Drissi Thèse V10
Drissi Thèse V10
N° d’ordre : 269
THÈSE
Présentée à la Faculté pour obtenir le grade de :
Docteur
CED : Sciences et Techniques
Spécialité : Energétique et Thermique
RafriBAT 2012
Remerciements
Je dois cette thèse à mon Directeur Dr. Brahim Benhamou Professeur de
l’Enseignement Supérieur à la Faculté des Sciences Semlalia qui m’a fait confiance en
m’accordant ce sujet de thèse et qui, par son appui continu durant toutes ces années, m’a
donné confiance, énergie et endurance. Qu’il veuille recevoir, ici, toute ma gratitude et ma
sincère et profonde reconnaissance pour sa patience, ses hautes qualités humaines,
d’organisation et de professionnalisme.
Ce travail de thèse n'aurait pas été possible sans l'appui moral et psychologique de ma
chère maman, de mes chers frères et soeur ainsi que de mes meilleurs amis : Abdelwahed,
Taoufiq, Othmane, Bouchra, Hafida, Amine et les motards de Marrakech.
Cette thèse a été linguistiquement révisée et corrigée par mon grand ami Abdelilah
Hasbi que je remercie vivement pour ses efforts et pour sa disponibilité habituelle.
Je profite de cette occasion pour remercier mes chers collègues au Projet Rafribat,
chercheurs Séniors Pr. Hassan Hamdi, Pr. Amine Bennouna, Pr. Lahcen Boukhatem et
Juniors : Dr. Issam Sobhy, et Dr. Hicham Mastouri pour les moments de collaboration
agréables que nous avons passés ensemble.
NOMENCLATURE
Symbole Définition Unité
b0 Constante kWh/(m².a)
Fs Facteur solaire -
Coefficient de transfert de chaleur par convection d’une
h interne W/(m².K)
surface interne
Coefficient de transfert de chaleur par convection d’une
h outside W/(m².K)
surface externe
In Inertie thermique J/(K.m²)
Is Indice d’inconfort thermique d’été (Ns/NTs)*100 %
Iw Indice d’inconfort thermique d’hiver (Nw/NTw)*100 %
L Pertes de chaleur sèches dues à la respiration W/m²
M Métabolisme met (58W/m²)
Ns Nombre d’heures d’inconfort thermique (été) h
Nw Nombre d’heures d’inconfort thermique (hiver) h
NTs Nombre d’heures de la période chaude (= 4416) h
NTw Nombre d’heures de la période froide (= 4344) h
N Nombre d’expériences -
R Coefficient de corrélation -
ABREVIATIONS
Symbole Définition
ACH Volume de changement d’air par heure (Air Changes per Hour)
AIE (IEA) Agence Internationale de l’Énergie (International Energy Agency)
AMEE Agence Marocaine pour l’Efficacité Énergétique
American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning
ASHRAE
Engineers
CFD Computational Fluid Dynamics
CLO Échanges radiatifs de courtes longueurs d’ondes
CNEREE Centre National d’Études et de Recherches sur l’Eau et l’Énergie
DOE Design of experiment (Plan d’expériences)
DCV Demand Controlled Ventilation
EnR2E Laboratoire des Énergies Renouvelables et d’Efficacité Énergétique
EPS Polystyrène expansé
FS Facteur solaire d’un vitrage
GLO Échanges radiatifs de grandes longueurs d’ondes
HCP Haut Commissariat au Plan
HVAC Heating, Ventilation and Air-Conditioning
LMFE Laboratoire de Mécanique des Fluides et Énergétique
MCP Matériaux à Changement de Phase
MEMEE Ministère de l’Énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement
MMM Maison Marocaine Moderne
NDH Number of Discomfort Hours (Nombre d’heures d’inconfort thermique)
PMV Predicted Mean Vote
PPD Predicted Percentage Dissatisfied
RDC Rez de chaussée
RT Réglementation Thermique (France)
RTCM Règlement Thermique des Constructions au Maroc
TGBV Taux Global des Baies Vitrées
TL Transmission lumineuse d’un vitrage
Figure 43. Charge de refroidissement des configurations W21 (lame d’air et double
vitrage) et W20 (lame d’air et simple vitrage) pour les six climats du
Maroc ......................................................................................................... 72
Figure 44. Charge de refroidissement des configurations W221 (EPS et double
vitrage) et W220 (EPS et simple vitrage) pour les six climats du Maroc . 72
Figure 45. Charge de refroidissement des configurations W221 (EPS et double
vitrage) et W21 (lame d’air et double vitrage) pour les six climats du
Maroc ......................................................................................................... 73
Figure 46. Variation relative de la charge thermique totale de l’appartement ADAM
entre les configuration W20 (simple vitrage) et W21 (double vitrage) pour
les six climats du Maroc ............................................................................ 73
Figure 47. Charges de chauffage/refroidissement pour les deux configurations W221
et W222 (histogrammes) ainsi que leur écart relatif (Points) pour les six
zones climatiques du Maroc ...................................................................... 74
Figure 48. Charges de chauffage/refroidissement pour les deux configurations W121
et W122 (histogrammes) ainsi que leur écart relatif (Points) pour les six
zones climatiques du Maroc ...................................................................... 75
Figure 49. Variation relative de la charge thermique totale de l’appartement ADAM
entre les configurations W121 et W122 .................................................... 76
Figure 50. Charges de chauffage/refroidissement avec et sans VMC (histogrammes)
ainsi que leur écart relatif (Points) pour les six zones climatiques du Maroc
................................................................................................................... 77
Figure 51. Nombre d’heures de confort thermique dans les climats du Maroc selon la
base de données (Meteonorm 2014) .......................................................... 78
Figure 52. Charges thermique globale de l’appartement ADAM pour les trois étages
(W10 :RDC, W00 :Intermédiaire et W20 : dernier étage) dans les six zones
climatiques du Maroc ................................................................................ 79
Figure 53. Charges thermiques totales de l’appartement ADAM selon l’orientation de
sa façade .................................................................................................... 80
Figure 54. Charges de chauffage/refroidissement (histogrammes) et leurs variations
relatives (points) de l’appartement ADAM pour les orientation sud et ouest
................................................................................................................... 81
Figure 55. Evolution des charges de chauffage/refroidissement (a) et de la charge
thermique totale (b) de l’appartement ADAM selon l’absorptivité solaire
de la facade et du toit respectivement 0,3 et 0,4 (minimum absorptance) ou
0,8 et 0,9 (maximum absorptance) ............................................................ 82
Figure 56. Indices d’inconfort thermique hivernal (a) et estival (b) pour la zone Z5 . 84
Figure 57. Indices d’inconfort thermique hivernal (a) et estival (b) pour la zone Z6 . 85
Figure 58. Indices d’inconfort thermique hivernal (a) et estival (b) pour la zone Z2 . 87
RESUME
La conception de constructions bioclimatiques prend une place capitale dans les
préoccupations des spécialistes du bâtiment dans le monde entier et la consommation
d’énergie pour le conditionnement des intérieurs est d’autant plus élevée que les dégâts
écologiques y afférents deviennent alarmants.
L’objectif de ce travail s’inscrit dans cette optique en mettant à disposition un guide de
conception de bâtiment à consommation d’énergie réduite en matière de chauffage et de
refroidissement. Concrètement, Cette thèse vise à étudier l'impact de nombreux paramètres
techniques, architecturaux et météorologiques d'un appartement sur sa performance
énergétique et son confort thermique. Les paramètres étudiés sont: l'isolation thermique de
l'enveloppe, l'orientation, le niveau de l’étage, le couplage du plancher bas au sol, le
coefficient d'absorption du toit et des murs extérieurs et la ventilation mécanique contrôlée.
Une étude numérique basée sur TRNSYS est réalisée dans les six climats différents du Maroc
tels qu’ils sont définis par le Règlement Thermique des Constructions au Maroc à savoir ;
Atlantique : Agadir, Méditerranéen : Tanger, Continental : Fès, Froid : Ifrane, Semi-aride :
Marrakech et Désertique : Errachidia. Le modèle numérique a été validé par rapport aux
résultats expérimentaux obtenus lors de longues campagnes de suivi expérimental en été et en
hiver d’un appartement situé dans la ville de Marrakech.
Les charges de chauffage et de refroidissement de l'appartement ainsi que les indices
d'inconfort thermique sont calculés pour les onze configurations possibles combinant les
variantes des paramètres étudiés. Les résultats montrent que l'isolation thermique de la façade
conduit à une surchauffe estivale avec une augmentation de la charge thermique totale de
l’appartement pouvant atteindre 18% dans tous les climats considérés, à l'exception du climat
froid. Il est constaté que la technique d’isolation thermique de la façade par la lame d’air, en
empêchant la surchauffe estivale, est suffisante pour atteindre un niveau appréciable
d’efficacité énergétique et de confort thermique. De même, il est établi que l’isolation
thermique du plancher bas sur terre plein provoque une augmentation de la charge thermique
d’au moins 67% pour les climats chauds et modérés. La meilleure combinaison de toutes les
mesures d'efficacité énergétique étudiées pour chaque condition climatique est évaluée par la
comparaison des charges thermiques avec celles d’un cas de référence qui représente
l'appartement réel.
Préalablement à cette approche expérimentale, une étude théorique basée sur la méthode
des plans d’expérience et sur la régression linéaire est mise en œuvre afin de prédire, à travers
des modèles mathématiques, les charges de refroidissement et de chauffage d’une cellule de
bâtiment à Marrakech au climat chaud et semi-aride ainsi que d’hiérarchiser les facteurs à
haut impact sur les performances énergétiques du bâtiment dans cette région.
L'analyse des modèles mathématiques élaborés sur la base des résultats de plusieurs
simulations dynamiques à l’aide de TRNSYS, compte tenu de la haute précision des
coefficients de corrélation obtenus (supérieurs à 0.92), permet de conclure que dans le climat
de Marrakech, les paramètres du bâtiment qui ont un impact important sur sa charge
thermique sont principalement le Taux Global des Baies Vitrées, l'isolation thermique du toit,
des murs et du plancher bas.
Enfin, cette approche peut être considérée, d’une part, comme un carrefour entre
l’énergétique des bâtiments, l’architecture ainsi que les méthodes mathématiques (plans
d'expériences et régression multilinéaire) qui apporte une valeur ajoutée du point de vue
méthodologique et d’autre part comme un outil d’évaluation préalable à la construction des
bâtiments sous les différents climats étudiés.
ABSTRACT
The bioclimatic construction tendency is of top importance for building specialists all over
the world and the concerns of energy consumption for indoors conditioning is increasing as
the associated ecological damages is progressively alarming.
The main goal of this work is to provide guidance to a building design with purposed
reduced energy consumption for heating and cooling. Concretely, this thesis aims at studying
the impact of many technical, architectural and meteorological parameters of an apartment on
its energy performance and thermal comfort. The studied parameters are: the envelope
thermal insulation, the orientation, the floor level, the coupling of the slab-on-grade, the
absorption coefficient of the roof and the external walls and the controlled mechanical
ventilation. A numerical study based on TRNSYS code is carried out for six different
climates of Morocco as defined by the Thermal Regulation of Construction in Morocco
namely; Atlantic: Agadir, Mediterranean: Tangier, Continental: Fez, Cold: Ifrane, Semi-arid:
Marrakech and Desert: Errachidia. The numerical model has been validated by the
experimental results obtained from long experimental monitoring campaigns in summer and
winter of the apartment located in the city of Marrakech.
The heating and cooling loads of the apartment as well as the thermal discomfort indices
are calculated for the eleven possible configurations combining the studied parameters. The
results show that the thermal insulation of the facade leads to a summer overheating with an
increase in the total thermal load of the apartment up to 18% in all the considered climates,
with the exception of the cold one. Furthermore, it is found that introducing the thermal
insulation of the facade by the air gap is sufficient to achieve an acceptable level of energy
saving and thermal comfort as it prevents summer overheating. Similarly, it is established that
the slab-on-grade thermal insulation causes an increase in the thermal load of at least 67% for
warm and moderate climates. The best combination of all the studied energy efficiency
measures for each climate condition is evaluated by comparison with a reference case that
represents the actual apartment.
Before the experimental approach setting, a theoretical study based on the Design of
Experiment method and the linear regression is implemented in order to predict, through
mathematical models, the cooling and heating loads of a building cell in Marrakech as well as
to prioritize most impacting factors on the building's energy performance in this region. The
analysis of the elaborated mathematical models on the basis of results from several dynamic
TRNSYS simulations, and taking into account the high precision of the obtained correlation
coefficients (superior to 0.92), makes it possible to conclude that in the climate of Marrakech,
the parameters of the building that have a significant impact on its thermal load are mainly the
window to wall ratio, the roof, the slab-on-grade and the walls thermal insulation.
Finally, this approach can be considered, on the one hand, as a crossroad between
building energetic, architecture and mathematical methods (Design of Experiment and
multilinear regression) that provide an added value from methodological point of view, and
on the other hand as an evaluation tool prior to the construction of buildings in the different
studied climates.
مـــلخـــص
٠حزً رظّ ُ١اٌجٕب٠بد اٌجِٕٛ١بخ١خ ِىبٔخ وجش ِٓ ٜث ٓ١أشغبالد أخظبئ١ِ ٟذاْ اٌجٕبء
ػٍِ ٝسز ٜٛاٌؼبٌُ أخّغٚ ،اسزٙالن اٌطبلخ ألخً اٌزى١١ف اٌذاخٍ ٟف ٟاسرفبع ِززا٠ذ رٕدُ ػٕٗ
أضشاس ث١ئ١خ ِمٍمخ.
ئْ اٌٙذف ِٓ ٘زٖ اٌشسبٌخ اٌؼٍّ١خ ٕ٠خشط ف٘ ٟزٖ اٌشؤ٠خ ثح١ث ٠ش َٚئٌِٕ ٝح دًٌ١
ٌزظِّ ُ١جبْ راد اسزٙالن ِٕخفض ٌٍطبلخ فّ١ب ٠خض اٌزجش٠ذ ٚاٌزذفئخ .ثّؼٕ ٝأدقٙ٠ ،ذف ٘زا
اٌجحث ئٌ ٝدساسخ أثش ِدّٛػخ ِٓ اٌؼٛاًِ اٌزمٕ١خ ،اٌّؼّبس٠خ ٚإٌّبخ١خ ػٍ ٝاإلِىبٔ١بد
ٚاٌمذساد اٌطبل١خ ٚاٌحشاس٠خ ٌجٕب٠خ سىٕ١خ ِٓ ٔٛع "شمخ" ثّشاوش .اٌؼٛاًِ اٌز ٟرُ اػزجبس٘ب
٘ :ٟاٌؼزي اٌحشاسٚ ،ٞضؼ١خ اٌٛاخٙخ ،اٌطبثك ،ردّ١غ اٌطبثك األسضِ ،ٟؼبًِ االِزظبص
اٌضٛئٌٍ ٟسمف ٚاٌدذساْ ٚاٌز٠ٛٙخ اٌّشالجخ ِ١ىبٔ١ى١ب.
ِىٕذ دساسخ س٠بض١خ ٔظش٠خ أٔدزد ثشىً لجٍ ِٓ ٟرحذ٠ذ األثش اٌخبص ثىً ػبًِ ِٓ
ػٛاًِ اٌزأث١ش اٌّجبشش ػٍ ٝاألداء اٌطبلٌ ٟخٍ١خ ثٕبئ١خ فِٕ ٟطمخ ِشاوش شجٗ اٌحبسح ٚرّ١زد
٘زٖ اٌذساسخ اٌمجٍ١خ ثذلخ إٌّبرج اٌش٠بض١خ اٌّحظٍخ ثحٛاٌ .%92 ٟفِ ٟب ثؼذ ِىٕذ اٌذساسخ
اٌشلّ١خ إٌّدزح ثبسزؼّبي ثشٔبِح ٚ TRNSYSاٌز ٟرُ رثج١زٙب ثٛاسطخ ِزبثؼخ ردش٠ج١خ طٍ٠ٛخ
اٌّذِ ٜىٕذ ِٓ خٍك ّٔٛرج سلٌٍّ ٟشمخ ِٛضٛع اٌذساسخ ألخً رم ُ١١أدائٙب اٌطبل ٟرحذ
اٌظشٚف إٌّبخ١خ ٌّٕبطك اٌّغشة اٌسزخ :أوبد٠ش – طٕدخ – فبس – ئفشاْ ِ -شاوش ٚاٌشاش١ذ٠خ
وّب رُ ئحذاثٙب ِٓ طشف ضبثظ اٌجٕبء اٌؼبَ اٌّحذد ٌمٛاػذ األداء اٌطبلٌٍّ ٟجبٔ ٟإٌّدز ِٓ
طشف اٌٛوبٌخ اٌّغشث١خ ٌٍٕدبػخ اٌطبل١خ.
