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Coefficients de transfert thermique en mini-canaux

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Mesure de coefficient de transfert thermique par

convection forcée en mini canaux


François Debray, Jean-Pierre Franc, Thierry Maître, Sylvain Reynaud

To cite this version:


François Debray, Jean-Pierre Franc, Thierry Maître, Sylvain Reynaud. Mesure de coefficient de trans-
fert thermique par convection forcée en mini canaux. Mechanics & Industry, EDP Sciences, 2001, 2,
pp.443-454. �hal-00212312�

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Mesure des coefficients de transfert thermique par
convection forcée en mini-canaux

François Debray a , Jean Pierre Franc b , Thierry Maître b , Sylvain Reynaud b


a
Laboratoire des Champs Magnétiques Intenses (MPI/CNRS), 25 avenue des Martyrs, BP 166, 38042 Grenoble cedex 9, France
b
Laboratoire des Écoulements Géophysiques et Industriels (UJF/CNRS/INPG), BP 53, 38041 Grenoble cedex 9, France

Résumé —Nous présentons des mesures de coefficients de frottement et de transfert thermique par convection forcée dans des
mini-canaux plans de 1 mm à 250 µm d’épaisseur.Le coefficient de frottement est estimé à partir d’une mesure globale de perte de
charge. Le coefficient de transfert thermique est déterminé à partir d’une mesure directe et locale de la température et du flux
thermique à la paroi.Les mesures des coefficients de frottement confirment les lois classiques aux incertitudes expérimentales
près.En ce qui concernent les mesures locales de coefficients de transferts, les écarts observés par rapport aux corrélations
classiques établies pour des plus grands diamètres peuvent être expliqué qualitativement par la non-uniformité du flux thermique
imposé en paroi et les conditions d’établissement partiel des couches limites cinématique et thermique.

micro-hydrodynamique / convection forcée / transfert de chaleur / microcanaux / canal plan / effet de diamètre

Abstract —Measurement of forced convection heat transfer coefficients in mini-channels. We present measurements of the
friction factor and the forced convection heat transfer coefficient in flat mini-channels with thickness from 1 mm to 250 µm.The
friction factor is estimated from the measurement of the pressure loss.The heat transfer coefficient is determined from a local and
direct measurement of the temperature and the heat flux at the wall.The friction coefficient measurements confirm the classical
laws. As far as the heat transfer coefficient measurements are concerned departures from results obtained with classical
correlations well-established for larger diameters may be explained by the lack of uniformity of the heat flux at the wall and the
partial establishment of the kinematics and thermal boundary layers.
microhydrodynamics / forced convection / heat transfer coefficient / microchannels / flat channel / diameter effect

Nomenclature Re nombre de Reynolds basé sur le diamètre


hydraulique
a diffusivité thermique T température
c capacité calorifique T∞ température à l’amont
Cf coefficient de frottement Tp température de paroi
DH diamètre hydraulique V vitesse
e épaisseur du canal V∞ vitesse à l’amont
f coefficient de perte de charge par φ flux thermique
frottement λ conductivité thermique
h coefficient de transfert thermique par µ viscosité dynamique
convection ρ masse volumique
Nu nombre de Nusselt τ contrainte pariétale
Pr nombre de Prandtl

1. INTRODUCTION
E-mail addresses: [email protected] (F. Debray),
[email protected] (J.P. Franc),
[email protected] (T. Maître), Le Laboratoire des Champs Magnétiques Intenses de
[email protected] (S. Reynaud). Grenoble a pour vocation de mettre à disposition de

1
la communauté technologique et scientifique internatio- la vitesse moyenne de débit. La perte de charge p pour
nale des aimants à haut champ atteignant 30 teslas pour une longueur L de canal peut être obtenue par un bilan
une puissance électrique dissipée de 20 MW. Le refroi- global d’effort :
dissement est réalisé par convection forcée d’eau dé- 2
minéralisée dans des mini-canaux de diamètre hydrau- L 96 ρV L
p = 2τ = (3)
lique inférieur au millimètre. Les vitesses sont de l’ordre e Re 2 2e
de 25 m·s−1 . L’optimisation thermo-hydraulique des ai-
mants à haut champ nécessite la connaissance précise des Quant au champ de température T (x, y), il vérifie l’équa-
coefficients d’échange thermique. tion de bilan thermique :
 2
L’objectif de la recherche, menée en collaboration ∂ 2T

