Obésité en Afrique de l'Ouest : enjeux socioculturels
Obésité en Afrique de l'Ouest : enjeux socioculturels
:
défis socioculturels pour les politiques de santé publique.
Application de l’approche des capabilités
sur des données mixtes au Mali.
SAUVAIN-DUGERDIL Claudine*
DIARRA Samba**
DOUPTCHEVA Nedialka***
DIOP Samba**
Problématique
Qualifiée d’épidémie mondiale par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’obésité n’a cessé ces
dernières années de mobiliser le milieu médical, de questionner les différentes instances scientifiques,
d’interpeller le monde politique et de faire les grands titres des médias. Ses conséquences sont en effet
multiples tant sur le plan sanitaire qu’économique et humain. La montée de l’obésité est une facette de
la diffusion vers les pays du Sud d’une nouvelle transition épidémiologique et démographique qui s’ex-
prime par l’accroissement de la mortalité due aux maladies non transmissibles. Le phénomène gagne
l’Afrique. Selon la base de données de l’OMS relatives à la mortalité, en 2004, 24 % des hommes afri-
cains et 26 % des Africaines sont décédées d’une maladie non transmissible. Dans 18 pays africains,
plus de 10 % des femmes adultes ont un indice pondéral qui les fait entrer dans la catégorie des obèses.
En Afrique de l’Ouest, entre 2000 et 2004, la moitié des citadins et 60 % des femmes citadines sont en
surpoids ou obèses (Abubakari, 2008), à Accra se serait le cas de 65 % des femmes en 2009 (Benkeser
et al., 2012). Les pays sahéliens apparaissent moins touchés : selon les données EDS, 30 % des femmes
urbaines âgées de 15 à 49 ans y sont en surpoids ou obèses, et 10 % en milieu rural (Ziraba et al., 2009).
Sa diffusion actuelle dans les pays du Sud (Prentice, 2006) est paradoxale au moins à un double titre.
D’une part, le surpoids et l’obésité se développent dans des pays où la malnutrition n’est pas éradiquée
et où subsistent donc en parallèle des franges de la population souffrant de déficit pondéral (Austin
et al., 2011). L’obésité est souvent décrite comme une maladie de riches des pays du Sud, alors qu’elle
* Institut d’études démographiques et du parcours de vie, Université de Genève.
SAUVAIN-DUGERDIL C., DIARRA S., DOUPTCHEVA N., DIOP S., 2014. La montée de l’obésité en Afrique de l’Ouest : défis socioculturels pour
les politiques de santé publique. Application de l’approche des capabilités sur des données mixtes au Mali, 2014, Actes du XVIIe colloque
international de l’AIDELF sur Démographie et politiques sociales, Ouagadougou, novembre 2012, 19 p.
ISBN : 978-2-9521220-4-7
2 XVIIe colloque international de l’AIDELF sur Démographie et politiques sociales, Ouagadougou, novembre 2012
est devenue un mal qui, dans les pays du Nord, touche les plus démunis. Dans les pays en développe-
ment et en transition, l’accroissement de la richesse des ménages a été accompagné par le remplace-
ment des régimes alimentaires traditionnels basés sur des céréales par une alimentation bon marché
et abondante beaucoup plus riche en sucres et en graisses animales. Cette transition est accélérée par
l’association à des modes de vie plus sédentaires, particulièrement en milieu urbain (Popkin, 1994, 2002
et 2004, Moore et al., 2010). Ziraba (2009) met en évidence que dans les villes africaines, ce sont les
plus riches et les plus scolarisés qui sont le plus concernés par le surpoids et l’obésité.
D’autre part, et c’est le second paradoxe, la distribution différentielle de cette pathologie dans l’échelle
sociale confirme aujourd’hui son caractère plurifactoriel et un ancrage culturel complexe. Certes la
pratique du gavage des jeunes femmes a été inscrite dans la liste onusienne des traditions néfastes à
la santé. Toutefois, les dimensions culturelles axées sur les valeurs et normes individuelles et collectives
qui traversent cette question ne sont guère prises en compte dans une problématique de santé publique
centrée sur les comportements alimentaires et les modes de vie sédentaires.
Le cadre conceptuel proposé par l’approche des « capabilités » développé à la suite des travaux
d’Amartya Sen (voir en particulier Sen, 1999) apparaît comme un outil particulièrement pertinent
pour analyser les interactions complexes entre les normes ou valeurs, les transformations des modes
de vie liées à l’urbanisation et l’hétérogénéité résultant des inégalités individuelles de ressources. Il
s’agit de construire un modèle explicatif pour comprendre les inégalités en termes d’espace d’op-
portunité, selon les termes de Sen de « liberté de réaliser la vie que l’on a raison de valoriser ».
On distingue deux types de sources d’inégalités : les ressources offertes par le contexte (endow-
ment) et les caractéristiques qui font que les individus sont plus ou moins aptes à accéder et valo-
riser ces ressources pour leurs propres fins (facteurs de conversion). Contrairement aux analyses qui
conçoivent ces facteurs d’inégalités en termes de déterminants ayant une influence quasi mécanique
sur les comportements (Glass et McAtee, 2006), ce modèle intègre l’individu comme un acteur qui
interprète et utilise les ressources en fonction de ses propres repères. L’activité du sujet (agency)
est donc une dimension transversale, certainement la plus difficile à prendre en compte puisqu’elle
implique de circonscrire le cadre individuel de référence qui définit les « raisons de valoriser… ».
