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Animagus

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claryTea

Animagus
Table des matières
chapitre I
l’Amortencia

chapitre II
Un jeu dangereux

chapitre III
Excursion dans la Réserve

chapitre IV
Premier faux pas

chapitre V
Dans le repaire des serpents

chapitre VI
Le collier d’Opales

chapitre VII
La main dans le sac
chapitre VIII
Pris au piège

chapitre IX
Les souvenirs de Rogue

chapitre X
Impardonnable

chapitre XI
La soirée de Slughorn

chapitre XII
Choix
chapitre XIII
Le masque brisé

chapitre XIV
Le Manoir Malfoy

chapitre XV
Gryffondor

chapitre XVI
Serpentard
chapitre XVII
Une nuit glaciale

chapitre XVIII
Draco fait les courses

chapitre XIX
Réveillon au Chemin de Traverse

chapitre XX
Faire part

chapitre XXI
Cauchemars

chapitre XXII
Échéance

chapitre XXIII
Pas dans le même camp

chapitre XXIV
Bataille à Poudlard

chapitre XXV
Rendez-vous à l’aube
chapitre XXVI
Négociations

chapitre XXVII
Chaudron et potions

chapitre XXVIII
Le prince de Sang-Mêmé

chapitre XXIX
Éclatement

chapitre XXX
Au cœur du manoir

chapitre XXXI
Draco Malfoy

chapitre XXXII
Hum Hum

chapitre XXXIII
Beaux-parents

chapitre XXXIV
La pierre de résurrection
chapitre XXXV
Face à face

chapitre XXXVI
Heureux à King’s Cross
chapitre I : l’Amortencia

Quelque chose n’allait pas avec le parfum de cette potion. Assis au premier rang
entre Ron et Hermione, Harry fixait un des chaudrons posés sur le bureau du
professeur Slughorn, celui dont la surface nacrée laissait s’échapper des spirales de
vapeur.
- Hermione, rappelle-moi que fait cette potion, murmura-t-il en se penchant vers
elle.
Elle reposa sa plume, scandalisée.
- J’ai répondu à cette question tout à l’heure.
- Dis-moi juste pourquoi elle a ce parfum.
- Elle a répondu à ça aussi, tu sais, dit Ron avec un sourire en coin. C’est
l’Amortencia, un philtre d’amour, l’odeur est faite pour attirer donc elle change en
fonction de qui la sent.
Le parfum qui l’entourait mêlait le bois de balais à l’odeur qui régnait dans le Terrier
et au feu de bois de leur Salle Commune. Mais il y avait une autre chose, quelque
chose de très différent, et surtout quelque chose qui n’aurait jamais dû être là. Il pressa
une main dans ses cheveux. L’air chargé par les potions était étouffant tout à coup.
Sous l’ordre du professeur, les élèves se dirigèrent vers les ingrédients stockés dans

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une armoire au fond de la salle. Un coup d’œil vers Ron qui allumait un feu sous leurs
chaudrons et Harry se leva avec Hermione. Alors qu’ils attendaient que les élèves
encombrant l’allée retournent à leurs places, ils se rendit compte qu’elle le fixait.
- Qu’est-ce que tu as senti dans l’Amortencia, Harry ?
- Oui, qu’est-ce que tu as senti Potter ?
Il s’était tendu pour ne pas sursauter mais ça n’avait pas suffi. Malfoy c’était glissé
derrière eux. Lorsqu’il les bouscula en ricanant pour atteindre l’armoire, Harry capta
un bref parfum, identique à celui qu’il avait perçu dans l’Amortencia.
- Rien, marmonna-t-il.

- Harry ?
Les flammes de la cheminée dansaient devant ses yeux, brûlant son visage et ses
mains glacées. Le bois crépitait à ses oreilles. Il ne se souvenait pas de quand ça avait
commencé, c’était comme si ce sentiment avait toujours été là, tapis dans l’ombre à
attendre que Malfoy soit proche pour surgir. Jusqu’ici il s’était contenté de l’ignorer.
Une fois leurs altercations passées, le temps suffisait pour que la sensation se dissipe.
Pourtant le cours de potion était fini depuis longtemps et il la sentait encore ramper
sous sa peau.
L’Amortentia avait rendu ça trop réel.
- Harry ?
Il était Harry Potter, le Survivant, celui que la prophétie condamnait à tuer
Voldemort ou à périr de sa main, il ne pouvait pas ressentir autre chose que de la
haine pour le fils d’un Mangemort.
Il revit nettement Malfoy dénigrant Ron devant le reste des premières années,
traitant Hermione de Sang-de-Bourbe, se réjouissant de la mise à mort de Buck
devant la cabane de Hagrid et arborant avec fierté le badge de la brigade inquisitoriale
d’Ombrage.

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Puis d’autres souvenirs se frayèrent un chemin. Le père de Malfoy, son regard glacial
lorsqu’il avait vu les parents d’Hermione chez Fleury et Bott, ses critiques ouvertes
face à Arthur Weasley et sa famille, et les mains mutilées de Dobby.
Un coup de coude le reconnecta au présent et un brouhaha de conversations et de
rires remplaça les crépitements de la cheminée. Hermione avait marqué sa page de ses
doigts.
- Tu es bizarre aujourd’hui.
- Je réfléchissais… Ça va vous paraître bizarre, mais vous pensez pas que Malfoy ne
serait pas comme ça si sa famille avait été différente ?
- Malfoy n’est plus un enfant. Regarde Sirius, il a eu le même genre d’enfance. Peu
importe comment on a été enlevé, il y a un moment où on devient responsable de nos
actes.
Harry acquiesça et frotta ses mains pour les réchauffer. Sirius avait pu échapper à
l’emprise de sa famille, mais Sirius avait eu son père, c’était chez les parents de James
qu’il s’était réfugié après sa chute. Draco avait ses « amis » de Serpentards et le choix
s’arrêtait là.
Ses pensées prenaient un chemin dangereux. Il sortit son manuel de potions en
espérant que les commentaires du Prince de Sang-Mêlé griffonnés autour des recettes
le distrairaient mais rien n’y fit. Puis un éclair illumina la salle commune et un coup
de tonnerre explosa si près d’eux que les vitres tremblèrent. Une seconde plus tard,
une pluie battante s’abattait contre les fenêtres.
Harry referma son manuel d’un geste lent.
L’orage, c’était le dernier ingrédient manquant. Il serra le manuel de potions puis se
leva, oubliant l’Amortentia pour la première fois de la journée. Si il n’agissait pas vite,
il n’aurait peut-être pas d’autres occasions avant un moment.
- Je monte me coucher.
- Déjà ? demanda Ron. On n’a pas encore mangé.

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- Je n’ai pas faim. À demain.
D’un coup de baguette, Harry verrouilla la porte du dortoir et d’un autre, il tira sa
valise de sous son lit et sortit la boîte enveloppée dans un vieux t-shirt qu’il avait
cachée tout au fond. Si tout avait fonctionné correctement, la fiole à l’intérieur devait
avoir viré au rouge. Il souffla et souleva le couvercle. Dedans, le récipient de cristal
semblait rempli de sang.
Une vague de fierté, d’excitation et de peur l’envahit. La clé était de ne plus réfléchir.
Il leva sa baguette, l’extrémité pointée sur son cœur et incanta :
- Amato Animo Animato Animagus.
Puis il avala la potion d’une traite.
Une vive douleur irradia dans sa gorge, son estomac et continua de se répandre
jusqu’à tordre chacun de ses muscles. Son cœur cognait si fort qu’il eut peur de le
sentir s’arrêter. C’était la partie contre laquelle tous les livres mettaient en garde, celle
où il devait maîtriser les violentes émotions et sensations qui le déchiraient.
Pendant une éternité, il se concentra uniquement sur sa respiration.
Enfin, la souffrance commença à refluer, le laissant étendu sur le parquet. Des
poussières dansaient dans la pénombre devant lui. Les muscles encore tremblants, il se
concentra sur son souffle. Son corps répondait de façon étrange. Se relever fut un
véritable toue d’équilibriste, mais enfin, il parvint à approcher d’une fenêtre. Sur le
verre balayé par la pluie, il croisa le regard d’un chat.
Il avait réussi.
L’épuisement remplaça la joie qu’il attendait. Après plusieurs tentatives pour
retrouver sa forme humaine, il s’effondra sur son lit et déverrouilla la porte. De la
salle commune d’un coup de baguette. Son bras pesait une tonne.
Sa forme Animagus était un chat. À côté du gigantesque chien de Sirius et du
majestueux cerf de son père c’était… décevant.
D’un autre côté un chat se faufilait partout. Si Voldemort avait bien confié une

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mission à Malfoy, c’était sa chance de le découvrir. Bien sûr sa forme féline était
beaucoup plus vulnérable, mais qui se souciait d’un chat errant ? Tant qu’il ne
s’approchait pas trop près des Serpentards tout irait bien. Ce n’était pas un plan plus
risqué que d’habitude.
Ignorant la petite voix lui soufflant que ses « plans habituels » l’avait conduit plus
d’une fois entre les mains de Voldemort, Harry attrapa sa carte du Maraudeur à la
recherche du nom de Malfoy.

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Chapitre II : Un jeu dangereux

À chaque repas et à chaque pause entre deux cours, Harry étudiait la carte du

Maraudeur. Il était installé devant un copieux dîner à la table des Gryffondors quand
le nom de Malfoy se perdit dans les étages.
- J’ai oublié quelque chose, dit-il en se levant. Je vous retrouve tout à l’heure.
Il approchait du septième étage lorsque le nom de Malfoy disparut. Ceux de Vincent
Crabbe et Gregory Goyle flottaient toujours près de la tapisserie représentant
Barnabas le Follet et sa tentative d’apprendre la danse classique à des trolls. La Salle
sur Demande, voilà où Malfoy disparaissait !
En tant qu’Harry Potter, se faufiler à l’intérieur en même temps que lui était
impossible, même avec sa cape d’invisibilité il risquait de le frôler, mais le chat
n’aurait aucun mal à s’infiltrer.
Le lendemain soir, devant la tapisserie, Crabbe et Goyle s’arrêtèrent pour prendre
une potion. Alors qu’un chat noir se faufilait entre eux, leurs corps se déformèrent
pour prendre l’apparence de deux fillettes de premières années.
La Salle sur Demande ressemblait à un immense labyrinthe où s’entassaient des
objets ayant traversé les époques. Une cage à hibou posée comme un casque sur la tête

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d’un statue, des peintures, de vieux meubles… Mafloy s’engagea dans les allées d’un
pas assuré, tournant plusieurs fois jusqu’à atteindre une armoire en bois massif. Harry
se cacha sous une chaise branlante posée non loin. De là, il voyait Malfoy qui s’était
assis au sol et sortait une pile de livres de son sac. De temps en temps, il récitait une
incantation puis la répétait sur l’armoire. Plusieurs fois il ouvrit les portes comme s’il
s’attendait à trouver quelque chose à l’intérieur.

Les jours qui suivirent, Harry eut l’impression de revivre la même scène en boucle
au point qu’il finit pas somnoler. Un craquement le réveilla en sursaut, les oreilles
dressées et le museau à quelques centimètres d’une chaussure de cuir.
Il reculait de sous sa chaise quand Malfoy poussa un cri de frustration. Un sort
explosa contre une pile d’objets, brisant une cloche de verre et faisant pleuvoir
d’étranges pièces métalliques dans un vacarme épouvantable.
Aplati au sol, Harry décida qu’il lui fallait une meilleure cachette. En haut d’une pile
d’objets par exemple. Un vieux tapis rose décoré d’une tête réduite ferait un poste
d’observation parfait. En tentant d’escalader jusque là, un œil sur Malfoy au cas où il
se retournerait, il ne vit pas qu’il avait posé la patte sur une poêle avant que celle-ci
commence à glisser.
Son flanc heurta quelque chose de dur un mètre plus bas et il passa au travers des
objets, de nouveaux chocs ralentissant sa chute, un dans son abdomen vidant ses
poumons. Enfin, il s’immobilisa, empêtré dans la montagne comme un insecte dans
une toile d’araignée.
Est-ce que Malfoy l’avait vu ?
Il avait mal, son corps semblait pris dans un étau. En se débattant, il ne parvint qu’à
s’enfoncer un peu plus et un morceau de bois glissa, écrasant sa cage thoracique
jusqu’à ce qu’il ne puisse plus reprendre d’air. Sa seule chance de s’extirper était sa

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forme humaine, mais Malfoy était là.
Ses griffes rayèrent le bois, décrochant des copeaux. Des étoiles vinrent danser
devant ses yeux, puis un rayon de lumière se déposa sur sa patte. Une main descendait
vers lui et se referma sur son cou pour l’arracher de sa prison. En équilibre sur le
flanc de la montagne, Malfoy le leva devant son visage. Paralysé par sa prise, Harry
soutint son regard.
- Tu es encore là toi ?
Un frisson le parcourut. Malfoy l’avait repéré ? Depuis combien de temps ?
- Si tu étais abandonné, tu aurais pu venir me voir directement au lieu de me
tourner autour, dit-il en le prenant dans ses bras. Et les chats sont supposés être
agiles, au cas où tu n’aurais pas eu l’information.
Lorsqu’il le reposa sur le sol avec une tape sur la tête, Harry retint son envie de
planter ses griffes dans sa jambe. Malfoy attrapa un vieux gantelet qu’il transforma en
bol et s’agenouilla devant lui en le remplissant d’eau.
- C’est tout ce que tu auras aujourd’hui, dit-il en le poussant vers lui.
Harry l’observa à la surface de l’eau. Malfoy regardait les livres posés près de
l’armoire et si un regard pouvait brûler, ils auraient été incendiés depuis longtemps.
- Ces travaux ne valent rien, la seule façon d’obtenir une information serait de
fouiller la Réserve.
Harry l’avait déjà vu en colère, moqueur, provocateur, mais c’était la première fois
qu’il se montrait… inquiet ?
Il plongea sa patte dans l’eau et lui envoya les gouttes à la figure. Malfoy attrapa
aussitôt le bol, mais Harry eut le temps de placer un dernier coup qui en renversa la
moitié sur son pantalon, le faisant bondir sur ses pieds en pestant. Harry sauta en
arrière et tapa la main qu’il tendait vers lui d’un air de défi.
- Pour un chat qui a failli mourir écrasé, je te trouve bien ingrat.
Malgré tous ses réflexes il termina coincé au pied d’une pile. Lorsque Malfoy tendit

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la main vers son museau, il montra les crocs et recula la tête. Malfoy laissa retomber
sa main et s’assit à côté de lui. Il semblait de nouveau abattu.
Après une longue minute à tenter de se convaincre que ça ne le concernait pas,
Harry se résigna à approcher un peu, franchissant la ligne de sécurité qu’il avait mise
entre lui et le Serpentard. Celui-ci le souleva machinalement, le posant sur ses genoux.
Harry ne bougea pas, le regard vissé sur un point devant lui.
- Tout va bien, fit Malfoy en lui grattant la tête.
Lui non plus ne bougeait pas, comme s’il attendait qu’il se calme.
- Je pensais que tu t’étais perdu, mais je commence à croire qu’on t’a abandonné ici.
Tu n’as pas à avoir peur de moi.
Sous cette forme fragile, privé de sa magie et avec son identité risquant d’être
révélée à tout moment, Harry avait pas mal d’objections. Au bout d’un moment, les
caresses s’interrompirent. Il sentait le stress qui émanait de Malfoy monter crescendo.
- Il n’y a que dans la Réserve que je trouverai quelque chose.
S’introduire dans la Réserve sans cape d’invisibilité et sans carte du Maraudeur ?
Avec ce genre de mission suicide, il avait toutes les chances de se faire prendre.
Après un long débat intérieur, il décida de l’accompagner. Pas pour l’aider, mais
peut-être qu’ainsi il comprendrait enfin la soudaine fascination de Malfoy pour les
vieux meubles de rangement.

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Chapitre III : Excursion dans la Réserve

Assis devant sa soupe, Harry jetait régulièrement des coups d’œil à la table des
Serpentards de temps à autre. Malfoy tournait sa fourchette sans appétit, sans doute
parce qu’il réfléchissait à sa future expédition à la Réserve.
- Qu’est-ce que tu regardes ? demanda Hermione.
- Rien.
Elle haussa les sourcils puis changea du sujet.
- Tu viens avec nous à la bibliothèque ce soir ou tu es encore trop occupé ?
Celle-là il l’avait mérité. Ces derniers temps, il passait quasiment toutes ses soirées
dans la Salle sur Demande au détriment de ses amis… de ses devoirs aussi.
- Je viens avec vous.

La bibliothèque était calme, occupée principalement par des groupes d’élèves de


dernières années. Harry choisit une table avec une bonne vue sur l’entrée et sortit sa
plume et un parchemin. L’infiltration dans la Réserve n’était pas pour tout de suite, ça
lui laissait le temps de rattraper le retard accumulé.

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Un groupe de Serpentards ne tarda pas à s’installer à la table voisine. Malfoy était
parmi eux et leva les yeux au ciel en voyant Crabbe et Goyle se lancer dans une partie
de bataille explosive. Harry dut les fixer une seconde de trop, car un regard gris croisa
le siens. Il eut droit à un sourire narquois.
Le Malfoy de la veille avait disparu, évidemment. Agacé, Harry replongea dans son
devoir de botanique. De temps à autre, il vérifiait ce que faisait Malfoy, lui aussi
plongé dans ses livres et après avoir croisé son regard pour la troisième fois, il
s’interdit de relever la tête.
Crabbe et Goyle quittèrent la bibliothèque à la tombée de la nuit, bientôt suivis par
des petits groupes d’élèves qui discutaient à voix basse.
- Terminé ! dit Ron en s’étirant.
Hermione récupéra le parchemin et le parcourut. Chaque fois qu’elle fronçait les
sourcils, Ron l’imitait sans s’en rendre compte et Harry dut se détourner pour ne pas
rire.
- Alors ? C’est bien ? murmura Ron.
- La conclusion aurait pu être mieux développée, mais oui, répondit Hermione en
roulant le parchemin. J’ai terminé aussi.
- Tu veux que je te relise ?
Cette fois, ce fut au tour d’Hermione d’attendre qu’il juge son travail.
- Et tu oses me dire que j’ai bâclé la conclusion ?
- Quoi ? dit-elle en tentant de prendre la feuille que Ron maintenait hors de portée.
- Je plaisantais, on y va ?
Harry désigna la dissertation.
- Je vais terminer ça, j’ai pris pas mal de retard.
Ni Ron ni Hermione ne fit de commentaire et il leur fut reconnaissant. Avec une
pointe de culpabilité. Il leur souhaita une bonne soirée et les suivit du regard jusqu’à
ce qu’ils disparaissent à l’entrée de la bibliothèque, tombant sans le vouloir sur Malfoy

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qui travaillait encore à côté de Blaise Zabini.
À partir de là, sa concentration se volatilisa, son cerveau revenant sans cesse à la
potion de Slughorn et son parfum. Après avoir relu la même phrase une trentième
fois, il abandonna sa plume pour chercher le rayon consacré aux potions, plus
précisément la partie réservée aux envoûtements. Dans un des livres, il dénicha un
chapitre consacré à l’Amortencia. Selon l’auteur, il s’agissait du plus puissant philtre
d’amour à ce jour et la fragrance qu’elle dégageait avait pour but d’attirer celui qui la
sentait.
Pour but d’attirer… ? Elle essayait de l’attirer avec… Malfoy ? Ce n’était pourtant pas
la seule personne pour qui il ait ressenti quelque chose, pourquoi pas Cho ?! Tout
aurait été beaucoup plus simple si ça avait juste été Cho.
- Elle te fascine cette potion, Potter.
Harry claqua le livre et l’enfonça dans l’étagère d’un geste sec pour cacher le léger
tremblement de sa main. Pourquoi fallait-il toujours qu’il le prenne par surprise ?!
- Qu’est-ce que tu veux, Malfoy ?
- Savoir ce qui t’intrigue autant. Ou peut-être que je devrais te demander de qui tu
as reconnu le parfum ?
Le sourire de Malfoy s’agrandit.
- De qui il s’agit pour que tu n’en parles pas à la belette et à la Sang-de-Bourbe ?
L’envie de lui coller son poing entre les deux yeux se fit soudain très forte.
- Tu te crois intelligent, je suppose ?
- Assez pour noter qu’au lieu d’en parler à tes potes, tu viens fouiner dans de vieux
bouquins juste avant la fermeture de la bibliothèque.
- Je faisais des recherches pour un devoir, dit-il en tentant de le contourner.
Malfoy fit un pas en arrière et posa la main contre l’étagère pour lui barrer le
passage.
- Un devoir sur un cours qui remonte à plusieurs semaines ?

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Ses mensonges n’étaient peut-être pas très convaincants, mais Malfoy ne pouvait pas
deviner que c’était son parfum qu’il sentait. Enfin il l’espérait. Il préférait encore
affronter un autre Basilic plutôt que ça.
Si Malfoy l’apprenait…
Il frissonna et força le passage pour retourner à sa table.
- Ne me dis pas que tu comptes le cacher pour toujours ? poursuivit-il avec une
fausse compassion. Ça doit être fatiguant pour toi. Et puis je suis sûr que beaucoup de
monde serait intéressé par l’information, la vie du grand Harry Potter est si
passionnante après tout.
Harry l’ignora, mais ramassa ses affaires. De tout façon, Madame Pince n’allait pas
tarder à annoncer la fermeture de la bibliothèque. À la lueur vacillante des torches,
Harry longea le couloir à la recherche de la tapisserie qui dissimulait un passage
secret. Celui-ci était suffisamment bien placé pour qu’il voit les silhouettes de Malfoy
et Blaise Zabini sortir à leur tour. Seul Zabini prit le chemin des cachots.
Sa carte du Maraudeur lui aurait permis de savoir où se trouvait Malfoy, mais le
froissement du papier aurait attiré l’attention. Madame Pince finit par passer devant
sa tapisserie. Harry se retransforma en chat et s’assit sur les marches de pierre, à
l’affût du moindre bruit.
Il retrouva Malfoy au moment où celui-ci franchissait le cordon qui les séparait de la
Réserve, la baguette pointée vers les rayonnages interdits.
- Lumos.
La lueur fit briller le dos des livres et Harry le suivit comme son ombre, tentant de
déchiffrer les titres de ceux qu’il prenait. Les bouts de mots qu’il déchiffrait gravitaient
tous autour d’anciens artefacts magiques. L’armoire devait en être un, mais quel était
son effet et pourquoi se donner tant de mal pour la faire fonctionner ?
Il tentait de lire un nouveau titre quand ses oreilles pivotèrent. Des pas se
rapprochaient. Le temps qu’il repasse sous le cordon, il n’entendait plus rien. Harry

24
reprit forme humaine à la hâte et étala la carte du Maraudeur sur la table la plus
proche.
- Je jure solennellement que mes intention sont mauvaises, murmura-t-il.
La carte s’anima sous sa baguette, mais les couloirs d’encres tracés autour de la
bibliothèque étaient vides. Seul le nom de Rusard se baladait un peu plus loin et
quelque chose clochait. Impossible qu’il ait entendu à cette distance.
- Monsieur Potter.
Harry ne bougea pas, fixant le parchemin comme s’il l’avait trahi. Dans le seul
endroit qu’il n’avait pas vérifié flottait l’étiquette « Severus Rogue », masqué par un
morceau de son propre nom.
- Depuis combien de temps êtes-vous un Animagus non déclaré ?

25
Chapitre IV : Premier faux pas

Une sueur froide roula dans son dos. Il pensait que Rogue venait de le surprendre,
pas qu’il avait assisté à toute la scène. Même Ron et Hermione ne connaissaient pas
son secret. Comme il ne répondait pas, Rogue désigna la carte.
- Donnez-moi ça, Potter.
- Ce n’est qu’un morceau de parchemin.
- Lupin n’est plus là pour couvrir vos mensonges. D’ailleurs je suis certain que le
ministère sera ravi d’apprendre votre nouvelle… initiative.
Malfoy avait forcément entendu leurs voix. Harry jeta un coup d’œil vers la Réserve
et pâlit en croisant un regard gris qui disparut aussitôt dans la pénombre.
Qu’est-ce que Malfoy avait entendu ? Qu’il était un Animagus ? Il l’avait sorti de la
montagne d’objets, l’avait pris contre lui, lui avait caressé la tête, et lui-même avait
tenté de le réconforter… Si Malfoy avait compris qu’il jouait au chat…
Rogue le contourna. Harry tenta de retenir la carte mais il arracha des mains. Sur le
morceau qui lui faisait face, Harry vit le nom de Malfoy qui s’était retranché au fond
de la Réserve. Hors de question qu’on les confronte ensembles.
- Commencez par me dire ce que vous faites ici en pleine nuit.

27
- J’ai oublié mon manuel.
- Dans la Réserve ? Votre autre forme vous aura empêché de voir que vous exploriez
une zone interdite.
Il se fichait de lui, alors Harry répondit sur le même ton.
- Je ne faisais que chercher mon manuel, monsieur.
Voyant qu’il fixait le dos de la carte, Rogue la retourna. D’un geste vif, Harry lança :
« Méfaits accomplis ! » et l’intrusion de la legilimancie le prit par surprise. Dans le
défilé de souvenirs, le nom de Malfoy sur la carte et son sourire fatigué lorsqu’ils se
trouvaient dans la Salle sur Demande ressortirent nettement. Il ne s’était jamais senti
aussi mal à l’aise de sa vie, mais malgré ses joues brûlantes, il ne détourna pas le
regard.
- Intéressant.
Rogue pivota vers la Réserve dans un mouvement de cape.
- Il n’est pas ici, répliqua Harry en agrippant la table derrière lui. Je voulais le
coincer mais il n’était pas là.
- Vraiment ?
- Pourquoi je mentirais, ce n’est pas comme si j’allais le couvrir.
Rogue agita la carte du Maraudeur.
- Je vais conserver ceci. Voire le détruire, nous ne voudrions pas donner aux élèves
de votre genre plus de moyens pour violer le règlement.
Harry regarda la carte disparaître dans les replis de sa cape. Il ne pouvait perdre sa
précieuse carte et le secret sur sa forme Animagus en une seule nuit, pas aussi
bêtement.
- Si vous tenez à fouiller la Réserve, je peux retourner seul à ma tour.
- Je ne tiens pas à ce que vous vous baladiez plus longtemps dans les couloirs du
château. Sortez.
Il obéit. Une fois suffisamment loin de Malfoy et de la bibliothèque, Harry s’arrêta

28
net et l’ombre de Rogue derrière lui fit de même.
- Ne détruisez pas la carte. C’est une héritage de Sirius et de mon père.
- Pourquoi cela ne me surprend pas, répondit-il d’un ton froid en le contournant.
- J’y tiens, s’exclama-t-il.
- Pour la même raison qui a poussé votre père et ses petits amis à la créer, parce
qu’elle vous permet de contourner un règlement qui a été mis en place pour sécurité.
Pourquoi croyez-vous que les Animagi non déclarés sont illégaux ?
- Parce que le ministère veut avoir la main sur tout ?
Les ombres des torches devaient lui jouer des tours, parce que Harry crut voir
l’esquisse d’un sourire.
- Parce qu’il s’agit d’un processus extrêmement dangereux qui aurait pu vous coûter
la vie.
- Dans ce cas gardez la carte. Je quitte Poudlard dans deux ans, je la récupérerais à
ce moment.
Rogue sembla la jauger, ce qui était une première, d’habitude les conversations avec
lui donnaient l’impression de s’adresser à un mur.
- Répondez et je reconsidérerais. Que trame monsieur Malfoy ?
- Comment je le saurais ?
- Vous saviez qu’il se rendait à la Réserve ce soir, ne jouez pas au plus stupide avec
moi, Potter. Je commence à croire que vous ne tenez pas à cette carte.
- Très bien ! J’ai essayé de savoir, c’est vrai. Son père est un Mangemort et Malfoy
aurait très bien pu faire pareil, mais ce n’est pas le cas.
Rogue eut un sourire mauvais et sortit la carte du Maraudeur.
- Dernière chance, Potter.
- Malfoy est un sale crétin prétentieux, il n’est même pas diplômé et vous voulez que
Voldemort lui ait confié une mission ? C’est ridicule.
- Je n’ai pas parlé du Seigneur des Ténèbres.

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- C’était une simple supposition, si je savais quelque chose Dumbledore serait déjà
au courant. Malfoy ne manigance rien, j’ai juste perdu mon temps.
Impossible de deviner ce que pensait Rogue, alors Harry essuya ses mains moites et
attendit la sentence.
- Vous n’avez aucun talent pour le mensonge. Vous prétendez que monsieur Malfoy
ne prépare rien alors que vous faisiez le guet pour lui devant la Réserve. Inutile de
mentir, j’ai vu vos souvenirs, je sais comment vous occupez vos soirées.
Harry eut soudain l’impression qu’on avait pris une des torches pour lui brûler le
visage. Et ses mains gelèrent quand la baguette de Rogue tapota le parchemin.
- Dernière chance.
Alors c’était comme ça ? Soit il dénonçait Malfoy soit il perdait un des rares
héritages de son père et de Sirius, le seul dans lequel ils avaient insufflé leur
personnalité. Sa poitrine se soulevait rapidement.
- Je ne… Je vous l’ai dit. Je ne sais rien.
Il attendit que le parchemin s’embrase et tombe en cendres. Après de longues
secondes, Rogue rangea sa baguette et la carte.
- Vous ne vous servirez plus de votre forme Animagus, dit-il. Vous n’en parlerez pas
et je n’en informerai pas non plus le ministère, puisque cela reviendrait à envoyer un
hibou au Seigneur des Ténèbre pour lui annoncer la nouvelle. Au vu des situations
dans lesquelles vous vous jetez continuellement, cela pourrait être votre unique chance
de survivre.
Harry resta bouche bée.
Rogue proposait vraiment de garder son secret pour lui donner une chance face à
Voldemort ?
Ce n’était pas la première fois. Sans lui au match de Quidditch où Quirrell avait
ensorcelé son balais, il aurait pu être grièvement blessé. Et quand Lupin s’était changé
en Loup-garou, il s’était interposé, au risque d’en devenir un pour le restant de ses

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jours, au risque d’être tué. Mais il le détestait, alors pourquoi ?
- Je n’en parlerai pas, dit-il enfin.
Il reprenaient le chemin des dortoirs quand Harry ajouta : « Merci ». Il avait
l’impression de marcher sur une couche de glace très fine que le moindre faux pas
pouvait briser, alors il ne réaborda pas le sujet de la carte.
En se glissant sous ses couvertures, toute l’anxiété qu’il avait enfouie pour faire face
à Rogue ressurgit brusquement. Qu’est-ce que Malfoy avait entendu ? Qu’il était un
Animagus ? Qu’il l’espionnait ? Sa silhouette était apparue, mais il ne parvenait pas à
se rappeler le moment exact. Épuisé, il déposa ses lunettes sur la table de chevet.
Quoique le Serpentard ait surpris, il serait très vite au courant.

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Chapitre V : Dans le repaire des serpents

Lorsque Ron l’arracha du sommeil, un mélange de fatigue et de stress le clouait dans


son oreiller. Ce qui s’était passé la veille l’avait empêché de dormir. La douce odeur du
déjeuner qui emplissait la Grande Salle l’avait à peine effleuré qu’une main se posait
sur son épaule et le tirait en arrière.
Encadré par Crabbe et Goyle, Malfoy le toisait. Plusieurs têtes se tournèrent vers
eux, ce qui faisait trop de témoins. Harry l’empoigna par le bras jusqu’à un couloir
plus à l’écart.
- Qu’est-ce que tu fichais dans la Réserve, Potter ?
Harry le lâcha, l’estomac noué.
- Je te retourne la question. Je t’ai vu t’attarder.
- Et tu as décidé de rester pour te faire prendre à ma place ? Comme c’est aimable
de ta part. Tu aurais pu inviter tes petits potes à t’accompagner, ça aurait été un
plaisir de vous savoir tous les trois en retenue.
Donc il ne savait pas. Au lieu d’être soulagé, la mention de ses amis fit battre son
sang plus vite.
- Fermes-la, Malfoy. C’est toi que Rogue aurait dû surprendre.

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- C’est ce qui arrive quand on se mêle de ce qui ne nous regarde pas. C’est une
habitude chez toi, pas vrai ?
- En attendant, c’est toi qui devrais faire attention si tu ne veux pas finir à Azkaban
comme ton père.
Malfoy pâlit.
- Tu vas payer pour ça.
Il plongea vers sa baguette mais Harry avait déjà récupéré la sienne. Ron et
Hermione débarquèrent à ce moment. Après un regard haineux, Malfoy tourna les
talons.
- Ces imbéciles de Crabbe et Goyle ont essayé de nous empêcher de te suivre.
Qu’est-ce qu’il te voulait ?
Malfoy disparut à l’angle du couloir. Son secret l’était encore et Rogue avait raison,
ce serait probablement sa seule chance s’il se retrouvait face à Voldemort. Il ne
pouvait probablement pas le risquer pour Malfoy, parce que Malfoy serait le premier à
le livrer aux mages noirs s’il pouvait. Après tout il le haïssait depuis le premier jour.
- Harry ?
Il haussa les épaules et reprit le chemin de la Grande Salle. Ni les toasts ni le fumet
du bacon ne lui firent envie et il repoussa le plat que lui proposait Ron. Avec le
danger que Malfoy représentait pour lui, sa présence n’aurait pas dû l’affecter autant,
pourtant ça avait toujours été le cas, exactement de la même façon que celle de Cho
l’avait à un moment affecté.
- Tu n’as pas l’air très bien, vieux.
- Tout va très bien, répondit-il sèchement.
Il n’utiliserait plus sa forme Animagus.

Le mois qui suivit, Harry s’en tint à sa décision, ce qui n’empêchait pas son regard

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de glisser de temps à autre vers la table des Serpentards durant le déjeuner ou leurs
cours en commun.
Les premières neiges recouvrirent bientôt le parc du château d’une épaisse couche
blanche. Le vendredi soir, Harry, Ron et Hermione étaient sortis s’y promener,
profitant de l’air glacé à travers leurs écharpes jusqu’à la tombée de la nuit.
- Il est déjà tard, vous devriez vous concentrer sur vos devoirs si vous voulez
profiter de Pré-au-lard demain, dit Hermione en poussant les lourdes portes du
château.
- Ça va, on a tout dimanche pour les finir, répondit Ron en bâillant.
Ils montaient l’escalier du hall quand une porte claqua un peu plus bas. Malfoy sortit
du couloir qui menait aux cachots. Harry s’immobilisa quand il descendit dans le parc,
hésitant.
Qu’allait-il faire seul dehors et à la nuit tombée ?
- Je vous retrouve tout à l’heure.
Il dévala les marches avant que ses amis aient pu lui poser de questions. La prudence
n’avait jamais été son point fort de toute façon. L’air froid lui mordit la peau et il
plissa les yeux. La silhouette de Malfoy avait disparu dans la pénombre, mais la
lumière du château éclairait une nouvelle traînée d’empreintes qui se dirigeait vers la
forêt Interdite.
Harry les suivit dans les ténèbres, prêt à tirer sa baguette. Dans le silence, le
crissement de la neige s’épaississait, mouillant le bas de son pantalon. La cabane de
Hagrid se découpa bientôt devant lui. Il camoufla ses empreintes dans celles de
Malfoy pour faire moins de bruit et ralentit à côté du mur de pierre. La lisière de la
forêt se dessinait devant lui, mais personne n’était là.
Il fit encore un pas.
Au moment où il allait dépasser la cabane, il entendit un bruissement de tissu juste à
sa gauche et une vois s’exclama :

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- Qui est là ?!
Une lumière vive apparut au-dessus de lui, émanant de la baguette de Malfoy. Son
corps de chat se noyait dans la neige, mais Harry se figea pendant qu’il scrutait le
parc. Il continuait de s’enfoncer, sa fourrure trempée le glaçant jusqu’à l’os. Bientôt,
son museau aussi commença à disparaître et la poudreuse le fit suffoquer. Si Malfoy
ne s’éloignait pas bientôt…
Ce dernier fit un pas à côté de lui, balayant la zone de sa baguette.
Sa tête commençait à lui tourner, Harry tenta de se débattre pour remonter à l’air
libre mais ses muscles étaient tétanisés par le froid. Il allait être obligé de reprendre
forme humaine, mais juste à côté de Malfoy il ne pouvait pas.
Juste avant de sombrer définitivement sous la neige, il tenta un miaulement. Il luttait
pour ne pas se retransformer quand on le tira à l’air libre. La lumière du Lumos
l’obligea à fermer les yeux.
- Encore toi ?
Il retomba dans les pans d’une cape où flottait le parfum de Malfoy et contracta les
muscles pour contrer les violents tremblements qui agitait son corps.
- Tu m’as suivi jusqu’ici ?
Malfoy s’assit sur le perron de la cabane et tamponna sa fourrure.
- Je ne te voyais plus, j’ai pensé que tu avais dû mourir de faim quelque part.
Tremblant et frissonnant de plus belle, Harry tenta de se dégager, ce qui lui valut
une tape sur le museau.
- Tiens-toi tranquille. Tu veux finir enterré sous la neige ?
Il recommença à le sécher. Harry percevait une sorte de frustration, pas spécialement
liée à lui, mais il imaginait bien Malfoy passer sa mauvaise humeur sur un animal.
Pourtant ses gestes restèrent mesurés.
- Cette foutue armoire… Ils attendent des résultats et elle refuse de fonctionner. Si
ça continue je vais devoir utiliser ce collier… Tout ça à cause de Potter.

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Harry sentit son estomac bondir, curieux de savoir ce que Malfoy pensait vraiment
de lui, quand son public de Serpentard ou lui-même n’était pas là pour l’entendre.
- Rien ne serait arrivé, s’il n’avait pas envoyé mon père à Azkaban… Et il ose me
narguer avec ça… Crois-moi il le paiera cher.
Il posa une main sur sa tête et Harry s’affaissa dans les plis de la cape. Évidemment,
qu’espérait-il d’autre ? La vraie question était : que fichait-il sur ses genoux alors qu’il
s’était promis de ne plus utiliser sa forme Animagus ?
- Comme si c’était si simple, marmonna Malfoy. La seule façon dont il pourrait
m’être utile, c’est si je ramenais sa tête au Seigneur des Ténèbres, mais dès qu’il faut
protéger le Saint Potter, tout le monde répond présent. Alors que moi… si je donne pas
vite de résultat…
Une goutte s’écrasa sur sa tête, faisant remuer son oreille.
- Ça fait déjà deux mois…
La frustration rendait sa voix rauque. Harry releva la tête et une larme atterrit sur
son museau. Malfoy pleurait. De frustration, mais il pleurait. Cette vision le figea.
Voldemort lui avait bien confié une mission et il le menaçait.
Sans prévenir, Malfoy se leva. Toujours dans ses bras, Harry tenta de se libérer à
l’instant où Malfoy posa un pied dans le hall, mais la prise se resserra autour de lui. Il
commença à sortir les griffes lorsque la chaleur des torches laissa place aux pierres
froides des cachots.
- Tu me suis dehors et maintenant tu veux t’enfuir. Il va falloir te décider.
Et Harry avait clairement décidé de partir. Mais il eut beau tenter de l’en informer
via ses griffes, la salle commune des Serpentards se referma bientôt sur lui, et il cessa
de se débattre.
Par chance, Malfoy ignora les groupes qui discutaient dans les canapés et descendit
s’isoler dans son dortoir, le déposant sur une commode au passage. Une serviette
blanche atterrit sur Harry. En jetant un coup d’œil par dessous il découvrit que

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Malfoy se changeait et retourna aussitôt sous sa tente de coton, y restant jusqu’à ce
que deux mains viennent le frictionner. Une fois sec, la serviette disparut et Malfoy le
déposa sur son lit. Harry se réfugia dans un coin puis le regarda s’allonger avec un
livre de la Réserve.
- Tu es toujours si méfiant.
Malfoy avait tendu la main vers lui. Harry s’étira puis posa le museau sur ses pattes
avant jusqu’à ce qu’il laisse retomber son bras.
- Très bien, reste dans ton coin stupide chat.
Il recommença à étudier le lourd ouvrage, mais après plusieurs pages, il finit par le
refermer d’un claquement.
- Ça ne sert à rien, je n’aurai jamais de résultats rapidement avec ça.
Il pointa sa baguette vers la table de chevet et leva l’enchantement qui scellait le
tiroir, révélant un collier serti d’opales. Harry l’avait déjà vu quelque part. L’image
d’une ruelle sombre, tortueuse et d’une boutique mal famée lui revint. C’était dans
l’allée des Embrumes, lorsqu’ils avaient suivis Malfoy juste après leur visite à la
boutique de Fred et George.
Qu’est-ce qu’il prévoyait de faire avec ce collier ?
Visiblement Malfoy ne le savait pas encore lui-même, car il le fit léviter du bout de
sa baguette, pensif. Lorsque Harry s’approcha pour mieux le voir, Malfoy l’écarta en
urgence.
- N’y touche pas, il te tuerait.
Harry s’immobilisa. La mission de Malfoy impliquait un meurtre ?
Il avait beaucoup de défauts, mais ce n’était pas un meurtrier. Voldemort le savait
forcément, donc c’était soit un moyen de se venger, soit de l’humilier. Peut-être les
deux.
Après que Malfoy se soit couché, sa respiration mit de longues minutes à ralentir. Il
dormait enfin. Harry sauta sur le sol froid, l’oreille tendue. Il devait se retransformer

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pour ouvrir le dortoir, mais il suffisait que Malfoy ouvre les yeux au mauvais moment
pour que sa situation passe de complexe à catastrophique. Juste quand il pensait ça,
des bruits de pas dévalèrent l’escalier de l’autre côté de la porte. Crabbe et Goyle
déboulèrent et une énorme main se referma sur lui avant qu’il ait pu se cacher.
- Qu’est-ce qu’il fait là ?
Suspendu entre leurs deux visages, Harry sortit les griffes, mais ses pattes avant
étaient paralysées par la prise.
- Jamais vu ce chat. Tu crois que c’est à un première année ?
Goyle ricana.
- Faut qu’on leur apprenne à pas laisser leurs animaux.
- Tu veux en faire quoi ?
Le cœur battant à tout rompre, Harry se retrouva avec la baguette de Crabbe à deux
centimètres de son museau. Il feula, montrant les crocs.
- Je peux savoir ce que vous faites ? dit une voix traînante.
C’était la première fois qu’il était soulagé d’entendre la voix de Malfoy.
- Ce chat est entré dans le dortoir.
- Donne.
Goyle le lui tendit à contrecœur.
- On dirait un chat errant.
Dans les bras de Malfoy, Harry roula des yeux. Même la race des chats les
préoccupait maintenant ? Il croisa le regard stupéfait de Crabbe et enfouit son museau
dans le coude de Malfoy. C’est deux-là n’étaient pas des lumières, mais un chat qui
roulait des yeux était bizarre, même pour eux.
- Parce que c’est probablement un chat errant, répondit Malfoy, mais c’est le mien,
donc ne le touchez pas. J’ai sommeil, si vous n’êtes pas descendus pour dormir,
dehors.
Cinq minutes plus tard, Crabbe et Goyle en pyjama se glissèrent dans leur lit et

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Harry se retrouva à son point de départ. Il s’affaissa entre les couvertures le temps de
se calmer.
« C’est le miens. »
Il planta ses griffes dans le tissu. Pourquoi est-ce qu’il ne pouvait pas simplement
détester Malfoy comme ça aurait dû être le cas. La haine aurait été un sentiment plus
simple à gérer et celui-là au moins était réciproque. Malfoy lui caressa la tête.
- Ne t’avises pas de devenir plus méfiant à cause de ces deux imbéciles, murmura-t-
il. Tu l’es suffisamment comme ça, c’est insupportable.
Harry se détourna. Pourtant d’habitude il ne cherchait pas les ennuis, c’est eux qui le
trouvaient. Excepté la fois où il était descendu par la trappe en première année, et
dans la Chambre des Secrets, et quand il avait remonté le temps pour affronter les
Détraqueurs, et qu’il s’était introduit au ministère de la magie pour affronter
Voldemort.
Bon d’accord, il cherchait les ennuis. Être attiré par le fils d’un Mangemort,
missionné par Voldemort et son ennemi depuis le premier jour à Poudlard ce n’était
qu’un danger parmi tant d’autres.
Qu’est-ce qui pouvait mal tourner de tout façon ? À part absolument tout ?

