0 évaluation0% ont trouvé ce document utile (0 vote) 139 vues18 pagesInvention de La Perspective
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L'invention
de la
perspective
L'invention de la perspective fut
certainement un pas de géant pour
l'humanité, lui permettant
d'accroitre la maitrise
de son environnement.
Cette invention, perdue pendant
de longs siécles, puis retrouvée lors
de la Renaissance, sera le résultat
d'‘innombrables hypotheses
et polémiques.
Karel Vereycken retrace ici
les grandes lignes de
ce débat historique.vantdevousprésen-
ter une série de
conceptions tech-
niquessurlacons-
truction d'images en. pers-
pective, nous devons obli-
gatoirement aborder quel-
ques questions fondam:
tales. La premiére est la sui-
vante: comment sfopere ce
miracle — la vue — a travers
cette merveille qu’est Vceil hu-
main ?Par quel tourdeforcesom:
mes-nous capables d’appréhen-
der la complexitédu monde qui
nous entoure ? Aller jusqu’au
bout de cette premiere investi-
gation nous donnera la méfiance
nécessaire pouraborderdifférentssys-
‘t@mes de représentation et pour en-
suite rompre avec eux le moment
venu.
Comme pour Vapprentissage dela
natation, je vous promets, au début,
quelques moments inconfortables.
Afin d’éviter de « boire la tasse », ne
soyez pas trop lourds ni trop agités
car, ic, vous étes votre propre maitre
hageur.
Au lieu de procéder par une pré-
sntation formelle et logique d’une
ime nouvelle théorie, nous procé-
derons par I’élaboration de plusieurs
paradoxessusceptibles de fourniraux
novices des reperes solides et de sti
mulerintellectuellement ceuxquiont
dja des idées sur le sujet,
Revoir la vision
Malgré les efforts courageux de
quelques neurophysiologistes. pen-
dant la derniére décennie, I'explica-
tion du phénomene de la vision, tele
qu'elle est ancrée dans la conscience
nerf optique
collective, se résume grossiérement
au fonctionnement de la camera obs-
cura, la chambre noire. Selon cette
explication, représentée ci-dessu
notre cerveau pourrait étre comparé
Alun gigantesque ordinateur connec
t€ A un appareil photographique hy:
persensible : chaque stimulation lu-
mineusedes cdnes (sensiblesaux cou-
leurs) et des batonnets (sensibles aux
effets de profondeur) qui couvrent
notre rétine (rete signifie « réseau »
en latin), restimulerait un point cor-
respondant sur une aire de proj
tion visuelle du cortex cérébral. Cest
ce qu’on appelle la théorie de Vécran
intérieur, dans laquelle notre cerveau
est une sorte de salle de cinéma. A
travers Vappareil visuel, les images
extérieures seraient d'abord projetées
sur un écran intérieur, et ensuite in-
terprétées par notre conscience. Cet-
tethéorieest expression légitime du
dualisme philosophique propre a
Aristote, Descartes et Newton, ot
Vesprit-sujet » homme interpréte
objectivement la « matiére-objet »
monde. Selon cette conception mé.
caniste, nous pourrions construire
dans un avenir proche, des machines
capables de voir mieux que quicon-
que et des ordinateurs créatifs, cap
bles de remplacer tes meilleurs cer-
veaux de nos chercheurs.
Pour découvrir Vaspect erroné et
simpliste de cette conception — bien
qu'utile usqu’a.un certain pointcom-
memodéle heuristique—, faisonsun
détour par quelques images que l'on
nomme parfois illusions d optique. Au
lieu de les considérer comme de:
ventions cruelles de quelques socio-
logues en mal de these, ces illusions
optique nous permettront plutdt
d’ébranler nos certitudes quant 'ob-
jectivité de nos « perceptions photo-
‘graphiques », et de lever quelque peu
Ievoile surle vGritable caractére de la
fonction visuelle. Il estintéressant de
voir que vousne voyez pas forcément
ce que vous voyer, si vous voye7 ce
que je veux vous faire voir.
Tout dabord, I'étude des deux
images ci-dessous nous montre que
Vacte de voir exige un minimum de
compréhension intellectuelle de la
chose vue. Nous avons donné un
a Vimage et, une fois ce sens
Lew cherche immé-
diatement a donner
tune signification a ces
aches. Une fois le
sens établi il n'est
plus possible de faire
‘marche arriére.
FUSION NO - MARS - AVRIL 1996tabli, nous ne pouvons
plus faire marche arrigre
des que les taches du Dak
matien et le cavalier nous
«sautentaux yeux », Yon
devient incapable de re-
gardera nouveau cesima-
ges comme des taches
nolres sans signification.
Une fois le puzzle term
1né, nous voyons (menta-
Jement) Vimagede tout le
puzzle dans chacune de
sespivces. Voir estun acte
de la volonté humaine,
contrairementa l'appareil
photographique qui, lui,
ne voit pas, mais enregis-
tre, La vue se révele etre
uunefonctioncomplexede
découverte et de conque-
te intellectuelle : un acte
cognitif. Dailleurs,austa-
deembryonnaire, esyeux
et le cerveau se développent a partir
dune meme unite originelle
Pour bien comprendre que V'appa-
reil visuel n’est pas, contrairement 8
Vappareil photographique, objectif,
lisuffit de rappeler la fameuse histor
re de L’homme qui. prenait sa femme
pour wn chapeau d’Otiver Sacks. Un
des patients du célébre neurologue,
le docteur P., soutfrait d’un trouble
deszonesvisuellesducerveau. Quand
Oliver Sacks lui demanda, par exem-
ple, en montrant son gant, ce que
était, le patient répondit que était
une surface continue avec cing ex
croissances et que cela semblait etre
tune sorte de récipient. Ainsi, ce pa-
tient ne voyait que les détails (la
multiplicité) et non plus ensemble
del'image ('unité) Oliver Sacks con-
Clut :« Viuellement, était perdudans
un monde d’ abstractions inertes. Mani-
festement,itavaittotalementperducon-
tact avec le monde visuel réel, de la
We fagon qu'il wavait plus, pour
ainsidire de « soi» vsuel. Le docteur.
fonctionnait comme une machine. Now
seulement il manifesta Vinifference
um ondinateur au monde visuel, mais,
chose plus frappante encore, il décompo-
sait le mone comme le fait un ordina-
teu, (..). I me pouvait manifestement
pas porter de jugement cognitif(.
Oliver Sacks remarque également
que le docteur P., peintre amateur, a
abandonnéla peinture figurative pour
passer a la peinture abstraite, @ cause
de sa pathologie
I devient
visuelle ne
‘établissait qu’a parti
FUSION N°60 - MARS - AVRIL 1996
d'une succession de détails dans le
champ de perception, l'homme
n’aurait jamais survécu mais végéte-
rait, tel un halluciné qui fait défiler
les images en association libre dans
son esprit.
Mais que voit-on ? L’esprit ou la
matire, le repos ou le mouvement,
‘ou encore autre chose ?
Platon répond partiellement, au
début du Vileme livre de la Republi-
que, dans son célebre mythe de la
caverne. ly met en scene des hom-
mesenchainésdansunecaverneavec
leregard fixé de force vers un mur sur
Jequel défilent desombres.