ثٕ١ذ ٘زٖ اٌذساسخ أْ اٌؼزي اٌحشاسٌٍ ٞدذساْ ٌٍٚطبثك األسض٠ ٟإد ٞئٌ ٝئحّبء خالي
فظً اٌظ١ف ٠ٚشفغ ثزٌه االحز١بخبد اٌطبل١خ ٌٍشمخ ثحٛاٌ %67ٚ%18 ٟػٍ ٝاٌزٛاٌ ٟال سّ١ب
ف ٟإٌّبطك راد إٌّبخ ِٓ اٌّؼزذي ئٌ ٝاٌظحشا ٞٚفّ١ب رج ٓ١أْ ٔظبَ اٌز٠ٛٙخ اٌّؼزّذ ِىٓ ِٓ
اٌحظٛي ػٍ ٝأداء طبل ٟخ١ذ ٌٍشمخ خظٛطب خالي فزشح اٌزجش٠ذ.
رؼزجش ٘زٖ األطشٚحخ ثّثبثخ ػًّ ٍ٠زم ٟف ٗ١وً ِٓ إٌدبػخ اٌطبل١خ ٌٍّجبٔ ٟف ٟشمٙب
اٌف١ز٠بئٚ ٟاٌّؼّبس ٞئٌ ٝخبٔت اٌزحٍ ً١اٌش٠بض ٟإٌظش ٞإٌّٛرخ ٟاٌّجٕ ٟػٍ ٝرظُّ١
اٌزدبسة ٚاٌزشاخؼ١خ اٌخط١خ اٌّزؼذدح ٔ ٚزٛخ ِٓ ٝخالٌٗ ِٕح لّ١خ ِضبفخ ئٌ١ِ ٝذاْ طبل١خ
اٌّجبٔ.ٟ
INTRODUCTION GÉNÉRALE
I. Contexte et enjeux
Le réchauffement de la planète et les changements climatiques sont principalement causés
par la forte émission des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Le secteur énergétique étant
mondialement le plus important émetteur de ces gaz, plusieurs pays ont renforcé la priorité
donnée à l'efficacité énergétique et à l'utilisation des énergies renouvelables par la mise en
œuvre de politiques adaptées à leurs spécificités économiques, sociales et climatiques. Selon
l'Agence Internationale de l'Énergie, dans 20 pays représentant 85% de la consommation
totale d'énergie finale en 2013, le secteur du bâtiment résidentiel, avec une part moyenne
d'environ 21%, représentait la troisième consommation d'énergie finale la plus élevée. De
plus, le chauffage et le refroidissement des locaux représentaient jusqu'à 55% de l'énergie
totale consommée dans le secteur du bâtiment (IAE 2016). Aussi, les préoccupations
mondiales en matière d'environnement et d'énergie ont conduit à une croissance rapide de
l'obligation de construire des habitations plus économes en demande d’énergie notamment
pour les besoins de chauffage et de refroidissement. D’autre part, le Maroc dépend en
majorité dans son approvisionnement énergétique des importations et sa facture énergétique
ne cesse d’augmenter. Cette facture a connu, selon l’Office des Changes, une hausse de
27.4% pour atteindre 69.4 milliards de dirhams en 2017 (Ecomédia 2018). En outre, Le
secteur du bâtiment connait une dynamique sans précédent et sa consommation énergétique
devrait s’accentuer davantage suite aux fortes productions en logements et aux réalisations de
vastes chantiers urbains en cours et/ou programmés avec 1,5 millions de logements à
construire entre 2010 et 2020 (AMEE 2015). A cela s’ajoute la demande croissante des
citoyens en confort au sein des habitations suite à l’amélioration de l’exigence du niveau de
vie et à la baisse des prix des équipements électroménagers. Ceci engendre des pics
sporadiques de consommation électrique en été qui ont atteint selon l’Office National de
l’Electricité et de l’Eau Potable, 6180 MW et 6290MW en terme de puissance appelée à
21h00 en Aout 2017 et 2018 respectivement.
de l’énergie basée sur l’exploitation et la mise en valeur de son potentiel naturel. En effet, le
Maroc dispose de gisements importants en énergies propres, notamment en solaire et en
éolien. Le potentiel des énergies renouvelables au Maroc se présente comme suit (Chater
2013):
Pour exploiter ces gisements, plusieurs chantiers sont en marche. Un vaste programme
intégré de production électrique à partir de l’énergie solaire est en cours. Dans ce sens, des
centrales électriques d’une puissance totale de 2000 MW ont été installées ou programmées
depuis 2015. Pour la filière éolienne, la puissance électrique installée d’origine éolienne est
destinée à être portée à 2000 MW en 2020 (MEMEE 2009).
d’habitat préféré des Marocains comme le montre la Figure 1. Sur l’ensemble du parc de
logements occupé à titre principal (4.6 millions), 67% sont des maisons marocaines modernes.
Celles-ci dominent largement dans toutes les villes sauf à Casablanca et à Rabat. Notons
toutefois que les appartements sociaux en immeubles dominent dans les grandes métropoles,
57% à Casablanca par exemple. (Harmak 2016).
Avec une évolution annuelle d’environ 3% du parc du logement national (HCP 2017), le
Maroc se trouve dans la contrainte de doter les nouvelles constructions de véritables mesures
d’efficacité énergétique en matière de chauffage/refroidissement et d’éclairage etc. d’autant
plus que la dépendance du pays en termes de ressources énergétiques pèse lourd et qu’elle ne
sera pas surmontée de sitôt.
Le quatrième chapitre est dédié à une étude par simulation numérique d’un bâtiment
grandeur nature situé à Marrakech en vue de déterminer ses performances énergétiques en
fonction des variables architecturales, matérielles et climatiques et d’élaborer certaines
recommandations à même d’améliorer ces performances énergétiques et de confort thermique
aussi bien dans le climat semi aride de Marrakech que dans les cinq autres climats du Maroc
tels qu’ils ont été définis par le Règlement Thermique de Construction au Maroc (RTCM
2014).
Enfin, dans la conclusion générale, nous récapitulerons les principaux résultats de ce
travail aussi bien dans son volet théorique qu’expérimental et nous présenterons quelques
perspectives de recherche pour améliorer certains aspects des idées globales de cette thèse.
Constructions » (RTCM 2014). Cependant, malgré son entrée en vigueur en novembre 2015,
le (RTCM 2014) reste quasi-inapplicable pour des raisons jusqu’à présent inconnues.
D’autre part, le Règlement Thermique des Constructions au Maroc (RTCM 2014) se
présente sous forme de deux approches : une est dite approche prescriptive et l’autre
performancielle. La première offre une description technique des exigences limites
réglementaires des caractéristiques thermiques des enveloppes des bâtiments résidentiels. La
deuxième explicite les performances thermiques limites des bâtiments résidentiels par zone
climatique. Le RTCM se limite toutefois au volet thermique du bâtiment et ne traite pas des
autres types de consommation électrique (éclairage par exemple) bien qu’il soit indiqué à
l’article 3 de la loi 47-09. Dans les chapitres suivants, nous aurons l’occasion de discuter des
dispositions de ce règlement.
III. La norme Passivhauss
La norme Passivhaus a été développée en Allemagne à la fin des années 1980. Elle
établit des exigences très élevées en termes d’efficacité énergétique, de conception et de
construction de bâtiments. L'Institut Passivhaus de Darmstadt (Allemagne) promeut et
contrôle la norme et définit le processus d'assurance qualité associé. L'objectif principal de
Passivhaus est de minimiser les exigences pour le chauffage/refroidissement des locaux. Il se
concentre aussi largement sur l'évitement et la réduction des pertes de transmission et en
augmentant et/ou en optimisant les avantages du gain solaire passif. En outre, Passivhaus vise
à fournir une bonne qualité d'air intérieur et un confort thermique acceptable. Par définition, la
consommation d’une maison Passivhaus (15kWh/m².a) se concentre sur des caractéristiques
de conception passive telles que l’isolation thermique, l’étanchéité à l'air et l’orientation
optimale. Cependant, elle permet aussi d'inclure certains éléments semi passifs notamment la
ventilation mécanique avec récupération de chaleur (Sameni et al. 2015).
IV. Techniques passives
IV.1. L’isolation thermique des parois opaques
L’isolation thermique consiste à placer une barrière contre le déplacement de la
chaleur en utilisant des matériaux ayant des propriétés thermophysiques à même de ralentir
les déperditions de l’énergie thermique. Actuellement, plusieurs matériaux peuvent être
utilisés dans ce sens. On peut citer certains isolants naturels tels que la fibre de cellulose, le
liège, la laine, la fibre de coco, le chanvre, etc. ainsi que certains isolants thermiques
industriels : le polystyrène expansé ou extrudé, la mousse rigide de polyuréthane, le granulat
de verre, le fibragglos de bois ou de tissu recyclés, etc. (Figure 2)
L'importance de l'isolation thermique dans la réduction des charges de
chauffage/refroidissement du bâtiment a été largement étudiée dans la littérature (Farhanieh &
Sattari, 2006; Bolattürk 2008; Kaynakli 2012; Kolaitis et al. 2013; Kumar & Suman 2013;
Ozel 2013; Fang et al 2014) . Aux Pays-Bas, Van Hooff et al. (2014) ont évalué l'effet de
six techniques passives sur le nombre d'heures de surchauffe en utilisant la simulation
thermique dynamique de trois bâtiments résidentiels génériques à savoir, une maison
détachée, une maison semi détachée avec terrasse et un appartement au dernier étage.
dans cette recherche sont: L'isolation thermique des murs et du toit, l'épaisseur du matériau
d'isolation, l'orientation des fenêtres, le taux global des baies vitrées, le type de vitrage et la
profondeur du surplombe. Les résultats ont montré que l'isolation des murs extérieurs et la
profondeur du surplombe sont les deux paramètres les plus importants dans la variation de la
charge thermique annuelle des bâtiments dans les climats considérés. La contribution de ces
deux systèmes passifs dans la réduction de la charge thermique annuelle est d'environ 70% et
10% respectivement. De plus, Benhamou et Bennouna (2013) ont conclu, via une étude
numérique d'une maison individuelle de 167m² sur deux étages dans le climat semi-aride de
Marrakech, que l'isolation thermique du toit réduit considérablement (environ 40%) la charge
thermique annuelle de la maison. En revanche, les auteurs ont montré que l'isolation
thermique des murs diminue essentiellement la charge de chauffage, alors que cela peut
conduire à une surchauffe estivale.
Kaynakli (2012) a effectué une revue de littérature sur l'isolation thermique des murs
extérieurs des bâtiments. Cette revue a porté sur les matériaux d'isolation et leur épaisseur
optimale économique. L'auteur a également examiné les effets de l'isolation thermique de
l'enveloppe et d'autres paramètres de conception sur la consommation d'énergie du bâtiment
ainsi que sur les émissions de CO2. Cette étude montre que l’épaisseur optimale de
l’isolant se trouve pratiquement à l’intersection des courbes représentant
respectivement le coût de l’isolant et le coût de la consommation énergétique liée aux
besoins de chauffage/refroidissement du bâtiment (Figure 3).
l’enveloppe, l'inertie du sol, l’effet de l'isolation thermique du toit sont des facteurs qui n'ont
pas été pris en compte dans cette recherche. Notons également que la conclusion des auteurs a
été basée uniquement sur la comparaison des températures au sein des deux chambres durant
deux jours typiques d’été (24 et 25 juillet) comme le montre la Figure 4.
de Salta (Argentine). Après la comparaison entre les murs légers et massifs, ils ont affirmé
que ces derniers sont préférables à ceux légers dans les climats arides. Ce type de mur donne
des économies d'énergie d'environ 25%.
Par ailleurs, aujourd’hui l’isolation thermique est tellement évoquée dans le domaine
de l’efficacité énergétique des bâtiments qu’elles sont devenues indissociables dans l’esprit du
simple utilisateur et parfois même chez certains professionnels. Cependant, il convient de
mentionner que l'effet négatif de l'isolation thermique de l'enveloppe sur les performances
énergétiques et le confort thermique du bâtiment, notamment la surchauffe en été, n’est pas
négligeable et pourtant n'a pas reçu suffisamment d'attention.
IV.2. Le double mur à lame d’air
Dans la section précédente, nous avons présenté l’importance de l’isolation thermique
des murs extérieurs dans la réduction de la charge de chauffage/refroidissement des bâtiments
mais aussi l’effet négatif de la forte masse thermique au sein de l’enveloppe notamment en
été. Alternativement, l'isolation thermique des murs extérieurs peut être réalisée en utilisant
une technique largement connue : le double mur à lame d’air qui peut être efficace en fonction
du climat; cette technique est communément utilisée dans la construction au Maroc, pour des
raisons d’isolation acoustiques mais aussi thermiques.
D’autre part, les modes de transfert de l’énergie thermique en général sont largement
connus sous leur forme classique dans la littérature. Ils sont subdivisés en trois catégories
principales : la conduction, la convection et le rayonnement. Or, dans le domaine du bâtiment,
ces modes de transfert peuvent prendre une tournure tout à fait différente selon les matériaux
de construction, les conditions climatiques et bien d’autres paramètres. Nous citons à titre
d’exemple ici l’air qui est considéré comme un meilleur isolant thermique, toutefois dans une
cavité d’un mur, ses propriétés thermophysiques changent complètement selon l’épaisseur de
la cavité et selon la température des parois internes de cette cavité. Dans les travaux de
recherche envisagés dans cette thèse et notamment dans le IVème chapitre, la conductivité
thermique équivalente de la lame d’air d’une épaisseur de 7cm a été calculée selon la méthode
des corrélations suivie par Sobhy et al. (2017a). Afin d'améliorer la compréhension de la
résistance thermique d’un double mur à lame d’air de différentes épaisseurs et des régimes
d'écoulement interne, Aviram et al. (2001) ont effectué une étude expérimentale du transfert
de chaleur à travers un double mur muni d’une lame d’air (Figure 5). Les auteurs ont testé un
mur de cavité en parpaing et en briques avec des épaisseurs de lame d'air de 78, 60 et 40 mm.
Les auteurs ont établi l'influence de la convection de l'air à l'intérieur de la cavité lors du
transfert de chaleur à travers la paroi. Il a été constaté que la lame d'air devient plus résistante
à la chaleur à une épaisseur étroite en raison de la diminution de l’amplitude du transfert de
chaleur par convection.
Figure 5. Construction d’un prototype de double mur à épaisseur variable de la lame d’air
(Aviram et al. 2001)
Comme indiqué ci-dessus, une isolation thermique élevée a un effet ambivalent sur les
charges thermiques des bâtiments, car elle peut entraîner une surchauffe estivale (Benhamou
et Bennouna 2013, Van Hooff 2014 ; Stazi et al. 2016 ; Sobhy et al. 2017a, Mastouri et al.
2017). Le double mur à lame d’air s’avère par ailleurs efficace spécialement pour les climats
modérés à chauds (Drissi et Benhamou 2018).
IV.3. L’inertie du sol
Le sol est considéré comme le gisement thermique naturel le plus important. En effet,
du point de vue thermique, la croûte terrestre se charge et se décharge en été et en hiver
respectivement. Entre les deux saisons, un déphasage d’amplitude peut être constaté entre la
température ambiante et celle du sol et cette dernière peut être considérée comme étant
quasiment constante à une profondeur de 2,5 à 3m et égale à la température de l’air ambiant à
la surface du sol selon l’équation (Eq. 1.1) de Kusuda et Achenbach. (1965) :
0.5
π 0.5 2π D 365
T = Tmean − Tamp ∗ exp −D ∗ cos tnow − tshift − ∗ Eq. I.1
365α 365 2 πα
stratégie optimale potentielle dans tous les climats étudiés sauf pour les climats froids où il
faut prendre en considération les autres paramètres étudiés.
