Equipes Autonomes
Equipes Autonomes
Arnaud TONNELÉ
Arnaud
Ce livre montre de façon pragmatique et outillée comment développer TONNELÉ
l’autonomie des équipes, pour le plus grand bénéfice des entreprises
et de leurs salariés.
Équipes
pour les mettre en place échouent ou Diplômé de sciences politiques et de
Équipes autonomes
obtiennent des résultats en demi-teinte. sociologie (IEP de Grenoble), Arnaud
Tonnelé est conseil en management
Comment expliquer cet écart ? La réponse depuis quinze ans. C’est en réalisant
des audits de climat social à la
est au cœur même de la notion d’autonomie. Sofres qu’il a pris conscience de
autonomes
« Il ne faut pas vouloir que l’on fasse, disait le l’écart entre les situations de travail
vécues et les discours managériaux.
grand économiste Jean-Baptiste Say à propos Depuis, il n’a eu de cesse de tenter
de concilier les besoins des salariés
du gouvernement des hommes ; il faut faire et ceux de l’entreprise. D’abord chez
que l’on veuille. » L’autonomie ne se décrète Bossard Consultants, où il a mené de
nombreuses missions de conseil et
pas : elle s’obtient.
GUIDE DE MISE EN ŒUVRE
de formation. Ensuite au sein d’un
grand groupe industriel, en tant
C’est cette ambivalence profonde que ce livre que responsable du développement
des organisations. Il dispose donc
se propose de dénouer, en offrant au lecteur d’une double expérience, externe et
une démarche concrète, éprouvée, abordant interne, de conseil et de formateur,
complétée d’une formation longue au
tout à la fois l’organisation, la gestion des coaching et au team-building (école
ressources humaines et la conduite du Vincent Lenhardt). Il a par ailleurs
changement.
écrit plusieurs articles sur la conduite
du changement, l’organisation et la
Organisation
gestion des ressources humaines, dans
Il s’adresse aux directeurs des opérations, des revues de référence. Gestion des compétences
aux directeurs industriels, aux directeurs
Conduite du changement
Code éditeur : G53797 • ISBN : 978-2-212-53797-0
-:HSMCLC=ZX\^\U:
d’usine, aux responsables de production,
a u x d i re c t e u r s e t re s p o n s ab l e s d e s
ressources humaines, aux chefs de projet,
aux consultants, et plus généralement à tous
ceux qui ont à gérer le changement.
39 €
Équipes autonomes
Guide de mise en œuvre
Organisation
Gestion des compétences
Conduite du changement
Éditions d’Organisation
Groupe Eyrolles
61, bd Saint-Germain
75240 Paris cedex 05
www.editions-organisation.com
www.editions-eyrolles.com
Le code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit en effet expressément la photoco-
pie à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Or, cette pratique s’est généralisée notam-
ment dans l’enseignement provoquant une baisse brutale des achats de livres, au point que la
possibilité même pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de les faire éditer correctement
est aujourd’hui menacée.
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partielle-
ment le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’Éditeur ou du Centre Français
d’Exploitation du Droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
Introduction
VERS L’AUTONOMIE
Chapitre 1
Les équipes autonomes ont une cote de popularité en demi-teinte ...................................... 13
Chapitre 2
L’organisation demeure un facteur stratégique sous-estimé ............................................................. 15
Chapitre 3
Les organisations en équipes autonomes sont sources de performance ......................... 17
Chapitre 4
M. Taylor fait de la résistance .................................................................................................................................................... 19
Chapitre 5
L’autonomie est une notion et une pratique complexes ....................................................................... 22
Chapitre 6
Accompagner le changement d’organisation ...................................................................................................... 31
Chapitre 7
Rien n’est plus pratique qu’une bonne théorie .................................................................................................. 34
Chapitre 8
Organisation et GRH vont de pair ...................................................................................................................................... 42
Chapitre 9
Plan de l’ouvrage ...................................................................................................................................................................................... 43
Partie 1
DÉFINIR LE PROJET
Chapitre 1
Qu’est-ce qu’une équipe autonome ? ............................................................................................................................ 47
© Groupe Eyrolles
Chapitre 2
Définir le projet par la feuille de route .......................................................................................................................... 51
Chapitre 3
Promouvoir le projet en interne par le Business case ................................................................................ 60
8 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Partie 2
MOBILISER L’ENTREPRISE
Chapitre 1
Être informé autant qu’informer : les principes et outils de communication ............... 67
Chapitre 2
Montrer plutôt que dire : les visites d’usines .......................................................................................................... 91
Chapitre 3
Faire prendre conscience plutôt que convaincre :
le diagnostic réalisé par les salariés ................................................................................................................................ 100
Chapitre 4
Partager, partager, partager : les forums d’échange .............................................................................. 121
Annexe
Comment trouver des usines à visiter ? .................................................................................................................... 136
Partie 3
CONCEVOIR L’ORGANISATION CIBLE
Chapitre 1
Commencer par la périphérie : faire des TAM et des fonctions support
des alliés du projet d’équipes autonomes ............................................................................................................. 139
Chapitre 2
Définir le « cœur » du projet : le schéma cible d’équipes autonomes .............................. 153
Chapitre 3
Partager la cible organisationnelle : entendre les critiques comme autant
de signes d’appropriation .......................................................................................................................................................... 174
Partie 4
DÉFINIR LA STRATÉGIE DE DÉPLOIEMENT
Chapitre 1
Sur qui déploie-t-on ? ....................................................................................................................................................................... 181
Chapitre 2
Que déploie-t-on ? ............................................................................................................................................................................... 184
© Groupe Eyrolles
Chapitre 3
À quel rythme déployer ? ........................................................................................................................................................... 185
Chapitre 4
Comment accompagner les équipes ? ...................................................................................................................... 186
Sommaire 9
Partie 5
DÉPLOYER L’ORGANISATION CIBLE
Chapitre 1
Les premiers jours de la vie de l’équipe autonome ................................................................................... 195
Chapitre 2
La première année de la vie de l’équipe autonome : construire ses outils
et ses modes de fonctionnement ..................................................................................................................................... 202
Chapitre 3
Et après : tableaux de bord et outils de suivi du développement
de l’autonomie ......................................................................................................................................................................................... 216
Partie 6
METTRE EN PLACE UNE GESTION DES RESSOURCES HUMAINES
FAVORISANT LE DÉVELOPPEMENT DE L’AUTONOMIE
Chapitre 1
La gestion par postes :
une GRH inadaptée aux besoins actuels des entreprises et des salariés ....................... 231
Chapitre 2
L’alternative de la gestion des compétences :
que nous apprennent les retours d’expérience ? ........................................................................................ 240
Chapitre 3
En faveur d’une GRH raisonnable ................................................................................................................................... 252
ANNEXES
Annexe 1
Structure d’un référentiel de compétences .......................................................................................................... 265
Annexe 2
Détail d’un référentiel de compétences (métier Production) ........................................................ 268
Annexe 3
Détail d’un référentiel de compétences (transverse – management) ................................. 270
Annexe 4
Exemple de situations observables (métier Production) ...................................................................... 272
© Groupe Eyrolles
Annexe 5
Exemple de fiche emploi : Conducteur installations niveau A .................................................... 274
Annexe 6
Charte de management des compétences .......................................................................................................... 277
10 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Conclusion
Conduire le changement :
l’entreprise peut-elle apprendre des réformes publiques ? .............................................................. 279
© Groupe Eyrolles
Introduction
VE R S L’ A U TO NO M IE
« Quand on affronte les réalités de demain
avec les institutions et les idées d’hier,
on a les drames d’aujourd’hui. »
HERVÉ SÉRIEYX
© Groupe Eyrolles
Chapitre 1
Les équipes autonomes – qui désignent une forme d’organisation privilégiant la déléga-
tion du maximum de responsabilités aux équipes opérationnelles – constituent une
espèce de paradoxe1. Reconnues par l’ensemble de la communauté industrielle comme
l’une des formes d’organisation les plus performantes, elles ne sont pourtant encore
qu’assez peu répandues.
En 1998, une étude menée au Québec relève : « Pour le moment, il semble réaliste
d’affirmer qu’une faible minorité d’entreprises possède des équipes semi-autonomes, et
que celles-ci ne regroupent qu’une petite partie des employés de ces entreprises 2. » Cinq
ans après, lors de la mise à jour de leur enquête, les auteurs font le même constat :
« L’adoption des équipes semi-autonomes de travail est beaucoup moins élevée que ce
qui est généralement rapporté dans la majorité des publications3. »
En France, les auteurs d’un petit livre dédié au sujet, publié en 2003, partagent le
même étonnement : « La mise en équipes autonomes […] est un sujet réellement
d’actualité, alors qu’on pouvait penser ces organisations en place depuis une
décennie4. »
Même constat dans le champ de la littérature spécialisée. S’il existe des dizaines de titres
sur la gestion des ressources humaines, la gestion industrielle, l’organisation, la conduite
du changement, seuls quelques rares titres sont parus sur le sujet voilà plus de 30 ans, et
ils sont aujourd’hui épuisés5. Il n’y a pas d’ouvrage, à notre connaissance, sur les équipes
autonomes comme forme spécifique d’organisation, de gestion des ressources humaines
et de conduite du changement :
● intégrant ces trois dimensions ;
● donnant le sens du contexte économique et sociologique dans lequel s’inscrit la
montée en puissance des équipes autonomes ;
© Groupe Eyrolles
© Groupe Eyrolles
Vers l’autonomie 15
Chapitre 2
Apparues dès les années 1970, dans les usines suédoises de Volvo et Saab, puis chez
Renault, les premières expériences n’ont, à l’époque, pas complètement emporté
l’adhésion : chez Volvo, « les expériences des équipes semi-autonomes ont longtemps
été critiquées pour leur manque de rentabilité » ; chez Renault, « ces expériences n’ont
pas convaincu car […] les nouvelles équipes, appelées UET1, se sont trouvées au cœur
du mouvement social. […] C’est l’arrivée en force des produits et des méthodes japo-
naises comme le TPS (Toyota production system) qui a validé les concepts et fait avancer
le débat2. »
Notre conviction, forgée par 15 ans passés au service de l’accompagnement des entre-
prises dans leurs processus de changement, est que le concept d’« équipes autonomes »,
malgré son âge déjà respectable, est encore une « idée neuve » et prometteuse : « Il ne
fait aucun doute que le phénomène est en forte croissance et qu’il est de plus en plus
associé aux organisations les plus performantes3. » « Ce phénomène complexe apparaît
comme irréversible4. » « Nous sommes persuadés du déploiement massif des organisa-
tions en équipes dans les prochaines années. L’organisation taylorienne n’est plus adaptée
pour servir les marchés d’aujourd’hui et répondre aux aspirations des individus 5. »
tion d’une stratégie vaut exécution, et qu’exécution vaut résultats. S’il y a bien quelque
chose que l’on peut dupliquer d’une entreprise à une autre – ne serait-ce que via les
cabinets de conseil –, ce sont les plans stratégiques.
Que l’on nous comprenne bien : il n’est pas dans notre propos de nier la nécessité de la
formulation d’une stratégie. Mais certaines entreprises s’en arrêtent là, alors que le
« vrai » travail commence après, dans la traduction opérationnelle de cette stratégie, et
dans l’alignement des moyens et de l’organisation. Il n’y a plus guère de stratégie qui
tienne plus d’un an. L’environnement change trop vite. Citons pêle-mêle : les marchés,
les technologies, les fournisseurs, le prix des matières premières, la concurrence, le
contexte législatif… L’entreprise a certes besoin d’une stratégie, mais aussi d’une orga-
nisation réactive, à l’écoute de son environnement, qui sache prendre les bonnes déci-
sions quand les événements surgissent.
« Tout est dans l’exécution », comme disent deux consultants fort écoutés outre-
Atlantique1. Et pour cause : autant le travail de définition d’une stratégie peut rester
relativement intellectuel, autant la question de l’organisation suppose de rentrer dans la
réalité concrète des fonctionnements humains, individuels et collectifs, lieu s’il en est de
la complexité.
Il y a vingt ans, déjà, Michel Crozier, visionnaire sur cet aspect comme sur beaucoup
d’autres, écrivait : « Les stratégies existent peut-être, mais elles ne sont pas exécutées, ou
elles le sont mal parce qu’elles sont mal adaptées à l’environnement réel parfois, à la
capacité même de l’entreprise le plus souvent. Pour mettre en œuvre une stratégie, il
faut disposer du système d’organisation interne capable de se mobiliser, de s’adapter, d’inno-
ver. […] On est bien obligé de reconnaître que les faits essentiels sont aussi et même, en
dernière analyse, des faits « humains » […]2. »
© Groupe Eyrolles
Chapitre 3
« Xerox, General Electric, Procter & Gamble, GM, Texas Instruments et plusieurs
autres ont signalé des gains de productivité importants, la réduction du nombre de
rejets, la réduction du temps de réaction aux demandes de la clientèle, tout en mainte-
nant ou en améliorant le climat de travail. […] La littérature est parsemée d’observa-
tions démontrant la contribution de cette forme d’organisation du travail à
l’amélioration de la performance de l’organisation : augmentation de la productivité, de
la qualité des produits et du service à la clientèle, réduction des coûts annuels d’opéra-
tions, diminution du cycle de production, réduction des rejets et baisse de l’absen-
téisme. […] Les équipes semi-autonomes sont ainsi arrivées à tenir une place
prépondérante dans la liste des caractéristiques des entreprises à haute performance et
de classe mondiale1. »
En France, un dossier consacré aux équipes autonomes, en 2000, relève ces exemples,
tirés d’entreprises de tailles diverses2 :
● une amélioration de 7 % de la valeur ajoutée dès la première année ;
● en 2 ans, plus de 5 000 aléas traités, 2 500 suggestions émises, soit 10 millions de
francs d’économie par an pour un total investi de 2 millions de francs ;
● un gain de 3 points de taux de service, soit 1,5 million de francs d’économie ;
● la division par 10 des pénalités de retard ; 12 % de réduction des stocks pour une
croissance de 40 % de l’activité sur 4 ans ; un temps de cycle divisé par 2 ; un ratio
« production livrée/personne » augmenté de 60 % sur 4 ans ; le passage de 600 réfé-
rences à 4 000 sans augmentation des indirects.
Le dossier cite aussi des résultats humains et sociaux significatifs :
● un taux de fréquence des accidents du travail en baisse de 25 % sur un an ;
● un absentéisme divisé par 2 ;
● l’amélioration de l’ambiance de travail ; la diversification des tâches ; la valorisation
© Groupe Eyrolles
© Groupe Eyrolles
Vers l’autonomie 19
Chapitre 4
1. De même que le marxisme est allé au-delà de ce que contient stricto sensu l’œuvre de Marx, c’est par
commodité de langage que nous désignons comme « tayloriennes » un certain nombre de caractéristi-
ques managériales ou organisationnelles dans lesquelles Frédéric Taylor (1856-1915) n’est pour rien.
© Groupe Eyrolles
D’après les auteurs, les deux formes de critiques auxquelles le capitalisme est régulière-
ment soumis, la critique « sociale » (le capitalisme crée des inégalités) et la critique
« artiste » (le capitalisme aliène le travailleur), se sont toutes deux affaiblies :
● la première sous l’effet de l’amélioration des conditions de vie et de l’enrichissement
général et, sur le plan idéologique, du fait de l’effondrement soviétique ;
● la seconde, à cause de son succès. La littérature managériale, depuis les années 1960,
appelant à davantage d’autonomie, de liberté, de créativité, et à moins de hiérarchie,
a en grande partie gagné. Le capitalisme a intégré tous ces thèmes : plus d’autono-
mie accordée aux salariés, plus d’association aux décisions, plus d’« authenticité »
dans les rapports au travail, développement du management participatif.
Un tout récent ouvrage, faisant le point sur les évolutions de la France entre 1980 et
2005, incite à la prudence : « L’organisation du lieu de travail en France se caractérise
par la stricte segmentation […] des responsabilités entre ouvriers et cadres, et par la préfé-
rence pour des qualifications étroites et spécialisées. Ces facteurs institutionnels limitent la
capacité des travailleurs à participer à la conduite de la stratégie de l’entreprise. Les sala-
riés ont une vision limitée de l’ensemble des processus. Les problèmes sont résolus sous
la conduite des cadres, aidés de quelques rares techniciens très qualifiés et spécialisés.
[…] Les tâches, les qualifications et les rôles sont segmentés et spécialisés. Au contraire,
les qualifications très larges des salariés allemands et le peu de rigidité des frontières organi-
sationnelles à l’intérieur de la firme leur donnent une vue assez complète de son fonc-
tionnement. Les ouvriers qualifiés disposent d’un espace relativement vaste où déployer
leur capacité de résolution de problèmes ; leur qualification le leur permet, et cette pos-
sibilité offre à son tour au personnel d’encadrement des occasions de réorganiser le pro-
cessus de production. La volatilité des marchés sanctionne les firmes où les qualifications de
© Groupe Eyrolles
la main-d’œuvre ne peuvent pas être appliquées à un vaste champ de tâches […] La posses-
1. Je dois cette formule à Serge Eskenazi, coach, formateur et superviseur de coachs, que je remercie.
Vers l’autonomie 21
sion de qualifications généralistes par les salariés des entreprises allemandes permet à
celles-ci de changer très vite leurs outils pour répondre à de nouvelles demandes du
marché1. »
De multiples causes peuvent être invoquées pour expliquer cet état de fait. Pour notre
part, nous serions tenté, avec Philippe d’Iribarne, d’y voir la persistance de représenta-
tions issues de l’Ancien Régime, concernant la répartition des rôles au sein de la
société2, ainsi que l’effet du type d’enseignement prodigué par le système éducatif fran-
çais, valorisant les disciplines abstraites et déductives au détriment des matières expéri-
mentales et inductives. De fait, ainsi que le dit Michel Crozier : « Le raisonnement
déductif est incapable de tenir compte de la complexité des systèmes organisationnels
modernes3. »
Quelles que soient ses racines, il y a dans la persistance du paradigme taylorien une des
sources probables des difficultés rencontrées par les organisations en équipes autonomes
pour s’implanter en France.
© Groupe Eyrolles
1. M. Goyer (7), 2006, p. 93. C’est nous qui soulignons. Ce n’est pas le premier livre, loin de là, qui fait
des élites françaises un des facteurs de rigidité du pays. Cf., parmi d’autres, M. Crozier (49), 1998 ; P.
Fauconnier (54), 2005 ; N. Tenzer (51), 2004.
2. Ph. d’Iribarne (17), 1989.
3. M. Crozier (63), 2000, p. 293-294.
22 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Chapitre 5
Afin de bien saisir la spécificité de cette forme d’organisation, son potentiel mais aussi
ses difficultés de mise en œuvre, il faut s’arrêter un instant sur la notion d’autonomie.
● Pourquoi parler d’autonomie au XXIe siècle, quand il n’est partout question que de
globalisation et d’interdépendance ?
● Quelles différences y a-t-il entre autonomie et indépendance ?
● Qu’est-ce que l’autonomie met en jeu dans l’entreprise ?
1. Cf. M. Castells (4), 1998, chap. 2 à 4 sur les évolutions du monde du travail.
2. Cf. N.-K. Symor, « Le cycle de la dépendance », cité dans V. Lenhardt (16), 2002, p. 95 et suiv.
Vers l’autonomie 23
Stade 0 : la dépendance
La dépendance est qualifiée de « stade 0 » car, bien, sûr, elle ne comporte aucune forme
d’autonomie. C’est la situation de l’enfant, de sa naissance à l’adolescence, placé dans
une situation de complète dépendance par rapport à ses parents : dépendance physique,
matérielle, affective.
Dans l’entreprise, ce sont les premiers jours d’un nouveau collaborateur, qui dépend de
son responsable hiérarchique pour son intégration, son activité, ses liens avec les autres
parties de l’organisation.
Les liens sont très forts et très inégaux. La relation va dans un seul sens : il y a un don-
neur (le parent, le hiérarchique) et un receveur (l’enfant, le nouvel embauché).
Stade 1 : la contre-dépendance
Le début du processus d’autonomie démarre par l’opposition, qui est un début de déta-
chement.
Durant l’enfance, il y a deux moments de contre-dépendance : la « petite adolescence »,
vers 2 ans, et l’adolescence proprement dite. L’enfant est en opposition avec ses parents.
Pour affirmer qu’il existe par lui-même, il s’oppose : les parents disent « blanc », il dit
« noir » ; ils proposent des vacances à la mer, l’adolescent « préfère » des vacances à la
montagne. C’est l’adolescent « en révolte » contre la société, contre ses parents, qui
trouve « tout nul ». L’enfant exprime ainsi une tentative maladroite pour exister par lui-
même. Ce mode d’affirmation de soi est essentiellement une recherche de repères : on
se cogne contre les parois (les autres) pour trouver le chemin, son chemin.
Dans l’entreprise, c’est le collaborateur qui adopte une attitude de « grogne », de refus
ou de contre-pied plus ou moins systématique, exprimant par là une demande
« cachée » d’exister davantage dans le service ou l’entreprise.
Les liens sont aussi forts qu’au stade précédent et aussi inégaux : même si c’est dans
l’opposition, l’individu a tout autant besoin de repères pour exprimer sa position.
Le caractère déconcertant de la contre-dépendance réside dans le fait que l’individu (ou
l’équipe) exprime deux positions, en apparence opposées : l’une, explicite, d’opposi-
tion ; l’autre, implicite, de reconnaissance.
Stade 2 : l’indépendance
© Groupe Eyrolles
Cette période se situe à l’entrée dans l’âge adulte. Le jeune adulte éprouve le besoin
d’exister par lui-même, de voir s’il est capable de tenir debout tout seul. Les liens fami-
liaux lui pèsent, il rejette massivement les conseils que ses parents pensent bon de lui
prodiguer. C’est qu’il cherche moins des connaissances – surtout celles des autres – que
24 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
des expériences : il ne veut pas savoir, il veut vivre, expérimenter, quitte à se tromper.
Tout ce qui peut le maintenir en situation de sujétion est rejeté. Seuls les liens amicaux,
plus égalitaires, sont recherchés.
Dans le milieu professionnel, c’est l’expert qui estime ne pas avoir de comptes à rendre,
de conseils à recevoir, qui coopère le moins possible. Philippe d’Iribarne va plus loin, en
en faisant un trait distinctif de la culture française, qu’il appelle la « logique de
l’honneur »1. L’individu « indépendant » sait ce qu’il a à faire, et il perçoit son chef,
voire ses collègues des autres fonctions, forcément moins experts, comme une gêne.
L’indépendance est l’univers du « non-lien » : non-lien avec les parents ; non-lien avec
son responsable hiérarchique ou avec l’entreprise. L’indépendance, comme la contre-
dépendance, est souvent ambiguë, car elle ne rechigne pas à ce que des « liens cachés »
subsistent : c’est le jeune adulte qui accepte l’argent que lui donnent ses parents ; ce
sont certaines minorités régionales « indépendantistes » qui ne refusent pas les aides
financières de leur État ou de la Communauté européenne.
Ces liens cachés sont mal vécus par les intéressés, qui souhaiteraient réellement être
indépendants, mais n’en ont pas les moyens.
langage, une culture, un savoir, et il faut que cette culture elle-même soit assez variée
pour que nous puissions nous-mêmes faire le choix dans le stock des idées existantes et
réfléchir de façon autonome. Donc, cette autonomie se nourrit de dépendance1. »
Plus proche de notre problématique, Michel Greif, l’un des meilleurs spécialistes des
équipes autonomes, et auteur d’un livre de référence sur la communication visuelle 2,
développe le même point de vue : « Dans l’imaginaire managérial, l’équipe autonome
sent le soufre. L’autonomie est connotée politiquement : elle évoque l’indépendance, le
rejet de la tutelle et la contestation de lois. Il s’agit là d’un contresens, car rien n’est plus
éloigné de l’indépendance que l’autonomie. De fait, l’observation des entreprises engagées
dans cette voie montre que l’équipe autonome se distingue en premier lieu par sa capa-
cité à s’approprier – et à respecter – des règles qui lui étaient auparavant imposées, à
assimiler les objectifs d’un système économique qui lui était auparavant étranger et à
trouver dans son environnement social (l’encadrement, les fonctions support) un sou-
tien qui lui était auparavant refusé. En d’autres termes, une équipe autonome est avant
tout une équipe mieux intégrée. […] L’autonomie au sein d’une organisation complexe ne
repose pas tant sur les compétences intrinsèques des individus que sur les qualités d’un envi-
ronnement favorable à leur emploi. Et que la facilité d’accès à l’information, la lisibilité
des règles et des instructions, la convivialité de l’outil de travail, l’existence de structures
favorables à la vie de l’équipe, enfin et surtout le nouveau comportement d’un encadre-
ment converti à un management par la pédagogie, sont plus importants pour la réussite
du projet que la rupture fantasmatique du lien avec le chef3. »
Délicate à manier sur le plan conceptuel, la notion d’autonomie l’est encore plus dans
la réalité.
1. « Bureaucratiques » au sens de Michel Crozier, c’est-à-dire disposant d’une sécurité sur les ressources
© Groupe Eyrolles
leur donnant la liberté de ne pas avoir à s’adapter à leur environnement. Les administrations, les orga-
nismes publics et les entreprises ayant des marchés captifs correspondent à cette définition.
2. François Délivré distingue deux sortes de pouvoirs : le pouvoir sur les hommes et le pouvoir pour les
hommes. La délégation de la décision déstabilise le premier et renforce le second. Cf. Fr. Délivré (82),
2005, chap. 9.
Vers l’autonomie 27
1. Dans le vocabulaire managérial courant, les termes processus ou process sont le plus souvent synonymes,
et désignent un enchaînement de tâches et d’activités, une modélisation de l’entreprise destinée à
accroître sa performance opérationnelle ; par exemple, le processus « facturation » ou « prévisions de
vente » (cf. H. Brandeburg (83), 2006). Ici, dans la lignée de Vincent Lenhardt, nous utilisons ces ter-
mes aussi pour désigner les modalités de travail, la façon dont les travaux sont organisés. Dans cette
approche, les processus sont « modélisants », en ce qu’ils disent quelque chose de l’intention du chef de
projet : ainsi, pour développer l’autonomie des équipes, il s’agit de concevoir une organisation de type
équipes autonomes (ce que nous appelons un contenu), mais selon des modalités qui, en elles-mêmes,
© Groupe Eyrolles
favorisent l’autonomie (cf. en particulier la partie 3 sur le Diagnostic partagé) : le processus de travail
est lui-même source d’autonomie. Pour éviter de mélanger les deux significations, nous adopterons la
convention suivante : par process, nous désignerons l’enchaînement d’activités modélisant le fonction-
nement de l’entreprise ; par processus, les modalités de travail mises en place dans le projet.
2. Notions empruntées à V. Lenhardt (16), 2002.
28 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Ces schémas, le plus souvent implicites, limitent la capacité des cadres les mieux inten-
tionnés à développer l’autonomie de leurs équipes… parce qu’ils ne les en croient pas
capables. On se retrouve dans le schéma, classique en matière de conduite du change-
ment, où la « faute », la responsabilité est… chez l’autre : « Moi, je voudrais bien leur
donner davantage d’autonomie, mais ils n’en sont pas capables ». Et bien souvent,
quand on va voir de l’autre côté, on obtient le même miroir, en sens inversé : « À
chaque fois que l’on propose quelque chose, on nous répond que ce n’est pas possible ».
C’est de cette représentation d’individus au potentiel différent du leur qu’il importe de libé-
rer les cadres.
1. En France, les directions d’entreprise ont le droit de passer outre l’avis des représentants du personnel,
contrairement à d’autres pays, dont l’Allemagne, où les syndicats sont davantage associés à la décision.
Plus de pouvoir signifie aussi plus de responsabilités. Et inversement : il est difficile de demander à des
acteurs à qui l’on ne donne pas de pouvoir de se sentir responsables.
Vers l’autonomie 29
1. Le lecteur incrédule consultera le récit de R. Semler (84), 1999. Le livre raconte comment Ricardo Semler
réussit à remonter l’entreprise de son père en donnant aux salariés la liberté d’organiser leur travail, d’éva-
luer leurs responsables, de participer aux décisions stratégiques. Mais c’était sous d’autres cieux…
30 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
© Groupe Eyrolles
1. Voir bibliographie.
Vers l’autonomie 31
Chapitre 6
Accompagner
le changement d’organisation
Les équipes autonomes ont aussi du mal à s’implanter, car elles constituent bien davan-
tage que de simples projets d’organisation.
Les auteurs de l’étude québécoise citée au début du livre soulignent fortement la com-
plexité d’un tel changement : « Certains auteurs s’interrogent sur les raisons qui font en
sorte que l’adoption de telles équipes ne soit pas déjà généralisée compte tenu de la supé-
riorité reconnue de ce mode d’organisation. […] L’adoption des équipes semi-autonomes
n’est cependant pas aussi simple qu’on pourrait le croire. […] Le passage des formes tradi-
tionnelles d’organisation du travail à l’adoption d’équipes semi-autonomes constitue un
changement majeur dans les pratiques organisationnelles puisqu’il remet en question le
© Groupe Eyrolles
partage des droits et des pouvoirs. […] L’introduction réussie d’équipes semi-autonomes
dans une organisation ne se réduit pas au regroupement de travailleurs à qui l’on confie,
32 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Mais il y a aussi une forte composante de gestion des ressources humaines, puisque de
telles évolutions organisationnelles redessinent le contrat entre l’entreprise et ses
salariés : plus exigeantes à leur égard, elles doivent, sous peine de générer résistances et
passivités, s’accompagner d’améliorations significatives quant aux possibilités de rétri-
bution (au sens large) offertes aux salariés.
Ce n’est pas le changement d’organisation qui est difficile, c’est ce qui doit l’accompagner :
changement de pratiques managériales, lâcher prise de la direction et de l’encadrement,
évolution du système de gestion des ressources humaines (évaluation des compétences,
évolution professionnelle, rétribution). Toutes les catégories d’acteurs – direction, enca-
drement, experts, syndicats, employés – doivent conduire leur aggiornamento.
1. Voir ci-après.
34 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Chapitre 7
Comme dans tous les projets d’ampleur, les difficultés résident moins dans les éléments
techniques, ce que nous appelons le « contenu » ou les « livrables », que dans la con-
duite du changement.
