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Cours ALGB 09-1

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IX Entiers algébriques

Le but de ce chapitre est de définir la notion d’entier algébrique, et d’étudier la structure


qu’ils forment. On a déjà vu que l’ensemble des éléments de C qui sont algébriques sur Q (et
qu’on appelle les nombres algébriques) forment un sous-corps de C (Théorème IV.21). Les entiers
algébriques sont un sous-ensemble des nombres algébriques qui forme un sous-anneau. Un des
résultats principaux du chapitre est le fait que l’ensemble des entiers algébriques d’un corps de
nombre de degré d est isomorphe à Zd comme groupe additif (théorème IX.35).
Commençons par un exemple familier.

IX.1 Les entiers de Gauss


Définition IX.1. L’anneau Z[i] = {a + bi|a, b ∈ Z} s’appelle l’anneau des entiers de Gauss.
C’est un sous-anneau du corps Q[i] = {a + bi|a, b ∈ Q}.

Pour α ∈ Q[i], on appelle ᾱ = a + bi = a − bi le conjugué de α (c’est le conjugué complexe).


L’application α 7→ ᾱ est un automorphisme de corps de Q[i], et cet automorphisme préserve
Z[i].
On appelle norme N (α) = a2 + b2 = αᾱ le carré du module de α. La norme a de bonnes
propriétés :
— N (α) ∈ Q pour tout α ∈ Q[i] et N (α) ∈ N pour tout α ∈ Z[i]
— La norme est multiplicative : N (αβ) = N (α)N (β)
On peut aussi interpréter la norme comme un déterminant (ça sera une des définitions quand
on généralisera cette notion) : l’application µα : Q[i] → Q[i] de multiplication par α= a +ib
a −b
(définie par µα (z) = αz = (a+ib)z) est Q-linéaire. Sa matrice dans la Q-base (1, i) est .
b a
Son déterminant est égal à a2 + b2 = N (α).

Lemme IX.2. Les inversibles de Z[i] sont les éléments de norme 1, c’est à dire 1, i, −1, −i.

Preuve. Montrons que α ∈ Z[i] est de norme 1 ssi α est inversible dans Z[i].
Si α est de norme 1, alors αᾱ = 1 donc ᾱ est un inverse de α dans Z[i].
Réciproquement, si αZ[i]× , soit α−1 ∈ Z[i]× son inverse. Alors N (α)N (α−1 ) = N (αα−1 ) = 1.
Comme N (α), N (α−1 ) ∈ N, on a N (α) = 1.

Théorème IX.3. Z[i] est euclidien, pour la jauge euclidienne N (α). En d’autres termes, ∀α, β ∈
Z[i], avec β ̸= 0, ∃γ, ρ ∈ Z[i] tq α = βγ + ρ et N (ρ) < N (β).

Preuve. Soit α/β ∈ Q[i] le quotient exact (Q[i] est un corps), et on va définir γ comme une
approximation de α/β dans Z[i]. Essayons donc de trouver un point de Z[i] proche de α/β.
Les translatés par les éléments de Z[i] du domaine fondamental carré [0, 1[+i[0, 1[ forment une
partition
√ de C. On considère le carré contenant α/β. Tout point de ce carré est à distance au
plus √2/2 < 1 d’un de ses quatre coins. Comme les 4 coins sont dans Z[i], α/β est à distance au
plus 2/2 d’un point γ ∈ Z[i] (le cas le pire est lorsque α/β est au centre du carré). En élevant
au carré, N (γ − α/β) ≤ 1/2 < 1.
Soit ρ = α − βγ. On a α = βγ + ρ et montrons que ça satisfait les propriétés requises pour la
division euclidienne, c’est à dire que N (ρ) < N (β). On a N (ρ) = N (α−βγ) = N (β)N (α/β−γ) <
N (β).

Corollaire IX.4. Puisque Z[i] est euclidien on a


1. Z[i] est principal (tout ideal est engendré par un élément), toute paire d’éléments a un
pgcd, et l’algorithme d’euclide donne de coefficients de Bézout : pour tout α, β ∈ Z[i], il
existe u, v ∈ Z[i] tq au + bv = pgcd(u, v).

101
2. Tout irréductible est premier : si α est irréductible (Définition III.39) alors α est premier
(Définition : si α|uv alors α|u ou α|v ; de manière équivalente, α est premier ssi ⟨α⟩ est
un idéal premier).
3. Z[i] est factoriel : tout élément non nul admet décomposition en produit d’irréductibles, et
cette décomposition est unique à association et ordre des facteurs près.

Structure des nombres premiers gaussiens (optionnel/TD)


Exercice IX.5. En utilisant Bézout, montrer que si a, b ∈ Z ont d pour pgcd dans Z, alors d est
aussi leur pgcd dans Z[i].
Attention, il n’y a unicité du pgcd qu’à multiplication par un inversible près : si δ est un
pgcd, c’est aussi le cas pour iδ, −δ, et −iδ.
Définition IX.6. On appelle nombre premier gaussien un élément irréductible de Z[i].
Si p ∈ Z n’est pas premier, il n’est pas un premier Gaussien. En effet, p = ab avec deux
entiers a, b ̸= ±1, et a, b ne sont pas inversibles dans Z[i] puisque leur norme est ̸= 1.
Par contre la réciproque est fausse.
Exemple IX.7. Le nombre 5 n’est pas premier dans Z[i] car 5 = (2 + i)(2 + i).
Par contre, 2 + i est irréductible. En effet, sa norme est N (2 + i) = 5 qui est un nombre
premier de Z ; si p, q ∈ Z[i] sont tels que (2 + i) = pq alors N (p)N (q) = N (pq) = 5, donc p ou q
est de norme 1, donc p ou q est inversible. Donc l’écriture 5 = (2 + i)(2 + i) est la décomposition
de 5 en produit d’irréductibles dans Z[i].
Remarque IX.8. L’argument qu’on vient d’utiliser est assez général : si N (α) est un nombre
premier, alors α est irréductible.
Contrairement à 5, le nombre 3 est un nombre premier Gaussien. En effet, si 3 = αβ, alors
N (α)|9, donc N (α) = 3. Mais 3 n’est pas somme de 2 carrés dans Z, il n’existe aucun élément
α ∈ Z[i] tq N (α) = 3.
Le nombre premier 2 se factorise en 2 = (1 + i)(1 − i), il n’est donc pas premier Gaussien.
Par contre, il y a une particularité ici, c’est que (1 + i) et (1 − i) sont associés : (1 + i) = i(1 − i),
donc 2 = i(1 − i)2 .
Dans le théorème suivant, 3 satisfait la 1ère condition, 1 + 2i la deuxième, et 1 + i la 3ème.
Théorème IX.9. Les nombres premiers gaussiens sont, aux éléments inversibles près :
1. Les nombres premiers p ∈ N tq p ≡ −1 (mod 4) (i.e. p n’est pas somme de deux carrés
d’après le Th VII.23)
2. les entiers de Gauss α = a + ib dont la norme a2 + b2 est un nombre premier.
A inversible près, le seul premier gaussien α tels que α est associé à ᾱ est α ∼ 1 + i.
Preuve. Ces éléments sont bien irréductibles : si p est premier et n’est pas somme de deux
carrés, et si on écrit p = αβ avec α, β ∈ Z[i] non inversibles, on a p2 = N (α)N (β) donc
N (α) = N (β) = p, donc p est une somme de deux carrés ; si N (α) est un nombre premier, alors
α est irréductible (Remarque IX.8).
Réciproquement, soit α est un entier gaussien, et supposons que N (α) n’est pas un nombre
premier. Soit p ∈ N un diviseur premier de N (α) = αᾱ. Si p ≡ −1 (mod 4), p est un nombre
premier Gaussien, donc p divise α ou ᾱ et comme α est irréductible (et ᾱ aussi), p ∼ α, on est
donc dans le 1er cas. Sinon, p est une somme de deux carrés p = a2 + b2 , et z = a + ib est un
premier gaussien, donc z divise α ou ᾱ, donc comme α est irréductible (et ᾱ aussi), z est associé
à α (ou à ᾱ selon le cas). Autrement dit α = z ou α = z̄ modulo multiplication par ±1, ±i.
Pour conclure, notons que α est associé à ᾱ ssi ᾱ = ±α ou ᾱ = ±iα. Dans le premier cas, α
est réel ou imaginaire pur, ce qui n’arrive pas si N (α) est un nombre premier. Dans le second
cas, α est sur une des deux bissectrices Im z = ±ℜz, autrement dit α est un multiple de 1 ± i.
Puisque α est irréductible, α est associé à 1 ± i. De plus, on a vu que 1 + i et 1 − i sont associés.
Donc un premier gaussien α est associé à ᾱ ssi α ∼ 1 + i.

