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Race rouge ancienne à Madagascar

Le document décrit une race indigène rouge qui existait anciennement à Madagascar, distincte des populations noires également présentes. Cette race aux cheveux lisses et à la peau rouge semble avoir disparu vers le 18ème siècle.

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Race rouge ancienne à Madagascar

Le document décrit une race indigène rouge qui existait anciennement à Madagascar, distincte des populations noires également présentes. Cette race aux cheveux lisses et à la peau rouge semble avoir disparu vers le 18ème siècle.

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Bulletins de la Société

d'anthropologie de Paris

Sur une race rouge indigène qui existait anciennement à


Madagascar et sur l'origine des Hovas
Dr Adolphe Bloch

Citer ce document / Cite this document :

Bloch Adolphe. Sur une race rouge indigène qui existait anciennement à Madagascar et sur l'origine des Hovas. In: Bulletins
de la Société d'anthropologie de Paris, IV° Série. Tome 7, 1896. pp. 498-511;

doi : https://doi.org/10.3406/bmsap.1896.5661

https://www.persee.fr/doc/bmsap_0301-8644_1896_num_7_1_5661

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498 46 juillet 1896

vical rib the other with a rudimentary first rib; — W. Turner :


Another heart with moderator band in left ventricle; — Hepburn :
Anomalities of muscles, nerves, heart, vessels and ligaments.

ÉLECTIONS.

M. le prof. Julien Fiuipont, présenté par MM. Manouvrier,


G. de Mortillet, Letourneau, Hervé, Gapitan et Daveluy, est élu
membre associé étranger.
M. Albert Bonnel de Mézières, présenté par MM. Thulié, A. de
Mortillet et Hervé, est élu membre titulaire.

COMMUNICATIONS

Sur une race rouge indigène qui existait anciennement à


Madagascar, et sur l'origine des Hovas.

Par le Dr Adolphe Bloch.

Dans l'une des dernières séances MM. Collignon et Deniker


nous ont fait connaître l'anthropométrie des Malgaches qui se
trouvent en ce moment au Ghainp-de-Mars.
De mon côté j'ai voulu profiter de l'occasion pour comparer ces
Malgaches avec ceux qui avaient été vus à Madagascar par les
explorateurs des xvip, xvm8 et xixe siècles^ et pour étudier leur
origine.
On y voit des Betsimisarakas, des Betsileos, des Hovas, des Sa-
kalaves et des Antaimoros (en tout 75 indigènes des deux sexes,
avec quelques enfants de l'Ouest).
Il y a donc à Paris des indigènes de l'Est, du Centre, et du Sud
de Madagascar; il me semblait, par conséquent, que les éléments
étaient assez nombreux pour le but que nous nous proposions.
On remarque des individus complètement noirs ou à peu près
(Sakalaves), d'autres de couleur brune plus ou moins foncée
(Betsimisarakas et Hovas), d'autres enfin jaunâtres (Hovas).
La chevelure également est très différente d'une tribu à l'autre ;
ainsi les Sakalaves ont les cheveux courts et crépus, les
Betsimisarakas peuvent avoir la même chevelure ou être frisés, les Hovas
ont les cheveux lisses, mais ils peuvent être frisés et même crépus.
La coloration de la peau et la chevelure varient, non seulement,
d'une population à une autre, mais encore d'un individu à un
ADOLPHE BLOCII. — ORIGINE DES HOVAS 493

'
autre d'une même peuplade, et cependant ce sont tous: des
Malgaches.
Cette même variété de couleurs et de chevelures existait déjà
lors des premières explorations faites à Madagascar c'est-à-dire
au xvne siècle.
Nous avons même constaté, en faisant des recherches dans les
auteurs, qu'il y avait anciennement dans l'île, une race
particulière qui n'existe plus aujourd'hui, et que nous allons décrire.

Sur la race rouge ancienne de Madagascar.

