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La Thérapie Orientée Vers La Solution. Un Modèle Applicable À L'intervention en Contexte D'autorité

La thérapie orientée vers la solution. Un modèle applicable à l’intervention en contexte d’autorité Juliette Simard et Daniel Turcotte

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2022 21:13

Service social

La thérapie orientée vers la solution. Un modèle applicable à


l’intervention en contexte d’autorité
Juliette Simard et Daniel Turcotte

Volume 41, numéro 3, 1992 Résumé de l'article


Intervenir en contexte d’autorité Partant du constat de la nécessité d'expérimenter de nouveaux modèles
d'intervention en contexte d'autorité, les auteurs présentent une illustration de
URI : [Link] l'application de la thérapie orientée vers la solution en ce qui regarde
DOI : [Link] l'intervention auprès de familles dirigées vers des services d'aide en vertu de la
Loi sur la protection de la jeunesse. Après une présentation des principales
caractéristiques de ce modèle d'intervention, le texte fournit une description,
Aller au sommaire du numéro
accompagnée d'exemples concrets, des étapes de son déroulement.
Il s'en dégage que la thérapie orientée vers la solution, avec son approche
constructiviste, stratégique et comportementale, constitue un modèle
Éditeur(s) d'intervention qui ouvre des pistes intéressantes pour le développement de la
École de service social de l'Université Laval pratique du travail social en contexte sociojudiciaire.

ISSN
1708-1734 (numérique)

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Citer cet article


Simard, J. & Turcotte, D. (1992). La thérapie orientée vers la solution. Un
modèle applicable à l’intervention en contexte d’autorité. Service social, 41(3),
77–93. [Link]

Tous droits réservés © Service social, 1992 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
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l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université du Québec à
Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche.
[Link]
La thérapie orientée vers la solution
Un modèle applicable à l’intervention
en contexte d’autorité

Juliette SIMARD
Agente de relations humaines
Direction de la protection de la jeunesse
CSS Saguenay–Lac-Saint-Jean–Chibougamau

Daniel TURCOTTE
Professeur, École de service social
Université Laval

L’intervention familiale en contexte d’autorité pose un défi de taille à la pra-


tique du travail social. Si, pour certains, ce défi se situe principalement sur le
plan de l’adaptation aux contraintes organisationnelles qui ont accompagné
la mise en place de l’intervention sociojuridique (Deslauriers, 1989 : Legot
et Le Noir, 1984), pour d’autres, il correspond davantage à la capacité de faire
face aux nouvelles situations qui se présentent. En plus de l’exercice du con-
trôle qu’exige ce domaine de pratique, les intervenantes ont souvent l’impres-
sion de devoir travailler avec une problématiqus nouvelle sans avoir la com-
pétence et la formation nécessaires (Néron, 1987). Elles ont le sentiment que
les modèles traditionnels d’intervention ne leur fournissent pas un cadre ap-
proprié pour articuler une pratique qui combine l’aide psychosociale et le
contrôle légal.

Service social, vol. 41, n0 3, 1992


78 SERVICE SOCIAL

Pour dépasser le simple exercice du contrôle, l’intervention en contexte


d’autorité doit s’inscrire dans un processus orienté vers des objectifs précis et
faisant appel à des attitudes et à des techniques éprouvées. Le présent article
décrit une démarche d’intervention qui se situe dans cette voie. Il montre
comment la thérapie orientée vers la solution (De Shazer, 1982, 1984, 1985,
1988, 1991 ; De Shazer et al., 1986 ; Gingerich et De Shazer, 1991 ; Molnar
et De Shazer, 1987) peut constituer un cadre de référence utile pour l’inter-
vention familiale en contexte d’autorité.
Ce texte se divise en trois parties principales. La première présente les
postulats et la vision de la réalité sur lesquels s’appuie la thérapie orientée vers
la solution. La seconde partie pose quelques paramètres de l’intervention
familiale en contexte d’autorité. Enfin, la troisième partie illustre la mise en
application de ce modèle d’intervention en ce qui regarde la prise en charge
de familles en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse.

LA THÉRAPIE ORIENTÉE VERS LA SOLUTION


La thérapie orientée vers la solution s’inscrit dans la continuité de la thérapie
brève (Weakland et al., 1981 ; Fisch, Weakland et Segal, 1986 ; Watzlawick,
Weakland et Fisch, 1975) et de l’intervention stratégique (Duncan, 1989 ;
Haley, 1976 ; Madanes, 1981). Tout comme ces modèles, elle s’inscrit dans
une approche systémique et constructiviste (Watzlawick, 1978, 1980, 1988a)
de la réalité. Mais alors que ces modèles mettent l’accent sur les problèmes
des personnes et sur les processus interactifs qui les maintiennent, la théra-
pie orientée vers la solution est centrée sur les mécanismes que les person-
nes utilisent spontanément pour régler leurs problèmes et sur le fonctionne-
ment de ces mécanismes. En outre, dans l’optique de la thérapie orientée vers
la solution, l’intervention peut être efficace même si l’intervenante n’a pas une
connaissance détaillée de la nature et de la fonction du problème. Le client
et l’intervenante ont besoin de reconnaître avec précision les indices qui mon-
treront que le problème est en voie de résolution ; cependant, il ne leur est
pas nécessaire d’identifier les sources du problème ou de construire une ex-
plication rigoureuse de la façon dont il est maintenu : « You don’t need to
know what the problem is in order to solve it » (Gingerich et De Shazer,
1991 : 242). Puisque la solution du problème ne résulte pas d’une meilleure
compréhension de la situation, mais d’une modification de la façon de se
comporter, ce qui importe c’est que les personnes concernées fassent quel-
que chose de différent même si ce comportement apparaît, à prime abord,
irrationnel et sans lien avec leur explication du problème.
Dans l’optique de la thérapie orientée vers la solution, les problèmes
psychosociaux constituent l’aboutissement d’un processus dynamique com-
portant une difficulté initiale et la répétition d’une solution inefficace dans le
LA THÉRAPIE ORIENTÉE VERS LA SOLUTION 79