A Qatar, Kharesh et Al-Khawaja (2016) ont envisagé la mise en place de certaines
mesures visant à réduire la consommation électrique notamment celle des systèmes de
climatisation au sein des bâtiments à Doha. Pour ce faire, cinq paramètres déterminants, selon
les auteurs, ont été variés moyennant une simulation thermique dynamique d’un bâtiment
résidentiel d’une superficie de 144m², à savoir : la température de consigne à l’intérieur du
bâtiment (de 22 à 24°C), l’intensité de l’éclairage (de 10 à 3W.m-2), le coefficient de
transmission thermique de l’enveloppe (1.78 à 0.57 W.m-2.K-1), le coefficient d’absorption de
la façade et du toit (Couleur « medium » à couleur « light ») et le type de vitrage (de simple
vitrage clair à double vitrage gris). Parmi les conclusions de cette étude on trouve la réduction
de la charge de refroidissement de 12% grâce à la minimisation du coefficient d’absorption de
la façade et du toit.
IV.5. Les parois transparentes
Une baie vitrée (fenêtre, porte, véranda…) est typiquement composée d’une partie
transparente : le vitrage, simple, double ou triple et d’une partie opaque : le cadre : acier,
aluminium, bois ou PVC, ainsi que de certains accessoires. Les performances thermiques
d’une paroi vitrée sont essentiellement garanties par la qualité de ses composants : vitrage,
joints, profilé, pré-cadre… une paroi transparente est caractérisée par les phénomènes de
transmission et de réflexion de la lumière (Figure 8).
L'effet de serre se produit quand le rayonnement solaire incident est absorbé par les
éléments de la fenêtre (vitrage, store, etc.) du côté intérieur du bâtiment. Aussi, une protection
solaire est fortement recommandée contre ce phénomène : Dans la Figure 9, les
protections extérieures seront toujours efficaces contre les surchauffes car elles arrêtent les
rayons du soleil avant qu'ils n'atteignent le vitrage. Une plus grande efficacité sera atteinte
pour des couleurs foncées. Les protections intérieures ne seront efficaces contre les
surchauffes que si elles repoussent les rayons du soleil ayant traversé le vitrage. Pour cela,
elles doivent être non absorbantes et réfléchissantes (de couleur claire).
avancent ce critère comme étant un bon argument de vente. Or, une bonne ou une mauvaise
orientation peut dépendre de plusieurs facteurs dont la distribution architecturale des pièces
du bâtiment sur la surface bâtie, le climat, l’isolation thermique, le Taux Global des Baies
Vitrées (TGBV), etc. En effet, en Tunisie (Tunis), en utilisant la méthode analytique CFFT
(Complex Finite Fourier Transform) sur différents types de murs composites de bâtiment
typique avec une couche d'isolation au milieu, Daouas (2011) a montré qu’en période
hivernale, le flux thermique transmis à travers un mur sans isolation est égal à 34 et 13 MJ/m²
respectivement en orientation nord et sud, soit un écart relatif de 61%. Il est encore trois fois
plus important pour une orientation nord isolée utilisant un double mur à lame d’air d’une
épaisseur de 4cm que pour une exposition sud avec la même isolation; en passant de 23 à 8
MJ/m² respectivement. D’autre part, pour l'orientation est et ouest, les charges annuelles de
chauffage/refroidissement sont égales aussi bien pour une isolation avec le polystyrène
expansé que pour une isolation avec lame d’air. La charge de refroidissement varie
légèrement pour les murs utilisant l'isolation de la lame d’air pour les quatre orientations,
cependant, une isolation thermique avec polystyrène expansé permet de maintenir la même
valeur de la charge de refroidissement annuelle (4 MJ/m²) et de conserver la charge de
chauffage entre 2 et 5 MJ/m² pour toutes les orientations. Néanmoins, l'isolation des murs en
polystyrène expansé diminue celle-ci pour toutes les orientations, et notamment celle du Nord
(baisse de 34 à 5 MJ/m²). L’auteur conclut enfin que les charges annuelles de
chauffage/refroidissement ont montré des changements significatifs par rapport à l'isolation
thermique et à l'orientation des murs, notamment entre les murs exposés au sud et au nord.
Les orientations ouest et est sont les moins sensibles à l’isolation thermique pendant la saison
froide. Le Tableau 2 résume les résultats de cette étude. D’une manière générale, l’orientation
sud reste la meilleure, du moins dans l’hémisphère nord, vu qu’elle procure au bâtiment une
exposition au rayonnement solaire direct durant toute la journée. Du point de vue efficacité
énergétique, cette orientation assure des économies d’énergie relatives à l’éclairage.
Cependant, dans les climats chauds, une stratégie adéquate de protection solaire des baies
vitrées s’impose afin de réduire la surchauffe et donc la charge de refroidissement.
les effets du vent ou par ouverture des fenêtres. Les débits de renouvellement d'air sont alors
difficiles à contrôler. La ventilation peut également être effectuée à l’aide de dispositifs
électromécaniques (ventilateurs, extracteurs…) dont la consommation d’énergie n’atteint pas
celles des dispositifs conventionnels de conditionnement de l’air circulant au sein du bâtiment
et dans ce cas elle est dite semi passive : La ventilation mécanique contrôlée. Pour assurer le
renouvellement d’air nécessaire, il faut pouvoir contrôler la ventilation autrement une
ventilation trop importante constitue aussi une perte d’énergie. Dans le logement, la norme
NBN D50-001 évoque des systèmes appelés : A, B, C ou D selon que l'amenée et/ou
l'évacuation d'air est naturelle ou mécanique. Typiquement, on parle de ventilation simple
flux lorsque la pulsion ou l'extraction d'air est assurée par un seul ventilateur poussant l’air
neuf dans un sens unique ou de ventilation double flux lorsque la pulsion et l'extraction sont
assurées par deux ventilateurs à sens opposés. La Figure 11 illustre l’installation d’un système
de ventilation double flux avec récupération de chaleur sur l'air extrait.
Figure 11. Installation de ventilation double flux pour un bâtiment tertiaire (Chlela 2008)
La ventilation mécanique contrôlée permet de gérer l’aération du bâtiment quel que soit le
temps ou la saison. L’important dans ce type de ventilation c’est qu’elle fait bénéficier le
bâtiment du potentiel naturel de l’air extérieur plutôt dans le rafraichissement mais beaucoup
moins dans le chauffage selon les conditions climatiques (Drissi et Benhamou 2018). Le sujet
de la ventilation des bâtiments est abordé dans la littérature depuis plusieurs décennies à
travers le monde entier. En effet, Florides et al. (2002) ont utilisé le logiciel TRNSYS de
simulation thermique, pour la modélisation et la simulation des flux d'énergie d’une maison
typique située à Nicosie (Chypre). Ils ont étudié plusieurs techniques telles que : la ventilation
naturelle, la protection solaire, les différents types de vitrage, l'orientation, la forme des
bâtiments, et la masse thermique. Après les simulations de ces systèmes les auteurs ont conclu
que :
Figure 13. Mise en place du puits canadien et schéma global du projet de Villa AMYS à
Marrakech. (Khabbaz et al. 2016)
V.3. Le mur Trombe
Le mur Trombe illustré dans la Figure 14, est composé d’un vitrage extérieur placé
devant un mur en béton afin de créer un effet de serre. Entre les deux, la lame d’air est
réchauffée. Des ouvertures sont pratiquées dans les parties basses et hautes du mur de manière
à créer une circulation d’air entre la lame d’air et les locaux à chauffer. L’air chauffé dans la
lame d’air pénètre ainsi par les ouvertures supérieures dans les locaux. En chauffant la pièce,
il se refroidit au contact de l’air du local et, une fois rafraîchi, revient par les ouvertures
inférieures dans la lame d’air pour se réchauffer à nouveau. Cette technique fait intervenir la
capacité thermique de stockage du bâtiment et elles permet d’atténuer le pic de la charge de
refroidissement et de moduler la température interne.
Figure 14. Coupe verticale d’une structure type d’un mur Trombe (Sadineni et al. 2011)
Sadineni et al. (2011) ont présenté un examen technique des composantes de
l'enveloppe du bâtiment et leur rôle dans l'amélioration de son efficacité énergétique. Les
auteurs ont discuté de diverses études concernant la mise à niveau des performances
énergétiques des bâtiments en utilisant des systèmes passifs. Cette revue a montré que la
consommation énergétique des bâtiments peut être largement réduite en adoptant des
techniques passives telles que: le mur Trombe, l’isolation thermique de l’enveloppe,
différentes technologies de fenêtres énergétiquement performantes, les toitures végétalisées,
etc. Les auteurs ont également discuté de l'effet de la masse thermique et des matériaux à
changement de phase sur la charge de refroidissement / chauffage et ont conclu que les
stratégies d'efficacité énergétique passive sont très sensibles aux facteurs météorologiques
telle que l'application de la masse thermique comme méthode d'économie d'énergie qui serait
plus efficace dans les zones où les différences de température ambiante jour-nuit sont élevées.
Wang et al. (2013) ont étudié et analysé l'influence de la technique du mur Trombe
comme étant une paroi de stockage, sur l'environnement thermique intérieur d’une maison
passive de 700 m², orientée Sud et située à Tianjin (Chine). En outre, ils ont examiné les
différents facteurs de l'enveloppe du bâtiment qui ont un impact sur la consommation
énergétique des bâtiments et sur le confort thermique intérieur. Les résultats des simulations
TRNSYS montrent que l'environnement intérieur avec le mur Trombe est meilleur que celui
avec un mur ordinaire car ce système réduit la consommation annuelle d'énergie de 8.6% et
augmente l'indice d'évaluation de confort thermique à 12.9%. D’autre part, les facteurs de
l’enveloppe du bâtiment, le Taux Global de Baies Vitrées (TGBV), l'orientation du bâtiment,
la structure de la paroi intérieure et le coefficient de forme, ont une influence sur l'indice de la
consommation d'énergie et sur l'indice de confort thermique.
VI. Confort thermique
Il est évident que l'objectif principal de l'application des systèmes passifs dans les
bâtiments est de diminuer la consommation d'énergie tout en maintenant un niveau de confort
thermique acceptable à l'intérieur du bâtiment. L'environnement thermique intérieur d'un
bâtiment peut être influencé par plusieurs paramètres physiques tels que la température de
Thèse de doctorat- M. DRISSI LAMRHARI Page 23
Chapitre I
Figure 15. Correspondance entres les indices PMV et PPD (Fanger 1970)
Par ailleurs, la Figure 16 présente la température opérative optimale de l’ambiance en
fonction de l’activité et de l’habillement de l’occupant. A partir de cette figure, on peut
constater que pour une personne exerçant une activité physique moyenne (2Met) et
moyennement vêtue (1Clo), la température opérative optimale pour une sensation de confort
thermique est entre 18 et 20°C. Plus les vêtements sont légers et pour une même activité
(2Met), la température opérative nécessaire pour le confort thermique de l’occupant peut
monter jusqu’à 28°C pour (0.25Clo) par exemple. Quand l’activité et l’habillement sont
consistants, la température est seulement aux alentours de 10°C.
les calculs des indices de confort avec les données expérimentales afin de comparer les
performances des deux codes de calcul. Le modèle de Fanger est très connu mais largement
critiqué aussi, vu la subjectivité des occupants ainsi que les différences physiologiques et
psychologiques d’un occupant à l’autre. D’autres méthodes peuvent représenter le confort
thermique dont certaines sont décrites dans cette revue de littérature et utilisées dans le
chapitre IV de cette thèse : Les indices d’inconfort thermique d’été/hiver (Drissi et Benhamou
2018).
Basé sur le calcul du nombre d'heures d'inconfort et sur la charge de refroidissement
d'un appartement dans un climat chaud et sec en Egypte, Dabaieh et al. (2014) ont introduit
certaines techniques passives comme moyen de réduire les charges de refroidissement. Les
auteurs ont calculé les heures d'inconfort d'été en se basant sur le Code égyptien de l'efficacité
énergétique dans les bâtiments résidentiels avec des points de consigne de 30 ° C et de 50%
pour la température et l'humidité de l'air intérieur. À cette fin, les auteurs ont simulé 37
modèles de toiture et ont constaté que l'utilisation d'un toit en voûte avec un revêtement à
albédo élevé diminue de 53% le nombre d’heures d'inconfort et économise 826 kWh pendant
la saison estivale par rapport à un cas de référence. De même, Mastouri et al. (2017) ont
évalué le nombre d'heures d'inconfort (NDH) pour deux maisons dans le climat chaud et semi-
aride de Marrakech. Les auteurs ont défini le nombre d’heures d’inconfort (NDH : Number of
Discomfort Hours) comme le nombre d'heures pendant lesquelles la température de l'air
intérieur est en dehors de l'intervalle de température de confort thermique adopté de 18-26°C.
Les maisons étudiées, appelées Zitoune et [Link] sont des villas à deux étages avec quatre
façades construites sur une superficie totale de 330m² chacune. Zitoune intègre de
nombreuses techniques passives telles que la technique de double dalle pour l'isolation
thermique du toit, le double vitrage et l'inertie thermique élevée des murs, tandis que [Link]
est construite avec des matériaux de construction classiques et ne possède pas toutes ces
techniques passives. Les résultats de cette étude montrent que les systèmes passifs étudiés ont
un effet remarquable sur la température de l'air intérieur, le confort thermique et les charges
de chauffage/refroidissement du bâtiment Zitoune. De plus, de meilleures conditions de
confort thermique sont atteintes à Zitoune puisque son NDH est réduit de 62% par rapport à la
maison [Link].
Chaque point expérimental apporte une valeur de la réponse. Or cette réponse est
modélisée par un polynôme dont les coefficients [b] sont les inconnues qu’il faut déterminer.
À la fin du plan d’expériences, on a un système de N équations (s’il y a N essais) à p
inconnues (s’il y a p coefficients dans le modèle choisi a priori). Ce système s’écrit d’une
manière simple en notation matricielle [Y] = [b] [X]. Ce système ne peut pas, en général, être
résolu simplement car le nombre d’équations est inférieur au nombre d’inconnues. Au fait,
cette résolution ne peut être menée à bien que si l’on utilise une méthode de régression la
plupart du temps basée sur le critère d’optimisation des moindres carrés. On obtient ainsi les
estimations des coefficients [b]. Le résultat de ce calcul est donné dans la Figure 17 (Goupy &
Creighton 2006)
En d’autres termes, la valeur ajoutée des plans d’expériences est de pouvoir réaliser le
minimum de simulations tout en étant en mesure d’expliquer la totalité de l’information sur
les variables dépendantes. En effet, le processus d’aboutissement d’un plan d’expériences
décrit dans la Figure 17 montre que l’expérimentateur commence par la définition des entrées,
la réalisation des essais (simulations) et la mesure des ou de la variable(s) dépendante(s).
Ensuite, l’identification des facteurs prépondérants en se basant sur les valeurs absolues des
coefficients « bi » représentés par la matrice colonne [b]. Enfin, la conception du modèle
polynomial et son évaluation par le coefficient de corrélation (Foucquier et al. 2013).
implémentations dans divers domaines. En 1980, Parti et Parti ont été parmi les premiers à
proposer une nouvelle méthode utilisant la régression linéaire pour la prédiction de la
consommation d'énergie des bâtiments. En Roumanie, sur la base de la régression linéaire
multiple, Catalina et al. (2013) ont étudié la prédiction de la demande énergétique dans le
bâtiment de type appartement dans trois climats différents (Moscou, Bucarest et Nice). Les
auteurs ont constaté que, sur la base de six facteurs initialement définis, les principaux
facteurs influençant la charge de chauffage du bâtiment étudié sont: le coefficient global de
déperditions thermiques et l’orientation du bâtiment. De nombreux autres chercheurs, utilisant
la régression linéaire multiple, ont travaillé sur la prédiction des phénomènes physiques et en
particulier de la consommation d'énergie dans différents types de bâtiments (Aydinalp-Koksal
et al. 2008 ; Krüger et al. 2011 ; Hygh et al. 2012 ; Yun et al. 2012 ; Catalina et al. 2013 ;
Melo et al. 2016 ; Fang et Lahdelma 2016 ; Drissi et Benhamou 2017).
