Partie 2 Montage Et Mise en Œuvre Des Opérations de Fusions Et D'acquisitions
Partie 2 Montage Et Mise en Œuvre Des Opérations de Fusions Et D'acquisitions
813
ont toujours tendance à être surévaluées et que les problèmes humains et culturels
associés à leurs mises en œuvre sont souvent ignorés ou sous-estimés (voir cha-
1626
pitres 7 et 8).
:167
L’approche du potentiel commercial de la cible
.162
L’audit commercial vise à s’assurer du potentiel de chiffre d’affaires que représente
la cible. Il importe notamment de prendre connaissance de la répartition du chiffre
43.0
d’affaires en fonction des produits et des clients, afin d’estimer le degré de d épendance
commerciale de l’entreprise. Lorsque la cible est une société de petite taille, il faut
:41.1
vérifier que l’essentiel du chiffre d’affaires n’est pas lié à un client important ou à un
seul produit. Si c’est le cas, il faut s’assurer de la pérennité de la relation commerciale
1995
vieillissante, dont les taux de croissance ne peuvent que stagner ou baisser. Enfin,
les synergies commerciales sont généralement étudiées à ce niveau. Il est d’usage
056:
(spécificité géographique, par segment de clients…) ainsi que les possibilités d’élar-
gissement d’offres et d’augmentation de la valeur ajoutée finale offerte aux clients
:211
du nouvel ensemble.
ncity
turations.
univ.
210
La phase de négociation ■ Chapitre 6
En conclusion, il faut noter que la mise en œuvre des audits d’acquisition est s ouvent
lourde, contraignante et coûteuse. Par ailleurs, les audits d’acquisition sont souvent
perçus comme une forme d’inquisition de l’acheteur auprès des membres de l’entre-
prise cible et peut engendrer des réactions contre-productives. Pour toutes ces raisons,
la dimension et la durée des audits d’acquisition font la plupart du temps l’objet de
négociation de manière à limiter cette étape. En revanche, il est nécessaire de rappeler
que la non-conduite d’audits d’acquisition préalablement à l’achat de la cible peut se
révéler désastreuse. L’audit ne doit pas être considéré comme une arme de dévalo-
risation de la cible mais comme un outil de pilotage de l’opération, devant aboutir à
une approche prudente et consciente des négociations et de la rédaction des garanties
de passif à demander au cédant.
813
Les coûts et les délais qu’entraîne la réalisation d’audits d’acquisition ne se jus-
tifient pas toujours. Il existe une procédure alternative appelée procédure de salle
1626
d’information ou data room, qui consiste à donner accès à une quantité importante
d’informations détaillées, en un même lieu et pendant une période de temps limitée.
:167
Les informations mises à disposition dans le cadre de salles d’information peuvent
être de toutes natures : financières, juridiques, commerciales, et certaines sont pro-
.162
tégées par le secret industriel et commercial. L’organisation de data room présente
l’avantage pour le cédant de ne pas perturber le fonctionnement de l’entreprise à céder, 43.0
tout en donnant un large accès à l’information nécessaire à l’acquéreur pour affiner
son estimation du prix d’acquisition et pour formuler des propositions de garanties de
:41.1
potentielles.
Il faut noter que dans le cas des entreprises cotées, l’organisation d’une data room
056:
et définissant le délit d’initié2. Les personnes qui ont accès à la data room sont ainsi
0641
tenues de s’abstenir d’intervenir sur le marché pour acheter ou vendre des actions de
la cible durant une période de temps prédéfinie. Compte tenu du caractère privilégié
:211
sation des data room est réservée à des acquéreurs potentiels sérieux qui se sont déjà
engagés dans la démarche de rapprochement en ayant signé une lettre d’intention.
:Aiva
1. Règlements de la COB n°90-08 relatif à l’utilisation d’information privilégiée et n°98-07 relatif à l’obligation
d’information du public.
scho
211
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
813
en cas d’absence de celles-ci. Il faut rappeler que le contexte de forte asymétries
1626
d’information entre l’acquéreur et le cédant pousse à ce type de pratique.
Il existe plusieurs types de garanties. Les deux principales sont les garanties de
:167
passif au sens strict et les garanties portant à la fois sur l’actif et le passif de la société
cible. Ces garanties couvrent en général l’ensemble des postes du bilan (actif et passif)
.162
ainsi que les engagements hors bilan de la cible. Parmi les engagements hors bilan,
on peut noter une évolution vers une plus grande prise en compte des considérations
43.0
environnementales et des responsabilités liées à l’utilisation des produits fabriqués
par l’entreprise cible. Cette garantie compte parmi les plus protectrices, puisqu’elle
:41.1
préserve à la fois de la survenance d’une créance imprévue (par exemple des indem-
nisations à payer) et de la diminution de certains éléments d’actifs (exemple d’un
1995
stock invendable).
Le montant de l’indemnisation peut être encadré par un plafond et un plancher. Les
8887
––fournir à l’entreprise cible les sommes nécessaires pour régler les nouvelles
créances ;
ncity
––désintéresser directement les créanciers dont la créance nouvelle est concernée par
la garantie de passif ;
:Aiva
l’acheteur, en cas de versement d’une indemnité, celle-ci est soumise à l’impôt sur
les sociétés alors qu’elle peut être déductible des impôts pour le vendeur (s’il s’agit
larvo
d’une personne morale). En revanche, le choix d’une indemnisation par le biais d’une
réduction du prix d’achat est neutre fiscalement pour l’acheteur, tandis qu’il remet en
scho
212
La phase de négociation ■ Chapitre 6
813
––des annexes volumineuses attachées à la convention de garantie de passif permet-
1626
tant de prouver le plus possible que les cédants ont bien informé les acquéreurs
des risques potentiels afférents à certains actifs ou passifs. Sont généralement
annexés à la convention l’ensemble des bilans et comptes de résultats, les baux
:167
commerciaux, les statuts de la société et les extraits de K bis, les contrats de
.162
crédit-bail mobilier et immobilier, les contrats de licences et de franchise, la liste
des contrats clés, les contrats de travail des personnels clés, les polices d’assu-
43.0
rances, la liste des litiges en cours, la liste des situations de pré-contentieux… La
garantie de passif joue en effet uniquement si le cédant n’a pas informé les acqué-
:41.1
à la fois l’acheteur et le vendeur. Pour l’acheteur, il s’agit d’être sûr qu’en cas
d’exercice de la garantie, il pourra être indemnisé comme prévu dans la convention.
Pour le vendeur, ces garanties permettent de pouvoir faire face à une demande
056:
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
L’ensemble des paramètres à prendre en compte et les incidences que cela peut
avoir sur le patrimoine de l’acheteur et du vendeur plaident pour une grande prudence
[Link]
dans la rédaction des clauses de garanties ainsi que dans leur mode de mise en œuvre.
En particulier, les clauses de garanties doivent être datées, signées et préciser l’étendue
de la garantie, sa durée, ses bénéficiaires et son mode de recouvrement. Le recours
larvo
213
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
Une fois les audits d’acquisitions réalisés, le prix et les garanties de passifs négociés,
il reste à finaliser l’opération. Les travaux à réaliser sont plus ou moins longs et difficiles
en fonction de la complexité du montage et de l’activité de la société cible. La plupart
du temps, la finalisation de l’accord nécessite la réalisation de trois travaux complémen-
taires :
––la rédaction du protocole d’accord ;
––l’obtention des autorisations administratives nécessaires et l’information des par-
ties prenantes concernées ;
––la signature du contrat définitif (purchase of agreement).
813
1 La rédaction du protocole d’accord
1626
La rédaction du protocole d’accord est un moment essentiel du processus d’acqui-
sition ou de fusion. Ce document formalise dans le détail l’opération proposée et
:167
précise au minimum :
.162
––l’objet de la transaction ;
––le montage prévu (création ou non d’un holding de reprise…) ; 43.0
––le prix, la forme et les conditions du paiement ;
––les conditions ou clauses particulières de reprise ;
:41.1
La rédaction du protocole d’accord est rarement une étape simple. Alors que la
plupart du temps les questions de principes ont été réglées, il s’agit d’aborder les
8887
éléments de détail qui peuvent se révéler délicats et dans certains cas remettre en
cause l’opération dans son ensemble. Cette étape est d’autant plus importante qu’elle
056:
cole d’accord. En cas d’acquisition par échange d’actions, la première condition suspen-
sive est liée à l’autorisation de l’assemblée générale extraordinaire d’émettre les actions
larvo
214
La phase de négociation ■ Chapitre 6
813
Enfin, il peut être impératif d’obtenir différentes autorisations administratives
ou réglementaires, notamment auprès des autorités de contrôle de la concurrence
1626
ou auprès de certaines autorités de tutelle dans le cas de prise de contrôle d’activités
réglementées (banques, médias, armement…).
:167
Le contrôle de la concurrence est exercé au niveau national par les gouvernements,
en France par le ministère des Finances, et au niveau européen par la Commission
.162
européenne. Ces instances ont en charge de vérifier que les opérations de concentra-
tion d’entreprises et donc de fusions-acquisitions ne viennent pas renforcer ou créer
43.0
une position dominante sur un marché. Il faut souligner que la notion de position
:41.1
Cette réalité impose très souvent à l’entreprise initiatrice, à la demande des autorités,
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
215
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
Exemple
Le projet de fusion entre les opérateurs de télécoms américains MCI Worldcom et Sprint,
a été rejeté par les autorités antitrust des États-Unis et par la Commission européenne, en juin
2000. À propos de ce refus, la division antitrust du département de la justice américain
a considéré que ce rapprochement mettait en péril la compétition dans la plupart des services
du pays et pouvait se traduire par une hausse des prix pour des millions de consommateurs.
Pour sa part, la Commission européenne a estimé que cette fusion, en cumulant les réseaux
étendus et l’importante clientèle des deux entreprises, entraînerait la création d’une puissance
telle que l’ensemble des acteurs – concurrents et clients – deviendraient dépendants de la
nouvelle entité en ce qui concerne l’obtention d’une connectivité Internet universelle.
Les exemples proposés ne sont pas rares dans ce domaine. En effet, au cours de
la dernière décennie, plusieurs projets de fusions-acquisitions ont été rejetés par les
autorités de la concurrence.