Harry se réveilla en sursaut au ronflement de Goyle. La main de Malfoy était posée


comme un coussin contre sa tête. Comment avait-il pu s’endormir dans une situation
pareille ? Blaise et Nott avaient rejoint leurs lits, il devait être tard. Après s’être assuré
que les Serpentards dormaient à poings fermés, Harry reprit forme humaine et abaissa
la poignet.
Un chat noir se faufila dans les escaliers jusqu’à la sortie de la salle commune des
Serpentards. Une fois dans les cachots, il dut s’arrêter un instant. Il était sorti.
Lorsqu’il passa la porte de son propre dortoir, Ron se redressa dans son lit.

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- Harry ? chuchota-t-il. Où tu étais ? On s’inquiétait.
- Désolé, je… je n’ai pas vu le temps passer.
Il n’avais pas d’excuse de prête. Ron se laissa retomber dans son lit sans répondre et
Harry ne tenta pas de s’expliquer. Il sentait l’agacement de son meilleur ami, mais il
avait beaucoup trop en tête. Le pire de tout étant que Malfoy projetait probablement
un meurtre et qu’il allait devoir l’arrêter.

La longue et difficile enquête pour découvrir comment Malfoy comptait utiliser le


collier ne dura qu’une journée. Le soir même dans le Salle sur Demande, Malfoy, qui
avait visiblement pris l’habitude de parler tout seul quand il était à côté, lui déballa
son plan : il projetait d’utiliser la sortie à Pré-au-Lard pour charger un élève de livrer
le collier.
- Je ne sais pas si Dumbledore sera assez stupide pour le toucher, mais on ne sait
jamais.
Harry manqua de tomber de sa pile d’objets. Dumbledore ? C’était Dumbledore la
cible et Voldemort comptait sur Malfoy pour l’éliminer ? Il avait déjà des doutes, mais
là c’était clair : Voldemort s’amusait avec Malfoy. Il voulait lui faire vivre des mois
d’enfer, à courir après un objectif inatteignable, puis qui sait ce qu’il lui ferait subir
pour le punir de son échec.
Mais dans ce cas, s’il faisait échouer tous les plans de Malfoy est-ce qu’il le
condamnait ? Non, même sans son intervention ils étaient déjà voués à l’échec, tout ce
qu’il pouvait faire était de limiter les dégâts collatéraux.
Après une énième incantation sur l’armoire, Malfoy revint vers lui et passa une main
sur sa tête. Soudain, Harry se revit dans le cimetière, à se tordre de douleur dans la
terre alors que les Mangemorts autour de lui riaient, le Doloris comme un acide
rongeant ses os, déchirant ses muscles. C’était ce qui attendait Malfoy dans le meilleur

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des cas.
Et ce n’était pas ses sois-disant amis de Serpentards ou sa famille qui le sauverait. La
seule personne à savoir ce qui se passait et qui n’était pas du côté des Mages Noirs,
c’était lui.

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Chapitre VI : Le collier d’Opales

Le bar des Trois Balais était plein à craquer de sorciers venus se réchauffer autour
d’une Bièreaubeurre. Assis dans un coin avec Ron et Hermione, Harry scrutait la
clientèle à l’affût d’un comportement suspect. S’il se fiait à ce que Malfoy avait dit, son
complice attendait qu’un élève soit suffisamment isolé pour lui remettre le collier.
Dans un coin du bar, Leanne et Katie Bell, la poursuiveuse de leur équipe de
Quidditch semblaient se disputer. C’était la première fois que Katie avait une
expression aussi vide, comme si…
Harry repoussa sa chaise. L’Imperium, voilà comment Malfoy s’était assuré que le
collier parviendrait à Dumbledore.
- Venez !
Ni Ron ni Hermione ne posèrent de question. Ils traversèrent le bar bondé,
bousculant les buveurs assis et ceux qui traversaient la salle, leurs boissons à la main.
Après s’être excusé à la hâte auprès d’une sorcière à froufrous qu’il venait de
renverser, Harry atteignit enfin le comptoir. Katie n’était pas là. Il héla Madame
Rosemerta.
- Une fille de ta maison ? répondit-elle en secouant la tête comme pour s’éclaircir

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les idées. Oui, je viens d’en voir deux sortir à l’instant.
Harry repoussa les portes, aussitôt giflé par le vent glacé. Il remit ses gants à la hâte,
pataugeant dans la gadoue gelée à la poursuite de Katie. Leurs silhouettes étaient déjà
en haut de l’allée menant au château et la dispute continuait. Il approchait enfin quand
l’amie de Katie se mit à tirer le paquet qu’elle transportait.
Harry se rua vers elle, glissant et trébuchant. Il les atteint trop tard, Katie s’éleva, ses
cheveux tournoyant autour d’elle et sa bouche s’ouvrit dans un hurlement qui déchira
le silence. Leanne se mit à crier aussi et attrapa sa cheville pour la faire redescendre.
Au moment où Harry, Ron et Hermione l’attrapaient à leur tour, Katie retomba sur
eux sans cesser de hurler.
Dans le paquet tombé dans la neige, Harry vit briller les Opales du collier. Son
estomac se retourna. Est-ce que Katie était condamnée ? Ou est-ce que le fait qu’elle
hurle encore était bon signe ?
Une immense silhouette les surplomba soudain.
- Hagrid ? s’exclama Hermione. Katie a été ensorcelée, elle s’est mise à voler et à
crier tout à coup.
Hagrid leur fit signe de s’écarter, prit Katie dans ses bras et remonta vers le château
pendant que Ron et Hermione demandaient à Leanne ce qui s’était passé. Mais Harry
savait déjà ce qu’elle allait dire. Avec précaution, elle referma le papier kraft autour du
collier. Ron le regarda faire. Quand Leanne termina ses explications dans un sanglot,
il fronçait les sourcils.
- J’ai déjà vu ce collier… Il ne vous dit rien ?
Hermione les entraîna vers le château alors que Ron s’exclamait :
- Dans cette boutique de l’allée des Embrumes, Barjow et Beurk ! Il y était exposé
quand on a suivi Malfoy, vous vous souvenez ? Peut-être que Harry a raison, peut-être
que c’était lui !
L’arrivé du professeur McGonagall qui descendait les marches du château à leur

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rencontre l’épargna de répondre. Une fois dans son bureau, Leanne répéta l’histoire.
Harry sentait Ron bouillir et pria qu’il garde ses doutes pour lui. Leanne venait de les
laisser pour monter à l’infirmerie quand le professeur Rogue arriva à son tour.
- Miss Bell a de la chance d’être encore en vie, conclut-il après avoir examiné le
collier.
Ron ne tint plus.
- Malfoy lui a donné ce collier. On l’a vu à Barjow et Beurk juste avant la rentrée et
le collier était là-bas.
Hermione se détourna.
- Je ne pense pas, dit Harry. Malfoy n’aurait jamais pu faire passer ce collier aux
détections et c’est une personne à Pré-au-lard qui l’a donnée à Katie, Leanne nous l’a
dit.
- Malfoy y était peut-être.
- Je ne l’ai pas vu.
Ron lui fit les gros yeux, mais Harry refusa de regarder dans sa direction. C’était
Ron qui proférait des accusations contre un élève de Serpentard, pourtant c’était sur
lui que pesait le regard de Rogue. Harry finit par le soutenir, sachant qu’il défendit
Malfoy devant lui pour la deuxième fois.
Lorsque les professeurs les congédièrent, un silence tendu s’était installé entre eux.
Ron attendit qu’ils soient devant leur salle commune pour balancer ce qu’il ruminait.
- Tu étais le premier à dire que Malfoy complotait quelque chose et tu as changé
d’avis d’un coup ?
- On ne peut pas l’accuser sans preuve, répliqua Hermione. Malfoy n’est pas ressorti
avec le collier, on ne sait même pas si c’est le même et comment veux-tu qu’il ait
passé les contrôles de Poudlard ?
- Potage royal, marmonna Ron.
La grosse dame pivota pour le laisser entrer et il les planta là sans un mot ? Après

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un soupir, Hermione se tourna vers Harry.
- Il sait qu’on a raison. Ça lui passera. Viens.
Mais Harry ne bougea pas. Il défendait Malfoy et mentait à ses meilleurs amis
presque tous les soirs. Il fut tenté de tout leur avouer, mais se résigna vite, jamais ils
ne pourraient bien réagir à ça.

Le soir même, le transfert de Katie à l’hôpital Ste Mangouste pour les maladies et
blessures magiques avait fait le tour du château. Harry retrouva Malfoy assis sur la
chaise branlante de la Salle sur Demande. Des larmes coulaient de son visage blême
sur son pantalon noir. Malfoy parvint à se calmer en le voyant approcher.
- Il fallait qu’elle touche ce collier… articula-t-il en reniflant. S’ils remontent jusqu’à
moi… s’ils ne m’enferment pas à Azkaban c’est lui qui me tuera…
Il resta un temps infini à frissonner, le regard dans le vide, ses yeux rougissant de
temps à autre et Harry se contenta de l’observer avec l’impression qu’on avait coulé
du béton dans ses veines. Si seulement il avait atteint Katie à temps, elle ne serait pas
plongée dans le coma dans un lit d’hôpital et Malfoy ne serait pas l’auteur d’un crime.
Pour l’aider, il pouvait soit s’assurer que le meurtre de Dumbledore réussisse soit le
protéger directement de Voldemort. Les deux semblaient aussi aussi dangereux que
voués à l’échec. Mais peut-être que Malfoy avait une autre idée ? Il approcha de
l’armoire massive. Qu’espérait-il en la réparant ?

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Chapitre VII : La main dans le sac

Le Quidditch avait toujours été sa passion, pourtant au moment où son équipe avait
le plus besoin de lui, Harry ne parvenait pas à s’investir. Malfoy lui prenait une grande
quantité d’énergie, et avec les devoirs et les examens qui s’accumulaient, il supportait
avec une lassitude grandissante les conflits entre les joueurs, notamment Ron et
Ginny.
En rentrant d’un entraînement, ils surprirent Ginny et Dean enlacés dans un des
raccourcis qui menaient à la tour sous son regard courroucé. Harry resta en retrait
dans le passage pendant qu’ils se criaient dessus et une image surgit dans son esprit,
au lieu de Ginny et Dean, c’était lui et Malfoy qui s’embrassaient.
- J’ai besoin d’air, marmonna-t-il.
Ni Ron ni Ginny ne remarqua qu’il s’éloignait. Il avait vraiment besoin de se changer
les idées, de ne plus se demander ce que ça ferait si Malfoy se penchait vers ses lèvres
et…
- Tiens, Potter.
Harry sursauta. Ses pas l’avaient porté au septième étage par habitude, sauf que
Malfoy était la dernière personne qu’il voulait voir dans cet état.

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- Que fait l’Élu hors de son dortoir à cette heure ?
- Ça ne te regarde pas.
- Si parce que contrairement à toi je suis préfet.
Supposant que Malfoy cherchait à l’éloigner de la Salle sur Demande, il reprit son
chemin en s’appliquant à ne rien laisser paraître. Arrivé à sa hauteur, Malfoy lui
bloqua le passage.
- Où tu vas comme ça ?
- Dans ma salle commune, si tu permets.
- Qu’est-ce que tu fabriquais ici ? insista-t-il, ses yeux gris réduits à deux fentes.
- Quoi, tu as quelque chose à cacher ? répliqua Harry.
Son rythme cardiaque s’accéléra et il lui lança un regard assassin. Il s’était isolé pour
ne plus penser à lui, pourquoi avait-il fallu qu’il le croise !
- Moi je cache quelque chose ? C’est toi qui agis bizarrement dernièrement, Potter.
Tout le monde a remarqué que tu étais fatigué et souvent en retard sur les devoirs.
Même tes performances au Quidditch ont baissé.
Les cernes de Malfoy étaient bien plus prononcés, mais Malfoy n’était pas Harry
Potter, alors personne ne s’en souciait.
- Pansy a sa propre théorie. Elle pense que tu as réalisé que tu aimais quelqu’un en
sentant la potion et que ce n’est pas réciproque. Tous ceux à qui elle en a parlé sont
plutôt convaincus, d’ailleurs. Je ne sais pas si c’est réciproque, mais toi et moi, on sait
que la partie sur l’Amortencia est vraie, hein Potter ?
Malfoy s’adossa au mur, goguenard. Harry le dépassa sans un mot, soudain glacé. Il
avait atteint l’angle du couloir quand Malfoy lança :
- À ton avis, combien de temps ils vont mettre pour trouver qui c’est, Potter ?

Avec combien de personnes Pansy avait partagé sa théorie ? Harry ressassa cette

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question une bonne partie de la nuit. Lorsqu’il entra dans la Grande Salle pour le
petit-déjeuner, il remarqua immédiatement les regards discrets que lui lançaient les
autres et les murmures qui suivaient. L’ambiance était différente et sa quasi nuit
blanche n’allait pas aider les rumeurs.
Il venait de tirer une assiette vers lui quand Colin Crivey s’assit sur la place libre à
sa droite.
- C’est vraie que tu as une peine de cœur et que c’est pour ça que tu es déprimé en
ce moment, Harry ?
Ron s’étouffa avec ses œufs.
- Je ne suis pas déprimé, Colin, répliqua Harry avec un regard noir pour la table des
Serpentards.
Malfoy devait guetter sa réaction, car il répondit par un sourire complice.
- C’est une rumeur idiote, pas la peine d’y prêter attention, dit Hermione d’un ton
sec.
Colin se tassa sur lui-même devant son air sévère puis fit semblant d’avoir repéré un
ami et les laissa.
- Tu crois que c’est Malfoy qui a lancé ça ? demanda Hermione.
- Possible, il s’est imaginé que j’avais eu une révélation à cause de l’Amortencia,
marmonna Harry.
- Je crois qu’il essaie juste de te déstabiliser, vieux, dit sagement Ron. Le premier
match de la saison approche, leur équipe ne tient pas la route c’est tout.
Harry prit cette issue avec gratitude.
Les rumeurs sur son amour impossible étaient encore vives lorsque le match arriva,
son premier en tant que capitaine de l’équipe. Le trac de diriger était partagé avec la
hâte d’affronter, et de battre, Malfoy. Son attente gonfla toute la nuit précédant le
match. Au petit-déjeuner, elle éclata comme une bulle de savon.
Malfoy avait déclaré forfait.

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Avec la menace du Voldemort qui planait sur lui ce n’était pas si surprenant, au fond,
songea Harry en observant son toast, maussade.
Par contre, Ron y vit un excellent signe.
Mais Harry ne parvint pas à se concentrer sur le vif d’or, il était constamment
distrait par la silhouette du château qui surplombait le parc. Lorsque l’attrapeur
adverse fila derrière une traînée dorée, il se pencha sur son balai. En exécutant un
piqué spectaculaire, il parvint à refermer le poing sur le vif d’or au nez de son
adversaire. Il remonta en chandelle sous les acclamations, oubliant temporairement les
rumeurs et la Salle sur Demande. La félicité de ce premier match dura jusqu’au soir.
À son arrivée dans la Salle sur Demande, Malfoy l’attendait, adossé à l’armoire. Cette
attitude aurait dû le mettre sur ses gardes, mais il ne commença à reculer qu’en
voyant la baguette d’aubépine se pointer vers lui.
- Tu n’es là que le soir, jamais pendant les heures de cours. Ni pendant les matchs de
Quidditch, on dirait.
Il incanta avant que Harry ait pu fuir. Une pression autour de son cou le fit accélérer
encore. En bondissant derrière une colonne de chaises, il frissonna. Si le sort qui
l’avait frappé l’avait obligé à reprendre son apparence humaine, comme celui que
Sirius et Lupin avaient utilisé contre Pettigrow… Un rayon lumineux frappa une haute
pile qui s’effondra devant lui. Avec l’énergie du désespoir, il tenta de l’escalader,
glissant et sautant jusqu’à ce qu’une main se referme sur sa fourrure. Il planta les
griffes dans le bois d’un tiroir mais Malfoy l’y arracha.
- Les cours et le Quidditch. De drôles d’activités pour un chat.
Harry soutint son regard gris et une terreur sourde lui noua l’estomac. Est-ce qu’il
connaissait le sort qui l’obligeait à se retransformer ?
- J’ai une idée amusante, poursuivit Malfoy, acide. Le collier va te garder sous cette
forme et demain, je chercherai l’absent.
Sans avertissement, Harry se retrouva plongé dans un sac de cours et transbahuté à

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travers le château. Quand Malfoy le balança dans un coin, il tenta de se tailler une
sortie, mais ses griffes n’entaillèrent même pas la toile. Après des heures, il abandonna.
Le sac était ensorcelé, ses griffes pulsaient douloureusement et il n’avait aucune
échappatoire.
Soit Malfoy ne connaissait pas le sort pour le retransformer, soit il lui faisait
volontairement subir cette torture.

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Chapitre VIII : Pris au piège

Un mouvement le réveilla. Harry se débattit avec l’impression d’être coincé dans un


hamac en pleine tempête. Il était coincé sous forme de chat et ne voyait rien à travers
la toile qui l’enfermait.
Le sac.
Malfoy était en route pour ses cours.
Il se remémora son emploi du temps. La seule matière qu’ils avaient en commun
aujourd’hui était potions en début d’après-midi. Ce qui signifiait que Malfoy saurait
avant la tombée de la nuit.
Le premier cours de Malfoy, sortilèges, était en commun avec les Poufsouffles. Il
priait pour qu’un autre absent brouille les pistes, mais ce ne fut pas le cas. Pas plus
avec les Serdaigles.
Le collier lui nouait autant la gorge que l’angoisse alors qu’il comptait les secondes.
Après le déjeuner viendrait le cours de potions avec Gryffondor. Ron et Hermione y
seraient, mais pas lui.
À l’intérieur du sac, il vit la lumière faiblir, l’air refroidir, le crépitement des torches
être remplacé par le bruit des chaises qu’on tire, et se recroquevilla un peu plus au

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fond du sac. Cette fois, c’était terminé. Est-ce qu’il aurait le temps de mourir de honte
avant que Malfoy le tue tout court ? À travers le tissu, il entendit la voix du professeur
Slughorn entamer le cours, puis les élèves se lever pour récupérer les ingrédients. Le
sac s’ouvrit.
- Aucun absent chez Poufsouffle, aucun chez Serdaigle et… tiens c’est étrange, Potter
n’est pas là, murmura Malfoy.
Il rabattit le haut du sac et lança d’un ton traînant :
- Eh Weasley, Potter n’est pas avec vous ?
Harry ferma les yeux de toutes ses forces.
- Non, répondit la voix de Ron. Ça te regarde ?
- Et depuis quand il est absent ?
- Ce midi, répondit Hermione. Il ne se sentait pas bien. Maintenant si tu permets,
j’ai une potion à préparer.
Harry rouvrit les yeux avec espoir, remerciant Hermione de tout cœur. Elle venait
de lui donner un alibi sans le savoir. Il était au bord de la nausée quand le sac bougea
à nouveau. Enfin, sa prison de toile se rouvrit, lui présentant le sol. Harry sauta dans
le couloir vide et sprinta le plus loin possible, ignorant les protestations de ses
muscles ankylosés. Il ne pouvait pas retourner à la tour de Gryffondor sans être sûr
d’avoir semé Malfoy.
Il se retrouva dans la volière un peu par hasard. Les oreilles dressées sans rien
entendre d’autre que le mugissement du vent, il tenta de se retransformer sous les
regards suspicieux des hiboux.
Le collier le bloquait.
Épuisé, Harry redescendit vers la tour de Gryffondor en scrutant chaque tournant, se
terrant dans l’ombre chaque fois qu’un élève passait près de lui. Aucun de ses
miaulements plaintifs ne convainquit la Grosse Dame de lui ouvrir puisqu’elle ne le
reconnaissait pas comme le chat d’un Gryffondor. Il se planqua dans un recoin sous

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les escaliers et s’effondra.
Les émotions et le stress continu l’avaient démoli.
Ses oreilles se dressèrent au bruit des pas qui montaient. Mais même s’il se faufilait
dans la tour avec des élèves, qu’y ferait-il ? Il reposa son museau sur ses pattes, ses
yeux suivant les allées et venues et le bruit du portrait qui s’écartait de temps à autre.
- Il lui est forcément arrivé quelque chose.
Harry redressa la tête. Hermione !
- Si seulement il n’avait pas la carte du Maraudeur avec lui, grommela Ron.
Harry les dépassa et bondit entre eux et le portrait, mais ses deux amis étaient trop
préoccupés pour s’occuper d’un chat. Il miaula jusqu’à s’en décrocher la mâchoire en
frottant le collier de sa patte. Juste avant de franchir le portrait, Ron se retourna enfin.
- Qu’est-ce qu’il a ce chat ?
Hermione s’agenouilla près de lui et poussa sa patte pour examiner le collier.
- C’est magique, il ne peut pas s’en débarrasser.
Elle sortit sa baguette et tenta quelques sorts. Au quatrième, Harry sentit le poids
autour de son cou disparaître et Hermione lui caressa la tête avec un sourire
affectueux. Ils lui tournaient le dos pour entrer quand Harry se retransforma.
- Merci Hermione.
Ses amis firent volte-face.
- Harry ? D’où est-ce que tu… c’était toi le chat ? balbutia Ron.
- Je vous expliquerai, répondit Harry en jetant un regard derrière lui.
Malfoy n’allait pas surgir de l’ombre en le pointant du doigt, mais il préférait
poursuivre cette conversation dans la salle commune. À l’écart, sous une fenêtre
masquée par la neige, Harry prit quelques secondes pour retrouver son calme. Ron et
Hermione lui avaient permis d’échapper au pire, mais maintenant il leur devait des
explications.
- Où tu étais ? Tu as disparu depuis hier, on s’est inquiétés, dit finalement Ron en se

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forçant à adopter un ton bas.
- Tu es un Animagus, ajouta Hermione. C’est pour ça que tu t’absentais ? Tu
travaillais à le devenir ?
Harry croisa ses mains avec force. Il sentait son cœur battre, pas autant que lorsque
Malfoy l’avait pris au piège, mais pas loin.
- Non… pas exactement, mais c’est bien à cause de ça que j’ai disparu. Le collier
m’empêchait de quitter ma forme de chat. Il fonctionnait comme le bocal dans lequel
tu avais enfermé Rita Skeeter, Hermione.
- Qui te l’a mis ?
Harry hésita, mais ses amis méritaient une part de vérité.
- Malfoy.
- Il sait que tu es un Animagus ? Comment ? Qu’est-ce qui s’est passé ? dit Ron, les
yeux ronds.
- Je l’espionnais. Quand il s’en est aperçu, il a incanté ce collier pour me bloquer. Il
cherchait qui manquait en cours et arrivé en potions… vous connaissez la suite.
Hermione se mordit la lèvre.
- Tu as eu beaucoup de chance qu’il ne connaisse pas la formule pour te faire quitter
ta forme d’Animagus.
- J’ai aussi eu de la chance que tu lui aies menti, je ne sais pas ce qui se serait passé
sinon.
Ron se rapprocha sur le bord de son fauteuil, le regard brillant.
- Tu as pu découvrir quelque chose ?
- Voldemort lui a confié une mission. Il doit tuer quelqu’un.
L’exclamation que laissa échapper Ron lui fit regretter de leur avoir confié ce qu’il
savait.
- Est-ce que le collier qui a blessé Katie venait de lui ? demanda Hermione. Tu sais
qu’il doit tuer ?

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- Non et non.
Ron se laissa retomber dans le fauteuil.
- Ça explique pourquoi tu refusais de l’accuser.

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Chapitre IX : Les souvenirs de Rogue

Après l’incident du collier, Harry se tint éloigné de la Salle sur Demande. Malgré lui
son regard continuait de dévier du côté des Serpentards, difficile de rater que
l’humeur de Malfoy se dégradait. Ceux qui l’approchaient de faisaient sèchement
rembarrer et il touchait de moins en moins à son assiette.
Un soir où il n’était tout simplement pas apparu dans la Grande Salle, Harry faisait
danser son jus de citrouille au fond de son verre. S’il s’écoutait, il s’exposait au pire à
une humiliation publique, au mieux à une mort rapide. Il reposa son verre en
soupirant.
- Je vais y retourner, dit-il.
Ron et Hermione échangèrent un regard.
- On se doutait que tu finirais par dire ça, dit Hermione, mais c’est dangereux Harry.
Malfoy a déjà des soupçons.
- Je sais… C’est pour ça que j’ai besoin de votre aide. Le chat avait un collier, je ne
peux pas retourner sans.
- Tu veux prendre le risque de te retrouver bloqué en chat avec Malfoy ? Pourquoi ?
demanda Ron.

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- Faites-moi confiance.
Toute sa détermination n’empêcha pas son cœur de marteler ses côtes alors qu’il
longeait les allées de la Salle sur Demande. Il devait trouver Malfoy sans se faire
repérer, évaluer le danger et ensuite, il déciderait. Proche de l’Armoire, il escalada une
des piles jusqu’au tapis coiffé de la tête réduite. Sa baguette en main, Malfoy venait
d’ouvrir un des battants de l’armoire. Il ramassa la pomme qui se trouvait à l’intérieur.
Un couteau invisible semblait l’avoir coupée en deux. Malfoy la jeta contre les
planches.
Donc pas de bonne humeur.
Convaincu de ne pas descendre, Harry s’assit et sa queue tapa dans la tête réduite.
Au ralenti, il la vit basculer droit vers une poêle en fer. Elle la frappa et rebondit,
atterrissant au sol où elle roula au pied de Malfoy qui fit volte-face. Harry se statufia
alors que son regard se relevait vers lui, s’attardant sur le collier.
- Tu es revenu. Ne bouge pas.
Harry recula en le voyant lever sa baguette et Malfoy s’assombrit encore.
- Évidemment… tu étais tellement méfiant avant, ça va être encore pire.
Harry se fit violence pour ne pas esquiver le sort qui fusait vers lui. Il le frappa en
plein fouet. L’appréhension passée, il réalisa que le poids du collier avait disparu.
Malfoy se laissa tomber sur la chaise, la tête entre les mains.
- Je vois des ennemis partout en ce moment. Entre le Seigneur des Ténèbres et
Rogue qui ne me lâche pas…
Harry fronça son museau. Comme ça, Rogue ne le lâchait pas ? Dans la bibliothèque
il avait effectivement insisté pour que Harry lui donne des informations. Est-ce qu’il
soupçonnait la mission que Voldemort avait confié à Malfoy ? Qu’arriverait-il si on
apprenait qu’il agissait sous les ordres du mage noir ? En fonction de ce qu’il savait,
Rogue risquait de devenir un problème.
Une pensée dangereuse le traversa.

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Comme Dumbledore, Rogue possédait une Pensine. S’il enquêtait sur Malfoy, il avait
des chances que les filaments d’informations y soient stockés, mais la dernière fois
qu’il y avait fouillé, il avait frôlé la mort. Rogue ne le raterait pas une seconde fois.
Si il le surprenait.

Le cœur battant, Harry poussa la porte en bois, découvrant le bureau rempli de


bocaux du maître des potions. Il avait beau savoir que Rogue se trouvait dans la
Grande Salle, à prendre son dîner, ce qu’il allait faire lui donnait des sueurs froides.
La Pensine se trouvait au même endroit que la dernière fois, flottant à quelques
centimètres du placard.
Comme la première fois, Harry se figea au-dessus de la surface argentée. La rage de
Rogue quand il s’était immiscé dans ses souvenirs était encore vive, mais il n’avait pas
le temps. Il cramponna la table pour empêcher ses mains de trembler et plongea. Le
sol bascula, le propulsant dans un tourbillon sombre.
L’endroit où il venait d’atterrir n’était pas celui qu’il s’attendait à voir. C’était un
quartier dont les rues pavées étaient bordées de réverbères cassés, voisines d’usines
désaffectées. Le Rogue des souvenirs n’était qu’un enfant, un enfant qui subissait
l’ignorance, les privations et la violence de ses parents. En le voyant dans de vieux
vêtements qui flottaient autour de lui, Harry dut écarter les images d’un placard où
filaient des araignées.
Mes contrairement à lui, Rogue avait une amie. À la seconde où Lily apparut dans
les souvenirs, il en oublia pourquoi il avait plongé dans la Pensine.
Au fil des souvenirs, Harry les vit grandir, se mettant malgré lui à détester les
interventions de son père et Sirius. Il savait comment se terminait l’histoire, il savait
que Lily et James seraient ensemble à la fin, mais voir la relation entre Lily et Rogue
commencer à se dégager et se briser quand Rogue offrit sa loyauté au Seigneur des

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Ténèbres fut plus dur qu’il ne l’aurait imaginé.
Pourtant, jusqu’au bout, Rogue tenta de sauver Lily. Même après avoir livré la
prophétie.
Le 31 octobre, le soir où ses parents avaient été assassinés, Harry vit se dessiner sa
première maison. Il resta un instant près du portail, déchiré entre l’envie de savoir et
la peur de ce qu’il découvrirait. Le corps étendu de son père, en travers de l’escalier,
lui serra la gorge. D’un pas lourd, il rejoignit Rogue en haut. Il ne se sentait pas prêt
et il ne l’était pas. La silhouette de Rogue s’effondra devant Lily, la prenant dans ses
bras pour la bercer. Sa mère qu’il avait vu grandir, si combative, si fière, semblait
éteinte. Dans le berceau, le bébé les fixait sans comprendre.
Quelque chose en lui se brisa. Harry fit un pas en arrière et la chambre se brouilla.
Une pression sur son épaule l’arracha au souvenir. Il se retrouva brutalement dans
l’atmosphère froide du bureau de potions. Le professeur Rogue le poussa en arrière.
Harry se rattrapa à la table, leva les yeux vers lui et les larmes coulèrent sans qu’il ne
puisse s’en empêcher.
Cet homme, c’était toujours Rogue, mais il était aussi le Rogue des souvenirs, celui
qui aimait Lily Evans.
- Qu’avez-vous vu, Potter ?
Harry grimaça. Sa façon de le prononcer… Est-ce qu’il faisait au moins une
distinction entre son père et lui ? Il se ressemblaient, mais lui n’humiliait pas des
élèves pour faire rire la galerie, tout simplement parce qu’il savait ce qu’on ressentait
en étant pris pour cible. En comparaison, sa relation avec Malfoy paraissait presque
saine, au moins ils se renvoyaient la balle.
Rogue frappa sur le bureau.
- J’ai vu ma mère. Si vous voulez m’envoyer en retenue…
- Vous n’avez pas à décider de ce que j’ai à faire. Ayez confiance, c’est pire qui vous
attend.

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- Vous me détestez parce que je ressemble à mon père.
Cette fois, le professeur Rogue se tut, mais la haine qui s’alluma dans son regard
parlait pour lui.
- Je ne suis pas mon père. Et pour ce que j’ai vu… c’était votre enfance.
La colère de Rogue s’attisa d’un coup et Harry puisa dans son sang-froid pour lui
faire face.
Il n’avait pas beaucoup d’options. Rogue ne le différenciait pas de James, alors il
devait s’imaginer qu’il tirait une forme de satisfaction de ce qu’il avait vu, du mépris
au mieux. La bouche sèche, incapable de croire à ce qu’il allait dire, Harry lança :
- Je peux vous montrer mon enfance.
- Et vous croyez que ça m’intéresse ? répliqua Rogue.
- Non, mais j’en ai assez d’être traité comme quelqu’un que je ne suis pas parce que
vous ne me connaissez pas.
Harry le fixa droit dans les yeux, attendant qu’il fasse son choix.

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Chapitre X : Impardonnable

Harry avait peu d’espoir que Rogue accepte de consulter ses souvenirs au lieu de le
tuer sur place. Il déglutit en le voyant lever sa baguette, mais ne se défila pas.
Lorsque Rogue entra dans ses souvenirs, il laissa défiler son enfance chez les Dursley
sans rien cacher, ni le harcèlement que la famille et les amis de Dudley lui avaient
infligé ni l’espoir que Poudlard avait représenté. Il avait la sensation désagréable d’être
disséqué vivant. Par pure vengeance, il ramena le souvenir de son premier cours de
potion où il s’appliquait à prendre en note tout ce que disait Rogue ce que celui-ci
avait pris pour de l’inattention.
Le partage s’arrêta net et Harry reprit son souffle. Le professeur Rogue ne disait
rien.
- Je prenais des notes.
- J’ai vu, Potter.
- Ce que vous avez fait était injuste. Vous avez agi sans chercher à savoir.
- Ça suffit.
Après tout ce que Rogue lui avait fait subir ces dernières années, ce qu’il s’apprêtait à
dire lui écorchait déjà la bouche mais il le fit quand même.

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- Je ne pense pas qu’on soit si différents.
Rogue referma le placard d’un geste sec.
- Que faisiez-vous dans ma Pensine ?
Harry répondit la première chose qui lui vint à l’esprit.
- À quel point votre père était un imbécile ?
Chaque pique lui donnait un peu plus envie de répliquer, mais les traces encore
humides sur ses joues et les moments qu’il venait de partager avec sa mère le
laissaient avec une étrange sensation de sérénité.
- Non, j’avais déjà eu l’occasion de voir ça la dernière fois. Honnêtement… je ne
l’imaginais pas du tout comme ça avec tout ce qu’on m’avait raconté, et je suis sûr que
lui aussi a dû se trouver idiot en grandissant. C’était vous que j’essayais de
comprendre. Dumbledore vous fait aveuglement confiance, mais… enfin avec votre
attitude… et d’un autre côté c’est vous qui avez contré Quirrell. Je ne sais toujours pas
exactement pourquoi Dumbledore vous tient autant en estime, mais je commence à
avoir une idée.
Rogue continuait de le dévisager et Harry ne parvenait pas à dire s’il avait envie de
l’assassiner, de le mettre à la porte ou s’il essayait vraiment de comprendre.
- Que ce soit clair, dit enfin Rogue, si je vous reprends à fouiller dans ma Pensine, je
m’assurerai que vous soyez expulsé du château. Maintenant partez, j’ai encore du
travail. Et reprenez ça. Puisque visiblement vous n’en avez pas besoin pour
outrepasser le règlement, je préfère que ça n’encombre pas mon bureau.
Il jeta un morceau de parchemin et pointa sa baguette vers des bocaux qui flottèrent
jusqu’au chaudron bouillonnant dans un coin du bureau. Harry baissa les yeux, sûr
qu’il se trompait, et resta bouche bée. Il venait de lui rendre sa carte ? Une vague de
gratitude le prit à la gorge.
- J’idéalisais mon père, je suppose que c’est ce qui se passe quand on ne connaît
quelqu’un qu’à travers ce que les autres veulent bien en raconter. Même s’il n’était pas

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sous son meilleur jour, d’avoir pu le voir… et d’avoir pu voir ma mère… Sirius aussi…
Il se tut avant que sa voix déraille. Ces souvenirs qu’il était si heureux de découvrir
étaient déjà devenus douloureux.
- La connaissant, votre mère aurait apprécié votre attitude, dit le professeur Rogue
en faisant signe de fermer derrière lui. Maintenant dehors Potter, je n’ai pas que ça à
faire.

Des sécateurs en main, Harry tapota sur la plante qui se hérissa aussitôt d’épines
pointues. Il ne tenait pas à ce qu’elle les lui projette à la figure, même s’il portait des
lunettes de protection. Après une fine incision, il récupéra la sève ambrée de la plante.
Il s’essuya le front et releva les yeux vers Ron et Hermione qui se disputaient à voix
basse à propos de la soirée de Slughorn et de McLaggen.
À la fin du cours, il remonta le parc en faisant comme s’il n’entendait pas la dispute
de ses amis qui se poursuivait. Il ressortit sa carte du Maraudeur. Alors que l’encre
traçait les couloirs du château, il repéra le nom de Malfoy dans les toilettes des filles
du deuxième étage.
Il fronça les sourcils. Les toilettes de Mimi Geignarde était vraiment le dernier
endroit où il l’imaginait passer son temps libre.
- Tu vas où ? lança Ron alors qu’ils approchaient de la Grande Salle.
- Je vous rejoins dans deux minutes, répondit Harry en rangeant sa carte.
Au deuxième étage, la voix aiguë de Mimi Geignarde le fit ralentir.
- Ça va aller, disait-elle. Tu sais que tu peux toujours venir ici si ça ne va pas.
Harry se décala pour voir l’intérieur des toilettes. Le fantôme de Mimi Geignarde
flottait près du lavabo où Malfoy était penché, les épaules secouées de tremblements.
- Je ne reviendrai pas ici s’il me tue. Je n’y arrive pas… Quand je rentrerai pour Noël
il voudra savoir où j’en suis. Je ne sais pas combien de temps il me donnera en plus…

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Je ne sais même pas s’il m’en donnera… J’ai déjà perdu quatre mois.
Malfoy pleurait.
Harry se figea. Ce genre de moment, il n’y avait que sous sa forme de chat qu’il
pouvait les gérer. Il s’apprêtait à rebrousser chemin quand il croisa un regard gris
dans le miroir craquelé. Malfoy fit volte-face, ses traits déformés par la haine et un
sort fusa. Harry bondit sur le côté. Le mur derrière lui explosa, un éclat entaillant sa
joue. Il sortit sa baguette juste à temps pour invoquer un bouclier. Les cris de Mimi
Geignarde résonnaient dans les toilettes, de plus en plus stridents.
En tentant de désarmer Malfoy, son sortilège ricocha dans un miroir et explosa la
porcelaine d’un lavabo. Il continua d’esquiver, parant les sorts de Malfoy sans pouvoir
se résoudre à l’attaquer. Un sort fracassa le réservoir d’une chasse d’eau derrière lui,
inondant le sol.
- Expel… commença Harry.
Il se jeta sur le côté pour esquiver un nouveau maléfice qui explosa dans son dos. Le
souffle brûlant l’envoya cogner le sol, au milieu des éclats de verre et une douleur
aiguë dans l’avant-bras lui fit lâcher sa baguette. Quelque chose de long et de
tranchant s’y était planté. Il étendit l’autre main pour récupérer sa seule arme, mais
l’eau sur ses lunettes lui brouillait la vue.
- Endoloris !
Le sortilège impardonnable le frappa sans qu’il ait pu l’éviter. Harry se recroquevilla,
les dents serrées pour ne pas hurler, serrant la baguette si fort qu’il s’attendait à la
sentir casser entre ses doigts.
- Harry ! s’exclama la voix horrifié d’Hermione.
La douleur cessa net.
Il entrouvrit les yeux et vit la silhouette de Malfoy reculer d’un pas alors que Ron et
Hermione se précipitaient sur lui pour l’aider à se relever. Il tenta d’essuyer ses
lunettes, ne parvenant qu’à déposer des taches rouges sur le verre. En les remettant, il

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vit la profonde plaie dans son avant-bras. Malfoy le fixait, figé. C’était étonnant qu’il
n’ait pas encore fui.
- Ça va, dit Harry en se détournant. Je vais bien.
Ses vêtements encore trempés d’eau et de sang, il sortit dans la couloir. Ron et
Hermione ignorèrent Malfoy et il leur en fut reconnaissant, une fois de plus. Dès
qu’ils furent assez loin, Hermione lui lança un sortilège pour le sécher et fermer les
plaies de son bras et son visage. Il en profita pour nettoyer vraiment ses lunettes.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Il t’a mis dans un état, et lui il…
Ron s’abstint de rajouter que Malfoy n’avait pas une égratignure, mais le pensa assez
fort pour que tous le devinrent.
- Je suis arrivé au mauvais moment, c’est tout, répondit-il en reposant ses lunettes
sur son nez.
- C’est tout ? répéta Hermione. Regarde dans quel état tu es. Tu ne peux pas
continuer comme ça. Qu’est-ce qui serait arrivé si on t’avait pas suivi ? Tu te mets en
danger, Harry.
- Rien… Juste… Rien.
Ron et Hermione échangèrent un regard lourd de sens, mais Harry n’avait aucune
envie de parler de ce qu’il avait surpris. Le Doloris n’avait pas été très intense, juste
assez pour qu’il soit sûr que Malfoy la haïssait bel et bien et tout ce qu’il ressentait
maintenant était un profond mal-être.
Quelle que soit l’attitude de Malfoy, il l’aiderait à survivre et puis il l’effacerait de sa
vie.

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Chapitre XI : La soirée de Slughorn

Même à l’approche de Noël, avec la neige, les branches de houx et les guirlandes
argentées qui couraient sur les murs, les professeurs ne se laissèrent pas attendrir. La
liste des devoirs et les mètres de parchemins à rendre continuaient de s’allonger.
- Tu ne prends pas mes avertissements au sérieux, lui reprocha Hermione en
enroulant sa dissertation de métamorphose pour la relire depuis le début.
- Je dois continuer, j’ai encore quelque chose à faire.
Hermione poussa un soupir exaspéré puis jeta un coup d’œil inquiet autour d’eux.
Aucune Madame Pince en vue. Elle reprit plus bas :
- Je ne te parle pas de Malfoy, Harry. Je te parle des filles qui cherchent à te faire un
philtre d’amour.
- Oh, euh… OK, c’est noté. Je ferai attention.
- Si tu invitais quelqu’un à t’accompagner à la soirée de Slughorn, ça les calmerait. Il
n’y a personne avec qui tu aies envie d’y aller ?
- Non, répondit Harry d’un ton détaché, soudain absorbé par son manuel de défense
contre les forces du Mal.
Il tourna une page qu’il n’avait pas lue en espérant que ce sujet s’enterrait tout seul.