Plusieurs modèles mathématiques peuvent être utilisés pour prédire la demande
d'énergie dans les bâtiments. En effet, Eq. I.4 est le modèle linéaire; il est utilisé par de
nombreux auteurs comme nous le présenterons ci-après. Ce modèle donne des résultats
satisfaisants en fonction de son coefficient de corrélation et suppose la relation linéaire entre
le vecteur des facteurs d'entrée [X] et le vecteur de réponse [Y]. Eq. I.5 et I.6 représentent les
modèles linéaires prenant en compte l'interaction entre les facteurs respectivement de premier
et de second ordre. Ils peuvent être utilisés pour ajouter une précision à la réponse [Y] lorsque
des paramètres indépendants [X] interagissent entre eux. Enfin, le modèle quadratique
représenté par Eq. I.7 est utilisé en ajoutant un terme quadratique pur au terme linéaire afin de
focaliser la réponse et d'optimiser la prédiction.
Y = b0 + i=1 bi . Xi
n
Eq. I.4
Y = b0 + i=1 bi . Xi
n
+ i,j=1 bij . Xi Xj
n
Eq. I.5
Y = b0 + i=1 bi . Xi
n
+ i,j,k=1 bijk . Xi . Xj . Xk
n
Eq. I.6
Y = b0 + i=1 bi . Xi
n
+ i=1 bii . Xi
n 2
Eq. I.7
Korolija et al. (2013) ont prouvé que les demandes de refroidissement et de chauffage
de certains immeubles de bureaux au Royaume-Uni peuvent être prédites avec précision en
utilisant des modèles de régression linéaire multiple avec un coefficient de détermination
élevé (R = 0,95). En outre, Asadi et al. (2014) ont développé un modèle de régression
multilinéaire pour prédire la consommation d'énergie des bâtiments commerciaux de formes
géométriques variées. Les auteurs ont choisi des matériaux de construction ainsi que le
calendrier d'occupation comme variables de conception définies et rapportent avoir testé
plusieurs modèles et trouvé que le modèle linéaire est approprié pour leur cas d’étude avec un
coefficient de corrélation supérieur à 0,94. En outre, Jaffal et al. (2009) ont mené une étude
numérique pour prédire la demande de chauffage d'une habitation pour différentes villes de
France représentant des climats continentaux, océaniques et méditerranéens. Les chercheurs
ont effectué des simulations dynamiques pour plusieurs configurations du bâtiment étudié en
fonction de 11 paramètres d'enveloppe et d'orientations différentes. Les résultats de la
simulation ont été adoptés en utilisant quatre modèles polynomiaux (modèle linéaire, modèle
d’interaction, modèle quadratique pur et modèle quadratique complet). Les auteurs montrent
que même si le modèle quadratique était nécessaire pour obtenir une précision acceptable
pour le climat méditerranéen, le modèle linéaire donne un bon accord avec les simulations
dynamiques pour les deux autres climats (continental et océanique). D’autre part, Romani et
al. (2015) ont établi une modélisation des charges de chauffage et de refroidissement pour les
six zones climatiques du Maroc. Les auteurs ont considéré un appartement de 100m² avec
plusieurs éléments: épaisseurs d'isolation d'enveloppe, type de vitrage, coefficients
d'absorption des murs et du toit, taux de renouvellement d'air et stores de fenêtres. Les
modèles polynomiaux considérés pour les résultats des simulations sont les mêmes que ceux
utilisés par Jaffal et al. (2009). Les auteurs ont confirmé que la charge de refroidissement
prédite par les modèles quadratiques et d'interaction complets montre un bon accord avec les
résultats de la simulation. Cependant, tous les quatre modèles considérés prédisent avec
précision la charge thermique de la maison (R = 0,95), sauf pour le climat océanique d'Agadir.
Pour le climat semi aride de la ville de Marrakech en particulier, les modèles quadratique et
linéaire ont une précision similaire pour les besoins de chauffage et de refroidissement.
Toutefois, il est à signaler que dans la majorité des études revues dans la littérature, les
auteurs ne consacrent pas une bonne attention à l’analyse et l’interprétation des valeurs des
coefficients « bi » qui rendent compte de la prépondérance du facteur Xi dans le processus de
modélisation, ils s’arrêtent beaucoup plus sur la précision et sur le choix des modèles.
À la lumière de cette revue de littérature consacrée à l’analyse des données, on peut
conclure que le modèle multilinéaire prédit avec précision la demande énergétique des
bâtiments dans différents climats. Ce modèle sera utilisé dans cette étude au IIIe chapitre. De
plus, dans le modèle linéaire, le critère de Durbin-Watson (DW) rend compte de
l'autocorrélation des erreurs absolues (résidus ei) qui représente la différence entre la valeur de
la réponse estimée par le modèle et celle calculée par simulation. Le critère DW est donné par
l’équation Eq. I.8 (Durbin et Watson 1951):
N
i=2(ei−1 −ei )
2
DW = N 2 Eq. I.8
i=1 ei
La valeur DW converge vers zéro s'il existe une forte corrélation entre les points
successifs. S'il existe une faible corrélation entre les points successifs, c'est-à-dire une
distribution aléatoire de l’erreur, la valeur DW est plus proche de 2 (Rutledge et Barros 2002).
VIII. Conclusion
Dans cette partie, nous avons décrit l’état de l’art du volet passif de l’efficacité
énergétique dans le bâtiment. En d’autres termes les techniques relatives à l’aspect des
échanges thermiques au sein des bâtiments particulièrement les techniques les plus largement
abordées dans la littérature ont été explicitées. Il s’agit principalement de l’isolation
thermique, l’architecture, les matériaux de construction, les techniques semi-passives etc.
d’autre part nous avons effectué un passage en revue de certaines techniques statistiques
d’analyse de données. Nous avons en effet exposé la méthodologie de recherche
expérimentale basée sur les plans d’expériences et les différents modèles mathématiques
servant à exprimer la variable de sortie (la charge thermique dans notre cas) en fonction des
facteurs à impact direct sur cette dernière.
Afin d’atteindre l’efficacité énergétique souhaitée, nous avons souligné dans ce
chapitre aussi la nécessité d’une conception de combinaisons spéciales de l’ensemble des
techniques passives et semi-passives selon les spécificités techniques, architecturales et
climatiques du bâtiment en question, étant donné l’impossibilité de mettre en œuvre des
techniques énergétiquement efficaces standards indépendamment des disparités de chaque
bâtiment.
Dans le but de traiter la conception de ces différentes combinaisons, le chapitre suivant
sera consacré à la description des approches théoriques et expérimentales suivies dans cette
recherche. En effet, dans cette thèse, nous avons envisagé l’évaluation de l’impact de
plusieurs facteurs physiques, architecturaux, matériels etc. sur le comportement thermique des
bâtiments de type « appartement » et ce en adoptant deux approches : une théorique et l’autre
expérimentale et pour les six zones climatiques du Maroc.
IES, EnergyPlus, Codyba, Solene et Comfie Pléiade) et ont souvent confirmé la performance
de TRNSYS ( Beckman et al. 1994; Buratti et al. 2013; Asim et al. 2016; Khabbaz et al.
2016 ; Sobhy et al. 2017a) . La comparaison des logiciels disponibles faite par (Flory-Celini
2008) a été basée sur la possibilité d’effectuer des simulations thermiques dynamiques des
bâtiments en utilisant les modules disponibles y compris les éléments architecturaux, les
dispositifs climatiques, les bibliothèques des matériaux de construction, d’ouvertures, de
protection, etc. Cette comparaison montre que les deux environnements qui semblent
répondre largement à la problématique posée dans cette étude (Flory-Celini 2008) sont
TRNSYS et EnergyPlus. Bien que ce dernier présente plus de dispositifs climatiques tels que
l’éclairage et le transfert aéraulique, TRNSYS a l’avantage de posséder une interface
graphique plus ergonomique, d’une plus grande rapidité de prise en main et permet d’ajouter
des types élaborés en logiciels de programmation. TRNSYS se base sur la méthode de
modélisation nodale et la ventilation simulée par des transferts de masse est prise en compte
par l’outil de simulation aéraulique TRNFLOW qui est associé à TRNSYS. D’autre part, suite
à une étude que les auteurs Buratti et [Link] effectuée en 2013sur la simulation de la
performance énergétique et du confort thermique dans des bâtiments non résidentiels en Italie
avec les deux codes TRNSYS et EnergyPlus confirment que TRNSYS est extrêmement
flexible pour la simulation de différents systèmes transitoires, tandis qu’EnergyPlus est plus
spécifique pour l'étude du comportement du bâtiment, ainsi que les résultats des deux codes
de simulation sont en bon accord et que les légères différences constatées étaient dues à
l'approche différente pour l'évaluation du rayonnement solaire sur les surfaces inclinées et sur
le modèle de conduction thermique transitoire.
III.1. Présentation de TRNSYS
TRNSYS (TRaNsient System Simulation) est un logiciel commercial développé par
le laboratoire d'énergie solaire de l'Université de Madison à Wisconsin (États-Unis).
Disponible depuis 1975, TRNSYS est dédié à la simulation thermique dynamique des
bâtiments et des systèmes solaires de la simple production d'eau chaude sanitaire à la
conception et la simulation des bâtiments mono ou multizones, en fonction de leurs
emplacements, de leurs matériaux de construction, de leur architecture etc. TRNSYS permet
également la visualisation, à un pas de temps défini par l’utilisateur, de la consommation
d’énergie en termes de chauffage, de refroidissement etc, ainsi que la production annuelle
d’énergie des équipements solaires et/ou thermiques pour un bâtiment donné (chauffe-eau
solaire, panneau photovoltaïque, etc). TRNSYS est basé sur une approche par schéma-bloc
(Figure 19). Cette approche modulaire permet à la fois de réduire le degré de complexité des
problèmes à traiter et de travailler dans un environnement permettant de rajouter de nouveaux
composants et de nouveaux concepts en utilisant plusieurs langages de programmation (C,
C++, Pascal, Fortran, etc.). De plus, TRNSYS peut être facilement connecté à de nombreuses
autres applications, pour le pré-traitement ou le post-traitement ou par le biais d'appels
interactifs au cours de la simulation (Microsoft Excel, Matlab, etc.).
TRNSYS est doté d’une panoplie de composants appelés aussi (Types) riche et
diversifiée (bâtiment mono ou multizones, équipements de chauffage/refroidissement,
panneaux solaires, données météorologiques, traceurs en ligne, régulateurs, contrôleurs
calculateurs, scénario de gestion d’objets etc). La création du fichier TPF (TRNSYS Project
File), la phase principale d’un projet de simulation, consiste à relier les différents éléments
nécessaires à la simulation souhaitée : bâtiment multizone (Type 56), Données
météorologique (Type 99), etc.
Figure 19. Interface graphique de TRNSYS présentant l’approche schéma-bloc (Projet TPF
de l’appartement ADAM au Rez de chaussée)
III.2. Modélisation multizone du bâtiment par le Type 56 «TRNBuild»
Le Type 56 permet de simuler le comportement thermique d'un bâtiment donné sous
forme d’une ou de plusieurs zones thermiques. Le programme TRNBuild qui est l’interface
graphique du Type 56 génère un fichier de type (*.b17) contenant la description du bâtiment
(matériaux de construction, composition, dimensions et position des parois opaques et
transparentes, protections solaires, équipement de chauffage/refroidissement/ventilation,
calendrier d’activités…). Ce fichier est la source d’informations nécessaires à la simulation
thermique dynamique du bâtiment multizone en question. A l’instar de tout Type de
TRNSYS, les entrées et les sorties du Type 56 peuvent être configurées en fonction de la
description du bâtiment et des besoins de l’utilisateur.
III.3. Description mathématique des composantes utilisées dans la
simulation
III.3.1. Type 56 (Bâtiment multizone)
Le modèle du bâtiment dans le Type 56 est un modèle avec un nœud d’air représentant
toute la masse d’air d’une zone donnée. Ce nœud d’air représente la capacité thermique du
volume d'air étudié et le bilan thermique sur le nœud d’air fait intervenir l’ensemble des
apports générés dans l’environnement de la zone étudiée. En effet, le flux de chaleur convectif
reçu par un nœud d’air d’une zone thermique (Eq. II.1) est la somme des flux convectifs
provenant des différentes surfaces de la zone (Eq. II.2), des gains par infiltration (Eq. II.3),
des gains par ventilation (Eq. II.4), des gains internes dus aux occupants, aux équipements et à
l’éclairage, des gains dus au couplage de l’air avec les différentes zones adjacentes (Eq. II.5)
et des gains solaires à travers les fenêtres. La Figure 20 présente les différents flux convectifs
reçus par un nœud d’air (TRNSYS, 2010).
Figure 20. Flux de chaleur convectifs sur un nœud d’air (TRNSYS, 2010)
Les flux convectifs illustrés dans la Figure 20 sont définis par les équations suivantes:
Qi = Qsurf,i + Qinf,i + Qvent,i + Qg,c,i + Qcplg,i + Qsolair,i + QISHCCI,i Eq. II.1
Avec :
Qvent,i : Les gains de ventilation (débit d'air provenant d'une source définie par
l'utilisateur, système de HVAC).
Qg,c,i : Les gains convectifs internes (par les occupants, par les équipements, par
l’éclairage, etc.).
Qcplg,i : Les gains convectifs dus à l'écoulement de l'air entre les zones.
Qsolair,i : Les gains solaires entrant dans une zone à travers les fenêtres externes et qui
sont transférés en gain convectif à l'air intérieur.
Quant aux échanges par rayonnement, TRNSYS distingue les échanges de courtes
longueurs d’onde (CLO) correspondant à du rayonnement à longueurs d’onde inférieures à
2.5 μm et à celui à grandes longueurs d’onde (GLO) supérieures à 2.5 μm.
Le transfert interne de chaleur par rayonnement d’une paroi de la zone que reçoit un
nœud (Figure 21) est la somme des gains radiatifs internes à la zone étudiée (Eq. II.6). Ces
gains sont le résultat de l’échange par rayonnement entre la paroi et les autres surfaces ainsi
que les gains radiatifs spécifiés éventuellement par l’utilisateur et les gains solaires reçus par
la paroi à travers les fenêtres. La Figure 21 présente les flux de chaleur radiatifs internes d’une
paroi de la zone reçus par un nœud.
Qr,w = Qg,r,i,wi + Qsol,wi + Qlong,wi + Qwall−gain Eq. II.6
i
Qr,w : Les gains radiatifs reçus par un nœud surfacique d’une paroi.
i
Qsol,wi : Les gains solaires reçus par une paroi via les fenêtres.
Qlong,wi : Les gains à travers les échanges de chaleur par rayonnement entre une paroi
et les autres parois de la zone.
Qwall−gain : Le flux de chaleur radiatif spécifique à une paroi donnée.
Figure 21. Flux de chaleur radiatifs dans une paroi (TRNSYS, 2010)
Pour tenir compte de l'ombrage externe des murs et des fenêtres extérieures,
TRNBuild génère les matrices d’ombrage et d’insolation, à l’aide des données 3D de
TRNSYS3D, qui permettent de déterminer la quantité d’énergie solaire qui arrive sur chaque
façade du bâtiment. Pour générer cette matrice, TRNBuild fait appel à TRNSHD : un sous-
programme de TRNSYS.