813
Tableau 6.5 – Exemples de fusions-acquisitions interdites
1626
:167
Date Sociétés Marchés concernés
.162
1996 KESKO / TUKO Produits de grande consommation
43.0
1996 SAINT-GOBAIN / WAECKER CHEMIE / NOM Carbure de silicium pour la métallurgie
:41.1
216
La phase de négociation ■ Chapitre 6
813
expert-comptable pour la réalisation d’un arrêté des comptes à une date fixée pré-
1626
alablement entre les deux co-contractants. L’ensemble des documents constituant
l’accord définitif sont alors disponibles. La clôture de l’opération (closing) est effec-
tuée au cours d’une cérémonie dite de la signature qui finalise l’opération. Le contrat
:167
et l’ensemble des annexes sont paraphés et signés par les représentants de la société
.162
acquéreur et des cédants. Le transfert de propriété a lieu et il est procédé au paiement
des actions ou parts sociales selon les modalités précisées dans l’accord. 43.0
:41.1
1995
L’essentiel
8887
056:
1. La question de l’instauration d’une autorité de contrôle internationale est actuellement débattue, afin de con-
scho
217
Chapitre
La phase
7 d’intégration
813
1626
:167
.162
43.0
:41.1
SOMMAIRE
1995
L
056:
0641
période post-acquisition n’est pas sans risque. Elle implique une gestion attentive
ncity
de l’entité achetée. L’intégration est donc pour l’acheteur une période particulièrement
délicate à gérer, où il convient de concrétiser le potentiel de création de valeur
[Link]
Section
1 Les enjeux de la gestion post-acquisition
Au cœur du développement des firmes, la croissance externe est devenue une poli-
tique courante des entreprises qui, en dépit des efforts réalisés, continue d’enregistrer
des résultats décevants pour les deux parties. La persistance de ces résultats a conduit
les recherches menées dans ce domaine à s’intéresser plus que par le passé à la
période d’intégration. En effet, des travaux mettent en avant la nécessité, au-delà du
contrôle des processus de décision et de négociation, d’accorder une attention plus
grande à la phase qui suit l’acte d’achat, à savoir la phase d’intégration.
Bien que légitime, ce changement d’orientation a été assez tardif, en raison de
l’attention portée jusqu’au début des années 1980 aux actions initiées avant l’opé-
ration, telles que la préparation des décisions, le choix de la cible ou l’analyse des
liens entre les activités. Un début de réponse aux questions d’intégration peut être
identifié au cours des années 1980, qui voient se développer tout un courant de
recherches centré sur les effets sociaux de l’acquisition. Ces recherches soulignent
813
à juste titre l’impact des fusions-acquisitions sur le moral et l’efficacité des employés
1626
de l’entité acquise avec le développement de réactions de stress et d’anxiété néfastes
en termes d’efficacité. Les causes du traumatisme apparaissent généralement
:167
multiples. Elles concernent la perte d’identité et de repères, les craintes en matière
d’emploi et d’évolution de carrière ou le sentiment d’infériorité vis-à-vis des « nou-
.162
veaux maîtres des lieux ». D’autres travaux pointent également le risque de situation
de crise marquée par des résistances fortes au changement et le renforcement d’atti- 43.0
tudes hostiles à l’égard de la nouvelle direction.
Bien qu’importants, ces travaux ont souvent une vision limitée de la croissance
:41.1
en occultant la relation proprement dite qui est traitée de façon marginale dans
la plupart des travaux rattachés à ce courant. Ceci a conduit certaines recherches
8887
Mais les travaux sur la période d’intégration ont connu une évolution importante
0641
avec des recherches qui tendent à montrer que le contrôle du processus d’intégration
constitue l’un des déterminants de la réussite des fusions-acquisitions1. Ce champ de
:211
recherches suggère ainsi un lien possible entre le processus d’intégration des entre-
prises acquises et les résultats de l’opération. Selon cette perspective, la réussite de
ncity
1. P.C. Haspeslagh, A. Farquhar, 1987 ; D.B. Jemison, 1986 ; D.B. Jemison, S.B. Sitkin, 1986.
univ.
219
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
Faible Élevé
813
reur et la cible Faible — Préservation
1626
Source : typologie d’Haspeslagh et Jemison (1991)
:167
––L’intégration de préservation entend maintenir la culture de l’entreprise acquise et
.162
lui garantir une autonomie de gestion dans le domaine opérationnel. Les relations
entre le groupe et l’entreprise achetée correspondent à ce que Goold et Campbell 43.0
(1987) appellent le contrôle de type financier. L’influence managériale de l’acqué-
reur y est plutôt faible, les responsables de l’entité acquise étant en définitive jugés
:41.1
sur leurs résultats. La réussite d’une telle politique réside par conséquent dans la
capacité de l’entreprise acquise, grâce au financement de son développement,
1995
à entraîner une croissance forte, avec un retour sur investissement très supérieur
aux sommes investies.
8887
fices h abituellement mis en avant dans ce type d’opérations. Bien que les actions
d’homogénéisation soient souvent en faveur de l’acquéreur, il arrive – et il est
ncity
parfois même souhaitable – que le nouvel ensemble puisse prendre en compte les
qualités de chaque composante dans une logique d’efficacité (compétences spéci-
:Aiva
fiques) mais aussi d’efficience (gain de temps et de coûts)2. Par conséquent, l’inté-
gration par rationalisation ne doit pas être assimilée à une domination à l’encontre
[Link]
larvo
1. On entend par symbiose, des interactions dont le but principal est de créer des avantages réciproques et
durables, reposant sur la diversité des entités et nécessitant à la fois préservation et interdépendance
(Adler, 1979).
scho
2. Franck G., « OPA : le facteur humain est décisif », Revue Française de Gestion, n°75, 1989 p. 98-104.
univ.
220
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
813
politiques (préservation, rationalisation, symbiose). Avant de s’engager dans une
1626
de ces voies, il convient toutefois de gérer la phase de transition (trois à six mois)
qui repose sur quelques grands principes directeurs.
:167
.162
Les 2 différentes politiques d’intégration
43.0
Section
de la cible
:41.1
1995
0641
Une fois l’achat réalisé, l’acquéreur se doit de gérer une phase transitoire censée
ncity
jeter les bases de l’intégration. D’une durée plus ou moins longue, cette phase n’en
demeure pas moins essentielle pour préparer dans de bonnes conditions la politique
:Aiva
d’intégration retenue. Cette étape, souvent occultée ou du moins sous-estimée par les
acteurs en charge du projet, comprend un certain nombre de prérogatives que l’on
[Link]
221
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
–– fixer quelques priorités pouvant être clairement identifiées par les acteurs et
accompagner ces changements par la création d’une nouvelle identité visuelle
susceptible de fédérer les salariés autour d’un projet commun ;
–– manifester l’engagement et l’implication de la direction de l’entreprise acheteuse
par le biais de différentes actions symboliques (lettres au personnel, prise de
parole dans des réunions d’informations, visites…) ;
–– gérer les personnes clés, afin d’éviter la fuite de compétences indispensables à la
bonne marche de l’opération d’acquisition ou de fusion ;
–– établir un management d’interface, composé des membres des deux entités, chargé
de la communication interne et du traitement des questions sociales, afin de don-
ner une réalité organisationnelle au rapprochement dont les effets structurels
(organigramme, affectation des postes, transfert de ressources…) peuvent parfois
prendre plusieurs mois ;
–– associer la hiérarchie intermédiaire à la gestion du changement, en l’informant des
813
enjeux de l’opération et des principales contraintes associées au projet ;
–– harmoniser les systèmes d’information et de rémunération, afin d’éviter les risques
1626
de désordre (dysfonctionnements internes, perturbations dans la gestion des parte-
naires) et d’inégalité entre salariés (réajustement/revalorisation).
:167
Ces actions présentent l’avantage de faciliter la création d’un climat propice au
.162
développement de relations entre les deux entités. Elles constituent par conséquent un
préalable à tout processus d’intégration. Néanmoins, elles ne suffisent pas à répondre
43.0
aux enjeux stratégiques de l’opération dont la concrétisation dépend avant tout de la
politique d’intégration retenue.
:41.1
1995
est parvenu à maturité ou aux firmes soucieuses de saisir des opportunités de crois-
sance dans des secteurs d’avenir (exploration de champs nouveaux jugés rentables à
[Link]
moyen terme).
larvo
scho
univ.
222
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
Exemple
Le premier cas de figure peut être illustré par l’acquisition de Coppée par le groupe
Lafarge (confronté au ralentissement des activités de ciment) et son insertion sur le mar-
ché des matériaux (bio-industrie). L’autre situation concerne l’achat par LVMH de la
société Liberty Surf, en vue de positionner le groupe dans le secteur des nouvelles tech-
nologies, même si l’entité achetée ne permet pas d’escompter à court terme des bénéfices
pour l’entreprise.
Aussi, dans ce type d’acquisitions, la création de valeur ne repose pas sur des inter-
dépendances stratégiques fortes entre l’acquéreur et l’entité acquise. L’intervention
de l’entreprise acheteuse y est généralement modeste bien que décisive. L’acquéreur
doit éviter toute forme d’ingérence, tout en s’attachant à insuffler une ambition
et à fournir les moyens nécessaires au développement du projet. Il doit en particulier
veiller à la cohérence et à la viabilité de l’activité, avant d’engager définitivement
813
l’ensemble du groupe. Dans ce domaine, l’acheteur fait avant tout le pari d’aider au
1626
développement d’une entité à fort potentiel, en lui accordant une autonomie forte
et des ressources financières ou humaines utiles pour réaliser les objectifs qu’elle s’est
fixée. La direction se comporte donc essentiellement comme un actionnaire. Son rôle
:167
est limité à l’allocation en capital, à la définition des objectifs financiers, à l’évaluation
des performances et à la correction d’éventuelles insuffisances.
Réaliser une telle acquisition peut d’un certain point de vue apparaître comme
.162
43.0
l’option la plus aisée à mener, en raison de l’absence réelle d’interactions entre
les parties et de l’affirmation du principe d’autonomie octroyée à l’entité acquise.
:41.1
En effet, lors d’une intégration par préservation, les enjeux sont clairs pour les deux
parties. L’entreprise acquise trouve sa justification dans sa capacité à développer un
1995
domaine qu’elle maîtrise techniquement, sans qu’il y ait besoin de mettre en place
des relations opérationnelles avec l’acquéreur. Ce dernier a une position de recul
8887
face aux initiatives menées par la société acquise et a essentiellement pour rôle
d’aider au financement du projet.
056:
ment. Cette attitude, légitime d’un point de vue financier, peut en effet perturber la
mission de l’entité acquise et conduire aux effets inverses de ceux escomptés. Une
ncity
telle position est donc parfois difficile à maintenir sous la pression des actionnaires
et nécessite de concilier résultats financiers et intérêt stratégique.
:Aiva
L’acquéreur doit par conséquent être en mesure de laisser le champ libre à l’entité
acquise, tout en sachant sanctionner lorsque les résultats s’avèrent décevants.
[Link]
larvo
scho
univ.
223
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
813
dosage. Le risque est en effet d’engager des fonds trop rapidement par rapport aux
capacités de réalisation du projet.