Ainsi, l’approche des « capabilités » amène à concevoir l’objet d’étude, ici l’obésité, selon un double
niveau d’analyse : non seulement le niveau « etic » – à savoir factuel et mesurable – des facteurs qui
influencent la propension à l’obésité, mai aussi le niveau « emic », c’est-à-dire la signification que
l’obésité prend pour les gens eux-mêmes.
L’objectif du présent travail est d’analyser les facteurs d’hétérogénéité en matière de poids corporel à
la lumière de la signification que les gens donnent à la corpulence. Nous structurons nos interrogations
autour de quatre questions :
–– Un statut ? Comment est perçue la personne en surpoids ou obèse ? Est-ce que la corpulence octroie
un statut ? Porte-t-on le même regard sur l’embonpoint masculin et féminin ? Y a-t-il une conscience
des conséquences sanitaires ?
–– Une conséquence de l’urbanisation ? La montée de l’obésité peut-elle être interprétée comme
une conséquence de l’urbanisation ? Dans ce cas, est-ce la vie urbaine en tant que telle, à savoir les
ressources du contexte et les modes de vie urbains, où les caractéristiques des habitants des villes.
–– Un ancrage culturel ? Le processus de modernisation a-t-il gommé l’impact des différences cultu-
relles ? Est-ce que l’appartenance culturelle joue encore un rôle ?
SAUVAIN-DUGERDIL Claudine, DIARRA Samba, DOUPTCHEVA Nedialka, DIOP Samba
La montée de l’obésité en Afrique de l’Ouest : défis socioculturels pour les politiques de santé publique 3
–– L’expression de ressources individuelles inégales ? Quel rôle jouent les ressources personnelles que
donnent la richesse, la scolarisation et/ou l’occupation ? Mais aussi quel est l’impact de l’environne-
ment familial et du parcours de vie.
–– Surpoids et déficit pondéral. S’agit-il des deux pôles d’une même réalité ou de deux logiques diffé-
rentes ? La montée de l’obésité est-elle un effet secondaire de l’éradication de la pauvreté ?
Dans cette communication, nous examinons la situation au Mali, exemple caractéristique des pays
d’Afrique de l’Ouest dans lesquels, d’une part, la malnutrition reste une réalité et, d’autre part, l’obésité
est à la fois une caractéristique ancienne de certaines ethnies connues pour leur tradition de gavage des
jeunes femmes (voir p. ex. Randall 2001 et 2011) et un phénomène urbain nouveau. La grande diversité
culturelle entre les populations du Nord et du reste du pays, les inégalités socio-économiques et de
genres marquées, ainsi que la dynamique d’urbanisation en font un cas particulièrement pertinent pour
examiner l’interaction complexe entre des facteurs culturels et socio-économiques.
Données et méthodes
Nous appliquons ici le cadre des capabilités à travers une stratégie mixte alliant une analyse secondaire
des données de la dernière enquête démographique et de santé (EDSM IV, 2006) et un volet qualitatif
ad hoc. L’EDSM IV ne comportant des données pondérales que pour les femmes, notre analyse se limite
à la population féminine (de 15 à 49 ans). Nous retenons ici celles qui ne sont pas enceinte et n’ont pas
accouché dans les deux derniers mois. La taille importante de l’échantillon (12’010) permet d’inclure
dans l’analyse des secteurs minoritaires, par exemple en matière de religion.
À travers des groupes de discussion, le volet qualitatif a pour objectif d’examiner l’image collective de
la corpulence féminine, mais aussi masculine, dans le contexte urbain de Bamako. Est-ce que l’on peut
dégager des normes ? Les opinions sont-elles homogènes ou l’expression de valeurs concurrentes, par
exemple entre persistance de traditions socio-culturelles et considérations sanitaires, ou entre opinions
individuelles et normes. Dans ce but, six groupes relativement homogènes ont été interrogés pour
examiner l’effet du genre, de la scolarisation et de la cohorte :
1. Longues études : facteur d’émancipation ?
Groupe A. 7 femmes entre 22 et 27 ans, étudiantes à l’Université.
Groupe B. 6 hommes, 23 – 37 ans, ayant fait des études universitaires.
2. Cohortes plus âgées : le poids des traditions ?
Groupe C. 10 femmes 45-59 ans, ménagères, ayant fait au plus quelques années d’école primaire.
Groupe D. 12 hommes 52-60 ans, de niveau secondaire et le plus souvent fonctionnaires retraités.
3. Scolarisation des filles : l’ouverture sur d’autres valeurs ?
E. 10 jeunes femmes 20-24 ans, non scolarisées, ménagères ou commerçante, coiffeuse ou teinturière.
F. 10 jeunes femmes 20-25 ans, ayant fait quelques années d’école primaire, travaillant comme coif-
feuse ou commerçante, ou ménagère.
