournisseurs L’information provenant des fournisseurs a été considérée comme de haute importance
pour innover dans la période (dichotomique).
Concurrents L’information provenant des concurrents a été considérée comme de haute importance
pour innover dans la période (dichotomique).
Clients L’information provenant des clients a été considérée comme de haute importance
pour innover dans la période (dichotomique).
Exhibitions L’information provenant des exhibitions ou foires a été considérée comme
de haute importance pour innover dans la période (dichotomique).
Coopération nationale La firme s’est engagée dans des activités de coopération pour innover
avec des partenaires nationaux (dichotomique).
Coopération internationale La firme s’est engagée dans des activités de coopération pour innover
avec des partenaires internationaux (dichotomique).
Aide publique La firme a reçu de l’aide publique pour ses activités de R & D ou innovation (dichotomique).
Intensité d’investissement Investissement brut par employé (log). Pour la Suisse seulement,
le revenu du capital (valeur ajoutée moins coût salarial) est disponible.
Investissement nul Firme avec un investissement nul ou manquant dans la dernière année
de la période (dichotomique).
Emploi qualifié Proportion des employés ayant atteint un diplôme universitaire.
Les données ne sont pas disponibles pour les firmes françaises, espagnoles et mexicaines.
La variable est approximée pour l’Espagne et le Mexique comme l’inverse du manque
de personnel qualifié dérivé de la question sur les obstacles à l’innovation (1).
Pour la France, elle est approximée comme les dépenses en logiciels par employé.
Innovation organisationnelle La firme a introduit des réformes organisationnelles dans la période (dichotomique).
Groupe domestique La firme appartient à un groupe domestique (dichotomique).
Groupe étranger La firme est une subsidiaire d’une entreprise multinationale étrangère (dichotomique).
Taille Cinq variables dichotomiques selon la quantité d’effectifs de la firme.
Les catégories sont 20–49, 50–99, 100–249, 250–499, 500 et + employés.
NACE Treize variables dichotomiques selon la principale activité industrielle de la firme.
La classification est dérivée de la classification NACE à 2 digits. Quelques industries
ont été agrégées car il avait trop peu d’observations (spécialement dans le cas suisse).
(1)
Cette approximation est inspirée sur Arvanitis (2006).
(2)
où la variable R&Doui est une variable dichotomique observée qui prend une valeur 1 si
l’entreprise déclare de la R & D, c’est-à-dire si la variable latente correspondante rd* dépasse
un certain seuil c. y est la matrice des variables explicatives de la décision de faire de la R & D,
vi le terme d’erreur et β le vecteur des paramètres à estimer.
Subordonné au fait que l’entreprise fasse de la R & D, il est possible d’observer les montants des
ressources consacrées à la R & D, et de spécifier l’équation de R&DI telle que :
(3)
Après l’estimation des déterminants des inputs de connaissance (R&DI), l’output de cette
production de connaissances est modélisé comme suit :
(4)
où INNOi est la connaissance produite par R&DI* et d’autres facteurs. γ, δ sont les paramètres
à identifier et wi le terme d’erreur. Les variables dichotomiques innovations de produits et de
procédés sont utilisées comme des approximations de la connaissance produite.
La performance économique des entreprises est alors modélisée à l’aide d’une fonction Cobb-
Douglas à rendements d’échelle constants :
(5)
où LPRO est la productivité du travail influencée par l’intensité du capital physique INVT – les
investissements en capital divisés par le nombre de salariés étant la meilleure approximation
disponible ici – et mi la matrice des autres variables explicatives, comprenant SKILLED mais
aussi les connaissances produites INNO ou l’innovation organisationnelle ORGA.
Par rapport aux précédents modèles CDM, une équation est ajoutée afin d’évaluer le rôle de
l’innovation dans l’intensité d’exportation. Nous avons donc introduit une sixième équation où les
entreprises exportent grâce à une compétitivité basée sur leur productivité et leurs innovations.
(6)
Comme pour le modèle retenu de Griffith et al. (2006), notre version du modèle CDM est estimé
non seulement pour les firmes innovantes mais aussi pour celles non innovantes de notre
échantillon. Les entreprises peuvent être impliquées dans certaines activités de production
de connaissances, même si elles déclarent une activité nulle de R & D. Ces activités de
connaissances résiduelles peuvent être informelles ou fondées sur d’autres sources que la
R & D. Nous supposons tout particulièrement que les firmes avec R & D, mais aussi celles
sans R & D déclarée, peuvent être des entreprises technologiquement innovantes. Les mêmes
remarques s’appliquent pour les outputs de l’innovation, les entreprises en dessous d’un certain
seuil ne font pas état de toute leur(s) innovation(s). Notre modèle comporte cependant certaines
différences par rapport à Crépon et al. (1998) ou à son évolution in Griffith et al. (2006) :
10
ela ne signifie pas que les variables utilisées soient bonnes. Dans les enquêtes innovation, les sources externes sont
C
disponibles en effet uniquement pour les entreprises se déclarant innovantes alors que les non innovantes, et surtout
celles imitatrices, bénéficient des informations et connaissances en provenance d’autres organismes. Les coefficients
sont donc a priori biaisés ici. Lhuillery (2007) montre toutefois, sur données suisses, que si le biais est réel, il concerne
surtout le coefficient de la variable concurrent qui doit donc être interprété avec la plus grande prudence.
11
Nous avons, de manière infructueuse, lancé des régressions auxiliaires essayant d’expliquer l’innovation
organisationnelle par l’innovation technologique.
L’estimation du modèle
Reprenant le modèle économétrique, le modèle se compose des cinq équations (2), (3), (4),
(5) et (6). À la suite de Griffith et al. (2006), il est supposé que le modèle complet a la structure
récursive sans effets croisés, de telle sorte qu’une procédure d’estimations à quatre étapes peut
être menée.
Dans un premier temps, les équations (2) et (3) sont estimées par un modèle TOBIT généralisé
utilisant l’estimateur du maximum de vraisemblance (MLE). Afin d’estimer (2) et (3), il est supposé
ici que les erreurs ui et vi suivent une loi normale bivariée. Comme les inputs de connaissance
peuvent prendre d’autres formes que les dépenses de R & D, l’estimation des paramètres de
l’équation (3) permet d’imputer un probable investissement de R & D à chaque entreprise ne
figurant pas parmi les entreprises déclarant de la R & D : les entreprises innovantes qui ne
déclarent pas de R & D mais aussi les entreprises qui ne déclarent pas être innovantes. On
suppose donc que les inputs de connaissance qui ne sont pas mesurés par les dépenses
de R & D sont les mêmes que celles estimées. Cette hypothèse forte permet de proposer
une solution simple au problème lancinant de la diversité des modalités de production de
connaissance dans des économies en développement.
Dans la troisième étape, l’équation (5) est estimée par les moindres carrés ordinaires lorsque
les données sont disponibles. La productivité du travail est estimée en introduisant la moyenne
calculée sur la période considérée des investissements en capital par salarié. Les deux valeurs
d’INNOi prédites par l’étape précédente sont incluses afin de contrôler l’endogénéité de cette
variable dans l’équation de productivité.
Dans la dernière étape, l’équation (6) est estimée à la suite de (5), en utilisant un modèle
TOBIT puisque de nombreuses firmes n’exportent pas. Les deux valeurs prédites d’INNOi, en
produits ou procédés, à la seconde étape et la valeur prédite de LPROi obtenue à partir de la
troisième étape sont incluses dans l’équation d’exportation afin de mitiger l’endogénéité des
trois différents paramètres de l’équation (6). Pour les deux variables innovations, les instruments
sont simples avec les différentes sources externes de connaissances participant au processus
innovant. Pour la productivité du travail, les instruments valides sont moins évidents. L’innovation
organisationnelle est un candidat naturel mais n’est pas un instrument robuste pour tous les pays.
Une question supplémentaire ici est la légitimité d’une comparaison entres les résultats
obtenus sur données entreprises et ceux obtenus sur des données qui, comme pour nos
données espagnoles, ont été microagrégées afin de protéger leur confidentialité. À la suite
des investigations faites par Mairesse et Mohnen (2001) sur l’enquête CIS1 française, nous
supposons ici qu’une telle comparaison n’est pas un problème pour les grands échantillons de
données et que les résultats ne sont pas très sensibles aux processus de microagrégation.
Dans les travaux précédents, les coefficients des variables innovation sont rarement trouvés
significatifs. Afin de contourner le problème récurent de colinéarité qui entraîne de tels résultats,
nous fournissons des estimations dans lesquelles les variables innovation de produit et innovation
de procédé sont introduites séparément.
Statistiques descriptives
Dans le tableau 3, sont présentées en détail les statistiques descriptives des principales variables
pour les six pays analysés. Tous les résultats font référence aux sous-échantillons mentionnés
dans la section précédente. Comme on pouvait s’y attendre, il existe des nombreuses différences
structurelles entre pays européens et latino-américains. Néanmoins, il existe aussi une certaine
hétérogénéité à l’intérieur de chaque région. Le reste de la section expose les résultats les plus
pertinents.
Un écart important entre les deux zones est trouvé concernant les activités de R & D. Si en Europe,
environ plus de la moitié des firmes s’engagent dans des activités internes de R & D, moins du tiers
des firmes d’Amérique latine est ici concerné. Cet écart se retrouve pour l’intensité des dépenses de
R & D, avec des entreprises européennes dépensant plus de 1 700 dollars (courants) par employé
contre des entreprises d’Amérique latine ne dépensant pas les 400 dollars par employé.
À l’intérieur de l’Amérique latine on détecte une forte hétérogénéité. Tandis que le Brésil est en
tête de la région, suivi de peu par l’Argentine, le Mexique est clairement en retard avec moitié
moins de firmes s’engageant dans des activités de R & D et une intensité de R & D qui est alors
plus de deux fois plus faible.
Les résultats obtenus sur l’innovation sont toutefois moins dissemblables entre les deux zones
géographiques. La Suisse et l’Espagne ont plus des trois quarts de leur échantillon de firmes qui se
déclarent innovants, l’Argentine, les deux tiers, le Brésil et la France autour de la moitié et le Mexique
moins du tiers. Cependant, ces résultats doivent être interprétés en gardant à l’esprit que l’innovation
est mesurée ici au niveau de la firme et non du marché, ni de la frontière technologique12.
En concordance avec les données macroéconomiques sur le PIB par habitant, la productivité du
travail des entreprises européennes est nettement plus élevée que celles d’Amérique latine. Alors
que les pays européens présentent des chiffres toujours supérieurs à 150 000 dollars par employé,
les firmes des pays latino-américains sont comprises entre la moitié – dans les cas du Brésil et
du Mexique – et les deux tiers – dans le cas argentin – de ce chiffre. La productivité du travail
plus élevée en Argentine s’explique principalement par la surévaluation du peso argentin issue du
programme politique de parité avec le dollar américain qui était en place à l’époque de l’enquête.
12
Crespi et Peirano (2007) trouvent des résultats tout aussi surprenants lorsqu’ils comparent le Chili et le Royaume-Uni.
La coopération avec des partenaires domestiques est beaucoup plus fréquente dans les pays
européens comme l’Espagne (30 %) ou la France (23 %) même si les firmes suisses (4 %)
déclarent moins de coopération au niveau national que ne le font les firmes d’Amérique latine
(avec Argentine 10 %, Brésil 8 % et Mexique 7 %). Néanmoins, les firmes européennes s’engagent
beaucoup plus souvent dans une coopération internationale (entre 14 % et 18 % des firmes) que
ne le font les firmes latino-américaines (avec une fourchette de 4 % à 8 % seulement).
Les firmes espagnoles et françaises ont accès à des aides publiques pour des activités de R & D
ou d’innovation (respectivement 25 % et 18 %) plus fréquemment que dans les autres pays. Les
entreprises suisses (5 %) perçoivent, par exemple, moins d’aides que les firmes brésiliennes
(11 %) et s’apparentent ici plus aux firmes d’Argentine ou du Mexique dont les financements
publics sont notoirement faibles (avec respectivement seulement 2 % et 1 % concernés).
Résultats économétriques
Les résultats des modèles économétriques sont exposés dans les quatre sous-sections
suivantes, en reprenant les quatre étapes décrites précédemment.
Comme on pouvait s’y attendre, l’aide publique aux projets de R & D ou d’innovation est aussi
un déterminant du choix dans tous les pays étudiés. Les firmes financées ont une probabilité
supérieure d’engager activités de R & D que celles sans aide publique, ayant des élasticités qui
vont de 22 % pour les firmes argentines jusqu’à 52 % pour les firmes françaises13.
Les résultats relatifs à la propriété du capital varient selon les pays. Au Brésil et en France, les
groupes nationaux ont une probabilité supérieure de s’engager dans des activités de R & D que
les firmes indépendantes (+ 10 % environ dans les deux pays), et les filiales des entreprises
multinationales le sont plus encore (avec environ + 15 %). Les firmes espagnoles sont plus
disposées à mener des activités de R & D que les filiales étrangères (6 % de moins), mais il n’y a
pas de différences significatives entre filiales de groupes domestiques et firmes indépendantes.
13
Bien entendu, la variable financement public est endogène. Ce problème n’est pas traité dans ce modèle d’Heckman.
L’interprétation de ces résultats n’est pas aisée. On pourrait avancer que les activités de
R & D des multinationales ne sont faites que dans le pays de la région avec le marché plus
grand, où les produits vont être adaptés pour tous les marchés régionaux. Dans les pays en
développement, les entreprises transnationales n’investissent alors en R & D que si la taille
du marché visé n’est pas assez large pour distribuer les coûts de la R & D occasionnés. De
façon combinée, dans le cas mexicain, il est probable que le marché intérieur ne soit pas visé
par les entreprises américaines qui vont investir en R & D surtout dans leur pays d’origine. Un
effet similaire peut se produire en Espagne, où les entreprises multinationales françaises et
allemandes qui cherchaient des faibles coûts, et les firmes américaines et japonaises ayant une
stratégie d’entrée dans l’UE se sont établies pendant les années 1980 et 1990.
Tableau 4
Décision de s’engager dans des activités R & D
Le tableau 5 présente les résultats des déterminants de l’intensité des dépenses en R & D dans
les six pays étudiés, qui sont beaucoup plus hétérogènes que les précédentes sur le choix de
s’engager dans des activités de R & D.
Les sources externes d’information pour innover ne sont pas, en général, des déterminants
significatifs de dépenses de R & D, en particulier dans les firmes des pays d’Amérique
latine. Les nombreuses études citées en section 2 suggèrent que l’information provenant de
fournisseurs est un substitut aux investissements de R & D pendant que l’information des
clients est complémentaire. Les signes des coefficients liés aux fournisseurs et clients comme
Tableau 5
Intensité R & D
Plus intéressante encore est la différence entre les pays européens et latino-américains à propos
de l’influence des universités et autres organismes publics de recherche sur l’intensité des
dépenses R & D. Pour les firmes européennes, ces institutions sont des sources de connaissances
qui poussent les firmes à être plus intenses en R & D ; pour les firmes d’Amérique latine, cet
effet de capacité d’absorption (à la Cohen et Levinthal, 1989) n’est cependant pas détecté.
En France, au Brésil et en Espagne, les politiques publiques concernent les firmes plus intensives
en R & D, pourtant le lien entre politiques S & T et l’intensité R & D des firmes n’est pas trouvé
pour la Suisse, l’Argentine ou le Mexique. Comme mentionné dans la section précédente, dans
ces trois pays la proportion des entreprises soutenues par le financement public est très faible
et pose le problème de qualité des rares données récoltées dans ces pays.
La coopération renforce l’intensité R & D lorsqu’elle est établie avec des partenaires internationaux.
C’est le cas pour les firmes argentines (95 %), suisses (55 %) et françaises (43 %)14. Les firmes
brésiliennes sont les seules à montrer un impact équivalent pour la coopération avec des
partenaires domestiques (24 %). Les firmes mexicaines et espagnoles ne révèlent cependant
aucun lien entre coopération – quel que soit le type – et intensité des dépenses R & D.
En France et au Brésil, les groupes nationaux dépensent plus en R & D que les firmes
domestiques. Dans ces pays, les groupes étrangers ont un rôle encore plus élevé. En Espagne,
seuls les groupes nationaux manifestent des efforts R & D plus élevés. Ces groupes – qu’ils
soient espagnols ou étrangers – sont d’ailleurs des sources importantes d’information pour des
filiales encore plus intenses en R & D (+ 13 %). En Suisse, en Argentine et au Mexique, les firmes
intenses en R & D sont beaucoup plus dispersées au regard de la structure du capital.
Dans les six pays, les différentes sources d’information ont de fortes influences sur la probabilité
d’innover. En Europe, tout comme en Amérique latine, l’information issue des clients et
fournisseurs est déterminante pour les résultats d’innovation. En général, les clients ont plus
d’influence sur l’innovation de produit et les fournisseurs sur l’innovation de procédé. Ce résultat
est confirmé par l’influence des foires et expositions qui influencent fortement les innovations,
surtout celles de procédé.
Les résultats montrent l’absence d’une influence directe des organismes de recherche publics
et privés à but non lucratif sur l’innovation des firmes européennes, même si un signe négatif est
retrouvé pour les firmes françaises. Alors que les organismes publics de recherche n’ont pas été
trouvés précédemment comme moteurs des investissements de R & D des firmes brésiliennes
et argentines, ils ont un impact sur les innovations de produit. Cet effet n’apparaît cependant
pas pour les innovations de procédé où il peut être même négatif. Une interprétation ici est que
14
L
es liens de coopération ne sont pas demandés dans le questionnaire argentin de la même manière que dans les
autres questionnaires. En conséquence, le niveau des effets marginaux n’est pas vraiment comparable.
De manière surprenante, l’appartenance à un groupe semble plutôt avoir une influence négative
sur la probabilité d’innover, même si celle-ci est non systématique. Selon nos résultats, ce sont
les groupes nationaux du Mexique, du Brésil et de la France qui ont une moindre propension
à innover – que ce soit en produit ou en procédé. Des résultats similaires sont trouvés pour les
filiales de multinationales étrangères au Brésil, en Suisse et en France.
Confirmant les études empiriques antérieures, les grandes entreprises semblent avoir plus de chan-
ces de parvenir à innover dans les six pays étudiés, mais ce résultat est moins net pour les firmes
mexicaines, espagnoles et suisses, où l’effet est cantonné aux seules innovations de procédé.
Productivité
Les élasticités de la productivité par rapport à l’investissement par employé sont d’environ 0,16
pour les firmes françaises et suisses. Ce coefficient est sensiblement plus fort qu’en Espagne
(0,09), ce qui confirme les résultats déjà trouvés dans Griffith et al. (2006). Les résultats des firmes
argentines et brésiliennes sont semblables à ceux obtenus en France et Suisse (respectivement
0,16 et 0,12). Étant donné le manque des données d’investissement, ce coefficient est
indisponible pour les firmes mexicaines.
L’impact des coefficients d’innovation de produit et procédé semble assez différent entre pays
en raison de problèmes de collinéarité. Afin de déterminer l’ampleur des coefficients de produits
et les processus d’innovations, les deux variables sont introduites et présentées séparément
dans le tableau 7, dans les colonnes (2) et (3), respectivement. L’innovation est associée à des
augmentations de productivité pour tous les pays, sauf l’Argentine. Les estimations semblent
plausibles et non loin de précédents résultats concernant les pays de l’UE (Griffith et al., 2006).
En Suisse et en France, l’ampleur de l’impact de l’innovation de produit est de 11 % et presque
8 % respectivement15. L’association est cependant plus forte en Espagne (17 %), au Brésil
(25 %) et au Mexique (37 %).
L’innovation de procédé devient aussi importante lorsqu’elle est introduite seule dans les
équations, sauf pour le cas suisse. Le signe est toujours positif et l’ampleur suggère un effet plus
faible par rapport à l’innovation de produit dans le cas du Brésil (20 %), alors que l’ordre inverse
est constaté pour la France (18 %), l’Espagne (20 %) et le Mexique (42 %). Dans le cas argentin,
on ne trouve aucun impact de l’innovation sur la productivité (tableau 7). Ce dernier résultat
n’est cependant pas robuste car, avec d’autres critères d’échantillonnage et une spécification
économétrique plus proche de celle proposée par Griffith et al. (2006), il est possible de montrer
que l’innovation de produit, comme celle de procédé, ont, séparément, une influence positive
sur la productivité du travail.
15
ans les équations semi-logarithmiques comme celle-ci, les coefficients des variables dichotomiques doivent être
D
transformés pour pouvoir être interprétés correctement (Halvorsen et Palmquist, 1980), spécialement quand les
coefficients s’éloignent de zéro. Par exemple, un coefficient de 0,220 doit être corrigé comme ℮0,220 – 1 = 0,246.
Notes :
p<0.01 (***), p<0.05 (**), p<0.1 (*).
Les coefficients expriment les effets marginaux et, entre parenthèses, les écarts types.
12 variables sectorielles ont été incluses dans l’estimation.
Notes :
p<0.01 (***), p<0.05 (**), p<0.1 (*).
Les coefficients expriment les effets marginaux et, entre parenthèses, les écarts types.
12 variables sectorielles et investissement nul ont été inclus dans l’estimation.
ND : non disponible.
La taille des firmes est un déterminant de la productivité de travail, surtout dans les firmes
d’Amérique latine et d’Espagne, où les résultats sont plus clairs que pour la Suisse ou la France.
Toutefois, ces effets de taille ont été trouvés sur d’autres pays de l’UE par Griffith et al. (2006) où
les entreprises de plus de 1000 employés sont plus productives.
La propriété du capital a plus d’importance que l’innovation. Ces résultats sont en contradiction
avec Chudnovski et al. (2006) ou Stoevsky (2005) : les entreprises appartenant à des groupes
domestiques ou étrangers sont plus productives. Les firmes européennes appartenant à
des groupes domestiques sont 20 % et 30 % plus productives que les indépendantes, alors
que celles d’Amérique latine le sont entre 40 % et 50 % de plus. Les filiales des entreprises
multinationales étrangères sont encore plus productives. En Europe, la différence par rapport
aux firmes indépendantes oscille entre 35 % et 60 %, alors qu’en Amérique latine cette différence
va de 60 % à 80 %. Comme on pouvait s’y attendre, quand les entreprises multinationales
s’installent dans un pays en voie de développement, elles induisent un écart plus large de
productivité entre les entreprises opérant dans cette économie.
Exportations
Les exportations sont influencées principalement par la productivité du travail et les innovations
technologiques (tableau 8). L’élasticité des exportations par rapport à la productivité est autour
de 0,15 dans les pays européens et le Brésil, mais est seulement de 0,08 pour les firmes
argentines. Le lien n’est pas trouvé significatif pour les firmes mexicaines.
Les innovations de produit et procédé induisent des exportations dans tous les pays étudiés
sauf pour le Mexique. Le lien est trouvé fort en Suisse et en Argentine (entre 16 % à 22 %) et plus
faible en Espagne, en France et au Brésil (5 % à 12 %).
Les filiales des entreprises multinationales étrangères exportent plus que les firmes domestiques.
C’est clairement le cas des filiales localisées au Brésil et en Suisse et, dans une moindre mesure,
en Argentine et en France. Par contre, les filiales situées au Mexique16 et en Espagne n’ont
pas un comportement exportateur distinct de celui des firmes domestiques. Dans le cas de
l’Espagne et de la France, les groupes domestiques exportent autant, voire moins, que les
firmes indépendantes.
