Cours Lyc e 4
Cours Lyc e 4
Cassis
Avril 2022
Avant-propos
Ce document reprend le programme du lycée en introduisant constructions formelles et preuves
rigoureuses. Il est destiné principalement à un élève de lycée (ou entrant au lycée) qui souhaite se fami-
liariser avec les mathématiques du supérieur. L’objectif étant de suivre le programme, nous limiterons
autant que possible les écarts au programme, mis à part pour la première partie (pré requis) qui est
nécessaire à formaliser rigoureusement les mathématiques : les autres chapitres aborderont chacun un
point essentiel des mathématiques du lycée (géométrie / analyse / probabilités...) en détails.
Il y aura plusieurs exercices, leur objectif premier est de familiariser le lecteur avec les éléments
détaillés dans les parties qui précèdent l’exercice, mais certains sont plus compliqués ou visent à
approfondir une notion. Dans ce cas, ces exercices porteront une étoile (*). Nous conseillons de plus
de ne faire les exercices qu’en deuxième lecture d’un chapitre, pour s’être d’abord assuré d’avoir
maîtrisé ce dont il est question, et surtout pour avoir une idée de la rédaction à adopter.
I Prérequis 1
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1 Logique de base 1
1.1 La proposition, phrase mathématique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1.1 Les relations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1.2 La conjonction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.1.3 La disjonction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.1.4 La négation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.1.5 L’implication . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.1.6 L’équivalence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.1.7 La quantification universelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.1.8 La quantification existentielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.1.9 A propos de la quantification . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Raisonnement et preuve . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2.1 L’hypothèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2.2 Introduction d’hypothèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.3 L’introduction de la conjonction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.4 L’élimination de la conjonction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.5 L’introduction de la disjonction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.6 L’élimination de la disjonction, ou disjonction de cas . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.7 L’introduction de la négation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.8 Le raisonnement par l’absurde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.9 L’introduction de l’implication . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.10 L’élimination de l’implication, le modus ponens . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.11 Le raisonnement par contraposée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2.12 L’équivalence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2.13 L’introduction du quantificateur universel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2.14 L’élimination du quantificateur universel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2.15 L’introduction du quantificateur existentiel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2.16 L’élimination du quantificateur existentiel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2.17 Le raisonnement par récurrence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
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3 Combinatoire et dénombrement 27
3.1 Cardinal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
3.1.1 Cardinal d’une union disjointe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
3.1.2 Cardinal d’un produit cartésien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
3.1.3 Ensemble de fonctions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
3.1.4 Permutations et arrangements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.2 Sur les coefficients binomiaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
3.2.1 Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
II Géométrie 32
5 Angles et trigonométrie 39
5.1 Cercle trigonométrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
5.2 Propriétés des fonctions trigonométriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
6 Produit scalaire 42
6.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
6.1.1 Identités de polarisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
6.2 Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
6.3 Application à un cercle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
III Algèbre 46
7 Équations et inégalités 46
7.1 Équation du premier degré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
7.2 Système d’équations du premier degré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
7.3 Inéquations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
7.4 Résolution d’équation du second degré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
8 Nombres complexes 51
8.1 Construction des nombres complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
8.2 Le plan complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
8.2.1 La conjugaison complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
8.2.2 Partie réelle et imaginaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
8.2.3 Notation exponentielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
8.3 Les équations de degré 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
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Première partie
Prérequis
1 Logique de base
Nous allons ici voir quelques éléments de logique élémentaire pour permettre au lecteur de com-
prendre les exigences de rigueur des mathématiques. Cela permet aussi, bien sûr, de comprendre
comment rédiger soi-même une preuve, par exemple. Nous commencerons par définir les termes que
nous utilisons (proposition, implication...) puis nous détaillerons différents types de raisonnement.
∀x ∈ R, ∃y ∈ R, x + y = 0
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Les relations sont les briques élémentaires des propositions, car les autres éléments constitutifs
des propositions ne peuvent que relier d’autres briques plus élémentaires. Le point essentiel d’une
proposition est donc toujours une relation entre objets mathématiques.
1.1.2 La conjonction
Si l’on possède deux propositions P1 et P2 , alors on peut construire une nouvelle proposition
appelée la conjonction de P1 et P2 , notée P1 ∧ P2 . Cette proposition traduit que P1 et P2 sont toutes
les deux vraies. On traduit en général la conjonction par « et » comme dans « il fait beau et je sors »
pour dire à la fois que je sors, et qu’il fait beau.
Exemple 1.2. Si l’on veut exprimer que 1 + 1 vaut 2 et que 2 + 2 vaut 4, on peut écrire
(1 + 1 = 2) ∧ (2 + 2 = 4)
La conjonction est ce qu’on appelle un connecteur logique : elle permet de combiner plusieurs
propositions en une seule nouvelle proposition.
Nous mettons des parenthèses pour rendre plus lisibles les séparations entre les relations et les
connecteurs logiques.
Nous allons présenter aussi ce qu’on appelle une table de vérité, qui est un tableau montrant quand
une formule est vraie en fonction de la vérité de ses parties. On note 1 pour dire « Vrai » et 0 pour
dire « Faux ».
A B A∧B
0 0 0
0 1 0
1 0 0
1 1 1
1.1.3 La disjonction
En reprenant nos propositions P1 et P2 , on peut aussi construire la proposition P1 ∨ P2 , appelée la
disjonction de P1 et de P2 , qui signifie qu’au moins l’une des deux proposition entre P1 et P2 est vraie.
On traduit la disjonction par « ou », mais il convient de faire attention : le « ou » en mathématiques
est dit inclusif, par défaut, ce qui signifie que l’on peut avoir à la fois P1 et P2 , là où le langage
populaire utilise plutôt un « ou » exclusif (par exemple dans « tu veux un fromage ou un dessert ? »),
la traduction n’est donc pas exactement identique entre les mathématiques et le langage populaire.
Exemple 1.3. Imaginons que x est un nombre entier. On note pair(x) la relation « x est pair » et
impair(x) la relation « x est impair ». Alors la proposition suivante est vraie :
(pair(x)) ∨ (impair(x))
La disjonction est aussi un connecteur logique, très semblable à la conjonction. Nous allons défi-
nir, par convention (qui est donc une règle arbitraire mais utile pour mieux se comprendre), que la
conjonction est prioritaire sur la disjonction, ce qui signifie que
P ∨Q∧R
doit se lire
P ∨ (Q ∧ R)
ce qui nous permet d’écrire moins de parenthèses.
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A B A∨B
0 0 0
0 1 1
1 0 1
1 1 1
1.1.4 La négation
Nous ajoutons aussi un connecteur logique unaire, ce qui signifie qu’il permet de construire une
nouvelle proposition à partir d’une seule proposition. La négation exprime à partir d’une proposition
P la proposition « P est fausse », et se note ¬(P ). Elle est vraie quand P est fausse et inversement.
Exemple 1.4. Plutôt que d’écrire que 0 = 1 est faux, un mathématicien préférera écrire la proposition
vraie suivante :
¬(0 = 1)
Dans le cas de l’égalité, ¬(a = b) a aussi une notation standard, qui est a ̸= b (plus simple et
rapide à écrire). Il existe beaucoup de symboles dénotant des relations pour lesquels barrer le symbole
traduit la négation de la relation, comme ̸⊆ pour la relation ⊆.
A ¬A
0 1
1 0
1.1.5 L’implication
Il nous arrive souvent, quand on réfléchit, de déterminer des conséquences logiques entre les évé-
nements. En mathématiques aussi, nous pouvons écrire des formes de conséquences logiques à l’aide
de l’implication. Si P1 et P2 sont des proposition, on écrit l’implication de P1 sur P2 par P1 =⇒ P2 ,
que l’on lit « P1 implique P2 » ou encore « si P1 alors P2 ». Ce connecteur logique traduit le fait que
lorsque la première partie (appelée prémisse) P1 est vraie, la deuxième partie (appelée conclusion) P2
est forcément vraie. Remarquons que par cette définition, lorsque P1 est fausse, P1 =⇒ P2 est vraie
peu importe la vérité de P2 .
Exemple 1.5. Soit un triangle (ABC), on note rectangle(ABC) la relation « (ABC) est rectangle
en B ». On peut alors écrire la proposition (qui est le théorème de Pythagore) :
rectangle(ABC) =⇒ AC 2 = AB 2 + BC 2
A B A =⇒ B
0 0 1
0 1 1
1 0 0
1 1 1
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1.1.6 L’équivalence
L’équivalence logique entre deux proposition peut s’écrire directement à partir de l’implication,
mais elle traduit un lien plus fort. Si l’implication P1 =⇒ P2 traduit que P2 découle toujours de P1 ,
leur équivalence logique, notée P1 ⇐⇒ P2 et que l’on lit « P1 si et seulement si P2 » traduit que les
deux découlent l’un de l’autre, et dont que chaque fois qu’une des deux proposition est vraie, l’autre
aussi (et chaque fois qu’une des deux propositions est fausse, l’autre aussi). Si l’on s’intéresse dans un
premier temps à une proposition de la forme A =⇒ B, on appelle en générale la réciproque de cette
proposition la proposition B =⇒ A.
Exemple 1.6. Il se trouve que le théorème de Pythagore est une équivalence : sa réciproque est vraie
aussi, d’où :
rectangle(ABC) ⇐⇒ AC 2 = AB 2 + BC 2
A B A ⇐⇒ B
0 0 1
0 1 0
1 0 0
1 1 1
Nous allons maintenant voir des briques dont l’utilisation est plus complexe mais qui sont très
importantes : ce sont les quantificateurs.
Supposons qu’on ait une proposition P dans laquelle est présente une variable x, par exemple la
proposition x = 2. Suivant la valeur de x, la proposition peut être vraie ou fausse, et on ne peut pas
le déterminer a priori, cela va à l’encontre de ce qu’on a dit d’une proposition. C’est le cas car la
variable dans P est dite libre : elle n’est pas fixé dans l’énoncé. Il existe alors deux choix relativement
naturels pour attribuer un sens à P : est-ce que l’on veut dire que P est toujours vraie, peu importe
la valeur de x ? Ou bien est-ce que l’on veut dire qu’il y a au moins une valeur de x telle que P est
vraie ? Les quantificateurs servent à ajouter une précision de cet ordre, et permettent de ne pas avoir
une variable libre dans une proposition (on dit alors que la variable est liée).
Exemple 1.7. Supposons que nos paramètres soient des entiers. Alors on sait que tout entier est soit
pair soit impair, ce qu’on peut donc noter :
Nous allons convenir d’un ordre de priorité pour les quantificateurs : ils sont moins prioritaires que
les connecteurs logiques, donc
∀x, pair(x) ∨ impair(x)
se lit de la même façon.
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Exemple 1.8. Supposons encore que nos paramètres sont des entiers. La proposition suivante est
vraie :
∃x, x = 2
de façon évidente puisque 2 = 2.
1.2.1 L’hypothèse
Tout d’abord, la règle la plus basique d’un raisonnement est la suivante : si l’on a supposé une pro-
position P , alors dans ce contexte P est vraie. Cela est nécessaire pour pouvoir utiliser des hypothèses :
celles-ci apparaissent au moment d’utiliser la règle d’hypothèse (comme son nom l’indique).
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Exemple 1.11. Prouvons que P définie comme (0 = 0)∨pair(2) est vraie par deux preuves distinctes :
• 0 = 0 est vrai par définition de l’égalité, donc P est vraie.
• pair(2) est vrai par définition de ce qu’est un entier pair, donc P est vraie.
Attention, deux preuves ont été données pour montrer qu’il y avait deux moyens de prouver P ∨ Q
si l’on peut prouver P comme Q, mais cela ne veut pas dire qu’une preuve de P ∨ Q nécessite deux
preuves, bien au contraire. Un autre exemple, prouvons P valant (0 = 1) ∨ pair(2) :
pair(2) est vrai par définition de ce qu’est un entier pair, donc P est vraie.