Les auteurs les plus anciens qui aient laissé des descriptions,
quelque peu détaillées, sur les caractères extérieurs des Malgaches
sont : F. Gauche (1651), de Flacourt (1658) et Du Bois (1674), car
les premiers navigateurs, portugais et hollandais qui visitèrent File
de Madagascar, appellent les indigènes simplemement noirs ou
maures, ainsi qu'il résulte des recherches historiques de M. Gran-
didier sur ce suj et l .
F. Gauche, dont le voyage a été exposé par Morisot, raconte
qu'il débarqua du côté du Sud-Est, dans la baie de Sainte-Luce, et
que trois jours après son arrivée « le roi de cette province vint le
« trouver avec une suite de 400 hommes, tant blancs que noirs,
« ayant la tête, les pieds et les jambes nus... Le Roi avait le teint
« un peu enfumé, mais plus blanc que ne sont les Castillans... les
« cheveux étaient longs et arrondis par le dessous au lieu que
(c ceux des nègres qui l'accompagnaient, étaient troussés par le
« dessus... 11 était d'une taille fort haute, très proportionné en
« tous ses membres, le visage hardi, sans barbe, la langue et les
« dents, de même que ceux de sa suite, noires... Les noirs ou
« nègres, car il y en a d'olivâtres entre le blanc et le noir n'étaient
« camus comme sont ceux de la terre ferme, ayant les lèvres
« proportionnées, de même que nous les avons,,. Les blancs sont
« les maîtres de l'île. »
Morisot qui a annoté le récit de Gauche, fait à ce sujet la réflexion
suivante : « la commune opinion est que ces blancs soient venus
« de la Chine, mais je croirais plutôt qu'ils sont race d'Européens,

1 Grandidier. — Hist, de la géographie de Madagascar, Paris, 1885.


500 16 juillet 4896

« pas un d'eux n'ayant le nez ni le visage plat comme les Chi-


« nois1. »
Plus loin Cauche ajoute que ces Malgaches blancs étaient
cependant plus foncés que les Européens.
Flacourt est plus explicite relativement à la couleur réelle des
indigènes blancs, qu'il vit a Madagascar, car il fait remarquer
qu'ils ont la peau rouge, et il y revient à trois reprises différentes.
Comme l'auteur précédent il rencontra deux sortes de Malgaches
(du côté du Sud-Est) : les Blancs et les Noirs « les premiers, dit-il,
« ont la peau rouge et les cheveux longs, point ou peu frisés, et
« s'appelent Zafferamini, issus de la lignée d'Imina, mère de
« Mahomet. Leurs ancêtres étaient venus dans l'île 500 ans aupa-
« ravant. D'autres blancs, mais plus basanés que les précédents,
« et de même souche, paraît-il, étaient arrivés depuis 150 ans,
« envoyés par le calife de la Mecque pour instruire les Mal-
ce gâches2. »
De Flacourt ne dit rien de particulier sur les noirs du pays, mais
son ouvrage contient des dessins de Malgaches blancs et noirs.
Ces derniers y sont représentés avec des cheveux courts et crépus,
un nez plus ou moins élargi à la base, mais non aplati.
Quant aux blancs, ils ont le nez saillant, des lèvres fines, et
pour le reste une physionomie quasi-européenne, mais pas
l'ombre de barbe. Un troisième voyageur, Du Bois, raconte que les
Malgaches ne sont pas très noirs de corps et qu'il y a des rougeâtres
et mulâtres en quantité 3.
Aux descriptions des auteurs précédents nous pouvons en
ajouter une quatrième qui s'en rapproche et qui est relativement
assez ancienne, puisqu'elle date de 1722. C'est celle de Carpeau du
Soussaye.
« Les habitants de Madagascar, dit-il, sont de deux sortes : les
« noirs et les blancs. Ils sont presque nus, à la réserve de leurs
« parties qu'ils couvrent. Les blancs portent des cheveux fort
« longs, les noirs les ont cotonnés. Les blancs ne sont distingués
« des noirs que par leur teint et leur chevelure, car pour ce qui

1 Morisot. Relation du voyage que François Cauche a fait à Madagascar.


In : Relations véritables et curieuses de l'île de Madagascar et du Brésil.
Paris, 1651.
2 Flacourt (de). Hist, de la grande Ile de Madagascar, Paris, 1657.
3 Du Bois. Le voyage fait par le sieur D. B. aux isles Dauphine ou
Madagascar et Bourbon ou Mascarenne, Paris, 1674.
ADOLPHE BLOCH. — ORIGINE DES HOVAS 501