Conclusion
Dans cet article, nous explorons les causalités R & D – innovation - productivité qui peuvent
exister pour des pays en développement tels que l’Argentine, le Brésil et le Mexique. On trouve
que les firmes des pays en voie de développement arrivent à absorber des connaissances de
l’extérieur et à les utiliser pour construire des compétences internes qui permettront de créer des
nouveaux produits et de meilleurs procédés. Ces connaissances nouvelles permettent alors aux
firmes des pays en développement d’atteindre de meilleures performances économiques, aussi
bien en termes de productivité du travail que d’exportation.
16
O
n notera ici que les « maquilas », qui sont des entreprises de sous-traitance dont la production est essentiellement
destinée aux États-Unis, sont des filiales mexicaines au statut juridique particulier et ne sont pas interrogées par
l’enquête.
Nos résultats suggèrent que les modèles basées sur le CDM fournissent un cadre flexible pour
explorer le lien entre innovativité et productivité dans des pays hétérogènes. Les améliorations
du modèle reposeront ici sur l’amélioration des questionnaires trop centrés sur les seules
entreprises innovantes et sur la disponibilité des données pour les chercheurs étrangers.
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Le tableau A.1 synthétise les similarités et différences entre les six sources de données.
Tableau A.1
Les enquêtes européennes et latino-américaines utilisées
Firmes
Microagrégé
Pays latino-américains Pays européens
Argentine Brésil Mexique France Suisse Espagne
Enquête LAIS LAIS LAIS CIS3 CIS3 CIS4
Période d’enquête 1998-2001 1998-2000 1999-2000 1998-2000 1998-2001 2002-2004
Échantillon 2 229 11 000 2 500 5 500 3 791 8 800
Obligatoire oui oui oui oui non oui
Taux de réponse 76% 93.5% 68.5% 86% 44.6% 82%
Nombre de répondants
(toutes industries) 1 688 10 328 1 713 4 730 1 691 7 283
Échantillon final 1 308 9 452 1 515 4 618 925 3 559
Variables compatibles sur l’innovation(a) :
Activités de R & D : décision, dépenses oui oui oui oui oui oui
Sources internes au groupe oui oui oui oui oui oui
Sources externes d’information oui oui oui oui oui oui
Foires, expositions oui oui oui oui oui oui
Financements publics nationaux
et internationaux oui seult national oui oui oui oui
Coopération de R & D ou pour innover oui oui oui oui oui oui
Conditions d’appropriation non non non oui agrégé oui
Résultats de l’innovation :
produits, procédés, ca innovant oui oui oui oui oui oui
Innovation organisationnelle oui oui oui oui oui oui
Autres variables compatibles(a) :
Ventes oui oui oui oui oui oui
Exportations oui oui oui oui oui oui
VA non oui(b) non oui(b) oui non
Nombre d’employés oui oui oui oui oui oui
Ouvriers qualifiés oui oui oui non(b) oui oui
Investissements oui oui non oui Approximé oui
Stock de capital non oui(b) non oui(b) non non
NACE à deux chiffres oui oui oui oui oui oui
Principal marché oui oui non oui oui oui
Nationalité du capital oui oui oui oui oui oui
Notes :
(a) Cette liste n’est pas exhaustive et il existe d’autres variables compatibles.
(b) Non disponible dans l’enquête innovation et obtenu ou approximé à partir d’une autre source.
Sanja Pekovic1-2-5
Fabrice Galia3-4-5-6
Résumé
Dans cet article, nous examinons l’impact des systèmes qualité sur la
performance d’innovation en utilisant la méthode de l’appariement sur le score
de propension. Nous nous appuyons sur deux enquêtes françaises, l’une
intitulée « Changements organisationnels et informatisation » (COI 1997) et l’autre
« Enquête communautaire sur l’innovation » (CIS3‑1998-2000). La première
hypothèse, selon laquelle la qualité (certification ISO 9000) influe positivement sur
l’innovation, se confirme pour certains aspects de la performance d’innovation.
La seconde hypothèse indique, en outre, que des niveaux de qualité différents
améliorent diversement la performance d’innovation. Les résultats montrent
que, pour certains domaines d’innovation, la performance d’innovation des
entreprises ayant un très haut niveau de qualité est plus élevée que celle des
entreprises ayant un niveau de qualité moyen, laquelle est à son tour plus
élevée que celle des entreprises ayant un faible niveau de qualité. Nous avons
cependant constaté que la différence de performance d’innovation entre les
entreprises ayant un niveau de qualité moyen et celles ayant un faible niveau
de qualité n’est pas significative. Cette étude suggère donc que, pour améliorer
significativement ses performances d’innovation, une entreprise doit posséder
un système qualité solidement établi.
1
niversité de Paris-Est, Marne-la-Vallée (OEP), Cité Descartes, 5 boulevard Descartes, Champs sur Marne, 77454
U
Marne-la-Vallée Cedex 2, France
2
Centre d’Études de l’Emploi « Le Descartes I », 29, Promenade Michel Simon, 93166 Noisy-Le-Grand Cedex, France
3
ESC Dijon Bourgogne, CEREN (Centre de recherche sur les Entreprises), Département Management, 29, rue Sambin,
BP 50608, 21006 Dijon, France
4
ERMES-UMR 7181-CNRS, Université Panthéon-Assas Paris II, 12, place du Panthéon, 75230 Paris Cedex 05, France
5
TEPP – Travail, Emploi et Politiques Publiques – FR 3126, France
6
Auteur correspondant : ESC Dijon Bourgogne, CEREN, Département management, 29, rue Sambin, BP 50608, 21006
Dijon, France. Tél. : +33 380 725 940 ; Fax. : +33 380 725 999. Courriels : [email protected] (S. Pekovic),
[email protected] (F. Galia).
La question centrale posée dans cet article est la suivante : la qualité exerce-t-elle un impact
positif sur l’innovation ? La présente étude contribue en outre à améliorer la compréhension du
rapport entre qualité et innovation de trois manières différentes. Premièrement, contrairement aux
études menées précédemment, nous examinons trois niveaux de qualité différents, fondés soit
sur la certification ISO 9000, soit sur des systèmes complémentaires à l’ISO 9000, et nous nous
intéressons également à l’ensemble des liens entre l’entreprise et son environnement externe.
Deuxièmement, nous opérons une distinction entre neuf indicateurs de performance d’innovation.
Enfin, nous corrigeons le biais de sélection en appliquant la méthode de l’appariement sur le
score de propension (PS-matching).
Cet article est structuré comme suit : nous examinerons d’abord la littérature existante sur la
certification ISO 9000, la performance d’innovation et l’impact de la qualité sur l’innovation.
Puis nous présenterons les données, les hypothèses, les méthodes économétriques utilisées
et les principaux résultats. La fin de cet article est consacrée aux conclusions, aux implications
stratégiques, ainsi qu’aux limites de la présente étude et aux futures pistes de recherches.
Avant de passer en revue la littérature consacrée à l’impact de la qualité sur l’innovation, nous
allons proposer une définition des termes « qualité » et « innovation ». Dans la présente étude, nous
nous concentrerons sur la certification ISO 9000 comme référentiel de base du niveau de qualité.
Les normes de la série ISO 9000 ont été créées pour faciliter la compréhension mutuelle des
exigences des différents systèmes de gestion de la qualité dans les échanges nationaux et
internationaux. La notion de norme générique attachée à la certification ISO 9000 implique
que les mêmes normes peuvent s’appliquer à n’importe quelle organisation, quelle que soit sa
taille, sa gamme de produits et le secteur économique dans lequel elle opère. Les sociétés qui
adoptent les normes ISO 9000 ont l’assurance que leurs programmes qualité s’appuient sur des
pratiques en matière de qualité modernes et solidement établies (ISO, 2004).
La certification ISO 9000 est une démarche volontaire ; elle est délivrée par divers organismes
de certification appelés organismes d’enregistrement, qui incluent des laboratoires publics, des
organismes d’essais privés, des entreprises ayant adopté les normes ISO de longue date, des
organisations professionnelles et des cabinets d’audit (Anderson et al., 1999). La certification
nécessite un examen détaillé et une documentation des processus de production de l’entreprise,
conformément aux exigences du système qualité spécifiées par ISO. Ces exigences ne se
focalisent pas sur la qualité d’un produit/service, mais sur la qualité des processus associés, en
englobant l’ensemble des relations auxquelles l’entreprise est partie.
Le système ISO 9000 s’appuie principalement sur des pratiques de gestion qui visent à intégrer
les questions de qualité à la gestion quotidienne des organisations. En réalité, ces pratiques
découlent des principes de gestion classiques, notamment du modèle « planifier, organiser,
diriger et contrôler » enseigné aujourd’hui dans la plupart des manuels d’introduction au
management (Boiral, 2003).
Tableau 1
Principes de la série de normes ISO 9000
Principe Description
Orientation client Les organismes dépendent de leurs clients, il convient donc qu’ils en comprennent
les besoins présents et futurs, qu’ils satisfassent leurs exigences et qu’ils s’efforcent
d’aller au-devant de leurs attentes.
Leadership Les dirigeants établissent la finalité et les orientations de l’organisme. Il convient
qu’ils créent et maintiennent un environnement interne dans lequel les personnes
peuvent pleinement s’impliquer dans la réalisation des objectifs de l’organisme.
Implication du personnel Les personnes à tous niveaux sont l’essence même d’un organisme et une totale
implication de leur part permet d’utiliser leurs aptitudes au profit de l’organisme.
Approche processus Un résultat escompté est atteint de façon plus efficiente lorsque les ressources et
les activités afférentes sont gérées comme un processus.
Management par approche système Identifier, comprendre et gérer des processus corrélés comme un système contribue
à l’efficacité et l’efficience de l’organisme à atteindre ses objectifs.
Amélioration continue Il convient que l’amélioration continue de la performance globale d’un organisme
soit un objectif permanent de l’organisme.
Approche factuelle pour la prise de décision Les décisions efficaces se fondent sur l’analyse de données et d’informations.
Source : Kartha (2004) ; site internet de l’ISO.
L’examen de la littérature existante montre que la certification ISO 9000 peut, d’une manière
générale, présenter des avantages concurrentiels pour une entreprise. Douglas et al. (2003)
affirment que la certification ISO 9000 entraîne une amélioration de la qualité. Anderson et al.
(1999) constatent que les exportations vers l’Europe et d’autres régions du monde augmentent
la probabilité que les entreprises américaines recherchent la certification ISO 9000. Terlaak et
King (2006) observent une hausse du chiffre d’affaires cohérente avec les modèles de signal
qui contribuent à l’adoption de l’ISO 9000. Terziovski et al. (2003) considèrent que la certification
ISO 9000 a un impact positif sur les résultats de l’entreprise. Corbett et al. (2005) suggèrent que
la certification ISO 9000 entraîne une amélioration significative des résultats financiers. Diaye et
al. (2009) montrent que la certification ISO 9000 accroît la productivité de l’entreprise.
Malgré ces exemples de réussite, la certification ISO 9000 présente aussi quelques inconvénients
mineurs. Certains qualifient sa mise en œuvre de coûteuse et chronophage, ce qui peut
décourager certaines entreprises, surtout les plus petites.
Il existe plusieurs définitions du terme « innovation ». Joseph Schumpeter est souvent considéré
comme le premier économiste ayant attiré l’attention sur l’importance de l’innovation. Schumpeter
(1934) définissait l’innovation comme « la fabrication d’un bien nouveau (…), l’introduction d’une
méthode de production nouvelle (…), l’ouverture d’un débouché nouveau (…), la conquête
d’une source nouvelle de matières premières (…) et la réalisation d’une nouvelle organisation
dans un quelconque secteur ». De plus, l’OCDE (1996) définit l’innovation comme « la mise en
œuvre de nouvelles idées qui créent de la valeur », ce qui fait référence aux différents types
d’innovation, tels que le développement de produits, la mise en œuvre de nouveaux procédés
techniques et les nouvelles pratiques de gestion.
L’examen de la littérature existante montre que la mesure de l’innovation peut se révéler difficile,
étant donné la palette très étendue des activités d’innovation. Cependant, l’une des méthodes
pouvant permettre d’évaluer l’innovation consiste à opérer une distinction entre les intrants et
les extrants d’une activité d’innovation (Rogers, 1998). Généralement, le principal extrant d’une
activité d’innovation est la réussite de l’entreprise, qui peut être définie comme ses bénéfices,
ses parts de marché, sa productivité, etc. La littérature définit également d’autres méthodes de
mesure des extrants de l’innovation : le nombre de nouveaux produits améliorés ou de nouveaux
procédés mis en œuvre, le pourcentage du chiffre d’affaires découlant des produits ou procédés
nouveaux ou améliorés, les résultats en matière de propriété intellectuelle tels que le nombre
de brevets, de marchés commerciaux, de dessins, etc. Concernant les intrants des activités
d’innovation, le Manuel d’Oslo (2005) considère que la R & D représente l’indicateur d’intrant de
base (OCDE, 2005). Le Manuel de Frascati, publié par l’OCDE (1993), définit la R & D comme
suit : « La recherche et le développement expérimental (R & D) englobent les travaux de création
entrepris de façon systématique en vue d’accroître la somme de connaissances, y compris la
connaissance de l’homme, de la culture et de la société, ainsi que l’utilisation de cette somme
de connaissances pour concevoir de nouvelles applications ».
Il convient de rappeler que les activités d’innovation peuvent aussi être freinées par un certain
nombre de facteurs, tels que des coûts élevés ou l’absence de demande, des facteurs
spécifiques à l’entreprise, comme le manque de main-d’œuvre qualifiée ou de connaissances,
et des facteurs juridiques, tels que la réglementation ou la législation fiscale (Galia et Legros,
2004 ; OCDE, 2005).
Comme nous l’avons évoqué plus haut, les études se sont généralement concentrées sur
l’analyse de l’impact du système de management total de la qualité (TQM) ou de la qualité en
général sur la performance d’innovation. Dans la présente étude, du fait d’un accès limité aux
données, nous nous intéressons uniquement à la certification ISO 9000 comme référence en
matière de gestion de la qualité.
L’utilisation de la certification ISO 9000 comme référence en lieu et place du TQM présente de
plus certains avantages (Benner et Tushman, 2002). Le programme ISO 9000 met l’accent sur la
mise en place par les organisations de processus stables et cohérents grâce à la documentation
et au respect des procédures, pour permettre la fourniture de produits ou de services de qualité.
Par ailleurs, les programmes de TQM comportent de nombreux éléments dont la définition diverge
selon les chercheurs ; ainsi, par rapport à la certification ISO 9000, il est plus difficile de cerner
les pratiques adoptées par les organisations, et plus particulièrement de savoir si les pratiques
adoptées impliquent ou non la cartographie, l’amélioration et le respect des procédures.
Hoang et al. (2006) concluent d’ailleurs que les pratiques de TQM soutiennent de manière générale
les performances de l’entreprise en matière d’innovation. Leurs conclusions laissent entendre que
le TQM exerce une influence positive significative sur le degré de nouveauté et particulièrement sur
le nombre de nouveaux produits et services commercialisés. Dans leurs conclusions, les auteurs
montrent que trois concepts, à savoir le leadership et la gestion des ressources humaines (y
compris l’engagement des cadres supérieurs, l’implication des salariés et leur responsabilisation),
la gestion des procédures et la direction stratégique (y compris la gestion des procédures, le
système d’information et d’analyse et la direction stratégique) et une organisation ouverte, exercent
une influence positive sur la performance d’innovation des entreprises vietnamiennes. Cependant,
les conclusions suggèrent aussi que, si l’enseignement et la formation exercent également une
influence positive sur le nombre de nouveaux produits et services, ils sont en revanche corrélés
négativement au degré de nouveauté. En outre, les auteurs n’ont pas trouvé d’éléments venant
corroborer l’influence de l’orientation client (en tant que dimension importante du TQM) sur la
performance de l’entreprise en matière d’innovation de produit et de service.
De même, une étude d’Abrunhosa et Moura E Sà (2008) sur des fabricants de chaussures
portugais constate que les principes du TQM, tels que la communication, le management
de soutien et le travail en équipe, sont positivement corrélés avec l’adoption d’innovations
technologiques. D’un autre côté, ils concluent que tous les principes de TQM n’améliorent
pas la performance d’innovation (autonomie et consultation). Dans le même esprit, Benner et
Tushman (2002) montrent que la certification ISO 9000, par l’uniformisation des procédures
de routine des organisations qu’elle implique, influe sur la sélection des innovations. Dans le
secteur de la peinture et de la photographie, ils observent que le développement des activités
de gestion des procédures dans une entreprise est associé à la fois à l’augmentation des
innovations d’exploitation qui s’appuient sur les connaissances existant au sein de l’entreprise et
à l’augmentation de la part de ce type d’innovation dans le nombre total d’innovations. Comme
l’indiquent les auteurs, l’exploration et l’exploitation ont été identifiées comme des modes de
recherche fondamentalement différents. Tandis que l’exploitation implique des améliorations
des structures et des composants existants en s’appuyant sur la trajectoire technologique déjà
en place, l’innovation exploratoire implique un changement de trajectoire technologique.
Par opposition aux arguments ci-dessus, plusieurs auteurs rejettent l’existence d’un impact
positif des systèmes de gestion de la qualité sur l’innovation, au motif que ceux-ci possèdent
Analyse empirique
Base de données
L’enquête COI est un dispositif d’enquêtes couplées entreprises/salariés sur les changements
organisationnels et l’informatisation. Elle a été menée par des chercheurs et des statisticiens de
l’Insee, de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) et
du Centre d’étude de l’emploi (CEE). Cette collaboration a permis de réunir une grande quantité
de connaissances et d’expertise et, ainsi, de rassembler à la fois des enquêtes concernant
différentes entreprises et des enquêtes concernant les salariés (main-d’œuvre). L’enquête COI
porte sur l’industrie manufacturière, l’industrie agroalimentaire, certaines branches de l’industrie
de service (par exemple, la comptabilité) et certaines branches de l’industrie commerciale. Elle
décrit les pratiques en matière d’organisation du travail en place en 1997 et les changements qui
sont intervenus depuis 1994. Les entreprises ont été interrogées sur les objectifs économiques
des changements organisationnels et sur le contexte économique dans lequel ces décisions
ont été prises. L’enquête COI a été utilisée récemment par plusieurs chercheurs, notamment
Acemoglu et al. (2007), et dans un numéro spécial de la Revue économique dirigée par Greenan
et Mairesse (2006).
Comme nous l’avons dit plus haut, nous avons utilisé la certification ISO 9000 comme référence
en matière de qualité. Même si nous affirmons que la certification ISO 9000 est une pratique
multidimensionnelle, notre étude n’évalue pas l’impact de chaque dimension des normes
ISO 9000 sur la performance d’innovation. En conséquence, nos observations apportent une
conclusion plus générale sur la manière dont la certification ISO 90007, dans sa globalité, se
répercute sur la performance d’innovation.
La présente étude apporte un élément nouveau, trois nouvelles mesures du niveau de qualité
étant créées. La relation entre les entreprises et leurs propres systèmes, qui viennent se
substituer aux normes ISO 9000 ou les compléter, détermine le niveau de qualité établi au
sein des entreprises. L’accent mis sur l’ouverture et l’interaction dans les études portant sur
l’innovation montre que le réseau de relations entre les entreprises et l’environnement extérieur
peut jouer un rôle important dans l’évaluation des résultats. Ainsi, traiter avec un fournisseur dont
la qualité est certifiée quand on est soi-même non certifié indique que l’on se soucie d’améliorer
la qualité (Diaye et al., 2009).
La première catégorie d’entreprises regroupe les entités ayant un niveau de qualité excellent et
la certification ISO 9000, dont les fournisseurs sont également certifiés ou possèdent d’autres
systèmes de certification ou de TQM. De plus, nous avons ajouté dans ce groupe des entreprises
qui sont certifiées ISO et disposent également d’autres systèmes de certification ou de TQM.
Cette catégorie peut aussi comprendre des entreprises certifiées ayant des fournisseurs certifiés
mais ne disposant pas d’un autre système de certification ou de TQM. Ce groupe présente le
niveau de qualité le plus élevé dans la hiérarchie. Nous estimons qu’une entreprise de niveau de
qualité excellent doit, au moins, être certifiée ISO et disposer d’un autre type de support qualité
(fournisseurs certifiés et/ou autre type de système de certification).
La deuxième catégorie (niveau de qualité moyen) inclut les entreprises qui ne sont pas certifiées
ISO, mais qui disposent d’un autre système de certification ou de TQM et dont les fournisseurs
sont certifiés ISO. Dans cette catégorie, nous intégrons également des entreprises qui soit sont
uniquement certifiées ISO, soit possèdent un autre système de certification ou de TQM et dont
les fournisseurs sont certifiés ISO. Les entreprises de niveau de qualité moyen ont au moins un
lien, interne ou externe, avec un système qualité.
7
M
alheureusement, nous ne pouvons pas opérer de distinction entre les différentes dimensions des normes ISO 9000
dans notre base de données.
Cette classification nous permet de construire de manière empirique les différents niveaux de
qualité pour appréhender leurs effets sur l’amélioration de la performance d’innovation.
Notre objectif ici est d’étudier les effets positifs des systèmes qualité sur la performance
d’innovation. À cette fin, nous formulons l’hypothèse suivante :
H1. Les entreprises certifiées ISO 9000 amélioreront leur performance d’innovation.
Toutefois, la position dans la hiérarchie de la qualité n’est peut-être pas aléatoire car elle peut
dépendre des caractéristiques individuelles de l’entreprise. Cela implique un biais de sélection.
Pour traiter ce problème, nous utilisons la méthode d’appariement sur le score de propension.
Cette méthode a été mise au point par Rubin (1974) afin d’étudier l’efficacité des traitements
médicaux. Soit T, une variable binaire indiquant si l’individu a reçu ou non un traitement (T = 1
si l’individu a été traité, T = 0 s’il ne l’a pas été). Dans notre cas, le traitement est la certification
ISO 9000 ou le fait d’avoir un niveau de qualité excellent. Nous étudions quatre modèles de
comparaison :
– Dans le modèle 1, T = 1 si l’entreprise est certifiée ISO 9000 et T = 0 si l’entreprise n’est pas
certifiée ISO 9000.
– Dans le modèle 2, T = 1 si l’entreprise a un niveau de qualité excellent et T = 0 si l’entreprise
a un niveau de qualité moyen.
Cependant, si les entreprises possèdent une certification qualité, il ne sera possible d’observer
que leur performance d’innovation, contrairement au cas où la certification qualité est absente.
En d’autres termes, en pratique, seuls les résultats découlant du niveau de qualité effectif sont
observables pour chaque entreprise. La performance d’innovation qui aurait découlé d’une
stratégie qualité différente doit être estimée. C’est précisément ce que la méthode d’appariement
sur le score de propension permet de faire.
D’après Rubin (1974), la différence entre l’impact sur une entreprise ayant des systèmes qualité
et l’impact sur une entreprise qui n’aurait pas de systèmes de qualité s’écrit C = INNO1-INNO0.
L’effet du traitement individuel n’est pas observable et, en conséquence, sa distribution n’est pas
identifiable. Si la propriété d’indépendance est respectée (INNO1, INNO0)┴T, il n’y aurait pas de
biais de sélection. Ainsi, trois quantités nous intéressent : C = E[INNO1-INNO0] est l’effet moyen
du traitement sur la population totale, C1= E[INNO1-INNO0|T = 1] est l’effet moyen du traitement
sur les entreprises traitées et C0= E[INNO1-INNO0|T = 0] est l’effet moyen du traitement sur les
entreprises non traitées. Pour chaque variable dépendante, nous estimons les quantités C, C1
et C0. Notre discussion portera principalement sur l’effet moyen du traitement sur les entreprises
traitées.