102
√ √
IX.2 Z[i 2] est euclidien, mais pas Z[i 3]
√ √
√ Soit d ∈ N un entier sans facteur carré. On √définit l’anneau
√ Z[ −d] = Z[i d] = {a +
bi d|a, b ∈ Z}. C’est un sous-anneau du corps Q[i d] = {a + bi d|a, b ∈ Q}.
√ √
Exercice IX.10. Si d = d′ s2 pour un certain s ∈ Q, alors Q[i d] = Q[i d′ ].
√ √
Les notions√ vues pour Z[i] et Q[i] se généralisent : Pour α = a + ib d ∈ Q[i√d], son conjugué
est √α = a − ib d. Là encore α 7→ ᾱ est un automorphisme de corps de Q[i d] et il préserve
Z[i d]. √
On définit comme au-dessus la norme de α = a + ib d √ par N (α) = αᾱ = a2 + db2 . Comme

au-dessus, N est multiplicative, et à valeurs dans Q sur Q[i d], et à valeurs entières sur Z[i √d].
Comme dans le lemme IX.2, on en déduit avec la même preuve que les inversibles de Z[i 2]
sont les éléments de norme 1. √
Lorsque d > 1, il n’y a que ±1 : en effet, si a + bi d est de norme 1, a2 + db2 = 1 impose
b = 0 puisque d > 1.

Lemme IX.11. Les inversibles
√ de Z[i d] sont les éléments de norme 1.
Lorsque d > 1, Z[i d]× = {±1}.
√ √
Remarque IX.12. (remarque/exo). La norme est bien définie sur Q[ d], mais dans Q[ d] tous les
éléments non nuls sont inversibles puisque c’est un corps. Quelle est la raison de cette différence ?

Théorème IX.13. Z[ −2] est euclidien pour la jauge α 7→ N (α).
La√preuve est la même que dans Z[i] : on a une partition de C par des rectangles de côtés
1 et 2. √ Le point clé est que le centre du rectangle est à distance < 1 des quatre coins :
(1/2)2 + ( 2/2)2 < 1. √
Pour d général, la distance du centre du rectangle aux quatre coins est (1/2)2 +( d/2)2 = 1+d
4
qui est ≥ 1 dès que d ≥ 3. Donc l’argument ne fonctionne plus pour d ≥ 3.

Lemme IX.14. Z[ −3] n’est pas euclidien (pour aucune jauge). En fait il n’est pas factoriel donc
pas principal ni euclidien.
Rappel : Un anneau intègre A est factoriel si tout élément non nul admet une unique dé-
composition en produit d’éléments irréductibles, modulo association et ordre des facteurs 46 . On
rappelle que Euclidien ⇒ Principal ⇒ Factoriel.
√ √ √
Preuve. Dans Z[ −3], on a 4 = 2 × 2 = (1 + i 3)(1 − i 3). Montrons que 2 est irréductible √ : si
2 = αβ, alors N (α)N (β) = N (2) = 4 ; or il n’y a pas d’élément de norme 2 dans Z[ −3], donc
nécessairement α ou β est de norme 1, donc inversible,
√ ce
√ qui montre que 2 est irréductible.

Le même raisonnement montre que 1 + i 3 et 1 − i 3 sont aussi irréductibles. Si Z[ −3]
était factoriel, on aurait une unique décomposition
√ en facteur
√ irréductibles (modulo
√ permutation
et association) donc 2 serait associé à 1 + i 3 et à 1 − i 3. Mais comme Z[ −3] × = {±1} on

aurait donc 1 + i 3 = √ ±2.
Ceci montre que Z[ −3] n’est pas factoriel.

IX.3 Anneaux d’entiers quadratiques réels : l’exemple de Z[ 2]

D ≥ 2 un entier sans facteur
Soit √ √ carré, et D ∈ R+ la racine carrée de D positive. Le corps
K = Q[ D] s’écrit K √ = {a + b D|a,√b ∈ Q} ⊂ R. √ On dit que K est un corps quadratique réel.
Le sous-anneau Z[ D] s’écrit Z[ D] = {a + b D|a, b ∈ Z} (c’est bien stable par multipli-
cation). √ √
Pour D > 0, le comportement de Z[ D] est assez différent de Z[ −d]. Le fait que K ⊂ R a
la conséquence suivante :

Lemme IX.15. Pour D > 0, les seules racines de l’unité contenues dans Q[ D] sont ±1.
46. Plus préciséement, tout élément a ∈ A \ {0} s’écrit a = p1 . . . pn avec pi irréductibles, et si a = q1 . . . qn′ est
une autre décomposition en produit d’irréductibles, alors n′ = n et quitte à renuméroter les facteurs, on a qi ∼ pi

103
√ √
Le conjugué Si α = a + b D ∈ K, on définit son conjugué par α = a − b D. Ce n’est plus le
conjugué complexe ! √ √
L’application de conjugaison Q[ D] → Q[ D] définie √ par α 7→ α est un automorphisme de
47
corps (exo : le vérifier ). Cette application préserve Z[ D].

La norme Dans le cas des entiers de Gauss, on avait défini la norme par N (α) = αᾱ = det(µα ).
Ici, on fait de même :
√ √ √ √
Définition IX.16. Pour α = a + b D ∈ Q[ D] on définit N (α) = αᾱ = (a + b D)(a − b D) =
a2 − Db2 ∈ Q.
De plus, N (α) = det(µα ) est le déterminant de l’application Q-lineaire
√ √
µα : Q[ D] → Q[ D]
x 7→ αx
√ √
 
a b
En effet, si α = a + b D, la matrice de µα dans la base (1, D) est et son
bD a
déterminant est a2 − b2 D.
Remarque IX.17.√WARNING : maintenant la norme N (α) peut prendre des valeurs négatives
(par exemple N ( D) = −D), et il peut y avoir une infinité d’éléments ayant une norme donnée
(Cf figure ci-dessous).
√ √
Ici aussi, on appelle les éléments de Z[ D]× les unités de Z[ D].
Lemme IX.18 (Propriétés de la norme).
1. N (1) = 1
2. 0 est le seul élément de norme nulle
3. N est multiplicative : N (αβ) = N (α)N (β)
√ √
4. Si α ∈ Q[ D], N (α) ∈ Q et si α ∈ Z[ D], N (α) ∈ Z
Comme
√ dans le lemme IX.2, on en déduit immédiatement la caractérisation des inversibles
de Z[ D] en terme de leur norme :
√ √
Lemme IX.19. Pour α ∈ Z[ D], α est un inversible de Z[ D] ssi N (α) est inversible dans Z
c’est à dire N (α) = ±1.
√ √ √
Exemple : (1 + √ 2) ∈ Z[ 2] est de norme 1 − 2 × 1 = −1, c’est donc√un inversible de Z[ 2]. Il
en découle que (1 + 2)n est inversible pour tout n. Notons√que (1 + 2)n → ∞ quand √ n → ∞,
et qu’il y a donc une infinité d’éléments inversibles dans Z[ 2] contrairement à Z[i d].