1. Sur la transformation de notre rapport au temps et ses implications sur la gestion du changement, voir
l’indispensable livre de N. Aubert (3), 2004.
Vers l’autonomie 35
1. « Voulez-vous être obéi ? », demandait Jean-Baptiste Say à la fin du XVIIIe siècle. « Il ne faut alors pas
vouloir que l’on fasse ; il faut faire que l’on veuille. » Merci à Anne Verjus de m’avoir signalé ce parallèle.
2. Kurt Lewin (1890-1947), psychologue allemand.
36 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Afin d’être transparent avec le lecteur, il est important d’indiquer brièvement quelles
sont les principales sources d’inspiration de ce livre pour conduire le changement, les
« lunettes » au travers desquelles il regarde la « réalité » de l’entreprise et ses salariés.
Ces sources d’inspiration sont au nombre de trois : la systémique, la sociodynamique et
l’empathie.
1. La systémique est elle-même un courant vaste. Pour notre part, nos sources d’inspiration sont principa-
© Groupe Eyrolles
lement la sociologie des organisations de Michel Crozier et l’école de Palo Alto. Cf. bibliographie.
2. Un effet pervers est la conséquence d’une action à l’opposé de l’intention de départ. Exemple : le durcis-
sement de la législation sur les licenciements (intention : limiter le chômage) conduit les employeurs à
embaucher moins facilement (conséquence : hausse du chômage).
3. Le plus connu est sans doute Edgar Morin (64), 2005.
Vers l’autonomie 37
en s’appuyant sur les points forts de l’entreprise plus qu’en cherchant à résoudre ses
points faibles, que les problèmes trouveront leur solution1.
Ce parti pris méthodologique a deux conséquences concrètes :
● la première, c’est que, dans la démarche proposée dans ce livre, le diagnostic – car il
y en a un – ne sert pas tant à identifier les problèmes qu’à offrir aux acteurs une pre-
mière visualisation de leur avenir et à faire émerger une énergie positive ;
● la seconde, la plus fondamentale, c’est que la décision de mettre en place des équipes
autonomes ne peut pas résulter d’un diagnostic. Elle doit être le fruit d’un choix déli-
béré, réfléchi, résolu, reposant à la fois sur une certaine vision du développement
conjoint de l’entreprise et de ses salariés, mais aussi sur un constat lucide du monde
tel qu’il va : plus la mondialisation progresse, plus de nouvelles nations rentrent
dans le grand bain du commerce, de la technologie et de l’innovation, plus la loi de
Ricardo des avantages comparatifs trouve à s’appliquer. Les pays occidentaux doi-
vent compenser la faiblesse numérique de leur main-d’œuvre par sa qualification.
« La ressource essentielle, celle qui va faire la différence dans le long terme, ce n’est plus
la ressource matérielle, celle de la terre ou des matières premières […] ce n’est même
plus la ressource financière ou le know-how technologique, c’est la ressource humaine. Et
dans cette ressource humaine, ce qui compte, ce n’est pas le nombre mais la qualité,
l’adaptabilité, la capacité de coopération2. »
Un projet d’équipes autonomes est au croisement d’une conviction – la ressource
humaine comme avantage compétitif – et d’un pari – la valorisation de l’intelligence
des individus.
7.3.2 La sociodynamique :
gérer de façon différenciée l’énergie des acteurs
Notre deuxième « boîte à outils » est la sociodynamique. Le « mouvement par les
hommes », ainsi peut-elle être définie, est une méthode de conduite du changement
fondée par Jean-Christian Fauvet3, ancien vice-président du cabinet BOSSARD Consul-
tants.
© Groupe Eyrolles
1. Cette méthode est proche de ce que la pédagogie recommande pour développer l’enfant : identifier et
valoriser ses points forts, plutôt que le faire travailler sur ses points faibles.
2. M. Crozier (63), 2000, p. 189. C’est nous qui souligons.
3. Cf. J.-C. Fauvet (45), 2004.
Vers l’autonomie 39
Ce n’est pas l’objet du livre de décrire la sociodynamique dans son ensemble. Pour
notre part, nous en retenons deux éléments :
● le premier est la « stratégie des alliés », approche consistant à appréhender les catégo-
ries d’acteurs selon le degré d’énergie qu’elles mettent dans le projet. La notion
d’allié a une acception différente de celle de la vie courante : un « allié » n’est pas
tant un acteur entièrement favorable au projet qu’une personne (ou un groupe) qui
consacre davantage d’énergie positive que négative au projet. Autrement dit, un acteur
qui critique le projet peut être considéré comme un allié, du moment qu’il met une
énergie significative en faveur du projet ;
● le second élément est ce qu’Olivier d’Herbemont et Bruno César appellent le
« projet latéral », qui consiste à intégrer, dans la définition du projet, la position des
différents acteurs : « On appellera projet latéral une autre formulation du projet
d’origine, qui tient compte des remarques ou des besoins exprimés par les acteurs
alliés1 ». La notion de « projet latéral » peut donc conduire à élargir le périmètre du
projet de départ pour en favoriser la réussite.
C’est une notion proche, par ses implications, de l’empathie.
7.3.3 L’empathie :
regarder le changement avec les lunettes de l’autre
Notre troisième source d’inspiration vient de la psychologie humaniste, fondée sur la
prise en compte des besoins humains, à laquelle Abraham Maslow et Carl Rogers 2,
entre autres, ont donné ses lettres de noblesse. Marshall Rosenberg s’en est beaucoup
inspiré pour élaborer sa méthode de « communication non-violente », laquelle est
aujourd’hui une méthode de gestion des relations humaines et des conflits très répan-
due dans le monde3.
L’empathie est une posture simple dans son énoncé, difficile, parfois, dans sa mise en
œuvre, dans la mesure où elle consiste à essayer de voir la « réalité » avec les yeux de
l’autre, de se décentrer, d’oublier un instant ses propres cadres de référence pour com-
prendre ceux de l’autre.
Carl Rogers définit l’empathie comme « la capacité de s’immerger dans le monde sub-
jectif d’autrui et de participer à son expérience4. »
Pour Ronald Adler et Neil Towne, « sur le plan cognitif, l’empathie équivaut à la com-
préhension de ce que l’autre personne nous dit. Cette compréhension intellectuelle
© Groupe Eyrolles
implique que nous ne soyons ni juges, ni critiques. Elle requiert la mise entre parenthè-
ses de nos propres opinions, valeurs, idées, etc., pour adopter celles de l’autre personne.
[…] Être empathique oblige à se mettre à la place de l’autre comme si vous étiez cette
autre personne1. »
L’empathie fait sienne le postulat constructiviste, qui veut qu’il n’y ait pas de réalité
absolue, objective, unique, mais autant de réalités que de regards portés sur elle(s).
Dans cette approche, la réalité est une « construction » : selon son histoire personnelle,
ses valeurs, ses intérêts et le contexte, chacun voit une même « réalité » avec des yeux
très différents : le verre d’eau est à moitié vide ou à moitié plein ; la même voiture
d’occasion n’est pas « vue » de la même façon par le vendeur et par l’acheteur ; etc. 2
L’empathie est une posture puissante, car elle permet d’anticiper les ressentis, les réac-
tions, les besoins des acteurs, et d’identifier les éventuelles résistances ou, à l’inverse, les
éléments facilitateurs.
Un certain nombre d’éléments de conduite du changement proposés dans ce livre
n’appartiennent pas, stricto sensu, à l’univers de l’entreprise. C’est que, quels que soient
les univers considérés (entreprise, société, organisation, famille, relations interindivi-
duelles, etc.), des éléments identiques se retrouvent. L’entreprise n’est pas un monde
social à part. Les mêmes phénomènes jouent dans les différentes sphères. Conduire un
projet, une réforme au niveau d’un atelier, d’une usine, d’un groupe industriel ou d’un
pays revient au même : le niveau de complexité diffère, mais les difficultés, la nature des
résistances, les mécanismes facilitants sont à peu près identiques.
2. P. Watzlawick (86), 1978. Tout le monde connaît la plaisanterie sur le conseil en stratégie. Un fabricant
de chaussures mandate deux cabinets pour réaliser une étude sur le marché africain. Quelques semaines
passent. Le premier cabinet revient et rend sa conclusion : « Les Africains ne portent pas de chaussures :
le marché n’existe pas. » Le second rentre le lendemain et remet sa conclusion : « Les Africains ne por-
tent pas de chaussures : le marché est gigantesque. »
Vers l’autonomie 41
Chapitre 8
© Groupe Eyrolles
1. C’est une des raisons qui plaident pour un pilotage en binôme Industriels/RH d’un projet d’équipes
autonomes (cf. partie 6).
Vers l’autonomie 43
Chapitre 9
Plan de l’ouvrage
Le livre propose une démarche complète, qui se veut la plus claire, la plus explicite et la
plus détaillée possible. Nous l’avons progressivement élaborée et améliorée à partir de
trois types d’apports :
● notre propre expérience de 15 ans d’accompagnement des entreprises, acquise en
cabinet et dans un grand groupe industriel ;
● la visite de nombreuses usines, au cours desquelles nous avons systématiquement
examiné les facteurs de succès ou d’échec des projets d’équipes autonomes ;
● enfin, les enseignements tirés de la littérature spécialisée.
Cette démarche a fait ses preuves, mais il est évident qu’elle n’est pas la seule possible :
de nombreux chemins mènent à Rome.
Le livre comporte 6 parties qui sont autant d’étapes de la démarche :
Dans l’optique de faciliter le changement, les travaux démarrent par ces dernières, sou-
vent laissées pour compte, afin d’en faire des « alliées », au sens sociodynamique du
terme, dans le déploiement futur des équipes autonomes.
D É F I N I R L E P RO JET
« La connaissance progresse en intégrant en elle l’incertitude,
non en l’exorcisant. »
EDGAR MORIN
« L’individu n’existe pas sans les autres. L’autonomie, c’est les autres.
L’autonomie, c’est l’interdépendance. »
DR. PIERRE ACHARD, COACH
● définir, faire respecter et réviser les règles de fonctionnement, les procédures, les
gammes ;
● changer tout ce qui doit l’être pour faire progresser son secteur.
L’équipe autonome est donc associée à tous les changements la concernant (équipe-
ment, organisation, personnel, produits…).
1. Le schéma cible d’équipe autonome est traité de façon plus détaillée dans la partie 3.
2. Le stress engendré par les organisations matricielles ou en mode projet, où les acteurs, rattachés à plu-
sieurs responsables, doivent parfois assurer eux-mêmes l’intégration d’objectifs contradictoires, rappelle
la pertinence de ce principe organisationnel. Cf. Fr. Dupuy (8), 2005, et notre débat avec l’auteur dans
le n° de décembre 2005 de la revue Gérer & Comprendre.
Définir le projet 49
Les ressources sont les ressources humaines au premier chef, avec la question des com-
pétences mises à disposition de l’équipe, et l’éventuel transfert d’opérateurs et/ou de
techniciens des services support vers les équipes de production. Ce sont aussi les
budgets : en formation, en pièces détachées…
Chapitre 2
Livrables
Objectifs
Ressources Délais
Diverses modalités de travail peuvent être utilisées pour mener ce travail à bien : une à
deux séances de travail avec le comité de direction ; une succession d’entretiens indivi-
duels avec les différents responsables, puis le partage d’une synthèse… Ce qui prime,
c’est la représentation partagée.
En parallèle, idéalement, doivent s’engager des benchmarks pour enrichir la réflexion
du comité de direction (cf. partie 2, chapitre 2).
Ce travail de formulation des objectifs a une double visée :
● en termes de processus, mettre les responsables de l’entreprise en mouvement autour
du projet, les amener à se poser des questions et à envisager des implications aux-
quelles peut-être, jusqu’à présent, ils n’avaient pas songé ;
● en termes de contenu, fournir les premières bases de la feuille de route, les premiers
éléments que, concrètement, le projet va devoir produire ;
Le futur plan de travail démarre de la formulation des objectifs : selon que ceux-ci sont
précis ou flous, ambitieux ou modestes, quantifiés ou non, le chef de projet dispose de
premières indications sur les livrables à produire, les délais raisonnables du projet et les
ressources nécessaires. Les objectifs donnent le cap, définissent une première vision
d’ensemble, font réfléchir la direction.
Les livrables (2e élément de la feuille de route) fournissent le plan de travail concret.
© Groupe Eyrolles
54 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Livrables
Objectifs
Ressources Délais
Les « livrables » (parfois aussi appelés « délivrables ») sont, comme leur nom l’indique,
tout ce que le projet doit « livrer », « délivrer », en un mot : produire.
Exemples de livrables
● Outils de pilotage du projet (radar projet, tableau des livrables, analyse des ris-
ques…).
● Business case.
● Etc.
Définir le projet 55
Les visites d’usines, en particulier, sont utiles pour identifier les livrables auxquels l’on
n’aurait pas spontanément songé. En même temps, elles sont un livrable en soi, car elles
nécessitent un travail non négligeable de préparation et d’exploitation (cf. partie 2).
Les livrables doivent bien sûr correspondre aux objectifs :
● si les objectifs comportent des éléments chiffrés, par exemple de productivité, il faut
se doter d’un outil de suivi des gains (cf. ci-après le Business case) ;
● si l’entreprise souhaite améliorer le climat social, il est nécessaire de réfléchir à la
meilleure façon de le mesurer (par exemple à l’aide d’une enquête par question-
naire).
● Si les objectifs sont ambitieux, notamment en termes de changement culturel, ils
vont avoir une répercussion sur le volume de livrables à produire, notamment de
livrables « d’accompagnement ».
Les livrables donnent les premières indications sur les délais et sur les ressources.
Livrables
Objectifs
Ressources Délais
Les délais sont une partie sur laquelle il faut être vigilant. Ils sont fréquemment sous-
estimés par ceux… qui n’ont pas à conduire le projet. L’étude québécoise citée en intro-
duction parle de 3 à 5 ans de mise en œuvre. Ce sont effectivement les délais que nous
avons, pour notre part, constatés dans les projets que nous avons menés ou dans les
retours d’expérience partagés lors des visites d’usines.
On entend souvent, dans les projets, des expressions du type : « Cela prend trop de
temps », « on perd du temps », etc. Cette conception du temps doit être challengée : on
ne « perd » pas de temps, on décide simplement de structurer les travaux de façon diffé-
© Groupe Eyrolles
communicants : le temps qui n’est pas passé en amont avec le personnel, par exemple
parce qu’il a été décidé de mener les travaux de conception « en chambre », avec un
petit groupe d’experts, se retrouve bien souvent en aval, sous forme de « résistances au
changement », majoré de quelques « intérêts ».
Les délais sont dépendants de toute une série de facteurs : le niveau de départ en matière
d’autonomie, le degré d’ambition de l’entreprise, le périmètre concerné (un secteur, une
usine, plusieurs sites), les ressources d’accompagnement mobilisables, le degré de mobili-
sation du personnel et des syndicats, le rapport de l’entreprise au temps (culture de
l’urgence)…
Le déploiement doit être comptabilisé dans les plannings. Très grossièrement, les délais
peuvent se répartir comme suit :
● mobilisation de l’entreprise : 2 à 4 mois ;
● conception de l’organisation cible : 3 à 6 mois ;
● modalités de déploiement : 2 à 4 semaines ;
● déploiement : 2 à 4 ans, dont la première année consacrée à des pilotes.
Soit entre 3 et 5 ans.
ORGANISATION GRH
Livrables
Objectifs
Ressources Délais
Les ressources sont le quatrième point clé de la feuille de route. Ces ressources sont :
● les personnes qui vont travailler sur le projet ;
● les prestataires qui vont éventuellement être sollicités, si le projet manque de « bras »
ou d’expertises ;
● d’autres ressources peuvent être prévues : salle, bureautique…
Il est préférable d’allouer moins de personnes, mais disposant d’une part significative de
leur temps (idéalement plein-temps), plutôt que de disposer de davantage de personnes
© Groupe Eyrolles
quelques jours de-ci de-là. Nous parlons là du cercle le plus impliqué dans le projet. En
deçà d’un mi-temps, le chef de projet va perdre beaucoup de son temps à coordonner
toutes les ressources.
58 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Livrables
Objectifs
Ressources Délais
Ces quatre éléments définis, la première mouture de la feuille de route est élaborée.
Le travail de définition de ces quatre éléments n’est pas linéaire, mais itératif. Chaque
élément influe sur les trois autres :
● l’identification des livrables amènera peut-être à constater que les objectifs sont mal
formulés, trop (ou pas assez) ambitieux ;
● trop peu de ressources amèneront à devoir allonger les délais ;
● des délais très serrés doivent rendre vigilant sur les ressources que l’entreprise met à
disposition.
Le chef de projet a un rôle important sur les délais : souvent, ceux-ci sont fixés impéra-
tivement, sans qu’aucune (bonne) raison ne justifie une telle urgence 1. Il faut s’assurer,
notamment via les retours d’expérience issus des visites d’usines (cf. partie 2), que les
délais sont raisonnables. Des délais trop justes sont une source fréquente de dysfonc-
tionnement et de résistance au changement. Délais et ressources sont inversement propor-
tionnels.
© Groupe Eyrolles
1. Certains projets sont par nature pilotés par les délais : passage de l’an 2000, événements sportifs, migra-
tion vers un nouveau système d’information, changement législatif, etc. Mais c’est loin d’être le cas
pour tous, et bien souvent l’urgence décrétée ne repose sur aucune contrainte réelle. Cf. N. Aubert (3),
2004.
Définir le projet 59
C’est à l’équilibre de l’ensemble que la qualité de la feuille de route peut être évaluée. Les
quatre éléments doivent présenter un tout cohérent. Cette feuille de route est celle du
chef de projet, mais aussi celle des personnes qui vont être mobilisées. Une part impor-
tante de la crédibilité du chef de projet démarre de là. C’est la raison pour laquelle il ne
faut pas négliger le temps à y consacrer.
Afin de vérifier cette cohérence, rien n’interdit de la soumettre à plusieurs personnes
avant validation : c’est une excellente occasion d’élargir à d’autres cercles le travail de
mobilisation ; et, qui sait, certaines personnes peuvent apporter des enrichissements
intéressants (sur les contraintes de plannings, sur les compétences disponibles).
Il reste à compléter ce travail avec un Business case chiffré.
© Groupe Eyrolles
60 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Chapitre 3
Le mieux est de procéder par scénarios, a minima deux : une estimation raisonnable-
ment atteignable et une estimation « haute »1.
Le Business case doit comporter les gains attendus, mais aussi les coûts engendrés. L’hon-
nêteté réclame d’être vigilant sur ce point : nous en avons trop vu ne comprenant que
les premiers afin d’être plus « attractifs ». Pour un projet d’équipes autonomes, les coûts
peuvent être :
● un accroissement de masse salariale, soit par recrutement, soit par augmentation de
rémunération ;
● des coûts de formation. La formation fonctionne par renforcement : plus les salariés
sont compétents, plus ils ont besoin d’être formés :
– des salariés compétents sont aussi des collaborateurs plus exigeants, qui ne se
contentent plus d’une à deux journées de formation par an ;
– plus l’entreprise investit dans le développement des compétences, moins elle a
intérêt à laisser ce « capital compétences » se détériorer : la compétence appelle la
compétence ;
● des coûts d’accompagnement (prestataires, consultants…) ;
● un supplément provisoire de ressources sur les pilotes, etc.
Bilan de la partie 1
MO BI L IS ER
L’ E N T REP RIS E
« Tu me dis, j’oublie. Tu m’enseignes, je me souviens.
Tu m’impliques, j’apprends. »
BENJAMIN FRANKLIN
Nous examinerons quatre points et, pour chacun d’eux, les outils qui les
accompagnent :
■ la nécessité d’être informé autant que d’informer ;
© Groupe Eyrolles
© Groupe Eyrolles
Chapitre 1
Beaucoup de projets démarrent mal, patinent, voire échouent parce qu’ils sous-estiment
l’attention à porter à la communication. Celle-ci est parfois perçue, surtout par les per-
sonnes ayant un profil technique, comme une espèce de « mal nécessaire », ce qui se tra-
duit souvent, en termes de structuration de projet, par un chantier à part, chargé, en
gros, de diffuser un peu d’information de temps en temps.
Nous voudrions montrer à quel point cette image est réductrice, et reflète mal l’impor-
tance et le potentiel de la communication.
Nous allons examiner six principes2, et examiner ensuite les outils qui leur correspon-
dent.
1. Le contenu de cette partie, consacrée à la communication, n’est pas directement lié aux équipes
autonomes : le propos s’applique à toutes sortes de projets. En revanche, la nature d’un projet d’équipes
autonomes, à l’intersection de l’organisation et de la gestion des ressources humaines, au croisement de
l’économique et du social, rend la communication particulièrement vitale. C’est pourquoi il nous sem-
© Groupe Eyrolles
ble important d’y consacrer quelques développements. Si la communication est un domaine qui vous
est familier, vous pouvez passer à la partie suivante.
2. Nombre d’entre eux sont directement inspirés des travaux de l’école de Palo Alto, qui ont révolutionné
les approches liées au changement humain, individuel ou collectif. Voir E. Marc (87), 2000, et Fr. Kou-
rilsky (60), 2004, pour des applications concrètes.
68 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
L’éléphant et le Pictionary
Placez quatre personnes autour d’un éléphant2, une personne devant, une der-
rière et deux sur les côtés. Bandez-leur les yeux avant qu’elles voient l’éléphant,
demandez-leur de poser leurs mains dessus, puis de décrire ce qu’elles touchent.
Vous obtiendrez, à partir de la même réalité « éléphant », quatre descriptions,
toutes différentes et toutes justes.
Tout le monde connaît, au moins dans son principe, le jeu « Pictionary ». Un
joueur tire une carte, et doit dessiner le mot inscrit sur la carte, sans avoir le droit de
parler. Le but consiste à identifier ce que veut représenter le dessinateur. Tout le jeu
repose sur ce principe : à partir d’une même « réalité » (le dessin), chaque joueur
« voit » des choses différentes.
Ces deux exemples ne concernent que des choses bien tangibles, matérielles, concrètes.
Les réalités « éléphant » et « dessin » existent indéniablement, mais elles ne trouvent pas
de traduction unique. La même réalité change en fonction de la représentation que
chacun s’en fait. Lorsqu’on rentre dans le domaine de l’abstraction ou des relations
humaines, les écarts de représentation sont encore plus forts.
Le point important, en ce qui concerne notre problématique, est de saisir que cette par-
ticularité de la communication ne constitue pas un dysfonctionnement : c’est dans la
nature humaine d’appréhender la réalité avec un certain point de vue. La « réalité » est
la représentation qu’on s’en fait.
Conséquence : le projet est en grande partie sa communication. Les individus vers les-
quels le projet va communiquer ne sont pas des « pages blanches », mais il est quand
même possible d’influer sur les représentations qu’ils vont s’en faire. Le chef de projet a
© Groupe Eyrolles
1. Cf. P. Watzlawick (86), 1978. Il est le représentant le plus connu de l’école de Palo Alto.
2. Si vous n’avez pas d’éléphant à disposition, vous pouvez choisir autre chose…
Mobiliser l’entreprise 69
Le téléphone arabe1
On demande à 10 volontaires réunis dans une salle de sortir un instant. Ils sont
appelés l’un après l’autre. Un message de quelques lignes est lu, à haute voix, à la
première personne. Celle-ci doit le répéter à la seconde, qui doit le répéter à la troi-
sième, et ainsi de suite jusqu’à la dernière. Une fois la transmission du message ter-
minée, les participants se réunissent. Le dixième énonce « sa » phrase, et le premier
fait de même. Le groupe compare les deux phrases et mesure les écarts.
La déperdition est considérable, avec seulement dix personnes et un texte simple.
À chaque participant, une part importante du message s’évanouit, car chacun ne
retient que ce qui fait sens pour lui. Chacun recompose le message à sa façon,
« oubliant » ou rajoutant des éléments qui lui sont propres. C’est ainsi que les
rumeurs et les légendes se constituent : à partir d’un fait avéré, un récit
« légendaire » se construit « en cascade ».
Ce que dit cette expérience vaut aussi pour la communication entre deux
personnes : le message transmis par l’émetteur n’est jamais reçu à l’identique par le
récepteur. Celui-ci le « filtre » à travers son cadre de référence, c’est-à-dire son his-
toire personnelle, le contexte de la situation et les intentions des deux personnes.
dans l’univers symbolique et social du récepteur. […] Dans une communication, l’émetteur
doit considérer que le guide de l’échange, c’est le récepteur, et non le message 1. »
En fonction de son cadre de référence (histoire personnelle, formation, métier,
valeurs…) et du contexte, chacun va enlever ou rajouter des éléments, sans forcément
en être conscient. Au bout de dix personnes seulement, une grande partie du message
est transformée. On imagine sans peine ce que cela donne lorsque la communication
dure plus de cinq minutes, qu’elle touche plusieurs dizaines de personnes, et que le
message comporte des éléments complexes !
Un chef de projet peut s’étonner que des « bruits » circulent à propos de son projet,
pensant – à juste titre – « n’avoir jamais dit ça ! » Il n’a certes jamais dit « ça », mais il a
transmis un message, par exemple à un comité de direction, qui a été chargé de le diffu-
ser à l’encadrement, lequel a été chargé de le diffuser au personnel… À la fin de la cas-
cade, le message de départ est plus ou moins déformé. La déperdition de contenu est
inhérente à toute communication.
Le message de départ
Le message d’arrivée
déperdition.
1. Cette technique s’appelle la surcommunication. L’exemple type en est la signalisation routière : la même
information (limitation de vitesse, sorties d’autoroute, etc.) est répétée plusieurs fois.
72 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Comment faire ? Plus le travail est « mâché » pour les personnes ayant à répercuter
le message, plus elles transmettent un contenu proche de l’original. Rédiger des
documents « autoporteurs » (qui n’ont pas besoin d’accompagnateur), comportant
des synthèses, des « panneaux indicateurs » pour se repérer dans le déroulement du
message.
La communication est parfois confondue avec l’information. Outre que l’information
relève du contenu et non du processus, donner simplement de l’information consiste à
ouvrir une « boucle » (je délivre un message) sans la refermer, c’est-à-dire sans s’assurer
que le message a bien été reçu.
L’accusé de réception
façon selon l’intention qui est prêtée, à tort ou à raison, à l’émetteur. Chacun peut le
vérifier, par exemple en matière politique : le même message n’est pas accueilli avec la
même attention ni, a fortiori, la même bienveillance, selon qu’il provient d’une person-
nalité proche ou éloignée de notre sensibilité. Qu’est-ce qui change du point de vue du
récepteur ? Pas le contenu, mais l’intention de l’émetteur.
Mobiliser l’entreprise 73
L’intention
La question importante en début de projet étant celle du « pourquoi », ce que les récep-
teurs retiennent le plus souvent, c’est moins le contenu informatif stricto sensu que les
intentions : pourquoi un projet d’équipes autonomes est-il lancé ? quelle est l’intention
de la direction ?
La clarté doit surtout porter sur ce niveau-là. Parfois, le chef de projet peut être tenté
d’insister sur les modalités du projet (le « comment » : planning, personnes impliquées,
etc.), et les auditeurs lui renvoient des questions sur le « pourquoi », créant la confusion
chez le chef de projet qui pensait qu’on allait lui poser des questions sur ce qu’il disait ;
exemple supplémentaire que l’essentiel de la communication se fait chez le récepteur.
Conséquences : compte tenu de cette déperdition normale, il est d’autant plus impor-
tant de mettre le processus « sous contrôle » :
● garder la haute main sur le contenu véhiculé, et n’utiliser le « mode cascade » qu’une
fois assuré que les relais de communication maîtrisent les finalités, le contenu et les
implications du projet ;
● vérifier régulièrement que « la boucle est bouclée », que les messages sont, a minima,
reçus comme on souhaite qu’ils le soient. Il faut établir une « boucle » qui renvoie
© Groupe Eyrolles
vent, l’émetteur (le chef de projet) ne communique plus car… il n’a rien de précis à
dire : le projet est en cours, les travaux avancent mais n’ont pas encore abouti, etc. Bref,
de son point de vue, tout va bien. Mais du point de vue du récepteur, il ne sait pas que
le projet n’a « rien à dire ». La première question qui vient à l’esprit est : « Pourquoi le
projet ne communique-t-il plus ? Quelle est la raison qui pousse le projet à ne plus
communiquer ? »
Alors, comment faire ? Comment communiquer quand on n’a « rien à dire » ?
d’autant plus sur ce point qu’il est toujours facile de « taper sur le passé ». Mais tout
système réagit à une « agression » ; aux messages négatifs répondra une autre forme
de comportement négatif : rejet, critique, résistance, repli sur soi. Ce que nous
disons là est valable dans beaucoup de compartiments de la vie sociale. La culture
française, dominée par la tradition critique, a plus de facilité pour identifier les
76 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
lacunes et les points faibles (voir les bulletins scolaires ou, dans les entreprises, les
entretiens d’évaluation) que pour valoriser les talents naissants ou avérés 1. Or, on
obtient rarement de bons résultats par la critique (même si celle-ci est justifiée) : elle
enlève de l’énergie en un moment où les acteurs en ont, au contraire, le plus besoin.
En ouvrant sur l’extérieur, en valorisant le présent, en donnant du sens aux change-
ments qui surviennent, en réduisant une culpabilité qui n’est jamais loin, le chef de
projet enlève beaucoup de « mines » potentielles, et crée les conditions pour permet-
tre à l’énergie individuelle et collective de se mobiliser au service du changement.
En synthèse, il faut communiquer. Mais communiquer seulement quand il y a quelque
chose à dire (principe 4) !
L’avantage de communiquer sur le processus (les modalités de travail), c’est que l’on
peut occuper le terrain y compris quand on n’a (encore) rien de tangible à communi-
quer sur le contenu (la nouvelle organisation, qui va faire quoi, etc.).
Contenu Processus
Tout ce qui a trait aux résultats Tout ce qui a trait aux modali-
du projet, à ses livrables : tés de travail :
• nouvelle organisation, • planning général du projet :
nouvelle répartition des rôles ; phases, principaux rendez-
• dispositif de gestion vous ;
des compétences ; • dates des RV
Le de communication ; Le
• nouvelles modalités
QUOI COMMENT
de rémunération ; • noms des participants
• etc. des groupes de travail ;
• méthodes et outils utilisés ;
• modalités de pilotage
du projet ;
• etc.