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Imaginer Malfoy valsant avec lui paraissait si ridicule.
- Qu’est-ce qui te fait sourire, Harry ?
- Rien.
- Si tu le dis. En tout cas, surveille ce que tu bois.
Appliquant le conseil d’Hermione, Harry invita Luna à la soirée de Slughorn. Dans le
bureau agrandi, que les tentures drapées tout autour rendaient étouffant, il tenta de se
faire oublier, ce qui ne fut pas une mince affaire. Après avoir fui un petit homme
appelé Worpel, qui s’était mis en tête d’écrire sa biographie officielle, il croisa
Hermione qui fuyait McLaggen et ils fuirent ensemble face au professeur Trelawney
prête à prédire leur futur apocalyptique dans sa tasse, ce qui les poussa droit vers le
professeur Slughorn.
Et Rogue.
Alors qu’il tentait une énième fois de s’esquiver, Rusard débarqua, traînant Malfoy
avec lui.
- J’ai trouvé ce garçon qui rôdait dans un couloir. Il prétend avoir été convié à votre
soirée et être arrivé en retard.
Harry se détourna. Il ne devait pas intervenir. Il ne devait pas. Mais Rogue observait
Malfoy avec colère. Cette histoire allait mal finir. Il n’y avait qu’un endroit où Malfoy
pouvait se rendre aussi tard et si la Pensine avait clarifié un point, c’est que Rogue
n’était pas du côté de Voldemort.
- Lui avez-vous envoyé une invitation ? demanda Rusard à Slughorn.
Si sa mission était percée à jour et que Voldemort l’apprenait, quel prix payeraient
Malfoy et sa famille ?
Ce dernier dégagea de la poigne de Rusard.
- D’accord, je n’ai…
- Bien sûr que oui, le coupa Harry.
Tout le monde se tourna vers lui dans un silence que seule la musique de fond

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brisait, tout le monde y compris Malfoy. D’un coup, la pièce lui semblait suffocante.
En quête d’un peu de soutien, il se tourna vers Slughorn.
- Il est dans notre cours de potions… c’est…
- Oh, bien sûr, dit aussitôt Slughorn en écartant les bras. Merci Argus, mais tout va
bien, et puis c’est Noël !
Alors que Rusard ravalait sa déception, des murmures s’élevèrent dans la salle. Harry
résista à l’envie de quitter la fête sur le champ. Tous les regards le suivaient quand il
se fraya un chemin jusqu’à Luna, en pleine conversation avec le professeur Trelawney.
- Je suis fatigué, je vais rentrer à la tour de Gryffondor. Excuse-moi de te laisser.
- Ça ne fait rien Harry. Je suis contente que tu m’aies invitée.
En esquivant un elfe de maison coiffé d’un plateau de toasts, il se retrouva nez à nez
avec le professeur Rogue qui l’observait curieusement. Harry le dépassa à la hâte.
Dehors, il tira sue le col de sa robe de sorcier. Les couloirs étaient froids, pourtant il
avait la sensation de bouillir sur place. Si seulement Hermione possédait encore son
retourneur de temps, il aurait pu s’étrangler avec une guirlande et cacher son corps
dans un placard jusqu’à la fin de la fête.
À cette heure de la nuit, la plupart des hiboux chassaient, laissant la volière déserte.
Seuls trois préféraient dormi, la tête sous leur aile. Hedwige ne se trouvait pas parmi
elles. Harry s’assit sur les marches enneigées, ignorant le froid sous ses fesses et les
flocons qui s’infiltraient par les fenêtres sans carreaux.
Il pesait le pour et le contre de geler sur place en attendant son amie à plumes
quand des pas résonnèrent en bas de l’escalier. Harry se releva d’un bond.
Sérieusement ?
Il se tourna vers les hiboux pour se donner l’air occupé en espérant que ce ne soit
pas un invité de la fête de Slughorn. Ou pire, quelqu’un d’humeur bavarde.
- Tu as un comportement de plus en plus étrange, Potter.
OK, il aurait préféré quelqu’un de bavard. Voire Voldemort.

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Comme avoir Malfoy dans son dos ne le mettait pas en confiance, il se retourna. Sa
silhouette se découpait dans l’entrée, lui barrant la route.
- Tu me suis maintenant ?
- Ne te donne pas trop d’importance. J’essaie juste de comprendre à quoi tu joues.
- À quoi je joue ? Ce n’est pas moi qui me balade un peu trop souvent au septième
étage.
- D’après toi, j’y étais invité, répondit Malfoy.
Harry croisa les bras pour combattre le malaise. Il ne savait pas quoi faire de ses
bras ni du reste de son corps, si les sortilèges protégeant le château ne bloquaient pas
le transplanage, il aurait tenté le coup. Finir désartibulé lui paraissait un compromis
acceptable si ça le sortait de cette situation. Un courant d’air dans son cou lui rappela
la fenêtre derrière lui et il s’y appuya lentement.
- J’ai dit ça…
- Oui, tu as dit ça, confirma Malfoy.
- Je sais que je l’ai dit. Je disais : j’ai dit ça parce que…
Une excuse valable. Une excuse valable pour avoir menti à toute l’assemblée de
Slughorn et pour avoir protégé Malfoy… Merlin, comment il était censé trouver ça ?
- Rusard avait l’air un peu trop content je le supporte pas.
Le sourire de Malfoy s’étira.
- Tu le supportes moins que moi ?
- Exactement.
Un silence s’installa dans la volière. Dans la semi-obscurité, Harry était encore plus
conscient de la présence du Serpentard. La dernière fois qu’ils s’étaient retrouvés
seuls, il avait fini en sang sous un sortilège impardonnable. Malfoy fit un pas en avant.
Le cœur battant soudain à tout rompre, Harry se redressa. L’ambiance n’avait rien à
voir.
- Tu collectionnes les mensonges cette année, Potter.

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Il avait dit ça d’un ton bas, à peine audible par-dessus des craquements de la forêt, et
ajouta :
- Qu’est-ce que tu manigances.
- C’est vrai que ça te regarde, répliqua Harry à mi-voix.
- Effectivement, j’ai le sentiment que ça me concerne, répondit-il en s’avançant
encore.
Harry fit mine de s’esquiver et Malfoy le bloqua contre la fenêtre. Harry se statufia,
l’esprit blanc. La seule pensée qu’il lui restait était la peur que les battements de son
cœur s’entendent.
- À quoi tu joues, Malfoy ? murmura-t-il en plantant son regard dans le siens.
C’était probablement la pire idée du monde, mais il refusa de se détourner. Le
Serpentard prendrait ça pour une victoire.
- Toi, qu’est-ce que tu fiches ? Ton comportement est si bizarre que la moitié du
château pense que tu souffres d’une peine de cœur affreuse ou une mièvrerie dans ce
goût-là.
Harry parvint à afficher un sourire sarcastique, mais il sentait un brin d’amertume au
fond de sa gorge.
- C’est avec moi que ton attitude a le plus changé, reprit Malfoy.
- Tu rêves.
- Tu as déjà oublié notre dernier duel ? Je croyais que tu étais capable de tenir tête
au Seigneur des Ténèbres en personne.
- Ce n’est pas…
- Sans parler de la soirée de ce vieux Slughorn.
Harry resserra sa prise sur le rebord de la fenêtre, les pierres glacées anesthésiant ses
doigts. Malfoy se pencha vers lui pour lui dire quelque chose sans doute, mais son
cerveau refusa de traiter l’information. Il sentait son parfum, distinguait les détails de
son visage. En le voyant plisser ses yeux gris, Harry réalisa qu’il était censé répondre.

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- J’ai juste pitié de toi, répondit-il au hasard. Tout le monde me trouve fatigué, mais
à côté de toi je me porte très bien. Même Rogue avait l’air prêt à laisser tomber son
favoritisme quand Rusard et toi avez débarqué. Il te surveille de près ces derniers
temps, non ?
À la mention de Rogue, une étincelle de frayeur traversa Malfoy.
- Comment ça ?
Harry décrispa les mains du rebord, ses doigts aussitôt envahis par des
fourmillements.
- Comment ça quoi ? répondit-il avec un léger sourire.
Il osa se pencher en avant et ce fut au tour de Malfoy de reculer.
- Je dis juste que Rogue te surveille, donc je ne suis pas seul à penser que tu prépares
quelque chose.
- Mêle-toi de ce qui te regarde, Potter.
- Pourquoi ? Tu as peur que je découvre ton petit secret.
Malfoy parut sur le point de tirer sa baguette. Finalement, il préféra tourner les
talons.
- Je ne le répéterai pas, occupe-toi de tes affaires.
Harry lui laissa le temps de s’éloigner. Il ne voulait pas s’attarder trop longtemps
dans la volière, mais en se relevant, il réalisa que ses jambes ne le porteraient pas.
Il prit une grande bouffée d’air qui glaça sa gorge et ses poumons, les sourcils
froncés. Qu’est-ce qu’il venait de se passer là ? C’était quoi cette attitude ? Ça lui
ressemblait, mais… mais jamais il ne se serait imaginé être si proche, physiquement,
de Malfoy. Pas sous sa forme humaine en tout cas.
Est-ce que Malfoy avait déjà agi comme ça avant ?

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Chapitre XII : Choix

- Quoi, tu ne viens pas pour Noël ? Dit Ron. Mais tu ne vas pas rester seul au
château. Il n’y a quasiment personne sur les listes cette année.
Harry haussa les épaules. Il préférait le château vide. Tout le monde le harcelait de
questions sur pourquoi il avait défendu Malfoy, les rumeurs et les commentaires qui
se croyaient discrets le fatiguaient. Au moins Ron et Hermione avaient eu le tact de ne
pas insister.
La veille des vacances, alors que les élèves terminaient de boucler leurs valises, Harry
s’attarda dans un des fauteuils de la salle commune. Le sommeil le fuyait. Quand il
avait surpris Malfoy dans les toilettes des filles, il parlait de Voldemort, de l’accueil
qu’il lui réservait lorsqu’il rentrerait chez lui et il n’avait fait aucun progrès sur sa
mission depuis.
L’année précédente, les fausses visions de Sirius lui avaient donné un idée de la
cruauté dont pouvait faire preuve Voldemort lorsqu’il décidait de torturer quelqu’un.
Alors qu’il fixait les flammes de la cheminée, un éclat de lumière verte jaillit de sa
mémoire et il vit Cédric Diggory qui tombait, son visage bientôt remplacé par un
autre, plus pâle, au nez pointu…

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- Harry ?
Il releva les yeux vers Hermione qui s’était installée en face de lui avec un énorme
livre gravé de runes anciennes. Elle ne l’ouvrit pas.
- Ça ne va pas.
Ce n’était pas une question. Pour la première fois, Harry ressentit l’urgence de
partager ce qu’il savait. Il ne pouvait pas rester assis là sans rien faire. Peut-être
aurait-elle une de ses idées brillantes ? À condition de lui en parler.
Il inspira plusieurs fois. Une fois dit, rien ne pourrait l’effacer. Quand il releva la tête
vers elle, elle attendait toujours, le livre fermé sur ses genoux.
- C’est de Malfoy qu’il s’agit, dit-il enfin.
- Je m’en doutais. Tu as trouvé quelque chose ?
- Hmm… Non.
Un discret soupir lui parvint.
- Harry… peut-être que tu devrais oublier cette histoire de Malfoy devenu
Mangemort. Tu somnoles à tous les cours, tu perds le temps que tu devrais consacrer
à étudier à traquer un complot qui n’existe pas et je ne compte plus le nombre de
devoirs que tu as rendus en retard. Ce sera un miracle si tu réussis tes examens de fin
d’année. Malfoy n’en vaut pas la peine.
- Tu ne l’aimes pas, hein ?
- Malfoy n’est pas assez important pour que le Seigneur des Ténèbres se serve de lui,
il se vante juste pour que les autres Serpentards bavent. Ne t’avises pas d’échouer ton
année pour une petite fouine arrogante comme lui.
Une douleur traversa sa paume. Harry se força à desserrer le poing.
- Tu ne sais… commença-t-il d’un ton tremblant.
Il tenta de se maîtriser. Sa colère ne ferait que soulever des questions. Il reprit, avec
une froideur qu’il ne se connaissait pas :
- Je ne le déteste pas.

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- Vraiment ?
- C’est peut-être à force de l’espionner, je ne sais pas. Oublie ça.
- Tu sais, c’est une bonne chose. Ces disputes puériles avec Malfoy étaient peut-être
justifiables quand tu avais onze ans, mais c’est tout à ton honneur de passer outre.
- Puéril ? Rappelle-moi qui l’a frappé en pleine figure.
Le rire d’Hermione le contamina et il se sentit un peu plus léger. Il avait toujours eu
Ron et Hermione avec lui et rien ne semblait infranchissable, pas même d’enseigner la
défense contre les forces du Mal sous le nez du ministère pour préparer les élèves au
retour de Voldemort.
Il vérifia qu’ils étaient seuls dans la salle commune.
- Tu te souviens de l’Amortentia ? murmura-t-il.
Son cœur tambourinait comme un avertissement, mais il mourait d’envie de lui dire.
Elle avait bien accepté sa trêve avec Malfoy (enfin trêve, lui avait fait une trêve, ce
n’était pas exactement réciproque).
- Oui, tu avais senti quelque chose. Est-ce que la rumeur de Malfoy était vraie ?
Celle qui parlait d’une peine de cœur ? C’est ça qui te mine ?
- Pas exactement, mais j’ai senti quelque chose et Malfoy le sait.
- C’était qui ?
Sa voix s’était faite douce et elle avait un petit sourire.
- Malfoy.
Le sourire d’Hermione vacilla.
- Quoi ?
- Je sais que c’est difficile à croire, mais…
- N’importe qui mais pas Malfoy. Il n’a pas la moindre considération pour les autres.
Tu le connais ! Il enfonce les autres pour se sentir exister, qu’est-ce qui peut bien
t’intéresser chez quelqu’un comme lui ?
- Il n’a pas grandi dans la famille la plus ouverte d’esprit, il baigne là-dedans depuis

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toujours.
- Ça ne pardonne pas tout. Il n’a plus douze ans et il agit toujours comme le dernier
des imbéciles.
- Tu dis ça sans savoir, j’ai passé du temps avec lui, si tu essayais de comprendre tu…
Hermione éclata d’un rire froid.
- Si j’essayais de le comprendre ? Comme tu l’as fait tu veux dire ? Si je me souviens
bien, ça t’a valu de terminer trempé dans ton propre sang, permets-moi de passer mon
tour. Attends, une seconde… c’est pour ça que tu passes autant de temps sous ta
forme Animagus ? Pour passer du temps avec lui ?
Harry soutint son regard.
- Et si c’était la cas ?
- Tu te rends compte du danger que tu cours si Malfoy comprend ? Sous forme de
chat tu es à sa merci et tu sais aussi bien que moi qu’il ne t’épargnera pas. S’il apprend
qu’il te plaît n‘en parlons même pas, ajouta-t-elle en lui enfonçant son manuel de
runes dans la poitrine.
- Il ne le saura pas, répliqua Harry en écartant le livre.
- Donc tu sais qu’il n’est pas digne de confiance, dit-elle en se levant. Dans ce cas je
n’ai rien à dire, fais tous les choix idiots que tu veux mais ne comte pas sur moi pour
t’aider.
Elle disparut dans l’escalier dans une tornade de cheveux épais. Dès que la porte du
dortoir des filles claqua, Harry pressa ses tempes pour soulager un début de migraine.
Quand la chaleur de l’âtre devint trop étouffante, il quitta la tour de Gryffondor.
L’ombre d’une armure le fit sursauter. Il n’était pas supposé se balader dehors aussi
tard, alors il se métamorphosa et sauta dans un des escaliers volants.
Il arrivait au septième étage quand Malfoy apparut à l’angle du couloir, les traits
tirés. En le repérant, il esquissa un sourire.
- Tu étais là, boule de poils, dit-il en s’agenouillant devant lui.

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Harry se résigna quand il le prit dans ses bras. Ça commençait à devenir une
habitude. Au lieu de prendre le chemin de la Salle sur Demande, Malfoy redescendit
les étages, traversa le hall d’entrée et, horreur, s’enfonça dans les cachots.
- Arrête de t’agiter, dit Malfoy avec une tape sur la tête.
Il le ramenait encore dans sa salle commune ? Sa fuite de la dernière fois n’avait pas
suffi à lui faire comprendre qu’il ne tenait pas du tout à s’y retrouver enfermé ? Il eut
beau mordre et trancher, enfin mordiller et planter ses griffes dans le bras de Malfoy,
celui-ci entre. Cette fois, il se dirigeait vers les canapés noirs où Nott, Pansy, Zabini,
Crabbe et Goyle discutaient. Tout autour, les lampes diffusaient une lumière verte qui
semblait avoir traversé le lac pour se poser sur eux.
Malfoy se laissa tomber à côté de Crabbe qui lisait une BD et attrapa un numéro de
la gazette du sorcier. Harry se redressa pour regarder par-dessus le journal et croisa
les regard inquisiteurs des autres Serpentards.
- C’est le chat de la dernière fois ? demanda Zabini. Celui que tu soupçonnais d’être
un Animagus ?
Harry se raidit. Il leur en avait parlé ?
- Ce n’est pas le cas. Avec tout ce qu’il saurait s’il était humain, je ne serai pas à
Poudlard depuis longtemps.
- En tout cas, il a l’air attaché à toi, commenta Pansy, moqueuse, ce qui lui donna
envie de lui griffer la figure.
- Ça n’est peut-être plus utile mais j’ai trouvé le sort que tu cherchais, dit Nott. Celui
pour révéler un Animagus.
Derrière le journal, Harry eut un frisson.
- C’est un peu tard, répondit Malfoy en tournant une page.
- Ça ne coûte rien de vérifier maintenant, commenta Zabini en caressant sa baguette.
Très lentement, Harry se tassa, bandant ses muscles pour pouvoir bondir au moindre
sortilège. À côté de Malfoy, Pansy se pencha vers lui.

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- Tu ne trouves pas qu’il a une attitude bizarre, ton chat ?

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Chapitre XIII : Le masque brisé

Le journal qui le masquait aux autres Serpentards s’abaissa et Harry sentit son poil
se hérisser. C’était une réaction qu’il ne pouvait ni empêcher ni arrêter. La main de
Malfoy apparut devant son museau, comme pour dresser une barrière entre eux.
- Je vous ai dit qu’il était méfiant.
- C’est possible, répondit Zabini, mais Pansy n’a pas tort. Il ne se comporte pas du
tout comme un chat. Tu n’en as pas eu, donc la différence ne te frappe peut-être pas,
mais de mon point de vue c’est plutôt évident.
Harry ralentit sa respiration dans une vaine tentative de se calmer. Il devait partir et
ne plus jamais utiliser cette forme. Plus jamais. Il croisa le regard de Zabini qui avait
arrêté de jouer avec sa baguette pour la tenir fermement et bondit sur le sol. Une
fraction de seconde plus tard, un éclair bleu frappa les genoux de Malfoy. Alors qu’il
courait vers la sortie, la voix de Zabini s’exclama :
- Tu as vu ça ! Il a compris ce que j’allais faire, il a esquivé !
Un sort provoqua un vacarme derrière lui et un canapé de la taille d’un camion
atterrit devant lui, bouchant le passage vers la sortie. Harry se retourna. Malfoy
pointait sa baguette vers lui. Les Serpentards des autres années avaient interrompu

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leurs activités pour contempler la scène. D’un geste, Malfoy reproduisit le sort de
Zabini et Harry bondit de côté pour esquiver l’éclair bleue.
Le canapé agrandi le piégeait dans la salle commune des Serpentards, alors il courut
dans la seule autre voie possible : celle qui menait aux dortoirs. Sauf que ce n’était pas
une issue. En dévalant les marches, il parvint à esquiver deux des trois sorts. Le
troisième le frappa dans le dos, le projetant à l’intérieur d’un dortoir. Avec l’énergie du
désespoir, il parvint à refermer la porte avant de retrouver sa véritable apparence.
Face au panneau de bois, il tenta de reprendre son souffle. Malfoy ne l’avait pas vu.
Pas encore.
Des pas descendaient de l’autre côté. Il appuya ses deux mains contre la porte et se
rendit compte qu’il tremblait.
- Je me charge de ça, dit la voix de Malfoy de l’autre côté de la porte. Seul.
Son ton était glacial.
La poignet s’abaissa et Harry lutta de toutes ses forces pour la bloquer. Son autre
main tâtonna vers sa baguette. La force que mettait Malfoy faillit le faire céder
plusieurs fois. Lorsqu’il récupéra enfin sa baguette, il murmura un sort. La serrure se
verrouilla dans un bruit métallique et il souffle. Malfoy cessa de peser contre la
poignet et eut un rire sans joie.
- Alohomora !
Leur lutte recommença. Au bout d’un moment, le poids disparut et Harry crut que
Malfoy avait abandonné. Une mains sous la poignée et l’autre contre la porte, il sentit
soudain une chaleur se diffuser sous ses doigts. Elle gagna rapidement en intensité,
chauffant le fer à blanc. Bientôt, le bois dégagea une odeur de fumée. Harry lâcha
prise et la poignée s’abaissa brutalement, l’obligeant à la reprendre. La brûlure lui fit
monter les larmes aux yeux.
Maladroitement, il fit passer ses manches entre ses mains et le métal pour les
protéger. Ses paumes étaient déjà couvertes de cloques et la chaleur devenait

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toujours plus insoutenable. Quand la brûlure traversa le tissu, il sut qu’il allait céder.
Mais s’il abandonnait, Malfoy entrerait. Il s’accrocha à cette pensée pour ne pas hurler
de douleur. Sa respiration était de plus en plus erratique et il était sûr que Malfoy
pouvait l’entendre.
- S’infliger tout ça juste pour gagner quelques secondes.
Son avant-bras remplaça ses mains et la morsure du fer lui donna la nausée. Malfoy
avait raison, il céderait tôt ou tard. Il ne pouvait pas céder.
- J’ai tout mon temps.
Lui n’avait pas tout son temps. La chaleur ne cessait de monter, brûlant son visage
alors qu’il n’était pas collé à la porte.
- Tu peux tenir autant que tu veux, tu es coincé.
Harry serra les dents. D’un geste lent pour que Malfoy ne le remarque pas, il relâcha
la poignée et fit un pas en arrière, les yeux rivés sur la porte. L’air refroidit, plus
respirable. La brûlure qui meurtrissait sa paume l’empêchait de tenir correctement sa
baguette mais il la garda levée, et cogna le mur.
- Je commençais à m’impatien…
Malfoy s’interrompit en le voyant. Sans un mot, il verrouilla derrière lui et Harry
sentit son cœur chuter dans sa poitrine.
- Ça Potter tu vas le payer.
Il balança un maléfice, Harry parvint à le bloquer de justesse mais la douleur fut telle
qu’il lâcha sa baguette. Elle rebondit sur le sol et roula sous un lit.
- Ça t’amusais de jouer au chat de compagnie ?
- Laisse-moi passer.
Il avait réussi à garder une voix à peu près neutre malgré sa gorge sèche et les légers
tremblements qui courraient sur tout son corps. Il était prêt à abandonner sa baguette
si ça signifiait qu’il pouvait échapper aux Serpentards.
- Parce que tu t’imagines que tu vas ressortir d’ici vivant ? Répliqua Malfoy.

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Il visa le lit sous lequel sa baguette avait roulé et la fit voler à lui d’in Accio.
- Quoi, tu comptes me tuer ?
Les effets du sortilège qui l’avait forcé à reprendre sa forme humaine se dissipaient.
C’était sa dernière chance.
- J’en meurs d’envie Potter.
- Tu ne te dis pas que ma disparition attirait encore plus l’attention sur toi ? dit-il en
se décomptant mentalement les secondes qui les séparaient de sa forme de chat.
Harry bondit sur Malfoy qui esquiva, pensant qu’il visait la baguette et libérant
malgré lui le passage. La poignée encore brûlante lui arracha un cri de douleur.
Verrouillé. Le bois endommagé céda sous son coup d’épaule et il se retransforma pour
se faufiler par la brèche. Il posait la patte sur la première marche lorsqu’un sort le
frappa. Un par un, ses muscles se raidirent et il tomba sur le côté, pétrifié.
Malfoy le ramassa comme un objet et le collier bloquant sa métamorphose retrouva
sa place autour de son cou.
- Ta disparition soulèvera des questions, j’en suis sûr, mais si je te livre au Seigneur
des Ténèbres, je n’aurais pas à revenir ici. Tu vois, en fin de compte, tu es la solution à
tous les problèmes.

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Chapitre XIV : Le manoir Malfoy

la première sensation lorsqu’il reprit connaissance fut celle des brûlures qui pulsaient
le long de ses pattes avant. Il était allongé sur un matelas de vêtements où flottait
l’odeur de Malfoy et tout était sombre. En voulant se redresser, sa tête heurta presque
aussitôt un plafond. Il était dans une valise, mais est-ce que la valise en question se
trouvait encore à Poudlard ?
Deux déclics retentirent et le haut de la valise se souleva, laissant entrer de la
lumière. Ce n’était plus le dortoir des Serpentards qui l’entourait mais des fauteuils de
cuir et des meubles ouvragés formant un petit salon à côté duquel un arc dans un mur
laissait entrevoir le pied d’un lit recouvert d’une étoffe émeraude brodée d’argent.
L’unique porte était close, tout comme les fenêtres. Malfoy le posa sur un bureau en
bois sombre.
- Le Seigneur des Ténèbres sera bientôt là, il voulait un récapitulatif de mes progrès,
j’en profiterai pour lui faire part de ta présence, qu’est-ce que tu en dis ? dit-il en
s’installant au bureau avec un livre.
Harry l’ignora.
Il savait que ce qu’il ressentait pour Malfoy était dangereux, mais même ses pires

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scénarios ne l’avaient pas préparé à ça. L’angoisse ne suffit pas à chasser la sensation
qu’on lui broyait le cœur dans un étau. Ces derniers mois, il avait eu l’illusion de se
rapprocher de lui, de le comprendre. Il s’affaissa sur lui-même, les oreilles tombantes.
Au moins en le livrant à Voldemort, Malfoy serait épargné, même s’il ne méritait pas.
Le poids autour de son cou disparut soudain.
Pensant que cela annonçait l’arrivée de Voldemort, il sauta au bas du bureau et se
métamorphosa. Même désarmé, il préférait l’affronter en tant qu’humain.
- Ne sois pas si pressé. Ma marque n’est pas activée.
Harry se tourna vers Malfoy qui avait relevé sa manche du bout de sa baguette. Sur
sa peau pâle, une encre d’un noir profond dessinait un crâne de la bouche duquel
sortait un serpent.
- Tu l’as laissé te marqué ?
Harry ne parvenait pas à masquer son dégoût.
- Parce que tu crois que j’ai eu le choix ?
- Oui, j’ai bien compris que tu ferais tout pour survivre.
- Ne prends pas tes grands airs juste parce que tu es l’Élu ! répliqua Malfoy en
repoussant sa chaise. Tu aurais fait la même chose à ma place.
Envahi par une rage sans nom, Harry agrippa le col de sa chemise.
- Tu crois que je serais ici si c’était le cas ?!
Les brûlures de ses paumes l’obligèrent à lâcher et la rage retomba aussi vite qu’elle
était apparue.
- Comment ça ?
La douleur explosa dans son crâne comme si une flèche venait de le traverser. Une
main pressée sur sa cicatrise, Harry tituba jusqu’à heurter un mur.
- … Potter ?
- Voldemort est là. Il sait que je suis ici. Il arrive.
Malfoy abaissa sa baguette, son regard passant de lui à la porte.

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- Tu devrais… Retransforme-toi.
- Ça ne changera rien. Tu faiblis, Malfoy ?
Son front lui faisait de plus en plus mal au fur et à mesure que Voldemort se
rapprochait. Au moment où ses pas se firent entendre, il crut qu’il allait vomir. Puis
tout retomba. Le mage noir se tenait devant lui, son visage reptilien fendu d’un
sourire. À côté de lui, un de ses Mangemorts, Avery, le dévisageait d’un air stupéfait.
- Quelle jolie surprise, fit Voldemort. Avery, emmène-le en bas. Suis-nous Draco,
après tout c’est toi qu’il faut remercier.
Le salon du manoir était une vaste pièce qu’il détestait déjà. Ses murs d’un violet
sombre et la riche décoration étaient étouffants. Au moins les partisans de Voldemort
n’étaient pas là, seule Narcissa et Bellatrix les avaient rejoints, l’une en fronçant les
sourcils, l’autre en tirant une chaise comme si elle s’installait devant un spectacle.
Draco se tenait de l’autre côté du salon, le regard fuyant.
- Comme nous nous retrouvons, Harry Potter, susurra Voldemort.
Avery le poussa au centre de la pièce.
- Sois rassuré, je ne tuerai pas avant ce soir. Après tout il serait cruel de priver mes
Mangemorts de ce spectacle.
Il se tourna vers Draco qui se raidit.
- Nous sommes tous curieux de savoir comment tu t’y es pris pour emmener Harry
Potter ici, sous le nez de Dumbledore.
- J’ai… peu avancé sur la mission qui m’a été confié… l’Armoire à Disparaître est
plus difficile à réparer que prévu et il n’y a pas beaucoup de ressources à ce sujet,
même dans la Réserve…
- Bien entendu, tu n’es pas assez idiot pour croire que me livrer le garçon te
dispenserait de ta tâche ?
Malfoy pâlit.
- N-Non, je ne…

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- Et toi, Tom, tu n’es pas assez idiot pour croire qu’un sixième année peut venir à
bout de Dumbledore ? dit Harry en feignant un sourire. Surtout que toi-même tu n’as
jamais réussi.
Le temps sembla se figer, les Mangemorts le regardant avec effroi. Bellatrix fut la
seule à ne pas sursauter quand Voldemort éclata de rire et le Doloris qui suivit le
déchira, pire que tous ceux qu’il avait encaissés avant. Il hurla tout l’air de ses
poumons, vacilla et sa tête cogna le marbre. La douleur ne faiblissait pas, ne s’arrêtait
pas. Quand, enfin, Voldemort leva le sortilège, son cri continuait de résonner à ses
tympans.
L’intrusion dans son esprit fut tout aussi brutale. Il tenta de chasser Malfoy, mais
Voldemort ne lui laissait aucun répit. En désespoir de cause, il poussa les souvenirs
qui n’impliquaient pas sa forme Animagus. La fête de Slughorn, la volière, leurs
affrontements…
- Voilà qui est intéressant.
Une joue contre le sol, Harry rouvrit les yeux et ce fut comme si son sang le quittait.
Les pupilles écarlates de Voldemort s’étaient arrêtées sur Malfoy.
- J’ai à faire. Bellatrix, je te confie le garçon. Fais en sorte qu’il démontre plus de
politesse ce soir, je crains que Dumbledore ait oublié de la lui enseigner. Ne le tue pas,
ajouta-t-il à l’intention de son serpent. Que Draco ne quitte pas le manoir.

Draco était des les escaliers conduisant à ses appartements quand les hurlements
reprirent. Il monta les dernières marches quatre à quatre et referma derrière lui, mais
les cris transperçaient le bois. Chaque nouveau le tendait un peu plus, Bellatrix avait
beau être sa tante, il ne voulait pas passer entre ses mains.
Un hurlement plus long que les autres lui fit grincer des dents. Potter n’avait pas
émis le moindre son sous son Doloris, à quel point la torture était-elle pire ? Il

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frissonna en réalisant que ça aurait pu être lui s’il ne l’avait pas livré… et si Potter
n’était pas intervenu. Comme avec Slughorn, quand Rogue le fixait dangereusement.
Il continuait de hurler, Draco jeta un sort de silence et resta planté là, le souffle
court. Le silence était pire encore. Il contourna le canapé vers le coin qui avait été
aménagé pour les potions à l’instant où il avait manifesté un peu d’intérêt pour cette
discipline. Il alluma un feu magique sous le chaudron en argent puis fouilla la
bibliothèque qui prenait tout un pan du mur jusqu’à retrouver un vieux grimoire dont
la reliure était aussi large que son poing. Il passa le doigt sur l’index jauni et s’arrêta
sur une des potions. Pendant les heures qui suivirent, il se concentra sur sa
préparation pour oublier ce qui se passait en bas.
Plusieurs fois, il leva le sortilège de silence. Entendre les cris faiblir peu à peu le
secoua et il manqua de rater sa potion plusieurs fois. Une fois la texture pâteuse qu’il
désirait, il alla tirer les rideaux émeraude. Le soleil avait commencé à décliner,
étendant des rayons paresseux sur le domaine enneigé. La baguette dans sa poche
arrière, il ressortit dans le couloir. Le silence qui y régnait le fit frissonner.
Il avait peu de temps avant le retour du Seigneur des Ténèbres, mais pour l’instant
les couloirs étaient déserts. En bas, il entendit les voix de Bellatrix et Avery provenant
du salon, remerciant le tapis qui étouffait ses pas, il se rapprocha, collé au mur. Le
cœur battant, il se pencha de quelques centimètres vers le salon. Sa tante discutait
avec l’autre Mangemort, une tasse de thé à la main, mais aucune trace de Potter.
C’était ce qu’il espérait et en même temps, il aurait préféré que Potter soit avec eux.
Il n’aurait eu aucune occasion d’agir. Il aurait dû se contenter de remonter dans sa
chambre et sa vie aurait suivi son cours.
En haut des escaliers qui s’enfonçaient vers la cave humide, il fixa les ténèbres,
écoutant les bruits autour de lui. Personne ne venait, c’était le moment ou jamais.
Mais s’il descendait, et qu’un Mangemort arrivait à ce moment ? Pire, et si c’était
Voldemort ? Quelques secondes s’écoulèrent sans qu’il entende autre chose que les

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voix de Bellatrix et Avery. Il aurait eu le temps de descendre. Plus il attendait, plus
c’était dangereux, mais son corps était paralysé. Le crissement d’une chaise dans le
salon le fit sursauter et il faillit repartir.
« J’ai bien compris que tu ferais tout pour survivre. »
la voix de Potter lui rappela aussitôt ses hurlements. Très lentement, Draco descendit
la première marche.

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Chapitre XV : Gryffondor

Les marches qui descendaient à la cave humide s’enfonçaient dans les ténèbres.
Draco entendit une respiration difficile avant de voir la silhouette recroquevillée dans
un coin à travers les barreaux de la porte.
- Potter, murmura-t-il.
Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.
- Potter, répéta-t-il, à peine plus fort.
La silhouette ne bougea pas. Il hésita à déverrouiller la porte, mais il risquait
d’activer un sort de sécurité.
- J’ai peu de temps, transforme-toi et viens par ici.
Toujours rien. Après avoir revérifié que personne ne venait, Draco agrippa les
barreaux.
- Dépêche-toi ou je te laisse mourir ici.
Il ne recevait aucune réponse. Alors qu’il s’apprêtait à tourner les talons, il crut
discerner un sanglot et jura.
- Potter, par Merlin si tu m’entends réagis ! dit-il entre ses dents.
Il commençait à avoir des sueurs froides.

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- Je n’y… arrive pas…
Sa voix était faible.
- Va-t’en…
- Je me fiche de l’état dans lequel tu es, de si c’est difficile ou de si ça te fait mal !
Content-toi de faire ce que je te dis ! Maintenant !
Draco serra un peu les barreaux en jetant des coups d’œil terrifiés par-dessus son
épaule. À tout moment, l’ombre du Seigneur des Ténèbres pouvait surgie.
D’interminables secondes s’écoulèrent et il eut peur que Potter soit retombé
inconscient. Une vague de soulagement le parcourut en voyant la forme rapetisser.
- Viens par ici, dit-il en tendant la main dans la prison. Vite.
Le chat se souleva, s’effondrant plusieurs fois. Lorsque son museau frôla le bout de
ses doigts, il ne se releva pas. Draco se déboîta l’épaule pour l’atteindre, le visage
pressé contre les tiges de métal. Finalement ses doigts se refermèrent sur la fourrure
poisseuse. Du sang. Délicatement, il le fit passer à travers les barreaux de la porte et le
récupéra contre lui.
Remonter l’escalier mit ses nerfs à rude épreuve, mais personne ne surgit pour lui
barrer la route. Bellatrix et Avery discutaient encore dans le salon. Il reprenait le
chemin de ses appartements quand la Marque des Ténèbres sur son avant-bras le
brûla. Il franchit les dernières marches en courant et referma derrière lui avec un
vertige.
Qu’est-ce qu’il venait de faire ?!
Il ramena ses cheveux blonds en arrière. Il devait agir avant que l’angoisse le
paralyse complètement. Avec précaution, il poussa le chat sous son armoire puis
nettoya les traînées de sang sur le sol et sur ses vêtements, recouvrit le chaudron et
s’allongea dans son lit.
Le cœur battant, il attendit qu’on découvre l’absence de Potter. Le temps lui parut
atrocement long avant qu’on fasse irruption dans ses appartements. Il compta

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quelques secondes avant de sortir hors du lit, pour être sûr qu’on le verrait se lever.
Ce fut Bellatrix qui accourut, suivie par le Seigneur des Ténèbres en personne.
- Je me suis endormi, dit-il en puisant dans son angoisse et sa fatigue pour rendre
son rôle crédible. Je suis désolé. J’ai raté le rassemblement ?
- Draco, est-ce que tu as vu Potter ? dit Bellatrix en le secouant par les épaules.
- Quoi ?
Le seigneur des Ténèbres repoussa Bellatrix.
- On m’a assuré que le garçon n’était pas en état de s’échapper et il a oublié ceci
derrière lui.
Il tenait une paire de lunettes ronde. Un des verres s’était brisé et la branche
opposée pendait misérablement.
- Il n’a pas pu aller loin, fit Draco sans parvenir à affronter les iris rouges dardés sur
lui.
Les Mangemorts fouillèrent sa chambre, mais aucun n’alla jusqu’à chercher Harry
Potter sous son armoire. Quand le Seigneur des Ténèbres repartit, Draco sut qu’il
restait le principal suspect.
Par prudence, il attendit que la nuit soit tombée pour déposer le chat sur son lit.
Juste au cas où, il lança un sort de silence sur ses appartements et lui redonna forme
humaine.
L’étendue des dégâts le fit grimacer. Des morsures déchiraient son épaule, ses bras et
une avait atteint ses côtes, laissant sa veste en lambeaux. Les blessures n’étaient pas
mortelles, mais le venin si. Il tiendrait peut-être un jour de plus sans soins, le Seigneur
des Ténèbres n’avait pas prévu de le laisser vivre aussi longtemps de toute façon.
En dégageant sa veste, Draco découvrit l’angle que formait son avant-bras droit et
eut un haut-le-cœur. Les taillades et les hématomes il pouvait gérer, mais il n’était pas
Médicomage bon sang. Débarrassé de la veste, Draco ramena le chaudron près du lit
et récupéra un peu de la pâte verte, l’étalant sur la chair où suintait le poison. En

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séchant, elle prenait la consistance de l’argile, recouvrant les plaies comme un
pansement.
Quand il était jeune, sa mère lui avait appris un éventail de sorts de soin. Rien
d’incroyable, mais ils refermèrent les plaies superficielles et gommèrent les bleus.
La peau sur ses paumes semblait gonflée. En la retournant, Draco découvrit les
brûlures et les cloques qui la boursouflaient, remontant le long de l’avant-bras. Ce
n’était pas l’œuvre de Bellatrix.
- Se blesser à ce point juste pour… pourquoi ? M’empêcher de rentrer ? Tu es ridicule,
Potter. Je savais que c’était toi au moment où tu as esquivé le sort de Blaise.
Au lieu de se débarrasser de la porte avec un Reducto, il lui avait fait payer. C’était
ce qu’il voulait. Il reposa le bras cassé dont les brûlures étaient atténuées. Le visage de
Potter était tourné vers lui, les yeux clos comme s’il dormait, mais ses traits étaient
tirés par la douleur.
Draco serra les dents.
C’était ce qu’il voulait. Et Potter l’avait mérité, à l’espionner, à le tourner en
ridicule… C’était sa faute s’il s’était retrouvé là.
Draco sacrifia une de ses écharpes pour immobiliser le bras cassé.
Pourtant, Potter n’avait pas fait ça pour le dénoncer, sinon il aurait fini à Azkaban le
jour où cette Katie Bell avait touché le collier. Plus que ça, il savait qu’il projetait un
meurtre et il n’avait rien dit.

Dans la lumière de sa bougie, Draco lisait à son bureau. Malgré lui, son regard
quittait régulièrement les pages pour se hasarder vers le lit. La silhouette qu’il
distinguait dans la pénombre n’avait pas bougé depuis plusieurs heures. Au bout d’un
moment, il mit une plume en marque-page et s’approcha du lit.
C’était normal d’être aussi immobile ?

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Il avança sa main vers le cou de Potter. Un instant il ne sentit rien et eut
l’impression que son cœur chutait dans sa poitrine, puis une discrète pulsation frôla le
bout de ses doigts. À l’instant où il retira sa main, Potter frissonna violemment. Sa
respiration s’accéléra et il tenta de s’éloigner de lui. Se félicitant d’avoir lancé un
sortilège de silence, Draco le retint alors qu’il se débattait de plus belle.
- C’est moi, Potter.
Il n’avait aucun mal à le maintenir immobile. Le peu de force qu’il parvenait à lui
opposer était alarmant et ça allait empirer s’il ne se calmait pas.
- Arrête de bouger. Ce n’est que moi.
Rien de ce qu’il disait ne l’atteignait, alors Draco l’obligea à le regarder. Ses yeux
verts se fixèrent sur lui, écarquillés comme s’il ne le reconnaissait pas. Potter se figea
soudain et articula quelque chose. Draco crut discerner son nom, puis il réalisa qu’il
lui demandait de l’achever.
- Personne ne te trouvera.
Potter avait les yeux mi-clos. Une seconde après il s’affaissait, inconscient, et Draco
resserra sa prise sur son épaule.
Tout ça était arrivé par sa faute, parce qu’il l’avait espionné.
Lentement, Draco le relâcha et se laissa tomber assis sur le lit, la tête entre les mains.
Il avait dit que personne ne le trouverait, mais il n’en savait rien. Il avait dit que
personne ne le trouverait, mais il n’en savait rien. Il avait agi sans réfléchir et
maintenant il devait protéger un Potter mourant tout en sauvant sa propre peau alors
que le Seigneur des Ténèbres le suspectait. Ce genre de choix complètement stupide
était digne d’un Gryffondor, pas de lui. Il voulait vivre.

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Chapitre XVI : Serpentard

L’angoisse le prit à la gorge quand Harry reprit connaissance pour la deuxième fois.
Il avait toujours l’impression d’avoir été jeté dans une forêt de saules cogneurs, mais
Voldemort n’était pas venu le chercher.
« Ils ne te trouveront pas »
Malfoy lui avait dit ça. Le tissu qui frôlait sa joue était celui d’un couvre-lit. Il fronça
les sourcils. La pièce était sombre mais il n’était plus dans la cave. Des frissons le
parcoururent et il tenta d’ignorer le rire de Bellatrix qui résonnait encore dans son
esprit.
Derrière les rideaux, il distinguait le ciel noir. Il faisait nuit et il était toujours en
vie… comment ? Sous la fenêtre, la silhouette de Malfoy était assoupie contre son
bureau, la tête dans ses bras.
Sa voix qui l’appelait n’était pas un rêve ? Il était venu le chercher ? Malfoy n’était
pas courageux, il ne l’imaginait pas prendre autant de risques pour le tirer des griffes
de Voldemort.
Tout son corps protesta quand il voulut se redresser et il retomba en grimaçant de
douleur. Son bras pesait des tonnes. Il revit le serpent bondir vers lui, sa gueule aux
crocs acérés se refermant sur son épaule. Au lieu de trouver la plaie, il frôla ce qui
ressemblait à un morceau de terre sèche. Pendant un instant, il crut que c’était sa peau

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puis se calma en sentant le cataplasme s’émietter. Son bras droit était enveloppé de ce
qui ressemblait à une écharpe rigidifiée par un sort.
Il releva le regard vers la silhouette de Malfoy.
Il avait eu plus d’une fois la preuve que le Serpentard le mettait en danger, mais il
n’aurait jamais cru qu’il risquerait sa vie pour sauver la sienne. Son cœur accéléra,
décuplant les pulsations des morsures et de son bras cassé, il étouffa un cri de
douleur. Malfoy se redressa, sa baguette brandie.
- C’est toi, marmonna-t-il en passant une main sur sa figure. Réveillé ?
- Ouais.
Harry se détourna. Son précédent réveil était flou, mais ses yeux brûlants et son état
le mettaient mal à l’aise.
- Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Je suis descendu te chercher.
- C’est trop aimable.
- Tu réalises que j’ai risqué ma vie pour te récupérer ?
Harry éclata d’un rire froid qui tira sur ses plaies encore vives.
- Et je devrais te remercier sans doute ?
Il laissa sa tête retomber sur les coussins, profitant du fait qu’il tourne le dos à
Malfoy pour grimacer. Ses blessures lui faisaient un mal de chien.
- Bellatrix est déjà passée, avec le Seigneur des Ténèbres, parce qu’ils me
soupçonnaient de t’avoir aidé.
Ce simple nom raviva tous ses souvenirs et il garda les yeux fermés pour lutter
contre les vertiges. Après un long moment qui lui donnait l’impression de chuter vers
les enfers, la voix de Malfoy le ramena à la réalité.
- Ce n’est pas ce que je voulais.
Harry tenta de retrouver son calme mais sa voix tremblait encore quand il répliqua :
- Tu t’imaginais qu’il allait me tuer gentiment ?