∂T ∂ T
avec le Laboratoire des Écoulements Géophysiques et V =a + (4)
∂x ∂x 2 ∂y 2
Industriels, est de développer une cellule d’essais et
une instrumentation permettant la mesure directe du flux Notons que le terme de dissipation visqueuse µ[∂V /∂y]2 ,
thermique et de la température de paroi pour des mini- important dans le cas d’écoulements à grande vitesse, est
canaux de 1 mm à 250 µm d’épaisseur et ainsi de mesurer ici négligé (cf. paragraphe 2.3). Toujours dans l’hypo-
les coefficients de transfert thermique par convection. Ces thèse d’un écoulement établi, aussi bien du point de vue
mesures permettront d’évaluer la validité des corrélations cinématique que thermique, la solution de l’équation de
classiques établies généralement pour des conduites de la chaleur (4), dans laquelle est injectée le champ de vi-
taille caractéristique bien supérieure. tesse de Poiseuille (1), est la suivante :
 4  3
λ[T (x, y) − Tp (x)] y y y
=− +2 − (5)
1.1. Corrélations classiques ϕe e e e
φ désignant le flux de chaleur en paroi, supposé uniforme
On commence par rappeler quelques résultats clas- et identique pour les deux parois. La température de paroi
siques en écoulement laminaire et en écoulement turbu- Tp (x) augmente linéairement avec x selon la relation :
lent qui serviront de base à l’interprétation des résultats
expérimentaux. Dans ce travail, on considère essentielle- 2ϕ
ment le cas de l’écoulement entre deux plaques planes Tp (x) = Tp (0) + x (6)
ρcQ
dont la distance est suffisamment petite pour que l’on
puisse les assimiler à deux plans quasi infinis. et le profil de température est le même tout au long du
canal, à une constante près qui augmente linéairement
avec x. La température de mélange est donnée par :
1.1.1. Cas laminaire (Re < 2 000)
1 e

Dans le cas d’un écoulement laminaire établi, on Tm (x) = T (x, y)V (y) dy
Q 0
peut facilement montrer que le nombre de Nusselt est
constant, et donc que le coefficient de transfert thermique 17 ϕe
= Tp (x) − (7)
varie comme l’inverse de l’épaisseur du canal. En effet, 70 λ
dans un tel canal plan, la distribution de vitesse V (y) est Le coefficient de transfert thermique par convection h est
parabolique et donnée classiquement par : alors :
ϕ 70 λ
h= (8)
 
V (y)e y y =
=6 1− (1) Tp − Tm 17 e
Q e e
ce qui correspond à une valeur du nombre de Nusselt,
où Q désigne le débit volumique par unité d’envergure basé sur le diamètre hydraulique 2e du canal, égale à :
et y la distance à la paroi inférieure. Le coefficient de h·2e 140 ∼
frottement Cf en paroi est : Nu = = = 8,24 (9)
λ 17
τ 24 Dans le cas où l’une des parois est isolée thermiquement,
Cf = 2
= (2)
ρV /2 Re on obtient Nu = 5,385. Si les conditions aux limites
sur les 2 parois sont des conditions de température
Re désigne le nombre de Reynolds basé sur le diamètre constante, on a Nu = 7,54. Si les deux parois sont à des
hydraulique du canal, égal à deux fois son épaisseur et V températures différentes, Nu = 4 [1].

2
Figure 1. Variations du coefficient de frottement et du nombre de Nusselt en fonction du nombre de Reynolds. Régimes laminaire et
turbulent lisse établis. Pr = 7.
Figure 1. Variations of the friction coefficient and Nusselt number with the Reynolds number. Laminar and smooth turbulent
established regimes are considered. Pr = 7.

1.1.2. Cas turbulent (régime lisse, classiquement sous la forme suivante [3] :
4 000 < Re < 100 000)
1
Le cas d’un écoulement turbulent établi entre deux Nu = Cf Re Pr1/3 (13)
2
plans nécessite le recours à des corrélations empiriques.
La perte de charge p pour une longueur L de canal est En reportant l’expression (12) du coefficient de frotte-
déterminée d’après la relation classique : ment, on obtient la corrélation suivante :

2 Nu = 0,0593 Re3/4 Pr1/3 (14)


ρV L
p = f (10)
2 2e Cette relation donne des résultats très voisins de la
corrélation classique de Colburn
Le coefficient de perte de charge par frottement f ,
en régime lisse, pour une conduite classique, peut être Nu = 0,023 Re0,8 Pr0,4 (15)
calculé par la relation suivante [2] :
valable dans le cas de l’écoulement turbulent dans un tube
0,3164 lisse. La figure 1 résume l’ensemble de ces résultats de
f= 4 000 < Re < 100 000 (11) référence.
Re0,25
Cette corrélation est valable pour des nombres de Rey-
nolds compris entre 4 000 et 100 000. Le coefficient de 1.2. Déviations observées pour les
frottement s’en déduit alors par : micro-canaux

f 0,079 Les expérimentations menées au cours des dix der-


Cf = = 1/4 (12)
4 Re nières années ont révélé des déviations importantes par
rapport aux résultats classiques qui viennent d’être rap-
Le coefficient de transfert thermique par convection pelés. Cette partie présente quelques-unes de ces expéri-
forcée est généralement estimé en utilisant l’analogie de mentations et leurs principaux résultats.
Reynolds entre transfert de chaleur et de quantité de Wang et Peng [4] ont étudié les transferts thermiques
mouvement. Celle-ci se traduit par une relation entre le par convection forcée pour des canaux de section rectan-
coefficient de frottement et le nombre de Nusselt et s’écrit gulaire, de diamètre hydraulique DH compris entre 0,74