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2. Si x est pair, alors on peut écrire x = 2 × y avec y ∈ N, donc on a bien prouvé qu’il existait le y
que l’on cherchait.
3. Si x est impair, alors x − 1 est pair, donc on trouve y tel que x − 1 = 2 × y, ce qui revient à dire
que x = 2 × y + 1 : on a donc trouvé un y respectant ce que l’on voulait prouver.
Donc pour tout entier, il existe un entier y valant sa moitié ou sa moitié augmentée de 1.
Exemple 1.13. Montrons que la proposition P donnée par « tous les nombres premiers sont impairs »
est fausse en prouvant ¬P :
Supposons que tous les nombres premiers sont impairs, comme 2 est un nombre premier, cela
signifie que 2 est impair, or il est pair : c’est une contradiction. Donc tous les nombres premiers ne
sont pas impairs.
Exemple 1.16. Les exemples ne manquent par, mais supposons par exemple que l’on sache les choses
suivantes :
• Socrate est un homme.
• Si Socrate est un homme, alors Socrate est mortel.
On en déduit que Socrate est mortel.
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1.2.12 L’équivalence
L’équivalence A ⇐⇒ B est exactement (A =⇒ B) ∧ (B =⇒ A), ce qui signifie que prouver que
deux propositions sont équivalentes se fait en prouvant que la première implique la deuxième puis que
la deuxième implique la première (on appelle ça procéder par double implication) et une proposition
de la forme A ⇐⇒ B s’utilise en faisant un modus ponens depuis le sens que l’on veut utiliser.
Exemple 1.18. Reprenons l’exemple donné pour le modus ponens, mais en changeant légèrement
l’énoncé :
• Tout homme est mortel.
• Socrate est un homme.
Alors, comme Socrate est un homme, ce que l’on va écrire Socrate ∈ Hommes, on peut appliquer
∀x ∈ Hommes, mortel(x), ce qui nous fait déduire que Socrate est mortel.
Exemple 1.20. Montrons que s’il existe un nombre pair, alors il existe un nombre impair :
On suppose qu’il existe un nombre pair, soit x un tel nombre. Alors x + 1 est un nombre impair,
donc il existe un nombre impair.
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Exemple 1.21. Montrons que tout entier est soit pair soit impair, c’est-à-dire soit de la forme 2k soit
de la forme 2k + 1.
• Tout d’abord, 0 = 2 × 0 donc 0 est pair.
• Soit n ∈ N. Alors deux cas sont possibles :
— Soit n = 2k, k ∈ N. Dans ce cas, n + 1 = 2k + 1 donc n + 1 est impair.
— Soit n = 2k + 1. Dans ce cas, n + 1 = 2k + 2 = 2(k + 1), donc n + 1 est pair.
Dans tous les cas, n + 1 est soit pair soit impair.
Par récurrence, on en déduit que pour tout entier naturel n, n est ou pair ou impair, i.e. qu’il existe
k tel que n = 2k ou n = 2k + 1.
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Exemple 2.2. L’ensemble des entiers naturels inférieurs à 5 est {0, 1, 2, 3, 4, 5}.
Remarque (L’ensemble vide). Si un ensemble contient des éléments, il existe aussi un ensemble ne
contenant pas d’éléments. Cet ensemble s’appelle l’ensemble vide et se note ∅ : il a la caractéristique
que pour tout objet x, la propriété suivante est vérifiée :
x∈
/∅
Remarquons d’ores et déjà que l’ensemble {∅} est parfaitement différent que ∅ puisqu’il contient
un élément. Il sera plus tard utile d’être à l’aise sur la différence entre un ensemble et ses éléments.
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N = {x | x ∈ N, pair(x)} ∪ {x | x ∈ N, impair(x)}
A B
A∪B
Remarque (Union généralisée). Si nous avons une famille d’ensembles (qui est une liste d’ensembles),
que nous noterons X1 , X2 , . . . , Xn , alors nous pouvons définir l’union de cette famille comme les unions
n
[
successives (((X1 ∪ X2 ) ∪ X3 ) ∪ . . .) ∪ Xn = Xi . La notation donnée à droite du = permet d’écrire
i=1
des unions avec beaucoup d’ensembles d’un coup. Si, au lieu d’une famille d’ensembles X1 , . . . , Xn ,
n
[ [
nous avons un ensemble X = {X1 , . . . , Xn }, l’union Xi s’écrira directement X.
i=1
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• si x ∈ A, alors x ∈ A
• si x ∈ B, alors par inclusion x ∈ A.
Donc dans tous les cas, x ∈ A. On en déduit donc que A ∪ B ⊆ A, et par ce que nous avons prouvé
avant A ⊆ A ∪ B, donc A = A ∪ B.
A ∩ B = {x | x ∈ A ∧ x ∈ B}
A B
A∩B
1
n
\
Remarque. De la même façon que pour l’union, on peut définir pour X1 , . . . , Xn l’intersection Xi
i=1
pour
\ écrire avec concision l’intersection d’un grand nombre d’ensembles, et l’on pourra aussi écrire
X pour un ensemble regroupand tous les ensembles dont on prend l’intersection.
Exercice 2.2. Soient A et B des ensembles, montrer que A ∩ B ⊆ A et A ∩ B ⊆ B, puis que A ⊆ B
si et seulement si A ∩ B = A.
{x | x ∈
/ A}
à partir d’un certain ensemble A. Or un ensemble pareil contiendrait presque tous les ensembles (tous
sauf A), et en l’appliquant directement à ∅ on obtiendrait ainsi l’ensemble de tous les ensembles, qui
est une absurdité. En effet, il suffit alors de considérer l’ensemble des ensembles qui ne se contiennent
pas eux-mêmes.
L’équivalent de la négation doit donc être relatif : nous n’allons pas écrire {x | x ∈
/ A} mais, pour
deux ensembles A et B, nous allons construire {x | x ∈ A, x ∈ / B}. Nous listons donc les éléments qui
ne sont pas dans un ensemble, mais en se fixant d’abord comme référentiel un premier ensemble. Cet
ensemble, que l’on lit « A privé de B », se note A \ B ou ∁A B, voire, si l’on connaît déjà implicitement
le référentiel (ce qui arrive souvent), simplement B.
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Exemple 2.6. Les nombres impairs sont exactement les nombres qui ne sont pas pairs, d’où :
{n | n ∈ N, impair(n)} = N \ {n | n ∈ N, pair(n)}
De plus, le contexte de travailler avec des entiers peut parfois être évident, et dans ce cas nous
pouvons directement écrire :
{n | impair(n)} = {n | pair(n)}
A B
A\B
Exemple 2.7.
{1, 2, 3, 4, 5}∆{5, 6, 7, 8, 9} = {1, 2, 3, 4, 6, 7, 8, 9}
A B
A∆B
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cette notion à des groupements par trois, appelés triplets, ou des groupements par n avec n ∈ N,
appelés n-uplets. Ici, nous adopterons la convention qu’un n-uplet est simplement un couple avec
un couple pour l’une de ses composantes (par exemple (a, b, c) est juste une façon commode d’écrire
((a, b), c)).
Exemple 2.8. Commençons par un exemple simple en considérant A = {2, 4, 6} et B = {3, 6, 9},
alors :
A × B = {(2, 3), (2, 6), (2, 9), (4, 3), (4, 6), (4, 9), (6, 3), (6, 6), (6, 9)}
Remarque (Carré d’un ensemble). Pour un ensemble A, on écrit A2 pour l’ensemble A × A, et même
A3 pour A × A × A, jusqu’à An pour A × . . . × A où l’on multiplie n fois A à lui-même.
Nous allons illustrer l’idée de produit cartésien en utilisant le plan usuel. Pour cela, nous allons
considérer acquise la représentation d’un système de coordonnées et la correspondance entre R2 et le
plan usuel (nous reviendront plus tard sur les fondements de ces affirmations, mais les utiliserons ici
de façon intuitive). C’est-à-dire que l’on va considérer fixés deux axes gradués (x et y), orthogonaux,
et nous assimilerons un point A à ses coordonnées dans ce repère, qui seront donc un couple (xA , yA ).
Nous noterons I l’ensemble des nombres réels entre 1 et 2 : I = {x | x ∈ R, 1 ≤ x ≤ 2}. L’ensemble
I 2 = I × I est alors l’ensemble des points dont l’abscisse est entre 1 et 2 et l’ordonnée entre 1 et 2,
puisque ce sont les couples formés de réels tous les deux entre 1 et 2.
I I2
1
x
1 I 2
Exemple 2.9. Nous allons construire plusieurs ensembles de parties, successivement, à partir de
l’ensemble vide :
On conviendra aisément que le dernier ensemble est plutôt difficile à lire, mais il permet de remar-
quer qu’à partir d’un ensemble à 0 éléments, nous obtenons successivement des ensembles à 1, puis 2,
puis 4 éléments. Nous pourrions donc conjecturer sur le nombre de parties d’un ensemble à n éléments
donnés, mais nous traiterons ce problème plus tard.
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Introduire un élément L’un des procédés les plus souvent utilisés pour raisonner sur les ensembles
est d’introduire un élément quelconque de cet ensemble pour raisonner dessus. Pour revenir à la partie
sur les raisonnement, l’idée derrière ce procédé est simplement que ∀x ∈ X =⇒ P (x) doit se prouver
en introduisant un élément x de X quelconque.
Raisonner par double inclusion La façon la plus simple de prouver qu’un ensemble est égal à
un autre est de procéder par double inclusion. Ce principe se fait en deux temps. Supposons qu’on
possède un ensemble X et un ensemble Y , on prouve :
• que X ⊆ Y , puis
• que Y ⊆ X
et alors X = Y .
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Exercice 2.3. Soit E un ensemble et R une relation binaire réflexive sur E. Montrer que l’égalité est
une relation binaire plus fine que R.
Exercice 2.4. Soit E un ensemble et R une relation binaire transitive et symétrique. Montrer que
pour tout x ∈ E, y ∈ E, si xRy alors xRx et yRy.
En déduire qu’une relation transitive et symétrique où tout élément est en relation avec au moins
un élément est réfléxive.
Exercice 2.5. Soit E un ensemble et R une relation binaire symétrique et antisymétrique. Montrer
que R est l’égalité.
Exercice 2.6 (Construire une relation réflexive et transitive *). Soit E un ensemble et R une relation
binaire sur E. On définie R∗ , appelée la clôture réflexive et transitive de R de la façon suivante : xR∗ y
si x = y ou s’il existe une suite finie x0 , . . . , xn où x0 = x, xn = y et pour chaque i ∈ {1, . . . , n − 1},
xi Rxi+1 .
Montrer que R∗ est bien une relation réflexive et transitive, que de plus R ⊆ R∗ (ce qui est
équivalent à dire que xRy =⇒ xR∗ y), et enfin, que R∗ est la plus fine relation réflexive et transitive
qui contient R.
Exercice 2.7 (Construire une relation symétrique *). Soit E un ensemble et R une relation binaire
sur E. Montrer que R ∪ R−1 est une relation symétrique contenant R. Montrer, de plus, que R ∪ R−1
est plus fine que toute les relations symétriques contenant R.
\ ensemble, et R un ensemble de
Exercice 2.8 (Intersection et union de relations **). Soit E un
relations binaires sur E (donc R ⊆ P(E 2 )). Montrer que R′ = R est aussi une relation binaire
[
sur E, et que R′ est plus fine que toute relation R ∈ R. De même, montrer que R′′ = R est une
relation binaire sur E et que toute relation R ∈ R est plus fine que R′′ .
