Chapitre 1 : GENERALITES SUR LA PATHOLOGIE
1. GENERALITES :
Les ouvrages sont construits pour assurer une ou plusieurs fonctions. Il importe que la ou les
fonctions puissent être remplies en permanence sans mettre en danger la sécurité des
exploitants.
Aussi, les conditions d’exploitation doivent rester optimales sur le plan confort, esthétique,
facilité d’accès,…
Dès sa mise en service, un ouvrage subit diverses dépréciations résultant de son utilisation et
de l'environnement. Sa valeur commerciale et/ou son aptitude au service diminue alors plus
ou moins rapidement suivant sa qualité initiale et l'entretien qui lui est apporté. Un ouvrage
peut également après un certain temps ne plus satisfaire les besoins ou attentes de ses
utilisateurs. Il peut encore subir des dommages plus ou moins importants suite à une
utilisation non appropriée (surcharge, …) ou des conditions environnementales
exceptionnelles (inondations, incendie, tremblement de terre, choc,..). Le domaine d'activité
de la maintenance (rénovation ou conservation) des ouvrages englobe toutes les opérations
conduites sur un ouvrage dès sa mise en service et jusqu'à sa démolition visant à maintenir,
rétablir, rénover ou améliorer sa valeur d'utilisation.
Or, comme toute construction humaine, les ouvrages vieillissent. Le vieillissement peut être
normal ou rapide. Cela dépend de plusieurs facteurs tels que :
Un ouvrage vieillit normalement s’il a été bien conçu, bien construit, bien entretenu, bien
exploité et se trouvait dans un environnement non agressif. Toutefois, espérer la pérennité de
l’ouvrage serait utopique. Un ouvrage peut être conçu pour 5, 10, 20, 50, 100,… ans mais
jamais pour une durée illimitée. Dans tous les cas, la sécurité doit être garantie.
2. PATHOLOGIE DES CONSTRUCTIONS - DIFFERENTES SOURCES :
Les pathologies d’un ouvrage ou d’une construction sont différentes selon :
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Les désordres ou pathologies peuvent être séparément ou ensembles liés :
Certains désordres peuvent apparaître mêmes avant l’exploitation de l’ouvrage
Désordres liés à la conception :
La conception est la responsabilité de l’architecte, du bureau d’études ou parfois de
l’entreprise si elle conçoit certaines parties d’ouvrages.
Les erreurs de conception sont au niveau des plans, des calculs, des préconisations, des
plannings, de l’ordre des interventions,….
Les désordres liés à la conception intéressent plusieurs parties de l’ouvrage et sont liés à
l’adaptation du sol, à la couverture, aux façades, à la structure.
a- l’adaptation du sol : on y trouve
les erreurs affectant les fondations superficielles ou profondes.
les erreurs affectant les murs enterrés.
les erreurs affectant le dallage sur terre plein
b- la structure : on y trouve
les erreurs affectant les poutres et plancher
Les erreurs affectant les éléments en porte à faux
Les éléments en charpente métallique ou en bois
c- les façades : on y trouve
hétérogénéité des parois au niveau des linteaux et chaînages,
absence de chaînage,
choix du revêtement extérieur inadapté au support ou à l’environnement,…
Désordres liés à l’exploitation :
Les conditions d’exploitation d’un ouvrage doivent être conformes à celles spécifiées lors de
la conception et du calcul. Les désordres peuvent survenir :
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Désordres liés au manque d’entretien :
Ce sont les pathologies liées principalement au manque d’entretien
3. LE DIAGNOSTIC – LES SOLUTIONS – LES MOYENS – LES MATERIAUX :
Une fois le désordre constaté, plusieurs étapes sont à franchir qui sont principalement :
le diagnostic :
Il permet de montrer la source de la pathologie. Les moyens utilisés pour un diagnostic sont :
Choix de la solution :
Plusieurs choix sont possibles en fonction de la situation. On y trouve :
les moyens :
Un choix d’une solution suppose la possibilité de l’appliquer. Certaines techniques demandent
des applications spéciales ou même des procédés brevetés.
les matériaux :
Les matériaux utilisés pour la réparation sont principalement :
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4. LES MECANISMES DE DEGRADATION :
Les pathologies affectant un ouvrage proviennent de problèmes liés aux matériaux ou des
problèmes liés aux systèmes constructifs.