Méthode de calcul de la charge thermique
La variation de l’énergie thermique dans une zone est égale au flux de chaleur net « Qi »
échangé par cette zone selon l’équation II. 1. (TRNSYS 2010). La température d’une zone
thermique au sein d’un bâtiment (nœud thermique) est calculée par TRNSYS en utilisant
l’équation II. 7 qui s’écrit:
𝑑
𝐶𝑖 . 𝑑𝑡 𝑇𝑖 = 𝑄𝑖 (Eq. II. 7)
Figure 22. Maillage du sol sous un bâtiment et désignation des champs : Near-Field et Far-
Field (TRNSYS 2010)
III.4.2. Calcul des coefficients convectifs
Pour TRNSYS, le calcul par défaut des coefficients de transfert de chaleur par
convection est seulement valable pour les surfaces internes du bâtiment. Ces coefficients sont
calculés selon l’équation II.10. Les valeurs des variables A et B pour chaque type de surface
sont présentées dans le Tableau 4 (TRNSYS 2010).
hinterne = A Tsurf − Tair B
Eq. II.10
Par ailleurs, du moment que l’équation (Eq. II.10) ne peut être utilisée pour les
surfaces externes du bâtiment, la corrélation présentée par l’équation (Eq. II.11) (Incropera
1985) a été adoptée vu qu’elle tient compte de la vitesse du vent disponible dans le fichier
météorologique. Cette équation est ensuite reliée à une fonction d’entrée créée dans le
Type56.
par l'importation du fichier (*.idf). En effet, le projet TPF consiste à choisir, dans un premier
temps, un ensemble de composantes physiques, en s’appuyant soit sur des modèles existants
dans la bibliothèque de TRNSYS, soit en les créant et puis à définir les interactions physiques
entre ces composantes en effectuant les liaisons appropriées. Le comportement thermique du
bâtiment étudié est simulé à travers la modélisation transitoire multizone (Type 56) avec un
pas de temps de 1h.
IV. Données météorologiques
La modélisation dynamique des systèmes thermiques à l’aide de TRNSYS nécessite
des données d’entrée précises et fiables notamment celle de la météorologie. Parmi les
fichiers les plus couramment utilisés on trouve les fichiers dits : Année Météorologique
Typique (Typical Meteorological Year). Un fichier TMY donne à l’utilisateur des données
horaires, sur les douze mois calendaires équivalents à une année météorologique typique. On
trouve aussi les TRY (Test Reference Year) et les SSY (Standard Solar Year). Les mois
typiques composant cette année typique sont choisis parmi ceux d’une longue période
(environ 10 à 20 ans) et les techniques de choix de ces mois typiques sont appelées techniques
de génération de fichiers TMY et sont basées sur des calculs stochastiques. Les techniques les
plus connues sont la méthode « Danish Method » (Andesrsen et al. 1977), la méthode de
« Sandia laboratories » (Hall et al. 1978) et la méthode de « Festa et Ratto » (Festa et Ratto
1993). Plusieurs auteurs ont travaillé sur la comparaison de ces méthodes : Argiriou et al.
(1999) ainsi que Bilbao et al. (2004) ont conclu que la qualité des résultats de simulation
utilisant les TMY issus d’une méthode ou d’une autre dépend de plusieurs facteurs tels que les
caractéristiques géographiques et climatiques de la région étudiée, la nature et la taille du
système à simuler ; cependant, aucune conclusion n’a été faite concernant l’efficacité absolue
de l’une ou de l’autre des méthodes. (Janjai et al. 2008) ont effectué une comparaison entre
les trois méthodes. En effet, des TMY ont été générés en utilisant les trois méthodes pour
quatre différentes zones géographiques en Thaïlande. Ces TMY ont été utilisés sur TRNSYS
pour simuler des systèmes photovoltaïques et des chauffe-eau solaires de tailles différentes.
En comparant les performances des trois méthodes, Ratto & Festa, Sandia et Danish, les
auteurs (Janjai et al. 2008) sont parvenus à conclure que les résultats de simulation TRNSYS
utilisant les TMY en question ne sont pas en contradiction avec des simulations utilisant des
fichiers météorologiques de la moyenne des 10 dernières années pris séparément aussi bien
pour les systèmes photovoltaïques que pour les chauffe-eau solaires. Vu les niveaux de
complexité élevés pour les méthodes Festa et Ratto, et Danish, et vu la simplicité relative de
la méthode Sandia, les auteurs recommandent son utilisation pour la génération de fichiers
TMY.
Dans cette thèse, pour effectuer les simulations thermiques dynamiques de
l’appartement ADAM, nous avons utilisé les fichiers TMY de (Meteonorm 2014) des six
zones climatiques du Maroc à savoir : CZ1 : Agadir, CZ2 : Tanger, CZ3 : Fès, CZ4 : Ifrane,
CZ5 : Marrakech et CZ6 : Errachidia, tandis que pour valider le modèle de simulation de
l’appartement, des données météorologiques de Marrakech mesurées en 2014 in-situ ont été
adoptées (cf. § chapitre IV). De plus, pour réaliser l’étude thermique sur la cellule de bâtiment
(cf. § chapitre III), nous avons utilisé des données météorologiques de Marrakech mesurées
in-situ en 2009.
V. Conclusion
Dans ce chapitre nous avons procédé à la présentation de l’appartement étudié et à la
description ainsi qu’à la justification du choix de l’outil de simulation TRNSYS. Nous avons
aussi présenté les techniques de conception des fichiers de données météorologiques et le
choix effectué pour cette étude en matière de ces dernières. Dans le chapitre suivant, une
étude numérique des paramètres intervenant dans l’efficacité énergétique d’une cellule de
bâtiment dans le climat de Marrakech sera présentée en vue de préparer l’entrée en matière de
l’étude expérimentale qui sera abordée dans le IVème chapitre.
Afin d'évaluer l'influence des paramètres du bâtiment sur sa charge thermique, sept
paramètres sont sélectionnés: l'isolation thermique de la façade principale (X1), du sol (X2),
du toit (X3) et des murs (X4), le volume du bâtiment (X5), le TGBV (X6), l'orientation de la
façade principale (X7). En outre, deux types de matériaux de construction (le huitième
paramètre) couramment utilisés dans la région de Marrakech sont considérés: la brique rouge
(Type1) et le parpaing (Type2). Les Tableaux 6-8 présentent la constitution des murs, du sol
et du toit pour différentes configurations étudiées et leurs valeurs du coefficient de
transmission thermique U selon (TRNSYS 2010).
160
140
120
100
80
60
40
20
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21
Qc Calculée Qc Estimée
kWh/m².a
160
140
120
100
80
60
40
20
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21
Qc Calculée Qc Estimée
Figure 24. Charges de refroidissement de la cellule de bâtiment étudiée pour les matériaux
de construction Type1 (a) et Type2 (b)
À partir de ces figures, on peut remarquer que les charges de refroidissement de toutes
les configurations du bâtiment sont essentiellement supérieures à 20 kWh/m².a. En outre, la
charge de refroidissement de seulement 7 configurations de Type1 (Fig. 24-a) et 9 de Type2
(Fig. 24-b) prennent des valeurs en dessous de ce seuil. On remarque également que la charge
de refroidissement de la cellule de bâtiment de Type1 prend des valeurs supérieures à celle du
Type2 dans la plupart des configurations en particulier pour celles correspondant à un toit non
isolé. Dans le cas d'un toit isolé, les charges de refroidissement sont à peine les mêmes. On
peut conclure que, lorsque le toit est isolé, le type de matériaux de construction n'a pas d'effet
significatif sur la charge de refroidissement dans un climat semi-aride.
En outre, on peut conclure des Figures 24 que les résidus absolus ei, représentant la
différence entre charges calculées et estimées sont distribués aléatoirement autour de zéro,
sans relation apparente entre les valeurs absolues des résidus et celles des charges de
refroidissement. En effet, les modèles mathématiques surestiment (ei>0) la charge de
refroidissement calculée pour certaines configurations de la cellule du bâtiment alors qu'ils la
sous-estiment (ei<0) pour d'autres. De plus, le résidu absolu est inférieur à 5 et 7 kWh/m².a
dans la moitié des expériences pour les matériaux de construction de Type1 et Type2
respectivement.
Les Figures 25 présentent le diagramme de Pareto des coefficients des modèles
polynomiaux pour la charge de refroidissement des cellules du bâtiment. Ces figures montrent
que la charge de refroidissement du bâtiment étudié peut être essentiellement prédite par trois
paramètres, à savoir le TGBV (X6), l'isolation du toit (X3) et l'isolation de la façade principale
(X1).
94%
97%
92%
97%
90% 90%
88%
75%
78%
l'isolation des murs (X4), le volume du bâtiment (X5) et le TGBV (X6) doivent être réduits et
contrôlés. Ces résultats sont valables pour les deux types de matériaux de construction. Aussi,
il convient de souligner que, selon le diagramme de Pareto (Figs. 25), le TGBV (X6),
l'isolation de la toiture (X3) et l'isolation de la façade principale (X1) sont les trois facteurs
prépondérants à maîtriser pour réduire la charge de refroidissement de la cellule dans le cas du
climat chaud de Marrakech. En outre, le facteur d'orientation du bâtiment (X7) influe le moins
sur la demande de refroidissement du bâtiment avec un faible coefficient de -0.14 et -0.09
respectivement pour les matériaux de construction de Type1 (brique rouge) et de Type2
(parpaing). Rappelons que les expériences sont menées sur une cellule de bâtiment exposée au
rayonnement solaire, sans aucun bâtiment voisin, sans ombrage sur la surface vitrée. Cela a
été reflété dans les résultats, par la prépondérance du TGBV (X6) avec un taux de 75% et 78%
de l'information liée à la charge de refroidissement selon les matériaux de construction de
Type1 et Type2 respectivement.
On peut en conclure que, malgré la modification du matériau du bâtiment, les résultats
confirment la dominance de trois facteurs, avec une légère différence dans leur ordre
d'importance d’un matériau de construction à l’autre. En fait, pour le Type1, le classement est
le suivant : le TGBV (X6), l'isolation du toit (X3) puis l'isolation de la façade principale (X1),
tandis que pour le Type 2 l'ordre est: X6, X1 et X3.
IV.2. Charges de chauffage
En ce qui concerne la charge de chauffage de la cellule de bâtiment étudiée, les
modèles mathématiques correspondants sont donnés par les équations III.3-4 pour les
matériaux de construction de Type1 et de Type2 respectivement,
QH= 388.1– 30.3*X1 +8.2*X2 –40.9*X3 – 61.1*X4 – 1.5*X5 +172.0*X6 +0.12*X7 Eq. III.3
QH= 545.9–66.4*X1 +10.7*X2– 24.4*X3 –218.9*X4 – 1.9*X5 +271.5*X6 +0.04*X7 Eq. III.4
500
400
300
200
100
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21
QH Calculée QH Estimée
kWh/m²a b
600
500
400
300
200
100
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21
QH Calculée QH Estimée
Figure 26. Charges de chauffage de la cellule de bâtiment étudiée pour les matériaux de
construction Type1 (a) et Type2 (b)
A partir de ces figures, on constate que toutes les charges de chauffage dépassent
100kWh/m².a. De plus, celle dans le cas de murs non isolés des configurations 1 – 3 et 10 –
13 (Fig. 26-b, Tableau 12) est considérablement plus élevée dans le cas du matériau de
construction de Type2 (parpaing). Ceci s'explique par la conductivité thermique élevée et par
la faible inertie thermique du parpaing par rapport à celles de la brique rouge (Tableau 9). En
effet, grâce à son inertie thermique relativement élevée, la brique rouge présente l'avantage de
stocker les gains solaires. De plus, la brique rouge dont la diffusivité thermique est beaucoup
plus faible, transmet lentement la chaleur provenant du rayonnement solaire par rapport au
parpaing fournissant ainsi un apport de chaleur à l'environnement intérieur pendant la nuit. De
plus, le parpaing étant moins isolant que la brique rouge, favorise les pertes thermiques du
bâtiment. En outre, pour les configurations 4 - 9 et 14 – 21 (murs isolés, Tableaux 11-12), la
charge de chauffage de la cellule construite par de la brique rouge est légèrement supérieure à
celle construite par du parpaing. D'une part, l'isolation thermique réduit les pertes thermiques
du bâtiment; d'autre part, l'inertie thermique relativement élevée de la brique rouge entraîne
des besoins de chauffage plus élevés de la cellule de bâtiment.
En outre, les Figures 26 montrent que pour le matériau de construction de Type1, 80%
des expériences présentent un résidu absolu inférieur à 15 kWh/m².a pour une charge
moyenne de chauffage de 238 kWh/m².a, ce qui conduit à un résidu relatif de 6 %. Le résidu
relatif correspondant pour le matériau de construction de Type 2 est inférieur à 5%, pour 60%
des expériences dont la charge de chauffage est estimée inférieure à 15 kWh/m².a pour une
charge de chauffage moyenne de 251 kWh/m².a.
Les Figures 27 présentent le diagramme de Pareto des coefficients du modèle
polynomial pour la cellule de bâtiment en termes de charge de chauffage.
98%
100%
94%
600 100% 600 100%
83%
99%
100%
97%
90% 90%
500 500
87%
80% 594 80%
594
74%
70% 581 70%
400 400 592
46%
60% 557 60%
313 314
55%
304 314
300 274 50% 300 490 50%
233 40% 40%
272
200 200
172 30% 30%
20% 20%
100 100
10% 10%
0 0% 0 0%
X6 X4 X3 X1 X2 X5 X7 X6 X4 X1 X3 X2 X5 X7
thermique des murs du bâtiment ne devrait pas être aussi élevée que celle du toit. D’autres
études ont récemment estimé que la technique d’isolation thermique des murs par une lame
d’air de 5 à 7cm d’épaisseur est suffisante pour les bâtiments dans les climats chauds comme
celui de Marrakech, alors que le toit doit être isolé avec au moins 6 cm d'épaisseur de
matériau d'isolation standard adéquat, tel que le polystyrène extrudé (Sobhy et al. 2017, Drissi
et Benhamou 2018).
IV.3. Précision des modèles mathématiques élaborés
La précision des modèles élaborés est évaluée par les coefficients de corrélation (R) et
le critère de Durbin-Watson (DW). Les coefficients de corrélation des modèles de régression
linéaire de la charge de refroidissement sont respectivement de 0.95 et 0.92 pour les
matériaux de construction Type1 et de Type2. Leurs valeurs des critères de Durbin-Watson
sont 1.168 et 1.582 respectivement. Les Figures 28 montrent la corrélation entre les valeurs de
la charge de refroidissement prédites ou estimées par les modèles mathématiques et celles
calculées à l’aide de TRNSYS.
Type1 Type2
300 300
QC(kwh/m²)-TRNSYS
150 150
100 100
50 50
0 0
-100 -50 0 50 100 150 200 250 300 -100 0 100 200 300
-50 -50
-100 -100
QC(kwh/m².a)-Modèle
QC(kwh/m².a)-Modèle
Type1 Type2
1000 1000
y=x
QH(kwh/m².a)-TRNSYS
QH(kwh/m².a)-TRNSYS
R² = 1
600 600
400 400
200 200
0 0
-200 0 200 400 600 800 1000 -200 0 200 400 600 800 1000
-200 -200
QH(kwh/m².a)-Modèle QH(kwh/m².a)-Modèle
techniques passives à mettre en œuvre du moins dans un contexte théorique. Dans le chapitre
suivant, nous nous proposons de vérifier l’efficience de ces techniques.
QC - Type1 QH - Type1
0,8 0,4
0,6 Orientation
0,2 TGBV
Iso. façade Volume TGBV Iso. sol
0,4
Iso. sol 0
Iso. murs
0,2
Coefficients bi
Coefficients bi
-0,2
0
Iso. façade
Iso. murs
-0,4 Orientation
-0,6
-0,6
-0,8
-0,8 Volume
Iso. toit
-1
-1
-1,2 -1,2
QC - Type2 QH - Type2
0,4
1
0,2 TGBV
0,8
Iso. sol Orientation
Iso. sol
0,2 Iso. façade
-0,4
0
-0,6 Volume
-0,2
Orientation -0,8
-0,4
Iso. toit Iso. murs
-0,6 -1
-0,8 -1,2
refroidissement sont principalement le Taux Global des Baies Vitrées (TGBV), l'isolation
thermique du toit et de la façade. Le contrôle de ces trois paramètres permet d'améliorer une
partie importante de la charge de refroidissement de la cellule du bâtiment construite avec la
brique d'argile rouge et le parpaing. De plus, la charge de chauffage de la cellule du bâtiment
peut être diminuée grâce au contrôle de trois paramètres; Parmi eux, deux sont communs aux
deux matériaux de construction considérés: le TGBV et l'isolation thermique des murs. Le
troisième paramètre est l'isolation thermique du toit pour la brique d'argile rouge et l'isolation
de la façade principale pour le parpaing. Il convient également de noter que l'isolation
thermique des murs a un impact ambivalent. En effet, cela permet de réduire
considérablement la charge de chauffage du bâtiment; cependant, il provoque une surchauffe
en période estivale.
