Hpe 2018
Hpe 2018
Introduction générale
L’activité économique est aussi ancienne que les sociétés organisées. C’est en
Grèce antique que se forge le mot économie, de oikos (maison) et nomos (loi) :
l’économie domestique porte sur les règles d’administration de la maison ou du
domaine. Si dès cette époque on s’interroge sur la similitude ou non des règles
s’appliquant à la famille (l’économique) et à la cité (le politique), l’activité
économique sera pendant longtemps perçue seulement comme une des activités
humaines, subordonnée à d’autres types de relations entre les hommes (religieuses,
politiques) sur lesquelles repose l’existence de la société. C’est dans la seconde
moitié du XVIIIe siècle que la primauté de l’économique commence à être reconnue.
Cette prééminence des relations économiques dans l’organisation de la société et
l’élaboration d’une science destinée à en rendre compte s’expliquent par deux
phénomènes.
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spécificité des relations de production, tandis que d’autres, des mercantilistes aux
keynésiens, confèrent à l’Etat, même dans une économie de marché, un rôle
essentiel dans la constitution de l’harmonie économique et sociale ;
Chapitre 2 : Le mercantilisme
Chapitre 3 : Le libéralisme
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Références bibliographiques
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2 Les Scolastiques (latin schola, école) sont les représentants d'une école de pensée médiévale. Cette école, active dans les universités de
1100 à 1500, tente de réconcilier la philosophie antique (Aristote, Platon) et la théologie chrétienne médiévale (Boèce, Saint Augustin, la Bible). Sans
être une philosophie ni une théologie en soi, la Scolastique est un outil et une méthode d'enseignement qui met l'accent sur le raisonnement dialectique.
Dans la période 1250-1350, la Scolastique s'est intéressée, au-delà de la théologie, à la philosophie de la nature, la psychologie, l'épistémologie et la
philosophie de la science. En Espagne, les Scolastiques de l'école de Salamanque ont apporté d'importantes contributions à la théorie économique, qui
devaient influencer plus tard l'École autrichienne aux XIXe et XXe siècles. Cependant tous les Scolastiques étaient liés par la doctrine de l'Église et
certaines questions de foi ne pouvaient être discutées sous peine de procès en hérésie. Dans la période finale (1400-1500), la Scolastique perd de son
influence, et est considérée comme une méthode rigide, formaliste et dépassée de faire de la philosophie. Principaux représentants : Thomas d'Aquin
(1225-1274), Guillaume d’Ockham (1285-1349) et Nicolas Oresme (1320-1382).
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Saint Thomas d’Aquin fournit de longs développements pour justifier, en des termes
que ne renieraient pas les économistes contemporains, la propriété privée. De la même
manière, son interrogation sur le « juste prix » le conduit à s’interroger sur les
questions de justice sociale telles que la justice dans la répartition des richesses, la
justice commutative et la justice dans l’échange. La différence est que tout au long des
siècles qui précédent l’émergence d’une « science » économique, la réflexion
conceptuelle est menée par des penseurs qui ne se revendiquent pas économistes, qui à
ce titre ne considèrent pas la question économique comme fondatrice de la question
sociale et « jugent » les pratiques et les catégories économiques « de l’extérieur », à
partir d’un langage doctrinal qui procède d’une autre logique : philosophie morale ou
politique, science juridique, etc.
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4 La « mauvaise chrématistique » ne se donne pas pour objet la seule obtention de « choses nécessaires à la vie ».
5 C’est-à-dire la domination de la réflexion politique par la morale et la condamnation des pratiques économiques.
6 Philosophie qui relève de la pensée
d’Aristote. 7 Ce concept est relatif aux pères de
l’Eglise.
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Chapitre2 : Le mercantilisme
Pour mener bien à ce chapitre Nous verrons d’abord les caractéristiques des
mercantilistes et leur doctrine. Nous aborderons ensuite les variantes nationales
souverainistes.
