Analyse CH 3
Analyse CH 3
Intégrale de Lebesgue et
espaces Lp
Contents
3.1 Rappels sur l’intégrale de Riemann . . . . . . . 48
3.1.1 Construction de l’intégrale de Riemann . . . . . . 48
3.1.2 Intégrale de Riemann généralisée . . . . . . . . . . 51
3.1.3 Théorèmes de convergence . . . . . . . . . . . . . . 51
3.1.4 Limitations et pourquoi aller plus loin . . . . . . . 52
3.2 Intégrale de Lebesgue . . . . . . . . . . . . . . . . 53
3.2.1 Construction de l’intégrale de Lebesgue . . . . . . 53
3.2.2 Propriétés fondamentales de l’intégrale . . . . . . . 57
3.3 Intégrale de Lebesgue sur Rd . . . . . . . . . . . 59
3.4 Théorèmes de convergence . . . . . . . . . . . . . 61
3.5 Autres propriétés de l’intégrale de Lebesgue . . 65
3.5.1 Fonctions définies par une intégrale . . . . . . . . . 65
3.5.2 Changement de variables dans les intégrales . . . . 66
3.5.3 Théorème de Fubini . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
3.6 Espaces LP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
3.6.1 Espace L1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
3.6.2 Espace L2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
47
3.6.3 Autres espaces Lp . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
3.6.4 Espace L∞ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
3.6.5 Propriétés des espaces Lp . . . . . . . . . . . . . . 73
3.6.6 Espaces Lploc . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
3.6.7 Convolution dans L1 (Rd ) . . . . . . . . . . . . . . 75
3.7 Exercices supplémentaires . . . . . . . . . . . . . 76
48
Définition 3.1 (Fonction en escalier). On dit que f : [a, b] → R est une
fonction en escalier s’il existe n ∈ N∗ , des intervalles (Ii )1≤i≤n disjoints de
[a, b] et des réels (fi )1≤i≤n tels que
n
X
f= f i 1Ii .
i=1
n’est pas unique. Par contre, il est facile de vérifier que l’intégrale, calculée
à base de n’importe quelle écriture, est unique.
Définition 3.3 (Fonction Riemann intégrable). Soit f : [a, b] → R. On dit
que f est Riemann intégrable si
Z b Z b
sup e, e ≤ f, e en escalier = inf e, e ≥ f, e en escalier < ∞.
a a
Dans ce cas Z b Z b
f := sup e, e ≤ f, e en escalier . (3.1.1)
a a
49
Une définition équivalente et plus “visuelle” est celle qui utilise les sommes
de Riemann. Elle consiste à considérer une subdivision de l’intervalle [a, b] et
d’approcher la fonction sur chaque élément de la subdivision par une fonction
constante (voir la figure 3.1).
La fonction est alors Riemann intégrable si les intégrales obtenues par
cette approximation convergent quand le pas de la subdivision tend vers 0.
Formalisons ce qu’on vient de dire.
50
3.1.2 Intégrale de Riemann généralisée
Définition 3.8 (Intégrale généralisée). Soit f : [a, c[→ R une fonction RRie-
c
mann intégrable sur tout compact de [a, c[, c ∈ R. On dit que l’intégrale a f
Rt
converge lorsque la fonction t 7→ a f converge quand t → c− . On note alors
Z c Z t
f = lim− f (3.1.2)
a t→c a
Rc Rt
On dit que l’intégrale a f converge absolument lorsque la fonction t 7→ a |f |
converge quand t → c− .
La notation (3.1.2) est pratique mais dangereuse, car elle ne permet pas de
distinguer les intégrales généralisées des intégrales propres alors que leur pro-
priétés ne sont pas les mêmes. En effet, par exemple, l’intégrale généralisée
peutR c converger sans que la fonction soit bornée. Remarquons également que
si a f est absolument convergente alors elle est convergente, le contraire
étant évidemment faux.
51
3.1.4 Limitations et pourquoi aller plus loin
À la fin du 19ème siècle, il apparut que l’intégrale de Riemann souffrait de
quelques limitations, qui ont poussé les mathématiciens à proposer d’autres
théories d’intégration. Nous revoyons dans cette section quelques une de ces
limitations. Commençons par un exemple qui nous servira à illustrer nos
propos.
Exemple 3.10. Les rationnels de [0, 1] étant dénombrables, on peut les noter
(rn )n∈N . On considère la suite de fonctions
un := 1{rn } .
On remarque que
• chaque fonction un est Riemann intégrable,
P
• la série un converge simplement vers u = 1Q∩[0,1] ,
PR1
• la série u est convergente (en fait elle est constante égale à 0).