Nous verrons plus tard que regrouper plusieurs relations ou objets divers pour en prendre l’in-
tersection sera souvent fructueux, car beaucoup de propriétés restent stables par intersection (ce qui
signifie que si l’on prend un ensemble d’objets possédant une propriété, alors l’intersection de tous ces
objets possédera aussi cette propriété). La prochaine partie nous donnera un tel exemple.
Exemple 2.14 (Relations d’équivalence classiques). Les relations suivantes sont des relations d’équi-
valences :
• La relation de parallélisme sur l’ensemble D des droites du plan affine est une relation d’équiva-
lence.
• La similitude sur l’ensemble T des triangles du plan est une relation d’équivalence.
Pour rappel, deux triangle sont semblables si leurs angles sont les mêmes, ou de façon équivalente
si l’on peut les superposer en en tournant un et en l’agrandissant ou en le réduisant.
• Soit n ∈ N fixé, la relation dite de congruence modulo n (qui sera détaillée plus tard) est une
relation d’équivalence. On la définit par le fait que si x est congru à y modulo n alors n divise
y − x, ou encore que x et y ont le même reste par la division euclidienne par n.
18
Cours lycée
Définition 2.5 (Relation d’équivalence). Une relation d’équivalence ∼ sur un ensemble E est une
relation binaire possédant les propriétés suivantes :
Réflexivité : ∀x ∈ E, x ∼ x.
Symétrie : ∀x ∈ E, ∀y ∈ E, x ∼ y =⇒ y ∼ x.
Transitivité : ∀x ∈ E, ∀y ∈ E, ∀z ∈ E, (x ∼ y ∧ y ∼ z) =⇒ x ∼ z.
L’intérêt d’une relation d’équivalence est de pouvoir regrouper les éléments par groupes possédant
une propriété commune, c’est-à-dire étant tous en relation.
Définition 2.6 (Classe d’équivalence). Soit E un ensemble et ∼ une relation d’équivalence sur E.
Soit x ∈ E. On appelle classe d’équivalence de x, et l’on notera Cx ou x l’ensemble :
Cx = {y | y ∈ E, x ∼ y}
qui sont des ensembles non vides car x ∈ Cx (par réflexivité de ∼).
L’utilisation de la notation x est standard mais peut porter à confusion à cause de l’utiliser de
pour de nombreuses notions mathématiques, aussi nous garderons la notation Cx pour qualifier la
classe d’un élément x.
L’intérêt de cette notion est que la classe d’équivalence ne varie par suivant l’élément choisi dans
la classe. Le résultat suivant le montre :
Nous pouvons maintenant définir les ensembles quotients, qui seront essentiels pour construire des
objets mathématiques de plus en plus complexes.
Définition 2.7 (Ensemble quotient). Soit E un ensemble et ∼ une relation d’équivalence sur E. On
appelle le quotient de E par ∼, et on note E/∼ l’ensemble
E/ = {Cx | x ∈ E}
∼
qui est donc l’ensemble des regroupement de familles de même propriété pour cette relation d’équiva-
lence.
Remarquons qu’il existe naturellement la fonction π : E −→ E/∼ . Nous détaillerons la notion
x 7−→ Cx
de fonction plus tard, mais nous donnons dès maintenant l’existence d’une telle fonction pour l’étudier
plus tard.
19
Cours lycée
Exercice 2.9. Montrer que les deux relations suivantes sont des relations d’équivalence :
• La relation de parallélisme sur l’ensemble D des droites du plan (nous pouvons utilisés les
résultats appris en 6e).
• (*) Pour n ∈ N fixé, la congruence modulo n.
Exercice 2.10 (Construire une relation d’équivalence *). Soit E un ensemble et → une relation
binaire sur E. On note ←→ la relation symétrique décrite dans l’exercice 2.7 et ←→∗ sa clôture
réflexive et symétrique.
Montrer que ←→∗ est une relation d’équivalence contenant →, et qu’elle est la plus fine relation
d’équivalence contenant →.
Exercice 2.11 (Construction alternative d’une relation d’équivalence **). Soit E un ensemble et R
une relation binaire sur E. On note R l’ensemble des relations d’équivalence contenant R.
1. Montrer que R n’est pas vide (car on veut en considérer l’intersection).
\
2. Montrer que si R est constitué uniquement de relations réflexives, alors R est réflexive, et
contient R.
\
3. Montrer que si R est constitué uniquement de relations symétriques, alors R est réflexive, et
contient R.
\
4. Montrer que si R est constitué uniquement de relations transitives, alors R est réflexive, et
contient R.
\
5. En déduire que R est la relation d’équivalence la plus fine qui contient R.
Remarque. D’après les deux exercices précédents, on remarque qu’il existe deux façon de définir une
structure contenant un ensemble : la première est d’étendre cet ensemble jusqu’à obtenir la structure
souhaitée, et la deuxième est de prendre une surestimation des structure qui contiennent l’ensemble
en question pour en prendre l’intersection. L’avantage de la première méthode est d’en général donner
une description explicite de la structure attendue, mais celle-ci peut-être difficilement manipulable,
alors que la deuxième façon permet de traiter de façon systématique ce genre de problèmes (c’est ce
que nous utiliserons dans la suite du document).
Proposition 2.2.2 (Caractérisation d’une partition). Soit E un ensemble et P ⊆ P(E), les deux
propositions sont équivalentes :
• P est une partition de E.
• Les conditions suivantes sont respectées :
— ∀P ∈ P , P ̸= ∅.
20
Cours lycée
P5
P2 P4
P1 P3
— ∀x ∈ E, ∃P ∈ P , x ∈ P .
— ∀x ∈ E, ∀P ∈ P , ∀P ′ ∈ P , (x ∈ P ∧ x ∈ P ′ ) =⇒ P = P ′
∀x ∈ E, ∃!P ∈ P , x ∈ P
signifiant « il existe un unique élément tel que » plutôt que simplement « il existe ». Nous éviterons
d’utiliser ce symbole car il évite de voir l’importance que revêt l’unicité dans la phrase.
donc P ∩ P ′ = ∅.
Les deux définitions sont donc équivalentes.
Nous allons maintenant voir un théorème exprimant l’équivalence entre une relation d’équivalence
et une partition.
Théorème 2.1 (Equivalence d’une partition et d’un ensemble quotient). Soit E un ensemble. Alors
pour toute partition P il existe une unique relation d’équivalence ∼P telle que E/∼P = P .
Réciproquement, si ∼ est une relation d’équivalence, alors E/∼ est une partition de E.
21
Cours lycée
Exercice 2.12 (Direction d’une droite). Soit D l’ensemble des droites du plan. On décide de par-
titionner cet ensemble en regroupant les droites qui ont la même direction. Quelle est la relation
d’équivalence correspondant à cette partition ?
22
Cours lycée
Exemple 2.16. En prenant E = {1, 2, 3}, on remarque que {1} ⊆ {1, 2} et {1} ⊆ {1, 3} mais que
¬({1, 2} ⊆ {1, 3}), de même que ¬({1, 3} ⊆ {1, 2}). Donc ces deux ensembles sont dits incomparables.
Définition 2.10 (Ordre total). Soit E un ensemble et ⪯ une relation d’ordre sur E. On dit que ⪯
est total si :
∀x ∈ E, ∀y ∈ E, x ⪯ y ∨ y ⪯ x
signifiant que deux éléments peuvent toujours être comparés.
Définition 2.11 (Minorant, majorant). Soit (E, ⪯) un ensemble ordonné, et soit A ⊆ E une partie
de E. On dit que m est un minorant de A lorsque
∀x ∈ A, m ⪯ x
c’est donc un élément plus petit que l’ensemble des éléments de A. On dit que M est un majorant de
A lorsque
∀x ∈ A, x ⪯ M
c’est donc un élément plus grand que l’ensemble des éléments de A.
Remarque. Un minorant, comme un majorant, n’est en général pas unique. En prenant par exemple
E = R et A = {0, 1, 5, 6}, on remarque que −1 comme 0 sont des minorants de A. De même, 8 et 9
sont des majorants de A.
Ajoutons une notion plus fine que celle de majorant et de minorant que sont les bornes supérieures
ét inférieures.
Définition 2.12 (Borne supérieure, borne inférieure). Soit (E, ⪯) un ensemble ordonné, et soit A ⊆ E
une partie de E. On dit que m est la borne inférieure de A si m est un minorant de A tel que pour
tout x minorant de A, on a
x⪯m
et de même, on dit que M est le borne supérieure de A si M est un majorant de A tel que pour tout
majorant x de A, on a
M ⪯x
Ce sont donc le plus grand minorant et le plus petit minorant. Attention cependant, ceux-ci
n’existent pas forcément.
Proposition 2.2.3. Si A a une borne supérieure, alors celle-ci est unique. De même, si A a une
borne inférieure, celle-ci est unique.
Démonstration. Nous ne traiterons que le cas de la borne supérieure : l’autre cas est laissé en exercice
au lecteur.
Soit M borne supérieure et A et M ′ borne supérieure de A. Alors comme M est plus petit que
tous les majorants de A et que M ′ est un majorant de A, on en déduit que M ⪯ M ′ . De même, M est
un majorant de A et M ′ est plus petit que tous les majorants de A, donc M ′ ⪯ M .
On en déduit que M = M ′ .
23
Cours lycée
2.2.5 Fonctions
Nous allons maintenant introduire ce qui est sûrement l’élément le plus important des mathéma-
tiques : les fonctions. En effet, que cela soit en algèbre, en analyse ou même en géométrie, la notion
de fonction est omniprésente. Nous allons donc préciser ce qu’est une fonction.
Remarque. Dans ce document, nous parlerons indifféremment de fonctions ou d’applications. Les deux
termes ont la même signification.
Définition 2.13 (Fonction). Soient E et F des ensembles. On appelle une fonction un triplet (E, F, Γ)
où Γ ⊆ E × F est une relation entre E et F telle que pour tout x ∈ E, il existe un unique couple
α ∈ Γ tel que x est le premier élément de α.
Autrement dit, Γ est un ensemble de couples de la forme (x, y) où x ∈ E, y ∈ F et tel qu’à x fixé,
il y a un seul couple de la forme (x, y).
Pour noter E, appelé l’ensemble de départ (ou domaine) de f , et F appelé l’ensemble d’arrivée
(ou codomaine) de f , on écrit f : E → F . Comme nous connaissons déjà les éléments x ∈ E, décrire
l’ensemble des couples (x, y) composant Γ (appelé le graphe de f ) se fait en donnant la forme de y
en fonction de x. Pour cela, on écrit x 7→ f (x). On appelle antécédent l’élément x et image l’élément
f (x).
Exemple 2.17.
• f : R −→ R
x 7−→ x2
• g : N −→ N
n 7−→ n + 2
• 0 : R −→ R
x 7−→ 0
• i : N −→ R
x 7−→ x
• idN : N −→ N
n 7−→ n
Les fonctions sont essentielles car elles nous permettent de définir des liens entre des objets ma-
thématiques. De plus, elles sont l’objet d’étude privilégié de la discipline appelée l’analyse.
Remarque. La fonction idN , appelée la fonction identité, peut se généraliser à n’importe quel ensemble
E:
idE : E −→ E
x 7−→ x
De plus, le graphe de cette fonction est la diagonale de l’ensemble : {(x, x) | x ∈ E}.
Enfin, nous allons définir une opération sur les fonctions, qui permet de s’abstraire de l’évaluation
d’une fonction en lui donnant un argument :
g ◦ f : E −→ G
x 7−→ g(f (x))
Démonstration. Montrons que la relation donnée par le graphe de g ◦ f est fonctionnelle. En effet,
ce qu’il est essentiel de montrer est que pour x ∈ E, il existe un unique élément y ∈ G tel que
(g ◦ f )(x) = y.