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Les mercantilistes ne sont pas des « penseurs » et ils ne forment pas une école
constituée portant un regard commun sur les réalités économiques. Ce sont bien plutôt
des « hommes de l’art », marchands et financiers le plus souvent, « fonctionnaires »
parfois, qui, dans le cadre de leurs activités, sont aux prises avec les questions
économiques, en tirent des conceptions pratiques dont ils essaient de déduire des
convictions plus générales, convictions qu’ils s’efforcent d’exposer auprès des
puissants. Ils plaident le plus souvent, lorsqu’ils sont marchands ou banquiers, en
faveur de ce qu’ils nomment « la liberté économique », c’est-à-dire en fait l’octroi
d’avantage, de monopoles, d’interventions publiques pour développer ou protéger leur
activité. Ces plaidoyers peuvent différer d’un auteur à l’autre, toutefois, un certain
nombre de convictions doctrinales sont néanmoins communes toutes les
mercantilistes. Pour les mercantilistes, la richesse est monétaire. En effet, la plupart
des mercantilistes associent la richesse à la possession de métaux précieux comme l’or
ou l’argent. Cette fascination pour le métal précieux, s’explique au niveau individuel
et sur le plan social.
Sur le plan individuel, il faut retenir qu’une la grande partie des échanges
s’effectuait à l’époque, et depuis longtemps, sous la forme soit d’échange de troc
(dans le cadre de la communauté villageoise), soit au moyen de monnaies « noires »,
faites de cuivre ou d’alliage. Les monnaies d’or et d’argent, étaient réservées aux
transactions de grands prix et transitent dans les mains des seuls plus fortunés. Il Faut
préciser à ce niveau que l'or et l'argent étaient devenus rares du fait que en Europe la
plus part des mines (or et argent) étaient épuisés. Depuis de longs siècles, la
possession et la manipulation d’or et d’argent sont la manifestation la plus évidente de
la richesse.
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Au niveau social, l’afflux massif d’or et d’argent ne fait que renforcer cette
impression, et ce d’autant plus que, dans la première moitié du XVIe siècle, c’est
l’Espagne de Charles Quint, celle-là même qui a su conquérir le Nouveau Monde et en
extraire les richesses, qui domine le monde et l’Europe de sa puissance et sa
magnificence.
B. La doctrine mercantiliste
8 Le bullionisme, issu du mot anglais bullion qui désigne l’or en barre, ce terme traduit l’intérêt presque exclusif des mercantilistes pour les métaux
précieux.
9 Le chryshédonisme est une attitude visant à atteindre le bonheur par la possession d’or.
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Pour bien analyser les différentes variantes du mercantilisme, nous étudierons dans une
première sous-session, les mercantilistes espagnols et portugais, la deuxième sera
consacrée à l'étude des mercantilistes anglais, et pas dernière des mercantilistes
français.
Les espagnols et les portugais sont ceux qui introduisent les monnaies d’or et
d’argent en Europe. Leur souci principal est donc de conserver ces différentes
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monnaies en contrôlant la « fuite des capitaux ». Cet impératif apparaît plus nettement
lorsque dans la seconde moitié du XVI e siècle, Espagne et Portugal amorcent un
déclin qui ne se démentira plus. Les auteurs espagnols du courant des arbitristes
considèrent que deux causes principales au déclin Portugal sont à isoler : la
dépopulation et la fuite de l’or et de l’argent hors du pays. Les mercantilistes
espagnols sont donc ceux qui portent au plus haut degré le bullionisme et le
chrysohédonisme (l’accumulation de métal précieux) et ils exposent des « Requêtes
pour que l’or et l’argent ne sortent pas du royaume » (Ortiz, 1558).
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Ils, développent l’idée que le meilleur atout du royaume de France pour attirer
les métaux précieux est sa nombreuse population (Jean Bodin, Les six livres de la
République, 1576) et son grand territoire, devant lui donner des atouts agricoles
(Maximilien de Béthune, duc Sully et ministre d’Henri IV, n’affirmait-il pas : «
Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France). Toutefois, le
mercantilisme français est surtout caractérisé, à travers les écrits de Barthélémy de
Laffemas (Règlement pour dresser les manufactures du Royaume, 1597) et d’Antoine
de Montchrestien (Traité d’économie politique, 1615) par l’accent mis sur la nécessité
du développement de l’artisanat et de l’industrie à l’intérieur du royaume. Il faudra
attendre le ministre Jean Baptiste Colbert (Ministre le Louis XIV de 1661 à 1683)
pour que ces mesures soient systématiquement mises en application. Il met en place
une politique douanière, réglementaire et manufacturière et pose ainsi les bases de la
tradition interventionniste de l’Etat français.
