Montage de Roulements: Règles usuelles
Dessins Techniques
Dans les machines évoluées, automatisées ou non, les liaisons
mécaniques du type pivot, réalisées par roulements, sont parmi
les plus nombreuses. Elles reviennent régulièrement dans les
projets.
Sur le plan pédagogique, les montages de roulements, avec les
engrenages et divers éléments de construction, sont
particulièrement intéressants car ils permettent les premiers
contacts avec la conception des systèmes mécaniques évolués et
la notion de projet. L'étudiant, placé en situation d'inventeur ou
d'ingénieur, doit faire travailler son imagination, son esprit créatif
et utiliser judicieusement certaines notions développées dans cet
ouvrage : dessin industriel, normalisation, méthodes d'analyses,
qualité, connaissance des composants...
1 - Remarques et suggestions pour la conception
Le choix du type de roulement effectué, la conception d'un
montage de roulements comporte trois sortes de difficultés :
- Le choix des ajustements : arbre /bague intérieure et
logement /bague extérieure.
- La fixation latérale des bagues de roulement ou « épaulements
»
- L'étanchéité et le graissage.
Recommandations et suggestions :
- Faire une conception aussi simple que possible et utiliser un
nombre total de pièces ou de composants aussi réduit que
possible, ce qui améliore entre autre la fiabilité.
- Choisir les pièces auxiliaires nécessaires en priorité dans les
séries normalisées : écrous à encoches, circlips, joints...
- Limiter le nombre des pièces « sur mesure » ou à fabriquer et
les remplacer, chaque fois que c'est possible, par des composants
normalisés.
- Veiller à la possibilité, à la facilité et à l'ordre de montage de
toutes les pièces de l'ensemble. Éliminer les montages
impossibles ou difficiles.
II - Choix des ajustements
1. Règle
En règle générale, chaque roulement d'un même montage a une
bague ajustée serrée et l'autre ajustée avec jeu. Le jeu simplifie
les assemblages, compense les dilatations et évite les oppositions
mutuelles entre les roulements.
Règle : si une bague tourne par rapport à la direction de la
charge exercée sur le roulement (Fa, Fr ou F ), elle doit être
ajustée avec serrage. Si elle est fixe, ou non tournante, par
rapport à la direction de cette charge, elle doit être ajustée avec
jeu.
Remarques:
- La charge est fixe par rapport à une bague lorsqu'elle agit
toujours au même point pendant une révolution. Elle est
tournante si, pendant une révolution, toute la circonférence de la
bague reçoit la charge. Si la direction d'une charge forte n'est pas
constante, elle sera assimilée à une charge tournante.
- Si une bague devant être montée serrée ne l'est pas, elle risque
de subir un phénomène de détérioration par roulage. La bague
est laminée entre les éléments roulants et l'arbre ou le logement.
2. Normalisation
Les diamètres dï et Dr du roulement et leurs tolérances, domaine
du fabricant, sont normalisés. Seuls les diamètres da (arbre) et
DL (logement) sont à choisir par le concepteur.
1. Ajustements, diamètres à choisir par le concepteur d'un
montage.
Classe normale = classe 0 = classe 6X = ABEC-1...
Les valeurs d'ajustements proposées dans le tableau ci-dessous
sont normalisées pour des portées en acier ou en fonte. Il faut
prendre des ajustements un peu plus serrés avec les alliages
légers et les parois minces.
Remarque : les qualités 6 (arbres rectifiés) et 7 (logement
rectifiés ou alésés fin) suffisent pour la plupart des constructions
courantes.
Plus l'intensité de la charge exercée est grande, plus le serrage
doit être accentué.
III - Fixation latérale des bagues de roulement
Elle dépend d'abord de la nature des roulements utilisés : bagues
séparables ou non, etc. Les roulements exigeant un montage en
opposition (rouleaux coniques et contacts obliques) sont étudiés
au paragraphe 3.
2. Règles de montage et symboles utilisés
dans la figure 3 pour le repérage des roulements.
1. Règles
a) Les bagues, tournantes par rapport à la charge et ajustées
serrées, doivent être fixées latéralement ou « épaulées » des
deux cotés.
b) La fixation latérale des bagues ajustées avec jeu, ou montées
glissantes, doit tenir compte des points suivants :
- Éliminer toutes les translations possibles de l'arbre par rapport
au logement.
- Éviter les oppositions mutuelles entre roulements (voir
remarque).
- Éliminer les mouvements internes parasites : translation d'un
roulement ou d'une bague séparable sous l'action des charges...
- Supporter au mieux les charges axiales : à partir du plus gros
roulement, etc.