Les discussions ont commencé par une entrée en matière relative aux mots utilisés pour décrire la
corpulence et l’image qu’ils impliquent, puis à travers des histoires types, discuter des déterminants et
conséquence de la corpulence pour les femmes et pour les hommes, et finalement décrire l’idéal type
sur la base des profils de l’échelle de Stunkart. (Voir en annexe, le guide d’entretien et les profils). Les
4 XVIIe colloque international de l’AIDELF sur Démographie et politiques sociales, Ouagadougou, novembre 2012
entretiens se sont déroulés en bambara et ont été intégralement transcrits en français par l’équipe de
Bamako. Ils ont été analysés avec l’aide du logiciel Atlas-Ti.
Pour l’analyse quantitative, nous avons identifié les variables de l’EDSM IV qui peuvent être utilisées
comme indicateurs (proxy) des différents éléments constitutifs de l’approche des capabilités. Le modèle
des capabilités offre donc une opportunité de structurer de façon rigoureuse l’analyse de ces données.
Toutefois, les informations disponibles ne représentant le plus souvent que des approximations, leur
interprétation nécessite une connaissance du contexte, construite ici par une longue collaboration sur
le terrain malien et éclairée par l’enquête qualitative. La Figure 1 propose une image synthétique de
la modélisation, distinguant les différentes dimensions considérées et les variables identifiées comme
proxy. Ce schéma structure notre analyse, telle que développée dans les pages qui suivent.
Résidence :
-urbain/rural Corpulence
Eventail
- région
des
possibilités -Déficit :
Socio-culturels : Normes, IMC<18.5
ethnie, religion selon groupe valeurs,
Familiaux : richesse et d’apparte- ambivalence -Obésité :
taille du ménage, nance IMC≥30
situaon ds ménage
Individuels : âge, état
civil, nb d’enfants,
scolarisaon,
Les évolutions temporelles ne sont toutefois pas très précises puisque les critères d’échantillonnage
diffèrent quelque peu d’une enquête à l’autre.
La prévalence de l’obésité place le Mali à peu près au milieu des pays africains, mais aurait augmenté un
peu plus rapidement ces dernières années. En effet, d’après l’OMS, en 2010, au Mali, l’obésité touche-
rait 8,4 % des femmes et 0,96 % des hommes de 15 ans et plus, situant le pays au 20e et 25e rang
d’importance décroissante sur les 46 pays africains considérés ; alors que le Mali était respectivement
au 27e et 28e rang en 20021. Par rapport à ses proches voisins (Tabl. 2), le Mali se situe bien en-deça de
la prévalence de la Mauritanie, de l’Algérie et, dans une moindre mesure, du Sénégal, mais dépasse ses
voisins du Sud et de l’Est : Côte d’Ivoire, Ghana, Niger et Burkina. Dans les trois premiers pays, le niveau
de développement, tel qu’exprimé par le taux d’urbanisation et l’IDH, est plus élevé qu’au Mali et les
1 En2010, l’Éthiopie et l’Érythréen sont les pays les moins touchés (< 1 % des femmes de 15 ans et plus), situés
respectivement au 46e et 45e rang, alors que les Seychelles et l’Afrique du Sud sont les champions de l’obésité avec 43 % et
37 %. WHO Info base, consulté le 10 octobre 2012 : https://apps.who.int/infobase/Comparisons.aspx
6 XVIIe colloque international de l’AIDELF sur Démographie et politiques sociales, Ouagadougou, novembre 2012
deux derniers sont largement en-dessous. On n’observe cependant pas un gradient linéaire parallèle à
celui de l’obésité, ce qui montre bien que des autres facteurs, notamment culturels, doivent être consi-
dérés, en particulier pour expliquer la prévalence particulièrement élevée de l’obésité en Mauritanie et
la prévalence plus forte au Sénégal et au Mali qu’en Côte d’Ivoire, qui a un taux d’urbanisation nette-
ment plus élevé, et qu’au Ghana qui les dépasse pour l’IDH.
L’importance de la question de la corpulence est attestée par les nombreux termes locaux pour la
décrire. Globalement, les femmes grosses « sont bien vues » : la grosse femme est admirée et respectée,
c’est une fierté pour son mari (mentionné dans tous les groupes) et pour sa belle famille (groupes
divers : A, D, F). Elle attire sexuellement les hommes (hommes universitaires : B). « Notre société aime
les femmes bien potelées, c’est dans notre culture » (B), c’est particulièrement le cas au Nord du Mali,
où « la vraie femme, c’est celle qui est bien en chaire » (femmes plus âgées : C). La grosseur est vue
comme l’expression du bien-être : absence de souci, bonheur (tous les groupes), la femme mange ce
qu’elle veut (jeunes femmes F), un bon mariage, elle est bien soignée par le mari (B, C, E, F). Comme en
témoigne le fait que certaines femmes prennent des médicaments ou font des injections pour grossir, la
forte corpulence peut être recherchée (C, D, F).
Toutefois, la corpulence est aussi subie, vue par les deux groupes plus âgés (C et D) comme naturelle ou
héréditaire, comme une prédestination. Ce peut être la conséquence de l’âge par diminution des acti-
vités (A étudiantes) ou du mariage et des grossesses (A, C, D). Surtout, tous les groupes mentionnent
que le surpoids pose problème : tous les gestes sont difficiles, c’est « une gêne » pour se déplacer, pour
travailler, pour bien s’occuper des enfants, même pour assurer sa propreté. Les hommes plus âgés (D)
mentionnent que le surpoids peut restreindre la capacité à faire des enfants et qu’une grosse femme
vieillit vite et les hommes universitaires (B), que « les femmes grosses se sentent mal dans leur peau ».