Le plongement canonique Pour etre plus concret, √ prenons D = 2 (mais les arguments marchent
pour tout entier D > 0 sans facteur carré). Z[ 2] est un sous-ensemble dense de R (difficile d’en
extraire de l’information utile). √ 2
√ pourrait identifier l’élément a + b 2 avec (a, b) ∈ Z , mais on perd la structure d’anneau,
On
et la 2 est oubliée. Il y a plus malin. √
On construit un plongement dans R2 à partir des deux √ plongements dans R suivants : Q[ 2]
est un sous-corps de R, donc l’identité σ1 = id : Q[ 2] → R est un premier plongement. Le
deuxième plongement est celui donné par la conjugaison :

σ2 : Q[ 2] → R
α 7→ ᾱ
√ √
47. Le calcul est immédiat. On peut faire une preuve sans calcul : comme i D et −i √ D ont le même polynôme

minimal
√ f (X) = X 2 + D, on a deux
√ isomorphismes σ, σ entre Q[X]/⟨X √
2
− D⟩ et Q[i
√ D] : celui√qui envoie√X̄ sur
′ −1
√ X̄ sur −i √D. L’automorphisme σ ◦ σ : Q[i D] → Q[i D] envoie i D sur −i D, et
i D et celui qui envoie
il envoie donc a + ib D sur a − ib D, c’est donc la conjugaison α 7→ ᾱ.

104
Le plongement canonique de K est l’application σ obtenue en combinant ces deux plonge-
ments :

σ : Q[ 2] → R2
α 7→ (α, ᾱ)
√ √ √
Ainsi,
√ la
√ base (1, 2) du Z-module Z[ 2] s’envoie sur ⃗
u = σ(1) = (1, 1), et ⃗
v = σ( 2) =
( 2, − 2). √
Comme ⃗u, ⃗v sont linéairement indépendants dans R2 , σ(Z[ 2]) = Z⃗u + Z⃗v est un réseau de
R2 .

Lemme IX.20√(Observations).
— σ : Q[ 2] → R2 est un morphisme d’anneau (où dans R2 la multiplication se fait coor-
donnée par coordonnée).
— Si on définit le morphisme multiplicatif Ñ : R2 → R par N (x, y) = xy, on a que
Ñ (σ(α)) = N (α). Du coup on fait l’abus de notation en notant encore N = Ñ .

On peut faire le dessin suivant.

Voici quelques observations à faire :


√ √ √
1. Les vecteurs σ(1) = (1, 1) et σ( 2) = ( 2, − 2) forment une base du réseau
2. On a dessiné les 2 hyperboles d’équation xy = 1 (ou Ñ (x, y) = 1) et xy = −1 (ou
Ñ (x, y) = −1) qui correspondent aux points de norme 1 (ou −1).
3. σ(1) et σ(−1) sont de norme 1 (sur l’hyperbole orange).

4. Les points du réseau qui sont
√ sur ces hyperboles sont exactement les inversibles√de Z[ 2].
Par exemple, le point σ(1+ 2) est sur l’hyperbole verte Ñ = −1 puisque N (1+ 2) = −1.
5. Plus généralement, les lignes de niveau de la norme Ñ sont des hyperboles d’asymptotes
les axes de coordonnées et d’équation xy = a.

√ réseau « entre » les hyperboles Ñ = 1 et Ñ = −1 puisque


6. Hormis 0, il n’y a pas de point du
N est à valeurs entières sur Z[ 2]

7. Y-a-til beaucoup de point sur chacune de ces hyperboles ? Autrement dit, √ Z[ 2] a-t-il
beaucoup d’inversibles ? Oui : une infinité. En effet, partant de ε = (1 + 2) qui est
inversible (de norme -1), on a que εn est inversible (de norme N (εn ) = (−1)n ).

105
8. La loi de multiplication se lit √sur le graphique
√ comme la√multiplication
√ coordonnée par
coordonnée. Ainsi, σ(ε) = (1 + 2, 1 − 2), σ(εn ) = ((1 + 2)n , (1 − 2)n ). La coordonnée
x tend vers +∞ quand n → ∞, et la coordonnée y tend vers 0.

9. La multiplication par α = a + b 2 induit une application du réseau  dans lui même. Cette
x αx
transformation s’écrit (dans les coordonnées canoniques de R2 ) 7→ , (on multiplie
y ᾱy
la 1ere coordonnée par α,et la 2ème par ᾱ). Vue comme transformation linéaire de R2 ,
α 0
c’est la matrice diagonale , et son déterminant est αᾱ = N (α). Ce déterminant est
0 ᾱ

aussi le déterminant de la multiplication par α vue comme application linéaire de Z[ 2]


a b
dans lui-même, dont 1, 2 est .
2b a
Puisque la norme est multiplicative, cette application lineaire envoie ligne de niveau t de
Ñ √
sur la ligne√ de niveau Ñ (α)t. Elle envoie le réseau dans un sous-réseau. L’indice est
[Z[ 2] : αZ[ 2]] = |N (α)| (car si φ : Zn → Zn est une application Z-linéaire, [Zn :
φ(Zn )] = | det(φ)| (Cf Remarque III.68).
On verra plus tard le résultat suivant, qui est un cas particulier du théorème des unités de
Dirichlet :

Théorème IX.21. Pour tout entier
√ × D ≥ 2 sans facteur carré, Z[ D] a un nombre infini √ d’élé-
ments inversibles. En fait Z[ D] = {±1} × ⟨ε⟩ ≃ Z/2Z ⊕ Z pour un élément ε ∈ Z[ D]×
d’ordre infini. √ √ √ √
Pour D = 2 : ε = (1 + 2) et Z[ 2]× = {±(1 + 2)k |k ∈ Z} = {±1} × ⟨1 + 2⟩

On appelle souvent ε l’unité fondamentale de Z[ D] (définie au signe près).

IX.4 Entiers algébriques


IX.4.a Définitions et caractérisations
Définition IX.22. On appelle corps de nombres K toute extension finie de Q.

Comme C est algébriquement clos et contient Q, tout corps de nombre est isomorphe à un
sous-corps de C, donc on peut identifier K à un sous-corps de C.

Proposition IX.23 (Voir proposition IV.52). Tout corps de nombres est isomorphe à un sous-
corps de C.
Plus généralement, si F est un corps et F ⊃ K est une extension finie de F , et si L ⊃ F est
un corps algébriquement clos contenant F , alors K se plonge dans L.

Par contre, comme on le verra ci-dessous, il y a plusieurs plongements de K dans C donc


plusieurs sous-corps de C isomorphes à K et plusieurs façons de faire cette identification, et ces
divers plongements joueront
√ un rôle fondamental dans la suite.
Exemple : Q[i], Q[ 2] sont des sous-corps de C qui sont des corps de nombres. K =
Q[X]/⟨X 2 + 1⟩ est un corps de nombre isomorphe à Q[i], mais qui n’est pas un sous-corps
de C. Il y a deux façons d’identifier K avec un sous-corps de C : on peut envoyer X̄ sur i ou sur
−i.
Dans tout ce qui suit, on fixe K ⊃ Q une extension de corps de Q. Les exemples qui vont
nous importer sont soit K = C, soit K un corps de nombres.
Rappelons qu’un élément α ∈ K est algébrique sur Q s’il existe un polynôme non nul P ∈
Q[X] (ou de manière équivalente dans Z[X]) tel que P (α) = 0. Quand on dit qu’un élément de
K est algébrique (tout court), sans préciser sur quel sous-corps de K, on veut dire algébrique
sur Q. Si K est un corps de nombres, tout les éléments de K sont algébriques.

