Stratégies de rhétorique et argumentation
Stratégies de rhétorique et argumentation
: METHODES ET CONCEPTS
Dans ce deuxième chapitre nous allons définir les concepts clés de notre mémoire de recherche.
Nous allons commencer parL’argumentation dans le discours, puis nous définirons les stratégies
argumentatives en citant les différents Types d’arguments ainsi que L’argumentation dans le discours
d’information médiatique. Puis nous allons parler de la rhétoriqueet nous achèverons ce chapitre par
L’inscription de l’analyse argumentative dans l’analyse de discours.
« L’argumentation est un objet de recherche dont le statut ne va pas de soi dans les sciences sociales
et les sciences du langage. Oswald Ducrot et Jean-Paul Anscombre lui ont donné des lettres de
noblesse en la plaçant au centre de la théorie de l’argumentation dans la langue. En effet,les études
sur l'argumentation dans le discours tournent autour de deux conceptions : une conception
rhétorique de l'argumentation comme expression d'un point de vue, et une conception logico-
discursive de l'argumentation comme mode spécifique d'organisation du discours »1.
1.2 L’argumentation
KAKKURI- KNUTTILA dit que : « L’argumentation ne signifie pas une opposition hostile, même si elle
est parfois perçue, ainsi, il s’agit plutôt de voir l’argumentation comme moyen linguistique
permettant une prise de décision rationnelle .Les arguments donnent de l’information sur laquelle
l’acceptabilité de l’affirmation est évaluée » 3
Cette définition basée sur l’idée que l’argumentation est un moyen primordial mis en œuvre et
apparait pour persuader l’auditoire.
La langue est un acte essentiel dans notre vie et apparait comme un système de signes vocaux, que
ce soit par les gestes ou linguistique, l’homme reformule sa pensée et sa croyance la plus intime en
mot et toute langue a un but communicatif. On peut aussi citant l’idée de Evi Kafezi, qui affirme que
Une argumentation sert à prouver ou à réfuter un fait, une opinion ou unénoncé quelconque. Quel
que soit son point de vue, l'auteur cherche àconvaincre la personne qui l'écoute ou le lit que sa
position (son opinion)est valable, même si elle est personnelle. De ce fait, une stratégie
argumentativeest un ensemble d’actes de langage basé sur une logique discursive et sous tendupar
une force et un but argumentatif.
1
Dr DJEGHAR Achraf. Module stratégies discursives. M1, littératures et approches interdisciplinaires .
2
RUTH Amossy,l’argumentation dans le discours,Nathanuniversité, 2000, littératured’idéesfiction, P101.
3
Kakkuriknuittila , marja , argumentation , p 63 .
4
Evikarfezi , l’ethos dans l’argumentation , p 06.
3Typologies desarguments5
Perelman, l’auteur de cette formule, les décrit en effet comme « comparablesàdes raisonnements
formels » ; mais il précise que « celui qui les soumetàl’analyse perçoit aussitôt les différences entre
ces argumentations etlesdémonstrations formelles, car seul un effort de réduction ou de précision,
denature non-formelle, permet de donner à ces arguments une apparencedémonstrative » (Traité de
l’argumentation, Perelman) ainsi. Ce sont des raisonnements qui sont issus du domaine de la logique
formelle, que l’on peutdéfinir comme l’étude des concepts, des jugements, des raisonnements,
sansprendre en compte les réalités auxquels ils s’appliquent. C’est en quelque sorte le domaine de la
logique mathématique et scientifique. Si l’on dit quel’entreprise A vend à meilleur prix que
l’entreprise B, laquelle est pluscompétitive que C et que l’on infère que A est probablement un
partenaire plusintéressant que C, l’argument se fonde sur la règle mathématique de latransitivité. De
même la maxime « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pasque l’on te fît » découle du principe
de la réciprocité, tout aussi mathématiqueles arguments, par définition, comportent toujours des
éléments flous, incertainsou contestables. Le cas particulier des arguments quasi logiques est de
présenterune apparence plus rigoureuse que la plupart des autres et notamment desarguments «
empiriques ». Cela n’empêche pas leur caractère réfutable. Dans unénoncé tel que « les amis de mes
amis sont mes amis » mettant en jeu la règleformelle de la transitivité, ce qui est réfutable, ce n’est
pas le fondement logiquedu raisonnement lui-même, c’est le fait d’apparenter abusivement la
relation d’amitié » (relation non formelle) à un connecteur logique de type « égalité » ou «inégalité »,
utilisé dans les sciences exactes.
Les définitions, les comparaisons et les distinguos peuvent êtreconsidérés comme des arguments
quasi logiques, dans la mesure où ilsrelèvent respectivement des principes d’égalité (a = b ou a = a,
identité) etd’inégalité (a ≠ b). Si l’on dit « le socialisme, c’est le respect des droits del’homme », « la
location-vente, c’est comme le leasing » ou « la Côted’Azur, ça ne vaut pas la Corse », on emploie des
arguments définitionnelsou comparatifs.