Chapitre 3 : Le libéralisme
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Nous verrons dans une première section les premiers libéraux. Seront abordés
dans une seconde section les néoclassiques.
Nous étudierons les physiocrates français à travers physiocrates français d'une part
et les classiques britanniques d'autre part.
A. L’école physiocrate
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(industrielle) est stérile car elle ne dégage aucun produit net. En effet, elle transforme
les richesses (agricoles), mais n’en crée pas. Toutefois, les physiocrates estiment que
le secteur manufacturier est utile, puisqu’elle fournit à l’agriculture des biens de
production appelés « avances12 » et dont l’utilisation permet d’augmenter les
rendements. Il faut préciser par ailleurs que les avances étaient spécialement composé
de l'investissement et des dépenses (biens) intermédiaires permettant le progrès
agricole .Avec les physiocrates, la richesse devient matérielle contrairement aux
mercantilistes qui l'assimilent à une variable monétaire. L’erreur des physiocrates est
évidemment de limiter la définition de la richesse uniquement au produit agricole et de
considérer que seule l’activité agricole est productive.
Les physiocrates sont considérés comme les premiers libéraux car pour eux
l’Etat ne doit pas intervenir dans l’économie et qu’il doit respecter les lois physiques
qui la guident. Les intérêts individuels et surtout ceux des agriculteurs sont conformes
à l’intérêt général. En effet, Il faut respecter l’ordre naturel de l’économie et la
propriété privée. Libre-échangistes, les physiocrates s’opposèrent au protectionnisme
de Colbert. Les physiocrates furent les premiers libéraux qui ont prôné
l’enrichissement matériel et non monétaire. Ils ont créé le premier circuit économique.
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Adam Smith, qui est le père fondateur de l’économie libérale moderne, est aussi
un philosophe. Il considère que l’homme, loin d’être un loup pour l’homme, est un
être social qui recherche d’abord à se rendre sympathique et à faire approuver ses
comportements par ses proches. Dans ce cadre, un Etat fort et autoritaire n’est pas
nécessaire car il y’a peu de comportements asociaux à réfréner. Smith affirme que,
contrairement à ce que suggèrent les mercantilistes, la véritable richesse n’est pas l’or,
mais le produit que l’on peut consommer. La richesse provient donc de la production
matérielle. Le but de l’œuvre de Smith est de déterminer les moyens d’accroître cette
production afin d’enrichir la nation. Le premier moyen d’augmenter la production est
de diviser le travail. Par son célèbre exemple de la manufacture d’épingles, Smith
montre que la division du travail est le facteur principal de l’accroissement de la
productivité. Il énonce dans ce cadre que :
« Dans chaque art, la division du travail, aussi loin qu’elle peut y être portée,
donne lieu à un accroissement proportionnel dans la puissance productive du travail.
C’est cet avantage qui paraît avoir donné naissance à la séparation des divers
emplois et des métiers. »
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industries. Il est également possible d’acheter à l’extérieur ce qui y est moins cher.
Smith préconise alors le libre-échange et il comprend que celui-ci mène
inévitablement à la spécialisation internationale. Cette spécialisation internationale est
fortement souhaitable car elle permet d’optimiser les avantages de chaque nation. Par
conséquent chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les produits pour lesquels il est
le plus avantagé (ceux qui nécessitent le moins de temps de travail pour les produire)
et à abandonner la production des autres biens, recourant dès lors aux importations.
Cette théorie sera appelée plus tard « théorie des avantages absolus ». Smith croit au
nécessaire respect de l’ordre naturel. L’économie s’équilibre automatiquement, et
l’Etat ne doit pas intervenir dans son fonctionnement. Le rôle de cet Etat minimal se
limite à trois fonctions, deux régaliennes et une tutélaire. L’Etat doit protéger la
nation contre les autres nations (armée), il doit protéger les individus contre
l’injustice et l’oppression (justice et police), et il doit s’occuper des travaux
d’infrastructures nécessaires pour le développement économique et non rentables
pour le secteur privé (comme le creusement des canaux ou la construction de ponts).