La réalité se réduit-elle &
cesombres ? Pour eux, oui,
car ils croient que ces om-
bressont des objets a part
entiere. Toutefois, si un
homme se libére et sort de
Ja grotte pour admirer la
lumigre du jour, il sera,
dans un premier temps,
aveugléet perdu, etnepen-
seraqu’a une seule chose
retourner la réalité fami-
Tiere des ombres-objets sur
Ja parol de a grotte. S't
sthabitue a la lumiére du
jour, il peut concevoirqu'l
existe une réalité derriére
les ombres, mais néan-
moins révélée et partielle-
ment rendue intelligible a
travers une interpretation
éclairée de 1a perception
imple. Les chaines tepré-
sentent donc les limites de nos sens
qui nous font confondre la perception
de la chose avec la réalité de la chose.
En ait, nousnepouvons pas accéder,
en tant qu’étre subjectif, ala réalité
objective de la chose mais, grace &
notte raison, nous pouvons surmon-
ter nos limites en accédant a la verte
de la chose, cest-a-dire son idé
Dans |a spirale de Fraser, ci-dessus,
nousdécouvrons, notre grand éton-
nement, que Vaction spiralée domi-
ne notre vision de cette image alors
quill ¥agit, en fait, decercles concen-
triques ! Mémeen suivant les cerclesgéométrie
‘avec votre doigt, Villusion de la spira-
le est tellement forte qu'elle peut
vousentrainer dansson mouvement !
Un ordinateur, par contre, ne « ver-
rait » que les cercles concentriques
sans « percevoit » V'idée de mouve-
‘ment spiralé, qui est pourtant bien
réelle.
Done, homme voit bien plus que
des « formes » disposées dans un dé-
cor. La vue semble plutot opérer se
Jon Ie principe de moindre action
(1éaliserun maximum de travail avec
uneffort minimum), que on retrou-
ve partout dans l’ordonnancement
spatial dela croissance organique, ow
dans Vorganisation géometrique des
technologies employées par I’hom-
‘me. Les fonctions supérieures de 'es-
prit humain nous amenent tout de
suite a Vessentiel, cest-a-dire voir la
transformation et action, et méme
Ie potentiel d'action : dans la vision,
Vessence précéde Vexistence. Notre
esprit, conformément aux lois de
Vunivers, est totalement orienté a
percevoir la primauté des processus
de transformation actuels et poten-
tiels, processus oi esprit et matiere
ne font qu'un, Ainsi en est-il pour les
escaliers dans le dessin de Maurice
C, Escher, au bas de a page précéde
te, Nous voyons trés bien les hom-
‘mes qui montent les escaliers et ceux
qui les descendent sans que nous
soyons trop génés par le fait qu’ils se
retrouvent au méme point de dé-
part | La géométrie truquée du bati-
ment, grace a une ruse de perspecti-
ve, nous semble totalement plausible
parce qu'elle exprime action, pi
mauté de Vimage. L'idée de action
esttellement forte qu’elle peut méme
nous induire en erreur,
Pourquoi la perspective
Une fois établile fait que voir cest
rendre intelligible, il faut nous tendrea
Vévidence que représenter c'est faire
voir aux autres, et donc rendre intelli-
gibleau plus grand nombre. Dessiner
est avant tout un langage, voire plu
sieurs langages. En effet, Varchitecte
ne parlerapasdelaméme fagon d’une
maison a ceux chargés de la construi-
re, qu’a ceux qui ’habiteront. AV'en-
trepreneuret aux ouvriers il soumet-
tra des plans trés précis avec tous les
détails pratiques pour construire le
bitiment : les dimensions, les maté-
riaus,... AUX fututs habitants, il mon-
trera une splendide perspective afin
de bien apprécier la profondeur du
living ou V'impressionnant escalier
encolimagon, Aux premiers, il parle-
ra de objet, aux deuxiémes de Vidée.
Pour transmetire les éléments néces-
saires a la construction d'un objet
tridimensionnel, on fait appel a la
_gGométrie projective qui utilise I'iso-
miétrie et échelle. La géométrie pro-
jective est le fruit longuement mari
des travaux des ingénieursarchitec- |
tes de la Renaissance, allant de Vi
lard deFonnecourt jusqu’aux proues-
ses de Gaspard Monge et de Jean-
Victor Poncelet avec|Ecole Polytech-
nigue, en passant par Paolo Uccello,
Francesco di Giorgio, Léonardde Vin-
Gi, Piero della Francesca, Jean Pélen
Viator, Albrecht Diirer, Gérard De-
sargues, Blaise Pascal et tant d'autres.
Cet outil allait permettre la réalisa-
tion de pieces d’artillerie ou de ma- |
chines-outilsa partirde plans, et non
plus & partir de modéles en bois.
Cette productivité accrue engendra
une veritable révolution industrielle.
Les conséquences de la geométrie
projective étaient d'une telle enver-
‘gure qu‘elle fut, en France, un secret
militaire jusqu’a la Révolution pour
devenir, par la suite, la base de Yen-
seignement a Polytechnique.
Si la géométrie descriptive a aug-
menté le pouvoir de homme sur la
nature, il faut toutefois rester cons-
cient desses limites. Les premiers les
constater, furent les cartographes. La
tune projection d'un cube sur une
surface plane nenléve rien des carac-
téristiques essentielles du cube, il en
va différemment pour la sphére. On
retrouve la fameuse problématique
La géomeétrie projective fut
une des bases de la révolu-
tion industrielle. La capaci-
16 de représenter un objet
sur un plan et d'en spécifier
Tes contraintes matérielles,
augmenta de maniére
décisive la productivité de
économie.
de la quadrature du cerele qu’aborda
le cardinal et cartographe Nicolas de
Cuse, c’est-d-dite Vimpossibilité on-
tologique d’atteindre un cercle parla
multiplication des cotés d'un poly-
‘gone circonscrit. Afin de réaliser une
topologie cartographique pour les
navigateurs, Gerhard Kremer (dit
Mercator, 1512-1594) développa sa
fameuse « projection ». En projetant
Ja surface d’une sphére sur un cylin-
dre imaginaire que Yon déroule en-
suite, on obtient une carte possédant
la particularité trés pratique de con-
server les rapports angulaires, pro-
prieté essentielle ala navigation. Par
contre, lataille des continents ne sera
pas respectée :ilsserontd’autant plus
déformés quiils seront proches des
pOles et ces derniers passeront d'un
point sur la sphere a une ligne sur le
plan. La sphére dévoile ainsi une
qualité particuliére a espace tridi-
mensionnel irréductiblea un plan, et
done non projetable d'un point de
vue linéaire.