0 n
alors que Z 1
inf e, e ≥ u, e en escalier = 1.
0
Aussi, si on considère les sommes de Riemann par rapport à une partition
“rationnelle” Pr = ((k/n)0≤k≤n , (k/n)1≤k≤n ), on trouve
Sn (Pr , u) = 1,
Sn (Pi , u) = 0.
52
• On voudrait définir l’intégrale pour un ensemble plus grand de fonc-
tions. En particulier, on voudrait que les fonctions bornées définies
sur un intervalle borné soient intégrables. Aussi, on voudrait que les
fonctions qui ont des singularités et les fonctions avec des supports
infinis soient naturellement comprises dans la définition des fonctions
intégrables.
53
“Imaginez que je doive payer une certaine somme; je peux sortir les pièces
de mon porte-monnaie comme elles viennent pour arriver à la somme
indiquée, ou sortir toutes les pièces et les choisir selon leur valeur. La
première méthode est l’intégrale de Riemann, la deuxième correspond à
mon intégrale.”
Schématiquement, ce que dit Lebesgue, c’est que pour l’intégrale de Rie-
mann, on découpe l’axe des abscisses, et on somme les “intégrales” de la
fonction sur les petits intervalles. C’est ce qu’on a formalisé à la proposi-
tion 3.6. Pour l’intégrale de Lebesgue, on découpe l’axe des ordonnées, et on
somme les intégrales de la fonction sur chacun des ensembles sur lesquels la
fonction a la “même” valeur (voir figure 3.2)
Z X
f≈ yi |Ai | , où Ai = {x, f (x) ∈ [yi , yi+1 [} (3.2.1)
i
y8
y7
y6
y5
y4
y3
y2
y1
y0
A7 =
A6 =
A5 = Vide
A4 =
A3 =
A2 =
A1 = Vide
A0 = Vide
qu’on considère dans (3.2.1) ne sont pas forcément des intervalles, et donc la
notion adaptée est la ”mesure“ de l’ensemble. Cela nous implique que
54
• L’intégrale de Lebesgue dépend de la mesure choisie sur l’ensemble de
départ. On parle d’intégrale par rapport à une mesure.1
L’intégrale par rapport à la mesure µ d’une telle fonction est donnée par
Z n
X
f dµ := fi µ(Ai ).
X i=1
Z
On dit que la fonction f est intégrable si f dµ < +∞.
X
1
La terminologie “intégrale de Lebesgue” désigne à la fois la théorie générale
d’intégration par rapport à une mesure donnée que nous allons définir ci-dessous, mais
aussi le cas particulier où l’on intègre par rapport à la mesure de Lebesgue.
55
L’intégrale par rapport à la mesure µ d’une fonction positive f est donnée
par Z Z
f dµ := sup e, 0 ≤ e ≤ f, e étagée . (3.2.3)
X X
Si f est une fonction intégrable alors les fonctions positives f+ = sup {f, 0}
et f− = sup {−f, 0}, qui vérifient f = f+ − f− , sont intégrables et l’intégrale
de f par rapport à la mesure µ est donnée par
Z Z Z
f dµ := f+ dµ − f− dµ.
X X X
pour justement pouvoir intégrer les fonctions non bornées et les fonctions
dont le support est infini (voir remarque 3.4 ). Quand on n’est pas dans un
de ces cas là, l’exercice 3.14 suivant nous dit que les expressions des mem-
bres de gauche de (3.2.2) et (3.2.4) sont égales. Cette propriété n’est pas
vérifiée quand on considère des fonctions en escalier au lieu des fonctions
étagées. Pour voir cela, il suffit de considérer la fonction 1Q∩[0,1] (voir ex-
emple 3.10). Ceci montre que les fonctions étagées sont plus ”compatibles“
avec l’approximation de l’intégrale.
Exercice 3.14. Soit (X, T , µ) un espace mesuré et f : X → R une fonction
positive mesurable bornée, nulle en dehors d’un ensemble de mesure finie. Le
but de cet exercice est de montrer que
Z Z
sup e, 0 ≤ e ≤ f, e étagée = inf e, 0 ≤ e ≥ f, e étagée < ∞.
X X
56
et
gn (x) = (k + 1)δn si f (x) ∈]kδn , (k + 1)δn ].
Autrement dit
n−1
X n−1
X
fn = kδn 1f −1 ([kδn ,(k+1)δn [) et gn = (k + 1)δn 1f −1 ([kδn ,(k+1)δn [) .
k=0 k=0
3. Conclure.
57
2. Monotonie : soit f et g deux fonctions intégrables telles que f ≤ g sur
X. Alors Z Z
f dµ ≤ g dµ.