Remarque : il faut éviter une fixation latérale surabondante. La
conjugaison d'un trop grand nombre d'épaulements ou
d'épaulements mal choisis avec les ajustements serrés peut
entraîner une opposition mutuelle entre roulements.
Amplifiée par les dilatations et les tolérances de fabrication, cette
opposition crée des tensions internes, diminue la durée de vie de
la liaison et peut provoquer sa destruction rapide.
3. Combinaisons usuelles des épaulements (cas général).
Voir solutions technologiques usuelles.
4. Solutions usuelles pour réaliser les épaulements du tableau
précédent.
2. Exemples
a) Exemples utilisant le principe des solutions 1 et 2
Pour ces solutions, les efforts axiaux sont supportés par un seul
roulement. Il faut épauler en priorité le roulement le plus proche
du point d'application de la charge axiale exercée sur l'arbre. Cela
amène une dilatation plus libre de l'arbre, moins de flambage et
une cotation fonctionnelle plus large.
5. Exemples de montage obéissant aux principes de la solution 1.
Solution 1 : dans les trois exemples, l'arbre est tournant et les
charges sur les roulements ont une direction fixe par rapport au
bâti. Les bagues intérieures, tournantes par rapport aux charges,
sont montées serrées et les bagues extérieures montées
glissantes.
L'ensemble arbre plus roulements des figures 5A et 5B peut être
assemblé indépendamment du logement, ce qui simplifie les
montages.
La rondelle élastique de la figure 5C ne réalise pas un épaulement
;. elle maintient une légère pression afin d'assurer une meilleure
durabilité à cause des vitesses élevées, tout en limitant les bruits
de la liaison.
6. Exemples de montage obéissant aux principes de la solution 2.
Solution 2 : les bagues extérieures des deux exemples,
tournantes par rapport aux charges, sont montées serrées et les
bagues intérieures montées glissantes.
La figure 6A est un cas de logement tournant avec charges de
direction fixe par rapport à l'arbre pour une distance entre
roulements assez grande.
La figure 6B, arbre de vibrateur, est un cas classique de charge
tournante par rapport au bâti. La charge tournante résulte de la
force centrifuge engendrée par la masse excentrée solidaire de
l'arbre.
b) Principe des solutions 3 et 4
7. Exemple obéissant aux principes de la solution 4.
8. Exemple obéissant aux principes de la solution 3.
L'ensemble arbre plus roulements, ou logement plus roulements,
peut en général être assemblé indépendamment.
Un jeu axial de fonctionnement ( J ) est nécessaire pour
compenser les dilatations de l'arbre. Des roulements proches l'un
de l'autre, ou une liaison courte, limitent les effets de ces
dilatations.
Les solutions sont mieux adaptées lorsque les efforts axiaux sont
toujours dans le même sens.
c) Principe des solutions 6 et 7
Ce sont des variantes économiques des solutions 3 et 4 avec
moins de pièces adjacentes et moins d'usinages, utilisées lorsque
les charges axiales sont faibles ou nulles.
Exemples : petits moteurs électriques.
Ne pas les confondre avec les montages en X et en O du
paragraphe suivant. Il n'y a pas ici d'opposition mutuelle entre les
roulements et le fonctionnement exige un léger jeu axial J ou une
rondelle élastique.
9. Exemple de montage obéissant aux principes de la solution 7.
d) Principe de la solution 5
Toutes les bagues sont épaulées de chaque côté ; l'un des
roulements est à bagues séparables pour compenser les
dilatations et éviter les oppositions mutuelles. Les efforts axiaux
sont supportés par le roulement à bagues non séparables.
10. Exemple obéissant aux principes de la solution 5
avec un roulement à bagues séparables (orange).
3. Montages des roulements à contacts obliques et à
rouleaux coniques
Du fait de leur structure particulière, ces roulements doivent être
montés par paire et en opposition ; ils travaillent en opposition
mutuelle. Les groupements, ou les associations possibles sont
indiquées ci-dessous. Particularité : ils exigent des usinages et
des réglages précis.
11. Principes et caractéristiques des montages en X et en 0.
a) Montage en X ou montage direct
Ce montage amène les solutions les plus simples et les plus
économiques : moins de pièces adjacentes et moins d'usinages.
Le montage en X est à préférer dans le cas des arbres tournants
avec organes de transmission (engrenages, etc.) situés entre les
roulements. Les bagues intérieures, tournantes par rapport aux
charges, sont montées serrées et les bagues extérieures montées
glissantes.
Le réglage du jeu interne de la liaison est effectué sur les bagues
extérieures. Les dilatations de l'arbre ont tendance à charger un
peu plus les roulements et à diminuer le jeu interne.