Par ailleurs, afin d’estimer l’effet du traitement qualité au sein d’une entreprise, nous devons
construire pour chaque entreprise traitée un contrefactuel à partir des entreprises non traitées.
Les résultats de Rosenbaum et Rubin (1983) permettent de construire un groupe d’entreprises
contrefactuel en fonction des scores de propension. Le score de propension constitue un résumé
unidimensionnel d’un ensemble de caractéristiques observables et prédit la probabilité d’exposition
au traitement. Le groupe contrefactuel pourrait, par exemple, être composé d’entreprises identiques
aux entreprises traitées, eu égard aux caractéristiques contextuelles observables comme la taille,
le secteur d’activité, les caractéristiques de la stratégie de l’entreprise et les contraintes extérieures.
Cette procédure a été largement étudiée par Heckman et consorts dans une série de publications
où le principe d’appariement s’appuie sur des estimateurs à noyau ou sur la technique du plus
proche voisin afin de fournir une estimation non paramétrique de l’effet du traitement compte
tenu de la valeur du score de propension (Heckman et al., 1997, 1998). Nous utiliserons un
estimateur non paramétrique d’appariement avec fonction noyau. La performance d’innovation
de cette entreprise contrefactuelle est une moyenne pondérée des résultats des membres du
groupe de comparaison. Plus précisément, pour une entreprise donnée, les coefficients de
pondération utilisés pour construire l’entreprise contrefactuelle dépendent de l’écart entre le score
de l’entreprise et le score de chaque entreprise du groupe de comparaison.
Pour construire les contrefactuels, nous estimons que le modèle Logit est certifié ISO 9000 (H1)
et en déduisons le score de propension (SP) correspondant. Nous supposons aussi que les
trois modèles Logit choisissent un niveau de qualité parmi les trois possibles (excellent, moyen
ou faible) (H2). Dans la lignée de Bonjour et al. (2001) et de Lechner (2000), nous utiliserons trois
modèles binomiaux plutôt qu’un modèle multinomial. Comme Lechner (2000) l’indique, il y a peu
de différence dans leurs résultats relatifs, mais il estime que les modèles binomiaux présentent
des résultats légèrement plus précis.
Les tableaux 2 et 3 fournissent des statistiques descriptives pour la certification ISO 9000 et
les trois niveaux de qualité. Dans le tableau 3, on peut noter que six entreprises sur dix sont
certifiées ISO 9000. Par ailleurs, la construction des trois niveaux de qualité est présentée dans
le même tableau. La distribution dans chaque niveau de qualité est la suivante : 61 %, 22 % et
17 % pour les entreprises ayant un niveau de qualité excellent, un niveau de qualité moyen et un
niveau de qualité faible, respectivement.
Tableau 2
Distribution de la certification ISO 9000 selon les trois niveaux de qualité
Type de niveau Entreprises certifiées Fournisseurs certifiés Autre système de certification Total
de qualité ISO 9000 ISO 9000 ou qualité totale (%)
Niveau de qualité excellent Oui Oui Oui 61
Oui Non Oui
Oui Oui Non
Niveau de qualité moyen Oui Non Non 22
Non Oui Oui
Non Oui Non
Non Non Oui
Niveau de qualité faible Non Non Non 17
Total (%) 64 76 45
Source : Enquêtes COI et CIS3, échantillon de 1 146 entreprises, non pondérées par le nombre de salariés.
Champ : Industries manufacturières de 20 salariés ou plus.
Tableau 3
Statistiques descriptives
Certification Niveau de qualité Niveau de qualité Niveau de qualité
ISO 9000 excellent moyen faible
Taille de l’entreprise
20-199 salariés (%) 22 (a) 21 43 68
200 salariés ou plus (%) 78 79 57 32
Caractéristiques de la stratégie de l’entreprise
Réduction des coûts (%) 94 95 87 80
Nouvelle procédure (%) 56 57 48 43
Contraintes commerciales extérieures
Pression de la concurrence
– oui (%) 81 82 76 69
Incertitude sur les marchés
– oui (%) 59 59 61 54
Contraintes imposées
par les clients – oui (%) 78 79 74 65
Contraintes imposées
par les fournisseurs – oui (%) 16 17 19 21
Contraintes imposées
par les actionnaires – oui (%) 37 37 28 15
Total (%) 64 61 22 17
Nombre d’entreprises 732 705 247 194
(a)
22 % des entreprises certifiées ISO 9000 ont entre 20 et 199 salariés (catégorie : petite entreprise).
Source : Enquêtes COI et CIS3, échantillon de 1 146 entreprises, non pondérées par le nombre de salariés.
Champ : Industries manufacturières de 20 salariés ou plus.
Ce sont les entreprises de 200 salariés ou plus qui connaissent la plus grande dispersion
d’entreprises certifiées ISO 9000 ou de niveau de qualité excellent. Nous pouvons présumer que
la taille d’une entreprise influe positivement sur sa propension à obtenir la certification ISO 9000
ou à atteindre l’un des trois niveaux de qualité. La réduction des coûts est une caractéristique
importante car neuf entreprises sur dix considèrent cette stratégie comme importante ou très
importante. Toutefois, la moitié des entreprises dans chaque catégorie estiment que les nouvelles
procédures ne sont pas une caractéristique importante ou très importante dans leur stratégie.
En revanche, les entreprises de chaque catégorie jugent que la pression de la concurrence et
les contraintes imposées par les clients constituent des contraintes commerciales extérieures
importantes. De plus, environ 60 % des entreprises considèrent que l’incertitude sur les marchés
a influencé leur engagement en matière de qualité. 37 % des entreprises certifiées ISO 9000
ou de niveau de qualité excellent estiment que les conditions imposées par les actionnaires
constituent des contraintes commerciales importantes. L’orientation qualitative de 28 % des
entreprises de niveau de qualité moyen et de 15 % des entreprises de niveau de qualité faible est
influencée par les contraintes imposées par les actionnaires. Enfin, environ 20 % des entreprises
dans chaque catégorie jugent importantes les contraintes imposées par les fournisseurs.
Comme expliqué plus haut, la première partie de l’estimation par la méthode d’appariement sur
le score de propension consiste à définir les éléments déterminant la certification ISO (H1) ou
l’appartenance à l’un des niveaux de qualité (H2) en utilisant les caractéristiques contextuelles
comme la taille, le secteur d’activité, les caractéristiques de la stratégie de l’entreprise et les
contraintes extérieures (tableau 4).
Le premier groupe de variables que nous avons utilisées inclut la taille et le secteur d’activité de
l’entreprise. Nous avons obtenu les mêmes résultats que d’autres études sur l’adoption de la
certification ISO (Anderson et al., 1999 ; Terlaak, King, 2006). D’une manière générale, la taille
de l’entreprise détermine pour l’essentiel ses chances, en termes de ressources financières,
d’obtenir la certification ISO ou d’opérer à un niveau de qualité excellent. Nous pouvons noter que
la taille d’une entreprise est positive et importante pour les quatre régressions logistiques. Nous
avons utilisé onze secteurs d’activité et nous considérons le secteur textile et l’industrie minérale
comme des références. Comme dans les autres études, nous constatons que la probabilité
de certification ISO est plus forte dans certains secteurs, comme l’équipement électrique et
électronique, la transformation des métaux, la construction et l’équipement mécanique. Des
résultats similaires sont obtenus pour les trois niveaux de qualité, ce qui souligne le fait que
certains secteurs d’activité tendent à être plus sensibles aux systèmes qualité que d’autres.
Compte tenu des cinq contraintes commerciales extérieures, on peut remarquer que pour les
quatre régressions estimées, les variables de la pression concurrentielle, de l’incertitude sur
les marchés et des contraintes imposées par les fournisseurs, semblent ne jouer aucun rôle
dans la probabilité de certification ISO ou d’appartenance à un quelconque niveau de qualité.
Les contraintes imposées par les clients ont un impact positif important sur le choix entre
les entreprises de niveau de qualité excellent et celles de niveau de qualité faible et entre les
entreprises de niveau de qualité moyen et celles de niveau de qualité faible. En ce qui concerne
les contraintes imposées par les actionnaires, les coefficients associés, s’ils sont importants, sont
positifs. Cela indique que lorsque les contraintes imposées par les actionnaires constituent une
contrainte extérieure significative, les entreprises adoptent des systèmes qualité. Étonnamment,
les cinq contraintes commerciales extérieures n’ont pas d’influence sur l’appartenance des
entreprises au niveau de qualité excellent ou moyen.
Les données recueillies fournissent des preuves empiriques (Tableau 5) sur le fait que la certification
ISO 9000 joue un rôle significatif et positif sur sept indicateurs de performance d’innovation sur neuf.
Plus précisément, la corrélation entre les normes ISO 9000 et l’innovation est positive et significative
en ce qui concerne les produits (produits nouveaux et améliorés pour l’entreprise, chiffre d’affaires
généré par des produits nouveaux ou améliorés, produits nouveaux ou améliorés introduits sur le
marché et proportion de produits nouveaux ou améliorés sur le marché), les procédés (procédés
technologiquement nouveaux) et les activités d’innovation (dépenses totales d’innovation et
nombre de projets d’innovation). De plus, c’est dans sa forme précise que la certification ISO 9000
semble être positivement associée à la performance d’innovation. En conséquence, l’hypothèse
selon laquelle les entreprises qui adoptent la certification ISO 9000 améliorent leur performance
d’innovation (H1) est confirmée pour certains indicateurs d’innovation.
Par ailleurs, la comparaison des résultats des estimations naïves (tableau 5, dernière colonne)
avec les résultats de l’appariement sur le score de propension fournit la preuve que les résultats
sont différents. En effet, de manière générale, les chiffres des estimations naïves sont différents
(plus élevés) que ceux des résultats de l’appariement sur le score de propension, ce qui confirme
certains effets de la sélection. Par exemple, la légère différence en termes de produits nouveaux
ou améliorés pour l’entreprise entre les entreprises qui adoptent la certification ISO et celles qui
ne l’adoptent pas est de 0,27 point (valeur significative : 1 %), tandis que la différence n’est que
de 0,12 point (valeur significative : 1 %) pour l’estimateur score de propension.
Tableau 5
Estimations après appariement sur le score de propension –
Impacts de la certification ISO 9000 sur la performance d’innovation (H1)a
Ensemble Traité Non traité Différence
de moyenneb
Effet sur le produit (entreprises certifiées ISO contre entreprises non certifiées ISO)
Produits nouveaux ou améliorés pour l’entreprise 0,13*** 0,12*** 0,12*** 0,27***
Chiffre d’affaires généré par les produits nouveaux ou améliorés 0,03*** 0,03*** 0,02** 0,05***
Produits nouveaux ou améliorés introduits sur le marché 0,12*** 0,13*** 0,10** 0,21
Proportion de produits nouveaux ou améliorés sur le marché 0,03*** 0,02** 0,03** 0,03
Effet sur les procédés (entreprises certifiées ISO contre entreprises non certifiées ISO)
Procédés nouveaux ou améliorés pour l’entreprise 0,06 0,05 0,06 0,19***
Procédés technologiquement nouveaux 0,10** 0,10** 0,08** 0,15***
Nouveaux procédés (non technologiques) - 0,01 - 0,02 - 0,01 0,05***
Effet sur les activités d’innovation (entreprises certifiées ISO contre entreprises non certifiées ISO)
Dépenses totales d’innovation (logarithme) 0,27** 0,31** 0,21* 0,39***
Nombre de projets d’innovation 0,09** 0,09* 0,10** 0,25***
Erreurs standards de rééchantillonnage.
Source : Enquêtes COI et CIS3, échantillon de 1 146 entreprises.
Champ : Industries manufacturières de 20 salariés ou plus.
La régression intègre 11 indices relatifs aux industries de la NAF 36 (référence : industries textile et minérale).
Notes : (*), (**) et (***) indiquent l’importance des paramètres à 10, 5 et 1 %, respectivement.
a
Les supports sont disponibles en annexe C.
b
Les supports sont disponibles en annexe B.
Le tableau 6.a nous permet de conclure que pour les entreprises de niveau de qualité excellent, les
systèmes qualité ont un impact positif sur l’innovation de produit (produits nouveaux ou améliorés
pour l’entreprise, chiffre d’affaires généré par des produits nouveaux ou améliorés, produits nouveaux
ou améliorés introduits sur le marché et proportion de produits nouveaux ou améliorés sur le
marché), l’innovation de procédé (procédés nouveaux ou améliorés et procédés technologiquement
nouveaux) et les activités d’innovation (dépenses totales d’innovation). En conséquence, le fait d’être
une entreprise de niveau de qualité excellent a un impact positif sur sept indicateurs de performance
d’innovation sur neuf. De plus, nous pouvons conclure qu’être une entreprise de niveau de qualité
excellent ou moyen a une incidence similaire sur le nombre de projets d’innovation.
Tableau 6.a
Estimations après appariement sur le score de propension – différences entre l’impact
du niveau de qualité excellent et celui du niveau de qualité moyen sur la performance
d’innovation (H2)a
Ensemble Traité Non traité Différence
de moyenneb
Effet sur le produit (niveau de qualité excellent contre niveau de qualité moyen)
Produits nouveaux ou améliorés pour l’entreprise 0,09** 0,09** 0,08* 0,17***
Chiffre d’affaires généré par les produits nouveaux ou améliorés 0,04*** 0,04*** 0,03** 0,04***
Produits nouveaux ou améliorés introduits sur le marché 0,08** 0,09** 0,07* 0,15***
Proportion de produits nouveaux ou améliorés sur le marché 0,03*** 0,03*** 0,03*** 0,03***
Effet sur les procédés (niveau de qualité excellent contre niveau de qualité moyen)
Procédés nouveaux ou améliorés pour l’entreprise 0,08* 0,08* 0,09** 0,14***
Procédés technologiquement nouveaux 0,12** 0,11** 0,13*** 0,21***
Nouveaux procédés (non technologiques) - 0,00 0,00 - 0,00 0,04
Effet sur les activités d’innovation (niveau de qualité excellent contre niveau de qualité moyen)
Dépenses totales d’innovation (logarithme) 0,23** 0,25** 0,20* 0,20*
Nombre de projets d’innovation 0,05 0,5 0,05 0,13***
Erreurs types de rééchantillonnage.
Source : Enquêtes COI et CIS3, échantillon de 952 entreprises.
Champ : Industries manufacturières de 20 salariés ou plus.
La régression intègre 11 indices relatifs aux industries de la NAF 36 (référence : industries textile et minérale).
Notes : (*), (**) et (***) indiquent l’importance des paramètres à 10, 5 et 1 %, respectivement.
a
Les supports sont disponibles en annexe C.
b
Les supports sont disponibles en annexe B.
D’après le tableau 6.b, il n’y a pas de différence d’impact entre les entreprises de niveau de
qualité excellent et celles de niveau de qualité moyen en termes de chiffre d’affaires généré par
des produits nouveaux ou améliorés et des trois catégories de procédés d’innovation. Toutefois,
cinq indicateurs de performance d’innovation sur neuf sont améliorés de manière significative et
positive pour les entreprises de niveau de qualité excellent. Plus précisément, le fait d’appartenir à
cette catégorie influe sur l’innovation de produit (produits nouveaux ou améliorés pour l’entreprise,
produits nouveaux ou améliorés introduits sur le marché et proportion de produits nouveaux ou
améliorés sur le marché) et les activités d’innovation (dépenses totales d’innovation et nombre de
projets d’innovation).
Tableau 6.c
Estimations après appariement sur le score de propension – différences entre l’impact
du niveau de qualité moyen et celui du niveau de qualité faible sur la performance
d’innovation (H2)a
Ensemble Traité Non traité Différence
de moyenneb
Effet sur le produit (niveau de qualité moyen contre niveau de qualité faible)
Produits nouveaux ou améliorés pour l’entreprise 0,18*** 0,19*** 0,18*** 0,24***
Chiffre d’affaires généré par les produits nouveaux ou améliorés 0,02 0,02 0,02 0,02**
Produits nouveaux ou améliorés introduits sur le marché 0,11** 0,10** 0,11** 0,16**
Proportion de produits nouveaux ou améliorés sur le marché 0,01 0,01 0,01 0,01**
Effet sur les procédés (niveau de qualité moyen contre niveau de qualité faible)
Procédés nouveaux ou améliorés pour l’entreprise 0,02 0,02 0,02 0,10**
Procédés technologiquement nouveaux - 0,01 - 0,02 - 0,00 0,03
Nouveaux procédés (non technologiques) - 0,02 - 0,01 - 0,01 0,04
Effet sur les activités d’innovation (niveau de qualité moyen contre niveau de qualité faible)
Dépenses totales d’innovation (logarithme) 0,26** 0,31** 0,21* 0,45***
Nombre de projets d’innovation 0,16** 0,16** 0,15** 0,24***
Erreurs types de rééchantillonnage.
Source : Enquêtes COI et CIS3, échantillon de 441 entreprises.
Champ : Industries manufacturières de 20 salariés ou plus.
La régression intègre 11 indices relatifs aux industries de la NAF 36 (référence : industries textile et minérale).
Notes : (*), (**) et (***) indiquent l’importance des paramètres à 10, 5 et 1 %, respectivement.
a
Les supports sont disponibles en annexe C.
b
Les supports sont disponibles en annexe B.
Le dernier tableau (6.c) permet de conclure qu’il existe une différence entre les effets sur
l’innovation des entreprises selon qu’elles ont un niveau de qualité moyen ou inférieur. Les
entreprises ayant un niveau de qualité moyen constatent un impact positif sur quatre des neuf
domaines d’innovation, l’innovation de produit (produits nouveaux ou améliorés de l’entreprise et
En conséquence, les faits tendent à prouver l’hypothèse H2 selon laquelle des niveaux de qualité
différents ont un impact différencié sur la performance d’innovation.
D’après les observations qui précèdent, nous pouvons conclure que les systèmes qualité de
substitution améliorent la performance d’innovation d’une manière similaire aux normes ISO 9000.
L’impact positif des systèmes qualité sur l’innovation de produit peut s’expliquer par le principe
de la satisfaction des clients. Il est notoire que les entreprises orientées qualité se concentrent sur
la satisfaction des clients, ce qui nécessite l’obtention d’informations sur leurs besoins présents
et futurs et la prise en compte de l’éventail complet de forces environnementales qui participeront
à la conception de nouveaux produits (Santos-Vijande et Alvarez-Gonzalez, 2007).
Toutefois, nos résultats montrent également que certains indicateurs d’innovation (nouveaux
procédés - non technologiques) ne peuvent pas être améliorés par la mise en place de normes
qualité. Des résultats similaires ont été obtenus par Santos-Vijande et Alvarez-Gonzalez (2007)
qui n’ont pas constaté d’effet direct du TQM sur l’innovation technologique. Nous pouvons
conclure que les innovations techniques requièrent un modèle de pratiques différent ou une
structure organisationnelle différente dans le cadre des normes ISO 9000. En d’autres termes,
les systèmes qualité doivent être intégrés à d’autres ressources organisationnelles pour accroître
l’innovation technologique.
Pour garantir l’efficacité de notre modèle, nous avons employé l’approche fondée sur le biais
normalisé. Ce type de test indique dans quelle mesure chaque variable d’appariement du
modèle réduit le biais de sélection.
Dans le modèle des entreprises certifiées ISO contre les entreprises non certifiées ISO, la
réduction du biais la plus faible tourne autour de 15 %, la plus élevée atteignant 70 %. Concernant
les entreprises de niveau de qualité excellent contre les entreprises de niveau de qualité moyen,
la réduction du biais de sélection varie de 5 à 65 %. Le troisième modèle, qui porte sur les
entreprises de niveau de qualité excellent contre les entreprises de niveau de qualité faible,
réduit le biais jusqu’à 93 %. Dans le dernier modèle, à savoir les entreprises de niveau de qualité
moyen contre les entreprises de niveau de qualité faible, la réduction du biais s’étend de 6
à 46 %. Dans la plupart des études empiriques, une réduction du biais supérieure à 5 % est
considérée comme suffisante pour conclure au succès de l’appariement. Ainsi, nos observations
nous permettent de conclure que les spécificités du modèle sont satisfaisantes puisque chaque
variable employée dans les estimations diminue le biais de sélection.
Conclusion
Cet article présente des résultats empiriques qui corroborent l’idée selon laquelle les pratiques
en matière de qualité améliorent la performance d’innovation. Cette approche s’appuie sur
l’argument selon lequel les pratiques précitées, à la fois dans leur dimension humaine et
Notre travail vient enrichir les publications, en nombre croissant, relatives à l’impact de la qualité
sur la performance d’innovation, en abordant trois aspects spécifiques. Tout d’abord, nous
avons utilisé trois niveaux de qualité différents, définis sur la base soit de la certification ISO,
soit d’une certification additionnelle, et étudié le réseau de relations entre l’entreprise et son
environnement extérieur. Ensuite, nous avons analysé différents domaines d’innovation par le
biais de neuf indicateurs d’innovation. Enfin, le recours à la méthode du score de propension
nous a permis de corriger le biais de sélection.
Nos données empiriques concordent avec la première hypothèse selon laquelle il existe un lien
positif et significatif entre la certification ISO 9000 et la performance d’innovation. Toutefois, il
semble que dans certains domaines d’innovation, un système qualité n’a pas d’impact significatif.
De plus, il ressort des résultats obtenus que l’impact des systèmes qualité sur l’innovation varie
en fonction du type d’innovation examiné. Ce constat semble indiquer que, pour avoir un impact
maximum sur l’ensemble des pratiques favorisant l’innovation, les systèmes qualité doivent être
intégrés à d’autres ressources organisationnelles au sein d’une entreprise.
Concernant la seconde hypothèse, nos conclusions montrent qu’il existe un lien positif et
significatif entre niveaux de qualité et performance d’innovation dans certains domaines
d’innovation. Ce lien se vérifie en particulier si l’on compare le niveau de qualité excellent et le
niveau de qualité moyen ou le niveau de qualité excellent et le niveau de qualité faible. En outre,
quatre indicateurs d’innovation peuvent être influencés de manière positive par des entreprises
présentant un niveau de qualité moyen, par comparaison à l’impact obtenu par des entreprises
ayant un niveau de qualité faible. Ce résultat indique que des entreprises peuvent recourir à une
certification additionnelle ou de substitution, voire accéder indirectement à une certification (par
l’intermédiaire de fournisseurs), pour avoir un impact positif sur certains domaines d’innovation.
Ce résultat est important parce qu’il signifie que des entreprises dotées d’un niveau de qualité
moyen peuvent obtenir des résultats positifs en matière d’innovation tout en évitant le processus
onéreux de certification ISO 9000. En d’autres termes, en passant simplement au niveau de
qualité supérieur (c’est-à-dire le niveau de qualité moyen), les entreprises peuvent améliorer
leur performance d’innovation. Toutefois, les entreprises qui souhaitent obtenir une performance
élevée en matière d’innovation doivent avoir les capacités nécessaires pour gérer pleinement les
exigences en matière de qualité.
Plusieurs implications en termes de gestion peuvent être identifiées sur la base de cette étude.
Tout d’abord, il ressort des données disponibles que des entreprises, souhaitant obtenir une
source de compétitivité à long terme telle que l’innovation (Perdomo-Ortiz et al., 2006), pourraient
y parvenir en adoptant la norme ISO 9000. Toutefois, les résultats de l’étude font apparaître
que certains indicateurs d’innovation ne peuvent être améliorés par l’adoption de cette norme
(procédés nouveaux ou améliorés ou procédé nouveau - non technologique). Cette amélioration
peut elle-même dépendre de la manière dont la certification est mise en œuvre et la stratégie
de l’entreprise définie. En conséquence, les dirigeants doivent mettre en œuvre les pratiques
prévues par la norme ISO 9000 (orientation client, leadership, implication du personnel, approche
processus, management par approche système, amélioration continue, approche factuelle pour
la prise de décision) en accord avec l’orientation stratégique et la performance propres à chaque
entreprise, notamment en ce qui concerne l’innovation.