13 L’aide aux pauvres par les paroisses y était une obligation alors qu’en France, à la même époque, elle était volontaire et considérée comme une bonne
action.
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pauvres qui fabriquent du blé. Malthus pense même que ces lois créent des pauvres en
encourageant la natalité. La loi de la population de Malthus rejette toute action sociale
de l’Etat, qu’il accuse de nuire à la régulation démographique. En l’absence d’obstacle
à sa croissance, la population suit une progression géométrique de raison 2 tous les 25
ans, tandis que la production suit une progression arithmétique de même raison. Il peut
donc se produire un appauvrissement de la population, au point de la menacer de
disette et d’empêcher le développement économique. Deux séries d’obstacles
permettent, par ailleurs, de limiter la croissance de la population : les obstacles
naturels et les obstacles artificiels. Les obstacles naturels sont les facteurs qui
permettent une autorégulation de la population. Si celle-ci croît trop fortement par
rapport aux ressources dont elle dispose, des famines, des épidémies liées à la sous-
alimentation et des guerres dues à la concurrence pour le sol se développent
obligatoirement. Cette situation provoque l’augmentation de la mortalité et la « misère
extrême ». Malthus énonce d’ailleurs dans ce cadre :
« Un homme qui est né dans un monde déjà possédé, s’il ne peut obtenir de ses
parents la subsistance qu’il peut justement leur demander, et si la société n’a pas
besoin de son travail, n’a aucun droit à réclamer la petite portion de nourriture et, en
fait, il est de trop au banquet de la nature.»
Pour ne pas arriver à la misère extrême, il faudrait mettre en place des obstacles
artificiels. Malthus refuse dans ce cadre la contraception qu’il considère comme un
vice, mais il conseille le recul de l’âge du mariage (lui-même ne s’est marié qu’à 38
ans) et la chasteté conjugale. Ces deux dernières solutions ne pouvant être imposées
autoritairement, il est nécessaire que les pauvres les adoptent volontairement en se
rendant compte que leur intérêt est de diminuer leur descendance. Pour cela, Malthus
croît à « l’utilité de la misère », et il préconise la suppression de toute charité en
faveur des pauvres, pour ne pas les encourager dans leur comportement nataliste. La
sélection naturelle et sociale est le plus sûr moyen d’enrayer l’augmentation rapide de
la population. Malthus n’a pas cependant pris en compte le fait que l’accroissement de
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la population pouvait ne pas perdurer. Il n’envisage pas non plus la possibilité que la
pression démographique soit un facteur d’augmentation de la demande et de la
production. Il a toutefois fortement marqué l’histoire de la pensée. Ses thèses sur la
sélection naturelle de la population en font l’un des pères du darwinisme. De plus, les
thèses néomalthusiennes, développées à propos des pays du tiers monde, puisent leur
source dans le malthusianisme, quoiqu’elles en soient bien différentes. Il s’agit en
effet d’interventions étatiques, donc contraires aux principes libéraux de Malthus, et
qui encouragent par ailleurs une contraception que ses principes moraux
condamnaient.
3. La théorie de la répartition et le libre-échangisme de
Ricardo
14 Ricardo reprend donc la « loi d’airain », déjà formulée par Turgot (1727-1781), qui affirme que le salaire du travailleur est celui qui
permet tout juste de le nourrir ainsi que sa famille. Ricardo explique un salaire inférieur est impossible, et qu’un salaire supérieur inciterait à la natalité
(il reprend la loi de Malthus), augmenterait à terme l’offre de travail et conduirait donc par la loi du marché à une baisse du salaire.