1626
––Identifier les ressources hors exploitation pouvant favoriser des échanges entre les
deux entités : même si les métiers des deux firmes sont généralement distincts,
:167
il n’est pas exclu d’envisager entre elles certains transferts de ressources. En effet,
.162
au-delà de l’aspect financier, des compétences managériales et fonctionnelles
peuvent servir au développement des deux firmes, sans pour autant toucher aux
43.0
compétences opérationnelles. En particulier, une entreprise acheteuse peut, indé-
pendamment des activités gérées, bénéficier des qualités d’encadrement de cer-
:41.1
transmis, au-delà d’un métier très différent, une méthodologie et une philosophie
de gestion très mûres et applicables à d’autres secteurs qui sont certainement une
056:
l’identité du nouvel ensemble. Comme toute société en forte croissance qui parie sur
l’avenir, il est souvent difficile d’exposer clairement des principes de développement
ncity
qui ne trouvent pas rapidement une concrétisation sur le plan économique. Fort de
cette réalité, le groupe acquéreur a ici un rôle essentiel à tenir, en affirmant haut et
:Aiva
––Intégrer dans ses objectifs de croissance les nouveaux besoins soulevés par l’inté-
gration d’une nouvelle société dont les caractéristiques demandent des apports
scho
univ.
224
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
Exemple
813
tirer du rachat de l’entreprise américaine de golf Trade Made. Dans un premier temps,
1626
la direction de l’entreprise acheteuse a été tentée d’imposer ses pratiques managériales,
notamment au niveau de la gestion de l’espace et de l’organisation des activités. La direc-
:167
tion estimait que la contribution de l’entreprise acheteuse dans le développement des
matériaux composites était de nature à renforcer des liens d’interdépendance forts avec
.162
l’entité acquise, malgré des produits et un marché relativement différents. Ce comporte-
ment entraîna de fortes résistances au changement et une détérioration des résultats qui 43.0
firent prendre conscience à l’acquéreur de la nécessité de changer de méthodes. Une nou-
velle politique d’insertion de l’entité acquise fut ainsi mise en place, caractérisée par
:41.1
l’octroi d’une forte autonomie d’action. Cette nouvelle politique s’est révélée in fine effi-
cace, en permettant à l’entreprise acquise de valoriser ses compétences (bonne connais-
1995
0641
est ici très différente. Cette différence se situe au niveau des objectifs poursuivis
mais aussi des liens qui unissent généralement les deux entités sur le plan opération-
:Aiva
1. Expérience relatée par C. Thévenard (1999) dans « Opérations de croissance externe : dangers et difficultés »,
scho
Centre de cas et des médias pédagogiques, CCI Paris, ainsi que dans d’autres travaux.
univ.
225
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
(dans bien des cas) par un processus d’intégration par rationalisation. L’intégration par
rationalisation est très souvent initiée par l’acquéreur qui modèle le nouvel ensemble
selon ses principes et à son avantage. Au travers d’une planification stratégique,
l’acheteur orchestre, coordonne et contrôle les différentes activités. Il définit et confi-
gure la stratégie globale du groupe et structure la répartition des rôles. Cette forme
de management s’explique principalement en raison de la similarité des activités et
de l’existence de doublons qui vont dans le sens d’une rationalisation du processus
de croissance. Cette situation concourt à faire disparaître de manière plus ou moins
visible l’identité de l’entité acquise qui voit son organisation profondément modifiée
et ses principaux éléments d’identification mis de côté.
Exemple
Un des exemples les plus marquants de cette politique d’intégration peut être trouvé dans
le secteur de l’assurance avec l’OPA d’AXA sur son concurrent direct UAP. Cette acqui-
813
sition s’est en effet traduite par la disparition rapide des différents symboles de l’entité
1626
acquise (dont en premier lieu son nom) et le départ de la plupart de ses cadres, pour for-
mer un groupe leader sur le plan national fortement empreint du style de management et
des pratiques de son PDG de l’époque, Claude Bébéar.
:167
.162
Une telle asymétrie peut amener à créer des rivalités au sein même de l’organisa-
tion. C’est en effet dans ces configurations que les risques d’arrogance managériale
43.0
peuvent être les plus nombreux, l’acquisition recouvrant une dimension symbolique
particulière, avec un clivage entre les vainqueurs et les vaincus.
:41.1
1995
226
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
813
13 000 personnes sur 56 000 ont été écartées de la nouvelle organisation1.
1626
Néanmoins, si ces pratiques sont courantes, elles n’en demeurent pas moins des
sources de perturbation à moyen terme pour l’organisation et peuvent même
créer, une fois les économies réalisées, des dysfonctionnements importants. En
:167
effet, si l’intégration par rationalisation semble être invariablement associée à
.162
l’élimination de certains coûts, ces modifications peuvent parfois occasionner
des réorganisations non prévues au niveau des processus et des procédures. Elle
43.0
peut ainsi nécessiter des affectations différentes de personnel et des investisse-
ments supplémentaires en matière de formation. La productivité estimée à court
:41.1
terme ne doit donc pas faire perdre de vue les difficultés occasionnées par ces
suppressions et doit fortement relativiser les gains potentiels attendus. C’est
1995
amenée à gérer des conflits sociaux nés des conséquences humaines de l’opéra-
tion avec le départ forcé de nombreux cadres et la mise en place de plans de
:211
le plus grand nombre et à gérer au cas par cas les situations les plus délicates.
––Éviter de supprimer inutilement certains atouts de l’entité acquise par aveugle-
:Aiva
ment : l’intégration par rationalisation ne doit pas faire perdre de vue l’intérêt
pour l’acquéreur de trouver chez l’entité acquise certaines pratiques efficientes
[Link]
227
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
certaines points forts de l’acquis. Il s’est en effet avéré que Zanussi disposait
d’un savoir-faire particulier pour proposer des produits adaptés à des jeunes
consommateurs et que cet atout se devait d’être conservé, en créant une gamme
de produits spécifique conçue par les bureaux d’études en Italie1.
L’intégration par rationalisation présente un grand avantage par rapport aux autres
formes d’intégration étudiées. Ses caractéristiques permettent en effet à l’acquéreur
d’agir à court terme et donc de produire des résultats rapidement. Le principal écueil à
éviter est la confusion entre la domination aveugle et la rigueur nécessaire au maintien
de la cohérence stratégique. À trop vouloir uniformiser les pratiques au nom d’une
cohérence globale, l’acquéreur peut empêcher toute forme d’initiative et détruire des
atouts cachés de l’entité acquise. L’intégration par rationalisation n’échappe donc pas
à cette règle. Si elle peut permettre une plus grande convergence des actions et donne
un rôle essentiel à l’acquéreur, il convient de laisser une place même modeste aux qua-
lités et spécificités de l’entité acquise. Cette précaution doit être d’autant plus grande
que certains événements peuvent amener la nouvelle organisation à se construire
813
autour des points forts des deux entités regroupées (Mailloux, Giroux, 1997).
1626
4 Le choix d’une intégration de type symbiotique
:167
4.1 Configurations et objectifs stratégiques .162
43.0
Dans le cas d’acquisitions visant à régénérer l’activité ou à innover2, il est souvent
difficile d’adopter un comportement managérial « type ». En effet, dans ce type de
:41.1
situations, les objectifs ne peuvent pas être définis au préalable. Dans une perspective
qui met l’accent sur l’innovation conjointe, la diversité culturelle constitue un des
1995
véritable confiance dans les qualités de l’autre et une capacité à gérer les pressions
« externes », compte tenu du temps nécessaire pour bâtir un savoir-faire global per-
056:
faire place à l’émergent. Pour cela, il faut laisser les hésitations et les oppositions
éventuelles avoir lieu. Dans ce contexte, l’intégration de l’entreprise acquise devient
:211
1. Exemple exposé par P.C. Haspeslagh, D.B. Jemison dans Managing Acquisitions: Creating Value Through
Corporate Renewal, Free Press, 1991.
2. Pour des développements plus précis, on peut se référer aux travaux de O. Meier (2000, 2001) et de [Link],
scho
O. Meier (2001).
univ.
228
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
extérieure peuvent être de nature à faire rapidement évoluer l’intégration vers une
logique de fusion-absorption (entraînant par là même l’arrêt du processus d’inno-
vation). Lorsque cette situation arrive, l’intégration de type symbiotique se trans-
forme alors en une politique de rationalisation visant à « rentabiliser » au mieux
les investissement engagés.
Exemple
813
1626
4.2 Les conditions d’une intégration réussie
:167
Pour conduire dans de bonnes conditions ce type d’intégration, il convient de veiller
au respect de certains principes :
.162
––Développer des relations de coopération dans le cadre d’un système d’autorité 43.0
unique aux mains de l’acquéreur : l’intégration de type symbiotique n’est pas
synonyme de gestion consensuelle des activités, caractérisée par un équilibre des
:41.1
pouvoirs entre les deux entités. S’il est indéniable que le succès de l’intégration
repose avant tout sur les apports des deux firmes, il convient d’éviter les méca-
1995
nismes conduisant au statu quo. Aussi, une démarche caractérisée par la recherche
de solutions acceptables par tous, qui évite les désaccords, risque de conduire aux
résultats inverses de ceux escomptés. En effet, en voulant au nom d’un esprit coo-
8887
pératif favoriser de manière « artificielle » les échanges entre les deux organisa-
tions, la démarche peut orienter les débats vers des solutions moyennes, empêchant
056:
réellement les parties de s’exprimer librement. Ce mécanisme amène dès lors à des
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
résultats qui limitent fortement les possibilités d’innovation, accordant une faible
0641
d’autorité unique clair, à savoir dans le cas présent celui de l’entreprise acheteuse.
Ceci ne veut pas dire que l’acquéreur doit se comporter en conquérant (bien au
ncity
considérés comme une minorité influente disposant sur certains sujets d’une réelle
légitimité sur le plan opérationnel.
[Link]
spécifiques de l’entité acquise, doit démarrer par une action de prévention. Cette
action vise à préserver les différences culturelles et organisationnelles des deux
scho
229
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
813
activités des entreprises, en transférant quelques personnes clés entre les deux
1626
sociétés. Cette démarche peut s’appliquer aussi bien aux managers des deux enti-
tés (dans le cadre de comités de pilotage) qu’à certains responsables opérationnels
représentatifs des métiers de base de chaque société. L’objectif de ces affectations
:167
est de faire connaître des savoir-faire spécifiques qui n’auraient pas été identifiés
.162
dans la phase de pré-acquisition et de mieux apprécier les perspectives de combi-
naison de ressources possibles entre les deux organisations. La nouvelle direction 43.0
doit pour cela veiller à améliorer l’apprentissage organisationnel, en facilitant le
transfert de compétences et la diffusion des meilleures pratiques.