3
et 0,31 mm et de 45 mm de longueur. Ils ont utilisé une turbulent. Ils ont utilisé une cuve qui maintient le fluide
boucle hydrodynamique équipée d’une cuve qui, par un (eau) à température constante. La veine d’essai est consti-
système de chauffage et de refroidissement, permet de tuée d’un cylindre de cuivre de diamètre extérieur va-
maintenir le fluide (eau et méthanol) à une température riable sur la longueur. Un canal cylindrique de diamètre
donnée. La veine d’essai est composée d’une plaque en 0,76 mm ou 1,09 mm est usiné au centre. Des bandes mé-
acier inoxydable (18 × 125 × 2 mm3 ). Sur l’une de ses talliques résistives placées tout autour de la partie la plus
faces, 4 ou 6 canaux identiques et parallèles sont usinés, épaisse assurent le chauffage de la paroi. Cette pièce est
une plaque en cuivre de mêmes dimensions sert de cou- entièrement recouverte d’isolant thermique. Six thermo-
vercle. Six types de canaux sont étudiés. Ils se différen- couples sont placés le long de la partie chauffée du ca-
cient par leur largeur (de 0,8 à 0,2 mm) et leur espace- nal à des rayons de 6,35 mm et 12,7 mm alternativement.
ment sur la plaque en acier (de 4 à 2,4 mm), la hauteur Ils permettent, par l’intermédiaire d’un logiciel, de calcu-
est en revanche la même pour tous (0,7 mm). La tempé- ler la distribution de température à l’intérieur de la partie
rature du fluide est mesurée en entrée et sortie de canal chauffée. Deux autres thermocouples, situés en entrée et
par des thermocouples. Six autres thermocouples (trois sortie de canal, permettent de mesurer la température de
en amont et trois en aval), placés au dos de la plaque l’eau et ainsi de calculer le flux de chaleur à la paroi par
en acier, permettent d’estimer la température de paroi. un bilan thermique global. Il n’y a pas de mesure directe
Il ne s’agit pas d’une mesure directe puisqu’il faut te- du flux de chaleur ni de la température en paroi.
nir compte de l’épaisseur d’acier (1,3 mm) qui sépare le
fond des canaux des thermocouples. La plaque en acier Les auteurs ont cherché à comparer leurs résultats ex-
est reliée à une alimentation électrique stabilisée afin de périmentaux à la corrélation de Gnielinski, particulière-
produire, par effet Joule, un flux de chaleur uniforme le ment adaptée à leur cas (2 300 < Re < 106 , 0,5 < Pr <
long des canaux. Elle est isolée thermiquement et électri- 2 000) :
quement. Le flux de chaleur est calculé à partir de la puis-
(f/8)(Re − 1 000)Pr
sance électrique injectée et de la surface totale d’échange Nu =
des canaux. Les auteurs introduisent un facteur correctif 1 + 12,7(f/8)1/2 (Pr2/3 − 1)
pour tenir compte des pertes de chaleur vers l’extérieur  −2
avec f = 1,82 log(Re) − 1,64 (16)
de la veine. Les résultats de cette étude montrent que la
transition à la turbulence a lieu à des nombres de Rey- Cette corrélation fournit des valeurs de Nu du même
nolds inférieurs à ceux rencontrés dans les conduites de ordre de grandeur que la corrélation de Colburn pour
taille conventionnelle. Alors que la transition se produit à 2 500 ≤ Re ≤ 25 000. Ils ont obtenu des valeurs de Nu
des nombres de Reynolds de l’ordre de 2 000 en conduite supérieures à celles données par la corrélation de Gnie-
classique, elle apparaît ici vers 700 et la turbulence déve- linski : 1,2 fois supérieures pour le canal de diamètre
loppée vers 1 500. Les valeurs des nombres de Nusselt en 1,09 mm et 1,8 fois pour le canal de 0,76 mm. On peut no-
régime laminaire sont généralement inférieures à celles ter que d’autres expérimentateurs ont mis en évidence des
prévues par les corrélations utilisées en conduite clas- déviations importantes au niveau du coefficient de frot-
sique. De plus le nombre de Nusselt croît avec le nombre tement Cf (cf. [7]). En régime laminaire, Pfahler et al.
de Reynolds alors que la théorie pour les conduites clas- (1991), Duncan et Peterson (1994), cités par Sabry [7],
siques indique qu’il est constant et indépendant de Re en ont constaté une diminution de Cf de l’ordre de 20 à
régime laminaire. Enfin, en régime turbulent, le nombre 40 %. On voit ici que les résultats expérimentaux ne s’ac-
de Nusselt est trouvé inférieur d’un facteur proche de 3 cordent pas. On peut tout de même retenir que tous les au-
aux valeurs données par les corrélations classiques. teurs ont observé des comportements différents de ceux
Peng et Peterson [5] ont utilisé la même expérience rencontrés dans les conduites de tailles conventionnelles,
dans le but d’établir des corrélations pour les transferts aussi bien au niveau thermique que mécanique. On peut
thermiques en régimes laminaire et turbulent ainsi que retenir également que les géométries utilisées dans ces
pour le coefficient de frottement. Ils ont également étudié expérimentations sont parfois complexes et ne sont pas
la possibilité d’une géométrie de canal qui optimiserait adaptées à la mesure directe de flux de chaleur et de tem-
les transferts thermiques. Les relations obtenues sont pérature de paroi. Ces deux remarques ont présidé au
spécifiques à la géométrie en multicanaux de leur veine choix du canal plan lors de la conception de notre veine
d’essai et difficilement transposables au cas d’un canal d’essai. Cette géométrie autorise les mesures directes de
plan unique que nous nous proposons d’étudier ici. flux et de température de paroi et constitue, du fait de sa
Adams et al. [6] se sont intéressés aux transferts ther- simplicité, un cas de référence bien adapté à des travaux
miques par convection forcée en micro-canaux en régime à caractère fondamental.