cas de cette difficulté. Ce processus conduit la personne en difficulté à la


conclusion que sa situation est statique et que rien ne peut changer. Enfermée
dans une logique où la solution utilisée apparaît comme la seule chose « cor-
recte et rationnelle » à faire, la personne s’efforce de corriger la situation en
faisant « davantage de la même chose » (Watzlawick, Weakland et Fisch,
1975). Cette séquence d’efforts improductifs conduit éventuellement à un
sentiment d’impuissance apprise où la personne acquiert la conviction de ne
plus avoir de contrôle sur les événements ; quoi qu’elle fasse, rien ne change
(Hooker, 1984).
Étant centrée sur l’utilisation maximale des capacités et ressources,
l’intervention orientée vers la solution consiste à amener la personne à faire
quelque chose de différent, soit en changeant son interprétation de la situa-
tion (c’est-à-dire sa construction de la réalité), soit en modifiant ses efforts de
résolution de problème. Ainsi, l’intervention vise à provoquer quelque chose
de différent dans la réponse habituelle de la personne, de façon à introduire
« une différence qui fait la différence » (Bateson, 1979). Le mécanisme
privilégié pour amorcer ce changement consiste à susciter l’anticipation de
quelque chose de positif. Selon le principe de la prédiction créatrice, il est
possible qu’une prévision, par le simple fait d’avoir été énoncée, entraîne la
réalisation de l’événement prévu et confirme, par là même, sa propre exac-
titude (Watzlawick, 1988b). L’illustration sans doute la plus connue de ce
principe est l’étude de Rosenthal et Jacobson (1971) sur les progrès exception-
nels réalisés par des élèves qui avaient été faussement présentés à leur pro-
fesseur comme ayant des capacités d’apprentissage nettement supérieures à
la moyenne. Comme les événements anticipés influencent la façon d’agir,
modifier les attentes ouvre la voie à des actions nouvelles qui peuvent entraî-
ner ce qui est anticipé. On introduit ainsi une prédiction qui se vérifie d’elle-
même : « la prédiction de l’événement conduit à sa réalisation » (Watzlawick,
1988b : 111). Alors qu’une représentation concrète et spécifique de l’objectif
poursuivi en facilite l’atteinte, dans la mesure où « on a plus de chances d’ar-
river à destination lorsqu’on sait où on va » (Cayrol et De Saint Paul, 1984 :
147), l’anticipation du changement contribue à son émergence : « just
expecting to get somewhere different, somewhere more satisfactory, makes
it easier to get there » (De Shazer et al., 1986 : 213).
Une représentation claire de l’objectif à atteindre et l’anticipation
de solutions potentielles à la situation problème constituent, dans l’opti-
que de la thérapie orientée vers la solution, les fondements du processus
de construction d’une solution à ses difficultés. Partant, l’essentiel de la
démarche d’intervention consiste à amener la personne en difficulté à se
créer une image de sa situation telle qu’elle sera lorsque son problème
aura été résolu et à reconnaître les événements qui lui permettront de
cheminer vers l’atteinte de cet objectif. La technique privilégiée pour réa-
liser cette démarche consiste à se centrer essentiellement sur les aspects
80 SERVICE SOCIAL

positifs de la situation, notamment les exceptions au problème, et sur les


aspects qui ne devraient pas être changés.

