La compétence de communication
Peut on dire que communiquer c’est parler ?
Parler pour communiquer est l’une des formes de communication. Ecrire en est une autre.
D’autres éléments entrent en jeux et viennent renforcer et soutenir la parole, s’opposer à elle
ou encore viennent se substituer à elle. Les moments de silence sont par fois des moments
forts en dépit de l’absence de la parole : ils sont plus significatifs.
Communiquer ne se limite pas seulement au fait de parler, donc à la mise en œuvre du
système linguistique. E. Roulet affirme que, à la maîtrise du code (correction grammaticale),
« il faut savoir utiliser les phrases appropriées à un contexte linguistique et un contexte
situationnel donné ».
Chomsky, l’un des chercheurs éminents en domaine de la linguistique, introduit la notion
de compétence dans les sciences du langage. Sa théorie innéiste a été critiquée par DELL
Hymes et d’autres chercheurs en sciences du langage et en didactique des langues, didactiques
des langues étrangères plus particulièrement et ce en raison du rapport étroit entre la
communication et l’apprentissage des langues.
1- La compétence de communication pour DEL HYMES
Il définit la communication comme étant «la connaissance des règles psychologiques,
culturelles et sociales qui commandent l'utilisation de la parole dans un cadre social». La
connaissance des règles et des normes linguistiques apparaissent, alors, comme une assise
commandée et gérée par d’autres règles. Prenons l’exemple de l’usage que nous algériens
nous faisons de la langue arabe, langue de plusieurs sociétés arabes, musulmanes, africaines,
asiatiques. Notre société, qui présente un regroupement de plusieurs microsociétés, présente
un tas de règles d’usage qui se réfèrent au cadre social en premier lieu et au cadre culturel en
deuxième lieu. Certains termes ne peuvent être utilisés sans séquelles sur l’auditeur :
l’exemple à donner est celui du terme /CHIRA/ qui dans les régions de l’Ouest renvoie à la
jeune fille alors que dans celles de l’Est, il renvoie à une forme de drogue.
Le coté psychologique pourrait renvoyer à l’état de l’individu mais aussi à celui du groupe qui
est source de connaissances et de règles d’usage.
2- Pour Daniel COSTE
D. COSTE en 1978 affirme que la compétence de communication comprend quatre
composantes principales qui agissent en corrélation
« Une composante linguistique : savoirs et savoir-faire relatifs aux constituants et aux
fonctionnements du système linguistique.
une composante de maîtrise textuelle : savoirs et savoir-faire relatifs aux discours et
aux messages en tant que séquences organisées d'énoncées (agencements et
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enchaînement transphrastiques, rhétoriques, et manifestations énonciatives de
l’argumentation)
une composante de maîtrise référentielle : savoirs et savoir-faire touchant aux
routines, stratégies, régulation des échanges interpersonnels en fonction des
positions, des rôles, des intentions de ceux qui y prennent part.
une composante de maîtrise situationnelle ; savoirs et savoir-faire relatifs aux
différents autres facteurs qui peuvent affecter dans une communauté et dans des
circonstances données les choix opérés par les usagers de la langue».
En plus de la maîtrise de la langue entant que système, le savoir faire, la manipulation de
ce système, comment agencer les éléments qui composent la parole et comment
l’organiser, la pragmatique qui se réfère à l’usage en fonction de l’objectif visé…
viennent orienter et conditionner la communication.
3- La communication et ses composantes pour ABBOU
En 1980, Abbou propose une définition qui présente la compétence communicative d’un
individu « …comme la somme de ses aptitudes et de ses capacités à mettre en œuvre les
systèmes de réception et d'interprétation des signes sociaux dont il dispose, conformément
à un ensemble d'instructions et de procédures construites et évolutives, afin de produire
dans le cadre de situations sociales requises, des conduites appropriées à la prise en
considération de ses projets». La mise en œuvre des deux systèmes, celui de réception et
celui d’interprétation, ne pourrait être atteinte que par le jumelage et la coordination entre
plusieurs capacités acquise dans la société et aptes à évoluer.
ABBOU propose plusieurs compétences composant la compétence de communication:
« Par compétence linguistique, il faut entendre l'ensemble des aptitudes et des
capacités langagières dont disposent les locuteurs-acteurs pour percevoir et
interpréter des énoncés émis à leur intention et émettre des énoncés perceptibles et
interprétables par d'autres locuteurs-acteurs. Y entrent donc des aspects proprement
linguistiques, discursifs, (passage de la phrase au discours) et modalisants
(rhétorique). Cette compétence se définit par degrés, c'est-à-dire en fonction du
nombre et de la complexité des énoncés et des modèles perçus et émis
Par compétence socioculturelle, il faut entendre l'ensemble des aptitudes et des
capacités dont disposent les locuteurs-acteurs-interprètes pour relier des situations,
des événements, des actes, des comportements à un ensemble de codes sociaux et de
systèmes référentiels (systèmes conceptuels régissant l'organisation des pratiques
scientifiques et des pratiques sociales). Comme la précédente compétence, elle se
construit progressivement et de degré en degré
Par compétence logique, sont désignés aptitudes et capacités à produire des
ensembles discursifs interprétables, à les relier à des représentations et à des
catégorisations du réel et à distinguer leurs bases conceptuelles, les modalités
d'enchaînement et les procédures particulières qui assurent aux discours cohérence,
progression et validité.
