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Benjamin : Art et Reproductibilité Technique

Commentaire du livre de Walter Benjamin « L’oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique »

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Commentaire d’ouvrage :

Walter Benjamin, "L'œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique”, (1939), dans


Oeuvres III, 1935-40 (trad M. de Gandillac, R. Rochlitz, P Rusch), Paris, Gallimard, 2000

Walter Benjamin, né en 1892 et mort en 1940, est un philosophe, critique d’art,


critique littéraire et traducteur allemand. Il participe aux travaux de l’Institut de recherche
sociale (qui deviendra plus tard l’école de Francfort) en collaboration avec un de ses
fondateurs, son ami le philosophe Theodor Adorno. Il écrit beaucoup pendant
l’entre-deux-guerres et est qualifié de penseur de la modernité, engagé dans le marxisme dont
les idées peuvent se retrouver dans ses écrits. Il publie un grand nombre d’essais et de thèses
sur l’art, sur Baudelaire, et sur la politique (comme Théories sur le fascisme allemand, 1930).
L'œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique est est son ouvrage le plus connu ; il
le rédige une première fois en 1935, le modifie en 1936 et en fait une version française la
même année. En 1939, il crée une quatrième et dernière version qui sera étudiée dans
l’analyse qui suit. L’ouvrage est divisé en quinze chapitres, un avant-propos et un épilogue.
Dans l'avant-propos, Walter Benjamin explique qu’il se concentre sur l’étude de l’art
du prolétariat après sa prise de pouvoir et l’évolution de l’art par sa condition de production
en reprenant la théorie de la production en chaîne capitaliste, créée par Karl Marx. Il parle de
la différence entre la révolution des superstructures face à celle des infrastructures quant au
temps utilisé pour effectuer celles-ci. Il expose enfin la thèse de son ouvrage : en quoi la
production artistique en série peut-elle remettre en cause la créativité, et y a-t-il encore de
l’art dans des produits créés en série (en prenant l’exemple du cinéma et de la photographie
qui sont faits pour être réalisés en série).
En quoi ce livre apporte-il des idées novatrices sur la perception humaine de l'art à
l’époque de sa diffusion massive ? Dans un premier temps, nous verrons comment on donne
de la valeur à une oeuvre d’art et est ce qu’une reproduction possède de la valeur ; puis nous
étudierons les correspondances et divergences entre médiums traditionnels et contemporains ;
et enfin la société capitaliste, la réception critique et la politisation de l’art.