L’INTERVENTION FAMILIALE EN CONTEXTE D’AUTORITÉ


La pratique de l’intervention familiale s’appuie sur une vision des problèmes
qui suggère différentes pistes d’action. Ainsi, dans le courant structuraliste, les
troubles de comportement d’un enfant ou d’un adolescent sont généralement
considérés comme des symptômes ayant une fonction homéostatique au sein
de la famille. Ces symptômes expriment de façon analogique ou métapho-
rique un problème familial sous-jacent dont la cause tient soit à la hiérarchie
(Madanes, 1981), soit à la structure (Minuchin, 1979) de la famille.
Dans l’optique de la thérapie brève, de tels troubles se présentent es-
sentiellement comme un ensemble de comportements inscrits dans une sé-
quence d’interactions mettant en scène tous les membres d’une famille. La
modification de ces comportements passe par l’identification et l’élimination
des tentatives inefficaces de solution de problèmes, c’est-à-dire des efforts qui
contribuent à maintenir le problème. La thérapie orientée vers la solution met
également l’accent sur les interactions au sein de la famille, mais elle est prin-
cipalement axée sur la description des exceptions à la situation problème,
exceptions qui sont considérées comme des prototypes ou des précurseurs
de la solution (De Shazer, 1991 : 58).
L’intervention familiale en contexte d’autorité se présente cependant
sous un angle particulier. En effet, l’approche sociojudiciaire comporte en
elle-même certaines contraintes, notamment sur le plan des exigences posées
aux clients, dont il est indispensable de tenir compte dans la planification et la
réalisation de l’intervention auprès des adolescents et de leur famille. Ainsi, les
attentes de la société et les dispositions de la Loi sur la protection de la jeunesse
(LPJ) ont souvent pour effet de placer les adolescents devant une double con-
trainte. D’une part, on attend d’eux qu’ils fassent preuve d’autonomie et qu’ils
démontrent leur sens des responsabilités ; d’autre part, on leur impose de se
soumettre aux exigences de leurs parents et de souscrire à des prescriptions qui vont
le plus souvent dans le sens de la soumission et de la dépendance.
Les parents peuvent également se retrouver dans une situation para-
doxale. En même temps qu’on leur demande d’assurer l’encadrement de leur
adolescent, les messages qu’ils reçoivent mettent en question leurs compé-
tences parentales, érodant ainsi ce qui leur reste de pouvoir et de confiance
dans l’accomplissement de leur rôle de parents.
Selon Lewis (1984), ce type de dilemme peut conduire à trois types de
réponses : la coopération illusoire de la personne qui s’efforce de satisfaire
aux exigences de l’intervenante, la passivité impuissante de celle qui se laisse
LA THÉRAPIE ORIENTÉE VERS LA SOLUTION 81

totalement prendre en charge et l’opposition agressive, qui se caractérise par


un refus de se plier aux demandes de l’intervenante. Lorsque ces réponses
sont rencontrées, l’explication est généralement reliée aux personnes (détresse
émotionnelle, culpabilité, impuissance, sentiments d’inadéquation) plutôt
qu’au contexte d’intervention. Il risque alors de s’installer une dynamique où
l’accent est placé sur les faiblesses des parents et sur les difficultés de l’ado-
lescent plutôt que sur les aspects positifs de leur fonctionnement. Une telle
attitude contribue à exacerber les difficultés présentes : « When the helping
system focuses primarily on the family’s failure, it compounds the problem »
(Lewis, 1984 : 189). Par contre, une intervention centrée sur les forces et les
ressources, qui valorise les capacités et souligne les aspects positifs du fonc-
tionnement, permet d’amener les personnes à se sentir davantage maîtres de
leur situation. La thérapie orientée vers la solution est un modèle d’interven-
tion qui s’inscrit dans cette voie.
La suite de ce texte présente une illustration de la mise en application
de ce modèle à partir d’exemples tirés de la pratique d’une équipe d’interve-
nantes du CSS Saguenay–Lac-Saint-Jean–Chibougamau. Cette illustration
montre d’abord les principales étapes de la première entrevue, soit : l’établis-
sement d’une alliance thérapeutique, la définition du problème, la recherche
d’exceptions et la fin de l’entrevue. Elle aborde ensuite la mise
en place du changement qui se réalise au cours des entrevues subséquentes
et elle se termine sur quelques observations portant sur les résultats de ce
modèle d’intervention.

LA MISE EN APPLICATION DE LA THÉRAPIE ORIENTÉE


VERS LA SOLUTION

L’établissement d’une alliance thérapeutique


Une des particularités de l’intervention dans le cadre de la Loi sur la protec-
tion de l a jeunesse tient au fait qu’à sa première rencontre avec l’interve-
nante à la prise en charge, la famille a déjà fait l’objet d’une évaluation me-
nant au constat que la sécurité ou le développement de leur enfant était com-
promis. L’expérience de l’évaluation est généralement vécue négativement
par les parents ; ils en sortent avec des sentiments de honte, de culpabilité,
d’impuissance, parfois même de colère et d’injustice. Le premier défi qui se
pose à l’intervenante est d’arriver à mettre en place un contexte favorable au
changement. Deux techniques sont utilisées pour établir une alliance théra-
peutique avec la famille : le recadrage positif et la délimitation des paramè-
tres de l’intervention.
82 SERVICE SOCIAL