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Par compétence argumentaire on conviendra de l'ensemble des capacités et des
termes de rapport d'individus à des institutions, à des situations, à des besoins, à des
projets à des stratégies et à des tactiques.
Par compétence sémiotique, enfin, on pourrait admettre l'ensemble des capacités et
aptitudes donnant à l'individu les moyens de percevoir le caractère arbitraire,
multisystémique, et, nécessairement mutable des signes d'expression sociale et des
productions langagières. Elle se concrétise notamment par la compréhension et la
pratique des opérations de production, de conservation et de régénération du sens,
soit dans le cadre d'une adéquation au réel, soit dans celui d'un jeu de l'imaginaire
recourant au langage pour y manifester les marques du fantasme ou du plaisir.»
4- S. MOIRAND écrit en 1982 que la compétence de communication peut avoir quatre
composantes qui s’imbriquent.
«Une composante linguistique, c'est-à-dire la connaissance et l'appropriation (la
capacité de les utiliser) des modèles phonétiques, lexicaux, grammaticaux et textuels
du système de la langue.
Une composante discursive, c'est-à-dire la connaissance et l'appropriation des
différents types de discours et de leur organisation en fonction des paramètres de la
situation de communication dans laquelle ils sont produits et interprétés.
Une composante référentielle, c'est-à-dire la connaissance des domaines d'expérience
et des objets du monde et de leurs relations.
Une composante socioculturelle : «l'appropriation des règles sociales et des normes
d'interaction entre les individus et les institutions, la connaissance de l'histoire
culturelle et des relations entre les objets sociaux».
A remarquer que MOIRAND distingue la connaissance et l’appropriation en définissant
chaque composante car connaitre n’induit pas dans tous les cas à un usage approprié.
H. Boyer lui, opte pour cinq micro-composantes qui sont :
« une composante/compétence sémiotique ou sémio linguistique, qui intègre des savoirs et des
savoir-faire, des représentations (images, attitudes…) concernant évidemment la langue (dans
ses fonctionnements phonologiques / phonétiques / lexico-sémantiques et grammaticaux) mais
également d'autres systèmes signifiants associés (plus ou moins exclusivement) au
linguistique, comme la gestualité, la mimique à l'oral, ou la graphie, la ponctuation, à l'écrit
[…] ;
une composante/compétence référentielle, […] qui concerne les savoirs, les savoir-faire et les
représentations (plus ou moins «scientifiques») de l'univers auquel renvoie/dans lequel circule
telle ou (telles) langue(s) (le territoire, le cadre climatique, géologique, zoologique ..., la
démographie, l'organisation sociale etc.) […] ;
une composante/compétence discursive-textuelle, c'est-à-dire […] les représentations et la
maîtrise effective des divers fonctionnements textuels et la mise en discours (cohésions
interphrastiques ; cohérence du projet argumentatif, ou narratif...) qui permettent par exemple
de construire/ de reconnaître une démonstration, un récit etc. […] ;
une composante/compétence socio-pragmatique : des savoirs et des savoir faire, des
représentations (en particulier de type évaluatif) concernant tout spécialement la mise en
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œuvre d'objectifs pragmatiques conformément aux diverses normes et légitimités, les
comportements langagiers dans leur dimension interactionnelle et sociale : par exemple,
comment répondre (par écrit ou oralement, en face à face ou au téléphone) à telle ou telle
invitation, émanant de tel ou tel interlocuteur ou correspondant, en telle ou telle occasion […]
une composante qui concerne la maîtrise des connaissances, des opinions et des
représentations collectives, en relation avec les diverses identités (sociales, ethniques,
religieuses, politiques...) qui coexistent […] sur le «marché culturel». Cette compétence
ethno-socioculturelle qui permet de saisir et de faire fonctionner toutes sortes d'implicites plus
ou moins codés, plus ou moins partagés, dans les échanges quotidiens et les «mises en
scènes» de tous ordres (en particulier médiatiques), intègre non seulement ce qu'on peut
appeler «l'air du temps» mais aussi des mythologies plus anciennes, plus ou moins stables,
plus ou moins figés et un patrimoine historique et culturel (souvent fossilisé, «mythifié»). Elle
est le préalable indispensable à l'intelligence de certaines pratiques langagières, comme
l'humour […]».