4
1.3. Explications avancées dans la L’effet du nombre de Knudsen a également été en-
littérature visagé (cf. [7]). Ce nombre adimensionnel est défini
comme le rapport du libre parcours moyen des molécules
de fluide sur la dimension caractéristique du canal. Il est
Les principales hypothèses avancées pour expliquer généralement admis qu’on ne tient pas compte de l’ef-
ces déviations sont présentées et analysées ci-dessous. fet du nombre de Knudsen pour une valeur inférieure
Wang et Peng [4] puis Peng et Peterson [8] ont cherché à 0,01. A titre d’exemple, le libre parcours moyen de
à expliquer ces écarts par une variation importante des l’air à température ambiante est de 50 nm. Si l’on rap-
propriétés thermophysiques du fluide le long du canal. Il porte cette valeur aux dimensions des expérimentations
s’agit en fait d’une diminution de la viscosité du fluide décrites plus haut, on obtient des valeurs du nombre de
due à l’augmentation importante de sa température. Cela Knudsen de l’ordre de 1,5·10−4 à 4,5·10−5 . Il apparaît
s’explique facilement si l’on considère que, dans un donc clair qu’on n’a pas à tenir compte de cet effet pour
micro-canal, des flux de chaleur élevés sont absorbés par l’air. Ceci est d’autant plus vrai pour un liquide. L’expli-
une faible masse de fluide. Les auteurs ont alors remarqué cation la plus convaincante a été apportée par Sabry [7] et
que le nombre de Reynolds pouvait plus que doubler fait intervenir la rugosité de paroi. L’hypothèse de Sabry
pour une valeur en entrée de canal d’environ 1 000. Bien repose sur la constatation que les frottements visqueux en
que cette variation de la viscosité puisse expliquer une paroi sont bien supérieurs dans les micro-canaux par rap-
diminution du coefficient de frottement, elle n’explique port au cas des conduites conventionnelles. A de tels ni-
pas les déviations observées par les auteurs en régime veaux, l’écoulement doit avoir une plus grande tendance
laminaire (Re ≤ 400), à savoir : la dépendance du nombre à décoller de la paroi au passage des rugosités. L’écou-
lement est alors très probablement séparé de la paroi par
de Nusselt avec le nombre de Reynolds et la croissance
un film de gaz quasi-continu. Celui-ci pourrait expliquer
de Nu avec Re.
la baisse du coefficient de frottement ainsi que les trans-
Mala et al. [9] ont avancé l’hypothèse de l’EDL ferts thermiques moins performants en micro-canaux, la
(Electric Double Layer) pour expliquer la diminution couche de gaz jouant le rôle d’isolant thermique. La tran-
des nombres de Nusselt par une diminution des vi- sition prématurée à la turbulence et la dépendance de Nu
tesses. Sur une zone confinée près des parois métalliques au Re en régime laminaire peuvent également s’expliquer
(de quelques nanomètres à quelques centaines de nano- par la présence de rugosités ponctuellement supérieures à
mètres), les charges électrostatiques de surface (immo- la moyenne de la paroi. Enfin la dépendance au Re du Nu
biles) attirent les charges du liquide en mouvement. Ces pourrait s’expliquer par le fait que ces rugosités provo-
dernières sont ainsi ralenties, entraînant les particules quent des micro-tourbillons qui facilitent les échanges de
fluides environnantes. Les auteurs ont ainsi montré, par chaleur entre la paroi et le fluide.
un modèle mathématique, que l’EDL avait une influence
sur les profils de vitesse, le coefficient de frottement et les
transferts thermiques. Pour cela ils ont utilisé un nombre
2. DISPOSITIF EXPÉRIMENTAL
adimensionnel κ défini comme le rapport de la demi-
hauteur du canal, constitué de deux plaques planes in-
finies, à l’épaisseur de l’EDL. Toutefois on note que le 2.1. Boucle d’essais
coefficient de frottement n’est quasiment plus affecté par
l’EDL à partir d’une valeur de κ de 163,2. Or la valeur La boucle hydrodynamique est constituée de deux
de κ est de l’ordre de 200 à 400 pour les expérimenta- cuves de 450 litres chacune. Elles sont situées en amont
tions de Wang et Peng [4] et de 380 à 550 pour celles de et aval de la cellule d’essai ( figure 2). L’eau est mise en
Adams et al. [6]. On en déduit que l’effet de l’EDL sur circulation par une pompe centrifuge ETACHROM. Le
ces expérimentations est négligeable. De plus les auteurs débit dans la boucle est contrôlé par le variateur de vitesse
ont montré une diminution du nombre de Nusselt de 5 à de rotation de la pompe. La boucle est également équipée
10 % seulement, pour une valeur de κ de 163,2, dans le d’un système d’injection de germes permettant, par la
cas où l’on tient compte de l’effet de l’EDL par rapport suite, l’étude des transferts thermiques en écoulements
au cas où on l’ignore. Cette diminution est très inférieure cavitants. La mesure des pertes de charge aux bornes de
à celle observée par Wang et Peng [4] qui avoisinait un la cellule d’essai est assurée par un capteur de pression
facteur 3. Il paraît alors peu probable que l’influence de différentielle Rosemount (précision de 0,075 % sur la
l’EDL puisse expliquer à elle seule les écarts relevés par gamme 0,2 ≤ P (bar) ≤ 20,7). La température de l’eau
les expérimentateurs cités plus haut. est mesurée en amont de la cellule par une sonde de

