Extrait de LA PSYCHOMOTRICITE AU SERVICE DE L’ENFANT, pp.
61 à 63,
Bruno DE LIEVRE et Lucie STAES, De Boeck & Belin, 2000
Première partie : Notions générales et applications pratiques
STRUCTURATION SPATIALE
Définition
La notion d’espace s’acquiert à partir de diverses perceptions qui nous font appréhender le
monde extérieur et notre propre corps.
Ainsi, les informations visuelles, auditives, tactiles, ... nous aident à percevoir et à construire
l’espace. Elles nous font prendre conscience entre autres :
• du rapprochement ou de l’éloignement des mouvements, des objets ou des personnes ;
• de la situation, de l’orientation, des déplacements des personnes ou des objets dans
l’espace environnant.
Pour J.M. Tasset : « La structuration spatiale est l’orientation, la structuration du monde
extérieur se rapportant d’abord au moi référentiel, puis à d’autres objets ou personnes en
statique ou en mouvement. »
Nous pouvons donc définir comme suit la structuration spatiale. C’est :
• la capacité du sujet de se situer, de s’orienter, de se déplacer dans son environnement ;
• la capacité de situer, d’orienter, d’organiser, de déplacer ou de concevoir les choses du
monde proche ou lointain ;
• la possibilité du sujet de construire un monde réel ou imaginaire.
Evolution
L’évolution de la structuration spatiale s’accomplit en quatre temps appelés « espace subi »,
« espace vécu », « espace perçu » et « espace connu ».
1. Espace subi : de 0 à 3 mois
C’est la période où l’enfant subit les déplacements que son entourage lui impose.
Avant 3 mois, l’enfant ne perçoit l’espace que de façon très limitée du fait de l’immaturité
de ses centres nerveux sensoriels, de sa motricité et de son intelligence. Certains lieux lui
sont familiers, mais il ne réalise pas de liens entre eux.
L’enfant subit ses déplacements et lors de ceux-ci, il ne voit que des paysages qui défilent
sans s’y arrêter, impression comparable à celle que nous avons lorsqu’en train, au lieu de
regarder au loin, nous ne voyons que l’espace proche qui défile. A cet âge, il voit les êtres
et les objets qui s’éloignent ou se rapprochent de lui : c’est son espace visuel.
Mais l’enfant est aussi très sensible à l’espace auditif, à l’espace tactile (sa mère qui le
prend dans ses bras), à l’espace olfactif.
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2. Espace vécu : jusqu’à 18 mois
Ce deuxième temps correspond au stade sensorimoteur de la pensée enfantine : l’enfant
va évoluer de l’espace sensoriel à un espace où il se déplace, dans lequel il manipule.
Toutefois, il se meut dans son espace environnant mais sans l’analyser. Il pourra se
déplacer sans se cogner aux meubles ou encore rouler sur un trotteur et tourner de façon
adéquate, mais ce ne sont là que des adaptations motrices intuitives aux distances, à
l’environnement.
Par imitation, il va être capable d’utiliser correctement son espace familier. Donnons
comme exemple : déposer un papier dans la poubelle est un acte qui peut être réalisé bien
avant de posséder le concept « dans ».
3. Espace perçu : à partir de 4-5 ans jusqu’à 7-8 ans
Cette troisième étape correspond au stade préopératoire du développement intellectuel.
L’enfant va comparer ses diverses expériences spatiales et trouvera du plaisir à
expérimenter diverses sensations spatiales.
L’enfant vit l’espace de façon égocentrique (par rapport à lui-même).
Jusqu’à 7 ans, il établit des rapports d’ordre topologique, c’est-à-dire qu’il percevra les
notions :
• de voisinage (près, loin, contre)
• de séparation (il triera des formes différentes)
• d’ordre (il alignera des objets)
• d’entourage ou d’enveloppement (dedans, sous, entre, ...).
Mais il comprendra ces notions à partir de son propre vécu. Par exemple, tel objet est plus
haut que moi, tel autre est devant moi ; pour voir ce qu’il y a derrière, je dois me
retourner...
4. Espace connu : à partir de 4-5 ans
Ce quatrième palier dans l’apprentissage de l’espace recouvre la période préopératoire et
le stade opératoire.
Jusqu’à 7 ans : l’enfant va mémoriser et verbaliser des situations et des orientations
spatiales (vers 6 ans, il connaît les termes gauche-droite).
Il est aussi capable d’organiser son espace en fonction de ses besoins, mais ceci se limite
toujours à l’espace topologique.
Ce n’est qu’après 7 ans que l’enfant accède à l’espace représentatif. Il sera capable de
perspective, de décentrer sa perception de l’espace, de ne plus voir l’espace uniquement
par rapport à lui-même. Il cessera de considérer l’espace en fonction de sa situation
propre : c’est le stade des rapports projectifs. Par exemple, dans un jeu de cache-cache, il
considérera l’espace du point de vue du chercheur.
D’autre part, à cet âge, l’enfant acquiert la notion de la conservation des distances, des
quantités, des formes, ... C’est le stade des rapports euclidiens et métriques. Par exemple,
l’enfant comprendra qu’une ligne droite de 4 cm dessinée horizontalement ou en oblique a
la même longueur.
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Quelques repères concernant les acquisitions spatiales
4 ans
triage de formes, de grandeurs
jeux d’encastrement
orientation correcte des objets
5 ans
discrimination visuelle des orientations simples
l’enfant peut dessiner des obliques d’après modèle
6 ans
notion gauche-droite sur lui
7 ans
notion gauche-droite sur une autre personne placée dans la même orientation que lui
(devant, à côté, derrière)
8-9 ans
premières notions de perspective
gauche-droite en réversibitlité (face à face) et sur n’importe quel objet dans n’importe
quelle orientation
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