L’automobiliste parisien connaît bien les panneaux lumineux qui indiquent les
temps d’attente entre chaque porte. Ces panneaux ne changent rien au fond de
son problème, à savoir la prévisibilité de son temps de trajet. Ils ne disent rien sur
l’éventuelle prochaine amélioration ou dégradation de l’état de la circulation. Mais
ils lui permettent de patienter, d’anticiper, de prévenir un rendez-vous, bref de bais-
ser son niveau de stress. Avec ou sans panneau, l’automobiliste mettra toujours
autant de temps pour se déplacer, mais dans un état émotionnel très différent.
Que « dit » le panneau à l’automobiliste ? « Je ne peux pas vous faire avancer plus
vite (contenu), mais je me soucie quand même de vous (processus) : je vous
donne de l’information sur votre heure d’arrivée. »
© Groupe Eyrolles
Pratiquer l’empathie
Communiquer sur le processus n’est bien sûr pas suffisant. Avant de communiquer sur
le contenu, le chef de projet doit anticiper les questions qu’on va lui poser. L’exercice
peut être fait simplement, avec quelques collègues.
78 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Stade 1 : Connaître
Avant quoi que ce soit, les cibles doivent connaître le projet. Il s’agit d’annoncer le lan-
cement du projet, de donner de l’information pour que les salariés passent de l’état « on
n’est pas au courant » à « j’en ai entendu parler ».
Cette étape va susciter des questionnements, des interrogations, peut-être des inquiétu-
des. Les salariés vont chercher à comprendre les finalités et, on l’a dit, les intentions.
Stade 2 : Comprendre
Cette étape peut être proche de quelques minutes à peine du premier stade : au cours
de la même réunion, dans le même document, etc. Il faut expliquer pourquoi le projet
est lancé, quels sont ses objectifs, sa durée, le processus de travail… Des détails peuvent
être donnés, mais c’est surtout sur les intentions qu’il convient d’être clair.
C’est ici que les véritables questions vont émerger, et que les premières représentations
vont se construire :
● pourquoi lance-t-on un projet d’organisation ? Pourquoi l’organisation actuelle ne
convient-elle pas/plus ?
● pourquoi maintenant ? qu’est-ce qui a changé ?
● qu’est-ce que cela va changer pour nous ? va-t-on nous demander de travailler
différemment ? va-t-on devoir davantage travailler ?
● n’est-ce pas un moyen déguisé de faire de la productivité, de supprimer des postes ?
● y a-t-il quelque chose à gagner dans l’affaire ?
● la direction a-t-elle l’impression que nous ne sommes pas autonomes ?
● etc.
Stade 3 : Adhérer
Cette étape est la charnière : les cibles adhèrent-elles à ce qui est proposé ?
On n’est plus ici dans l’information (stade 1) ou l’explication (stade 2), mais dans
l’argumentation, la conviction : en quoi le projet est important, nécessaire, intéressant
pour eux et l’entreprise.
Les questions que chacun se pose, à ce stade, sont :
● est-ce que j’ai envie de participer à ce projet ?
● est-ce que je vais y apporter mon énergie ? rester en retrait, attendre que « ça
© Groupe Eyrolles
● quels sont les sujets de préoccupation : les conditions de travail ? les salaires ? les
modes de management, l’autoritarisme, la prise de décision, le climat social ? l’ave-
nir de la société ? les perspectives d’évolution ? le maintien de l’emploi ? le change-
ment de machines ?
● où en sont-ils, « eux », et comment faire pour que nos « chemins » aient le maxi-
mum de chances de se rencontrer ? que le projet les intéresse et qu’ils s’intéressent à
lui ?
une couche « explicative ». Pas de chance : ils ont très bien compris le projet d’équipes
autonomes, mais ils ont le sentiment, justifié ou pas, qu’il va être « perdant » pour eux.
Ils en sont au stade 3 (adhésion). La communication ne doit donc pas être explicative.
Il faut rechallenger le projet afin de voir s’il a intégré les éléments qui sont importants
pour eux – les « projets latéraux » –, et communiquer sur cette base.
Mobiliser l’entreprise 81
Exemple 2 : toujours par rapport au même constat d’adhésion molle, le chef de projet
bascule mentalement de « l’autre côté » et prête des intentions hostiles. « Ils ont bien
compris, mais ils n’adhèrent pas. »
Décryptage : même écueil que précédemment, mais inversé. Le chef de projet pense
qu’ils en sont au stade 3, alors que peut-être n’ont-ils pas compris les finalités et les
intentions du projet. Ils sont dans une position de scepticisme attentiste, non d’hosti-
lité. Peut-être souhaitent-ils juste mieux comprendre pourquoi la direction lance un
projet d’équipes autonomes, en quoi cela consiste, etc. En un mot, ils souhaitent com-
prendre (stade 2).
tions ou les finalités qui sont challengées, dans l’argumentatif quand il n’y a qu’une
simple demande d’explication. Avant de prêter des intentions, il faut se renseigner, véri-
fier que notre interprétation est la bonne. Bien des malentendus et des conflits peuvent
être évités de cette façon.
« Attentifs ensemble »
Exemple : d’un côté, un message de la part du chef de projet, fondé sur un discours
bien construit, convaincant, argumenté, et qui emporte l’adhésion ; d’un autre côté, un
« message » non verbal celui-là, fondé sur des pratiques, des attitudes, des comporte-
ments, tout ce que l’on peut appeler la « culture d’entreprise ». Ce deuxième message,
pour être non verbal, n’en est pas moins puissant. Auquel les salariés doivent-ils porter
crédit ? Le chef de projet, qui parle d’autonomie de décision, ou les façons de faire de
nos chefs, qui décident de tout ?
Quelles peuvent être les messages à « double contrainte » dans un projet d’équipes auto-
nomes ? Ceux-ci peuvent être de deux natures :
● des messages liés à l’autonomie : le projet vante les mérites de l’autonomie, de la res-
ponsabilisation, de l’initiative, de la confiance, mais les décisions continuent d’être
prises par la hiérarchie ;
des messages liés au changement : la direction appelle au changement, mais ne
© Groupe Eyrolles
incite à changer, mais ceux qui nous le demandent ne changent pas eux-mêmes. » Le
psychiatre américain Scott Peck avait une formule éclairante pour illustrer la résis-
tance des personnes qui tendent à croire que ce sont d’abord « les autres » qui doi-
vent changer : « Si vous ne faites pas partie de la solution, vous faites sûrement
partie du problème1. »
Le changement est un processus qui démarre de la perte d’un état, d’une certaine
stabilité, pour aller vers un autre état. Entre ces deux états, l’individu passe par diffé-
rentes phases psychologiques, identifiées par Elisabeth Kübler-Ross2, médecin alle-
mand spécialisé dans l’accompagnement aux mourants :
3. Négociation, marchandage
4. Dépression
Ces étapes se retrouvent peu ou prou, dans toute perte, de la plus quotidienne
(perte d’un objet) à la plus douloureuse (perte d’un proche) : perte d’une certaine
configuration de travail, perte d’un emploi…
● Le choc initial est suivi d’une étape d’isolement, de refus, de déni de la situation
(1). La personne a du mal à accepter ce qui arrive.
● Ce refus débouche souvent sur une réaction de révolte (2), de colère
(« pourquoi moi ? », « pourquoi font-ils cela ? », « ça ne sert à rien ! », « c’était
mieux avant ! », « c’est de leur faute si tout va mal ! »).
© Groupe Eyrolles
n’y a pas d’intention de générer de l’ambiguïté. Elle est le fruit d’une méconnaissance.
La méconnaissance1
Une direction qui envoie à son entreprise l’injonction de changer, mais donne des
signes indiquant qu’elle ne se sent pas concernée, a à peu près autant de légitimité que
le skipper d’un voilier envoyant ses équipiers abattre de la voile par gros temps pendant
qu’il reste au chaud dans sa cabine.
Le principal travail à faire est un travail de sensibilisation : l’entreprise fonctionne
comme un système, comme un tout ; la direction en fait partie, au même titre que
n’importe quel autre groupe. « Le dirigeant n’est pas en dehors du bocal, il est dedans
avec les autres », dit Vincent Lenhardt. La direction, et son leader au premier chef, doi-
© Groupe Eyrolles
direction doit s’appliquer les principes qu’il souhaite voir appliquer par les équipes.
C’est en témoignant de ce qu’il aura lui-même vécu, bien davantage qu’en déclamant
des principes abstraits, qu’il gagnera en crédibilité et en force d’entraînement.
Tout est utilisable. La communication sera d’autant plus efficace qu’elle sera variée et
redondante. Tout le monde n’est pas touché par les mêmes médias. Certains personnels
en production n’ont pas accès aux ordinateurs. Et même si un média atteint toutes ses
cibles, chaque individu a des moments de plus ou moins grande réceptivité.
88 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
On ne va pas exposer tous ces médias, seulement deux d’entre eux : le plan de commu-
nication et l’argumentaire.
1.2.2 L’argumentaire
L’argumentaire est une série de questions-réponses, de celles que « tout le monde » se
pose. L’outil est intéressant en ce qu’il permet :
● de faire remonter en un point central toutes les questions. C’est un excellent
« thermomètre » ;
● de mobiliser la direction autour des réponses à apporter aux interrogations ;
● d’aligner les relais de communication sur les réponses à faire : les risques de dérapage
sont limités d’autant.
© Groupe Eyrolles
Chef de projet
Cibles
Les premières questions peuvent être imaginées par le chef de projet lui-même, qui pro-
pose des réponses et les soumet à validation.
Les relais de communication doivent noter toutes les questions que les salariés posent,
par exemple lors de réunions d’information, et les remonter.
Cet outil est surtout intéressant en début de projet, quand les salariés (se) posent beau-
coup de questions. Il perd de son utilité au fil du projet : les questions se tarissent,
changent de nature ; les différents acteurs du projet maîtrisent mieux les tenants et les
aboutissants et peuvent donc communiquer en autonomie. L’argumentaire a atteint son
objectif.
autonomes
● Que ferez-vous si des personnels ne souhaitent pas évoluer ?
● Les projets d’équipes autonomes se traduisent souvent par des réductions de niveaux
hiérarchiques. Comment allez-vous faire évoluer les gens s’il y a moins de postes ?
90 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
● Comment vont être traitées les autres fonctions « non industrielles » (gestion,
RH…) ?
● Pourra-t-on donner notre avis au cours du projet ?
● Comment allez-vous associer les syndicats aux travaux ? Et le personnel ?
● Comment allez-vous reconnaître les compétences ?
● Allez-vous mettre des moyens supplémentaires, par exemple en formation ?
● Et pour les plus anciens, comment va-t-on les aider ?
● La charge de travail va-t-elle augmenter ?
● C’est quoi exactement, une équipe autonome ?
● Qu’est-ce qu’on va gagner financièrement ?
● Est-ce qu’on va encore individualiser les salaires ?
● Que vont faire les agents de maîtrise, si ce sont les opérateurs qui décident ?
● Comment allez-vous reconnaître la polyvalence ?
● Comment les gens seront-ils placés dans la nouvelle organisation ?
● Y aura-t-il une équivalence de nos compétences à l’extérieur, par exemple avec
d’autres entreprises ?
● Deux ouvriers qui occupent le même poste auront-ils les mêmes salaires ?
● Qui décidera qui pourra acquérir telle compétence ? L’opérateur ou son responsable
hiérarchique ?
● Est-ce qu’il y aura des sanctions pour les opérateurs qui ne réussiront pas à acquérir
de nouvelles compétences ? Les salaires vont-ils baisser ?
● Le projet va-t-il servir à augmenter le niveau d’exigence ?
© Groupe Eyrolles
Mobiliser l’entreprise 91
Chapitre 2
« Aussitôt qu’on nous montre quelque chose d’ancien dans une innova-
tion, nous sommes apaisés. »
FRIEDRICH NIETZSCHE
1. O. du Roy (22), 1998, p. 158-159. Livre riche, indispensable pour notre sujet. C’est nous qui soulignons.
92 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Ce point de vue, implicite, considère les salariés comme des individus à qui il faut inlas-
sablement répéter les « bons » arguments, afin de les « convaincre ». Si l’on fait le pari
de l’intelligence des salariés, il faut considérer qu’au-delà d’un certain volume de com-
munication, ils ont parfaitement compris, de leur point de vue, et que s’ils n’adhèrent
pas, c’est que le problème est ailleurs.
Comment savoir, d’une façon générale, si la solution qu’on applique est la bonne ? Les
théoriciens de Palo Alto nous apprennent que, face à l’échec répété d’un certain type de
solution (ici, la communication), on réagit généralement à peu près toujours de la
même façon. Par la répétition de ladite solution :
● on tire sur les rênes de l’âne, par-devant, pour le faire avancer, et comme il refuse, on
tire plus fort ; ce faisant, il résiste encore plus ;
● on dit au fumeur d’arrêter de fumer, car c’est mauvais pour sa santé ; devant le peu
de résultat, on insiste un peu plus auprès de lui, en durcissant les messages ;
● devant les mauvais résultats scolaires de leur enfant, les parents accroissent la pres-
sion sur lui : ils lui consacrent davantage de temps, pour suivre ses devoirs ; si ça ne
marche pas, ils engagent un étudiant pour des leçons particulières ;
● le gouvernement fait des prévisions de croissance ; celles-ci s’avèrent à chaque fois
erronées, mais il continue à en faire ;
● en entreprise, la direction communique autour d’un message ; devant le peu
d’enthousiasme, elle communique davantage.
Chacun peut trouver à l’infini des exemples de ce type. Palo Alto appelle cela refaire
toujours « un peu plus de la même chose ».
Dans le cas d’Aluminium Dunkerque, face au constat de semi-échec de la prise en main
de son rôle par la maîtrise, sans doute aurait-il fallu se reposer la question de la stratégie
de changement : fallait-il continuer à communiquer ? fallait-il continuer à faire ce qui
avait déjà été tenté ? ou fallait-il aller un cran plus loin et se reposer la question du pro-
cessus et du sens ?
Bien sûr, il est toujours aisé de dire après coup comment il aurait fallu faire. Mais là
n’est pas le sens de notre propos. Nous souhaitons juste attirer l’attention sur le fait
que :
● l’échec d’une solution tentée plusieurs fois doit être un signal d’alarme sur la pertinence
de la solution elle-même, et pas uniquement sur ses conditions d’application ou de
réception ;
© Groupe Eyrolles
Les visites d’entreprises, telles que nous les utilisons dans nos démarches, n’ont que peu
de choses à voir avec le traditionnel « tourisme industriel ». Dans une visite tradition-
nelle, le moment le plus important est… la visite ; dans ce que nous proposons, chaque
moment – avant, pendant et après – a son importance.
● le chef de projet « branche » ces populations sur l’extérieur, et leur montre le monde
qui bouge.
La taille idéale d’un groupe est entre 10 et 20 : en deçà, la visite n’est pas « rentable » ;
au-delà, le travail de réflexion et de déclinaison (voir ci-après) est très lourd.
94 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
1. Idéalement, cette trame est envoyée avant la visite, afin de gagner en efficacité le jour J.
Mobiliser l’entreprise 95
d’autres savoirs.
La première boucle de l’apprentissage est bouclée et peut recommencer.
À tout prendre, et s’il faut arbitrer en temps, il vaut presque mieux gagner sur la présen-
tation du matin que sur cette dernière partie. Sans elle, la visite se résume à du
« tourisme industriel », intéressant mais guère apprenant.
Chapitre 3
Après la communication, après les visites d’usines, nous présentons un troisième type
d’outil favorisant la mobilisation de l’entreprise : le diagnostic réalisé par les salariés.
Le rôle du chef de projet est de favoriser l’expression lumineuse des individus. Com-
ment faire ? La réponse est simple : pour que chaque individu ait envie de laisser parler
sa partie lumineuse, il faut « faire alliance » avec sa partie sombre. C’est l’une de ces
fausses évidences dont la conduite du changement est friande, et sur laquelle il convient
de s’arrêter un instant.
Imaginez qu’un de vos amis se plaigne de ne pas arriver à arrêter de fumer. Qu’est-
ce que le « bon sens » vous incite à faire ? Vous l’encouragez : vous lui citez des
exemples de personnes ayant arrêté de fumer ; vous lui indiquez tous les avanta-
ges d’une vie sans tabac, pour lui, pour son entourage : sa santé, ses finances, sa
dépendance… Ses « plaintes » vous incitent à penser qu’il a besoin d’un petit
« coup de pouce » pour sauter le pas, et sans hésitation vous le lui donnez.
Que se passe-t-il en réalité ? Vos encouragements amicaux s’adressent à la partie
qui, en lui, a envie de changer, avec un message du type : « Vas-y ! ». Ce faisant,
vous le « laissez seul » avec la partie qui n’a pas envie de changer, celle qu’il aime-
rait faire taire, dominer, maîtriser. Quand vous vous quittez, il se retrouve seul avec
cette partie négative, qui n’a pas été reconnue, qui a été niée. Conséquence : il
n’est pas impossible qu’il ait encore plus de mal à arrêter après vos interventions
amicales.
En matière de conduite du changement, le bon sens n’est pas toujours bon con-
seiller, car il appelle à mettre en place des solutions qui sont le plus souvent en
accord profond avec la logique avec laquelle, à l’inverse, il faut rompre.
La reconnaissance de l’autre est la plus fondamentale des conditions pour qu’il accepte de
changer. Cette « loi du changement » est valable sur un plan individuel comme sur un
plan collectif1.
… il lui reste la partie qui, en lui, … il lui reste la partie qui, en lui,
veut changer. ne veut pas changer.
1. La vie publique montre que cette « loi » n’est pas tout à fait assimilée – ou volontairement ignorée. Par
exemple, qualifier l’Éducation nationale de « mammouth » est le moyen le plus sûr de fermer cette ins-
titution au changement. Limiter la réflexion au contenu du changement à conduire (l’Éducation natio-
nale doit évoluer) en faisant l’impasse sur les processus (quelle est la meilleure voie pour la faire
évoluer ?) est une garantie assez fiable d’échec.
Mobiliser l’entreprise 103
Si vous faites alliance avec la partie Si vous faites alliance avec la partie
de l’autre qui ne veut pas changer, de l’autre qui veut changer,
les sentiments et les besoins les sentiments et les besoins
que vous lui laissez sont ceux-là : que vous lui laissez sont ceux-làa :
Sentiments Besoins Sentiments Besoins
soulagement, de contribuer ; indécision, doute ; de protection ;
reconnaissance ; de découvrir ; appréhension, de reconnaissance ;
sécurité ; de changer ; inquiétude ; de réassurance ;
surprise, curiosité ; d’apprendre ; fragilité, insécurité ; etc.
intérêt ; de se développer ; réticence ;
sensibilisation ; de progresser ; méfiance ;
attention ; etc. peur ;
confiance ; crispation ;
optimisme ; mécontentement ;
satisfaction ; colère ;
envie ; etc.
enthousiasme ;
excitation ;
etc.
a. Ce tableau est inspiré de la communication non violente. Cf. Th. d’Ansembourg (71), 2001.
3.2.1 Identifier les problèmes en crée davantage que cela n’en résout
Le diagnostic sert à réaliser un état des lieux des forces et des faiblesses. Bien souvent,
dans la restitution des résultats et leur exploitation, les analystes et les décideurs
© Groupe Eyrolles
1. Nous devons les développements qui suivent à D. Bériot (59), 2006, ainsi qu’à une approche apparue
aux États-Unis à la fin des années 1980, intitulée « Appreciative Inquiry ».
104 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
« oublient » les premières et se concentrent sur les secondes, avec l’idée qu’en résolvant
les problèmes, l’entreprise ira mieux. Notre fameux bon sens continue à nous jouer des
tours :
● l’accent est mis sur les problèmes, les erreurs, les dysfonctionnements, et non les for-
ces, les atouts de l’entreprise ;
● les individus et les équipes se sentent jugés dans leur travail et leurs efforts, ne se sen-
tent pas reconnus, et sont tentés de mettre en place des stratégies de résistance ;
● la créativité pour identifier des solutions nouvelles est limitée ;
● l’énergie collective s’épuise à traiter les problèmes un par un.
pour clarifier ;
1. La version originale de cet outil a été conçue par le cabinet PROCONSEIL, que je remercie.
Mobiliser l’entreprise 105
Le diagnostic de l’organisation
Il est lui-même divisé en 5 thèmes :
1. la vie de l’équipe ;
2. ses liens avec son environnement (autres équipes, services support) ;
3. son organisation et ses conditions de travail ;
4. la gestion de ses compétences internes ;
5. la gestion de son progrès permanent.
Ces pratiques sont échelonnées sur une échelle de notation en 5 niveaux :
● note 1 : la pratique n’est pas mise en place ;
● note 2 : l’équipe a pris quelques initiatives, ou entamé quelques réalisations ;
● note 3 : des pratiques sont installées, mais cela reste à consolider et à étendre ; c’est
un sujet sur lequel travaille l’équipe ;
● note 4 : des résultats intéressants sont obtenus, les pratiques sont bien maîtrisées,
mais l’équipe a identifié des possibilités de progresser ;
● note 5 : les pratiques sont à un très bon niveau, elles servent de modèles aux autres
équipes.
© Groupe Eyrolles
106 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
connues.
Mobiliser l’entreprise 107
Fait preuve d’équité, sait résoudre les conflits, entretient l’esprit d’équipe 1 2 3 4 5
114 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Par expérience, ce risque est quasi inexistant. Il y a rarement d’écarts importants de per-
ception. C’est d’ailleurs toujours un sujet d’émerveillement de voir les membres de
l’encadrement découvrir que les opérateurs partagent le même point de vue qu’eux. Et
quand ces écarts existent, ils jouent souvent en faveur d’une sous-estimation de l’état
des pratiques, les salariés se montrant plus sévères que ce à quoi l’on pouvait s’attendre.
Par ailleurs, un projet d’équipes autonomes reposant sur la conviction que l’entreprise a
tout à gagner à mobiliser l’intelligence de ses salariés, il y aurait quelque paradoxe à
douter de la capacité de ces mêmes acteurs, lors d’un exercice de diagnostic, à porter un
regard juste sur leur situation professionnelle.
L’autonomie, c’est d’abord une confiance dans les individus, un abandon de la vision taylo-
rienne où certains « savent » et d’autres « exécutent ».
Chef
de projet
Contenu Processus
Faisons quand même l’hypothèse – car cela reste hypothétique pour nous – selon
laquelle il y aurait un écart de perception, entre opérateurs et cadres, par exemple.
Admettons que les opérateurs « se trompent », ne voient pas « la » réalité. Quelle signi-
fication aurait un tel écart ? Probablement que la direction et l’encadrement n’ont pas
suffisamment dit, montré, expliqué « la » réalité de l’entreprise et de son environne-
ment. Dans tous les cas, un changement serait déjà à conduire à ce niveau-là, dans les
modes de management, pour « rebrancher » les salariés sur leur environnement.
Des équipes autonomes ne peuvent pas fonctionner si elles sont coupées du monde, de
l’environnement. Une plante meurt de ne pas être arrosée ; un organisme vivant meurt
de ne pas être nourri ; une équipe s’étiole si elle n’a pas d’informations. Ce point est
fondamental.
Mobiliser l’entreprise 117
Nous avons croisé dans notre vie professionnelle des responsables d’équipe qui se posaient
sincèrement la question : « De quelles informations mon équipe a-t-elle besoin ? »
L’intention n’est pas mauvaise, au départ1 : elle se situe au croisement de la conscience
que l’information est une denrée importante, et du souci bienveillant de « protéger » ses
collaborateurs d’un surplus d’informations. Malheureusement, ce genre de questions
fait partie du « paradigme taylorien ». Dans un monde prévisible et relativement stable,
on peut découper ainsi l’information entre information « utile » et information
« inutile ». Dans le monde actuel, où l’essentiel du travail d’une équipe, cadres comme
opérateurs, consiste à traiter les aléas, le « non prévu », cette distinction perd son sens. Il
n’y a plus d’information « non utile », car on ne sait plus dire, à l’avance, laquelle sera
importante pour prendre la décision. La hiérarchie ne le sait pas plus que ses équipes,
car ce n’est pas elle qui va devoir prendre la décision. Une information « inutile » à l’ins-
tant T deviendra l’information clé à l’instant T+1 justement parce qu’un changement
dans l’environnement lui aura donné ce caractère.
Cela a une conséquence très concrète pour l’encadrement : une part tous les jours crois-
sante de son temps et de sa valeur ajoutée consiste à alimenter les équipes en informa-
tions. La transmission d’informations – et en particulier celles liées à l’environnement –
n’est pas une activité « en plus » : elle devient le cœur du management.
1. Nous excluons le cas du responsable qui, intentionnellement, ne donne pas d’informations aux mem-
bres de son équipe, pour des raisons de conservation du pouvoir, par exemple.
2. Méthode mise au point par le cabinet de conseil GEMINI Consulting.
118 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
deux outils intéressants : vision d’hélicoptère et largeur du spectre d’un côté, plongée
dans le puits et finesse du détail de l’autre.
Le DILO repose sur un postulat : une organisation peut être analysée en observant
comment elle occupe ses salariés ; leurs comportements sont moins déterminés par
leurs caractéristiques de personnalité que par le contexte dans lequel ils se trouvent. Par
contexte, nous entendons tout ce qui compose une organisation : les objectifs fixés, les
règles de gestion de personnel et ce qu’elles disent des « bons » comportements, les
modes de management et ce qu’ils valorisent ou dévalorisent, les modes de fonctionne-
ment et ce qu’ils facilitent ou compliquent, les systèmes de reporting et ce qu’ils indi-
quent de ce qui est important à suivre ou pas, les ressources et leur degré de rareté, etc.
L’objectif n’est pas, à travers le DILO, de voir comment les individus occupent leur
poste (vision psychologique), mais comment les postes occupent les individus (vision orga-
nisationnelle). On passe par l’individu pour regarder l’organisation.
La bonne intégration de ce postulat est importante, car cet outil peut parfois déconcer-
ter, et donner aux individus le sentiment qu’on veut les « fliquer ».
Le DILO est donc une méthode d’observation qui permet :
● d’observer de près la réalité du terrain :
– sur le plan quantitatif (quantification des tâches) ;
– sur le plan qualitatif (à quoi le poste emploie-t-il l’individu qui l’occupe) ;
une réalité aussi bien factuelle que subjective (satisfactions, frustrations, méconten-
tements…) ;
● de repérer les dysfonctionnements individuels ou collectifs : mauvaise allocation du
temps, répartition des tâches floue, manque de responsabilisation, d’outils, de pro-
cédures, coopérations mal organisées…
Avant la journée
● Bien choisir : la fonction, la personne, la journée.
● Prendre le temps de bien expliquer : le projet en général et la raison d’une telle jour-
© Groupe Eyrolles
Pendant la journée
● Ne jamais émettre de jugement sur la personne ; adopter un profil modeste ; mini-
miser l’effet de dérangement pour la personne ; la personne doit faire « comme
d’habitude ».
● Écouter, regarder, écouter, regarder…
– mesurer le temps passé sur chaque tâche ;
– identifier les outils et méthodes utilisés (ou non utilisés) : procédures, outils
informatiques, supports papier, documentation…
– observer les modes de coordination, de coopération entre services.
● Recueillir un maximum d’informations : prendre des notes, recueillir les documents
utilisés.
● Prendre une date pour le feed-back.
Après la journée
● En fin de journée, synthétiser ses notes, pour ne pas perdre en contenu.
● Analyser les données recueillies, d’un point de vue organisationnel et non individuel :
process, procédures, outils, répartition des rôles, interfaces entre services…
– analyse des bonnes pratiques (pour formalisation et diffusion) et des mauvaises
(pour correction) ;
– identification des axes d’amélioration : sur le plan organisationnel et sur le plan
individuel, tâche par tâche et au niveau global, première synthèse des actions à
engager.
● Faire un feed-back : ce que la personne a retenu de la journée + point de vue de
l’observateur.
Nota : il faut compter environ une journée et demie de travail par DILO : une journée
pour le DILO proprement dit, une demi-journée pour l’analyse et le débriefing.
Outils et méthodes
© Groupe Eyrolles
Relations et interfaces
● Relations avec le responsable hiérarchique :
– quel degré d’appui du hiérarchique dans la résolution des problèmes ?
– quel investissement du hiérarchique dans le développement de son
collaborateur ?
– quelle exemplarité du hiérarchique en termes de : développement des collabora-
teurs, autonomisation, appui, transfert de savoir-faire, encouragement aux initia-
tives, feed-back sur la qualité du travail, etc. ?
– fait-il spontanément appel à son hiérarchique ?
– quel reporting ou suivi d’activité ? comment est-il finalisé ? sur la base de quels
supports ?
● Relations avec les collaborateurs :
– quel appui donné aux collaborateurs ?
– quel mode d’animation ?
– quel transfert de savoir-faire, de méthodes, d’expérience ?
– quel niveau de responsabilisation de ses collaborateurs ? comment s’y prend-il ? y
est-il incité par son hiérarchique ? comment ?
● Relations avec les autres services :
– quel degré de coopération avec les services support ? les collègues ?
– quelle capacité à aller demander de l’appui ?
– quel degré de formalisation des coopérations ?
– quel degré de transversalité, quelle capacité à traiter les problèmes sans avoir à
« remonter » ?
Il reste maintenant la dernière étape de la phase de mobilisation : le partage des résul-
tats et la construction d’une représentation commune du présent et de l’avenir.
© Groupe Eyrolles
Mobiliser l’entreprise 121
Chapitre 4
Jusqu’à présent, nous avons consacré beaucoup de temps à la mobilisation. Trop peut-
être, estimeront certains. L’expérience nous incite à croire que l’on n’y consacre jamais
« trop » de temps. Et trop par rapport à quoi ? La mobilisation ressemble aux prix dans
la vie quotidienne : si le produit acheté est de bonne qualité, il vaut sans doute son
prix ; s’il se casse au bout d’un mois, il est par définition trop cher.