« est du reste, ils sont les uns et les autres grands et bien faits l . »
(L'auteur reproduit dans son livre les mêmes dessins que ceux de
Flacourt).
Ainsi l'on peut conclure de ce qui précède qu'il existait, au
xviie siècle, dans le sud-est de Madagascar, qui était la partie la
plus fréquentée par les navigateurs, une variété d'indigènes ayant
des cheveux longs et presque lisses, la peau rouge, les traits
européens, sans barbe, variété absolument distincte d'une autre
population indigène qui était noire.
De quelle autre race peut-on rapprocher ces soi-disant blancs de
Madagascar?
Ce n'était pas des Malais, avec lesquels ils n'avaient aucune
ressemblance.
Ce n'était pas non plus des Arabes, ni des Indous musulmans,
car les blancs Zafferamini de Flacourt, qui se disaient de souche
arabe, n'en avaient pas conservé le type.
Quant aux juifs qui, d'après Flacourt, avaient occupé l'ile Sainte-
Marie, autrefois dénommée Nossi-Ibrahim, ils n'ont pu se
multiplier à Madagascar, pas plus que les Arabes ; mais il est inutile,
croyons -nous, de chercher à assimiler ces Malgaches rouges à
une race extérieure, car ils devaient être autochtones. En effet, ils
parlaient la même langue que les autres indigènes; ils avaient les
mêmes mœurs et les mêmes habitudes qu'eux; bien plus, ils mar-
nr^îmrirprasqnp, mm nomme 1orl4wii^s^iiias-ertiQ]xrfl.ip.nt,. L
différence, au point de vue social, consistait dans ce fait que les
blancs étaient les seigneurs du pays et qu'ils se faisaient porter
par les noirs.
Si l'on compare maintenant ces descriptions anciennes avec
celles de nos jours, on trouve une notable différence, et l'on peut
constater qu'une race semblable n'existe plus aujourd'hui à
Madagascar; elle aurait même déjà disparu dès le xvme siècle, suivant
la remarque, faite à cette époque, par l'astronome Le Gentil (1761-
69). Ce fait lui parut assez intéressant pour ne pas le laisser
inaperçu, et il le signale en ces termes :
« Actuellement, dit-il, il n'y a ni Rohandiïan au Fort-Dauphin
« (Sud-Est), ni Anacbandrian , c'est-à-dire que cette espèce
« d'hommes blancs ou plutôt rouges, transportés des sables de la

i Carpeau du Saussay. Voyage de Madagascar, connu aussi sous le nom


d'île de Saint-Laurent, par M. de De Y., Paris, 1722.
502 16 juillet 1896

« Mecque au Fort-Dauphin, n'y subsiste plus. Cette race s'est


«éteinte; s'il en reste encore quelques traces, comme on l'assure
« dans le pays, ses restes se trouvent dans les montagnes fort
éloignées. »
Le Gentil supposait même que les Oves (Hovas) étaient des
descendants abâtardis ou dégénérés de cette race rouge, et un auteur
moderne, le Dr Lacaze, de l'île de la Réunion, est encore plus
affirmatif sur ce point, car il dit que la race hova est la même
que cette race particulière du sud et du nord-est de Madagascar,
décrite par Placourt, et qui, plus tard, disparut de ces régions1.
Il y avait encore, selon Flacourt, une autre race rouge à
Madagascar, et qui, paraît-il, était anthropophage (elle mangeait les
malades incurables) ; mais il ne la connaissait que par ouï-dire, et
elle était toute différente de la précédente. « Ces barbares, disait-il,
« avaient les yeux petits, la face large, les dents aiguës, le nez
« très camus, les lèvres très grosses, les cheveux frisés et courts,
« la peau rouge, sans barbe et les jambes grêles. »

II

Sur l'origine des Hovas.

Presque tous les anthropologistes admettent que les Hovas, de


la caste des nobles (Andriana), sont d'origine malaise, parce que
la langue malgache a une grande affinité avec celle des Malais, et
parce que les Hovas sont considérés comme ayant une grande
ressemblance avec ce dernier peuple.
La parenté des deux langues ne fait l'objet d'aucun doute, et
sous ce rapport les linguistes sont tous d'accord. Ainsi, notre
savant collègue, M. Ollivier-Beauregard, nous a appiis que le
malgache renferme environ 96 mots malais sur les 120 termes les plus
usuels2.
Mais, en ce qui concerne la ressemblance des deux races, elle
n'est pas aussi manifeste qu'on veut bien le dire.
Je ne vois aucun caractère malais chez les Hovas du Ghamp-de-
Mars, ni chez ceux qui se trouvent décrits dans les auteurs, et