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- C’est toi qui a décidé de me suivre que je sache. Laisse tomber, Potter.
Le bruit d’une chaise qu’on tire se rapprocha du lit.
- Donne-moi ton bras.
Après une hésitation, Harry bascula sur le dos et lui tendit son bras valide. Alors
qu’il examinait les cataplasmes, Malfoy demanda :
- Quand tu as affronté le Seigneur des Ténèbres, pendant le Tournoi des Trois
Sorciers, comment tu t’en es sorti ?
- Ça ne servira à rien ici.
- Peu importe. Raconte.
Pour meubler le silence, Harry finit par lui raconter. Sa voix était un peu rauque et
et Malfoy finit pas aller lui chercher un verre d’eau en roulant des yeux. Même quand
il faisait quelque chose de positif, il faisait en sorte d’être désagréable. Sur le lit, il
déposa également une fiole remplie d’une pâte verte. Harry s’obligea à boire à petites
gorgées alors que Malfoy débouchait le flacon, puis reprit son récit. Il se souvenait
encore vivement de l’Endoloris que Voldemort avait utilisé contre lui dans ce cimetière.
- Je ne sais pas ce que ça fait, admit Malfoy.
- Ça dépend de la personne qui l’utilise et de ses intentions.
En le voyant se figer, Harry ajouta :
- Le tien n’était pas grand-chose en comparaison.
- Rien de tout ça ne serait arrivé si tu ne l’avais pas provoqué, répliqua Malfoy en
attrapant son bras pour retirer la pâte séchée de son épaule.
Il récupéra un morceau de potion et l’appliqua. Harry se laissa faire sans bouger.
Après avoir pansé les blessures les plus visibles, Malfoy déposa la fiole à côté de lui.
- Tu as une dernière morsure là, dit-il en indiquant ses cotes.
Il le laissa seul.
Harry n’avait pas besoin qu’il le lui dise, il la sentait parfaitement. En soulevant son
t-shirt, il découvrit qu’un cataplasme la pansait déjà et il écarquilla les yeux, envahi

101
par une chaleur désagréable.
Faire tomber l’ancienne couche fut facile, mais la remplacer d’une seule main tout en
gérant la sang qui perlait, son t-shirt et en gardant la fiole droit fut infernal. Le
résultat final était un peu approximatif, mais au moins ça ne saignait plus.
- Le venin empêche tes blessures de se refermer, dit Malfoy en revenant. La potion
contre un peu ses effets mais ne t’attend pas à un miracle.
Ses muscles le lançaient. Il s’appliquait à respirer lentement mais Malfoy ruina tous
ses efforts.
- Pourquoi tu l’as provoqué ? Tu es complètement stupide ou tu ne peux pas
t’empêcher d’agir comme si tu avais peur de rien parce que tu es un Gryffondor ?
À ton avis, il serait arrivé quoi si je n’avais rien dit ? répliqua Harry, acide.
- Il se serait peut-être contenté de t’enfermer.
- C’est vraie, après tout il aurait été occupé avec toi.
- C’est bien ce que je pensais, tu voulais détourner son attention de moi. Je peux
savoir en quel honneur ?
Malfoy reprit place sur la chaise à côté de lui.
Respirer. Lentement.
- J’étais condamné, pour ce que ça changerait.
- Tu n’étais pas condamné quand j’ai débarqué à la soirée de Slughorn.
- Non.
- Ni pendant notre duel.
- C’est vraie mais…
- Et rien ne t’empêcherait de te retransformer et de te battre dans notre dortoir. Tu
as préféré jouer à cache-cache.
Harry bascula sur le côté, lui tournant une nouvelle fois le dos. Sa poitrine se
soulevait rapidement, les lancements se faisant plus vifs à chaque inspiration.
- Tu n’as rien dit de ce que tu savais, sinon on m’aurait arrêté depuis longtemps. La

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belette et ta copine Sang-de-Bourbe savent ?
- Retire ça de suite, Malfoy, ou je t’étrangle.
- Je suis mort de trouille, Potter. Et donc ? Weasley et Granger ils savent ?
- Non.
- J’espère que tu as une bonne explication.
Même de dos, Harry sentait son regard peser sur lui.
- Tu avais l’air seul, marmonna-t-il. Quand j’ai compris ce que Voldemort t’avait
demandé, j’ai eu espoir que tu sois un peu plus qu’un petit crétin arrogant et j’ai voulu
t’aider, je suppose.
Un bruit sourd les fit sursauter. Harry se retransforma en catastrophe, Malfoy le
poussa entre les coussins, rabattant le haut de la couverture sur lui. Ça ne le masquait
pas complètement. Harry se recroquevilla quand Bellatrix traversa l’arche et fondit sur
Draco.
- Draco, si tu as quoi que ce soit à voir avec la fuite de Potter tu dois le dire tant que
notre Seigneur peut le rattraper.
- Si je savais quelque chose, je l’aurais déjà dit, répliqua-t-il.
Il était pâle mais au moins, il n’hésitait pas.
- On a couvert tout le manoir et il n’est nulle part. Notre maître pense que tu es lié
à sa fuite, tu es sûr de ne rien savoir ?
- Oui, je te l’ai dit.
- Draco, je dois insister, ta mère ne se le pardonnerait pas s’il t’arrivait quelque
chose.
- Pourquoi j’irais aider Potter ? C’est moi qui l’ai amené ici !
Malfoy resta aussi immobile qu’une statue jusqu’à ce que la porte se ferme. Après
avoir jeté un œil de l’autre côté de l’arche, il se tourna vers Harry qui avait repris
forme humaine.
- Il va m’interroger… et si je mens… Mais ça n’aurait aucun sens que j’ai décidé de

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t’aider, même Bellatrix le sait, je peux peut-être…
- Malfoy, Voldemort est un Legilimens, tu ne pourras pas mentir s’il entre dans ton
esprit.
- Je sais !
- Si tu le sais, pourquoi est-ce que tu m’as aidé ?
- Ferme-la ! s’exclama Malfoy.
Tous deux se tournèrent vers l’arche mais n’entendirent aucun bruit. Voldemort
n’allait pas tarder à s’apercevoir de sa présence de toute façon.
- Dis-moi que tu as une idée, Potter.
Harry fit « non » de la tête. Même en se rendant, ça ne ferait pas une grande
différence. La seule chose qu’il pouvait faire était de minimiser l’aide que Malfoy lui
avait apportée. Il tira sur un des cataplasmes.
- Qu’est-ce que tu fais ?
- Tu veux qu’il voie la potion que tu as préparée pour me soigner ? Écoute, dis-lui
que je suis un Animagus et que c’est comme ça que tu as réussi à m’emmener ici, que
quand je me échappé, tu as cru que j’avais reçu de l’aider, avant de comprendre que
j’avais utilisé mon autre forme. Tu as fait semblant de ne pas savoir pour ne pas avoir
d’ennuis. C’est proche de la réalité, tu as une petite chance qu’il ne vérifie pas tes
souvenirs.
Malfoy attrapa son poignet et l’éloigna de la pâte verte contre laquelle il se battait.
- Garde ça. Tu vas partir pour de vrai, Potter.
De sa valise, il sortit une baguette que Harry aurait reconnue entre mille, la sienne,
qu’il lui rendit.
- Je vais ouvrir la porte. Je ne regarderai pas et toi tu vas partir.
Sa baguette serrée dans son poing gauche, le droit toujours en écharpe, Harry
éprouva un désagréable pincement au cœur.
- Dégage avant que je ne change d’avis, insista Malfoy en levant sa baguette.

104
Harry acquiesça.

Tourné vers les rideaux, Draco entrevoyait un ciel rosé. L’aube se levait enfin, sur ce
qui serait peut-être son dernier jour. Ce qu’il venait de faire était plus héroïque que
n’importe lequel des exploits de Potter. Décidant qu’il lui avait laissé assez de temps
pour quitter la pièce, il leva le sort de silence qu’il s’était mis pour être sûr de ne
donner aucun indice au Seigneur des Ténèbres.
Ce dernier n’était pas encore là, peut-être interrogeait-il d’autres Mangemorts à la
recherche du traître. Draco l’attendit debout au milieu de la pièce en préparant ses
barrières mentales. Quand la porte de ses appartements s’ouvrit, son esprit devint
comme blanc, fixé sur le serpent qui glissait au pied de la robe du mage noir. Le
Seigneur des Ténèbres donna un ordre à Nagini, un ordre que lui ne comprenait pas.
- J’ai fait une erreur, dit Draco, que le silence glaçait. Vu l’état dans lequel Potter
était, je n’ai pas pensé que c’était utile d’en parler… C’est un Animagus, c’est comme
ça que j’ai pu l’emmener ici.
- L’état dans lequel Potter était ? Je présume que tu l’as vu au moment où tu es
descendu le libérer.
Draco sentit sa respiration se bloquer. Le mage noir pénétra son esprit, toutes les
barrières mentales qu’il avait mises en place volèrent en éclats et il se revit avec
horreur dire à Potter de partir.
- Quelle est sa forme d’Animagus ?
- Le chat, il se transforme en chat.
L’intrusion s’arrêta net. Draco n’osa pas relever la tête, mais le serpent s’enroulait
autour de ses pieds, le terrifiant presque autant que le Seigneur des Ténèbres. Il avait
vu que ses crocs pouvaient faire à la chair.
- Sais-tu ce qui arrive à ceux qui me trahissent, Draco ?

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La boule dans sa gorge l’empêcha de répondre.
- Il se trouve que malgré toi, tu peux encore m’être utile. C’est la seule raison pour
laquelle toi et ta famille êtes encore en vie, ne l’oublie pas. Quant à Harry Potter, il
n’ira pas très loin dans son état.
Il siffla Nagini. Après un coup d’œil de regret vers Draco, celui-ci glissa derrière son
maître. Avec l’impression qu’on venait de lui scier les jambes, Draco se laissa tomber
dans un fauteuil. Lui survivrait, pour l’instant, mais il était seul à présent et en
poussant Potter à fuir, il l’avait précipité droit vers sa mort. Cette fois, il ne pourrait
rien pour l’aider.
Il était au bord de la crise de nerfs quand un grincement lui fit tirer sa baguette. Ça
venait de sa chambre.
En passant sous l’arche, il découvrit que son armoire était ouverte. Appuyé contre un
des battants, Harry Potter le fixait, l’ait assez satisfait de lui-même.
Draco leva les yeux au ciel et rangea sa baguette.
- Qu’est-ce que tu fiches ici ?
- Je me suis dit qu’on aurait plus de chances ensemble. S’il avait tenté de te tuer,
j’aurais pu l’attaquer par surprise. J’ai eu raison de rester de toute façon.
Après tout le mage noir croyait ce que Draco lui-même avait cru : qu’il avait fui. Ça
ne les sauvait pas, mais même si elle était infime, ils avaient une chance.

106
Chapitre XVII : Une nuit glaciale

l’adrénaline lui avait permis de tenir dans l’armoire pendant l’interrogatoire de


Voldemort, ignorant ses blessures. Quand elle retomba, la pièce se mit à tanguer,
comme s’il se trouvait soudain sur le pont d’un bateau. Harry fit un pas dans la
tempête, un voile noir passa devant ses yeux et il s’effondra.

Une faible secousse l’arracha au sommeil. Il faisait nuit.


- Retransforme-toi en chat, murmura Draco en bâillant, un genou posé sur le lit.
Au prix d’un gros effort, il parvint à se métamorphoser. Malgré sa fatigue, Draco prit
le temps de remettre les cataplasmes que la transformation avait enlevés. Harry tenta
de calculer combien de temps s’était écoulé mais il avait perdu le fil. Tout ce qu’il
savait c’est qu’il faisait nuit noire. La lumière des étoiles était étrange, faible, il faisait
froid. Il écarquilla les yeux quand Draco se laissa tomber à côté de lui.
- Ne me regarde pas comme ça. Ils savent que tu es un chat, si quelqu’un entre à
l’improviste je dois te cacher vite. Je tiens à ma vie.
Harry reposa son museau sur la couette, incapable de se rendormir. Il avait mal et il
avait froid. Les carreaux de la fenêtre semblaient avoir glacé à l’intérieur. Ses ris se
baladèrent autour de lui. La main de Draco reposait tout près, la bague en argent

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ancienne à son doigt captant un peu de lumière. Draco changea de position et Harry
ferma les yeux, faignant de dormir.
Il capta malgré tout un mouvement, juste avant qu’il effleure son dos, évitant les
blessures. Est-ce que Draco était mal réveillé ? Il n’était pas un chat qu’on pouvait
câliner… ! D’un autre côté, il comprenait mieux pourquoi les animaux réclamaient
sans cesse des caresses, et puis ça le distrayait des tiraillements. De toute façon, il
faisait semblant de dormir, donc il pouvait bien profiter un Peu… pas longtemps…

un frisson le réveilla. Harry ravala sa frustration. Il avait réussi à s’endormir et le


froid l’avait réveillé. La seule source de chaleur était la main de Draco contre laquelle
il s’était endormi. D’habitude sa fourrure suffisait à le garder au chaud, mais cette fois
le froid semblait venir de l’intérieur. L’idée d’avoir perdu trop de sang lui fit peur,
mais il songea qu’il s’était probablement juste trop affaibli pour se réchauffer.
Une ombre passa dans la chambre.
Harry se tourna vers la fenêtre, juste à temps pour voir un morceau de cape en
lambeaux. Le carreau gela un peu plus autour et il comprit. Voldemort avait déployé
des Détraqueurs tout autour du manoir pour le retrouver. Il s’imagina errant dehors
seul et blessé, son âme peu à peu aspirée. Une pluie fine vint se déposer sur les
carreaux et il frissonna. Pour une fois, il avait eu raison de choisir Draco Malfoy.
Il continua à rêvasser, s’imaginant près du feu dans la salle commune de Gryffondor
ou attablé devant un plat brûlant, ce qui lui fit réaliser qu’il mourrait aussi de faim. Il
jeta un coup d’œil vers Draco. Ce n’était pas comme si il pouvait… Son cerveau
semblait aussi engourdi par le froid que son corps. Là-bas, il ne grelotterait plus. Il se
remit debout et approcha avec autant de discrétion que sa patte brisée lui permettait.
Une fois passé sous la couverture, il se blottit contre Draco et tendit l’oreille, le cœur
battant. Draco remua dans son sommeil et ramena son bras à deux centimètres de son

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museau. La chaleur qui émanait de lui chassait le froid des Détraqueurs. Une fois
calmé, Harry se mit à somnoler.
Tout ce qu’il avait à faire, c’était se réveiller avant Draco et s’éloigner de lui. Ses
blessures ne le laissaient jamais dormir très longtemps de toute façon.

Une lumière pâle faisait briller le verni de l’armoire devant lui. Harry sentait la
poitrine de Draco se soulever au rythme lent de sa respiration. Il devait bouger, mais
n’en avait aucune envie. Sans s’en rendre compte, il glissa vers le sommeil.
À la seconde où il rouvrit les yeux, une vague de panique l’envahit. Draco n’était plus
là.
Le bruissement d’une page lui apprit qu’il lisait à son bureau. Peut-être que s’il ne
faisait pas de commentaires, Draco n’en ferait pas non plus ? À peine redevenu
humain, il reçut un sourire narquois.
- Quoi ?
- Bien dormi, Potter ?
- Pourquoi tu demandes ça ? grimaça-t-il.
Draco reposa son livre et ramassa les fioles de potions qu’il laissa tomber sur le lit.
- Tu n’étais pas au même endroit à ton réveil.
- C’est peut-être toi qui m’as déplacé. Tu irais caresser la tête de McGonagall quand
elle est sous sa forme de chat ?
- La vieille McGonagall a l’air aussi sévère en chat qu’en humain, personne n’irait lui
frotter la tête. À côté tu me donnes juste l’impression de dormir à côté d’une boule de
poils, toi par contre tu n’as aucun problème à dormir contre moi, j’en prends bonne
note. Ah et, bien tenté Potter, ajouta-t-il en se penchant vers lui pour lui glisser à
l’oreille : mais j’étais réveillé.
Harry s’écarta comme s’il l’avait brûlé.

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Parfait. Génial. Magnifique.
- Il faisait froid.
Il attrapa une des fiole en sachant que sa justification aurait très peu d’impact et bien
sûr, le bouchon résista. D’une seul main, il avait peu de prises pour le faire sauter et il
faillit commettre un meurtre quand Draco le lui prit pour l’ouvrir.
- J’ai peut-être une idée pour te sortir de là. Si le Seigneur des Ténèbres te pense de
retour à Poudlard, il suspendra ses recherches et on aura le champ libre pour te sortir
d’ici, mais pour ça on a besoin de quelqu’un d’extérieur fasse courir le bruit que tu es
de retour au château.
Harry hésita. La carte qu’il s’apprêtait à jouer était imprévisible, mais elle était aussi
leur meilleure chance.
- Rogue.
- Rogue est un Mangemort, Potter.
- J’ai de fortes raisons de croire que non, répliqua-t-il, et Voldemort lui fera
confiance.
- J’espère que tu sais ce que tu fais. Enfin, moi ça m’arrange. Personne ne trouvera
suspect que je lui écrive à propose d’un devoir de potions.
Draco s’installa sur la chaise à côté de lui, un livre en équilibre sur son genou
servent de support à la lettre.
- Comment lui dire que tu es ici ? Je parle d’un chat ?
- Voldemort est au courant, s’ils vérifient la lettre ils sauront… parler-lui de Lily à la
place, qu’elle est au château.
- Au passage, dit Draco en écrivant. Est-ce que tu peux me confirmer que Lily est à
Poudlard, je dois travailler sur un devoir avec elle avant la fin des vacances. Bien sûr
elle ne peut pas me répondre elle-même, on s’est disputé pour la millième fois. Je sais
qu’elle est à Poudlard j’ai juste besoin que tu fasses passer le message, histoire que je
ne rentre pas pour rien.

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Une fois la lettre pliée dans l’enveloppe, Draco le laissa quelques minutes.
- Aucune fille de notre année ne s’appelle Lily, mais tu es sûr que ça suffira à attirer
son attention ?
- Oh oui.
- Une seconde… Lily, c’est le nom de ta mère pas vrai ?
- Ils étaient proches, répondit-il, surpris qu’il soit au courant. Et ton message est
parfait.

111
Chapitre XVIII : Draco fait les courses

Harry passa les heures qui suivirent dans un état comateux qui lui fit perdre tout
notion du temps. Son esprit s’embourbait dans un marécage de plus en plus profond
pour fuir son corps épuisé par les blessures qui ne guérissaient pas. Chaque fois que
Draco voulait lui parler, il déployait des efforts colossaux pour rester conscient.
- … a renvoyé les Détraqueurs… Rogue a fait passer le message que tu es de retour à
Poudlard… tter ?
Ses paupières se fermaient seules sur ses yeux brûlants.
- … chat.
Harry grogna, aspirant juste à replonger dans les limbes du sommeil. La voix à son
oreille se fit plus forte.
- Transforme. Toi. De suite.
Il obéit et replongea dans l’obscurité. Le monde tremblait, dans ses rêves il se voyait
debout sur un sol en train de s’effondrer, mais qui ne chutait jamais.
Lorsqu’il rouvrit les yeux, il était dans une valise ouverte au milieu d’une petite
pièce. Le bois de la table ronde avait perdu son vernis, une peinture blanche tout
simple recouvrait les murs mais le plus surprenant était le réfrigérateur, les plaques de
cuisson et le vieux four qui formaient une cuisine moldue des plus classiques.
Poussé par la curiosité, Harry chancela hors de la valise et reprit forme humaine.

113
Draco inspectait la pièce.
- Une train part pour Poudlard dans trois jours. C’était trop dangereux pour toi de
rester plus longtemps là-bas, je leur ai dit que je me rendais au chemin de Traverse
pour étudier ce que Barjow et Beurk propose… c’est une boutique de l’allée des
Embrumes, c’est de là que venait le collier. Ma vie est en jeu, donc ma mère n’a pas
protesté.
- Pourquoi elle aurait protesté ?
- Peut-être parce que Noël est demain ? Et en guise de cadeau, le seul endroit
potable que j’ai pu dégoter c’est ça. Enfin potable, il ouvre sur le monde moldu.
D’ailleurs, tu m’expliques à quoi servent ces meubles ?
Il désigna le four et les plaques qu’un vertige fit tanguer.
- Ça, ça sert à cuisiner, murmura Harry en s’adossant au mur.
- Une invention moldue qui prend de la place pour…
Draco perdit quelques couleurs.
- Quoi ?
- Le ministère nous localisera si on fait de la magie et je ne tiens pas à ce que le
Seigneur des Ténèbres connaisse ma position exacte.
De toute façon il y avait le nécessaire pour vivre à la moldue. Harry esquissa un
faible sourire. Ça allait demander un temps d’adaptation à Draco. En se dirigeant vers
l’autre pièce de l’appartement, la chambre, forcément, Draco s’arrêta net.
- Un problème ? demanda Harry.
- Aucun.
Il tira la valise à l’intérieur et claqua la porte derrière lui.
Resté seul, Harry tituba jusqu’à la table ronde. Les vertiges ne passaient pas. Il se
changea en chat et se roula en boule près d’un pied de bois. Il ne mourrait pas ici,
n’est-ce pas ?

114
- Potter ? Potter ! Où est-ce que…
Harry ouvrit un œil au moment où des chaussures passaient devant lui. Ses muscles
refusèrent de bouger. Son faible miaulement fut heureusement assez pour que la tête
de Draco apparaisse sous la table.
- Tu as l’air de t’y connaître en moldu, comment ils cuisinent ?
Serrant les crocs, Harry reprit forme humaine. Les vagues de douleurs familières
l’assaillirent et il se cramponna à une chaise.
- Comme les sorciers, souffla-t-il. Sauf qu’ils chauffent les plats sur le feu ou dans le
four.
Draco acquiesça, les bras croisés, puis se tourna vers la cuisinière et bougea au
hasard les boutons jusqu’à ce que toutes les plaques se colorent d’un rouge
incandescent, ce qui propagea une vague de chaleur dans la pièce.
- Je suppose que tu n’es pas en état de cuisiner, dit-il en coupant les plaques. Très
bien. Puisque tu as l’air de connaître le sujet, comment les sorciers cuisinent ?
- C’est la même chose…
Résistant à l’envie de frapper son front contre la table, Harry fouilla sa mémoire à la
recherche de recettes faciles et dicta les ingrédients à Draco qui les inscrit sur un bout
de parchemin.
- Et ensuite ? Dit-il en réalisant la liste.
- À ton avis… ? Va les chercher.
- Et où ça ? Tu crois que je passe mes week-ends à cuisiner ?
Harry se laissa tomber de la chaise.
- Debout, Potter !
Il reprit sa forme féline dans l’espoir de se rendormir.
Grossière erreur. La minute suivante, Draco le soulevait et quittait l’appartement en
verrouillant derrière lui. Le premier sorcier qu’ils croisèrent se retrouva avec la liste
de course dans les mains.

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- Vous trouverez tout ça du côté moldu. Il y a un supermarché à quelques mètres du
Chaudron Baveur. Ah et n’oubliez pas de changer votre monnaie.
Draco eut beaucoup de mal à accepter que l’employé des devises remplace ses
précieux Galions contre des bouts de papier, mais ils finirent par atteindre le côté
moldu avec suffisamment d’argent pour faire leurs courses et le chemin jusqu’au super
marché fut calme.
Par contre, la cliente à qui Draco refourgua sa liste de course apprécia
moyennement. Un vigile dut menacer de le mettre à la porte pour que Draco
reprenne son parchemin et le direction des rayons, irrité. Trouver les carottes lui
demanda une dizaine de minutes, en voyant les oignons lui passer sous le museau
pour la quatrième fois, Harry planta ses griffes dans on bras. Il se retrouva aussitôt
suspendu par la peau du cou devant le visage de Draco.
- Refais ça et je te jette dans l’aquarium.
L’aquarium en question accueillait déjà des écrevisses donc il fut soulagé que Draco
remarque le panier d’oignons.
- La prochaine fois, montre-moi directement le chemin au lieu de détruire ma veste,
dit-il en attrapant une botte.
Il faillit bousculer un gamin qui le fixait. Celui-ci tira la veste de son père.
- Pourquoi il parle à un chat lui ?
Draco le toisa de toute sa hauteur, d’un regard qui gela le petit sur place.
- Toi, le moldu… Potter !
Il secoua son bras pour décrocher les griffes que Harry avait plantées. Le gamin
fondit en larmes, alertant aussitôt son père. Draco les contourna en levant les yeux en
ciel.
Après des échanges salés avec deux clients et trois caissiers, ils reprirent enfin le
chemin de l’appartement, Draco portant les deux sacs dans sa main libre.
- tu iras mieux quand tu auras mangé, dépêche-toi de cuisiner, dit-il en lâchant les

116
sacs par terre.
Harry se retransforma et récupéra de quoi préparer une Bolognaise maison.
Son bras valide était lourd alors qu’il fouillait les tiroirs à la recherche d’un couteau
et d’une planche à découper. Il ne se rendait même pas compte qu’il vacillait avant
qu’un bras le ceinture et l’éloigne du plan de travail. Alors qu’il retombait dans une
chaise, Draco passa devant lui en remontant ses manches.
- Ça ne peut pas être bien compliqué si tu y arrives. Donne-moi les instructions.
Si le découpage des légumes était parfait, Draco ne démonta pas une once d’intuition
et ne prit pas la moindre initiative, pas même de remuer la sauce tomate. Ce fut
l’odeur de brûlé qui arracha Harry à son demi-sommeil.
- Et j’étais censé le deviner, Potter ? Si tu me donnes des instructions, arrange-toi
pour qu’elles soient complètes.
- Tu as besoin de moi pour savoir que quand on laisse quelque chose trop longtemps
sur le feu, ça brûle ?
- Tu vois du feu quelque part ? répliqua Draco en désignant la plaque sur laquelle se
découpaient deux ronds rouges.
- Laisse tomber…

une assiette fumante heurta la table devant lui et la porte de la chambre claqua.
Harry plissa le nez. Des morceaux de carottes carbonisées perçaient la sauce tomate et
il supposa que les autres machins noirs étaient des vestiges d’oignons. Il commença à
les retirer du bout de sa fourchette, puis abandonna, déjà parce qu’il y en avait trop et
parce qu’il mourrait de faim. La première bouchée lui parut correcte mais il retrouva
vite son sens critique et son estomac n’encaissa que quelques bouchées avant de se
fermer.
Il devait reprendre des forces. Et puis Draco avait cuisiné ça pour lui, en dépit de

117
son « honneur » de Sang-Pur. Harry reprit sa fourchette et parvint à avaler quelques
bouchées supplémentaires.

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Chapitre XIX : Réveillon au Chemin de Traverse

Un soleil d’hiver réchauffait ses bras et sa nuque. Harry était tombé endormi contre
la table dans une position inconfortable mais au moins les vertiges s’étaient calmés.
Son corps semblait aussi moins lourd. En cherchant de quoi préparer un petit-
déjeuner, il découvrit le sac de course de la veille abandonné par terre.
Évidemment.
Son bras droit toujours plâtré dans l’écharpe, il entreprit d’en ranger le contenu. En
ramassant un sac de farine, une idée lui vint et il mit de côté de quoi faire des crêpes.
Des flocons virevoltaient de l’autre côté de la fenêtre lorsqu’il posa une pile de crêpes
au beurre fondu sur la table. Il en savoura une puis ramassa la petite assiette, mais
hésita une fois devant la porte de la chambre.
Il toqua. Seul le silence répondit alors il rentra.
La pièce était plongée dans la pénombre. Il se guida vers la table de chevet grâce au
filet de lumière, calcula la distance et l’assiette se fracassa contre le bois qu’il croyait
plus bas. Draco rejeta les couvertures à la recherche de sa baguette, le vit et retomba
contre les oreillers en grognant.
- Qu’est-ce que tu fiches ici, Potter ?
- Déjeuner.
Entre la longue préparation des crêpes et le stress que provoquait toujours la

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présence de Draco, les vertiges se frayaient leur chemin de retour.
- Tu espères me faire avaler la tambouille moldue ? Je prendrais mes repas sur le
Chemin de Traverse.
- Fais ce qui te chante, marmonna Harry en le laissant seul avec l’arôme sucré qui se
dégageait des crêpes.
Draco sortit de la chambre quelques minutes après et inspecta la pile de crêpes qui
l’assiette de spaghettis froids en rajustant sa chemise.
- Tu me donnes le plat le plus difficile à cuisiner et tu ne le manges même pas ?
- Ce n’est pas difficile de faire cuire trois légumes et deux pâtes, Malfoy.
Draco plissa les yeux.
- Dans ce cas tes instructions étaient mauvaises, répliqua-t-il. Si j’en avais des
correctes, mes crêpes auraient meilleure allure que les tiennes.
Il attrapa celle en haut de la pile, la tenant entre deux doigts comme s’il s’agissait
d’un mouchoir imbibé de morve.
- Oh vraiment ? dit Harry.
Cinq secondes avant, il critiquait sa « tambouille moldue » et maintenant Harry se
retrouvait à lui dicter la recette en détail. Tout ça pour prouver qu’il pouvait faire
mieux que lui.
- Ne reste pas ici, dit enfin Draco en relisant son parchemin. Tu vas me gêner.
Il s’attendait à ce que Draco l’arrête quand il se dirigea vers la chambre, mais celui-ci
était absorbé par sa préparation. Harry se laissa tomber sur le lit avec délice. Comparé
au dallage froid et aux chaises dures de la cuisine, il flottait sur un nuage.
Lorsqu’il rouvrit les yeux, il n’avait pas l’impression d’avoir dormi. Il resta allongé
sans bouger, profitant de la tiédeur du lit bercé par des bruits sourds… Des bruits
sourds ?
Ça venait de la cuisine.
Il bondit hors du lit et fit irruption au milieu du champ de bataille. De la pâte

120
salissait les étagères et le sol, quelques gouttes ayant même atteint le plafond, le plan
de travail était recouvert de farine et les ustensiles qui ne trouvaient pas de place dans
l’évier reposaient un peu partout.
Draco se tourna vers lui, son visage et sa chemise maculés de tâches.
- Tu es mort, Potter. Qu’est-ce que c’est que ça ?
Il désigna le batteur électrique qui goûtait sur le plan de travail, noyé dans la pâte
épaisse qui recouvrait la cuisine.
- Je t’ai dit que c’était un batteur électrique, répondit Harry en refrénant une
furieuse envie de rire.
- Je sais. Tu m’as aussi dit que ça servait à mélanger, pourquoi tu t’es senti obligé de
mentir ? Tu as peur que je sois meilleur que toi ?
Harry ramassa le batteur électrique de sa main valide et inclina le saladier. Une fois
activé, le moteur ronronna, mélangeant la pâte à grande vitesse sans qu’une goutte ne
s’échappe. Draco l’observait, les lèvres pincées.
- Tu as utilisé un sortilège informulé.
- Tu crois que je risquerais d’attirer Voldemort ici pour des crêpes ?
Draco frissonna en entendant son nom puis lui arracha le batteur des mains et
recommença. Sa ténacité finit par payer et il parvint presque à effectuer un mélange
sans renverser. La matinée et le début de l’après-midi gravitèrent autour des
fourneaux où ils testèrent toutes les pâtisseries que leurs ingrédients leur
permettaient.
Lorsqu’ils s’assirent pour goûter les différents échantillons préparés. Harry lui laissa
l’honneur de commencer. Rien qu’à la texture et à l’odeur, il savait déjà que les siens
surpassaient ceux de Draco, même si les progrès du Serpentard étaient
impressionnants. Celui-ci dut s’en rendre compte, car il ne fit aucun commentaire
après avoir goûté un quart de pancake, un sablé encore fumant et une part de la mini
tarte aux pommes.

121
- J’ai plus d’expérience, dit enfin Harry. Les Dursley me faisaient souvent faire la
cuisine quand j’étais petit.
Draco reposa son moelleux au chocolat, les sourcils froncés.
- C’est qui ceux-là ? Comment ça, ils te faisaient faire la cuisine ?
- Rien. C’est rien d’important.
Un peu plus tard dans l’après-midi, Draco décida de sortir et Harry entreprit de
nettoyer la cuisine. En rangeant les petits gâteaux dans un saladier, l’étrangeté de la
situation le frappa : est-ce qu’il venait vraiment de passer l’après-midi à cuisiner avec
Draco Malfoy ? Il recouvrit le bol d’un torchon. Soit Draco s’ennuyait, soit il était prêt
à n’importe quoi pour prouver qu’il était le meilleur. C’était sans doute un mélange
des deux.
Il terminait de gratter les tâches de pâte et de farine sur le mur quand l’appartement
se rouvrit. Le tintement du verre contre la table fit se retourner Harry. Draco avait
apporté des Bièreaubeurres su Chemin de Traverse.
- C’est Noël, je compte célébrer, dit-il sans le regarder.
Ils ne parlèrent pas jusqu’à la tombée de la nuit, Draco s’était installé à table avec un
livre et Harry somnolait en face de lui, ressassant les Noëls qu’il avait passés à
Poudlard et au Terrier. Une pensée le traversa.
- Est-ce qu’on fait une sorte de trêve de Noël ?
- Ce genre de chose n’existe pas, Potter.
- Sa, dans le monde moldu ils ont interrompu une guerre ce jour-là. Ils se battaient
depuis des mois, nos soldats ont entendu des chants et ils ont vu que les ennemis les
invitaient à les rejoindre.
- Si ce n’était pas un piège, ça aurait dû l’être.
- Évidemment tu ne vois que le côté stratégique.
- Mon côté stratégique t’a sauvé la vie, non ? Dit Draco en décapsulant une
Bièreaubeurre qu’il fit glisser vers lui.

122
Harry l’attrapa de sa main valide.
- Je n’en aurais pas eu besoin si tu ne m’avais pas livré à Voldemort.
- Je n’aurais jamais eu cette occasion si tu n’utilisais pas ta forme Animagus pour
t’immiscer dans ma vie privée.
Un silence glacial s’installa entre eux. Harry but une gorgée, laissant le liquide sucré
rouler dans sa gorge pour retarder le moment où il devait parler de nouveau. Ce fut
Draco qui reprit.
- Tu acceptais de cuisiner pour des moldus ?
- Tu es bien placé pour savoir qu’on fait ce qu’on attend de nous quand on est petit.
Comme quand tes parents te racontaient que tu étais mieux que tout le monde pour
une histoire de sang.
- Je descends d’une ancienne famille de Sang-Pur, ma famille est respectée, influente
et doté d’une fortune importante. Ce n’est pas qu’une « histoire de sang ».
- Et ça te rendrait meilleur que les autres ?
- Dis ce que tu veux, Potter, c’est vers moi que les gens importants se tourneront,
tout comme Fudge se tournait vers mon père, parce que je serai un soutien capital sur
beaucoup d’aspects. Tout ça c’est politique, tu dois agir comme tu veux qu’on te traite.
- Ah je vois… Alors c’est pour ça que tu agis comme un parfait crétin ?
Voyant que Draco commençait à reconsidérer son choix de lui sauver la vie, il
ajouta :
- C’est vraiment la vie que tu voulais ?
- J’aime ma famille.
- Tu ne réponds pas à ma question. Ta famille et laisse aux mains de Voldemort, la
mienne a donné sa vie pour que je lui échappe. Tu crois qu’ils te feraient passer avant
lui ?
- Bien sûr que oui ! s’exclama Draco. Contrairement à la tienne, ils font en sorte
qu’on s’en sorte tous les trois ! Et si mon père est à Azkaban en ce moment…

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- Quoi ? C’est ma faute ? Parce que je suis tombé dans un piège que lui et ses petits
copains Mangemorts ont tendu, parce que j’ai osé défendre ma vie et celle de mes
amis ?!
Ils burent en même temps en regardant à l’opposé l’un de l’autre. Après un silence
pesant, Draco reprit la parole, d’un ton grinçant, comme s’il se forçait à parler :
- Tu parles de ma famille, mais la tienne t’obligeait à cuisiner comme un elfe de
maison.
C’était la deuxième fois qu’il mettait ça sur le tapis et comme c’était un des rares
sujets dont ils pouvaient parler sans avoir aussitôt envie de s’étriper, Harry finit par
lui parler un peu des Dursley, de leur attitude envers la magie et inévitablement,
envers lui. Au début, Draco l’écoutait en fronçant les sourcils mais à la fin, son visage
s’était fermé.
- Si tu te demandais pourquoi j’ai refusé de te serrer la main la première fois qu’on
s’est parlé, ta façon d’agir envers Ron et de rabaisser ce qui n’était pas dans ta
« norme », ça m’a rappelé beaucoup de choses que je détestais.
Draco resta un moment à faire tourner le fond de sa Bièraubeurre sans rien dire.
- Deuxième fois… dit-il enfin. La première fois c’était chez Madame Guipure.
Harry fronça les sourcils, puis le souvenir vague d’un garçon qui s’installait sur un
tabouret à côté du sien pendant que Madame Guipure ajustait l’ourlet de sa robe lui
revint.
Des cris résonnèrent soudain dans la rue sous leur appartement alors qu’un clocher
côté moldu sonnait les douze coups de minuit.
- C’est l’heure des souhaits, marmonna Draco, tourné vers la fenêtre.
- Des souhaits ? À Noël ?
- Une invention de mes parents.
Voyant qu’il attendait la suite, Draco expliqua :
- À un Noël, j’ai dit que je voulais savoir voler, ils m’ont répondu que j’avais un an et

124
le lendemain j’avais un balai emballé au pied de mon lit. C’était pas un vrai balai et il
m’a fallu du temps pour le maîtriser, mais j’ai réussi et ils m’en ont offert un vrai
l’année suivante. Ils m’ont demandé si j’avais un autre souhait et on a recommencé
chaque Noël. Si je veux quelque chose, c’est à moi de me débrouiller pour l’obtenir.
C’est devenu une tradition, chaque année a son objectif.
Très Serpentard comme façon de faire, songea Harry.
- Et il y a quelque chose que tu veux cette année ?
- Oui. J’avais tiré un trait dessus il y a longtemps mais je commence à me poser des
questions.
Harry le dévisagea, sa curiosité piquée. Il pensait que Draco parlerait de la mission
que Voldemort lui avait confiée ou de libérer son père mais quelque chose qui datait
d’«  il y a longtemps » ?
- Et toi, Potter ?
Il réfléchit un instant.
- Je suppose, que notre trêve se poursuive ?
- Alors comme ça je suis ton souhait cette année ? fit Draco avec un sourire en coin.
- J’apprécie la paix, c’est tout, marmonna-t-il en cachant la brûlure de ses joues
derrière une rasade de Bièraubeurre.

125
Chapitre XX : Faire part

Un déclic retenti entre les roulis réguliers du train, puis la valise s’ouvrit. Harry jeta
un coup d’œil prudent dehors mais Draco était seul dans le compartiment. Reprenant
forme humaine, il se laissa tomber sur la banquette. Les chocs dans la valise avaient
réveillé toutes les blessures qui ne cicatrisaient pas en dépit du cataplasme.
- Il y a peu d’élèves dans le train, dit Draco. On sera à Poudlard sans difficultés.
Harry lutta contre les vapes du sommeil qui tentaient de l’emporter. Il finit par
s’appuyer contre le rebord de la fenêtre, se concentrant sur les paysages. Ses yeux se
fermaient d’eux-mêmes.
- Si tu es trop fatigué pour tenir, transforme-toi. Je préfère encore emmener un chat
à l’infirmerie, ça soulèvera moins de questions.
Il venait de reprendre sa forme féline quand Draco ajouta :
- Après ça, tu peux considérer que nous sommes quittes.

Plusieurs fois, il entrevit de la lumière et des bribes de conversations visitant parfois


son sommeil. Il avait l’impression d’avoir dormi des années lorsqu’il se réveilla, lourd,
mais libre de toute douleur. Il remua sa main droite, ses os avaient été ressoudés. Un
des trois rideaux blanc tirés autour de son lit s’écarta sur Madame Pomfresh.