Seuls trois groupes féminins (A, C, E) indique explicitement qu’il entraîne des maladies et un seul
groupe que certaines font ou sont poussées à faire des régimes (jeunes femmes avec quelques années
d’école F).
En outre, les avis ne sont pas unanimes, même à l’intérieur des groupes. Un des hommes du groupe
ayant fait des études universitaires indique qu’il n’aime pas la femme trop grosse. Même parmi les
SAUVAIN-DUGERDIL Claudine, DIARRA Samba, DOUPTCHEVA Nedialka, DIOP Samba
La montée de l’obésité en Afrique de l’Ouest : défis socioculturels pour les politiques de santé publique 7
hommes plus âgés (D), on mentionne que « certains hommes ont le dégoût de la femme quand elle
grossit trop » ; ils risquent alors d’en prendre une autre (étudiantes A et cohortes plus âgées : C et D).
Les hommes soulignent la diversité des opinions en concluant, soit que c’est une question de goût
(groupe B, les plus scolarisés), soit qu’il y a deux sortes de grosseur : l’une liée à la santé et l’autre à la
maladie (groupe plus âgé, D).
Les discours témoignent aussi des évolutions des mentalités. Les plus scolarisés des deux sexes (A et B),
mais aussi les jeunes femmes même non scolarisées (E), mentionnent qu’une forte corpulence empêche
de porter des pantalons et autres habits sexy ; selon le groupe des étudiantes (A), c’est la raison pour
laquelle les hommes préfèrent les minces. Ce même groupe indique aussi que les gens se moquent des
grosses (A). C’est la nature même de la corpulence qui aurait changé, comme le souligne un homme du
groupe D : « au pays dogon dans les années 1960, la grosseur était synonyme de force physique, mais
dans notre société moderne, la grosseur est synonyme de prise de graisse. »
Pour les femmes comme pour les hommes, la prise de poids est l’expression d’une mauvaise alimenta-
tion (B), en particulier de l’utilisation des cubes Maggi (femmes âgées, C), une alimentation trop riche
en graisses ou en sucres (A). L’obésité et ses conséquences sur la santé sont en particulier dues aux
produits chimiques mis dans les cultures (plus âgés : C et D). Une des étudiantes (A) conclut que c’est la
pauvreté qui fait mal manger. La question du manque d’activité physique est mentionnée explicitement
comme cause d’obésité par un des hommes du groupe D et indirectement par ceux qui associent la
grosseur à la fatigue et paresse (D et F), ou soulignent la nécessité de faire du sport (F).
Pour les hommes aussi, la corpulence est vue comme un indice de bien-être, de tranquillité d’esprit
(hommes âgés D). L’épouse prend bien soin de lui, l’harmonie règne dans la famille, les co-épouses
s’entendent bien (femmes âgées C). Le groupe des hommes plus âgés (D) résume bien la vision générale
selon laquelle « la grosseur donne un statut de respect dans la société […]. Les gens pensent que tu
es plus âgé ». Bien qu’ils spécifient « que ce soit un homme, une femme ou un enfant la grosseur est
appréciée », la notion de statut semble plus spécifiquement associée à la corpulence masculine, le reste
de la famille en bénéficiant par contrecoup (F). Pour un homme, c’est l’expression de la réussite, de la
richesse (C, D, E, F), mais pas forcément honnête : « [le gros homme] bouffe l’argent des autres sans être
fatigué » (F).
Comme pour celle des femmes, les causes de l’obésité masculine sont multiples et complexes : facteurs
héréditaires ou comportementaux, bien-être ou soucis. Dans les couples polygames, ce peut être la
conséquence de la concurrence entre les femmes pour bien le nourrir, ou les effets d’un mode de vie de
riche ; mais la prise de poids peut aussi être l’expression de problèmes (A) ou de maladie (A, B, C). Toute-
fois, les maladies et soucis peuvent aussi entraîner un déficit pondéral (les plus âgés : C, D).
À la question de savoir si, pour les hommes, le surpoids est une bonne chose, ou non, les avis semblent
encore plus partagés que pour les femmes. Si la perte de poids peut entraîner la perte du respect
(femmes âgées C), l’obésité est aussi vue comme inesthétique. « Un homme gros est vilain à voir » (C),
une étudiante (groupe A) dit carrément que « nous, les femmes nous détestons les hommes qui sont
gros », pour d’autres c’est un signe de bêtise et de paresse (hommes âgés D), qui entraîne une perte
de valeur sociale (C). Comme pour les femmes, le surpoids est vu comme un handicap qui empêche de
faire certains travaux (F), qui rend les déplacements difficiles (B). Pour les hommes ayant fait des études
universitaires (B), le gros est vu comme quelqu’un qui mange trop, commentaire auquel font écho les
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étudiantes (A) en indiquant qu’il n’est pas facile de les nourrir. Certaines femmes n’aiment pas les gros
hommes, car ils peuvent frapper (F) et pour trois des quatre groupes féminins (A, C, F), une forte corpu-
lence diminue la performance sexuelle.