Le recadrage positif
Le recadrage positif consiste essentiellement à reprendre le contenu de l’éva-
luation qui a été présentée précédemment à la famille, en le reformulant dans
des termes ayant une connotation plus positive. Ce recadrage ne vise pas à
proposer une interprétation « plus vraie » de la situation ; il vise simplement
à suggérer une signification différente aux comportements des personnes ou
à l’ensemble de la situation problème (Duncan, 1989), ouvrant ainsi à la pos-
sibilité d’actions différentes.
Reframed concepts are no more or less « true » than the ones pre-
viously held by the family ; they are simply more useful in allowing
effective problem-solving (Beavers et Hampson, 1990 : 114).
Le contenu du recadrage n’est cependant pas aléatoire. Deux préoccu-
pations en guident la formulation : la reconnaissance de l’intention positive
qui est sous-jacente au comportement des acteurs et la reformulation du pro-
blème de façon qu’il relève de la compétence des membres de la famille. Le
premier souci de l’intervenante est de proposer une vision de la situation qui
met l’accent sur les forces des personnes plutôt que sur leurs faiblesses et qui
fait ressortir l’intention positive sur laquelle reposent leurs comportements. Ce
qui pouvait apparaître comme de la négligence de la part des parents devient
ainsi l’expression d’un désir de satisfaire leurs propres besoins ou d’une vo-
lonté de favoriser le développement de l’autonomie chez leur adolescent. À
l’inverse, la sévérité et le contrôle excessif peuvent être présentés comme des
indications de la volonté des parents de faire en sorte que leur enfant ne se
place pas en difficulté. Le recadrage permet ainsi de resituer la situation pro-
blème dans une perspective plus positive et contribue à revaloriser les per-
sonnes en cause.
La reformulation du problème vise également à présenter la situation
sous un angle qui redonne du pouvoir aux acteurs en mettant l’accent sur
l’aspect dynamique et évolutif de la situation familiale, afin de modifier leur
position comme clients. Les personnes qui sont dirigées vers les services de
la protection de la jeunesse expriment généralement une position de visiteur
ou de plaignant. Le visiteur correspond à la position de la personne qui n’ex-
prime pas de problème particulier et qui n’a aucun désir de changement ;
cette personne vient voir, généralement contre son gré, ce qui lui est offert,
mais elle ne ressent aucun besoin de service. Le plaignant décrit l’attitude du
client qui exprime une difficulté et désire un changement, mais qui est réticent
à s’impliquer, soit parce qu’il n’a plus d’énergie, soit parce qu’il est craintif de-
vant le changement, soit parce qu’il estime que ce changement ne relève pas de
sa responsabilité. En mettant en évidence le contrôle que les personnes peuvent
exercer sur leur situation, le recadrage positif vise à les amener à passer de la
position de visiteur ou de plaignant à celle d’acheteur (« customer »), position des
personnes désireuses de faire quelque chose pour modifier leur situation :
LA THÉRAPIE ORIENTÉE VERS LA SOLUTION 83

« customer » […] describes a client-therapist relationship, as a result


of the interview, that is built on the client’s wanting to do something
about building a solution (De Shazer, 1988 : 42).
Le recadrage positif introduit une confusion qui perturbe la dynamique
habituelle de la famille et provoque une ouverture à la possibilité de faire
quelque chose de différent : « Such redefinitions may confuse, and also inhibit
blind impulsive action. This sets the stage for the claiming of mixed feelings,
as well as their beginning resolution » (Beaver et Hampson, 1990 : 176). Voici
un exemple de recadrage positif utilisé par une intervenante avec une famille
dirigée vers elle en raison des troubles de comportement de leur adolescent
de 15 ans.
J’aimerais vous exprimer, à partir de l’évaluation de l’autre inter-
venante, la compréhension que j’ai de votre situation. Ainsi, vous
n’aurez pas à me répéter toute votre histoire.
Je sais que vous reconnaissez tous que vous vivez une situation
difficile au sein de votre famille. Vous reconnaissez également qu’il
y a entre M. et Mme un problème de couple. Tout ceci cause des
problèmes qui se traduisent par des troubles de comportement. Je
sais que vous souffrez tous de cette situation.
Toi, Jean, tu as trouvé une façon pour que tes parents cessent de se
quereller et qu’ils s’occupent de toi : tu causes des problèmes. Bien
entendu, ce n’est pas très agréable de te faire souvent chicaner, mais
au moins pendant ce temps ils ne se querellent pas entre eux et toi,
tu as l’impression d’avoir des parents. Je crois que tu aimerais que la
situation change mais tu ne sais ni quoi faire, ni comment faire.
Vous Mme, comme vous êtes une personne extravertie, vous avez
essayé de trouver une solution en cherchant compréhension et atten-
tion dans une relation extra-conjugale. Mais vous vous êtes rendu
compte que fuir ainsi la famille n’était pas une solution. Vous M., qui
êtes plutôt introverti, vous avez tenté également de fuir la situation
en faisant une tentative de suicide. Mais cela n’a rien réglé du pro-
blème.
Comme la plupart des gens qui vivent des déceptions et qui souffrent,
vous avez essayé, dans un premier temps, de fuir le problème. Mais
vous vous êtes rendu compte qu’il valait mieux trouver une solution
durable à votre situation. Je crois que vous en êtes rendus là. Vous avez
essayé chacun à votre façon de dire aux autres que vous êtes insatis-
faits de ce que vous vivez dans la famille. Vous avez maintenant tous
compris le message et vous êtes décidés à corriger la situation.
Est-ce que je me trompe ?
Pour que le recadrage présenté soit efficace à introduire un change-
ment, il est nécessaire qu’il soit accepté par la famille. Cela oblige à porter
attention aux croyances, aux valeurs et aux habitudes de la famille.
84 SERVICE SOCIAL

Un recadrage qui viendrait heurter trop violemment la vision du monde de


la famille pourrait constituer un obstacle à l’établissement de l’alliance théra-
peutique (Beavers et Hampson, 1990). Il est donc important d’obtenir l’ad-
hésion des membres de la famille à la vision du problème qui est suggérée
dans le recadrage.