:41.1
––Poser un problème d’intérêt général cohérent avec les objectifs et les enjeux de
l’acquisition : l’intégration symbiotique repose sur un élan, un mouvement sur
1995
lequel doivent se développer des initiatives et une adhésion globale au projet. Pour
y parvenir, il est donc essentiel que la collaboration entre les deux entités, au-delà
8887
On peut citer comme problème d’intérêt général la perte d’un client majeur, la
demande d’un groupe de clients importants ou encore l’entrée d’un concurrent
:211
1. Pour des développements plus précis sur les rapports entre majorité/minorités au sein des groupes, on peut
scho
230
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
à échanger et débattre le problème dans son ensemble, en vue d’en tirer une
solution acceptable par tous. Pourquoi ? Tout simplement parce que cette
démarche va créer des conditions propices à une normalisation des comporte-
ments contraire à une démarche d’innovation. Il faut au contraire, dans ce type
de situation, que l’acquéreur assume ses responsabilités et donne sa vision de la
situation et les insuffisances relevées pour mener à bien le projet. C’est en effet
à cette condition qu’une véritable collaboration entre les parties peut être
possible et déboucher sur des initiatives fortes de la part de l’entité acquise. Et
cela pour deux raisons : tout d’abord parce que l’initiative de l’acquis s’insère
(dès lors) dans les préoccupations de l’entreprise acheteuse et est donc légitime.
D’autre part, parce qu’elle permet, en cas de début de réponse consistante par
rapport au problème posé, de s’assurer du soutien de la direction et donc de
l’ensemble de l’organisation.
Au-delà de ces principes, il convient d’admettre que l’intégration de symbiose a
un corollaire, celui d’accepter les logiques d’erreurs voire certains échecs durant la
813
phase de mise en œuvre. Dans ce domaine plus que tout autre, l’esprit d’ouverture et
la persévérance sont essentiels à la réussite du projet.
1626
:167
3 .162
Section Le management des fusions-acquisitions 43.0
:41.1
Partageant une histoire et des expériences communes, les membres d’une orga-
nisation ont tendance à développer une culture partagée, constitutive de la spécifi-
cité de l’entreprise. Ces préférences et ces croyances se traduisent par des attitudes,
1995
graphique sur laquelle l’entreprise agit ainsi que de la culture du pays d’origine.
Elle se définit également par plusieurs éléments liés au cycle de développement de
056:
actionnaires, employés).
0641
compte des éléments spécifiques à chaque entité et des risques posés par des diffé-
ncity
231
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
Ces risques sont d’autant plus forts que l’acquéreur sélectionne rarement l’entreprise
acquise pour ses caractéristiques culturelles. Bien souvent, il choisit une cible pour
des motivations stratégiques ou financières. L’acquéreur découvre par conséquent
cette réalité une fois l’achat réalisé. C’est donc essentiellement en phase d’intégration
que l’acquéreur va prendre conscience de la difficulté causée par le regroupement
d’entités de cultures différentes.
c Repère
Les raisons des problèmes culturels
dans les fusions-acquisitions
Plusieurs raisons peuvent être avancées La culture de l’acquis est souvent
pour expliquer le problème des cultures perpétuée par ses membres qui tendent
813
lors de fusions-acquisitions. à créer un univers idéalisé
1626
La culture de l’entreprise acquise peut Les individus vont avoir tendance au
difficilement être supprimée cours de leur vie professionnelle à gar-
:167
der en mémoire la période de leur vie
En dépit de l’existence de nouvelles struc- professionnelle dont ils sont le plus fiers
tures et des efforts de renouvellement des
.162
et où des manifestations symboliques
équipes, les cultures organisationnelles positives se sont produites (reconnais-
et professionnelles qui prévalaient avant 43.0
sance, gratification). Or bien souvent,
l’acquisition ne disparaissent pas facile- la fusion-acquisition est vécue par les
ment. Dans bien des cas, elles demeurent
:41.1
portement quotidien (respect des règles, ments positifs de cette période : perpé-
habitudes, usages), il est en revanche tuation des mythes, des histoires et des
beaucoup plus difficile de modifier le sys-
:211
dus ayant en commun une même manière l’entité achetée (qui souhaitent conser-
d’analyser, d’interpréter et d’agir. Cette ver l’image d’une période « faste » avant
réalité peut dès lors occasionner de nom-
:Aiva
☞
scho
univ.
232
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
☞
les rapproche apparaît dès lors insur- organisation. Or la fusion-acquisition, de
montable à deux niveaux : opposition en par son mode asymétrique (un acquéreur/
termes d’univers temporels (entre l’avant un acquis), tend à rompre ce contrat moral
et l’après acquisition) mais aussi en et affectif au profit d’un nouveau système
termes de représentations (entre un uni- de valeurs et de règles qui propose une
vers par définition idéalisé et un univers façon différente de percevoir, de penser
réel avec son lot quotidien de difficultés et d’agir. La remise en question de ce lien,
et de problèmes). dans le cas d’acquisitions ou fusions, peut
donc être vécue comme la remise en cause
La culture de l’entité acquise renfer- de certains principes ou valeurs au profit
me des principes et des valeurs aux-
d’autres, et créer par là même des tensions
quels restent attachés les membres de
de fond, sources de déstabilisation ou de
l’organisation
fuite.
Les individus choisissent généralement La co-existence durable de cultures dif-
librement leur entreprise. Ils ont même férentes au sein du même ensemble
813
tendance à en sélectionner une dont les présente par conséquent des risques
1626
valeurs sont en accord avec leurs aspira- d’acculturation liés à la volonté des par-
tions et visions professionnelles : noto- ties en présence de préserver leur culture
riété de l’entreprise, évolution de carrière,
:167
organisationnelle. La dimension culturelle
salaire d’embauche, sécurité d’emploi, constitue donc un enjeu essentiel dans le
ambiance et état d’esprit, proximité géo-
.162
management des fusions-acquisitions et
graphique… Ils sont donc le plus souvent doit à ce titre être prise en compte si l’on
liés par un contrat psychologique diffici-
43.0
veut limiter les risques fréquents de des-
lement réplicable compte tenu du rapport truction de valeur.
spécifique qui existe entre l’individu et son
:41.1
1995
vis-à-vis de ceux qui sont directement concernés dans leurs tâches quotidiennes par
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
elle, suffit rarement pour convaincre. Il faut aussi des qualités de pédagogie et de
leadership pour rassurer et impliquer le personnel. Réussir une fusion-acquisition sur
:211
entreprises et des réactions des employés. Ceci nécessite une implication forte
des principaux responsables du nouvel ensemble lors de la mise en œuvre. Car
scho
la mise en œuvre, avec tous les aléas qui lui sont propres, est sans doute la tâche
univ.
233
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
3. Définir le rôle et les missions des dirigeants et de l’encadrement dans la gestion de l’intégration.
813
4. Repérer les éléments symboliques de la société acquise.
1626
6. Organiser le changement en fonction des enjeux.
:167
Ces étapes peuvent s’appliquer à la plupart des opérations de croissance externe.
.162
Elles visent à créer les conditions d’une mise en œuvre centrée sur une gestion maîtri-
sée du changement qui soit porteuse de sens et compréhensible par tous. L’approche 43.0
cherche ici à concilier deux aspects indissociables de l’intégration : le changement
opérationnel, celui que l’acquéreur souhaite introduire, et le changement social que
:41.1
le regroupement ne manquera pas de provoquer et qui est souvent la source des résis-
tances les plus fortes.
1995
8887
Les recherches sur la culture d’entreprise sont riches et variées. Elles ont donné lieu
à de nombreuses définitions. Bien que pertinentes, ces définitions n’ont pas jusqu’à
:211
présent permis d’établir des grilles d’analyse culturelle susceptibles d’être utilisées
dans le cas de politiques d’intégration. Or comme le soulignent de nombreux travaux,
ncity
membres des deux organisations. Elle amène également à redéfinir l’identité du nouvel
ensemble en fonction des objectifs poursuivis. À ce titre, l’étude des cultures dans
[Link]
Il est présenté ci-après une méthode permettant d’identifier les cultures exis-
tantes lors de processus de fusions-acquisitions. L’approche développée prend
scho
appui sur un travail antérieur (Meier, 1998) mené dans le cas de changements
univ.
234
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
813
–– le comportement et les attitudes.
1626
Tableau 7.2 – Grille d’analyse culturelle
:167
Critères
Objectif visé Dimensions possibles
clés
.162
Reconstituer les principales phases du Événements, dates, phases clés du
développement de l’entreprise, à travers
43.0
développement, personnalités marquantes,
l’étude de ses principaux dirigeants, mythes fondateurs et légendes, politique
Histoire
Rechercher les fondements sur lesquels Poids relatifs des grandes directions
0641
:211
Credo/philosophie :
quantitatif vs qualitatif, orientation
production vs client, orientation coût vs
ncity
☞
[Link]
1. La grille d’analyse culturelle est notamment issue de différentes recherches basées sur des travaux relatifs à
la culture d’entreprise proprement dite, comprenant la définition des concepts clés et leur utilisation dans le cas de
relations sociales (Berry, 1983) ou d’entreprise (Harrisson, 1972 ; Schein, 1985) ; des travaux sur la culture et les
larvo
processus de changement organisationnel (Larçon, Reitter, 1979 ; Reitter, Ramanantsoa, 1985 ; Reitter, 1991 ;
Brown, Starkey, 1994) ; et des recherches menés dans le domaine spécifique des fusions-acquisitions, portant sur
l’intégration culturelle et managériale de l’entité acquise (Walter, 1985 ; Buono, Bowditch, Lewis, 1985 ;
scho
235
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
☞
Analyser les préférences en matière de Voies de développement : spécialisation,
Référentiel en termes stratégie de développement et leurs diversification, intégration amont ou aval,
de développement principales causes (taille de l’entreprise, innovation.
pouvoir financier, choix des dirigeants…).
Stratégies concurrentielles : stratégie de
domination par les coûts, stratégie de
différenciation, stratégie de focalisation.
l’entreprise dans son environnement et de ses principaux clients, attitude face aux
à l’environnement
813
l’extérieur, sensibilité aux valeurs sociales et
sociétales (emploi local, éthique,
1626
environnement, humanitaire…)
:167
Repérer les éléments qui revêtent pour les Symboles, signes, noms, emblèmes,
d’identification et
.162
Éléments
décision
[Link]
236
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
☞
Identifier la façon dont la direction de Style de direction : paternaliste,
l’entreprise encadre et gère ses employés et autocratique, démocratique,
management et
pouvoir
mercenaire.
Sources du pouvoir: pouvoir de coercition,
pouvoir de gratification, pouvoir
d’expertise, pouvoir statutaire, pouvoir
charismatique…
813
Repérer les principaux comportements et Attachement du personnel, motivations
1626
attitudes des employés à l’égard de leur des employés, engagement personnel et
Comportement
et attitudes
:167
d’absentéisme, taux de rotation,
importance des conflits et des grèves, taux
de syndicalisation, distance sociale,
.162
langage, vocabulaire utilisé, tenue
vestimentaire, rites, cérémonies, tabous…
43.0
:41.1
alors que d’autres privilégient la gestion maîtrisée des risques commerciaux et finan-
ciers. Naturellement, ces philosophies ne sont pas exclusives, mais elles traduisent la
:211
237
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
Culture conservatrice / Conflits sur l’importance accordée aux informations nouvelles ou émergentes.
entrepreneuriale Conflits sur les questions de créativité et d’innovation
Conflits sur les critères de performance.