En conclusion, la norme dominante semble être une valorisation d’une certaine corpulence. Pour les
femmes, cette norme émarge de l’image de la femme épanouie au sein de la famille et du regard
masculin ; pour les hommes, la corpulence est synonyme de statut social, mais qui peut entrer en contra-
diction avec des critères esthétiques, en particulier pour les femmes plus jeunes et plus scolarisées. Mais
surtout, les normes se trouvent confrontées à des points de vue personnels fort variés et souvent contra-
dictoires qui expriment bien l’ambivalence des individus entre norme et critères personnels. On peut
penser que c’est ici particulièrement le cas parce que les groupes de discussions se sont tenus en milieu
urbain. L’ambivalence est aussi exprimée par l’hétérogénéité des positionnements sur l’échelle de Stun-
kart (voir Annexe 2). La valeur moyenne – un peu en deçà de la valeur centrale (4,46 sur cette échelle
de 1 à 9) – souligne que, si les discours semblent valoriser une corpulence forte, la corpulence type est
bien loin d’un idéal d’obésité. Surtout, l’importance de la dispersion indique que cet idéal type n’existe
pas, mais qu’il y a une palette d’opinions personnelles, balayant toute l’échelle. On n’observe pas de
gradient clair des moyennes entre les groupes – les valeurs les plus basses se situant aussi bien parmi
les étudiantes que parmi les jeunes femmes non scolarisées – mais les deux groupes d’universitaires
ont des réponses plus homogènes. En revanche, on observe des différences relatives au sexe et à l’âge.
Reflétant les commentaires, dans tous les groupes, l’idéal féminin est un peu plus arrondi que l’idéal
masculin : les valeurs moyennes sont légèrement plus élevées chez les femmes et les valeurs modales
s’étalent de 4 à 6 pour celles-ci, mais de 2 à 4 pour l’idéal masculin. En comparant les idéaux pour trois
groupes d’âge – 20-25 ans, 35-40 ans et 50-55 ans – pour les deux sexes, le profil moyen est plus corpu-
lent pour le groupe intermédiaire : l’idéal est plus mince lorsqu’il s’agit de personne dans le début de la
vingtaine et les opinions sont plus homogènes ; aux âges avancés, l’idéal se tasserait quelque peu mais
les opinions sont plus variés. Ceci corrobore bien les commentaires sur l’épanouissement dans la famille
ou le statut social, puis la fatigue de l’âge plus avancé.
pauvreté urbaine, n’est pas corroborée par les données sur la malnutrition, puisque c’est aussi en milieu
urbain que celle-ci est moindre.
Le mode de vie urbain ne gomme toutefois pas l’influence de la région de résidence. Celle-ci conserve
des effets propres également après contrôle pour l’appartenance culturelle et les caractéristiques fami-
liales et individuelles considérées ici. Se distinguent alors trois entités formant un gradient sud-nord
croissant de prévalence de l’obésité : une prévalence plus faible dans les régions du sud et de l’ouest du
pays (Koulikoro, Kaye, et Sikasso), mais aussi à Gao après contrôle pour les caractéristiques culturelles
et individuelles ; un risque plus marqué dans les régions du centre (Bamako et Segou), et en encore plus,
dans celles du nord (Tombouctou, Mopti et Kidal). Ce gradient correspond assez bien à une tendance
inverse de la malnutrition qui se répartit entre des zones plus touchées (Sikasso, Kayes, Segou, mais
aussi Gao), qui se distinguent par un risque de malnutrition significativement plus élevé qu’à Bamako et
dans la région voisine de Koulikoro, mais nettement moins marqué dans trois régions du Nord : Mopti,
Tombouctou et Kidal. C’est dans cette dernière, en plein désert que la malnutrition est la moindre, ce qui
peut être la conséquence du fait, qu’alors, vivait là un contingent élevé de militaires.
L’analyse met en évidence que la culture – telle que reflétée par l’appartenance ethnique – a un effet,
indépendamment du contexte de résidence. Toutefois, à part quelques exceptions, le rôle de l’origine
ethnique s’estompe lorsque l’on contrôle pour les caractéristiques familiales et, surtout, individuelles.
C’est ainsi qu’avant le contrôle pour ces dernières, dans l’ordre décroissant d’importance du risque
différentiel, les Touareg, le groupe des autres ethnies, les Malinké, les Songhai et les Peuls se distinguent
des Bambaras par une intensité significativement accrue de l’obésité et les Dogon, au contraire, par un
risque nettement moindre. Toutefois, après introduction des autres variables, ce dernier effet n’est pas
modifié, mais l’effet propre de l’ethnie en termes de risque accru ne subsiste que pour le groupe des
autres et les Malinkés. Notons que parmi les autres on compte les Maures. D’autre part, on constate que
la malnutrition ne semble pas côtoyer l’obésité dans la même culture : ce sont les ethnies vivant dans
la bande sahélienne – Peul et Sarakolé/Soninké – qui ont le plus grand risque relatif de déficit pondéral,
risque qui n’est pas modifié par les autres facteurs. Dans le groupe hétérogène marqué par la plus
forte prévalence d’obésité, la malnutrition est même moindre que parmi les Bambara, la population de
SAUVAIN-DUGERDIL Claudine, DIARRA Samba, DOUPTCHEVA Nedialka, DIOP Samba
La montée de l’obésité en Afrique de l’Ouest : défis socioculturels pour les politiques de santé publique 11
référence. Et les Dogon se distinguent par une culture et un mode de vie qui entraînent le risque le plus
faible tant pour l’obésité que pour la malnutrition.