Une autre limite de la géométrie
descriptive se maniteste dans!'explo-
ration du vivant. A titre d’exemple, i
est utile de comparer les études ana-
tomiques ¢’Albrecht Durer et celles
de Léonard de Vinci. Suite a l'en-
thousiasme que suscitérent les tra-
vaux d’Uccello et Piero della Frances-
ca, Direr se langa avec zéle dans la
mesure des formesextérieures lu corps
humain, Sans vouloir diminuer les
importantes contributions de Durer,
il sera pourtant piége par les formes
il warrivera jamais a une compré-
hension dynamique dela« machine »
humaine et tendra a dériver vers la
numérologiegéométrique. Ladémar-
FUSION N
160) MARS AVRIL 1996che de Léonard de Vinci est fonda-
mentalement différente : il va étu-
dier interaction entre, d’une part, la
colonne vertébrale qu'il considérera
matériel, les aristotéliciens en dédui-
sent qu’lls ne sont pas représenta-
bles, exceptés par des symboles. Com:
me il y a négation de la création en
grace & 'anatomie comparative com- | tant que loi universelle, et done né-
me la base opérationnelle de toute
action du corps humain et, d’autre |
part, la musculature. Il aboutit de
cette mani
dela grace visible’ traversla formeen
tant qu’expression nécessaire du tra-
vail du corps a un moment donné
Maintenant, il nousfaut découvric
quelle méthode nous permettra de
dépasser les limites de la géométrie
descriptive, afin de rendre intelligi-
bile tout ce quiappartienta idéede la
création et non a ses résultats. Pour
cela, nous devrons rompre avec la
doctrine du mimesis d’Aristote qui
part avec I'a priori que le but de V'art
nest rien d’autre que l'imitation de
la nature. Un principe, une idée, V’in-
fini, le mouvement ou a transforma-
tion ne faisant pas partie du monde
une compréhension |
n-de V'interaction harmonique
entre esprit et la matiére, on ratta-
che de facon arbitraire une idée a un
objet. Par exemple, on représentera
la France par les couleurs bleu-blane-
rouge. Ainsi, la représentation d’une
idée n’est donc plus intelligible mais
affaire de convention. Ces symboles
sont accessibles uniquement au pu-
blic averti, mais resteront éternelle-
‘ment des mystéres pour les non-ini-
tiés. Nous sommes loin de Iidée de
rendre la création intelligible a tous.
Vautre problémedu dualismearis-
totélicien consiste dire que la beau-
t€ depend de deux facteurs: la gran-
deur et Vordre. Aristote décrit dans La
Postique (livre VIN), qu'un « objetbeau,
qu soit un organise vivant ou non,
01 toute totalité composée de parties, ne
ey,
i
Set mettle,
= et
ik oy
Ariens
ety etie
Gi-dessus, un exemple
des travaux de Diirer
sur la mesure du corps
hhumain. En fait, pour
véritablement rendre
compte du vivant, on ne
peut se limiter la
‘mesure des formes
extérieures. Crest ce
que Léonard de Vinci
comprit fort bien, en
étudiant également le
role du squelette, des
muscles,
FUSION N°60/- MARS - AVRIL 1996,
doit pas seulement avoir un agencement
ondonné des parties, mais doit égale-
‘mentavoir une certaine grandeur ;car la
eauté dépend de ta grandeur et de Vor-
dre. Done, un tout petit animal ne peut
pas étre beau scar son image est confuse,
Vobjet étant vu dans un moment quasi-
imperceptible. Une grande étendue, non
plus, ne peut étre belle ; parce que Vavit
ne peut pas Vappréhender comme un
tout, et Punité et le sens seront perdus
pour le spectateur ». Ainsi, Aristote nie
que I'esprit puisse surpasser les lin
tes de l'appareil visuel : selon lui,
nous ne pouvons pas connaitre ou
comprendre ce qui est trop grand ou
trop petit pour étre vu, univers réel
se réduit en conséquence a l'univers
perceptible par esseulssens. Deplus,
étantdonné quil n’existe aucun rap-
port entre les objets et espace oi ils,
se situent, la seule chose que Von
puisse faire, Cest classer ces objets et
leur plaquer, par souci pratique, un
ordre.
A Vopposé, la démarche de Platon
consiste a dire que la beauté dépend
deU’harmonie etde la proportion, celle-
ci étant expression révélatrice de
Vharmonie sous-jacente, od chaque
élément de la création devient un
agent révélateur de la trame harmo-
nique de ensemble. Le tout se re-
trouve ainsi dans le particulier, un.
dans le multiple. Confiant en cette
unitéharmonique pré-établie—mais
non fixe — de l'univers, on peut
introduire une singularité métapho-
ique (« métaphore » signifie « por-
ter au-dela » en grec) : l'horizon. Le
concept e’horizon va provoquer une
Véritable révolution dans la perspec-
tive, Cette limite, certes visible au
bord de la mer, est sans existence
‘matérielle en tant que telle. En effet,
on ne peut ni la mesurer d’un point
devue algébrique ni estimer a quelle
distance elle se situe. L’horizon sera
exprimé paruneligne quin'est niobjet
ni symbole. Ce transfini réel, car ap-
partenant au monde du fini tout en
éantun levier de 'infini, n'est pour-
tant qu’une simple ligne que vous
allez tracer, y compris pour dessiner
votre chambre d’appartement. Cette
ligne d'horizon contient en elle une
infinité de points de fuite possibles,
chacun étant la coincidence d'une
infinitéderapports harmoniquesqui,
tout en diminuant dans leur projec
tion spatiale, conservent leurs pro-
portions. Ainsi des lignes paralléles
serejoignent linfini, carla perspec
| tive cst bien oeia : rendre intelligi-géométrie
ble pour tous cette unique organisa-
tion harmonique qui englobe la créa-
tion pourtant sidiverse et simultiple.
Dans nos exemples de perspectives
non-linéaires, nous montrerons que
Ialigne horizon n’est peut-étre que
le premier des transfinis que Fon
peut introduite, et que autres sont
engestation. artiste vaen effet cher-
cher transcender tout syst@me fixe,
car Vironie et la surprise sont indis-
pensables pour éveiller Vesprit. Le
langage du géometre sera celui de la
mesure, donc de la répétition ; celui
de Vartiste sera le langage du mouve-
ment, du changement et de la beauté
émanant de la rupture légitime avec
un ordre donné afin d’accéder un
ordre supérieur. Cette science de la
perspective sera la seule compatible
avec les lois de esprit humain.
Différents types
de perspectives
‘Nous allons maintenant passer en
revue quelques modéles de représen-
tation spatiale. Pour simplifier, nous
avons décidé de les classer en trois
catégories :
« Les perspectives infantiles et/ou
symboliques.
‘Les perspectives linéaires.
+ Les perspectives non-linéaires
Ces types de perspectives ne sont
pas exclusifs. Un tableau peut étre
construit autour de Varticulation de
plusieurs types de perspectives, don-
nant une liberté de choix & I'artiste
pourmoduler son ceuvre en fonction
deson message. C’est un peu comme
‘en poésie, ot la repetition, par exem-
ple, peut étre un élément dans un
potme, sans pour autant étre une
méthode ou une condition sine qua
non de la céussite dudit potme.
A) Les perspectives infantiles
Lenfant, incapable d'identifierles,
processus dans I'univers réel, prend
existence des objets pour évidente
en soi. Afin de représenter les « ob-
jets » et le sentiment qu'il ressent
pour eux, il commence par les énu-
meérer, les aligner, comme on peut le
voir sur le dessin d'enfant, ci-cessus.