Enfin, les résultats de l’étude confirment que des entreprises peuvent bénéficier d’un effet
qualité de manière indirecte ou par le biais d’une certification de substitution. En particulier,
des entreprises ne disposant pas d’une certification ISO peuvent traiter avec des fournisseurs
dotés d’une certification afin de bénéficier de leur expérience en matière de management de la
qualité, et ainsi améliorer leur propre performance d’innovation. Cette contribution pourrait être
particulièrement importante pour les dirigeants de petites entreprises. Le coût que représente
une certification ISO est un frein à l’adoption de la certification par les petites entreprises. C’est la
raison pour laquelle certaines entreprises peuvent tenter d’obtenir une certification de substitution
ou indirecte par l’intermédiaire de leurs fournisseurs, afin de profiter des avantages procurés par
la certification ISO, tout en évitant le processus complexe et onéreux qu’elle implique. Toutefois, il
est important que les dirigeants comprennent que l’établissement en interne d’un solide système
de gestion de la qualité est une condition préalable à l’obtention d’une performance excellente
en matière d’innovation et qu’une certification de substitution ou indirecte (via des fournisseurs)
ne suffit pas pour obtenir une amélioration significative des résultats.
Cette étude présente certaines limites, auxquelles il sera possible de remédier dans les travaux
de recherche futurs. Nous citerons ici quatre types de limites susceptibles d’être rencontrés.
Tout d’abord, ce travail de recherche examine de manière empirique la corrélation existant entre
systèmes de qualité et innovation. Toutefois, il n’étudie pas le lien de causalité existant entre eux.
De plus amples recherches théoriques seront nécessaires pour combler cette lacune. Ensuite,
les travaux futurs devraient se pencher sur des questions similaires dans différents types
d’industrie et différents pays. Si l’industrie manufacturière se prête bien à l’étude de l’impact
des systèmes qualité sur la performance d’innovation, les résultats obtenus ne s’appliquent pas
à d’autres types d’industrie. En outre, des analyses empiriques de cette question pourraient
être menées à l’avenir dans d’autres pays, en particulier si l’on considère qu’il existe des
différences culturelles concernant les pratiques en matière de qualité. Ces travaux apporteraient
de nouvelles connaissances et permettraient de définir des principes généraux. Enfin, se pose
le problème des contraintes temporelles. La mise en œuvre de tout type d’outil, de système ou
de programme lié à la qualité tend à porter ses fruits sur le long terme, selon les publications
universitaires. Aussi la durée de la certification devrait-elle avoir une incidence sur la performance
globale de l’entreprise. Il est important par conséquent de déterminer si les entreprises qui ont
adopté de manière précoce des pratiques en matière de qualité ont un plus grand impact sur
la performance d’innovation que celles qui ont opté pour de telles pratiques plus tardivement.
Enfin, différentes dimensions de la qualité peuvent avoir des répercussions différentes sur la
performance d’innovation (Abrunhosa et Moura E Sa, 2008 ; Prajogo et Sohal, 2004 ; Prajogo
et Hong, 2008). Nous pouvons élargir nos travaux de recherche en étudiant la manière dont
différentes dimensions de la norme ISO 9000 agissent sur différents indicateurs d’innovation.
Les conclusions d’une telle analyse pourraient permettre aux décideurs de mieux formuler
et d’appliquer avec efficacité les règles régissant l’amélioration de l’innovation au sein des
entreprises.
Nous tenons à remercier les personnes suivantes pour leurs remarques et suggestions
précieuses : O. Calavrezo, M.-A. Diaye, F. Gilles, N. Greenan, N. Mzoughi, et les participants
à la première conférence scientifique du réseau DIME intitulée « Knowledge in space and
time : economic and policy implications of the Knowledge-based economy » (La connaissance
dans l’espace et le temps : implications économiques et stratégiques de l’économie de la
connaissance), au Groupe de Travail « Innovation » CIS4 du SESSI, à l’atelier d’été du ZEW
(centre allemand de recherche économique européenne) portant sur l’économie et l’économétrie
de l’innovation, aux 5èmes Doctorales du GDR TIC et Société, à la conférence intitulée « Pour une
croissance intensive en connaissance : Stratégies européennes dans l’économie mondiale », à
la conférence organisée par la CBS (Copenhagen Business School) sur le thème « Organizing
for internal and external knowledge creation and innovation », au colloque Brevet et Innovation de
l’AEA. L’avis habituel de non-responsabilité s’applique.
Abrunhosa A., Moura E Sà P., « Are TQM principles supporting innovation in the Portuguese
footwear industry ? », Technovation, 2008, 28 (10), p. 208-221.
Acemoglu D., Aghion P., Lelarge C., Van Reenen J., Zilibotti F., « Technology, information and the
decentralization of the firm », Quarterly Journal of Economics, 2007, 122 (4), 1759-1800.
Anderson S.W., Daly J.D., Johnson M.F., « Why firms seek ISO 9000 certification : regulatory com-
pliance or competitive advantage ? », Production & Operations Management, 1999, 8 (1), p. 28-43.
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Tableau A.1
Définition des variables (données COI 1997 et CIS3)
Variable Définition
Tableau B.1
Moyenne de la performance d’innovation
Entreprises Entreprises Niveau de Niveau de Niveau de
certifiées non certifiées qualité qualité qualité
ISO 9000 ISO 9000 excellent moyen faible
Modèle – Produits nouveaux ou améliorés pour l’entreprise : l’écart type de l’effet du traitement
est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150
simulations : min = 774 ; max = 1 094 ; moyenne = 944,05.
Modèle – Chiffre d’affaires généré par des produits nouveaux ou améliorés : l’écart type de
l’effet du traitement est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du
support sur 150 simulations : min = 813 ; max = 1 084 ; moyenne = 950,50.
Modèle – Produits nouveaux ou améliorés introduits sur le marché : l’écart type de l’effet du
traitement est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support
sur 150 simulations : min = 767 ; max = 1 088 ; moyenne = 940,81.
Modèle – Proportion de produits nouveaux ou améliorés sur le marché : l’écart type de l’effet du
traitement est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support
sur 150 simulations : min = 821 ; max = 1 129 ; moyenne = 943,32.
Modèle – Procédés nouveaux ou améliorés pour l’entreprise : l’écart type de l’effet du traitement
est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150
simulations : min = 777 ; max = 1 065 ; moyenne = 947,83.
Modèle – Procédé technologiquement nouveau : l’écart type de l’effet du traitement est calculé
par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150 simulations :
min = 817 ; max = 1 113 ; moyenne = 946,37.
Modèle – Nouveau procédé (non technologique) : l’écart type de l’effet du traitement est calculé
par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150 simulations :
min = 752 ; max = 1 105 ; moyenne = 942,35.
Modèle – Logarithme des dépenses totales d’innovation : l’écart type de l’effet du traitement
est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150
simulations : min = 788 ; max = 1 096 ; moyenne = 958,67.
Modèle – Nombre de projets d’innovation : l’écart type de l’effet du traitement est calculé par
rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150 simulations :
min = 814 ; max = 1 083 ; moyenne = 958,54.
Modèle – Produits nouveaux ou améliorés pour l’entreprise : l’écart type de l’effet du traitement
est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150
simulations : min = 857 ; max = 1 104 ; moyenne = 999,37.
Modèle – Chiffre d’affaires généré par des produits nouveaux ou améliorés : l’écart type de
l’effet du traitement est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du
support sur 150 simulations : min = 832 ; max = 1 106 ; moyenne = 998,85.
Modèle – Produits nouveaux ou améliorés pour l’entreprise : l’écart type de l’effet du traitement
est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150
simulations : min = 442 ; max = 987 ; moyenne = 618,18.
Modèle – Chiffre d’affaires généré par des produits nouveaux ou améliorés : l’écart type de
l’effet du traitement est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du
support sur 150 simulations : min = 456 ; max = 842 ; moyenne = 623,17.
Modèle – Produits nouveaux ou améliorés introduits sur le marché : l’écart type de l’effet du
traitement est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support
sur 150 simulations : min = 445 ; max = 860 ; moyenne = 622,61.
Modèle – Proportion de produits nouveaux ou améliorés sur le marché : l’écart type de l’effet du
traitement est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support
sur 150 simulations : min = 434 ; max = 976 ; moyenne = 617,67.
Modèle – Procédés nouveaux ou améliorés pour l’entreprise : l’écart type de l’effet du traitement
est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150
simulations : min = 462 ; max = 993 ; moyenne = 634,47.
Modèle – Procédé technologiquement nouveau : l’écart type de l’effet du traitement est calculé
par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150 simulations :
min = 464 ; max = 984 ; moyenne = 632,95.
Modèle – Nouveau procédé (non technologique) : l’écart type de l’effet du traitement est calculé
par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150 simulations :
min = 578 ; max = 1 011 ; moyenne = 814,44.
Modèle – Logarithme des dépenses totales d’innovation : l’écart type de l’effet du traitement
est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150
simulations : min = 412 ; max = 949 ; moyenne = 629,37.
Modèle – Produits nouveaux ou améliorés pour l’entreprise : l’écart type de l’effet du traitement
est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150
simulations : min = 451 ; max = 1 146 ; moyenne = 898,27.
Modèle – Chiffre d’affaires généré par des produits nouveaux ou améliorés : l’écart type de
l’effet du traitement est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du
support sur 150 simulations : min = 735 ; max = 1 146 ; moyenne = 896,93.
Modèle – Produits nouveaux ou améliorés introduits sur le marché : l’écart type de l’effet du
traitement est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support
sur 150 simulations : min = 735 ; max = 1 146 ; moyenne = 896,93.
Modèle – Proportion de produits nouveaux ou améliorés sur le marché : l’écart type de l’effet du
traitement est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support
sur 150 simulations : min = 396 ; max = 1 146 ; moyenne = 894,10.
Modèle – Procédés nouveaux ou améliorés pour l’entreprise : l’écart type de l’effet du traitement
est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150
simulations : min = 656 ; max = 1 146 ; moyenne = 893,60.
Modèle – Procédé technologiquement nouveau : l’écart type de l’effet du traitement est calculé
par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150 simulations :
min = 523 ; max = 1 146 ; moyenne = 984,57.
Modèle – Nouveau procédé (non technologique) : l’écart type de l’effet du traitement est calculé
par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150 simulations :
min = 396 ; max = 1 146 ; moyenne = 880,71.
Modèle – Logarithme des dépenses totales d’innovation : l’écart type de l’effet du traitement
est calculé par rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150
simulations : min = 439 ; max = 1 146 ; moyenne = 883,28.
Modèle – Nombre de projets d’innovation : l’écart type de l’effet du traitement est calculé par
rééchantillonnage avec 150 simulations. Caractéristiques du support sur 150 simulations :
min = 455 ; max = 1 146 ; moyenne = 894,33.
Résumé
La part de marché des sociétés qui ont innové entre 2002 et 2004
croît davantage ou diminue moins entre 2002 et 2006 que celle
des sociétés qui n’ont pas innové et qui sont par ailleurs dans une
situation comparable. L’écart est d’autant plus fort que la nouveauté
combine des innovations de produit, de procédé de production ou
d’élaboration, d’organisation ou de marketing et que la combinaison
est complète. Les innovations de produit ou de procédé sont, par
ailleurs, plus avantageuses que les innovations d’organisation ou de
marketing dans l’industrie et les services technologiques, mais pas
dans les autres services. L’innovation favorise aussi la productivité
des sociétés, mais seulement dans l’industrie et les services
technologiques et si elle porte au moins sur les produits et procédés
des sociétés. Ces effets sont mis en évidence à l’aide d’estimations
économétriques : d’autres effets les masquent dans les statistiques
descriptives. Ce sont les différences d’évolution des parts de marché ou
de productivité globale qu’on observerait sur des sociétés identiques
ayant réalisé des innovations différentes. Ces effets ne peuvent
toutefois pas s’interpréter comme des effets causaux, du fait de
l’impossibilité de traiter correctement les problèmes d’endogénéité.
1
Insee, Division Services.
Or, on dit assez souvent que les innovations d’organisation et de marketing sont celles du
tertiaire plutôt que de l’industrie. L’enquête CIS4 permet ainsi, mieux que les précédentes, de
vérifier cette assertion. En proportion du nombre de sociétés des secteurs, moins de sociétés
innovent en produit ou procédé dans les services que dans l’industrie manufacturière, autant
innovent en organisation et davantage en marketing (tableau 1). L’opinion sur la spécificité des
innovations d’organisation et de marketing dans le tertiaire refléterait ainsi la réalité dans les
services, à condition toutefois que ces innovations favorisent suffisamment les performances
des sociétés en comparaison des innovations de produit ou de procédé.
L’objectif initial de cette étude était donc d’estimer les effets des différentes catégories
d’innovations (produit, procédé,...) sur les performances des sociétés de services et de
l’industrie. Les performances en cause sont principalement la part de marché des sociétés
et leur productivité globale des facteurs, c’est-à-dire leur productivité une fois tenu compte de
leur utilisation des facteurs travail et capital. Gagner des parts de marché, c’est évidemment
supplanter des concurrents. La productivité globale conditionne la santé des sociétés et leur
rentabilité.
Les seules statistiques descriptives ne peuvent pas appréhender les effets des innovations sur
les performances : l’économétrie permet de comparer des sociétés à caractéristiques identiques
en dehors du comportement d’innovation. Ainsi, toutes choses égales par ailleurs, les écarts de
performances entre les sociétés qui ont réalisé les différentes innovations sont robustes et sont
présentés dans cette étude. Ils résultent, quand elle a lieu, de la détermination mutuelle des
performances et des innovations et sont donc les «effets apparents» des innovations et non
leurs effets réels. Ils seront qualifiés d’apparents dans la suite du texte. Ces effets ne peuvent
être considérés comme des effets causaux car, si les innovations déterminent les performances,
celles-ci peuvent aussi simultanément déterminer les innovations. Par exemple, des sociétés
innovent en fonction de leurs performances anticipées. De telles simultanéités sont fréquentes
et biaisent les coefficients estimés par les méthodes d’économétrie ne se fondant pas sur des
variables instrumentales.
On a tenté d’estimer les effets, réels, des seules innovations sur les performances. Les estimer
nécessite de modéliser au préalable l’éventualité que les différentes innovations soient réalisées,
c’est-à-dire d’analyser ce qui détermine l’innovation. Plus précisément, nous avons besoin
« d’ instruments », c’est-à-dire de variables expliquant le comportement d’innovation qui n’au-
raient a priori pas d’effet sur la performance des sociétés. De telles variables ne semblent pas
figurer dans les sources statistiques disponibles : les variables que l’on a tenté d’utiliser comme
instruments ne remplissent pas correctement cette fonction. En conséquence, l’analyse de ce
2
L
es innovations de produit ou de procédé sont assez souvent dites technologiques. Il est naturel de les qualifier ainsi
dans l’industrie mais pas dans les services (dirait-on qu’une innovation de prestation dans les services juridiques est
technologique ?).
On ne dispose pas des déterminants cruciaux des innovations, car l’enquête a recueilli trop
peu de renseignements sur les sociétés qui n’ont pas innové. Elles ont certes été interrogées
sur les freins à l’innovation que sont les coûts, le manque de formation du personnel, etc. Mais
les réponses données en 2005 ou 2006 (dates de réalisation de l’enquête) sont visiblement
fonction du fait d’avoir innové ou non entre 2002 et 2004. Les sociétés qui ont innové en produit
ou procédé ont été interrogées par ailleurs sur l’importance de l’impulsion du marché ou de
la dynamique de la technologie pour les innovations réalisées. Les réponses peuvent servir à
analyser ce qui incite à réaliser une catégorie d’innovation plutôt qu’une autre parmi les seules
sociétés qui ont innové en produit ou procédé. Mais finalement, il s’avère que ces réponses
n’expliquent pas suffisamment bien les innovations pour constituer des instruments pour les
sociétés qui ont innové en produit ou procédé3.
Tableau 1
Proportion de sociétés innovantes par regroupement de secteurs
En %
Innovantes Innovantes Innovantes Innovantes Non
en produit en procédé en organisation en marketing innovantes
Industrie manufacturière 24,1 28,7 35,3 14,1 45,3
dont haute technologie 38,6 34,1 46 18,4 34,4
basse technologie 18,5 26,7 31,2 12,4 49,5
Services 14,6 18,7 35,6 20,6 51,6
dont services technologiques 52 43,2 61,9 35,6 20
services intellectuels 10,7 17,2 41,5 16,9 47
services d’accueil ou d’appui 10,1 15,2 27,6 20 59,8
Finances assurances 22,5 32,2 43,6 32,7 42,6
Autres secteurs* 7,5 17,2 31,8 17,1 58,4
Ensemble 13 20,1 33,8 17,8 53,7
* IAA, énergie, construction, commerce, transports.
Champ : CIS4, hors administration d’entreprises.
Ces travaux autoriseraient à classer les services en secteurs de services aux entreprises
intensifs en connaissances, dits KIBS (knowledge innovation intensive business), et en autres
3
ans certains articles qui exploitent les versions précédentes de l’enquête CIS, l’incidence de la demande et de la
D
technologie, renseignée dans un secteur pour les seules entreprises ayant innové, est extrapolée aux entreprises
enquêtées non innovantes du secteur, en vue de se servir de la réponse sectorielle ainsi calculée comme instrument.
L’enquête CIS4 ne porte que sur les sociétés d’une certaine taille minimale, fixée à 10 salariés.
Cela exclut les secteurs de services personnels, comme par exemple la coiffure, où presque
toutes les sociétés comptent moins de 10 salariés, ainsi que les start up présentes dans les
secteurs enquêtés, par exemple celles des télécommunications. Par ailleurs, les services
d’assainissement et de gestion de déchets n’ont pas été enquêtés.
Par contre, les services d’accueil ou d’appui comptent en proportion moins de sociétés
innovantes que l’industrie de basse technologie, sauf pour l’innovation de marketing.
4
O
n aurait pu étudier les auxiliaires financiers. Les données comptables des assurances disponibles à l’Insee ne posent
peut-être pas le même problème que celles des banques. Mais les données manquent pour une forte proportion des
mutuelles.
L’effet des innovations réalisées entre 2002 et 2004 n’apparaît pleinement qu’au cours des
années suivantes. Les résultats comptables des sociétés les plus récents disponibles pour
calculer les parts de marché ou les productivités sont ceux de 2006.
Un article de Cainelli, Evangelista et Savona (2005) montre que les entreprises de services
les plus performantes au cours d’une période donnée innovent dans la période qui suit cette
période observée dans un premier temps et que l’innovation relèvera leurs performances. Dans
un registre voisin, Klette et Johansen (1998) constatent, sur quelques secteurs de l’industrie
norvégienne, que 90 % des établissements sans dépenses de recherche-développement une
année donnée n’en font toujours pas deux ans plus tard, tandis que 60 % de ceux qui se trouvent
une année donnée dans le quartile supérieur de la distribution des dépenses de recherche-
développement rapportée au chiffre d’affaires sont toujours dans ce quartile deux ans plus
tard.
On vérifiera que les écarts de parts de marché ou de productivité globales entre sociétés
innovantes et non innovantes sont en partie permanents. Ils reflètent moins l’effet des innovations
qu’ils n’expliquent probablement l’éventualité d’innover. L’effet des innovations réalisées de
2002 à 2004 est dans les écarts entre les évolutions des performances des innovantes et des
non innovantes, de 2002 à 2006, et non dans les écarts de niveaux des performances des
innovantes et des non innovantes en 2006.
Le plus simple était d’estimer les écarts d’évolution des performances sur les seules sociétés de
CIS4 restées actives, c’est-à-dire pérennes, de 2002 à 2006. Mais l’évolution des performances
des pérennes, par exemple de leur part de marché, n’est pas seulement fonction des innovations
réalisées. Elle est aussi fonction de la pérennité : par exemple, la part de marché d’une société
tombée «trop» bas une année se relèvera forcément les années suivantes, car la part de marché
de la société conditionne sa survie. Les sociétés dont la part de marché est tombée trop bas
sans remonter ensuite ont cessé leur activité et ne font pas partie des pérennes. L’évolution de
la part de marché des sociétés comprend donc une composante qui peut s’expliquer par le
fait qu’on ne peut observer que des sociétés pérennes. Il faut estimer cette composante et la
soustraire de l’évolution pour que le solde représente l’évolution correspondant aux innovations
réalisées. Les effets de la pérennité de 2002 à 2006 sont estimés en fonction des performances
des sociétés entre 1998 et 2001. L’étude est donc restreinte aux sociétés de CIS4 restées
pérennes de 1998 à 2006.
L’enquête CIS4 comporte très peu de renseignements sur les performances des sociétés.
Les renseignements nécessaires ont été extraits des fichiers Ficus de l’Insee, qui contiennent
les comptes d’exploitation et les bilans des exercices comptables 1998-2006 des sociétés de
CIS4 (les fichiers Ficus unifient les divers fichiers Suse). Autrement dit, les fichiers Ficus de la
période 1998-2006 ont été appariés au fichier CIS4. Après élimination des valeurs aberrantes,
les sociétés pérennes ayant des données comptables exploitables représentent un peu moins
de 80 % des sociétés de l’échantillon CIS4 dans l’industrie manufacturière et 55 % dans les
services (annexe 1). La différence a deux raisons : en proportion, les services comptent plus
de sociétés récentes et donc moins de sociétés pérennes que l’industrie ; ils comptent par
ailleurs plus de sociétés dont les données comptables ne sont pas exploitables, du fait du grand
nombre de sociétés de services inscrites au régime fiscal des bénéfices non commerciaux et de
l’indisponibilité de certaines variables de bilan dans ce régime fiscal.
En outre, il était préférable de retenir des combinaisons d’innovations exclusives les unes des
autres, autrement dit disjointes, si on voulait tenter d’estimer, par l’économétrie, les effets réels
des innovations dégagés de l’effet des performances sur les innovations. On a donc retenu de
telles combinaisons.
L’activité d’innovation en cours ou abandonnée à la fin de 2004 n’est pas prise en compte par
l’analyse des données. Elle est intégrée à la combinaison à dominante marketing, car la taille
moyenne des sociétés qui ont eu une activité d’innovation non aboutie est proche de la taille
moyenne des sociétés ayant réalisé cette combinaison.
Les six premières combinaisons déclinent l’innovation dite PPAOM (produit, procédé, activité
d’innovation n’ayant éventuellement pas abouti, organisation ou marketing). PPAOM correspond
à l’innovation au sens le plus large.
Tableau 2
Effectif salarié moyen et dépenses d’innovation moyennes des sociétés en 2004, par
combinaison d’innovations
Combinaison à dominante
Produit
Produit Organisation Sans
Ensemble procédé Produit Procédé Marketing
procédé seule innovation
marketing
Les déterminants de l’innovation ont été assez peu étudiés. Les variables envisagées
a priori comme déterminants des combinaisons d’innovations ont été retenues sans véritable
présupposé théorique. Leur choix s’appuie sur le fait que la probabilité d’innover croît avec la
taille des sociétés (Kremp, Rousseau, 2006), sur une analyse du financement des entreprises
industrielles innovantes publiée par la Banque de France (Planès et al., 2002), sur une autre
étude de la Banque de France (Savignac, 2007) et sur le fait que les sociétés exportatrices
innovent plus que les autres5.