Facteurs familiaux
Comme c’est le cas dans ce genre d’enquêtes, les facteurs familiaux sont donnés à travers les caractéris-
tiques du ménage – quant à leur degré de confort et leur taille – ainsi que le statut au sein du ménage.
La richesse du ménage, mesurée par sa position relative en termes de jouissance de confort et de biens,
influence significativement la corpulence des femmes : la malnutrition décroît avec la richesse et l’obésité
s’accroît parallèlement au bien-être économique. Les effets ne sont pas modifiés par les facteurs de contexte,
les facteurs culturels ou les caractéristiques individuelles. On observe un gradient très net de croissance
de l’obésité avec la richesse : les plus pauvres et les plus riches se distinguant significativement du groupe
médian. En revanche, le risque de malnutrition est le même dans les familles pauvres et moyennes, ce n’est
que les riches et encore plus le quintile le plus aisé qui a un risque significativement plus faible.
La taille du ménage n’a pas d’effet sur la malnutrition et la prévalence moindre de l’obésité dans les
plus petits ménages et accrue dans les plus grands disparaît lorsque l’on contrôle pour les caractéris-
tiques personnelles. Ce n’est pas le fait d’être cheffe ou épouse du chef de ménage, mais l’avancement
en âge et la situation conjugale qui protègent de la malnutrition. L’importance de la cohabitation avec
le conjoint confirme bien la pauvreté accrue des femmes seules. En revanche, le statut dans le ménage a
un effet propre sur la prévalence de l’obésité : être l’épouse, et encore plus la cheffe du ménage, accroît
la probabilité d’obésité par rapport aux autres membres adultes. Nous rejoignons ici les discours expri-
mant la dimension de statut associée à l’obésité.
Caractéristiques personnelles
L’avancement dans le parcours de vie, tel qu’exprimé par l’âge, la situation de couple et la constitution
de la famille, a des effets propres sur la corpulence. L’obésité s’accroît de façon très marquée avec l’âge :
le risque est quatre fois plus élevé à partir de 40 ans que parmi les femmes dans la vingtaine ; il est
particulièrement faible avant 20 ans. En revanche, en termes de malnutrition, ce sont ces dernières qui
se distinguent par un risque accru. Lorsque l’on contrôle pour l’effet de l’âge, le risque d’obésité ne s’ac-
croît pas avec la parité, au contraire, il diminue. Ainsi, le discours sur la prise de poids selon le parcours
de vie n’est que partiellement corroboré : l’effet perçu de la prise de poids avec les grossesses ne serait
que la conséquence de l’avancée en âge. Cependant, les grossesses semblent diminuer le risque de
déficit pondéral. Le risque d’obésité est influencé, nous l’avons vu, par le statut dans le ménage, en
revanche le fait de vivre en couple, ou non, n’a pas d’impact, alors que la co-résidence réduit de moitié
le risque de malnutrition.
12 XVIIe colloque international de l’AIDELF sur Démographie et politiques sociales, Ouagadougou, novembre 2012
Finalement, les ressources personnelles ont un effet propre, mais le type d’occupation compte plus
que le niveau de scolarisation, en outre, l’impact résiduel de celui-ci ne va pas dans le sens que
l’on aurait pu attendre. La minorité de femmes ayant dépassé le premier niveau secondaire aurait
un risque de malnutrition légèrement plus élevé (différences non significative) et l’obésité serait
moindre parmi les non scolarisées que celles qui ont fréquenté l’école, quelle que soit la durée des
études. Les femmes exerçant une activité professionnelle non manuelle, la couche plus favorisée de
la société, ont un risque de malnutrition nettement plus faible que toutes les autres, mais ce sont
elles qui sont le plus souvent obèses, avec celles qui ne déclarent pas d’activité professionnelle ; ce
sont les femmes occupées aux travaux agricoles qui ont le moindre risque d’obésité. Ces résultats
reflètent donc bien les dimensions multiples de la corpulence à savoir la malnutrition comme indice
de moindres ressources économiques et l’obésité comme expression de mode de vie plus sédentaire
et de statut social.
v raisemblablement la région voisine de Segou. Kaye est aussi connue comme un cas paradoxal de
pauvreté, bien que la région soit connue pour une forte émigration internationale et reçoive une aide
considérable de la diaspora. Le cas de la région désertique de Gao est certainement à mettre sur le
manque de ressources naturelles, non compensées par des ressources alternatives comme le tourisme à
Tombouctou et les bases militaires à Kidal.