Dans un deuxiéme temps, il peut,
une fois la ligne remplie, entamer
une deuxidme ligne et construire ce
quecertainsappellent une perspective
4 registres. Dans le meme ordre de
rangement, on peut varier la gran-
deur des personnages du tableau en
fonction de importance qu'on leur
attribue, Dans tous les cas de figure,
nous sommes dans un univers plat
que Von appelle un « espace-agré-
at » plutotqu’un « espace-systéme ».
Lart moderne, malgrésespretentions
intellectuelles, semble bien faire ap-
pel a ce non-systeme.
B) Les perspectives linéaires
Lessculpteursfurent certainement
les premiers & devoir résoudre les
problemes de représentations spatia-
les complexes. Alors que des scenes
du type « Jugement Dernier » tolé-
raient un traitement sculptural en
méplat ou en bas-relief, les scenes
plus complexes de la « Passion
cessitaient que l'on sorte les sujets
totalement en dehors du plan par la
techniquedela« rondebosse ». Apres
que l'art roman et byzantin aient
cernéla figure sculptée dansun plan,
Vavénement de la sculpture gothi
que révolutionna cette représenta-
tion en situant les figures dans leur
espace propre, souvent cylindrique,
maisaussi pluslarge. Lacomparaison
entre La crucifixion (1265) de Nicola
Pisano sur la chaire du dome de Sien-
ne d’une part, et Le doute de Thomas
(env. 1130) du clottre de Santo Do-
mingo de Silos a Burgos d’autre part,
est édifiante. Avec la sculpture goth
que, nait — ou renait — I’espace tri-
dimensionnel oti l'on découvre les
effets de lumiére. On peut émettre
AA gauche, Le doute de Thomas du cloitre de Santo Domingo de Silos 4
‘Burgos, utilise une perspective & registres. Ci-dessus, La crucifixion de
‘Nicola Pisano sur la chaire du déme de Sienne.
FUSION N°60/- MARS - AVRIL 1996Renaissance ou dégéné-renaissance ?
Lapremitre idée fausse sur Forigine de 'essor du XVemesitcle, cst que la Renaissance serait néeavecla perspective
linéaire simple, aujourd'hui considérée comme étant « la bonne », La plupart des gens concoivent cette découverte
‘comme le résultat d’une longue bataille aboutissant, lors de la Renaissance italienne, & un modéle de perspective
mathématique permettant enfin a homme de « représenter » correctement et objectivement 'espace tridimensionnel
sur une surface plane. De ce point de vue, certains prétendent que la Renaissance aurait té e creuset du « scientisme »
moderne et que l'homme, rompant avec Vobscurantisme religicux qui, selon eux, caractérsait le moyen ge, serait
devenu la « mesure de toute chose ». Comme nous le verrons, il est tout 3 fait réductionniste de « dater » le debut de
la Renaissance avec le manuscrit de Leon Batista Alberti De Pictura (1435), véritable codification de la perspective
linéaire.
La deusiéme idée fausse, est que ces progrés sont dus un retour aux valeurs de Antiquité, en paticulier romaine.
Le peintre-diplomate Pieter-Paul Rubens, qui servait plus les géopoliticiens de Venise que son pays natal, allait méme
jusqu’a dire qu’au niveau de la beauté des formes, « les paiens dépassaient langement les chrétiens ». Tout ce qui est
antérieur a cette période c’anticomanie intense fut présenié comme état le travail de « primitifs» italien, francais,
flamands, espagnols ou allemand) ou du « gothique + (divisé plustard en « roman » et « gothique «), euvres des tribus
batbares Goths. Cette conception « romaine » de la Renaissance fut, en France et ailleurs, ts largement dominante au
‘moins jusqu’en 1820, et reste encore aujourd'hui inconsciemment ancrée dans les esprits, méme sion admet les
qualités « naives » ou « postiques » des « primitis »
En fait, lan initiateur de la Renaissance s‘inscrit dans le processus d urbanisation sans précédent de Europe, entre
Van 1000 et la fin du Xllieme siécl. I fut d’abord laeuvre de moines irlandais dont 'un des représentants, Alcuin, était
le conseiller de Charlemagne, il est, ensuite, porté par la formidable épopée de la Renaissance arabe du Xéme siecle et
son r6le dans la transmission de la philosophie grecque en Occident et c'est, enfin, le mouvementdes cathédlales qui
formera une élite urbaine grace a Venseignement de la géoméitie, Vastronomie, la musique et la médecine. Done, au
départ, Yon retrouve une poignée dindlvidus décidés & prendre le meilleur du savoir et & ne pas le laisser dans les
bibliotheques ou les monastétes, mais acontrairea éduquer eta lever chaque individ afin qu'il matrse les trésors de
la connaissance humaine et les transmette a d'autres. Cet humanisme — qu'il soit chrétien, musulman, juif ou
Philosophique — a permis un développement extraordinaire dans la construction des cités en amenant avec lui un
développement de la pensée visuelle. C’est dans la rencontre entre la philosophie platonicienne et le christianisme
ugustinien — et également celle avec la Chine, notamment avec les missions des Franciscains — qu'il faut retrouver
les origines de la Renaissance et sa conception de Vespace.
Crest, par ailleurs, dans les régions les plus peuplées que at prend son envol, comme en Lombardie et en Toscane :
a Sienne, Pise et Assise avant d‘arriver a Florence et Milan ; Ypres, Tournai, Louvain et Valenciennes avant de dominer
Gand, Bruges et Anvers; en Bourgogne, ou dans ceite
France de la fin du Xiléme siecle qui compte déja 20
millions dthabitants et que Von nommait « la Chine » de
Europe |
Cet humanisme prendra un essor remarquable sous
'impulsion du Concile de Florence de 1439; et en particu-
lier grice aux efforis du cardinal Nicolas de Cuse. On y
consacre V'idée de homme créé image vivante de Dieu,
Cest-a-dire que chaque étre humain— sans distinction de.
race, dorigine ou de religion — possede une qualité
ctéatrice qui doitétre non seulementrespectéemaisencou-
ragée. C’est en particulier ce principe qui sera la base du
premier tat-nation mademe, asavoirla France delouis XI
Ceci va évidemmenta l'encontre desintérétsféodaux de
répoque, comme les grandes famillesde Rome et surtout de
\Venise qui s’étaient enrichies en organisant lesclavage
dune par, et les croisades d’autre part, dont le but caché
tat de saigner a mort es éltes d'Occident et’ Orient. Ces
familles afin de saperles visées ecuménistes et humanistes
du Coneile de Florence, mettront tout en ceuvre pour
imposer une culture pafenne, méme si elle sera souvent
enrobée d'un vernis pseudo-chrétien.
A droite, Mars et Vénus unis par Amour de Paul
Véronése. Ic, les références paiennes sont explicites.ille de sculptures par plusieurs
tres, comme le maitre de Flémal-
Ie, Jan Van Eyck ou d'autres, est une
formed’éloge posthumea cette tradi-
tion de tailleurs de pierre.