I) Comment donne-t-on de la valeur à une œuvre d’art, et est-ce qu’une reproduction possède
de la valeur ?
Walter Benjamin concentre le début de son œuvre sur le concept de l’aura et la valeur
de l’art. Il explique que l'œuvre d’art a toujours été reproductible ; par exemple dès
l’Antiquité avec les différentes techniques comme “la fonte et l’empreinte” pour les grecs. Il
dit qu’à “travers la lithographie, l’art graphique devint capable d’accompagner le quotidien
en l’illustrant” (p.16). Il évoque alors le maître et l’apprenti : pour apprendre, l’apprenti va
reproduire les œuvres du maître. Mais une question se pose alors : est-ce que la reproduction
d’une œuvre d’art est-elle une perte de “l’aura” de cette reproduction. Ce qu’il nomme “aura”
est une “apparition unique d’un lointain, aussi proche soit-il” (p.25). C’est-à-dire la
perception sensorielle qui se dégage de l'œuvre, ce qui va émouvoir le spectateur et donner
une valeur sentimentale à l’art.
L’arrivée de nouvelles techniques de reproduction, plus accessibles et demandant
moins de maîtrise manuelle, comme la photographie (ici quand il parle de photographie il fait
aussi référence au cinéma), engendre cette question de perte de l’aura. Est-ce que la
photographie est un art en soi ou est-ce qu’elle entraîne la chute d’un art “pur” en lui faisant
perdre de sa valeur. “En ce que l'œil saisit plus vite que la main ne dessine, le processus de la
reproduction figurative fut si formidablement accéléré qu’il pu tenir le rythme de la parole”
(p.16-17). Il y aurait alors une recherche de facilité dans la reproduction de l’art. Avec
l’apparition de l’imprimerie s’est mise en place la première technique de reproduction à
l'identique et en série, pour un coût bien moins élevé.
Une conséquence directe de l’arrivée de ces nouvelles techniques de reproduction est
la prolifération dans le marché de nouvelles “oeuvres” reproduites. Ce que Walter Benjamin
qualifie de “hinc” et de “nunc” (ici et maintenant) est alors la seule notion qu’il manque à ces
reproductions. Il s’agit de « l’unicité de son existence au lieu où elle se trouve » (p.18),
autrement dit ce qui donne de la valeur à une œuvre d’art serait sa singularité et son histoire.
Le concept de temporalité est important pour juger de la valeur d’une œuvre car celle-ci
transporte un vécu, et une altération avec le temps qui va changer sa nature et donner l'œuvre
que l’on peut voir dans le présent. La reproduction, aussi fidèle soit-elle, ne pourra jamais
reproduire les effets du temps et avoir la même histoire. On peut prendre l’exemple des
faussaires : ce qui démarque leur reproductions des originaux est l’histoire derrière l'œuvre.
Si il ne s’agit pas de l’originale mais d’une copie, celle-ci va perdre de sa valeur (il aborde la
notion d’authenticité à la page 19).
En 1903, Alois Riegl avait distingué deux valeurs de l’œuvre d’art dans son Culte
Moderne des Monuments : la valeur symbolique qui est à la valeur originelle de l’œuvre d’art
(un portrait du roi a une symbolique différente d’une icône religieuse) et la valeur historique
qui correspond à l’ancienneté d’un objet et son rôle de témoin d’une époque révolue. Dans la
reproduction photographique des œuvres d’art, on pourrait ajouter une valeur formelle,
stylistique, en somme une valeur artistique, indépendante de la présence même de l’objet.
Dans ce cas là, c’est son unique aspect qui est mis en valeur. Ainsi, la valeur historique de
l’œuvre d’art est considérablement diminuée dans sa reproduction ; et la valeur de cette
reproduction repose principalement sur sa valeur artistique et l’étude qu’on peut en faire : en
même temps que sa matérialité est mise de côté, l’aspect intellectuel est mis en avant et
encourage la réflexion. Walter Benjamin distingue lui aussi deux valeurs à l’oeuvre d’art : la
valeur culturelle, c’est-à-dire la valeur symbolique autour d’une oeuvre (il donne l’exemple
des hommes des cavernes qui vont peindre pour les esprits et non pas pour leurs semblables) ;
et la valeur d’exposition qui est à l’inverse le besoin de montrer les oeuvres pour leur donner
de la valeur.
Walter Benjamin aborde le sujet du “déclin de l'aura” et son conditionnement social. Il
explique qu’il y a deux causes à celui-ci : “rendre l’objet possédable” (par l’image, la
reproduction matérielle) ; et “la fugacité et le caractère répétitif” (la facilité et la multiplicité
de la reproduction).

II) Les correspondances et divergences entre médiums traditionnels et contemporains

Dans un second temps, l’auteur va exposer les effets de la société de masse capitaliste
sur l’avènement de la photographie et du cinéma et des effets qu’il a sur les formes d’art plus
traditionnels. Il commence par exemple le chapitre VII par la querelle qui oppose la peinture
et la photographie au XIXe siècle. Les contemporains critiquent cette nouvelle forme de
reproduction en ne la considérant pas comme un art à part entière. Walter Benjamin prend ici
position en disant que le débat n’a pas lieu d’être et que ce serait plus intéressant de se poser
la question suivante : comment est-ce que la photographie révolutionne l’art et change ses
fondements, transforme le caractère de l’art. Walter Benjamin explique que quand une photo
est prise, il ne s’agit pas seulement d’une reproduction technique, mais d’une nouvelle œuvre
à part entière (car on “détache l’objet reproduit de sa tradition”, de son cadre spatio-temporel,
afin de lui donner une nouvelle valeur historique ou symbolique, pour reprendre les termes
d'Aloïs Riegl). Mais l’auteur maintient qu’il n’y a de valeur culturelle dans une photographie
que quand un homme est dessus, sans personnage, la photographie n’a qu’une valeur
d’exposition : l’homme sujet de la photographie va transmettre une sensibilité que seul un
autre homme pourra ressentir et ainsi rendre l’image plus profonde. « Dans l’expression
fugitive d’un visage humain, capté par d’anciennes photographies, l’aura fait signe une
dernière fois. C’est cela qui lui donne sa beauté mélancolique, comparable à nulle autre »
(p.39).
Dans une autre partie de l’ouvrage (les chapitres VIII et XI), il fait une comparaison
entre le cinéma et le théâtre. Le théâtre se joue devant un public, qui réagit en simultané.
L’acteur va adapter son jeu à la réception critique qui lui sera faite et on ne verra jamais deux
reproductions parfaitement identiques de la même œuvre. Le cinéma en revanche est soumis
à un appareillage et “à une série de tests optiques” (p.48), qui sert de barrière avec le public.
L’acteur n’est pas libre d’adapter sa performance car il ne joue pas devant un public, il n’y a
donc pas de valeur culturelle dans le cinéma. Le cinéma et le théâtre nous montrent tous deux
des réalités, cependant elles sont différentes : au cinéma c’est la reproduction d’une réalité
pour donner au spectateur le sentiment de voir une réalité qui est pourtant encore une fois
filmée de manière décousue. C’est davantage une reconstitution, il n’y a pas de réalité
immédiate, il parle de « vision précise mais morcelée qu’il faut recoller selon une nouvelle loi
». Au théâtre, il y a une histoire et une temporalité : les pièces sont différentes en fonction des
représentations par exemple ; le moment est différent, les histoires des comédiens sont
différentes et l’histoire du public est différente, il y a une réalité immédiate.