24
Cours lycée
Soit x ∈ E, alors (g ◦ f )(x) = g(f (x)), or il existe un unique y ′ ∈ F tel que y ′ = f (x) et il existe un
unique y ∈ G tel que y = g(y ′ ) (car f et g sont des fonctions). Donc il existe un unique y ∈ G tel que
(g ◦ f )(x) = y.
On en déduit que g ◦ f est bien définie en tant que fonction.
h ◦ (g ◦ f ) = (h ◦ g) ◦ f
∀x ∈ E, ∀y ∈ E, f (x) = f (y) =⇒ x = y
Démonstration. Montrons l’équivalence par double implication. On va donc montrer dans un premier
temps que si une fonction est bijective alors il existe une fonction g telle que décrite plus haut, puis
que s’il existe une telle fonction g alors f est bijective.
⇒ Supposons que f est bijective. Alors soit la fonction g : F → E définie par le graphe
réciproque de f : ∀x ∈ E, ∀y ∈ F, f (x) = y ⇐⇒ x = g(y). On remarque que par construction,
x = g(y) = g(f (x)) et y = f (x) = f (g(y)). Il suffit donc de vérifier que g est bien une fonction.
Pour cela, on remarque que f étant une bijection, pour tout y ∈ F , il existe un unique x ∈ E
tel que f (x) = y, donc tel que x = g(y). On en déduit donc que pour tout y ∈ F , il existe une
unique image g(y), donc g est bien définie en tant que fonction.
⇐ Supposons qu’il existe g telle que f ◦ g = idF et g ◦ f = idE . Montrons que f est injective.
Soient x, y ∈ E tels que f (x) = f (y). Alors g(f (x)) = g(f (y)), ce qui signifie que x = y puisque
∀a, g(f (a)) = a. On en déduit que f est injective. Montrons maintenant qu’elle est surjective.
Soit y ∈ F , alors g(y) ∈ E et f (g(y)) = y par hypothèse, donc g(y) est un antécédent de y : tout
élément y ∈ F possède un antécédent, donc f est surjective.
L’équivalence est donc prouvée par double implication.
25
Cours lycée
On peut prouver une version plus forte de ce résultat : en effet, on peut remarquer que pour
l’injectivité, on utilise l’un des deux sens, et l’autre sens pour la surjectivité. En réalité, on peut
caractériser ainsi l’injectivité et la surjectivité.
Définition 2.17 (Image directe, image réciproque). Soit f : E → F une fonction, soient E ′ ⊆ E et
F ′ ⊆ F . On définit l’image directe de E ′ par f , notée f (E ′ ), par
f (E ′ ) = {f (x) | x ∈ E ′ }
f −1 (F ′ ) = {x | x ∈ E, f (x) ∈ F ′ }
26
Cours lycée
3 Combinatoire et dénombrement
Cette section est centrée sur l’étude du dénombrement, que l’on pourrait résumer en « l’art de
compter efficacement ». Nous verrons donc dans un premier temps la notion de cardinal, puis quelques
cardinaux classiques, puis nous étudierons les coefficients binomiaux, pierre angulaire du dénombre-
ment.
3.1 Cardinal
Le cardinal d’un ensemble est le nombre d’éléments qui sont dans cet ensemble. Par exemple, le
cardinal de {0} est 1, puisqu’il y a 1 élément.
Définition 3.1 (Cardinal). Soit E un ensemble. S’il existe un élément n ∈ N tel que E est en bijection
avec {1, . . . , n}, alors on dit que E est fini de cardinal n, ce que l’on écrit
card(E) = n
Le cardinal est donc une information préservée par des bijections. Ce qui s’exprime par le théorème
qui suit.
Démonstration. En effet, soit g : {1, . . . , n} → E bijective (qui existe par définition du fait que E est
de cardinal n). Puisque f est aussi bijective, f ◦ g : {1, . . . , n} → F est bijective, donc par définition
F est de cardinal n .
27
Cours lycée
L’hypothèse E ∩F = ∅ est importante pour définir f ′ ici : l’injectivité provient directement de cette
hypothèse (sinon, x aurait pu appartenir à E et l’on n’aurait pas un unique antécédent). L’exercice
qui suit est la généralisation au cas où E ∩ F est quelconque.
Exercice 3.1 (Cardinal d’une union quelconque). Soient E et F deux ensembles. Montrer que :
E × F = (E ′ × F ) ∪ {(a, x) | x ∈ F }
E =F ×k
Démonstration. Nous allons dénombrer les triplets (E, F, Γ) où Γ est un graphe fonctionnel. Par
définition, E et F étant fixé, il y a autant de tels triplets que de graphes fonctionnels Γ. Nous allons
alors raisonner par récurrence sur le cardinal de E :
• Si E = ∅, alors le seul graphe possible est le graphe vide, auquel cas F E = {(∅, F, ∅)}, ce qui
vérifie l’égalité.
′ ′
• Si E = E ′ ∪ {a} et card(F E ) = card(F )card(E ) , alors on peut définir
π : F(E, F ) −→ F(E ′ , F )
f 7−→ f|E ′
Dans ce cas, π(f ) = π(f ′ ) si et seulement si f et f ′ ne diffèrent que sur leur image par a. Or il
y a card(F ) images possibles pour a, donc par le lemme des bergers :
′ ′
card(F E ) = card(F )card(E ) × card(F ) = card(F )card(E )+1 = card(F )card(E)
28
Cours lycée
Exercice 3.4 (Sur les fonctions caractéristiques ∗). Soit E un ensemble. On définit
Définition 3.2 (Factorielle). Soit n un entier. On appelle factorielle de n, que l’on note n!, l’entier
n
Y
n! = i = 1 × 2 × ... × n
i=1
(card(F ))!
AE
F =
(card(F ) − card(E))!
Démonstration. Nous ne donnerons qu’une idée de la preuve, le lecteur assidu rédigera les morceaux
manquants. L’ensemble des injections peut se définir par récurrence : on a 1 fonction depuis l’ensemble
vide, puis card(F ) choix pour l’image du premier élément, puis card(F ) − 1 choix pour l’image du
deuxième éléments, etc. jusqu’à avoir card(E) images choisies dans F .
Définition 3.4 (Permutation). Soit E un ensemble fini. On appelle l’ensemble des permutations de
E l’ensemble F(E, E), et l’on le note S(E), ou encore Sn lorsque E = {1, . . . , n} (une permutation
de Sn peut s’interpréter comme un mélange des entiers de 1 à n). De plus,
card(Sn ) = n!
Démonstration. L’idée de la preuve est d’utiliser le fait qu’une bijection est injective pour obtenir n!
permutations.
29
Cours lycée
3.2.1 Propriétés
Nous allons maintenant donner différentes propriétés des coefficients binômiaux.
Démonstration. La bijection entre les parties à k éléments et les parties à n−k éléments est la fonction
définie par E 7→ {1, . . . , n} \ E.
Cette propriété revient à dire que choisir n − k éléments revient à choisir les k éléments à ne pas
inclure dans la partie que l’on construit.
et !
n
=1
0
!
n
Démonstration. Il n’y a, d’abord, qu’une partie à 0 éléments : c’est ∅. On en déduit que = 1.
0
Soit une partie E à k + 1 éléments. Alors soit n + 1 ∈ E, soit n + 1 ∈ / E, et ces deux cas sont
disjoint. Traitons alors chaque cas :
• Si n + 1 ∈ E, alors on a une bijection entre les telles parties E et les parties à k éléments : à
E on associe E \ {n + 1} et !
la bijection réciproque est donnée par l’application qui à E associe
n
E ∪ {n + 1}. Donc il y a telles parties.
k
• Si n ∈/ E, alors on a une bijection entre les telles parties E et les parties à k + 1 éléments, puisque
ces parties sont aussi, alors, des parties de {1, . . . , n} à k + 1 éléments. Réciproquement, toute
partie de k +!1 éléments de {1, . . . , n} est une partie à k + 1 éléments de {1, . . . , n + 1}. Donc
n
il y a telles parties.
k+1
! ! ! !
n+1 n n n
Puisque l’union est disjointe, on en déduit que = + et = 1.
k+1 k k+1 0
30
Cours lycée
!
n
Remarque. A partir des deux propriétés précédentes, on peut en déduire que = 1. On peut ainsi
n
! !
n n
pour chaque entier trouver directement la valeur de et de , et calculer récursivement la
n 0
!
n
valeur d’un quelconque à partir de là. C’est ce qu’on appelle le triangle de Pascal, du nom de
k
son inventeur et à cause de la forme qu’a l’ensemble des coefficients binomiaux lorsque l’on les donne
par liste (c.f. le dessin ci-dessous).
1 1
1 2 1
1 3 3 1
1 4 6 4 1
Nous allons maintenant voir une formule explicite pour le calcul d’un coefficient binomial.
Démonstration. Soit une partie E ⊆ {1, . . . , n} de cardinal k. On considère l’ensemble des injections
n!
de E dans {1, . . . , n} : il y en a . Or une injection est exactement une liste d’éléments de
(n − k)!
{1, . . . , n} (en comptant l’ordre), et deux listes donnent le même ensemble d’arrivée si et seulement
s’il existe une permutation faisant passer de la première liste à la deuxième. Il y a k! permutations
au sein d’une liste, et on a donc k! listes possibles de taille k pour un ensemble fixé. On a donc
! !
n n! n n!
k× = , ce qui revient à dire = .
k (n − k)! k k!(n − k)!
Les exercices qui suivent sont importants pour comprendre l’intérêt d’avoir défini les coefficients
binômiaux.
Exercice 3.5. Soient a, b deux nombres réels et n un entier naturel. Montrer que
n
!
n
X n k n−k
(a + b) = a b = bn + nabn−1 + . . . + nan−1 b + an
k=0
k
31
Cours lycée
Deuxième partie
Géométrie
4 Construction des vecteurs
Nous allons dans cette section définir formellement les vecteurs et en donner les propriétés immé-
diates. Donnons d’abord les notions que l’on considère comme étant axiomatique, c’est-à-dire acceptées
comme connues sans devoir être définie, dans le cadre de la géométrie affine (c’est la géométrie étudiant
les points du plan et leurs transformations).
Nous admettrons l’existence de la relation de parallélisme ainsi que ses propriétés, la perpendicu-
larité et ses propriétés, ainsi que la notion d’angle et de distance entre deux point, permettant donc
de définir par exemple la médiatrice d’un segment ou le milieu de deux points.
De plus, on notera P le plan, qui est considéré comme un ensemble de points, et D l’ensemble des
droites du plan : D ⊆ 2P .
Un vecteur est un déplacement rectiligne du plan. On peut le voir comme un élément de F(P, P)
ou comme un ensemble de couples du plan, ce que l’on va considérer ici. Un vecteur est défini par sa
norme, sa direction et son sens. On pourrait alors définir une relation d’équivalence sur les couples
de points en cherchant à définir norme, direction et sens, de sorte que deux couples appartiennent au
même vecteur s’ils définissent la même norme, direction et sens. Cependant, nous allons plutôt utiliser
−→ −→
une propriété annexe des vecteurs, qui est que si AB = CD alors (ABDC) est un parallélogramme,
et réciproquement. Définissons donc un vecteur à partir de cette propriété.
Définition 4.1 (Bipoint). On appelle « bipoint » un élément de P 2 , qui est donc l’ensemble des
−→
bipoints. Ce bipoint (A, B) représente le segment orienté [AB].
Nous allons donc définir la relation d’équivalence signifiant moralement « ces deux bipoints défi-
nissent le même vecteur » :
Définition 4.2 (Equipollence). On définit la relation ∼ d’équivalence sur les bipoints par :
On met donc dans la même classe deux bipoints qui désignent un mouvement dans la même
direction et le même sens d’une longueur égale.