Lepremier souci de ceux qui tenté-
rentune perspective linéaire futd uni-
fier et de rendre homogene l'espace
vvisuel. Une premiére représentation
dorigine gréco-romaine (que l'on
retrouve également Pompei) estnon
pas le point de fuite central, mais un
axe de fuite, aussl appelé spstéme en
aarétes de poisson (voir ci-contre, La
Cone de Duccio). Toutefois, nous ne
savons pas si l’absence de point a
Vinfini, a cette époque-la, est simple-
ment due a ignorance ou plutot a
un tabou théologique.
Dans un deuxiéme temps, ce sys
téme sera amélioré en faisant se re-
joindre les lignes de fuite latérales a
différents niveaux sur V'axe de fuite
central comme, par exemple, dans la
Présentation au temple (env. 1342)
d’Ambrogio Lorenzetti. Dans L’An-
rnonciation (1344), Lorenzetti semble
finalement avoir adopté un point de
fuite unique, a moins que la disposi-
tion iconographiquene I'ait pasame-
né a trancher le probleme. Nous re-
trouvons des points de fuite similai-
res chez Giotto, dans La Confirmation
de Vordre de Saint-Francois (1325).
Avant d’aller plus loin, i! devient
Indispensable de se familiariser avec
quelques termes techniques (Figu-
rel).
Leprobleémesuivantvarapidement
se poser aux peintres : comment dé
finir avec précision la régression des
distances? Beaucoup diartistes ne
portentaucuneattention Ace proble-
me, se contentant de produire des
‘ceuvres symboliques. Diautresappor-
tent une premiére solution avec un
systéme dit musical, oi les distances
régressent systématiquement d'un
tiers, deux tiers étant la proportion
dela quinte musicale (Figure 2). Ce
systéme rellve plutot d'un ordre pla-
qué sur la réalité, incapable d’aboutir
Aun ensemble harmonique. En etfet,
Cicdessus, le systeme en arétes de
poisson utilisé par Duccio (1255-
1318) dans La Céne.
Giedessous, La Présentation au
temple et l’Annonciation d’Am-
brogio Lorenzetti. Ce-dernier
semble avoir uilisé un systéme
hybride.
FUSION N°60 - MARS - AVRIL 1996Figure 1
Le quadilatéve A’B’C'D’ esta coupe transversale du cdne visuel quia pourbase ABCD et X comme sommet. Lecarré
ABCD projeté sur le plan Y se transformera en un trapeze A'B'C'D',
Le point de fuite central (PFC) est la rencontre des lignes paralléles AB et CD en un point a infini. Ce-demier sera
tun des points de la ligne dhorizon
emplacement dela ligne é’horizon évolue avec le choix de la hauteur du point dé vue du spectateur. Donc, cette
subjectivité de la vue se retrouve dans le choix de ‘emplacement de la ligne d'horizon.
Si nous placons la ligne d'horizon trés bas, comme sur Himage (a), nous eréons la sensation d'tre écrasé par le
ppaysage. En (c), nous regardons le paysageden haut Les figures placées dans ce décor doiventtrouverleur ligne devision
4a hauteur de horizon choisiafin de paraitre proportionné avec leur environnement.
FUSION N€0- MARS AVRIL 1996gséométrie |
Figure 2
Point de fuite
Point de tite
‘central
afin d'aboutira une véritable harmo-
nie, la perspectila hauteur de la ligne
ahorizon.
Ensuite, viendront les contribu-
tions de Donatello, Ghiberti et Bru-
nelleschi, les « rivaux », au tout dé-
but du XVéme siécle, pour obtenir a
commande de la décoration de la
Porte du Paradis du Baptistere de Flo-
rence. Crest a ces sculpteurs et archi-
tectes que lon doit l'utilisation mé-
thodique d'un deuxiéme point de
fuite, non pas central, mais latéral.
Ce systéme est magnifiquement il
lustré dans lebas-relief de ‘histoirede
Jacob et Esaii de Ghiberti, ci-contre.
Ghiberti y choisit la longueur d'un
bras (braccio) pour le dallage, 6pou-
sant la conception de V’époque qu'un
homme avait la taille de trois bras.
Grace a ces repetes discrets, il peut
dessiner sur Varrigre-plan un autre
personnage parfaitement proportion
né par rapport au premier.
nous reste, hélas, peu de traités
de Yépoque, comme, par exemple,
celui de Paolo Toscanelli, Della Pras-
pettiva (1420) qui fut perdu. Tosca-
nelli, ami de Nicolas de Cuse, carto-
sgraphe au service de Christophe Co-
Jomb et proche du célebre peintre et
architecte Brunelleschi, semble étre
un personnage clé de cette époque.
Son ouvrage nous aurait sans doute
permis de mieux comprendre la ri-
chesse du débat sur les différentes
meéthodes de perspective. Aujour-
<’hui, Von connait surtout Voeuvre
de Leon Battista Alberti, De Pictura
(1435). Toutefois, Alberti narriva &
| Florencequ’en 1428, doncbien aprés
les premieres percées conceptuelles
surla perspective que on situe entre
1401 et 1425, date de La Trinité de
Masaccio. Le remarquable talent de
ce dernier semble avoir été encoura-
‘g€ par Brunelleschi en personne. La
Trinité est souvent identifiée, et a
juste titre, comme la premiere mani-
festation de la perspective. La pers-
pective en contre-plongée de cette
ceuvre montre la puissance de cette
nouvelle science : le point de fuite
central se trouve placé un peu plus
bas que la base de la croix, a Yempla-
cement mémedela séparation entre le
monde terrestre et le monde céleste.
Le probleme du traité d’Alberti,
méme si celui-ci le dédia a Bruneltes:
chi, est quill défend la doctrine aris-
totélicienne du mimesis : « Il est en-
tend que ce qui ne releve pas de la vue,
ne concerae en rien le peintre. En effet, le
jpeintre ne S‘applique & imiter que ce qui
se voit sous la lumigre. » Il reprendra,
par la suite, les axiomes de la géomé-
trie cuclidienne qui définissent le
point, la ligne et la surface comme
des objets morts.dans un espaced’abs-
tractions, De plus, laquestion fonda-
‘mentale de la ligne d’horizon n'est
pas abordée en profondeur dans De
Pictura, dans le manuscrit latin com-
me Italien. Celui-ci apparait,contre
le principe méme de la Renaissance,
comme une codification selon les
normes de la logique aristotélicienne
intégrant habilement la notion de
point de fuite central. Celui-ci sera
réduita une simplerecette technique,
ke Pint de ite
Whistoire de
Jacob et Esaii
par Ghiberti.
