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Trois Spectacles : Comédie, Tragédie, Pastorale

Ce document présente un dialogue entre plusieurs personnages qui débattent sur quelle pièce de théâtre jouer parmi trois options: une tragédie en un acte, une comédie ou une pastorale. Les personnages exposent leurs arguments pour leur choix respectif.

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Trois Spectacles : Comédie, Tragédie, Pastorale

Ce document présente un dialogue entre plusieurs personnages qui débattent sur quelle pièce de théâtre jouer parmi trois options: une tragédie en un acte, une comédie ou une pastorale. Les personnages exposent leurs arguments pour leur choix respectif.

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LES TROIS

SPECTACLES
PROLOGUE

AIGUEBERRE, Jean Dumas d'


1729

Publié par Gwénola, Ernest et Paul Fièvre, Octobre 2015

-1-
-2-
LES TROIS
SPECTACLES
PROLOGUE

À PARIS, Chez TABARIE, sur le Quai de Conti.

M. DCC. XXIX. AVEC PERMISSION.

-3-
ACTEURS du PROLOGUE.

LE CHEVALIER.
LE COMMANDEUR.
LE VICOMTE.
JULIE.
LA MARQUISE.
HORTENSE.
CÉLIMÈNE.

La Scène est à la Maison de Campagne de...

-4-
PROLOGUE DES TROIS
SPECTACLES

SCÈNE PREMIÈRE.
Julie, La Marquise, Le Chevalier, Le
Commandeur, Le Vicomte.
JULIE.
Les Comédies que nous représentons entre nous pour
nous amuser, excitent la curiosité de nos voisins. Il nous
arrive ce soir de la Compagnie, et il serait temps de
choisir entre les trois Pièces que nous avons déjà jouées,
celle qui vous paraît la plus propre à réjouir aujourd'hui
l'assemblée.

LE CHEVALIER.
Eh, Madame, y a-t-il à délibérer ? On est à la Campagne.
On veut s'amuser, on veut rire et la chose est toute
simple, toute naturelle, toute décidée. C'est du comique
qu'il nous faut.

LA MARQUISE.
Eh, pourquoi ne jouerions-nous pas du Tragique ?

LE CHEVALIER.
Pourquoi, Madame ? C'est parce qu'il ennuie, et qu'il
déplaît. Pour moi je n'y tiens pas, et la tragédie en un acte
qui fut représentée ici ces jours passés, me parut trop
longue de moitié.

LA MARQUISE.
Le sérieux vous ennuie, Chevalier, aussi n'est il pas fait
pour vous. Mais tout le monde ne pense pas de même, et
; quant à moi, je...

LE CHEVALIER.
Prenez garde, Madame, à ce que vous allez dire se
déclarer pour la tragédie, c'est confesser qu'on a le coeur
tendre et vous faites gloire d'être insensible.

-5-
LA MARQUISE.
Il en sera tout ce que vous voudrez mais j'aime la tragédie
d'inclination, et je la trouve admirable.

LE COMMANDEUR.
Elle l'est quelque fois, Madame, mais de grâce peut-on
donner ce nom à une pièce en un acte.

LA MARQUISE.
Oui, Monsieur, et je soutiens qu'il ne lui manque rien de
tout ce qui est essentiel à la tragédie.

LE COMMANDEUR.
Il ne lui manque que d'être une tragédie.

LE CHEVALIER.
Le Commandeur a raison. Qui dit une Tragédie, dit une
pièce en cinq actes : au reste, Madame, je vous avertis
que le Commandeur est savant, et qu'il est dangereux de
se commettre avec lui.

LA MARQUISE.
Tant mieux. Le triomphe en sera plus beau , et je me sens
assez forte pour vous battre tous deux.

LE CHEVALIER.
Commandeur, je compte sur toi.

LE COMMANDEUR.
Si Madame me permet de dire mon sentiment, je lui ferai
voir que la tragédie dont il s'agit, est un petit monstre
qu'on doit étouffer dans sa naissance, une nouveauté
dangereuse et indigne d'un théâtre sérieux.

LE CHEVALIER.
Fort bien.

LA MARQUISE.
Et moi je dis, que c'est une nouveauté digne d'être imitée,
et qui ferait peut-être fortune à la Comédie Française.

LE CHEVALIER.
On en serait quitte pour un quart d'heure d'ennui.