32
Cours lycée
A D
F
E
Démonstration. Il faut donc prouver que si (A, B) ∼ (A, B ′ ) alors B = B ′ . Par hypothèse, (ABB ′ A)
est un parallélogramme, donc BB ′ = AA = 0, donc B ′ = B. Il n’y a donc qu’un couple possible dans
−→
une classe d’équivalence donnée, donc (P, P, u ) est bien une fonction du plan.
Nous allons montrer qu’un vecteur est caractérisé par sa norme, sa direction et son sens. Pour cela,
nous allons montrer un lemme (c’est-à-dire un résultat intermédiaire).
−→ −→
Lemme 4.1.1. Soit u un vecteur. Alors l’ensemble des bipoints appartenant à u forment des
segments de même longueur et des droites toutes parallèles entre elles.
Démonstration. Cela découle directement des propriétés d’un parallélogramme : si (A, B) ∼ (C, D)
alors le parallélogramme (ABDC) possède des côtés opposés de même longueur, donc AB = CD. De
plus, les côtés opposés étant parallèles, (AB) et (CD) sont parallèles.
−→
Il en découle qu’on peut définir la norme d’un vecteur, notée ∥ u ∥ comme étant la distance entre les
points d’un bipoint du vecteur, et la direction comme l’ensemble des droites parallèles qui prolongent
les segments des bipoints. Avoir le même sens signifie pour deux demi-droites parallèles que l’une
des deux possède l’ensemble de ses projetés orthogonaux sur l’autre droite inclus dans la deuxième
demi-droite.
−→ −→ −→ −→
Proposition 4.1.1. Soit u et u′ de même norme, même direction et même sens. Alors u = u′ .
−→ −→
Démonstration. Soit un point A, montrons que u A = u′ A. soit B et C respectivement l’image
−→ −→ −→ −→
par u et l’image par u′ de A. Soit alors le quadrilatère (ABCA). Puisque u et u′ ont la même
direction, on en déduit que B et C sont alignés avec A. De plus, comme les vecteurs ont la même
norme, soit ils sont de part et d’autre de A et A est le milieu de [BC], soit ils sont superposés. Or
puisque les vecteurs ont même sens, ils ne peuvent pas être de part et d’autre de A. Donc B = C,
−→ −→
donc u = u′ .
33
Cours lycée
−→ −→ −→ −→
Définition 4.5. Soient u et v deux vecteurs. On définit u + v par
−→ −→ −→ −→
u + v = u ◦ v
Cette addition de vecteur possède une propriété appelée la relation de Chasles, elle dit qu’un
mouvement d’un point A à un point B puis du point B à un point C équivaut à un mouvement du
point A au point C directement.
Proposition 4.2.4 (Relation de Chasles). Soient A, B, C trois points du plan. L’identité suivante est
vérifiée :
−→ −→ −→
AB + BC = AC
−→ −→ −→
Démonstration. Par définition, la fonction donnée par AB + BC envoie A sur C, comme AC, donc
ces deux vecteurs ont même norme, même direction et même sens : ils sont égaux.
34
Cours lycée
−→ −→
Démonstration. Soit u un vecteur. On pose − u comme ayant la même direction, la même norme
−→ −→
mais le sens opposé : on en déduit que A = − u ( u A) ce qui signifie que la composée des fonctions
−→ −→ −→ −→ −→ −→ −→ −→
représentant u et − u vaut le vecteur AA = 0 . Donc on a trouvé − u tel que u + (− u ) = 0 .
−→
Ce vecteur est unique car si on avait v un autre opposé, alors
−→ −→ −→ −→ −→ −→ −→
v =−u + u + v =−u + 0 =−u
Démonstration. Ce vecteur est bien défini par la caractérisation d’un vecteur par sa norme, sa direction
et son sens.
−→ −→
Exercice 4.1. Soit u et v deux vecteurs, k et k ′ deux réels. Montrer :
−→ −→
• (k × k ′ ) u = k(k ′ u )
−→ −→ −→ −→
• k( u + v ) = k u + k v
−→ −→ −→
• (k + k ′ ) u = k u + k ′ u
−→ −→
• 1u = u
Remarque. Le vecteur nul est donc colinéaire à tous les vecteurs, en prenant k = 0.
−→ −→ −→ −→
Définition 4.8. On appelle base du plan P un couple ( u , v ) où u et v ne sont pas colinéaires.
Une base est importante car elle permet d’écrire n’importe quel vecteur.
−→ −→ −→
Proposition 4.3.1. Soit B = ( u , v ) une base du plan. Alors pour tout vecteur w il existe un
−→ −→ −→
unique couple (x, y) tel que w = x u + y v .
35
Cours lycée
−→ −→ −→
Démonstration. Soit A un point quelconque, B = w A, C = v A, D = u A. On trace les droites (AD)
et (AC) puis les parallèles à (AD) passant par B et à (AC) passant par B. On note respectivement J
−→ −→ −→
et I les points d’intersections. Cette construction forme un parallélogramme, donc w = AI + AJ et
−→ −→ −→ −→
comme ADI sont alignés et ACJ, on en déduit qu’il existe k1 , k2 tels que AI = k1 u et AJ = k2 v .
−→ −→ −→
D’où w = k1 u + k2 v .
De plus, k1 et k2 sont uniques. En effet, s’il existe une autre décomposition alors on trouve un
parallélogramme en A et B passant par C et D : il est unique et c’est déjà (AIBJ). Donc les facteurs
d’une autre décomposition sont k1 et k2 , donc ces facteurs sont uniques.
C
D
A
Une base permet donc de décomposer n’importe quel vecteur comme somme de deux vecteurs
particuliers, qui sont colinéaires aux vecteurs de la base. On notera (x−u→ , y−u→ ) les coefficients tels que
−→ −→ −→ −→ −→
u = x−u→ e 1 + y−u→ e2 pour une base ( e 1 , e 2 ).
−→ −→
Exercice 4.2. Soient u et v deux vecteurs. Montrer que
Nous pouvons alors définir un repère : celui-ci sert à repérer des points du plan, et à donner des
coordonnées non pas aux vecteurs mais aux points directement.
Définition 4.9. On appelle repère un triplet (O, e1 , e2 ) où O est un point fixé, nommé l’origine du
−→ −→
repère, et ( e 1 , e 2 ) forme une base.
−→
Proposition 4.3.2. Pour tout point A, il existe un unique couple de réels (k1 , k2 ) tel que OA =
−→ −→
k1 e 1 + k2 e 2 .
36
Cours lycée
Nous allons maintenant voir les notions de base orthogonale et normée, puis étudier certaines
propriétés des vecteurs liées aux coordonnées.
Définition 4.10. Soit B une base. On dit que B est orthogonale si les deux vecteurs qui la constituent
ont des directions perpendiculaires. On dit que B est normée si les vecteurs qui la constituent sont de
norme 1. Une base à la fois orthogonale et normée est appelée une base orthonormée.
−→ −→
Proposition 4.3.3. Soit u un vecteur, de coordonnées (x, y) et v de coordonnées (x′ , y ′ ). Alors
−→ −→ −→
u + v a pour coordonnées (x + x′ , y + y ′ ). De plus, − u a pour coordonnées (−x, −y).
−→ −→ −→ −→ −→ −→
Démonstration. On a les égalités u = x e 1 +y e 2 et v = x′ e 1 + y ′ e 2 , donc
−→ −→ −→ −→
u + v = (x + x′ ) e 1 + (y + y ′ ) e
2
37
Cours lycée
−→ −→
Proposition 4.4.1. En reprenant les notations précédentes, u et v sont colinéaires si et seulement
−→ −→
si det( u , v ) = 0.
Démonstration. En effet, si l’un des vecteurs est multiple de l’autre, on vérifie directement que le
déterminant des deux vecteurs est nul. Réciproquement, si le déterminant est nul, alors on en déduit
que xy ′ = x′ y, ce qui signifie que soit (y, y ′ ) = (0, 0), auquel cas les deux vecteurs sont colinéaires,
x x′
soit en divisant par y et y ′ , = ′ . Ce qui montre que les deux vecteurs sont proportionnels, donc
y y
qu’ils sont colinéaires.
Exercice 4.3. Soient deux droites passant respectivement par A et B, et par C et D. Montrer que
−→ −→
les deux droites sont parallèles si et seulement si det(AB, CD) = 0.
e2
A e1 C
Figure 13 – Schéma d’une base orthonormée et de la décomposition d’un vecteur dans cette base
38
Cours lycée
5 Angles et trigonométrie
Nous allons ici traiter des angles et de leur rapport aux longueurs. Nous commencerons par définir ce
que nous appellerons un angle, bien qu’une part importante de ces définitions ne peut pas être explicitée
(une définition parfaitement rigoureuse des angles demande d’étudier en profondeur les transformations
du plan, et une définition rigoureuse de la trigonométrie demande des outils très poussés d’analyse).
Cependant, nous mettrons ici l’accent sur l’utilisation de radians plutôt que de degrés pour mesurer
les angles. En effet, cette mesure est bien plus efficace en mathématiques, puisqu’elle n’est qu’une
mesure de distance.
−→ −→ −→ −→
Définition 5.1 (Angle). Soient deux vecteurs u et v . On appelle angle entre u et v , et l’on note
−→ −→
( u , v ), l’angle formé en appliquant les deux vecteurs à un point A quelconque et en prolongeant
les demi-droites ainsi créées. On appelle mesure de l’angle la longueur de l’arc de cercle de rayon 1
compris entre ces deux demi-droites, et l’unité de ces angles s’appelle les radians (cf figure 14).
−→ −→
(u, v )
O A
θ
••
O
H A
•
−θ
Définition 5.2 (Sinus, cosinus, tangente). Soit θ un point du cercle trigonométrique (d’angle θ). On
définit les coordonnées de θ par (cos(θ), sin(θ)).
De façon équivalente, on définit dans le triangle rectangle en H, (OHθ), les deux valeurs par
Hθ OH
sin(θ) = , cos(θ) = .
Oθ Oθ
39
Cours lycée
Démonstration. L’idée de la preuve est simplement que puisque Oθ = 1, les quotients se simplifient.
Remarque. Puisque l’angle correspond à la partie parcourue sur un cercle de rayon 1, un tour entier
π
correspond à un angle de 2π, un demi-tour à un angle de π, un quart de tour à un angle de , etc.
2
π
Voici un tableau listant des valeurs importantes de cos et sin pour θ ∈ 0; :
2
π π π π
θ 0
6 4 3 2
√ √
3 2 1
cos(θ) 1 0
2 2 2
√ √
1 2 3
sin(θ) 0 1
2 2 2
En regardant le cercle trigonométrique, on remarque les identités suivantes (nous les admettrons
ici) :
• cos(−θ) = cos(θ)
• sin(−θ) = − sin(θ)
• cos(π − θ) = − cos(θ)
• sin(π − θ) = sin(θ)
• cos(π + θ) = − cos(θ)
• sin(π + θ) = − sin(θ)
De plus, comme un angle est le même en ajoutant un multiple de 2π (faire un tour revient à ne
rien faire), on en déduit que cos(x + 2π) = cos(x) et que sin(x + 2π) = sin(x) : on dit que les deux
fonctions sont 2π-périodiques.
Enfin, nous allons démontrer une identité essentielle pour étudier les fonctions trigonométriques.
40
Cours lycée
D
sin(β)
α
1 F C
cos(β)
\ \ sin(α)
β
α
A E B
A partir des identités précédentes et des formules liées à la symétries dans le cercle trigonométrique,
on peut déduire de nouvelles identités :
• cos(α − β) = cos(α) cos(−β) − sin(α) sin(β) = cos(α) cos(β) + sin(α) sin(β)
• sin(α − β) = cos(α) sin(−β) + sin(α) cos(−β) = sin(α) cos(β) − cos(α) sin(β)
Enfin, en considérant α = β, on trouve les formules
cos(2α) = cos2 (α) − sin2 (α)
et
sin(2α) = 2 sin(α) cos(α)
Exercice 5.1 (D’autres égalités). Cet exercice vise à démontrer d’autres égalités sur les fonctions
trigonométriques. Certaines égalités sont plus faciles à obtenir en utilisant celles déjà démontrées dans
l’exercice.
