La Pléiade
Groupe de poètes français du XVIe siècle, réunis autour de Pierre de Ronsard et de Joachim
Du Bellay, qui préconisent l'imitation des auteurs antiques ou italiens et privilégient les
premiers le sonnet et l’alexandrin. Le terme, devenu classique depuis Sainte-Beuve (XIXe
siècle), désigne également le courant poétique qu’ils représentent.
UNE « CONSTELLATION POÉTIQUE »
Le nom de La Pléiade fait référence à celui d'un groupe de sept poètes (dont Apollonios de
Rhodes, Callimaque et Théocrite) qui ont vécu à Alexandrie au IIIe siècle av. J.-C., sous le
règne de Ptolémée II. Au XIVe siècle, le nom de Pléiade est par ailleurs associé à sept poètes
et sept poétesses de la région de Toulouse ; il désigne aujourd'hui les écrivains qui se
réunissent en 1553 autour de Ronsard pour définir les modalités d'un projet poétique de
grande envergure : Du Bellay, Pontus de Tyard, Belleau, Peletier du Mans, Baïf, Jodelle et
Jean de La Péruse. Mais la liste des sept astres de cette « constellation poétique » (ainsi
dénommée par allusion aux sept filles d’Atlas et de Pléioné, les Pléiades), est variable et
comprend parfois d’autres noms, comme Des Autels ou Dorat, philologue et grand
connaisseur des Anciens.
Un esprit commun rassemble ces poètes : « orgueil d’aristocrates dévoués à la royauté et fierté
d’être français, sentiment très haut et intransigeant de la vocation poétique, recherche ardente
et assidue de l’expression la plus efficace, des formes les plus harmonieuses, goût vif et
délicat pour les voluptés terrestres et nostalgie des réalités de l’au-delà » (G. Demerson). Ils se
présentent, Ronsard en premier lieu, comme des poètes élus, gommant la notion de travail
poétique au profit de la « fureur sacrée » de l'inspiration, semblable à l'« enthousiasme »
platonicien.
LA « DOCTRINE »
Dans Défense et Illustration de la langue française (1549), manifeste inaugural de la
révolution littéraire apportée par La Pléiade, Du Bellay se propose de donner une nouvelle
impulsion à la littérature en introduisant dans la langue française des mots empruntés
notamment au grec et au latin, en imitant de nombreuses formes de la littérature antique
jusque-là ignorées ou délaissées par les auteurs français, et en multipliant les traductions des
auteurs anciens ou italiens. Les poètes de La Pléiade redonnent ainsi dynamisme et splendeur
à l’ode, à l’hymne, au discours, à l’épître, à l’élégie, à l’églogue, à l’épigramme ou à la satire.
Ils prônent l’imitation des génies anciens (Ovide, Horace, Anacréon, Virgile, Plaute, Lucien,
etc.) et s’inspirent des thèmes de la mythologie gréco-latine. Sous l'influence du poète italien
Pétrarque, ils idéalisent l'émotion amoureuse et l'image de la femme. Les premiers, ils
privilégient le sonnet et l'alexandrin. Leurs poèmes sont souvent mis en musique par les
compositeurs de leur temps. Sur le plan dramatique, ils réinventent la tragédie (Jodelle) et
actualisent la comédie (Jodelle puis Belleau et Baïf) ; enfin, Ronsard nationalise l’épopée
avec la Franciade.
APPORTS ET POSTÉRITÉ
L’« école » de La Pléiade engage la poésie française sur des voies profondément novatrices.
Elle contribue notamment à faire du sonnet et de l’alexandrin la forme et le mètre les plus
utilisés de la poésie dite « classique ». Totalement hégémonique à la cour de France dans les
années 1550-1560, La Pléiade se trouve détrônée par le succès de Philippe Desportes et
l’influence de Malherbe au début du XVIIe siècle. Si la poésie classique a dénigré les
débordements lyriques et l’exubérance de la langue de La Pléiade, son influence s’est
néanmoins fait sentir tout au long du XVIIIe siècle. Elle connaît même un regain d’intérêt au
XIXe siècle avec le romantisme.