-6-
LE COMMANDEUR.
De bonne foi, Madame, n'est ce pas une chose qui
révolte, de voir un poète de quatre jours s'écarter de la
route ordinaire, renverser tout ce qu'il y a de plus sacré
dans la poétique, et s'annoncer dans le monde par une
tragédie en un acte ?

LA MARQUISE.
Non, Monsieur, et je crois au contraire qu'on doit lui en
tenir compte : c'est un auteur timide, qui se défie de ses
forces, qui craint de nous ennuyer, et n'a pas encore la
hardiesse de nous demander une audience de deux
heures.

LE CHEVALIER.
Un auteur timide ! Un auteur modeste ! Il ne lui manque
plus que d'être né Gascon, pour rendre la chose plus
vraisemblable.

LA MARQUISE.
Tout nous engage à juger favorablement de cet auteur.
Outre qu'il est de nos amis, on sait qu'il n'a travaillé que
pour notre théâtre en particulier et à notre prière.

LE COMMANDEUR.
Eh Madame, ne voyez-vous pas qu'il ne faut qu'un coup
du fort pour porter cette pièce au Théâtre Français, et que
nous voilà responsables de tous les inconvénients qui en
arriveront.

LA MARQUISE.
Eh ! Quel inconvénient y a-t-il donc tant à craindre ?

LE COMMANDEUR.
Nous serons inondés de tragédies en un acte, et on n'en
fera point d'autres.

LA MARQUISE.
Il en sera de la tragédie comme de la comédie. On fait
depuis longtemps des comédies en un acte, de cela
n'empêche pas qu'on n'en fasse tous les jours en cinq ou
bien en trois.

LE COMMANDEUR.
Il y a grande différence, Madame. La Comédie en un acte
n'a rien qui choque, l'esprit est toujours tout prêt à
s'amuser, et l'on peut faire rire dès la première scène.
Mais il n'en va pas de même de la Tragédie où il faut
disposer les choses pour remuer le coeur, de y porter la
pitié ou la crainte.

-7-
LA MARQUISE.
Mais si je vous disais que cette pièce a su me toucher
jusqu'aux larmes.

LE COMMANDEUR.
Je dirais qu'elle n'a pas dû vous toucher et que vos larmes
n'étaient point en règle.

LE CHEVALIER.
Oh ! Pour le coup, Commandeur, tu extravagues, et ton
érudition te brouille la cervelle. Mais toi, grand flandrin
de Vicomte, qui te tiens là les bras croisés sans mot dire,
as-tu juré de ne point desserrer les dents ? Tu as de
l'esprit, du goût, des connaissances, que ne t'en sers-tu
pour mettre fin à cette dispute ? Tu te plais dans le
désordre ; cela t'amuse.

LE VICOMTE.
J'avoue que cette dispute me fait plaisir, et que la vivacité
du Commandeur ne me réjouit pas moins, que je suis
charmé du bon sens de Madame la Marquise.

LE CHEVALIER.
Mais te plaira-t-il enfin de nous dire ton avis ?

LE VICOMTE.
La Marquise a parlé, et tu me demandes mon avis ! Où
as-tu donc l'esprit, mon pauvre Chevalier ? Ne sais-tu pas
que je tiens le coeur des Dames infaillible sur ces
matières ? Mais voici Hortense de Célimène qui nous
diront leurs sentiments.

-8-
SCÈNE II.
Julie, Le Chevalier, Le Commandeur, La
Marquise, Hortense, Célimène, Le Vicomte.
LE COMMANDEUR.
Il s'agit, Mesdames, de savoir la pièce que nous jouerons
aujourd'hui.

LE VICOMTE.
Le titre de la tragédie est "Polixène"
éditée dans le même volume.
Je gagerais bien que la belle Hortense sera pour la
tragédie.

HORTENSE.
Vous perdriez Vicomte. Soit que le Comique en général Il s'agit de "L'Avare amoureux,
comédie" éditée dans le même
m'amuse davantage, soit que je sache mauvais gré à volume.
l'Auteur de votre tragédie en un acte, d'avoir voulu
m'attendrir pour si peu de temps, je me déclare hautement
pour la comédie, et je souhaite qu'elle soit jouée
préférablement à toute autre pièce.

CÉLIMÈNE.
La pastorale est "Pan et Doris,
pastorale héroïque" éditée dans le
Et moi j'opine pour la pastorale, telle est la disposition de
même volume. mon coeur, que les paroles les plus touchantes ne
sauraient l'émouvoir, si la musique n'est de la partie, mais
aussi ma sensibilité est alors extrême, de je ne sais plus
ce qui me touche davantage ou du chant ou des paroles.