Toutefois les ressources du contexte sont loin d’expliquer totalement la prévalence de la malnutrition
aiguë, celle-ci est aussi associée au système socio-économique et aux ressources familiales et person-
nelles. Les modes de vie des pasteurs peul et, dans une moindre mesure, leurs voisins Soninké, de tradi-
tion agricole et migratoire, ne paraissent pas favorables. Le fait de résider dans la région de Kaye, et
encore plus en étant Soninké, montre que, dans ce cas, la migration internationale n’accroît pas les
ressources de ceux qui restent. En revanche, les Dogon, connus pour des stratégies de subsistance
diversifiées – jardinage, migrations internes et, pour certains, le tourisme – seraient moins vulnérables,
de même que les minorités chrétiennes. Des inégalités subsistent cependant entre les familles et les
individus, eu égard aux opportunités qu’offrent la richesse de la famille et une activité profession non
manuelle. Les résultats confirment aussi la protection apportée par les proches, à savoir le fait de vivre
avec son conjoint et d’avoir des enfants, encore plus s’ils sont nombreux.
Finalement, on constate aussi que des caractéristiques personnelles, telles le niveau de scolarisation
et l’avancement en âge, influencent le risque d’obésité mais pas celui de malnutrition. L’obésité est
accrue parmi les femmes scolarisées en comparaison avec celles qui n’ont pas fréquenté l’école ; la
fréquentation de l’école serait donc associée à une ouverture vers d’autres habitudes alimentaires, telle
l’utilisation d’additifs mentionnés dans les discours, et/ou à un changement de statut. Au-delà de 20
ans, l’âge ne joue pas de rôle en matière de malnutrition, alors que l’avancement en âge est associé de
façon marquée avec l’obésité, témoignant d’une évolution du statut et des changements dans le bilan
énergétique entre consommation calorique et dépense physique.
Par conséquent, l’obésité est rendue possible lorsqu’un certain seuil de ressources alimentaires est
atteint, mais sur cette condition se greffent les inégalités en termes de « capabilités » résultant de la
capacité qu’ont les femmes d’utiliser ces ressources (facteurs de conversion) et de les transformer en
bien-être. Comme en témoignent bien les discours des citadin-e-s qui ont participé aux groupes de
discussion, la forte corpulence est bien vue, expression de la femme épanouie dans son rôle familial et,
pour l’homme, de son statut social. Toutefois, tous les groupes reconnaissent qu’une trop forte corpu-
lence est un handicap pour la vie quotidienne et le profil idéal se situe plutôt au centre de l’échelle.
D’autre part, les avis individuels sont variés et la prévalence de l’obésité fluctue selon le contexte et les
caractéristiques des gens. C’est parmi les jeunes femmes que le conflit est le plus fort entre une norme
valorisant la corpulence et la réalité des difficultés que cela engendre au quotidien, en particulier les
obstacles que le surpoids implique pour adopter un mode de vie et des vêtements « modernes ». C’est
d’ailleurs parmi les plus jeunes que la prévalence du surpoids et de l’obésité a le moins augmenté entre
les deux dernières enquêtes EDS au Mali. Un niveau plus élevé d’instruction ne semble pas modifier
l’image collective, ni constituer une ressource pour dépasser l’ambivalence et atteindre une corpulence
plus conforme à des normes de santé et des aspirations des jeunes. Au contraire, c’est parmi les non
scolarisées que l’obésité est moindre, ce qui exprimerait plus un mode de vie qui empêche de prendre du
poids qu’une liberté de choisir. Toutefois, si la scolarisation ne semble pas avoir d’influence immédiate, à
plus long terme il s’agit certainement d’un « facteur de conversion » important comme le montre le fait
que parmi les femmes scolarisées la prévalence de l’obésité a diminué entre 2001 et 2006, alors qu’elle
s’accroissait parmi les non scolarisées2.
En conclusion, la montée de l’obésité au Mali a été rendue possible par un recul de la malnutrition
associé de façon complexe à une valorisation sociale d’une forte corpulence. Elle ne peut donc être
interprétée uniquement comme un problème de santé publique résultant de changements de modes
de vie, liés à l’urbanisation, mais doit être comprise dans son ancrage culturel. Une forte corpulence
est globalement désirable comme perçue comme un indice de qualité de vie, témoignant de la sortie
de la pauvreté, mais la vie au quotidien montre bien qu’elle pose problème. C’est cette ambivalence
entre l’image collective de sa valeur et la réalité du vécu individuel qui fait la complexité des évolutions.
La question centrale est alors de savoir quelles sont les ressources qui permettent aux individus de se
distancer de la norme. Une analyse fine des différences de genre à cet égard serait certainement très
utile. La plus grande prévalence de l’obésité parmi les femmes peut exprimer des différences physiolo-
giques, mais elle exprime aussi leur moindre marge de liberté. Les entretiens témoignent bien qu’elles
n’adhèrent pas à une norme qui ne correspond pas à leurs préférences. Nous retrouvons donc ici le
constat fait dans l’enquête sur la santé des femmes à Accra où près de la moitié déclare souhaiter être
2 Ce qui va dans le même sens que l’observation faite par Ziraba et al. (2009) pour d’autres pays d’Afrique de l’Ouest.
SAUVAIN-DUGERDIL Claudine, DIARRA Samba, DOUPTCHEVA Nedialka, DIOP Samba
La montée de l’obésité en Afrique de l’Ouest : défis socioculturels pour les politiques de santé publique 15
plus mince (Benkeser et al., 2012). Elles n’ont pas les ressources leur permettant de suivre leurs propres
références. En matière de corpulence, elles n’auraient pas cette capacité souvent décrite de contourner
ou utiliser les normes à leurs propres fins. L’absence de données pondérales pour les hommes dans l’EDS
empêche cependant d’examiner en quoi les facteurs d’inégalités diffèrent entre les sexes.