813
informelle Conflits sur les mécanismes de contrôle et de coordination des activités.
1626
Culture gestionnaire / Conflits sur l’horizon de la politique de croissance.
opportuniste Conflits sur les critères de performance et la gestion stratégique des activités.
:167
Tableau 7.4 – Dimensions clés des conflits selon les cultures
.162
43.0
Types de conflits Dimensions clés
:41.1
238
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
☞
Culture gestionnaire / – degré de programmation des actions
opportuniste – niveau de quantification et de contrôle
– niveau de standardisation des qualifications et des résultats
– niveau d’explicitation des plans et objectifs
– importance prise par la rationalité analytique et les évaluations
– importance accordée à la stabilité interne et au respect du règlement
– contrôle financier vs auto-contrôle
– stratégie planifiée vs stratégie déterminée par l’externe
813
donnancement et de gestion des ressources, ainsi que la nature des responsabilités
de chacun au sein de la firme. Quant à l’étude du fonctionnement, elle permet
1626
d’apprécier la nature des relations au sein de l’organisation (rapports de subordi-
nation, d’autorité ou d’obéissance) et de prendre en compte la façon dont les res-
:167
ponsables agissent et réagissent face à certains événements ou situations (prises de
décision, exploitation courante, résolution des conflits…) ;
.162
––les conflits au niveau du style de management (valeurs, philosophie, pratiques 43.0
managériales) : le style de management permet d’entrevoir les valeurs clés et les
concepts directeurs sur lesquels se fondent les actions de l’entreprise. Le choix du
:41.1
permettant de savoir ce que l’on doit faire, ce que l’on peut accepter et ce qu’il faut
éviter. La définition du style de management permet ainsi aux employés
de disposer d’un système de repérage qui les rassure et les stimule. Elle contribue
8887
0641
(sources du pouvoir) : selon les entreprises, l’exercice du pouvoir peut prendre des
formes très différentes. Pour certaines organisations, le pouvoir est étroitement lié
:211
fortes et devenir par là même une source de contentieux entre les deux organisa-
tions.
larvo
scho
univ.
239
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
Réactions type
813
des membres de
Manifestations Effets
l’entité acquise,
1626
après acquisition
Individualisation Démobilisation
:167
des comportements
Absentéisme
Inquiétude Insécurisation – peur de l’avenir Turnover
.162
Traumatisme – perte de repères « Laisser aller »
Stress et anxiété élevés Fuite de compétences
43.0
Développement de la rumeur
Cristallisation Blocages
:41.1
Polarisation Conflits
:211
place
☞
1. Aux particularismes culturels liés à l’histoire et au vécu des individus au sein de leur entreprise d’origine,
larvo
peuvent également se greffer d’autres spécificités culturelles liées à la culture du pays où des différences impor-
tantes peuvent être observées entre les deux organisations, en ce qui concerne notamment la nature des relations
des salariés à l’égard du pouvoir et du travail ainsi que leur tolérance aux risques et à l’incertitude.
scho
univ.
240
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
☞
Insoumission Déstructuration
813
au changement lors de fusions-acquisitions. Il s’agit tout d’abord d’admettre cette réa-
lité, en la considérant comme un réflexe naturel de protection à l’égard de ce qui nous
1626
échappe. Il n’y a donc en soi rien de critiquable dans ce type de réactions. Néanmoins,
elles constituent une source de perturbation qu’il convient de repérer et maîtriser.
:167
Pour cela, il faut d’abord prendre conscience des raisons qui sont à l’origine de ces freins.
.162
Le tableau suivant propose de répartir ces motifs en trois principales catégories.
43.0
Principales raisons du
1995
professionnels…
Attitude liée aux nouveaux rapports de force entre les deux entités
:Aiva
1. Plusieurs facteurs sont susceptibles de modérer l’intensité des risques occasionnés par l’opération. On peut
notamment citer la proximité des métiers, la taille relative des entités fusionnées, la performance antérieure des
firmes, la situation conjoncturelle, le contexte pré-achat (acquisition amicale versus hostile, pression des action-
scho
241
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
813
à minimiser l’impact social de l’opération.
1626
3 Clarifier et préciser le rôle des dirigeants
:167
.162
Face à des changements aussi importants que les opérations de fusions-acquisitions,
la définition du rôle et des missions des dirigeants et responsables opérationnels
43.0
constitue une priorité indispensable au succès de l’intégration. Il s’agit d’une mission
difficile qui repose sur la capacité des acteurs à répondre aux inquiétudes et difficultés
:41.1
à savoir :
––informer les employés des deux entreprises de l’enjeu stratégique de la fusion-
8887
leur sera possible de répondre de façon satisfaisante aux craintes suscitées par
l’opération ;
[Link]
––rassurer les équipes sur les perspectives d’évolutions professionnelles et les condi-
tions de travail : la communication sur la fusion-acquisition, du fait de ses
larvo
tionnel. Ces individus ou équipes doivent ainsi être à l’écoute des inquiétudes des
univ.
242
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
membres de leur service, et proposer des réponses ciblées qui tiennent compte des
orientations stratégiques générales. Il s’agit avant tout de canaliser les risques
d’anxiété et de stress sur un plan local, en s’attachant par des réponses précises et
concrètes à éviter les rumeurs.
Cette démarche peut même parfois contribuer au développement d’actions d’amé-
liorations par une meilleure prise en compte des effets de l’opération sur les indi-
vidus ;
––favoriser le transfert de ressources entre les deux organisations : une tâche essen-
tielle de l’encadrement réside également dans la gestion du transfert de ressources
(effectifs, actifs, compétences) entre les sociétés, afin de favoriser l’esprit d’équipe
et d’enclencher les programmes d’actions opérationnelles.
Il importe ici aux responsables d’arbitrer entre la nécessité d’agir vite pour
atteindre les objectifs fixés et une certaine prudence en ce qui concerne les résis-
tances au changement et les risques de destruction de valeur (dysfonctionnements,
813
perturbation, perte de compétences) ;
––veiller au maintien des qualités propres de l’entreprise acquise qui contribuent au
1626
potentiel de création de valeur (ressources stratégiques, partenariats existants,
portefeuille clients…) : la valorisation d’une opération repose en partie sur les
:167
capacités de l’entité acquise.
.162
Il convient par conséquent d’éviter, par des actions trop brutales ou insuffisam-
ment différenciées, de bâtir une politique de changement global qui occulte la43.0
diversité des pratiques culturelles et managériales de l’entité acquise ;
––sensibiliser les acteurs sur l’émergence d’un nouveau groupe commun, en susci-
:41.1
tant des actions fédératrices (identité visuelle, gestion de projets, formation com-
mune, harmonisation des procédures…).
1995
riés se retrouvent.
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
243
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
Complément Rassurer les équipes sur les Journaux écrits et courriers internes
d’informations par la modalités de fonctionnement destinés à informer les services sur les
direction générale, et le rôle de chacun au sein changements intervenus suite au
la direction de de la nouvelle organisation. rapprochement (informations sur la
communication nouvelle structure, la redistribution des
interne, la direction RH rôles, les nouvelles pratiques…).
813
opérationnels tout au du personnel. attentes et inquiétudes du personnel,
long de la structure Rassurer les équipes sur la dans le cadre de réunions d’échanges
1626
organisationnelle gestion sociale de ou d’entretiens individuels.
l’opération.
:167
Favoriser le transfert de Mode de management favorisant
Formation d’une équipe ressources entre les deux l’implication des membres des deux entités
d’interface, chargée des sociétés. par l’information réciproque au sein des
.162
relations entre les deux différentes unités et la délégation de la
entités mise en œuvre des décisions.
43.0
Affectation de
particulière aux compétences responsables de l’entité achetée dans les
responsables de
clés de l’entreprise acquise réunions stratégiques ou travaux de
l’entreprise acquise au
1995
risquent d’être étudiés attentivement par les membres de l’entreprise acquise comme
un moyen pour l’acheteur de renforcer son pouvoir au sein de l’organisation.
larvo
244
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
813
concernées par la fusion-acquisition. La difficulté de la direction est donc double : elle
doit à la fois acter un changement fort par des symboles visibles (la création d’une
1626
nouvelle identité), tout en montrant que ce changement ne se fait pas au détriment de
l’une des deux sociétés.
:167
Ainsi, face aux risques d’incompréhension, l’intégration de l’entreprise acquise peut
parfois nécessiter la préservation de symboles clés pouvant revêtir pour ses membres
.162
un statut particulier auquel ils restent fortement attachés. Éliminer certains symboles,
c’est en effet courir le risque de voir se développer des réactions hostiles qui peuvent
43.0
fortement perturber le processus d’intégration de l’entité acquise.
:41.1
Il convient donc pour la direction de tenir compte de cette réalité, en donnant aux
membres de l’entreprise achetée des signaux susceptibles de rassurer les acteurs sur
1995
Exemple
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
0641
Un exemple réussi de transition peut concerner la décision de l’acheteur BNP, suite à l’achat
de la société Paribas, de définir rapidement un nouveau logo, pour remplacer le vieux sigle
:211
BNP très daté des années 1980, en tenant compte de l’image de son nouveau « partenaire ».
La direction a pu ainsi remplir sa double mission : communiquer sur la création du premier
ncity
groupe bancaire national tout en intégrant dans la démarche les deux composantes du nouvel
ensemble (préservation des deux noms avec graphisme nouveau).
:Aiva
[Link]
larvo
scho
univ.
245
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
813
Communiquer sur la stratégie a donc un rôle essentiel et peut parfois constituer le
socle indispensable à un sentiment d’adhésion au projet.
1626
La politique de communication vise par conséquent à sensibiliser les différentes par-
ties prenantes, en favorisant des réactions cognitives, affectives et comportementales à
:167
l’égard de la nouvelle entité. En d’autres termes, il s’agit pour l’acquéreur de susciter
des jugements, sentiments et comportements constructifs allant dans le sens d’un déve-
.162
loppement en commun.
43.0
Plusieurs actions peuvent être proposées pour rendre compte des liens unissant
les acteurs concernés et la politique de rapprochement. Une première démarche
:41.1
« cible ».
Souvent négligée, la formulation de la mission constitue une étape essentielle dans
8887
économique et social.
En l’occurrence, il n’existe pas de définition vraiment consacrée dans le domaine.
ncity
Elle dépend avant tout de la capacité des dirigeants à traduire le changement sous
:Aiva
nouvelle réalité.
univ.
246
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
La dimension identitaire
– En quelles valeurs croyons-nous ?
– Quels sont nos signes d’identification et de distinction ?
– Quelle est notre philosophie générale des affaires ?
La dimension stratégique
– Quels sont nos métiers et savoir-faire ?
– Quelles politiques de développement suivons-nous ?
– Quels sont nos avantages concurrentiels discriminants ?
La dimension opérationnelle
– Quel est le système de management de notre entreprise ?