Exemples (fig. 12 avec variantes) : plusieurs possibilités de
réglage sont indiquées. Les rondelles élastiques s'utilisent
généralement pour des arbres longs avec risques de dilatation ou
dans le cas de roulements surdimensionnés insuffisamment
chargés.
12. Exemples de montages en X.
b) Montage indirect ou montage en O
C'est la solution à adopter lorsque la rigidité de l'ensemble de la
liaison est recherchée ; on est dans le cas du plus grand écart
effectif entre roulements. Le réglage est réalisé sur les bagues
intérieures.
Avec les logements tournants c'est généralement la solution à
préférer. Les bagues extérieures, tournantes par rapport aux
charges, sont montées serrées (exemple fig.l3A).
Le montage en O s'utilise aussi avec les arbres tournants lorsque
les organes de transmission sont situés en dehors de la liaison
(engrenage en porte à faux, fig.l3B)
Les bagues intérieures, tournantes par rapport aux charges, sont
montées serrées. La dilatation de l'arbre a tendance à diminuer
les charges sur les roulements et à augmenter le jeu interne de la
liaison, et inversement s'il y a dilatation du logement.
13. Exemples de montages en 0.
4. Montage des roulements à aiguilles
14. Exemple de montage avec cages à aiguilles.
14. Exemples de montages avec douilles à aiguilles (C et D)
et roulements à aiguilles (E et F).
Les liaisons réalisées à partir de ces seuls roulements ne
supportent pas les charges axiales. Celles-ci doivent donc être
supportées par un autre dispositif.
Si ces charges sont faibles ou nulles, des rondelles de frottement
trempées et rectifiées (exemples A, B et D) sont souvent
suffisantes pour assurer le maintien latéral. Si elles sont plus
élevées, l'utilisation d'un roulement complémentaire d'un autre
type est nécessaire.
a) Douilles à aiguilles (exemples C et D) : dans la plupart des
applications, les douilles sont montées serrées (ajustements N7
ou N6) dans leur logement, sans épaulement pour assurer la
fixation latérale. Elles peuvent supporter une translation
occasionnelle : cas du baladeur de l'exemple C.
b) Roulements à aiguilles : ils sont soumis aux mêmes règles
d'épaulements que les roulements à rouleaux cylindriques.
Destinés à supporter des charges radiales élevées, ils sont
souvent épaulés latéralement (exemple E). Cependant il est
fréquent, environ un cas sur trois, avec des charges modérées,
que ces roulements soient non épaulés et ajustés avec serrage
(M6 ou N6) dans leur logement (exemple F).
IV - Lubrification des roulements
La lubrification facilite les mouvements, diminue les frottements
internes et protège contre la corrosion.
La plupart des montages de roulements, environ 90 %, sont
lubrifiés à la graisse. C'est la solution à envisager en premier, du
fait de la simplicité de conception et de la facilité de mise en
oeuvre. De plus elle permet le graissage à vie.
L'organigramme proposé (fig. 15) permet une première
approche dans le choix d'un mode de lubrification.
Les propriétés des graisses, des huiles et les dispositifs usuels
sont étudiés dans la section lubrification.
15. Organigramme pour le choix du mode de lubrification.
1. Lubrification à la graisse
Elle protège le roulement contre la corrosion, y compris à l'arrêt ;
assure une certaine étanchéité en s'opposant à l'entrée des
impuretés ; convient à une large gamme de vitesses ; per(met un
démarrage doux ; s'utilise en faible quantité et offre un
fonctionnement sans entretien pendant de longues périodes.
a) Roulement graissé à vie (fig. 16A) : très pratique, il
convient si la durée de vie exigée est limi(tée, le regraissage est
impossible.
b) Graissage par garnissage au montage (fig.
16B) : solution simple et usuelle, le graissage peut être à vie ou
périodique par démontage et regarnissage lors des interventions
de maintenan(ce. La durée de vie du roulement dépend du
volume de graisse présent près des éléments roulants.
c) Graisseurs (fig. 16C, D et E) : ils sont utilisés lorsque des
graissages périodiques sont nécessaires. C'est le deuxième degré
en matière de graissage. Il faut éviter les excès et renouveler
complètement la graisse lors des révisions de machines. Si le
regraissage est fréquent, la graisse usagée doit être
impérativement éliminée : bouchon de vidange, soupape à
graisse... La conduite de la graisse par bague de répartition exige
des dépenses qui ne se justifient que pour des machines
coûteuses.
d) Graissage centralisé (fig. 16F) : c'est le dernier degré en
matière de graissage, il évite l'arrêt des machines et élimine les
interventions humaines. Une même pompe, à partir d'un réseau
de canalisations, lubrifie en même temps et périodiquement tous
les points à graisser (voir lubrification).