FUSION N60
ARS - AVRIL 1996au lieu d’tre le principe de composi
tion du tableau De plus, sa méthode : Figure 3 - La méthode d'All D
imposeraavant tout un point de fuite
unique, obligeant lepeintrea travailler |
dans le cadre d'une disposition sy-
‘meétrique. Nous exposons sa métho-
dedansla Figure 3.Cequiest plutot
ccurieux, c'est qu’ Alberti prétend prou-
ver la validité de son systéme sur une
base mathématique, mais décide, dla
fin, de ne pas Vexposer. Il dit : « at
cepenndant Vhabitude, avec mes proches,
de me servir de prewves géométriques
pourdlémontrerplusen détatl pourquoiil
en est ainsi, mais fai pensé pouvoir les
commettre, étant donné ta brieveté de ces
commentaires. » (Livre Ml, 23)
Das 1450, Paolo Uccello et, plus
tard, Léonard de Vinei vont explorer
‘equi existe deja implicitement dans
la construction du deuxiéme point
de fuite : grace a la deuxiéme diago-
nale on aboutit a un troisieme point
de fuite. Cette diagonale qui 1’était
{qu'un moyen de verification dans le
systeme albertien, sera le fondemer
de la nouvelle méthode. A partir de |
13, nul besoin de maintenir une pro- |
jection compliquée pour reporter les
distances de régression sur un plan
qu’ Albert plagait surlebord ou quel-
En operant une rotation de 90° du point X surla lignedhorizon (H), nous
‘obienons un deuxiéme point de fuite (X”). Celui-c est ltéral et non central.
En reliant es points e' gh’ avec O, nous obtenons les ignes de régression,
Enleseliant avec X’, nous obtenons efgh sur I'intersecion avec 'axe Y. En
projetant efghi parallélement a H, a V'intérieur du triangle Oe'i', nous
‘btenons les distances de régression des dallages. Afin devérifier exactitude
de notre dessin, les diagonales de image projetée doivent doivent etre des
lignes droites,
La Trinité peinte par le jeune Masaccio. ly déploie toute sa virtuosité
dans la nouvelle science de la perspective.
FUSION 90 MARS - AVRIL 1996 gae ee
‘ques fois trés loin du tableau. Tout se
déroule dorénavant a 'intérieur du_|
‘champ visuel. La célebre Céne de Léo-
nard de Vinci, c-contre, montre tout
lepotentiel unificateur de cette cons-
truction en placant le point de fuite
central derriere la téte du Christ com-
me Vunificateur de la création, Cha-
que élément de la composition trou-
ve lorigine de sa forme dans le croi-
sement des trois lignes de fuite. De
plus, cette méthode ouvre la porte a
des compositions asymeétriques. En
1505, Jean Pélerin Viator défendra
cetteapproche dans De Artificial Pers-
pectiva, le premier traité de petspect
ve imprimé a Toul,
Ce seront, bien sér, les plus ar-
dents défenseurs de ce nouveau sys
téme qui, parla suite, lecritiqueront.
Selon certains, Piero della Francesca
serait l'un des premiers a noter les
limites de cette méthode dans son De
Prospectiva Pingendi (1474). L/autre
trouble-féte sera Léonard de Vinci en
personne, comme le montre ci-des-
sous le manuscrit de Madrid, connu
sous le nom de « paradoxe de Léo-
nard » (Figure 4). Grace 4 ce para-
doxe, Léonard de Vinci nousfait com-
prendre que la perspective linéaire
nest qu'une coupe transversale par-
mi d/autres du cOne visuel. Les repré-
sentations d'autres coupes — ellipti-
‘ques, hyperboliques, etc. —, s’appel-
lent anamorphoses. Certaines sont
‘assez spectaculaires comme on peut
sen rendre compte avec le tableau de
Holbein, les Ambassadeurs (1533).
Avec ce procédé, Holbein oblige le
spectateur a changer de point de vue
pour voir l'image « cachée » du ta-
bleau, le crane étant uniquement vi
sible a partir d'une vue tangente sur
le bord du tableau. Alors que les Am-
bassadeurs sont entourés d'immen-
ses richesses matérielles et de tous les,
instruments de la science et de la
Pa
*
a .
Be eae
Fans johannes eae
ante oor
een aaa
musique de I’époque, l'image de la
mort apparait et vient déranger 'ap-
parente tranquillité, rappelant le ca-
ractére éphémére de la vie humaine,
wineg
wnadd-g
Esquisses de Léonard de Vinci. On voit, gauche, une approche de la
‘perspective curviligne et, a droite, le fameux paradoxe de Léonard, expliqué
page suivante, (Madrid ll, P15, v", Madrid, bibliothéque nationale).
ete fait que nos sens ont tendance &
nous faire oublier cette vérité. Une
fois de plus, la direction du regard
| imposée par Vartiste correspond la
| direction du sens profond de Veu-
| vre. Les anamorphoses révelent une
| autre contrainte de la perspective li
néaire : le spectateur ne peut profiter
de Vimage que d'un seul point de vue
fire.
‘Avant daborder les perspectives
non-linéaires, un dernier cas de li-
néarité qui estsouvent présentécom-
me une alternative a la perspective
rectiligne : la. perspective curviligne
Afin de remédier 3 cette tendance
| systématique de déformation de Ves-
pace provoquée par la construction,
linéaire le miniaturiste frangais Jean
Fouquet et quelques-uns de ses con-
FUSION N°60 - MARS - AVRIL. 1996géométrie
temporains ont élaboré un systéme
curviligne. Partant de Vidée que les
distances devraient également dimi-
rnuerd droite et gauche du spectateut,
utilisation d’un arc de cercle permet
de résoudre formellement le probleé-
ne, Sur Ie fac-similé du manuserit
évoquant le « paradoxe », Léonard
de Vinci reprend la méme méthode
de travail. I semble, par contre, avoir
étéconscient du fait quecette voiene
semble finalement que déplacer le
probleme : que tout soit rectiligne ou
quetout soit curviligne, dansles deux
cas on finit par s‘enfermer dans une
structure queseuleuneapprochenon-
linéaire peut résoudre. Notons que
Turner et aussi la petite chambre de
Van Gogh — Yun consciemment,
autre tres probablement par int
tion — ont exploré les voies de la
curvilinéarité qui reste certainement
encore trés prometteuse.
©) La perspective non:
Loin d’étre une invention récente,
approche non-linéaire aen fait tou-
jours coexisté avec approche li
re, Les deux se sont développées ei
symbiose et en opposition complé-
mentaire. Alors que la linéarité cher.
chait & unifier, quitte & le faire au
détriment de la multiplicité, la non:
linéarité part de la conviction que la
seule voie pour parvenir a une unité
plusgrande— plusgrandemémeque
Vunité représentable — passe par le
développement total du multiple. Les
prit, en effet, tenda
confondre
unité
uuniformité. Je peux, pour le bonheur
de 'unité de ma composition, igno-
rer ou estomper tel ou tel détail. Je
peux également, a'inverse, faire res-
sortir la beauté et la richesse du mul-
tiple, en montrant a quel point il
participe a Yunité, En musique, on
peut faire vibrer plusieurs cordes dif-
férentes, car P'unité musicale ne veut
pas dire unisson mais composition
harmonique, y compris avec des éé
‘ments dissonants. Il en va de méme
pour espace que I'on doit rendre
vivant et chasser ce sentiment d’es-
pace vide et froid. Ainsi, le petit détall
d'une fenétre pourra devenir une
ouverture sur tout un infin
Ce tour de force est une perspecti
ve que l'on pourrait appeler d'espace
wéré. On peut, par exemple, en
représentant une loggla avec des fe-
netres ou des couloirs adjacents, in-
diquer I'existence d’espaces sans les
représenter : on les suggere. L’utilisa-
tion, par Tilman Riemenschneider,
de petites vitres lu
neuses dans
Vautel
sculp-
Exemple de perspective curviligne : Uarrivée de Vempereur Charles 1V a la
ba
fique Saint-Denis peinte par Jean Fouquet.