Les modèles proposés offrent la simplicité et la rapidité au stade de la conception des
bâtiments. Ces modèles peuvent fournir un soutien important pour la conception de bâtiments
à faible consommation d'énergie dans les climats chauds tout en sachant qu’un futur travail est
nécessaire pour considérer les paramètres et les typologies d'autres bâtiments ainsi que
d'autres climats afin de construire des modèles mathématiques plus généralisés. Toutefois,
l’analyse menée dans ce chapitre nous éclaire sur la méthodologie à suivre dans le chapitre
suivant qui portera sur une étude expérimentale sur un bâtiment réel dans le même climat de
Marrakech et dont nous étendrons l’examen des performances thermiques aux cinq autres
climats du Maroc.
Figure 32. Température ambiante horaire (courbe) et rayonnement solaire global mensuel
sur un plan horizontal (points) pour les six zones climatiques du Maroc durant une année
météorologique typique (Meteonorm 2014)
III. Hypothèses de simulation et suivi expérimental
Des simulations dynamiques de l'appartement ont été réalisées en utilisant une
modélisation multi-zone au moyen du modèle de bâtiment multi-zone (Type 56) du logiciel
TRNSYS avec un pas de temps d'une heure (Flory-Celini 2008 ; Beckman et al. 2016 ; Buratti
et al. 2013 ; Sobhy et al. 2017a). Comme indiqué sur le plan d’architecte (Fig. 18),
l'appartement est subdivisé en six zones thermiques : la cuisine (zone thermique Z1), les trois
chambres à coucher (Z2, Z4 et Z6), le couloir (Z3) et le salon (Z5). Afin de valider le modèle
dynamique de l'appartement, les résultats de simulation ont été comparés aux résultats
Figure 33. Positionnement des dataloggers TESTO174H (dans la zone thermique Z3)
Les incertitudes de mesure des enregistreurs de données sont de 0.5°C et 3%
respectivement pour la température et l'humidité, selon le fabricant. De plus, les données
météorologiques locales incluant la température ambiante, le rayonnement solaire global sur un
plan horizontal et la vitesse et la direction du vent ont été enregistrées in situ à l'aide d'une
station météorologique BWS200. La durée globale du suivi a été de 113 jours, du 01/01/2014
au 18/02/2014 (hiver) et du 30/06/2014 au 31/08/2014 (été). Cependant, pour des raisons de
clarté, la comparaison des résultats de la simulation avec ceux mesurés est présentée pendant
les cinq jours représentant la semaine la plus froide en hiver de l’année 2014 (du 12 au 16
janvier 2014) et les cinq jours correspondant à la semaine la plus chaude en été de la même
année (du 13 au 17 juillet 2014). Les Figs. 34 (zone 3) et Figs. 35 (zone 4) présentent les
températures ambiantes ainsi que les températures mesurées (par dataloggers) et simulées (par
TRNSYS) pour les deux zones thermiques Z3 et Z4. Le choix de ces deux zones est basé sur le
fait qu’elles représentent respectivement le meilleur et le pire des cas en termes d’écart de
températures mesurées et simulées.
Figure 34. Températures simulées, mesurées (axe de gauche) et ambiantes (axe de droite)
pendant la semaine la plus chaude (à gauche) et la semaine la plus froide (à droite) de l’année
2014 pour la zone thermique Z3
Figure 35. Températures simulées, mesurées (axe de gauche) et ambiantes (axe de droite)
pendant la semaine la plus chaude (à gauche) et la semaine la plus froide (à droite) de l’année
2014 pour la zone thermique Z4
La Figure 36 présente la différence absolue maximale entre les températures mesurées
et celles simulées au sein des zones thermiques de l’appartement ainsi que la distribution de
cette différence. Les écarts présentés et analysés dans cette figure ont été calculés pour toute la
période du suivi expérimental (113 jours). Dans l’ensemble, il ressort clairement de cette figure
que la majorité des différences entre les températures mesurées et celles simulées ne dépassent
pas 1.5 ° C. D’autre part, pour certaines zones thermiques de l’appartement, l’écart maximal
2,0
100%
1,50
1,30
1,20
Distribution des écarts absolus entre les
20% 0,4
0% 0,0
Eté
Eté
Eté
Eté
Eté
Hiver
Hiver
Hiver
Hiver
Hiver
Z1 Z2 Z3 Z4 Z5
Figure 36. Ecart maximal entre les températures mesurées et celles simulées (Points) et
distribution des écarts absolus entre celles-ci (Histogrammes)
III.1. Configurations architecturales, thermophysiques et comportementales
Dans cette section, différentes configurations de l'appartement étudié sont considérées.
Chaque configuration correspond à la combinaison de nombreuses techniques passives (simple
ou double vitrage, paroi isolée ou non etc.) pour les trois niveaux: Rez de chaussée, étage
intermédiaire et dernier étage. Afin d'analyser l'impact des techniques passives et semi-passives
considérées sur le comportement thermique et sur les performances énergétiques de
l'appartement, onze configurations seront examinées. Les Figures 37-39 présentent une
description détaillée de la composition de l'enveloppe de chaque configuration pour trois
niveaux: RDC (Figure 37), étage intermédiaire (Figure 38) et dernier étage (Figure 39). Chaque
configuration est représentée par un code où X représente l'orientation de la façade de
l'appartement (X=W : ouest, X=S : sud). De plus, les simulations thermiques dynamiques
seront envisagées dans les six climats du Maroc (RTCM 2014) et pour plusieurs orientations de
la façade principale de l’appartement. Les Figure 37-39 présentent aussi les valeurs du
coefficient de transmission thermique pour les parois de chacune des configurations. Ces
300 30%
250 20%
QH / QC (kWh/m².a) 10%
200
0%
150
-10%
100
-20%
50 -30%
0 -40%
QH QC QH QC QH QC QH QC QH QC QH QC
Figure 41. Charges de chauffage/refroidissement pour les deux configurations W20 et W221
(histogrammes) ainsi que leur écart relatif (Points) pour les six zones climatiques du Maroc
A partir de cette figure, on peut voir que pour tous les climats, l'isolation thermique de
la façade avec double vitrage entraîne environ 22% de réduction de la demande d’énergie en
hiver. Cependant, dans toutes les zones climatiques, cette isolation provoque une surchauffe
estivale nettement perceptible dans les charges de refroidissement qui augmentent de 25% à
Agadir et Ifrane et de 15% à Tanger. En conséquence, l'isolation de la façade a un effet
ambivalent entre l’été et l’hiver sur les exigences thermiques globales de l'appartement. Une
analyse approfondie de la charge thermique totale de l'appartement permet de montrer que
l'isolation de la façade est principalement bénéfique dans les climats extrêmes. En effet, isoler
la façade en climat froid (Ifrane) permet d'économiser 14% de la demande énergétique totale et
5% en climat désertique (Errachidia), contrairement au climat continental (Fès) et au climat
semi-aride (Marrakech) où la réduction est seulement de 3% et 1% respectivement. De plus,
dans les climats tempérés d'Agadir et de Tanger, cette forte isolation thermique de la façade
associée au double vitrage n'est pas favorable car elle augmente la demande thermique globale
dans ces deux climats respectivement de 3% et 18%.
Afin d'analyser de près l'impact de la technique de la lame d’air dans l’isolation
thermique, les besoins énergétiques de l'appartement avec (W20) et sans (W20s) ce système (la
lame d’air), ont été calculés. La valeur de la transmittance de la façade de la configuration
W20s est U = 0.796 W.m-2.K-1. La Figure 42 montre les charges de chauffage/refroidissement
de ces deux configurations ainsi que leurs variations relatives. Cette figure met en évidence
l'effet positif (dépendant du climat) de la lame d’air en tant qu’isolant thermique. En effet,
l'absence de cette technique entraîne une augmentation des charges de chauffage et de
refroidissement, respectivement, de 4% à 16% et de 2% à 6%.
120 16%
14%
QH / QC (kWh/m².a)
100
12%
80 10%
60 8%
6%
40
4%
20 2%
0 0%
QH QC QH QC QH QC QH QC QH QC QH QC
Figure 42. Charges de chauffage/refroidissement pour les deux configurations W20 et W20s
(histogrammes) ainsi que leur écart relatif (Points) pour les six zones climatiques du Maroc
L'impact bénéfique du système de la lame d’air se distingue spécialement dans les
climats extrêmes comme on peut le voir sur la Fig. 42 pour la charge de chauffage à Ifrane
(climat froid) et pour la charge de refroidissement à Errachidia (climat désertique) et
Marrakech (semi-aride). À la suite de cette analyse, on peut conclure que la façade munie d’une
lame d’air de 7 cm est suffisante pour atteindre un niveau acceptable d'efficacité énergétique au
sein de l'appartement en évitant la surchauffe causée par une forte isolation thermique. Il
convient de rappeler que la conductivité thermique effective de la lame d’air a été calculée
conformément à la méthode suivie par (Sobhy et al. 2017a) qui prend en compte à la fois le
transfert de chaleur par convection et par rayonnement au sein des parois internes de la façade.
Malgré cela, la source de la surchauffe reste ambiguë et des investigations
supplémentaires devraient être menées pour déterminer avec précision si elle est causée plutôt
par le double vitrage ou par l'isolation thermique de la façade. À cette fin, les charges de
refroidissement des configurations combinant alternativement deux types d’isolation thermique
(EPS ou lame d’air) et deux types de vitrage de fenêtres (simple ou double vitrage) ont été
comparées. La Figure 43 montre ces charges de refroidissement des configurations W21 et
W20 ainsi que leurs variations relatives. On peut voir à partir de cette figure que le double
vitrage associé à une isolation par lame d’air augmente la charge de refroidissement sous tous
les climats. Le degré de cette augmentation dépend fortement du climat car elle est quelque peu
élevée dans les climats modérés (Agadir et Tanger) et presque proche de zéro dans le climat
désertique d’Errachidia.
100
80
Qc (kWh/m².a) 60
40
20
0
Marrakech Errachidia
Agadir CZ1 Tanger CZ2 Fès CZ3 Ifrane CZ4
CZ5 CZ6
W21 (Air_DG) 63 71 75 31 93 111
W20 (Air_SG) 51 62 70 24 88 108
Figure 43. Charge de refroidissement des configurations W21 (lame d’air et double vitrage) et
W20 (lame d’air et simple vitrage) pour les six climats du Maroc
Il convient de noter que le double vitrage associé à l'isolation thermique légère de la
façade (par une lame d’air) génère une augmentation relative de la charge de refroidissement
comprise entre 3% et 21%. La combinaison du double vitrage avec une isolation thermique
relativement élevée (5 cm d’EPS) entraîne une surchauffe estivale plus élevée, comme le
montre la Figure 44.
120
100
Qc (kWh/m².a)
80
60
40
20
0
Marrakech Errachidia
Agadir CZ1 Tanger CZ2 Fès CZ3 Ifrane CZ4
CZ5 CZ6
W221 (EPS_DG) 63 71 75 30 93 110
W220 (EPS_SG) 31 40 48 14 63 81
Figure 44. Charge de refroidissement des configurations W221 (EPS et double vitrage) et
W220 (EPS et simple vitrage) pour les six climats du Maroc
Encore une fois, la plus grande augmentation de la charge de refroidissement se produit
dans les climats modérés. Cette augmentation est plus prononcée dans le climat désertique et le
climat semi-aride. Ici, l'isolation thermique relativement élevée de la façade empêche le
refroidissement nocturne, contrairement à l'isolation thermique par la lame d’air. On peut donc
en conclure que la surchauffe est essentiellement due au double vitrage mais favorisée par une
isolation thermique élevée de la façade. La Figure 45 confirme cette conclusion car les charges
de refroidissement de l'appartement avec double vitrage associée à une isolation thermique par
l’EPS (W221) ou par lame d’air (W21) restent inchangées.
120
100
Qc (kWh/m².a)
80
60
40
20
0
Marrakech Errachidia
Agadir CZ1 Tanger CZ2 Fès CZ3 Ifrane CZ4
CZ5 CZ6
W221 (EPS_DG) 63 71 75 30 93 110
W21 (Air_DG) 63 71 75 30 93 111
Figure 45. Charge de refroidissement des configurations W221 (EPS et double vitrage) et
W21 (lame d’air et double vitrage) pour les six climats du Maroc
Enfin, il convient de rappeler que le TGBV de l'appartement est relativement élevé
(29%) et que la surface vitrée est orientée vers l'ouest. De plus, le toit de l'appartement manque
ici d'isolation thermique, ce qui favorise encore plus la surchauffe estivale.
En conclusion, à Agadir et à Tanger, il est fortement recommandé d’utiliser du simple
vitrage. A Ifrane du double vitrage vue la charge de chauffage élevée dans cette zone. Par
ailleurs, à Fès, Marrakech et Errachidia, on constate l’effet ambivalent du double vitrage entre
charge de chauffage et de refroidissement dans ces zones climatiques. Par conséquent, la
diminution de la charge thermique totale par le double vitrage n’est pas significative et le
bénéfice de cette technique ne peut être justifié économiquement dans ces trois zones
climatiques comme le montre la Figure 46. Cependant, il est important de noté que le double
vitrage agit fortement sur la température opérative de l’appartement. Ainsi, en été, même si le
double vitrage augmente la charge de refroidissement, il réduit la température opérative à
travers la réduction de la température des surfaces internes des zones thermiques de
l’appartement.
20% 18%
15%
10%
5% 3%
-3% -1% -5%
0%
-5%
-10%
-15%
-20%
-14%
Figure 46. Variation relative de la charge thermique totale de l’appartement ADAM entre les
configuration W20 (simple vitrage) et W21 (double vitrage) pour les six climats du Maroc
120 0%
QH / QC (kWh/m².a)
100 -20%
80 -40%
60 -60%
40 -80%
20 -100%
0 -120%
QH QC QH QC QH QC QH QC QH QC QH QC
Figure 47. Charges de chauffage/refroidissement pour les deux configurations W221 et W222
(histogrammes) ainsi que leur écart relatif (Points) pour les six zones climatiques du Maroc
On peut voir sur cette figure que l'isolation du toit est très bénéfique aussi bien pour la
réduction des charges de chauffage que de refroidissement. En effet, cette isolation permet de
diminuer la demande en énergie de chauffage d'au moins 68% dans tous les climats. La
réduction la plus importante est obtenue dans le climat désertique (Errachidia), le climat semi-
aride (Marrakech), continental (Fès) et méditerranéen (Tanger). D'autre part, la diminution
absolue la plus élevée de la charge de chauffage correspond au climat froid d'Ifrane. De plus,
l'isolation thermique du toit de l'appartement entraîne une réduction importante de la charge de
refroidissement dans tous les climats. Il est intéressant de noter que l'isolation thermique du toit
de l'appartement ne provoque aucune surchauffe contrairement à l'isolation de la façade. En
outre, on peut déduire de la Figure 47 que la charge thermique globale de l'appartement est
réduite de 53% à 67% dans tous les climats étudiés. Ainsi, l'isolation thermique du toit est
fortement recommandée étant donné les importantes économies d'énergie qui en résultent, ceci
est en accord avec plusieurs auteurs, entre autres : (Mastouri et al. 2017, Dabaieh et al. 2014,
Benhamou et Bennouna 2013, Sobhy et al. 2014, 2017a, Givoni 2011).
IV.1.3. Isolation du plancher sur terre plein
L'isolation thermique du plancher bas est obligatoire dans de nombreux codes
énergétiques des bâtiments à travers le monde, y compris celui du Maroc. En effet, le RTCM
(2014) impose que cette partie de l’enveloppe ait une résistance thermique supérieure à
certaines valeurs seuils selon les zones climatiques (CZi) à l'exception d'Agadir (climat
atlantique) et de Tanger (climat méditerranéen). Il est évident que l'isolation thermique du
100 500%
90
400%
80
QH / QC (kWh/m².a)
70 300%
60 200%
50
100%
40
30 0%
20
-100%
10
0 -200%
QH QC QH QC QH QC QH QC QH QC QH QC
Figure 48. Charges de chauffage/refroidissement pour les deux configurations W121 et W122
(histogrammes) ainsi que leur écart relatif (Points) pour les six zones climatiques du Maroc
Selon cette figure, grâce à l'isolation thermique du plancher bas, la charge de chauffage
est complètement effacée dans tous les climats sauf dans celui d'Ifrane (climat froid) où elle est
réduite de 81%. Par ailleurs, cette figure montre que la charge de refroidissement est
négativement affectée par cette technique passive. En fait, cette isolation double ou même triple
la charge de refroidissement dans tous les types de climats considérés. La Figure 49 présente la
variation relative de la charge thermique totale de l’appartement.