Pour les matériaux, se sont principalement des problèmes physico-chimiques liés à la nature
même des matériaux, à leur confection, à leur mise en œuvre et à l’environnement dans lequel
ils se trouvent.
Pour les systèmes constructifs, ils intéressent la structure et ses différents composants au
niveau de l’infrastructure ou de la superstructure.
En allant du plus bénin au plus grave, il est possible de distinguer :
les défauts sans conséquences importantes
les défauts indiquant que l’évolution risque de se faire anormalement
les défauts indiquant une évolution plus ou moins avancée
les défauts traduisant une modification du fonctionnement de la structure et ayant donc
une incidence structurale
les défauts structuraux indiquant la proximité d’un état limite ultime et nécessitant une
restriction de l’usage de l’ouvrage, voire sa mise hors service.
Les principaux désordres rencontrés peuvent être attribués : au «vieillissement», au « manque
d’entretien », à des « causes accidentelles », à des « erreurs de conception », « de
construction », « de réparation »…
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Cette classification est importante pour instruire le dossier mais, pour traiter les désordres, il
est préférable de classer les causes d’abord selon les mécanismes mis en jeu, c'est-à-dire
selon qu’ils sont la conséquence :
D’altérations d’origine physique;
D’altérations d’origine chimique;
Des sollicitations mécaniques excessives.
Il faut préciser, ensuite, si les causes sont :
D’origine purement mécanique ;
issues d’erreurs de conception, d’exécution ou de gestion (par exemple, insuffisance
d’entretien, erreur commise lors d’une réparation…).
La dégradation du béton armé comporte deux phases successives :
Une phase d’incubation ou de latence (dite parfois d’amorçage) qui correspond à
l’altération lente du béton, sans qu’il ne se produise encore des effets visibles,
Une phase de développement (dite parfois de croissance) des dégradations du matériau.
La phase d’incubation s’arrête :
Soit lorsque les produits formés par les réactions internes du ciment atteignent un “volume
critique ” provoquant un gonflement néfaste du béton (par exemple, par réaction sulfatique),
Soit lorsque l’enrobage de béton ne protège plus les aciers contre la corrosion (par
exemple, si l’enrobage est carbonaté).
La phase de développement est celle où les dégradations sont visibles. A ce stade les
réparations deviennent lourdes et coûteuses.
Le tableau 2 donne une statistique (Française) des origines des dommages dans les structures
en béton armé.
Tableau 2 : origines des dommages dans les structures béton
5. LE MATERIAU BETON - RAPPEL :
Le béton est un mélange de granulats, d’eau, de ciment et d’air. La pâte est composée par le
ciment et l’eau (peut être adjuvantée) est durcissante dans le temps.
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a/ la pâte hydratée :
Le ciment est constitué principalement de Clinker Portland (K) : C'est un constituant obtenu
à partir de la cuisson à haute température, supérieure à 1450 °C, d'un mélange approprié de
calcaire et d'argile en proportion moyenne 80 % - 20 %. Les silicates et aluminates
hydrauliques formés lors de cette cuisson (clinkérisation) sont :
le silicate tricalcique, 3CaO.SiO2, que l'on écrit C3S ; (60 à 65 %)
le silicate bicalcique, 2CaO.SiO2, que l'on écrit C2S ; (20 à 25 %)
l'aluminate tricalcique, 3CaO.Al2O3, que l'on écrit C3A ; (8 à 12 %)
l'aluminoferrite tétracalcique 4CaO.Al2O3.Fe2O3, que l'on écrit C4AF (8 à 10 %)
Suivant la carrière d'origine et les performances recherchées, le clinker est constitué de 62 % à
67 % de chaux combinée (CaO), de 19 % à 25 % de silice (SiO2), de 2 % à 9 % d'alumine
(Al2O3), et de 1 % à 5 % d'oxyde de fer (Fe2O3).