127
- Restez assis.
Elle lui fit tendre son bras et examina les morsures dont il ne restait que de fines
entailles encore rougies.
- C’est une bonne chose que vous soyez réveillé, dit-elle enfin en lui tendant une
potion fumante. Le venin n’est pas complètement éliminé de votre organisme, ne
comptez pas sortir avant encore deux jours.
La liste des potions et des remèdes qu’il devait prendre était trop longue pour son
cerveau embrumé et il accueillit avec soulagement l’arrivée de Ron et Hermione. Tous
les deux s’installèrent à côté de lui. Ron trépignait sur place, s’attirant le regard
suspicieux de Madame Pomfresh. En refermant le rideau, elle leur recommanda le
calme pour ne pas le stresser.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? dit aussitôt Ron. Tu n’étais nulle part. On a annulé les
vacances pour rester ici et trois jours après Rogue est venu nous demander de
prétendre que tu étais avec nous. On n’a eu aucune information, même Dumbledore
n’a rien voulu nous dire.
- Malfoy a tout découvert…
en voyant l’air interdit d’Hermione, il précisa à la hâte :
- Que j’étais un Animagus. J’étais à leur manoir.
Comment leur expliquer la suite ?
- Tu te sens mieux ? Tu as dormi presque quatre jours, dit enfin Hermione. Tu étais
dans un état à ton arrivée. C’est Tu-Sais-Qui qui t’a fait ça ?
Elle parlait avec calme, mais jetait des coups d’œil à ses bandages et Ron avait les
traits tirés en dépit de son sourire. La culpabilité de prit à la gorge.
- La veille des vacances, je suis sorti prendre l’air sous mon autre forme, comme il
était tard, et j’ai croisé Malfoy.
- Je savais qu’il était impliqué, dit Hermione d’un air qui signifiait « je te l’avais dit ».
- Oui, c’est bien lui qui m’a piégé à son manoir mais…

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- Tu aurais pu… tu as failli y laisser la vie. Dis-moi que cette fois au moins tu ne
retourneras plus te mêler des affaires de Malfoy.
Madame Pomfresh lui avait ordonné d’éviter tout stress mais le froid familier
s’insinuait déjà dans ses veines. Il leur avait trop menti.
- Si. Il est en danger, encore plus maintenant qu’il m’a aidé.
- Tu as failli mourir à cause de lui ! s’exclama Ron, ahuri.
Hermione le pinça pour qu’il baisse la voix, mais n’en pensait pas moins.
- Écoutez… Malfoy n’est pas si…
comment leur expliquer tout ce qui s’était passé ? Le manoir, le chemin de
Traverse…
« Alors comme ça je suis ton souhait cette année ? »
Harry se tassa dans ses oreillers. Merlin.
- Disons que dernièrement j’ai l’impression qu’il y a de l’espoir.
- Et alors ? Depuis quand Malfoy t’intéresse ?
Son estomac fit un saut périlleux. C’était maintenant ou jamais.
- Depuis longtemps pour être honnête, dit-il lentement. C’est peut-être en partie
pour ça que j’ai commencé à le surveiller.
Les détails de la flasque sur sa table de chevet lui parurent soudain fascinants.
- C’est comme ça que je me suis rendu compte que Voldemort lui avait confié une
mission impossible. Qui sait ce qu’il lui fera s’il échoue et qui sait ce qui lui arrivera
maintenant qu’il m’a aidé ?
Lorsqu’il réunit le courage de faire face à ses mais, Ron avait verdi. Hermione n’était
évidemment pas surprise, mais ses lèvres pincées parlaient pour elle.
- Il te livre à Tu-Sais-Qui et toi tu… commença Ron.
- Il venait d’apprendre pour ma forme d’Animagus, il a agi sous le coup de la colère
et il a commencé à hésiter dès son arrivée au manoir. Je sais ! Je sais que ça ne
pardonne rien ! Mais quand Bellatrix m’a enfermé dans leur cave, il est descendu me

129
chercher, il m’a caché et il a menti à Voldemort en face pour me donner une chance.
- Malfoy a choisi son côté, ce qui lui arrive c’est son problème ! répliqua Ron. Tu
sais combien de fois il a traité Hermione de Sang-de-Bourbe, ! Et je coyais… et Cho ?
- Cho est très jolie, répondit Harry en luttant contre l’envie de s’enterrer six pieds
sous terre, et quand elle était là je ne pensais plus à lui, mais je ne ressens plus rien
pour elle maintenant.
- Mais Malfoy est un… Cho est une fille, Malfoy est un… dit Ron en se tortillant sur
sa chaise avec de grands gestes.
- Ce n’est pas vraiment pas le problème, le coupa Hermione. Tu te mets en danger,
tu as dit toi même que Tu-Sais-Qui lui avait confié une mission !
- Il doit tuer Dumbledore.
Cette information coupa net les protestations de Ron et d’Hermione et Harry en
profita pour enchaîner :
- C’est impossible qu’il y arrive, vous le savez et Voldemort le sait. Il se sert de lui.
Probablement pour torturer ses parents à cause de ce qui est arrivé au Ministère. Vous
pensez que Malfoy peut se tourner vers qui ?
Ron leva les mains en signe de capitulation.
- Malfoy quand même… et lui aussi il… euh… tu sais… il t’aime bien ?
- Quoi ? Non ! Il ne sait rien de tout ça.
Harry préférait ne pas imaginer ce qui se serait passé s’il leur avait raconté qu’il avait
dormi près de Draco sous sa forme de chat. Ron aurait probablement fait une attaque.
Une ombre les surplomba soudain.
- Navré d’interrompre vos retrouvailles. Miss Granger, Weasley, retrounez dans vos
dortoirs.
Alors que ses amis contournaient le professeur Rogue pour les laisser seuls, Harry
remarqua les fenêtres sombres. La nuit était tombée, Draco se trouvait peut-être déjà
dans la Salle sur Demande. Dès que la porte de l’infirmerie se referma, il se redressa

130
contre ses oreillers.
- Merci.
- Je n’ai pas dû être assez clair avec vous, Potter. Si vous avez suivi mes instructions
et oublié votre forme Animagus, expliquez-moi comment vous vous êtes retrouvé dans
une telle situation ?
- Je n’ai pas suivi vos instructions.
- Je suppose que j’aurais également dû vous avertir de vous tenir à l’écart de
monsieur Malfoy, mêm si je doute que vous en soyez capable.
Harry fronça les sourcils soudain prit d’un doute affreux. Est-ce que Rogue avait
entendu leur conversation ?
- Le Seigneur des Ténèbres est au courant des sentiments que vous portez à
monsieur Malfoy.
Harry resta à le fixer, refusant de comprendre. Voldemort savait… Rogue savait… ?
- Tous ses Mangemorts sont déjà au courant, ils ont l’ordre de ne pas propager le
bruit à Poudlard parce qu’il compte s’en servir contre vous.
- Tous… ? Dit-il d’une voix faible. La mère de…
- Tous, répondit Rogue, implacable.
Harry serra et desserra son poing, trop horrifié pour pouvoir répondre. Si même ses
parents étaient au courant, Draco ne tarderait pas à l’être, lui aussi. Peut importe
combien de temps Voldemort cacherait l’information, il saurait. Un instant, la
tentation de tout abandonner faillit vaincre mais sa conscience s’y opposa violemment.
Arracher Draco à son sort allait se transformer en course contre la montre.
Quand ses sentiments seraient exposés au grand jour, il ne pourrait plus rien faire.

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Chapitre XXI : Cauchermars

Après le départ du professeur Rogue, Harry resta un long moment à fixer les rideaux
en attendant que son cœur se calme. Ça n’arriva pas. Chaque fois qu’il imaginait les
Mangemorts livrer à Draco se qu’il ressentait, son angoisse repartait de plus belle. Il
finit par rejeter ses couvertures et un chat noir quitta l’infirmerie.
Le calme alors qu’il remontait les allées labyrinthiques de la Salle sur Demande lui
donnait l’impression qu’il était seul, c’est pourquoi découvrir la silhouette de Draco
assise sur la chaise branlante le surprit. En l’apercevant, un sourire moqueur se
dessina sur ses lèvres et Harry reprit aussitôt forme humaine. Le rejoindre sans se
cacher derrière sa forme féline lui fit une drôle d’impression.
- Les vieux réflexes ? dit Draco en refermant son livre.
- Il est tard, je ne voulais pas être surpris hors du dortoir.
- Je ne pensais pas te revoir ici.
En arrivant à sa hauteur, Harry décida qu’il préférait aller examiner l’armoire.
- Pourquoi ?
- Tu as oublié ce que je t’ai dit dans le train ? répondit Draco. On est quitte.
- On a fait une trêve non ? Quel intérêt si c’est pour ne plus s’adresser la parole ?
dit-il d’un ton détaché en examinant les craquelures dans les portes de l’armoire.
Comme Draco ne répondait pas, Harry ouvrit la bouche pour dire quelque chose,

133
n’importe quoi, tant que ça brisait le silence.
- Tu essayais de faire avec cette…
- Ce n’est pas une trêve que tu demandes là, Potter, c’est d’être amis. Je peux
t’accorder ça si tu laisses tomber Weasley et Granger.
- Dans tes rêves.
- C’est bien plus avantageux d’être ami avec moi qu’avec ces deux-là, tu finiras par
t’en rendre compte.
- Malfoy, ta définition de l’amitié est tordue. On ne devient pas ami avec quelqu’un
parce qu’on peut tirer des avantages. Le temps qu’on passe avec une personne qu’on
apprécie et tout ce qu’on partage, c’est mille fois plus important. Tu as vraiment envie
de finir seul avec ton argent ?
Ses arguments auraient dû faire mouche, mais vu le sourire grandissant de Draco, ce
n’était pas le cas.
- Tu veux être mon ami, donc si je suis ta logique, tu apprécies le temps qu’on
partage ensemble.
Harry prit une profonde inspiration.
- Des fois, j’ai vraiment l’impression que tu n’entends que de qui t’arrange. Bon,
qu’est-ce que tu fabriques avec cette armoire ?
Ce retour brutal à la réalité fit perdre son sourire à Draco.
- Je ne peux pas tuer Dumbledore, mais je peux faire entrer les Mangemorts dans le
château. Cette armoire servira de passage quand elle sera réparée. C’est le plan dont
j’ai convenu avec le Seigneur des Ténèbres. Je sais que tu t’associeras pas à ce genre de
chose, alors tu…
- Je vais t’aider, mais il faudra qu’on prévienne Dumbledore. On peut leur trendre un
piège.
- Hors de question. Il a ma famille, s’il se rend compte que je l’ai trahi il tes tuera.
- Alors tu comptes le servir tout ta vie ? c’est vraiment ce que tu veux ?

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Draco se ferma. Au bout d’un moment il se mit à faire les cent pas dans la petit
clairière. Le fait qu’il ne refuse pas en bloc voulait tout dire, mais à sa respiration
rapide et à sa pâleur, ce n’était pas une décision qu’il était capable de prendre. Il était
trop terrifié par les conséquences.
- Malfoy… Draco je ne peux pas te promettre que tout passera bien, mais je peux te
promettre que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour t’aider.
Il lui tendit sa main.
- Si on ne parle pas de l’armoire jusqu’à ce que tu sois prêt à ouvrir le passage,
personne ne pourra t’empêcher de le faire. Ensuite je préviendrai tout le monde pour
que les élèves puissent se mettre à l’abri et que les professeurs et les membres de
l’Ordre se préparent.
- On ne peut pas leur demander de risquer leur vie…
- Je suis d’accord, c’est un des pires plans que je n’ai jamais eus, mais tu allais ouvrir
le passage dans tout les cas, non ? On leur donne une chance de réagir.
Draco hésita encore, puis accepta de lui serrer la main.

- Harry…? Harry !
Harry batailla contre le tissu qui l’entravait jusqu’à parvenir à se redresser dans
l’obscurité, couvert d’une sueur froide. Il croisa la regard inquiet de Ron. Voldemort
n’était pas là.
- Ça va, Harry ? demanda Neville.
Au bord de la nausée, il tâtonna sur sa table de chevet pour attraper la carte du
Maraudeur et fait apparître les traits d’encre jusqu’à ce que se dessine le dortoir des
Serpentards. Un poids quitta sa poitrine. Draco se trouvait dans son lit.
- Harry ? insista Ron.
- Désolé, un mauvais rêve, encore.

135
Il frotta sa cicatrice. Plus la réparation de l’armoire avançait et plus les visions avec
lesquelles Voldemort le harcelait pullulaient. Des visions de Draco torturé et exécuté.
Le pire étant que toutes se déroulaient à Poudlard. Le message était clair, s’il ne
voulait pas que les cauchemars deviennent réels à lui de se rendre lorsque Voldemort
entrerait au château. Rogue l’avait mis en garde de se convaincre qu’en le gardant
éloigné tout irait bien, ses nerfs commençaient à lâcher.
- Euh, Harry ?
Il se tourna vers Ron qui le fixait, gêné.
- Tu répétais le nom de Malfoy. Qu’est-ce qui se passe ?
Malgré son ton bas, dans le silence du dortoir tous l’entendirent. Les joues brûlants,
Harry secoua la tête.
- Juste un mauvais rêve.
Mais Ron semblait avoir compris plus que ça.
Il se tourna et retourna dans son lit jusqu’au petit matin, le sommeil le fuyant.
Lorsque les premières lueurs de l’aube percèrent les nuages, il enfouit sa tête dans son
oreiller, épuisé. La fatigue le suivit jusqu’au petit déjeuner. Assise à côté d’eux avec
Dean, Ginny croisa son regard.
- Tu as une mine affreuse, Harry, lança-t-elle. Tu dors debout ces derniers temps,
est-ce que tout va bien ?
- Oui, répondit-il en mordant dans un toast sans conviction.
- On a besoin de notre capitaine de Quidditch tu sais, insista Dean.
- Hmm.
Ginny lança un regard interrogateur à Hermione qui fit non de lla tête. Ils
décidèrent de le laisser tranquille le rester du repas et Harry plongeait
dangereusement vers son jus de citrouille, perdu dans les brumes du sommeil, quand
Ron lança :
- Tiens, Malfoy est là.

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Ces mots chassèrent la brume comme une rafale. Ron lui offrit un sourire innocent
et Harry le fusilla du regard. Les Mangemorts étaient déjà au courant, il n’avait pas
besoin d’attirer les soupçons de Ginny ou de Dean par-dessus le marché. Par chance,
les deux venaient de terminer leur repas et se levaient.
- On se retrouve aux vestiaires, dit Ginny.
Alors qu’ils s’éloignaient, Harry pivota vers Ron.
- Qu’est-ce qui t’a pris ?!
- Tu vas te décider à nous dire ce qui se passe avec ces cauchemars ?répondit Ron.
Comment veux-tu qu’on t’aide si tu gardes tout pour toi ?
- Je n’ai pas besoin d’aide.
- Oh, tu veux dire, comme quand tu passais ton temps à espionner l’autre ? répliqua
Ron. Oui, tu te débrouillais incroyablement bien quand tu t’es retrouvé coince par le
collier et par Tu-Sais-Qui.
Plusieurs têtes s’étaient tournées vers eux.
- Si tu pouvais baisser d’un ton.
- Si tu pouvais arrêter de jouer au héros solitaire et parler, répliqua Ron.
- Très bien, c’est bon.
Satisfait, Ron se resservit des œufs brouillés et Hermione se pencha vers eux,
attendant qu’il se lance.
- C’est Voldemort, dit-il enfin, les cauchemars sont identiques aux vision qu’il
m’envoyait avant. Comme celles où… celles où il avait capturé Sirius. Sauf que cette
fois je sais qu’elles sont fausses, vu qu’elles concernent… vous savez…
il fit un geste vague vers la table des Serpentards.
- Pourquoi ? dit Ron. Ne me dis pas qu’il sait que tu l’aimes ?
Entendre parler d’« aimer » lui fit drôle. Il n‘était pas sûr que ce soit à ce point là.
- Si, il sait. Il a fouillé ma mémoire. Il doit espérer que je vais craquer, mentit-il,
parce qu’il ne pouvait pas leur dire qu’il s’agissait de menaces.

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- Qui espère que tu vas craquer ? demanda une voix traînante dans le dos de Harry.
Il se retourna en parfaite synchronisation avec Ron et découvrit Draco juste derrière
lui. Il se tassa sur son banc en maudissant Hermione. Si elle l’avait vu approcher,
pourquoi n’avait-elle rien dit ? Il eut sa réponse quand elle s’adressa directement à
Draco :
- Voldemort. Il a une connexion avec Harry et il l’utilise pour lui envoyer des
visions.
- Et aucun de vos brillants cerveaux n’a pensé à l’Occlumentie ?
Harry pressa les mains contre ses tempes.
- Non. Merci.
Draco haussa un sourcil, puis le tira hors de sa table. Des expressions ahuries
suivirent leur passage et Harry se rappela que si lui s’était habitué à la présence de
Draco, personne ne les avait jamais vus ensemble. Il accéléra l’allure pour se maintenir
à sa hauteur.
- J’ai un entraînement de Quidditch.
- Non, ce dont tu as besoin c’est un Occlumens, pas de faire joujou sur ton balai. Je
me demandais pourquoi tu avais cette tête de déterré ces derniers jours… L’armoire
est presque réparée et ton aide ne me servira pas à grand-chose si tu es trop fatigué
pour tenir ta baguette.
Les murmures de la Grande Salle derrière eux s’accentuèrent encore quand ils
franchirent les doubles portes, s’atténuant au fur et à mesure qu’il s’éloignaient vers le
hall. En haut des marches menant aux cachots, Harry s’arrêta net.
- Je n’irai pas voir Rogue.
- Un des meilleurs Occlumens se trouve au château et tu refuses son aide ?
- Il a déjà essayé de m’apprendre et ça n’a pas marché.
- Si tu crois que je vais te laisser le choix, Potter. Tu m’as promis ton aide.
Malgré sa réticence, quand Draco prit son bras, Harry laissa traîner dans le bureau

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de Rogue. Le maître des potions releva la tête de ses parchemins, son regard tombant
sur la main de Draco. Harry récupéra son bras à la hâte.
- Je sais quelles visions vous envoie le Seigneur des Ténèbres, dit Rogue.
- Alors pas la peine de rentrer dans les détails, dit Harry, et pas besoin de rester,
Malfoy.
- Ça ne me dérange pas d’entrer dans les détails, dit Draco en s’adossant à la porte.
Je sais déjà que les visions sont liées à quelqu’un qu’il aime. L’Amortencia, le grand
amour inassouvi, tout ça.
Son ton était froid.
Le professeur Rogue l’ignora, contournant son bureau pour récupérer une fiole sur
une étagère.
- Je suppose que vous ne souhaitez pas reprendre les leçons d’Occlumentie ?
En voyant sa grimace, Rogue lui tendit la fiole.
- C’est une potion de sommeil sans rêves, elle n’empêchera pas les visions, mais vous
ne les remarquerez plus. Il est impossible que vous soyer affecté au réveil, comme si
vous aviez oublié quelque chose, mais je n’ai pas de meilleure alternative si vous
reconsidérez pas l’Occlumentie.
En sortant, Harry songea que c’était tout réfléchi : hors de question.
- La solution idéale à tes problèmes te tend les bras et tu la refuses, dit Draco.
- L’Occlumentie ne marche pas avec moi.
Sentant Draco le scruter, il se raidit.
- Effectivement, tu es un livre ouvert. C’est un vrai miracle que tu aies pu cacher le
nom de ta petite amoureuse aussi longtemps.

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Chapitre XXII : Échéance

Les murs du manoir Malfoy s’élevaient autour de lui. Une vision ? Soudain Harry
attrapa sa tête entre ses mains avec l’impression que quelqu’un tentait de la fendre en
deux à coup de hache. Depuis que le professeur Rogue lui avait donné la potion de
sommeil sans rêve, il n’avait plus eu de vision, pourquoi maintenant ?
En se tournant, la nausée qui lui causait la douleur empira, brutalement. Au lieu de
Draco, c’était Narcissa et Lucius qui étaient agenouillés dans la cour du château.
L’immense serpent glissa entre eux avant de rejoindre les pieds de son maître.
- Votre fils a presque terminé la mission que je lui ai confié. La question que je me
pose à présent, fuira-t-il à mon arrivée ? Ou rejoindra-t-il sa famille comme il le doit ?
Les Malfoys frissonnèrent, les yeux fixés sur la baguette que Voldemort caressait.
- Mon fils n’est pas un traître, murmura Narcissa en baissant la tête.
- Je l’espère pour vous… Autrement…
Harry se détourna quand la cour s’emplit d’une intense lumière verte. Pas de torture,
pas de cris, juste la mort.
Du froid se diffusait contre sa joue, apaisant le douloureux battement de ses tempes.
Il était tombé contre le sol. En ouvrant les yeux, il vit des visages flous penchés sur
lui. Le professeur Slughorn lui rendit ses lunettes et il demanda à prendre l’air.
Quitter la chaleur enfumée de la salle de potions pour les cachots lui clarifia les idées.

141
Il repassa sa vision en tentant d’ignorer la peur qui lui tordait l’estomac.
Voldemort avait appris que l’armoire était réparée et préparait sa venue. S’il
empêchait Draco de rejoindre les Mangemorts, il perdrait ses parents.
Ron fut le premier à le rejoindre à la fin du cours et Harry reprit son sac en lui
résument ce qui venait de se passer.
- Ça veut dire que c’est pour bientôt ?
- S’il rejoint les Mangemorts, il saura ce que tu ressens pour lui, dit Hermione qui
avait pris les explications en route.
- Je sais, mais c’est de ses parents…
harry se tut. Draco venait de se détacher du flot d’élèves pour venir vers eux. Une
fois qu’il aurait partagé sa vision, il n’y aurait plus de retour en arrière possible. Il
avait à peine fini ses explications que Draco bondissait vers les escaliers. Harry le
suivit jusqu’à la Grande Salle où les élèves déjeunaient. Un jeune Poufsouffle qui lisait
la Gazette du sorcier se fit arracher le journal des mains. Draco survolait déjà les pages,
lisant les gros titres. En le voyant pâlir, Harry se pencha par-dessus son épaule.
L’article qu’il lisait était un petit paragraphe dans un coin de la page : Lucius Malfoy
avait fui la prison d’Azkaban.
- Voldemort attend.
- Je refuse ce plan, Potter.
Ça devait bien faire une demi-heure qu’ils se disputaient devant l’Armoire à
Disparaître. Pourtant son plan était parfait : Ron et Hermione avaient la carte du
Maraudeur, dès qu’un Mangemort mettrait le pied hors de la Salle sur Demande, ils
s’en serviraient pour avertir Dumbledore. De son côté, Harry attendrait qu’un nombre
suffisant de Mangemorts ait franchi l’armoire, suffisant pour témoigner que Draco
avait réussi, puis la détruirait pour couper le passage. Ainsi il serait le seul responsable
de l’échec du plan.
- Si tu fais ça, tu te retrouveras seul face aux Mangemorts.

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Harry se retint de frapper dans une vieille coupe.
- Je tiendrais ! S’exclama-t-il. Je l’ai déjà fait ! Mais tu sais quoi ? Si tu te fiches du
sort de tes parents n’active pas l’armoire, ce sera plus simple pour tout le monde.
- Tu sais quoi ? Très bien, puisque tu tiens tant à mourir bêtement. J’activerai la
Marque quand je serai sorti, les Mangemorts savent quel sort utiliser pour passer.
Draco s’éloigna, commençant par longer l’allée qui menait à la sortie de la salle. La
porte était en vue lorsqu’il birfurqua vers un chemin parallèle dissimulé derrière les
objets. Il s’orienta vers l’endroit où se trouvait l’armoire puis activa sa Marque.
En retrait dans la clairière, Harry souffla pour se calmer. Affronter des Mangemorts
lui demanderait tout son sang-froid, surtout qu’il devait ne laisser passer plusieurs
avant de briser le passage, au cas où dans la bataille certains refusaient de se rendre
ou perdaient la vie.
Les minutes s’écoulèrent dans un silence complet, puis un filet d’air siffla entre les
planches de l’armoire et les portes s’ouvrirent en grand sur l’expression triomphante
de Bellatrix. Sa tignasse se souleva quand elle sauta sur le sol pour laisser place à
Greyback, Avery et deux autres Mangemorts que Harry ne connaissait pas. Il en laissa
passer un dernier avant d’incanter une explosion qui fila et s’échoua contre le bois
épais sans le rompre. Il reincanta immédiatement mais Bellatrix para d’un geste vif. La
lumière des sorts se dissipa, les laissant face à face.
Derrière elle, les partisans de Voldemort continuaient d’affluer.
- Harry, Harry, Harry, dit Bellatrix avec un sourire creux. Je vois que tu te portes
bien depuis la dernière fois que nous nous sommes vus.
Un frisson remonta dans son dos alors que les souvenirs des tortures ressurgissaient
comme si elles avaient été gravées dans sa chair.
- Dis-moi où est Draco ?
La voix de Bellatrix lui semblait venir de très loin, les rires des Mangemorts autour
d’eux étaient étouffés. Il voulut lancer un sort mais sa main engourdie refusa de

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bouger, alors il se raccrocha aux réponses qu’il avait répétées encore et encore.
- Je savais qu’il manigançait quelque chose quand je l’ai vu sortir de cette salle.
Sa voix hachée la fit éclater de rire. Un Mangemort aux épaules carrées dont le
visage disparaissait sous un filet de cheveux gras s’avança à côté de Bellatrix.
- Ne mens pas tu n’es pas bon à ça. Le Seigneur des Ténèbres a ordonné qu’on
retrouve le fils Malfoy et il a ajouté que tu le mettrais en sûreté. Dis-moi où il est si tu
veux que ta mort soit paisible.
Harry tenta de sourire mais il était glué au sol, nauséeux, tremblant.
Les Mangemorts se massaient à présent autour de lui, se déployant en demi-cercle
pour lui couper toute issue. Ils continuaient à affluer. Voldemort avait réuni ses
partisans pour faire tomber Poudlard et lui avait échoué à détruire l’armoire.
- Aloons, Harry, susurra Bellatrix. Nous savons tous les deux que tu n’as pas envie
d’un nouveau tête à tête avec moi. Tout ce que tu as à f…
Un éclair blanc fusa entre eux et explosa dans une fumée noire qui déploya ses
tentacules dans toute la pièce. Libéré de l’aura oppressante de Bellatrix, Harry se
transforma, son ouïe de chat captant aussitôt les pas qui fonçaient vers lui. Il n’eut pas
le temps d’esquiver. Une main se referma sur son cou et l’entraîna comme un vulgaire
sac à patates. Dès qu’il reconnut l’odeur de Draco, il cessa de se débattre. La brume se
dissipait déjà, chassée par les sorts. Draco dérapa et glissa derrière une des montagnes,
sa poitrine se soulevant à toute vitesse alors qu’il tentai de respirer sans bruit. Harry
se dégagea de ses bras et bascula pour reprendre forme humaine.
Les Mangemorts fouillaient déjà les décombres, certains juste de l’autre côté de leur
pile. Harry gratifia Draco d’un bref signe de tête. Il s’était retrouvé totalement paralysé
devant Bellatrix, si Draco n’était pas resté…
Il écarquilla les yeux avec horreur. Il était resté.
Le silence se fit soudain. Plus de fouille, plus de voix, uniquement celle de Bellatrix
qui lança :

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- Harry, nous n’avons pas la temps pour ces petits jeux. Notre maître t’a envoyé
suffisamment d’avant-goûts pour que tu saches ce qui se passera si tu désobéis. Rends-
toi gentiment et il ne lui arrivera rien.
Harry lança un regard alarmé aux objets derrière lesquels se trouvait Bellatrix.
« Lui » c’était Draco. Draco qui avait déduit que la personne ciblée par ses visions
était celle qu’il aimait. Draco qui se trouvait juste ne face de lui, dans l’étroit passage
qui les dissimulait aux Mangemorts.

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Chapitre XXIII : Pas dans le même camp

Draco se pencha vers Harry qui était encore raidi de sorte que son souffle frôlait sa
joue lorsqu’il murmura :
- Secoue-toi, il faut qu’on sorte d’ici.
Pour une fois, il était à cent pour cent d’accord. Avec des gestes lents, pour ne pas
faire tomber ou se prendre un objet dans les pieds, ils rebroussèrent chemin vers la
sortie. Ils n’avaient pas fait deux mètres lorsque Bellatrix lança :
- Allons, allons, Harry, ce n’est pas raisonnable, tu sais ce qui va arriver…
Harry poussa Draco à avancer plus vite. Celui-ci fit volte-face et tira sur sa cravate
jusqu’à ce que leurs visages soient à un centimètre d’un de l’autre.
- Je me fiches de tes petits secrets Potter, mais si tu nous fais tuer pour ça, c’est moi
qui t’étranglerai en personne.
Harry leva les mains en guise de capitulation. La voix qui s’éleva était si proche
qu’ils faillirent sursauter.
- S’il a pris sa forme d’Animagus, on ne le retrouvera pas dans cette maudite salle.
- Je peux te garantir que si, dit Bellatrix avec un rictus dans la voix. Dès que notre
Seigneur sera là, il viendra se rendre de lui-même tu verras.
Soudain l’atmosphère changea radicalement. Aucun doute, Voldemort les avait
rejoints. Des bruissements de cape envahirent les allées alors que les Mangemorts

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s’éloignaient à la recherche de la sortie. Après quelques instants, Greyback appela les
autres et le silence retomba dans la Salle sur Demande.
Harry retint Draco.
- Reste ici, Voldemort ne te trouvera pas.
- Parce que tu crois que c’est une option pour moi ?
Sa famille était menacée, mais s’il rejoignait les rangs des Mangemorts, Draco ne se
rendait pas compte à quel point il serait en danger à cause de lui. Ce n’était pas
comme s’il pouvait le prévenir non plus.
- Le Seigneur des Ténèbres a suffisamment de doutes sur ma loyauté comme ça, je
ne peux pas rester caché ici.
- Justement, il est persuadé que tu m’as aidé à m’échapper, comment tu crois qu’il va
t’accueillir.
- Il tient ma famille, c’est toi qui me l’a dit.
- Même quand tu seras là-bas, il la tiendra toujours, la seule différence c’est que tu
seras dans le camp ennemi.
Draco le dévisagea.
- Il serait temps que tu réalises que nous ne sommes pas dans le même camp, Potter.
Il quitta la Salle sur Demande. Resté seul, Harry écrasa son pied contre une pile de
chaises qui se fracassa par terre. Lorsqu’il sortit à son tour, la bataille raisonnait dans
les couloirs, les sortilèges ricochant contre les murs de pierre, frappant alliés et
ennemis. Il courut à travers les étages à s’en décrocher les poumons, ignorant son
cœur qui bondissait dans sa poitrine. En bas, il se mêla aux professeurs et aux sixième
et septième années qui s’étaient rassemblés dans l’allée entourant la cour.
Au milieu de celle-ci s’étaient rassemblées les silhouettes cagoulées des Mangemorts.
Dans la clarté de la lune, les cheveux bonds de Narcissa et Lucius se détachaient
nettement. Voldemort les voulait bien visibles, évidemment.
Lorsque Draco apparut sur les marches du hall, les sortilèges se suspendirent. Avec

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un sourire triomphant, Voldemort ouvrit les bras pour l’accueillir. Un instant, Draco
demeura aussi immobile que l’armure postée à côté de lui, puis il descendit une
marche, puis une autre, et finit par traverser la cour jusqu’au mage noir. Quand il
arriva à son niveau, Voldemort posa une main sur son épaule et ses yeux écarlates se
plantèrent dans ceux de Harry.
Un instant plus tard, Dumbledore descendit dans la cour.
- Tu ne pourras pas protéger le garçon cette fois, Dumbledore !
Quelqu’un lui tapa dans le dos et Harry fit volte-face. Ron et Hermione l’avaient
rejoint.
- Je n’ai pas pu les empêcher d’entrer, dit-il en se détournant.
Hermione lui serra le bras.
- Seul face à eux, c’est déjà bien que tu sois encore en vie, répondit Ron qui
observait la cour, soucieux. Et puis… on a prévenu Dumbledore plus tôt que prévenu
Dumbledore plus tôt que prévu. Je sais que tu ne voulais pas mais...
- C’était trop dangereux, murmura Hermione. La plupart des élèves que tu vois des
membres de l’Ordre ou des Aurors déguisés. Tu-Sais-Qui ne se doute de rien, on a
toutes les chances de le faire tomber cette nuit.
Le lueur d’espoir qui animait Hermione fut soufflée lorsqu’elle repéra Draco.
- Malfoy est… Harry, tu ne comptes pas…
- Je ne peux pas le laisser.
Il se tut, Voldemort venait de lever sa baguette. Son geste était lent mais Harry savait
parfaitement qui serait sa cible. Dumbledore ne pourrait protéger Draco de là où il se
trouvait. Trop de Mangemorts s’étaient placés entre eux.
En un flash, son esprit lui montra Draco qui s’effondrait et disparaissait à jamais,
comme Sirius lorsque le sort de Bellatrix l’avait frappé. Hermione tendit les mains
pour le retenir lorsqu’il prit appui sur le rebord de l’arche mais un chat noir lui glissa
entre les doigts.

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- Avada…
La baguette continuait son chemin. Harry arriva dans les rangs des Mangemorts en
quelques bonds. Son cœur menaçait d’exploser dans sa poitrine.
- … Kevarda !
Draco écarquilla les yeux avec horreur quand le sort fusa vers lui. Son dernier saut
propulsa Harry devant le rayon de lumière verte qui le frappa à l’épaule.

Le chat noir que l’Avada Kedavra venait de frapper fut projeté comme une poupée de
chiffon droit sur Draco sui le rattrapa au vol. tous les regards pesaient sur lui, mais lui
ne voyait que le chat inanimé qui gisait dans ses bras. Il tenta de le remuer mais la
minuscule tête roula sur le côté.
Une rage incontrôlable l’envahit, en relevant les yeux il vit que Voldemort s’était
effondré. Le temps semblait suspendu. Personne ne comprenait ce qui venait de se
passer, tout comme aucun des habitants de Poudlard ne devait avoir compris que
Harry Potter n’était plus, à part peut-être Granger et Weasley.
Voldemort s’était servi de lui, encore une fois. Si Potter n’était pas intervenu, il
n’aurait pas eu le moindre scrupule à le tuer. Il ne pouvait même pas être sûr que
Potter le sauverait, il avait juste tenté, quitte à lui prendre sa vie, à l’arracher à ses
parents. Et il avait gagné son pari.
Il dégagea un de ses bras, tenant toujours le chat contre lui, et sortit sa baguette
alors que Bellatrix se précipitait vers son maître pour l’aider à se relever.
Personne ne prêtait plus attention au fils Malfoy, alors Draco incanta un Doloris.
Bellatrix l’encaissa pour Voldemort et la bataille explosa de nouveau. La colère de
Dumbledore lorsqu’il s’avança vers Voldemort était aussi brûlante que le gigantesque
feu qu’il déployait.
Les quelques Mangemorts qui n’étaient pas trop occupés à riposter se tournèrent

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vers Draco, y compris Narcissa et Lucius, et il comprit pourquoi aucun des deux
n’avait bougé le petit doigt pour le défendre. Ce n’était pas eux. Évidemment,
Voldemort n’aurait pas embarqué deux personnes susceptibles de le trahir dans une
bataille aussi dangereuse.
Draco se baissa pour esquiver les sorts puis agrippa le chat et se mit à courir,
bousculant tous ceux sur son passage jusqu’à atteindre l’arche de pierre. Il sauta à
l’intérieur, esquivant un sort qui fit s’effondrer tout un pan du mur et roula sur le côté
pour ne pas se faire ensevelir. Noyé dans les gravats et la poussière, il resta un instant
allongé à tousser. Le couloir à sa gauche était bouché, étouffant les bruits de la bataille
et l’autre tournait vers le château. Il était seul.
Après toute l’énergie qu’il avait déployé ces dernières heures, c’était comme si sa
force l’avait quitté. Lentement, il se dégagea des morceaux de pierre, s’assit sur le sol
et étendit le chat devant lui.
- Tu n’as pas le droit…
Sa baguette tremblait lorsqu’il lui rendit forme humaine. Il approcha la main de son
visage, sachant déjà qu’il ne sentirait rien, rien que la mort et le vide qu’elle laissait
sur son passage. Il crut sentir un souffle, mais si faible qu’il aurait pu s’agir d’un filet
d’air qui s’était frayé un chemin entre les gravats. Draco posa ses doigts contre son
cou. Comme il s’y attendait, la peau froide resta inerte, puis il la capta, l’infime
pulsation prouvant qu’il vivait. Il le secoua violemment.
- Réveille-toi, que je t’étrangle, Potter.

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Chapitre XXIV : bataille à Poudlard

Une secousse lui ouvrit les yeux. Le monde était flou malgré ses lunettes qu’il sentait
sur son nez et les bruits lui parvenaient comme à travers une barrière de coton. Harry
cligna des yeux pour retrouver de netteté et les contours d’un visage se dessinèrent
au-dessus de lui. Les iris gris et les traits fins du visage en question le firent se
redresser sur ses coudes. Il essaya de rassembler ses fragments de souvenirs en
quelques chose de cohérent.
- Tu savais que tu survivrais ? demanda la voix de Draco. À l’Avada Kedavra ?
En un flash, la scène qu’il venait de vivre lui revint et il agrippa son épaule par
réflexe, là où le sort l’avait touché.
- J’en conclus que non ? Qu’est-ce qui t’as pris, Potter ?!
Harry voulut se relever mais ses bras engourdis et la pointe d’une baguette le
clouèrent au sol. Une explosion proche provoqua une rafale de poussière qui s’infiltra
dans sa robe de sorcier, balayant son visage. Quand il rouvrit les yeux, Draco s’était
encore rapproché. Son souffle se bloqua, puis reprit, plus rapide.
- J’espérais que ce soit le cas…
- Tu n’en était même pas sûr ! Mais tu savais qu’il projetait de me tuer, c’est pour ça
que tu essayais de me garder dans la Salle sur Demande, tu as dû bien rire quand j’ai
insisté pour le rejoindre !

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- Tu crois que je voulais…
- Rien de tout ça ne serait arrivé si tu n’avais pas insisté pour jouer au héros, à
vouloir empêcher seul les Mangemorts de passer ! Tu n’as pas suffisamment attiré
l’attention comme ça ?
En temps normal, Harry aurait probablement répliqué d’un ton tout aussi acide,
mais même son esprit était engourdi. C’est peut-être grâce à ça qu’il remarqua que la
voix de Draco tremblait. Après l’avoir observé un peu plus, il n’était définitivement pas
dans son état normal.
- Ne me regarde pas comme ça, s’énerva Draco. On n’en serait pas là si tu ne m’avais
pas espionné dès le départ. Ça n’aurait pas dû se passer comme ça !
- Malfoy…
- Si tu n’avais pas provoqué Voldemort, il ne t’aurait pas torturé ! Je ne t’ai pas
demandé de m’aider ! Tout ça, c’est…
- Draco, tu as fait ce que tu as pu.
Le serpentard ouvrit la bouche pour répliquer, fronçant les sourcils et se tut. Sa
mâchoire se crispa.
- La situation n’est pas aussi désespérée qu’elle y paraît, reprit lentement Harry.
Voldemort croit combattre quelques professeurs et des élèves, mais Ron et Hermione
ont averti Dumbledore bien plus tôt que prévu et Poudlard a préparé ses défenses. Ce
sont tous des sorciers et des Aurors.
Ses mots semblèrent le calmer un peu.
- Et je ne me sens pas meilleur que tout le monde, on était dans une situation
difficile, j’ai juste fait au mieux. Ron et Hermione aussi, au final ils ont eu raison de ne
pas m’écouter d’ailleurs… et toi aussi. Tu as fait ce que tu as pu, j’aurais fait la même
chose pour ma famille.
Les yeux gris de Draco se plissèrent.
- Tu l’as fait pour moi. Tu as pris le sort de mort à la place. Tu ne savais même pas

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que tu t’en relèverais et tu l’as fait malgré tout. Tu étais prêt à mourir pour moi.
Harry tenta de se relever. La main de Draco se posa sur sa poitrine, le maintenant au
sol.
- Écoute Malfoy…
- C’est exactement ce que je fais, souffla-t-il. Explique-moi ce qu’il vient de se passer.
Un frisson descendit sa colonne vertébrale et aucune réponse ne lui vint. Les
secondes s’écoulèrent, jusqu’à ce qu’un corps recouvert d’une cape noire heurte l’angle
du couloir. Des bruits de pas précipités se rapprochèrent et le poing de Draco se
resserra sur son t-shirt. Le professeur McGonagall accourait, son chignon défait et sa
baguette levée. Ron et Hermione la suivaient de près. L’éclair de méfiance qui les
traversa tous les trois en voyant Draco penché sur lui heurta Harry. Draco l’avait tiré
de la bataille, il l’avait eu à sa merci, s’il avait voulu le tuer ce serait fait et il serait
déjà loin. Pourtant le Serpentard dut lever les mains pour prouver sa bonne foi.
Hermione l’écarta pour prendre Harry dans ses bras, l’étouffant sous une masse de
cheveux bruns.
- Tu es en vie… On a cru…
Harry croisa le regard sombre de Draco, puis Ron lui tapa dans le dos avec un
sourire et l’aida à se relever. Les sorts continuaient d’exposer, faisant trembler les
murs près d’eux. McGonagall interrompit leurs retrouvailles :
- Vous-Savez-Qui et ses partisans de doivent pas apprendre que vous êtres encore en
vie, Potter, dit-elle en rajustant ses lunettes. Venez.
- Je reste ici, je veux me battre.
Il reçut quatre regards sceptiques.
- Vous venez de survivre à un sortilège de mort, Potter, répliqua le professeur
McGonagall.
En réalisant qu’il n’aurait pas de meilleure excuse pour échapper à l’interrogatoire de
Draco, Harry acquiesça. Ron et Hermione leur emboîtaient le pas quand une voix

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traînante lança :
- Granger, Weasley… vous allez rester ici eux petites secondes. Il y a un point que
j’aimerais mettre au clair.
Vu leur haine mutuelle, Harry s’attendait à ce qu’ils refusent en bloc et se sentit trahi
en voyant Hermione s’arrêter, hésitante, puis Ron faire de même quelques pas après.
- Qu’est-ce que vous faites ? murmura Harry.
Il voyait Draco, juste derrière Hermione, avec son foutu sourire narquois qui le
rendait plus Malfoy que jamais malgré son visage sali de poussière.
- Hermione…
- Potter, nous n’avons pas le temps, le pressa McGonagall.
- C’est vraie ça, Potter, ajouta Draco. Va te mettre en lieu sûr, j’ai deux ou trois
détails à discuter avec tes amis. Rien qui te concerne, bien entendu. Tu me connais, je
n’oserai pas.
Harry finit par longer le couloir entre les débris de mur et les éclats de sol. Dès qu’il
fut à un tournant, dissimulé derrière les briques, il s’arrêta net. L’air de sa directrice
de maison se fit sévère mais la peur qui rampait au creux de son estomac le rendait
imperméable.
Ses amis ne le trahiraient pas, mais ce qu’ils pouvaient dire, convaincus de le faire
pour son bien, lui glaçait le sang.
- Potter.
- Tout le monde pense que je suis mort, on ne me cherchera pas, dit-il. Je ne
rejoindrai pas le combat, vous feriez mieux d’aller retrouver les autres, professeur, ils
ont plus besoin de vous que moi en ce moment.
Le professeur McGonagall lui accorda ce point. Par-dessus ses lunettes elle lui
décrocha un avertissement.
- Vous êtes tout de même celui qui attire le plus le danger alors pour une fois,
Potter, soyez prudent.

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Dès que son chignon disparut au fond du passage en ruines, Harry reprit sa forme
féline et se faufila derrière un tas de pierre provenant du mur éventré. D’ici, il capta
les derniers mots de Draco :
- … de le nier, je sais qu’il cache quelque chose.
- Est-ce si improbable qu’il souhaite être ton ami ? répondit la voix posée
d’Hermione.
Harry salua sa tentative de sauvetage, jusqu’à ce qu’une toux exagérée lui parvienne.
- Comme le fait si subtilement remarquer Weasley, oui.
Son sourire était presque audible et Harry se retint d’aller étrangler Ron, de toute
façon il aurait eu du mal avec ses coussinets.
- C’est pas que… en faite pas tant que ça… enfin au début non… tenta
misérablement de se rattraper Ron. Disons qu’au début il essayait de te faire virer.
Ensuite il s’est rendu compte, ne me demande pas comment, que tu n’étais pas si…
pas si… euh… pas si mauvais on va dire et…
- Et il s’est senti coupable, reprit Hermione. Pour ton père, pour la responsabilité
que Voldemort t’a obligé à endosser. Après tout tu n’étais pas responsable des idées
que ta famille t’avait inculquées étant enfant. Tu es coincé, tout comme lui l’est avec
son rôle de Survivant. Je suppose que c’est ce qu’il a vu en toi.
Au début, Harry eut presque envie de les étreindre tous les deux. Ça paraissait plus
crédible que n’importe laquelle de ses justifications bidon… D’ailleurs Hermione avait
débité tout ça sans la moindre hésitation et il se mit à la soupçonner de s’être penchée
sur ses sentiments à la recherche d’une explication rationnelle.
Comme si ça avait quoi que ce soit de rationnel, Ron ne pouvait pas être plus
opposé à elle et pourtant Harry l’avait souvent surpris avec ce léger sourire lorsqu’elle
le regardait.
- Si vous le dites, fit Draco en détachant chaque mot.
C’était quoi ce déplaisir que Harry discernait dans son ton ?