150%
98%
100% 86% 83%
67%
50%
0%
AGADIR TANGER FES IFRANE MARRAKECH ERRACHIDIA
-19%
-50%
ΔQ(Total)
Figure 49. Variation relative de la charge thermique totale de l’appartement ADAM entre les
configurations W121 et W122
A partir de cette figure, à l'exception d'Ifrane (climat froid) où les besoins thermiques
globaux sont réduits de 19%, on constate que dans les autres climats, l’appartement acquiert
une augmentation significative de la charge thermique globale allant de 67% à Fès à 186% à
Agadir. Il est clair que l'isolation thermique du plancher bas présente une ambivalence vis-à-vis
des charges de chauffage et de refroidissement dans tous les climats sauf à Ifrane où le climat
est caractérisé par un hiver très froid. De ce fait, il faut maintenir le plancher bas
thermiquement couplé au sol dans les climats chauds et modérés afin de profiter de l'inertie
thermique du sol.
IV.1.4. Ventilation mécanique contrôlée
Les simulations dynamiques de l'appartement ADAM sont effectuées en tenant compte
du scénario de ventilation décrit dans la section III. 4 de ce chapitre. L’objectif ici est
d’examiner l’impact de cette ventilation mécanique sur les performances thermiques de
l’appartement situé au dernier étage du moment que ce niveau conduit à la charge de
refroidissement la plus élevée dans les six climats considérés. Cependant, la VMC est une
technique hybride. Par conséquent, la consommation d'électricité des ventilateurs fournissant de
l'air frais provenant de l'extérieur dans le scénario VMC doit être prise en compte. A cette fin,
le bénéfice et l’efficacité de cette technique semi-passive est calculé en termes d'économie
d'énergie électrique pour faire face au besoin de refroidissement de l'appartement.
Dans cette section, nous avons considéré que la VMC est assurée par un système de
ventilation dont il va falloir calculer la puissance électrique nominale. Au fait, en considérant
un moteur électrique de rendement de 80% et une perte de charge globale dans le bâtiment de
l’ordre de 50Pa et étant donné que le volume de l’appartement est de 297m3 et que le débit d’air
frais souhaité est de 4ACH soit 1187m3.h-1, la relation charge-puissance donnée par l’équation
(EQ. IV.3) permet de fixer la puissance du système de ventilation à 20W pour les six zones
climatiques étudiées.
140 10%
120 0%
QH / QC (kWh/m².a)
-10%
100
-20%
80 -30%
60 -40%
-50%
40
-60%
20 -70%
0 -80%
QH QC QH QC QH QC QH QC QH QC QH QC
MARRAKECH ERRACHIDIA
AGADIR CZ1 TANGER CZ2 FES CZ3 IFRANE CZ4
CZ5 CZ6
Avec VMC 6 51 28 62 41 70 125 24 28 88 47 108
Sans VMC 6 16 28 28 41 44 116 11 28 68 47 91
ΔQ(H,C) -3% -69% -2% -54% -1% -37% -7% -55% -1% -23% 1% -15%
Figure 50. Charges de chauffage/refroidissement avec et sans VMC (histogrammes) ainsi que
leur écart relatif (Points) pour les six zones climatiques du Maroc
Cela est dû à la faible valeur des heures de confort thermique extérieures, comme on
peut le voir sur la Figure 51, ainsi qu'à la demande de refroidissement essentiellement élevée
dans ces deux climats (Marrakech et Errachidia). De plus, il convient de noter que la VMC n’a
pas d’effet significatif sur la charge de chauffage. Pour une analyse plus approfondie, les
Figures 51 montrent clairement que pendant la saison estivale, le potentiel de refroidissement
de l'air extérieur est élevé et se situe entre 300 et 400 heures dans les climats modérés à froids à
savoir : Agadir, Tanger et Ifrane tandis qu’il est relativement faible (entre 10 et 200 heures)
dans les villes de Fès, Marrakech et Errachidia. De plus, cette figure montre que le potentiel de
chauffage de l'air extérieur est très faible dans tous les climats se situant entre 0 et 50 heures,
sauf celui d’Agadir où ce potentiel est entre 100 et 150 heures. Quoi qu’il en soit, la charge de
chauffage est extrêmement faible dans ce climat(Agadir). On peut donc en conclure que la
Figure 51. Nombre d’heures de confort thermique dans les climats du Maroc selon la base de
données (Meteonorm 2014)
IV.1.5. Impact de l’étage
Afin d'évaluer l'impact du niveau du plancher bas de l’appartement étudié sur ses
besoins thermiques, une comparaison entre ses charges globales de chauffage / refroidissement
dans 3 positions différentes (Rez de chaussée, étage intermédiaire et dernier étage) est réalisée
180
160
140
120
Q (kWh/m².a)
100
80
60
40
20
0
AGADIR TANGER FES IFRANE MARRAKECH ERRACHIDIA
W10 17 30 35 116 32 42
W00 51 35 37 15 49 58
W20 57 90 111 149 116 155
Figure 52. Charges thermique globale de l’appartement ADAM pour les trois étages
(W10 :RDC, W00 :Intermédiaire et W20 : dernier étage) dans les six zones climatiques du
Maroc
Les valeurs relativement faibles de la charge thermique de l'appartement du RDC à
Agadir, Marrakech et Errachidia confirment l'effet bénéfique du couplage sol-appartement dans
ces climats comme il a été précédemment illustré dans la section IV. 1. 3. En outre, la valeur
élevée de la charge thermique globale de l'appartement du RDC est à Ifrane, qui est similaire au
niveau supérieur, ce qui indique des pertes thermiques importantes à travers le toit dans ce
climat froid.
IV.1.6. Orientation
Afin d'évaluer l'impact de l'orientation de la façade de l'appartement ADAM sur ses
performances énergétiques, des simulations ont été effectuées pour plusieurs orientations de
150
130
Q (kWh/m².a)
110
90
70
50
AGADIR CZ1 TANGER CZ2 FES CZ3 IFRANE CZ4 MARRAKECH CZ5 ERRACHIDIA CZ6
Ouest Sud Est Nord
QH / QC (kWh/m².a)
0%
100 -10%
80 -20%
-30%
60 -40%
40 -50%
-60%
20
-70%
0 -80%
QH QC QH QC QH QC QH QC QH QC QH QC
AGADIR TANGER FES IFRANE MARRAKECH ERRACHIDIA
West (W20) 6 51 28 62 41 70 125 24 28 88 47 108
South (S20) 2 54 19 61 29 70 110 23 17 90 29 109
ΔQ(H,C) -75% 6% -34% -1% -29% 0% -12% -5% -38% 2% -39% 1%
200
a
180
160
QH / QC (kWh/m².a)
140
120
100
80
60
40
20
0
QH Qc QH Qc QH Qc QH Qc QH Qc QH Qc
Agadir Tanger Fès Ifrane Marrakech Errachidia
Minimum absorptance 18,9 12,6 46,6 23,6 64,2 34,7 170,3 5,8 46,9 45,3 71,9 61,1
Maximum absorptance 0,5 136,7 13,5 136,0 21,8 135,0 78,8 67,5 11,6 167,0 22,3 190,1
250
b
200
Q (kWh/m².a)
150
100
50
0
Marrakech Errachidia
Agadir CZ1 Tanger CZ2 Fès CZ3 Ifrane CZ4
CZ5 CZ6
Minimum absorptance 31,5 70,1 98,9 176,1 92,3 133,0
Maximum absorptance 137,2 149,5 156,8 146,3 178,6 212,4
Figure 56. Indices d’inconfort thermique hivernal (a) et estival (b) pour la zone Z5
Les Figures 56 montrent les indices d'inconfort thermique dans la zone Z5 pour les
différentes configurations de l'appartement ADAM dans les six climats étudiés. Évidemment,
en période de chauffage (Fig. 56-a), l'indice d'inconfort dans le climat froid d'Ifrane est le plus
élevé; cet indice est considérablement réduit par l'isolation thermique de l'enveloppe de
l'appartement. La Figure 56-b montre que cette isolation thermique entraîne souvent une légère
surchauffe car l'indice d'inconfort est légèrement augmenté pendant la période de
refroidissement sauf pour l'isolation thermique du toit pour laquelle cet indice est extrêmement
faible. Cependant, l'effet bénéfique de l'isolation thermique de l'enveloppe en termes de
réduction de l'indice d'inconfort thermique pendant la période de chauffage prévaut. En outre,
dans le climat désertique d'Errachidia, l'isolation thermique de l'enveloppe de l'appartement
entraîne une surchauffe importante à mesure que l'indice d'inconfort augmente pendant la
période de refroidissement (Fig. 56-b). La surchauffe estivale est également induite par
l'isolation thermique du plancher bas dans le cas de l’appartement situé au rez-de-chaussée ou
par l'isolation thermique de la façade dans le cas de l'appartement situé au dernier étage. D'autre
part, il est intéressant de noter la réduction significative de l'indice d'inconfort pendant la
période de refroidissement grâce à l'isolation thermique du toit. Cette isolation thermique a un
grand effet bénéfique sur les indices d'inconfort liés aussi bien au chauffage qu’au
Figure 57. Indices d’inconfort thermique hivernal (a) et estival (b) pour la zone Z6
Pour les périodes de chauffage et de refroidissement, les indices d'inconfort thermique
au sein des chambres Z6 et Z2 sont présentés respectivement dans les Fig. 57-58. Ces figures
montrent que les indices d'inconfort thermique présentent des allures similaires à celle du salon
(Z5). Cependant, il est à noter que les chambres de l'étage intermédiaire sont légèrement plus
confortables pendant la saison de chauffage dans le climat froid d’Ifrane. En revanche, les
chambres de l’appartement au rez-de-chaussée sont très inconfortables dans cette zone
climatique vu que l'indice d'inconfort hivernal de cet étage prend sa valeur la plus élevée dans
la chambre Z6, où 50% des heures de la saison chaude sont inconfortables. Ceci est attribué au
Figure 58. Indices d’inconfort thermique hivernal (a) et estival (b) pour la zone Z2
IV.3. Meilleure combinaison des techniques passive et semi-passive
Les sections précédentes ont été consacrées à examiner l'effet de chaque système passif
et semi-passif considéré sur la performance thermique de l'appartement ADAM. Cependant, les
interactions entre ces systèmes peuvent être importantes. Afin de mettre en évidence ces
interactions, la meilleure combinaison de systèmes passifs pour chaque climat est sélectionnée
et présentée dans le Tableau 15: L'appartement est considéré au niveau du dernier étage avec
une façade orientée ouest et selon les résultats des sections précédentes, sa façade est faite de
double mur isolé de 7 cm de lame d’air combinée à un vitrage simple dans tous les climats sauf
dans le climat froid (Ifrane) où l'isolation thermique de la façade est renforcée avec du double
vitrage et une isolation thermique de 5cm d'EPS au lieu de la lame d’air de 7cm. De plus, le toit
est thermiquement isolé en utilisant 6cm de XPS dans tous les climats. En outre, la ventilation
mécanique contrôlée (VMC) est utilisée compte tenu de son effet bénéfique sur la charge
thermique globale. Le scénario de la gestion des dispositifs d'ombrage mobiles (volets
roulants), de la ventilation mécanique contrôlée et de l'occupation de l'appartement sont ceux
thermique Façade x
minimum Toit x x x x x
absorptance Façade x x x x x
maximum Toit x
absorptance Façade x
Double vitrage x
Ventilation mécanique contrôlée x x x x x x
160
140
120
Q (kWh/m².a)
100
80
60
40
20
-20
MARRAKECH ERRACHIDIA
AGADIR CZ1 TANGER CZ2 FES CZ3 IFRANE CZ4
CZ5 CZ6
Cas de référence 57 90 111 149 116 155
Meilleure combinaison 5 14 30 27 29 52
ΔQ -91% -84% -73% -82% -75% -66%
Figure 59. Charge thermique totale annuelle de l’appartement ADAM avec la meilleure
combinaison des techniques passives et semi-passive comparée au cas de référence
A partir de cette figure, on peut voir que les charges thermiques de l'appartement sont
significativement diminuées par l'intégration des systèmes passifs et semi-passifs considérés.
Les réductions les plus importantes sont obtenues dans le climat atlantique (Agadir),
méditerranéen (Tanger) et froid (Ifrane) où la charge thermique annuelle est réduite de 91%,
84% et 82% respectivement. La charge thermique résiduelle de l'appartement après intégration
des techniques passives et semi-passive est très faible dans les climats atlantique et
CONCLUSION GENERALE
Le Maroc a instauré la stratégie énergétique nationale, lors des assises de l’énergie en
mars 2009, et a retenu comme objectifs principaux la diminution de la consommation
d’énergie de 15% à l’horizon de 2030 par la mise en œuvre de mesures d’efficacité
énergétique dans les trois principaux secteurs économiques : l’industrie, le transport et le
bâtiment et l’installation de plus de 42% de la capacité de production électrique à partir de
ressources propres et renouvelables telles que le solaire thermique et photovoltaïque, l’éolien
et l’hydroélectrique. Étant donné la nécessité de découper ces objectifs stratégiques en
objectifs opérationnels, le champ de la recherche scientifique dans le domaine de
l’énergétique devrait être considéré comme un acteur tout aussi indispensable dans cette
démarche de développement national que les autres aspects : financier, juridique,
institutionnel etc. C’est dans cette optique que s’inscrit ce travail dont l’objectif principal est
la contribution à la conception de solutions d’économie d’énergie au sein des bâtiments.
Afin d’aborder cette question, il était nécessaire, avant tout, de passer en revue l’état
de l’art et la bibliographie disponibles en la matière. A cette étape, nous avons décrit le volet
passif de l’efficacité énergétique dans le bâtiment, en d’autres termes l’analyse des techniques
relatives à l’aspect des échanges thermiques au sein des bâtiments particulièrement les
techniques le plus largement traitées dans la littérature telles que l’isolation thermique,
l’architecture, les matériaux de construction, les techniques semi-passives etc. ainsi que le
passage en revue de certaines techniques statistiques d’analyse de données. Nous avons en
effet exposé la méthodologie de recherche expérimentale basée sur les plans d’expériences et
sur les différents modèles mathématiques servant à exprimer la variable de sortie (la charge
thermique dans notre cas) en fonction des facteurs à impact direct sur cette dernière. En outre,
nous avons souligné la nécessité d’une conception de combinaisons spéciales de l’ensemble
des techniques passives et semi-passives selon les spécificités techniques, architecturales et
climatiques du bâtiment en question vu la contrainte de mettre en œuvre des mesures
énergétiquement efficaces standards indépendamment des dissemblances de chaque type de
bâtiment et de climat.
Tout d’abord, une approche théorique utilisant des méthodes mathématiques d’analyse
de données à savoir : les plans d’expérience et la régression linéaire a été mise en œuvre en
vue de prédire, à l’aide de modèles mathématiques, les charges thermiques
(refroidissement/chauffage) d’une cellule de bâtiment dans le climat chaud et semi-aride de
Marrakech ainsi que de classifier, par ordre d’importance, les facteurs à haut impact sur les
performances énergétiques du bâtiment dans cette zone climatique.