III) La société capitaliste, la réception critique et la politisation de l’art

L’art évolue avec son temps, Walter Benjamin parle alors de la notion de “l’art pour
l’art” (p.28-29) et de la recherche d’un “art pur”, l'œuvre d’art reproduite est de plus en plus
basée sur des œuvres faites pour être reproduites. L’art devient alors politique. L’auteur
évoque deux nouvelles notions concernant la réception des œuvres d’art : “l’esprit critique” et
la “jouissance”. L’esprit critique va être la faculté du spectateur à se faire sa propre idée sur
une œuvre, tandis que la jouissance est seulement le fait de l’apprécier. Il explique que selon
lui, plus il y a de jouissance sur une œuvre, moins il y aura d’esprit critique ; et à l’inverse, si
il y a peu de jouissance, alors il y aura beaucoup d’esprit critique. En effet, si une œuvre a été
saluée par la critique et qu’un grand nombre de spectateurs l’ont appréciée, les autres auront
tendance à l’apprécier aussi. Au contraire, si il n’y a pas beaucoup d’avis qui ont été donnés
sur une œuvre, le public aura plus tendance à se faire son propre avis.
Quand W. Benjamin s’intéresse au lien entre cinéma et psychologie, il explique la
notion “d’inconscient visuel” (ce à quoi le cinéma nous donne accès) et celle “d’inconscient
pulsionnel” (ce à quoi la psychologie nous donne accès ). Le cinéma permet un
agrandissement de l’aperception (c’est-à-dire la prise de conscience de notre perception) car
la manière dont l’humain choisit de se représenter lui et le monde qui l’entoure à travers le
prisme de la caméra, de l’appareil, est particulièrement intéressante.
Walter Benjamin cherche ensuite à démontrer, sous le prisme de la politique, que l’art
a pour but d’être en décalage avec son temps. Il va prendre l’exemple du dadaïsme, qu’il va
une nouvelle fois comparer au cinéma. Selon lui, « le dadaïsme tenta de provoquer, au moyen
de la peinture (ou de la littérature), les effets aujourd’hui recherchés par le public de cinéma »
(p. 81). Le cinéma, grâce à sa technique, produit des effets qui étaient recherchés par le
mouvement Dada. Le mouvement se voulait révolutionnaire et inédit, ce que le cinéma a en
quelque sorte réussi à faire. Mais avec la montée du capitalisme, il pense que dans le cinéma,
la qualité fait la quantité ; c’est-à-dire que si il y a beaucoup de spectateurs, alors il doit s'agir
d’un film qualitatif ; et vice-versa, si il y a peu de public, alors le public pensera qu’il ne
s’agit pas d’un bon film. La reproduction en série de l’art sera alors faite pour satisfaire le
marché.

Pour conclure, dans son ouvrage, Walter Benjamin met en évidence le lien entre la
diffusion des arts et les effets sur leur valeur. En permettant la connaissance d'œuvres qui ne
sont pas directement présentes, la reproduction change le rapport du public avec ces œuvres.
Leur connaissance se répand en même temps que leur matérialité change d'importance, leur
singularité est remise en cause par la multiplicité que permet la photographie, ainsi l'art
devient plus une idée qui se répand qu'un objet (dans le cas des arts plastiques) ou un
événement (dans le sens du théâtre). Dans ce cadre, la question des musées en tant
qu'institution et son évolution permet d'étudier les changement de valeur de l'art. On pourrait
en effet se poser la question de la pertinence d'un tel lieu, et se demander si les expositions
sont rendues accessoires à la connaissance de l'art.

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