1 Lacaze (Dr). Souvenirs de Madagascar : voyage, histoire, population,


mœurs, institutions, avec une carte. Paris, 1881. '
2 Bull. Soc. Anth., 1886, p. S26.
ADOLPHE BLCCH. — ORIGINE DES HOVAS 503

pour les anthropologisi.es qui ont visité les Malais de la Sonde et


de Java, à l'Exposition universelle de 1889, ils peuvent se
rappeler que la conformation extérieure des Sondaniens et des
Javanais est tout autre.
On reconnaît un Malais au premier abord, rien qu'à ses petits
yeux, à moitié fermés, et il est difficile de l'oublier.
Il n'y a que la coloration plus ou moins jaune de la peau, qui
pourrait rapprocher les deux peuples, mais ce seul caractère
anthropologique ne suffit pas pour assimiler les Hovas aux Malais.
Au surplus, l'on dit même qu'il y a des Hovas dont le teint est
beaucoup plus clair que celui des Malais, et qu'il se rapproche de
celui des habitants du sud de l'Europe (Audebert, 1882).
D'ailleurs, le Hova n'a pas les yeux obliques, ni les paupières bridées;
il n'a pas la même conformation du nez, ni les mêmes dents, ni la
même chevelure que les Malais, etc. En outre, il existe des Hovas
qui ont les cheveux frisés et même crépus, et qui ressemblent si
peu à des Malais que certains voyageurs, comme Hartmann (1886)
et Keller (1887), les comparent, soit à des Italiens fashionables ! soit
à des Hongrois, voire même à des Allemands du sud de
l'Allemagne. Somme toute, il y a une grande diversité dans la
conformation du type hova, et cette variabilité, nous pouvons la
constater chez les différents membres d'une même famille. Ainsi,
parmi les Malgaches du Ghamp-de-Mars se remarquent trois jeunes
très
clair. Or, des deux frères, l'un a les cheveux crépus, et l'autre, au
contraire, a les cheveux complètement lisses et peu différents de
ceux des Européens. Quant à la jeune fille, elle paraît avoir des
cheveux lisses, mais ils ont une forte tendance à friser
naturellement.
Examinons maintenant la valeur des traditions historiques de
Madagascar, sur lesquelles on s'appuie pour affirmer l'origine
malaise du Hova. Suivant le P. Abinal, qui a fait un séjour de
20 ans dans l'île, on y connaîtrait deux traditions différentes :
l'une qui est rapportée par les Sakalaves, l'autre par les Hovas
eux-mêmes.
Origine des Hovas racontée par les Sakalaves. — « Les Amboas-
« Lambos (qui tient du chien et du porc), c'est-à-dire les Ho-
« vas, sont venus d'au delà des mers. Le navire qui les portait
« se brisa sur les côtes de Madagascar... Les naufragés s'éta-
« blirent d'abord près de l'Océan, sans se mêler aux habitants
504 16 JUILLET 1896

« du pays. Les fièvres faisaient parmi eux de nombreuses


« victimes... Cependant, ils se multipliaient peu à peu... Les
« indigènes en furent jaloux et leur suscitèrent d'abord de
mince ces querelles qui se changèrent plus tard en combats meur-
« triers. Les Amboas-Lambos furent vaincus et presque exter-
« minés. Or, un jour, après une sanglante défaite, ils prirent
« le parti de se retirer vers l'intérieur de l'Ile; leur nombre était
« fort réduit alors; il n'y avait peut-être pas 100 hommes en état
« de porter les armes. Ils partirent donc avec leurs femmes et
« leurs enfants... Ils se fixèrent dans le centre du pays et s'y
« multiplièrent rapidement... Les Amboas-Lambos sont venus à
« Madagascar après les Silamos (Arabes musulmans) »4.
Origine des Hovas d'après leurs propres traditions. — « Les Hovas
« sont très sobres de récits sur leur arrivée dans le plateau inté-
« rieur de l'île. LesVazimbas, disent-ils, étaient autrefois les maître
« de la province que nous habitons aujourd'hui ; c'était une peu-
« placle ignorante, grossière et pauvre; elle ne savait pas travail-
« 1er le fer, et ce fut la principale cause de son infériorité dans la
« guerre qu'elle eut à soutenir contre nos premiers rois. Les
« Vazimbas furent défaits en maintes rencontres, et sous Andrian-
« jaka, le cinquième de nos rois, le premier qui s'établit à Tana-
« narive (1607?), ils quittèrent définitivement le pays2. »
Les premiers essais de souveraineté des Hovas, dans l'Imérina,
ne remonteraient pas au delà de la première partie du xvic siècle,
d'après le P. Abinal.
Nous avons exposé tout au long les principales parties de ces
deux traditions pour bien faire voir les différences profondes qui
les séparent.
Ainsi donc, ce sont les Sakalaves qui soutiennent que les
Hovas arrivèrent de l'extérieur; quant aux Hovas eux-mêmes ils
n'ont jamais entendu raconter que leurs ancêtres étaient venus
d'au delà des mers, tout au plus s'ils disent que ceux-ci sont
émigrés du Sud-Est de l'île.
Il est aussi nécessaire d'ajouter que les Sakalaves furent
autrefois les plus puissants à Madagascar, et qu'étant devenus les
ennemis jurés des Hovas, ils peuvent bien pour cette raison les