HORTENSE.
Mais, Madame, peut-on espérer que les personnes qui
doivent arriver, accoutumées à voir tous les jours l'Opéra
de Paris, et à entendre les voix les plus rares, voudront
bien se prêter à l'envie que nous avons de les amuser.

CÉLIMÈNE.
Oui, Madame, on se prête tous les jours à ces sortes de
choses, et pourvu que nous chantions avec quelque
justesse de quelque goût, on nous passera le reste.

JULIE.
Il me vient une idée qui fera, je pense, au gré de
l'Assemblée. La Marquise tient pour la tragédie, Hortense
pour la comédie, la Comtesse pour la pastorale ; il n'y a
qu'à les jouer aujourd'hui toutes trois ; deux heures de
temps nous en feront raison, de tout le monde aura lieu
d'être satisfait.

-9-
LA MARQUISE.
J'y consens volontiers.

CÉLIMÈNE.
Et moi de même.

LE CHEVALIER.
Une tragédie, un opéra, une comédie ; mais oui, cela peut
être amusant. Qu'en dis-tu Vicomte ?

LE VICOMTE.
Je dis que Madame est la première personne du monde
pour trouver des ajustements aux choses les plus
difficiles.

LE COMMANDEUR.
Pour moi je ne m'y oppose point, pourvu qu'il me soit
permis de faire un tour de promenade dans le jardin,
pendant qu'on jouera la tragédie en un acte.

LA MARQUISE.
Pour ne pas retarder la promenade de Monsieur le
Commandeur, je suis d'avis qu'on commence par jouer
cette tragédie qui lui déplaît tant.

LE VICOMTE.
C'est bien le moins qu'on doive à la tragédie, de lui
accorder le pas sur la comédie sa cadette.

CÉLIMÈNE.
Comme il est bien dû à l'opéra de terminer le spectacle,
lui qui mérite ce nom par excellence.

LE CHEVALIER.
Il me tarde de voir cette bigarrure. Bigarrure : Mauvais assortiment de
couleurs ou d'ornements sur un habit,
sur des meubles, etc. [F]

LE VICOMTE.
Sa singularité peut lui tenir lieu de mérite.

JULIE.
On verra du moins par là, que nous avons tenté toute
forte de voies pour plaire aux personnes que nous
attendons , mais je crois entendre le bruit des équipages ;
c'est la compagnie sans doute qui arrive, allons la
recevoir, de disposer les choses pour l'exécution de notre
projet.

- 10 -
FIN

- 11 -
PRIVILEGE DU ROI
LOUIS, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre : À nos
amés et féaux Conseillers les Gens, tenant nos Cours de Parlements,
Maîtres des Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel, Grand Conseil,
Prévôt de Paris, Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenants Civils et
autres nos Justiciers qu'il appartiendra, SALUT. Notre bien amé
JEAN FRANÇOIS TABARIE, Libraire à Paris, Nous ayant, fait
supplier de lui accorder nos Lettres de Permission pour l'impression
des Trois Spectacles, Pièce nouvelle, en trois Actes, par le Sieur du
Mas d'Aigueberre, offrant pour cet effet de le faire imprimer en bon
papier à beaux caractères suivant la feuille imprimée, et attachée
pour modèle sous le contre-scel des présentes. Nous lui avons permis
et permettons par ces présentes, de faire imprimer ledit Livre
ci-dessus spécifié en un ou plusieurs volumes, conjointement ou
séparément, et autant de fois que bon lui semblera, de le vendre, faire
vendre et débiter par tout notre Royaume, pendant le temps de trois
années consécutives, à compter du jour de la date desdites présentes
Faisons défenses à tous Libraires, Imprimeurs et autres Personnes, de
quelque qualité et condition qu'elles soient, d'en introduire
d'impression étrangère dans aucun lieu de nôtre obéissance ; à la
charge que ces présentes seront enregistrées tout au long sur le
Registre de la Communauté des Libraires et Imprimeurs de Paris,
dans trois mois de la date d'icelles ; que l'impression de ce Livre sera
faite dans notre Royaume et non ailleurs, et que l'impétrant se
conformera en tout aux Règlements de la Librairie, et notamment à
celui du dix Avril 1725 et qu'avant que de l'exposer en vente, le
Manuscrit ou Imprimé qui aura servi de copie à l'impression dudit
Livre, sera remis au même état où l'Approbation y aura été donnée,
ès mains de nôtre très-cher et féal Chevalier Garde des Sceaux de
France, le Sieur Chauvelin ; et qu'il en fera ensuite remis deux
exemplaires dans notre Bibliothèque Publique, un dans celle de nôtre
Château du Louvre, et un dans celle de nôtre très cher et féal
Chevalier Garde des Sceaux de France, le Sieur Chauvelin ; le tout à
peine de nullité des présentes ; du contenu desquelles vous mandons
et enjoignons de faire jouir l'Exposant ou ses ayants causes,
pleinement et paisiblement, sans souffrir qu'il leur soit fait aucun
trouble ou empêchement. Voulons qu'à la copie desdites présentes,
qui sera imprimée tout au long au commencement ou à la fin dudit
Livre, foi soit ajoutée comme à l'original. Commandons au premier
nôtre Huissier ou Sergent, de faire pour l'exécution d'icelles, tous
Actes requis et nécessaires, sans demander autre permission, et
nonobstant clameur de Haro, Charte Normande, et Lettres à ce
contraires : CAR tel est notre plaisir. Donné à Paris le onzième jour
du mois d'Août, l'an de grâce mille sept cent vingt-neuf. Et de nôtre
Règne le quatorzième. Par le Roi en son Conseil.