La délimitation des paramètres de l’intervention


La mission de protection sociale de l’intervenante de la Protection de la jeu-
nesse lui impose l’obligation de protéger les enfants dont la sécurité ou le
développement est compromis. Cette obligation donne une teinte particulière
au contexte d’intervention ; la liberté des membres de la famille, tout comme
celle de l’intervenante, est assujettie à l’exigence d’assurer la protection de
l’enfant. Cette contrainte doit être clarifiée dès le départ pour éviter d’éven-
tuelles déceptions, manipulations ou menaces de la part de la famille. L’in-
tervenante doit donc expliquer clairement la perspective de protection dans
laquelle se situe son intervention en spécifiant les limites et les possibilités
d’intervention qu’imposent le contexte légal et l’encadrement organisation-
nel. Ce n’est pas elle qui fixe les règles du jeu, mais la loi. Il lui faut clarifier
les enjeux conflictuels possibles entre les intérêts des parents, ceux de l’ado-
lescent, ceux de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et ses pro-
pres intérêts comme intervenante (Cingolani, 1984). Par exemple, elle peut
faire preuve de tolérance par rapport à l’absentéisme scolaire ou au travail au
noir, mais elle doit spécifier qu’elle ne saurait passer sous silence les actes
délictueux ou les comportements qui pourraient constituer une menace à la
sécurité ou au développement de l’adolescent. La délimitation des paramè-
tres de l’intervention permet de préciser les règles du jeu, tout en soulignant
clairement que seul un changement significatif de la situation familiale pourra
entraîner la fin de l’intervention.
Les paramètres de l’intervention ne tiennent cependant pas aux seules
obligations de l’intervenante ; ils découlent également de la position de
la famille par rapport à la DPJ. Sur ce plan, il est très important que l’inter-
venante reconnaisse ouvertement qu’il est difficile pour la famille d’adhérer
à la démarche qui lui est proposée, parce que cette démarche ne résulte pas
d’un choix volontaire de sa part. En agissant ainsi, elle convient que l’auto-
rité dont elle dispose ne lui est pas conférée par la famille, mais par la société
(Palmer, 1983). La composante coercitive de l’intervention peut, par ailleurs,
se révéler un facteur de motivation dans la mesure où il est de l’intérêt de la
famille de tout mettre en œuvre afin de modifier la situation et ainsi se libé-
rer de l’emprise de la DPJ.
En résumé, l’établissement de l’alliance thérapeutique repose sur une
double stratégie : le recadrage positif qui vise la reconnaissance du pouvoir
des acteurs de la famille à modifier leur situation et l’affirmation de l’intérêt
LA THÉRAPIE ORIENTÉE VERS LA SOLUTION 85

de la famille à apporter des modifications à la situation, afin de pouvoir se


soustraire au contrôle de la DPJ.

La définition du problème
Une fois les conditions de base à l’alliance thérapeutique mises en place,
l’étape suivante consiste à amener les membres de la famille à présenter leur
vision du problème en leur demandant, par exemple, « que chacun donne,
dans ses mots, sa vision du problème, sa vision de ce qui se passe à la mai-
son ». En prêtant attention aux termes que les personnes utilisent, aux aspects
sur lesquels elles insistent davantage et aux événements dont elles se plai-
gnent le plus, l’intervenante peut découvrir leur modèle du monde, ce qui
facilite le développement d’une relation de confiance mutuelle puisque
« créer le rapport, c’est rencontrer la personne dans son modèle du monde »
(Cayrol et De Saint-Paul, 1984 : 83).
À cette étape, l’intervenante aide les personnes à formuler une des-
cription aussi concrète, spécifique et détaillée que possible de la situation.
Voici quelques exemples de questions qui sont utilisées pour cerner le
problème :
– Dites-moi, étape par étape, ce qui se passe .
– Qui est impliqué dans ce genre de situation ?
– À quelle fréquence cette situation se produit-elle ?
– Dans quelles circonstances ?
– Comment chacun est-il affecté par cette situation ?
Cette description détaillée contribue à amener la famille à prendre cons-
cience de la récurrence des mécanismes inefficaces de solution de problème
qui sont utilisés, suggère des pistes d’intervention et permet de trouver des
indices qui aideront la famille à constater que sa situation s’améliore. Par
ailleurs, lorsqu’il est impossible d’en arriver à cette précision, la description
du problème se présentant toujours en termes vagues (« Nous ne savons plus
quoi faire avec notre adolescent »), il est nécessaire de décomposer la situa-
tion et de la voir en parties.
La définition des attentes contribue généralement à préciser davantage
la nature du problème. Par le recours à des métaphores ou en demandant
directement aux personnes de préciser leurs attentes, l’intervenante peut faire
ressortir les manifestations ou les indices montrant que le problème est résolu
ou en voie de l’être :
– Comment saurez-vous que votre situation s’améliore ?
– Comment vos meilleurs amis vont-ils se rendre compte
que votre problème est réglé ?
86 SERVICE SOCIAL

Lorsqu’il est particulièrement difficile pour les membres de la famille de


clarifier leurs attentes, la question « miracle » se révèle habituellement une
technique efficace pour les aider à visualiser le changement souhaité. Cette
question est formulée dans les termes suivants :
Supposons qu’au cours de la nuit, pendant que vous dormez,
il se produise un miracle et que votre problème soit résolu.
Comment sauriez-vous que votre problème est réglé ?
Qu’est-ce qui serait différent de maintenant ?
Si vous ne le disiez pas à votre meilleur(e) ami(e),
comment cette personne s’en rendrait-elle compte ?
Lorsque la solution souhaitée est trouvée, l’utilisation d’une échelle
de satisfaction permet de situer l’évolution de la situation de semaine en
semaine :
Sur une échelle de 1 à 10, 10 étant la solution miracle
et 0 étant la pire situation, à quel niveau diriez-vous
que vous vous situez aujourd’hui ?
À votre avis, quel niveau serait satisfaisant pour vous
à ce moment-ci ?
À cette étape, l’intervenante doit veiller à ce que l’objectif de la famille
soit réaliste ; il doit être établi en tenant compte à la fois des possibilités qui
s’offrent à elle et des contraintes avec lesquelles elle doit composer, dont,
notamment, les exigences de la Loi sur la protection de la jeunesse. En effet,
l’atteinte de l’objectif doit marquer la mise en place des conditions qui assu-
reront la sécurité et le développement de l’enfant. L’établissement d’une cible
concrète et précise fournit un indicateur de mesure de l’efficacité de l’inter-
vention, mais, plus important encore, il crée l’attente du changement. Comme
il est plus facile de réaliser que l’on approche de sa destination lorsqu’on sait
où l’on va, la formulation d’attentes concrètes spécifiant quand l’application
des mesures de protection sera terminée se révèle souvent un facteur de
motivation efficace, particulièrement chez les clients non volontaires.

