MOOC Découvrir la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) - Pr.
Valérie Swaen
Université catholique de Louvain
Evolution de la RSE
Bastien Van Wylick: Alors, on voit que la RSE a énormément évolué passant d’une version 1.0
à une version 3.0, voire même 4.0. Selon nous, la version 1.0, qui est la RSE que tout le monde
connaît finalement, est le soutien financier apporté par les grandes entreprises aux ONG, aux
ASBL. Typiquement, c’est : on lève des fonds, on a éventuellement une fondation
philanthropique et on apporte ses fonds à la… à l’ONG, à l’ASBL qu’on a sélectionnée, soit
sans… sans stratégie derrière soit parce qu’il y a un lien avec le core business de l’entreprise.
Ça, c’est vraiment la première version qu’on a vue. On a vu de plus en plus arriver une version
2.0 où on implique davantage les collaborateurs, les employés, où va faire du volontariat, du
mécénat de compétence, des programmes où les employés sont amenés à choisir les
ASBL dans lesquelles ils veulent s’investir, et donc ils passent du temps, à aider ces entreprises,
ces ONG pardon, à aider ces ONG dans du… Repeindre des murs, travailler sur des…
des problématiques internes plutôt de la vie de tous les jours, mais qui sont vraiment aller passer
1, 2, 3 jours, parfois jusqu’à 5 jours par an, dans une ONG, pour les aider. La version 3.0, qui
est un petit peu la version que nous pratiquons chez Impact Valley, va être, selon nous, beaucoup
plus l’intelligence collective : c’est-à-dire qu’on va faire levier du know how, de la
connaissance, des compétences des employés, de l’entreprise pour l’amener au sein des
innovateurs sociaux – ONG, ASBL, start-ups – pour ensemble développer des nouvelles
solutions qui peuvent répondre, du coup, aux problématiques qui… sur lesquelles se concentrent
les ASBL, les ONG. Ensuite, on a une version 4.0 qui, progressivement, arrivera sans
doute dans les prochaines années selon nous, où en fait ces différents acteurs – ONG, acteurs
publics également, entreprises privées – vont ensemble créer des social business qui doivent à la
fois avoir un modèle économique et générer une vraie valeur économique, mais également avoir
un impact social, environnemental. Et donc, on aura des joint ventures, des impact joint
ventures, qui vont, ensemble, potentiellement permettre le développement de solutions
innovantes aux problématiques sociales et environnementales. C’est un petit peu la façon dont
on voit l’évolution du 1.0 au 4.0. Ce qui est assez intéressant, c’est de voir le lien qu’on peut
faire avec tout ce qui est web et l’évolution, oui, de l’Internet, avec une version 1.0 où
l’utilisateur était passif, typiquement quand on… quand on lève des fonds pour… pour une
ONG, l’entreprise n’implique pas ses collaborateurs... Alors que dans la version 2.0 où là on est
du coup actif : on implique les employés, on implique les collaborateurs dans le processus de
décision et dans les activités de volontariat. Dans du 3.0, en fait les utilisateurs sont interactifs,
donc typiquement dans l’intelligence collective, on est vraiment dans l’interactivité entre les
différents acteurs. Et, idéalement dans le 4.0, quand on amène encore plus d’intelligence dans le
système – typiquement avec l’Internet et l’Internet des objets et autres Internet –, on a un
utilisateur qui est complètement collaboratif, coopératif. Et c’est comme ça qu’on voit en
fait l’évolution du… de la RSE et du 4.0.
Valérie Arnold : D’après un article paru dans « Alternatives Economiques » en 2009, Michel
Capron « Les trois âges de la RSE », on distingue 3 conceptions successives de la RSE :
La première, âge de la conception éthique.
A vu le jour aux Etats-Unis dans les années 50, fondé sur des valeurs morales, l’entreprise
assimilée à un être moral se doit de faire le bien, assurer le bien-être de ses travailleurs, de leurs
familles et, au-delà, celui de la communauté. Dans ce modèle, la philanthropie est de fait après
la responsabilité économique un des principaux piliers de cette conception éthique : elle s’exerce
bien souvent au sein de fondations.
La deuxième, âge de la conception utilitariste.
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Université catholique de Louvain
Cette deuxième période débute également aux Etats-Unis à partir des
années 70, et connaît son plein épanouissement dans les années 80 et 90. Se dégage de
l’exigence morale la conception utilitariste qui met l’accent sur l’exigence économique du point
de vue de l’entreprise. Son comportement social doit servir sa performance économique : sa
rentabilité et sa profitabilité seront améliorées par la performance sociale des individus et de
l’organisation. Pour ce faire, l’entreprise doit soigner son image de marque, sa réputation,
entretenir la confiance de ses parties prenantes. Cette conception s’est largement répandue en
Europe, où elle est aujourd’hui dominante.
La troisième, âge de la soutenabilité.
En émergence dans les années 1990, la conception est encore loin d’être arrivée à maturité.
L’idée ici est que l’entreprise n’est pas seulement une organisation présente sur un marché, mais
aussi au sein d’une société. Elle ne peut donc être insensible aux défis sociétaux de son temps et
doit répondre aux enjeux, aux risques majeurs que courent la planète et son humanité. En d’autres
termes, l’entreprise n’existe que par la société qui permet son existence et lui est donc redevable
en contribuant à la production et à l’entretien des biens communs. Cela se traduit pour
l’entreprise par l’obligation d’assumer les conséquences et les risques de son activité en
s’efforçant de les anticiper et non plus seulement d’en réparer les dommages, d’intégrer ses
préoccupations dans son cœur de métier. Cette approche de la RSE est la plus stratégique, la plus
à même de créer de la valeur partagée et à contribuer à un futur partagé et à un monde durable.
Dans cet « âge de la soutenabilité » les ODD apportent une articulation et une vision exhaustive
des enjeux. Et il est évident que, même si les ODD sont au départ un agenda des Nations, le
monde des entreprises a été largement associé au processus de consultation. Les résultats du
processus sont clairs : les ODD constituent un défi mondial et, à ce titre, tous les acteurs de la
société doivent participer à leur réalisation.
Sur le principe, les entreprises comprennent l’importance des ODD, mais la difficulté est
clairement d’avoir une approche stratégique afin de créer cette valeur partagée. Pour les
entreprises, cela signifie qu’elles ne peuvent plus simplement être présentes sur le marché, mais
qu’elles doivent être un membre actif de la société.