813
– Quel est son mode de fonctionnement ?
– Quels sont nos critères de performance économique et sociale ?
1626
De manière générale, il est souhaitable que la définition de la mission du nouveau groupe
:167
soit brève (la brièveté renforce l’impact), claire (la clarté évite les malentendus), stimulante
.162
(la stimulation doit favoriser l’adhésion) et ambitieuse (l’ambition permet de donner
une image du futur porteuse de sens et d’espoir). Le choix des mots et des formules 43.0
est donc primordial et doit traduire des convictions réelles et profondes. L’important
est de trouver un style qui capte l’essentiel et qui facilite la communication.
:41.1
une catégorie d’acteurs mais un ensemble de parties prenantes aux intérêts et moti-
vations souvent différents. Il est donc impératif que la direction de l’entreprise
8887
messages s’adresse en premier lieu aux salariés des deux entreprises fusionnées.
Elle vise avant tout à montrer le rôle bénéfique du rapprochement d’un point de
larvo
vue social, en tant que création d’une entité forte et durable capable de résister aux
incertitudes et aléas. Elle entend également construire son discours autour du sen-
scho
247
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
813
réagir à la nouvelle donne proposée et voir les implications du changement pour leur
propre positionnement. C’est en particulier le cas des actionnaires et analystes finan-
1626
ciers qui vont s’interroger sur le bien fondé de l’opération et la justification du prix
d’achat. Leur préoccupation tourne principalement autour du temps nécessaire pour
:167
que l’investissement puisse produire les effets escomptés, lorsqu’il en produit. Le
cœur du message consiste à convaincre la communauté financière que l’acquéreur
.162
peut, en s’unissant avec l’entreprise acquise, créer de la valeur. Ceci nécessite de la
part de l’acquéreur d’argumenter sur les synergies possibles, la rentabilité attendue 43.0
et sur sa capacité à gérer les perspectives de croissance ;
–– les clients : les clients constituent une richesse précieuse qui peut, lors de change-
:41.1
ments importants, être perdue, si la nouvelle direction n’accorde pas un soin attentif
à rassurer sa clientèle sur la continuité de la relation et à réduire les dysfonctionne-
1995
ments occasionnés par le regroupement. Les clients occupent une place particulière
et doivent faire l’objet d’une attention accrue lors de la phase de transition.
8887
l’acheteur étant a priori plus à l’abri) peuvent être inquiets du changement d’auto-
:Aiva
1. Selon le cabinet Bain & Company (janvier 1999), la perte de clients est souvent importante lors d’une fusion,
comme le montre le cas de la fusion entre UBS/SBC (banques suisses), où 14 000 clients ont été perdus dans les
deux premiers mois suivant l’annonce du rapprochement. Parallèlement, la banque concurrente Basler Kantonalbank
scho
248
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
813
et sociale du groupe ;
1626
–– les managers et responsables opérationnels de l’entreprise acheteuse : les cadres
opérationnels sont rarement impliqués dans les négociations avec l’entité cible et ont
:167
par conséquent des difficultés à connaître précisément les enjeux de l’opération
et les orientations à suivre une fois l’achat réalisé. Ils sont donc peu à même de
.162
répondre de façon convaincante aux attentes des salariés, en ce qui concerne d’éven-
tuels licenciements, la restructuration des services ou les grilles de rémunération.
43.0
Leur crédibilité s’en trouve affaiblie et risque d’augmenter le climat d’inquiétude et
de doute qui entoure l’annonce de la fusion. Il est par conséquent essentiel de les
:41.1
impliquer très rapidement dans les choix définis, pour qu’ils soient en mesure de
répondre aux interrogations des employés de manière claire et cohérente.
1995
Pour chacune des « cibles », une gestion de communication spécifique doit ainsi être
mise en place, tant sur le plan du contenu du message que des moyens utilisés (au-delà
8887
communication post-acquisition.
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
0641
continuité de la relation
politique de prix
Clients
larvo
249
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
☞
continuité de la relation
politique d’achat (conditions)
Fournisseurs
maintien des pratiques commerciales en vigueur
respect des paiements
calendrier/planning de l’intégration
Managers et responsables
objectifs quantitatifs et qualitatifs poursuivis
entreprise acheteuse
étendue des responsabilités
813
certains cas avoir un rôle important à jouer pour le devenir du nouvel ensemble.
On peut notamment citer deux types d’acteurs économiques, à savoir :
1626
––les acteurs politiques locaux : penser que les seuls partenaires à prendre en
considération dans une opération de ce type sont les investisseurs, les parte-
:167
naires professionnels et les employés directement concernés est certainement
une erreur. Car l’onde de choc due au rapprochement s’étend bien au-delà des
.162
frontières de l’entreprise. Elle touche aussi, pour des raisons et à des degrés 43.0
divers, la population et les élus locaux, l’environnement économique et social,
l’administration préfectorale et les personnalités politiques.
:41.1
des acteurs mis en jeu, d’anticiper leurs réactions probables et les interactions qui
risquent de s’établir entre eux ;
8887
––la presse et autres médias : la gestion de cette cible n’est nullement à négliger dans
la communication du nouvel ensemble. En effet, la presse économique et profes-
056:
teur à se justifier avant même d’avoir agi, en devant répondre à des questions qui
renvoient bien souvent à des choix stratégi-ques confidentiels.
[Link]
larvo
scho
univ.
250
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
813
ou d’opportunités. La fusion-acquisition doit donc être ressentie comme un
1626
enjeu vital pour les deux entités concernées. Il s’agit avant tout de montrer que
le regroupement constitue la condition nécessaire au maintien ou au dévelop-
pement des activités. Une des manières de procéder peut être de justifier cette
:167
initiative par rapport aux menaces de concurrents et d’en montrer les bénéfices
.162
sur le plan économique. On peut ainsi bâtir l’argumentation de l’union autour
de quatre principaux points : une situation critique, une menace extérieure, le
43.0
besoin de l’autre, une compétition interne réduite. La combinaison de ces
quatre éléments constitue en effet un moyen efficace de dépasser les diffé-
:41.1
• Sur quoi est fondé le potentiel de création de valeur ? Quelle est la nature des
interdépendances nécessaires à la réalisation des objectifs stratégiques ?
8887
––la création de valeur fondée sur des liens organisationnels forts avec l’absorption
complète de l’entité acquise dans une logique d’économies d’échelle ou de
[Link]
––la création de valeur axée principalement sur une gestion autonome et optimisée
scho
251
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
813
différenciation. L’interdépendance stratégique est basée essentiellement sur la
1626
recherche d’un effet de taille. En revanche, dans le cas d’un rapprochement axé sur
l’innovation, la diversité des cultures peut être un élément déterminant. Elle permet
:167
de créer des combinaisons de ressources créatrices de valeur, en développant des
solutions originales fondées sur les qualités propres des deux entités. Or il arrive
.162
souvent que les qualités de l’entreprise soient étroitement liées à l’existence de
ressources stratégiques locales basées sur un contexte organisationnel spécifique
43.0
(histoire, localisation particulière, individus clés, savoir-faire tacite). La question du
maintien des différences culturelles doit par conséquent être analysée au regard des
:41.1
mat de conquête ou de domination culturelle. Cette impression peut dès lors pro-
voquer de violentes réactions difficiles à maîtriser. Ceci est notamment vrai dans
0641
pratiques de l’acquis, sans tenir compte des expériences de l’autre firme. Cette
arrogance managériale peut en effet occulter certaines forces de l’entité acquise
ncity
utiles pour le développement du nouvel ensemble. En effet, des sociétés même plus
petites et parfois moins connues, achetées pour leurs compétences spécifiques
:Aiva
(transfert de ressources), peuvent également, sans que cela ait été forcément prévu
par l’acheteur, insuffler un nouvel élan à la maison mère, en l’aidant à se
[Link]
252
La phase d’intégration ■ Chapitre 7
813
nismes de circulation de l’information, qui vont de la simple procédure à des
systèmes plus élaborés de planification et de contrôle. Ils visent avant tout à
1626
réguler et à harmoniser les pratiques managériales entre les deux sociétés dans
un souci de cohérence et d’efficacité. Ce rôle est souvent indispensable pour
:167
permettre une circulation optimale de l’information et une gestion homogène
des activités et constitue souvent un préalable à la réalisation des objectifs stra-
.162
tégiques. Mais les relations hiérarchiques ne suffisent pas au bon fonctionne-
ment de l’organisation. Elles doivent être complétées par des mécanismes 43.0
favorisant les relations entre les deux sociétés. Dans ce cas, le système d’inte-
ractions porte sur la mise en place de groupes de travail ou de projets chargés de
:41.1
tion et de rencontres sont des moyens parmi d’autres pour atteindre ces objec-
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
demeure pas moins primordial. L’acquéreur doit en effet éviter les rancœurs, les
sentiments d’injustice qui prévalent généralement dans ce type de situations. Il
ncity
253
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
nécessiter parfois des logiques d’essais et d’erreurs, dont les faibles résultats à
court terme peuvent laisser entrevoir une issue positive. Encore faut-il convaincre
les nombreux investisseurs du bien fondé de cette démarche. La question du temps
est en effet au centre de la réussite de ce type d’interactions.
L’essentiel
Le style d’intégration d’une cible dépend avant tout des intentions stratégiques
813
de l’acquéreur et des spécificités de l’entité acquise. Il existe trois principaux
1626
modes d’intégration possibles : l’intégration par préservation, par rationalisation
et de type symbiotique.
:167
Modalités de Contexte et motifs stratégiques de l’opération
.162
l’intégration de fusions-acquisitions
43.0
Enjeux : exploration de domaines nouveaux ou porteurs
Justification : diversification des risques pour l’entreprise
Intégration par Politique : rentabiliser des activités mûres
:41.1
254
Chapitre
Les erreurs
81 managériales
à éviter
813
1626
:167
.162
43.0
:41.1
SOMMAIRE
1995
U
056:
à disposition.
En dépit de leur utilité, ces heuristiques et biais peuvent se révéler erronés et
conduire à des stratégies cognitives abusives, donnant lieu au développement d’ac-
larvo
tions déviantes chez le dirigeant. Selon Tversky et Kahneman (1974), une heuristique
est une stratégie cognitive simplifiée utilisée pour économiser du temps qui permet
scho
univ.
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
de faire des inférences acceptables pour l’individu, même si elles peuvent s’avé-
rer fausses (car non validées d’un point de vue logico-déductif). Selon ces auteurs,
les heuristiques peuvent par conséquent être considérées comme des sources poten-
tielles de biais.
Il est proposé une synthèse des principales erreurs commises par les dirigeants de
l’entreprise acheteuse dans les domaines de la prise de décision et de la politique de
mise en œuvre. Le travail proposé1 vise à répondre à deux questions :
––Quels sont les pièges à éviter pour permettre un rapprochement réussi ?
––Quelles sont les conséquences de ces dérives sur la gestion de l’opération ?