106
Définition IX.24. Un élément α ∈ K est un entier algébrique (ou un entier de K) s’il existe un
polynôme P ∈ Z[X] un polynôme UNITAIRE à coefficients entiers tel que P (α) = 0.
On note OK ⊂ K l’ensemble des entiers algébriques de K

Dans C, on utilise la terminologie suivante :

Définition IX.25. Un nombre algébrique (tout court) est un nombre complexe qui est algébrique
sur Q.
On dit aussi entier algébrique (tout court, sans préciser de corps K) pour dire entier algé-
brique de C, c’est à dire un élément z ∈ C annulé par un polynôme unitaire de Z[X].

Un élément α ∈ K est donc un entier algébrique ssi on a une relation


d−1
X
αd = ai αi
i=0

avec des ai ∈ Z. Par récurrence, ceci implique que les αn s’écrivent comme combinaison linéaire
à coefficients entiers (donc sans dénominateurs) des 1, α, . . . , αd−1 .

Proposition IX.26 (Caractérisation des entiers algébriques). Soit α ∈ K. Les énoncés suivants
sont équivalents :
1. α est un entier algébrique, i.e. annulé par un polynôme unitaire à coefficients entiers
2. α est un nombre algébrique, et son polynôme minimal unitaire dans Q[X] est à coefficients
entiers
3. Z[α] est de type fini entant que Z-module 48
4. il existe un sous Z-module de type fini M ⊂ K, non réduit à {0}, et tel que αM ⊂ M .

Exemple IX.27. Tout entier n ∈√ Z est un entier algébrique car annulé par le polynôme X√− n.
Les nombres complexes i et 2 sont annulés par X 2 + 1 et X 2 − 2 respectivement,
√ i 3 est
annulé par X 2 + 3 ; ce sont donc des entiers algébriques. Par contre, 1/3 et 23 ne sont pas des
entiers algébriques, leur polynôme minimal √
est X − 1/3 et X 2 − 3/4 respectivement.
−1+i 3
La racine cubique de l’unité j = 2 est solution de l’equation j 3 − 1 = 0, (et aussi de
j 2 + j + 1 = 0), donc j est un entier algébrique.
Toute racine de l’unité ζ est un entier algébrique.

Preuve de la proposition. 2 ⇒ 1 est évident.


1 ⇒ 2 : on utilise la notion de contenu d’un polynôme. Rappel : le contenu c(P ) ∈ N d’un
polynôme de Z[X] est le pgcd de ses coefficients. Le lemme de Gauss dit que c(P Q) = c(P )c(Q)
[Voir Perrin, lemme 4.3].
Soit P unitaire à coefficients entiers tq P (α) = 0, et M ∈ Q[X] le polynôme minimal,
unitaire. Soit c tq M ′ = cM soit à coefficients entiers, et tq le pgcd des coefficients soit 1. On
veut montrer que M est à coefficients entiers, donc que M = M ′ . On a M ′ |P dans Q[X]. Ceci
implique que M ′ |nP dans Z[X] pour un certain n dans Z. Ecrivons M ′ Q = nP avec Q ∈ Z[X].
On regarde les contenus : c(Q) × 1 = nc(P ) donc Q est divisible par n, et si on remplace Q
par Q′ = Q ′ ′ ′
n ∈ Z[X], on a M Q = P . Ainsi M |P dans Z[X]. Or P est unitaire, donc M l’est

forcément aussi. Comme M est unitaire et M ′ = cM , c = 1, et M = M ′ .


Pd−11 ⇒ 3 : puisque α est annulé par un polynôme unitaire à coefficients entiers, on a αd =
i−1 , avec a ∈ Z. Déduisons-en que Z[α] = Z + Zα + · · · + Zαd−1 : notons M =
i=1 ai α i
Z + Zα + · · · + Zαd−1 ; M est stable par multiplication par α. Donc toutes les puissances de α
sont dans M , et donc Z[α] coincide avec M .
3 ⇒ 4 : prendre M = Z[α].
48. de manière équivalente, le groupe additif (Z[α], +) est isomorphe à (Zn , +) pour un certain n

107
4 ⇒ 1 : Le Z-module (M, +) est de type fini par hypothèse. Il n’a pas d’élément d’ordre
fini (additif) car K est de caractéristique nulle 49 donc M ≃ Zn pour un certain n ≥ 1 d’après
le théorème de structure des groupes abéliens de type fini III.67. Soit donc v1 , . . . , vn une Z-
base de M . Considérons la matrice A = (a Pij ) ∈ Mn (Z) de l’application µα : M → M de
multiplication par α (autrement dit αvi = aij vj , avec aij ∈ Z). Soit P = det(XIn − A) le
polynôme caractéristique de A. C’est un polynôme unitaire à coefficients entiers et P (A) = 0
par Cayley Hamilton. Donc P (µα ) = 0, c’est à dire P (α)x = 0 pour tout x ∈ M . Comme M
non réduit à zero, et que K est intègre, P (α) = 0, donc α est un entier algébrique.

Corollaire IX.28. Pour α ∈ Q, α est un entier algébrique si et seulement si α ∈ Z.

Pour faire la différence avec les entiers algébriques, on dit parfois que les éléments de Z sont
des “entiers rationnels”.

Lemme IX.29. Soit un nombre algébrique α. Alors, il existe un entier c ∈ N \ {0} tq cα soit un
entier algébrique.
En particulier, si K est un corps de nombre, pour tout α ∈ K il existe c ∈ N \ {0} tel que
cα ∈ OK .

D’une certaine manière, ce lemme dit qu’on peut « chasser les dénominateurs ».

Preuve. Comme α est algébrique sur Q, on peut considérer son polynôme minimal X d +ad−1 X d−1 +
· · · + a1 X + a0 ∈ Q[X] (à coefficients rationnels). Pour tout c ̸= 0, le polynôme cd P (X/c) =
X d + cad−1 X d−1 · · · + cd−1 a1 X + cd a0 annule cα. On choisit alors c ∈ N \ {0} tel que les ci an−i
soient entiers : on peut prendre par exemple pour c le pgcd des dénominateurs des ai .

Entiers algébriques et dénominateurs (optionnel) On peut comprendre un peu autrement la


différence de comportement entre un entier algébrique et un élément qui n’en est pas un. Par
exemple si on regarde les puissances de 21 (qui n’est pas un entier algébrique), on obtient 14 , 18 , 16
1
:
les dénominateurs tendent vers l’infini. Ceci se traduit par le fait que Z[1/2], qui est l’ensemble
des nombres diadiques, n’est pas un Z-module de type fini (Cf 3e caractérisation).
On peut généraliser cette observation en termes
√ de dénominateurs 50 des puissances de α.
Lorsqu’on regarde les puissances de i ou de 2, il n’y a pas de dénominateur √ qui apparaı̂t,
√ √
toutes les puissances de 2 vivent dans Z[ 2]. De même, on a vu que j = −1+2 3 est un entier
algébrique, et ce malgré le fait qu’il ait un dénominateur égal à 2 dans cette écriture. Le point
est que lorsqu’on calcule les puissances de j : j 2 = −1 − j, j 3 = 1, j 4 = j,. . . les dénominateurs
restent bornés (ici c’est particulièrement évident puisque j est une racine de l’unité !), et c’est
ce qui fait que Z[j] = {a√+ bj|j ∈ Z} est de√ type fini, et que j est un entier algébrique.
Si on remplace −1+i 2
3
par τ = −1+i2
5
, ce n’est pas un entier algébrique parce que son
polynôme minimal est X 2 + X + 3/2. Lorsqu’on regarde les puissances de τ , on trouve τ 2 =
√ √ √
−1 − i 2 5 , τ 4 = − 14 + i 5, τ 8 = − 79 1 n
16 − 2 i 5, . . . et les dénominateurs de τ vont tendre vers
l’infini quand n → ∞. C’est ce qui fait que, comme Z[1/2] et contrairement à Z[j], Z[τ ] n’est
pas un Z-module de type fini (en particulier Z[τ ] ̸= {a + bτ |a, b ∈ Z} !).