La mobilisation est la clé de la réussite. Nous en avons examiné trois des quatre
composantes :
● la communication, ou comment informer autant qu’être informé ;
● les visites d’usines, ou comment montrer plutôt que dire ;
● le Diagnostic partagé, ou comment encourager une prise de conscience « autonome »
en lieu et place de la conviction.
Nous allons maintenant examiner la quatrième composante : le partage, via des forums
d’échange.
Pour le coup, le défi devient vraiment compliqué. À tout prendre, il est nettement plus
confortable que les opinions exprimées soient sévères, voire franchement critiques. Un
personnel satisfait de sa situation n’a pas envie de changer.
Il faut en permanence, dans la communication, faire le lien entre ce que le projet pro-
duit et ce que les salariés ont exprimé. La nouveauté, qui implique une projection dans
un futur inconnu, perd de son caractère effrayant quand elle est reliée au présent. Si
l’on parvient à faire en sorte que les salariés se fassent du changement la représentation
d’une « extension » du présent plutôt qu’une rupture, le pari est gagné.
drement dans cette situation, cela laisse rarement l’auditoire de marbre : « Comment !
Cela fait des années que l’on essaie de développer l’autonomie des équipes, de leur con-
fier des responsabilités, et ça s’est toujours soldé par un échec ! ».
Que l’on nous permette une parenthèse sur la nature de l’organisation.
124 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
La deuxième raison qui doit inciter à ne pas chercher de responsables, c’est que, dans
une perspective systémique, la notion de cause est inopérante. Chaque situation,
chaque événement, est tour à tour cause et conséquence.
Dans une grande métropole, face à une situation d’embouteillages chroniques, les
élus décident d’élargir les routes, afin de fluidifier la circulation. Au bout de quelque
temps, les embouteillages sont de nouveau là, et même aggravés puisque l’élargis-
sement a amené davantage de voitures. Où est la cause ? Où est la consé-
quence ?
La direction de l’entreprise DUGEL conçoit une nouvelle organisation. Au bout de
quelques années, les cadres ont le sentiment de ne pas pouvoir confier de respon-
© Groupe Eyrolles
1. Ces « bricolages » sont même un des principaux objets d’étude de la sociologie du travail. Cf., par
exemple, G. de Terssac (93), 1992.
Mobiliser l’entreprise 125
ils renforcent les contrôles. De leur côté, les équipes expriment le sentiment de ne
pas être écoutées, pas impliquées dans les décisions, et du coup évitent toute ini-
tiative. Où est la cause ? Où est la conséquence ?
L’approche systémique peine à émerger tant elle bouscule les modes de raisonne-
ment les plus installés. Qui est premier : la poule ou l’œuf ? Qui est à l’origine des
bouchons : l’élargissement des voies ou le nouveau comportement des
automobilistes ? Qui est responsable d’une organisation hiérarchisée : les cadres
ou les opérateurs ? Dans le paradigme linéaire (une cause entraîne une consé-
quence), tous ces problèmes n’ont pas de solution, et du coup engendrent procès
d’intention, stress et résistances au changement.
En évitant de chercher des causes, en se focalisant sur le « vers quoi » davantage
que sur le « pourquoi », l’approche systémique facilite l’identification de nouvelles
solutions et la résolution de situations qui, auparavant, paraissaient bloquées.
L’approche systémique n’est ni plus « juste » ni plus « fausse » que l’approche analy-
tique. Elle est simplement plus efficace face aux problèmes complexes, ayant de
multiples causalités, et comportant une forte dimension humaine.
Stand 1 Stand 2
15 mn 15 mn
15 mn
Stand 5 Stand 3
15 mn
15 mn
Stand 4
L’état d’esprit de cet événement est celui de l’« accusé de réception », non de la justification. Il
ne s’agit pas d’expliquer, de comprendre le « pourquoi du comment », attitudes tour-
nées vers la recherche des causes, mais de prendre acte, sans chercher de coupable, dans
une posture résolument tournée vers l’avenir.
Il est essentiel que l’ensemble du personnel soit concerné par l’événement. Cela peut
donc signifier une amplitude horaire élevée (surtout s’il y a beaucoup de personnel
posté), par exemple de 5 h à 23 h (voire sur deux jours selon le volume de personnes).
La durée totale de la restitution, pour chaque sous-groupe, ne doit pas excéder 1 h à
1 h 30. Au-delà, le niveau d’écoute diminue sensiblement, et ce d’autant plus que les
personnels concernés (opérateurs et agents de maîtrise) sont rarement habitués à ce genre
d’exercice. Cette durée signifie que les groupes doivent rester 15 mn par stand (s’il y en a
5), incitant les orateurs à être extrêmement synthétiques dans leur prise de parole.
C’est à la fois court, sur chaque stand, et long au total. Il est donc possible que les par-
ticipants manifestent une certaine frustration : frustration de ne pas disposer de suffi-
samment de temps pour l’échange sur chaque thème, et fatigue liée à la longueur totale
de la visite.
doit permettre de vérifier que les supports sont clairs dans la forme comme sur le fond.
Chaque binôme a 10 minutes maximum pour présenter les résultats importants de son
stand. Les autres binômes réagissent au besoin. Il est important de bien contrôler le
128 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
temps : par expérience, une fois lancés, les animateurs prennent goût à cette prise de
parole, et deviennent intarissables. Or, quelques minutes de retard prises par chaque
groupe, c’est :
● un retard important à la fin ;
● des « bouchons » entre chaque stand ;
● des échanges avec les salariés réduits d’autant.
Dans une relation, adopter la position basse, c’est accepter que ce soit l’autre qui
structure la relation. C’est donc une posture assez inhabituelle pour un comité de
direction. Elle peut être extrêmement puissante, car elle oblige l’autre à prendre
l’initiative.
Développer l’autonomie d’une personne ou d’un groupe, c’est l’amener à trouver
lui-même les réponses pour résoudre ses problèmes. C’est donc, bien souvent,
refuser de « donner le poisson » à celui qui le réclame et l’accompagner pour
« apprendre à pêcher ».
Cela peut être inconfortable au départ, car il faut non seulement gérer sa propre frus-
tration (ne pas donner de solution quand on en a une), mais aussi celle de l’autre,
qui en réclame une. Mais cette « position basse » est un des prérequis au développe-
ment de l’autonomie, de la capacité de l’autre à « grandir » par lui-même.
Cela étant posé, ce qui se joue ici ressemble, toutes choses égales par ailleurs, à ce que
les politologues appellent la « loi de Tocqueville ».
130 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
La « loi de Tocqueville »
et la libération du désir de changement
Dans la vie quotidienne, cette « loi » pourrait se traduire par : « Donnez la main, on
vous prend le bras ». Plus l’entreprise se développe, plus elle a besoin de salariés compé-
tents et autonomes ; plus ceux-ci gagnent en autonomie, plus l’entreprise accroît ses
possibilités de développement.
Il y a, il faut le reconnaître, une certaine difficulté à faire passer des messages mesurés,
qui à la fois génèrent de l’envie et de l’enthousiasme, et en même temps ne donnent pas
d’espoirs irréalistes. Les deux énergies – enthousiasme et mesure – ne cohabitent pas
forcément bien.
Mobiliser l’entreprise 131
L’autonomie est un processus complexe, ambigu, incertain, où les frontières (entre con-
ception et exécution, entre métiers, entre services, entre équipes) ne sont jamais affir-
mées une fois pour toutes. C’est un discours de la mesure, de l’équilibre, du compromis que
le projet doit tenir ; un discours du « et » (et le développement économique et le déve-
loppement des hommes), et non du « ou ».
Si l’on se souvient qu’en matière de communication, l’essentiel se joue chez le récep-
teur, il ne faut pas être étonné de ce que seule une partie des messages soit intégrée.
Parce qu’ils sont mesurés, parce qu’ils évoquent dans le même temps les intérêts de
l’entreprise et ceux des salariés, ils comportent une part indépassable d’ambiguïté. Tout
ce qui vise à réconcilier (ici, l’économique et le social) plutôt qu’à disjoindre est, par nature,
ambigu et complexe.
Mais cette ambiguïté et cette complexité ne sont pas que le fait du projet ; elles sont ins-
crites au cœur du fonctionnement de nos sociétés et de nos organisations, au cœur du
fonctionnement humain et social. Le projet n’en est qu’un reflet. Les pilotes du change-
ment, à quelque niveau qu’ils se situent (politique, économique, social…), et quel que
soit le changement qu’ils aient à conduire, doivent nécessairement affronter cette question
de la complexité.
Très « naturellement », cette question se retrouve au cœur d’un projet d’équipes
autonomes :
● jusqu’où aller dans le développement de l’autonomie ?
● jusqu’où aller dans le développement des compétences ?
● quel « juste » équilibre trouver entre les intérêts de l’entreprise et ceux des salariés ?
Aucune de ces questions n’a de réponse définitive et tranchée.
Mais c’est bien à la capacité de l’entreprise de les affronter et d’y apporter des réponses
satisfaisantes pour les deux parties que se mesure au final… son degré d’autonomie.
Si l’on admet que le personnel d’une entreprise ne peut pas, en termes de développe-
ment, de cohésion, d’autonomie, aller au-delà de son équipe de direction, et celle-ci au-
delà de son leader, alors on mesure à quel point le curseur de l’autonomie est fixé par la
direction générale elle-même : c’est elle qui, par son exemple plus que par sa parole, va
132 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Bilan de la partie 2
La modélisation
© Groupe Eyrolles
Mobiliser l’entreprise 135
La modélisation de l’autonomie
Mobiliser
l’entreprise
autour de l’autonomie
Processus
(outils)
© Groupe Eyrolles
136 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Annexe
© Groupe Eyrolles
1. http://objectif-competences.medef.fr/
Partie 3
CO N C EVO IR
L’ O R G A N I S A T IO N CIB L E
« La raison d’être d’une organisation est de permettre à des gens ordi-
naires de faire des choses extraordinaires. »
PETER DRUCKER
ET MOI ? ÉMOI !
Quelles peuvent donc être les questions que se posent les salariés quand arrive un projet
d’organisation ? Il y a en deux essentiellement :
● revoir l’organisation, POURQUOI ? ou la question du sens ;
● revoir l’organisation, POUR QUOI ? ou la question de l’avenir.
Concevoir l’organisation cible 141
Pourquoi ?
Hier…
Aujourd’hui…
Demain
Pour quoi ?
1. « Meilleur » au sens de la rationalité limitée de James March et Herbert Simon (94), 1965, qui veut que
les acteurs ne cherchent pas à obtenir la solution optimale dans l’absolu, mais la meilleure solution pour
eux à un instant T, compte tenu des contraintes du moment : organisationnelles, informationnelles,
cognitives, relationnelles, etc. Voir H. A. Simon (95), 2004.
142 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
et performance), et qu’en même temps, cela soit le plus « confortable » possible pour les
individus (besoin couvert pour les salariés : confort des conditions de travail).
1. Le livre de Ch. Devulder (23), 2003, est bien utile pour cela.
Concevoir l’organisation cible 143
– ont en tête.
C’est ce que nous appelons la réflexion « hors contrainte » : un mode de travail qui
incite les participants à « sortir du cadre », à imaginer ce qui n’existe pas, à formuler ce
qui serait souhaitable sans se laisser enfermer, au moins dans une première étape, dans
les contraintes – budgétaires, culturelles, organisationnelles, techniques, sociales – du
présent.
La réflexion sur l’organisation cible se fait en deux temps :
● le premier temps est la réflexion hors contrainte, la « page blanche » : l’organisation
idéale ;
● le deuxième temps, au moment de la réflexion sur la mise en œuvre (et pas avant),
où l’on « réintroduit » les contraintes, c’est-à-dire les conditions de faisabilité.
Il est important de rappeler aux groupes de travail les deux temps de l’exercice :
● cela les rassure sur le fait que le chef de projet n’est pas un dangereux utopiste ;
● cela instaure une « protection » utile permettant de libérer la créativité.
Une façon de remplir le tableau ci-après est d’utiliser un outil simple : le RACI.
Le RACI est un outil de répartition des responsabilités. Chacune des quatre lettres dési-
gne un niveau d’intervention dans le process :
● R : Responsable. Celui qui a l’autorité, qui prend la décision et porte la responsabi-
lité. Il peut, ou non, réaliser lui-même l’activité. Le chef du service Maintenance est
le responsable de l’élaboration et de la mise en œuvre du plan de maintenance pré-
ventive. Il est informé (voire consulté sur certaines interventions) des principales
interventions qui ont lieu dans la journée ;
● A : Acteur1. Celui qui réalise l’activité. Il peut se confondre avec le R. Le technicien
de maintenance est acteur dans le process « gestion du préventif », mais responsable
pour la conduite des interventions journalières ;
● C : Consulté. Toute personne dont il faut prendre l’avis avant décision. Le chef du
© Groupe Eyrolles
1. Les Anglophones inversent le R et le A : le R étant le responsible (celui qui agit), et le A étant l’accounta-
ble (celui qui décide).
Tableau 10 : Liste des activités
© Groupe Eyrolles
Concevoir l’organisation cible 147
● I : Informé. Toute personne qui doit être informée après décision. Le chef du maga-
sin de pièces détachées doit être informé des sorties journalières de pièces, afin de
pouvoir gérer correctement son stock.
© Groupe Eyrolles
Concevoir l’organisation cible 149
Intérêt à transférer
pour la fonction
Priorité 3 Priorité 1
+++
Priorité 2
++
Intérêt à transférer
+ ++ +++ pour l’équipe
Ce point est fondamental, car c’est lui qui va déterminer le niveau d’implication ou de
résistance des fonctions support :
● si elles perçoivent que le projet sert d’abord à supprimer des effectifs, il est possible
qu’elles n’y consacrent guère d’énergie ;
● en revanche, si le projet les fait travailler sur leur avenir, le développement d’activités
plus créatrices de valeur, l’enrichissement de leurs expertises, et elles peuvent devenir
des alliées de premier choix. Un travail de réassurance auprès de ces populations est fon-
damental pour la réussite du projet dans son ensemble.
Il peut être judicieux de réaliser ce travail plus projectif dans un second temps, afin de
laisser reposer celui sur les transferts, de permettre aux équipes de prendre du recul. Les
fonctions support voient bien, à l’issue de ce travail, ce qu’elles vont lâcher, mais elles
© Groupe Eyrolles
identifient encore mal ce sur quoi elles vont se repositionner. Une seconde série de séan-
ces de travail peut être organisée, démarrée par la présentation et l’appropriation du tra-
vail sur les transferts, et poursuivie par une réflexion projective sur l’avenir des
fonctions support : veille technologique, gestion de projets complexes, développement
d’expertises, formalisation méthodologique…
Concevoir l’organisation cible 151
Le risque, en matière projective, est de ne pas « voir assez loin », particulièrement avec
des opérationnels en poste depuis longtemps. Aussi, le projet a tout intérêt à mobiliser
des experts externes, qui viendront rafraîchir la vision qu’ont les techniciens de leur
métier.
Niveau
de priorité Prérequis
Activités
à transférer (1-2-3) (actions avant Délais
transfert)
1 2 3 6 mois 12 mois 24 mois
Maintenance x Équipes Équipes
1er niveau A et B C et D
Contrôles qualité x X
…
8 h 30-9 h 00 Introduction
9 h 00-10 h 00 Partage de la photographie des activités actuelles
10 h 00-10 h 15 Pause
Responsabilités futures (missions)
10 h 15-10 h 45 Réflexion individuelle
10 h 45-13 h 00 Mise en commun
13 h 00-14 h 00 Déjeuner
Activités à transférer
14 h 00-14 h 30 Réflexion individuelle
14 h 30-15 h 15 Mise en commun
Activités à développer
15 h 15-15 h 45 Réflexion individuelle
15 h 45-16 h 30 Mise en commun
16 h 30-16 h 45 Pause
16 h 45-17 h 30 Indicateurs liés aux responsabilités
17 h 30-18 h Conclusion
Prochaines étapes
Évaluation du séminaire : les points positifs ; les points qui ne restent pas
clairs pour moi.
© Groupe Eyrolles
Concevoir l’organisation cible 153
Chapitre 2
Les pages qui suivent proposent un modèle type d’organisation. Celui-ci a pour objectif
de fournir un exemple, une illustration, et n’a pas vocation à servir de modèle unique.
Les organisations en équipes autonomes varient sensiblement d’une entreprise à une
autre, et c’est très bien ainsi. En revanche, les principes fondamentaux restent les
mêmes. Ce sont eux qui doivent être retenus derrière les propositions d’organisation lis-
© Groupe Eyrolles
tées ci-dessous.
154 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Maintenance Qualité
7
2
4
8
1
RH Flux
5
3
Quelle organisation ?
Une organisation (maintenance, qualité, ordonnancement, ressources humaines…)
centrée autour de la production.
Quelle posture ?
Une posture nouvelle :
● pour les opérateurs : prise d’initiative, responsabilisation autour d’objectifs ;
● pour les AM : appui aux opérateurs, formalisation et transfert d’expertises, anima-
tion du progrès ;
● pour les fonctions support : développement permanent de leur expertise, appui aux
équipes dans la prise en main des transferts d’activités, gestion de projets ;
● pour les cadres :
– côté business : veille moyen terme, anticipation des ruptures, management de
gros projets ;
– côté management : développement des équipes (relais d’information, appui
méthodologique, développement des compétences…), développement des coo-
pérations et de la transversalité.
Quelle composition ?
Une équipe est composée :
● d’opérateurs polyvalents travaillant, par exemple, sur un même créneau horaire ;
● de correspondants, qui sont des opérateurs en charge d’un domaine d’activité parti-
culier, en lien avec les priorités du site (sécurité, hygiène, etc.) ;
● d’un animateur, généralement non hiérarchique des membres de l’équipe.
Quelles responsabilités ?
Elle est responsable collectivement :
● de sa production : en volume, en qualité, en délai ;
● de la sécurité de ses membres, de son hygiène, de la propreté de son environnement
© Groupe Eyrolles
de travail ;
● de l’amélioration de ses performances.
156 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Quelles ressources ?
Elle dispose des ressources nécessaires pour mener à bien cette mission :
● en temps : les correspondants disposent d’une partie de leur temps pour mener à
bien leurs activités ;
● en compétences :
– soit dans l’équipe, via les correspondants ;
– soit en dehors, par la mobilisation des supports de proximité et/ou des experts ;
● en ressources matérielles et budgétaires.
Quels supports ?
Elle dispose de « supports » vers lesquels elle peut se tourner pour obtenir de l’appui :
● son responsable hiérarchique ;
● les supports de proximité ;
● les experts des fonctions support.
gement est faisable sans trop de perturbation, cela peut être une bonne solution.
Mais ce n’est pas toujours le cas : la contrainte des lieux est parfois incontournable.
Le principe d’unité doit donc être autre : ce pourra être un ensemble d’équipements
géographiquement proches. Dans ce cas comme dans les autres, il est important de
bien formaliser les interfaces.
peut en retirer.
1. Nous avons déjà entendu des directeurs d’usine se plaindre, à titre privé, du nombre trop important
d’élèves dans les classes de leurs enfants, et ne rien trouver à redire d’équipes comportant plus de
30 opérateurs.
2. J. Nizet (100), 1998, p. 32-34.
Concevoir l’organisation cible 159
Maintenance
L’équipe est responsable L’équipe est contributrice
Mises au point, réglages, changements Élaboration du plan de préventif ;
de format ; Amélioration des standards des équipements ;
Interventions sur petites pannes, Renseignement et exploitation de la GMAO.
redémarrages ;
Mise en œuvre du plan de préventif ;
Vérification outils de surveillance
et de mesure ;
Gestion des consommables ;
Gestion des pièces détachées.
Qualité
L’équipe est responsable L’équipe est contributrice
Mise en œuvre du plan de contrôle : Définition du plan de contrôle ;
réalisation des autocontrôles des produits de Autocontrôles des produits de niveau 2
niveau 1 de complexité, libération des lots ; de complexité (service qualité décideur
Gestion des actions correctives ; en dernier ressort) ;
Remise en conformité et destruction Essais industriels ;
des non-conformités. Audits hygiène.
Gestion des flux
L’équipe est responsable L’équipe est contributrice
Approvisionnements internes (des stocks Relations avec les fournisseurs ;
jusqu’aux lignes) ; Commandes d’approvisionnement
Tri et évacuation des déchets ; sur les consommables techniques ;
Déclaration de production et consommation. Analyses des écarts de stocks.
RH, animation du progrès, gestion
L’équipe est responsable L’équipe est contributrice
Animation du progrès permanent : affichage, Définition du plan de formation ;
indicateurs, communication, suivi des plans Organisation et roulements au sein
d’action ; de l’équipe ;
Identification des besoins en compétences et Définition du plan d’action sécurité.
habilitations ;
Accueil et formation des nouveaux arrivants ;
© Groupe Eyrolles
son secteur et celles des autres nécessaires, si besoin avec mance au quotidien ; équipe (communication des acti-
secteurs ; l’appui des fonctions support ; vités, formation…) ;
Est force d’alerte et de proposi-
Organise les interventions des Conçoit et anime des formations tion vis-à-vis du responsable de Organise la réalisation de l’acti-
supports de proximité et des pour les équipes sur son secteur et des supports de proxi- vité selon le planning défini avec
fonctions support ; domaine d’expertise ; mité sur les besoins en compé- l’animateur ou le support de
Coordonne les actions des opéra- tences, en formation, en proximité, ou en profitant des
Réalise, seul ou avec des appuis
teurs correspondants ; accompagnement méthodologi- arrêts non prévus ;
(support de proximité), les entre-
tiens annuels de développement Assiste les secteurs dans le pilo- que… Est le relais privilégié entre son
des compétences ; tage de leur plan de progrès ; Gère les interfaces entre son équipe et les supports (supports
équipe, les supports de proximité de proximité ou services
et le responsable de secteur ; support) ;
© Groupe Eyrolles
© Groupe Eyrolles
Principales Définit et pilote le budget du sec- Assiste (si besoin) le responsable S’assure que les indicateurs sont Définit avec l’animateur et les
activités teur et assure le reporting vers le de secteur dans la réalisation des mis à jour et suivis par l’équipe ; supports de proximité les besoins
(suite) responsable de production ; entretiens de développement Encourage la participation de en accompagnement, métho-
Anime les actions de progrès, des compétences ; chacun ; des, outils, formations, ainsi que
avec les supports de proximité et Identifie les expertises dévelop- les conditions concrètes de réali-
Définit le plan de préventif et
les fonctions support. pées dans les fonctions support sation (planification…) ;
s’assure de sa bonne
intéressantes à transférer. application ; Transmet à l’ensemble de
Exemple d’activités prises en l’équipe les informations commu-
Transmet à l’équipe les informa-
charge par un support de proxi- niquées par les fonctions
tions communiquées : par les
mité maintenance : support ;
fonctions support, la direction de
Coordonne les effectifs de main- l’usine, etc. Participe aux réunions de travail
tenance dédiés aux secteurs ; spécifiques à son domaine d’acti-
vité (sécurité, hygiène…) ;
Identifie les besoins en formation
des électromécaniciens et des S’assure que les indicateurs de
opérateurs ; l’activité sont mis à jour et don-
nent lieu à plan d’action si
Conçoit et anime les formations
besoin.
techniques ;
Organise les partages d’expé-
rience entre électromécaniciens
des secteurs ;
Organise les interventions
lourdes ;
Assiste pour délivrer les indica-
teurs (TRS…) ;
Est garant du budget mainte-
nance (préparation, suivi) du
secteur ;
Participe à la recherche de four-
nisseurs pour pièces spécifiques ;
Assure le suivi des commandes.
Concevoir l’organisation cible
© Groupe Eyrolles
Concevoir l’organisation cible 165
Directeur de site
Équipe 1 Équipe n
Animateur
Opérateurs
correspondants
(thématiques)
Taille :
Autres opérateurs
15-20 personnes
Électromécaniciens,
laborantin(e)s
(rattachés à l’équipe
ou au secteur)
● des postes comme les postes de supports de proximité, qui se justifient par la
montée en compétences des équipes de production, peuvent être réalloués au bout
de deux-trois ans, lorsque les équipes ont atteint le niveau d’autonomie souhaité ;
● la crédibilité de la direction dépend de l’adéquation entre ses messages et ses actes.
Demander davantage aux équipes en termes de responsabilités, de compétences, de
résultats, et, dans le même temps, ne pas mettre en face les moyens correspondants
– nouveaux postes : ex. supports de proximité ; accroissement du budget de
formation ; moyens mis dans l’accompagnement du management ; etc. – est l’exem-
ple type du message en « double contrainte » dont on a vu le caractère démobili-
sateur ;
l’équipe ?
● enfin, l’équipe a aussi besoin d’avoir une vision plus large que son seul périmètre, sur-
tout pour les équipes postées : quelle performance de toute l’équipe et du secteur ?
Cette réunion peut aussi servir à faire passer de l’information sur le site ou
l’entreprise : ses objectifs, ses projets, etc.
Ce sont les responsables de secteur qui ont le plus de réunions, ce qui n’est guère éton-
nant puisqu’ils ont un rôle d’animation. Inversement, le responsable de production,
situé hiérarchiquement au-dessus, n’a que deux réunions avec les équipes de fabrica-
tion, car d’une part, son horizon de temps est davantage les moyen et long termes,
d’autre part, il consacre beaucoup de temps à gérer les interfaces avec les autres services.
Un élément n’est pas compris dans ce tableau, qui concerne les besoins des ressources
rattachées à la fabrication : électromécaniciens, laborantin(e)s, supports de proximité.
Ces catégories de personnel peuvent en effet ressentir un certain déracinement en
termes d’appartenance professionnelle, et rapidement perdre leurs repères et leur moti-
vation. Il importe donc de prévoir, en plus de l’animation ci-dessus, plutôt destinée aux
équipes de fabrication, une animation qui leur soit spécifique, pour le développement
de leur expertise métier et l’entretien de leur identité professionnelle.
© Groupe Eyrolles
Tableau 18 : Dispositif d’animation selon les besoins des acteurs
Périmètre
Finalités Fréquence Contenu type Leader Participants Rôle
concerné
N° de
Acteurs
réunion
Opérateur
1 Animer l’équipe au quoti- 1 réunion/jour Résultats J-1 ; Animateur. Opérateurs. Équipe. Participant
dien. (5’). Objectifs J ; (P).
Consignes spécifiques (sécu-
rité, hygiène…).
2 Piloter la performance de 1 réunion Résultats S-1 ; Animateur, avec Opérateurs ; Équipe. P.
l’équipe. hebdomadaire Objectifs S ; correspondants. Responsable de secteur ;
(20’). Point sur plans d’action. Supports de proximité.
3 Piloter la performance du 1 réunion Résultats du secteur + infos Responsable Équipe ; Secteur. P.
secteur. mensuelle générales. de secteur. Supports de proximité.
(90’, dont 30
d’échanges).
Opérateur correspondant
1 Idem réunion 1 opérateur. P.
2 Idem réunion 2 opérateur. P & respon-
168 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
sable (R).
3 Idem réunion 3 opérateur. P.
4 Piloter les plans d’action 1 réunion Résultats sur thème con- Responsable P.
par domaine ; mensuelle thé- cerné (rendements, qualité, de secteur ;
Favoriser les partages matique (30’). sécurité, etc.) ; Supports de
d’expérience. Point sur plans d’action ; proximité (avec
Partage des difficultés et éventuellement
bonnes pratiques entre fonctions
correspondants. support).
© Groupe Eyrolles
© Groupe Eyrolles
Animateur
1 Idem réunion 1 opérateur. R.
2 Idem réunion 2 opérateur. R.
3 Idem réunion 3 opérateur. P.
6 Fédérer les acteurs clés ; 1 réunion/ Objectifs annuels ; Responsable Responsable de secteur Secteur. P
Favoriser les partages semestre (60’). Info sur l’entreprise. de production. Supports de proximité
d’expérience. Animateurs.
Responsable de secteur
2 Idem réunion 2 opérateur P.
3 Idem réunion 3 opérateur R.
4 Idem réunion 4 correspon- R.
dant
5 Piloter la performance des 1 réunion Résultats secteurs S-1 ; Responsable Responsables Tous P.
secteurs ; hebdo (30’). Point sur plans d’action et de production. de secteur ; secteurs.
Favoriser les partages besoins de polyvalence. Supports de proximité.
d’expérience entre sec-
teurs.
6 Idem réunion 6 animateur. P.
Support de proximité
3 Idem réunion 3 opérateur. P.
4 Idem réunion 4 R. & P.
correspondant.
5 Idem réunion 5 P.
responsable de secteur.
6 Idem réunion 6 animateur. P.
Responsable de production
5 Idem réunion 5 R.
Concevoir l’organisation cible
responsable de secteur.
6 Idem réunion 6 animateur. R.
169
170 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Prenons deux minutes pour adopter le point de vue d’un opérateur raisonnablement
soucieux de son intérêt et raisonnablement prêt à « jouer le jeu » du projet. Que peut-il
se dire ?
Que tout cela est bien intéressant, mais que ce qu’il retire d’une implication accrue est
relativement lointain (évolution professionnelle) et abstrait (employabilité accrue,
interne et externe). Et qu’en face, en revanche, ce qu’on lui demande est bien concret et
bien immédiat :
● assurer l’entretien des équipements que d’autres faisaient avant à sa place ;
● réaliser les contrôles qualité qu’on se contentait d’envoyer au labo ;
● prendre des décisions, avec le stress que cela génère, alors qu’il suffisait autrefois
d’aller demander au chef ;
© Groupe Eyrolles
La rétribution – nous nous limitons ici à ses aspects financiers – peut prendre deux
formes dans un projet d’équipes autonomes :
● la progression de la rémunération par accroissement de la performance de l’équipe ;
● la progression de la rémunération par acquisition de compétences individuelles.
Concernant la seconde modalité, c’est un changement culturel profond, que peu
d’entreprises ont déployé, y compris pour les populations les plus individualisées
(cadres). Il s’agit de passer d’un mode de rémunération fondé sur des postes, eux-
mêmes décrits et cotés, reposant sur une classification, à un mode de rémunération
fondé sur les compétences : on ne progresse plus en changeant de poste, mais en acqué-
rant des compétences. Les retours d’expérience nous incitent à être prudent sur cette moda-
lité.