Le ciment HRS (Haute résistance aux sulfates) est défini par les normes NT 47.01 et NT
47.26. Sa particularité est teneur en C3A < 3% et la sommeC4AF + 2 C3A < 20%.
Dès le contact de l’eau avec la poudre d’un liant (t0), l’hydratation commence et les
propriétés de la pâte obtenue sont évolutives dans le temps. Au départ, c’est la période
dormante de l’hydratation où la température stagne et la consistance évolue lentement. A
partir d’un certain moment, l’hydratation devient plus active et on constate une augmentation
relativement brusque de la
viscosité avec élévation de la température. Ce moment est appelé début de prise (t1). La fin
de prise correspond au moment où la pâte devient un bloc rigide (t2). Au début de prise, des
ponts d’hydrates commencent à lier les grains du liant. A la fin, les grains de sont tous
solidarisés. C’est le début du durcissement.
Le phénomène de prise du ciment est lié à de nombreux paramètres tels:
Il est à noter que pratiquement tous les ciments ont des temps de prise largement supérieurs
aux valeurs minimales fixées par la norme, l'ordre de grandeur étant de 2 h 30 à 3 h pour la
majorité des ciments.
Le durcissement est la période qui suit la prise et pendant laquelle se poursuit l’hydratation
du ciment. Sa durée se prolonge pendant des mois au cours desquels les résistances
mécaniques continuent à augmenter.
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Comme le phénomène de prise, le durcissement est sensible à la température, ce qui conduit
notamment en préfabrication, à chauffer les pièces pour lesquelles on désire avoir des
résistances élevées au bout de quelques heures.
Pour mieux comprendre les propriétés des ciments portland, il est intéressant d’étudier
comment réagit en présence d’eau chacun des constituants anhydres du ciment pris isolément
(tableau 1).
Tableau 1 : Le comportement et le dégagement de chaleur des constituants du clinker
Le graphique ci-dessous (fig. 2) montre le développement des résistances dans le temps des
constituants purs du ciment portland.
Figure 2 : Le développement des résistances dans le temps des constituants purs du CP
La chaleur d'hydratation est une autre manifestation des réactions d'hydratation. Elle
augmente, en général, avec la classe de résistance du ciment, le dosage, la température
initiale. Le phénomène de prise du ciment s'accompagne d'une réaction exothermique dont
l'importance dépend de différents paramètres, en particulier:
la finesse de mouture: plus le ciment est broyé fin, plus la chaleur d'hydratation est
élevée
la nature des constituants: les ciments CEM 1 comportant presque exclusivement du
clinker et dégagent plus de chaleur que des ciments avec constituants secondaires
la nature minéralogique du clinker : plus les teneurs en aluminate tricalcique (C3A) et
silicate tricalcique (C3S) sont élevées, plus la chaleur d'hydratation est forte
la température extérieure.
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L'échauffement du béton qui en résulte, d'autant plus important que l'isolation naturelle (béton
de masse) ou provoquée (coffrage isolant) est plus grand, provoque une accélération de
l'hydratation au jeune âge.
L'hydratation du ciment produit des hydrates baignés par une solution interstitielle basique.
Dans le béton armé, le pH élevé de la pâte protège normalement les armatures de la corrosion
: c'est le phénomène de passivation.
Après hydratation avec l’eau, les hydrates comprennent : Les silicates de calcium hydratés (C-
S-H), les aluminates hydratés, la chaux hydratée (portlandite), de l'eau adsorbée sur certains
cristaux et des impuretés.
Les C-S-H : occupent entre 50% et 60% du volume solide d'une pâte de ciment
complètement hydratée. Le C-S-H est un gel solide qui a les propriétés d'un corps
solide. Le pH de la solution interstitielle contenant les C-S-H est très alcalin (voisin
de 13). À des pH plus faibles, il peut y avoir lixiviation alors des transformations
peuvent augmenter leur porosité et diminuer les propriétés mécaniques.