IX.4.b Les entiers algébriques forment un anneau. Unités algébriques


On a vu que les nombres algébriques forment un sous-corps de C. Les entiers algébriques,
eux, forment un sous-anneau.

Corollaire IX.30. L’ensemble OK des entiers algébriques de K est un sous-anneau de K.


49. si x ∈ M \ {0} vérifiait n.x = 0 pour un certain n ∈ M , alors en multipliant par l’inverse de x dans K, on
obtiendrait n = 1 dans K
50. c’est un peu informel : pour préciser les choses, il faudrait se fixer une Q-base de K et parler des dénomi-
nateurs des coordonnées.

108
Preuve. Soit α, β des entiers algébriques, annulés par un polynôme unitaire de degré d, d′ :
′ ′
αd = ad−1 αd−1 + · · · + a0 , β d = bd′ −1 β d −1 + · · · + b0 (∗)

avec ai , bi ∈ Z. Ainsi Z[α] = Z + Zα + · · · + Zαd−1 , et Z[β] = Z + Zβ + · · · + Zβ d −1 .
On vérifie alors que Z[α, β] est égal au Z-module M engendré par les αi β j pour i ≤ d − 1,
j ≤ d′ − 1. On a clairement M ⊂ Z[α, β]. Pour montrer l’autre inclusion, il suffit de montrer que
M est un sous-anneau 51 . Comme 1 ∈ M , il suffit de voir que M est stable par multiplication. Les
équations (*) ci-dessus impliquent que αM ⊂ M , et βM ⊂ M , et donc αi M ⊂ M et β i M ⊂ M
pour tout i ≥ 0. Il en découle facilement que M est stable par multiplication. Ceci conclut que
M = Z[α, β].
Comme α + β et αβ appartiennent à M qui est un Z-module de type fini, ce sont des entiers
algébriques d’après la Proposition IX.26(4).

Puisque l’ensemble des nombres algébriques est un corps, l’inverse d’un nombre algébrique
non nul est encore un nombre algébrique. Par contre, l’inverse d’un entier algébrique est un
nombre algébrique qui n’est pas forcément entier algébrique. Ceci motive la définition suivante :

Définition IX.31. Une unité algébrique de K est un entier algébrique α ∈ OK \ {0} tel que 1/α
est aussi un entier algébrique.
×
De manière équivalente, l’ensemble des unités algébriques est le groupe OK des éléments
inversibles de l’anneau OK .

Corollaire IX.32. Soit α ∈ OK un entier algébrique, et P = X d +ad−1 X d−1 +· · ·+a1 X+a0 ∈ Z[X]
son polynôme minimal.
Alors α est une unité algébrique ssi a0 = ±1.

Preuve. Puisque α est annulé par P = X d + ad−1 X d−1 + · · · + a1 X + a0 , 1/α est annulé par le
retourné P̌ de P défini par P̌ (X) = a0 X d + a1 X d−1 + ad−1 X + 1 puisque P̌ = X d P ( X1 ).
Notons que a0 ̸= 0 : si a0 = 0, alors P serait divisible par X, ce qui contredirait que P
est irréductible dans Q[X] sauf si P = X, mais si on avait P = X, on aurait alors α = 0,
contrairement à notre hypothèse.
Montrons que a10 P̌ est le polynôme minimal unitaire de 1/α : si 1/α était annulé par un
polynôme Q ∈ Q[X] de degré < d, son retourné Q̌ annulerait α, ce qui contredirait que le
polynôme minimal de α est de degré d.
Donc 1/α est un entier algébrique si et seulement si a10 P̌ est à coefficients entiers, ssi a0 = ±1
(puisque le coefficient constant de a10 P̌ est a10 ).

Définition IX.33. On appelle taille d’un entier algébrique α le réel max(|zi |), où z1 , . . . , zd sont
les racines complexes du polynôme minimal de α.

Lemme IX.34. Pour tout t ≥ 0 et d ≥ 0, il n’y a qu’un nombre fini d’entiers algébriques dans C
de degré d et de taille ≤ t.
Si K est un corps de nombres, OK ne contient qu’un nombre fini d’éléments de taille ≤ t.

Preuve. Soit α ∈ C un entier algébrique de degré d et de taille ≤ t. Soit P = X d +Qad−1 X d−1 +


· · · + a1 X + a0 ∈ Z[X] son polynôme minimal, qu’on factorise dans C[X] en P = ni=1 (X − zi )
avec |zi | ≤ t (l’un des zi étant égal à α) 52 .
Par les relations coefficients-racines, les coefficients ai de P s’écrivent
X
ad−i = (−1)i z j 1 . . . zj i
j1 <···<ji

51. Car Z[α, β] est le plus petit sous-anneau de K contenant α, et β


52. on peut remarquer au passage que les zi sont aussi des entiers algébriques de degré d et de taille ≤ t

109
donc  
X
i d i
|ad−i | ≤ t = t.
i
j1 <···<ji

On a donc une borne sur les |ai | en fonction de t et d. Comme les ai sont entiers, il n’y a qu’un
nombre fini de polynômes P possibles, donc un nombre fini de possibilités pour α.
Si K est un corps de nombres et d = [K : Q], tous les éléments de K sont de degré ≤ d.
On peut utiliser que K se plonge dans C ( 53 ), et déduire de ce qu’on vient de faire que OK ne
contient qu’un nombre fini d’éléments de taille ≤ t.

IX.5 L’anneau des entiers d’un corps de nombre est un Z-module de type fini
Par définition, un corps de nombres K est un Q-espace vectoriel de dimension finie. Le
théorème suivant donne un résultat analogue pour OK .
Théorème IX.35. Soit K un corps de nombres, de degré d (i.e. il est isomorphe à Qd comme
Q-ev). Alors OK est isomorphe à Zd comme groupe additif.
Plus précisément, il existe une Z-base de OK qui est une Q-base de OK .
C’est le théorème principal de ce chapitre. On verra sa preuve plus loin (Section IX.9). La
preuve sera basée sur le fait qu’on peut voir OK comme √un réseau dans un espace euclidien via
un plongement canonique similaire au plongement de Z[ 2] dans R2 .
Exemple IX.36.
√ On a déja vu que si K =√Q, OK = Z.
Si K = Q[ 2], on verra que OK = Z[ 2]. √

Si K = Q[ −3], on verra que OK = Z[j] = Z[ 1+ 2 −3 ].
Pour prouver ce thm, on va utiliser un plongement comme réseau dans RN .

IX.6 Encore un exemple (optionnel) : anneau des entiers d’Eisenstein Z[j]


C’est
√ un bel exemple d’anneau d’entiers algébriques. On a vu que le nombre complexe j =
− 12+ i 23 est un entier algébrique puisque c’est une racine de l’unité. Le corps engendré par j
√ √
est K = Q[j] = Q[i 3] qu’on a déjà vu, et on avait vu que Z[i 3] n’était pas euclidien.
Définition IX.37. On appelle anneau des entiers d’Eisenstein l’anneau Z[j] = {a + bj|a, b ∈ Z}.