Nous reviendrons sur cette question de la rétribution dans la partie 6.
Le lecteur aura peut-être remarqué que nous parlons assez peu de structure et d’organi-
gramme, qui monopolisent parfois l’énergie des projets d’organisation. Il y a deux rai-
sons à cela :
● l’organigramme est la partie visible d’un iceberg beaucoup plus gros (voir schéma ci-
après) : l’essentiel se passe en dessous de la ligne de flottaison. Le raccourcissement de
la ligne hiérarchique, à laquelle se résument certains projets d’équipes autonomes,
est une résultante de l’évolution des modes de management et de la responsabilisa-
tion des équipes1. C’est parce qu’elles sont capables de prendre leurs décisions en
autonomie que les équipes n’ont plus besoin d’avoir plusieurs échelons hiérarchi-
ques au-dessus d’elles. Dit autrement, le raccourcissement de la ligne de commande-
ment intervient après – s’il doit intervenir – la montée en autonomie des équipes ;
● l’organigramme, dans une organisation, c’est un peu l’étiquette dans un dîner
mondain : ça attire les regards2. Le modifier met très vite les esprits en émoi. Aussi,
nous recommandons de ne pas démarrer le projet par là.
© Groupe Eyrolles
1. La brochure du Pôle Productique Rhône-Alpes (27), 2000, est introduite ainsi : « Pour mieux servir
leurs clients, les usines réduisent les niveaux hiérarchiques et rendent leurs équipes de production auto-
nomes et polyvalentes. » Dans notre approche, la suppression d’un échelon hiérarchique est la consé-
quence (éventuelle) de l’autonomie, et non la cause.
2. Sur le rôle de « l’étiquette » dans les organisations, cf. É. Berne (66), 2005.
Concevoir l’organisation cible 173
Schéma 17 : L’organisation
Process Procédures
GRH
Processus de décision et des compétences
Pratiques et comportements
Qualité des interfaces
Modes de fonctionnement
Degré de cohésion
des équipes
Modes de management
Valeurs
Culture
© Groupe Eyrolles
174 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Chapitre 3
Une fois l’organisation cible couchée sur le papier, il reste à la partager avec l’ensemble
des acteurs concernés. Ce travail va prendre plus ou moins de temps et d’énergie selon
le degré plus ou moins participatif du processus de travail.
Le temps d’un projet est le temps de ses acteurs. Ce qui conduit à un fonctionnement en
« vases communicants » : le temps qui n’a pas été consacré en amont d’un processus de
travail, par exemple pour « gagner du temps », se retrouve le plus souvent en aval, au
moment du déploiement, généralement majoré de quelques intérêts.
Un trait culturel français veut que les acteurs s’approprient les choses et les idées par la
critique. L’œil national est, par éducation, d’abord formé à voir le verre à moitié vide.
Le principe du 80/20, c’est définir 80 % de ce qui est important et laisser 20 %
d’ouvert, ces derniers 20 % laissant un espace ouvert pour permettre à la critique de
s’exprimer.
Concevoir l’organisation cible 175
1. Les pratiques sur ce sujet varient beaucoup. Pour les sites ayant un niveau d’autonomie encore modeste,
nous recommandons la présence d’un référent hiérarchique la nuit (rôle qui peut être tenu, par exem-
ple, par un support de proximité), ne serait-ce que pour éviter que les équipes associent autonomie et
indépendance (voire abandon).
176 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
C’est tout le travail de la phase de déploiement (cf. partie 5) que de définir précisément,
équipe par équipe, le schéma précis d’organisation. Et c’est la raison d’être de la phase
pilote que de vérifier la pertinence de ce schéma, et d’identifier les ajustements nécessaires.
La philosophie du management d’un projet d’équipes autonomes est assez similaire
d’une entreprise à l’autre, mais ses traductions organisationnelles sont à chaque fois spé-
cifiques.
La forme prise par le partage de la cible peut être très variable, de la simple réunion
jusqu’au forum d’échange. Notre seul point d’alerte concerne la durée : il ne faut pas
prévoir trop juste. Dans les plannings projet, les phases de partage sont souvent sous-
estimées, alors même que s’y joue beaucoup de la réussite des projets, en particulier dans
le passage des représentations individuelles aux représentations collectives.
La restitution n’est pas une simple formalité, une espèce de politesse rendue aux person-
nels ayant participé aux travaux, un point de passage, obligé mais secondaire, du mana-
gement participatif. Elle fait partie intégrante du processus de changement :
● ceux qui ont participé aux travaux attendent ce moment-là pour entendre restituer
leur parole ;
● ceux qui n’y ont pas trempé ont besoin de ce moment pour rejoindre le peloton de
tête. Ils ont besoin de temps pour raccrocher les morceaux, savoir pourquoi telles et
telles options ont été retenues et pas d’autres.
Plus le chef de projet donne le sentiment d’une évolution plutôt que d’une rupture,
d’une amélioration plutôt que d’un bouleversement, plus les salariés ont le sentiment
que leur histoire est respectée, et plus leur travail de deuil de l’ancienne organisation
sera rapide et relativement indolore.
Concevoir l’organisation cible 177
Bilan de la partie 3
© Groupe Eyrolles
Partie 4
D É F I N I R L A S T RAT ÉGIE
D E D É P L OIEM EN T
« Le temps de la réflexion est une économie de temps. »
PUBLIUS SYRUS
Il peut être tentant, après plusieurs mois passés à réfléchir, de « passer à l’acte »,
sous-entendu : au déploiement. Si le chef de projet n’a pas lui-même cette ten-
tation, d’autres, moins au fait des précautions de pilotage exigées par une
bonne conduite du changement, peuvent l’avoir à sa place. Maintenant que le
lecteur est familier de notre façon de faire, il aura compris que c’est dans les
moments où tous réclament d’aller vite qu’il convient de prendre son temps…
Le déploiement, dans un projet d’équipes autonomes comme dans tout autre
© Groupe Eyrolles
forme de projet, est une sorte de deuxième projet. Le temps qui sera consacré
à la réflexion préalable au déploiement – quelques jours suffisent – sera
autant de questions, de problèmes et de résistances anticipés, donc évités.
180 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
© Groupe Eyrolles
Chapitre 1
de comparaison. Comme dans toute démarche scientifique, les facteurs doivent être
isolés. La comparaison permet de dégager ceux qui sont importants ;
● Donner envie aux autres unités, par la mise en avant d’expériences réussies.
● quelles sont les conditions qui ont permis au pilote de bien fonctionner ? 1
1. Pour cette question, la comparaison entre au moins deux pilotes est indispensable.
Définir la stratégie de déploiement 183
planning ?
184 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Chapitre 2
Que déploie-t-on ?
Chapitre 3
CONFUCIUS
Il n’y a pas de rythme idéal : le seul qui vaille est celui qui convient aux équipes. Autre-
ment dit, les plannings doivent être arrêtés avec elles.
Le point d’attention, pour le chef de projet, est de ne pas calculer au plus juste son
planning projet : il risque de se retrouver en situation de devoir annoncer des retards
par rapport à ce qui était prévu, ce qui n’est jamais agréable pour les commanditaires…
et pour lui.
1. Ingénieur américain et consultant en management (1861-1919) ayant mis au point un diagramme, uti-
lisé comme outil de planification.
186 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Chapitre 4
Le « comment » est parfois l’objet des mêmes méconnaissances que les délais. Le chef
de projet peut avoir à affronter des croyances, et, parmi celles-ci, l’idée qu’un déploie-
ment se fait tout seul, que le discours vaut action, que l’action vaut résultat.
Cette croyance renvoie à certaines caractéristiques du mode de formation français, qui
valorise le conceptuel sur l’exécution, le déductif sur l’inductif, l’argumentation sur
l’écoute, qui ont fait le succès du taylorisme. De même que certains responsables politi-
ques croient avoir agi quand ils ont parlé, certains dirigeants d’entreprise croient avoir
rempli leur mission quand ils ont conçu une stratégie ou une organisation 1.
L’autodéploiement n’existe pas. C’est la raison pour laquelle il est fortement recommandé
de ne pas enlever de ressources au moment du déploiement, au prétexte que, finalement,
faire marcher une organisation fait partie de la mission quotidienne de l’encadrement.
Encore plus que la conception, l’exécution réclame énergie, suivi, appui, persévérance. Le
déploiement constitue un volume de travail significatif. La charge de travail pour doter
les équipes de tout l’outillage nécessaire à leur montée en autonomie est importante :
plan de progrès du secteur, espaces de communication, tableaux de bord, parcours de
développement, guide des procédures, chartes d’engagements mutuels, règles de vie de
l’équipe, etc. (voir partie 5).
Par ailleurs, les équipes et leur encadrement doivent être rassurés sur le fait qu’ils ne vont pas
être laissés seuls pour déployer les équipes autonomes. Quelques décisions hâtives suffisent à
casser la confiance bâtie sur plusieurs mois.
Si le schéma cible a permis d’identifier des gains d’effectifs, il peut être judicieux de les
© Groupe Eyrolles
1. La culture anglo-saxonne, plus pragmatique, est moins sujette à cette dérive. Cf. L. Bossidy (80), 2003.
Définir la stratégie de déploiement 187
Bilan de la partie 4
Pour quoi
Sens (finalité, intention)
Comment
(démarche de travail) Processus
1 Contenu
Quoi
(livrables)
2
3
Le sens prime le processus, qui prime le contenu. Le projet doit être tiré par le sens
qu’on veut lui donner. Les processus de travail ne font qu’en découler. Bien souvent, la
hiérarchie est inversée : on se focalise sur les livrables, au détriment des processus et
encore plus du sens. On aboutit ainsi à cette situation paradoxale de projets impecca-
blement menés sur le plan du contenu, mais qui ne suscitent pas l’adhésion.
La question des ressources à consacrer au déploiement relève de cette problématique.
Pour des raisons de gains à court terme, le projet se voit parfois enlevé des ressources
au moment du déploiement, brouillant ainsi une partie des messages véhiculés depuis
le début de la démarche.
La réflexion sur la stratégie de déploiement peut être très courte. En une à deux séan-
ces de travail, le sujet peut être traité :
■ par où commencer ?
■ à quel rythme ?
■ avec quelles ressources ?
Avec ces éléments-là en poche, le site est prêt à basculer dans la nouvelle organisation.
© Groupe Eyrolles
D É P L OYER
L’ O R G A N I S AT IO N CIB L E
« Le chemin est long du projet à la chose. »
MOLIÈRE
Voici fini le « premier » projet. Un beau parcours a déjà été réalisé, de la con-
ception du projet et de ses chantiers, jusqu’à la livraison des principaux livra-
bles, en passant par l’étape cruciale de mobilisation. Il reste à entamer un
second voyage, qui est le déploiement.
La solidité de l’édifice va pouvoir être testée dans la « vraie vie », auprès de
© Groupe Eyrolles
premiers étages sont solidement arrimés. Des cales vont devoir être mises à
chacune des étapes de la progression, ainsi que Deming nous l’a appris1.
Amélioration
1. 2.
Plan Do
1. 2.
Plan Do
4. 3.
Act Check
4. 3.
Act Check
1. Cf. A. Chardonnet (96), 2002. Pour la petite histoire, William Deming (1900-1993), ingénieur améri-
cain, a dû son succès… aux Japonais. Ce sont eux qui, dès les années 1950, mettent les premiers en pra-
tique ses thèses « anti-tayloriennes ». Ce n’est que dans les années 1980, devant les résultats de
l’industrie japonaise, que ses compatriotes commencent à l’écouter. Son œuvre est assez largement
méconnue. Parmi ses préceptes, certains rencontrent la philosophie des équipes autonomes : « Instituez
une formation permanente pour tout le personnel », « Faites disparaître la crainte, pour que chacun puisse
contribuer au succès de l’entreprise », « Renversez les barrières entre les services. Le travail en équipe évitera
les problèmes qui peuvent apparaître au cours de l’élaboration et de l’utilisation des produits », « Supprimez
© Groupe Eyrolles
les exhortations, les slogans et les objectifs qui demandent aux employés d’atteindre le “zéro défaut” et d’aug-
menter la productivité », « Supprimez les quotas de production, la méthode dite “direction par objectifs”
(DPO) et toute forme de management par les chiffres », « Instituez un vigoureux programme d’éducation et
d’amélioration personnelle ». Le site de l’association française Edward Deming : http://www.fr-
deming.org/index.html
Déployer l’organisation cible 191
Pilote Extension
9-12 mois
Un point de vigilance concerne le profil du chef de service. Celui-ci doit être capable
d’accompagner son service d’un positionnement de « faiseur » (« j’ai l’expertise, je la
conserve et je vais faire ») à celui de support et d’appui au transfert (« j’ai l’expertise, je
la développe et je vais aider les équipes de fabrication à faire »).
La réussite d’un service comme la Maintenance, par exemple, se jugera à l’aune du fait
qu’il aura de moins en moins besoin d’intervenir en curatif (logique de pompiers) et
réussira à dégager de plus en plus de temps sur le préventif et « l’amélioratif ».
© Groupe Eyrolles
© Groupe Eyrolles
1. http://www.cipe.fr/
2. Les éléments de ce paragraphe sont issus de V. Cornet (97), 1995. Les travaux de William Schutz
(1925-2002) sont incontournables pour qui travaille sur le développement des équipes. Cf. W. Schutz
(98), 1974 et (99), 2006.
196 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Un point d’attention : s’il faut encourager les personnes à faire preuve d’ouverture, on
ne peut les y forcer ; ce serait faire preuve d’un manque… d’ouverture. Le comporte-
ment d’ouverture, plus que tout autre, doit reposer sur le volontariat.
Des activités outdoor en équipes, suivies d’une séance de débriefing, peuvent être une
bonne occasion pour initier des comportements d’ouverture.
1. Les données ci-dessous sont issues d’un jeu créé par le CIPE.
198 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
6. Déroulement des simulations (50 minutes pour la première, 30 pour les deux suivan-
tes, du fait d’un temps d’explication moindre)
● La simulation recouvre une période de 12 jours. Au cours de ces 12 jours, se produi-
ront de façon aléatoire :
– 6 incidents ;
– 2 événements organisationnels ;
– 4 questions.
● Exemple d’incident : « Nous avons décidé de réduire les défauts produits. Au bout de
2 heures de réunion, nous n’avons aucun plan d’action, car aucune mesure factuelle
ne nous permet de savoir quoi faire » (atout : animation des indicateurs).
● Exemple d’événement organisationnel : « La DRH a conçu les plans de formation
répondant aux besoins des équipes. Elles se réunissent pour voir comment mettre en
œuvre ce qu’elles ont appris » (atout : appui de la DRH).
● Exemple de question : « Voici une liste de tâches de maintenance. Dites celles qui
relèvent de la responsabilité du Service Maintenance, et celles qui relèvent des
équipes. »
7. Bilan du jeu. « Qu’avons-nous appris ? » Chaque participant est invité à partager son
sentiment par rapport au jeu. L’animateur peut revenir à la fin sur les enseigne-
ments clés :
● l’équipe a des soutiens autour d’elle, elle n’est pas seule. L’autonomie n’est pas
l’indépendance : c’est la capacité à savoir se faire aider, à travailler avec les bonnes
compétences au bon moment ;
● parmi les soutiens de l’équipe, les supports de proximité, qui sont des postes entière-
ment dédiés à l’appui des équipes ;
● l’importance et la signification des indicateurs de performance, et leur lien avec les
priorités du site ;
● le lien entre la performance de l’équipe et le niveau de compétences des équipiers.
Durée
Étapes
Objectifs Contenu Modalités
Constitution de l’équipe. 1re demi-journée.
Redonner le sens. Rappel des enjeux du projet d’équipes autonomes, de la nouvelle Présence du directeur du site.
organisation ;
Rappel de la finalité et des modalités du pilote.
Protéger le groupe. Le groupe définit les règles avec lesquelles il veut fonctionner Tour de table libre.
durant le séminaire.
Exemple : écoute mutuelle, non-dévalorisation, confidentialité des
propos, participation active, coresponsabilité sur le déroulement,
etc.
Le but de ces règles est de protéger le groupe, afin que chacun se
sente en sécurité et puisse apporter ce qu’il est en toute sérénité.
Apprendre à se connaître Quel enfant j’étais ; Réflexion individuelle (30 minutes),
(besoin de Schutz abordé : Quel adolescent j’étais ; écriture des grandes lignes sur
inclusion)1. Quel adulte je suis : papier, puis restitution au groupe
200 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
(5 minutes chacun).
Quelles sont mes questions du moment ?
Le temps et les questions doivent
Ce qui me passionne et me motive dans la vie
être adaptés au nombre
Quelles sont mes fragilités ? de participants.
Comment je me vois dans 10 ans ?
Qu’est-ce que j’ai envie de donner à l’équipe ?
Jeu pédagogique 2e demi-journée.
Découvrir les bénéfices d’un fonctionnement en équipe autonome. Voir ci-dessus.
1. Je dois cette partie à Nicolas Schilfarth, coach, que je remercie.
© Groupe Eyrolles
© Groupe Eyrolles
Chapitre 2
Les deux jours de séminaire ont pour but de « basculer » dans la nouvelle organisation,
de symboliser le passage d’un mode à un autre, et de faciliter l’abandon de l’ancien
mode de fonctionnement.
Maintenant, l’équipe est prête pour construire ses outils et ses modes de fonctionne-
ment. Cette partie décrit les principaux outils dont elle va avoir besoin :
● sa carte d’identité ;
● le guide des procédures ;
● les règles de vie de l’équipe ;
● l’espace de communication ;
● les DILO cibles et les fiches de mission ;
● le plan de transfert d’activités ;
● la mise en place des correspondants ;
● la charte d’engagements mutuels ;
● le plan de progrès.
1. Je dois les deux tableaux ci-dessous à Franck Raspo, consultant en management, que je remercie.
© Groupe Eyrolles
Déployer l’organisation cible 205
Parmi les procédures, il faut faire réfléchir l’équipe, en groupe, sur les modalités de
règlement de ses conflits ou tensions. Généralement, ce travail est apprécié, car il
montre un management soucieux de se préoccuper de l’équipe y compris quand quelque
chose ne va pas.
206 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Les règles peuvent être très diverses : ponctualité, entraide, solidarité, franchise, honnê-
teté, propreté, respect de l’autre, engagement dans les résultats, rigueur dans l’applica-
tion des plannings, prise d’initiative, etc. (voir tableau 28). L’important est moins le
contenu stricto sensu, qui peut varier d’une équipe à l’autre, que le processus : le fait que
l’équipe se parle autour des règles qu’elle veut mettre en place.
1m
Équipe Performance
Missions Carte d’identité Taux de service Plans d’action
Principales activités Règles de vie Rendements Chantier 5S
Produits Principales procédures Volumes Chantier SMED
… … … Chantier qualité
2m
Missions …
Groupe entreprise
Site
…
La vie de l’équipe
Nous respecter les uns les autres, même en cas d’avis divergent ;
Faire preuve de solidarité entre nous, d’entraide et d’esprit de groupe ;
Bien intégrer un temps de formation en double sur les postes, et signaler
tout besoin de compléments de formation sur tel ou tel point du poste ;
Respecter au maximum les plannings des effectifs lorsque ceux-ci ont été communiqués.
17 h 30-18 h 00
1. Je dois cet outil ainsi que le précédent à Bruno Séchet, consultant en management, que je remercie.
Déployer l’organisation cible 209
Missions et responsabilités
Il contribue au développement de la performance des secteurs en matière de maintenance :
• en identifiant les besoins d’accompagnement des équipes ;
• en utilisant et/ou mettant en main les outils et méthodes pour accroître la performance du
secteur sur le domaine « maintenance » ;
• en assurant la bonne interface entre les parties prenantes (responsable de production, res-
ponsables de secteur, animateurs, correspondants, service maintenance, électromécaniciens
et autres supports de proximité).
Relations de travail
Il est rattaché hiérarchiquement au responsable de production ;
Il est en appui des responsables de secteur pour développer la performance et valider les plans
d’action qu’il propose ;
Il s’appuie sur les correspondants au sein des équipes ou secteurs ;
Il est en lien étroit avec les services support sur des aspects méthodologiques ou de projet ;
Il est animé fonctionnellement par le service support maintenance (en particulier pour le déve-
loppement de ses compétences).
Points clés du rôle
Fonctionnement en mode transversal (relationnel non hiérarchique) ;
Anticipation ;
Prise d’initiative et force de proposition.
© Groupe Eyrolles
Principales activités
1) Identifie les besoins d’accompagnement des équipes
définit les besoins d’accompagnement à partir des priorités de la production et des plans de
progrès des secteurs ;
contribue au développement des compétences :
• identification des besoins de formation pour opérateurs et électromécaniciens ;
• élaboration de cahiers des charges de formation ;
• accompagnement/tutorat des électromécaniciens ;
• animation de modules ;
• support du chef de secteur dans les évaluations des compétences des équipes.
organise les partages d’expérience entre électromécaniciens des secteurs.
2) Utilise et/ou met en main les outils et méthodes pour accroître la performance
des secteurs
suit la performance des équipements (taux de pannes, incidents qualité, etc.) :
• s’informe des faits marquants quotidiens dans les secteurs ;
• réalise l’analyse des pannes ;
• suit et anime des plans d’action techniques.
conçoit et/ou anime les outils et méthodes de progrès techniques (automaintenance, change-
ment de format) ;
gère le budget maintenance :
• participe à l’élaboration du budget des secteurs (entretien courant, dont contrats) avec le
responsable de production ;
• suit l’avancée budgétaire (consolidation, écarts, planification, optimisation, etc.) ;
• propose des évolutions sur le magasin de pièces détachées (quantité et type de pièces).
accompagne certaines interventions techniques :
• suit les travaux d’amélioration et suit les travaux de préventif ;
• coordonne avec le service méthodes les évolutions du plan de préventif.
• hors usine (relations avec certaines entreprises extérieures et avec les supports de proximité
maintenance des autres usines).
est force d’alerte et de propositions sur les dérives (constatées ou possibles) sur les équipe-
ments (auprès du responsable de production, responsables de secteur et des fonctions sup-
port).
Déployer l’organisation cible 211
Animation
Réunion de performances des secteurs ;
Réunion mensuelle des secteurs animée par le responsable de secteur ;
Réunion mensuelle ACPA par secteur (actions correctives, préventives et amélioratives) ;
Réunion des électromécaniciens de l’unité de production ;
Participation aux réunions du service maintenance ;
Réunion encadrement de l’unité de production (responsable de production, responsable de
secteur, supports de proximité).
ment de l’équipe.
Cette durée est approximative et doit être ajustée en fonction du contexte. Elle dépend
de multiples facteurs : la situation économique, le volume de ressources mobilisables
pour accompagner le projet, le niveau de compétences des équipes, la qualité du mana-
Déployer l’organisation cible 213
Plan
de progrès
Résultats Processus
Indicateurs Profil d’équipe
Projets Plan de transfert
d’activités
Formation
Management d’équipe
Communication, gestion des conflits
Fondamentaux
Identité Objectifs
Procédures Interfaces
1. Nous insistons sur ce caractère visible : certaines directions d’entreprise sont surprises du décalage entre
leur engagement sur les projets, qu’elles estiment fort, et le résultat sur le terrain ; l’engagement n’a de
valeur que s’il est perceptible par le terrain. Je remercie André Kotlarevsky, spécialiste du management
de la sécurité, d’avoir attiré mon attention sur ce point.
214 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Les indicateurs
On distingue trois types d’indicateurs :
● Les indicateurs de résultat. Ils mesurent la performance finale de l’équipe, ils décou-
lent des indicateurs globaux du site. Ce sont les indicateurs que souhaite suivre la
direction.
Exemple : taux de service, TRS, prix de revient, etc.
● Les indicateurs de processus. Ils sont une déclinaison des indicateurs de résultat en
variables pertinentes pour l’équipe, sur lesquelles l’équipe peut agir.
Exemple : temps de panne, quantité produite, temps de changement de format,
volume de produits au rebut, temps des micro-arrêts, etc.
● Les indicateurs de contexte. Ils donnent des indications permettant d’expliquer un
certain état de fait.
Exemple : nombre d’intérimaires, état des ventes, état des stocks, etc.
Le profil d’équipe
Il mesure la montée en polycompétence, c’est-à-dire en autonomie. Les principaux sup-
ports sont l’outil de Diagnostic partagé et le plan de transfert d’activités.
Une évaluation régulière (une fois par an), fondée sur l’outil de Diagnostic partagé,
permet de mesurer les progrès accomplis.
© Groupe Eyrolles
vent plus adaptée en termes de contenu et moins coûteuse, contribue à valoriser les
talents de pédagogie présents dans les équipes et formaliser les savoir-faire.
Deux types de formations sont importants, et tous deux concernent les processus de
l’équipe :
● les formations au management d’équipe et au management transversal, destinées aux
responsables de secteur, aux animateurs et aux supports de proximité ;
● les formations à la communication et à la gestion de conflits, pour l’ensemble du per-
sonnel.
D’une façon générale, il faut être vigilant sur le budget formation : celui-ci est un levier
majeur d’un projet d’équipes autonomes. La comparaison entre les pratiques françaises et
allemandes d’apprentissage montre que les entreprises françaises ont encore des progrès
à réaliser. « Une proportion beaucoup plus grande de travailleurs a reçu une formation
professionnelle en Allemagne. Ces différences nationales sont déjà anciennes. En 1970,
seulement 27,6 % des hommes en activité n’avaient pas de formation professionnelle
en Allemagne, contre 79,7 % en France […] En 1995, le taux moyen d’apprentis dans
les entreprises allemandes de plus de 500 salariés était de 6 apprentis pour 100 salariés,
avec un taux d’embauche en fin d’apprentissage de 85 %. Les chiffres correspondants
pour la France étaient (en 1996) de 2,2 apprentis pour 100 salariés, avec un taux
d’embauche de 35 %1. »
Quand on exclut les formations aux postes, « minimum syndical » sans lequel les équi-
pements ne fonctionnent pas, certaines entreprises allouent à peine plus d’une journée
de formation par opérateur. Dans ces conditions, il est difficile de leur demander d’aller
au-delà de la simple exécution des consignes du poste.
L’autonomie, c’est-à-dire la mobilisation simultanée de capacités techniques, relation-
nelles et cognitives, est un levier de performance incontestable. L’intelligence rapporte de
l’argent, mais elle nécessite d’y consacrer quelques moyens. « Si vous trouvez que l’éduca-
tion coûte cher, essayez donc l’ignorance », disait Abraham Lincoln.
C’est aussi dans les moyens mis dans la formation que la direction rendra son engage-
ment visible, donc mobilisateur.
© Groupe Eyrolles
Chapitre 3
L’autonomie n’est pas un état statique auquel on parvient pour ne plus en bouger. C’est
un état dynamique, qui a besoin d’être entretenu, alimenté, renouvelé.
L’avantage – et la difficulté – de l’autonomie, c’est qu’elle n’a pas de fin. On peut toujours
acquérir davantage de compétences, pousser toujours plus loin l’esprit de responsabi-
lité. C’est pour cette raison que nous proposons dans ce chapitre un outil intitulé : par-
cours de développement (tableau 31).
La vie du secteur
Le secteur a écrit ses procédures (remplacements, congés,
pauses, passation des consignes…) et elles sont facilement
accessibles.
Le secteur a écrit et affiché ses règles de vie.
Le secteur a défini et affiché sa carte d’identité (nom des mem-
bres du secteur et des supports de proximité, photos, mis-
sions, caractéristiques de l’activité, produits, organisation…).
Le dispositif d’animation (réunions d’équipes, réunions avec
les supports de proximité…) est défini et mis en place.
Les membres du secteur savent présenter la carte d’identité de
leur secteur.
Les membres du secteur connaissent les priorités du secteur
pour l’année.
Les membres du secteur connaissent les priorités de l’unité de
production pour l’année.
Les membres du secteur connaissent les priorités du site pour
l’année.
Les rôles et responsabilités au sein du secteur sont connus de
tous.
Pour chaque nouvel entrant, la bonne maîtrise de son poste
donne lieu à une validation par le chef de secteur.
Les correspondants sont en place sur au moins 3 domaines
(hygiène, sécurité, environnement, qualité, etc.).
La gestion du progrès
Le secteur dispose d’un espace de communication permettant
d’informer les opérateurs.
Chaque correspondant met à jour les indicateurs de son acti-
vité.
Les indicateurs sont affichés et animés.
Le secteur sait utiliser au moins un outil de progrès (Cedac,
Smed, 5S, Amdec, groupe de travail…).
© Groupe Eyrolles
La vie du secteur
Certains plans d’action sont portés en direct par les opéra-
teurs.
Les membres du secteur savent expliquer les indicateurs de
performance du secteur.
Des transferts d’activité sont mis en œuvre dans au moins 4-5
domaines.
Le secteur a défini les règles d’accueil des nouveaux arrivants.
La gestion du progrès
Le secteur connaît ses points forts et ses voies de progrès.
Le secteur sait utiliser plusieurs outils de progrès (5S, Cedac,
Smed…).
Des membres du secteur participent à l’auto-évaluation du
secteur sur la base du parcours de développement.
Des outils d’aide à la décision existent permettant aux opéra-
teurs de prendre des décisions sans consulter l’encadrement
ou les supports (défauthèque, panels, autocontrôles, base de
photos, méthodes d’analyse…).
Au moins la moitié des opérateurs ont participé à une action
des progrès ces 12 derniers mois.
Le plan de progrès est suivi, et les problèmes restant sans solu-
tion sont clairement identifiés.
Les décisions prises dans le cadre du plan de progrès sont par-
tagées au sein du secteur.
Les idées d’amélioration proposées par les opérateurs sont pri-
ses en compte et traitées. Chacun sait la suite qui y est don-
née.
La gestion des compétences
Au moins la moitié des membres du secteur ont eu un entre-
tien de développement des compétences avec leur encadre-
ment au cours des 2 dernières années.
Les membres du secteur ont été formés à la dynamique de
groupe (gestion et résolution de conflits…).
Des membres du secteur participent à la construction et/ou
© Groupe Eyrolles
La vie du secteur
Des membres du secteur sont consultés sur le profil de com-
pétences des intérimaires.