16. Principaux dispositifs de graissage.
2. Lubrification à l'huile
Elle est utilisée dans les cas suivants : vitesses très élevées,
paliers très chargés, températures élevées nécessitant une
évacuation des calories, machine déjà lubrifiée à l'huile.
Remarques : plus les vitesses sont élevées, plus la viscosité doit
être faible. Une viscosité trop faible peut entraîner la rupture du
film d'huile suivi d'un grippage. Une viscosité trop élevée amène
une élévation de la température de fonctionnement des paliers.
Un excès d'huile peut être plus néfaste qu'une insuffisance car il
crée un brassage provoquant un échauffement anormal des
paliers.
17. Roulements à rouleaux coniques :
vitesses possibles selon le mode de lubrification.
a) Lubrification par bain d'huile (fig. 18A) : ce dispositif est
le plus simple ; l'huile doit atteindre l'élément roulant le plus bas
et ne pas le dépasser pour éviter le brassage.
b) Lubrification par bain et ruissellement (fig. 18B, c et
D) : si les projections et le ruissellement sont suffisants, l'huile
projetée sur les parois par effet centrifuge peut être recueillie
(goulottes, lar(miers, etc.) puis canalisée vers les roulements à
lubrifier.
c) Lubrification par brouillard d'huile : elle est surtout utilisée
aux hautes vitesses (voir lubrification).
d) Lubrification par circulation d'huile (fig. 18E, F et
G) : l'huile circule en permanence et arrive près des roulements
grâce à une pompe et des canalisations.
Lorsque les roulements sont très chargés, les vitesses très
élevées, l'huile peut être injectée sous pression par un ou deux
becs. Le jet est dirigé vers les éléments roulants juste entre la
bague intérieure et la cage.
Certains roulements non symétriques, rouleaux coniques et
contacts obliques, créent un phénomène de pompage centrifuge
entraînant une circulation de l'huile.
18. Principaux dispositifs de lubrification à l'huile.
V - Étanchéité des roulements
19. Caractéristiques des étanchéités pour roulements.
Les roulements exigent une atmosphère saine pour fonctionner
correctement et durablement. Ils doivent être protégés des
substances granuleuses dures (poussières abrasives, sable,
terres), de l'eau (liquide, vapeur, condensation), des fluides
corrosifs, d'un lubrifiant usagé...
Le choix d'un dispositif d'étanchéité dépend de la nature du
lubrifiant (qui ne doit pas sortir), du milieu ambiant (qui ne doit
pas entrer) et de la vitesse de rotation. L'organigramme proposé
(fig. 20) permet une première approche.
20. Organigramme pour le choix d'un dispositif d'étanchéité.
1. Cas usuels
Les joints à lèvres à contact radial sont les plus utilisés. Ils ne
supportent ni les poussières abrasives ni les vitesses
circonférentielles élevées (fig. 22 repères 4a, 4b et 4c).
Avec la graisse et à toutes vitesses, les passages étroits simples
suffisent pour des milieux ambiants propres (fig. 21-1 à 4). Les
éléments usinés permettent des tolérances plus serrées (21-4).
Si le milieu devient plus sale, les rainures annulaires et les
labyrinthes sont utilisés (21-5a, 5b, 7a, 7b). Pour ces cas, les
interstices se remplissent d'un mélange graisse plus poussières
formant un barrage aux impuretés. Les déflecteurs (6a, 6b)
agissent en repoussoir.
21. Principaux dispositifs d'étanchéité sans frottement.
22. Principaux dispositifs d'étanchéité avec frottement
pour lubrification à la graisse ou à l'huile.
2. Cas des vitesses élevées avec lubrification à l'huile
Aux hautes vitesses, les joints frottants ne sont plus utilisables ;
seuls les passages étroits sont possibles.
Les rainures centrifuges avec gorge de récupération (repère 21-
8) et les déflecteurs avec dispositif annexe (rainures annulaires,
labyrinthe, etc.) sont les plus utilisés (repère 21-9).
3. Cas difficiles
Lorsque les milieux ambiants sont très agressifs ou très pollués, il
est nécessaire de mettre côte à côte, ou en série, plusieurs
dispositifs d'étanchéité pour faire barrage aux impuretés
(exemples : fig. 21 repères 6a-6b et 9, fig. 22-6 et 7).
L'étanchéité des arbres verticaux avec lubrification à l'huile est
probablement le cas le plus difficile à résoudre (22-7). À éviter en
conception.