La chaux hydratée (CH ou portlandite) : occupe de 20 à 25% du volume des solides
de la pâte de ciment complètement hydratée. Dans la pâte de ciment hydraté, elle
devient instable (lixiviation) lorsque le pH devient inférieur à environ 12,5. Elle
participe peu au développement de la résistance du béton.
Les aluminates hydratés : Ils occupent de 15 à 20 % du volume solide de la pâte de
ciment hydraté. On les retrouve généralement sous deux formes Ettringite ou
Monosulfoaluminates.
La pâte de ciment hydraté est formée par :
Les hydrates
Des grains de ciment non hydraté
Des espaces capillaires
Des bulles d'air
On y retrouve après hydratation (fig. 3) :
Des grains de ciment (10 à 80 μm au départ) partiellement hydratés et recouverts d'une
couche d'hydrates.
Des capillaires remplis ou partiellement remplis d'eau
Des hydrates
Les pores de gel ne sont pas représentés (trop petits) et les bulles d'air sont trop
grandes pour apparaître sur la figure au dessous.
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b/ la porosité :
La porosité du béton est constituée de plusieurs familles de vides dont les dimensions sont
comprises entre quelques mm et quelques dizaines d'angström (Å).
Par ordre décroissant de diamètre on retrouve (fig. 4):
Les vides d'air, les cavités et les défauts de compactage (diamètre > 1mm). Ces
vides ne sont généralement pas remplis d'eau.
Les bulles d'air entraînées (10 μm < diamètre < 1 mm)
Les pores capillaires (0,01 μm < diamètre < 5 μm) : Si le béton est constamment
conservé à l'humidité, on peut considérer que les pores capillaires sont pratiquement
remplis d'eau. Si le béton est soumis au séchage, les pores capillaires commencent à
se vider graduellement en commençant par les plus gros. Ce sont surtout le volume
total et la dimension des pores capillaires qui influencent le plus la perméabilité du
béton.
Les pores de gel (diamètre < 40 Å) : Les pores de gel contiennent de l'eau qui est en
partie adsorbée à la surface des feuillets de C-S-H. Cette eau est relativement stable et
il est difficile de l'extraire par séchage. Les pores de gel n'ont pas une grande
influence sur la perméabilité
Figure 4 : différents types de pores
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La porosité interne du béton et de la pâte de ciment hydraté gouverne de nombreuses
propriétés du béton :
- Presque toutes les caractéristiques mécaniques,
- Toutes les perméabilités (eau, ions, gaz)
- Durabilité
Plus la porosité diminue, plus les propriétés mécaniques augmentent et plus la perméabilité
diminue.
Le rapport eau/ciment exerce une grande influence sur la porosité de la pâte de ciment
hydraté car il gouverne directement l'espacement initial entre les grains de ciment en
suspension dans l'eau de gâchage.
Supposons que l'on utilise une très grande quantité d'eau pour une très faible masse de
ciment (E/C élevé). Les grains de ciment seront donc très éloignés les uns des autres et, après
s'être complètement hydratés, il restera un surplus d'eau important, donc, une porosité
capillaire très importante. La perméabilité du béton sera très grande et ses propriétés
mécaniques seront très faibles.
Inversement, si la quantité d'eau est très faible par rapport à la masse de ciment (E/C faible).
Les grains de ciment sont très près les uns des autres. Toute l'eau pourra réagir avec le ciment
et il ne restera que très peu de porosité capillaire. La perméabilité du béton sera très faible et
les propriétés du béton seront très élevées.
On peut montrer que pour un rapport E/C de 0.42 environ, il y a juste assez d'eau pour
hydrater complètement tout le ciment.
La réduction du rapport E/C permet non seulement de diminuer le volume total des pores
capillaires mais elle permet aussi de réduire leur diamètre. Pour un E/C plus faible la porosité
capillaire est en fait constituée d'un réseau de pores plus fin et plus discontinu. La
discontinuité des pores améliore la perméabilité du béton (fig. 5).