Des membres du secteur participent à la construction du bud-
get.
La gestion du progrès
Tous les membres du secteur participent à l’évaluation du par-
cours de développement de leur secteur.
Le secteur maîtrise sans assistance au moins un outil de pro-
grès (Cedac…).
Le secteur utilise au quotidien les outils de progrès existant sur
le site.
Des membres du secteur animent des groupes de travail ou
des plans d’action transversaux.
La gestion des compétences
Le secteur a identifié ses points forts et ses voies de progrès en
matière de compétences.
Tous les membres du secteur ont eu un entretien de dévelop-
pement des compétences au cours des 2 dernières années,
comprenant un plan de développement personnel.
Les rôles de correspondants au sein du secteur tournent.
Le secteur a défini de nouveaux rôles de correspondants.
Les relations avec l’extérieur
Le secteur connaît parfaitement les objectifs et contraintes des
secteurs amont et aval.
Les conditions de travail
Le secteur dispose d’une documentation classée, à jour et
accessible.
La vie du secteur
Le secteur réalise des activités sur un périmètre large (mainte-
nance, qualité, ordonnancement, gestion du personnel, for-
mation, hygiène, sécurité, animation du progrès…).
Des membres du secteur participent au recrutement des opé-
rateurs.
Le secteur met en œuvre l’intégralité des transferts d’activités
décidés avec les fonctions support.
Le secteur gère en autonomie des budgets délégués (con-
sommables, formation…).
La gestion du progrès
Le secteur utilise sans assistance les principaux outils de pro-
grès existants (Cedac, 5S, Smed, TPM…).
Des membres du secteur participent à l’audit d’autres sec-
teurs, et leur proposent des voies de progrès.
Des membres du secteur participent régulièrement à des visi-
tes extérieures (autres usines, salons professionnels, grande
distribution, fournisseurs…), pour chercher des pistes de pro-
grès.
Les relations avec l’extérieur
Le secteur est force de proposition pour s’ajuster aux contrain-
tes et objectifs des secteurs amont et aval.
Le secteur est force de proposition pour s’ajuster aux besoins
des clients et des fournisseurs.
Nous proposons deux outils simples pour faire le point sur l’avancement de l’organisa-
tion cible.
224 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Ressources du secteur
Responsable de production en place OK OK OK
Couverture du domaine production par un support de OK OK OK
proximité
Couverture du domaine maintenance par un support de OK OK En cours
proximité
Couverture du domaine qualité par un support de proxi- OK OK OK
mité
1 responsable de secteur unique par secteur (en jour- OK OK
née)
1 animateur par équipe OK OK OK
Laborantin(e)s intégré(e)s à la production OK En cours
Électromécaniciens intégrés à la production OK OK À déployer
Nombre de correspondants par secteur 3 5 3
Domaines de compétences couverts par des correspondants
Sécurité OK OK OK
Hygiène En cours OK
Qualité En cours OK
Indicateurs
Formation En cours OK
Communication
Environnement, gestion des déchets
Accueil intégration
Ordonnancement, approvisionnement
Outils de progrès du secteur
1 espace d’animation par secteur OK OK OK
Réunions d’animation du secteur en place OK OK À déployer
Plan de progrès formalisé et animé En cours À déployer À déployer
1 entretien de développement par an et par personne En cours En cours En cours
Nombre d’items à lancer : 3 3 8
Mise en place partielle : 23 26 9
Nombre d’items en place : 23 26 15
© Groupe Eyrolles
226 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Bilan de la partie 5
Mais ces initiatives ne sont que rarement reconnues, encouragées, soutenues, déve-
loppées, placées au centre du travail. […] La question de l’initiative provoque des
incompréhensions ou des blocages de la part du management, alors que les salariés,
quant à eux, saisissent aussitôt de quoi il s’agit et ont des milliers d’exemples à citer. Ils
savent d’autant mieux de quoi il s’agit qu’ils expérimentent, en permanence, la
228 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
manière dont leurs initiatives sont soit bloquées, soit méconnues et occultées, soit fran-
chement niées. C’est que la véritable rupture avec le taylorisme ne réside pas dans le
fait d’octroyer, comme l’on dit, des « marges d’autonomie » ou des « marges de
manœuvre », mais dans le fait de mettre au centre de l’activité professionnelle la puis-
sance d’initiative et d’invention des sujets1. »
C’est pour accompagner cette évolution qu’une nouvelle GRH doit être mise en place,
reconnaissant les compétences, rétribuant les contributions et ouvrant les perspectives
d’évolution professionnelle.
© Groupe Eyrolles
ME T T RE E N P L ACE UN E
G E ST I O N D E S RES S O URCES
HU M A I N E S F AVO RIS ANT
L E D É VE L O P P EM ENT
D E L’A U T O N O M IE
« L’art de gouverner consiste à ne pas laisser vieillir les hommes
dans leur poste. »
NAPOLÉON
© Groupe Eyrolles
Chapitre 1
L’essentiel des raisons conduisant à une désuétude progressive de la gestion par postes se
trouve bien analysé dans les ouvrages de Philippe Zarifian1.
Aussi, plutôt que de redire en moins bien ce qui est déjà connu, nous voudrions insister
sur les points qui, en regard de notre pratique, nous paraissent les plus importants :
● la part réduite du travail prescrit dans la création de valeur ;
● inversement, la part croissante du travail collectif ;
● enfin, les liens problématiques entre organisation et GRH.
On sait depuis longtemps que la question centrale d’une organisation est celle de
sa survie. Éric Berne (1910-1970), fondateur de l’analyse transactionnelle, dans son
langage inimitable, écrivait ceci : « Le besoin de préserver sa propre structure
majeure prévaut sur tout autre travail du groupe. […] La première tâche d’un
groupe est d’assurer sa propre survie1. » Or, les organisations sont dépendantes
des évolutions de leur environnement. Ce sont celles-ci qui les amènent à s’adap-
ter. Dit autrement, une organisation a d’autant plus de chances de perdurer qu’elle
a développé ses capacités d’adaptation.
À cet égard, les administrations sont dans une situation particulière : disposant de
ressources assurées, leur survie ne dépend pas de leur capacité d’adaptation. Elles
sont donc moins encouragées à écouter leur environnement – les usagers – et
peuvent, sans dommage grave pour elles, se concentrer sur leurs besoins internes.
Mais comme les usagers ne restent pas passifs, et privilégient des solutions alterna-
tives dès qu’elles se présentent (cf. la concurrence de l’Éducation nationale par
l’enseignement privé), ces organisations sont quand même obligées de maintenir
un certain niveau de service.
Ayant peu développé de capacité à réagencer leurs moyens, elles n’ont pour seule
issue, lorsque la pression de l’environnement devient trop forte, que d’en réclamer
de nouveaux. L’inflation des ressources est la seule solution qu’une bureaucratie a
pour maintenir sa capacité de servir. Année après année, le même service coûte
donc plus cher ou, ce qui revient au même, à budget constant, la qualité se
dégrade (hôpitaux). A contrario, l’armée fournit un bon exemple de ce que l’évolu-
tion de l’organisation permet de maintenir un niveau de prestations relativement
stable à moyens en baisse.
Quel effet la gestion par postes a-t-elle sur ce besoin de réactivité ? La gestion par postes
calque la GRH sur l’organisation : à chaque poste organisationnel correspond le poste
équivalent en GRH. La conséquence immédiate est que chaque réorganisation fait évo-
luer en même temps la GRH : nouvelles ouvertures de postes, donc nouvelles possibilités
d’évolution ; ou, à l’inverse, suppression de postes, donc réduction des possibilités
d’évolution, etc.
Cette concomitance des mouvements, le caractère « siamois » de l’organisation et de la
gestion par postes, sont une des raisons pour lesquelles les changements d’organisation
© Groupe Eyrolles
sont mal vécus : ils rebattent les cartes des opportunités d’évolution, et pas toujours à la
hausse. À tel point que, parfois, des modifications d’organisation ne se réalisent pas
pour des raisons de gestion de personnel. Le blocage fonctionne dans les deux sens : l’orga-
nisation est bloquée pour des raisons de GRH, et la GRH pour des raisons d’organisa-
tion.
L’enseignement à en tirer est assez simple : il faut pouvoir faire évoluer l’organisation sans
avoir à modifier la GRH ; et la GRH sans avoir à toucher à l’organisation.
L’organisation et la GRH ont besoin l’une de l’autre, mais doivent pouvoir « vivre leur
vie » à un rythme et selon des considérations qui leur sont propres, afin de délivrer leurs
résultats respectifs :
● pour la première, l’adéquation des moyens internes aux évolutions externes ;
● pour la seconde, un mode de gestion qui réponde aux besoins de l’entreprise (com-
pétences) et des salariés (reconnaissance, développement).
Diminution du travail prescrit ; accroissement du caractère transversal du travail ;
nécessité de délier – au moins partiellement – organisation et gestion des ressources
humaines : voilà quelques-unes des raisons qui rendent la gestion par postes de plus en
plus inadaptée. « L’essentiel de ces règles [de GRH] ont été négociées et établies, soit en
fonction du modèle du poste de travail (donc du taylorisme), soit en fonction du
modèle du métier ou de la Fonction publique. Or, qui dit démarche compétence dit
abandon, radical à terme, même s’il est progressif, du modèle du poste de travail 1. »
compétences.
On lit parfois sous la plume d’intervenants une certaine déception quand, revenant
plusieurs mois ou années après la mise en place d’un dispositif de gestion des compé-
tences, ils constatent que le facteur « compétences » est très difficile à isoler dans l’évo-
lution de la performance de l’entreprise. Écoutons, par exemple, le bilan réalisé à l’issue
d’une démarche compétence déployée dans une entreprise sidérurgique : « On se sou-
vient du Défi ADF 2001, celui de rejoindre le peloton de tête des 10 meilleurs compé-
titeurs mondiaux. Pendant l’année 2000, Aluminerie de France a réussi cet exploit
pendant plusieurs mois. Est-ce le fait des actions-activités engagées ? La réponse est évi-
demment plus complexe : les améliorations techniques, les opérations de réduction des
coûts, la situation économique, les taux de change ont sans aucun doute joué un rôle
déterminant1. »
Mais le plus étonnant n’est pas là. « Que retenir de cette démarche au long cours ?
Quels grands traits peut-on en tirer ? Ce qui frappe d’abord, c’est l’effort pour mettre
en relation constante le développement des résultats et le développement des compéten-
ces. […] Les liens entre la compétence et la performance doivent être introduits dans la
façon même d’évaluer une compétence2. »
Nous sommes là face à ce que l’école de Palo Alto appelle le « toujours plus de la même
chose »3. L’environnement ne réagissant pas comme prévu, nous sommes tentés d’insis-
ter, et d’insister encore, pour qu’enfin notre solution marche ; en l’occurrence, montrer
que les compétences ont bien un lien avec la performance. Face aux « résistances », nous
avons le plus grand mal à admettre que, peut-être, c’est notre propre solution qui pose pro-
blème, notre propre mode de raisonnement. Dans le cas ci-dessus, si les auteurs reconnais-
sent bien que la performance de l’entreprise a résulté de multiples facteurs, ils ne
parviennent pas à en déduire le caractère artificiel du lien entre compétences et perfor-
mance…
Une direction générale n’a pas besoin de motifs pseudo-logiques, de liens, séduisants
mais hasardeux, pour se convaincre de l’intérêt de ce type de démarche. Celui-ci repose
sur le même type de justifications qu’un projet d’équipes autonomes : la conviction
que, dans un contexte concurrentiel toujours plus exigeant, le facteur humain est le seul
© Groupe Eyrolles
vraiment payant à long terme. Mais assumons-en le caractère forcément limité : les
équipes autonomes et les démarches compétence ne sont qu’un facteur de performance
parmi d’autres.
Chapitre 2
L’alternative de la gestion
des compétences : que nous apprennent
les retours d’expérience ?
Ces limites sont de plusieurs ordres : certaines liées à la démarche elle-même ; d’autres
aux salariés ; d’autres enfin aux directions.
Dans la gestion par postes, un poste est décrit, décomposé en une liste d’activités et de
« critères classants » permettant d’établir une hiérarchie entre les postes. L’équité réside
moins dans cette méthode de classification des emplois que dans le processus de travail :
l’ensemble est négocié entre syndicats d’employeurs et de salariés au niveau des branches
professionnelles. L’accord conclu présente un premier niveau d’équité puisqu’il s’applique
Mettre en place une gestion des ressources humaines 241
à toutes les entreprises de ladite branche. Bien souvent, en plus, le ministère du Travail
étend cet accord à toutes les entreprises du secteur. Résultat : tous les salariés de même
niveau sont rétribués de la même façon, quels que soient les entreprises, leur santé
financière ou leur style de management.
Or, la notion de « compétence » et le fait qu’elle soit négociée entreprise par entreprise 1,
compliquent l’identification de critères communs d’équité : les rapports de force et les
antagonismes locaux jouent à plein.
Les mêmes difficultés se posent concernant l’évaluation de l’initiative, dont on a vu
qu’elle était au centre des démarches compétence : « Le fait de lier la gestion par les
compétences à des organisations qui sollicitent fortement l’implication et la responsabi-
lité des opérateurs mène à focaliser l’attention sur des compétences qui sont proches de
comportements et qui se traduisent souvent en termes de savoir être. Ceci n’est pas sans
présenter des risques : celui, entre autres, de prescrire des comportements attendus par
l’entreprise (du point de vue de la seule hiérarchie), qui n’ont pas la même légitimité que
les pratiques professionnelles reconnues par tous2. »
La prudence s’impose
Ces notions (« comportement », « attitude », « savoir être »…) doivent être maniées
avec une extrême prudence. Par expérience, il est difficile, sans rentrer dans des discus-
sions perçues comme byzantines par les non-spécialistes, d’aborder ces notions sans
faire ressurgir le diable de l’évaluation « à la tête du client ». Même les précautions pro-
posées par Philippe Zarifian paraissent de peu de poids face à la peur de l’arbitraire :
« Les critères, c’est-à-dire les principales attitudes professionnelles à privilégier […] indi-
quent des attitudes (parfois appelées « comportements ») que la direction, en fonction
de sa stratégie, entend privilégier. […] Ces attitudes ne sont pas abstraites : elles
s’acquièrent et se mettent en œuvre en situation, dans un domaine de compétence
donné. Autrement dit, elles n’ont rien à voir avec un quelconque « savoir être » ou
« trait de personnalité » manifesté par telle ou telle personne. Le fait de parler d’attitu-
des professionnelles qui, comme tout ce qui touche aux compétences et au professionna-
lisme, doit pouvoir être appris, est essentiel3. »
Outre, encore une fois, que la différence entre « comportement », « attitude », « savoir
être »… est parfois un peu difficile à cerner, Zarifian est sans ambiguïté sur le fait que
les attitudes à privilégier sont choisies par la direction. L’on retrouve, intact, le nœud du
problème, bien décrit par Denis Segrestin : « Le problème posé est en l’occurrence celui
© Groupe Eyrolles
1. Les lois Aubry ont fortement décentralisé le dialogue social au niveau des entreprises. Cf. P. Culpepper
(76), 2006, p. 55.
2. O. du Roy (38), 2003, p. 35-36. C’est nous qui soulignons.
3. Ph. Zarifian (37), 2004, p. 43. C’est l’auteur qui souligne.
242 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
des conventions sociales disponibles et sur lesquelles il est possible d’imaginer que des
acteurs aux intérêts divergents puissent s’entendre. De ce point de vue, [l’intérêt] des cer-
tificats et diplômes délivrés sous l’égide de l’autorité de la puissance publique n’est pas à
proprement parler de fournir des bases « objectives » de jugement ; [il] est du moins
d’offrir des repères […] suffisamment éprouvés pour que la présomption d’équité
l’emporte sur le soupçon d’arbitraire ou de favoritisme. Or, dans le registre de la compé-
tence, rien n’est acquis de cet ordre : comment traduire l’initiative du salarié, sa capacité
à communiquer ou à s’engager dans la conduite du processus sur des échelles de gran-
deur susceptibles de s’imposer à tous ? L’une des tâches des cabinets de conseil est typi-
quement de plancher sur ces questions et de fournir aux directions des artefacts revêtant
les apparences de l’équité. Des diagrammes, « camemberts » et formalisations colorées en
tout genre s’efforcent d’y pourvoir. […] Les aléas de ce bricolage font des combustibles
de choix pour les discussions polémiques. Mais c’est au risque de leur faire manquer
l’essentiel. […] La vraie difficulté tient à un vice originel : aucun de ces exercices de
mesure n’a la prétention de parvenir à un niveau de légitimité comparable à celle dont se
prévalaient à tort ou à raison les qualifications traditionnelles, dans leur zèle à traiter les
métiers un par un, à hiérarchiser des aptitudes selon des principes réputés univoques1. »
Se dégage, à travers cette première limite, une condition nécessaire pour la réussite
d’une démarche compétence : l’ouverture d’un espace-temps de dialogue où direction,
personnel et représentants du personnel viennent, a minima, échanger sur leurs repré-
sentations de l’équité et, si possible, en construire de nouvelles.
sabilité des opérateurs, par la prise en charge des opérations de contrôle qualité. […]
Pour les syndicats, les accords devaient avant tout permettre une reconnaissance de pra-
tiques professionnelles déjà effectives […]1 »
Mais cette difficulté peut être transformée en opportunité. Qui dit reconnaissance des
compétences, dit système de gestion permettant de le faire. De ce point de vue, l’incapa-
cité de la gestion par postes apparaît d’elle-même. L’écart entre direction et syndicats
peut utilement être mis à profit pour sensibiliser le personnel et ses représentants à
l’impossibilité dans laquelle se trouve ce mode de gestion de reconnaître les personnes
derrière les postes.
Pour notre part, autant nous sommes favorable au principe de mieux partager les fruits
de la croissance, autant nous sommes réservé sur la modalité de la rémunération des
compétences, et ce pour plusieurs raisons.
● Première raison : certains préconisent ce mode de rémunération comme incitation à
l’acquisition de compétences. Sous-entendu : sans cette mesure, les salariés ne sont
pas incités. Autant il paraît légitime de « surrémunérer » l’atteinte d’un résultat,
autant appliquer cette démarche à l’acquisition de compétences paraît étrange tant
cette acquisition fait partie (ou doit faire partie) du travail normal. Rémunérer les
compétences revient à rémunérer un salarié parce qu’il accepte de progresser, ou
d’aller en formation : autrement dit, l’entreprise paie deux fois. Une entreprise qui
ressent le besoin de rémunérer les compétences doit, nous semble-t-il, s’interroger
sur les raisons pour lesquelles elle doit mobiliser ce levier, et pourquoi cette acquisi-
tion semble si problématique – car si elle ne l’est pas, pourquoi user de ce moyen ?
De plus, le levier rémunération est-il le seul levier pour y remédier et, surtout, le
plus efficace ? Ce raisonnement ressemble fortement au précepte taylorien qui
recommandait de payer les ouvriers à la pièce…
● Deuxième raison : l’entreprise qui s’engage dans un dispositif de rémunération des
compétences prend deux risques importants :
– elle fait le pari d’un lien direct entre compétences et résultats économiques, lien
dont on a vu le caractère hasardeux ;
– elle suppose, implicitement, qu’il y aura toujours concordance, sur un plan
financier, entre le surplus de masse salariale versé aux salariés ayant acquis de
nouvelles compétences, et le surcroît de bénéfices engrangé. Rémunérer les com-
pétences, c’est supposer que le différentiel entre les gains (possibles) et les coûts
(certains) va, au pire, être égal à 0, au mieux, être favorable aux comptes de
l’entreprise.
Notre dernier motif de scepticisme est lié au fonctionnement des organisations : plus il
y a d’enjeu, plus il y a de jeu – la notion de « jeu » étant entendue comme la capacité des
acteurs à utiliser les règles à leur profit.
© Groupe Eyrolles
La raison pour laquelle de nouvelles règles sont conçues, quelles qu’elles soient, est très
précisément de chercher à modifier des comportements, pour en obtenir d’autres : par
exemple, remplacer ce qui est perçu comme un manque d’implication dans la recherche
de performance (ou dans l’acquisition de compétences) par des attitudes beaucoup plus
proactives.
246 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Que se passe-t-il dans la réalité ? Selon toute probabilité, les acteurs vont bien modifier
leur comportement, mais de façon à maximiser leur intérêt… qui n’est pas toujours
concordant avec celui du pilote du changement.
Nous avons vu dans la partie 2 que c’est le récepteur qui, principalement, oriente la
communication, beaucoup plus que l’émetteur ou le contenu. Le mécanisme est ici le
même : les comportements changent, mais dans un sens qui appartient au récepteur. Plus
il y a à gagner (ou à perdre) dans l’application d’une nouvelle règle de gestion, de mana-
gement, de rémunération, plus les acteurs vont y chercher leur avantage ; ce qui n’est ni
un dysfonctionnement, ni une résistance, mais un calcul rationnel et légitime.
Prenons deux exemples.
Premier exemple. Dans un retour d’expérience, les auteurs relèvent que « les opérateurs
ne se [concentrent] que sur la progression de la compétence et les tâches les plus valori-
santes (ce qui est une dérive fréquente des systèmes de qualification)1. » L’utilisation du
mot dérive signale, dans l’esprit des auteurs, un écart entre leur intention et le compor-
tement adopté par les récepteurs. Mais, pourrait-on objecter, comment des acteurs
intelligents ne « joueraient »-ils pas avec un dispositif dont on leur dit qu’il comporte un
enjeu aussi massif que la possibilité de progresser en rémunération ? Le jeu autour d’une
règle n’est pas une dérive : il lui est intrinsèquement lié. Il est vital pour le pilote du chan-
gement de regarder ces « dérives » comme des phénomènes normaux – et donc, bonne
nouvelle, prévisibles –, sous peine de passer à côté de leur signification et, surtout, de se
retrouver impuissant face à eux.
Deuxième exemple. Un autre constat de « dérive » est fait à propos des évaluations… et la
même conclusion est tirée : « La RH et le consultant s’accordent à dire que des progrès
importants devraient être faits dans l’avenir sur la qualité des co-évaluations. Pour cela, il
faut absolument que les fiches d’observation soient utilisées. Cela éviterait la dérive vers
une évaluation-notation où tout semble se jouer au cours de l’entretien annuel, alors que
la philosophie sous-jacente au système et la conviction profonde de ceux qui l’ont mis en
place sont que l’évaluation doit se faire en situation professionnelle2. »
Bel exemple de « toujours plus de la même chose » ou, dit autrement, de déni de
réalité : le système doit marcher comme ses concepteurs l’ont pensé, et s’il ne marche
pas ainsi, c’est qu’il y a des « dérives », des « résistances au changement » ; il faut donc
insister, et insister encore (« des progrès devraient être faits… », « il faut absolument »,
« l’évaluation doit se faire »…).
© Groupe Eyrolles
De deux choses l’une : ou les « résistances » sont à chercher du côté des compor-
tements des acteurs ; ou elles sont du côté du mode de raisonnement du pilote du
changement. La question n’est pas tellement de savoir laquelle de ces deux inter-
prétations est la plus « juste », la plus « vraie » ; à tout prendre, chacune, de son
point de vue, comporte une part de vérité. La question pertinente est de savoir
laquelle est la plus opératoire du point de vue de l’objectif visé. Sous l’angle de
l’efficacité, la réponse ne fait pas de doute : seule la seconde offre un levier de
changement.
L’intelligence que les salariés mettent dans la résolution de problèmes, capacité sur
laquelle repose le pari des équipes autonomes, il n’y a aucune bonne raison pour
que, subitement, ils l’oublient lorsqu’une nouvelle règle de gestion, touchant leur
rémunération qui plus est, vient affecter leur vie professionnelle, sous prétexte que
l’intention de son concepteur est différente de la leur. Penser que les comporte-
ments des acteurs sont des « dérives », c’est non seulement refuser de considérer
que leur point de vue est aussi légitime que le nôtre – car la « dérive » n’est jamais
que relative à notre point de vue ou notre intention –, mais c’est aussi se condam-
ner à ne pas saisir le lien systémique qui unit le jeu et l’enjeu. C’est, du même
coup, risquer de tomber dans la tentation de l’accusation, qui est l’un des pires
obstacles au changement.
C’est bien parce que le pilote du changement réussira à regarder autrement le
comportement des acteurs, comme le fruit de stratégies rationnelles, qu’il parvien-
dra à les anticiper et les mettre au service du projet.
Les retours d’expérience nous incitent donc à la modération quant aux bienfaits de la
gestion des compétences en général, à la rémunération des compétences en particulier.
Une telle approche de la conduite du changement n’est pas sans rappeler les « routines
organisationnelles défensives » de Chris Argyris2. Elle est emblématique d’une certaine
difficulté, en France, à adopter des modes de raisonnement plus inductifs : ce n’est pas
l’observation de la réalité – ce qui marche, ce qui ne marche pas – qui doit dicter le
mode d’intervention, mais la réalité qui doit s’adapter au mode d’intervention.
Ce n’est pas le calcul, en soi, qui est le problème : il fait partie de la vie réelle des indivi-
dus comme des organisations. Ce qui est gênant, c’est de bâtir des systèmes de gestion
ou des démarches de changement qui en font abstraction, ou se contentent de poser un
regard moralisant dessus, en se dédouanant de leurs propres responsabilités.
L’enseignement concret à en tirer n’est pas de multiplier les précautions pour parvenir,
de façon très hypothétique, à faire tenir la réalité dans la théorie, mais, beaucoup plus
simplement, d’éviter d’attacher de trop gros enjeux – comme la rémunération – à la ges-
tion des compétences. Ce mode de gestion est intéressant à la condition d’être utilisé
© Groupe Eyrolles
1. Les connaisseurs du « dilemme du prisonnier » ne seront pas étonnés de ce résultat. Cf. R. Axelrod
(78), 2006.
2. Chris Argyris (61), 2003.
Mettre en place une gestion des ressources humaines 249
comme outil de développement, et non comme outil de gestion. À cette condition, les
salariés peuvent jouer un jeu relativement ouvert et coopératif d’acquisition de compé-
tences.
Concernant la rétribution de cet effort, elle doit être liée à l’objectif final, à savoir le surplus
de performance économique. Elle peut prendre la forme d’une prime d’équipe, fondée sur
l’atteinte des résultats fixés en début d’année : dispositif simple à comprendre, facile à
accepter, motivant pour les individus et non préjudiciable pour la qualité de la coopéra-
tion et la santé de l’entreprise. Dans ce cadre, le développement des compétences reste
bien ce qu’il doit être : un moyen, et non une fin.
Les possibilités offertes par la gestion par postes étaient limitées, car liées au caractère
aléatoire des changements organisationnels. La gestion des compétences, théorique-
ment, permet de se libérer de cette contrainte, puisque l’individu évolue dans son poste.
La limite, si l’on se remémore ce qui vient d’être dit sur la rémunération, c’est que cette
évolution ne concerne que les compétences elles-mêmes, autrement dit l’intérêt du tra-
vail au quotidien, ce qui est déjà beaucoup. Le salarié acquiert des compétences dans
son poste, mais l’évolution salariale se fait toujours par changement de poste2. Or, dans les
organisations en équipes autonomes, les lignes hiérarchiques sont souvent raccourcies,
ce qui diminue d’autant les possibilités de progression.
connaissent les carrières des cadres : moins de progression verticale, plus de mobilité hori-
zontale. Et cela plaide d’autant plus pour prévoir d’autres modes de rétribution, comme
celui que l’on vient d’évoquer.
fois un obstacle au bon déroulement d’une démarche compétence, et peut même faire
douter les salariés de l’engagement de la direction. « Les DRH découvrent les premiers
que leurs marges de manœuvre sont étroites. Même si la stratégie officielle est celle de la
diffusion des compétences et l’ouverture des carrières, les budgets alloués à cet objectif
ont leurs limites. Aux contraintes financières s’ajoute la difficulté de faire espérer au per-
sonnel des glissements accélérés sur les plages de compétence. […] Un cercle vicieux se
met en marche, alimenté par la très grande difficulté où le régime de la compétence le
mieux intentionné se trouve d’apporter immédiatement la preuve du souci d’équité
dont il procède. […] Peu confiants dans les contreparties qui leur seront offertes, les
membres des équipes rechignent non seulement aux contrats, mais aussi à l’exercice des
responsabilités collectives qui leur sont attribuées1. »
Cet élément, qui n’est pas sans lien avec les budgets relativement faibles que les entre-
prises françaises consacrent à la formation, en comparaison de leurs homologues alle-
mandes (cf. partie 5), plaide pour une gestion des compétences « raisonnable ».
L’acquisition de compétences doit rester un moyen au service d’une finalité supérieure :
le développement de l’entreprise. C’est celui-ci qui doit, en dernier ressort, dicter les choix
stratégiques d’organisation et de gestion des ressources humaines.
Chapitre 3
Comme le dit l’adage, ce n’est pas parce qu’on ne peut pas tout faire qu’il ne faut rien
faire. Proposer une GRH « raisonnable » ne veut pas dire ne rien changer : cela signifie
être capable de tenir les promesses que l’on fait.
Une GRH développant l’autonomie des salariés, c’est un dispositif qui donne envie aux
salariés de développer leur investissement au service de la performance de l’entreprise.
Ce chapitre donne quelques indications d’ordre pratique sur les principaux livrables.
Par la rétribution =
• Prime collective
• Évolution professionnelle
GRH
favorisant
le développement
de l’autonomie
• Formation
• Projets
Mettre en place une gestion des ressources humaines 253
● celui de ces derniers est de pouvoir bénéficier des fruits de leurs efforts d’une façon
qui soit perçue comme équitable.
Examinons les leviers à notre disposition pour satisfaire ces deux derniers besoins : la
rémunération individuelle, la rémunération collective, les primes sur objectifs.
254 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Les différentes notions sur lesquelles repose la gestion des compétences (« compé-
tence », « métier », « savoir-faire », « aptitude », « emploi », « capacité », « comporte-
ment », etc.) ont suscité, ces dernières années, des débats assez vifs, des plus simplistes
aux plus abstraits. Ces questions ont intéressé une grande diversité de spécialistes :
sociologues, économistes, juristes, gestionnaires, consultants, praticiens des RH, etc.