5
Figure 2. Vue de la boucle d’essais.
Figure 2. View of the hydraulic loop.

TABLEAU I
Plages de vitesse accessibles pour les différents canaux disponibles.

Épaisseur Diamètre Vitesse Nombre de Reynolds


du canal hydraulique
1,13 mm 2,22 mm 0,3 ≤ V (m·s−1 ) ≤ 23,8 750 ≤ Re ≤ 53 000
0,56 mm 1,12 mm 0,2 ≤ V (m·s−1 ) ≤ 17,5 260 ≤ Re ≤ 19 000
0,3 mm 590 µm 0,11 ≤ V (m·s−1 ) ≤ 10,5 70 ≤ Re ≤ 6 300

platine (mesure au centième de degré Celsius). La mesure charges aux bornes de la pompe lorsque la hauteur du
du débit est assurée par deux débitmètres magnétiques canal diminue.
Rosemount placés en série, en aval de la pompe. Le
premier possède une section de passage de 8 mm de
diamètre. Il est dédié aux mesures des petits débits 2.2. Cellule d’essai
(0,045 ≤ Q (l·s−1 ) ≤ 0,45 avec une précision de 0,5 %
de la mesure). Le second ayant une section de passage Elle se présente sous la forme d’un support (370 ×
de 25 mm de diamètre est dédié aux mesures des débits 150 × 80 mm3 ) en laiton dans lequel la veine d’essai
plus élevés (0,45 ≤ Q (l·s−1 ) ≤ 2 avec une précision a été usinée ( figure 3). Cette dernière possède une
de 0,5 % de la mesure). Un système de by-pass permet section rectangulaire de 60 mm de largeur par 20 mm de
d’isoler le débitmètre DN8 afin de limiter les pertes de hauteur. Elle comporte une paroi inférieure plane et une
charges lors de la mesure des débits les plus élevés. paroi supérieure équipée d’un hublot interchangeable.
Pour chacun des trois canaux étudiés, on peut explorer La forme convergente/divergente du hublot permet de
les plages de vitesse et de nombre de Reynolds données réaliser un mini-canal de 60 mm de largeur et 150
par le tableau I. La réduction des plages de vitesse et mm de longueur. Trois hublots permettent d’obtenir des
de Reynolds s’explique par l’augmentation des pertes de canaux de 1,13 mm, 560 µm ou 300 µm de hauteur. La

6
Figure 3. Vue de la cellule d’essais équipée du capteur de flux et de température.
Figure 3. View of the test section equipped with its heat flux and temperature sensor.

paroi plane inférieure est chauffée sur une longueur de Par contre ce point est plus discutable pour les couches
100 mm à l’aide de 6 cartouches chauffantes. Elles sont limites thermiques des deux premiers canaux. La mesure
insérées dans un bloc en cuivre isolé thermiquement sur de la rugosité moyenne de paroi a donné pour valeur
sa face arrière et équipé, dans sa partie centrale, d’un Ra = 0,23 µm. La rugosité relative maximum ε/DH
capteur HFM-7 E/L. Les cartouches assurent un flux rencontrée dans cette étude est de l’ordre de 4·10−4 .
maximal de l’ordre de 10 W·cm−2 . Pour comparaison, D’après les courbes de Nikuradse, aux nombres de
les flux de chaleur dans les aimants du LCMI sont Reynolds considérés ici, on se trouve en régime turbulent
de l’ordre de 300 W·cm−2 . La longueur du mini-canal lisse. Le capteur HFM-7 E/L, développé par VATELL
de 150 mm résulte d’un compromis entre la longueur CORP, permet des mesures de température de paroi
nécessaire à l’établissement des couches limites et la et de flux de chaleur. Il se présente sous la forme
volonté de disposer de vitesses d’écoulement élevées. d’un cylindre de 6,3 mm de diamètre et de 20 mm
Un canal long induit des pertes de charges élevées que de longueur. Le flux est obtenu en mesurant, à l’aide
la pompe centrifuge compense en réduisant le débit, de thermocouples, la différence de température T de
donc la vitesse d’écoulement dans la veine. Le capteur chaque côté d’une plaque d’épaisseur e = 5 µm et de
HFM-7 E/L étant situé à Lm = 90 mm de l’entrée conductivité thermique λ connue :
du mini-canal et à Lth = 30 mm du début de la zone
chauffée, les rapports A = Lm /DH et B = Lth /DH sont λT
ϕ= (17)
égaux à : e
• A ≈ 40, B ≈ 10 pour le canal de 1,13 mm de hauteur,
Plusieurs milliers de ces éléments sont mis en série
• A ≈ 80, B ≈ 20 pour le canal de 560 µm de hauteur,
afin d’augmenter le signal. La mesure de température
• A ≈ 150, B ≈ 40 pour le canal de 300 µm de hauteur. de paroi est assurée par une sonde de platine placée
Lorsque l’on compare ces valeurs à 40 (la longueur en couronne autour de la surface active. Afin d’utiliser
d’établissement des couches limites est, d’après Taine au mieux ses capacités dans notre cas, la sonde de
et Petit [1], de l’ordre de 40 × DH pour un écoulement platine a été étalonnée au sein du bloc chauffant pour des
turbulent), on se rend compte que les couches limites températures comprises entre 15 et 40 ◦ C. La surface du
cinématiques sont bien établies au niveau du capteur. bloc est plongée dans un bain thermostaté. La résistance