La recherche d’exceptions
Une fois que les objectifs ont été précisés, la définition des changements à
apporter pour la réalisation des objectifs passe par la recherche d’exceptions.
Lorsque les personnes sont amenées à décrire leur situation, elles font géné-
ralement très peu mention de circonstances où le problème dont elles se plai-
gnent est absent : elles parlent comme si tout allait mal tout le temps. Or, rien
ne se produit d’une façon continuelle (De Shazer, 1988). Il est possible de
reconnaître des comportements, des situations et des réactions qui contras-
tent avec le problème rapporté, et ces exceptions peuvent conduire à une
¿solution si elles sont amplifiées. La mise en évidence de ces exceptions fait
LA THÉRAPIE ORIENTÉE VERS LA SOLUTION 87

ressortir les situations positives et contribue à amener les membres de la fa-


mille à parler de moins en moins de leurs problèmes pour se concentrer da-
vantage sur « ce qui marche » et ainsi découvrir ce qu’ils font de positif.
Cette découverte suggère de nouvelles pistes d’action, autorise à faire
quelque chose de différent et fait sentir aux membres de la famille que l’in-
tervenante sait que, non seulement ils peuvent faire des choses positives, mais
qu’ils réalisent déjà ces choses. La découverte des exceptions met l’accent sur
les forces et les réussites de la famille et fait naître l’espoir d’une solution au
problème. En se concentrant sur la solution plutôt que sur le problème, l’ac-
cent est ainsi déplacé du négatif vers le positif. Voici quelques exemples de
questions qui peuvent faciliter la découverte d’exceptions :
Est-ce qu’il arrive que votre enfant respecte vos consignes ?
Qu’est-ce qui se passe alors ?
Est-ce qu’il vous arrive de discuter sans vous quereller ?
Comment cela se passe-t-il ?
Qu’est-ce qui se passe lorsque vous faites des choses agréables
ensemble ?
Les exceptions peuvent être délibérées ou spontanées ; les premières
résultent d’actions conscientes et volontaires, alors que les secondes émer-
gent sans que les personnes concernées sachent pourquoi et comment elles
se produisent. Fréquemment, à la suite de l’intervention de la Protection de
la jeunesse, les membres de la famille entreprennent des changements dans
leur façon d’agir. Vérifier si de tels changements ont été amorcés permet
d’établir les objectifs et de déterminer des avenues de solution, tout en recon-
naissant les efforts des membres de la famille. Voici un exemple de questions
utilisées pour explorer cet aspect :
Il arrive souvent, à la suite du signalement à la Protection
de la jeunesse, que les personnes se rendent compte de
changements dans leur situation. Qu’avez-vous remarqué
dans votre cas ?
Est-ce que ces changements sont reliés aux motifs
du signalement ?
Est-ce que vous aimeriez que ces changements se poursuivent ?
Lorsqu’il est possible de trouver une exception, qu’elle soit spontanée
ou délibérée, il est nécessaire d’obtenir davantage de renseignements sur le
sujet, afin de préciser la séquence dans laquelle cette exception s’inscrit. L’in-
tervenante cherche alors à répondre aux questions suivantes :
– Est-ce que l’exception peut être définie en termes
de comportement ?
– Est-ce que l’exception est récente ?
88 SERVICE SOCIAL

– Est-ce que l’exception apparaît de façon aléatoire


ou si elle est planifiée ?
– Est-il possible de découvrir ce qu’il faut faire
pour qu’elle se produise de nouveau ?
– Les membres de la famille sont-ils confiants d’y arriver ?
Lorsque l’exception est délibérée, la répétition des actions qui ont con-
duit à cette exception devient la voie privilégiée de solution du problème. Par
contre, si l’exception est spontanée, l’utilisation de la prédiction peut se
révéler une technique efficace pour amorcer un changement en créant une
prédiction susceptible de se vérifier d’elle-même. Ainsi, prédire une situation
atypique peut entraîner des comportements qui augmentent les probabilités
d’apparition de cette situation : « predicting an atypical situation […] can lead
to behaviors that increase the likehood of the exception, which changes the
typical situation […] into an atypical one » (De Shazer, 1991 : 88).
Cette technique consiste à demander aux membres de la famille d’es-
sayer de prédire si l’exception est susceptible de se produire. La formulation
générale de cette demande se présente dans les termes suivants :
Chaque soir avant d’aller au lit, essayez de prédire si (l’exception) va
se produire. Le lendemain, au milieu de la journée, évaluez si votre
prédiction était juste ou non et précisez jusqu’à quel point vous étiez
dans l’erreur ou non.
Lorsque l’intervention touche tous les membres d’une famille, les vi-
sions de la solution au problème peuvent être multiples et variées. Cette si-
tuation n’est pas un obstacle ; au contraire, plus les possibilités de résoudre
la situation actuelle sont nombreuses, plus les membres de la famille sont
susceptibles d’anticiper des changements. Dans la mesure où les problèmes
se maintiennent parce que les personnes s’attendent à voir constamment les
mêmes événements se produire, la projection du changement contribue à
créer une dynamique où le changement devient non seulement possible, mais
inévitable (De Shazer, 1986).