• En utilisant l’égalité fondamentale, réécrire cos(2α) en une formule n’utilisant pas sin2 (α), puis
en une formule n’utilisant pas cos2 (α).
• En additionnant cos(α + β) et cos(α − β), trouver une formule exprimant cos(α) cos(β).
• De même, exprimer sin(α) sin(β).
• De même, exprimer sin(α) cos(β) et cos(α) sin(β).
• En additionnant ou soustrayant les identités précédentes, déduire une formule exprimant cos(a)+
cos(b), cos(a) − cos(b), sin(a) + sin(b) et sin(a) − sin(b). Indice : On posera le changement de
a+b a−b
variable a = α + β, b = α − β, ce qui équivaut à α = et β = .
2 2
41
Cours lycée
6 Produit scalaire
Cette partie s’intéresse à un outil important à la fois en mathématiques et en physique : le produit
scalaire. Nous le définirons puis en donnerons des définitions équivalentes, dans un premier temps.
Ensuite, nous donnerons plusieurs propriétés du produit scalaire et nous verrons enfin une application
du produit scalaire pour déterminer une équation de cercle. Pour donner des définitions équivalentes,
il nous faut démontrer un premier théorème : le théorème d’Al Kashi.
6.1 Définitions
Le produit scalaire est une opérations prenant deux vecteurs et renvoyant un réel. On peut l’as-
similer à une opération étudiant la projection d’un vecteur sur un autre (nous verrons une propriété
rendant cette idée plus claire).
−→ −→
Définition 6.1. Soient u et v deux vecteurs du plan. On appelle produit scalaire, et on note
−→ −→
u · v , le réel
−→ −→ −→ −→ −→ −→
u · v = ∥ u ∥ × ∥ v ∥ × cos( u , v )
c2 = a2 + b2 − 2ab cos(ACB)
\
b
a
H
h
A c B
Démonstration. On veut donc évaluer c2 . Pour cela, on utilisera le projeté orthogonal de B sur (AC)
(noté H, c.f. figure 17). De plus, nous voulons exprimer les longueurs avec Ĉ = ACB.
\
Tout d’abord, dans le triangle (ABH), par trigonométrie, on trouve que CH = cos(Ĉ)a, d’où
AH = b − a cos(Ĉ). De plus, toujours par trigonométrie, h = a sin(Ĉ).
En utilisant le théorème de Pythagore dans (ABH), rectangle en H, on en déduit que c2 =
h + AH 2 , d’où en remplaçant AH et h :
2
ce qui, en développant, donne c2 = b2 + a2 (cos2 (Ĉ) + sin2 (Ĉ)) − 2ab cos(Ĉ) or cos2 (Ĉ) + sin2 (Ĉ) = 1,
d’où c2 = b2 + a2 − 2ab cos(Ĉ).
Grâce au théorème d’Al Kashi, on peut désormais trouver de nouvelles formules pour calculer le
produit scalaire.
−→ −→
Proposition 6.1.1 (Identité de polarisation 1). Soient u et v deux vecteurs du plan, on a l’égalité
suivante :
1
−→ −→
−→ −→
2
−→
2
−→
2
u · v =
u + v
−
u
−
v
2
42
Cours lycée
−→ −→ −→
u + v v
B
−→
u
A
Démonstration. Nous utiliserons les notations de la figure 18. On remarque d’abord que B̂ = π −
−→ −→ −→ −→ −→
( u , v ) (en effet, en prolongeant le vecteur u , on obtient un angle total plat et l’angle ( u , v ) de
l’autre côté de B̂).
−→ −→ −→ −→ −→ −→ −→ −→
On en déduit donc, en utilisant Al Kashi, que ∥ u + v ∥2 = ∥ u ∥2 +∥ v ∥2 +2∥ u ∥∥ v ∥ cos( u , v )
−→ −→ −→ −→ −→ −→ −→ −→
or∥ u ∥∥ v ∥ cos( u , v ) = u · v . En isolant u · v , on en déduit l’équation souhaitée, c’est-à-dire
−→ −→
−→ −→
2
−→
2
−→
2
1
u · v = 2
u + v
−
u
−
v
.
−→ −→ −→
u u − v
B
−→
v
A
Démonstration. Nous utiliserons les notations de la figure 19. La formule d’Al Kashi donne directement
−→ −→ −→ −→ −→ −→
∥ u − v ∥2 = ∥ u ∥2 + ∥ v ∥2 − 2 u · v
−→ −→
−→
2
−→
2
−→ −→
2
1
d’où en isolant le produit scalaire u · v = 2
u
+
v
−
u − v
.
Les deux équations précédentes nous fournissent une dernière expression du produit scalaire.
−→ −→
Proposition 6.1.3 (Identité de polarisation 3). Pour deux vecteurs u et v , le produit scalaire
s’exprime
1
−→ −→
−→ −→
2
−→ −→
2
u · v =
u + v
−
u − v
4
Démonstration. Il suffit d’additionner les deux identités précédente puis de diviser ces identités par
2.
−→ −→
Enfin, si l’on dispose d’une base orthonormée ( e 1 , e 2 ), on obtient une nouvelle identité.
43
Cours lycée
−→ −→ −→ −→
Proposition 6.1.4. Soit ( e 1 , e 2 ) une base orthonormée, u et v deux vecteurs de coordonnées
respectives (x, y) et (x′ , y ′ ), alors
−→ −→
u · v = xx′ + yy ′
6.2 Propriétés
Nous allons montrer les propriétés essentielles du produit scalaire.
Tout d’abord, le produit scalaire est dit symétrique.
−→ −→
Proposition 6.2.1 (Symétrie). Soient u et v deux vecteurs, alors
−→ −→ −→ −→
u · v = v · u
−→ −→
Démonstration. En repassant par la définition, on remarque qu’il suffit de prouver que cos( u , v ) =
−→ −→ −→ −→ −→ −→ −→ −→
cos( v , u ), or cos( v , u ) = cos(−( u , v )) = cos( u , v ).
Nous avons dans l’introduction de cette partie mentionné un lien avec la projection d’un vecteur
sur un autre. Voici la propriété qui illustre ce lien.
−→ −→ −→ −→
Proposition 6.2.3. Soient u et v deux vecteurs, ainsi que w le projeté orthogonal de w sur la
−→
droite prolongeant u . Alors
−→ −→ −→ −→
u · v = u · w
−→
v
−→
w
−→
u
−→ −→ −→ −→
Démonstration. La trigonométrie nous donne directement ∥ w ∥ = ∥ v ∥ cos( u , v ) or on sait de plus,
−→ −→
par propriété du projeté orthogonal, que ( u , w ) = 1, d’où le résultat.
44
Cours lycée
−→
Proposition 6.2.4. Soit u un vecteur du plan. Alors
−→ −→ −→
∥ u ∥2 = u · u
Enfin, le produit scalaire sert de critère d’orthogonalité (i.e. de critère pour savoir si deux vecteurs
sont de directions perpendiculaires).
−→ −→ −→ −→
Proposition 6.2.5. Soient u et v deux vecteurs. Alors u et v sont orthogonaux si et seulement
−→ −→
si u · v = 0.
Démonstration. Si l’un des vecteurs est nul, il est par convention orthogonal à tout autre vecteur. Si
les deux vecteurs sont non nuls, alors :
π −→ −→
Si les deux vecteurs ont un angle absolu différent de , par définition, cos( u , v ) est non nul,
−→ −→
2
donc u · v ̸= 0.
π
Si les deux vecteurs ont un angle absolu de , alors le cosinus de leur angle est nul donc les deux
2
vecteurs sont nuls.
−→ −→ −→ −→
Donc u ⊥ v ⇐⇒ u · v = 0.
Exercice 6.1. Soient A et B deux points. Le but de ce problème est de décrire l’ensemble des point
formant le cercle C de diamètre [AB].
−→ −→
• Soit M . Montrer que M ∈ C ⇐⇒ M A · M B = 0.
• En posant une base orthonormée, en déduire une équation du cercle en fonction des coordonnées
de A et B. Indication : on posera les coordonnées du point M comme valant (x, y), qui seront
les variables de l’équation de cercle.
45
Cours lycée
Troisième partie
Algèbre
7 Équations et inégalités
Cette section s’intéressera à la manipulation d’équations et d’inéquations. Une équation est une
proposition composée uniquement de la relation « = » utilisée une fois avec une variable libre, appelée
inconnue, souvent notée x, dont l’objectif est de trouver la valeur. On appelle membre gauche et
membre droit, respectivement, les expression se trouvant à la gauche et à la droite du « = ». C’est
donc un prédicat égalitaire dont on cherche à établir le domaine de vérité : trouver ce domaine s’appelle
résoudre l’équation.
x+1=0 x2 + 7x + 8 = 12 28 = 0
on remarque que la troisième équation est simplement fausse : il n’y a aucune solution à cette équation.
On utilisera ici un fait important et axiomatique (c’est-à-dire qu’il est accepté comme vrai car à
la base même de nos raisonnements) :
Axiome 7.1. Si a = b alors dans toute proposition de la forme P (a), P (b) a les mêmes valeurs de
vérité.
Cela nous renseigne sur une condition suffisante pour résoudre une équation : une équation de la
forme x = a où a ∈ R admet comme solutions exactement {a}.
Proposition 7.1.1. Soient a et b deux objet, et f une fonction prenant ces objets en argument. Alors
a = b =⇒ f (a) = f (b).
Démonstration. On suppose que a = b. On sait qu’il existe un unique couple de la forme (a, α) ∈ Γf ,
or a = b donc le couple contenant l’image de b est aussi (a, α), donc f (b) = f (a) = α.
Cette proposition est évidente, mais elle est nécessaire pour plusieurs raisonnements. En effet, on
peut maintenant trouver des solutions en appliquant des fonctions aux deux membres de l’équation.
Remarquons que nous n’avons qu’une implication, or nous voulons l’ensemble exact des valeurs de x
pour lesquelles l’équation est vérifiée : il faut donc si l’on recourt à cette méthode vérifier que chaque
solution trouvée est bel et bien solution de l’équation en réinjectant la valeur dans l’équation (ceci
signifie remplacer x par la valeur trouvée).
Exemple 7.2. Si l’on cherche x tel que x = 5 alors on peut appliquer la fonction carré, donnant
x2 = 25, or −5 aussi vérifie cette équation. Il faut donc vérifier pour chaque valeur de x trouvée si elle
est bien appropriée ou si elle est en réalité un « faux positif ».
Grâce à cette proposition, nous allons prouver deux corollaires tout aussi importants.
a = b ⇐⇒ k × a = k × b
46
Cours lycée
1
Démonstration. Soit f : x 7→ k × x de réciproque g : x 7→
× x, en composant par f puis par g, on
k
obtient a = b =⇒ k × a = k × b puis k × a = k × b =⇒ a = b, d’où a = b ⇐⇒ k × a = k × b.
Corollaire 7.1.2. Soient a et b deux réels, et k un réel. Alors
a = b ⇐⇒ a + k = b + k
Démonstration. La preuve se fait de la même façon que pour le corollaire précédent, avec les fonctions
f : x 7→ x + k et g : x 7→ x − k.
Remarque. En utilisant les deux corollaires, on trouve que a = b ⇐⇒ k × a + k ′ = k × b + k ′ pour
k ̸= 0.