X X
Démonstration.
1. Si f , g, α et β sont positifs, il découle directement de la définition 3.2.3
de l’intégrale des fonctions positives que
Z Z Z
(αf + βg) dµ ≥ α f dµ + β g dµ.
X X X
Le fait que cette inégalité soit en fait une égalité résulte du théorème 3.22
(de convergence monotone) qui sera énoncé plus loin. Pour des fonc-
tions et des coefficients de signe quelconque, on démontre la linéarité
de l’intégrale en décomposant les fonctions f et g en la somme de leur
partie positive et de leur partie négative.
2. Si f et g sont positives, le résultat découle directement de la définition
de l’intégrale. Sinon, on remarque que
f+ ≤ g+ et g− ≤ f− .
D’après ce qu’on vient de dire, on trouve
Z Z Z Z
f+ ≤ g+ et g− ≤ f− ,
X X X X
58
• Soit f une fonction intégrable et A = {x ∈ X, f (x) = ±∞}. Alors
µ(A) = 0.
• Soit f une fonction mesurable telle que |f | ≤ g p.p., où g est une
fonction intégrable; alors f est intégrable.
Exercice 3.18. Démontrer la proposition 3.17.
59
f : [a, b] −→ R est une fonction Lebesgue intégrable et F une primitive de
f ; alors on a
Z b
f = F (b) − F (a).
a
60
sin x
Exemple 3.21 (Intégrale semi-convergente). La fonction f (x) = est
1 + |x|
intégrable sur R au sens de Riemann généralisé, en ce sens que
Z R+
lim f (x) dx
R− →+∞
R+ →+∞
−R−
61
2. Soit (fn )n∈N une suite monotone de fonctions intégrables. Soit f la
limite simple de la suite (fn )n∈N . La fonction f est mesurable;
Z elle est
intégrable si et seulement si la suite réelle monotone fn dµ admet
X
une limite finie. Dans ce cas, on a
Z Z
f dµ = lim fn dµ.
X n→+∞ X
et en déduire que Z
c e dµ ≤ α. (3.4.2)
An
[
4. Montrer que A0 ⊂ A1 ⊂ A2 ⊂ · · · et que An = X.
n∈N
5. Montrer que Z
c e dµ ≤ α.
X
6. Déduire que Z
f dµ ≤ α.
X
62
Le lemme de Fatou est dit “lemme” pour des raisons historiques: il sert dans
la démonstration du théorème de convergence dominée (théorème 3.26). Mais
c’est un résultat important utilisé en pratique en tant que tel.
Lemme 3.24. (Lemme de Fatou). Soit (X, T , µ) un espace mesuré. Soit
(fn )n∈N une suite de fonctions mesurables positives. Alors
Z Z
lim inf fn dµ ≤ lim inf fn dµ.
X n→+∞ n→+∞ X
1. Montrer que Z Z
lim inf f dµ = lim gn dµ.
X n→+∞ n→+∞ X
et déduire.
Théorème 3.26. (Théorème de convergence dominée). Soit (X, T , µ) un
espace mesuré. Soit (fn )n∈N une suite de fonctions mesurables et g une
fonction intégrable. On suppose que
(
fn (x) −→ f (x) µ − presque partout
n→+∞
∀n ∈ N, |fn (x)| ≤ g(x) µ − presque partout,
et que f est mesurable. Alors f est intégrable et
Z Z
fn dµ −→ f dµ.
X n→+∞ X
63
Remarque 3.27. On peut éliminer l’hypothèse sur la mesurabilité de f à
condition que l’espace (X, T , µ) soit complet. C’est le cas de la tribu de
Lebesgue sur Rd , qui est la complétion de la tribu borélienne.
64
Remarque 3.28. Dans convergence dominée, il y a dominée; attention donc
à ne pas appliquer ce théorème sans avoir vérifié l’hypothèse de domina-
tion (|fn (x)| ≤ g(x) presque partout). Pour éviter cette erreur, il est utile
de garder en tête l’exemple suivant: la suite de fonctions positives (fn )n∈N∗
définies pour tout n ∈RN par fn =R 1[n,n+1] et f = 0. Elles vérifient: fn → f
simplement, mais lim fn = 1 6= f = 0.