- 12 -
Signé, DE SAINT HlLAIRE.

Registre sur le Registre VII. de la Chambre Royale des Libraires et


Imprimeurs de Paris, N°409. F°352. conformément aux anciens
Règlements, confirmés par celui du 28 Février 1723. À Paris le 17
Août 1729.

Signé, P. A. LEMERCIER, Syndic.

À Paris, de l'imprimerie de P. PRAULT.

J'ai lu par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, les Trois


Spectacles, Pièce nouvelle en trois actes ; dont j'ai crû que
l'impression serait agréable au public.

FAIT à Paris le 28 Juillet 1729. Signé, GALLYOT.

- 13 -
PRESENTATION des éditions du THEÂTRE CLASSIQUE

Les éditions s'appuient sur les éditions originales


disponibles et le lien vers la source électronique est
signalée. Les variantes sont mentionnées dans de rares
cas.
Pour faciliter, la lecture et la recherche d'occurences de
mots, l'orthographe a été modernisée. Ainsi, entre autres,
les 'y' en fin de mots sont remplacés par des 'i', les
graphies des verbes conjugués ou à l'infinitif en 'oître' est
transformé en 'aître' quand la la graphie moderne
l'impose. Il se peut, en conséquence, que certaines rimes
des textes en vers ne semblent pas rimer. Les mots 'encor'
et 'avecque' sont conservés avec leur graphie ancienne
quand le nombre de syllabes des vers peut en être altéré.
Les caractères majuscules accentués sont marqués.
La ponctuation est la plupart du temps conservée à
l'exception des fins de répliques se terminant par une
virgule ou un point-virgule, ainsi que quand la
compréhension est sérieusement remise en cause. Une
note l'indique dans les cas les plus significatifs.
Des notes explicitent les sens vieillis ou perdus de mots
ou expressions, les noms de personnes et de lieux avec
des définitions et notices issues des dictionnaires comme
- principalement - le Dictionnaire Universel Antoine
Furetière (1701) [F], le Dictionnaire de Richelet [R],
mais aussi Dictionnaire Historique de l'Ancien Langage
Français de La Curne de Saint Palaye (1875) [SP], le
dictionnaire Universel Français et Latin de Trévoux
(1707-1771) [T], le dictionnaire Trésor de langue
française tant ancienne que moderne de Jean Nicot
(1606) [N], le Dictionnaire etymologique de la langue
françoise par M. Ménage ; éd. par A. F. Jault (1750), Le
Dictionnaire des arts et des sciences de M. D. C. de
l'Académie françoise (Thomas Corneille) [TC], le
Dictionnaire critique de la langue française par M. l'abbé
Feraud [FC], le dictionnaire de l'Académie Française
[AC] suivi de l'année de son édition, le dictionnaire
d'Emile Littré [L], pour les lieux et les personnes le
Dictionnaire universel d'Histoire et de Géographie de
M.N. Bouillet (1878) [B] ou le Dictionnaire
Biographique des tous les hommes morts ou vivants de
Michaud (1807) [M].

- 14 -

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