1 Abinal (Le P.). Vingt ans à Madagascar : colonisation, traditions


historiques, mœurs et croyances. PariSj 1835.
2 Log. cit.
ADOLPHE BLOCH. — ORIGINE DES HOVAS 505

faire passer pour des étrangers. Notons encore que, d'après la


tradition sakalave, les Hovas ne seraient survenus qu'après les
Arabes musulmans; cette tradition, ne peut donc remonter au
delà du vne siècle ; mais à cette époque la langue malaise devait
déjà renfermer des mots sanscrits qui ne se retrouvent pas dans
la langue Malgache, et M. Marre un linguiste hollandais de
Batavia, qui a fait une étude particulière de ce sujet, a démontré
que la séparation du Malgache d'avec la langue de l'Archipel
indien, a dû se produire avant l'établissement de l'hindouisme à Java
et à Sumatra; la langue malgache, dont le hova ne diffère
nullement, est donc de très ancienne formation. Au reste, d'après
M. Audebert qui a fait une enquête, à Madagascar (1882) sur
l'authenticité des traditions malgaches, celles-ci ne se reporteraient
que de quelques siècles en arrière, et elles ne mentionnent que
les Arabes et les Nègres africains, mais d'immigrants malais il
n'en est question nulle part.
Enfin, suivant le P. Lareyssière (1884) la plupart des habitants
seraient, a l'égard du passé, dans la plus profonde ignorance, et
les événements, qui remontent au delà du commencement de ce
siècle, leur seraient totalement inconnus.
Mais la langue malgache-malaise n'est pas seulement celle des
Hovas elle est encore celle de toutes les autres races de
Madagascar. Il faut donc retrouver s'il est possible l'origine des Betsimi-
ka^dres^aicaiaTe^d^s4}eisMéev^ que celle des-
Hovas.
Nous pensons que toutes les races de Madagascar, les Hovas
comme les autres, sont autochtones, et qu'elles sont issues d'une
même population primitive, dont il s'agit de déterminer le type et
l'origine.

En ce qui concerne sa coloration, l'on peut assurer qu'elle était


noire, car la population actuelle l'est encore en grande partie, avec
des nuances plus ou moins foncées, suivant les localités et suivant
les tribus.
D'autre part, à l'occident de Madagascar se trouvent les noirs
africains, et a l'orient les noirs océaniens Négrito et Papous, que
l'on considère comme les premiers habitants de l'archipel.
Que Madagascar soit donc une île africaine ou qu'elle soit une
terre océanique, elle ne pouvait pas avoir d'autres habitants
primitifs qu'une race de couleur noire apparentée ayec l'une des pré-
506 16 JUILLET 1896

cédentes. Mais ce n'est pas de l'Afrique que pouvaient venir les


premiers immigrants, puisque la langue malgache est toute
différente des langues africaines voisines. Reste donc l'Orient, et en
effet, non seulement la langue, mais encore le passé géologique, la
faune et la flore de Madagascar démontrent que l'île a été
autrefois une dépendance de l'Archipel indien.
Le dialecte malgache étant très voisin du battak de Samatra et
du tagalog des Philippines, il en résulterait d'après MM. Grandidier {
et Hamy, que la population de Madagascar, à part les Hovas
nobles, serait d'origine indonésienne, et ce qui confirmerait
encore cette parenté, d'après ces observateurs, c'est que les mœurs,
les usages et les habitudes des Indonésiens et des Malgaches
auraient une grande analogie.
« Lé terme indonésien, dit M. Hamy, est appliqué depuis quel-
« ques années en ethnologie comme en linguistique, à des peuples
« et à des dialectes formant dans le vaste ensemble malayo-polyné-
« sien, une grande subdivision aux contours fortement arrêtés, et
« dont les limites s'étendent depuis l'Himalaya oriental aux der-
« nières îles de la Sonde. Tous ces peuples indonésiens offrent un
« grand nombre de caractères physiques, intellectuels et moraux,
« qui se retrouvent plus ou moins intacts chez tous les Malgaches » 2