Nous pouvons désormais résoudre une équation du premier degré :
Théorème 7.1 (Équations du premier degré). Soient a et b deux réels. Alors
c−b
ax + b = c ⇐⇒ x =
a
1
Démonstration. On additionne −b dans chaque membre puis on multiplie chaque membre par pour
a
obtenir l’équation sous la forme voulue.
Nous avons dès lors la solution directe à n’importe quelle équation du 1er degré.
47
Cours lycée
7.3 Inéquations
Cette section se concentrera plus précisément sur les inéquations. Comme les équations, nous
parlons de prédicat à une inconnue, mais au lieu d’une relation égalitaire, nous utilisons comme
relation une inégalité, c’est-à-dire l’une des relations suivantes : ≤, <, >, ≥.
Là encore, il est évident qu’une inéquation de la forme xRa où R est l’une des relations citées plus
tôt, se résout directement (par exemple x ≤ 2 a comme solution évidente ] − ∞; 2]).
Nous allons démontrer un résultat proche du premier résultat démontré dans la section 7.1, mais
pour la conservation d’équations.
Pour cela, nous devons ajouter une définition.
Remarque. Une fonction strictement croissante (respectivement décroissante) est donc croissante (res-
pectivement décroissante).
Cette propriété des fonctions croissantes est utile pour additionner et soustraire, car l’addition par
un nombre fixé et la multiplication par un réel strictement positif sont des fonctions croissantes.
Démonstration. On remarque directement que si x < y, alors x−y < 0. Or x−y = x+k −(y +k) donc
x + k − (y + k) < 0 ce qui est équivalent à x + k < y + k. D’où la stricte croissance de la fonction.
Proposition 7.3.3. Soit k un nombre réel strictement positif, alors x 7→ k × x est strictement crois-
sante. Si k < 0 alors x 7→ k × x est strictement décroissante.
Démonstration. On remarque que si x < y alors k(x − y) < 0 puisque k est strictement positif et x − y
strictement négatif. Donc kx < ky, d’où le résultat.
Dans le cas où k < 0, k(x − y) > 0 donc kx > ky.
De là, on en déduit comment résoudre une inéquation du premier degré en multipliant et addition-
nant des termes. En effet, ces deux fonctions donnent des inéquations équivalentes quand on compose,
puisque ce sont des bijections et que leur réciproque est aussi croissante strictement.
Théorème 7.2 (Inéquation du premier degré). Soit une inéquation de la forme ax + b < c, alors la
c−b c−b
solution est ] − ∞; [ si a > 0 et ] ; +∞[ si a < 0
a a
Démonstration. Nous montrerons uniquement le premier cas. On compose par f : x 7→ x − b puis par
x c−b
g : x 7→ pour en déduire directement x < .
a a
48
Cours lycée
Ce théorème nous permet de déduire une façon de résoudre une équation particulière.
Proposition 7.4.1. L’équation (ax + b)(a′ x + b′ ) = 0 est équivalente à ax + b = 0 ∨ a′ x + b′ = 0.
Remarque. De plus, de par la définition même de l’union ensembliste, si l’on a un système de la
forme E1 ∨ E2 où E1 et E2 sont des équations, alors en notant S1 et S2 les ensembles de solution
respectivement de E1 et E2 , la solution du système est S1 ∪ S2 .
Nous souhaitons désormais résoudre une équation de la forme
ax2 + bx + c = 0
où a ̸= 0. On peut se convaincre que résoudre cette équation nous permet de résoudre n’importe quelle
équation avec un x2 , quitte à devoir faire passer d’un seul côté du « = » tous les termes. Grâce au
résultat précédent, on sait qu’il suffit pour résoudre cette équation de trouver une forme factorisée de
l’équation, c’est-à-dire mettre l’équation sous la forme (ax + b)(a′ x + b′ ) = 0, auquel cas nous avons
une équation à produit nul et deux équations du premier degré.
Pour commencer, nous allons nous intéresser à une forme restreinte de ce problème.
Proposition 7.4.2. La solution à une équation de la forme
x2 = a
√ √
pour a ≥ 0 est { a; − a} (et il n’y a pas de solution pour a < 0.
Démonstration. Nous faisons une simple série de calculs :
x2 = a ⇐⇒ x2 − a = 0
√ √
⇐⇒ (x − a)(x + a) = 0
√ √
⇐⇒ x − a = 0 ∨ x + a = 0
√ √
x2 = a ⇐⇒ x = a ∨ x = − a
Ce cas particulier nous renseigne sur la forme que nous pouvons vouloir donner à notre équation
du second degré : si l’on peut mettre l’équation sous la forme (ax + b)2 = c alors on peut réutiliser
cette méthode pour trouver l’ensemble (potentiellement vide) des solutions de l’équation. Nous voulons
donc trouver α, β et γ tels que ax2 + bx + c = 0 ⇐⇒ (αx + β)2 = γ. Nous allons pour cela définir ce
que l’on appelle la forme canonique.
Définition 7.2 (Forme canonique). Soit une équation du second degré de la forme
ax2 + bx + c = 0
49
Cours lycée
or a2 > 0 donc il y a (au moins) une solution si et seulement si b2 − 4ac ≥ 0. On en déduit le critère
pour résoudre une équation du second degré.
Théorème 7.4 (Équation du second degré). Soit une équation du second degré de la forme
ax2 + bx + c = 0
Démonstration. Il suffit d’utiliser la proposition 7.4.2 pour l’équation sous la forme canonique.
Dans le cas où ∆ < 0, en réalité, il existe des solutions : simplement, celles-ci ne sont pas réelles
mais complexes. Les nombres complexes sont le thème du prochain chapitre ; ils sont des nombres tels
qu’il existe i, appelé nombre imaginaire, qui a la particularité que i2 = −1.
50
Cours lycée
8 Nombres complexes
Cette section se concentrera sur l’étude des nombres complexes. Ceux-ci sont définis comme des
nombres de la forme x + iy où x, y ∈ R et
i2 = −1
Si l’introduction d’un nombre de carré négatif peut sembler illicite ou étrange (en effet, un carré est
toujours positif), nous allons commencer par construire cet ensemble, noté C, pour montrer qu’il existe
bien un ensemble se comportant comme décrit. Nous verrons ensuite le plan complexe et les interpré-
tations géométriques qui vont avec cette notion. Enfin, nous étendront notre résolution d’équations
du second degré à la résolution dans C de ces équations.
(x, y) + (x′ , y ′ ) = (x + x′ , y + y ′ )
et
(x, y) × (x′ , y ′ ) = (x × x′ − y × y ′ , x × y ′ + x′ × y)
On appelle nombre complexe un élément de R2 en utilisant les opérations ainsi définies. Ainsi, R2 = C.
Nous allons maintenant montrer que les opérations ainsi construites conservent les même propriétés
que les opérations de R.
Proposition 8.1.1 (Commutativité). Soient (x, y), (x′ , y ′ ) ∈ C, alors (x, y) + (x′ , y ′ ) = (x′ , y ′ ) + (x, y)
et (x, y)(x′ , y ′ ) = (x′ , y ′ )(x, y).
(x, y) + (x′ , y ′ ) = (x + x′ , y + y ′ )
= (x′ + x, y ′ + y) (x, y, x′ , y ′ ∈ R)
(x, y) + (x′ , y ′ ) = (x′ , y ′ ) + (x, y)
Exercice 8.1. Vérifier que pour tous x, y, z ∈ C, x+(y +z) = (x+y)+z et que x×(y ×z) = (x×y)×z.
Cette propriété s’appelle l’associativité de l’addition.
Proposition 8.1.2 (Neutre pour l’addition). Pour tout (x, y) ∈ C, (x, y) + (0, 0) = (x, y)
Proposition 8.1.3 (Neutre pour le produit). Pour tout (x, y) ∈ C, (x, y) × (1, 0) = (x, y).
Démonstration. En effet,
51
Cours lycée
Enfin, soit la fonction f : (x, 0) 7→ x, cette fonction est une bijection, de réciproque évidente
g : x 7→ (x, 0) et on remarque que f (x + y) = f (x) + f (y) et f (x × y) = f (x) × f (y). C’est ce que l’on
appelle un morphisme d’anneau, mais cette notion est hors du programme. Ceci étant, nous voyons
que l’on peut identifier R à un sous-ensemble de C.
Théorème 8.1. Soit (x, y) ∈ C. On peut écrire (x, y) de façon unique comme la somme d’un nombre
réel (identifié à un nombre complexe) et du produit d’un nombre réel par i, et cette décomposition est
(x, y) = x + iy
4 + 3i
3i
O 1 4
52
Cours lycée
Nous allons maintenant voir une nouvelle façon de déterminer la position d’un vecteur, qui est un
système de coordonnées appelé coordonnées polaires. Pour cela, nous allons avoir besoin d’un théorème
préalable.
−→ −→ −→
Théorème 8.2. Soit u un vecteur non nul et e un vecteur du plan fixé. Alors u est déterminé de
façon unique par sa norme et son angle principal (c’est-à-dire l’angle qui fait moins d’un tour) avec
−→
e.
Démonstration. Nous admettrons ce théorème dans ce document.
Nous allons donc relier cette notion au plan complexe en considérant l’opération donnant la norme
du vecteur associé à un complexe.
Définition 8.3 (Module). Soit z ∈ C, on appelle module de z, et l’on note |z|, le nombre
−→
z = ∥ uz ∥
−→
où uz est le vecteur d’affixe z.
De par la formule du calcul de lapnorme d’un vecteur dans un système de coordonnées fixé, on en
déduit que si z = x + iy alors |z| = x2 + y 2 .
De plus, nous nommons argument d’un nombre complexe l’angle que fait son vecteur représentatif
avec l’axe des origines.
Proposition 8.2.1. Soit un nombre complexe z de module r et d’argument θ. Alors z = r cos(θ) +
ir sin(θ).
z
Démonstration. On remarque que est de module 1 : il appartient donc au cercle trigonométrique et
r
z
correspond au même angle que z. On en déduit donc que les coordonnées de sont (cos(θ), sin(θ)).
r
Il en découle que les coordonnées de z sont (r cos(θ), r sin(θ)), donc par unicité de z = x + iy
on en déduit que z = r cos(θ) + ir sin(θ).
53
Cours lycée
Enfin, il existe un lien entre l’argument d’un nombre complexe et son conjugué.
Démonstration. Il suffit de vérifier que cos(−θ) + i sin(−θ) = cos(θ) − i sin(θ). Ce calcul est laissé au
lecteur.
ℜ: C −→ R
x + iy 7−→ x
et
ℑ: C −→ R
x + iy 7−→ y
Pour z ∈ C, on appelle ℜ(z) sa partie réelle et ℑ(z) sa partie imaginaire. On remarque que z ∈ R si
et seulement si z = ℜ(z) et que z ∈ iR si et seulement si z = ℑ(z) (l’ensemble iR est l’ensemble des
multiples réels que i, qu’on appelle l’ensemble des imaginaires purs).
1 1
Proposition 8.2.5. Soit z ∈ C, alors ℜ(z) = (z + z) et ℑ(z) = (z − z).
2 2i
Démonstration. Là encore, un calcul suffit :
1 1
(z + z) = (x + iy + x − iy)
2 2
1
= (2x)
2
1
(z + z) = x
2
1 1
(z − z) = (x + iz − x − (−iy))
2i 2i
1
= 2iy
2i
1
(z − z) = y
2i
On peut exprimer, par trigonométrie, un lien entre l’argument d’un nombre complexe, ses parties
réelle et imaginaire et son module.
ℜ(z)
cos(θ) =
r
et
ℑ(z)
sin(θ) =
r
Démonstration. La démonstration est laissée au lecteur.
54
Cours lycée
= cos(θ + θ′ ) + i sin(θ + θ′ )
′ ′
eiθ eiθ = ei(θ+θ )
En reprenant les éléments précédents, on remarque que l’inverse d’un complexe de norme 1 est son
conjugué.