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- Et qui est la fille après qui Voldemort en a ?
- Quoi ? dit Ron.
- Celle que le Seigneur des Ténèbres torturait dans ses visions.
Il y eut un silence. Un long silence. Derrière sa cachette, Harry entendait son sang
battre.
- Il n’en parle pas pour la protéger, répondit enfin Hermione.
- Oh vraiment Granger ? Le Seigneur des Ténèbres connaît son identité, maism’ne
parler mettrait en péril sa pauvre petite vie, c’est ça ? Vous vous imaginez que je vais
la lui livrer ?
- Si c’est pas pour le trahir, je ne vois pas pourquoi son nom t’importe, répliqua Ron.
De toute façon Harry t’a déjà prouvé qu’il te faisait confiance. Tout à l’heure il s’est
bien sacrifié pour toi non ? Je sais qu’il l’aurait fait aussi si Hermione ou moi étions en
danger, franchement qu’est-ce qu’il te faut de plus ?
Cette fois, Harry remercia son meilleur ami. Il omettait la question sur celle qu’il
aimait et dans le même temps, plaçait Draco au même niveau que Hermione et lui, en
ami. Et il n’était pas improbable qu’il risque sa vie pour eux. Venant de Ron, il ne
s’attendait pas à autant de finesse. Après un second silence qui commençait à
l’inquiéter, Draco reprit la parole, pas l’air totalement convaincu :
- Très bien, puisque c’est comme ça vous n’avez qu’à lui dire…
Un grondement suivi d’une secousse noya ses mots. Harry bondit hors de sa cachette
qu’un nuage de poussière brûlant avait envahi, frustré. Lui dire quoi ?!

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Chapitre XXV : Rendez-vous à l’aube

Après la dernière explosion qui semblait soufflé toute la poussière hors du château,
la cour ressemblait à un échiquier dont les pions étaient tombés et au centre, ayant
écarté tous les opposants, Dumbledore affrontait Voldemort. Les éléments se
heurtaient, des ondes de choc glaciales et brûlants se succédant, colorant les murs de
lumières qui chassaient la nuit.
Puis la baguette de Voldemort vola. Le plus grand mage noir que l’Angleterre ait
porté venait de perdre son duel. Dumbledore l’entrava pour l’empêcher de fuir et tous
deux disparurent. Harry se releva sur le rebord de l’arche. Il se penchait pour sauter
dans la cour lorsqu’une main se referma sur sa nuque.
Incapable de se débattre, il faillit se retransformer juste avant de remarquer les pans
d’une cape noire. Et cette flagrance qui agressait son museau… Rogue ? Le maître des
potions l’éloigna des Mangemorts que les professeurs et les Aurors, désormais sous
leur véritable apparence, terminaient de capturer.
- Retransformez-vous, Potter, sauf si vous souhaitez que votre petit secret soit connu
de plus de monde encore ?
Harry reprit forme humaine au coin du couloir.
- Ma forme Animagus ?
- Oui, votre forme Animagus. Pas monsieur Malfoy.

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Une chaleur désagréable se répandit dans son cou, enflammant ses joues, mais le
professeur Rogue l’ignorait déjà. De la pointe de sa baguette, il établissait son
diagnostic.
- Pour quelqu’un qui vient de subir un Avada Kedavra, vous vous portez
étrangement bien, dit-il enfin, après un moment, il reprit comme s’il se parlait à lui-
même. D’après Dumbledore lorsque le Seigneur des Ténèbres vous a lancé le sortilège
de mort, il a rompu le lien entre vous. Il semble qu’il ait vu juste. Ça signifie aussi que
ses visions ne devraient plus vous atteindre.
Harry acquiesça. C’était une nouvelle, car il manquait sérieusement de sommeil.
- Et les Malfoy ? demanda-t-il en jetant un regard derrière Rogue.
- Nous n’avons trouvé aucune trace d’eux. Certain partisans du Seigneur des
Ténèbres ont réussi à s’éclipser. Une attitude moins… héroïque que la vôtre.
Sa pique fit mouche. Évidemment, Rogue savait qui était le chat qui avait protégé
Draco.

Lorsque Harry remonta dans la tour de Gryffondor, les fauteuils étaient presque trop
occupés par les élèves les plus âgés qui avaient visiblement tous tenu à participer au
combat. De la poussière maculait leurs vêtements et leurs capes de sorcier. Le cœur de
Harry se serra, puis il remarqua les mines fières et les sourires.
Il se laissa tomber à côté de Ginny en cherchant ses mais des yeux. Où étaient Ron
et Hermione ?
Comme pour répondre à sa question, le portrait de la grosse dame pivota. Hermione
calma les premières années les plus agitées sur son passage, suivie par les sourires
d’excuse de Ron qui poussa un fauteuil pour s’asseoir face à eux alors qu’Hermione se
serrait à côté de Ginny.
Il y eut un moment de flottement.

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- Qu’est-ce que Malfoy vous voulait ? demanda aussitôt Harry.
Il avait parlé à voix basse, assez pour ne pas être entendus par les autres dans le
vacarme ambiant, mais impossible d’échapper à l’attention de Ginny.
- Il nous a posé des questions sur toi, dit Hermione.
- On t’a sauvé la mise, d’ailleurs, ajouta Ron. Il devenait soupçonneux.
Ginny s’agita :
- Soupçonneux ? Malfoy ? Soupçonneux de quoi ?
- De rien, répondit Ron avant de rajouter pour Harry. Il veut te voir d’ailleurs.
Ginny le prit de vitesse :
- Tu ne veux pas balancer des trucs comme ça devant nous et ne rien dire Ron.
Qu’est-ce que Malfoy veut à Harry ?
- Le voir, répéta Ron, l’aube va bientôt se lever d’ailleurs, tu devrais y aller. Je crois
qu’il a parlé de la tour d’astronomie.
- Je ne sais pas, répondit Harry. S’il insiste avec ses questions, je ne suis pas sûr de
trouver quelque chose de crédible à répondre.
- Au pire si tu vois qu’il devient trop suspicieux, tu le tues. Après la bataille, ce sera
une pauvre victime de plus et puis il a la Marque…
- Ron ! Le coupa Hermione. Contente-toi de lui parler. Après la discussion que nous
avons eue avec lui, je dirais que les risques qu’il comprenne sont faibles. Et puis T-
Sais-Qui est tombé, même s’il savait, il ne représentait pas un danger. Bien que je ne
t’encourage pas à le lui dire.
Harry sentit son visage s’échauffer. Qu’est-ce qui leur prenait de dire des trucs
pareils devant Ginny, qui ne perdait pas une miette de la conversation. Pourquoi ne
pas carrément balancer qu’il avait un faible pour lui tant qu’ils étaient ?! D’ailleujrs,
comment ça : même si il savait ? Même si Draco ne pouvait plus se servir de ça pour
lui tendre un piège…
Son cœur accéléra soudain. Et si les Mangemorts lui avaient dit ? Il avait l’air de

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rechercher quelque chose de précis quand il avait interrogé Ron et Hermione. Non, il
n’aurait pas réagi comme ça s’il avait su… si ? De moins en moins sûr, il se leva.
- Tu ne veux pas nous parler de ce qui te tracasse ? tenta Ginny. Peut-être que des
points de vue différents t’aideraient à y voir plus clair ?
Ce qui était clair, c’est que son aide était motivée par la curiosité.
- Il a déjà eu des points de vue différents, s’indigna Ron, qu’est-ce que tu connais de
la situation de toute façon ?
- Tout ce que vous venez de dire, pour commencer. J’avais déjà remarqué que vous
parliez souvent de Malfoy au passage, vous devriez être plus discret, par contre de
quoi il s’agit, je n’en ai aucune idée. Enfin, une petite, mais ça paraît absurde.
Elle les dévisagea tous les trois tour à tour, s’arrêtant sur Harry, toujours debout et
qui la fixait.
- Je veux dire… la façon dont vous en parlez, j’ai l’impression qu’il y a une histoire
de cœur là-dessous et, vu ce que vous dites, j’ai pas l’impression que c’est une histoire
du genre, Malfoy et Harry aiment la même fille, j’ai plutôt l’impression que c’est Harry
qui aime…
- Non. C’est pas ça, la coupa Harry.
- … Malfoy. Attends, j’ai raison ?
- Je viens de te dire que non.
Un instant, il crut voir Ginny se décomposer, mais elle afficha presque aussitôt un
sourire amusé.
- Je n’arrive pas à croire que tu sois tombé amoureux de…
- Ginny !
- … Malfoy, poursuivit-elle en baissant la voix, Draco Malfoy. C’est tellement
improbable.
Soudain, elle se tut, les paupières closes. Harry chercha de l’aide auprès de ses amis,
mais Ron haussa les épaules et Hermione garda son expression sérieuse, refusant de

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compatir.
- Qu’est-ce que tu fais ? lança-t-il comme Ginny ne réagissait plus.
- Rien, j’essaie de me le représenter. Vous, ensemble, précisa-t-elle en ouvrant un
œil.
- Tu te rends compte que ce n’est pas près d’arriver ?
- Pourquoi pas ? Tu as tenté de lui dire ?
Un grognement agacé mourut dans sa gorge, et Hermione se décida enfin à venir à
sa rescousse.
- Tu ne crois pas que partager cette information avec Draco Malfoy est l’idée la plus
idiote qui soit ?
- Pas vraiment non, répliqua Ginny en retrouvant son sérieux. Justement parce que
c’est de Malfoy qu’on parle. OK, il y a de grandes chances qu’il ne soit pas intéressé,
mais dans ce cas il agira comme un crétin et Harry se remettra vite. Et s’il est sur la
même longueur d’onde…
harry récolta un haussement de sourcils suggestif et s’empressa de lever les yeux au
ciel en réfutant cette possibilité. Il ne voulait pas d’espoir, il ne voulait pas d’une chute
douloureuse alors qu’il savait depuis le début que ses sentiments ne le mèneraient
nulle part. Ce semblant d’amitié surpassait déjà tout ce à quoi il s’attendait.
- Je ne te dis pas de te déclarer de but en blanc, ajouta Ginny en voyant qu’il n’était
pas convaincu, mais tu pourrai au moins essayer de prendre la température, par
exemple en glissant des sous-entendus pour voir comment il réagit. Si tu fais ça, il
n’aura pas de preuves et toi, tu seras fixé.
Présentée comme ça, son idée n’était pas si folle. Restait à savoir s’il parviendrait à la
mettre en œuvre. Il se secoua mentalement « la mettre en œuvre » ? flireter avec
Draco ? Et puis quoi encore ?
Malgré tout, en montant dans les couloirs sombres du château, il ne parvenait plus à
s’ôter cette possibilité de la tête. Le calme de l’aube, les chants lointains des oiseaux,

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rien de tout ça ne l’aidait. En arrivant au pied de la tour d’astronomie, il chassa de son
mieux toutes ces pensées de son esprit.
Après une volée de marches interminable, les cheveux blonds de Draco apparurent
devant le ciel pâle. Il était accoudé au rebord de la tour, dos à lui. Ne sachant pas
comment manifester son arrivée, Harry se racla la gorge et le regretta presque
aussitôt. Son regard gris le déstabilisait un peu plus à chaque fois, comment une autre
personne pouvait-elle avoir cette emprise sur lui ?
- Tu voulais me voir ? demanda-t-il.
Draco se détourant vers le parc de nouveau, ce qui lui permit de se détendre un peu.
- Ouais. Enfin te voir, c’est un bien grand mot… Disons que… Merci.
OK… Quoi ?
- C’était normal, j’aurais fait pareil pour Ron ou Hermione ou…
- Je sais, tes petits copains me l’ont déjà dit. Ce que vous avez tous les trois, votre…
amitié, il avait prononcé ce mot comme quelque chose de particulièrement répugnant,
je n’ai jamais eu ça avec personne.
Harry écarquilla les yeux. Il était touché parce qu’il l’avait défendu comme un ami ?
Un sourire malicieux se dessina sur ses lèvres.
- Alors comme ça tout ce temps tu voulais être mon ami ?
- Tu te méprends Potter, répliqua Draco en se retournant. Parce que vu les
personnes dont tu t’entoures, tu as clairement des goûts douteux et je suis en train de
me demander si au lieu de te remercier, je ne devrais pas plutôt me sentir insulté.
- C’est toi qui m’as tendu la main le premier, répliqua Harry sans se départir de son
sourire.
- Et tu m’as traité de gens douteux, répliqua Draco, alors que maintenant tu me
traites comme un ami, donc tu t’entoures bien de gens que tu considères comme
douteux.
- Si tu t’insultes tout seul, qu’est-ce qu’il me reste ?

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- Ne me vole pas mes répliques.
Harry réprima un rire et un silence plus confortable s’installa. Que devrait-il faire à
présent ? Partir ? Il n’en avait pas envie. Pour ne pas rester planté derrière lui comme
un idiot, il s’approcha d’un autre rebord de la tour et s’y assit, le vide dans son dos. À
sa gauche, Draco regardait à nouveau dans le lointain.
De quoi lui parler ? La suggestion de Ginny lui revint et son cœur s’emballa. Pas
moyen. Encore moins dans cette atmosphère.
- Alors, fit soudain Draco, ta copine, elle a échappé au Seigneur des Ténèbres ?
Harry ne put s’empêcher de sourire. S’il savait qui était « la copine » en question.
- Oui. Enfin ce n’est pas ma copine mais passons.
Draco ricana.
- Quoi, tu vas me dire qu’elle ne veut pas de toi alors que tu es le célèbre Survivant ?
- Tout le monde ne court pas après ça.
Une idée traversa Harry, une idée terrifiante. Soit il se lançait, soit il laissait passer sa
chance… Muselant sa concience, il lança sur le ton de la plaisanterie :
- Pourquoi tu doutes ? Regarde-toi par exemple, ma célébrité ne t’attire pas.
Il resserra sa prise sur le rebord de la fenêtre. Comment Draco allait réagir ?
Le sourire qui se dessina sur les lèvres du Serpentard le calma un peu. Puis il le vit
se détacher du rebord pour venir vers lui et son stress revint en force. Sa tentative de
s’éloigner quand Draco se posta devant lui faillit le précipiter en bas de la tour.
Difficile de dire si son vertige venait du vide dans son dos ou du Serpentard devant
lui.
- Tu es sûr de ça ? Qui te dit que ce n’est pas par intérêt que je suis là ?
Après le bref petit temps nécessaire à son cerveau pour se reconnecter, Harry
parvint à répliquer :
- Je vois. Depuis tout ce temps, tu faisais secrètement partie de mon fan-vlub.
- Tu m’as percé à jour, répondit Draco avec un air dramatique. Chaque fois que ta

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photo est apparue dans la Gazette du Sorcier je l’ai découpée, ne va pas regarder sous
mon oreiller.
- Ça tombe bien que tu parles de ça, quand j’étais en chat…
Harry se tut. Il allait éviter d’évoquer ce genre de moments.
- Oui ? fit Draco avec un sourire. Quand tu étais en chat ? Ne garde pas ça pour toi,
vas-y, je t’en prie.
Chaque foutue fois qu’il se retrouvait dans une situation de merde, Draco trouvait
un moyen de l’y coincer. Ce qui soulevait une question importante, pourquoi faisait-il
ça ? Tout comme la proximité qu’il installait parfois. Est-ce qu’à être focalisé sur ses
propres actes, il ratait des signes ?
- Toujours là, Potter ?
- De quoi on parlait ?
- De ta forme féline. D’ailleurs à ce sujet, je me souviens t’avoir senti te blottir
contre moi, tu as quelque chose à m’avouer ?
Masquant de son mieux le frisson qui remontait sa colonne vertébrale, il s’arma d’un
sourire.
- Je suis démasqué, je ne peux pas me passer de toi.
- Je le savais, répondit Draco en lui donnant un coup d’épaule. C’était évi…
sur le rebord étroit, Harry perdit l’équilibre. Sa main rata la prise sur le mur et il y
eut un instant de flottement, puis Draco se précipita pour empoigner son t-shirt,
l’autre main cramponnée au mur pour ne pas être entraîné aussi. Pendant une
terrifiante fraction de seconde, ils continuèrent à basculer puis Draco parvint à les
stabiliser.
Harry ne voyait pas le vide, juste le ciel pâle et un bout du toit, pas contre il
l’imaginait très bien. N’avoir aucune prise lui donnait de violents vertiges, alors il
referma sa main sur le bras de Draco. Celui-ci déploya toute sa force pour les tirer de
l’autre côté, les envoyant s’écraser dans la poussière, sains et saufs. Harry n’avait

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jamais autant apprécié de sentir le sol sous ses doigts.
- Je t’ai sauvé la vie, c’est la deuxième fois, dit Draco en s’asseyant, le souffle court.
Il s’épousseta d’un geste digne.
- Pardon ? Répondit Harry en se relevant ? Tout à l’heure, je t’ai sauvé la vie et après
tu m’as tiré des Mangemorts. Là tu viens d’essayer de m’assassiner.
- Ne sois pas mélodramatique, répondit Draco en tendant la main comme s’il était
évident que Harry allait l’aider à se relever.
Il paraissait sûr de lui. Tellement sûr.
Draco plissa les yeux.
- N’y pense même pas Potter.
- C’est tentant, répondit Harry, tiraillé.
- Potter.
Avec un rire, il attrapa sa main.
Alors que Draco quittait la tour, Harry retourna vers le rebord. Draco était rentré
dans son jeu, ce n’était pas une preuve de quoi que ce soit, mais au moins l’idée ne
l’insupportait pas au point qu’en blaguer soit impossible.
D’ailleurs, il valait mieux que l’idée ne l’insupporte pas, vu que ses parents n’allaient
pas tarder à le lui dire de toute façon.
Un instant, il songea à tout lui déballer lui-même, mais rien qu’à s’imaginer face à
Draco, son courage légendaire l’abandonna. Puisque ce n’était plus qu’une question de
jours de toute façon, il valait mieux que Draco l’apprenne de quelqu’un d’autre, il
aurait moins l’air d’espérer quelque chose de lui.

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Chapitre XXVI : Négociations

En rentrant dans la salle commune de Gryffondor, Harry s’attendait à la trouver


vide, mais trois fauteuils étaient encore occupés par Hermione, Ron et Ginny qui
interrompirent aussitôt leur conversation pour se tourner vers lui.
- Alors ? lança Ginny.
Harry grimaça.
- Ça s’est mal passé que ça ? Demanda Hermione avec un air compatissant. Raconte.
Comprenant qu’il ne s’en sortirait pas si facilement, et parce qu’il avait envie de se
libérer du torrent d’émotions contradictoires qui bouillonnait dans sa poitrine, il tenta
de leur résumer ce qui s’était passé. Il peina un peu lorsqu’il fallut décrire les
moments où Draco avait soudain décidé d’ignorer complètement son espace
personnel. Ginny émit un gloussement à la fin, recevant un coup d’œil d’un Ron
écœuré.
- Je sais ce que tu penses et c’est n’importe quoi, dit-il.
- Et pourquoi pas, Ronald ? Malfoy a un comportement inhabituel.
- Tu vas lui mettre tes fausses idées dans la tête et quand Malfoy apprendra ça, ton
soi-disant pourquoi pas va se retourner contre lui !
- Oh, oh, oh ! De quoi vous parlez ? dit Harry pour calmer le jeu.
Hermione roula des yeux.

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- Pour te résumer le long débat qui a eu lieu pendant ton absence, Ginny pense que
tu devrais tenter ta chance et Ronald, non.
- Qu’est-ce que vous avez à m’appeler Ronald toutes les deux ? Et tenter sa chance ?
Tu veux qu’il se retrouve comme en quatrième année, quand tout le monde parlait
dans son dos ?
- Excuse-moi ? répliqua Ginny. Je te rappelle que tu faisais partie de ce « tout le
monde » !
Voyant que le débat reprenait sans lui, Harry finit par se racler la gorge.
- Vous avez fini de discuter de ce que je dois faire ou non comme si je n’étais pas
là ? Il ne se passe rien avec Malfoy et je ne lui dirai pas.
Inutile de leur dire que Draco saurait bien assez tôt.

Lorsqu’ils descendirent dîner après un après-midi à somnoler, Harry fit un effort et


s’installa dos à la table des Serpentards. À son entrée, il avait vu Draco attablé devant
un plat de pomme de terre en sauce, en pleine conversation avec Pansy et Blaise.
Il sirotait son jus de citrouille en débattant Quidditch avec Ron quand Hermione
releva les yeux de son manuel de Métamorphose. Harry crut qu’elle voulait lui dire
quelque chose, mais son regard se portait derrière lui. La commissure de ses lèvres se
souleva une fraction de seconde alors qu’elle replongeait entre ses pages.
Puis une main se posa sur la table, entre Ron et Harry. Maudissant Hermione, qui
cachait à présent son sourire derrière la couverture de son livre, Harry se composa un
masque calme.
- Oui Malfoy ?
- Sur un autre ton, Potter. Je viens parce que tu es supposé être à peu près correct
en défense contre les forces du Mal.
- C’est possible, répondit Harry en se concentrant sur son jus de citrouille dont la

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surface orange dessinait la silhouette qui le surplombait.
- Parfait. Puisque je t’ai sauvé la vie tout à l’heure, il est tout naturel que tu accèdes à
une de mes requêtes. Je pourrai utiliser un peu de ta connaissance en matière de
défense, tous les partisans du Seigneur des Ténèbres n’ont pas été capturés et je ne
suis pas exactement dans leur bonnes grâces.
- Harry ne te dois rien, répondit Hermione en posant son manuel à plat. Il t’a aussi
sauvé pendant la bataille je te rappelle.
Elle soutint le regard de Draco sans sourciller. À quoi jouait-elle ?
- En quoi ça te regarde, Sang-De-Bourbe ?
- Le Sang-De-Bourbe est de trop, Malfoy, répliqua aussitôt Harry, sauf si tu veux te
passer de mon aide.
Au-dessus de lui, Draco étouffa un soupir irrité.
- Si tu y tiens, Potty. En quoi ça te regarde, Granger ?
- Je soulignais juste que Harry n’est pas à ton service...
- Dans ce cas, je te saurais gré d’aller souligner plus loin.
- … par contre, il aurait bien besoin d’aide en potions, conclut-elle en reprenant son
livre et ses révisions.
Ça eut au moins l’avantage de couper Draco dans son élan.
- Je croyais que tu étais bon en potions, Potter ?
- Non, répondit Hermione sans relever les yeux. C’est son manuel du Prince de
Sang-mêlé et les conseils douteux qui sont inscrits dedans qui lui ont permis de se
distinguer.
- Intéressant.
- J’ai mon mot à dire ? demanda Ron, indigné.
- Très bien. Potion contre défense contre les forces du Mal. On commence demain
matin, il n’y aura personne dans la salle de Slughorn.
- Oh, mais parfait, répondit Harry.

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- Puisque c’est parfait, je te dis à demain, dit Draco avec un sourire moqueur.
La présence dans son dos s’éloigna. Harry sentit ses épaules se détendre, qu’il n’avait
pas réalisé avoir crispées. Sans l’Armoire, il pensait que ses moments en tête à tête
avec Draco étaient terminés. Il vit Hermione réprimer un sourire derrière son livre,
puis se tourna vers Ron qui tirait la langue comme si elle avait un goût écœurant.
- Quoi ?
- Si vous pouviez éviter de me flirter sous le nez pendant les repas, merci…
Harry faillit s’étouffer avec son jus de citrouille.
- Quoi ?
Comme il avait enfourné une part de tarte entre temps, Ron désigna le reste de la
table du menton. En jetant un œil aux autres Gryffondors, Harry vit les regards se
détourner de lui et les bouches se refermer.
- Qu’est-ce qui leur prend ? dit-il à voix basse pour que seuls Ron et Hermione
l’entendent.
Ron déglutit sa tarte.
- Il leur prend que Malfoy était bizarrement proche de toi il y a deux secondes,
murmura-t-il.
Harry lui fit les gros yeux.
- Il est venu négocier de l’aide en défense contre les Forces du Mal.
- Il est venu négocier du temps avec toi, répliqua-t-elle.
- Mais qu’est-ce que vous…
- Si, le coupa Ron. Elle a raison.
- De toute façon, tu en saurais quoi ? À part Lavande il ne me semble pas que tu aies
beaucoup d’expérience en la matière.
- Ouch. Tu cherches la guerre, mon vieux ? dit Ron en ramassant son couteau. Au
cas où tu n’aurais pas remarqué, Malfoy t’a donné rendez-vous dans les cachots et il
choisi demain matin pour que vous soyez seuls.

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- Seuls, c’est pour éviter que les autres jasent.
Avec l’impression d’être observé, Harry se retourna et croisa le regard d’un élève de
Poufsouffle qui se détourna aussitôt et se hâta vers sa table.
Harry revint à Ron et Hermione. Malgré tous ses arguments, malgré le fait qu’ils
parlent de Malfoy, ça commençait à faire beaucoup.
Le reste de la journée s’écoula dans une ambiance érange. Poudlard se relevait après
la bataille, et dans chaque couloir, des élèves s’entraînaient aux sortilèges en redressent
les murs, en réparant les armures et les toiles, en lissant le sol lézardé par les coups et
en faisant disparaître la poussière. Les cours ne recommenceraient pas avant lundi.
De son côté, Harry ne put se concentrer sur autre chose que les rendez-vous que
Draco lui avait donné le lendemain et son stupide espoir.

173
Chapitre XXVII : Chaudron et potions

Dans le dortoir de la tour de Gryffondor, Harry se réveilla plusieurs fois, le cœur


battant avec la sensation d’oublier quelque chose de capital. Chaque fois qu’il se
rappelait Draco, il replongeait dans son oreillers, irrité. Il avait passé un nombre de
soirées voire de nuits incalculables avec lui entre la Salle sur Demande et le manoir
Malfoy, pourquoi est-ce que d’un coup son cerveau décidait de stresser ?
Pire que tout, chaque fois qu’il écartait les rideaux de son lit, le ciel lui renvoyait une
voûte étoilée. Cette foutue nuit n’en terminait pas et le visage aux traits aristocrates,
aux yeux gris et aux cheveux pâles revenait sans cesse.

- Harry… ? Harry ? Tu ne te lèves pas ?


Il s’arracha à ses couvertures si vite que le dortoir vacilla autour de lui. Un soleil
encore doux caressait le plancher.
- Il est quelle heure ?
- Sept heures, max, répondit Ron en frottant une main dans ses cheveux roux,
réprimant un bâillement. Tu devais voir ton Malfoy non ?
- Ron !
Harry vérifia que les lits de Neville, Seamus et Dean ne remuaient pas puis attrapa

175
de quoi se changer. S’il était sept heures, il avait encore du temps à tuer. Il décida de
prendre une douche avant de déjeuner. Lorsqu’il descendit dans la salle commune,
propre et habillé, Ron négociait avec les pièges de son échiquier pour qu’elles se
rangent.
- Tu ne préfères pas dormir ? demanda Harry.
- Je mangerai bien un morceau.
La Grande Salle était presque vide, ils s’installèrent pour déjeuner et Ron se mit vite
à piquer du nez dans son bol de chocolat chaud. Harry le soupçonnait d’être resté
exprès. Sa présence était la seule chose qui parvenait à le distraire de la séance de
potions à venir.
- Bon, t’es prêt ? fit soudain Ron en se massant les joues pour se réveiller.
- Prêt à quoi ?
- Ça va, y a personne. Prêt à affronter Malfoy ? Je veux dire, tu l’aimes vraiment,
non ? Je savais pas trop quoi en penser, mais tu t’es quand même pris un Avada
Kedavra pour lui. Je trouve toujours ça bizarre, enfin, c’est de Malfoy qu’on parle, mais
bon, si je ne peux rien y faire… J’essayais d’y réfléchir et je m’imagine ça un peu
comme quand il y avait Fleur.
Il grimaça à ce souvenir, ce qui réussit à faire rire Harry.
- Tu dois te sentir un peu pareil non ?
Harry baissa les yeux vers ses mains. La boule était revenu se loger dans son
estomac.
- Peut-être pas à ce point, mais oui. Ça me terrifie. Je ne contrôle rien quand il est là
et le pire c’est que je ne sais jamais comment il va réagir. C’est le Serpentard le plus
lunatique que j’ai jamais vu. Je n’aurais jamais dû faire ce que Ginny m’a proposé.
Peut-être qu’il a déjà compris et qu’il fait exprès.
- Au pire tu n’auras qu’à faire comme si ça t’insultait qu’il pense que tu l’aimes et
l’attaquer.

176
Harry attrapa un des toasts qui reposaient devant lui. Ron avait le don de tout
dédramatiser. Le simple fait d’en parler comme si c’était le plus normal des sujets de
discussion lui rappela que même dans le pire cas possible, son meilleur ami serait là.
C’était quelque chose qu’il avait perdu de vue ces dernier mois. Il n’aurait jamais à
tout affronter seul. Une bouffée de gratitude l’envahit.
- Merci, lança-t-il soudain, coupant Ron dans son plan machiavélique qui consistait à
transformer Malfoy en asticot pour l’empêcher de parler.
- Mais de rien. Et pour quoi ?
- Pour rien, répondit Harry en faisant mine de réfléchir : tu en était à « on subtilise
un verre aux elfes de maison ».
Il attrapa un nouveau toast en l’écoutant réfléchir à ses plans anti-Malfoy jusqu’à ce
que son imagination s’essouffle, sachant qu’ensuite il allait devoir descendre aux
cachots.
Quand il se leva, Ron lui souhaita bonne chance et attrapa une gazette du sorcier qui
traînait pour passer le temps. Hermione n’allait pas tarder à descendre.
- Bonne chance à toi aussi, lança Harry avec un sourire complice qui rendit Ron
écarlate.
La température chuta alors qu’il descendait les marches de pierre menant aux
cachots. À la lumière des torches, Harry s’efforça de penser à Ron et Hermione. Ces
deux-là se tournaient autour, et au fond, ils avaient plus à perdre que lui avec Draco,
après tout ce qu’il y avait entre eux était beaucoup plus fort. Peut-être qu’il ne prenait
pas tant de risques que ça.
L’image de la Grande Salle emplie de nouvelles rumeurs sur Harry Potter amoureux
de Draco Malfoy lui fit l’effet d’une douche froide. OK, si, il jouait avec le feu. La
solide amitié qui liait Ron et Hermione, c’était aussi ça qui les protégeait. Aucun d’eux
ne ferait volontairement du tort à l’autre. En ce qui concernait Draco Malfoy rien
n’était moins sûr. Et même si ce n’était pas lui, Panst, Théordore, Blaise, Crabbe et

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Goyle, la liste d’ennemis potentiels était longue.
Harry se figea devant la salle du cours de potions. Qu’est-ce qu’il fichait là ?
Trop de monde se posait déjà des questions. Les regards des autres Gryffondors la
veille, juste parce que Draco était venu lui parler… Si certain se mettaient à fouiner et
découvraient tout… ?
Ni Ron ni Hermione ni Ginny le trahiraient, mais et si on avait surpris leur
conversation ? Il était presque sûr que ce Poufsouffle dans la Grande Salle avait
entendu pour le rendez-vous la veille. Qu’est-ce qu’il gagnerait à rejoindre Draco ?
Une amitié bancale, des rumeurs, de la frustration et de la peine quand Draco se
trouverait quelqu’un et commencerait à l’effacer de sa vie. La seule chose qu’il pouvait
faire à ce stade c’était de tourner les talons.
- Fascinante, cette porte, Potter.
Maudissant le monde, Harry poussa les poignée et entra. La salle était vide. Il
entendit la porte se refermer derrière lui et se dirigea vers la table la plus proche. Son
sac atterrit sur le bois sans délicatesse alors qu’il tentait de réfréner les battements de
son cœur.
- Donc… qu’est-ce que tu veux réviser, Potter ?
- N’importe quoi, la potion de Slughorn nous a fait au dernier cours, répondit-il
sans avoir la moindre idée de ce qu’était la potion en question.
Draco déposa ses affaires à côté des siennes et se dirigea vers le placard contenant
les ingrédients des potions. Il ramena plusieurs racines, des herbes, des scarabées en
poudre et du sang de dragon pendant que Harry tentait de se rappeler la potion qu’il
était censé avoir demandé.
En voyant la branche d’aconit, il eut un bref souvenir. La potion était en sorte
d’antidote dont il ne se rappelait pas le nom mais au moins il voyait à peu près quoi
faire. Après avoir classé les ingrédients selon l’ordre de préparation, il éminça les
racines et alluma le feu sous l’œil critique de Draco.

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Et critique était le mot. Il trouvait à redire sur tout. Au début, Harry se contentait de
lever les yeux au ciel en prenant sur lui, au début, à présent il se demandait qui, entre
sa potion et lui, bouillonnait le plus.
- Il faut couper…
- Légèrement en biais, j’avais compris ! répliqua-t-il.
- Alors, je ne sais pas, à tout hasard : fais-le ? Ce n’est pourtant pas si compliqué
d’incliner la lame.
- Je l’incline. Tu veux peut-être que je te prête mes lunettes ?
Draco ramassa une rondelle d’aconit.
- Ça c’est une coupure en biais pour toi ?
- Oui, s’exclama-t-il, exédé, en dégageant la plante de sous son nez.
Faisant de son mieux pour paraître calme, serein et pas du tout hors de lui, il
recommença à couper ses tiges, en s’appliquant pour que les incisions soient
légèrement penchées. Mais la tige se morcelait lorsqu’il inclinait trop la lame et
trouver le bon équilibre était difficile.
- Potter… fit Draco avec une pointe d’agacement.
- Quoi ?
- Tu tiens tête au Seigneur des Ténèbres et tu n’es pas capable de couper une tige ?
Je ne te demande pas d’en faire des confettis, je te demande de la couper en biais.
Comment fais-tu pour te planter, quelle que soit l’étape ?
- C’est toi que je vais planter si tu fais encore un commentaire, répliqua Harry en
récupérant les morceaux abîmés pour les jeter dans le chaudron.
La mixture prit une teinte jaunâtre bouillonnante, loin du doré calme qu’il avait
obtenu en suivant les indications du Prince de sang-mêmé. Il espéra un instant qu’en
remuant, il parviendrait à récupérer une teinte plus proche de celle attendue mais ses
espoirs se désagrégèrent en même temps que ses rondelles mal coupées.
- Tiens donc, c’est étonnant, ce n’est pas la bonne couleur, commenta Draco. Je me

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demande ce qui a pu rater ? Le découpage peut-être ?
Harry fit tourner son couteau dans sa main, envisageant très fort la possibilité de
l’émincer lui au lieu des tiges nécessaire à la deuxième fournée. Avec les notes du
Prince de sang-mêlé, il avait parfaitement réussi sa potion. Mettant sa fierté de côté, il
recommença son découpage. Draco souffla, irrité.
- QUOI ?!
- Ce n’est pourtant pas compliqué, Potter !
- Figure-toi que si ! Le moindre millimètre d’écart et tout se casse !
- Dans ce cas je ne sais pas, sans doute parce que tu es le Grand Malfoy !
Harry donna un coup un peu trop sec et un morceau de tige vola dans le feu
magique qui brûlait sous le chaudron. Draco frappa la chaise entre eux pour la
dégager du passage, se plaça derrière lui et attrapa sa main pour l’obliger à l’incliner.
- Qu’est-ce que tu crois que tu fais ? dit Harry, raide comme un piquet.
- Je t’oblige à réussir au moins une des étapes de cette satanée potion, répliqua
Draco.
Il lui fit faire un coup sec et un morceau parfaitement tranché roula sur le côté.
Sauf qu’à ce moment, Harry n’était pas d’humeur à s’extasier sur un bout de plante.
Quand Draco recula et lui demanda d’un ton satisfait de reproduire son geste, il se
rendit compte qu’il n’avait aucune idée de quoi faire. À tout hasard, il donna un coup
de lame et la tige tomba en morceaux.
- Potter !
- J’ai fait exactement la même geste, répliqua-t-il avec une mauvaise foi absolue.
- Le même…
Draco reprit sa main et trancha trois fois, produisant trois pièces parfaites.
- Ça, c’est le même geste pour toi ? demanda-t-il sans le relâcher.
Le résultat de sa deuxième tentative lui parut satisfaisant. Draco s’écarta et s’adossa à
la table.

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- Je suppose qu’on n’aura pas mieux.
Se retenant de lever les yeux au ciel, Harry reprit ses découpages, mais la potion lui
paraissait soudain beaucoup moins passionnante. De nouveau, il se demandait si
l’attitude de Draco était normale.
- Ta potion va rater, plus que c’est déjà la cas, si tu continues à rêvasser, fit Draco.
Se reprenant, Harry fit tourner sa baguette au-dessus du chaudron puis reprit son
découpage en ignorant les marmonnements quans il abîmait un peu trop la tige. Il
avait trop en tête pour se concentrer sur une potion.
- À quoi tu penses ? demanda soudain Draco.
L’intensité avec lesquels ses gris l’observaient le déstabilisa.
- Rien… rien en particulier, répondit-il en jetant les rondelles un peu mieux coupées
à la surface frémissante.
Étonnement, Draco ne fit pas de commentaire. Il ne le quittait plus dex yeux. Malgré
les doux remous du chaudron, le silence de la salle devint vite gênant.
- Toi, à quoi tu penses ? lança Harry en relevant les yeux, le cœur battant.
Maintenant quoi ? Il ne voulait pas repartir.
- Peut-être que tu peux obtenir une mention Acceptable avec ce genre de bouillasse,
mais si tu comptes viser l’Effort Exceptionnel ou l’Optimal, tu as encore du travail.
- Autant continuer.
- Quelle potion tu veux travailler ?
Un silence s’installa. Harry en profita pour vider le chaudron. Une potion ? Il n’avait
pas vraiment envie d’en réviser une autre, il voulait juste rester plus longtemps.
- Ta cuisine à la moldue n’est pas si éloignée des potions, dit Draco, explique-moi
comment tu fais pour être si mauvais ?
- Tu sous-entends que ma cuisine est bonne ? répondit Harry en haussant les
sourcils.
- Comparé à tes potions, ça vaut un Effort Exceptionnel.

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- J’ai plus d’expérience en cuisine qu’en potions et puis il y a rarement Rogue à côté
de moi, prêt à faire des remarques désagréables quand je prépare quelque chose.
Quoique… les Dursley n’étaient pas mal à ce domaine.
- Tiens, parlons-en. J’aimerai comprendre pourquoi tu me confies des choses aussi
personnelles si c’est pour devenir une tombe sur des sujets insignifiants après coup.
- Comme… ?
- Oh, à tout hasard, quand tu as failli nous faire repérer par Bellatrix juste pour ne
pas que j’entende le nom de ta petite copine. Tu as peur que je te la pique ?
- Non, je n’ai pas peur que tu ma la piques, Malfoy. De toute façon…
Il hésita, la question lui brûlait les lèvres mais il n’était pas sûr de vouloir entendre la
réponse.
- De toute façon, il n’y a pas déjà quelqu’un qui te plaît ?
- Ça t’intéresse ?
- Je préfère ça à parler de moi, répondit-il en fixant le bord de son chaudron.
- Dans ce cas, oui j’aime quelqu’un.
C’était comme si une main invisible venait broyer son cœur, mais de peur qu’il
guette sa réaction, Harry se força à sourire et à l’affronter.
- Vraiment ? Je ne vois pas… oh, si d’accord. Je vois qui c’est, en fait c’est évident.
- Qui ? répondit Draco en plissant ses yeux gris.
- Toi. Évidemment.
- Hilarant, Potter. Tu veux savoir ?
Harry fronça les sourcils. Ça sentait le piège à plein nez.
- Si tu y tiens… ?
Draco remonta la manche de sa chemise sur son avant-bras, dévoilant la marque des
Ténèbres, et se pencha vers lui comme pour lui dire quelque chose. Les sourcils
froncés, Harry fit de même. Est-ce qu’il savait quelque chose en rapport avec
Voldemort et avait peur qu’on l’entende ? C’était pour ça qu’il lui avait demandé de

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descendre dans cette salle ?
- Tu voulais me dire quelque chose sur Voldemort ?
- Pas vraiment, non.
Draco se rapprocha encore et cette fois, il ne souriait plus. En une fraction de
seconde, Harry comprit ce qu’il comptait faire. Un souffle brûlant se mêla au sien et il
se cramponna au bureau. Draco l’embrassait.
Il ferma les yeux et eut l’impression que le sol se dérobait sous lui. Rien de ce qu’il
avait imaginé n’était comparable à ce qu’il ressentait. Son cœur battait si vite qu’il
semblait prêt à exploser, comme lorsqu’il piquait sur son balai sans savoir s’il
parviendrait à redresser avant de heurter le sol. Sauf que cette fois, il ne tentai pas de
redresser, il ne faisait que foncer à l’aveugle, redoutant un obstacle qu’il ne pouvait pas
voir.
Il ignorait les intentions du Serpentard. Draco passa un bras autour de ses épaules et
le poussa doucement contre le bureau. Un des Mangemort en fuite, ses parents,
quelqu’un lui avait peut-être dit… Dans quel monde Draco Malfoy serait intéressé par
lui ? Quelques mois plus tôt il le haïssait. Il avait promis de se venger. Le doute
s’insinua dans ses veines comme un poison et sa raison lui hurla de se dégager.
S’il l’avait écoutée, Harry aurait été loin de Draco quand la porte de la salle s’ouvrit
sur un groupe d’élèves, mais il ne l’avait pas écoutée.

183
Chapitre XXVIII : Le prince de Sang-Mêlé

Aucun bruit ne les avait alertés qu’un groupe d’élèves approchait, mais le silence qui
suivit leur entrée fut encore plus profond. Harry s’était écarté de Draco, bien trop
tard. Les uniformes des élèves étaient brodés de jaune et noir et Harry était presque
sûr que le garçon qui se tenait en arrière était celui qui avait surpris leur discussion
dans la Grande Salle. Il se tourna vers Draco et se trouva face à un mur. Impossible de
déchiffrer ce qu’il pensait.
Le doute qui courrait sur sa peau depuis que Draco l’avait touché le prit soudain à la
gorge. Et ses élèves qui continuaient de les fixer…
- C’est bien ce qu’il me semblait, dit enfin Draco en pesant chaque mot.
Tout l’espoir qu’il avait accumulé malgré lui se brisa. C’était exactement ce qu’il
redoutait.
- Il te semblait quoi ? répliqua Harry d’un ton bas. Qu’est-ce qu’il t’a pris ?
Sa voix tremblante sonnait comme de la colère. Le visage de Draco se fendit aussitôt
d’un rictus.
- Pas la peine de t’énerver comme ça ; Potter. Les Gryffondors ont vraiment une
manie de se scandaliser pour tout. Pansy avait des doutes, je ne pouvais pas la laisser
dans l’ignorance. Tu admettras que ton comportement était particulièrement bizarre.
Harry eut un rire glacial. Il avait envie de le frapper, de briser tout ce qui se trouvait

185
dans cette salle, mais il parvint à garder un ton bas.
- Je t’ai aidé parce que j’avais pitié de toi et vous, vous vous imaginez que j’ai des
sentiments pour toi ? Il faudrait vraiment que je sois le dernier des imbéciles pour
oublier tout ce que tu m’as fait.
- Au vu des mauvaises décisions que tu collectionnes, rien ne me surprendrait,
répliqua Malfoy d’un ton traînant.
- Je me demande pourquoi j’ai envisagé une seule seconde d’être ton ami.
- C’est ça, remets en cause le seul choix un tant soit peu intelligent que tu aies fait,
dit Malfoy en attrapant son sac. Tu iras loin comme ça.
Harry se retint de lui jeter le chaudron alors qu’il quittait la salle de cours.
- Quoi ?! Lança-t-il aux élèves qui le fixaient toujours.
Ceux-ci se dirigèrent aussitôt vers les bureaux et commencèrent à sortir leurs
affaires. Toutes les tentatives de conversations sonnaient faux. Harry attrapa le manuel
du Prince du sang-mêlé qui dépassait de son sac et quitta la salle à son tour.
Il avait besoin de garder son esprit concentré sur quelque chose qui ne soit pas
Malfoy, mais la rage rendait ses yeux brûlants et les pages devenaient un peu plus
floues chaque seconde, si bien qu’il finit par heurter quelqu’un.
- Potter.
Rogue.
- Je m’excuse, dit-il d’un ton acide en lissant les pages que le choc avait froissées.
Le manuel lui fut arraché des mains.
- Où avez-vous trouvé ce manuel ?
- Dans le placard du cours, quand Slughorn m’a proposé d’en récupérer un.
La réaction de Rogue le dévia un instant de ses préoccupations. Le maître des
potions agissait bizarrement, et celui qui avait griffonné ces remarques, corrigeant des
professionnels dans l’art de confectionner des potions ne pouvait être qu’un expert
lui-même, ou un futur expert.