Un auteur anglais, M. Waké (1882), croit même que les Hovas


sont d'origine indo-chinoise.
Je ferai remarquer cependant que les Indonésiens en général,
commes les Battaks, les Dayaks ou autres, sont représentés comme
ayant des cheveux lisses, le nez droit et plutôt mince, et une peau
relativement claire, qui ne se retrouvent pas chez les Sakalaves,
chez les Bessimisarakas, etc.
Les différences sont trop sensibles pour que l'on puisse les
rapprocher, et je crois que la population primitive de Madagascar
était plutôt apparentée avec la race Négrito qui occupait jadis la
Malaisie et qui, entre autres caractères anthropologiques, offre une
petite taille, des cheveux crépus et le teint noir. Or les Vazimbas
que les Hovas eux-mêmes considèrent comme ayant habité ï'Imé-

1 Grandidier. Madagascar et ses habitants : discou s lu dans la séance


publique annuelle des Académies, le 25 octobre 1886. Revue générale des
sciences pures et appliquées, 30 janvier 1895.
2 Hamy. Les races humaines de Madagascar. Leçon faite au muséum e,n
1893. (In Revue scientifique).
ADOLPHE BLOGH. — ORIGIXIi DES H WAS 507

rina avant eux, étaient une race noire de petite taille. En outre la
langue de certains Negritos se rapproche de tagalog comme la
langue malgache elle-même i. Il ne semble pas qu'il y ait eu
antérieurement d'autres habitants dans l'île, car on n'y a pas trouvé
de silex caractéristiques d'un âge de la pierre ; mais le Malgache
était déjà contemporain de l'oiseau gigantesque appelé Aepyornis
et de l'hippopotame, puisqu'on y a découvert des ossements fossiles
de ces animaux, sur lesquels se remarquaient des entailles faites
de main d'homme. M. Milne-Edwards, pense que ces animaux ont
disparu, à une date relativement récente 2.
Etant donc admis que la plus ancienne population de
Madagascar appartenait à une race négroïde ou noire, comment
comprendre que toutes les races actuelles de ce pays en soient les
descendants?
Je rappelerai que la population actuelle est encore généralement
noire. Pour les Sakalaves, les Betsimisarakas et beaucoup
d'autres tribus, le fait n'est pas douteux, et quant aux Hovas, s'il y
en a qui sont peu foncés, il en existe d'autres qui ont des
caractères nigritiques sur lesquels tous les explorateurs ont insisté.
Les descriptions des auteurs peuvent toutes, sans exception, se
résume en ces quelques mots : Le Hova est olivâtre mais beaucoup
d'entre eux sont noirs et ont les cheveux frisés ou crépus. Cette
coloration noire est si peu une exception parmi les familles nobles de
Tananarive qu'aria cour même, d'après MTTmsDTr7iarin3niear-de4ar-
peau est comptée pour rien dans la distinction de la naissance 3.
On dit que c'est le croisement avec des Malgaches noirs quia
rendu certains Hovas plus foncés. Pourtant, les mélanges ne
doivent pas être fréquents puisque les Hovas nobles, qui sont soi-
disant d'origine Malaise, ne doivent pas s'allier avec les Hovas
bourgeois qui sont de couleur foncée, et que ceux-ci ne peuvent
pas se mélanger avec la classe des esclaves.
Nous croyons qu'il y a des Hovas foncés, parce que le fond
originaire de cette population était noire comme toutes les autres
populations malgaches, et quant aux Hovas olivâtres c'est la

1 Vivien de St-Martin et Rousselet. .Nouveau Dictionnaire de géographie


universelle (1890).
2 Milne-Edwards. La fauna de Madugascar. Leçon faite au muséum
d'histoire naturelle (1893).
3 Vinson (Dr). Voyage à Madagascar, au couronnement de Radatm II.
Paris, 1865.
508 16 juillet 1896

variabilité physiologique et indépendante des milieux, qui a


occasionné la diminution du pigment cutané.
Du reste, ce n'est guère que depuis 150 ans environ que les
Hovas font parler d'eux, et c'est seulement du xvie siècle que
datent leurs premières tentatives de domination sur l'Imérina,
ainsi que nous l'avons vu d'après le P. Abinal. Gela prouve
qu'auparavant ils n'étaient pas encore assez nombreux pour former une
nation compacte, capable d'acquérir la suprématie sur les autres
Malgaches.