Figure 5
6. NOTIONS DE DURABILITE DES BETONS
Un ouvrage doit résister au cours du temps aux diverses agressions ou sollicitations
(physiques, mécaniques, chimiques...) c’est-à-dire aux charges auxquelles il est soumis, ainsi
qu’aux actions diverses telles que le vent, la pluie, le froid, la chaleur, le milieu ambiant... tout
en conservant son esthétisme. Il doit satisfaire, avec un niveau constant, les besoins des
utilisateurs au cours de sa durée de service.
La durabilité de l’ouvrage caractérise sa capacité à conserver les fonctions d’usage, pour
lesquelles il a été conçu (fonctionnement structurel, sécurité, confort des usagers), et à
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maintenir son niveau de fiabilité et son aspect esthétique dans son environnement, avec des
frais de maintenance et d’entretien aussi réduits que possible (sous réserve de la mise en
œuvre d’une maintenance préventive programmée).
La durabilité directement liée à l’environnement immédiat ou futur des ouvrages et partie
d’ouvrage est aujourd’hui le paramètre important à considérer pour optimiser la résistance des
bétons aux influences externes: intempéries, agressivité des sols, atmosphères chimiquement
agressives.
La seule durabilité intrinsèque du béton ne suffit plus à garantir la durée de service de
l’ouvrage.
Prescrire un béton durable nécessite donc d’apprécier, dès sa conception, l’ensemble des
contraintes environnementales, des agressions et des attaques potentielles, qu’il aura à subir
pendant toute sa durée de service, et de respecter et mettre en œuvre les recommandations en
vigueur.
Il convient de ne pas assimiler la durabilité d’un produit de construction à celle de l’ouvrage.
En effet, il est inutile de formuler un béton intrinsèquement durable, si sa mise en œuvre au
sein de la structure n’est pas conforme aux règles de l’art et si les diverses sollicitations
auxquelles il est soumis n’ont pas été correctement appréciées, ce qui conduirait à ce que
l’ouvrage ne remplisse pas durablement sa fonction pendant sa durée de service requise.
La durabilité d’un ouvrage dépend de nombreux paramètres dont la qualité de sa conception,
la qualité des matériaux et des produits utilisés, la qualité des dispositions constructives, de la
réalisation de l’ouvrage et de la mise en œuvre des produits ainsi que des diverses conditions
d’usage, d’exploitation et de maintenance.
Pour s’assurer de cette durabilité, pendant longtemps, les bétons ont été spécifiés en
considérant les performances mécaniques requises à 28 jours associées éventuellement à un
dosage minimum en ciment. Aujourd’hui, la durabilité est appréhendée en considérant un
ensemble de propriétés dont, bien sûr, la résistance mécanique à 28 jours. Les autres
caractéristiques prises en compte
visent à assurer l’adéquation entre les propriétés physico-chimiques du béton et les contraintes
qui s’appliquent à l’ouvrage. Les caractéristiques à prescrire pour garantir la pérennité des
ouvrages sont désormais plus complètes et plus précises.
Il est possible désormais de définir des objectifs de durabilité et de choisir avec précision les
caractéristiques du béton en fonction de l’agressivité du milieu dans lequel se trouve
l’ouvrage et d’optimiser ses caractéristiques afin de les adapter à la durée de service
souhaitée. Les spécifications concernent la nature et le dosage minimal en ciment, la
compacité minimale, la valeur maximale du rapport Eau/Ciment, l’enrobage minimal des
armatures et la teneur maximale en chlorures dans le béton.
Les connaissances actuelles sur les ciments et les bétons permettent d’optimiser et d’adapter
encore mieux la composition et la formulation des bétons aux contraintes environnementales
auxquelles ils seront soumis, tout en respectant les critères de performances mécaniques.
Les nouveaux textes normatifs relatifs au béton prennent en compte la DURABILITÉ en
s'appuyant sur la notion de CLASSES D'EXPOSITION.
Ils imposent au prescripteur de définir les actions dues à l’environnement auxquelles le béton
de l'ouvrage ou de chaque PARTIE D'OUVRAGE va être exposé pendant la DURÉE
D’UTILISATION de la structure.
Ces actions dues à l'environnement sont regroupées en CLASSES D'EXPOSITION.