Définir, c’est poser une relation d’équation ou d’équivalence en vue dedonner un sens à un concept.
C’est le plus souvent un préambule àl’argumentation puisque l’on cherche, en définissant un
concept, às’entendre avec son auditoire sur des bases communes en vue de mieux leconvaincre. La
logique fournit plusieurs manières de définir. Examinons lesprincipales.
5
Selon ROBRIEUX Jeans-jacques , Rhétorique et argumentation (4eme édition) Armand colin cursus 3 mars
2021 sciences p 150 au 206 .
3.3.1 Les définitions en compréhension et en extension
Ces deux procédés complémentaires sont largement utilisés dans les sciences. Définir en
compréhension, c’est donner les propriétés caractéristiques d’un objet donnée en vue d’en
permettre une représentation intellectuelle et abstraite. On peut définir le musée d’Orsay comme un
« musée consacré aux arts plastiques du XIXe siècle français ». La définition en extension consiste à
énumérer les éléments constitutifs de l’objet – les « individus » d’un ensemble, diront les
mathématiciens –, afin d’en donner une représentation concrète. Le même musée sera ainsi défini
comme « un musée comprenant des toiles, des sculptures et des études d’architecture », ou bien «
des salles consacrées à l’impressionnisme, d’autres au symbolisme, etc. ». La valeur de ces deux
définitions n’est pas la même selon le contexte. Il est des cas où une définition en compréhension
s’impose, lorsqu’il est question notamment de concepts abstraits. Ce serait faire preuve d’un
manque d’abstraction gênant que de définir le socialisme, lors d’un examen universitaire ou en
réponse à une question piège, comme « l’idéologie de Jean Jaurès, de Guy Mollet et de François
Mitterrand ». En revanche, il paraît opportun de renseigner celui qui veut s’informer sur la Tétralogie
de Wagner en énumérant ses quatre opéras et en présentant leurs synopsis. C’est dire que, dans le
discours argumentatif, la définition repose sur une stratégie de bon sens. En cela, elle peut avoir une
vraie force persuasive ou tomber à plat. Son caractère « quasi logique » vient de ce qu’elle repose
toujours sur une base rigoureuse (recherche du terme exact ou del’exhaustivité) alors qu’elle est
essentiellement orientée vers un but, celui de convaincre, d’amener l’autre sur le terrain du locuteur
dont l’objectivité n’est pas celle du mathématicien.
3.3.2.1 La comparaison
Elle peut être une manière commode de définir un objet ou une notion en les rapprochant ou en les
distinguant d’autres objets. Au lieu de considérer l’objet en soi, on choisit un objet comparable plus
simple ou plus connu pour le définir par approximation. Ce peut être un moyen pédagogique efficace
si, par exemple, on veut expliquer le principe du geyser à l’aide de la bouilloire et du siphon. Mais
dans la plupart des cas la comparaison estsimplificatrice et abusive, parce qu’elle ne fournit pas
toutes les données, à la différence de l’analogie, argument empirique qui fournit en
principeexplicitement le critère de rapprochement. Nombre de comparaisons hâtives reposent en
effet sur des ressemblances trompeuses. C’est le cas généralement lorsqu’on « met dans le même
sac » des réalités qui n’offrent qu’une similitude superficielle : le démembrement de l’empire austro-
hongrois et la crise yougoslave, l’intégrisme catholique et l’intégrisme islamique, les jeux du cirque à
Rome et les spectacles sportifs actuels… L’argument comparatif, présenté sous la forme d’une
équation simple, profite de son apparence de rigueur pour mieux manipuler, parce qu’on fait fi des
différences de contextes. L’idée rebattue selon laquelle « l’histoire serépète » en est une illustration
courante.
« Hélas ! Un petit aspic, comme M. de Rohan, revient de la mort ; et cet aimable garçon, bien né,
bien fait, de bon naturel, d’un bon coeur, dont la perte ne fait de bien à personne, va nous périr
entre les mains ! »
29 janvier 1672.
3.3.2.2 Le distinguo
Il s’agit d’une comparaison négative, d’une inéquation en quelque sorte.C’est l’argument qui refuse
qu’« on mêle les torchons et les serviettes »,qu’on fasse des amalgames. C’est une manière de définir
en utilisant, pourle rejeter, un comparant inférieur ou inadéquat. Ainsi l’école publique etl’école
privée se déterminent l’une par rapport à l’autre en s’infériorisantmutuellement ; de même la
publicité dite « comparative » fonde toute sonargumentation sur la distinction que le consommateur
doit savoir opérerentre l’annonceur digne de confiance et la concurrence toujoursincompétente et à
la limite malhonnête. On voit souvent associées audistinguo des figures telles que l’antithèse,
l’énantiose(figures dissociatives) et la prétérition : « si je vous disais de quelle marque est
cetappareil… » ; « est-il utile de vous révéler les contre-performances de nosconcurrents… ? » Voici
un exemple d’antithèse :
« On ne doit jamais confondre la religion avec l’État : la religion est la société de l’homme avec Dieu ;
l’État est la société des hommes entre eux. »
Rapport du citoyen Portalis sur les articles organiques de la convention passée à Paris le 26 messidor
an IX.