La transformation physique et morale d'un peuple est


naturellement très lente parce que l'hérédité, autant que possible,
s'efforce de maintenir les caractères primitifs.
Donc, peu nombreux au début, les Malgaches jaunes se
multiplièrent ultérieurement lorsque la variabilité l'emporta sur l'hérédité
de race. Mais du moment que la pigmentation de la peau
diminuait, le système pileux devait également se modifier par
l'allongement des cheveux et par la disparition de leur frisure, un voit
même des Hovas qui ont de la barbe, contrairement à ce qui se
remarque chez les Malais, et comme dans l'île il n'y a pas de race
barbue indigène, on ne dira pas que c'est le mélange qui a entraîné
le développement de la pilosité chez ces Malgaches.
Bien d'autres modifications ont encore lieu sous l'influence de la
variation corrélative ; mais, chez les Hovas, la modification s'est faite
dans un sens, chez les Betsimisarakas dans un autre, et les divers
noms de peuples, tels que Hova, Betsimisaraka, Sakalave, Bet-
sileo, etc., correspondent à autant de variétés de races, qui ont
évolué séparément, chacune dans une autre direction.
■En résumé : la race malgache primitive était noire et apparentée
avec les nègres océaniens.
Les Hovas ne sont pas des Malais; ils sont issus de cette race
primilive, comme toutes les autres populations de Madagascar.

Quels sont maintenant les résultats fournis sur l'examen des


crânes malgaches?
Là aussi, il y a une grande diversité, comme pour les caractères
extérieurs, non seulement entre les diverses races de l'île, mais
encore entre les crânes d'un même groupe d'individus.
Ainsi, sur six crânes sakalaves des Crania ethnica, deQuatrefages
et Ilamy (1882), la moyenne de l'indice céphalique de largeur est
ADOLPHE BLOCK. — ORIGINE DES HOVAâ 509

74,71, et pour six autres crânes du même peuple, mesurés par


Virchow, la moyenne est de 82,2.
L'indice nasal est aussi très variable. Ainsi, sur quatre crânes
étudiés par M. Bordier, la moyenne est de 49, c'est-à-dire que
l'indice est mésorrhinien ; mais sur ces quatre crânes, il y en a deux
qui sont leptorrhiniens : 42^5 et 46,6, et un autre qui est platyr-
rhinien, comme chez le nègre : 55.1. Au contraire, sur quinze
crânes malgaches, décrits par Broca, la moyenne est de 54,46,
c'est-à-dire que l'indice nasal est platyrrhinien1.
Il est évident que les chiffres, indiqués par les différentes
observations que nous venons de citer, sont tous exacts, mais l'écart
tient sans doute à la grande variabilité du type malgache.
Les Bulletins de la Société d'Anthropologie (1886) contiennent
aussi des moyennes obtenues sur cinq crânes hovas et trois crânes
sakalaves, par M. Trucy, médecin de la marine à Madagascar, en
1885. Ces crânes sont déposés au musée Broca, et l'on remarque
qu'ils sont plus ou moins dolichocéphales et prognathes.

Discussion.

M. Zaborowski. — Assurément, et il est bon de le répéter, nous


ne connaissons pas tous les éléments ethniques qui entrent dans
la composition de la population malgache. Mais nous avons des
certitudes à l'égard des origines des principaux d'entre eux. Je
ne suis pas du tout surpris des remarques de M. Bloch 1er propos
des relations avec les Gallas. Un homme qui connaissait bien
Madagascar, M. Froberville a depuis bien longtemps (1839) rapproché
les Wazimbas mystérieux des Gallas. Et il est manifeste que si les
Sakalaves appartiennent au groupe Cafre, ils se rattachent plus
directement encore que les Bantous à la région éthiopienne. Les
ethnologistes ne mettent pas en doute leurs affinités africaines.
Pour les démontrer, j'ai personnellement ajouté quelques
arguments à ceux qui étaient déjà connus. Ainsi, par exemple, on
connaît de longue date les passions des Malgaches pour la viande
de bœuf. A certaines fêtes tous se saoulent de cette viande. Or où
retrouve-t-on des goûts identiques? Uniquement chez les pasteurs
de l'Ethiopie, Abyssins et Gallas. Et le bœuf malgache lui-même,
c'est le bœuf à bosse de l'Inde. D'où les pasteurs Sakalaves
l'auraient-ils amené sinon de la région éthiopienne où il est indigène

* Bordier (A.). Instructions pour l'île de Ma lagascar. Paris, 1878.