5
Conseil formulé par Laurence Tassone (Oséo).
2 - Les taux annuels d’évolution de ces variables de 1998 à 2001, à l’exception de l’évolution du
besoin en fonds de roulement.
3 - D’autres variables :
- les logarithmes en 2001 de l’endettement total et du total des charges financières de la
société,
- le logarithme de son âge en 2006 ; l’âge des sociétés peut jouer a priori sur leur
propension à innover, sans que l’on puisse prévoir à quel âge elles ont le plus de chances
d’innover,
- la part moyenne du chiffre d’affaires qu’elle a exporté de 1998 à 2001.
Cinq variables quantitatives spécifiques de chaque secteur (Nes 114) complètent la liste des
variables, déterminants potentiels :
- l’indice de concentration de Herfindahl en 2001, calculé sur le chiffre d’affaires de l’ensemble
exhaustif des entreprises de chaque secteur (source Ficus),
- l’écart type sectoriel de la productivité du travail des sociétés, conçu comme indicateur
d’hétérogénéité technologique au sein des secteurs (Askenazy, Cahn, Irac, 2007), l’écart type
est corrélé à l’écart type sectoriel de la productivité globale,
- le poids des pérennes de la période 1998-2006 dans l’effectif salarié sectoriel en 2004,
- l’évolution (différence de logarithmes) entre 1998 et 2001 de la valeur ajoutée sectorielle des
sociétés restées pérennes de 1998 à 2006,
- l’évolution correspondante entre 1998 et 2001 de la valeur ajoutée sectorielle totale.
Les probabilités de réalisation des combinaisons d’innovations sont modélisées d’une part pour
l’ensemble de l’industrie et d’autre part pour l’ensemble des services et non pas dans chaque
regroupement de secteurs. En contrepartie, des indicatrices d’appartenance à l’industrie de
haute technologie, aux services technologiques ou aux services intellectuels distinguent, en tant
que variables explicatives, le regroupement de secteurs de chaque société dans les analyses.
On distingue, de même, la taille du groupe des sociétés en 2001, si elles font partie d’un groupe
à cette date.
6
u lieu de l’effectif salarié en 2001 et de son évolution de 1998 à 2001, on aurait pu retenir de manière équivalente le
A
salaire moyen par salarié et par société en 2001 et son évolution de 1998 à 2001.
Au lieu des coefficients estimés des variables explicatives du modèle, on présente les effets
moyens de ces variables, toutes choses observées égales par ailleurs, sur la probabilité de
réaliser telle ou telle combinaison d’innovations (encadré 2). Les effets moyens sont plus faciles
à comprendre que les coefficients. L’effet moyen d’une variable est «toutes choses observées
égales par ailleurs» : c’est la moyenne des effets de la variable, calculés à partir des coefficients
estimés du logit, en fixant toutes les autres variables explicatives à leur vraie valeur. Les écarts
types des effets moyens sont calculés par bootstrap (ici 125 réplications).
Encadré 2
Coefficients d’un logit multinomial estimés par des logit dichotomiques et calcul
des effets moyens des variables, toutes choses observées égales par ailleurs
Les logit dichotomiques ne fournissent cependant pas les écarts types des coefficients
estimés. On peut estimer ces écarts types par bootstrap.
Le tableau des coefficients d’un logit multinomial n’est pas toujours facile à
interpréter : il se lit en fonction des modalités de référence des logit dichotomiques,
selon lesquels on peut le décomposer et en fonction de la catégorie de référence.
De plus, comme l’écrit C. Afsa, si le logit multinomial ne se réduit pas à un logit
dichotomique, une variable explicative peut avoir un effet en sens inverse du sens
attendu compte tenu du signe du coefficient de la variable. En effet, si la variable
explicative x est continue, la probabilité Pj varie avec x selon la formule :
qui dépend des valeurs des autres coefficients et de celles de toutes les variables
explicatives.
Le document de travail de C. Afsa fournit tous les éléments pour calculer les effets
moyens des variables explicatives du logit multinomial en mettant en œuvre la
formule ci-dessus. L’auteur écrit : «le principe est le suivant, on fixe toutes les
variables explicatives sauf une ; en la faisant varier, on cherche à estimer de combien
de points augmente ou diminue la probabilité d’appartenir à une catégorie» (ici la
probabilité de réaliser une combinaison). Le document indique aussi comment
calculer l’écart type des effets moyens par bootstrap.
Dans les services, les sociétés des grands (plus de 5 000 salariés) et petits groupes (moins
de 250 salariés) innovent plus fréquemment, toutes choses observées égales par ailleurs, que
les indépendantes. Celles des groupes de petite ou moyenne taille réalisent la combinaison à
dominante marketing plus fréquemment que les indépendantes.
Plus une société exporte une forte proportion de son chiffre d’affaires et plus il est probable
qu’elle réalise une combinaison relativement complète comportant l’innovation de produit, dans
l’industrie comme dans les services (l’effet moyen de la proportion exportée du chiffre d’affaires
baisse quand on passe de la combinaison à dominante produit, procédé et marketing à
l’absence d’innovation). Exporter exige donc de réaliser des innovations complexes comportant
l’innovation de produit.
L’effet moyen d’autres variables baisse également, au moins en tendance, quand on passe
de la combinaison à dominante produit, procédé et marketing à l’absence d’innovation. La
baisse reflète l’incidence, vue plus haut, de la taille des sociétés sur les combinaisons réalisées.
Suivent cette baisse : l’effet moyen des immobilisations incorporelles en 2001 dans les services
et l’industrie, l’effet moyen des immobilisations corporelles en 2001 dans les services, l’effet
moyen du besoin en fonds de roulement dans l’industrie et dans les services.
Par contre, l’effet moyen des immobilisations corporelles ne baisse pas dans l’industrie : elles
favorisent la réalisation des combinaisons à dominante produit et procédé et à dominante
procédé, mais elles défavorisent la réalisation des combinaisons à dominante produit,
procédé et marketing, à dominante produit ou à dominante marketing. Plus précisément, ces
combinaisons, qui comprennent le plus souvent l’innovation de marketing, reposent sur plus
d’incorporel et moins de corporel que les combinaisons à dominante produit et procédé et à
dominante procédé. Tout se passe comme si l’innovation de marketing nécessitait de l’incorporel
rendant le corporel moins nécessaire.
On retrouve également l’opposition dans les effets de la masse salariale et de l’effectif salarié
en 2001 dans l’industrie. Une forte masse salariale et un effectif salarié réduit, ou un fort salaire
Une masse salariale réduite et un fort effectif en 2001 (donc un faible salaire moyen) ou une
baisse de la masse salariale entre 1998 et 2001 défavorisent par ailleurs l’innovation dans
les services. Innover dans les services nécessite donc du personnel bien payé ou encore du
personnel qualifié.
Une part de marché élevée en 2001 fait croître la probabilité de réaliser la composante à
dominante produit dans les services et l’industrie, tandis qu’une faible part de marché favorise
la réalisation de la combinaison à dominante procédé. Cela pourrait suggérer que la part de
marché, élevée en 2001, des sociétés qui réalisent la combinaison à dominante produit va
continuer à croître grâce à la combinaison.
Les charges financières semblent jouer en sens inverse dans les services et dans l’industrie.
Apparemment elles favorisent la réalisation des combinaisons les plus complètes dans l’industrie
et défavorisent l’innovation dans les services : dans l’industrie, l’effet moyen des charges
financières paraît diminuer, quand on passe de la combinaison à dominante produit, procédé
et marketing à l’absence d’innovation, alors qu’il croît en tendance dans les services quand on
passe de la combinaison à dominante produit et procédé à l’absence d’innovation.
L’âge des sociétés joue aussi différemment dans les services et l’industrie, mais les différences
dues à l’âge ne sont probablement pas liées aux différences dues aux charges financières. Dans
les services, les sociétés de création récente réalisent plutôt les combinaisons à dominante
produit et procédé ou à dominante marketing, alors que les plus anciennes innovent peu ou
pas (effets moyens peu significatifs). Dans l’industrie, les sociétés anciennes réalisent plutôt la
combinaison à dominante produit et procédé, et les plus récentes la combinaison à dominante
produit ou encore n’innovent pas (effet peu significatif).
Dans l’industrie et les services, un fort poids des pérennes dans l’emploi d’un secteur (en 2004),
donc un fort poids des pérennes en termes de moyens de production dans le secteur, favorise
la réalisation des combinaisons à dominante produit, procédé et marketing ou à dominante
produit - un poids élevé des pérennes dans un secteur peut refléter une bonne conjoncture dans
le secteur -. Une faible concentration sectorielle (donc une répartition plutôt égalitaire des tailles
de sociétés) joue dans le même sens.
Dans l’industrie et les services, un faible poids des pérennes dans l’emploi d’un secteur favorise
la réalisation des combinaisons à dominante produit et procédé ou à dominante procédé. Un
faible poids des moyens de production des pérennes dans un secteur favorise également la
réalisation de la combinaison à dominante marketing dans l’industrie.
On peut interpréter ces effets. Dans les secteurs dominés par les pérennes, les sociétés
qui réalisent les combinaisons à dominante produit, procédé et marketing ou à dominante
produit se démarquent de leurs concurrentes par les produits et la relation aux clients7. Mais
la concentration sectorielle défavorise (décourage ?) la réalisation de ces combinaisons dans
7
Ces explications adaptent des explications de Laurence Tassone relatives à une version antérieure.
Tableau 3 (1)
Effets moyens, toutes choses observées égales par ailleurs, des variables sur la
probabilité de réaliser les combinaisons d’innovations
Effets en points de probabilité
Combinaisons d’innovations à dominante :
Industries Produit
Produit Organisation Sans
de haute et basse technologies procédé Produit Procédé Marketing
procédé seule innovation
4 741 obse vations marketing
Proportion (%) de sociétés ayant réalisé la combinaison 6 10,9 8,1 10,8 6,7 14 43,5
Industrie de haute technologie 4,59*** 4,71*** 6,85*** -1,93** -2,75*** -0,79 -10,69***
Industrie de basse technologie(a) 0 0 0 0 0 0 0
Groupe de plus de 5 000 salariés (b) 0,2 0,9 0,2 -1,4 -3,3** 1,81 1,58
Groupe de 250 à 5 000 salariés 0,69 1,38 0,72 1,16 -2,23 1,66 -3,38*
Groupe de moins de 250 salariés -0,26 0,12 0,38 0,45 -0,48 -0,32 0,12
Entreprise indépendante(a) 0 0 0 0 0 0 0
Log masse salariale 2001 -0,8 -4,1* 6,54*** -0,75 -0,45 0,08 -0,53
Log effectif salarié 2001 1,56 1,9 -4,11** 2,53* 1,12 -1,2 -1,8
Log immo corporelles 2001 -0,79 2,57*** -1,83*** 1,64*** -0,94*** 0,19 -0,84
Log immo incorporelles 2001 1,04*** 0,78*** 1,23*** -0,5** 0,44** -0,79*** -2,2***
Log immo financières 2001 0,25 -0,33 0,05 -0,36* -0,02 0,12 0,28
Log besoin fonds roult. 2001 0,24** 0 0,43*** -0,08 -0,07 -0,13 -0,38***
Log part de marché 2001 -0,14 0,74 1,23** -1,08** -0,43 0,06 -0,38
Log endettement 2001 1,04 0,61 -1,62* -0,31 0,72 -0,07 -0,36
Log charges financ. 2001 0,91** 0,19 0,35 -0,43 0,37 -0,24 -1,15**
Evo 1998-2001 masse salariale 12,39 -1,46 3,92 3,23 0,58 15,09** -33,74***
Evo 1998-2001 effectif salarié -5,89 7,99 1,95 -8,67 1,21 -9,89 13,29
Evo 1998-2001 immo corporelles -1,38 4,07 0,09 1,98 -1,65 -0,55 -2,56
Evo 1998-2001 immo incorporelles -0,05 -1,44 -3,38*** 0,68 2,25*** 1,96** -0,03
Evo 1998-2001 immo financières -2,12** 1,7* 0,2 0,32 -1,09 -0,22 1,21
Evo 1998-2001 part de marché -3,65 3,49 -6,4 7,71** -2,1 -2,57 3,51
Log âge de la société 0,64 1,41* -1,12* -0,51 -0,12 0,46 -0,77
Proportion CA export 1998-2001 3,63** 12,12*** 7,15*** -2,36 -0,63 -3,91** -16***
Concentration sectorielle -7,75 11,03 -7,68 -1,06 -5,09 0,46 10,08
Hétérogénéité technologiq sect. -0,61 -4,85*** -1,48 0,3 2,72*** -0,39 4,31***
Poids sectoriel des pérennes 23,74** -8,95 33,34*** -9,01 -20,22*** 1,69 -20,59**
Evo 1998-2001 VA sect pérenne 8,61 -13,29 1,93 13,58 15,92 -11,74 -15,0
Evo 1998-2001 VA sect totale -7,35 13,27 -3,71 -8,32 -21* 9,21 17,9
Champ : sociétés de CIS4 pérennes de 1998 à 2006, de l’industrie et des services, dont les données sont exploitables.
*** l’effet moyen a au plus 1 chance sur 100 de ne pas différer de zéro, ** l’effet moyen a au plus 5 chances sur 100 de ne pas différer de
zéro, * l’effet moyen a au plus 10 chances sur 100 de ne pas différer de zéro
La probabilité que les effets moyens sans astérisque ne diffèrent pas de zéro n’est pas limitée.
(a) variable prise comme référence.
(b) taille du groupe auquel la société appartient éventuellement en 2001, la référence est entreprise indépendante.
Lecture : en moyenne, les sociétés de l’industrie de haute technologie réalisent la combinaison à dominante produit avec une probabilité
qui dépasse de 6,85 points la probabilité que les sociétés de l’industrie de basse technologie (prise pour référence) réalisent la même
combinaison, toutes choses observées égales par ailleurs. La probabilité qu’une société réalise la combinaison à dominante produit
augmente en moyenne de 0,0654 points si sa masse salariale est 1 % plus forte en 2001 (0,0654 = 6,54 x 0,01), les autres variables
explicatives n’ayant pas changé. La probabilité moyenne de réaliser la combinaison à dominante produit est de 8,1 %. Cette probabilité passe
à 8,17 % (8,1 + 0,0654) si la masse salariale augmente de 1 %.
Proportion (%) de sociétés ayant réalisé la combinaison 7,4 3,9 5 5,7 13,5 14,8 49,6
Services technologiques 7,6 0,61 7,62** -4,55 -0,15 -0,6 -10,53**
Services d’accueil ou d’appui -6,18*** -8,45*** -2,63** -1,45 6,16*** -0,54 13,09***
Services intellectuels(a) 0 0 0 0 0 0 0
Groupe de plus de 5 000 salariés 0,39 1,7 2,73 1,79 2,71 1,26 -10,56***
Groupe de 250 à 5 000 salariés -2,02 -0,7 -0,75 -0,76 2,31* 2 -0,08
Groupe de moins de 250 salariés -0,07 1,92 -0,76 0,93 3,49** 1,37 -6,87***
Entreprise indépendante(a) 0 0 0 0 0 0 0
Log masse salariale 2001 0,49 -0,45 0,37 0,89 2,6 0,9 -4,81*
Log effectif salarié 2001 -0,94 0,66 -1,6 0,91 -1,74 -1,36 4,06*
Log immo corporelles 2001 2,18*** 2,03*** 1,29*** -0,78** -0,75 -1,08** -2,89***
Log immo incorporelles 2001 0,69*** -0,07 0,84*** -0,15 0,19 -0,13 -1,36***
Log immo financières 2001 -0,03 0,6** -0,39 -0,08 0,04 -0,2 0,06
Log besoin fonds roult. 2001 -0,01 0,17** 0,06 0,03 -0,07 0,06 -0,24
Log part de marché 2001 0,27 -1,24 2,95*** -2,52*** 0,38 -0,54 0,69
Log endettement 2001 0,24 0,3 -3,03*** 1,93* 0,44 0,52 -0,4
Log charges financ. 2001 -0,33 -0,72** -0,15 0,2 -0,21 0,27 0,95*
Évolution 1998-2001 masse salariale 4,2 -4,98 4,53 1,9 9,29 -5,4 -9,53
Évolution 1998-2001 effectif salarié 4,74 0,71 -2,68 -7,89 3,5 1,78 -0,16
Évolution 1998-2001 immo corporelles 3,14 4,47** -1,49 -1,35 -6,08** 2,86 -1,56
Évolution 1998-2001 immo incorporelles -0,93 -0,67 -0,14 -0,88 1,54 -0,02 1,09
Évolution 1998-2001 immo financières -0,7 0,57 1,97** -1,76* 0,15 0,92 -1,14
Évolution 1998-2001 part de marché 1,21 1,24 -0,75 5,88 -9,77** 4,39 -2,19
Log âge de la société 0,18 -1,13* 0,61 0,35 -2,37*** 1,1 1,26
Proportion CA export 1998-2001 7,82*** 7,13*** 4 8,26*** -7,21 -2,92 -17,08***
Concentration sectorielle 2,02 0,4 -29 27,8** 4,61 -7,66 1,83
Hétérogénéité technologiq sect. -2,96 -0,33 -2,97* 5,42*** 2,04 -1,99 0,79
Poids sectoriel des pérennes 17,98 -28,7 38,7*** -59,39** 18,79 34,73* -22,12
Évolution 1998-2001 VA sect pérenne -1,32 28,37 -10,6 32,36 -66,86*** -8,21 26,26
Évolution 1998-2001 VA sect totale 21,36 -20,37 16,97 -43,07* 45,6** 14,73 -35,24
(a) variable prise comme référence
Quand ils sont significatifs, les effets moyens du renouvellement ou de la pérennisation des
secteurs entre 1998 et 2001 nuancent, en le contrariant, l’effet du poids des pérennes dans les
moyens de production des secteurs en 2004.
Graphique 1
Évolution de la part de marché médiane des sociétés selon que les sociétés ont
innové ou non entre 2002 et 2004
4 1
Part de marché pour 10 000
3,5
0,8
3
0,6
2,5
0,4
2
1,5 0,2
1 0
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006
haute techno PPAOM haute techno sans inno serv techno PPAOM serv techno sans inno
serv intellectuels PPAOM serv intellectuels sans inno
basse techno PPAOM basse techno sans inno
serv accueil appui PPAOM serv accueil appui sans inn
Dans les industries de haute et de basse technologies et dans les services d’accueil ou d’appui,
la part de marché médiane des sociétés qui ont innové (au sens PPAOM) reste constamment
supérieure, de 1998 à 2006, à celle des sociétés qui n’ont pas innové. Ceci confirme qu’en
général, une grande taille favorise l’innovation. Mais, singulièrement, la part de marché médiane
des innovantes reste constamment inférieure à celle des non innovantes dans les services
technologiques. Dans ces services, où l’on innove beaucoup, la taille des innovantes ne dépasse
la taille des non innovantes que parmi les 25 % des sociétés les plus grandes. Les parts de
marché médianes des innovantes et des non innovantes sont sensiblement les mêmes dans les
services intellectuels, qui innovent peu.
Dans l’industrie manufacturière de haute technologie, les parts de marché médianes des
sociétés, qui ont réalisé les combinaisons à dominante produit, procédé et marketing ou
produit et procédé, étaient deux fois plus élevées en 2001 que la part de marché médiane des
sociétés qui ont réalisé la combinaison à dominante produit, et trois fois plus élevées que les
parts de marché médianes des sociétés qui ont réalisé les autres combinaisons, y compris
celles qui n’ont pas innové (tableau 4). Les parts de marché médianes s’ordonnent selon des
hiérarchies voisines de la précédente dans l’industrie manufacturière de basse technologie et
dans les services intellectuels, avec toutefois des écarts moins marqués entre les médianes.
Dans les services d’accueil ou d’appui, les parts de marché médianes des sociétés qui ont
innové dépassaient relativement peu la part de marché médiane des non innovantes, sauf si
la combinaison réalisée est à dominante produit, procédé et marketing : la part de marché
médiane de cette combinaison était deux fois plus forte que celle des autres. À l’inverse, dans les
services technologiques, la part de marché médiane des sociétés qui ont réalisé la combinaison
à dominante produit, procédé et marketing était à nouveau, singulièrement, deux fois plus faible
que celle des sociétés qui n’ont pas innové ou qui n’ont innové qu’en organisation.
Tableau 4
Niveaux et évolutions des parts de marché médianes, par combinaison
Part de Évolution Évolution Part de Évolution Évolution Part de Évolution Évolution
marché 1998- 2002- marché 1998- 2002- marché 1998- 2002-
médiane 2001, 2006, médiane 2001, 2006, médiane 2001, 2006,
en 2001* % par an % par an en 2001* % par an % par an en 2001* % par an % par an
Champ : sociétés de CIS4 pérennes de 1998 à 2006, de l’industrie et des services, dont les données sont exploitables
* en ‰o
Les parts de marché médianes des sociétés qui ont réalisé les diverses combinaisons
d’innovations évoluent de 2002 à 2006 sans confirmer ce qu’on attendait : les taux d’évolution
ne sont pas de plus en plus faibles quand on passe des combinaisons d’innovations les plus
complètes à la seule innovation d’organisation.
Cela tient en partie à des différences d’évolution conjoncturelle entre secteurs (Nes 114),
autrement dit à des effets sectoriels, qui jouent sur l’évolution des médianes. Cela tient aussi en
partie au fait que les sociétés étudiées sont pérennes entre 1998 et 2006. Leur part de marché
tend fatalement à croître entre 2002 à 2006 si elle est particulièrement basse en 2001 : c’est ce
qui leur permet d’être actives tout au long de la période retenue. Des coefficients de corrélation
faiblement négatifs, non présentés, entre les évolutions de 2002 à 2006 et les niveaux en 2001
de la valeur ajoutée, de la taille ou des immobilisations des sociétés, indiquent des tendances
analogues pour ces grandeurs. Les cas fréquents, où la part de marché médiane des sociétés
qui ont réalisé une combinaison donnée évolue de 2002 à 2006 en compensant plus ou moins
l’évolution antérieure 1998-2001 (tableau 4), suggèrent aussi ce phénomène de régression vers
la moyenne.
Il n’est pas indispensable d’utiliser des méthodes économétriques sophistiquées pour estimer α,
ß et la productivité globale de chaque société. On peut supposer par exemple (Crépon, Leclair et
Roux, 2004) que α est, dans un secteur donné une année donnée, la part de la masse salariale
totale dans la valeur ajoutée totale des entreprises du secteur, et que ß = 1 - α (hypothèse des
rendements constants).
Selon ces suppositions, la productivité d’une société une année donnée est :
productivité globale =
α (log (valeur ajoutée) - log (effectif salarié)) + (1 - α) (log (valeur ajoutée) - log (capital)) =
α log (valeur ajoutée / effectif salarié) + (1 - α) log (valeur ajoutée / capital) =
α log (productivité du travail) + (1 - α) log (productivité du capital).
Compte tenu de l’hypothèse des rendements constants, la productivité globale est ainsi une
moyenne de la productivité du travail et de la productivité du capital pondérées respectivement
par α et 1 - α.
Comme pour la part de marché, ce ne sont pas les différences de niveau entre sociétés une
année donnée qui importent, mais les différences d’évolution d’une année à l’autre.
