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Crises et Retrouvailles Familiales

Le document présente des extraits du texte de théâtre Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce. Les extraits décrivent des dialogues entre des membres d'une famille qui se retrouvent après une longue séparation. Le document contient trois extraits de dialogues qui explorent les relations familiales complexes et les non-dits.

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Crises et Retrouvailles Familiales

Le document présente des extraits du texte de théâtre Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce. Les extraits décrivent des dialogues entre des membres d'une famille qui se retrouvent après une longue séparation. Le document contient trois extraits de dialogues qui explorent les relations familiales complexes et les non-dits.

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OBJET

D’ÉTUDE : LE THÉÂTRE DU XVIIème AU XXIème SIÈCLE

PARCOURS : «Crise personnelle, crise familiale »

TEXTES DE L’ŒUVRE INTÉGRALE : Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce



Texte 1, extrait du prologue
LOUIS. - Plus tard‚ l’année d’après
– j’allais mourir à mon tour –
j’ai près de trente-quatre ans maintenant et c’est à cet
âge que je mourrai‚
5 l’année d’après‚
de nombreux mois déjà que j’attendais à ne rien faire‚
à tricher‚ à ne plus savoir‚
de nombreux mois que j’attendais d’en avoir fini‚
l’année d’après‚
10 comme on ose bouger parfois‚
à peine‚
devant un danger extrême‚ imperceptiblement‚ sans
vouloir faire de bruit ou commettre un geste trop
violent qui réveillerait l’ennemi et vous détruirait
15 aussitôt‚
l’année d’après‚
malgré tout‚
la peur‚
prenant ce risque et sans espoir jamais de survivre‚
20 malgré tout‚
l’année d’après‚
je décidai de retourner les voir‚ revenir sur mes pas‚
aller sur mes traces et faire le voyage‚
pour annoncer‚ lentement‚ avec soin‚ avec soin et précision
25 – ce que je crois –
lentement‚ calmement‚ d’une manière posée
– et n’ai-je pas toujours été pour les autres et eux‚ tout
précisément‚ n’ai-je pas toujours été un homme posé ?‚
pour annoncer‚
30 dire‚
seulement dire‚
ma mort prochaine et irrémédiable‚
l’annoncer moi-même‚ en être l’unique messager‚
et paraître
35 – peut-être ce que j’ai toujours voulu‚ voulu et décidé‚
en toutes circonstances et depuis le plus loin que j’ose
me souvenir –
et paraître pouvoir là encore décider‚
me donner et donner aux autres‚ et à eux‚ tout précisé-
40 -ment‚ toi‚ vous‚ elle‚ ceux-là encore que je ne connais
pas (trop tard et tant pis)‚
me donner et donner aux autres une dernière fois
l’illusion d’être responsable de moi-même et d’être‚
jusqu’à cette extrémité‚ mon propre maître.


Texte 2, début de la scène I,3

SUZANNE. – Lorsque tu es parti
– je ne me souviens pas de toi –
je ne savais pas que tu partais pour tant de temps‚ je
n’ai pas fait attention‚
5 je ne prenais pas garde‚
et je me suis retrouvée sans rien.
Je t’oubliai assez vite.
J’étais petite‚ jeune‚ ce qu’on dit‚ j’étais petite.

10 Ce n’est pas bien que tu sois parti‚
parti si longtemps‚
ce n’est pas bien et ce n’est pas bien pour moi
et ce n’est pas bien pour elle
(elle ne te le dira pas)
15 et ce n’est pas bien encore‚ d’une certaine manière‚
pour eux‚ Antoine et Catherine.
Mais aussi
– je ne crois pas que je me trompe –‚
mais aussi ce ne doit pas‚ ça n’a pas dû‚ ce ne doit pas
20 être bien pour toi non plus‚
pour toi aussi.
Tu as dû‚ parfois‚
même si tu ne l’avoues pas, jamais‚
même si tu ne devais jamais l’avouer
25 – et il s’agit bien d’aveu –
tu as dû parfois‚ toi aussi
(ce que je dis)
toi aussi‚
tu as dû parfois avoir besoin de nous et regretter de ne
30 pouvoir nous le dire.
Ou‚ plus habilement
– je pense que tu es un homme habile‚ un homme qu’on
pourrait qualifier d’habile‚ un homme « plein d’une
certaine habileté » –
35 ou plus habilement encore‚ tu as dû parfois regretter de ne
pouvoir nous faire sentir ce besoin de nous
et nous obliger‚ de nous-mêmes‚ à nous inquiéter de toi.

Parfois‚ tu nous envoyais des lettres‚
40 parfois tu nous envoies des lettres‚
ce ne sont pas des lettres‚ qu’est-ce que c’est ?
de petits mots‚ juste des petits mots‚ une ou deux
phrases‚ rien‚ comment est-ce qu’on dit ?
elliptiques.
45 « Parfois‚ tu nous envoyais des lettres elliptiques. »


Texte 3, extrait de la scène II,3

(…) On ne se le disait pas si facilement,
rien jamais ici ne se dit facilement,
non,
on ne se l’avouait pas,
5 mais à certains mots, certains gestes, les plus discrets,
les moins remarquables,
à certaines prévenances
- encore une autre expression qui te fera sourire,
mais je n'ai plus rien à faire maintenant d'être
10 ridicule, tu ne peux pas l'imaginer -
à certaines prévenances à ton égard,
nous nous donnions l'ordre, manière de dire,
de prendre plus souvent et mieux encore soin de toi,
garde à toi,
15 et de nous encourager les uns les autres à te donner la
preuve
que nous t'aimions plus que jamais tu ne sauras t'en
rendre compte.

20 Je cédais.
Je devais céder.
Toujours, j’ai dû céder.
Aujourd’hui, ce n’est rien, ce n’était rien, ce sont des
choses infimes
25 et moi non plus je ne pourrais pas prétendre à mon
tour, voilà qui serait plaisant,
à un malheur insurmontable,
mais je garde cela surtout en mémoire :
je cédais, je t’abandonnais des parts entières, je devais
30 me montrer, le mot qu’on me répète,
je devais me montrer « raisonnable ».
Je devais faire moins de bruit, te laisser la place, ne
pas te contrarier
et jouir du spectacle apaisant enfin de ta survie légèrement
35 prolongée.

Nous nous surveillions,
On se surveillait, nous nous rendions responsables de
ce malheur soi-disant
40 Parce que tout ton malheur ne fut jamais qu’un malheur
soi-disant,
et tu le sais comme moi je le sais,
et celles-là le savent aussi,
et tout le monde aujourd’hui voit ce jeu clairement
45 (ceux avec qui tu vis, les hommes, les femmes, tu ne me
feras pas croire le contraire,
ont dû découvrir la supercherie, je suis certain de ne
pas me tromper),
tout ton soi-disant malheur n’est qu’une façon que tu as,
50 que tu as, que tu as toujours eue et que tu auras toujours,
- car tu le voudrais, tu ne saurais plus t’en défaire, tu
es pris à ce rôle,-
que tu as et que tu as toujours eue de tricher,
de te protéger et de fuir.

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