Remarque géométrique : les points de Z[j] sont les sommets du pavage triangulaire du plan
complexe par des triangles équilatéraux.
Puisque les entiers algébriques forment un anneau, tous les éléments de Z[j] sont des entiers
algébriques ; autrement dit Z[j] ⊂ OK . On verra (section IX.7) que Z[j] est en fait égal à√OK .
Comme plus haut, on peut considérer la « norme » N (a+bj) := |a+bj|2 = (a− 2b )2 +( b 2 3 )2 =
a2 − ab + b2 ∈ N. Comme N est multiplicative et à coefficients entiers, les inversibles sont les
éléments de norme 1. Il y a donc 6 inversibles : (Z[j])× = {±1, ±j, ±j −1 } (note : ce sont les
racines 6-èmes √de l’unité). √ √
On a que i 3 = 2j + 1 ∈ Z[j] donc Z[i 3] ⊂ Z[j]. On a étudié plus haut l’anneau Z[i 3]
dont on a vu qu’il n’était pas euclidien. En rajoutant j, l’anneau devient euclidien :
53. si on préfère, on peut dire que le même raisonnement s’applique à K (on aurait pu énoncer le lemme pour
une extension quelconque de Q)

110
Théorème IX.38. L’anneau des entiers d’Eisenstein est euclidien.

Preuve. La preuve est la même que dans Z[i] ou Z[i 2] : si α, β ∈ Z[j], α/β est dans un translaté
du domaine fondamental P1,j qui est √un parallélogramme (en bleu sur la figure). Tout point de
ce parallélogramme est à distance ≤ 43 < 1 d’un de ses sommets (ça se voit plus facilement en
disant que c’est la réunion de deux triangles équilatéraux de côté 1). Donc on trouve γ ∈ Z[j]
tq |α/β − γ| < 1, et on conclut comme au-dessus.
√ √ √
Dans Z[i 3] on a√vu qu’on avait 2 factorisations de 4 = 2 × 2 = (1 + i 3)(1 − i 3), et
cela montrait que Z[i 3] n’est pas factoriel. Mais Z[j] lui, est factoriel puisqu’il√est euclidien.

Que devient cette décomposition ?√Dans Z[j] les factorisations 4 = 2 × 2 = (1 + i 3)(1 − i 3),
√ toujours valides et 2 et 1 ± i 3 sont toujours irréductibles pour la même √
sont raison que dans
Z[i √3] : il n’y a pas d’élément de
√ norme 2 dans Z[j]. Mais par contre, 1 + i 3 = 2 × j, et
1−i 3 = 2× −1
√ j , donc 2 et 1 ± i 3 sont maintenant associés dans Z[j] (alors qu’ils ne l’étaient
pas dans Z[i 3]). Donc dans Z[j] les deux compositions de 4 sont les mêmes modulo association.
Remarque IX.39. √ On peut démontrer que pour d ∈ N \ {0} sans facteur carré, l’anneau des
entiers de Q(i d) est euclidien pour d = 1, 2, 3, 7, 11, et qu’il est principal non-euclidien pour
d = 19, 43, 67, 163 [source : Perrin, Rq II.5.4].

IX.7 L’anneau des entiers d’un corps quadratique


[Stillwell p 190] [Adams-Goldstein p 217]

Définition IX.40. Un corps de nombres


√ quadratique K est une extension de degré 2 de Q.
De manière équivalente, K = Q[ D] pour un certain D ∈ Z \ {0, 1} (positif ou négatif ) sans
facteur carré.

Preuve de l’assertion contenue dans la définition (exo). Soit K une extension de degré de 2 de
Q et soit α ∈ K \ Q. On a K = Q[α] et donc α est de degré 2. Son polynôme minimal est de la
2
forme f (X) = X 2 + bX + c ∈ Q[X], qu’on met sous forme canonique f (X) = (X + b2 ) − ∆ où
le discriminant vaut ∆ = b2 − 4c ̸= 0 (sinon f n’est pas irréductible sur Q). Le discriminant ∆
2
admet une racine carré dans K : puisque α est racine de f , (α + b2 b
) − ∆ = 0 donc α + 2 est
√ √ 2
une racine carrée de ∆ ( 54 ) qu’on note ∆. Donc Q[α] = Q[ ∆] et en écrivant ∆ = pq2 D avec
√ √ √
D ∈ Z sans facteur carré, Q[ ∆] = Q[ D]. On a D ∈ / {0, 1} car sinon Q[ D] = Q serait de
degré 1 sur Q.

Soit D ∈ Z un entier (positif ou négatif) √ sans facteur carré et K = Q[ D]. On √choisit
une racine carrée de D dans K qu’on note √ D. Notre but est de déterminer O K ⊂ Q[ D] le
sous-anneau des entiers algébriques de Q[ D].

Proposition IX.41. Soit K = Q[ D] une extension quadratique de Q, avec D ∈ Z sans facteur
carré (D positif ou négatif ). Notons (par abus) OD = OK = OQ[√D] le sous-anneau des entiers

algébriques Q[ D]. √ √
— Si D ≡ 2 (mod 4) ou D ≡ 3 (mod 4) OD = Z[ D] = Z ⊕ √Z D.
— Si D ≡ 1 (mod 4), OD = Z[ωD ] = Z ⊕ ZωD avec ωD = 1+2 D .

Remarque IX.42. Comme D est sans facteur carré, D ̸≡ 0 (mod 4).


= −1, O−1 = Z[i].
Exemple IX.43. Pour D √
Pour D = 3, O3 = Z[ 3]. √
Pour D = −3, O−3 = Z[ 1+i2 3 ].

Pour D = 5, O5 = Z[ 1+2 5 ].

−b± ∆
54. Ce n’est pas une surprise puisque α étant racine de aX 2 + bX + c = 0 s’écrit 2a

111
On a déja vu que Z[i] ⊂ O−1 et Z[j] = Z[ω−3 ] ⊂ O−3 , la proposition affirme que l’autre
inclusion est vraie.
√ √
Preuve. Il est clair que Z[ D] ⊂ OD pour tout D (puisque√ D est un entier √ algébrique et que
l’ensemble des entiers algébriques est un anneau) et que Z[ D] = Z ⊕ Z D. √
Montrons que ωD est un entier algébrique pour D ≡ 1 (mod 4). Soit ω D = 1−2 D son
conjugué. On a ωD + ω D = 1 et ωD ω D = 1−D 4 . Puisque D = 1 (mod 4), ce sont 2 entiers.
Puisque ωD est racine du polynôme X − X + 1−D
2
4 , c’est donc un entier algébrique, donc il est
dans OD . Ceci montre que Z[ωD ] ⊂ OD et que Z[ωD ] = Z ⊕ ZωD ( 55 ). √
Montrons les inclusions réciproques OD ⊂ Z ⊕ ZωD et OD ⊂ Z ⊕ Z[√ D] selon que D ≡ 1
(mod 4) ou non. Soit donc un entier√ algébrique de la forme x = a + b D avec a, b ∈ Q. En
regardant son conjugué x′ = a − b D, on a x + x′ = 2a et xx′ = a2 − Db2 qui sont des rationnels,
et x et x′ sont donc racines du polynôme X 2 − 2aX + (a2 − Db2 ). Si ce polynôme n’est pas le
polynôme minimal de x, alors x ∈ Q et on sait que x est alors dans Z. Donc on peut supposer
que X 2 − 2aX + (a2 − Db2 ) est le polynôme minimal de x. Puisque x est entier algébrique, 2a
et a2 − Db2 sont dans Z. a est donc entier ou demi-entier, et on traite les 2 cas séparément.
Cas 1 : a ∈ Z. Dans ce cas, b2 D ∈ Z aussi puisque a2 − Db2 ∈ Z. On en déduit b ∈ Z d’après
le fait suivant.
Fait IX.44. Soit b ∈ Q tel que b2 D ∈ Z. Alors b ∈ Z.