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- C’est vous. C’est le vôtre !
- Je comprends mieux pourquoi Slughorn passe son temps à vanter vos mérites. Je
pensais à du favoritisme mais je vois qu’il y a une autre explication.
- Oui, répliqua Harry, il faut croire que vous êtes capable d’être un bon professeur,
sous certaines conditions.
Un silence s’étira. C’était sorti tout seul.
- Que vous arrive-t-il ?
Clairement, Rogue se retenait de l’envoyer en retenue. Harry s’apprêtait à répliquer
que ce n’était pas quelque chose qu’il pouvait comprendre quand des souvenirs lui
revinrent. Pas les siens mais ceux qu’il avait vus dans la Pensine : ceux de Lily. Un
torrent d’émotions noya sa colère.
- Rien. Je vais y aller.
Sa voix était cassée. Il n’était pas d’humeur pour tout ça.
- Quand je croise monsieur Malfoy dans une humeur massacrante et vous la minute
suivante, j’ai du mal à croire à une coïncidence, Potter. D’autant plus après que tout le
château ait pu profiter de votre… rapprochement.
- Il n’y a pas de rapprochement. Rien que de petites machinations pour vérifier si
Malfoy ne tenait pas un meilleur moyen de me pourrir !
- Monsieur Malfoy a une prédisposition naturelle à l’Occlumentie, en plus d’avoir
été l’élève de Bellatrix, j’imagine que ça le rend difficile à lire pour quelqu’un comme
vous mais je peux affirmer qu’il n’a plus l’intention de vous nuire depuis un certain
temps.
Harry en doutait fortement. Si seulement il avait pu être aussi bon à se créer une
façade que Malfoy.

Comme il ne voulait pas terminer sa journée enfermé au milieu des regards, Harry

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se dirigea vers les portes du château. Le soleil brillait au-dessus du parc, réchauffant
les élèves qui se prélassaient dans l’herbe. Sous les branches tombantes d’un seule dont
les feuilles frôlaient la surface du lac, Hermione hochait de temps en temps la tête et
Ron était étendu dans l’herbe, jouant avec les tiges qui pendaient au-dessus de son
visage.
Ils tournèrent la tête à son arrivée et Harry se laissa tomber sur la pelouse sans un
mot.
- C’était si terrible que ça ? demanda Ginny.
- Oui, j’ai été stupide, répondit Harry en décapitant un brin d’herbe.
Hors de question de leur donner des détails, surtout si c’était pour être obligé
d’admettre qu’ils avaient raison et que Malfoy avait tenté de découvrir ses sentiments
pour les retourner contre lui. Il allait s’en débarrasser et quand Lucius, Narcissa ou
d’autres Mangemorts balanceraient la vérité à Malfoy, ce serait loin derrière lui.
Vers midi ils quittèrent le parc pour se rendre dans la Grande Salle. Harry se tendit
en jetant un regard à la table des Serpentards, mais Malfoy n’était pas avec son groupe
habituel, il n’était nulle part. Par contre, Harry eut l’impression que des ricanements le
suivaient alors qu’il passait à côté d’eux. Par prudence, il les ignora.
Le week-end, il préféra éviter les heures d’affluence, descendant manger à l’aube et
dînant avec les élèves les plus tardifs. Ron et Hermione le suivirent sans poser de
questions, mais il les voyait échanger des regards. Par chance, il n’eut pas à revoir
Draco. Le lundi, il s’arma d’un masque neutre en descendant déjeuner.
- Je suis affamé, dit Ron s’étirant. Il faut faire le plein avant les cours… J’aurais bien
continué le week-end.
- Nous avons suffisamment de retard, décréta Hermione.
Alors qu’ils franchissaient les portes de la Grande Salle, Ron donna un coup de
coude dans les côtes de Harry.
- Tu l’imagines passer un savon à Tu-Sais-Qui parce qu’il nous fait prendre du

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retard sur le programme ? murmura-t-il. Parce que moi oui.
- Je suis sûr qu’il rassemblerait ses Mangemorts et ficherait le camps, répondit Harry
en scrutant la salle.
- Elle est terrifiante quand ça concerne les cours, confirma Ron alors qu’Hermione
levait les yeux au ciel.
Draco était encore absent de la table des Serpentards. Par contre Pansy se leva à son
approche.
- Tiens, mais c’est Potter.
Il continua de marcher sans répondre, mais ses jambes semblaient soudain remplies
de plomb. Malfoy lui avait parlé, sinon comment expliquer son attitude ? Il n’allait pas
avoir cette conversation en plein milieu de la Grande Salle. Il n’allait pas avoir de
conversation tout court. Sauf que Pansy, Crabbe, Goyle et Blaise semblaient d’un autre
avis. Il venait à peine de s’asseoir que les quatre se plantaient derrière lui.
- C’est difficile à croire, dit Blaise, surtout venant du célèbre Harry Potter.
Le cœur battant, Harry échangea un regard avec Hermione, assise en face de lui. Les
Gryffondors proches d’eux et les élèves des tables Poufsouffle et Serdaigle autour
d’eux avaient interrompu leur conversation.
- Allez voir si on y est, lança Ron en fusillant les Serpentards du regard.
- On pourrait, répondit Pansy, mais le plus intéressant est ici. Dire que depuis tout
ce temps, la peine de cœur de Potter était causée par un membre de notre maison,
c’est assez inattendu. Enfin le plus inattendu, c’est quand même l’identité de la
personne ne question.
- C’est fou, fit Hermione d’un ton hautain, parce que cette peine de cœur était pure
invention. Enfin, je vous en prie, déversez vos mensonges.
Le sourire de Pansy s’accentua.
- Vraiment ? Pourtant je suis convaincue du contraire. Moi et la demi-douzaine
d’élèves qui l’ont vu se laisser embrasser par Draco Malfoy.

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Le silence autour d’eux se fit plus pesant. Plus personne ne parlait. Harry sentit son
sang accélérer, battant à ses tempes. Ça n’était pas en train d’arriver. Pas comme ça,
pas en plein milieu de la Grande Salle. Ron et Hermione se tournèrent vers lui.
- Attends, c’était vraie cette histoire ? murmura Ron.
- Non, répliqua aussitôt Harry.
Pansy éclata de rire. :
- Amusant, parce que Draco l’a confirmé, lui.
- Plusieurs élèves vous ont vus, dit Blaise, et ils ne sont pas à Serpentard, alors dis-
moi Potter, pourquoi auraient-ils menti ? Surtout que ça explique ton attitude de ces
derniers mois. Toujours à coller Draco et tu es allé jusqu’à te sacrifier pour lui. Tout le
monde sait que c’était toi le chat.
- C’est faux, répliqua Harry.
Cette fois, Ron et Hermione étaient trop occupés à digérer l’information pour venir
à son secours. En plein milieu de la Grande Salle, ciblé par tous les regards, il se
sentait exposé. Si tout le monde se convainquait qu’il l’aimait, Draco finirait par suivre
le mouvement et il n’avait pas eu le temps de faire le tri dans ce qu’il ressentait, tout
était encore trop vif.
- Quand même, Harry Potter amoureux de Draco Malfoy, fit Pansy en se délectant
de chaque mot.
Derrière elle, Harry croisa le regard de Cho et se détourna aussitôt. Puis il se leva, il
devait sortir de ce cauchemar. Quand il voulut partir, Crabbe lui barra le passage. Ron
se réveilla et vint se placer à côté de lui.
- Foutez-lui la paix.
- Tu te rends compte que c’est un aveu, ça, Weasley ? dit Blaise. Tout comme le fait
que tu ne trouves rien à répondre et que tu préfères fuir, Potter.
- Je ne fuis pas.
- C’est assez ironique que tu puisses tenir tête au Seigneur des Ténèbres mais que tu

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te retrouves sans défense face à Draco. Je suis certaine qu’il sera ravi de l’apprendre.
Après tout il n’a toujours pas pu te faire payer pour son père et il manque de
distraction en ce moment.
Harry ne trouva rien à répondre, son esprit était blanc.
- Vous êtes ridicules, lança Hermione en se levant à son tour. Viens Harry, ça sert à
rien de discuter avec eux.
Elle parlait d’un ton posé, mais sa main droite s’était rapprochée de sa baguette à
travers la poche de sa robe. Crabbe ne put retenir Ron et lui et ils traversèrent la
Grande Salle sous les regards.

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Chapitre XXIX : Éclatement

Dès qu’il eut franchi les doubles portes de la Grande Salle, Harry s’adossa au mur le
plus proche. Il tremblait autant de rage que d’angoisse. Tout lui glissait entre les
doigts, hors de contrôle.
- Ça va ?
- Non.
Il y eut un court silence. Derrière eux, les voix se déchaînaient.
- C’est quoi cette histoire d’embrasser Malfoy ? demanda Ron, incapable de museler
plus longtemps sa curiosité.
- C’est rien… c’est… c’est lui, hier, du coup il… il a fait ça et d’autres élèves sont
entrés à ce moment. Il voulait prouver la théorie de Pansy.
- Mais quelle espèce de lâche ! s’exclama Ron.
- Harry…
- Je vous retrouve en cours, marmonna-t-il.
Il n’avait pas la force de s’énerver contre Malfoy, il voulait juste être seul. Finalement
il rejoint la salle commune presque déserte. Les quelques Gryffondors présents
n’avaient pas encore entendu le coup d’éclat de la Grande Salle.
Il se mit à faire les cent pas en réfléchissant à quelle réaction opposer à tout ça, et
surtout quelle réaction opposer à Malfoy. Jamais il ne le laisserait jouer avec lui. Un

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petit « tap tap » attira son attention. Perché derrière un des carreaux de la fenêtre, le
hibou grand duc de Malfoy l’observait, une enveloppe attachée à sa patte. Harry
déverrouilla les carreaux pour la récupérer. Quelques mots avaient été griffonné sur
un des faces intérieures.
« Draco est avec nous. Garde le Portauloin avec toi. Il s’activera à 7h30. Tu peux choisir
de ne pas venir mais ta dernière visite au manoir doit t’avoir appris que la mort n’est pas
toujours rapide et sans douleur. »
Il restait cinq minutes, probablement moins. Ils devaient penser qu’il n’aurait pas le
temps de vérifier et ne parierait pas la vie de Draco, mais il avait un moyen de savoir.
Harry se précipita dans le dortoir à la recherche de la carte du Maraudeur, fouillant le
moindre recoin du regard. Son cœur s’enfonçait un peu plus à chaque battement,
Draco n’était nulle part. Il retourna l’enveloppe et une plume de son hibou tomba
dans sa main.
Une bouffée de haine lui donna envie de froisser la plume, mais ce geste
condamnerait Draco et le souvenir des tortures lui tordit les entrailles. Les rumeurs et
les moqueries lui paraissaient soudain bien futiles. La plume serrée dans son poing, il
laissa s’écouler les dernières secondes.
L’heure sonna… et rien. Le temps suivait son cours comme si de rien n’était.
Le Portauloin ne s’activait pas. La plume était défectueuse ? L’enchantement avait
raté ?
- Harry ? fit Ron. Tu étais là.
Il sursauta. Ses amis l’avaient rejoint dans le dortoir.
- Ça va, dit-il d’une voix blanche. On ferait mieux d’aller en cours, McGonagall n’est
pas du genre à accepter les retards.
Le regard d’Hermione s’attarda sur la lettre qu’il tenait à la main.
Marcher normalement dans les couloirs alors qu’il s’imaginait à chaque seconde être
transporté ailleurs lui donnait un sentiment étrange. Plusieurs fois, il faillit plonger la

194
main dans sa poche et jeter cette maudite plume.
Il suffisait d’abandonner Draco à son sort.
Pourquoi devrait-il risquer encore sa vie pour lui après ce qui s’était passé ?
Il attrapa la plume et ouvrit sa paume, fixant les poils gris et le cartilage plié au
milieu. Les mots de Rogue raisonnaient encore clairement.
« Il n’a plus l’intention de vous nuire depuis un certain temps. »
- Harry ?
Il releva la tête. Il ne s’était même pas rendu compte qu’il s’était arrêté au milieu
d’un escalier volant. Celui-ci changea de direction, les éloignant de la salle de
métamorphose. En haut des marches, Ron et Hermione l’observaient.
- J’aurais dû lui dire la vérité, fit Harry en tendant la main pour leur montrer la
plume. C’est un Portauloin, il était censé m’emmener là où est Draco.
- Quoi ? Lâche-ça tout de suite !
- Elle devait m’emmener il y a quelques minutes déjà, un Portauloin, ça n’a pas de
retard.
Les mêmes tortures que lui avait subies s’il en croyait la lettre, puis la mort, et
personne ne savait où il était.
- À ton avis qu’est-ce qu’il te serait arrivé à toi ? répliqua Hermione. Tu n’aurais
jamais dû prendre cette plume ! Ils n’en ont pas après Malfoy que je sache. Il faut
qu’on prévienne Dumbledore.
Harry acquiesça, à ce sujet au moins ils étaient d’accord. L’escalier vibra, s’élevant
pour la troisième fois au milieu des milliers de portraits. Ron tenta de lui arracher la
plume.
- Jette-ça.
- Je ne peux pas, personne ne sait où il est, le temps qu’on le retrouve… s’il a encore
une chance qu’elle fonctionne je peux limiter les dégâts.
- C’est trop dangereux. Donne, il ne peuvent rien tirer de moi. On a déjà cru te

195
perdre une fois pendant la bataille, je ne vais pas te laisser risquer encore ta vie pour
cette espèce de fouine.
- Ils ne pouvaient rien tirer de Cédric et ils n’ont pas hésité une seule seconde à le
tuer. Tu subiras le même sort, et puis… si on en est là, c’est parce que j’ai fait tous les
mauvais choix, je ne vous ai pas écouté et je refuse de vous mettre en danger pour
réparer mes erreurs.
- On est tes amis, répliqua Ron. On se mettra en danger pour toi autant de fois qu’il
le faudra, quand est-ce que tu vas comprendre ? Donne, le Portauloin pourrait encore
s’activer.
Ron tenta de saisir son poignet, décidé à la lui arracher par la force s’il le fallait,
mais ses doigts se refermèrent sur le vide. Ron resta un instant immobile, puis se
retourna. Hermione le fixait avec horreur.

196
Chapitre XXX : Au cœur du manoir

Il tourbillonnait, la sensation d’avoir le nombril transpercé par un crochet qui le


maintenait s’estompa soudain et Harry retrouva l’équilibre dans une pièce sombre. La
seule lumière provenait d’un chandelier suspendu au plafond, éclairant le haut des
murs alors que le bas se perdait dans les ténèbres. Ron avait failli être entraîné avec
lui et une partie de lui voulu que ce soit le cas. Une fraction de seconde de plus et ça
n’aurait été qu’un accident, une fraction de seconde en plus et il ne se serait pas
retrouvé seul.
Il inspira avec difficulté. La moitié de pièce qu’il voyait était vide, juste des cadres
suspendus aux murs et une double porte massive. Mais derrière lui… Dans le silence,
il capta soudain un mouvement, avant d’avoir eu le temps de se retourner, une main
se plaqua contre sa bouche.
- Tu n’es pas sérieux, Potter ? murmura une voix près de son oreille. Qu’est-ce que
tu fiches ici ? Je t’ai donné un quart d’heure, le Portauloin n’a pas pu te prendre par
surprise.
Draco le relâcha. À la place de la main le bâillonnant, Harry sentit un liquide chaud
sur ses lèvres. Il y porta ses doigts : du sang. Il se [Link]ère lui, une longue
table s’étendait jusqu’à l’autre bout de la pièce, ses chaises parfaitement alignées. Seule
une avait été tirée et Draco s’y laissa tomber sans un bruit. Son état lui donna un

197
coup de poignard au cœur.
Affalé sur sa chaise comme si la douleur l’écrasait, son teint pâle faisait ressortir le
rouge fiévreux soulignant ses yeux, sa joue et son avant-bras avait été charcuté,
comme si on avait voulu rayer la Marque des Ténèbres. Des filets de sang roulaient
dans son cou et sa main.
- Qu’est-ce qui t’es arrivé, Malfoy ? demanda Harry en gardant une voix basse.
- Rien qui te concerne. Toi comment tu as pu tomber dans ce piège ? répliqua-t-il à
mi-voix. Peu importe, j’espère au moins que tu as prévu un moyen de t’en aller.
- Non.
Draco ferma les yeux et inspira profondément.
- Je pensais que le Portauloin ne fonctionnait pas, se défendit Harry.
- Tu savais que c’était un Portauloin et tu l’as gardé sur toi… ?! Tu as la moindre
idée de ce que j’ai dû faire pour te donner ce sursis ? Les Mangemorts ne sont pas des
lumières, pour la plupart ils se contentent d’obéir, mais il n’est pas si simple de les
faire dévier de leurs ordres. Encore moins de le faire sans qu’ils ne le remarquent.
Visiblement, il croyait que la lettre ne prévenait pas du Portauloin et que les
Mangemorts comptaient sur l’effet de surprise pour le ramener. Effectivement, si ça
avait été le cas, décaler l’heure de départ comme il l’avait fait lui aurait probablement
sauvé la vie. Il n’aurait pas gardé cette vieille sur lui pendant un quart d’heure pour
aucune raison.
Draco soutint son regard. Il paraissait fiévreux, mais lucide. Les Mangemorts
s’étaient rendu compte qu’il l’avait aidé. Bien sûr qu’ils s’en étaient rendu compte. Ils
attendaient le Portauloin et celui-ci n’était pas arrivé. Cela n’avait pas dû être long
avant qu’ils ne remontent jusqu’à lui.
- Ça ne te ressemble pas.
- Ça ne me ressemble pas de manipuler les autres pour arriver à mes fins ? Pitié,
Potter, répliqua Draco.

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- Ça ne te ressemble pas de te mettre en danger pour quelqu’un d’autre que toi.
- Je ne veux pas de dette et je considère que je ne suis pas responsable de ta
stupidité, dit-il avant d’ajouter entre ses dents : je t’ai donner tout le temps qu’il
fallait ! Par Merlin, Potter !
Harry soutint son regard, le cœur battant, puis dévia vers les taillades sur sa joue.
D’un geste machinal, Draco essuya le sang qui perlait. Harry fronça les sourcils, les
coupures formaient des lettres.
- Pourquoi est-ce que… Draco, il y a marqué « poison » sur ta joue.
- C’est vraie que ça te regarde. Et si tu commençais par t’occuper de tes problèmes ?
Comme le fait que tu es coincé dans un manoir rempli de sorciers qui veulent ta peau
et que tu n’as visiblement aucun plan de secours.
Il posa son coude sur la table, s’appuyant sur sa main l’air soudain à bout de forces.
- Écoute, on est quitte, je ne te dois rien et tu ne me dois rien. Tu as peut-être une
chance d’en réchapper, mais il va falloir que tu te débrouilles seul.
- Et toi ?
- Seul, Potter, ça veut dire que tu m’oublies. Va-t’en.
Harry attrapa sa baguette et lui tendit l’autre main.
- Je ne vais pas te laisser.
- Débrouille-toi seul. Je t’ai assez aidé comme ça.
Puis Draco désigna les deux portes de chaque côté de la longue pièce.
- Quand ils ont compris que j’avais modifié ton heure d’arrivée, ils se sont divisés
pour surveiller les deux sorties. Si elle n’a pas changé entre-temps, Bellatrix t’attend à
celle derrière moi, je te conseille de prendre l’autre. Par contre, il y a Greyback, c’est
un loup-garou, donc ne te précipite pas.
Draco se plia soudain en deux, une main crispée sur sa poitrine. Sa chaise grinça
contre le carrelage, décalée par son mouvement brusque. Le crissement brisa le silence
qu’ils maintenaient jusque là en parlant à voix basse. Harry se précipita vers lui.

199
- Draco ?
Le poison. Il avait été empoisonné. C’était ça que voulait dire le message écorchant
sa joue ? Ou alors les taillades lui avaient fait perdre trop de sang, mais ça ne lui
aurait pas donné une douleur au cœur, si ? Draco ouvrit la bouche, tentant d’articuler
quelque chose qui se perdit en une grimace de douleur.
Puis les portes de chaque côté de la salle s’ouvrirent. Par-dessus le dossier de la
chaise, Harry vit les cheveux négligés de Bellatrix et quatre autres silhouettes derrière
elle. Il devinait qu’autant de Mangemorts se tenaient derrière lui.
- Notre poison a mis un peu de temps à atteindre son pic, mais peu importe, fit
Bellatrix. Je me doutais que tu attendrais avec lui de toute façon. Maintenant tu vas
nous remettre ta baguette. À moins que tu préfères que je brise l’antidote.
Elle leva une fiole contenant un liquide vert citron, ne la tenant qu’entre deux doigts.
De chaque côté de la longue pièce mal éclairée, les silhouettes des Mangemorts leur
barraient le passage. De tout façon, avec Draco plié en deux sur sa chaise par le
poison, ils ne seraient pas allés loin.
- Ta baguette, Harry, répéta Bellatrix avec un sourire qui lui donnait un air
dangereux.
La fiole qu’elle tenait entre deux doigts risquait chaque seconde de se briser par
terre.
- Allons, allons, tu ne voudrais pas perdre ton cher Draco ?
Le coeur battant, Harry jeta un coup d’œil vers Draco mais il ne faisait que serrer les
dents, à peine conscient de ce qui se tramait autour de lui.
- Donnez-moi l’antidote maintenant. S’il meurt, vous n’aurez plus rien contre moi.
Vous ne voulez pas me tuer, sinon vous n’auriez pas pris toutes ces précautions.
Bellatrix déboucha la fiole, faisant danser le liquide, avant de la pencher. Un filet vert
vif bascula dans le vide, se perdant entre les dalles. Harry se redressa, furieux, et elle
referma la fiole qui ne contenait plus qu’un fond.

200
- Ça devrait être suffisant pour faire reculer le poison, dit-elle, mais plus pour le
vaincre. Comme tu l’as si bien dit, nous avons besoin de ta coopération pour libérer
notre Seigneur et sans Draco, ce sera plus difficile. Tu vois Potter, nos intérêts vont
dans le même sens. Lance-moi ta baguette et tu auras ce qu’il reste de l’antidote. Nous
discuterons de ce qu’il adviendra de lui quand nous aurons obtenu réparation, mais si
tu veux mettre toutes les chances de ton côté, tu ferais mieux de te plier à nos ordres
dès maintenant.
Quand il imaginait ses sentiments retournés contre lui par ses ennemis, il avait
toujours vu Draco en tirer les ficelles, ou rire de ce qu’il ressentait, pas en subir les
conséquences à sa place. Bellatrix avait parfaitement su où frapper. Il lança sa
baguette. Elle lui envoya la fiole en retour, ses réflexes d’attrapeur lui permirent de la
saisir au vol. Ignorant les Mangemorts, il s’agenouilla devant Draco.
- Draco ?
Il le secoua par l’épaule sans obtenir de réaction. Le Serpentard était trop tendu pour
être totalement inconscient. Un des Mangemorts passa près d’eux, les enveloppant
d’une odeur de boue, de sueur et de sang. Sa main crasseuse aux ongles jaunes agrippa
les cheveux de Draco pour l’obliger à se redresser sur la chaise et ouvrir la bouche.
- Passe-moi l’antidote, ordonna-t-il.
- Lâche-le, je me…
le Mangemorts lui arracha la fiole des mains et la déboucha avec les dents. Harry
grimaça de dégoût.
- Fais gaffe, Greyback, on n’en a pas beaucoup en stock, lança un des Mangemorts
restés près de la porte derrière eux.
Mais Greyback avait déjà fait avaler le liquide vert à Draco et le relâcha sans
prévenir. Harry le soutint pour l’empêcher de s’effondrer. Ses iris gris croisèrent les
siens et retombèrent sans réagir, il ne semblait pas le voir. Pendant un long et
terrifiant moment, il crut que l’antidote ne ferait pas effet, qu’il l’avait administré trop

201
tard. Puis la respiration de Draco commença à s’accélérer, il grimaça et cligna des
yeux plusieurs fois. Il lui fallut encore de longues minutes avant d’être capable de
répondre.
- On a peut-être un peu tardé, commenta Bellatrix. Au moins maintenant, Harry, tu
sais qu’il vaut mieux ne pas discuter trop longtemps nos ordres.
Draco tourna la tête en direction de Bellatrix puis interrogea Harry du regard. Son
teint était toujours pâle, mais il était conscient.
- Pour être honnête, je suis déçue, poursuivit Bellatrix en contemplant la baguette de
Harry. Quand j’ai compris que notre cher Draco t’avait gagné du temps, j’ai pensé que
tu arriverais avec des renforts, d’où cette petite mise en scène. J’espérais pouvoir
capturer un ou deux membres de l’Ordre au passage. Je savais que tu viendrais, mais
seul ?
- Comment ça qu’il viendrait… ? articula Draco sans quitter Harry des yeux. Je
croyais qu’il ne savait pas pour le Portauloin.
- Oh, si, il savait, répondit Bellatrix.
Harry relâcha les épaules de Draco en veillant à ce qu’il ne s’effondre pas. Il préférait
mettre un peu de distance entre eux, il était dans la bouse de dragon sur tellement de
niveaux… Draco retint sa cravate à la dernière seconde.
- ne part pas comme ça. Cette fois tu vas me répondre, tu es venu parce que j’étais
ici, n’est-ce pas Potter ?
Le rire de Bellatrix sembla geler l’air qui l’entourait. Harry tenta de le faire lâcher,
nier à ce stade serait ridicule et ça ne mènerait à rien. Tout le monde savait. Ici, à
Poudlard, tout le monde. D’un ton moitié enroué par la douleur, moitié satisfait,
Draco reprit :
- Je le savais, j’en étais sûr. Tes amis ont fait un bon travail pour te couvrir, mais je
n’ai pas avalé leurs mensonges. C’est presque fascinant à quel point tu avais peur que
je comprenne.

202
Pour quelqu’un qui souffrait, il déployait une force impressionnante pour le retenir.
- Maintenant que nous t’avons, Draco, c’est presque comme si le célèbre Harry
Potter était dans notre camp. N’est-ce pas, Harry ? dit Bellatrix en posant les mains
sur ses épaules.
Draco relâcha le tissu comme s’il l’avait brûlé et Harry se dégagea de Bellatrix, le
cœur battant.
- Vous saviez ? sit lentement Draco en se tournant vers sa tante. Depuis combien de
temps ?
- Depuis la première fois où tu l’as ramené ici.
Draco dévisagea Harry. De nouveau, il était impossible de savoir ce qu’il pensait.
- Maintenant, Harry, reprit Bellatrix, tu n’as plus qu’à prier pour que ce cher
Dumbledore libère notre Maître et tu seras peut-être en vie pour témoigner de sa
victoire. Surveillez Draco, je m’occupe du garçon.
L’ombre de Greyback les surplomba. Alors qu’il passait à côté de lui, Draco le tira
vers lui et murmura :
- Tu as intérêt à rester en vie, Potter, parce que je n’en ai pas fini avec toi.

203
Chapitre XXXI : Draco Malfoy

Bellatrix intervint aussitôt pour les séparer. Harry pouvait sentir sa baguette
s’enfoncer dans son dos alors qu’elle le poussait à travers les couloirs du Manoir.
- Le poison mettra un moment à refaire totalement surface, dit-elle, mais il refera
surface. Dumbledore a un temps limité pour répondre à nos exigences.
- Si jamais Voldemort revient, qu’est-ce que vous ferez de lui ? demanda Harry d’une
voix blanche.
Seul le silence lui répondit, ce qui était peut-être pire que de savoir. Être seul avec
elle ravivait des souvenirs qu’il préférait oublier et dans la pénombre, il avait
l’impression que la gueule d’un serpent pouvait se jeter à sa gorge à chaque pas.
Quand Bellatrix ouvrit une porte, dévoilant une pièce aveugle aux murs gris sans le
moindre meuble, Il entra, la tête haute. Hors de question de lui montrer sa peur, elle
s’en réjouirait trop. Il recula néanmoins quand elle fit mine d’entrer à son tour. Une
soudain flash déchira les ombres et elle s’effondra comme une masse à ses pieds.
Les yeux écarquillés, Harry l’enjamba. Dans le couloir, il crut voir un morceau de
cape disparaître dans les escalier. Le cœur battant, il retourna près de Bellatrix. Sa
main crispée autour de sa baguette. Ses propres mains tremblaient quand il desserra
ses doigts à la hâte pour la récupérer. Il arrivait en bas de l’escalier quand des bruits
de pas le firent reculer derrière une statue, pressé contre le mur. En entendant les

205
voix, il se changea en chat.
C’était Narcissa qui parlait.
- Tu as pu… ?
- Oui, répondit la voix de Lucius Malfoy. Es-tu sûre de ce que tu fais ?
Harry se roula en boule derrière la statue. Les parents de Malfoy ne pouvaient peut-
être pas le voir, mais quelqu’un qui descendrait les escaliers, si.
- Ce n’est pas comme si nous avions une meilleure solution, Draco est impossible à
prédire dernièrement, on ne peut pas…
Des bruits de pas à l’étage les firent taire et Harry entendit les bruissements de
capes, signe qu’ils s’éloignaient. Il bondit de l’autre côté de la statue en urgence puis se
terra dans l’ombre alors que les pas approchaient. Son souffle se coupa quand Bellatrix
passa devant lui, le bas de sa robe le frôlant presque.
Elle semblait hors d’elle.
- Greyback !
Son hurlement raisonna dans les couloirs et Greyback surgit d’une pièce attenante.
Harry n’osa pas bouger. Bellatrix lui tournait le dos, mais si le loup-garou baissait les
yeux, il le verrait.
- Va remplacer celui qui surveille Draco, je veux que ce soit toi. Potter s’est échappé
et on sait qu’il ne quittera pas le Manoir sans lui. Ouvre l’œil, quelqu’un ici l’a aidé.
Quand j’aurais mis la main sur lui, il regrettera d’être né.
Elle disparut dans un couloir et Greyback tourna les talons. Harry osa respirer de
nouveau. Comme une ombre, il suivit la trace du loup-garou jusqu’aux appartements
de Draco. Le Mangemort en faction laissa sa place à Greyback qui ouvrit la porte d’un
coup de pied.
Harry se faufila à l’intérieur. Visiblement Draco était en train de fouiller sa
bibliothèque, sans doute à la recherche d’un antidote, et s’était retourné pour toiser
Greyback.

206
- Une idée d’où est Potter ? grogna ce dernier.
Durant une fraction de seconde, Harry crut voir du soulagement dans l’expression
de Draco, mais tout ça s’effaça aussitôt derrière un éclat de rire.
- Parce qu’il vous a encore échappé ?
- Tu n’essaies même plus de faire semblant on dirait.
Caché derrière un canapé, Harry guettait une ouverture pour se retransformer et
Stupéfixer Greyback, mais la tentation d’écouter un peu plus était forte. Draco venait
de frôler sa joue en sang.
- C’est inutile, répondit-il. On sait tous les deux dans quel camp je suis.
Greyback envoya son poing, Draco se décala juste à temps et les livres derrière sa
tête se déchirèrent entre les ongles du loup-garou.
- Le mauvais camp, dommage pour toi, fit Greyback.
- Le mauvais ? Les seules choses qui amènent des adeptes à ton cher Maître c’est la
bêtise et la peur. La peur c’est efficace un temps, mais ça ne fonctionne pas
éternellement, regarde-moi. La bêtise fonctionne mieux, je l’admets, mais soyons
honnête elle n’apporte pas des sorciers de grande qualité, regarde-toi.
Draco esquiva un nouveau coup et les ongles de Greyback se plantèrent dans le bois
en crissant.
- Alors oui, j’ai choisi Potter. En même temps c’était prévisible je n’aime pas perdre.
Derrière son canapé, Harry cligna des yeux, stupéfait.
- Mais toi, Malfoy, tu lui sers à quoi à Potter ? Tu as les beaux discours, mais
combien de fois tu l’as attiré dans des dangers qui ont failli le tuer, hein ? À part
servir d’appât au Seigneur des Ténèbres, c’était quoi ta grande utilité ?
En guise de réponse, Draco releva le menton avec dédain, sauf que Harry le
connaissait assez pour savoir que les mots l’avaient atteint. Draco ne fit pas un geste
quand la main crasseuse s’approcha de son cou.
- Je pourrais faire de toi un obéissant petit loup-garou, tu n’es plus si jeune alors il

207
faudra peut-être un peu de temps pour te dress…
Un jet de lumière le projeta contre une commode qui s’effondra sous son poids,
l’enlisant dans des éclats de bois. Harry abaissa sa baguette et croisa le regard de
Draco qui avait perdu son sourire.
- Tu as pris ton temps.
- Je viens d’arriver, mentit Harry.
Il s’en voulait d’avoir cédé à la curiosité mais d’un côté, il ne regrettait pas d’avoir
laissé Draco perler un peu plus longtemps, enfin jusqu’à ce que Greyback décide de
poser la main sur lui.
- Il faut qu’on parte d’ici, dit-il en se tournant vers la porte des appartements encore
ouverte.
- On peut utiliser une des cheminées, répondit Draco.
Il sortit un petit sac de toile de la poche arrière de son pantalon.
- C’est de la poudre de cheminette, elle était dans ma bibliothèque. Quelqu’un l’a mis
là.
Harry acquiesça, sans doute la même personne qui l’avait aidé. Il se dirigeait vers la
porte quand il remarqua que Draco ne bougeait pas, puis il réalisa que le poison était
toujours là, assez pour qu’il soit obligé de s’appuyer à la bibliothèque pour tenir
debout.
Sentant qu’il allait vite le regretter, Harry revint vers lui et lui tendit la main. Draco
haussa les sourcils et passa un bras autour de ses épaules, s’appuyant de tout son poids
sur lui.
- N’en profite pas trop.
Harry l’ignora. Ça allait être long, très long.
- C’était suffisamment dangereux si tu avais pu marcher normalement…
- C’est moi qui ai la poudre de cheminette, alors tais-toi et avance, le coupa Draco
en les entourant d’un sort de Désillusion. La cheminée de la bibliothèque est la plus

208
proche, si on arrive à l’atteindre, on a une chance.
Harry referma les appartements de Draco derrière eux en priant pour que Greyback
ne se réveille pas trop vite. La bibliothèque en question se trouvait à l’autre bout de
l’étage. En sentant Draco s’essouffler après quelques pas seulement, l’inquiétude
d’Harry monta en flèche. Il ne pesait pas sur lui uniquement pour l’ennuyer.
Les seuls Mangemorts qu’ils croisèrent au pied de l’escalier et à l’autre bout du
couloir étaient trop loin pour repérer le sortilège de Désillusion et après une
angoissante traversée, Harry poussa la porte de la bibliothèque avec prudence.
Une grande pièce circulaire aux murs recouverts de livres se trouvait derrière. Des
étagères courbées pour accueillir d’autres ouvrages encerclaient un espace où des
fauteuils attendaient les invités. De l’autre côté, une cheminée se découpait dans le
marbre, son âtre éteint laissant entrevoir des braises rougeoyantes, mais la lumière
venait de lampes en cristal suspendues au-dessus de leurs têtes.
Alors qu’ils approchaient, Bellatrix glissa de derrière un rayonnage, se plaçant entre
eux et la cheminée.
- Comme je le pensais, dit-elle. Je vois que tu as trouvé de la poudre de cheminette,
Draco.
Soutenant toujours Draco d’une main, Harry leva la baguette de Bellatrix, prêt à les
défendre. Celle-ci fit tournoyer sa baguette d’emprunt et la porte ne tarda pas à
s’ouvrir sur le reste des Mangemorts, dont Lucius et Narcissa ? Harry sentit Draco se
tendre. Il était encore plus pâle que l’habitude et un film de sueur couvrait son front.
Il avait besoin de l’antidote au plus vite.
- Draco… appela Narcissa. Bella, il faut lui donner l’antidote.
- Qu’il vienne ici, dit Bellatrix. Ton fils n’a rien à faire au côté de Harry Potter.
Lucius fit signe à son fils de le rejoindre.
- Dumbledore n’a toujours pas donné de réponse, poursuivit Bellatrix en étudiant sa
baguette d’un air ennuyé. Maintenant qu’ils croient tenir notre Maître, il faut croire

209
qu’ils n’ont plus besoin de toi, Potter. Si on te renvoyait à eux morceau par morceau, à
ton avis, ça les ferait reconsidérer leur décision ?
Le ton chantant de Bellatrix lui donna la nausée, elle ne plaisantait pas. Les
mangemorts qui l’entouraient renforçaient son mal-être et Harry ne leur donna pas la
satisfaction de détourner le regard.
- Draco, insista Narcissa, pressante. Viens.
Avec l’impression de se séparer de son dernier rempart, Harry desserra son étreinte.
Draco ne bougea pas. Est-ce que c’était le poison ? En tournant la tête, Harry
découvrit qu’il toisait Bellatrix. Il avait l’air parfaitement alerte, pourtant.
- Qu’est-ce que tu attends ? fit Lucius.
- Allons Draco, soit raisonnable, dit Bellatrix. Il est notre seul moyen de faire céder
Dumbledore et il le sait.
Harry sentit la prise sur son épaule se resserrer.
- Tu ne peux rien pour lui, dit Bellatrix. Laisse-moi te montrer.
Elle leva sa baguette et Draco le repoussa derrière lui.

210
Chapitre XXXII : Hum Hum

Le geste eut le même effet que s’il avait insulté un par un chaque Mangemort de la
pièce. Harry le sentait retenir son souffle, lui-même osait à peine respirer tant
l’atmosphère était à couper au couteau. Pourtant c’était comme si l’aura d’un Patronus
venait de l’envelopper.
- C’est ta dernière chance de t’écarter, Draco, dit Bellatrix.
Draco ne répondit pas mais ne bougea pas non plus.
Puis la porte de la bibliothèque s’ouvrit sur un visage blafard aux yeux écarlates.
Pendant un instant, la confusion envahit les rangs des Mangemorts. Étrangement,
Lucius ne semblait pas surpris par l’arrivée soudaine de son Maître. Concentré suur
Bellatrix ; il venait de lever sa baguette. Son sortilège informulé traversa leurs rangs et
Bellatrix le para de justesse. Aussitôt Voldemort se lança dans la bataille… contre ses
propres Mangemorts.
Dans le chaos qui suivit, Narcissa se glissa vers Harry et Draco et referma la main de
son fils sur une fiole au liquide vert vif.
- Bois-le le plus vite possible. Vous avez trouvé la poudre de cheminette ?
Draco acquiesça.
D’autre sorciers affluaient dans la bibliothèque à la suite de Voldemort. Mais au lieu
des Mangemorts capturés, il s’agissait des membres de l’Ordre.

211
- Que font-ils ici ? demanda Draco.
- Plus tard les question, vous devez partir, vite.
Elle les poussa vers la cheminée, aidant Harry à parer les sorts qui les visaient.
Harry mit un pied dans l’âtre et la sensation d’être pris dans un tourbillon lui donna
une brève nausée. Il atterrit au milieu des instruments de Dumbledore et fit quelques
pas sous les regards des tableaux avant de tourner vers la cheminée. Pendant de
terrifiantes secondes, l’âtre resta éteint puis Draco en surgit. Harry le réceptionna
maladroitement et le guida vers le fauteuil de Dumbledore.
Avec beaucoup de difficultés, Draco parvint à déboucher la fiole qu’il avala d’une
traite.
- C’est immonde, grimaça-t-il en lâchant le flacon vide par terre.
Harry resta près de lui un moment, pour s’assurer que le poison refluait mais si
Draco était déjà en état de se plaindre, il survivrait. Harry crut entendre un bruit dans
l’escalier circulaire au-dessus d’eux et décida qu’il était temps de partir.
- Où tu vas comme ça, Potter ?
Draco s’appuya sur les accoudoirs pour se relever.
- Je t’ai dit que je n’en avais pas fini avec toi, non ?
Un peu trop en forme à son goût, le Serpentard.
- À plus tard Malfoy.
- Arrête de fuir, Potter. Je croyais que tu étais un Gryffondor.
Harry s’arrêta devant une machine argentée qui émettait de petits panaches de
vapeur et la fit tourner du bout des doigts. Il devrait affronter Draco à un moment ou
à un autre, mais…
- La journée a été suffisamment longue comme ça, même pour un Gryffondor.
Un poids sur son épaule le fit sursauter. Draco venait d’y poser son bras.
- Je peux savoir ce que tu fabriques ? dit Harry d’un ton sec. Ce n’est pas comme s’il
restait encore des choses à prouver.

212
Son cœur qui tambourinait dans sa poitrine l’agaçait presque plus que Draco. Il
n’avait plus rien à cacher, pourquoi est-ce qu’il continuait de le mettre dans un état
pareil ?
À prouver ? Oh, tu penses à la fois où je t’ai embrassé ? Vu le nombre de fois où tu
as dormi dans mon lit, je ne jouerais pas au scandalisé à ta place.
- Je ne… Ce n’est pas ce que je voulais !
- Vraiment Potter ? J’ai du mal à te croire.
Merlin, où était le reste de la poudre de cheminette qu’il retourne affronter
Voldemort ?!
- De toute façon en quoi ça t’intéresse ? Si c’est pour t’amuser, tu auras tout le temps
pour ça quand tu seras avec tes petites copains Serpentards, je suis sûr qu’ils seront
ravis de voir que leur rumeur est confirmé.
- Parce que tu penses que ce que je veux te faire se fait en public ?
Harry s’étrangla et se dégagea. Encore ! Il continuait de jouer avec ses insinuations !
Draco lui offrit un sourire moqueur.
- Toi en revanche tu n’es pas très discret en public. À la soirée de Slughorn, la moitié
des élèves a dû se demander si tu avais perdu l’esprit. Encore plus quand tu es parti
me rejoindre à la volière…
- C’est toi qui m’y a suivi.
- Ta cavalière a dû être ravie. Si tu en avais une ?
- Luna m’a accompagné.
- Lovegood ? Remarque elle est blonde.
- C’est ridicule, je ne l’ai pas invitée parce qu’elle te ressemblait!
- Non, évidemment, ce n’est pas comme si quelqu’un pouvait me remplacer, dit
Draco en se penchant vers lui.
À cette distance, il distinguait chaque note grise de ses yeux et sur sa joue, les petites
taillades qui gravaient le mot poison.