La fin de la première entrevue


L’entrevue se termine sur un message de l’intervenante, message qui com-
prend deux parties : un compliment et une suggestion. Le compliment n’est
pas nécessairement relié au problème présenté ; il porte sur les actions po-
sitives des personnes et sur les exceptions au problème. Faisant figure de
renforcement positif, son utilisation a pour but d’amener les membres de la
famille à voir leur situation d’une façon plus souple et à reconnaître qu’ils ont
déjà amorcé le processus de changement. Le compliment reconnaît explici-
tement la composante positive du fonctionnement de la famille. Il peut, par
exemple, souligner le courage des membres de la famille et leur sens des
LA THÉRAPIE ORIENTÉE VERS LA SOLUTION 89

responsabilités, qualités reconnaissables aux efforts qu’ils font pour préserver


la famille et pour améliorer leur situation. Il apparaît également utile de les
féliciter pour s’être pliés à une démarche qu’ils n’ont pas eux-mêmes choi-
sie mais qui leur a été imposée.
Par ailleurs, le compliment ouvre la voie à l’intervention directive de
l’intervenante en suscitant chez la famille une attitude de réceptivité à la sug-
gestion qui lui est proposée par la suite. Généralement, à la première entre-
vue, cette suggestion se limite à conseiller de ne pas chercher à opérer des
changements trop importants. Comme la famille, avant le signalement
à la DPJ, a généralement fait l’objet de nombreuses pressions pour modifier
sa situation, la recommandation « d’aller lentement » dans la solution du pro-
blème aide à briser le cercle improductif du besoin de faire quelque chose
en diminuant le sentiment d’urgence qui contribue à maintenir le problème :
« The mandate to go slowly may enable such clients to relax their problem-
maintaining efforts » (Duncan, 1989 : 317). De surcroît, ce message, au-delà
du fait qu’il soit perçu comme plus empathique, crée implicitement une pres-
sion à respecter les recommandations subséquentes de l’intervenante. La sug-
gestion qui est faite au terme de la première entrevue consiste donc à deman-
der aux membres de la famille de cesser leurs efforts pour modifier la situa-
tion et de se reposer en se limitant, si cela ne les fatigue pas trop, à observer
ce qui va se passer au cours de la semaine, à trouver des exceptions au pro-
blème et à réfléchir sur ce qu’ils aimeraient conserver de leur fonctionnement
familial actuel.

La mise en place du changement


Lorsque le contexte d’intervention a été délimité et le problème défini, il n’est
pas nécessaire de revenir sur ces aspects de façon étendue au cours des
entrevues subséquentes. La suite de la démarche d’intervention consiste es-
sentiellement à faire le bilan de l’évolution de la situation, dans le but de
reconnaître les événements positifs nouveaux qui se produisent et d’en dé-
couvrir le contexte d’apparition. Ces entrevues débutent avec des questions
comme :
– Que vous est-il arrivé de positif
depuis notre dernière rencontre ?
– Qu’y a-t-il de différent dans votre vie ?
– Qu’est-ce que vous avez fait de bon pour vous ?
La mise en place du changement repose sur la capacité de l’interve-
nante de détecter et de commenter les événements positifs qui se produisent
dans la vie de la famille, en faisant ressortir qu’il s’agit d’événements nou-
veaux ou différents, en reconnaissant ce qui a pu provoquer ces événements
et en amenant la famille à découvrir ce qu’elle pourrait faire pour que ces
90 SERVICE SOCIAL