LES
Section
1 erreurs à éviter durant la phase
de préparation
813
1626
La phase de préparation joue un rôle fondamental dans le choix et la sélection des
:167
options stratégiques de l’entreprise. Face à de tels enjeux, la direction de l’entreprise
peut développer un certain nombre d’erreurs liées à la justification de la manœuvre
.162
retenue. Les erreurs relevées ont très souvent comme origine un recueil d’informa-
tions limité et des insuffisances dans le traitement des données collectées. Parmi les
43.0
erreurs d’analyse et de jugement émises par la direction, il est possible d’identifier
quatre principaux pièges à éviter pour préparer dans de bonnes conditions le rappro-
:41.1
chement. À chaque erreur est associée un type de risque pouvant nuire à l’efficacité
de l’opération.
1995
8887
Cette focalisation peut être liée aux conditions du marché (opportunités à saisir, affaire
apportée par une banque conseil), à une proximité perçue sur quelques caractéristiques
similaires (même métier, secteurs proches, taille comparable…), voire dans certains
[Link]
1. Ce travail prend appui sur une analyse de 14 opérations de fusions-acquisitions réalisées avec
scho
256
Les erreurs managériales à éviter ■ Chapitre 8
813
stratégique des entités (intérêts convergents, complémentarités…) et à mesurer les
1626
risques d’un rapprochement en termes d’investissements, d’asymétrie d’informa-
tions et de coût de mise en œuvre.
:167
.162
2 L’imitation de la concurrence
43.0
Les dirigeants de l’entreprise acheteuse peuvent être tentés de s’engager dans une
opération de fusion-acquisition suite aux actions réalisées par l’un de ses concurrent.
:41.1
La proximité perçue entre les deux entreprises a parfois comme conséquence d’ame-
ner une direction à entreprendre une fusion-acquisition par imitation, en transposant
1995
une manœuvre observée chez un concurrent à son propre cas, indépendamment des
spécificités de chacune des entreprises.
8887
tour une opération du même type, sans forcément tenir compte de ses caractéristiques
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
quer une démarche à un nouveau contexte décisionnel, sans intégrer les phénomènes
:Aiva
amener à faire des choix erronés, pouvant remettre en question la cohérence straté-
gique du groupe, tant sur le plan interne (incompréhension des équipes, problèmes
larvo
257
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
Par conséquent, si l’imitation constitue une réaction naturelle, elle n’entraîne pas
nécessairement de résultats probants, principalement en raison d’une proximité per-
ceptuelle qui peut s’avérer dans certains cas trompeuse pour les acteurs concernés.
Ce risque est d’autant plus accru aujourd’hui avec la fréquence des réorientations
stratégiques, qui peuvent profondément modifier les positions stratégiques et la nature
des champs concurrentiels.
En effet, auparavant, l’analyse d’un marché pouvait se construire sur des bases
claires qui permettaient de justifier que l’action d’un concurrent donne lieu à des réac-
tions voisines, compte tenu de la similarité des intérêts stratégiques. Or, aujourd’hui,
un concurrent peut, en fonction de nouveaux choix stratégiques, se transformer rapide-
ment en non concurrent et prendre même parfois la forme d’un allié. La qualification
de concurrent n’est donc pas permanente. Elle peut évoluer au cours du temps et par
là même modifier la nature des liens entre deux anciens concurrents (voir Vivendi et
Suez-Lyonnaise).
813
Face à un concurrent qui affirme des choix en termes de développement, il convient
par conséquent de redéfinir son propre métier et ses avantages concurrentiels, en veil-
1626
lant à repréciser la qualification « entreprise concurrente » en fonction des nouveaux
choix de ses rivaux.
:167
.162
3 L’absence de remise en cause 43.0
Lors d’opérations de croissance externe, l’équipe de direction peut avoir tendance,
:41.1
à partir des premières informations collectées, à formaliser une stratégie et des objec-
tifs qui vont définir son cadre initial d’analyse.
1995
Or, très souvent, ce « construit » constitue pour les dirigeants un instrument sécu-
risant, leur permettant de baliser la complexité de leur environnement. Le cadre d’ana-
8887
lyse initial peut ainsi devenir un référent fiable sur lequel ils peuvent s’appuyer pour
mener à bien leurs actions. Mais cette référence peut, dans certains cas, dépasser le
stade du référent pour devenir progressivement un instrument de certitude auquel le
056:
Or, le processus de prise de décision lié à une fusion ou acquisition est très souvent
caractérisé par un environnement turbulent en constante évolution, où de nombreux
:211
en créant un faux sentiment de sécurité qui limite les capacités de réaction à des
informations nouvelles.
Il y a dès lors un risque, pour le futur acquéreur, de ne pas réexaminer (attentive-
larvo
258
Les erreurs managériales à éviter ■ Chapitre 8
813
Très souvent, le choix de recourir à une fusion-acquisition est le fruit d’une déci-
sion prise sous la pression d’intervenants externes1. Si les décideurs font appel aux
1626
experts, c’est généralement pour disposer d’analyses professionnelles qui s’appuient
sur des informations précises et fiables. Avec de tels soutiens, les dirigeants ont ainsi
:167
l’impression de maîtriser les risques associés à l’opération.
Or dans le cas d’opérations de croissance externe, le recours aux « experts » n’est
.162
pas exempt de risques :
43.0
––certaines banques d’investissement tendent à promouvoir des modèles d’évalua-
tion qui sont couramment à la mode, plutôt que ceux basés sur la compréhension
:41.1
d’une entreprise et de ses besoins. De ce fait, il peut arriver que des clients d’une
banque payent le même type de prime. De même, les banquiers d’affaires sont
1995
payés à la commission qui reste fixe quelle que soit la durée du processus d’achat.
Ces derniers peuvent alors décider de raccourcir cette durée, laissant de côté des
8887
problèmes importants de l’opération. Ces risques sont d’autant plus élevés que les
experts sont rémunérés sur la réalisation du deal (achat) et non sur sa performance
future ;
056:
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
1. Blanchot et al. (1999) mettent en avant l’importance du recours (des dirigeants) à un conseil externe
scho
pour rechercher une cible dans sept opérations d’acquisition sur dix.
univ.
259
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
dirigeant peut donc avoir des difficultés à intégrer ces différentes perspectives,
compte tenu de leur caractère hétérogène. Il en ressort une vision fragmentée de
l’opération qui nuit ainsi à une formulation cohérente des choix stratégiques.
La question des experts pose, par conséquent, le problème de la répartition des
rôles en matière de décision. De façon pratique, il convient de cerner et de délimiter
la fonction des experts, en leur accordant un rôle d’outil d’aide à la décision. En aucun
cas, les dirigeants ne doivent leur déléguer la prise de décision finale qui reste leur
prérogative. Ceci est d’autant plus important que les retombées de l’opération leur
seront systématiquement imputées. Les dirigeants doivent par conséquent s’attacher
à garder vis-à-vis des experts un regard critique, en contrôlant notamment les risques
d’opportunisme.
813
LES
Section
2 erreurs à éviter durant la phase
1626
de négociation
:167
La phase de négociation constitue la première phase réelle de « rapprochement »
.162
des deux entités, avant que ne s’opère de manière formelle la fusion-acquisition. On
entend par négociation la relation de face-à-face entre un acheteur potentiel et une
43.0
cible en rapport de dépendance et de pouvoir, à la recherche, par des adaptations
réciproques, d’un arrangement permettant de conclure l’opération en réduisant les
:41.1
divergences. Vu l’importance des enjeux, cette phase est donc souvent l’objet d’atten-
tion particulière et peut parfois conduire à des erreurs importantes, notamment chez
1995
l’initiateur du projet.
L’une des principales erreurs est de vouloir trop bien faire, pour empêcher tout
8887
blocage ou rupture dans les négociations. Ceci peut conduire l’entreprise à refuser la
confrontation, en évitant les éléments pouvant remettre en question le projet. L’ac-
056:
attitude compréhensible peut très rapidement produire les effets inverses de ceux
attendus, en « dénaturant » l’objet même des négociations.
:211
ncity
1 Le refus de la confrontation
:Aiva
En phase de négociation, vendeur et acheteur ont chacun des attentes et des intérêts
[Link]
spécifiques liés à leur situation respective, tant sur le plan des objectifs de l’acquisi-
tion, du niveau de performance attendu que du planning des opérations à venir. Dans
la mesure où ces attentes peuvent être une source de conflits, l’ambiguïté durant la
larvo
phase de négociation peut constituer un moyen pour les deux parties de se créer des
marges de manœuvre utiles, pour aboutir rapidement et dans de bonnes conditions à
scho
univ.
260
Les erreurs managériales à éviter ■ Chapitre 8
un accord. Il s’agit pour les deux entités de trouver un dénominateur commun minimal
qui préserve (théoriquement) les intérêts de chacun dans un contexte amical et favo-
rise la diffusion de messages positifs lors des interventions publiques. Les acteurs en
présence vont par conséquent chercher à éviter d’aborder des sujets délicats (comme
la répartition des pouvoirs ou la sauvegarde de certains acquis), sources potentielles
de conflits. Cette logique a essentiellement pour objectif de susciter l’adhésion et
d’envoyer un signal fort aux médias et aux marchés financiers.
Mais une telle démarche peut parfois se révéler dangereuse, une fois l’opération
effectuée, car elle oblige les parties à régler certains conflits latents lors du processus
de mise en œuvre. Or le fait de différer la résolution de problèmes importants risque
d’amplifier les conflits potentiels, en raison de la déception légitime des parties pre-
nantes (salariés, actionnaires, analystes financiers) qui estimeront avoir été trompées
lors de la présentation du projet.
Le traitement des questions à aborder au cours des négociations doit par consé-
813
quent être posé. En particulier, avant le début des pourparlers, il est recommandé
de hiérarchiser les différents éléments de la transaction, en fonction de la stratégie
1626
de l’entreprise, de ses enjeux et des risques encourus, de façon à être en mesure de
classer les problèmes en trois catégories : les questions incontournables pour le
:167
management stratégique de l’opération, les domaines où il convient de négocier
avec prudence, enfin les éléments non essentiels d’un point de vue stratégique.
.162
Cette hiérarchisation doit permettre de mieux contrôler la gestion des questions
43.0
prioritaires, en veillant à traiter l’ensemble des aspects stratégiques de l’opération.
:41.1
Lors des négociations, les dirigeants de l’entreprise acheteuse peuvent exagérer les
8887
dance à surestimer sa capacité à contrôler les résultats, pensant que le risque encouru
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
peut être réduit par une bonne utilisation de ses compétences professionnelles.