213
- À quoi tu joues… ?
Sa voix baissa au fur et à mesure que Draco se rapprochait et un frisson remonta sur
sa nuque alors que l’adrénaline affluait dans ses veines. Il lui avait gagné du temps, il
l’avait protégé, comme lorsqu’il avait menti à Voldemort et l’avait tiré du champ de
bataille, mais impossible qu’il compte réellement l’embrasser. Et si c’était le cas, il
n’avait toujours décidé s’il le laissait faire ou pas. Sa respiration se bloqua quand
Draco ferma les yeux.
Au même moment, quelqu’un toussota.
Draco garda les yeux fermés, les sourcils froncés. Il n’avait jamais eu l’air aussi irrité.
Harry se détacha de son visage pour regarder par-dessus son épaule. En haut de
l’escalier qui s’enroulait autour du bureau, Ron et Hermione échangèrent un regard
embarrassé. Draco finit par se tourner vers eux.
- Je vais finir par croire que vous n’existez que pour m’empêcher de m’amuser.
S’il ne venait pas de se faire empoisonner, Harry l’aurait frappé. Au lieu de ça, sa
colère se dirigea contre ses amis.
- Vous ne pouviez pas dire que vous étiez là tout de suite ?!
- Vous ne pouviez pas ne jamais le dire ? Lâcha Draco d’un ton acide.
Sans cesser de le toiser, il s’installa dans le fauteuil du directeur. Clairement, il
considérait que leur conversation était loin d’être terminée.
Parfait, songea Harry, envahi par la même énergie qui précédait les matchs de
Quidditch et les duels. Draco voulait le confronter ? Qu’il vienne.

214
Chapitre XXXIII : Beaux-parents

Ron et Hermione descendirent l’escalier pour le rejoindre alors que Harry se massait
les temps pour faire passer l’impression qu’il venait de courir un marathon au milieu
de la forêt Interdite avec toute la famille d’Aragog à ses trousses. Évidemment, Draco
refusait de partir avant d’avoir eu des nouvelles de ses parents, alors il le laissèrent
dans le fauteuils de Dumbledore et se retranchèrent de l’autre côté du bureau.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? murmura Hermione avec un regard en direction de
Draco. C’est moi ou il… ?
- Pourquoi vous n’avez pas dit que vous étiez là ?
- Vous aviez l’air de vous expliquer, répondit Ron d’un ton bas en frottant ses
cheveux, embarrassé. Sauf sur la fin, j’avais pas l’impression que tu étais très sûr de ce
qui se passait, alors…
Il semblait soudain fasciné par les cercles de vapeur qu’émettait un des objets.
- Rien qu’à son attitude, on a deviné qu’il savait, ajouta-t-il.
Les joues brûlantes, Harry baissa tant la voix que ses amis durent se pencher pour
l’entendre.
- Non, ça veut rien dire, il est comme ça depuis des mois.
Le petit objet à vapeur se renversa, répandant un nuage blanc sur la table ronde, et
Ron s’empressa de le redresser.

215
- Ce n’est pas la première fois ? murmura Hermione, interdite.
Ça avait commencé après le retour du manoir Malfoy. Harry se souvenait encore de
son sourire quand il lui avait dit qu’il voulait que leur trêve dure. Mais Merlin, est-ce
qu’il ne pouvaient pas attendre avant d’avoir cette conversation ?! Il jeta un bref coup
d’œil vers Draco et croisa son regard.
- Il n’était pas comme ça avant, souffla Harry en lui tournant le dos, il a juste changé
d’attitude quand on a commencé à être un moins… glacial l’un envers l’autre. Enfin
c’était pas non plus à ce point, mais disons que c’était pire à chaque fois. Quoi ?
Hermione secoua la tête.
- Ces derniers temps, j’avais quelques soupçons, mais tu ne nous avais rien dit, je
n’étais pas sûre.
Les flammes de la cheminée gonflèrent et s’illuminèrent soudain de vert. Le
professeur McGonagall fut la première à apparaître dans l’âtre, en rajustant ses
lunettes, elle avisa Harry et Draco.
- Vous êtes ici.
Harry lança un regard à Hermione, frustré. Qu’est-ce qu’elle soupçonnait ?
La poudre de cheminette se réactiva et le professeur Flitwitch surgit à son tour.
Bientôt suivi par le professeur Chourave.
- Vous serez heureux d’apprendre que les derniers Mangemorts sont en train d’être
appréhendés, reprit McGonagall. Tous les trois, je vais vous demander de quitter le
bureau pendant que nous réglons les derniers points. Restez à proximité, le professeur
Dumbledore tient aussi à vous parler. Monsieur Malfoy, restez où vous êtes.
Harry regermait derrière eux quand de longs cheveux blonds surgirent au milieu des
flammes de la cheminée. Narcissa ? D’ailleurs, elle et Lucius les avaient aidés, non ?
Malheureusement pour sa curiosité, la porte de chêne se ferma, étouffant les bruits du
bureau. Doublement frustré, il se tourna vers Hermione.
Au moins il pouvaient parler librement.

216
- Qu’est-ce que tu soupçonnais exactement ?
- Ça ne te semble pas évident ? répondit Hermione. Tu as dit toi-même que c’était
pire à chaque fois. Compte tenu de qui sont ses parents et de qui sont ses amis, tu es
aussi inaccessible pour lui qu’il ne l’est pour toi. Il n’a pas le droit au faux pas, donc je
suppose qu’il restait jusqu’où il pouvait aller.
- Ouais, il testait, dit Ron. Là il s’amuse juste, c’est quand même de Malfoy qu’on
parle. Je ne vais pas te dire que je te l’avais dit, mon pote, mais je te l’avais dit. Et je le
maintiens, c’est un choix de merde.
- C’est ridicule, marmonna-t-il. Vous êtes en train de dire que Malfoy teste s’il a ses
chances avec moi ?
Hermione fit exactement la même tête que quand elle expliquait une notion de cours
pourtant simple selon elle et qu’il ne comprenait pas.
- Oh, Harry ! Tu l’imagines agir comme ça avec Crabbe ?
Un frisson de dégoût l’envahit. Elle marquait un point, mais tout de même, ça
paraissait si… invraisemblable.
- Il me déteste ! Depuis la première année, il ne fait que me rappeler à quel point il
ne peut pas me supporter.
Ron fit la moue.
- Tu sais, en y réfléchissant, c’est comme s’il essayait d’attirer ton attention. Je n’aime
pas Mimi Geignarde mais je n’ai pas un besoin constant de lui prouver que c’est moi
le meilleur. Le veux dire, viens faire un duel avec moi Potter, mais aussi j’ai rejoint l’équipe
de Quidditch Potter, regarde mon super balai, quoi tu t’es évanoui Potter ? et vas-y je joue
au Détraqueur pour attirer ton attention, que je crée des badges « à bas Potter », que
je rappelle à quel point ma famille a des relations au ministère et qu’elle est riche et
gnagnagna.
- Exactement, renchérit Hermione. Pour quelqu’un qui s’en fiche de toi, il gaspille
beaucoup d’énergie à essayer de t’impressionner.

217
Harry resta sans voix, à peser ses souvenirs sous cette nouvelle lumière en essayant
de déterminer s’il fallait y voire un espoir. Puis Ron posa la question qui la tracassait.
- Si c’est vraie, qu’est-ce que tu vas faire… ? Ce n’est pas pour te décourager ou quoi
que ce soit, mais c’est Malfoy.
- Il ne changera jamais complètement, commença Hermione en levant la main dès
qu’elle le vit prêt à objecter. Tout ce que tu dois te demander c’est si tu peux lui faire
confiance.
- Même s’il t’a aidé, il a couru rejoindre les Mangemorts à la première occasion, dit
Ron d’un ton amer. Il continue de jouer sur plusieurs tableaux comme un bon
Serpentard.
Harry sentit son cœur accélérer.
- Juste avant que Dumbledore et les autres arrivent, Bellatrix était en train de
détailler ce qu’ils allaient me faire si Voldemort n’était pas libéré. Ses parents et
Bellatrix l’ont appelé mais Draco n’a pas bougé. Il m’a poussé derrière lui et il n’a pas
bougé.
Il y eut un silence.
- je n’aurais jamais cru qu’il prendrait un risque comme ça pour quelqu’un d’autre,
dit enfin Ron, aussi choqué que les Mangemorts quand Draco avait refusé de s’écarter.
Enfin, je suppose que tu peux lui faire confiance dans ce cas.
Il avait l’air à moitié sûr de lui, mais que Ron lui dise ça signifiait beaucoup.
Le bureau s’ouvrit, laissant clairement voir Narcissa et Lucius Malfoy debout devant
le bureau de Dumbledore. Draco avait rendu son fauteuil au directeur et se tenait à
côté d’eux. Sur un signe de tête de McGonagall, lui et ses parents prirent congé. Harry
s’écarta au maximum pour les laisser passer, le regard rivé sur la statue du Griffon,
mais à la périphérie de sa vision, il capta le rictus moqueur de Lucius.
Dumbledore lui fit signe d’entrer et il laissa Ron et Hermione.
- Harry, assieds-toi je t’en prie, dit Dumbledore. Je vais être bref, tu dois être épuisé

218
mais il nous reste encore des points à régler avant que tu puisses prendre un repos
mérité.
Il ouvrit un tiroir duquel il sortit le vieux journal de Jedusor sur lequel il déposa un
médaillon et une bague ancienne, tous deux fendus comme par un coup d’épée.
- Tu te souviens du journal, je suppose ? Lorsque tu ma l’as amené j’ai tout de suite
soupçonné sa nature et détenir Voldemort m’a permis de confirmer qu’il s’agissait
d’un Horcruxe. Une forme de magie noire très puissante qui consiste à déchirer son
âme pour en protéger une partie dans un objet. Tant que les morceaux d’âme
survivent, leur propriétaire ne peut mourir.
Harry réprima un frisson. Alors le journal… ? Cette bague et ce médaillon aussi ? Ils
contenaient une part de Voldemort ?
- Et comment on déchire une âme ? demanda-t-il lentement, pas certain de vouloir
connaître la réponse.
- En tuant.
La pierre fendue brillait d’un éclat sombre, si sombre qu’il semblait aspirer la
lumière. Harry tendit la pain pour ramasser la bague.
- Ça n’a pas dû être trop difficile pour lui, dit-il d’un ton amer. Ils sont tous là ?
- Non. Il nous reste encore du chemin à parcourir avant de rendre à Voldemort sa
mortalité. Cependant, avec les informations que nous parvenons à récolter parmi ses
fidèles, nous avons déjà retrouvé la bague et le médaillon de Serpentard, ainsi que le
serpent, Nagini. C’est une question de temps. De plus, l’Horcruxe qui m’inquiétait le
plus a déjà été détruit.
Harry releva la tête.
- La connexion entre toi et Voldemort n’a plus dû t’inquiéter depuis la bataille, n’est-
ce pas ?
- C’est vrai. Il n’a plus rien tenté.
- Oh, je ne dirais pas que tu n’a plus rien tenté, simplement qu’il n’en a plus été

219
capable.
Les pièces du puzzle s’assemblèrent. « L’Horcruxe qui l’inquiétait le plus », il ne
voulait pas parler de…
- En t’interposant face au sortilège de mort de Voldemort, tu as involontairement
détruit le morceau d’âme qui vivait en toi, celui qui lui permettait de prendre le
contrôle de ton esprit.
- J’étais un de ses Horcruxes, dit Harry en resserrant le poing autour de la bague, les
éclats fendus de la pierre blessant sa paume.
- Je doute que Voldemort lui-même en ait soupçonné l’existence, mais oui. Ainsi il
ne pouvait mourir tant que toi, tu vivais. Ce qui n’est à présent plus le cas. J’ai pensé
que tu devais le savoir, après tout ton courage t’a sauvé la vie. Le Choixpeau ne s’est
pas trompé en te plaçant à Gryffondor, bien que tu n’aies certainement plus de doutes
depuis des années.
Il y eut un silence seulement troublé par la vapeur des machines où le froissement
de tissus des anciens directeurs qui écoutaient leur conversation. Toutes ces années, il
avait lié à Voldemort, il avait été un de ses Horcruxes.
- Veux-tu bien m’excuser, Harry ? dit finalement Dumbledore. J’ai parfaitement
conscience à quel point cette journée a été éprouvante pour toi et je ne fais
qu’aggraver les choses en te partageant ces informations. Pour te dire la vérité, je
souhaitais t’en faire part beaucoup plus tôt dans l’année. Quand Severus m’a rapporté
ton rapprochement avec monsieur Malfoy, j’ai jugé plus prudent pour vous deux de
garder ce que je savais pour moi.
Dumbledore s’attarda sur la bague que Harry tenait toujours et il s’empressa de la
reposer à côté du médaillon de Serpentard.
- Peut-être devrais-tu la garder. C’est un cadeau dangereux, aussi dangereux que le
miroir du Riséd, mais si tu l’utilises avec précaution, il peut t’aider à tirer un trait sur
le passé.

220
Harry regarda la bague sans comprendre.
- Ce n’est pas la bague mais pierre qu’il contient. Je suis sûr que ton ami Ron pourra
t’éclairer à son sujet, demande-lui de te narrer le Conte des trois frères.
Avec un sourire pétillant, Dumbledore ajouta :
- Notre cher Severus faisait un excellent Voldemort, tu ne trouves pas ?
Harry releva la tête.
- C’est vrai, comment vous avez su où nous étions ?
- Eh bien je dirais que Lucius et Narcissa ont compris que la condition pour sauver
leur fils était de te sauver toi.

221
Chapitre XXXIV : La pierre de résurrection

Harry attendit le lendemain midi pour parler à ses amis du cadeau que lui avait fait
Dumbledore. Il n’avait toujours pas décidé pour quoi l’’utiliser.
- Alors cette pierre serait la pierre de résurrection dont parle le Conte des trois
frère ? demanda Hermione qui examinait la bague fendue, fascinée.
- Si ce n’est pas ça, je ne vois pas, répondit Ron, mais quand même, Dumbledore te
l’a donnée comme ça ? Il ne voulait pas la garder pour lui ?
Dans sa stupéfaction, il en avait oublié la tourte qui refroidissait dans son assiette.
- Peut-être qu’après la destruction de l’Horcruxe elle ne fonctionne plus ? dit
Hermione en rendant la bague à Harry.
- Je ne pense pas, sinon pourquoi il m’aurait mis en garde ?
La douleur et le vide qu’il avait ressentis, aussi seul face au miroir du Riséd et les
jours qu’il lui avait fallu pour reprendre le cours normal de son existence le faisait
hésiter. Bien sûr il garderait toujours les précieux souvenirs de ses parents que Sirius,
Rogue, Lupin et tous les autres avaient partagé avec lui, mais il s’était construit une
famille depuis. Une qui le suivrait dans le pire des cauchemars. Ça valait toutes les
pierres de résurrection du monde.
Si encore il y avait eu une question qu’il devait absolument poser, une réponse dont
il aurait eu besoin pour avancer dans la vie.

223
Harry releva la tête vers la table des professeurs mais elle était déserte. Avec les
récents événements, leurs enseignants ne faisaient que des apparitions éclairs aux
repas. Harry se remémora leur emploi du temps. Le dernier cours de la journée était
la défense contre les forces du Mal.
Parfait.
Tout en piquant les cubes de pommes de terre du bout de sa fourchette, il peaufina
son idée jusqu’à ce qu’elle soit suffisamment claire. En revenant à la réalité, il croisa le
regard d’une Serdaigle à la table en face. Celle-ci se détourna aussitôt. Il remarqua vite
qu’elle n’était pas la seule à l’observer de travers.
- Qu’est-ce qu’il leur arrive encore ?
- Avec ton voyage chez les Mangemorts, tu l’as peut-être oublié, mais tout le monde
ici est encore bloqué sur le fait que tu aimes Malfoy.
- Génial, marmonna-t-il en reposant sa fourchette.
Pendant les cours de l’après-midi, il s’appliqua à ignorer les commentaires plus ou
moins subtils de ses camarades de classe. Par chance ce n’était pas des cours qu’il avait
en commun avec Draco. Il en avait presque oublié que les cours de défense contre les
forces du Mal, lui, l’était. Pansy le lui rappela.
Il se força à ignorer les ricanements et les commentaires dans son dos. Quand Draco
entra à son tour, Harry se tendit sans le vouloir. La tension empira encore quand
Draco prit le siège juste derrière lui et que Pansy décala son sac pour le rejoindre.
Deux Serpentards dans un périmètre aussi proche, c’était de trop.
Un coup dans sa chaise le fit se retourner.
- Ça va aller, Potter ? dit Pansy avec un sourire narquois. Tu ne seras pas trop
déconcentré avec Draco derrière toi ?
Le regard que Draco posa sur elle n’affichait que de l’ennui. Pansy en perdit la voix
jusqu’à du professeur Rogue.
La main d’Hermione fusa vers le plafond lorsque le professeur Rogue leur demanda

224
quel sortilège servait à repousser les Dé traqueurs et Harry fut content de voir les
anciens membres de l’Armée du Dumbledore lever également la main. Le professeur
Rogue accorda un tout petit point pour la d’Hermione, ce qui sembla lui arracher son
âme, puis se tourna vers Harry.
- Il paraît que nous avons un spécialiste de cet enchantement, si vous nous montriez
à quoi ressemble un Patronus corporel, monsieur Potter ?
Pour une fois, il ne pouvait pas le laisser tranquille ? Il n’avait vraiment pas besoin
d’attirer plus d’attention et former un Patronus corporel avec le malaise qui lui collait
à la peau… Avec réticence, il repoussa sa chaise et leva sa baguette en se concentrant
sur le souvenir qu’il appelait toujours pour former son Patronus. Alors qu’il peinait,
Ron lui donna une pichenette et un regard qui voulait dire « C’est ton sort, vieux » et
juste comme ça, la pression s’envola.
- Spero Patronum !
La brume argentée se condensa, prenant la forme d’un cerf argenté, immense et
brillant. Ceux qui n’avaient encore jamais vu de Patronus poussèrent des exclamations
fascinées alors que la silhouette étincelante décrivait des bons gracieux entre les
tables. En se retournant, Harry vit Draco suivre le cerf des yeux avec un sourire et
changea d’avis. Ce n’était pas plus mal que Rogue lui ait confié la démonstration.
Après de longue étude de la théorie, ils déplacèrent les tables pour dégager un espace
de pratique. Plusieurs élèves vinrent demander conseil à Harry, comme quand il
enseignait encore aux membres de l’A.D., sauf qu’aucun d’eux n’aurait profité pour
glisser des questions sur Draco, sur les rumeurs et sur le fait qu’il était censé préférer
les filles puisqu’il était sorti avec Cho Chang.
- C’était peut-être pour ça que c’était si bref ? suggéra Pansy. Comment l’a prit
Chang, Potter ?
- Je ne crois pas que ça la concerne, répliqua-t-il sans desserrer les dents.
- On va mettre une chose au claire, intervint Draco. Je me fiche des rumeurs que

225
vous vous amusez à inventer, le prochain qui m’utilise dans une d’elles, j’en fais mon
elfe de maison.
- Donc tu ne vas pas réagir au fait qu’il ait des sentiments pour toi ?
Harry se tendit. Tous les élèves autour d’eux avaient suspendu leur entraînement
pour observer la scène.
- Fichez… commença Hermione.
Draco la coupa en ricanant.
- Oui, Harry Potter est désespérément amoureux de moi. Ça semble tellement
évident, c’est à se demander comment on ne s’en est pas rendu compte plus tôt.
- Arrête de rire. Tu veux faire croire que tu n’as pas remarqué son changement
d’attitude ? dit Blaise.
- Il ne m’insulte plus, c’est l’amour fou. On ne va pas tarder à te voir roucouler
autour de moi, non Potter ?
- Oh oui, sûrement, répondit Harry en faisant mine de réfléchir. J’ai déjà prévu de
faire ça entre le cours de potions et celui de botanique.
- C’est ce que je me disais. En même temps, il faudrait être aveugle pour ne pas
remarquer que je suis le meilleur parti possible.
Harry plissa les yeux. Est-ce que… ?
- Exactement, reprit-il sur le même ton que Draco. Quand est-ce que je pourrais
avoir rendez-vous, qu’on discute de ta magnificence ?
- Je pourrais me libérer ce soir, mais c’est bien parce que tu es l’Élu.
- Aïe pas possible. Je comptais réparer une armoire ce soir.
- Dommage. Ça restera donc une tragique histoire d’amour à sens unique.
Les rires de ceux qui les écoutaient attirèrent finalement les foudres de Rogue qui les
dispersa avec les promesse d’une retenue au prochain qui bavardait au lieu de
s’entraîner. En retournant vers Ron, Harry croisa le regard de Draco et sut que le
message était passé. Ce soir, à l’armoire à disparaître de la Salle sur Demande.

226
Se reconcentrer sur le Patronus devint soudain beaucoup plus complexe. Il était
autant impatient qu’il appréhendait la fin du cours, et il avait encore à régler avant de
pouvoir enfin confronter Draco.
Lorsque l’heure sonna, il fit signe à Ron et Hermione qu’il les rejoindrait et s’attarda
dans la salle jusqu’à ce que le dernier élève soit parti. Comprenant qu’il voulait lui
parler, Rogue ferma la porte d’un coup de baguette.
- J’ai quelque chose que je voulais vous prêter, dit directement Harry en fouillant
sans sa poche.
Il sortit la bague, ce qui provoqua un haussement de sourcil de Rogue.
- Vous avez sûrement entendu parler du Conte des trois frères ? dit-il en la déposant
sur le bureau. C’est la pierre de résurrection qui est sertie dessus. Je n’ai pas voulu
l’utiliser, je pense que ça fera plus de bien que de mal, mais vous, il y a quelqu’un avec
qui vous avez besoin de parler, non ?
Le regard du professeur Rogue avait toujours ressemblé à un tunnel froid, sans vie,
mais à présent qu’il fixait la bague Harry y discernait de la peur. Lui qui affrontait
Voldemort sans ciller semblait soudain hésiter. Quoi qu’il se soit passé entre eux, ce
devait être grave.
- Après tout ce temps, elle doit avoir envie de vous parler aussi, insista Harry, de
plus en plus convaincu que Rogue en avait besoin. Vous avez fait beaucoup de choses
pour moi, je serais probablement mort plusieurs fois si vous n’étiez pas intervenu.
Et pas que pour lui, durant ses missions d’espionnage, combien de fois avait-il risqué
sa vie pour le plus grand bien sans que personne ne sache, à part peut-être
Dumbledore ?
Après une longue hésitation, Rogue ramassa la bague.
- Donnez-moi une heure.
Harry acquiesça et le laissa seul.

227
Chapitre XXXV : Face à face

Rogue lui avait demandé une heure avec la pierre de résurrection. Harry avait fini
par patienter devant la salle de défense contre les forces du Mal. Sa mère se trouvait
de l’autre côté. Il avait déjà décidé qu’il ne contacterait pas ses parents, la vision dans
le miroir de Riséd avait été douloureuse pour qu’il veuille retenter l’expérience.
Seul celui qui tenait la pierre pouvait voir les âmes des défunts, de toute façon.
Au premier grincement de la porte, Harry bondit sur ses pieds. L’expression
douloureuse de Rogue lui porta un coup. Pour qu’il ne puisse pas se retrancher
derrière son indifférence habituelle, revoir Lily avait dû être une épreuve.
- Alors ?
Il n’aurait pas dû, mais la curiosité était trop forte.
- Alors il paraît que je suis trop sévère avec mes élèves, répondit Rogue sur son ton
habituel. Le fait que vous soyez une bande de cornichons ne semble visiblement pas
être une justification suffisante.
- Parce que c’est faux ! Hermione est la meilleure élève que je connaisse et vous
agissez comme un… comme ça avec elle aussi.
Il n’aurait pas été surpris que sa répartie lui vaille une retenue, alors le sourire qui
étira les lèvres minces de Rogue le prit par surprise.
- Visiblement, vous avez un point de vue similaire sur le sujet. Ce n’est pas mon cas,

229
précisa-t-il en lui rendant la bague. Quoi qu’il en soit, votre mère avait quelques
messages pour vous.
Harry attendit la suite, la gorge serrée.
- Votre père ne serait pas très enthousiaste concernant cette histoire avec Draco et
vous recommande la prudence.
Ce n’était pas surprenant, Ron et Hermione avaient réagi exactement pareil, mais ça
ne l’empêcha pas de grimacer.
- Votre mère n’est pas aussi tranchée. Pour reprendre ses mots « Les Serpentards ont
tendance à côtoyer de près les Ténèbres, ce qui les rend capable du meilleur comme
du pire. ».
Il avait récité ces mots comme s’il cherchait à graver la phrase dans sa mémoire.
Sans doute parce que c’était ceux de sa mère et peut-être qu’il s’y était reconnu. Lily
ne pensait pas forcément qu’à Draco en lui demandant de passer ce message. Après
tout Rogue avait côtoyé les Ténèbres de bien plus près que Draco.
- Quand à votre parrain, il digère.
Harry ne put s’empêcher de rire en imaginant Sirius.

En montant vers la Salle sur Demande, Harry dut s’arrêter plusieurs fois dans les
escaliers volants. Ses yeux le brûlaient et il peinait à étouffer ses émotions. Il avait
bien fait de ne pas activer la pierre. Le dernière chose que Rogue lui avait dite
raisonnait encore.
« Ce que ne les empêche pas d’être fiers de vous bien entendu, ils vous aiment. »
Il n’avait pas rajouté « et bla bla bla » mais ce n’était pas loin. Le malaise évident de
Rogue l’avait presque fait rire et c’était aussi ce qui l’avait empêché de craquer là-bas.
En arrivant devant la Salle sur Demande, il avait regagné un peu de sang-froid, mais
pas assez à son goût pour l’épreuve qui l’attendait. Dans la clairière où ils avaient

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passé tant de temps, adossé à l’Armoire à Disparaître, Draco l’attendait.
- Tu voulais me voir, dit aussitôt Harry.
Cette fois, ils étaient bel et bien seuls.
- Si un de nous deux a envie de voir l’autre, c’est plutôt toi je di…
- Malfoy !
Draco ricana.
- On n’avait pas terminé notre conversation, reprit Harry, et je préfère qu’on en
finisse au plus vite.
- Je ne compte pas en finir, ce ne serait pas drôle.
Harry contint sa frustration.
- Qu’est-ce que tu veux à la fin, Malfoy ? Un coup tu essayes de prouver que je…
enfin, de prouver la théorie de Pansy et l’autre tu fais l’inverse en sachant qu’elle est
vraie.
- Draco. Et de qu’elle théorie tu parles ?
- Comment ça quelle théorie ? Tu m’as embrassé pour prouver qu’elle avait raison !
- Ah, cette théorie. Non, j’ai menti, dit-il dans le plus grand des calmes. J’avais juste
envie.
Harry se préparait à répliquer quand il réalisa ce que Draco venait de dire. Peut-être
que Ron et Hermione avaient raison, mais c’était de sa bouche à lui qu’il avait besoin
de l’entendre.
- Tu me détestes depuis le premier jour.
- Le premier jour, c’était dans la boutique de Madame Guipure. C’est vrai qu’entre
tes réponses bizarres et l’énergumène qui t’accompagnait je me suis posé des
questions. J’étais surtout intrigué. Ensuite j’ai découvert que tu était le Harry Potter et
c’est toi qui m’as rejeté à ce moment-là.
- Tu venais d’insulter Ron.
- Je ne pouvais pas être ami avec la belette, c’était lui ou moi. Tu te rappelles des

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souhaits que mes parents me demandaient de réaliser chaque Noël ?
Draco se détacha de l’armoire pour venir vers lui et Harry s’éloigna, préférant faire
les cent pas. Il s’en souvenait bien. Draco avait parlé de quelque chose qu’il avait
abandonné et dit qu’il se posait des questions mais avait refusé d’entrer dans les
détails. Le sang qui battait à ses tempes l’empêchait de réfléchir. Cette chose, ça ne
pouvait pas être… lui ?
- Oui, je parlais de toi, Potter. Je t’ai dit que j’allais tirer cette histoire au claire. Au
fond, je suis presque reconnaissant que tes amis soient la belette et Miss Je-Sais-Tout.
Je n’aurais jamais pu me permettre devant les Serpentards ce que je me suis permis
devant eux après Noël.
- Alors Hermione avait raison, tu testais les limites ? J’ai toujours dû mal à te croire.
S’il y a un truc que tu as rendu très clair, c’est que tu me détestais. Tu m’as livré à la
première occasion.
Il s’arrêta de tourner pour lui faire face et pour la première fois, Draco se mura dans
le silence.
- Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi tu es descendu me chercher après ça.
Draco se détourna.
- Tu savais qu’on te soupçonnerait. Tu as risqué ta vie. Tu as menti à Voldemort
pour ne pas qu’on me retrouve. C’est quand même contradictoire, Malfoy. Tu vas
prétendre que tu ne sais pas pourquoi tu…
- Parce que tu hurlais ! s’exclama Draco.
Il inspira et reprit d’un ton plus mesuré.
- Ce n’est pas ce que je voulais. Je voulais me venger, pour moi, pour mon père, mais
ce qu’ils t’ont fait… Pour être honnête ces dernières années, je crois que je te haïssais
autant que je t’aimais.
Ce fut au tour de Harry de rester sans voix. Qu’il ait envie de l’embrasser était déjà
difficile à croire, alors qu’il l’aime ?

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- Tu n’as pas la moindre idée de ce que c’était de t’entendre hurler sans rien pouvoir
faire, t’entendre que tu faiblissais, de ne plus rien entendre du tout.
Draco avait croisé les bras sur sa veste mais Harry avait eu le temps de noter que ses
mains tremblaient. Alors comme ça, il n’était pas le seul à qui le passage au manoir
avait laissé des marques.
- Je ne regrette pas ce qui est arrivé, dit enfin Harry. C’était horrible, mais sans ça, je
ne pense pas qu’on aurait réussi à se parler.
- Je suis touché par ce que tu es prêt à endurer pour me parler.
Et le Draco Malfoy habituel était de retour.
- J’ai failli mourir pour toi, Malfoy. Plusieurs fois.
- Draco.
Sentant son regard le brûler, Harry cessa de faire les cent pas. Si Draco ressentait la
même chose pour lui, qu’est-ce que ça signifiait pour eux ?
- Ça veut dire que toi et moi… ?
Il avait l’impression de se consumer de l’intérieur. Est-ce que c’était vraiment
possible ? Harry fronça soudain les sourcils. En cours de défense contre les forces du
Mal, Draco portait son uniforme aux couleurs de Serpentards, là une chemise sombre
avait remplacé la blanche, complété par une veste noire. Il s’était changé ?
Pour lui ?
Un instant, il fut tenté de le rejoindre, mais son corps refusa de bouger. Ce fut
Draco qui traversa la distance qui les séparait.
- Tu as l’air de douter, Potter.
Harry soutint son regard. Il avait l’impression d’être dans un de leurs énièmes
affrontements.
- Difficile d’oublier des années à se battre, répondit Harry.
Draco attrapa un bout de sa cravate rouge et or.
- Donne-moi cinq minutes, dit-il en se penchant vers son cou.

233
- Qui te dit que c’est ce que je veux… ?
Draco frôla sa peau, remontant vers sa mâchoire jusqu’à effleurer ses lèvres. Harry
lutta pour rester de marbre alors que l’envie consumait ce qui lui restait de fierté. Il
ravala sa frustration lorsque Draco s’écarta avec un sourire en coin.
- Oui, clairement ça ne t’intéresse pas. On devrait passer cette soirée à mettre les
choses au clair, qu’est-ce que tu en dis ?
Harry empoigna la veste de Draco pour le tirer vers lui et l’embrassa. Draco
répondit aussitôt. La sensation l’arracha du sol et l’y renvoya brutalement l’instant
suivant quand tout s’arrêta. Armé d’un air innocent, Draco faisait mine de réfléchir.
- Point numéro un, tu deviens un Malfoy, hors de question que je perde mon nom.
- Draco… Tais-toi.
Draco ricana.
- Si tu n’es encore là que pour jouer, tu peux…
Un baiser le coupa. Pris par surprise, il resta un instant immobile à encaisser les
sensations qu’embrasser Draco Malfoy lui procurait. Son parfum flottait autour de lui,
identique à celui de la potion. Lentement, Harry referma les bras autour de ses
épaules et ferma les yeux.
Ils avaient longtemps été dans des camps opposés, mais Draco avait refusé de
rejoindre les Mangemorts quand ses parents l’avaient appelé et lui-même avait choisi
de l’aider malgré le danger de sa mission. Dans un sens, ils avaient fini par former leur
propre camp. Étant qui ils étaient, il était difficile pour eux de faire autrement. C’était
un avant-goût du futur qui les attendait s’il le choisissait, parce que beaucoup ne
comprendraient pas.
Harry rompit le baiser sans le relâcher.
- Si on apprend qu’on est ensemble, la réaction ne sera pas très bonne, murmura-t-il
en rouvrant les yeux. Je ne suis pas sûr que ta famille apprécie le scandale.
- Oh, il n’apprécieront pas. Je ne suis pas sûr que tes Weasley aiment l’idée non plus.

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La Gazette adorera par contre, leur meilleure Une depuis des siècles.
Draco afficha un sourire moqueur mais Harry devinait l’appréhension cachée
derrière.
- le côté positif, dit enfin Draco, c’est que ça découragera tes groupies. Cette
Romilda Vane par exemple… Et puis on peut toujours passer la fin de notre scolarité
tranquille si personne n’est au courant. Évite d’en parler à Weasley et Granger, vu
comment garder un secret te réussit, mieux vaut que le moins de personnes possible
soient au courant.
Harry faillit protester, puis se rappela le manque total de discrétion dont Ron et
Hermione avaient fait preuve par moment et décida que ça pouvait bien attendre la
fin de l’année suivante, quand il serait plus au clair avec lui même.
- D’ailleurs, je croyais qu’on devait faire une soirée mis au clair ? lui rappela Harry.
C’est déjà fini ? Si tu t’ennuies on a toujours les parchemins de métamorphose et de
potions à rendre.
- Pourquoi pas, je ne vois rien à faire que travailler sur une dissertation de
McGonagall, répondit Draco en lui retirant ses lunettes.
En riant à moitié, Harry l’embrassa.

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Chapitre XXXVI : Heureux à King’s Cross

Harry terminait de ranger ses affaires dans sa fidèle valise, le cœur lourd comme à
chaque fois qu’il se préparait à quitter le château pour les vacances d’été. Il s’attarda
sur les rideaux de velours qui entouraient le matelas, les fenêtres de la tour, la parce
vu d’en haut et le lac qui scintillait en contrebas.
Ron et Hermione l’attendaient dans la salle commune. Il ne leur avait toujours pas
dit que Draco et lui sortaient ensemble. Les seules personnes à être au courant étaient
Lucius et Narcissa Malfoy et vraiment pas par choix.
Plus tôt dans le mois, Dumbledore avait envoyé un élève prévenir Draco qu’il
l’attendait dans son bureau sans préciser pourquoi. Harry était avec lui dans le parc où
ils ne faisaient qui discuter vu que, chaque fois qu’ils étaient en public, tous les
regards étaient tournés vers eux. Et Harry avait eu la riche idée de l’accompagner
jusqu’au bureau.
En haut des marches, à l’abri des regards devant la statue du Griffon, ils avaient
échangé un baiser. En se retournant pour redescendre, Harry s’étati retrouvé nez à
nez avec les parents de Draco.
Personne n’avait dit un mot, Harry avait quitté le tour du directeur en maudissant
Dumbledore, les Malfoy et lui-même pour sa propre stupidité. Plus tard dans la
journée, Draco lui avait dit qu’il n’avait pas nié devant ses parents. Apparemment, ils

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ne s’étaient pas ouvertement opposés à leur relation, mais Draco avait précisé que les
réunions de famille allaient être très drôles.
Harry referma sa valise et la descendit du lit. Le dernier jour était arrivé et il ne
pourrait peut-être même pas lui dire proprement au revoir.
Sur la platforme où le Poudlard Express attendait les élèves dans un nuage de
vapeur, Harry croisa le regard de Draco qui se trouvait avec son groupe de
Serpentards. Il laissa Ron et Hermione monter à la recherche d’un compartiment et
traîna sur la quai dans l’espoir de pouvoir échanger un mot avec lui. À ce moment on
tapa sur son épaule et au loin Harry vit Draco froncer les sourcils. En se retournant, il
découvrit un petit paquet noué par un ruban rose que Romilda Vane lui tendait.
- Tiens Harry, comme c’est le dernier jour je me suis dit que je pouvais te donner ça.
- Pour moi ? C’est gentil Romilda, mais euh, pourquoi ?
- Ce sont des gâteaux que j’ai faits moi-même, dit-elle avec un sourire détaché en lui
fourrant le paquet dans les mains. Je me demandais si tu voudrais pas qu’on se voie un
des jours, pendant les vacances d’été ?
- C’est non, dit la voix de Draco juste derrière lui.
Il lui reprit le paquet et le lança à Romilda qui l’attrapa au vol.
- En quoi ça te concerne, Malfoy ? dit-elle d’un ton froid en jetant des coups d’œil à
Harry comme dans l’espoir qu’il intervienne, ce qu’il ne fit pas. Ce n’est pas à toi de
décider s’il a envie de me voir.
- Non, bien sûr, répondit Draco, mais il n’a pas envie.
Il attrapa sa valise et m’entraîna loin de Romilda Vane. En passant à côté de Pansy,
Blaise, Nott, Crabbe et Goyle, Harry vit qu’ils les fixaient avec le drôle d’air.
- Draco, murmura-t-il dès qu’ils les eurent dépassés.
Il récupéra la poignée de sa valise et Draco s’arrêta.
- J’ai changé d’avis, dit celui-ci. Je me fiche que tout le monde sache que je sors avec
toi si ça me débarrasse de cette Romilda et de sa bande de groupies. Tu veux aller

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prévenir Granger et Weasley ? Je n’ai pas envie de faire le voyage sans toi de toute
façon.
Depuis son réveil, la tristesse de quitter Poudlard avait imprégné chacun de ses
gestes, mais en montant dans le wagon avec Draco, il lui semblait qu’un peu de poids
avait quitté ses épaules. Ils remontèrent le train jusqu’à repérer Ron et Hermione
derrière la vitre d’un compartiment. Harry sentit son pouls accélérer.
- Nerveux, Potter ?
- Dans tes rêves, Malfoy, répliqua-t-il en faisant coulisser la porte du compartiment.
- Qu’est-ce que tu faisais ? demanda Ron.
De là où ses amis étaient, Draco était caché par le mur du couloir.
Écoutez, il y a quelque chose que je ne vous ai pas dit. On avait décidé de garder ça
secret jusqu’à la fin de notre septième année mais j’ai l’impression que… enfin il y a eu
un changement de plan. Je suis avec Draco, enfin je veux dire qu’un est ensemble.
Hermione acquiesça poliment. Coincé sous la valise qu’il hissait dans le filet à
bagage, Ron tourna à peine la tête.
- Alors ça pour un surprise, dit-il en poussant un grand coup avant de ttaper ses
mains l’une contre l’autre. C’est une surprise. Je suis surpris. Tu veux que je monte ta
valise aussi ?
- Parfait. Puisque tout est réglé, dit Draco en prenant les deux valises pour les
pousser devant Ron. Merci Weasley.
Harry referma la porte coulissante derrière eux. En s’asseyant à côté de Draco, il
frôla sa main et l’écarta aussitôt, trop habitué à l’attitude qu’ils adoptaient en public.
- Vous saviez ? demanda-t-il à ses parents.
- Après tout ce qui s’est passé, du jour au lendemain tu veux nous faire croire qu’il
n’y a plus rien et que vous discutez juste de temps en temps comme des amis ?
répondit Hermione. Tu avais l’air un peu trop heureux pour quelqu’un qui vient de
tirer un trait sur son grand amour.

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Harry grinça des dents. Génial. Pas besoin de regarder Draoc pour savoir qu’il allait
en entendre parler de celle-là.
- De toute façon, vous faites ce que vous voulez, ajouta Ron en haussant les épaules.
Tant que vous ne vous bécotez pas… N’y pense même pas, Malfoy !
Draco avait attiré Harry vers lui. Comme Harry riait à moitié, leur baiser ne dura
pas très longtemps, au grand soulagement de Ron. Alors que le train dévorait les
kilomètres, Harry sentit la sensation de déchirement s’intensifier. Il avait l’impression
d’assister aux discussions de ses mais et de Draco comme un spectateur. Le château
s’éloignait, leur sixième année survivait encore un peu dans ce compartiment, alors
qu’ils échangeaient des blagues et des Dragées de Bertie Crochue, mais bientôt le jour
se mettrait à décliner lui aussi.
Ron était en plein dans une histoire de Fred et George lui avaient racontée sur un
client de leur boutique quand une main serra la sienne. Draco le regardait, les sourcils
froncés.
- Désolé, j’était ailleurs, dit Harry en se forçant à adopter un ton léger.
Ce n’était suffisant pour convaincre les trois personnes qui le connaissaient le mieux.
Hermione se fit pensive puis eut ce sourire, le même qu’elle offrait aux professeurs
quand elle trouvait la solution à un problème.
- Tu n’as pas besoin de retourner chez ton oncle et ta tante maintenant que
Voldemort n’est plus une menace. Pourquoi tu ne passerais pas l’été chez l’un de
nous ? Mes parents accepteront peut-être si je leur demande. Ou alors on peut se
retrouver chez Ron ?
Draco se racla la gorge.
- On est d’accord sur un point, Granger. Tu ne passeras pas une seconde de plus
chez ces moldus. Et tu n’as pas besoin de courir après un endroit où passer l’été, on le
passera ensemble. Il y a quelques coins décents à Londres et on peut séjourner au
Chaudron Baveur en attendant de trouver un appartement pour les vacances.

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- Je peux vous aider si vous cherchez côté moldu, proposa Hermione. Je suis souvent
venue avec ma famille.
- Et mes parents connaissent pas mal de monde au Chemin de Traverse, ajouta Ron
d’un ton sombre.
Tous se tournèrent vers lui. C’était comme s’il avait quelque chose en travers de la
gorge. Ron baissa les yeux vers la boite de dragée qui reposait sur ses genoux et en
ramassa une d’une éclatante couleur rouge qu’il se mit à fixer obstinément.
- Pas la peine d’être jaloux Wisily, dit Draco, je suis magnanime, je vous autorise à
copier mon idée et prendre un appartement pas loin de nous.
Hermione se détourna soudain très intéressée par les prairies qui défilaient derrière
la vitre. À côté d’elle, Ron était devenu aussi cramoisi que sa dragée.
Draco ricana.
Harry dut se pincer les lèvres pour ne pas rire. C’était comme si la bulle de tristesse
venait de se percer. Draco profita de la confusion de Ron pour lui piquer quelques
dragées qu’il partagea avec lui. S’étouffant sur une au goût de poivre, Harry jeta un
coup d’œil par la fenêtre. La vie des premières maisons fit bondir son cœur, pour la
première fois, il était impatient d’arriver à King’s Cross.

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