Le choix des classes d’exposition de chaque partie de l’ouvrage est de la responsabilité du
prescripteur.
La précision des données permettant la détermination des classes d’exposition est
fondamentale pour chaque ouvrage. La détermination des classes d'exposition permet
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d’optimiser les performances du béton et sa durabilité en sélectionnant avec précision les
caractéristiques en termes de formulation et de performance des bétons, parfaitement adaptées
aux environnements dans lesquels ils vont se trouver.
La norme NF EN 206-1 définit (article 4.1 : Classes d'exposition en fonction des actions dues
à l'environnement) 18 classes d'exposition regroupées en 6 classes par risque de corrosion
(XC, XD,XS) et d'attaques (XF, XA) dépendant des actions et conditions environnementales
auxquelles le béton est soumis (tableau 3).
Tableau 3 : classes d’exposition
A. X0 : Aucun risque de corrosion, ni d’attaque (gel/dégel, abrasion, attaque chimique) :
Cette classe ne peut concerner que les bétons non armés ou faiblement armés avec un
enrobage d’au moins 5 cm.
B. XC : Corrosion induite par carbonatation
Ces classes s’appliquent au béton contenant des armatures et exposé à l’air et à l’humidité.
Les conditions d’humidité peuvent être considérées comme le reflet de l’humidité ambiante,
sauf s’il existe une barrière entre le béton et son environnement.
XC1 : Sec ou humide en permanence.
XC2 : Humide rarement sec
XC3 : Humidité modérée
XC4 : Alternance d’humidité et de séchage
C. XF : Attaque gel/dégel avec ou sans agent de déverglaçage. :
Ces classes s’appliquent lorsque le béton est soumis à une attaque significative due à des
cycles de gel/dégel alors qu’il est mouillé :
XF1 : Faible saturation en eau sans agent de déverglaçage.
XF2 : Faible saturation en eau avec agents de déverglaçage.
XF3 : Forte saturation en eau sans agent de déverglaçage.
XF4 : Forte saturation en eau avec agents de déverglaçage
.
D. XS : Corrosion induite par des chlorures présents dans l’eau de mer.
Ces classes s’appliquent lorsque le béton, contenant des armatures ou des pièces métalliques
noyées, est soumis aux chlorures présents dans l’eau de mer ou à l’action de l’air véhiculant
du sel marin.
XS1 : Exposé à l’air véhiculant du sel marin mais pas en contact direct avec l’eau de
mer. Cette classe est à utiliser pour les structures situées à moins de 1 km de la côte
(AN).
XS2 : Immergé en permanence.
XS3 : Zones de marnage, zones soumises à des projections ou à des embruns.
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E. XD : Corrosion induite par des chlorures ayant une origine autre que marine.
Ces classes s’appliquent lorsque le béton, contenant des armatures ou des pièces métalliques
noyées, est soumis au contact d’une eau autre que marine, contenant des chlorures, y compris
des sels de déverglaçage entraînés par des véhicules.
XD1 : Humidité modérée.
XD2 : Humide, rarement sec.
XD3 : Alternance d’humidité et de séchage.
F. XA : Attaque chimique.
Ces classes s’appliquent lorsque le béton est exposé aux attaques chimiques, se produisant
dans les sols naturels, les eaux de surface ou les eaux souterraines :
XA1 : Environnement à faible agressivité chimique.
XA2 : Environnement d’agressivité chimique modérée.
XA3 : Environnement à forte agressivité chimique.
A chaque classe d’exposition correspondent des spécifications sur la composition des
bétons.
Un même béton peut être soumis à plusieurs classes d’exposition différentes. Dans ce cas,
le béton doit respecter la sélection des plus sévères exigences définies pour chaque classe.
Dans les chapitres qui suivent, le tableau ci-dessus sera plus détaillé.
Ainsi, l'ingénieur doit concevoir et réaliser des
constructions durables dans un environnement donné. La
durabilité devient pour lui un objectif de qualité et son
métier d'ingénieur consiste à atteindre les objectifs fixés
au moindre coût.
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