0641
Le décideur est alors exagérément optimiste sur ses possibilités à obtenir des résul-
tats supérieurs à ceux enregistrés avant lui, en s’estimant capable d’extraire de la
:211
valeur de l’opération.
ncity
Cet excès d’optimisme peut ainsi amener le dirigeant à fixer un niveau de prime
excessif se caractérisant par un écart important entre le prix estimé par le marché (cours
:Aiva
de Bourse) et le prix payé pour acquérir l’entreprise cible. Ce risque est amplifié dans
la pratique par certains cédants qui sont enclins à « maquiller » leurs états financiers
[Link]
261
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
3 La tendance à la précipitation
On entend par précipitation, un processus conduisant des acteurs, engagés depuis
longtemps dans la conduite d’un projet de fusion-acquisition, à accélérer la conclusion
de l’accord sans raison objective.
En effet, lorsque le processus de décision d’une acquisition est caractérisé par un
813
haut niveau de stress et d’activités sur une longue période, les décideurs peuvent, en
1626
fin de processus (proximité de l’échéance), accélérer le cours des événements pour en
finir. En procédant ainsi, les dirigeants peuvent être conduits à perdre leurs aptitudes
:167
managériales, en cédant à la pression sans avoir une réelle maîtrise de la situation.
Ce phénomène de précipitation peut avoir comme conséquence de négliger ou d’oc-
.162
culter les dernières phases du processus de décision, qui sont généralement les étapes
où se traitent des éléments essentiels de l’opération (calendrier de la mise en œuvre,
43.0
gestion prévisionnelle des effectifs, constitution des équipes). Une telle démarche a
également pour effet de minimiser les problèmes organisationnels de l’après acquisi-
:41.1
tion, rendant souvent difficiles les relations ultérieures entre les deux entités lorsque
ces questions devront être abordées.
1995
Pour éviter ce genre d’erreurs, l’entreprise initiatrice du projet peut avoir intérêt à
8887
efficace pour ne pas « bâcler » l’accord final, quel que soit le contexte d’urgence ou
de stress associé à l’opération.
:211
ncity
sources humaines et financières), est amené au fur et à mesure que des informations
pessimistes surviennent à renforcer son engagement dans le projet (plutôt qu’à y
larvo
renoncer). En effet, les efforts consentis par le groupe, l’adhésion et le soutien des
principales composantes de l’organisation, l’implication du personnel rendent diffi-
scho
cilement justifiable l’absence de concrétisation. Ceci peut dès lors conduire le PDG
univ.
262
Les erreurs managériales à éviter ■ Chapitre 8
813
pondent plus au but recherché. La question de l’objectivation constitue par conséquent
1626
un élément essentiel de l’argumentation, qui peut être mis à mal lorsque l’opération
est étroitement associée dans les esprits aux aspirations du dirigeant.
:167
Dans une telle situation, l’abandon du projet devient délicat car il peut être perçu
comme une remise en question de la politique du dirigeant. C’est pourquoi certaines
.162
firmes ont recours à des acteurs clés qui jouent le rôle d’avocats du diable dans le
processus de décision. Ces derniers ont essentiellement comme objectif d’éviter une
43.0
projection trop forte sur l’opération, source de désillusions. Ils s’appuient générale-
ment sur des contre-arguments forts, en vue d’être un contrepoids à la dynamique
:41.1
LES
Section
2 erreurs à éviter durant
056:
la phase d’intégration
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
0641
tout ce qui peut provoquer chez les employés de l’entité acquise des comportements
déviants. En situation de post-acquisition, l’acquéreur peut être enclin à développer
ncity
certaines erreurs dont les conséquences peuvent se révéler néfastes au bon déroule-
ment de l’opération. Ceci provient généralement de ce que revêt l’acte d’achat pour le
:Aiva
complexe de supériorité. Il peut également être perçu par l’acquéreur comme une fin
en soi. Enfin, il est à craindre que les dirigeants de l’entreprise acheteuse perdent de
vue la dimension relationnelle de l’opération, en accordant une priorité excessive aux
larvo
263
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
1 L’arrogance managériale
Suite à une fusion-acquisition, les dirigeants de l’entreprise initiatrice peuvent être
tentés de montrer la supériorité de leur management sur celui de l’entité acquise.
Ainsi, il n’est pas rare d’assister, dans de nombreuses fusions-acquisitions, à une
arrogance managériale de la part de la direction de l’entreprise acheteuse, désireuse
d’acter son contrôle sur l’entité achetée. L’opération est dès lors ressentie, chez
les membres de l’entité acquise, comme la sanction d’une mauvaise gestion. Cette
arrogance se traduit notamment par la non-prise en compte des qualités de l’entité
acquise et la négation du rôle de ses salariés dans le fonctionnement, alors même
que certaines caractéristiques de la société acquise pouvaient s’avérer utiles dans la
valorisation de l’opération. Un tel comportement peut entraîner chez les membres
de l’entité acquise le développement d’attitudes négatives et parfois hostiles, occa-
sionnant de nombreux problèmes humains (perte de confiance, démotivation, faible
implication). Il tend généralement à développer un clivage entre les membres des
813
deux organisations du type « eux/nous », limitant ainsi les transferts de ressources
entre les deux sociétés.
1626
Une façon de remédier à ce risque de domination abusive peut être d’instaurer une
:167
communication institutionnelle qui permette de reconnaître les qualités de l’entreprise
acquise. Cette démarche peut être complétée par une politique d’intégration, visant
.162
à associer les membres de l’acquis dans le management de l’opération. Elle peut en
effet contribuer à créer une dynamique commune, en positionnant l’entreprise acquise
43.0
comme un véritable partenaire, vecteur de création de valeur.
:41.1
2 L’apathie
1995
comme une des explications des distorsions entre les intentions et les réalisations.
Cette attitude peut (notamment) se traduire par l’absence de passage de témoin entre
:211
les membres des deux sociétés. Informés trop tard, les responsables opérationnels
se trouvent la plupart du temps dans l’incapacité de préparer dans de bonnes condi-
tions le processus d’intégration. Ils ont également des difficultés à répondre effica-
[Link]
cement aux attentes et questions du personnel. Cette situation peut entraîner des
dysfonctionnements importants, comme par exemple le non-respect du calendrier fixé
larvo
acteurs ayant un rôle de liaison et d’interface entre les deux périodes de l’opération,
univ.
264
Les erreurs managériales à éviter ■ Chapitre 8
à savoir l’avant et l’après acquisition. Leur rôle vise en particulier à prendre en compte
les informations stratégiques issues des négociations, en orientant le processus d’inté-
gration dans le sens défini par les parties avant l’opération. Il s’agit, par cette action,
d’assurer une continuité dans la gestion de l’opération, en évitant toute forme de
rupture ou de décalage dans la conduite de la fusion-acquisition.
3 L’excès de rationalisation
La réalité post-achat s’avère souvent assez différente de ce qui avait été envisagé,
remettant par là même en question les analyses réalisées lors de la pré-acquisition.
Pourtant, en dépit d’informations contraires liées à des changements sectoriels
ou concurrentiels, les dirigeants ont tendance à maintenir leur programme de mise
en œuvre. Cette volonté d’appliquer les actions définies s’explique en partie par le
souci de disposer d’une démarche déterminée, claire et précise. En commettant cette
813
erreur, les dirigeants se montrent dès lors incapables de s’adapter aux événements
1626
et rendent la gestion de l’intégration délicate à mener.
Afin d’éviter ce risque d’enfermement, il est recommandé d’intégrer dans le plan de
:167
mise en œuvre initial des éléments de flexibilité. Le dirigeant doit notamment s’atta-
cher à laisser le processus d’intégration ouvert, en actant la possibilité, à chaque point
.162
clé du processus, de réaliser des actions d’adaptation, d’ajustement ou de réorienta-
tion, en fonction des aléas et de la conjoncture. Cette façon de faire permet ainsi de
43.0
rendre compte de la complexité de l’environnement, en proposant pour chaque type
de situation des pistes de sorties acceptables et réalistes.
:41.1
*****
1995
fréquence de ces erreurs sont variables d’une opération à l’autre et d’une e ntreprise
à l’autre. Ces risques d’erreurs peuvent cependant être renforcés par différents fac-
teurs, et en particulier :
056:
© Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
–– une trop forte homogénéité culturelle de l’équipe de décision, qui risque d’unifor-
miser les points de vue et de limiter les discussions, aboutissant ainsi à des solu-
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circonstances spécifiques qui ont souvent des effets déterminants sur les choix
univ.
265
Partie 2 ■ Montage et mise en œuvre des opérations de fusions et d’acquisitions
L’essentiel
813
1626
Ce chapitre souhaite apporter un éclairage complémentaire aux raisons des
:167
contre-performances enregistrées lors des fusions-acquisitions.
Il centre l’analyse sur les erreurs les plus fréquemment commises par le dirigeant
.162
de l’entreprise acheteuse dans la gestion de l’opération, de la phase de 43.0
préparation à l’intégration de l’entité acquise. En effet, même si le dirigeant est
entouré d’une équipe, sa contribution et son implication directes sont essentielles,
:41.1
aussi bien pour fixer le prix de l’acquisition que pour mener à son terme la
valorisation de l’opération.
1995
pour le dirigeant sous pression de prendre des décisions erronées est plus élevé
lors de fusions-acquisitions, compte tenu du contexte d’urgence qui entoure ce
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Le chapitre 8 présente ainsi les principaux pièges à éviter pour une union
efficace, en mettant en exergue les conséquences d’objectifs tronqués, de
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056:
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3
Analyse financière
Partie
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:167
.162
Évaluation d’une stratégie Cas 1
d’acquisitions :
43.0
Elan Corporation
:41.1
d’acquisition mixte
8887
de levier (LBO)
0641
:211
ncity
:Aiva
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univ.
Les erreurs managériales à éviter ■ Chapitre 8
Études de cas
813
1626
:167
.162
C
43.0
La seconde étude de cas vise à présenter en détail les mécanismes d’une opération
d’acquisition par échange d’actions et ses conséquences en termes de création de
8887
269
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0641
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Cas Évaluation
d’une stratégie
1 d’acquisition :
Elan Corporation1
813
1626
:167
.162
43.0
F
:41.1
que, qui nécessite des capitaux élevés pour pouvoir pénétrer durablement le marché.
À ces barrières économiques viennent également s’ajouter d’autres contraintes,
:211
une entreprise fait figure d’exception, en ayant su résister, puis s’imposer comme
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1. Ce cas s’appuie sur des travaux américains menés par L.M. Fisher et publiés dans différentes revues
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académiques, mais également dans la presse économique portant sur la réussite exceptionnelle d’une entre-
prise modeste, Elan Corporation, qui a réussi le tour de force de se positionner favorablement par rapport à
des concurrents beaucoup plus puissants dans un secteur où théoriquement les effets de taille et le pouvoir
larvo
financier sont indispensables. Ces recherches ont donné lieu à plusieurs articles et communications à travers
le monde et ont été récompensées du Hearst Award qui récompense le meilleur travail d’investigation. Pour
des raisons essentiellement pédagogiques (liées au thème de l’étude), le cas a été enrichi de différentes
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sources secondaires.
univ.