3.3.3.1L’identité et la tautologie
En argumentation, le principe d’identité « a = a » n’a pas grand intérêt entant que tel puisqu’il
n’apporte aucune information. Mais présenté d’unecertaine manière, il peut être appelé identité
apparente, dans la mesure où lesujet et le prédicat ne renvoient pas exactement au même
référent.Lorsqu’on dit par exemple « il est égal à lui-même », « Paris sera toujoursParis » ou « les
affaires sont les affaires », la relation d’identité entre sujetset prédicats relève de l’expression forcée.
L’apparente évidence estprécisément une manière d’attirer l’attention sur une vérité qui parfois ne
vapas de soi : untel pourrait effectivement changer de caractère ou d’humeur,notre capitale pourrait
être menacée de perdre son « identité », de mêmeque les affaires pourraient n’être pas menées
aussi durement. Autre exemplede fausse tautologie chez Montaigne : « quand je danse, je danse ;
quand jedors, je dors » (« De l’expérience », Essais, III, 13), expliquée par l’idéequ’il faut goûter
intensément l’instant présent et savoir vivre « à propos ».On appelle tautologie tout jugement dont
le prédicat n’ajoute aucuneinformation au thème (sujet de la phrase). La tautologie (dans son
sensargumentatif, du moins) englobe donc l’identité, mais peut prendreégalement la forme de toute
assertion de type « a = b » dans laquelle « a »et « b » sont réversibles, sans que « b » constitue une
analyse de « a ». Laproposition « un triangle est un polygone constitué de trois angles » estcertes
réversible (au sens où l’on peut intervertir le sujet et le prédicat,symétriques par rapport au verbe «
être »), mais utile, car elle contient unedéfinition analytique : elle n’est donc pas une tautologie au
sensargumentatif. C’est le cas, en revanche, de la définition suivante relevéeavec indignation par
Pascal : « La lumière est un mouvement luminaire descorps lumineux » (De l’esprit géométrique,
Seuil, p. 350). On peut, demanière plus générale encore, qualifié de tautologique toute
propositionfaussement significative, comme il s’en trouve dans le théâtre de l’absurde :
MME SMITH. – Quand je dis oui, c’est une façon de parler. […]
MME SMITH. – Oui, mais avec de l’argent on peut acheter tout ce qu’on veut. »
Le langage publicitaire est, lui aussi, souvent tautologique. Le slogan duloto « 100 pour cent des
gagnants ont tenté leur chance » s’analyse ainsi.
L’humour non dénué d’intention sophistique consiste à inverser l’ordreattendu (100 pour cent des
parieurs ont gagné), tout en permettantd’énoncer l’éternelle loi du pari : « Qui ne tente rien n’a rien
». Lesophisme tautologique revient en l’espèce à faire d’une condition nécessairede la réussite une
condition suffisante. On remarque que, s’il existe desidentités apparentes, c’est-à-dire de fausses
tautologies, il y a en revanchedes jugements apparemment significatifs qui trompent par un
simulacre d’information.
Les arguments empiriques reposent tous sur des faits, sur des expériencesobservées ou vécues. Ces
arguments peuvent être appelés « empiriques », c’est-à-dire fondés sur sur l’expérience, et se
distinguent des arguments quasi logiquesqui reposent sur des relations formelles ou mathématiques
dans la mesure où,contrairement à ces derniers,ils ne peuvent exister sans une observation de
laréalité. Ainsi lorsqu’on fait intervenir les notions de cause, de fait, d’exemple,de modèle, etc.,
ce sont des relations d’expérience et non des relations abstraitesentre les éléments qui sont en jeu. Il
s’agit d’expliquer le réel selon desenchaînements qui se déroulent sous nos yeux – c’est notamment
laproblématique de la causalité ou de la confrontation des réalités – ou même derecréer le monde
selon des schémas et des modélisations idéaux – ainsilorsqu’on veut promouvoir une idée ou un
comportement grâce à un exemple une illustration, un modèle ou une analogie. On distinguera donc
les argumentsqui résultent de l’observation de relations empiriques, ceux qui, sont fondés surune
confrontation, et enfin ceux qui recréent des relations selon le principe del’induction.
La causalité est certainement un des concepts philosophiques les pluscomplexes et les plus mal
utilisés dans l’argumentation quotidienne. Nousne prétendrons pas en épuiser les difficultés
théoriques mais nous essaieronsd’éclairer le lecteur sur les points les plus importants.
3.3.4.1La causalité
Pourquoi cet élève a-t-il eu une mauvaise note à son devoir ? On peutrépondre : parce qu’il n’a pas
appris son cours ; parce qu’il était malade cejour-là ; parce que son professeur est particulièrement
exigeant ; parce qu’ila une conduite d’échec ou encore parce qu’il voulait causer de la peine à
sesparents.Toutes les raisons ainsi alléguées peuvent être dénommées« causes », même si elles
constituent des types d’explication très différents.Elles peuvent s’exclure les unes les autres ou, au
contraire, se superposer. Le recours à telle ou telle d’entre elles relève donc d’une stratégie
argumentative. Cet argument consiste à étudier un phénomène par l’analyse d ses causes et de ses
conséquences.