Ensuite, nous avons analysé et évalué l'effet de certaines techniques passives et semi-
passives sur la performance énergétique d'un appartement typique dans différents climats
allant du climat froid au climat désertique. A cette fin, une étude de cas typique (nommé :
Appartement ADAM) est considérée dans la ville de Marrakech. Un modèle numérique de
l’appartement a été développé à l’aide de TRNSYS et validé par un suivi expérimental de
longue durée (113 jours en été et en hiver). Afin de pouvoir mener une étude générale sur
toutes les zones climatiques marocaines, telles qu’elles sont définies par l'Agence Marocaine
pour l'Efficacité Énergétique, des simulations dynamiques thermiques ont été effectuées pour
évaluer l'impact des techniques étudiées sur la performance thermique et l'économie d'énergie
de l’appartement considéré dans six climats: Atlantique, Méditerranéen, Continental, Froid,
Semi-aride et Désertique. De plus, le choix de ces climats nous a permis d'effectuer une
évaluation du Règlement Thermique des Constructions au Maroc (RTCM, 2014), qui est
actuellement à ses premières étapes de mise en œuvre. Les principaux résultats concernant
l’efficacité énergétique des bâtiments de type appartement dans les six climats du Maroc,
peuvent se résumer comme suit :
L’isolation thermique du toit exposé est indispensable dans tous les climats ;
Le double vitrage et l’isolation thermique du plancher sur terre-plein ne sont
nécessaires que dans les climats froids ;
Pour des TGBV dépassant 25%, le double vitrage cause une surchauffe estivale
importante s’il n’est pas protégé des rayonnements solaires directs ;
L’isolation thermique de la façade génère une surchauffe considérable au sein
du bâtiment pour les climats entre modérés et chauds. Cependant, la technique
de la double cloison avec une lame d’air comme isolant est suffisante pour ces
climats ;
L’orientation de la façade du bâtiment a un impact sur son efficacité
énergétique dépendant du climat ;
La ventilation mécanique contrôlée est efficace pour réduire la charge de
refroidissement mais pas celle du chauffage ;
L’absorptivité élevée de l’enveloppe du bâtiment a un impact bénéfique sur sa
consommation d’énergie de chauffage dans les climats froids, contrairement
aux climats chauds et modérés où des couleurs claires de l’enveloppe sont
recommandées.
Enfin, notons que les mesures d'efficacité énergétique proposées dans cette étude sont
entièrement applicables et largement utilisées dans le monde entier. Cependant, rappelons
qu'elles ne sont pas toujours correctement mises en œuvre. En effet, l'isolation thermique de
l'enveloppe du bâtiment est souvent utilisée à tort comme une mesure corollaire de l'efficacité
énergétique et du confort thermique du bâtiment sans tenir compte de son effet ambivalent tel
qu'il a été établi dans cette recherche aussi bien pour les murs extérieurs que pour les
planchers bas notamment dans les climats modérés et chauds. D'autre part, les utilisateurs
n'accordent pas beaucoup d'importance au coefficient d'absorption de l'enveloppe qui a un
impact considérable sur la performance énergétique du bâtiment comme cela a été confirmé
dans cette étude. En outre, ces résultats pourraient servir de guide pratique pour la mise en
œuvre de mesures d'efficacité énergétique dans les bâtiments aux premiers stades de la
conception et de la construction.
En guise de perspectives de ce travail et pour améliorer l’étude théorique développée
ici, d’autres modèles mathématiques devraient être établis tels que le modèle quadratique et le
modèle à interaction des facteurs. De plus, pour la partie expérimentale, nous pensons qu’il
serait intéressant de procéder à l’application de ces résultats dans d’autres types de bâtiments
résidentiels ou tertiaires ayant des scénarios d’occupation différents. Concernant le volet
économique, le retour sur investissement des mesures d’efficacité énergétique proposées dans
cette thèse devrait être évalué et les résultats de leurs meilleures combinaisons validés et
suivis expérimentalement dans les six climats du Maroc. Enfin, des propositions devraient
être formulées pour que ce travail puisse contribuer à l’amélioration du Règlement Thermique
des Constructions au Maroc.
REFERENCES
Al-ajmi F, and Hanby V I (2008). Simulation of Energy Consumption for Kuwaiti Domestic
Buildings. Energy and Buildings, doi:10.1016/[Link].2007.10.010.
Al-Sallal K (1998). Sizing Windows to Achieve Passive Cooling, Passive Heating, and
Daylighting in Hot Arid Regions. Renewable Energy, doi:10.1016/S0960-
1481(98)00091-3.
AMEE, Agence Marocaine pour l'Efficacité Energétique (2015). "Stratégie de formation en
efficacité énergétique dans le bâtiment".
Andersen B, Eidorff S, Lund H, Pedersen E, Rosenorn S, Valbjorn O. (1977).
"Meteorological data for design of building and installation: a reference year". (extract),
report no. 66, 2nd ed. Denmark: Thermal Insulation Laboratory.
Aranda. A, G. Ferreira, M. D. Mainar-Toledo, S. Scarpellini, and E. Llera Sastresa, (2012).
“Multiple regression models to predict the annual energy consumption in the Spanish
banking sector,” Energy Build., vol. 49, pp. 380–387.
Argiriou A, Lykoudis S, Kontoyiannidis S, Balaras CA, Asimakopoulos D, Petrakis M.
(1999). "Comparison of methodologies for TMY generation using 20 years data for
Athens, Greece". Sol Energ; 66:33–45.
Arkar C. et MEDEVED S. (2005). "Influence of accuracy of thermal property data of a phase
change material on the result of a numerical model of a packed bed latent heat storage
with spheres ". Thermochimica acta (192-201).
Arkar C. et MEDEVED S. (2007) "Free cooling of buildings using PCM heat integrated into
the ventilation system". Solar energy (1078-1087).
Asadi. S, M. Hassan, and A. Beheshti. (2012). “Development and validation of a simple
estimating tool to predict heating and cooling energy demand for attics of residential
buildings,” Energy Build., vol. 54, pp. 12–21.
Asadi. S, S. Amiri, and M. Mottahedi. (2014). “On the development of multi-linear regression
analysis to assess energy consumption in the early stages of building design,” Energy
Build., vol. 85, pp. 246–255.
Ashouri Milad, Fariborz Haghighat, Benjamin C.M. Fung ,Amine Lazrak , Hiroshi Yoshino.
(2018). "Development of Building Energy Saving Advisory: A Data Mining Approach".
Energy & Buildings, doi: 10.1016/[Link].2018.04.052.
ASHRAE. (1997) chap. 24: Thermal and water vapor transmission data in Handbook of
Fundamentals, American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning
Engineers, Inc., Atlanta.
Asim M, Jonathan Dewsbury and Safwan Kanan (2016). "TRNSYS Simulation of a Solar
Cooling System for the Hot Climate of Pakistan". Energy Procedia,
doi:10.1016/[Link].2016.06.233.
Aviram D P, Fried A N and Roberts J J (2001). "Thermal Properties of a Variable Cavity
Wall". Building and Environment, doi:10.1016/S0360-1323(00)00042-1.
Aydinalp-Koksal. M and V. I. Ugursal, (2008) “Comparison of neural network, conditional
demand analysis, and engineering approaches for modeling end-use energy consumption
in the residential sector,” Appl. Energy, vol. 85, no. 4, pp. 271–296,.
Daouas. N (2011). “A study on optimum insulation thickness in walls and energy savings in
Tunisian buildings based on analytical calculation of cooling and heating transmission
loads,” Appl. Energy, vol. 88, no. 1, pp. 156–164.
Delwati Muhannad, Bart Merema, Hilde Breesch, Lieve Helsen, and Maarten Sourbron.
(2017). "Impact of demand controlled ventilation on system performance and energy
use". Energy & Buildings. doi: 10.1016/[Link].2018.06.015.
Dong. X, V. Soebarto, and M. Griffith. (2014). “Strategies for reducing heating and cooling
loads of uninsulated rammed earth wall houses,” Energy Build., vol. 77, pp. 323–331.
Drissi Lamrhari. M and Benhamou. B (2017). "Numerical and analytical methods in
predicting the building's heating and cooling demands for hot semi-arid climates" IEEE
Explore, IRSEC'17, Tanger 4-7 Décembre 2017. doi: ….
Drissi Lamrhari. M and Benhamou. B (2018). "Thermal behavior and energy saving analysis
of a flat with different energy efficiency measures in six climates" Journal of Buildig
Simulation. doi : [Link]
Durbin. W and G. S. Watson. (1951). “Testing for serial correlation in least squares
regression. II.” Biometrika, vol. 38, no. 1–2, pp. 159–178,.
Ebrahimpour A and Mehdi Maerefat (2011). "Application of Advanced Glazing and
Overhangs in Residential Buildings". Energy Conversion and Management,
doi:10.1016/[Link].2010.06.061.
Ecomédia (2018). [Link]
facture-energetique-en-2017. Consulté le 02/02/2018.
Ekomy Ango. S (2011). Contribution au stockage d’énergie thermique en bâtiment :
développement d’un système actif à matériaux à changement de phase. Thèse de
doctorat. Arts et Métiers, Paris - France.
Fang Z, Nan Li, Baizhan Li, Guozhi Luo and Yanqi Huang (2014). "The Effect of Building
Envelope Insulation on Cooling Energy Consumption in Summer". Energy and
Buildings, doi:10.1016/[Link].2014.03.030.
Fang. T and R. Lahdelma. (2016). “Evaluation of a multiple linear regression model and
SARIMA model in forecasting heat demand for district heating system,” Appl. Energy,
vol. 179, pp. 544–552.
Fanger P O (1970). Thermal comfort: analysis and applications in environmental engineering:
McGraw-Hill Book Company, USA.
Farhanieh B and Sattari S (2006). Simulation of Energy Saving in Iranian Buildings Using
Integrative Modelling for Insulation. Renewable Energy,
doi:10.1016/[Link].2005.04.004.
Festa R, Ratto CF. (1993). "Proposal of a numerical procedure to select reference years". Sol
Energ; 50:9–17.
Florides. G. A, S.A. Tassou, S.A. Kalogirou, L.C. Wrobel (2002). Measures used to lower
building energy consumption and their cost effectiveness. Aplied Energy, vol 73 (2002)
pp. 299–328.
Flory-Celini C (2008). Modélisation et Positionnement de Solutions Bioclimatiques Dans Le
Bâtiment Résidentiel Existant. Thèse de doctorat. Université Claude Bernard, Lyon -
France.
Foucquier. A, S. Robert, F. Suard, L. Stéphan, and A. Jay. (2013). “State of the art in building
modelling and energy performances prediction: A review,” Renew. Sustain. Energy
Rev., vol. 23, pp. 272–288.
Georges. L, M. Berner, and H. M. Mathisen. (2014). “Air heating of passive houses in cold
climates: Investigation using detailed dynamic simulations,” Build. Environ., vol. 74, pp.
1–12.
Givoni B (1976). Man, Climate and Architecture. 2nd Edition. Harvard University Press,
Cambridge, MA, U.S.A.
Givoni B (2011). Indoor Temperature Reduction by Passive Cooling Systems. Solar Energy,
doi:10.1016/[Link].2009.10.003.
Gong X, Yasunori Akashi and Daisuke Sumiyoshi (2012). Optimization of Passive Design
Measures for Residential Buildings in Different Chinese Areas. Building and
Environment, doi:10.1016/[Link].2012.06.014.
Goupy J, Creighton L (2006). Introduction aux plans d'expériences. Dunod, 3ème édition.
pp13-14.
Hall IJ, Prairie RR, Anderson HE, Boes EC. (1978) "Generation of typical meteorological
year for 26 SOLMET stations". Sandia Laboratories Report, SAND 78-1601.
Albuquerque, New Mexico.
Harmak Reda 2016, Enquête du ministère de l’habitat : tout sur le logement au Maroc.
[Link]
[Link]#urKi2Y2AaMWelysG.99. Consulté le 01/02/2016.
HCP, Haut Commissariat au Plan (2017). [Link]
chiffres_t13053.html. Consulté le 07/03/2017.
Hester N, Ke Li, John R. Schramski and John Crittenden (2012). Dynamic Modeling of
Potentially Conflicting Energy Reduction Strategies for Residential Structures in Semi-
Arid Climates. Journal of Environmental Management,
doi:10.1016/[Link].2011.12.002.
Hollmuller, P. & Lachal, B. (2014). "Air-soil heat exchangers for heating and cooling of
buildings: Design guidelines, potentials and constraints, system integration and global
energy balance". Applied Energy, 119, pp.476–487.
Hygh.J. S, J. F. DeCarolis, D. B. Hill, and S. Ranji Ranjithan. (2012). “Multivariate
regression as an energy assessment tool in early building design” Build. Environ., vol.
57, pp. 165–175.
IAE (2016). Energy Efficiency Indicators highlights - 2016 (free publication).
[Link]
[Link]. Consulté le 18/08/2017.
Incropera F.P., D.P. DeWitt (1985). "Fundamentals of heat and mass transfer", John-Wiley
and Sons.
ISO 9869-Part 1: Heat flow meter method. (2014). "Thermal Insulation – Building Elements
In-Situ Measurement of Thermal Resistance and Thermal Transmittance".
[Link] Consulté le 19/12/2017.
ISO/CEI. (2005). “Ergonomics of the thermal environment -- Analytical determination and
interpretation of thermal comfort using calculation of the PMV and PPD indices and
local thermal comfort criteria”.
Jaber S and Salman Ajib (2011). Optimum, Technical and Energy Efficiency Design of
Residential Building in Mediterranean Region. Energy and Buildings,
doi:10.1016/[Link].2011.03.024.
Jaffal. I, C. Inard, and C. Ghiaus. (2009). “Fast method to predict building heating demand
based on the design of experiments,” Energy Build., vol. 41, no. 6, pp. 669–677,.
Janjai S, Deeyai P. (2008). "Comparison of methods for generating typical meteorological
year using meteorological data from a tropical environment". Energy and Buildings.
doi:10.1016/[Link].2008.08.008.
Kaynakli O (2012). A Review of the Economical and Optimum Thermal Insulation Thickness
for Building Applications. Renewable and Sustainable Energy Reviews,
doi:10.1016/[Link].2011.08.006.
Khabbaz M, Brahim Benhamou, Karim Limam, Pierre Hollmuller, Hassan Hamdi, and Amin
Bennouna (2016). "Experimental and Numerical Study of an Earth-to-Air Heat
Exchanger for Air Cooling in a Residential Building in Hot Semi-Arid Climate". Energy
and Buildings, doi:10.1016/[Link].2016.04.071.
Kharesh M, Al-Khawaja M (2016). "Retrofitting measures for reducing buildings cooling
requirements in cooling-dominated environment: Residential house". Applied Thermal
Engineering. Vol. 98 pp. 352–356.
Kolaitis D I, Emmanouil Malliotakis, Dimos A. Kontogeorgos, Ioannis Mandilaras, Dimitrios
I. Katsourinis and Maria A. Founti (2013). "Comparative Assessment of Internal and
External Thermal Insulation Systems for Energy Efficient Retrofitting of Residential
Buildings. Energy and Buildings". doi:10.1016/[Link].2013.04.004.
Korolija. I, Y. Zhang, L. Marjanovic-Halburd, and V. I. Hanby. (2013). “Regression models
for predicting UK office building energy consumption from heating and cooling
demands,” Energy Build., vol. 59, pp. 214–227.
Kossecka. E and J. Kosny. (2002). “Influence of insulation configuration on heating and
cooling loads in a continuously used building,” Energy Build., vol. 34, no. 4, pp. 321–
331.
Krüger E, Eduardo González Cruz and Baruch Givoni (2010). Effectiveness of Indirect
Evaporative Cooling and Thermal Mass in a Hot Arid Climate. Building and
Environment, doi:10.1016/[Link].2009.12.005.
Krüger. E, B. Givoni, and C. Laroca, (2011) “Simplified method for yearlong thermal analysis
of building prototypes,” Renew. Energy, vol. 36, no. 2, pp. 699–708,.
Kumar A and B M Suman (2013). Experimental Evaluation of Insulation Materials for Walls
and Roofs and Their Impact on Indoor Thermal Comfort under Composite Climate.
Building and Environment, doi:10.1016/[Link].2012.09.023.
Kusuda T and Achenbach PR (1965). "Earth Temperature and Thermal Diffusivity at Selected
Stations in the United States". ASHRAE Transactions, Vol. 71, Part 1.
Lam. J. C, K. K. W. Wan, D. Liu, and C. L. Tsang. (2010). “Multiple regression models for
energy use in air-conditioned office buildings in different climates,” Energy Convers.
Manag., vol. 51, no. 12, pp. 2692–2697.
Larsen. S. F, C. Filippín, S. González (2012). "Study of the energy consumption of a massive
free-running building in the Argentinean northwest through monitoring and thermal
simulation", Energy and Buildings, Vol. 47, pp. 341-352.
ANNEXES
I. Annexe I : Caractéristiques thermophysiques des couches de la façade de
l’appartement