Les théorèmes de convergence que nous venons d’énoncer peuvent aussi bien
s’appliquer aux séries de fonctions en considérant les suites de sommes par-
tielles.
f : Ω × Y −→ R
(x, y) 7→ f (x, y)
65
et si il existe une fonction g : Y −→ R intégrable vérifiant
∀x ∈ Ω, |f (x, y)| ≤ g(y) pour presque tout y ∈ Y ,
alors F est continue en x0 .
Démonstration des théorèmes 3.29 et 3.30. Ces deux résultats découlent di-
rectement du théorème de convergence dominée 3.26.
Par ailleurs, l’égalité ci-dessus est toujours vraie si f est une fonction mesurable
positive (dans ce cas, les deux membres peuvent prendre la valeur +∞).
66
• Coordonnées sphériques dans R3 : Ω = R3 \ {(x, 0, z), x ∈ R+ , z ∈ R},
ω = R∗+ ×]0, π[×]0, 2π[ et
Φ : ω −→ Ω
(r, θ, ϕ) 7→ (r sin θ cos ϕ, r sin θ sin ϕ, r cos θ) .
On vérifie facilement que J(r, θ, ϕ) = r2 sin θ. Comme le demi-plan
{(x, 0, z), x ∈ R+ , z ∈ R} est de mesure nulle dans R3 , on obtient que
pour toute fonction f : R3 −→ R intégrable,
Z Z +∞ Z π Z 2π
f (x, y, z) dx dy dz = f (r sin θ cos ϕ, r sin θ sin ϕ, r cos θ) r2 sin θ dr dθ dϕ.
R3 0 0 0
sont mesurables et
Z Z Z
f (x1 , x2 ) d(µ1 ⊗ µ2 ) = f (x1 , x2 ) dµ2 dµ1
X1 ×X2 X1 X2
Z Z
= f (x1 , x2 ) dµ1 dµ2 ;
X2 X1
67
3.6 Espaces LP
Cette section présente la construction et certaines propriétés des espaces
fonctionnels Lp qui jouent un rôle fondamental en analyse, en probabilités et
dans leurs applications. Dans toute la suite, on considère un espace mesuré
(X, T , µ).
{x ∈ X, f (x) 6= h(x)} ⊂ A ∪ B.
Or
µ(A ∪ B) ≤ µ(A) + µ(B) = 0.
Donc {x ∈ X, f (x) 6= h(x)} est mesurable et µ ({x ∈ X, f (x) 6= h(x)}) =
0.
3.6.1 Espace L1
Définition - Proposition 3.34 (L’espace L1 (X)). On note L1 (X) l’ensemble
des classes d’équivalence de l’ensemble L1 (X) par la relation d’équivalence
d’“égalité presque partout”. L1 (X) est une espace vectoriel et tous les éléments
d’une même classe ont la même intégrale. Pour f ∈ L1 (X), on note X f
R
68
Démonstration. Soient f, g ∈ L1 (X) et α ∈ R. Si f1 et f2 sont deux
représentants de f , alors αf1 et αf2 sont égales p.p. On peut donc définir le
produit
αf ∈ L1 (X)
par la classe d’équivalence du produit de α par n’importe quel représentant
de f . Soit maintenant g1 , g2 deux représentant de g. On sait qu’on n’a pas le
droit a priori de définir f1 +g1 ou f2 +g2 (L1 (X) n’est pas un espace vectoriel).
Mais nous allons définir la somme f + g. Comme f1 est intégrable, on sait
que l’ensemble des points où f1 est infinie est de mesure nulle ; notons-le A1 .
Soit f˜1 la fonction égale à f1 en tout point de X \ A1 et égale à 0 sur A1 . De
manière similaire, on définit g˜1 , f˜2 et g˜2 . Comme les fonctions f˜1 et g̃1 sont
finies sur tout X, il n’y a pas d’obstacle à définir leur somme. On obtient
alors f˜1 + g̃1 = f˜2 + g̃2 presque partout. On définit
f + g ∈ L1 (X)
par la classe de fonctions correspondante.
On vérifie facilement que les opérations de multiplication par un scalaire
et d’addition définies ci-dessus confèrent à L1 (X) une structure d’espace
vectoriel. Par ailleurs, soit A = {x ∈ Ω, f1 (x) 6= f2 (x)}. On a
Z Z Z Z
f1 − f2 ≤
|f1 − f2 | = |f1 − f2 | = 0,
X X X A
est une norme sur l’espace vectoriel L1 (X) et (L1 (X), k·kL1 ) est un espace
de Banach.
69
Démonstration. Vérifions d’abord que kf kL1 est effectivement une norme sur
L1 . Les points 2. et 3. de la définition 1.1 sont faciles à vérifier. Le point 1.
est obtenu en utilisant la proposition 3.17.