D’abord la cause « immédiate », la plus simple, est celle à laquelle ilparaît le plus naturel de penser
pour expliquer un phénomène simple. Ainsi l’évaporation de l’eau est-elle la cause de la formation
des nuages. Cettecause est aussi appelée « matérielle » ou « instrumentale ». Son utilisationprend un
intérêt particulier lorsqu’elle occulte une causalité plus profonde.La cause « profonde » ou « médiate
» relève d’une analyse plus difficile.Qu’on songe aux causes de la première guerre mondiale : aucun
historiensérieux ne s’arrêterait à l’attentat de Sarajevo. Il faut bien sûr remonter àdes explications
plus lointaines, faisant intervenir l’économie, la politique,les mentalités… Invoquer une cause
immédiate dans le but d’occulter unecause profonde peut participer d’une stratégie manipulatrice
que RolandBarthes analyse au moment de la guerre d’Algérie, en s’en prenantnotamment aux
poujadistes :
« Du point de vue bourgeois, refuser pour un soldat de partir ne peut être que le fait de meneurs ou
de coups de boisson, comme s’il n’existait pas d’autres très bonnes raisons à ce geste : croyance dont
la stupidité le dispute à la mauvaise foi… »
Il s’agit là également d’une manière d’argumenter par les faits, trèsefficace même lorsqu’il s’agit
d’émouvoir. Rappelons que la descriptions’articule dans l’espace et la narration dans le temps. Les
faits doiventparler par eux-mêmes, sans qu’il soit nécessaire d’apporter d’autreséléments de preuve.
Veut-on plaider contre la peine de mort ? Il suffit dedécrire une chambre à gaz. Lamartine utilise le
procédé de la narration pourattrister le lecteur sur le sort des Girondins :
« Quand tous les cheveux furent tombés sur les dalles du cachot, les exécuteurs et les gendarmes
rassemblèrent les condamnés et les firent marcher en colonne vers la cour du palais. Cinq charrettes
attendaient leur charge. Une foule immense les environnait.
Au premier pas hors de la conciergerie, les Girondins entonnèrent d’une seule voix et comme une
marche funèbre la première strophe de la Marseillaise, […]. De ce moment ils cessèrent de s’occuper
d’eux-mêmes pour ne penser qu’à l’exemple de la mort républicaine qu’ils voulaient laisser au
peuple. » Histoire des Girondins, éd. 1860, tome V, p. 236.
3.3.4.4L’argument du sacrifice
C’est sans doute celui qui veut donner le plus d’autorité aux faits.Considéré comme quasi logique par
Perelman, parce qu’il l’apparente àl’argument comparatif, il vise principalement à rendre crédible
une thèse ouune action en arguant d’un sacrifice qui ne pouvait être consenti sans uneconviction et
une bonne foi absolues. On met en balance la thèse et le faitdu sacrifice, en espérant prouver une
équivalence. Pour les chrétiens, lesacrifice du Christ est à la mesure de la véracité de sa parole. Pour
Calvin,la foi protestante doit l’emporter sur celle des catholiques, parce qu’ellesurmonte les
épreuves :
« Notre fiance [foi] est bien autre, laquelle ne craint ni les terreurs de la mort, ni le jugement de Dieu.
»
• L’argument du dépassement
• L’argument de la direction
Les arguments empiriques ne s’arrêtent pas à l’observation de la causalité et des successions. Ils
peuvent aussi être fondés sur une confrontation d’éléments : confrontation entre une personne ou
un acte et ce que l’on s’estime en droit d’en attendre, ou bien entre deux ordres degrandeur, deux
hiérarchies comparables, principe des arguments a fortiori.
« – M. Alexandre Vallat : Laissez-le dire : il connaît bien les grands capitalistes, puisqu’il les défend.
[Allusion à ses activités d’avocat : il avait en effet défendu, mais très rarement, de grandes
entreprises.] […]
– M. Georges Roulleaux-Dugage: Vous n’avez pas le droit de parler des combattants, Monsieur Blum,
car vous n’avez pas fait la guerre. »
À l’inverse du précédent, ils résultent d’une confrontation jugée positiveentre l’acte et la personne. Il
s’agit de faire admettre une thèse en larapportant à son auteur, considéré comme digne de foi.