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(cette dernière ne donne pas lieu à un paiement de rente). En effet, la valeur des
marchandises provenait de la quantité de travail nécessaire pour les produire, le prix
du blé dépend de la quantité de travail mise en œuvre sur la terre la moins fertile. Les
autres terres vendent le blé ; c’est cet écart qui est à la base de la rente des
propriétaires fonciers. A partir de cette théorie de la répartition, Ricardo formule sa loi
des rendements décroissants. Pour faire face à l’accroissement de la demande induit
par l’augmentation de la population (loi sur la population de Malthus), il est nécessaire
de cultiver de nouvelles terres de moins en moins fertiles, dont le rendement est donc
décroissant. Les terres moins fertiles nécessitant plus de travail pour les cultiver, le
prix du blé augmente ainsi que, par voie de conséquence, les salaires, puisque l’achat
de blé est nécessaire à la subsistance. Il en résulte que la rente foncière versée aux
propriétaires fonciers s’accroit au détriment des profits, qui diminuent. Or le profit
étant la motivation principale de la production, celle-ci tend vers un état stationnaire,
c’està-dire la situation d’une économie sans croissance. La seule façon d’écarter le
spectre de l’état stationnaire est de stopper l’augmentation du prix du blé de façon à
stopper celle des salaires. Pour cela, il faudrait en importer et donc abolir les Corn
Laws (lois interdisant toute importation de blé de façon à protéger les agriculteurs
britanniques). Il faut préciser cependant que les Corn Laws ont été abolies en 1846,
c’est-à-dire 23 ans après la mort de Ricardo. Ricardo est favorable au libreéchange et
le justifie en effet par la loi des avantages comparatifs. Selon cette loi, quelque soit la
situation d’un pays, la spécialisation et l’échange international lui procurent un gain.
Les pays ont intérêt à se spécialiser dans les produits pour lesquels ils sont les plus
avantagés ou les moins désavantagés. Le commerce ne peut pas être source de
déséquilibres durables car la balance des comptes s’équilibre automatiquement. Un
déficit de celle-ci provoque, en effet, une sortie d’or, qui fait baisser les prix intérieurs
et rend donc le pays plus compétitif, d’où une augmentation des exportations et une
diminution des importations. Au contraire, un excédent provoque une entrée d’or, qui
fait augmenter les prix intérieurs et desserre donc la compétitivité.
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C’est au troisième tiers du XIXe siècle que le courant néoclassique est né. Cette
école a fondé une certaine conception microéconomique de l’économie. Les
principaux fondateurs de l’économie néoclassique sont le français Léon Walras (1834-
1910), le britannique William Stanley Jevons (1835-1882) et l’Autrichien Carl
Menger (1840-1921). Pour introduire les néoclassiques, il est nécessaire de présenter
une théorie charnière entre l’école classique et l’école néoclassique, la théorie du
Français Jean Baptiste Say (1767-1832). Malgré sa volonté de se présenter comme un
disciple de Smith et bien qu’il soit un contemporain des classiques, Say préfigure a
maints égards l’école néoclassique. Dans sa loi des débouchés, il explique que les
produits s’échangent contre les produits et que l’offre crée sa propre demande.
Puisque toute production se transforme en revenus qui eux-mêmes se transforment en
demande, la surproduction est impossible. Cette théorie annonce l’équilibre général
des néoclassiques et sera reprise par des théoriciens contemporains tels que les
théoriciens de l’offre. Say annonce aussi les néoclassiques par sa loi de la valeur.
Selon Say, la valeur des marchandises ne dépend pas de la quantité de travail
nécessaire pour les produire, mais de leur utilité, c'est-à-dire de la satisfaction qu’elles
procurent au consommateur. Il offre une nouvelle définition à la production. Il ne
limite plus la définition de la production à la création de biens matériels (comme le
faisait Smith), mais il considère que certaines activités de service sont productives.
B. L’équilibre général
Dans son livre « Eléments d’économie politique pure », Léon Walras explique
que si les conditions de la concurrence pure et parfaite sont réunies, c'est-à-dire si
l’ordre naturel est respecté, l’économie se maintient automatiquement en équilibre.
Les caractéristiques de cet équilibre sont exposées par Walras puis par Vilfredo
Pareto (1848-1923) dans son « Manuel d’économie politique ».
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1. La rationalité néoclassique
Pour que les conditions de la concurrence pure et parfaite soient réunies, il est
nécessaire qu’il ait une atomicité du marché, une homogénéité des produits, une
fluidité du marché et une transparence de l’information. Par hypothèse, les agents
économiques sont les « homoeconomicus », c'est-à-dire des êtres rationnels qui
cherchent à maximiser leurs profits s’ils sont producteurs et à maximiser leurs
satisfactions et minimiser leur travail s’ils sont consommateurs.