Exemple d'anamorphose :
Les Ambassadeurs de
Holbein.
té de Rothenburg est d’autant plus
exemplaire qu’elle est accompagné
dun changement de texture sculptu
rale, en passant du bois au verre. En
peinture, concentrons-nous sur le
Saint-Jérdme dans sa chambre de travail
d’Antonella de Messina, Le spect
teur, placé devant une maison, peut
regarder plusieurs pieces a 'intérieur
du btiment, ou encore admirer le
paysage lointain a travers les fen‘
tres, Saint-Jérome se trouve dans in
timité de sa chambre de travail et
pourtant, dans un espace ouvert. De
Messina nous apporte un sentiment
de liberté supplémentaire car il nous
permet de faire voyager notre regard
dans plusieurs espaces tres différents.
Dans la méme approche, nous
avons ce que nous pouvons appeler
la perspective narrative. L’espace se
construit a travers une succession
d@lements tres divers et dont les pro.
portions dont trés dificiles a évaluer.
Crest ce que Jan Van Eyck a utilisé
dans La Vierge d’Autun : nous voyons
au-dela d’une loggia en perspective
linéaire, un peu plus bas, un jardin ;
au bord du jardin des remparts sur
lesquels deux personages contem-
plent une riviére qui serpente et nous
amenea un pont ;surcelui-ci on voit
une multitude de petits bonhommes
qui traversent avec au moins sept
chevaux ;derriére, dansun des mé
dres de la riviere, ly aun chateau, et
derriére, des montagnes avec de la
neige et ainsi de suite... Ce télesco-
page de plans successifs, sans etre
lune construction mathématique,
hous fait vivre espace comme unt
tout discontinu, La loggia, en dernire
analyse, pourrait trés bien se trouver
une hauteur céleste, et ceci semble
belet bien étre effet recherché, carle
sens profond de la scene est précisé-
ment la rencontre entre 'humain et
le divin,
Llautre possibilité de construction
non-linéaire, cest la perspective dt no-
rizon-balayeur, Au lieu d’avoir une
FUSION N60 - MARS - AVRIL 1996La Vierge et le chancelier Rollin de Jan Van Eyck. A droite,
détail du méme tableau.
FUSION N'60/- MARS - AVRIL 1996
Saint-Jérdme
dans sa chambre
de travail,
d'Antonella
de Messina,
seule ligne d’horizon, pourquoi ne
pas en avoir plusieurs ?
Apres tout, notre esprit « cons-
tit » une perpective dans chaque
direction ott nous ditigeons notre
regard. L’exemple le plus réussi (et le
moins compris) c'est certainement la
Joconde. Vousavez vraiment cru aux
théories « Freuduleuses » que derrié-
relegentil sourirede la damesecache
le sadisme vengeur de votre belle-
mére exprimé par Léonard de Vinci
travesti ? Eh bien non ! Ce qui nous
met mal a Iaise, ce n’est pas Mona
Lisa, c'est le paysage. Regardez bien =
Vhorizona gauche de son visage arri-
ve a peu pres & la hauteur du bas de
son nez. A droite, pourtant, c'est plu-
tt vers les yeux qu'un horizon sem-
ble se dessiner. En continuant, vous
allez vous-méme découvrir de nom-
breux autres horizons.
Autre exemple, la bataille de
La Rochelle par le graveur naneéen
Jacques Callot, ot les vues de face et
de haut se trouvent intégrées dans la
méme planche. A nouveau, nous
pouvonsimaginer une série de lignes,
horizon allant d’assez bas dans
Vimage pour le premier plan jusqu’agéométrie
Quelques dates clefs
\Vome siécle av. J-C
‘= CEuvee d’Agartharcos, scénographe d'Fschyle,
+ CEuvres d’Anaxagore et de Démocrite.
+ Platon, dans le Sophistecondamne|'illusionisme des sculpteurs. Dans le Timée, i tranche le faux cébat — qui durera pourtant
jusqu’au XVeme siecle — sur 'émission-téception des rayons visuels.
* Pline V'ancien exprime son admiration pour les trompe-|'ceil des peintures de Zeuxis, Parahasios et Appollodore.
Ileme siécle av. -C
* Archiméde affrme deja que « les yeux ne vorent pas d'un point unique, mais d'une certaine grandeur », anticipant ainsi une
solution au paradoxe de Léonard de Vinci.
‘ Euclide éerit optique et la catoprrique.
Heme sidcle av. JC
«= Vitruve développe une méthode de perspective pour la conception de décors théatraux.
Xteme sidele
‘= Al-Hazen écrit son Traité optique et des courbes géométriques.
Xattome sidcle
* 1265: le sculpreur Nicola Pisano travalle 2 Pse et Sienne.
+ 1267 : le moine franciscain Roger Bacon écrit son Opus Majus.
XVome sidcle
+ 1325 : Giotto peint La Confirmation de St-Francois a Florence.
+ 1333 : Simone de Martini peint L’Annonciation.
1342 : Pietro Lorenzeti peint la Naissance de la Vierge a Sienne
++ 1375 :naissance de Robert Campin, dit Maitre de Flémalle, qui travaillera pour la chartreuse de Champmol, prés de Dijon,
et deviendra le maitre de Rogier van der Weyden et aura une grande influence sur Jan Van Eyck
+ 1376 :fondation de ordre enseignant des Freres de la Vie Commune & Deventer (Pays-Bas).
+ 1385 : Le sculpteurflamand Claus Sluter réalise Le puit de Moise pour la chartreuse de Champmol.
xVeme sigcle
+ 1401 : Concours 3 Florence pour la commande des sculptures de la seconde porte du baptist.
+ 1410-24 : Brunelleschi — selon la description quren donne Manetti aux alentours de 1475 — vérifie la correspondance de
sesconstructions de perspective avec la éalité, en regardant, traversun petit trou dans son tableau, image du Baptistere qu'il
capte dans un miro. Manetti ne révéle aucun aspect technique du type de perspective utlsé par Brunceschi
* 1420 : Paolo Toscanelli écrit Della Prospettivaet ravaille avec Brunelleschi qui reléve le défi d’achever la coupole du déme
de Florence, tache considerée, a lépoque, impossible.
#1423 : Nicolas de Cuse se trouve a Padoue ou il rencontre vraisemblablement son ami Toscanelli.
de Ghibert et le protégé de Brunellesci.
#1432 : Jan Van Eyck termine 1/Agneau Mystique (ou retable de Gand),
Ghibertiacheéve, apréstrente-quatre ans de travail, les portes du baptistore de Florence.
Leon Battista Alberti publie De Pictura, couvre qu'il dédie & Brunelleschi
+ 1436 : Jan Van Eyck peint la Vierge dAutun (le chanceller Rolin et a Vierge.
#1436 : Van Eyck peint le portrait du compositeur francais Guillaume Dufay dans le Timotéos. Dufay composera un motet
{quatre voix qui sera chanté sous la coupole de Florence, occasion du concile.