Mettre en place une gestion des ressources humaines 255
On ne peut pas dire aujourd’hui qu’il existe un accord sur le vocabulaire, les concepts
ou les méthodes. Aussi, la méthode que nous proposons n’en est qu’une parmi d’autres.
Le lecteur soucieux de disposer d’une vision plus exhaustive consultera la bibliographie.
Dans notre approche, un référentiel est une liste de compétences, regroupées en trois
catégories : le métier, les domaines de compétences et les compétences.
● le plan de formation.
Les mêmes processus que ceux proposés dans les parties 2 et 3 peuvent être déployés :
invitation d’intervenants extérieurs (si possible considérés comme neutres : des univer-
sitaires, par exemple), diagnostic – réalisé par eux – sur l’état de la GRH, visites d’entre-
prises ayant mis en place une gestion des compétences, diffusion de documentation,
etc.
Ces processus peuvent être complétés de rendez-vous réguliers, consacrés à des échanges
autour de la gestion des compétences : ses avantages, ses limites, ses conditions de mise
en œuvre, etc. L’objectif de cet « espace-temps » est moins d’obtenir un accord que
d’engager un dialogue en dehors (ou à côté) des instances légales habituelles, trop mar-
quées par les « jeux de rôle ». Les représentants du personnel, par fonction presque,
doutant souvent des intentions de la direction, il ne faut pas hésiter à « surcom-
muniquer » sur les objectifs de cet espace-temps.
Il doit les surprendre, les amener à travailler de façon inhabituelle pour eux. Cela peut
signifier, par exemple, si leur posture habituelle est la critique des propositions de la
direction, les amener à prendre la parole, évaluer la situation présente, faire des proposi-
tions de changement. Cela peut signifier les inciter à dire jusqu’où ils souhaitent
s’impliquer dans la démarche. Il faut garder en mémoire qu’une part de leurs attitudes
sont dictées par des motifs externes (consignes des centrales syndicales, évaluation de la
« rentabilité électorale » d’une participation au projet) : il faut donc leur laisser la possi-
bilité d’établir la distance qu’ils souhaitent, et ne pas forcer leur participation si eux-
mêmes désirent rester dans une posture de retrait critique.
ment prouvé que leur réussite ou échec dépendra de la manière dont les acteurs se les
approprieront, donc du sens qu’ils donneront à la démarche, à leur propre mise en
mouvement1. »
Philippe Zarifian semble hésiter devant la perspective d’associer l’encadrement aux tra-
vaux de conception. Pour notre part, c’est une condition indispensable : les outils doi-
vent être leurs outils, davantage encore que ceux de la fonction RH ou de la direction.
C’est un miroir qui leur est tendu, et ils doivent s’y reconnaître.
des spécialistes.
Nous ne rappellerons pas ce que nous avons dit sur le jeu et l’enjeu : les deux sont liés et
l’ampleur du second détermine celle du premier. Aussi, pour tenir compte de cette
« loi » et des retours d’expérience, nous recommandons d’utiliser ces outils uniquement
dans une optique de développement.
La gestion proprement dite, à savoir la progression professionnelle, l’avancement, la
mobilité, dépend avant tout de la taille du « terrain de jeu » sur lequel le salarié évolue.
Pour un cadre prêt à bouger géographiquement, cette mobilité peut s’étendre à tous les
sites de son entreprise. Pour un employé, un opérateur ou un TAM, compte tenu des
différences d’arbitrage entre vie privée et vie professionnelle1, le terrain de jeu est sou-
vent réduit au site.
Sur la base de ce principe, deux options sont ouvertes :
● soit l’on souhaite sortir de cette contrainte de taille du marché interne de l’emploi,
et une progression fondée sur les compétences est envisageable ; le risque étant, à
terme, un décalage entre les besoins de l’entreprise et la qualification des salariés ;
● soit la maîtrise des coûts et du niveau de qualification est prioritaire, et alors la pro-
gression professionnelle se fait en fonction des disponibilités offertes par le site 2.
Toutefois, une avancée vers le management des compétences peut être faite, qui con-
siste à opérer des regroupements de postes sous la forme d’« emplois ». Un emploi n’est
pas l’équivalent d’un poste, puisque le premier est une notion RH, abstraite, servant de
support aux compétences, tandis que le second est une notion organisationnelle, ayant
une traduction concrète sur le terrain. Un emploi est une « famille » de postes.
La notion d’emploi a l’avantage de réduire fortement le nombre de postes – et la gestion
qui va avec (cotations, mises à jour…) : de 200 postes sur un site de 500 personnes, on
peut ainsi passer à dix fois moins d’emplois.
Ce système offre plus de lisibilité sur les compétences requises, tant pour occuper le
poste actuel que pour envisager un poste mieux coté.
© Groupe Eyrolles
1. Les avantages que la situation professionnelle n’offre pas, notamment en termes de revenus, sont com-
pensés par des réseaux locaux (familiaux et sociaux), sources d’entraide et de revenus indirects.
2. On n’envisage pas ici le cas où le salarié part dans une autre entreprise, qui est une façon d’élargir son
marché de l’emploi. De ce point de vue, le développement des passerelles entre entreprises, au sein d’un
même bassin d’emploi, serait une opportunité intéressante à développer.
260 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Liste
de
tâches
Liste
de
tâches
Liste
de
tâches
Liste Liste
de
tâches de compétences
Liste
de
tâches
Liste
de
tâches
Liste
de
tâches
Bilan de la partie 6
Nous avons voulu, dans cette dernière partie, nous garder d’un double écueil :
■ faire l’impasse sur la gestion des ressources humaines, au prétexte que les équi-
pes autonomes sont un projet d’organisation ;
■ considérer la gestion des compétences comme un mode idéal de gestion.
Nous avons tenté d’adopter une position qui tienne compte des acquis de l’expé-
rience. Écrit quelques années auparavant, ce que nous recommandons en matière de
GRH aurait peut-être été assez différent.
Comme toute nouvelle mode managériale, la gestion des compétences a suscité
beaucoup d’enthousiasme à ses débuts, les spécialistes de la GRH y voyant enfin la
possibilité de sortir des rigidités des postes. Les DRH, en particulier, ont pu y voir
l’opportunité :
■ d’afficher leur contribution à la stratégie de l’entreprise ;
■ de renouveler les thèmes du dialogue social ;
■ de disposer d’outils de gestion performants.
Le recul du temps permet de faire le ménage parmi toutes ces « promesses ». De
même que les équipes autonomes ne sont nullement une forme d’organisation idéale
ou définitive, qu’elles nécessitent à la fois des conditions précises de mise en œuvre et
une « alimentation » régulière, la gestion des compétences est un mode de gestion
incontestablement plus adapté que son prédécesseur, mais dont on ne doit attendre
que des promesses raisonnables – ce qui, après tout, n’est déjà pas si mal.
© Groupe Eyrolles
© Groupe Eyrolles
A N N EXES
Annexe 11
1. Je dois les outils présentés dans ces annexes à Catherine Menez, chef de projet Compétences, ainsi
qu’au cabinet Algoé, que je remercie.
266 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Métier qualité/sécurité/environnement :
6 domaines de compétence
● Analyses : maîtrise et fait évoluer les techniques analytiques pour garantir la qualité
des produits ;
● Maintenance des équipements : gère la maintenance et les investissements des équi-
pements qualité ;
● Gestion des écarts : gère les non-conformités des produits, des matières premières,
des emballages en vue de réduire et de prévenir les risques qualité ;
● Qualification fournisseurs : gère, évalue et développe la relation fournisseurs dans le
respect des cahiers des charges ;
● Maîtrise de la qualité produit-process : maîtrise et prévient les risques qualité liés à
l’interaction produit-process ;
● Sécurité et environnement : organise et anime la sécurité et l’environnement sur le
site avec l’ensemble des acteurs clés de l’entreprise.
Métier transverse/management :
7 domaines de compétence
© Groupe Eyrolles
Annexe 2
DOMAINE DE COMPÉTENCE :
Maîtrise des process de fabrication et de conditionnement
Niveau 1 : RÉALISATION
Dans le cadre de consignes précises et de contrôles fréquents, exécute un ensemble de tâches
simples mais variées en identifiant correctement les dysfonctionnements.
Sait décrire :
• les grandes étapes de transformation du produit dans sa zone de travail, y compris
les postes amont et aval ;
• les principaux défauts sur les matières ou emballages utilisés et sur les produits
fabriqués dans le secteur.
Niveau 2 : ADAPTATION
À partir de méthodes précises, réalise un ensemble de tâches variées nécessitant la compréhen-
sion globale d’un savoir technique (process, produit…). Analyse, interprète, corrige les dysfonc-
tionnements.
Diagnostique un écart produit sur son poste à partir d’une connaissance et d’une
analyse :
• des différentes transformations du produit ;
• des caractéristiques matières ou produits utilisés sur le secteur ;
• de l’impact des paramètres sur le produit ;
• des différents paramètres extérieurs pouvant intervenir.
Propose et réalise les actions palliatives.
Niveau 3 : ASSISTANCE
Facilite et organise la mise en œuvre d’activités sur un horizon court terme, en faisant intervenir
les compétences adéquates et en aidant les autres à faire face aux aléas.
Spécialiste :
Diagnostique les écarts produit sur l’ensemble d’un process, valide les actions palliati-
ves, analyse les conséquences de ces actions sur la qualité du produit, et les résultats
© Groupe Eyrolles
obtenus. Étudie la faisabilité pour intégrer une modification au niveau des produits
utilisés ou du process sur une installation, enregistre les nouvelles données, mesure
les écarts, et réalise un reporting.
Ex. : mise en place et suivi d’un essai avec identification des nouveaux paramètres.
Annexes 269
OU
Non-spécialiste
Connaît les produits, équipements et principaux paramètres de conduite d’une ligne
ou d’un secteur. Est capable de décrire le process et les différentes opérations de
transformation, et d’interpréter correctement les informations et agir sur les aléas.
Ex. : accompagner les équipes dans le diagnostic d’un écart produit.
Niveau 4 : COORDINATION
Coordonne des activités au sein d’une spécialité professionnelle à partir de directives générales
en apportant un conseil ou une animation technique.
Spécialiste
Coordonne les plans d’action pour optimiser ou accompagner les évolutions process
sur un horizon court terme.
Ex. : coordonne la mise en place d’un nouveau produit ou une rénovation sur une
installation avec les différents services concernés : état des lieux, analyse fonction-
nelle, faisabilité matérielle, identification des risques, accompagnement de la réalisa-
tion.
OU
Non spécialiste
Identifie les plans d’action et hiérarchise les actions à mener pour optimiser les perfor-
mances ou accompagner les évolutions process court et moyen terme d’un secteur.
Mobilise et coordonne l’intervention des spécialistes et des équipes sur la mise en
œuvre de ces plans d’action. Valide la pertinence et l’efficacité des actions ainsi mises
en œuvre.
Ex : modification technique – évolution d’une recette – initiation d ‘un groupe de tra-
vail.
Niveau 5 : ANIMATION
Supervise la réalisation d’un ensemble d’activités en animant le travail d’une équipe hiérarchi-
quement ou en transversal.
Recommande les solutions pour optimiser un process existant sur le moyen terme, et
accompagne sa mise en œuvre : analyse de l’existant, formalisation des évolutions
(matériel, organisation, matières, procédures, etc.), rédaction du cahier des charges
des modifications techniques, recherche de fournisseurs, suivi et validation des modi-
fications.
Niveau 6 : DÉVELOPPEMENT
Garantit la réalisation d’objectifs opérationnels à moyen terme en adaptant les plans d’action à
son environnement de travail.
Recommande les solutions pour la mise en place d’un nouveau process ou d’une
nouvelle application d’un process existant : définition des fonctionnalités des nou-
veaux équipements, des paramètres cibles en fonction du produit à obtenir, recom-
© Groupe Eyrolles
Annexe 3
Niveau 4 : COORDINATION
Coordonne des activités au sein d’une spécialité professionnelle à partir de directives générales
en apportant un conseil ou une animation technique.
Organise et anime le travail de ses équipes : suivi de l’avancement des activités, orga-
nisation de réunions régulières…
Crée les conditions d’une bonne coopération au sein de ses équipes :
• donne de la visibilité à son équipe sur les conditions, les règles de vie et de travail à
respecter, les fait respecter ;
• développe la confiance ;
• organise les échanges et la transmission des informations.
Niveau 5 : ANIMATION
Supervise la réalisation d’un ensemble d’activités en animant le travail d’une équipe hiérarchi-
quement ou en transversal.
Développe le travail en équipe :
• mobilise les personnes clés (ex : détachement sur des missions spécifiques
projet…) ;
• met en place des plans d’action en vue de développer les initiatives.
Reconnaît les réussites de l’équipe ;
Anticipe et prévient les difficultés :
• veille et alerte en cas de dégradation du climat social ;
• suit ses indicateurs sociaux ;
• partage avec son responsable les difficultés et propose un plan d’action ;
• conduit un entretien de recadrage.
Niveau 6 : DÉVELOPPEMENT
Garantit la réalisation d’objectifs opérationnels à moyen terme en adaptant les plans d’action à
son environnement de travail.
Fait des recommandations pour faire évoluer l’organisation de son service/secteur ;
Intègre les besoins de ses clients et fournisseurs pour faire progresser l’efficacité du
service/secteur ;
Fédère des équipes multimétiers autour d’objectifs communs.
© Groupe Eyrolles
272 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Annexe 4
Annexe 5
Niveau 1
Réalise des actions de maintenance de niveau 1 ;
Réalise des diagnostics de panne sur des éléments simples en mode guidé,
et formalise l’intervention réalisée.
Annexes 275
Métier qualité/sécurité/environnement
Analyses
Niveau 2
Réalise des analyses en appliquant la méthodologie et suivant les modes
opératoires ;
Alerte en cas d’écart par rapport au standard.
Gestion des écarts
Niveau 2
Réalise le blocage du produit non conforme en respectant les procédures et
collectant les données correspondantes.
Maîtrise des risques QSE
Niveau 2
Explique et transmet les règles en matière de QSE sur son poste de travail ;
Identifie les risques en matière de QSE sur son ou ses postes, les fait remon-
ter et propose des actions d’amélioration.
Métier logistique
Approvisionnement
Niveau 1
Réalise une mise à disposition de produits en appliquant rigoureusement les
consignes en terme de quantité, qualité, délai.
Planification – Ordonnancement
Niveau 1
Applique rigoureusement et réalise le programme de production ;
Alerte en cas de problème bloquant.
Métier transverse – management
Orientation résultat
Niveau 2
Surveille la performance de ses activités au quotidien et évalue les résultats ;
Identifie et propose des actions donnant des améliorations sensibles.
Communication
Niveau 2
Recherche, recueille et transmet l’information nécessaire au bon déroule-
ment de l’activité de façon permanente auprès des personnes de l’équipe
ou des personnes extérieures à l’équipe.
Progrès permanent
Niveau 2
© Groupe Eyrolles
© Groupe Eyrolles
Annexes 277
Annexe 6
Politique d’entreprise
Thèmes : Responsabilité partagée
Principes : Engagement mutuel
Pour développer dans la durée et au profit de tous, les compétences des collaborateurs,
l’entreprise et ses collaborateurs s’engagent mutuellement à respecter les principes
suivants :
• l’employabilité et le développement des compétences sont une responsabilité partagée
entre l’entreprise et chaque collaborateur ;
• l’entreprise s’engage à mettre tous les moyens disponibles pour favoriser le développe-
ment des compétences de chaque collaborateur : entretien périodique, plan de déve-
loppement individuel, formation, appui du management, mise en situation…
• en parallèle, chaque collaborateur s’engage à tout mettre en œuvre, avec l’aide de son
responsable hiérarchique, pour atteindre au moins le niveau minimal de son emploi, et
développer régulièrement ses compétences en accord avec les besoins de l’entreprise ;
La connaissance des principes, règles et outils de gestion des compétences est une respon-
sabilité partagée entre l’entreprise et chaque collaborateur :
• l’entreprise s’engage à assurer la diffusion et la transparence de ces principes, règles et
outils de gestion ;
• en parallèle, chaque collaborateur s’engage à en prendre connaissance (si besoin, avec
l’aide de son responsable hiérarchique).
Thèmes : Développement des compétences et rôle du management
Principes : Transparence et proximité
La progression professionnelle de chaque collaborateur repose conjointement sur le déve-
loppement de ses compétences et les possibilités offertes par l’entreprise. Chaque collabo-
rateur est coresponsable, avec l’entreprise, du développement de ses compétences.
L’entreprise s’engage à ce que chaque collaborateur connaisse :
• ce que l’on attend de lui (sa mission, ainsi que les objectifs de son équipe – ou ses objec-
tifs individuels s’il en a) ;
• son niveau de compétences ;
© Groupe Eyrolles
Le développement des compétences de ses collaborateurs est une priorité pour chaque
responsable hiérarchique. Chaque collaborateur bénéficie d’un entretien périodique d’éva-
luation et de développement des compétences, idéalement tous les ans, mené avec son
responsable hiérarchique. Le responsable hiérarchique et le collaborateur définissent, lors
de l’entretien périodique, un plan de développement professionnel. Ce plan repose sur :
• l’évaluation des compétences du collaborateur ;
• ses souhaits et possibilités d’évolution ;
• les besoins et possibilités de l’entreprise.
Le collaborateur s’engage à respecter le plan de développement défini (assiduité aux for-
mations…).
Thèmes : Évaluation, reconnaissance des compétences et rémunération
Principes : Équité et objectivité
L’entreprise s’engage à garantir une évaluation objective des compétences. Pour cela,
l’évaluation des compétences repose sur les principes suivants :
• les outils d’évaluation des compétences (référentiels de compétences, supports d’entre-
tien, situations observables et mises en situation) sont communs à tous les sites et aux
différents métiers ;
• ils sont élaborés en faisant appel à une large participation des collaborateurs ;
• le collaborateur évalue lui-même, dans un premier temps, ses compétences (auto-
évaluation) ;
• l’évaluation des compétences est formalisée conjointement lors de l’entretien
périodique ;
• selon les domaines de compétence, le responsable hiérarchique peut solliciter des
experts internes pour réaliser cette évaluation des compétences, et ce en accord avec le
collaborateur ;
• en cas de désaccord entre le collaborateur et son responsable hiérarchique, ils peuvent
avoir recours au responsable RH et/ou au responsable hiérarchique de niveau N+2.
L’entreprise s’engage à favoriser la reconnaissance des compétences :
• à l’intérieur de l’entreprise, par des certificats internes ;
• et à l’extérieur, par la mise en place de dispositifs de formations diplômantes et qualifiantes.
L’objectif de la démarche étant de développer en même temps les collaborateurs et la per-
formance de l’entreprise, la rémunération repose à la fois :
• sur le poste occupé, pour la partie fixe ;
• ainsi que sur des primes d’équipe, pour la partie variable, fondées sur l’atteinte des
objectifs d’équipe.
© Groupe Eyrolles
Conclusion
Conduire le changement :
l’entreprise peut-elle apprendre
des réformes publiques ?
Nous avons tenté d’embrasser le changement complexe que constitue la mise en place
d’équipes autonomes d’un seul regard, en abordant de façon intégrée l’organisation, la
gestion des ressources humaines et la conduite du changement. Cela n’est qu’une
démarche possible, parmi d’autres : il serait contradictoire de plaider pour la fin du
« one best way » taylorien et, dans le même mouvement, d’affirmer qu’il n’y a qu’une et
une seule bonne façon de faire. « Dans l’approche systémique, la notion même de tech-
nique ou de modèle […] n’a pas grand sens1. »
Nous avons souhaité aussi promouvoir un autre regard sur les salariés – vus dans leur
potentiel et non plus simplement dans leurs capacités à l’instant T – et, du même coup,
une autre vision du changement, de sa nature et de ses difficultés.
Il ne s’agit pas simplement, dans notre esprit, de rafraîchir le management participatif,
ou de faire un détour poli par la case « opinions des salariés », au prétexte que les valeurs
démocratiques sont devenues l’horizon indépassable de nos sociétés 2. La complexité du
monde contemporain, faite d’interactions, de réseaux, d’effets pervers, d’interdépen-
dances, de développement du pouvoir des individus, rend urgente la prise de cons-
© Groupe Eyrolles
La sphère publique n’est pas la seule à connaître l’échec. Régulièrement, des études
montrent que de nombreux projets de changement échouent dans les entreprises. C’est
qu’à l’heure de la systématisation des effets pervers, le travail sur le seul contenu (des
réformes ou des projets de changement) est insuffisant. L’expertise sur le « quoi »,
nécessaire, demeure stérile si elle n’est pas accompagnée d’un savoir robuste et fiable sur
le « comment ». Réflexions stratégique et tactique, qui ne sont que le reflet dans l’ordre
intellectuel de la séparation entre conception et exécution dans l’ordre organisationnel,
ne peuvent plus être dissociées.
Il faut sortir de l’univers taylorien du « ou » pour rentrer dans l’univers complexe du « et ».
La maîtrise de la complexité appelle – deuxième changement – à (ré)apprendre à regarder
ce qui marche et ce qui ne marche pas, autrement dit à redonner sa place à la posture
inductive ; changement important dans un pays qui a donné, de longue date, la préémi-
nence aux disciplines déductives dans les processus de formation et de sélection des élites.
Leurs défenseurs trouveront sûrement à redire concernant ce point méthodologique…
Encore faudrait-il qu’il soit discuté : les questions de méthode n’intéressent pas grand
monde1. Institutions, laboratoires, revues, think tanks, livres, médias abondent pour
dire ce qu’il faudrait faire, mais demeurent silencieux dès qu’il s’agit de dire comment le
faire. Même si la parution récente de deux ouvrages faisant leur place aux questions de
méthode2 est peut-être le signe d’une prise de conscience, ce type de réflexion demeure
encore confidentiel.
Les différentes théories que nous mobilisons ne doivent pas cacher, encore une fois,
que, bien souvent, l’application de principes simples suffit. La cohérence par exemple :
cohérence entre ce qui est dit et ce qui est fait, et sur laquelle nous avons à plusieurs
reprises attiré l’attention.
De ce point de vue, et pour continuer la comparaison avec ce que le lecteur peut obser-
ver dans la vie publique, l’écart entre les discours de campagne électorale et l’agenda
réel des réformes est saisissant. Comme ce contraste s’observe quelle que soit la couleur
politique des gouvernements, on peut en déduire qu’il s’agit, non d’un problème d’opi-
nions, mais d’un mode commun d’appréhension de la réalité3.
Allons un cran plus loin. Admettons que cet écart soit dû aux contraintes du jeu électo-
ral, les candidats produisant un discours pour être élus, non pour gouverner. Pourquoi,
alors, une fois les nécessités de la séduction passées, continuer à dire ce que l’on ne fait
pas, et ne pas dire ce que l’on fait ?
© Groupe Eyrolles
Ce dernier constat est issu d’une recherche menée par une équipe franco-américaine
(Harvard et Sciences Po), qui a ausculté les mutations de la France entre 1980 et 2005.
Elle y met à jour une façon très spécifique de piloter le changement. Parmi ses constats,
quatre nous paraissent intéressants, car ils donnent des clés pour le pilotage du change-
ment en entreprise.
d’un discours public qui permet de légitimer politiquement la réforme. […] C’est
l’existence ou non d’un tel discours qui fait la différence entre les réformes réussies poli-
tiquement au Royaume-Uni ou en Suède, et les échecs, surtout français. Toutes les parties
de cet ouvrage s’accordent pour souligner l’absence d’explicitation et de légitimation des
changements effectués1. »
Belle illustration d’un phénomène systémique : la prophétie autoréalisatrice. On provo-
que ce qu’on redoute. Les dirigeants craignant la réaction de la population, ils n’enga-
gent pas le nécessaire travail de pédagogie, et préfèrent taire les réformes engagées. Ce
faisant, les populations se rebiffent de ne pas saisir le sens du changement et de ne pas
être associées à sa discussion. « […] Il va de soi que l’on ne saurait diriger un pays,
réformer l’État, en l’espace d’un jour, par la seule vertu d’injonctions (lorsqu’elles ne
sont pas contradictoires) adressées à des acteurs qui n’en perçoivent ni le sens ni la
finalité2 », écrit le directeur de la revue Futuribles dans son éditorial de novembre 2006.
Face à l’échec, la responsabilité en est généralement attribuée aux « résistances au
changement », explication tautologique. Les populations, devant la multiplication des
échecs gouvernementaux, en viennent soit à intérioriser ces explications simplistes et à
développer une image négative d’elles-mêmes3, soit à développer des stratégies systéma-
tiques de résistance et de contestation4.
1. B. Palier (50), 2006, p. 26. C’est nous qui soulignons. P. Rosanvallon et Th. Pech (112), 2006, font le
© Groupe Eyrolles
à engager sont complexes, plus les « discours contraintes » sont tentants : ils nous
déchargent du poids psychique d’avoir à assumer notre responsabilité et nos renoncia-
tions.
« L’idée de la réalité est construite par chacun. La réalité ne nous impose aucune décision,
il nous appartient à nous et à nous seuls de définir ce qui nous est possible et ce qui nous
est impossible1. » Quoi qu’on en dise, les équipes autonomes demeurent un choix. L’entre-
prise qui souhaite améliorer sa performance à court terme dispose d’autres options. Nul
diagnostic, nul état des lieux ne dira jamais que les équipes autonomes sont la solution.
Elles expriment d’abord une intention, celle de concilier ce que l’économie de marché
tend à séparer. Elles sont un effort, une tension, un dépassement des limites induites
par le système économique contemporain.
Elles sont aussi une réponse à la théorie ricardienne des avantages comparatifs : une
sortie par le haut face aux stratégies de coût dans laquelle nous engage une compétition
internationale que nous avons délibérément choisie, et qu’il faut aujourd’hui assumer.
1. Le contexte macroéconomique
La financiarisation contemporaine du capitalisme, qui entraîne une exigence de renta-
bilité élevée, compte pour beaucoup dans l’exploration par les entreprises de toutes les
poches de productivité, dont l’intériorité des individus. Quelques livres importants :
1. L. Boltanski, E. Chiappello, Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, 1999.
Livre fondamental pour comprendre la capacité de survie du capitalisme, à travers
sa « digestion » des critiques. Selon les auteurs, il y a moins crise du capitalisme
que crise des critiques du capitalisme.
2. Fr. Dupuy, Le client et le bureaucrate, Dunod, 1998.
Description pédagogique et claire des conséquences de la « victoire du client » (que
nous préférons appeler la victoire de l’actionnaire) sur les organisations du travail.
Ressources supplémentaires
3. N. Aubert, Le culte de l’urgence – La société malade du temps, Champs Flammarion,
2004 (1re éd. 2003).
Excellente analyse de la transformation de notre rapport au temps, la disparition
de la distinction classique urgent/important, la course contre le temps comme
refus de la mort.
4. M. Castells, L’ère de l’information (3 t.), t. 1 La société en réseaux, Fayard, trad. fr.
1998 (1re éd. 1996)
Bonne synthèse des transformations contemporaines du monde du travail (chap. 2
à 4).
5. M. Piore, Ch. Sabel, Les chemins de la prospérité – De la production de masse à la
spécialisation souple, Hachette, 1989.
Sur les évolutions du capitalisme qui conduisent à mettre en place des équipes
© Groupe Eyrolles
flexibles.
Ressources supplémentaires
12. C. David, S. Savereux, « Les nouvelles organisations du travail », Problèmes politi-
ques et sociaux, La documentation française, n° 867, 14 déc. 2001.
Recueil d’articles qui forme une bonne entrée en matière sur les (plus si) nouvelles
formes d’organisation et la gestion des compétences.
13. S. Bellini, A. Labit, Des petits chefs aux managers de proximité – L’évolution des rôles
© Groupe Eyrolles
Une vision critique de l’effet du travail sur la santé physique et psychique des sala-
riés, par le titulaire de la chaire « Psychanalyse-Santé-Travail » au Conservatoire
national des arts et métiers.
3. L’autonomie
15. K. Chatzis et al (dir.), L’autonomie dans les organisations – Quoi de neuf ?, L’Har-
mattan, 2000.
Une première partie très utile.
16. V. Lenhardt, Les responsables porteurs de sens – Culture et pratique du coaching et du
team-building, Insep Consulting éd., 2002 (1re éd. 1992).
V. Lenhardt est le grand promoteur du coaching en France. Beaucoup de ses
apports sont repris dans notre livre.
17. Ph. d’Iribarne, La logique de l’honneur – Gestion des entreprises et traditions nationa-
les, Points-Seuil, 1989.
Un classique sur l’importance de l’autonomie, du respect d’un certain code de
« l’honneur » dans la tradition professionnelle française, par opposition au
« consensus » hollandais et au « contrat » américain.
18. Ph. d’Iribarne, Vous serez tous des maîtres – La grande illusion des temps modernes,
Seuil, 1996.
L’appel moderne à l’autonomie laisse largement dans l’ombre les conditions de
possibilité de celle-ci. Tout le monde doit être autonome, nous dit la modernité,
mais tout le monde ne le peut pas, rappelle fortement d’Iribarne.
Ressources supplémentaires
19. A. Ehrenberg, La fatigue d’être soi – Dépression et société, O. Jacob poche, 2000 (1re
éd. 1998).
Sur les « dommages collatéraux » de l’autonomie.
20. Fr. Alexandre-Bailly et al, Comportements humains et management, chap. 8
« L’autonomie et la délégation », éd. Pearson Éducation, 2003.
21. G. de Terssac, Autonomie dans le travail, PUF, 1992.
Comment les acteurs créent des marges d’autonomie dans le travail. Pour le lecteur
intéressé par des éléments théoriques.
22. O. du Roy, Ch. Mahieu, L’usine qui n’existait pas – Aluminium Dunkerque, projet
d’organisation nouvelle, éd. d’Organisation, 1998.
Le récit (inégal, car écrit à plusieurs mains) de la mise en place d’équipes autono-
mes à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Le livre le plus proche
290 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Ressources supplémentaires
26. K. Susaki, Réinventer l’unité de travail – Impliquer les hommes au plus près du ter-
rain, Dunod, trad. fr. 1993.
La philosophie japonaise du travail, grande inspiratrice des équipes autonomes.