Les calculs de productivité globale dans l’industrie ne tiennent généralement compte que du
capital en machines et équipements. Les bilans comptables des secteurs de services indiquent
Le graphique 2 représente les évolutions des productivités médianes des innovantes PPAOM et
des non innovantes. L’innovation PPAOM paraît ne pas avoir d’effet tangible sur l’évolution de la
productivité globale médiane, dans tous les regroupements de secteurs. L’effet des innovations
n’apparaît pas, car les combinaisons les plus complètes sont les seules à avoir un effet : dans
l’innovation PPAOM, ces combinaisons sont regroupées avec les combinaisons sans effet. En
outre, des différences de productivité entre secteurs et la pérennité des sociétés masquent
aussi l’effet des innovations, comme dans le cas des parts de marché médianes.
Graphique 2
Évolution de la productivité globale des facteurs médiane des sociétés selon que les
sociétés ont innové ou non entre 2002 et 2004
0,15
0,1
0,1
0
Productivité globale
Productivité globale
0,05
0 -0,1
-0,05
-0,2
-0,1
-0,3
-0,15
-0,2 -0,4
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006
haute techno PPAOM haute techno sans inno serv techno PPAOM serv techno sans inno
basse techno PPAOM basse techno sans inno serv accueil appui PPAOM serv accueil appui sans inno
L’économétrie permet de prendre en compte les effets des secteurs et de la pérennité, en les
séparant des effets apparents des combinaisons d’innovations au niveau de chaque société
(encadré 3). Rappelons que les effets apparents résultent de la détermination simultanée des
performances par les innovations et des innovations par les performances anticipées. Ce sont
eux que l’on estime économétriquement quand on ignore le problème des déterminations
simultanées.
Les évolutions de la part de marché et de la productivité globale de chaque société entre 2002 et
2006 sont décomposées économétriquement, d’une part en effets apparents des combinaisons
d’innovations, d’autre part en effets de variables de contrôle : effets fixes sectoriels, effets de
la pérennité des sociétés et autres effets, non attendus, indépendants de tout effet de survie
des sociétés, tels par exemple que les aspects dynamiques de moyen terme des variations de
productivité. Les variables de contrôle sont les niveaux en 2001, et les taux annuels d’évolution
de 1998 à 2001, de la part de marché, de la valeur ajoutée, de la masse salariale et des
immobilisations corporelles et incorporelles des sociétés. La valeur ajoutée, la masse salariale
et les immobilisations sont liées à la productivité8.
Estimés ainsi, les effets apparents des combinaisons d’innovations sur l’évolution des parts
de marché diminuent en tendance quand on passe de la combinaison à dominante produit,
procédé et marketing à l’absence d’innovation, comme on pouvait s’y attendre a priori en raison
du coût des combinaisons et des gains de parts de marché qu’assure a priori l’innovation de
produit (tableau 5).
L’évolution de la productivité globale n’est favorisée que dans l’industrie et les services
technologiques, et seulement dans les sociétés qui ont réalisé les combinaisons d’innovations
les plus complètes, qui associent produit et procédé à marketing ou organisation. L’écart entre
l’évolution de la productivité globale de ces sociétés et l’évolution de la productivité globale
des autres sociétés est moindre que l’écart entre les évolutions correspondantes des parts de
marché. Cela ne surprend pas, car l’évolution de la productivité globale est la fraction d’évolution
de la valeur ajoutée que n’expliquent pas les évolutions de l’emploi et des capitaux mis en
œuvre, que les innovations favorisent aussi.
Le tableau 5 illustre concrètement comment cela se produit. Outre les effets apparents estimés
des combinaisons d’innovations sur les évolutions de la part de marché et de la productivité
globale, il indique les effets sur les évolutions de la valeur ajoutée, de l’effectif salarié, des
immobilisations corporelles et des immobilisations incorporelles. La masse salariale représente
souvent 70 à 80 % de la valeur ajoutée dans un secteur (coefficient α), de sorte que la différence
entre les taux d’évolution de la valeur ajoutée et de l’effectif salarié (cette différence est le taux
d’évolution de la productivité du travail) approxime l’évolution de la productivité globale.
8
ans les services d’accueil ou d’appui, et à un moindre degré dans les services technologiques, l’âge des entreprises
D
(en 2006) défavorise l’évolution de certaines performances. Mais l’ajout de l’âge aux variables de contrôle ne change
pas sensiblement les estimations des effets apparents des combinaisons d’innovations.
Ce sont les innovations de produit ou de procédé qui importent dans l’industrie, comme on
le pense généralement. L’idée selon laquelle les innovations d’organisation ou de marketing
profiteraient davantage aux services qu’à l’industrie n’est vérifiée que pour les seuls services
d’accueil ou d’appui, à condition de la nuancer : elles profitent davantage aux services d’accueil
ou d’appui qu’à l’industrie mais elles ne profitent pas plus à ces services que leurs innovations
de produit ou procédé.
Les innovations de produit ou procédé priment en revanche dans les services technologiques,
comme dans l’industrie. Plus précisément, les combinaisons où il y a innovation de produit
sont plus bénéfiques que les autres dans l’industrie de haute technologie et les services
technologiques. Or, par construction, ces regroupements de secteurs rassemblent les secteurs
les plus innovants en produit. Si l’avantage dû à l’innovation de produit assurait la survie des
sociétés qui la réalisent, les secteurs en cause tendraient à perdre d’abord leurs sociétés qui
n’innovent pas en produit et à devenir ainsi de plus en plus innovants en produit.
Dans les services intellectuels, les innovations de produit associées aux innovations de procédé
priment aussi. Dans ces secteurs, les sociétés qui ont réalisé la combinaison à dominante
marketing perdraient même des parts de marché et réduiraient leur nombre de salariés par
rapport aux sociétés qui n’ont pas innové. Les effets apparents des combinaisons sur l’évolution
de l’effectif salarié sont estimés en ajoutant le logarithme de l’effectif salarié en 2001 aux variables
de contrôle.
On peut estimer les effets apparents des combinaisons d’innovations sur la productivité globale
de manière plus classique que ci-dessus, en calculant les coefficients α et β par l’économétrie9.
Cela permet de distinguer les immobilisations corporelles et les immobilisations incorporelles
dans la fonction de Cobb Douglas et d’estimer le coefficient β spécifique de chacune des
deux catégories d’immobilisations. Selon les estimations, non présentées dans un tableau,
les immobilisations incorporelles ont un effet faible sur l’évolution de la valeur ajoutée dans
les secteurs où un effet pouvait être attendu : l’industrie de haute technologie, les services
technologiques et les services intellectuels. Les effets des immobilisations incorporelles sont
d’ailleurs probablement sous-estimés, comme cela se produit souvent quand on estime une
fonction de Cobb Douglas en évolution (Griliches et Mairesse, 1997).
Les effets apparents des combinaisons estimés par cette méthode sont moins robustes que les
effets du tableau 5. Ils confirment les ordres de grandeur des coefficients du tableau, comme
eux ne sont significatifs que pour les combinaisons à dominante produit, procédé et marketing
et produit et procédé, mais ne sont plus restreints à l’industrie et aux services technologiques :
la combinaison à dominante produit, procédé et marketing favoriserait la productivité globale
dans les services intellectuels et les services d’accueil ou d’appui.
9
C
es estimations ont été obtenues par les moindres carrés ordinaires. Elles sont biaisées car calculées en expliquant
l’évolution de la valeur ajoutée de 2002 à 2006 par les évolutions simultanées de l’emploi et des immobilisations. Il aurait
fallu instrumenter les évolutions de l’emploi et des immobilisations pour éviter le biais dû à la simultanéité. Avoir estimé α
et β sans méthode économétrique évite les difficultés de l’instrumentation.
Les équations qui estiment les effets des combinaisons sur la part de marché, la valeur ajoutée et
les autres variables ont été estimées ici séparément : on n’a pas estimé globalement le système
qu’elles forment. L’évolution de l’emploi est corrélée à l’évolution de la part de marché.
Tableau 5
Effets apparents estimés des combinaisons d’innovations sur l’évolution des
performances des sociétés entre 2002 et 2006
Variables expliquées, taux annuels d’évolution de 2002 à 2006 de(s) :
Les variables expliquées ne sont pas régressées sur les variables explicatives dont le coefficient a plus de 15 chances sur 100 de ne pas
différer de zéro (elles ne diffèrent pas de zéro au seuil de 15 %). Elles n’ont pas de coefficient dans le tableau. Les combinaisons sans
coefficient ont ainsi le même effet apparent sur l’évolution des performances que la combinaison de référence : sans innovation.
*** le coefficient a au plus 1 chance sur 100 de ne pas différer de zéro.
** le coefficient a au plus 5 chances sur 100 de ne pas différer de zéro.
* le coefficient a au plus 10 chances sur 100 de ne pas différer de zéro.
Les coefficients sans astérisque ont au plus 15 chances sur 100 de ne pas différer de zéro.
Tableau 5 (suite)
Variables expliquées, taux annuels d’évolution de 2002 à 2006 de(s) :
Les innovations sont réalisées entre 2002 et 2004, soit dans la période 2002-2006 au cours
de laquelle on observe leurs effets. En raison de cette simultanéité, les effets des innovations
estimés économétriquement plus haut peuvent être biaisés par rapport aux effets réels (Robin,
2000). Les combinaisons d’innovations et l’évolution des performances peuvent en effet se
déterminer mutuellement. Les combinaisons et les évolutions sont alors à la fois cause et effet,
de sorte qu’il faut recourir à un système d’équations simultanées pour modéliser le processus,
les unes expliquant les évolutions par les combinaisons, les autres expliquant les combinaisons
par les évolutions (encadré 4).
La simultanéité peut engendrer des biais par d’autres mécanismes que celui supposé ci-dessus
et les biais peuvent aussi avoir d’autres causes que la simultanéité. Par exemple, le fait d’avoir
innové ou non est une réponse qualitative à l’enquête, laissée à l’appréciation du répondant.
Il en résulte des fluctuations, limitées, des réponses, qui sont des «erreurs sur les variables
explicatives». Or de telles erreurs biaisent les estimations.
Quel que soit le mécanisme, on peut éliminer l’effet de la variable cachée par la méthode des
«doubles moindres carrés» : il s’agit d’estimer, dans une première étape, la probabilité de réaliser
les combinaisons d’innovations et, dans une seconde étape, l’effet des probabilités estimées (à
la première étape) sur les évolutions. La variable cachée n’est alors plus corrélée à la probabilité
estimée, si bien que le coefficient associé n’est plus biaisé. Les doubles moindres carrés sont
par ailleurs une méthode de résolution des systèmes d’équations simultanées. Plus haut, on a
ignoré la première étape et ainsi simplifié la modélisation au prix de biais éventuels.
Pour appliquer une telle méthode, on a besoin d’« instruments » qui expliquent la probabilité
d’innover sans affecter directement les variables dépendantes. Malheureusement, les instruments
disponibles envisagés - ce sont les variables du logit multinomial qui expliquent la probabilité de
réaliser les différentes combinaisons d’innovations, les cinq variables quantitatives sectorielles
du logit étant remplacées par les variables indicatrices du secteur des sociétés - n’expliquent
pas suffisamment bien l’occurrence des combinaisons pour qu’on puisse estimer à la seconde
étape les effets réels plausibles des combinaisons sur les performances.
Si la tentative d’estimation des effets réels avait abouti, la première étape des doubles moindres
carrés aurait consisté, non pas à modéliser en bonne et due forme la probabilité de réalisation
des différentes combinaisons d’innovations, mais à régresser les variables indicatrices de ces
combinaisons - la variable indicatrice d’une combinaison vaut 1 si la combinaison est réalisée
et 0 si elle ne l’est pas - sur les instruments, comme le préconise un article de Heckman et
MaCurdy (1985). Les régresser aurait facilité la suite des estimations par les doubles moindres
carrés.
Encadré 4
Économétrie avec tentative de correction de l’endogénéité des variables
explicatives
Supposons pour simplifier que l’on cherche à estimer l’effet de la seule innovation
PPAOM sur l’évolution ∆log yi. L’équation à estimer est alors l’équation (1) ci-
dessous, où x1i est un vecteur qui réunit l’ensemble des variables de contrôle, y
compris les indicatrices d’appartenance sectorielle.
(1)
(2)
(3)
(4)
L’équation (1) estimée par les doubles moindres carrés est ainsi :
Les R² et les F des régressions des indicatrices des combinaisons sur les instruments
envisagés (équation 4) indiquent que les indicatrices sont trop faiblement corrélées
aux instruments pour que les tests usuels, comme le test de Student, puissent être
employés pour mesurer la significativité des coefficients à la seconde étape. Selon
la littérature (Staiger, Stock, 1997), les F doivent dépasser 10. Qui plus est, les
instruments étant faibles, c’est-à-dire expliquant trop peu les variables endogènes,
les effets des combinaisons d’innovations s’identifient difficilement à la seconde
étape : les coefficients estimés s’écartent facilement des vrais coefficients et les
tests usuels ne détectent pas les biais (Zivot, Startz, Nelson, 1998).
La littérature préconise plusieurs tests alternatifs aux tests usuels quand les
instruments sont faibles. L’un d’eux a été proposé en 1949 par Anderson et Rubin
(Dufour, Taamouti, 2005). Il ne dépend que des variables explicatives du modèle
économétrique et non d’estimations résultant du modèle, au contraire du test de
Student. Il est donc robuste aux instruments faibles.
Selon le test d’Anderson et Rubin, la plupart des coefficients des indicatrices que l’on
peut estimer par les doubles moindres carrés dans le cas présent ont un intervalle
de confiance non borné. Dès lors, les coefficients estimés sans instrumentation
par les moindres carrés ordinaires ne sont pas moins plausibles statistiquement
que ceux obtenus par les doubles moindres carrés. En revanche, ils sont plus
raisonnables que ceux, fréquemment aberrants, des doubles moindres carrés.
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Annexe 2
Résumé
1
ETA – université de Strasbourg ([email protected]).
B
2
Université technologique de Delft ([email protected]).
3
Université technologique de Delft ([email protected] ).
La littérature théorique (par exemple, Kamien et al., 1992) souligne que la recherche menée en
collaboration peut procurer aux entreprises deux avantages : premièrement le partage des coûts
de la R & D (qui pourraient se révéler dissuasifs pour une firme seule) et deuxièmement un gain en
efficacité dans le processus de R & D, provenant de l’élimination des redondances dans l’effort
de recherche des entreprises qui collaborent. Dans une économie où de telles collaborations
sont nombreuses et/ou fréquentes, le niveau global d’investissement en R & D devrait donc
être supérieur à celui d’une économie où les entreprises conduisent leurs activités de R & D de
manière indépendante. L’augmentation des collaborations en R & D au sein d’une économie
peut avoir des retombées positives pour l’économie dans son ensemble si l’accroissement des
investissements en R & D qui en résulte s’accompagne de gains de productivité.
Benfratello et Sembenelli (2002) soulignent que la politique d’innovation européenne a fait des
collaborations en R & D son principal instrument car l’UE mise précisément sur de tels effets.
Les retombées attendues pour l’économie européenne d’une généralisation des collaborations
de recherche sont : (1) un accroissement des investissements en R & D et de leur efficacité
pouvant générer (2) des gains de productivité conduisant eux-mêmes à (3) un accroissement
de la compétitivité européenne au sein de l’économie mondiale.
Dans ce contexte, il est légitime de poser la question de l’efficacité des PCRD. Une analyse
coûts/bénéfices n’est toutefois guère envisageable, car les retombées des PCRD sont difficiles à
mesurer précisément, en raison de la nature très générale des objectifs donnés à ces programmes
par l’UE (Luukkonen 1998). Dans ces conditions, répondre à la question de l’efficacité consiste
avant tout à déterminer si les PCRD conduisent à une amélioration de la capacité d’innovation des
firmes européennes. Si tel est le cas, alors l’utilité des PCRD sera (au moins partiellement) avérée.
4
A
ussi appelés programmes cadres pour la recherche et le développement technologique (PCRDT). Nous utiliserons
l’abréviation plus concise PCRD car il s’agit de la dénomination utilisée dans le questionnaire français des 3e et 4e
enquêtes européennes sur l’innovation (CIS3 et CIS4).
Le présent travail – qui demeure, à bien des égards, exploratoire – tente de combler ce manque
en proposant une étude comparative France/Pays-Bas à partir des données des enquêtes
communautaires sur l’innovation (CIS). Nous examinerons tout d’abord les déterminants de la
participation à un projet financé par un PCRD, puis l’impact de cette participation sur les ventes
de produits innovants et les investissements en R & D.
Tout d’abord, les données utilisées sont présentées en précisant leur mode d’utilisation et en
soulignant l’intérêt et l’originalité de l’analyse proposée. Ensuite, la stratégie empirique retenue
est décrite et les modèles économétriques utilisés pour la mener à bien. Enfin, les résultats
obtenus sont commentés.
Notre analyse propose une comparaison France/Pays-Bas, ce qui constitue en soi une première
originalité. Le choix de ces deux pays se justifie par un résultat que soulignent Hernan et al.
(2003), au terme de leur analyse de la participation aux partenariats de recherche en Europe : les
entreprises des grands pays européens (Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie) participent
moins à des partenariats transfrontaliers que celles des pays de plus petite taille (avec une
population plus faible). Cela s’explique par une plus grande facilité pour les premières à trouver
des partenaires à l’intérieur de leur propre pays. En particulier, par rapport aux Pays-Bas (pays
de référence dans l’analyse de Hernan et al., 2003 ), la France a une probabilité de participation
très significativement inférieure. Il est donc intéressant, dans notre analyse, de contraster ces
deux pays : le premier illustrera le cas d’une petite économie ouverte, et le second celui d’une
économie de plus grande taille disposant d’un large marché intérieur5.
La seconde originalité de notre travail est qu’il mobilise simultanément, en les appariant, les deux
dernières vagues de l’enquête CIS. Procéder à cet appariement présente certains inconvénients :
tout d’abord, cela implique de travailler sur un échantillon par nature assez restreint, constitué des
seules entreprises présentes dans les deux vagues. Or, restreindre l’échantillon à ces entreprises
introduit un biais de sélection : par exemple, les entreprises « survivantes » d’une vague à l’autre
risquent d’être systématiquement plus grandes ou plus performantes (caractéristiques qui
5
À titre indicatif, au 01/01/2008, les Pays-Bas et la France comptaient respectivement 16,4 et 63,8 millions d’habitants
(Source : INSEE, http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=98&ref_id=CMPFPS02136).
Toutefois, recourir à l’échantillon apparié CIS3-CIS4 présente pour notre étude deux avantages
qui contrebalancent ces inconvénients. D’une part, les PCRD financent surtout des projets
exploratoires : il est donc nécessaire de disposer d’un recul temporel suffisamment long pour
pouvoir espérer en mesurer les effets (Luukkonen, 1998). Ainsi, chercher à mesurer l’impact de la
participation à un PCRD pendant une période donnée sur les ventes de nouveaux produits pendant
cette même période n’est pas vraiment approprié : les innovations éventuelles générées par ce
PCRD risquent en effet de ne pas être commercialisées avant la période suivante. D’autre part,
tous les travaux consacrés aux partenariats de recherche en Europe soulignent que l’implication
antérieure a une influence déterminante sur la probabilité de développer une nouvelle collaboration
(Hernan et al., 2003 ; Marin, Siotis, 2008). En particulier, la probabilité de participer à un PCRD
est plus importante pour les entreprises ayant déjà une expérience des collaborations en R & D.
Recourir à l’échantillon apparié permet de tenir compte à la fois de ce phénomène cumulatif, et de
la temporalité longue des PCRD, par exemple en utilisant des variables retardées (tirées de CIS3)
pour expliquer des grandeurs observées pendant la période couverte par CIS4.
Le tableau 1.a (page suivante) présente des statistiques descriptives permettant de comparer
les distributions de quelques variables-clés dans les trois échantillons (CIS3, CIS4 et échantillon
apparié). Dans les deux pays, les grandes entreprises sont surreprésentées dans l’échantillon
apparié : en France, la taille moyenne des entreprises est de 730 salariés dans cet échantillon,
contre 275 dans CIS4 et 407 dans CIS3. Aux Pays-Bas, où la taille moyenne des entreprises
est plus petite qu’en France, nous retrouvons le même biais : la moyenne est de 259 salariés
dans l’échantillon apparié, contre 172 dans CIS4 et 158 dans CIS3. Le tableau 1.a révèle qu’un
biais similaire apparaît pour le chiffre d’affaires en France, mais pas aux Pays-Bas. En France,
les firmes appartenant à un groupe se retrouvent également en plus grande proportion dans
l’échantillon apparié, ce qui n’est pas le cas aux Pays-Bas.
Secteur :
AGRICULTURE, PECHE, SYLVICULTURE — — — — 0,003 (0,05) 0,001 (0,02)
INDUSTRIES EXTRACTIVES — — — — 0,03 (0,17) 0,04 (0,19)
ENSEMBLE DE L’INDUSTRIE 0,01 (0,12) 0,01 (0,08) 0,01 (0,08) 0,02 (0,15)
Agroalimentaire ; Tabac 0,01 (0,09) 0,003 (0,05) 0,02 (0,13) 0,01 (0,09)
Textile ; Habillement ; Cuir et Chaussure 0,00 (0,05) 0,003 (0,06) 0,001 (0,03) 0,03 (0,18)
Travail du Bois ; Papier et Carton 0,01 (0,09) 0,001 (0,03) 0 0 0,002 (0,04)
Édition, Imprimerie, Reproduction 0,01 (0,11) 0,0004 (0,02) 0,0004 (0,02) 0 0
Cokéfaction, Raffinage, Nucléaire 0,02 (0,13) 0,04 (0,20) 0,03 (0,18) 0 0
Industrie chimique 0,04 (0,20) 0,04 (0,19) 0,04 (0,20) 0,05 (0,22)
Caoutchouc et Plastiques 0,02 (0,14) 0,004 (0,06) 0,004 (0,06) 0,01 (0,09)
Produits minéraux non métalliques 0 0 0 0 0,01 (0,09) 0 0
Métallurgie ; Métaux ;
Machines et Équipements 0,01 (0,08) 0,003 (0,06) 0,004 (0,07) 0,01 (0,07)
Matériel informatique ; Appareils électriques
Équipements de communication
Instruments de précision 0,04 (0,19) 0,02 (0,14) 0,01 (0,11) 0,03 (0,16)
Automobile ; Autres matériels de transport 0,04 (0,19) 0,02 (0,14) 0,01 (0,08) 0,02 (0,13)
Meubles ; Récupération ; Industries diverses 0,01 (0,12) 0,005 (0,07) 0,001 (0,03) 0 0
ENSEMBLE DES SERVICES 0,02 (0,14) 0,003 (0,05) 0,003 (0,05) 0,004 (0,06)
Production et Distribution : Électricité,
Gaz, Eau 0,02 (0,14) 0,04 (0,21) 0,013 (0,11) 0,05 (0,22)
Construction — — 0,001 (0,03) 0,001 (0,03) 0,01 (0,08)
Commerce et réparation automobile — — 0 0 0,001 (0,03) 0 0
Commerce de gros et intermédiaires 0 0 0,001 (0,03) 0,002 (0,05) 0,002 (0,04)
Commerce de détails et réparations 0 0 0,0002 (0,01) 0 0 0,0004 (0,02)
Hôtels et Restaurants — — 0 0 0 0 0 0
Transports (tous types) — — 0,0004 (0,02) 0,004 (0,07) 0 0
Services auxiliaires des transports — — 0,01 (0,09) 0,01 (0,08) 0,002 (0,04)
Postes et Télécommunications 0,05 (0,21) 0,03 (0,16) 0,01 (0,07) 0,01 (0,10)
Activités financières 0,00 (0,04) 0,01 (0,07) 0,002 (0,04) 0 0
Activités immobilières — — 0 0 0 0 0 0
Location sans opérateur — — 0,001 (0,03) 0,01 (0,08) 0 0
Activités informatiques 0,02 (0,13) 0,03 (0,16) 0,01 (0,10) 0,03 (0,16)
Recherche et Développement 0,24 (0,43) 0,16 (0,36) 0,02 (0,12) 0,04 (0,21)
Services aux entreprises 0,05 (0,22) 0,01 (0,07) 0,002 (0,05) 0,01 (0,08)
Santé et Action sociale — — 0,002 (0,04) — — — —
Administration, Éducation, Santé — — — — — — 0 0
Assainissement, Voirie, Déchets — — — — 0,003 (0,05) 0,02 (0,13)
Activités associatives — — — — 0,02 (0,12) 0,004 (0,06)
Services aux personnes — — — — 0 0 0,01 (0,09)
Taille :
Moins de 50 employés 0,01 (0,10) 0,00 (0,05) 0 -0,05 0 -0,05
50 à 99 employés 0,01 (0,11) 0,01 (0,07) 0 -0,06 0,01 -0,09
100 à 249 employés 0,02 (0,14) 0,01 (0,08) 0,01 -0,12 0,01 -0,12
250 à 499 employés 0,04 (0,19) 0,02 (0,15) 0,03 -0,17 0,04 -0,19
500 employés et plus 0,08 (0,28) 0,04 (0,21) 0,07 -0,25 0,07 -0,26
Total 0,02 (0,12) 0,004 (0,06) 0,004 (0,06) 0,005 (0,07)
Lecture du tableau : le tableau donne pour chaque modalité (secteur d’activité ou classe de taille) la proportion de participants à un PCRD
(4e ou 5e PCRD pour CIS3, 5e ou 6e PCRD pour CIS4).