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16 XVIIe colloque international de l’AIDELF sur Démographie et politiques sociales, Ouagadougou, novembre 2012
1.1 Nous aimerions discuter avec vous de la façon dont la corpulence est considérée dans votre communauté.
Pour commencer, quels sont les mots utilisés dans votre langue (vos langues) pour décrire quelqu’un de très
maigre, plutôt maigre, plutôt gros, très gros. Ces termes sont-ils utilisés aussi bien pour les hommes que pour les
femmes, les jeunes et les vieux (si non, préciser) ?
Établir la liste des termes, si nécessaire dans plusieurs langues et en distinguant selon le genre et l’âge. Demander
ensuite la signification exacte de chacun de ces termes. Que décrivent-ils : la force, la beauté, la santé, la fécon-
dité,... S’agit-il d’une qualité ou d’un défaut (laquelle/lequel ?) …
Pour chacun des termes décrivant les personnes plutôt ou très grosses, demander :
1.2. Pour une femme, dans votre communauté, est-ce bien vu d’être « terme 1 », « terme 2 » etc… ? Expliquer
pourquoi c’est bien / pas bien
(Si pas mentionné spontanément, questions de relance sur la beauté, la force, le succès, le souhait du mari, le
statut social et dans la famille, la santé, les activités, un comportement responsable/irresponsable etc.)
(Si pas mentionné spontanément, questions de relance sur la beauté, la force, le succès, le souhait de l’épouse, le
statut social et dans la famille, la santé, les activités, un comportement responsable/irresponsable etc.)
Lire l’exemple
« Aminate est mariée depuis 10 ans et a 4 enfants. C’était une jeune femme svelte, mais depuis son mariage elle
a pris du poids. Maintenant, c’est une femme de forte corpulence, comme sa mère et la plupart des femmes de sa
famille. Son mari et sa belle famille apprécient sa corpulence, mais Aminata regrette sa silhouette de jeune fille
et trouve que ce surpoids diminue sa qualité de vie. Elle aimerait perdre du poids, mais n’ose pas en parler à son
mari et à sa famille et ne sait pas comment s’y prendre. »
Lire l’exemple
« Ousmane a 40 ans, il vient de prendre une seconde épouse. C’est un homme écouté dans sa famille et sa
communauté. Ces dernières années, il a considérablement grossi. La plupart des gens lui font des compliments
sur sa bonne mine, mais son ami Samba lui dit qu’il devrait maigrir. »
18 XVIIe colloque international de l’AIDELF sur Démographie et politiques sociales, Ouagadougou, novembre 2012
4. Corpulence idéale (profils) ?
À votre avis, dans votre communauté quelle est la corpulence idéale d’une femme de : 20-25 ans / 35-40 ans /
50-55 ans ?
Montrer les profils. Identifier les éventuelles divergences au sein du groupe en interrogeant chacun-e. Répéter la
question pour chaque catégorie d’âge. Pourquoi les autres profils sont-ils moins bien ?
Même question à propos d’un homme : quel est la corpulence idéale pour un homme de 20-25 ans / 35-40 ans /
50-55 ans ? Pourquoi les autres profils sont-ils moins bien ?
ANNEXE 2.
Corpulence idéale selon le sexe et le groupe d’âge, résultats dans les groupes de discussion
Groupes de discussion
Idéal selon : A. F étudiantes B. H niveau D. H 52-60 ans, E. F 20-24 ans F. F 20-25 ans, Moyennes
Sexe Age université universitaire secondaire non scolarisées école primaire
FEMMES
20-25 Nb réponses 6 7 8 12 10
Eventail 3à4 2à6 1à8 3à6 2à8 5.20
Moyenne 3.5 3.57 4.4 4.33 5.4 4.24
35-40 Nb réponses 6 7 10 12 10
Eventail 4à5 4à6 2à9 2à8 2à8 5.40
Moyenne 4.33 5.14 5.4 6 5.6 5.29
50-55 Nb réponses 7 6 12 10 10
Eventail 3a7 4a5 1a9 1a9 1a8 6.60
Moyenne 5.43 4.33 5.83 3.9 4.7 4.84
Moyenne femmes 4.42 4.35 5.21 4.74 5.23 4.79
HOMMES
20-25 Nb réponses 6 5 12 10 10
Eventail 2a4 3a4 2a5 2a5 3a8 3.80
Moyenne 2.83 3.6 3.25 3 4.9 3.52
35-40 Nb réponses 7 6 12 10 10
Eventail 2a5 4a5 5a7 2a8 3a7 4.20
Moyenne 3.75 4.5 6 3.6 5.6 4.69
50-55 Nb réponses 7 6 12 10 10
Eventail 2a6 4a6 2a9 1a4 2a8 5.40
Moyenne 4 4.33 5.17 2.3 5.1 4.18
Moyenne hommes 3.53 4.14 4.81 2.97 5.20 4.13
Moyenne total 3.97 4.25 5.01 3.86 5.22 4.46
Dispersion moyenne* 3.50 2.80 6.67 5.83 6.67 5.09
* Eventail moyen = max-min/ N
Remarque: Pas de données chiffrées pour le groupe C