510 16 JUILLET 1896

depuis un temps immémorial et d'où il a été répandu dans le


reste de l'Afrique? Les Sakalaves rappellent d'ailleurs eux-mêmes
par plus d'un trait les pasteurs déprédateurs de l'Afrique orientale.
Je me suis occupé de la circoncision en Afrique, et à Madagascar
aussi. Or, dans le mémoire que j'ai présenté au Congrès de
Bordeaux (F. L 'Anthropologie) , on verra que les détails de la cérémonie
telle qu'elle était pratiquée dans toute l'île et chez les Hovas eux-
mêmes, rappellent les uns l'Abyssinie, les autres les usages des
Amakouas,
De plus en considérant certains portraits d'Antenkars il est
impossible de ne pas être frappé de leur physionomie Souahéli.
Comme M. Blpch, j'ai vu avec quelque surprise que tous les
Hovas amenés au Champ-de-Mars par MM. Barbier n'avaient
nullement les cheveux raides mais plutôt crèpelés. Mais ce n'est pas
là une objection à l'origine malaisienne des Hovas. Je ne partage
pas l'opinion de ceux qui les donnent comme des Malais purs.
Mais il n'y a pas d'obstacle à l'admission de la légende d'après
laquelle ils seraient venus par bateaux isolés. Les courants
maritimes exposent en effet tous ceux qui s'écarteraient à quelque
distance des îles de la Sonde, à être entraînés sur les côtes de
Madagascar C'est probablement par immigrations successives que
les Hovas sont venus ainsi à Madagascar. Et quant à leur
confinement actuel sur le plateau central, je l'ai expliqué par cette
circonstance qu'ils ne supportent pas plus que nous le mortel
climat des côtes. Ceux donc qui sont restés dans la région côtière
ont disparu ou se sont fondus avec l'élément noir seul résistant.
Ceux qui, au contraire, ont pu pénétrer au~centre se sont
grandement multipliés. Les influences mésologiques sont les seules causes
en raison desquelles ils paraissent ainsi, tout en étant venus par
mer, avoir conquis le plateau intérieur, sans s'être emparés du
littoral, ce qui est absurde. Ils ne sont probablement pas les
premiers ni les seuls qui ont de la sorte conquis l'indigénat à
Madagascar. Ainsi on ne connaît pas assez les Betsileos et on a peut
être méconnu leur importance. Ce sont de grands cultivateurs
de riz. Et cette culture répandue dans toute l'île y paraît fort
ancienne. Or si le bœuf vient d'Afrique, tel ne peut-être le cas du
riz qui y est d'introduction récente. Il ne peut venir que de l'Inde
ou de la Malaisie. Certaines habitudes végétariennes et ces
menhirs, ces gracieux poteaux en bois sculpté des Betsileos m'ont
fait songer à l'Inde.
ADOLPHE. BLOCII. — ORIGINE DES HOVAS 511

D'autres traits de moeurs chez les Hovas les rattachent


indubitablement a l'archipel de la Sonde, à Sumatra, aux Battaks qui ont
atteint une certaine culture, à l'Indo-Chine. C'est chez nos
sauvages de l'Indo-Chine que se trouve le prototype de
l'instrument de musique, le vali dont un joueur se trouve au Champ-
de-Mars. La douceur et l'harmonie d'un instrument aussi simple
m'a véritablement surpris et charmé. Le soufflet de forge hova
est aussi le soufflet des Mois indo-chinois. Mais c'est surtout avec
les Madurais que les Hovas, M. Grandidier l'avait déjà observé,
présentent la plus grande ressemblance. Il est facile de s'en
assurer. Or les Madurais sont des Malais métissés de sang indien.
Ainsi s'expliquent fort bien les cheveux crépelés des Hovas,
même sans l'intervention des Malgaches noirs.
MM. Letourneau, Collignon et Hervé, présentent des remarques
au sujet de la question traitée par M. Bloch.
M. Bloch. — On parle de mélanges toutes les fois que l'on
cherche à s'expliquer l'origine d'un type déterminé. Mais les races
humaines ne se mélangent pas si facilement qu'on le croit et, du
reste, le type intermédiaire qui peut en résulter n'est pas stable.
C'était d'abord a tous les Hovas, sans distinction, que l'on
attribuait une origine malaise, maintenant on ne l'admet plus que
pour les Hovas de la caste noble. Mais, pour nous, ceux-ci ne sont
pas plus Malais que les Hovas bourgeois, et ce n'est pas le
croisement avec une race jaune quelconque, venue de l'extérieur, qui a
pu donner naissance aux indigènes à peau jaunâtre, que l'on
retrouve, d'ailleurs, dans diverses tribus de Madagascar, autres que
celles de FImérina.
Les Malgaches jaunes ont dû se former comme se forment
toutes les variétés de l'espèce humaine, c'est-â-dire sous l'influence
de la variabilité qui caractérise tous les êlres vivants, et qui joue
un rôle tout aussi important que l'hérédité dans les phénomènes
de l'évolution.

M. Manouvrier fait une communication sur le poids des divers


lobes cérébraux d'après une étude des registres de Broca.
Ce travail sera publié ultérieurement.

L'un des secrétaires : A. Viré.

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