Comme l’argument ad personam, il devient un argument contraignant, ou même de mauvaisefoi, s’il
est en décalage par rapport à la situation. C’est pourquoi certainsauteurs le considèrent
systématiquement ainsi. Certaines manifestations ontlieu « sous le haut patronage » de quelque
personnalité ; un jeune auteur esttoujours fier de pouvoir faire préfacer son livre par un auteur plus
connu ;un conférencier éprouve le besoin de citer d’illustres prédécesseurs surlesquels s’appuient
ses thèses, etc. Les arguments d’autorité sont trèsfréquemment utilisés, aujourd’hui comme
toujours, dans les dissertationsscolaires, la critique littéraire, la recherche scientifique et les
discoursargumentatifs de toutes sortes. Parfois les références peuvent se cumuler,donc se renforcer,
éventuellement en se hiérarchisant. Bossuet parle ainsi du Christ :
« Vous pouvez reconnaître son autorité en considérant les respects que lui rendent
Moïse et Élie ; c’est-à-dire la loi des prophètes […] Ne recherchons pas les raisons des
L’autorité peut aussi être celle d’un groupe humain ou d’une époque
se réclamer de la Commune :
« C’est le mouvement impétueux des étudiants et des lycéens qui a posé pour la
première fois dans l’histoire de la France depuis la Commune de Paris des questions
Les arguments empiriques qui suivent sont fondés sur l’induction qui, rappelons-le, est un mode de
raisonnement tendant à la généralisation à partir de cas particuliers, et sur le principe de l’analogie.
Tous, contrairement aux précédents arguments empiriques, dépassent la simple analyse du réel et
en proposent un traitement dynamique et créatif.
3.3.6.2 L’exemple :
Il se présente comme un cas particulier et concret, soumis à l’auditoire en vue d’étayer une thèse,
voire de contribuer à la fonder. Argument extrêmement courant, il peut être présenté après la thèse
en question, la précéder, ou même s’y superposer. Ainsi chez Jean Baudrillard :
« Tout ce dont nous avons rêvé sous le signe radical de l’anticulture, de la subversion du sens, de la
destruction de la raison et de la fin de la représentation, toute cette antiutopiequi a déchaîné en
Europe tant de convulsions théoriques et poli-tiques, esthétiques et sociales, sans jamais se réaliser
vraiment (mai 68 en est un dernier exemple), tout cela est réalisé ici, en Amérique, de la façon la plus
simple et la plus radicale. »
L’exemple peut être énoncé en quelques mots ou en un long développement. Les journaux télévisés
en usent et en abusent, lorsqu’ilsproposent des interviews de personnes qui sont censées
représenter unecommunauté, un corps professionnel, une classe d’âge, etc. (technique du« micro-
trottoir »). Le téléspectateur est ainsi amené à généraliser ces cas etinférer que, parce que tel paysan
est mécontent ou que tel avion s’est écraséau sol, tous les cultivateurs sont malheureux ou les avions
représentent unmoyen de transport peu sûr. L’exemple est aussi un moyen de réfutation,d’autant
plus efficace que l’argumentation adverse aura été fondée surd’autres exemples mal choisis ou faux.
C’est le « contre-exemple »polémique, fondé sur un fait invalidant.
3.3.6.3 L’illustration
Elle se borne à renforcer une thèse considérée comme admise, en luidonnant une apparence vivante
et concrète. Il s’agit moins ici de prouverque de frapper l’imagination. C’est pourquoi son efficacité
ne dépend pasnécessairement de sa réalité : une fable de La Fontaine est généralementprésentée
comme l’illustration fictive d’une morale. L’anecdote suivante estplus « agréable » (au sens
pascalien) que probante :
« Un des problèmes spécifiques des États-Unis, c’est la gloire, en partie à cause de son extrême
rareté de nos jours, mais aussi en raison de son extrême vulgarisation. “Dans ce pays, chacun a ou
aura été célèbre au moins dix minutes" (Andy Warhol). Et c’est vrai – comme celui-ci qui s’est trompé
d’avion et s’est trouvé transporté à Auckland,
Nouvelle-Zélande, au lieu d’Oakland, près de San Francisco. Cette péripétie en a fait le héros du jour,
il est interviewé partout, on tourne un film sur lui. »
3.3.6.4 Le modèle
« Le peuple, qui a l’avenir et qui n’a pas le présent ; le peuple, orphelin, pauvre, intelligent et fort ;
placé très bas, et aspirant très haut […]. Le peuple, ce serait Ruy
Blas. »
À l’inverse, d’autres personnages sont des antimodèleset servent derepoussoirs. L’histoire a donné le
privilège à certains chefs d’État d’êtrepassés d’un extrême à l’autre (Staline, puis Lénine). La
littérature fondel’une des principales ressources du comique sur l’antimodèle : Harpagon,Trissotin,
certains « caractères » de La Bruyère et tant d’autres. Molièreconçoit ses personnages comiques de
cette manière, lorsqu’il parle, dans lapréface de Tartuffe, d’« attaquer par des peintures ridicules les
vices de[son] siècle ».
Dans ce type d’argumentation, on cherche à persuader, non par des voiesrationnelles, mais en
forçant l’interlocuteur ou l’auditoire sur le terrain desvaleurs qu’il est censé avoir intégrées, ou en
profitant de son inexpériencedialectique.