Preuve du fait (exo). Indication : utiliser que D est sans facteur carré.
2
Ecrivons b = nq , avec n ∧ q = 1. Soit c = b2 D ∈ Z, c = nq2 D, donc n2 D = cq 2 . Soit p un
diviseur premier de q. On a p2 |n2 D, mais comme q ∧ n = 1, p ∧ n = 1, donc p2 divise D, contredit
que D est sans facteur carré.

Cas 2 : a est demi-entier, c’est à dire Si a = a2 avec a′ entier impair. Montrons que b est
aussi demi-entier, que D ≡ 1 mod 4, et que x ∈ Z[ωD ].
On a 4Db2 = 4a2 − 4(a2 − Db2 ) = a′2 − 4(a2 − Db2 ) ∈ Z puisque a2 − Db2 ∈ Z. D’après le
fait ci-dessus, 2b est entier. Notons b = b′ /2. On a donc Db′2 = a′2 − 4(a2 − Db2 ). Modulo 4, on
a donc Db′2 ≡ a′2 . Comme a′ impair, a′2 ≡ 1 (mod 4), donc b′ est impair et b est demi-entier.
On voit aussi que b′2 ≡ 1 mod 4, et donc D ≡ 1 mod 4.
√ √ √
Puisque a = 12 +a′ et b = 12 +b′ avec a′ , b′ ∈ Z, on obtient x = a+b D = a′ +b′ D + 1+2 D =

a′ + b′ (2ωD − 1) + ωD ∈ bbZ[ D].

IX.8 Corps de nombres, théorème de l’élément primitif, et conjugués d’un élément


[Stewart tall, Descombes]
Le théorème suivant est très utile.

Théorème IX.45 (Th de l’élément primitif). Soit K un corps de nombres. Alors il existe θ ∈ K
tel que K = Q[θ].

Remarque IX.46. Il n’y a pas de version analogue pour OK : quitte à changer θ en un multiple,
on peut bien supposer que θ ∈ OK , ce qui implique que Z[θ] ⊂ OK , mais on n’a pas égalité en
général, et en général, on ne peut pas toujours trouver θ′ tel que Z[θ′ ] = OK .

Preuve. On voit K comme un sous-corps de C. Par récurrence, il suffit de montrer que si K =


Q[α, β], alors on peut trouver θ ∈ K tel que K = Q[θ]. On va montrer que pour un certain
c ∈ Q, θ = α + cβ convient. Pour cela, on va montrer que le polynôme minimal M de β dans
Q(θ)[X] est de degré 1, ça impliquera que β ∈ Q(θ), et donc α = θ − cβ aussi.
2
55. en effet, Z⊕ZωD est stable par multiplication par ωD puisque ωD = ωD − 1−D
4
, et c’est donc un sous-anneau,
donc égal à Z[ωD ]

112
Soit A, B ∈ Q[X] les polynômes minimaux de α, et β. Puisque A, B sont irréductibles, il sont
à racines simples. Pour c ∈ Q, notons P le polynôme P (X) = A(θ − cX) = A(α + c(β − X)),
c’est un polynôme à coefficients dans Q(θ), et qui s’annule en β. B est un autre polynôme de
Q(θ)[X] qui s’annule en β.
Montrons que si c est bien choisi, ces deux polynômes n’auront que β comme racine commune
dans C. Notons α = α1 , . . . , αp les racines de A dans C, et β1 , . . . βq les racines de B avec β1 = β.
Si βi racine de P pour i > 1, on aurait α + c(β − βi ) = αj pour un certain j, ce qui interdit
au plus p valeurs pour c (une valeur de c interdite pour chaque αj puisque β − βi ̸= 0). Donc
pour toutes les valeurs de c sauf un nombre fini d’entre elles, P et B n’ont que β comme racine
commune dans C.
Ceci conclut : en effet, M étant le polynôme minimal de β dans Q(θ)[X], M |P et M |B.
Puisque P, B n’ont qu’une racine complexe en commun et qu’elle est simple, M n’a qu’une
racine complexe et elle et simple donc M est de degré 1, ce qui conclut.

Théorème IX.47. Soit K un corps de nombres de degré d (i.e. [K : Q] = d), et θ ∈ K tel que
K = Q[θ].
Alors il y a exactement d morphismes de corps distincts σ1 , . . . , σd : K → C. De plus les
θi = σi (θ) sont les d racines complexe du polynôme minimal P de θ (P est de degré d, et ses
racines sont distinctes car il est irreductible).
Plus généralement, si K = K0 [θ] est une extension de degré d de K0 , et si σ 0 : K0 → C
est un plongement de K0 dans C, il y a exactement d plongements σ1 , . . . , σd : K → C tels que
σi|K0 = σ 0 .

Remarque IX.48. On appelle plongement un tel morphisme. C’est toujours l’identité sur Q. Si
K est déjà un sous-corps de C, l’identité fait partie des σi .

Preuve. On montre la version plus générale. On utilise l’isomorphisme σ 0 pour identifier K0


avec un sous-corps de C. On se ramène ainsi au cas ou σ 0 = id, et on veut montrer qu’il y a
d morphismes de corps qui sont l’identité sur K0 . Soit P ∈ K0 [X] le polynôme minimal de θ.
Clairement, tout morphisme de K → C qui est l’identité sur K0 doit envoyer θ sur une racine de
P . Qui plus est, σ est déterminé par sa valeur en θ puisque tout élément de K est combinaison
linéaire à coefficients dans K0 de 1, θ, . . . , θd−1 . Il y a donc au plus d morphismes de corps K → C
qui sont l’identité sur K0 .
Réciproquement, puisque K = K0 [θ] est un corps de rupture de P , par la propriété d’unicité
du corps de rupture IV.37, pour chaque racine θi de P dans C, il existe un unique morphisme
K → C qui envoie θ sur θi .

Définition IX.49. On dit qu’un plongement σ : K → C est réel si σ(K) ⊂ R. Sinon, on dit qu’il
est complexe.

En fait, le plongement σ est réel ssi σ = σ. Réciproquement, chaque plongement complexe σ


définit un plongement distinct σ ̸= σ en composant avec la conjugaison complexe. En particulier,
les plongements complexes viennent par paires, le nombre de ces plongements est pair.

Définition IX.50 (Notations). On note r1 le nombre de plongements réels de K, et r2 le nombre


de paires de plongements complexes. Ainsi, d = r1 + 2r2 .
√ √ √
Exemple IX.51. Q[ 2] a 2 plongements réels : l’identité,
√ et α = x + y 2 →
7 ᾱ = x − y 2. Du
coup, r1 = 2, r2 = 0. C’est la même chose pour Q[ D] avec D > 0.
Q[i] a une paire de plongements complexes : l’identité et la conjugaison
√ complexe α = x+iy 7→
ᾱ = x − iy. Du coup, r1 = 0, r2 = 1. C’est la même chose pour Q[ D] avec D < 0.
Exemple IX.52.√Soit K = Q[X]/⟨X 3 − 2⟩ et notons α√= X̄ ∈ K. √ C’est un √ corps de degré 3,
3 3 3 2
isomorphe à Q[ 2]. Les 3 plongements envoient α sur 2, sur j 2 et sur j 3 2. Il y a donc 1
plongement réel et une paire de plongements complexes.

113
Définition IX.53. Une fois un corps de nombre K fixé, on appelle les conjugués de α ∈ K les
nombres complexes σi (α) lorsque σi parcourt tous les plongements σi : K → C.