Capables de décider en connaissance de cause, ils peuvent donc prévoir les
conséquences de chacune de leurs décisions. Pour l’individu la rationalité suppose des
lors une conscience objective de son intérêt et une capacité à juger et à anticiper
parfaitement.
Remarque : On peut noter que Herber Simon (né en 1916 ; prix Nobel d’économie en
1978), dans « Les Organisations » (1958), mettra en cause cette rationalité parfaite
de l’agent économique. Il considère que la rationalité est limitée car, dans la réalité
économique les individus ne cherchent pas la solution optimale, mais s’arrêtent
consciemment ou non à la première solution satisfaisante qu’ils découvrent.
Sur chacun des trois marchés principaux (le marché des biens et des services, le
marché du travail et le marché du capital) se confrontent une offre et une demande qui
sont le résultat de l’agrégation des demandes et des offres individuelles. Sur chaque
marché l’offre est une fonction croissante du prix et la demande en est une fonction
décroissante. La libre variation des prix permet d’assurer l’équilibre. Si une
modification intervient sur l’un de ces marchés, elle se répercute immédiatement sur
les autres marchés, qui compensent la variation de façon à maintenir l’équilibre. La
fixation des prix s’effectue par tâtonnement. A l’image de l’intervention du
commissaire–priseur lors d’une vente aux enchères, des ajustements successifs
permettent de fixer un prix d’équilibre, égalisant la quantité offerte et la quantité
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demandée sur chaque marché. L’équilibre général est atteint. Un déséquilibre ne peut
être que ponctuel. La loi de Walras stipule que la demande totale est forcément égale à
l’offre globale. Grace à la flexibilité des prix, l’économie est en équilibre général.
Ainsi, il ne peut y avoir de crise de surproduction, toute l’épargne est forcément
investie et il ne peut y avoir de chômage, sauf s’il est volontaire. Pigou énonce
d’ailleurs dans ce cadre que :
Les néoclassiques sont des utilitaristes dans le sens où ils considèrent que les
actions des individus sont motivées par la recherche de leur intérêt personnel. Pour
déterminer les motivations des individus, les néoclassiques utilisent une méthode de
raisonnement marginaliste. L’idée est que les agents économiques rationnels ne
raisonnent pas sur des quantités globales mais sur des quantités additionnelles. Les
néoclassiques proposent donc une analyse de l’économie basée sur les comportements
des agents économiques.
15 L’existence de déséquilibres plus ou moins durables met en cause les principes de l’analyse néoclassique. C’est la raison pour laquelle Keynes
proposera une nouvelle conception de l’économie.
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Keynes et les keynésiens s’opposent à la théorie libérale car ils considèrent que
les déséquilibres sont possibles et que l’Etat doit intervenir dans l’économie pour la
réguler. Keynes a fondé une « théorie de la demande » car il affirme, contrairement à
Say, que c’est l’offre qui procède de la demande et non l’inverse.
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Les salariés sont victimes de l’illusion monétaire et ils n’ajustent pas leur
comportement au salaire réel (comme le stipulent les classiques), mais au
salaire nominal.
L’argument principal de Keynes est que le niveau des salaires réels ne résulte
pas du marché du travail, mais provient du niveau de l’emploi, qui lui-même
résulte de la demande effective.
B. La demande effective
16 Keynes emploie le terme « classique » pour désigner les néoclassiques.
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La politique principale sur laquelle Keynes met l’accent est la politique monétaire. Il
faut créer de la monnaie afin de faire baisser les taux d’intérêt. Non seulement cette
politique encourage l’investissement mais elle n’est pas préjudiciables à l’épargne, qui
ne dépend pas du taux d’intérêt, mais du revenu, qui lui-même dépend en partie de
17 En effet, « la loi psychologique fondamentale » de Keynes montre que toute augmentation du revenu provoque une augmentation plus faible de la
consommation car une part de l’augmentation du revenu sera destinée à l’épargne. Par conséquent, il est nécessaire que l’investissement augmente de
façon à combler l’écart grandissant entre l’offre globale et la dépense de consommation.