7
de la sonde et la température du bain correspondante sont
alors relevées pour calculer la droite d’étalonnage. Ce
capteur a également été choisi pour son temps de réponse
très court (6 µs). Il devrait ainsi permettre l’étude des
transferts thermiques en régime transitoire.

2.3. Remarque sur la prise en compte


de la dissipation visqueuse

Dans le cas des écoulements à haute vitesse, la


dissipation visqueuse est responsable de l’échauffement
du fluide. Ainsi le fluide des zones pariétales (zone de
forts gradients transversales de vitesse donc zone de
frottements visqueux importants) prend une température
supérieure à celle loin de la paroi, dite température de Figure 4. Effet de la dissipation visqueuse sur l’échauffement
frottement. en paroi en l’absence de chauffage externe.
Figure 4. Effect of the viscous dissipation on the heating at the
Dans le cas d’un fluide incompressible circulant à wall without external source of heating.
haute vitesse le long d’une paroi adiabatique, on montre,
à l’aide des approximations de couches limites de Prandtl,
la relation suivante : le débit volumique Q. On peut alors calculer le coeffi-
cient d’échange thermique h et le nombre de Nusselt Nu
2
V∞ d’après les relations classiques suivantes :
Tp − T∞ = const × (18)
2c ϕ
h= (20)
Tp − T∞
Pour les écoulements turbulents, l’expérience donne
Pr1/3 comme valeur de la constante. On a alors : hDH
Nu = (21)
2 λ
V∞
Tp − T∞ = Pr1/3 (19) Le coefficient de frottement est calculé à partir de p.
2c Un bilan des forces sur une tranche de fluide de lon-
La figure 4 présente des points de mesure de cet gueur L et d’épaisseur e entre deux plaques parallèles
échauffement de paroi pour différentes vitesses d’écou- donne pe = 2τ L où τ désigne la contrainte pariétale.
lement ainsi que la courbe obtenue par la relation pré- Le coefficient de frottement est alors déterminé par la re-
cédente. On remarque une bonne concordance entre la lation suivante :
théorie et les mesures. On constate que l’échauffement 2τ pe
en paroi reste très limité, même à la vitesse maximale. Cf = 2
= (22)
ρV ρLV 2
Cet effet apparaît donc secondaire dans notre étude.

2.4. Protocole expérimental 3. RÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX

Bien qu’aucun système ne permette de réguler la tem- 3.1. Canal de 0,3 mm


pérature de l’eau, le volume contenu dans la boucle (900
litres) est suffisant pour maintenir la variation de T∞ in-
La figure 5 présente l’évolution du coefficient de frot-
férieure à 1 ◦ C pour une série de mesures. La tempéra-
tement et du nombre de Nusselt en fonction du nombre de
ture de l’eau est comprise entre 24 ◦ C et 26 ◦ C pour l’en-
Reynolds. A titre de référence, les lois classiques rappe-
semble de la campagne d’essais. Chaque série de me-
lées en introduction sont également présentées. Il s’agit :
sures est faite à puissance électrique injectée constante
(500 W). Le débit est fixé à l’aide du variateur de la • pour Cf , de la formule (2) en régime laminaire et de la
pompe. Une fois l’équilibre atteint, on note la tempéra- formule (12) en régime turbulent,
ture de l’eau T∞ , la température de paroi Tp , le flux ther- • pour Nu, Nu = 5,385 en régime laminaire et de la
mique ϕ, la perte de charge dans la veine d’essai p et formule (15) en régime turbulent.

8
Figure 5. Variation du coefficient de frottement et du nombre de Nusselt en fonction du nombre de Reynolds pour le canal de 0,3 mm.
Figure 5. Variation of the friction coefficient and Nusselt number with the Reynolds number for the 0.3 mm channel.