Exemple IX.54. Si K = Q[i], les deux plongement complexes sont id et a + bi 7→ a − bi, donc les
deux conjugués√de α = a + bi sont α et son conjugué complexe ᾱ.
√ √
Si K = Q[ 2], les √deux plongements
√ de K√sont id et a + b 2 7→ a − b 2, donc les deux
conjugués de α = a + b 2 sont a + b 2 et a − b 2 (qu’on avait appelé conjugué de α pour cette
raison).

Lemme IX.55. Soit K un corps de nombres, et d = [K : Q] le degré de K. Soit P ∈ Q[X] le


polynôme minimal de α.
Les conjugués de α sont les racines complexes de P , chacune étant comptée avec multiplicité
d
e = deg(P ) = [K : K[α]].

Exemple IX.56.
√ √ En reprenant
√ l’exemple de K = Q[X]/⟨X 3 −2⟩ avec√
α = X̄√∈ K, les√3 conjugués

3
de α sont √2, j 2√3
et j 2. Les 3 conjugués de 1+2α+3α2 sont 1+2 3 2+3 3 4, 1+2j 3 2+3j 2 3 4,
2 3

et 1 + 2j 2 3 2 + 3j 3 4.
Remarque IX.57. WARNING : les conjugués de α ∈ K sont des nombres complexes ; et même
lorsque √ K est un sous-corps de C, ce ne sont en général pas éléments
√ de K.√Par exemple,
√ soit
K√= Q[ 3 2]. C’est un sous-corps de R. Les 3 plongements √ envoient 3
2 sur 3
2, sur j 3
2 et sur
j̄ 3 2. Seul le 1er plongement (qui est l’identité) envoie 3 2 dans K.
Remarque IX.58. Comme les plongements de K dépendent de K, les conjugués de α dépendent
a priori du choix de K (et pas seulement de α). Plus précisément, si on a K ⊂ L et α ∈ K, les
conjugués de α vu comme élément de K ne sont pas les mêmes que les conjugués de α comme
élément de L. D’ailleurs, si d = [K : Q] et d′ = [L : Q], α possède d ou d′ conjugués selon qu’il
est vu comme élément de K ou de L. Mais le lemme IX.55 montre qu’en fait, les conjugués sont
les mêmes (ce sont les racines complexes de P ), la seule chose qui change est la multiplicité.

Preuve du lemme. Soit P le polynôme minimal de α, et δ = deg(P ) = [K[α] : Q]. On a vu dans


la preuve du théorème IX.47 que les plongements de K[α] = K[X]/(P ) dans C correspondent
aux racines de complexes de P , il y en a δ. Donc dans le cas ou K = Q[α], il y a d = δ
plongements, et il y a bijection entre plongements et racines, donc la multiplicité est bien égale
à 1.
Dans le cas général, il y a δ plongements de Q[α] dans C. Une fois qu’un tel plongement
σ est fixé, le théorème IX.47 dit que le nombre de plongements qui étendent σ 0 est égal à
0

degQ[α] (K) = e. Donc pour chaque racine z de P , il y a exactement e plongements qui envoient
α sur z. Chaque racine de P correspond donc à l’image de α par e plongements : les conjugués
de α sont donc les racines de P , chaque racine de P correspondant à e conjugués de α.

IX.9 Le plongement canonique


Soit K un corps de nombre de degré d, et considérons σi les d = r1 + 2r2 plongements de
K ,→ C. Pour chaque paire de plongements complexes, on choisit l’un des deux plongements,
qu’on appelle préféré. On numérote alors les plongements σ1 , . . . , σd de sorte que σ1 , . . . , σr1 sont
les plongements réels, σr1 +1 , . . . , σr1 +r2 sont les plongements complexes préférés, et les r2 suivants
sont les conjugués des plongements complexes préférés : σr1 +r2 +1 = σ̄r1 +1 , . . . , σr1 +2r2 = σ̄r1 +r2 .

Définition IX.59. Le plongement canonique est le plongement de K dans Rr1 × Cr2 donné par
les r1 plongements réels et les r2 plongements complexes préférés :

σ : K → Rr1 × Cr2
x 7→ (σ1 (x), . . . , σr1 +r2 (x))

On notera V = Rr1 × Cr2 .

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Remarque IX.60. V est un espace vectoriel réel de dimension r1 + 2r2 = d.

Ce plongement généralise le plongement de Q[ 2] → R2 vu en section IX.3. Comme chaque
σi est un morphisme d’anneau, σ aussi (où Rr1 × Cr2 est muni de l’addition et multiplication
coordonnée par coordonnée).
Le plongement σ est injectif sur K car σ1 est déjà injectif.

IX.10 L’anneau des entiers vu comme un réseau


On est maintentant prêt pour démontrer le résultat principal du chapitre. Rappelons son
énoncé :

Théorème (Th. IX.35). Soit K un corps de nombres, de degré d sur Q. Alors OK est isomorphe
à Zd comme groupe additif.
Plus précisément, il existe une Z-base de OK qui est une Q-base de OK .

On va le démontrer grâce au résultat suivant :

Théorème IX.61. L’image de OK par le plongement canonique σ est un réseau de V = Rr1 ×Cr2 .

Remarque IX.62. Par contre, on peut voir que l’image de K par σ est dense dans V .
On munit V = Rr1 × Cr2 d’un produit scalaire à partir des produits scalaires usuels sur Rr1
et Cr2 : pour x = (x1 , . . . , xr1 , xr1 +1 , . . . , xr1 +r2 ),
rX
1 +r2
2
||x|| = |xi |2 = x21 + · · · + x2r1 + |xr1 +1 |2 + · · · + |xr1 +r2 |2
i=1

Preuve. Montrons que σ(OK ) est discret. En effet, soit B ⊂ V l’ensemble suivant :
n o
B = (x1 , . . . , xr1 , xr1 +1 , . . . , xr1 +r2 ) ∈ V |x1 |, . . . , |xr1 |, |xr1 +1 |, . . . , |xr1 +r2 | ≤ R .

Les éléments α de OK tels que σ(α) ∈ B sont exactement les éléments de taille ≤ R puisque
la taille de α est le module maximal des conjugués de α (Definition IX.33 et Lemme IX.55).
D’après le Lemme IX.34, σ(OK ) ∩ B est donc fini, ce qui montre que σ(OK ) est discret.

En particulier, σ(OK ) ≃ Zd avec d′ ≤ d = dimR V . Plus préciséement (Th VII.4), il existe
une base de e1 , . . . , ed de V tel que e1 , . . . , ed′ soit une Z-base de σ(OK ). Pour montrer que
σ(OK ) est un réseau, il suffit de montrer que d = d′ , donc que que OK contient un sous-groupe
isomorphe à Zd .
Soit α1 , . . . , αd une Q-base de K, et soient c1 , . . . , cd ∈ Z \ {0} tel que ci αi ∈ OK (les ci
existent d’après le Lemme IX.29). Les ci αi sont Q-lineairement indépendants, et engendrent
donc un sous-groupe isomorphe à Zd contenu dans OK .

Déduisons le Théorème IX.35 :

Preuve. Comme OK est un réseau de V ≃ Rd , OK est isomorphe à (Zd , +) comme groupe


additif, c’est à dire comme Z-module. Considérons α1 , . . . , αd une Z-base de OK . Cette famille est
automatiquement une Q-base de K : en effet, elle est Z-linéairement indépendante par hypothèse,
donc Q-linéairement indépendante 56 , donc le Q-ev qu’ils engendrent est de dimension d, donc
(α1 , . . . , αd ) est une Q-base de K (on se rappelle que d = [K : Q]).

P
56. Si on a une relation linéaire λi αi à coefficients dans Q, en chassant les dénominateurs, on obtient une
relation linéaire à coefficients entiers entre les αi

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