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l’investissement18. Keynes reprend le multiplicateur qui avait déjà été présenté par
Richard Kahn en 1931 et montre qu’un investissement supplémentaire a un effet
multiplicateur sur la production et sur l’emploi19. L’intervention de l’Etat pour
favoriser l’investissement est donc d’autant plus efficace que la propension marginale
à consommer est élevée21. Par conséquent, une politique favorisant la consommation
peut-être favorable au plein-emploi. Keynes ne considère pas que la crise soit
essentiellement une crise de sous-consommation. Il pense en revanche que pour lutter
contre le chômage, la sagesse impose de progresser dans toutes les directions et donc
de favoriser l’investissement et la propension à consommer. Pour cela, il faut mettre
en œuvre une politique de redistribution qui permettrait d’augmenter la propension à
consommer et donc la demande effective. Keynes ne rejette pas totalement le
capitalisme ; il affirme même que l’individualisme est « le plus puissant facteur
d’amélioration du futur ». Le chômage risque de conduire à des régimes totalitaires ;
la survie du capitalisme nécessite donc que l’Etat soit en mesure d’assurer le plein-
emploi. Pour étayer sa pensée, Keynes précise que : « Les deux vices marquants du
monde économique où nous vivons sont le premier que le plein-emploi n’y est pas
assuré, le second que la répartition de la fortune et du revenu y est arbitraire et
manque d’équité. »
A. Le keynésianisme
18 L’intérêt ne rémunère aucun sacrifice véritable ; le détenteur du capital obtient un intérêt car le capital est rare, mais il n’existe aucune
raison intrinsèque qui justifie cette rareté. Keynes préconise « l’euthanasie du rentier et du capitaliste oisif ». Il rend hommage au bon sens de l’Eglise
et des autorités politiques qui interdisaient l’usure dans l’Antiquité et jusqu’au Moyen-âge. Une politique de taux d’intérêt faible est donc toujours
recommandée tant que le plein-emploi n’est pas atteint.
19 En effet, une augmentation de l’investissement entraine un accroissement de la production, qui occasionne une augmentation du revenu,
donc une augmentation de la consommation qui, accroissant la demande, augmente la production puis le revenu. 21 Cette intervention a toutefois des
limites :
le mode de financement de cette politique peut réduire les autres investissements (un accroissement de l’impôt, par
exemple) ; l’intervention de l’Etat peut entrainer une défiance en l’avenir, accroissant la préférence pour la liquidité ; dans
20 De nombreux économistes ont travaillé sur la théorie keynésienne. Les prolongements théoriques de l’œuvre de Keynes sont donc
importants et divers. Les quatre principaux courants qui revendiquent l’héritage de Keynes sont : le keynésianisme, la nouvelle économie keynésienne,
la théorie du déséquilibre et la théorie postkeynésienne.
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Support de cours | Histoire de la Pensée Economique |Licence 2 de Sciences Economiques et de Gestion | Université Gaston Berger de Saint-Louis
C. La théorie du déséquilibre
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oligopolistiques. Cette situation crée une rigidité des prix à la baisse. Selon
Malinvaud, la raison principale de la rigidité réside dans le coût des transactions
(collecte de l’information, perte de temps, coût de l’adaptation). L’obéissance à la loi
du marché nécessiterait de multiples et fréquents changements de fournisseurs, ce qui
alourdirait énormément les coûts de transaction. La demande est donc relativement
inélastique par rapport aux prix, et les offreurs sont moins incités à les faire varier. Les
prix étant rigides, ils ne permettent pas l’égalisation de l’offre et de la demande. En
cas de déséquilibre entre l’offre et la demande, l’ajustement se réalise par les
quantités. Il s’effectue au « côté court du marché ». Les différents déséquilibres
engendrent différents phénomènes parmi lesquels le chômage keynésien, le chômage
classique et l’inflation continue21.
D. La théorie postkeynésienne
21 En effet, le chômage keynésien est dû à une trop faible demande de biens et services, le chômage classique est engendré par des salaires
trop élevés et l’inflation continue est due au fait que malgré leurs débouchés, les entreprises ne peuvent produire plus et répondre à la demande à cause
d’une situation de plein-emploi.
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