Pour montrer la complétude de L1 , on va utiliser la caractérisation des espaces
P 1.59. Soit un le terme général d’une
de Banach fournie par le théorème
série normalement convergente ( n∈N kun kL1 < +∞); montrons que la série
P 1
PN P+∞
n∈N un converge dans L . Posons UN = n=0 |un | et U∞ = n=0 |un |. La
suite (UN )N ∈N est une suite croissante de fonctions positives. Il en résulte
par le théorème 3.22 que
Z Z Z N
X +∞
X
U∞ = lim UN = lim UN = lim kun kL1 = kun kL1 < +∞.
X X N →+∞ N →+∞ X N →+∞
n=0 n=0
3.6.2 Espace L2
En considérant les fonctions de carré intégrable, on obtient un espace vectoriel
qu’on peut munir d’une structure hilbertienne.
Définition 3.36. On note L2 (X) Rl’espace vectoriel
obtenu en quotientant
2 2
l’ensemble L (X) = f mesurable, X |f | < +∞ par la relation d’équivalence
d’“égalité presque partout”.
70
Théorème 3.37. L’application h·, ·iL2 : L2 (X) × L2 (X) → R définie par
Z
hf, giL2 = fg
X
est un produit scalaire sur L2 (X) et l’espace (L2 (Ω), h·, ·i) est un espace de
Hilbert.
71
Théorème 3.40. L’application k · kLp : Lp (X) → R+ définie par
Z p1
p
kf kLp = |f | (3.6.2)
X
est une norme sur Lp (X) et l’espace (Lp (X), k·kLp ) est un Banach.
Démonstration. Pour montrer que k·kLp est une norme, le seul point délicat
est l’inégalité triangulaire
Elle peut être démontrée par la démarche utilisée à l’exercice 1.76. La preuve
de la complétude suit la même procédure que celle de l’espace L1 .
3.6.4 Espace L∞
Définition 3.41. On dit qu’une fonction mesurable f est essentiellement
bornée s’il existe un réel positif M tel que
µ ({x ∈ X, |f (x)| ≥ M }) = 0.
Théorème 3.44. L’application k·kL∞ est une norme sur L∞ (X) et (L∞ (X), k·kL∞ )
est un espace de Banach.
72
Exercice 3.45. Le but de cet exercice est de démontrer le théorème 3.44.
Soit f ∈ L∞ (X). On introduit les ensembles An = {x ∈ X, |f (x)| > kf kL∞ + 1/n}
pour n ≥ 1.
1. Montrer que µ(An ) = 0. En déduire que |f (x)| ≤ kf kL∞ presque
partout.
′
Théorème 3.47. (Inégalité de Hölder). Si f ∈ Lp (Ω) et g ∈ Lp (Ω), alors le
produit f g est dans L1 (Ω) et
73
Démonstration. On applique l’inégalité de Hölder avec l’exposant α = pq (qui
q
est bien compris entre 1 et +∞). Le réel conjugué α′ vaut q−p . Il vient
Z Z α1 Z 1′
α q−p
kf kpLp = p
|f | ≤ |f | pα
1 α′
= kf kpLq µ(X) q .
X X X
D’où q−p
kf kLp ≤ kf kLq µ(X) pq .
Le résultat suivant est très important, il nous donne des liens de dualité entre
les différents espaces Lp .
Théorème 3.49. Soit 1 ≤ p < +∞ et p′ le réel conjugué de p. L’espace
′
vectoriel Lp (X) s’identifie au dual topologique de l’espace Lp (X). Plus
précisément, pour toute forme linéaire continue ϕ sur Lp (X), il existe un
′
unique u ∈ Lp (X) tel que
Z
p
∀v ∈ L (X), hϕ, vi(Lp )′ ,Lp = u v.
X
Pour identifier concrètement la limite d’une suite de fonctions (fn )n∈N dont
on sait qu’elle converge en norme Lp , on pourra utiliser le résultat suivant :
Théorème 3.51. Soit 1 ≤ p ≤ ∞ et soit (fn )n∈N une suite de fonctions
de Lp (X) qui converge dans Lp (X) vers une fonction f . La suite (fn )n∈N
admet alors une sous-suite (fnk )k∈N qui converge simplement vers f presque
partout dans X.
74
2. Soit (fn )n∈N une suite de Lploc (X) et f ∈ Lploc (X). On dit que (fn )n∈N
converge vers f dans Lploc (X) si pour tout K ∈ T tel que µ(K) < ∞,
la suite (fn 1K ) converge vers f 1K dans Lp (X).
75