Les valeurs (moyenne et écart-type) sont calculées sur les échantillons pondérés.
Un « — » signifie que le secteur concerné n’était pas couvert par l’enquête CIS3 ; un « 0 » signifie qu’il n’y a pas de participant à un
PCRD dans ce secteur.
Le tableau 1.b (page précédente) fournit la proportion d’entreprises participant à un PCRD (4e ou
5e pour CIS3, 5e ou 6e pour CIS4) par secteur d’activité et par tranche de taille. Ces proportions
ont été calculées sur les échantillons complets pondérés avant appariement, afin de donner
une idée de la répartition des participants dans la population totale des entreprises enquêtées.
Ce tableau montre que, dans les deux pays, les participants à un PCRD sont principalement
concentrés dans les secteurs de l’industrie (en particulier la chimie, la fabrication de matériel
informatique, électrique et électronique, et l’automobile). La proportion de participants est
beaucoup plus faible dans les services, à l’exception de quelques secteurs très particuliers
comme la R & D ou les activités informatiques. De même, la proportion de participants est
nettement plus élevée parmi les grandes firmes (500 salariés ou plus) que parmi les PME (moins
de 250 salariés).
En France, la proportion de participants à un PCRD est beaucoup plus faible dans la population
de CIS4 que dans celle de CIS3 : la dernière ligne du tableau 1.b indique qu’elle est de 2 % dans
CIS3, et de seulement 0,4 % dans CIS4. Cette forte différence a pour cause principale l’extension
de l’enquête CIS, lors de sa quatrième vague, aux entreprises de plus petite taille d’une part, et
à davantage de secteurs d’autre part (cf. supra). Les participants aux PCRD étant concentrés
dans l’industrie et dans les grandes entreprises, il est alors logique d’observer une proportion
plus faible de participants dans CIS4. Un premier élément confirme cette interprétation : dans
l’ensemble de l’industrie, la proportion de participants est en effet de 1 % tant pour CIS3 que
pour CIS4. Dans les services, en revanche, elle est de 2 % pour CIS3 et de 0,3 % seulement
pour CIS4. Un second élément vient confirmer cette interprétation : aux Pays-Bas, CIS3 et CIS4
couvrent les mêmes secteurs (y compris les services qui n’étaient pas couverts par le CIS3
français), et la proportion de participants reste stable (autour de 0,4 %) d’une vague à l’autre.
Analyse économétrique
Nous utilisons ainsi la taille de l’entreprise (mesurée par le logarithme du nombre d’employés),
car il apparaît qu’en Europe, les grandes entreprises ont une probabilité plus élevée de s’engager
dans un partenariat en R & D (financé ou non par un PCRD). De même, nous incluons la variable
« intensité de R & D de l’entreprise moins moyenne du secteur » car l’intensité de R & D par
secteur apparaît comme un facteur favorable à la formation de partenariats de recherche. Enfin,
nous incluons une variable indicatrice du recours aux brevets pour protéger les innovations ; la
littérature montre en effet que l’efficacité de la protection procurée par les brevets tend à réduire
la probabilité de participer à des partenariats.
Nous aurions aimé vérifier si les données CIS confirment que la participation à un PCRD est
favorisée par l’implication antérieure dans d’autres PCRD, comme le suggère la littérature
empirique. En particulier, il aurait été souhaitable d’estimer un modèle expliquant la probabilité
de participation dans un PCRD entre 2002 et 2004 par la participation à un PCRD entre 1998
et 2000. Cela n’est malheureusement pas possible, car la temporalité des enquêtes CIS ne
correspond pas à celle des PCRD et les données CIS3 (resp. CIS4) ne permettent pas de
distinguer entre le 4e et le 5e (resp. le 5e et le 6e) PCRD6.
Après avoir étudié les déterminants de la participation à un PCRD, nous cherchons à évaluer
l’impact de ces participations sur les activités innovantes des entreprises. Nous mesurons
les activités innovantes des entreprises à l’aide de deux variables : (1) les ventes de produits
nouveaux pour le marché et (2) les dépenses de R & D. L’impact de la participation à un PCRD
sur ces variables est évalué à l’aide de deux modèles Tobit généralisés estimés par maximum
de vraisemblance. Chaque modèle est constitué d’une équation linéaire expliquant la variable
d’intérêt et d’une équation non linéaire expliquant la probabilité de sélection. Par exemple, dans le
cas de l’analyse des dépenses de R & D, l’équation d’intérêt est une équation linéaire expliquant
l’intensité de l’investissement en R & D, et l’équation de sélection est un Probit expliquant la
probabilité d’avoir des dépenses de R & D non nulles.
Nous estimons nos deux modèles sur l’échantillon apparié CIS3 – CIS4, ce qui permet d’expliquer
des variables dépendantes observées sur la période 2002-2004 par des variables retardées
observées sur la période 1998-2000. Pour estimer un modèle Tobit généralisé, il est préférable
de disposer d’une « variable d’exclusion » qui prédise bien la probabilité de sélection, sans
pour autant être corrélée avec la variable d’intérêt. Cette variable n’est pas indispensable à
l’identification du modèle, surtout lorsque celui-ci est estimé par maximum de vraisemblance
(comme c’est le cas dans la présente étude). Elle permet toutefois d’obtenir des estimations plus
précises, et lorsque l’économètre dispose d’une variable d’exclusion crédible, il est préférable
de l’utiliser.
Dans le modèle expliquant les ventes de produits nouveaux pour le marché, la variable d’exclusion
retenue est une indicatrice signalant l’introduction d’une innovation de produit pendant la période
1998-2000. Le choix de cette variable d’exclusion se justifie ainsi : une entreprise qui a introduit
une innovation de produit par le passé a plus de chances d’en introduire une nouvelle dans la
période présente, mais cela ne signifie pas pour autant que ses ventes de nouveaux produits
vont augmenter. Dans le modèle expliquant les dépenses de R & D, nous disposons d’une
6
Le questionnaire français de CIS3 suggère qu’il est possible de distinguer la participation au 4e PCRD de la participation
au 5e PCRD, mais les données reçues ne contiennent qu’une seule variable pour les deux PCRD. Tout comme les
données néerlandaises, elles ne se démarquent pas du questionnaire commun d’Eurostat.
Le modèle expliquant les ventes de produits innovants est spécifié ainsi : dans l’équation
d’intérêt, la variable à expliquer est le logarithme du montant des ventes de produits nouveaux
pour le marché en 2004. Les variables explicatives sont, à une exception près, des variables
retardées observées sur la période 1998-2000. Ces variables incluent une indicatrice de la
participation au 4e ou au 5e PCRD entre 1998 et 2000, dont l’impact sur les ventes de produits
innovants est au cœur de notre analyse. La distance temporelle entre la période de participation
et l’année d’observation des ventes innovantes permet de tenir compte de la temporalité longue
dans laquelle s’inscrivent les partenariats de recherche financés par un PCRD. Afin de mieux
isoler l’effet des collaborations ayant lieu dans le cadre d’un PCRD, nous incluons également
quatre variables indicatrices de coopérations avec divers types de partenaires (fournisseurs,
clients, concurrents ou universités). Enfin, deux indicatrices permettent de prendre en compte
l’impact des autres sources de financement (aides nationales et régionales à l’innovation,
respectivement).
L’équation d’intérêt inclut également plusieurs variables de contrôle, dont la moyenne des
ventes innovantes par industrie (NACE 2) en 2000. Cette variable contrôle pour les différences
de cycle de vie des produits entre les secteurs d’activités, et permet de capter, au moins en
partie, l’hétérogénéité intersectorielle7. Comme l’intensité de R & D varie très fortement d’un
secteur à l’autre, nous incluons également une variable qui mesure l’écart entre l’intensité de
R & D d’une entreprise et la moyenne de son principal secteur d’activité. Nous contrôlons pour
l’appartenance à un groupe étranger (qui peut permettre la mise sur le marché d’un produit
nouveau non développé en interne), et pour les augmentations du chiffre d’affaires supérieures
à 10 % (qui peuvent indiquer un évènement rare, comme une fusion). Certaines entreprises
pouvant décider de ne pas commercialiser leurs nouveaux produits tant qu’ils ne sont pas
protégés par un brevet, nous introduisons une indicatrice de l’utilisation de brevets (en 2000)
comme moyen de protections des inventions. Enfin, la variable « croissance des ventes par
industrie » nous permet de prendre en compte le rôle joué par l’impulsion du marché dans les
ventes de produits innovants. Il s’agit de la seule variable explicative des ventes innovantes qui
ne soit pas retardée, mais observée sur la période 2002-2004.
Nous avons estimé une version alternative de ce premier modèle Tobit généralisé. Cette version
alternative incorpore la variable retardée « logarithme des ventes de produits innovants en 2000 »
dans les deux équations. Introduire cette variable permet de mesurer la croissance des ventes
de produits nouveaux pour le marché (et de capter une partie de l’hétérogénéité non observée).
Toutefois, elle implique d’abandonner notre variable d’exclusion (l’indicatrice d’innovation
de produit entre 1998 et 2000) : celle-ci est en effet trop fortement corrélée avec la variable
dépendante retardée, ce qui pose un problème de multicollinéarité. Comme nous l’avons
évoqué plus haut, notre modèle peut parfaitement être estimé (par maximum de vraisemblance)
sans avoir recours à une variable d’exclusion. Il se rapproche ainsi du modèle Tobit généralisé
estimé par Mairesse et Mohnen (2002) sur les données de la première enquête CIS : comme le
nôtre, ce modèle prédit à la fois la propension à innover et l’intensité d’innovation (mesurée par
le pourcentage de ventes innovantes dans les ventes totales) sans faire usage d’une variable
d’exclusion. Notons pour finir que ce modèle alternatif fait l’hypothèse implicite suivante : la
participation à un PCRD entre 1998 et 2000 peut affecter les ventes de produits innovants de
2004, mais pas celles de 2000. Cette hypothèse implicite est justifiée par la temporalité longue
des PCRD évoquée plus haut.
7
ans une spécification alternative du modèle, nous utilisons, plus conventionnellement, une série d’indicatrices
D
sectorielles pour capter cette hétérogénéité.
Bien que contrainte par cette hypothèse, la modélisation nous semble néanmoins intéressante
et justifiée, car elle permet d’apporter un début de réponse à une question centrale pour la
politique d’innovation de l’UE : celle de l’additionnalité des financements. Nombre d’économistes
craignent en effet que le soutien public à la R & D privée (en particulier au niveau européen)
ne se traduise par une baisse de l’effort privé. Les procédures de sélection et de suivi des
projets financés par les PCRD sont sensées éviter ce phénomène de substitution. En dépit
de son caractère exploratoire, la modélisation que nous proposons peut fournir des éléments
d’information susceptibles d’éclairer ce débat.
Tableau 2
Statistiques descriptives pour l’échantillon apparié CIS3-CIS4
France Pays-Bas
Moyenne Écart type Moyenne Écart type
Log des ventes de produits nouveaux pour le marché 2,90 (1,34) 2,68 (1,50)
Log intensité de R & D en 2004 0,70 (1,85) 0,21 (1,74)
A participé au 4e ou 5e PCRD 0,09 (0,29) 0,04 (0,20)
A innové en coopération avec :
des fournisseurs 0,19 (0,39) 0,17 (0,37)
des clients 0,14 (0,34) 0,17 (0,38)
des concurrents 0,08 (0,27) 0,12 (0,33)
des universités 0,15 (0,36) 0,08 (0,28)
Taille (nombre d’employés) en 2000 687 (3434) 263 (1699)
Intensité de R & D – moyenne du secteur 0,01 (0,08) 0,23 (6,91)
Détenait des brevets en 2000 0,37 (0,48) 0,15 (0,36)
Principal marché (1998-2000) est international 0,44 (0,50) 0,17 (0,38)
Moyenne des ventes innovantes par industrie (NACE 2)
en 2000 2,69 (0,49) 3,97 (0,51)
Croissance des ventes (2002-2004) par industrie (NACE 2) 54,4 (40,9) 66,6 (102,5)
L’entreprise appartient à un groupe étranger 0,53 (0,50) 0,51 (0,50)
CA accru de 10 % ou plus 0,03 (0,18) 0,10 (0,29)
Log des ventes innovantes en 2000 2,76 (1,29) 3,98 (1,40)
Log intensité de R & D en 2000 0,69 (1,72) 0,67 (1,81)
Le tableau 2 donne des statistiques descriptives pour les variables (dépendantes et explicatives)
utilisées dans nos deux modèles Tobit généralisés. Il nous faut encore préciser, pour conclure
cette sous-section que, dans chaque modèle, certaines variables explicatives présentes dans
l’équation d’intérêt sont absentes de l’équation de sélection. Il s’agit de variables qui ne sont
observables que pour les entreprises innovantes entre 1998 et 2000 et non pas pour l’ensemble
de l’échantillon apparié. De ce fait, il est difficile de les utiliser dans l’équation de sélection.
Résultats
Les résultats du modèle Probit expliquant la probabilité de participer à un PCRD sur la période
1998-2000 sont donnés dans le tableau 3. Les entreprises ayant une probabilité plus élevée
de participer à un PCRD présentent un profil très similaire en France et aux Pays-Bas : il s’agit
d’entreprises de grande taille, ayant une intensité de R & D supérieure à la moyenne de leur
secteur d’activité, et dont le principal marché est international. Ces trois caractéristiques sont
assez complémentaires : les grandes entreprises peuvent réaliser des économies d’échelles,
et bénéficient fréquemment d’une position dominante sur leur marché, ce qui leur permet de
maintenir des dépenses de R & D élevées dans le long terme. De plus, l’ouverture à l’international
permet de répartir les coûts fixes de la R & D sur un marché plus étendu. Pour résumer, les
entreprises présentant ce profil pourraient être décrites comme appartenant à « l’élite » des
entreprises innovantes européennes, ce qui semble être un pré-requis pour participer à un
PCRD. A contrario, il est peu probable que des entreprises dont l’effort d’innovation (mesuré
par les dépenses de R & D) est faible ou inexistant soient retenues au terme des procédures de
sélection rigoureuses imposées par les autorités européennes (tableau 3).
Tableau 3
Déterminants de la participation au 4e ou 5e PCRD entre 1998 et 2000
(modèle Probit)
France Pays-Bas
Coefficient Erreur standard Coefficient Erreur standard
A innové en coopération avec :
des fournisseurs 0,18 (0,10)* -0,05 (0,14)
des clients 0,39 (0,10)*** 0,26 (0,14)*
des concurrents 0,34 (0,11)*** -0,01 (0,14)
des universités 0,56 (0,10)*** 0,71 (0,14)***
Taille (log du nombre d’employés) en 2000 0,16 (0,03)*** 0,13 (0,03)***
Intensité de R & D – moyenne du secteur 0,99 (0,36)*** 0,02 (0,00)***
Détenait des brevets en 2000 0,22 (0,10)** 0,53 (0,11)***
Principal marché (1998-2000) : international 0,34 (0,10)*** 0,18 (0,11)*
Constante -3,46 (0,22)*** -2,82 (0,18)***
Test de l’effet global des indicatrices sectorielles Chi² (16 d.l.) = 105.09*** Chi² (26 d.l.) = 26.75
Log vraisemblance -536,11 -424,54
Test rapport des vraisemblances 498,54*** 255,19***
Pseudo R² 0,32 0,23
Significatif au seuil de * 10 % ; ** 5 % ; *** 1 %.
Toutes les variables (dépendantes et explicatives) proviennent de l’enquête CIS3.
Le modèle inclut des indicatrices sectorielles utilisant la classification NACE à 2 chiffres.
Les entreprises utilisant des brevets pour protéger leurs inventions ont, en France comme aux
Pays-Bas, une probabilité plus élevée de participer à un PCRD. L’interprétation la plus simple de
ce résultat est la suivante : le dépôt de brevets peut être une mesure du degré « d’innovativité »
de l’entreprise, qui n’est qu’imparfaitement captée par l’intensité de R & D. Mais ce résultat
pourrait aussi traduire, comme le soulignent Brouwer et Kleinknecht (1999), un manque de
confiance envers les partenaires, ou du moins une prise de précaution : avant de s’engager
dans une collaboration, les entreprises protègeraient leurs connaissances les plus précieuses
au moyen de brevets.
Les indicatrices sectorielles ont un effet globalement significatif en France, mais pas aux
Pays-Bas. Dans un souci de concision, nous ne présentons pas dans le tableau 3 le paramètre
associé à chacune des indicatrices (le tableau complet est disponible sur demande auprès des
auteurs). Nous citons néanmoins ici, dans le cas français (le seul pour lequel il soit pertinent de
le faire), les secteurs dans lesquels la probabilité de participation à un PCRD est plus élevée.
En prenant le secteur « Métaux, Machines et Équipements » comme catégorie de référence,
ces secteurs sont les suivants : (1) « Matériel informatique, Appareils électriques, Équipements
de communication, Instruments de précision », (2) « Automobile, Matériels de transport »,
(3) « Télécommunications », (4) « Activités informatiques », (5) « Recherche et Développement ».
En résumé, il s’agit soit de secteurs innovants par nature, soit de secteurs dans lesquels les
entreprises françaises ont une capacité d’innovation avérée. Il est difficile d’expliquer pourquoi
nous observons cette hétérogénéité sectorielle dans la participation à un PCRD en France, et
pas aux Pays-Bas.
Enfin, pour tester la robustesse du modèle, nous en avons estimé une variante, dans laquelle :
la taille de l’entreprise est mesurée en 1998 (et non plus en 2000), et l’indicateur de coopération
avec une université est remplacé par un indicateur de coopération avec un laboratoire public.
Cette variante conduisant à des résultats identiques à ceux obtenus avec le modèle original,
nous ne la présentons pas ici (les tableaux de résultats pour cette variante du modèle sont
disponibles sur demande auprès des auteurs).
Le tableau 4.a (au verso) présente les résultats du modèle Tobit généralisé utilisé pour évaluer
l’impact de la participation à un PCRD sur les ventes de produits innovants. La colonne de
gauche présente les résultats du modèle de base (modèle 1). La colonne de droite présente les
résultats du modèle dont les variables explicatives incluent une mesure retardée de la variable
dépendante (modèle 2). Dans chaque colonne figurent, côte à côte, les résultats obtenus pour
la France et ceux obtenus pour les Pays-Bas.
France Pays-Bas
Modèle 1 Modèle 2 Modèle 1 Modèle 2
Modèle Tobit généralisé
Coefficient Erreur Coefficient Erreur Coefficient Erreur Coefficient Erreur
standard standard standard standard
Équation d’intérêt (log ventes innovantes de 2004)
A innové en coopération avec :
des fournisseurs -0,06 (0,11) -0,01 (0,21) -0,07 (0,11) -0,11 (0,20)
des clients -0,17 (0,12) -0,20 (0,21) -0,13 (0,12) -0,19 (0,21)
des concurrents 0,13 (0,13) 0,05 (0,21) -0,10 (0,13) -0,11 (0,21)
des universités 0,08 (0,12) -0,16 (0,21) 0,04 (0,12) -0,19 (0,21)
Moyenne des ventes innovantes
par industrie en 2000 0,72 (0,14)*** 0,95 (0,20)*** 0,37 (0,15)** 0,71 (0,21)***
Intensité de R & D 1998-2000
moins moyenne du secteur 0,39 (0,50) 0,01 (0,01) 0,77 (0,54) 0,02 (0,01)
Taille de l’entreprise
(log nombre d’employés) en 2000 0,03 (0,05) -0,08 (0,06) 0,04 (0,06) -0,06 0,07
Croissance des ventes (2002-2004) par industrie 0,00 (0,00) 0,00 (0,00)** 0,00 (0,00) 0,00 (0,00)***
L’entreprise appartient à un groupe étranger 0,06 (0,09) 0,19 (0,13) -0,03 (0,09) 0,15 (0,13)
CA accru de 10 % ou plus 0,37 (0,20)* 0,19 (0,23) 0,31 (0,19) 0,29 (0,23)
Détenait des brevets en 2000 0,17 (0,15) 0,28 (0,17) 0,04 (0,16) 0,27 (0,20)
A participé au 4e ou 5e PCRD 0,03 (0,16) 0,12 (0,28) 0,08 (0,16) 0,11 (0,27)
A bénéficié d’un soutien à l’innovation :
national -0,11 (0,12) 0,17 (0,20) -0,10 (0,12) 0,12 (0,27)
régional -0,01 (0,16) 0,28 (0,30) 0,28 (0,16)* 0,13 (0,30)
Constante 0,72 (0,70) -1,07 (1,04) 0,80 (0,81) -1,55 (1,63)
Log des ventes innovantes en 2000 0,33 (0,04)*** 0,32 (0,09)***
Équation de sélection (Probit)
A innové en produit entre 1998 et 2000 0,25 (0,10)** 0,64 (0,11)***
Intensité de R & D – moyenne du secteur 0,27 (0,37) 0,00 (0,01) -0,01 (0,43) 0,00 (0,01)
Taille (nombre d’employés) en 2000 0,20 (0,03)*** 0,05 (0,03)* 0,21 (0,03)*** 0,11 (0,03)***
Détenait des brevets en 2000 0,53 (0,07)*** 0,38 (0,08)*** 0,51 (0,08)*** 0,33 (0,09)***
A participé au 4e ou 5e PCRD 0,37 (0,14)*** 0,26 (0,19) 0,26 (0,14)* 0,06 (0,19)
A bénéficié d’un soutien à l’innovation :
national 0,13 (0,09) 0,53 (0,08)*** 0,23 (0,10)** 0,49 (0,08)***
régional 0,08 (0,13) 0,01 (0,17) 0,03 (0,14) 0,04 (0,19)
Constante -1,67 (0,18)*** -1,61 (0,17)*** -1,69 (0,21)*** -1,79 (0,22)***
Log des ventes innovantes en 2000 0,07 (0,03)** 0,15 (0,03)***
r -0,08 (0,25) -0,13 (0,24) 0,01 (0,33) -0,08 (0,50)
s 1,26 (0,04)*** 1,41 (0,05)*** 1,15 (0,03)*** 1,35 (0,06)***
l =sr -0,10 (0,32) -0,18 (0,35) 0,02 (0,38) -0,11 (0,67)
Log vraisemblance -2135,66 -1700,04 -1805,76 -1463,96
Test de Wald (test global du modèle) 44,35*** 47,41*** 118,53*** 67,44***
p-valeur du test LR de H0 : « r = 0 » 0,767 0,612 0,969 0,876
Significativité : * 10 % ; ** 5 % ; *** 1 %.