En ce qui concerne le coefficient de frottement, son le montre la figure 6. Les mesures réalisées sont en
comportement est continu sur toute la plage de Re et les bon accord avec les prévisions. En ce qui concerne le
mesures suivent assez fidèlement les lois classiques, aussi coefficient de transfert thermique, on observe de nouveau
bien en laminaire qu’en turbulent. trois zones ayant les mêmes caractéristiques que les
Pour le nombre de Nusselt, on distingue trois plages précédentes. La première s’étend jusqu’à Re ≈ 7 000 et
de Re sur lesquelles Nu a des comportements différents. la zone de fluctuations jusqu’à environ 12 000. La zone
de transition est décalée vers les plus grands nombres
• La première zone correspond au régime laminaire
de Reynolds et plus étendue que dans le cas précédent.
et s’étend jusqu’à Re ≈ 3 000. Le nombre de Nusselt
augmente avec le nombre de Reynolds, alors que la A Re ≈ 14 000, Nu est inférieur de 30 % à la valeur
théorie prévoit un nombre de Nusselt constant en régime donnée par la formule (15). Cet écart augmente avec Re
laminaire. pour atteindre 37 % à Re ≈ 20 000.
• A partir de Re ≈ 3 000 et jusqu’à 4 500, on a constaté,
lors des essais, des fluctuations instantanées importantes
du flux pouvant atteindre un facteur 2 pour un même Re. 3.3. Canal de 1,13 mm de hauteur
La procédure expérimentale a consisté à noter les valeurs
maximales et minimales du flux thermique pour un même
point de fonctionnement. Les valeurs correspondantes du
nombre de Nusselt sont reportées conjointement sur la A Re ≈ 2 000, l’écart entre la formule (2) et les valeurs
figure. de Cf est de +14 %. On constate qu’en régime turbulent
• La dernière zone, située en régime turbulent, débute l’écart entre les mesures et la formule (12) croît avec le
à Re ≈ 4 500. Nu se stabilise à une valeur 2,5 fois nombre de Reynolds pour atteindre 50 % à Re ≈ 5·104 .
plus élevée que celles du régime laminaire. Malgré une La zone de fluctuation des échanges thermiques est
légère augmentation de Nu par la suite, les valeurs restent encore plus étendue (Re ≈ 7 000 jusqu’à 16 000). On
inférieures à celles données par la formule (15) de 40 % remarque que Nu atteint les valeurs données par la
environ. formule (15) pour Re compris entre 16 000 et 24 000.
L’écart entre les mesures et la formule (15) atteint ensuite
35 à 48 %. Sur les figures 5, 6 et 7, on a représenté
3.2. Canal de 0,56 mm de hauteur l’ensemble des séries de mesures réalisées pour une
même configuration, soit généralement 4 ou 5 séries
On observe les mêmes tendances que précédemment réalisées indépendamment. On a ainsi une idée de la
en ce qui concerne le coefficient de frottement, comme dispersion et de la reproductibilité des mesures.

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Figure 6. Variations du coefficient de frottement et du nombre de Nusselt en fonction du nombre de Reynolds pour le canal de
0,56 mm.
Figure 6. Variations of the friction coefficient and Nusselt number with the Reynolds number for the 0.56 mm channel.

Figure 7. Variations du coefficient de frottement et du nombre de Nusselt en fonction du nombre de Reynolds pour le canal de
1,13 mm.
Figure 7. Variations of the friction coefficient and Nusselt number with the Reynolds number for the 1.13 mm channel.

4. SYNTHÈSE DES RÉSULTATS ET +50 % pour le canal de 0,3 mm de hauteur). On note que
DISCUSSION ce résultat ne confirme pas les conclusions de Pfahler et
al. et Duncan et Peterson (cité notamment dans [7]) qui
avaient constaté une diminution de Cf de 20 à 40 %. En
4.1. Coefficient de frottement
régime turbulent, les valeurs mesurées du coefficient de
frottement sont voisines de celles données par les corré-
Les graphes Cf (Re) précédents sont regroupés fi- lations classiques, sauf dans le cas du canal le plus épais
gure 8. En régime laminaire, les valeurs de Cf sont lé- pour lequel elles s’en écartent à grand Reynolds. On re-
gèrement supérieures à celles des lois classiques. L’écart tiendra que le coefficient de frottement mesuré a globale-
augmente lorsque le diamètre hydraulique du mini-canal ment un comportement proche de celui prévu par les lois
diminue (+14 % pour le canal de 1,13 mm de hauteur, classiques.

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Figure 9. Variation du nombre de Nusselt en fonction du
nombre de Reynolds. Influence de l’épaisseur du mini-canal.
Figure 8. Variation du coefficient de frottement en fonction du
nombre de Reynolds. Influence de l’épaisseur du mini-canal. Figure 9. Variation of the Nusselt number with the Reynolds
number. Influence of the channel thickness.
Figure 8. Variation of the friction coefficient with the Reynolds
number. Influence of the channel thickness.