‘1437-39 : le concile de Ferrare, qui sera déplace a Florence a cause de la peste, adopte la conception du filioque.
#1445 : Ghiberti écrit ses Commentaires.
+ 1460 ; Jean Fouguet réalise le livre dheures dEtienne Chevalier.
+ 1474 : Piero della Francesca écrit De Prospectiva Pingendi.
+ 1492 : Christophe Colomb effectue son premier voyage en Amérique, avec dans sesbagages une carte de Toscanellsuggérant
Lune voie vers les Indes par V Ouest.
Xvléme sigcle
* 1503 : Léonard de Vinci, La Joconde.
+ 1505 : Jean Pelerin Viator écrit De Atiicali Perspectiva, le premier traité de perspecti
+ 1509-1511 : Raphaél peint Ecole d/Athénes.
1518 : Raphael peint La Transfiguration,
+ 1525 : Albrecht Direr Grit son traité Underveysung der Messung.
+ 1533 : Hans Holbein peint Les Ambassadeurs.
B FUSION S0-MARS-A
‘en Europe.
1996trés Gloignée en ce qui concerne la
vue du blocus naval devant la villede
La Rochelle.
Llutilisation de la lumiére devien-
dra, surtout chez Rembrandt, un tres
puissant moyen de suggestion des
espaces non représentés. Il utilise la
lumiére intérieure en dialogue avec
Ja lumitre extérieure, sans que leurs
sourcesdoriginenesoient clairement
identifiges. Il apporte ainsi une puis-
sante impression de transformation
de la lumiére s‘opérant partir de
Vindividu, La lumiere — Rembrandt
sera un véritable disciple de Léonard
dans ce domaine — est le nouveau
transfini dont nous avons parlé. Au
lieu de la definir par une ligne, Léo-
ard concoit une limite comme un
changement de géométrie ou de di-
rectionnalité. La technique du sfie
‘mato, qui va estomper les contours
linéaires des figures, est la premidre
démarche visanta redéfinirlemonde
matériel par cette réalité supérieure
qu’est la lumiere, Crest elle, en effet,
qui nous permet de voir. C’est elle
qui faconne, par le jeu d’ombres,
notre image visuelle.
Léonard de Vinci identifie le do-
maine de la couleur et son évolution
dans espace comme uneautre sortie
La Joconde de Léonard de Vinci et la bataille de La Rochelle de Jacques Callot.
FUSION N°60 - MARS - AVRIL 1996
de la contrainte linéaire. 11 affirme:
eI est vrai cependant que, dans. la
nature, la perspective des couleurs suit
toujours ses lois, alors que celle des
srandeursestarbitraire, parcequ on peut
rencontrer une petite colline pres de leit
et au loin une montagne énorme (...)»
En effet, tant que nous restons dans
le domaine de la représentation des
formes, notre image risque de nous
jouer certains tours, puisque formel-
lement, sur le papier, un petit objet
rapproché pourraavoirlaméme gran-
deur qu'un grand objet éloigné. Crest
pour cela que Léonard va développer
la perspective des couleurs ou perspecti-
ve aérienne. Ul affirme : « Hexiste une
‘autre perspective que j‘appelle aérienme,
car les différences: de couleur de Vair
peuvent nous faire discerner les distan-
ces respectives de plusieurs édifices dont
la base est coupée par une droite unique,
comme quand on les voit ausdela d'un
‘mur mettons quis paraissent tous de
Iaméme hauteur au-dessus dece mur, et
que tu veuilles montrer que les uns sont
plus éloignés que les autres, et les repré-
senterdans une atmosphere assez dense.
Tu sais que dans une telle atmosphere,
les objets es plus distants qu'on ydiscer-
ne, comme par exemple les montagnes,
paraissent, dcause deta grande quantité
airquise trow
ton al, blewes presque comme la coue
leur de Vair quand le soleil se leve. Tu
donneras donc a Védifice le plus proche
‘au-dessus de ce mur sa couleur propre, et
celui qui est plus loin tu le feras moins
distinct et plus bleu. Et celui que tu veux
‘montrer plus loin encore, tu le feras
dautant plus blew... » (Manuscrit de
Vinstitut de France, 108, v°)
‘On s‘dloigne ainsi de la perspe
ve formelle oii les objets possedent
des caractéristiques de grandeur, de
couleuts,... fixes pour se rapprocher
d'une perspective physique, ot I'on
prend en compte les différents chan-
gements dont parle Léonard, selon
les conditions subjectives dans les-
quelles se trouve l'objet : autrement
dit, on peint tes objets ou les diffé-
rents éléments d'un paysage en pre-
nant en compte leurs interactions
physiques, alors que celles-ci étaient
totalement ou presque ignorées par
la perspective linéaire. Done, l'espa-
cen’est plus un lieu vide mais un liew
diinteractions.Ce qui transcendecet-
te subjectivité, ce sont évidemment
ces principes physiques mémes. C’est
Ia que l'on trouvera ce sentiment de
vérité — plus que de réalité — dans
les tableaux de Léonard, parce que
entre ces montagnes et‘hous reconnaissons en eux les princi-
pes sous-jacents qui régissent notre
univers: ils sont plus vrais que réels,
De cette maniére, Léonard prouve
qu'une ceuvre dart vraie ne peut étre
quescientifique carellenécessite une
connaissanceapprofondie deces prin-
cipes.
Enfin, Léonard apportera 'idée de
aperspectivede effacement, indiquant
qu’au fur et mesure que s'acerott la
distance entre I'ril et objet regardé,
ses contours vont sfestomper. Léo-
nard de Vinci constate le méme phé-
noméne quand les objets sont trop
proches : « Toutes les choses opposées
4 Veeil et trop voisines de lui ont des
contours indistinets et conus. Une sour-
ce lumineuse donne aux objets appro:
chés delle des ombres grandes et confi-
ses ; ainsi fait Vovil Yorsqu'il jus
objets extérieurs ; car dans tous les cas
de perspective linéaire, I’wil est sembla-
bile da source umineuse... » (Manus:
rit A, Institut de France, 103 v
Un bon exemple de cela, c’est le
tableau ci-dessus, appelé le Philoso-
phe en méditation, et attribué a Rem:
brandt. Au premier plan, on décou-
vre les objets a contours indistincts
Observez comment cette technique
permet d'accélérer I'effet de profon:
deur et de luminosité. La, on voit que
Léonard de Vinci tenait le bon fil
ge les
notre perception de Iespace est en-
ti@rement conditionnée parla lumie-
re et la facon dont elle nous permet
de rencontrer univers.
En guise de conclusion, arrétons
nous un instant sur le tableau c
dessous de Pierre Brueghe! I’Anc
La pie et le gibet. Le spectateur peut
admirer un magnifique paysage sui-
vant les régles de perspective aérien.
ne de Léonard. Les paysans qui dan-
sent et finissent leur existence entre
Véglise et le gibet n’ont pas cette vue
du haut, car une haie épaisse et des
arbres les en empéchent. Reflexion
sur le role de la vision pour votre
existence ? 7
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