¿événements se répètent. Dans l’optique de la thérapie orientée vers la solu-


tion, lorsqu’une action donne des résultats positifs, il faut la faire davantage.
Lorsque la famille ne rapporte aucune amélioration, il est utile d’explo-
rer avec elle ce qui fait que les choses ne vont pas plus mal. Par ailleurs,
lorsque la situation se détériore, la démarche de l’intervenante consiste à
reconnaître, avec la famille, les signes qui permettraient de prévoir si la situa-
tion risque de se détériorer encore davantage ou si la famille a atteint le fond
du baril.
Tout comme la première entrevue, les rencontres subséquentes se ter-
minent sur un message en deux parties, soit un compliment qui souligne tout
changement ou toute action positive de la famille et une suggestion qui vise
à maintenir ou à amplifier les améliorations apportées, suggestion qui recom-
mande généralement de ne pas aller trop vite, afin d’éviter les bouleverse-
ments qui pourraient découler de changements trop rapides. Ce message
constitue l’occasion pour l’intervenante de faire le point avec la famille sur
l’objectif poursuivi relativement à la mise en place des conditions suscepti-
bles d’assurer la sécurité et le développement de l’enfant.
À mesure que la situation s’améliore, les entrevues sont espacées dans
le temps, et la décision de fixer les rencontres est graduellement accordée à
la famille, indiquant ainsi qu’elle est en voie de reprendre le contrôle de sa
situation. L’atteinte de l’objectif de départ, à la satisfaction de toutes les
personnes concernées, marque généralement la fin de la démarche d’inter-
vention. Bien entendu, dans ce modèle d’intervention comme dans tout autre,
cette étape ne marque jamais la fin des difficultés d’une famille ; elle ne fait
que ponctuer une nouvelle phase de développement. Cependant, comme
l’intervention de la Direction de la protection de la jeunesse représente une
expérience intense pour la famille (Turcotte, 1981), la fin de l’intervention est
une étape qui exige une attention particulière.
Afin que cette intervention laisse un souvenir positif à la famille, le
message présenté à la dernière rencontre est remis par écrit à ses membres.
Ce message, utilisé en quelque sorte comme rite de transition, comprend les
éléments suivants : il résume succinctement, en termes positifs, l’évolution de
la situation de la famille pendant la durée de l’intervention, il souligne la
capacité démontrée par la famille dans la solution de ses difficultés et il ouvre
une perspective sur l’avenir. Le texte qui suit présente des extraits d’un mes-
sage remis à une famille par une intervenante.
Avant de vous quitter, j’ai pensé utile de faire le point sur votre vécu
depuis qu’on se connaît.
Lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois,
Jean était un adolescent qui vous causait beaucoup de soucis : vols,
vandalisme, agressivité, non-respect de l’autorité parentale […].
LA THÉRAPIE ORIENTÉE VERS LA SOLUTION 91

À partir de ce moment, vous avez commencé à douter de vos capa-


cités parentales et à vous questionner sur ce qu’il fallait faire avec
votre fils. Cependant, nous avons compris, grâce à votre persévé-
rance et à votre ténacité, pourquoi il agissait ainsi : Jean voulait aider
sa famille.

Jean a toujours su que seuls ses parents pouvaient l’aider et il avait
raison. Vous, comme parents, vous avez toujours voulu le mieux
pour votre fils et votre persistance à essayer de l’aider est remarqua-
ble.
Vous pouvez être sûrs, M. et Mme, que vous avez un fils exception-
nel et que vous pouvez lui faire confiance, car Jean sait maintenant
que sa mère a bien réussi avec sa famille et que son père a une place
à la maison en tant que père. Il vous fait confiance comme parents.
Jean, je sais que désormais tu te permets de vivre ta vie d’adolescent
en toute sécurité et de façon plus agréable avec tes parents, tes amis,
tes professeurs…
Je peux donc mettre fin à nos rencontres avec confiance tout en sa-
chant très bien que vous aurez encore à trouver de nouvelles solu-
tions pour faire face aux difficultés que vous allez rencontrer, comme
toutes les autres familles, dans l’avenir.

Évaluation des résultats


Bien que l’application de la thérapie orientée vers la solution en contexte
d’autorité n’ait pas fait l’objet d’une évaluation systématique, l’expérimenta-
tion qui en a été faite jusqu’à maintenant conduit à certaines observations
intéressantes. Ainsi, l’utilisation de la thérapie orientée vers la solution en-
traîne généralement une réduction significative de la durée de la prise en
charge des dossiers. Comme l’accent est mis sur les événements positifs et sur
les forces de la famille, l’intervenante sent moins le besoin de faire quelque
chose à la place de la famille, attitude qui contribue à maximiser son effica-
cité (Weakland et Herr, 1979).
La mise en application de ce modèle n’est cependant pas exempte
d’obstacles. En effet, reconnaître concrètement la capacité de chaque famille
de construire ses propres solutions exige que l’intervenante défende les inté-
rêts de la famille et diminue les pressions exercées par des institutions comme
l’école, le milieu policier ou les centres d’accueil, afin de laisser à la famille
la marge de manœuvre dont elle a besoin. À cet égard, l’ouverture aux
modèles d’intervention des autres professionnels rattachés à une situation
donnée est une attitude stratégique particulièrement utile dans la négociation
de l’espace qui sera laissé aux familles. En outre, dans cette démarche,
92 SERVICE SOCIAL

l‘intervenante doit se faire suffisamment confiance et être assez expérimen-


tée pour juger avec à-propos jusqu’où elle peut laisser évoluer la situation
pour qu’émergent les solutions, sans mettre en danger la sécurité ou le déve-
loppement de l’enfant. Ce modèle d’intervention est donc plus difficilement
applicable dans le cas de situations très détériorées où l’immédiateté du risque
qui pèse sur l’enfant exige une supervision et un contrôle étroits de la part de
l’intervenante.

CONCLUSION
Dans le présent article, nous avons tenté d’illustrer une démarche d’applica-
tion de la thérapie orientée vers la solution à l’intervention en contexte d’auto-
rité. Évidemment, il faut se garder d’envisager un modèle d’intervention
comme une panacée applicable intégralement à toutes les situations ; la thé-
rapie orientée vers la solution ne fait pas exception à cette règle. Quel que
soit le modèle en cause, les techniques et procédures d‘intervention qui sont
utilisées doivent constamment être adaptées aux personnes et au contexte
dans lequel elles vivent. Tout en tenant compte de ces limites, il nous appa-
raît que la thérapie orientée vers la solution, avec son approche constructi-
viste, stra- tégique et comportementale, constitue un modèle d’intervention
qui ouvre des pistes intéressantes pour le développement de la pratique du
travail social en contexte sociojudiciaire.

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