Les « valeurs » sont des repères moraux admis par une société donnée,jouant à peu près le rôle des
axiomes et des théorèmes en mathématiques.Ce sont en quelque sorte des « lieux éthiques ». On
peut les classer en deuxcatégories : les valeurs abstraites et les valeurs concrètes.Les valeurs
abstraites peuvent être universelles, c’est-à-dire admises partout homme quels que soient l’époque
et le lieu considérés : le bien, le beau,le bon, le pur, l’absolu, le parfait, le vrai en font partie. Elles
peuvent aussiêtre particulières et toucher principalement certains groupes humains ou certaines
époques. Tels sont les cas du rang ou de la naissance sousl’Ancien Régime, ainsi que du courage, de
la chasteté, de la vertu, del’honneur, etc. Aujourd’hui ces valeurs sont pour la plupart en régression
etpeut-être remplacées par d’autres, telles que la loyauté commerciale oul’esprit sportif. Jean-
Jacques Rousseau énumère ici plusieurs valeursabstraites des deux types :
« Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu’ils se bornèrent à coudre
leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, […] ils vécurent libres, sains, bons et heureux
autant qu’ils pouvaient l’être par leur nature… »
On voit apparaître fréquemment les mêmes mots chez les orateurs de laRévolution, comme « liberté,
égalité, justice, ordre ». Chez les orateurscontemporains, ce sont plutôt la clarté, la responsabilité, la
solidarité, ladiscipline. Chez les moralistes, le concept assez vague de « nature »,omniprésent depuis
les Lumières, a longtemps servi à condamner tout cequi s’écartait de la normalité, de la moyenne,
jugé ainsi « contre-nature ».Certaines valeurs se contredisent même parfois d’une époque ou
d’unesociété à une autre : ainsi le travail, valeur née (ou renée) avec la sociétéindustrielle et admise
aujourd’hui par l’ensemble du corps social, étaitméprisé des patriciens romains comme de la
noblesse française d’AncienRégime. À notre époque, la politesse, valeur essentielle en Extrême-
Orient,paraît parfois suspecte en Occident.Les valeurs concrètes sont des réalités tangibles : L’État, le
bien public,la loi… Certaines, les plus nombreuses, sont conservatrices (l’Église),d’autres dynamiques,
généralement celles de la quête (la Terre sainte) ou dela revendication sociale (le peuple). La
rhétorique permet parfois de lesexprimer sous la forme la plus imagée du symbole ou de l’emblème,
étudiésau chapitre des figures : c’est le cas notamment du drapeau, de la faucille etdu marteau, de
l’équerre et du compas.
Ce sont des manières commodes d’exprimer soit des valeurs, soit desvérités éternelles. « Qui va
lentement va sûrement » exprime la valeur de laprudence ; « Une de perdue, dix de retrouvées » est
une vérité sans doutemoins morale, mais parfois réconfortante. L’emploi des dictons révèle
unmanque d’imagination et produit un effet plutôt médiocre. Il témoigne à lafois d’un certain
conformisme intellectuel et d’un manque de culture dans lamesure où le locuteur n’invoque à sa
rescousse que la sagesse des nations,le plus faible des arguments d’autorité. Le discours des valets
de comédieregorge de ce genre de formules, comme ici chez Racine :
[...]
[...]
De très nombreux proverbes sont – on aurait tendance à l’oublier – desformules paradoxales qui ont
eu, il y a bien longtemps, un contenu original,par exemple : « Qui paie ses dettes s’enrichit ». Avec
l’érosion du temps,l’invention devient clichéeet il faut à nouveau créer. Heureusement noshommes
politiques ont le souci de renouveler ce trésor de sagesse avecleurs « petites phrases ». Les idées
reçues, sortes de proverbes, de lieuxcommuns ou de pratiques qui n’invitent pas nécessairement à
uncomportement, ont été étudiées par plusieurs auteurs, depuis Flaubert (sonDictionnaire des idées
reçues, parfois placé à la fin de Bouvard et Pécuchet)jusqu’à André Glucksman, en passant par
l’Exégèse des lieux communs deLéon Bloy et Le Jacassinde Pierre Daninos. Tous ont remarqué que
ces« vérités éternelles » se contredisent les unes les autres. On peut d’ailleurss’amuser à former des
couples de proverbes contradictoires, par exemple :
« Pierre qui roule n’amasse pas mousse » et « les voyages forment lajeunesse ». Il semble que – n’en
déplaise aux auteurs de la comédieclassique – la pensée banale ait été considérée par beaucoup,
depuis leXIXe siècle, comme le fait de la classe dominante. Mais, pour Glucksmanqui cite Flaubert,
elle n’est pas seule responsable :
« Il faut rendre justice à Flaubert contre son critique Sartre, le bourgeois n’est pas la raison suffisante
de la bêtise, c’est une identique valse de marottes et de manies qui anime, sous une neuve et
prolétarienne casquette comme sous l’ancien feutre noir, le remue-ménage des idées fixes et fausses
: “le bourgeois, c’est-à-dire l’humanité entière maintenant, y compris le peuple". »
Ces deux voies argumentatives vont dans le même sens que lesproverbes. On s’interdit de penser par
soi-même, voire de penser tout simplement. « Il n’est pas normal que les salaires ne soient pas
indexés surl’évolution du coût de la vie » ; « Il est normal qu’un voleur soit punid’emprisonnement »,
etc. Derrière le « normal » se cache sans doute unenorme. Laquelle ? On ne le dit pas. Ce recours à
des règles vagues etinexprimées est un moyen très commode, et très grossier, d’éviter