fluctuations de coefficient d’échange sont effectivement


4.2. Transferts thermiques convectifs dues à la transition. Le tableau II résume les gammes
de nombre de Reynolds dans lesquelles ont été obser-
vées les fluctuations de transfert thermique pour cha-
La figure 9 présente une synthèse des résultats concer- cun des trois canaux. On y a porté le nombre de Rey-
nant l’influence du nombre de Reynolds sur le nombre nolds basé sur le diamètre hydraulique ainsi que celui
de Nusselt, pour les trois canaux considérés dans cette basé sur l’abscisse x = 90 mm correspondant à la dis-
étude. tance entre le point de mesure (le capteur) et le début du
En régime laminaire, on observe le même type de dé- canal. Les valeurs correspondantes sont caractéristiques
viation que celle rapportée par Wang et Peng [4], à sa- des nombres de Reynolds critiques observés en couche
voir de très faibles valeurs du nombre de Nusselt pour limite. A titre de référence, on a également indiqué les
les nombres de Reynolds les plus petits et la crois- épaisseurs typiques de couche limite à 99 % en régime la-
sance du nombre de Nusselt avec le nombre de Rey- minaire. S’il est clair que les couches limites se dévelop-
nolds. La zone des fluctuations de transfert thermique, pant sur les deux parois opposées se sont effectivement
observable à des nombres de Reynolds intermédiaires, réunies au point de mesure pour le canal le plus petit,
correspond très vraisemblablement à la transition lami- c’est à peine le cas pour le canal de 1,13 mm. Dans ce
naire/turbulent. Nous avons vérifié que ces fluctuations dernier cas, l’écoulement laminaire est donc plus proche
ne sont pas dues à des variations rapides de débit, qui d’un écoulement de couche limite que d’un écoulement
pourraient être liées à une instabilité de fonctionnement établi en conduite. Il convient de remarquer qu’aucun
de la pompe, puisqu’elles ne débutent pas à la même vi- signe de transition n’est clairement observable sur le co-
tesse de rotation. Des visualisations complémentaires se- efficient de frottement, contrairement au nombre de Nus-
ront prochainement menées en vue de confirmer que ces selt. Ceci est probablement lié au fait que le coefficient

TABLEAU II
Plages du nombre de Reynolds pour lesquelles les fluctuations de coefficients de
transferts thermiques ont été observées.

Épaisseur du Re de transition basé Re de transition Épaisseur de couche


canal sur le diamètre basé sur limite laminaire
hydraulique x = 90 mm correspondante
0,3 mm 3 000–4 500 460 000–690 000 0,5–0,7 mm
0,56 mm 7 000–12 000 560 000–960 000 0,45–0,6 mm
1,13 mm 7 000–16 000 280 000–650 000 0,6–0,85 mm

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de frottement résulte ici d’une mesure globale de perte RÉFÉRENCES
de charge alors que le nombre de Nusselt traduit une me-
sure locale de transfert thermique. En écoulement turbu- [1] Taine J., Petit J.P., Transferts thermiques : mécanique des
fluides anisothermes, DUNOD Université, 1989.
lent, le nombre de Nusselt apparaît légèrement inférieur
[2] Idel’cik I.E., Memento des pertes de charge, Collection de la
à ce que prévoit la corrélation classique de Colburn et
Direction des Études et Recherches d’Electricité de France,
l’écart semble augmenter avec le nombre de Reynolds. Eyrolles, 1986.
Cette dernière remarque pourrait s’expliquer par le fait [3] Holman J.P., Heat Transfer, 8ème édition, McGraw-Hill, 1997,
qu’à partir d’un certain débit, les mesures ne sont plus p. 263, relation 5.114a.
faites à flux de paroi uniforme. On observe en effet que [4] Wang B.X., Peng X.F., Experimental investigation on liquid
le flux de chaleur mesuré au niveau du capteur dimi- forced-convection heat transfer through microchannels, Int. J.
Heat Mass Tran. 37 (Suppl. 1) (1994) 73–82.
nue très sensiblement alors que la puissance électrique
[5] Peng X.F., Peterson G.P., Convective heat transfer and flow
globale injectée dans l’écoulement reste constante. Il est friction for water flow in microchannels structures, Int. J. Heat
donc vraisemblable que le flux thermique en paroi su- Mass Tran. 39 (12) (1996) 2559–2608.
bit d’importantes variations spatiales, avec des maxima [6] Adams T.M., Abdel-khalik S.I., Jeter S.M., Qureshi Z.H., An
marqués au droit des cartouches chauffantes. Ce phé- experimental investigation of single-phase forced convection in
nomène est imputable à la configuration de notre sys- microchannels, Int. J. Heat Mass Tran. 41 (6–7) (1997) 851–
857.
tème de chauffage de la paroi. Compte tenu de ces ré- [7] Sabry M.N., Scale effects on fluid flow and heat transfer in
serves sur l’uniformité du flux de chaleur et du caractère microchannels, in : Proceedings of Thermic IV, Rome, October
non établi des couches limites thermiques discuté précé- 1999, pp. 193–198.
demment, les mesures de transfert thermique réalisées ici [8] Peng X.F., Peterson G.P., The effect of thermofluid and geome-
dans des mini-canaux de 1 mm à 250 µm d’épaisseur ne trical parameters on convection of liquids through rectangular
microchannels, Int. J. Heat Mass Tran. 38 (4) (1995) 755–758.
sont pas de nature à remettre en cause les résultats clas-
[9] Mala G.M., Li D., Dale J.D., Heat transfer and fluid flow in
siques établis sur des conduites de taille caractéristique microchannels, Int. J. Heat Mass Tran. 40 (13) (1997) 3079–
supérieure. 3088.

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