27. Pôle Productique Rhône-Alpes, Les équipes autonomes en production, dossier n° 58,
2000.
Synthèse d’une douzaine de pages bâtie autour de plusieurs témoignages d’entre-
prises. Commande possible sur leur site : http://www.productique.org/
28. L. Viel, « Redécouvrir les bénéfices des équipes autonomes », L’Usine nouvelle,
n° 2846, 7 nov. 2002.
29. G. Prost, Les équipes semi-autonomes – Une nouvelle organisation du travail, éd.
d’Organisation, 1976. Épuisé.
30. M. Millot, J.-P. Roulleau, Transformer l’organisation du travail – L’autonomie créa-
trice, éd. d’Organisation, 1991. Épuisé.
31. M. Bertaux, Groupes et équipes autonomes d’entreprise, Chotard et Associés, 1976.
Épuisé.
© Groupe Eyrolles
L’un des outils de base d’une équipe autonome, avec les 5S, par l’un des dirigeants
du cabinet PROCONSEIL.
33. Ch. Hohmann, Guide pratique des 5S pour managers et encadrants, éd. d’Organisa-
tion, 2005.
L’autre outil de base d’une équipe autonome, avec la communication visuelle. Voir
aussi le site de l’auteur :
http://membres.lycos.fr/hconline/engineer_fr.htm
34. K. Shirose, Le guide TPM de l’unité de travail – Conduite et maintenance de l’instal-
lation industrielle, Dunod, trad. fr. 1994 (1re éd. 1984).
Une fois la communication visuelle et les 5S maîtrisés, l’équipe peut s’attaquer à la
TPM.
Le CNPF a engagé à la fin des années 1990 une large réflexion sur les compétences. Elle
est rassemblée dans deux séries de « cahiers », parus en 1998 et en 2002, riches en
retours d’expérience, éclairage sur les enjeux, bibliographies.
40. CNPF, Objectif compétences, Journées internationales de la formation, Deauville,
1998.
t. 1, « La compétence professionnelle, enjeu stratégique » ;
t. 2, « Les pratiques internationales en matière de compétences » ;
t. 3, « Les conditions de mise en œuvre de la démarche compétences » ;
t. 4, « Identifier et décrire les compétences professionnelles » ;
t. 5, « Acquérir et développer ses compétences professionnelles » ;
t. 6, « Évaluer, valider et certifier les compétences professionnelles » ;
t. 7, « Les effets de la logique compétences professionnelles sur l’acte de former » ;
t. 8, « Les effets de la mise en œuvre de la compétence professionnelle » ;
t. 9, « Compétences professionnelles et dialogue social » ;
t. 10, « NTIC : nouvelles compétences ».
Neuf cahiers supplémentaires sont parus en 2002, et sont téléchargeables sur le site du
Medef consacré à la démarche compétences :
http://objectif-competences.medef.fr/
Ressources supplémentaires
41. D. Segrestin, Les chantiers du manager, A Colin, 2004.
Bonne synthèse des principaux chantiers que les entreprises ont dû ouvrir ces der-
nières années, dont la gestion des compétences, qui fait l’objet d’un chapitre
nuancé.
42. Fr. Pichault (dir.), Faut-il brûler la gestion des compétences – Une exploration des pra-
tiques en entreprise, Bruxelles, éd. De Boeck Université, 2006.
4 études de cas.
7. La conduite du changement
Conduire le changement n’est pas fondamentalement différent selon qu’il s’agisse d’une
© Groupe Eyrolles
Ressources supplémentaires
47. F. de Koninck, « Résister au changement : une attitude rationnelle », Sciences
Humaines, hors-série n° 28, mars-mai 2000.
48. D. Autissier, J.-M. Moutot, Pratiques de la conduite du changement – Comment
passer du discours à l’action, Dunod, 2003.
Vision assez traditionnelle de la conduite du changement, très orientée systèmes
d’information (l’un des deux auteurs est consultant chez IBM) ; utile, sans plus.
52. Cl. Got, Comment tuer l’État – Précis de malfaçons et de malfaisances, Bayard, 2005.
Examen non exhaustif de réformes ratées (et un exemple de réforme réussie : la
sécurité routière), par un habitué des commissions d’experts. Une sorte d’illustra-
tion du livre de N. Tenzer.
294 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Ressources supplémentaires
53. J.-P. Fitoussi, P. Rosanvallon, Le nouvel âge des inégalités, Points Seuil, 1998.
Bon livre sur l’inefficacité des modes actuels de réforme de la société, à coup
d’injection de milliards.
54. P. Fauconnier, La fabrique des « meilleurs » – Enquête sur une culture d’exclusion,
Seuil, 2005.
Décortique les logiques d’exclusion sur lesquelles sont bâtis notre système d’ensei-
gnement et de formation, et les politiques d’emploi. Un livre dense, qui présente
aussi quantité d’expérimentations réussies, que les pouvoirs publics ne parviennent
pas à étendre.
55. A. Tonnelé, « De l’importance de la méthode en matière de conduite du change-
ment – À propos du chômage en France », Personnel-ANDCP, n° 386, janv.-fév.
1998.
Sur l’utilité de l’empathie comme posture pour conduire le changement.
56. E. Kübler-Ross, Les derniers instants de la vie, Genève, éd. Labor et Fides, trad.fr.
1989 (1re éd. 1975).
Le changement s’apparente au travail de deuil : renoncer à une situation anté-
rieure, à des représentations mentales bloquantes.
8. L’approche systémique
La systémique est en lien avec plusieurs courants : l’école de Palo Alto, la complexité
d’E. Morin, la sociologie des organisations de M. Crozier, l’analyse transactionnelle…
57. M. Crozier, E. Friedberg, L’acteur et le système – Les contraintes de l’action collective,
Points-Seuil, 1977.
Une sociologie extraordinairement utile comme outil d’intervention en entreprise.
Le site du Centre de sociologie des organisations, fondé par M. Crozier et dirigé
par E. Friedberg : http://www.cso.edu/home.asp
58. P. Senge, La 5e discipline – L’art et la manière des organisations qui apprennent, First
éd., trad. fr. 1991 (1re éd. 1990).
Livre important pour l’approche systémique en entreprise, écrit de façon très péda-
gogique. Peter Senge a fondé la Society for Organizational Learning : http://
www.solonline.org/aboutsol/who/Senge/
La SOL existe aussi en France : http://www.solfrance.org/
59. D. Bériot, Manager par l’approche systémique, éd. d’Organisation, 2006.
© Groupe Eyrolles
Les apports de l’école de Palo Alto dans les processus de changements individuels
ou collectifs. Très complet. Son site : http://www.francoise-kourilsky.com/
index.htm
Ressources supplémentaires
61. Ch. Argyris, Savoir pour agir – Surmonter les obstacles à l’apprentissage organisation-
nel, Dunod, trad. fr. 2003 (1re éd. 1993).
Comment les organisations mettent en place des « routines organisationnelles
défensives », qui les empêchent d’apprendre. Une référence, mais le savoir-faire à
acquérir n’est pas facilement accessible.
62. P. Senge et al, La 5e discipline – Le guide de terrain, stratégies et outils pour construire
une organisation apprenante, First éd., trad. fr. 2000 (1re éd. 1994).
Le complément pratique du précédent livre de Senge (58). Une mine méthodolo-
gique.
63. M. Crozier, À quoi sert la sociologie des organisations ? 2 tomes, t. 2 « Vers un nou-
veau raisonnement pour l’action », éd. Seli Arslan, 2000.
Recueil de ses principaux articles.
64. E. Morin, Introduction à la pensée complexe, Points-Seuil, 2005 (1re éd. 1990).
Bonne introduction à l’œuvre… complexe d’Edgar Morin. Un site dédié à E.
Morin : http://edgarmorin.sescsp.org.br/default.asp
65. D. Genelot, Manager dans la complexité – Réflexions à l’usage des dirigeants, INSEP
Consulting éd., 2001 (1re éd. 1992).
Une bonne entrée en matière sur la complexité (1re partie) et sur certaines de ses
traductions en entreprise (2e partie), par le président du cabinet INSEP Consul-
ting.
66. E. Berne, Structure et dynamique des organisations et des groupes, Caluire, éd. d’Ana-
lyse Transactionnelle, trad. fr. 2005 (1re éd. 1963).
De nouveau traduit en français en 2005, le livre du fondateur de l’analyse transac-
tionnelle sur l’organisation. Livre fondamental, mais dont le niveau de conceptua-
lisation peut rebuter. Une présentation synthétique de la théorie organisationnelle
de Berne (la « TOB » dans le langage des initiés) se trouve dans Fr. Délivré, Le
métier de coach, éd. d’Organisation, 2004 (1re éd. 2002). Par ailleurs, un livre de
vulgarisation sur la TOB est en préparation, par Philippe Ducatteeuw et Hugues
Lesot. Ce dernier anime l’École d’analyse transactionnelle dans le champ de l’orga-
nisation (EATO), qui dispense une formation à la TOB. Le site de l’EATO : http:/
© Groupe Eyrolles
/www.eato.net/
67. R. Girard, La violence et le sacré, Hachette-Pluriel, 1998 (1re éd. 1972).
L’intérêt pour notre propos réside dans la thèse du bouc émissaire, comme exemple
de feed-back d’un système (social) face à un changement (une menace) : de même
296 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
que la « résistance au changement » est la réaction du système pour retrouver son état
antérieur, le sacrifice du bouc émissaire permet au système social de recréer son unité.
9. L’empathie
Si l’on admet qu’un changement est plus facilement accepté quand l’individu se sent
reconnu dans ses besoins fondamentaux, on aura compris l’importance et l’utilité de
l’empathie.
70. M. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs – Introduction à la
communication non violente, La Découverte, trad. fr. 2002 (1re éd. 1999).
Le livre principal et très pédagogique de l’inventeur de la communication non vio-
lente (CNV), fondée sur l’approche « OSBD : observation, sentiments, besoins,
demande ».
71. Th. d’Ansembourg, Cessez d’être gentil, soyez vrai – Être avec les autres en restant soi-
même, Montréal, éd. de l’Homme, 2001.
La communication empathique mise en scène de façon plus vivante et moins sco-
laire que Rosenberg. Son site : http://www.thomasdansembourg.com/
Ressources supplémentaires
72. C. Rogers, Le développement de la personne, Dunod, trad. fr. 1998 (1re éd. 1961).
Clair, accessible, vivant, la bible de l’approche rogérienne « centrée sur la
personne », à l’origine des démarches fondées sur l’empathie.
73. Association pour la communication non violente : http://nvc-europe.org/france/
vailler, de nouvelles relations, une nouvelle façon d’acquérir des compétences. Les pro-
cessus d’apprentissage sont au cœur de la démarche.
74. I. Nonaka, H. Takeuchi, La connaissance créatrice – La dynamique de l’entreprise
apprenante, Bruxelles, De Boeck Université, trad. fr. 1997.
Bibliographie commentée 297
Ressources supplémentaires
75. Le site du cabinet Systèmes et Ressources comporte de nombreuses ressources,
notamment sur Nonaka : http://www.syre.com/Nonaka.htm
90. P. Watzlawick et al., Une logique de la communication, Points Seuil, trad. fr. 1972
(1re éd. 1967).
91. S. Peck, Le chemin le moins fréquenté – Apprendre à vivre avec la vie, J’ai Lu, trad. fr.
1987 (1re éd. 1978).
92. I. Stewart, V. Joines, Manuel d’analyse transactionnelle, InterÉditions, trad. fr. 2005
(1re éd. 1987).
93. G. de Terssac, Autonomie dans le travail, PUF, 1992.
94. J. March, H. Simon, Les organisations, Dunod, trad. fr. 1965.
95. H. A. Simon, Les sciences de l’artificiel, Folio Gallimard, trad. fr. 2004 (1re éd.
1996).
96. A. Chardonnet, D. Thibaudon, Le guide du PDCA de Deming – Progrès continu et
management, éd. d’Organisation, 2002.
97. V. Cornet, Ph. Auriol, Le parler-vrai – La méthode Schutz pour être vrai avec soi-
même et avec les autres, ESF éd., 1995.
98. W. Schutz, Joie – L’épanouissement des relations humaines, éd. EPI, trad. fr. 1974
(1re éd. 1967).
99. W. Schutz, L'Élément Humain - Comprendre le lien estime de soi, confiance et perfor-
mance, InterÉditions, trad.fr. 2006 (1re éd. 1994).
100.J. Nizet, Ch. Huybrechts, Interventions systémiques dans les organisations – Intégra-
tion des apports de Mintzberg et de Palo Alto, Bruxelles, éd. De Boeck Université,
1998.
101.R. B. Adler, N. Towne, Communication et interactions – La psychologie des relations
humaines, Laval (Québec), éd. Vivantes, 1991.
102.W. Bridges, Les transitions de vie – Comment s’adapter aux tournants de notre exis-
tence, InterÉditions, trad. fr. 2006.
103.H. Savall, V. Zardet, Maîtriser les coûts et les performances cachés, Economica, 4e éd.
2003.
104.J.-A. Malarewicz, Systémique et entreprise, éd. Village Mondial, 2000.
105.Fr. Fukuyama, La fin de l’histoire et le dernier homme, Champs Flammarion, trad.
fr. 1993 (1re éd. 1992).
106.P. Rosanvallon, La contre-démocratie – La politique à l’âge de la défiance, Seuil,
2006.
107.Fr. Thom, La langue de bois, Julliard, 1987.
108.Ch. Baudelot, R. Establet, Le niveau monte – Réfutation d’une vieille idée concer-
© Groupe Eyrolles
nant la prétendue décadence de nos écoles, Points Seuil, 1990 (1re éd. 1989).
109.I. Yalom, Le bourreau de l’amour – Histoires de psychothérapie, Galaade éd., trad. fr.
2005 (1re éd. 1989).
110.E. Pisani, Vive la révolte – Un vieil homme et la politique, Seuil, 2006.
Bibliographie commentée 299
Introduction
VERS L’AUTONOMIE
Chapitre 1
Les équipes autonomes ont une cote de popularité en demi-teinte ....................................... 13
Chapitre 2
L’organisation demeure un facteur stratégique sous-estimé .............................................................. 15
Chapitre 3
Les organisations en équipes autonomes sont sources de performance .......................... 17
Chapitre 4
M. Taylor fait de la résistance ..................................................................................................................................................... 19
4.1 La remise en cause des pratiques tayloriennes ................................................................................................... 19
4.2 En France, le « Je pense, donc tu suis » taylorien persiste et signe .................................................. 20
Chapitre 5
L’autonomie est une notion et une pratique complexes ........................................................................ 22
5.1 Pourquoi parler d’autonomie au XXIe siècle ? ..................................................................................................... 22
5.2 Quelles différences entre autonomie et indépendance ? ........................................................................... 22
5.2.1 L’individu passe par quatre stades de développement ..................................................................... 23
5.2.2 L’autonomie, c’est le triomphe du lien ........................................................................................................ 24
5.3 Qu’est-ce que l’autonomie met en jeu dans l’entreprise ? ....................................................................... 25
5.3.1 La localisation du pouvoir ................................................................................................................................... 26
5.3.2 La valeur ajoutée attendue de l’encadrement ........................................................................................ 26
5.3.3 La vision de l’homme dans l’entreprise ....................................................................................................... 27
5.3.4 Des rapports sociaux nouveaux ......................................................................................................................... 28
5.4 Être autonome, ou l’utopie comme mode de management .................................................................. 28
5.5 Développer l’autonomie collective ............................................................................................................................... 29
Chapitre 6
Accompagner le changement d’organisation ....................................................................................................... 31
6.1 Intégrer les trois dimensions d’un projet d’équipes autonomes ........................................................ 32
6.2 L’importance de l’accompagnement .......................................................................................................................... 32
Chapitre 7
Rien n’est plus pratique qu’une bonne théorie ................................................................................................... 34
© Groupe Eyrolles
Partie 1
DÉFINIR LE PROJET
Chapitre 1
Qu’est-ce qu’une équipe autonome ? ............................................................................................................................. 47
1.1 Une équipe autonome assure un travail global ................................................................................................. 47
1.2 Les principes de fonctionnement de l’équipe en pratique ...................................................................... 48
1.2.1 Définir les rôles .............................................................................................................................................................. 48
1.2.2 Délimiter le périmètre physique ....................................................................................................................... 49
1.2.3 Définir une mission claire et les objectifs associés ............................................................................... 49
1.2.4 Construire les interfaces .......................................................................................................................................... 49
1.2.5 Assurer une certaine stabilité des opérateurs ........................................................................................... 49
1.2.6 Allouer des ressources ................................................................................................................................................. 49
1.2.7 Animer l’équipe de façon régulière ................................................................................................................ 50
1.2.8 Rétribuer la performance collective ............................................................................................................... 50
1.3 Les incontournables de l’équipe autonome .......................................................................................................... 50
Chapitre 2
Définir le projet par la feuille de route ........................................................................................................................... 51
2.1 Quels sont les objectifs de la feuille de route ? .................................................................................................. 52
2.2 Les livrables sont le travail concret de la feuille de route ......................................................................... 54
2.3 Évaluer les délais ........................................................................................................................................................................... 55
2.4 Allouer des ressources au projet ...................................................................................................................................... 57
2.5 Veiller à la cohérence des 4 éléments de la feuille de route ................................................................... 58
Chapitre 3
Promouvoir le projet en interne par le Business case ................................................................................. 60
© Groupe Eyrolles
Partie 2
MOBILISER L’ENTREPRISE
Chapitre 1
Être informé autant qu’informer : les principes et outils de communication ................ 67
1.1 Appliquer les 6 principes de la communication ............................................................................................... 68
1.1.1 Principe n° 1 : la réalité n’existe pas, il n’y a que des représentations
de la réalité ....................................................................................................................................................................... 68
1.1.2 Principe n° 2 : l’écart entre ce que vous voulez dire et ce qui est retenu
est normal .......................................................................................................................................................................... 69
1.1.3 Principe n° 3 : il est impossible de ne pas communiquer ;
ne pas communiquer, c’est encore communiquer ............................................................................... 74
1.1.4 Principe n° 4 : ne communiquez
que quand vous avez quelque chose à dire .............................................................................................. 76
1.1.5 Principe n° 5 : respectez le rythme d’assimilation des cibles ...................................................... 78
1.1.6 Principe n° 6 : La communication est gourmande :
les intentions ne lui suffisent pas ...................................................................................................................... 82
1.2 Zoom sur deux outils de communication ............................................................................................................. 87
1.2.1 Le plan de communication .................................................................................................................................. 88
1.2.2 L’argumentaire .............................................................................................................................................................. 88
Chapitre 2
Montrer plutôt que dire : les visites d’usines ........................................................................................................... 91
2.1 Pourquoi des visites d’usines ? .......................................................................................................................................... 91
2.2 Qui emmener dans les visites ? ........................................................................................................................................ 93
2.3 Comment organiser la visite ? .......................................................................................................................................... 95
2.3.1 Avant la visite ................................................................................................................................................................ 95
2.3.2 Pendant la visite ........................................................................................................................................................... 95
2.3.3 Après la visite .................................................................................................................................................................. 98
Chapitre 3
Faire prendre conscience plutôt que convaincre :
le diagnostic réalisé par les salariés ................................................................................................................................. 100
3.1 Identifier la dualité intime du changement et de la résistance ....................................................... 100
3.2 Comment susciter l’envie de changer ? ................................................................................................................ 103
3.2.1 Identifier les problèmes en crée davantage que cela n’en résout .......................................... 103
3.2.2 Chercher les causes ne sert pas la cause ................................................................................................... 104
3.2.3 Le Diagnostic partagé, un outil au service du changement .................................................... 104
3.3 Sens, processus et contenu : quelle valeur ajoutée du pilote du changement ? ............... 115
3.3.1 Vivre en petit ce qui sera vécu en grand ................................................................................................ 115
© Groupe Eyrolles
Chapitre 4
Partager, partager, partager : les forums d’échange ............................................................................... 121
4.1 Permettre à l’entreprise d’apprendre ...................................................................................................................... 121
4.1.1 La nécessité de changer vient du personnel .......................................................................................... 121
4.1.2 Un personnel satisfait de sa situation n’a pas envie de changer .......................................... 122
4.2 Résister à la tentation… ..................................................................................................................................................... 123
4.2.1 De la chasse aux sorcières ................................................................................................................................... 123
4.2.2 D’enterrer le dossier ............................................................................................................................................... 125
4.3 Restituer les résultats du diagnostic via le forum d’échange ............................................................. 126
4.3.1 Organiser un forum d’échange ...................................................................................................................... 126
4.3.2 De l’efficacité du forum d’échange ............................................................................................................. 128
4.4 Se garder des dangers du succès de la mobilisation ................................................................................... 129
4.4.1 L’économique et le social marchent ensemble .................................................................................... 129
4.4.2 Tenir un discours du « et » .............................................................................................................................. 130
4.4.3 Le curseur de l’autonomie est fixé par la direction ........................................................................ 131
Annexe
Comment trouver des usines à visiter ? ..................................................................................................................... 136
Partie 3
CONCEVOIR L’ORGANISATION CIBLE
Chapitre 1
Commencer par la périphérie : faire des TAM et des fonctions support
des alliés du projet d’équipes autonomes .............................................................................................................. 139
1.1 Pourquoi débuter par les fonctions support ? ................................................................................................ 139
1.1.1 Faire des fonctions support des « alliés » du projet ........................................................................ 139
1.1.2 Valoriser et rassurer les supports favorise leur implication ...................................................... 140
1.2 Anticiper les questions des cibles du changement ...................................................................................... 140
1.2.1 Revoir l’organisation, pourquoi ? ................................................................................................................ 141
1.2.2 Revoir l’organisation, pour quoi ? .............................................................................................................. 142
1.3 Concevoir le schéma cible d’organisation des fonctions support ................................................. 144
1.3.1 Réaliser la photographie de la répartition des activités
entre fonctions support et production ....................................................................................................... 144
1.3.2 Déterminer le degré d’évolution des activités ..................................................................................... 149
1.3.3 Comment transférer les activités des fonctions support vers la production ? .............. 151
Chapitre 2
Définir le « cœur » du projet : le schéma cible d’équipes autonomes ............................... 153
2.1 Définir l’équipe .......................................................................................................................................................................... 154
2.1.1 Cerner la notion d’équipe est important ............................................................................................... 154
© Groupe Eyrolles
2.1.2 Pas de modèle unique mais des principes communs ..................................................................... 155
2.2 Délimiter le périmètre de l’équipe ............................................................................................................................ 156
2.2.1 Le meilleur principe de délimitation est celui qui fait sens localement ......................... 156
2.2.2 La stabilité de l’équipe est facteur de cohésion .................................................................................. 157
2.3 La taille de l’équipe influe sur la qualité du management .................................................................. 158
Table des matières 307
Partie 4
DÉFINIR LA STRATÉGIE DE DÉPLOIEMENT
Chapitre 1
Sur qui déploie-t-on ? ........................................................................................................................................................................ 181
1.1 Pourquoi fonctionner par pilote ? ............................................................................................................................ 181
1.2 Choisir des pilotes au profil différent .................................................................................................................... 182
Chapitre 2
Que déploie-t-on ? ................................................................................................................................................................................ 184
Chapitre 3
À quel rythme déployer ? ............................................................................................................................................................ 185
Chapitre 4
Comment accompagner les équipes ? ....................................................................................................................... 186
Partie 5
DÉPLOYER L’ORGANISATION CIBLE
Chapitre 1
Les premiers jours de la vie de l’équipe autonome .................................................................................... 195
1.1 William Schutz au service des équipes performantes .............................................................................. 195
1.1.1 L’inclusion, ou le besoin de se sentir important ............................................................................... 196
1.1.2 L’influence, ou le besoin de se sentir compétent ............................................................................... 196
1.1.3 L’ouverture, ou le besoin de se sentir apprécié .................................................................................. 196
© Groupe Eyrolles
Chapitre 2
La première année de la vie de l’équipe autonome : construire ses outils
et ses modes de fonctionnement ...................................................................................................................................... 202
2.1 La carte d’identité de l’équipe ...................................................................................................................................... 202
2.2 Le guide des procédures ..................................................................................................................................................... 203
2.3 Les règles de vie de l’équipe ............................................................................................................................................ 205
2.4 L’espace de communication ........................................................................................................................................... 206
2.5 Les DILO cibles et les fiches de mission ............................................................................................................. 206
2.6 Les transferts d’activités ...................................................................................................................................................... 211
2.7 Les correspondants ................................................................................................................................................................. 211
2.8 Les chartes d’engagements mutuels ......................................................................................................................... 212
2.9 Le plan de progrès de l’équipe ...................................................................................................................................... 212
2.9.1 Bâtir le plan de progrès sur 4 piliers ......................................................................................................... 213
2.9.2 Mettre en œuvre les premières formations ............................................................................................ 214
Chapitre 3
Et après : tableaux de bord et outils de suivi du développement
de l’autonomie .......................................................................................................................................................................................... 216
3.1. Alimenter le processus d’autonomie ....................................................................................................................... 216
3.1.1 Le parcours de développement a de multiples usages ................................................................... 216
3.1.2 Utiliser le parcours de développement ..................................................................................................... 217
3.2 Piloter l’avancement de l’organisation cible .................................................................................................... 224
3.2.1 L’outil de suivi de mise en place de la cible organisationnelle (vision macro) ........ 224
3.2.2 L’outil de suivi du déploiement de la cible organisationnelle (vision micro) ........... 226
Partie 6
METTRE EN PLACE UNE GESTION DES RESSOURCES HUMAINES
FAVORISANT LE DÉVELOPPEMENT DE L’AUTONOMIE
Chapitre 1
La gestion par postes : une GRH inadaptée aux besoins actuels
des entreprises et des salariés ................................................................................................................................................ 231
1.1 La part du travail prescrit dans la création de valeur
se réduit comme peau de chagrin .............................................................................................................................. 231
1.2 La part de travail collectif ne cesse de s’accroître ........................................................................................ 233
1.3 La gestion par postes entrave les capacités mutuelles de l’organisation
et de la GRH ................................................................................................................................................................................ 233
1.4 Questionner le lien entre compétences et performance ........................................................................ 235
1.5 Faire de la GRH la juste rétribution de l’implication des salariés ............................................... 237
1.6 Commencer par l’organisation ou par les compétences ? .................................................................... 238
© Groupe Eyrolles
Chapitre 2
L’alternative de la gestion des compétences : que nous apprennent
les retours d’expérience ? ............................................................................................................................................................ 240
2.1 La démarche de gestion des compétences génère ses propres limites ....................................... 240
2.1.1 Débattre de la difficile question des critères d’équité .................................................................. 240
Table des matières 309
2.1.2 Mettre à profit l’écart d’objectifs entre direction et syndicats ................................................ 242
2.1.3 Gestion individualisée et travail collectif ne sont contradictoires
qu’en apparence ........................................................................................................................................................ 243
2.1.4 Le risque de dérapage salarial n’est pas négligeable ...................................................................... 244
2.1.5 La gestion des compétences élargit-elle vraiment les possibilités d’évolution
professionnelle ? ......................................................................................................................................................... 249
2.2 Pour une gestion des compétences adaptée aux salariés ....................................................................... 250
2.2.1 Faire un bon usage de la polyvalence des salariés ........................................................................... 250
2.2.2 Anticiper la peur de l’échec .............................................................................................................................. 250
2.3 La limitation des budgets alloués à la gestion des compétences .................................................... 250
Chapitre 3
En faveur d’une GRH raisonnable .................................................................................................................................... 252
3.1 Les principales composantes du dispositif de gestion des compétences ................................. 253
3.1.1 La rémunération : collective et variable ................................................................................................ 253
3.1.2 Le référentiel de compétences, base du dispositif ............................................................................. 254
3.1.3 Les situations observables ................................................................................................................................... 256
3.2 Mettre en place le dispositif ........................................................................................................................................... 256
3.2.1 Concevoir les outils compétence .................................................................................................................... 256
3.2.2 Projeter dès le départ le dispositif dans le temps .............................................................................. 258
3.2.3 Utiliser les outils compétence dans une optique de développement
et non de gestion ....................................................................................................................................................... 258
3.2.4 Déployer le dispositif : l’encadrement, encore et toujours ......................................................... 260
3.2.5 Piloter le dispositif en coopération .............................................................................................................. 261
ANNEXES
Annexe 1
Structure d’un référentiel de compétences ........................................................................................................... 265
Métier production : 3 domaines de compétence ..................................................................................................... 265
Métier maintenance : 6 domaines de compétence ................................................................................................. 265
Métier logistique : 6 domaines de compétence ......................................................................................................... 266
Métier qualité/sécurité/environnement : 6 domaines de compétence ................................................. 266
Métier transverse/management : 7 domaines de compétence ..................................................................... 266
Annexe 2
Détail d’un référentiel de compétences (métier Production) ......................................................... 268
Annexe 3
Détail d’un référentiel de compétences (transverse – management) .................................. 270
Annexe 4
Exemple de situations observables (métier Production) 272
© Groupe Eyrolles
.......................................................................
Annexe 5
Exemple de fiche emploi : Conducteur installations niveau A ..................................................... 274
Annexe 6
Charte de management des compétences ........................................................................................................... 277
310 Équipes autonomes – Guide de mise en œuvre
Conclusion
Conduire le changement : l’entreprise peut-elle apprendre
des réformes publiques ? ............................................................................................................................................................. 279
Premier constat : la rhétorique du « pays bloqué » ne résiste pas à l’observation des faits 282
Enseignement pour l’entreprise : intégrer l’accroissement du niveau d’éducation .................... 282
Deuxième constat : si changements il y a eu, ils ont été vécus dans la douleur .......................... 282
Enseignement pour l’entreprise : le sens est premier ......................................................................................... 283
Troisième constat : le discours tenu sur les réformes, quand il y en a un,
est un discours de la contrainte, du non-choix ......................................................................................................... 284
Enseignement pour l’entreprise : assumer sa responsabilité ........................................................................ 284
Quatrième constat : l’État a engagé de nombreuses réformes, qui touchent
toutes les catégories d’acteurs… sauf lui ......................................................................................................................... 285
Enseignement pour l’entreprise : le changement repose sur l’exemplarité ........................................ 286
N° d’éditeur : 3443
xxxxxx
Dépôt légal : Janvier 2007