Toutes les variables explicatives proviennent de CIS3, exceptée « croissance des ventes (2002-2004) par industrie (NACE 2) » qui
provient de CIS4.
La variable à expliquer provient de l’enquête CIS4. Elle est calculée comme suit :
ln [(part du CA due aux ventes de produits nouveaux pour le marché)´(CA en 2004)/(nombre d’employés en 2004)] avec CA = Chiffre
d’affaires.
Aux Pays-Bas, la participation à un PCRD n’a pas plus d’effet dans l’équation de sélection
que dans l’équation d’intérêt. En revanche, bénéficier d’un soutien national à l’innovation y est
associé à une plus grande probabilité d’innover en produit. L’effet marginal au point moyen de
l’échantillon est de 0,19 avec un écart type de 0,03 : bénéficier d’un soutien national augmente
donc de 19 points de pourcentage la probabilité d’innover en produit. L’effet d’un soutien national
à l’innovation aux Pays-Bas est donc qualitativement comparable à celui de la participation à un
PCRD en France, avec une magnitude un peu plus élevée.
Le tableau 4.a fait également apparaître un résultat secondaire intéressant : la moyenne des
ventes innovantes par industrie en 2000 (qui capte les différences intersectorielles de cycle de
vie des produits) a un impact fort et positif sur les ventes innovantes de 2004. Ce résultat, valide
dans les deux pays et dans les deux modèles, signifie que les ventes de produits innovants
réalisées par une entreprise dépendent largement des standards de son secteur d’activité.
Pour tester la robustesse de nos résultats, nous avons estimé une version alternative de chacun
des modèles Tobit généralisés présentés dans le tableau 4.a. Dans ces versions alternatives, des
indicatrices sectorielles remplacent la moyenne sectorielle des ventes de produits innovants.
Les résultats de ces modèles alternatifs sont qualitativement identiques à ceux présentés dans
le tableau 4.a (jusque dans les conclusions des tests d’égalité des paramètres), avec des effets
marginaux quasiment égaux aux précédents. Par souci de concision, nous ne présentons donc
pas ces résultats de manière détaillée. Le tableau 4.b donne simplement un test global de l’effet
des indicatrices sectorielles. Cet effet est significativement différent de zéro dans l’équation
d’intérêt (quel que soit le modèle ou le pays considéré). Ce résultat confirme que l’intensité
d’innovation d’une entreprise est largement conditionnée par les standards de son secteur
d’activité.
Le tableau 5 présente les résultats du modèle Tobit généralisé utilisé pour évaluer l’impact de la
participation à un PCRD sur les dépenses de R & D. La colonne de gauche présente les résultats
d’une première spécification du modèle, sans indicatrices sectorielles, et la colonne de droite
ceux d’une seconde spécification, avec indicatrices sectorielles et test de leur effet global. Dans
chaque colonne figurent, côte à côte, les résultats obtenus pour la France et ceux obtenus pour
les Pays-Bas. Dans les deux pays, il est préférable de se fier, en dernière analyse, aux résultats
du modèle avec indicatrices sectorielles car leur effet global est très significatif, ce qui signifie
qu’il est important de contrôler pour l’hétérogénéité existant entre les secteurs d’activités.
8
ans l’équation de sélection, l’effet marginal du soutien national à l’innovation est de 0,08 (avec un écart type de 0,03)
D
pour la France et de 0,13 (avec un écart type de 0,04) pour les Pays-Bas.
D’après le tableau 5, les dépenses de R & D passées sont un autre déterminant essentiel de
l’investissement en R & D : dans les deux pays, les entreprises dont l’intensité de R & D en 2000
était élevée ont également une intensité de R & D élevée en 2004. L’investissement en R & D
apparaît donc avant tout comme un phénomène cumulatif, les dépenses passées entraînant des
dépenses futures. Dans ce contexte, le soutien national à l’innovation accélère la croissance des
dépenses de R & D, mais rien ne permet de dire qu’il se substitue à l’effort privé de R & D. Enfin,
l’absence d’effet de l’indicatrice de participation ne signifie pas que les PCRD ne jouent aucun
rôle : leur impact sur les dépenses de R & D peut être plus ponctuel (ce qui expliquerait pourquoi
il n’apparaît pas dans notre modèle, qui cherche à saisir la dynamique de l’investissement en
R & D). Dans tous les cas, nos résultats suggèrent qu’en matière d’accroissement de la R & D,
les PCRD ne constituent pas un substitut au soutien national à l’innovation.
Les résultats obtenus sur l’ensemble de l’échantillon apparié donnent à penser que, sur la
période étudiée, les PCRD ne jouent pas un rôle majeur dans le processus d’innovation des
entreprises françaises et hollandaises. Face à ce constat, il nous semblait important d’examiner
l’impact des PCRD dans un sous-ensemble particulier de l’échantillon apparié : celui des PME.
De par la différence d’échelle, les comportements des PME en matière d’innovation peuvent
être sensiblement différents de ceux des autres entreprises. Leurs ressources financières étant
moindres, les PME pourraient voir dans les PCRD une opportunité supplémentaire pour innover.
Toutefois, comme nous l’avons rappelé plus haut, le processus de sélection dans un projet
financé par PCRD tend à favoriser les grandes entreprises, pour lesquelles innover présente
moins de difficultés. Dans ces conditions, il était particulièrement intéressant d’examiner
séparément le cas des PME.
Bien que notre échantillon apparié soit biaisé en faveur des grandes entreprises et des
entreprises innovantes, le sous-ensemble des PME (définies comme les entreprises de moins
de 250 salariés) était suffisamment important pour permettre de répliquer notre analyse. Nous
avons donc estimé à nouveau les modèles présentés dans les tableaux 3 à 5, cette fois sur un
sous-échantillon de 1 057 entreprises (soit 57 % de l’échantillon apparié) pour la France et de
2 169 entreprises (soit 74 % de l’échantillon apparié) pour les Pays-Bas. Les résultats de ces
nouvelles estimations sont présentés dans les tableaux A, B et C de l’appendice 1.
Le tableau B présente les résultats du modèle Tobit généralisé visant à évaluer l’effet de la
participation aux PCRD sur l’intensité d’innovation. Comme dans le modèle estimé sur l’ensemble
des entreprises, cet effet n’est jamais significatif. Les principaux déterminants de l’intensité
d’innovation, communs aux deux pays, sont la moyenne des ventes innovantes par industrie et
la variable dépendante retardée (lorsque celle-ci est incluse dans le modèle). La moyenne des
ventes innovantes par industrie permet de capter une partie de l’hétérogénéité intersectorielle.
Remplacer cette variable par des indicatrices sectorielles, ne change ni la significativité, ni
l’ampleur des principaux résultats des modèles présentés dans le tableau B. En particulier, les
résultats concernant l’impact respectif des PCRD et des sources nationales de financement
demeurent inchangés. Les indicatrices sectorielles sont globalement significatives (au seuil de
5 %) dans l’équation d’intensité et ne sont pas significatives dans l’équation de sélection (le
tableau complet des résultats est disponible sur demande auprès des auteurs)9.
9
fin d’estimer le modèle à variable dépendante retardée (modèle 2, colonne de droite du tableau B), nous avons
A
regroupé nos indicatrices sectorielles (basées sur le code NACE à deux chiffres) en nous inspirant de la classification
sectorielle par niveau technologique développée par l’OCDE.
Pour les PME hollandaises, le soutien national à l’innovation est déterminant, l’effet de la
participation à un PCRD n’étant pas significatif. Dans les deux modèles, le soutien national à
l’innovation augmente la probabilité d’innover en produit de 19 points de pourcentage (effet
marginal estimé avec un écart type de 3 points). Pour les PME comme pour les autres entreprises,
un soutien à l’innovation européen (en France) ou national (en Hollande) se traduit par une
hausse de la propension à innover, mais pas de l’intensité d’innovation. Les PME innovantes
ayant bénéficié d’un soutien n’ont pas une intensité d’innovation supérieure à celle des autres.
Le tableau C présente les résultats du modèle Tobit généralisé visant à évaluer l’effet de la
participation aux PCRD sur l’intensité de R & D. Cet effet est significatif en France, mais pas
aux Pays-Bas. Dans les deux pays en revanche, les PME ayant bénéficié d’un soutien national
pour innover ont une intensité de R & D supérieure à celle des autres entreprises. L’introduction
d’indicatrices sectorielles (même à un niveau très agrégé) dans le modèle fait disparaître l’effet
positif de la participation à un PCRD observé en France. L’effet du soutien national ne disparaît
pas, mais devient moins significatif dans les deux pays. Dans l’équation de sélection, nous
observons un effet positif de la participation aux PCRD en France, et du soutien national à
l’innovation aux Pays-Bas.
Ces deux effets sont robustes à l’introduction d’indicatrices sectorielles dans le modèle. La
participation d’une PME française à un PCRD augmente de 28 points de pourcentage (effet
marginal estimé avec un écart type de 8 points) sa probabilité d’investir en R & D. Comparer
ce résultat à ceux obtenus sur l’ensemble des entreprises suggère qu’en France, les PCRD
stimulent la propension à investir en R & D pour les PME seulement, alors que les soutiens
nationaux stimulent cette propension pour les entreprises de toutes tailles. Pour une PME
hollandaise, bénéficier d’un soutien national augmente la probabilité d’investir en R & D de
14 points de pourcentage (effet marginal estimé avec un écart type de 4 points). Cet effet est
comparable à celui mesuré pour l’ensemble des entreprises hollandaises.
Conclusion
Cette recherche avait pour objectif, d’une part, de préciser les caractéristiques des entreprises
participant à un PCRD et, d’autre part, d’évaluer l’impact de cette participation sur leurs activités
innovantes. Notre travail proposait une comparaison France/Pays-Bas. Il s’appuyait sur une
analyse économétrique exploitant les données des enquêtes communautaires sur l’innovation
CIS3 et CIS4. Afin de tenir compte de la temporalité longue des PCRD, nous avons mobilisé,
pour évaluer leur impact, un échantillon d’entreprises résultant de l’appariement de CIS3 et
CIS4. Cela nous permet de mesurer l’impact de la participation à un PCRD entre 1998 et 2000
sur des indicateurs d’innovation observés en 2004. Les indicateurs d’innovation retenus sont
l’intensité d’innovation (calculée à partir des ventes de produits nouveaux pour le marché) et
l’intensité de R & D.
Face à ces résultats mitigés, nous avons reconduit notre analyse sur le sous-échantillon des
PME (définies comme entreprises de moins de 250 salariés). Ce travail partait de l’idée que leur
comportement en matière d’innovation diffère de celui des autres entreprises. La participation
à un PCRD pourrait donc avoir un impact spécifique pour les PME. Notre analyse ne conforte
cependant pas cette idée : les résultats obtenus sur les PME sont très similaires à ceux obtenus
pour l’ensemble des entreprises, en particulier aux Pays-Bas. L’impact positif des PCRD sur
la probabilité d’innover est toutefois conforté pour les PME françaises. De plus, un effet positif
sur la probabilité d’investir en R & D (mais pas sur le montant de l’investissement) apparaît
également pour ces dernières.
En résumé, les 4e et 5e PCRD n’ont pas eu un effet d’entraînement supérieur à celui des
instruments nationaux de soutien à l’innovation. Ces derniers jouent un rôle déterminant (en
particulier aux Pays-Bas) pour accroître la propension à innover et/ou à investir en R & D. Ils
suscitent également un effet d’entraînement sur l’investissement en R & D. Ces résultats devront
être confirmés par des analyses ultérieures (couvrant davantage de pays, permettant d’isoler
chaque PCRD et de comparer un groupe de participants à un groupe de contrôle). S’ils se
révèlent robustes, ils sont susceptibles de conduire à une recommandation importante pour
la politique d’innovation européenne, recommandation qui rejoint les conclusions de travaux
récents (Matt et al., 2009) : amender les PCRD, en les simplifiant et en les rendant plus lisibles,
permettrait d’en faire des outils plus performants. En particulier, les entreprises en retireraient
une meilleure perception des retombées potentielles de la participation, bien au-delà de simples
« effets d’aubaine » momentanés.
Benfratello L., Sembenelli A., « Research joint ventures and firm level performance », Research
Policy, 2002, 31, p. 493-507.
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participants characteristics », Research Policy, 2008, 37, p. 1057-1065.
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countries », Economics of Innovation and New Technology, 2006, 15(4-5), p. 391-413.
Tableau A
Déterminants de la participation au 4e ou 5e PCRD entre 1998 et 2000
(modèle Probit)
France Pays-Bas
Coefficient Erreur standard Coefficient Erreur standard
A innové en coopération avec :
des fournisseurs 0,24 (0,16) -0,33 (0,19)*
des clients 0,22 (0,17) 0,45 (0,17)***
des concurrents 0,17 (0,19) -0,001 (0,19)
des universités 0,57 (0,17)*** 0,88 (0,18)***
Taille (log du nombre d’employés) en 2000 -0,04 (0,08) 0,06 (0,05)
Intensité de R & D - moyenne du secteur 0,83 (0,43)* 0,02 (0,00)***
Détenait des brevets en 2000 0,29 (0,14)** 0,38 (0,13)***
Principal marché (1998-2000) : international 0,31 (0,14)** 0,10 (0,14)
Constante -2,62 (0,42)*** -2,59 (0,22)***
Indicatrices sectorielles (Test de l’effet global) Chi² (13 d.l.) = 46.08*** Chi² (20 d.l.) = 18.83
Log vraisemblance -222,82 -265,91
Test rapport des vraisemblances 143,27*** 111,50***
Pseudo R² 0,24 0,17
Significatif au seuil de * 10 % ; ** 5 % ; *** 1 %.
Questionnaire CIS4
i
" " Année 2005
Enquête
Dans le cadre de la Statistique publique,
cinq services statistiques ministériels se sont associés pour cette enquête :
l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) pour les
services (y compris banques et assurances) et pour le commerce,
le Service des études et des statistiques industrielles (Sessi) pour l'industrie,
le Service économique et statistique (Sesp) pour la construction et les transports,
le Service central des enquêtes et études statistiques (Scees) pour les industries
agroalimentaires ainsi que la Direction de l'évaluation et de la prospective (Dep) pour la recherche.
cachet de l'entreprise
Nom et coordonnées de la personne ayant répondu à ce questionnaire, et susceptible de fournir des renseignements complémentaires :
Vu l'avis favorable du Conseil National de l'Information Statistique, cette enquête, reconnue d'intérêt général et de qualité statistique, est obligatoire. Visa n 2005 X 104 IN
du Ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, valable pour les années 2005 et 2006. Aux termes de l'article 6 de la loi n 51-711 du 7 juin 1951 modifiée sur
'obligation, la coordination et le secret en matière de statistique, les renseignements transmis en réponse au présent questionnaire ne sauraient en aucun cas être utilisés à des
ins de contrôle fiscal ou de répression économique. L'article 7 de la loi précitée stipule d'autre part que tout défaut de réponse ou une réponse sciemment inexacte peut
entraîner l'application d'une amende administrative. La loi n 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, s'applique aux réponses faites
à la présente enquête par les entreprises individuelles. Elle leur garantit un droit d'accès et de rectification pour les données les concernant. Ce droit peut être exercé auprès du
SESSI. Questionnaire confidentiel destiné au Sessi Caen.
Nom de l'entreprise
Adresse :
Activité principale :
SIREN de l'entreprise :
La présente enquête collecte des informations sur des produits ou des procédés nouveaux, ainsi que sur des innovations
d'organisation et de marketing introduites au cours des trois années allant de 2002 à 2004. La plupart des questions portent sur
l'introduction de biens ou services et sur la mise en œuvre de procédés ou de méthodes de logistiques et de distribution, nouveaux ou
modifiés de manière significative. Les innovations d'organisation ou de marketing font l'objet de la section 10.
Les termes de produits et de procédés sont employés ici comme des termes génériques. Nous vous demandons de bien vouloir vous
reporter à la notice explicative pour une définition précise de ces termes accompagnée d'exemples.
1.1 Votre entreprise fait-elle partie d'un groupe et/ou d'un réseau d'enseigne(s) ?
Les deux questions ci-dessous sont indépendantes
a - Elle fait partie d'un Oui b - Elle fait partie d'un réseau Oui
groupe a1 - Si Oui, dans quel pays se trouve d'enseigne(s) ou d'un
l'entreprise à la tête de votre groupe ? 1 groupement d'entreprises 1
.........................................................
Non Non
1.2 Entre 2002 et 2004, sur quels marchés géographiques votre entreprise a-t-elle vendu des biens
ou des services ?
Plusieurs réponses possibles Oui Non
1
Voir notice explicative Enquête
Innovation
1
326 - Annexes Questionnaire CIS4
2. Innovation de produits - biens ou services
3. Innovation de procédés
3.1 Entre 2002 et 2004, votre entreprise a-t-elle introduit des nouveautés ou des améliorations
significatives concernant ?
Oui Non
a - Vos procédés de fabrication ou de production de biens ou de services
b - Vos méthodes de logistique, de fourniture ou distribution de matières premières, biens ou services
c - Vos activités de soutien ou de support, comme activités de maintenance ou d'achat, de comptabilité...
Si vous avez répondu "Non" à ces questions, veuillez passer à la section 4, sinon poursuivez.
4.1 Votre entreprise avait-elle des activités d'innovation qui, soit ont été abandonnées entre 2002 et
2004, soit étaient toujours en cours fin 2004 ? Oui Non
5.1 Entre 2002 et 2004, votre entreprise a-t-elle engagé des activités d'innovation telles que :
Oui Non
a - Recherche & Développement Menée au sein de votre entreprise (y compris le développement de logiciels
(R & D) réalisée en interne lorsqu'ils constituent en eux-mêmes une solution nouvelle d'un problème
scientifique ou technologique)
a1 - Si Oui, ces activités de Recherche & Développement (R & D) ont-elles été :
a1.1 - réalisées de manière continue ? a1.2 - ou réalisées de manière occasionnelle ?
a2 - financées (tout ou partie) par un partenaire externe à l'entreprise ?
a2.1 - dont financées (tout ou partie) par une entreprise de votre groupe (ou de votre réseau d'enseignes)
a2 2 - dont financées (tout ou partie) par un organisme public
b - Recherche & Développement Effectuée par des organismes de recherche publics ou privés ou par d'autres
(R & D) réalisée en externe entreprises (y compris groupe ou réseau d'enseignes)
c - Acquisition de machines, Liée aux innovations de produits ou de procédés (inclut les acquisitions
équipements ou logiciels directement liées à la R & D)
d - Acquisition d'autres Liée aux innovations de produits ou de procédés (y compris droits, licences liées à
connaissances externes des brevets ou non, savoir-faire ou autres connaissances), acquises à l'extérieur
de l'entreprise (y compris groupe ou réseau d'enseignes)
e - Formation En interne ou en externe de votre personnel, liée directement aux innovations de
produits ou de procédés
f - Mise sur le marché de biens Activités de marketing liées à la mise sur le marché des innovations de produits
ou de services innovants (biens ou services), y compris études de marché, publicités de lancement
g - Autres activités Préparation de la mise en œuvre des innovations de produits ou de procédés
d'innovation (procédures et préparatifs techniques, ingénierie de production, non cités ailleurs)
Cochez "Nul" si votre entreprise n'a effectué aucune dépense d'innovation en 2004
5.3 Entre 2002 et 2004, votre entreprise a-t-elle reçu un soutien financier public pour ses activités
d'innovation ?
Oui Non
Enquête
Innovation
3
6.1 De 2002 à 2004, quelles ont été vos principales sources d'information pour vos activités
d'innovation ?
Cochez la case "Sans objet" si la source citée n'a pas permis d'obtenir d'information
Degré d'importance
Élevé Moyen Faible Sans objet
6.2 De 2002 à 2004, votre entreprise a-t-elle coopéré avec d'autres entreprises ou organismes pour ses
activités d'innovation ? Oui Non
6.5 Quelle importance accordez-vous, pour vos activités d'innovation en France, à la localisation
régionale ?
Enquête
Innovation
4
7.1 Effets liés à l'introduction de vos innovations de produits (biens ou services) et de procédés
Degré d'importance
Élevé Moyen Faible Sans objet
8.1 De 2002 à 2004, certains de vos projets ou activités d'innovation ont-ils été ?
Oui Non
a - Abandonnés lors de la phase de conception
b - Abandonnés après le début du projet ou de l'activité
c - Affectés par de sérieux retards
8.2 Entre 2002 et 2004, quels ont été les facteurs freinant vos activités d'innovation ?
Degré d'importance
Élevé Moyen Faible Sans objet
Enquête
Innovation
5
9.1 En 2004, une partie de votre activité était-elle protégée par un (des) brevet(s) détenu(s) par votre
entreprise ou une entreprise de votre groupe (ou de votre réseau d'enseignes) ?
a- Oui Non
Si Oui, estimation en 2004 de l'ordre de grandeur de la part de votre chiffre d'affaires,
b - protégée par un brevet %
c - dont vous jugez qu'elle est protégée efficacement par un brevet %
9.2 Entre 2002 et 2004, avez-vous, vous ou une entreprise de votre groupe (ou de votre réseau
d'enseignes), utilisé un des moyens suivants ?
Oui Non Oui Non
Moyens a - Dépôts de brevets Autres moyens e - Secret
juridiques b - Dessins et modèles de protection f - Complexité à la conception
c - Marques g - Avance technologique sur
d - Droits d'auteur, copyrights les concurrents
10.2 Effets liés aux innovations d'organisation introduites entre 2002 et 2004
Degré d'importance
Élevé Moyen Faible Sans objet
a - Réduction du temps de réponse aux besoins des clients ou des délais fournisseurs
b - Amélioration de la qualité des biens et des services
c - Diminution des coûts unitaires
d - Amélioration de la satisfaction des salariés et/ou diminution du taux de rotation du personnel
10.3 Entre 2002 et 2004, votre entreprise a-t-elle introduit des innovations de marketing ?
Oui Non
a - Modifications significatives du design ou de l'emballage d'un bien ou d'un service (hors modifications
habituelles et/ou saisonnières)
b - Nouvelles méthodes ou modification significative des méthodes de vente ou de distribution, comme vente par
Internet, franchisage, ventes directes ou licences de distribution
Enquête
Innovation
MERCI d'avoir bien voulu compléter ce questionnaire
6
analyses
de l’enjeu représenté par cette connaissance,
la Commission européenne a mis en place
les « enquêtes sur l’innovation », dites CIS
(Community Innovation Survey). Réalisées
auprès des entreprises, elles constituent
un matériau d’une grande richesse. La
oc
direction générale de la Compétitivité, de
l’Industrie et des Services (DGCIS), au sein
du ministère de l’Économie, des Finances
et de l’Industrie, a demandé à un ensemble
d’experts d’analyser à partir de ces enquêtes
les divers aspects du processus d’innovation
au sein des entreprises ainsi que l’impact en
termes de performances. Le présent ouvrage,
fruit de ces travaux, constitue une référence
non seulement pour les spécialistes de ces
problématiques mais aussi pour les acteurs –
« publics » et « privés » – impliqués par ces
questions stratégiques.
oc