touteargumentation et tout débat. Le procédé serait honnête s’il existait lacertitude d’un consensus
avec l’auditoire, mais le recours au « normal » estprécisément un argument passe-partout, un «
jocker » dont on se sert quandles valeurs de référence sont à peine déterminées,
éventuellementinexistantes. Cette forme de manipulation est d’autant plus insidieuse que lemot «
normal », très courant, passe inaperçu et ne déclenche pas vraiment leréflexe de la méfiance. Il est
pourtant facile de couper l’orateur et de luidemander à quelle règle précise il se réfère, ce qui est
généralement un bonmoyen de le désarçonner.Quant au bon sens qui est, selon Descartes, « la
chose du monde lamieux partagée », il permet également de justifier à peu de frais n’importequelle
vérité, surtout lorsqu’elle s’inscrit dans une ligne conservatrice. Desformules telles que « c’est
évident », « cela tombe sous le sens », « aucunhomme sensé ne pourrait croire que… » Résonnent
parfois comme autant defins de non-recevoir, comme le remarque Roland Barthes pour qui le
bonsens, tout comme la tautologie, est idéologiquement marqué :
« Le bon sens est comme le chien de garde des équations petites-bourgeoises : il bouche toutes les
issues dialectiques, définit un monde homogène, où l’on est chez soi, à l’abri des troubles et des
fuites du “rêve" (entendez une vision non comptable des choses). »
4. Le vocabulaire de l’argumentation
- la thèse ou le point de vue : on désigne ainsi une prise de position par rapport à un problème, dans
un texte argumentatif. C'est en fait ce que l'auteur veut prouver, son point de vue, l'idée qu'il veut
défendre, son avis sur la question, son opinion.
- la réfutation : démonstration qui combat une thèse pour en montrer les faiblesses ou la fausseté.
Fait de réfuter, de contredire. On l'appelle parfois aussi antithèse.
- la synthèse :
1) Ensemble constitué par les éléments 0réunis ; opération intellectuelle par laquelle on rassemble
les éléments de connaissance concernant un objet de pensée en un ensemble cohérent (vue
d'ensemble, synthèse des connaissances, bilan).
2) Notion ou proposition qui réalise l'accord de la thèse et de l'antithèse en les faisant passer à un
niveau supérieur ; réalité nouvelle qui embrasse la thèse et l'antithèse en un tout.
- l'objection : argument qui sert à réfuter une thèse. Dans un travail écrit, les objections se
trouveront le plus souvent dans la réfutation ou l'antithèse.
- l'exemple : est destiné à illustrer un argument. Il n'est valable que s'il est précis. Suivant le cas, il
peut être puisé dans les lectures personnelles, ou dans sa propre expérience, ou encore dans
l'actualité. C'est un cas concret, un fait particulier.
Pour ce qui est du discours d’information médiatique, ces stratégies sont présentes particulièrement
– dans la manière de gérer la parole et l’énonciation dans les textes écrits ou dans les débats oraux
(gestion du dialogisme interne dans un texte ou gestion de la parole dans l’interaction en face à
face) ; – dans les catégories linguistico-discursives utilisées qui sont porteuses d’enjeux argumentatifs
(les points de vue) et qui évoquent des suites et des inférences (les verbes, les noms et les
désignations, les adjectifs et les qualifications, les constructions phrastiques, les modalités
énonciatives, etc.) ; - dans les types de raisonnements les plus prototypiques de la situation de
discours d’information médiatique, parmi lesquels je mettrais en relief la déduction, l’induction, la
disjonction, la conjonction et la causalité. Pour traiter du sujet, je vais présenter ici trois types de
stratégies qui me paraissent assez courantes dans le discours d’information médiatique : les
stratégies de cadrage,les stratégies énonciatives et l’orientation argumentative par les types de
raisonnements.
Le discours d’information médiatique tel qu’on a pu le voir dans l’analyse des titres met en œuvre
plusieurs opérations susceptibles de provoquer chez les lecteurs différents types d’inférences ou
d’effets (logiques ou axiologiques). Il joue le plus souvent sur les ellipses et sur le potentiel
argumentatif des mots et des modalités énonciatives. Ces éléments d’analyse mettent en évidence la
dimension argumentative du discours d’information dans des textes qui ne sont pas
traditionnellement classés comme opinatifs. Ils montrent aussi comment les opérations discursives
étudiées mettent en jeu les différents aspects de l’argumentation évoqués dans la première partie :
la pensée est bien convoquée dans un processus inférentiel complexe ; la langue est bel et bien
présente avec le potentiel d’orientation argumentative des mots et des énoncés ; la nature
rhétorique du discours suppose un ensemble de paramètres agissant sur le fonctionnement du
phénomène argumentatif, comme les liens supposés entre l’instance de production et de réception,
les savoirs et les valeurs partagés, la pertinence de l’information ».6
6.La rhétorique :
.L’objectif de la rhétorique était avant tout d’être un art de disposer des arguments pour disqualifier
une thèse et de convaincre un auditoire de la légitimité de la thèse opposé »
À la lumière de cette définition d’après ROBIEUX. La rhétorique avant tout apparait comme un
moyen d’agir utilisée selon l’orateur dans son discours pour persuader l’auditoire.