Proposition 8.2.8. Soit z ∈ C tel que |z| = 1, et soit θ son argument. Alors z −1 = z.
Démonstration. Tout d’abord, z = eiθ d’après la remarque 8.2.3. Or on sait que z −1 z = 1, donc en
′ ′
écrivant z −1 = eiθ , on en déduit que ei(θ+θ ) = e0×i donc θ + θ′ = 0 (nous considérons les angles
principaux, d’où l’absence de multiple de 2π). De cette égalité on en déduit que θ′ = −θ, donc par la
proposition 8.2.4 on en déduit que z −1 = z.
Cette propriété nous permet de déduire l’identité d’Euler.
Théorème 8.3 (Identité d’Euler). Soit θ ∈] − π; π], alors
eiθ + e−iθ
cos(θ) =
2
et
eiθ − e−iθ
sin(θ) =
2i
Démonstration. Cette identité vient directement de la définition de parties réelle et imaginaire d’un
complexe de module 1, en utilisant la propriété précédente et la formule donnant les parties réelle et
imaginaire d’un complexe en fonction de son conjugué.
Nous allons enfin voir l’identité de Moivre.
Proposition 8.2.9. Soit z ∈ C, d’argument θ. Alors z n a comme argument nθ.
Démonstration. La preuve est simplement une induction utilisant le fait que l’argument d’un produit
est la somme des arguments.
Théorème 8.4 (Formule de Moivre). Soit θ ∈] − π; π], alors
(cos(θ) + i sin(θ))n = cos(nθ) + i sin(nθ)
Démonstration. Il suffit de développer l’identité d’Euler et d’utiliser la propriété précédente.
55
Cours lycée
Définition 8.5 (Racine carrée). Soit z ∈ C, on appelle racine carrée principale de z le complexe de
p 1
module |z| et d’argument θ où θ est l’argument de z. La racine carrée, mise au carré, de z, vaut z.
2
p 2
Démonstration. On remarque que le module de la racine mise au carré vaut |z| = |z| et l’argument
1
vaut 2 × θ = θ, donc la racine mise au carré vaut bien z.
2
La résolution d’une équation de degré 2 peut alors se généraliser de la façon suivante.
az 2 + bz + c = 0
56
Cours lycée
Définition 9.1. On appelle suite réelle, ou simplement suite, une fonction u : N → R. C’est donc une
liste infinie de nombres réels ordonnés (d’abord l’élément d’indice 0, puis l’élément d’indice 1, etc.)
On note généralement une suite u de l’une des façons suivantes : (u), (un )n∈N ou (un ) s’il n’y a pas
de confusion possible.
Pour une suite (u), on notera ui son terme d’indice i, ou encore [u]i (cette notation sera surtout
utile pour une suite avec un nom plus long, pour écrire par exemple [u + v]i ).
Une suite peut être vue comme une succession de nombres réels allant à l’infini.
Remarque. De par la définition même d’une suite, le raisonnement par récurrence est particulièrement
adapté. En effet, un raisonnement par récurrence permet de prouver une propriété pour tout entier
naturel. Ici, justement, une suite est définie par l’image qu’elle envoie à chaque entier naturel.
Définition 9.2 (Suite définie par une relation de récurrence). On peut définir une suite (u) par une
relation de récurrence, c’est-à-dire par deux relations :
(
u0 ∈ R
∀n ∈ N, un+1 = f (un )
Où f : R → R
Par récurrence, on en déduit que (u) est bien définie en n pour tout n ∈ N.
Exercice 9.1. Soit la suite (u) définie par la relation de récurrence suivante :
(
u0 = 0
∀n ∈ N, un+1 = un + 1
Exercice 9.2. Soit la suite (u) définie par la relation de récurrence suivante :
(
u0 = 0
∀n ∈ N, un+1 = u2n + 2un + 1
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Cours lycée
et
j
Y
uk = ui × ui+1 × ui+2 × . . . × uj−1 × uj
k=i
La variable k dans ces expressions est muettes : elle est seulement propre à l’intérieur de l’expression
décrite dans le symbole et peut être remplacée par n’importe quelle autre variable.
Nous allons définir, plus rigoureusement, les sommes et les produits par récurrence :
" i
X
# j+1
X j
X
uk = ui ∧ uk = uk + uj+1
k=i k=i k=i
" i
Y
# j+1
Y j
Y
uk = ui ∧ uk = uk × uj+1
k=i k=i k=i
Pj Qj
et l’on prend la convention que si j < i, alors k=i uk = 0 et k=i = 1.
P
Nous allons voir plusieurs propriétés de ces notations. Nous ne prouverons que le cas de car le
Q
cas de sera en général similaire, et fait un bon exercice pour le lecteur.
Proposition 9.2.1 (Recollement). Soit (u) une suite, i ≤ j < n des entiers. Alors
j
X n
X n
X
uk + uk = uk
k=i k=j+1 k=i
et de même
j
Y n
Y n
Y
uk × uk = uk
k=i k=j+1 k=i
58
Cours lycée
Ainsi la propriété est vraie pour tout j, y compris pour j = n, donnant alors comme résultat
j
X n
X n
X
uk + uk = uk + 0.
k=i k=j+1 k=i
et
j
Y j
Y
j−i
(λuk ) = λ uk
k=i k=i
et
j
Y j−i
Y
uk = uj−k
k=i k=0
59
Cours lycée
Proposition 9.2.4.
j
X
1=j−i+1
k=i
où r ∈ R.
60
Cours lycée
x 7→ a0 + a1 x + a2 x2 + . . . + an xn
Définition 10.1. On appelle polynôme à coefficients dans K un élément de (K)N avec un nombre
fini de coefficients non nuls. Puisque pour (an ) ∈ K[X], {an | an ̸= 0} est fini, on peut trouver un i
maximal tel que ai ̸= 0 : on appelle ce nombre le degré du polynôme (an ) et on le note deg(a). On
note K[X] l’ensemble des polynômes à coefficients dans K.
Définition 10.2. Soit (a) et (b) deux polynômes à coefficients dans K. Alors on définit les deux suites
(a + b) et (a × b) par :
[a + b]n = an + bn
et
n
X
[a × b]n = ai bn−i
i=0
Démonstration. Nous devons vérifier que ces opérations donnent bien des polynômes en retour.
Pour (a + b), on remarque directement qu’à partir du terme max(deg(a), deg(b)), les termes de
l’addition sont tous nuls, donc (a + b) possède seulement des coefficients nuls à partir de ce terme. On
en déduit de plus que deg(a + b) ≤ max(deg(a), deg(b)).
Pour (a × b), à partir du terme deg(a) + deg(b), tous les termes sont nuls. En effet, ai bn−i = 0 car
tous les termes non nuls de ai sont inférieurs à deg(a), mais alors bn−i est nul car d’indice supérieur
strictement à deg(b). De plus, comme adeg(a) bdeg(b) ̸= 0, on en déduit que deg(a × b) = deg(a) +
deg(b).
Exercice 10.1. Montrer que (a + b) = (b + a), que (a + (b + c)) = ((a + b) + c) et que ces identités
sont aussi valables pour la multiplication.
Proposition 10.1.1. Soient (a), (b), (c) ∈ K[X], alors (a+b)×c = a×c+b×c et a×(b+c) = a×b+a×c.
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Cours lycée
n
X
[a × (b + c)]n = ai [b + c]n−i
i=0
Xn
= ai (bn−i + cn−i )
i=0
Xn
= (ai bn−i + ai cn−i )
i=0
Xn n
X
= ai bn−i + ai cn−i
i=0 i=0
[a × (b + c)]n = [a × b + a × c]n
Donc, puisque les suites coïncident sur chaque n ∈ N, on en déduit les égalités.
Proposition 10.1.3. Soit (a) ∈ K[X]. Alors on définit (−a) par [−a]n = an . Cet élément a la
propriété que (a + (−a)) = (0).
Proposition 10.1.4. Soit (a) un polynôme de degré n. Alors (a) s’écrit comme
n
X
a= ak X k
k=0
Démonstration. En effet, on prouve par récurrence que X k est la suite valant 1 à l’indice k et 0 ailleurs
(récurrence laissée au lecteur). Alors on remarque de plus que ak X k vaut exactement ak à l’indice k
et 0 ailleurs, d’où en calculant toute la somme, le résultat.
62
Cours lycée
Nous noterons désormais P , Q, P (X) ou Q(X) les polynômes et respectivement (pn ) et (qn ) leurs
coefficients. De plus, nous allons définir la composition et l’évaluation.
Théorème 10.1. Soient P et S deux polynômes, P non nul. Alors il existe un unique couple de deux
polynômes (Q, R) tels que
P = S × Q + R ∧ deg(R) < deg(S)
On appelle cette décomposition la division euclidienne de P par S.
Ce résultat nous permet directement d’en déduire un résultat fondamental dans l’étude des poly-
nômes : le lien entre une racine et la factorisation d’un polynôme.
Proposition 10.2.1. Soit P un polynôme non nul et α ∈ K tel que P (α) = 0. Alors il existe Q ∈ K[X]
tel que P = (X − α) × Q.
Démonstration. Nous allons faire la division euclidienne de P par (X − α). On trouve donc (Q, R)
tels que P = (X − α)Q + R. Or en évaluant cette égalité en α, on en déduit, comme P (α) = 0 et que
(α − α) × (Q(α)) = 0, que R(α) = 0. Or on sait que le degré de R est strictement inférieur à 1 : il est
donc constant et vaut 0. Donc P = (X − α)Q.
Démonstration. En effet, D’après le théorème précédent, si P est non nul, on trouve n + 1 monômes
de la forme (X − αi ), donnant un polynôme de degré strictement supérieur à n. On en déduit par
l’absurde que P est nul.
Proposition 10.3.2. Soient P et Q des polynômes de degré inférieur à n coïncidant sur au moins
n + 1 points. Alors P = Q.
63
Cours lycée
Démonstration. On remarque que P − Q a plus de n points d’annulation, donc est nul par la propriété
précédente. D’où P = Q.
On en déduit alors qu’il y a une bijection entre les fonctions polynômiales et les polynômes ainsi
construits.
Théorème 10.2. L’ensemble K[X] est en bijection avec l’ensemble FK[X] des fonctions polynômiales.
Démonstration. La surjectivité est évidente puisqu’une fonction polynômiale est exactement une fonc-
tion de la forme x 7→ P (x).
L’injectivité provient du fait que K est infini, et donc que deux fonctions identiques ont une infinité
de points communs. Les polynômes associés coïncident donc sur un nombre de points supérieur à leur
degré : ils sont donc égaux.
Il y a donc bijectivité entre les deux ensembles.
Nous avons donc prouvé que notre définition de polynôme est cohérente pour travailler sur les
fonctions polynômiales.
Nous allons enfin développer la définition de polynôme scindé.
Définition 10.6. Soit P ∈ K[X]. On dit que P est scindé s’il existe un nombre fini de αi tels que
P (X) = a ni=1 (X − αi ) où a est le coefficient de X n dans P .
Q
Remarque. Un polynôme est scindé si et seulement s’il a autant de racines que son degré.
Tout polynôme n’est pas scindé, par exemple dans R[X], le polynôme X 2 + 1 est toujours stricte-
ment positif. Pourtant, il existe un théorème important, appelé théorème fondamental de l’algèbre, et
démontré par d’Alembert et Gauss, disant que tout polynôme dans C est scindé.
Théorème 10.3 (D’Alembert-Gauss). Soit P ∈ C[X] de degré supérieur à 1. Alors il existe une
racine à P .
Exercice 10.2. Montrant l’équivalence entre cet énoncé et celui expliqué plus haut : « tout polynôme
dans C[X] est scindé. »
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