Pour ARISTOTE « La rhétorique était une parole destinée à un auditoire qu’elle tente d’influencer en
proposant des thèse susceptibles de lui paraître raisonnables ».La rhétorique s’exerce dans tous les
domaines où il s’agit d’adopter une opinion ou de prendre une décision »
Aristote divisé la rhétorique classique en trois arguments importants du discours, qui sont :
-L’argument éthique.
-L’argument pathique.
-L’argument logique.
6
http://journals.openedition.org/aad/200 consulté le 25 juillet 2021
Les notions d’Ethos et de Pathos et de Logos de la rhétorique aristotélicienne reprises par
P.CHARUDEAU, D.MAINGUNEAU, et R.AMOSSY, Aristote a longtemps été considéré comme le
premier politologue et qui a donné une explication très claire à ces trois notions dans son ouvrage «
La rhétorique », « Les preuves inhérentes au discours sont trois sortes : les unes résident dans le
caractère moral(ethos) ;d’autres dans la disposition de l’auditoire (pathos) ;d’autres enfin dans le
discours lui-même . L’lorsqu’il est démonstratif ; ou qu’il paraît l’être ».
À la lumière de cette définition on peut comprendre que Aristote affirme que l’argumentation dans le
discours se consiste sur trois arguments importants du discours, la première type d’argument réservé
sur l’image de soi ou l’image de locuteur nommée l’ethos, le deuxième, réside à la sentiment de
l’interlocuteur, inciter par l’orateur ; qui s’appelle le pathos, la troisième, qui se basé sur la logique
qui s’appelle le logos.
7
6.2.L’inscription de l’analyse argumentative dans l’AD :
Les traités de l’argumentation inspirés d’Aristote décrivent les grandes catégories de raisonnement :
le syllogisme, l’enthymème, l’analogie. Certains proposent, comme l’ouvrage pionnier de Toulmin
(1993 [1958]), des prototypes de schéma argumentatif3. D’autres établissent une taxinomie des
arguments en essayant de regrouper des types d’arguments au sein de catégorisations qui varient
largement. D’autres encore, comme la logique informelle, s’attachent à détecter les arguments
fallacieux (les paralogismes). Dans toutes ces perspectives, l’argumentation apparaît comme un
enchaînement de propositions logiques qu’il faut dégager de la langue naturelle qui les véhicule et
les travestit tout à la fois. Dès lors, cependant, que des schèmes sont reconstruits par une démarche
qui résume les énoncés concrets en propositions pour les disposer dans une chaîne argumentative
abstraite, le langagier fait figure d’obstacle. L’analyste s’emploie à l’élaguer pour retrouver le
raisonnement qui le sous-tend. Il lui incombe de mettre à jour l’armature dont se soutient
l’argumentation, le squelette caché sous la chair des mots.
C’est à cette approche que s’oppose une théorie de l’argumentation ancrée dans les sciences du
langage. Comme le dit fortement Christian Plantin, « la langue naturelle n’est pas un obstacle mais la
condition de l’argumentation » (1995 : 259). Examiner celle-ci telle qu’elle s’inscrit concrètement
dans le discours, au-delà de la schématisation qui restitue un raisonnement abstrait, permet de voir
comment fonctionne effectivement l’entreprise de persuasion dans une situation de communication
donnée. Au-delà d’une série de propositions logiques qui résument des contenus et les relations
établies entre eux, on peut ainsi tenir compte de tout ce qui s’élabore dans l’entreprise de
persuasion. Le discours argumentatif ne se déroule pas dans l’espace abstrait de la logique pure,
mais dans une situation de communication où le locuteur présente son point de vue dans la langue
naturelle avec toutes ses ressources, qui comprennent aussi bien l’usage des connecteurs ou des
déictiques que la présupposition et l’implicite, les marques de stéréotypie, l’ambiguïté, la polysémie,
la métaphore, la répétition, le rythme. C’est dans l’épaisseur de la langue que se forme et se
transmet l’argumentation, et c’est à travers son usage qu’elle se met en place : l’argumentation, il ne
faut pas l’oublier, n’est pas le déploiement d’un raisonnement qui se suffit à lui-même, mais un
échange actuel ou virtuel - entre deux ou plusieurs partenaires qui entendent influer l’un sur l’autre.
7
Selon RUTH amossy , « argumentation et analyse du discours , 2008 , mise en ligne le 06-09-2008 , consulté le
01-09-2021