0265 Chapitre1
0265 Chapitre1
Diagnostiquer et piloter
le marketing durable
Chapitre 1 Comprendre le marketing durable
Chapitre 2 Diagnostiquer les forces en présence
Chapitre 3 Analyser les comportements de consommation durable
Chapitre 4 Établir une stratégie de marketing durable
Vous entendez de plus en plus souvent parler de « marketing durable » et vous vous interrogez sur
la compatibilité entre durabilité et marketing. À quoi cela correspond-il en termes d’approches,
de pratiques ? Quelles sont les différences par rapport aux pratiques du marketing traditionnel ?
Comment le marketing durable peut-il être opérationnalisé ? Quelle est sa proximité avec la
fonction RSE et les autres fonctions de l’entreprise ?
1 Cochoy (1999).
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8 Partie I Diagnostiquer et piloter le marketing durable
des années 1960, marquée par l’avènement de la consommation de masse, voit naître les
premières critiques.
Critiques des pratiques marketing
« C’est du marketing ! » : derrière cette expression du langage commun se cristallisent toutes
les symboliques négatives associées à ce terme, synonyme de superficiel, artificiel, sans
intérêt… voire de tromperie ou de manipulation2.
Plus largement, les critiques à l’égard du marketing portent sur deux éléments : d’une part,
ses finalités et les pratiques et procédés mis en œuvre pour y répondre ; d’autre part, ses effets
sur la société.
Visée mercantile et pratiques manipulatoires
Le marketing est perçu comme ayant une seule finalité : vendre plus, plus cher, plus vite.
À ces motivations exclusivement mercantiles sont associées les critiques sur les pratiques qui,
de manière manipulatoire et mensongère, vont viser cet objectif 3.
La manipulation associe l’influence à une intention malveillante de la part d’un manipulateur
(ici, le marketeur) sur un manipulé (ici, le consommateur) qui n’en a pas forcément
conscience. La logique de manipulation peut prendre différentes formes dans les pratiques
marketing, qu’elles soient associées au développement des offres, à leur promotion ou aux
stratégies de prix :
• développer et promouvoir des produits non durables, en exagérant leurs bénéfices
ou en dissimulant certaines de leurs caractéristiques ;
Les premiers bas Nylon font leur apparition dans les années 1940 et sont particulièrement
solides. Toutefois, compte tenu de la durée de vie trop longue des produits, les ventes stagnent
et la formule chimique est repensée pour favoriser leur renouvellement. Aujourd’hui, 70 % des
femmes observent que leurs collants se filent après deux à cinq utilisations5 ;
2 Touzé (2021).
3 Baynast et al. (2017).
4 « Plastique jetable vendu comme “réutilisable” : on ne laisse pas passer ! », 13 février 2020 – www.
zerowastefrance.org
5 « Journée des femmes : stop à l’obsolescence rose ! », 7 mars 2016 – www.halteobsolescence.org
6 Stoeckl et Luedicke (2015).
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Chapitre 1 Comprendre le marketing durable 9
amène certains fabricants, plutôt que d’augmenter les prix, à réduire les quantités vendues,
de façon à peine perceptible pour les consommateurs.
En 2014, Danette a lancé une nouvelle crème dessert qui, contrairement aux autres parfums,
était vendue en pots de 115 grammes et non 125 grammes. Son prix au kilogramme était ainsi
64 % plus cher que celui des autres parfums7.
7 « Les astuces des supermarchés et marques pour vous tromper sur les prix », 10 septembre 2014, www.
journaldunet.fr
8 Lipovetsky (2006).
9 Moati et Desjeux (2016).
10 Moati (2016).
11 « La moitié des pubs alimentaires vues par les enfants sont pour des produits mauvais pour la santé »,
Le Monde, 26 juin 2020.
12 Moati (2016).
13 ConsoGlobe (2019).
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10 Partie I Diagnostiquer et piloter le marketing durable
On considère que ce type de pratiques marketing est à « bout de souffle », en crise, sclérosé14.
Le marketing a commencé à opérer sa mue, à partir des années 1970, afin de mieux prendre
en compte les enjeux environnementaux et sociaux.
Intégration des enjeux environnementaux et sociaux aux pratiques marketing
Face aux dérives du marketing, certaines pratiques évoluent de sorte à y intégrer les enjeux
environnementaux et sociaux. L’émergence de marques comme Bjorg traduit cette
dynamique.
Les années 1980 sont marquées par le développement de réflexions autour des enjeux envi-
ronnementaux faisant écho à une prise de conscience plus forte de la part des consommateurs.
Certaines marques, telles que The Body Shop ou Biocoop (1986), adoptent un positionnement
sur ces enjeux (voir chapitre 4) ou un repositionnement, à l’instar de Patagonia et
d’Interface.
1937 Activités commerciales liées aux flux de biens et de services, de la production à la consommation
Processus de planification et d’exécution de la conception, de la tarification, de la promotion et
1985 de la distribution des idées, des biens et des services afin de créer des échanges qui répondent
aux objectifs individuels et organisationnels
Fonction organisationnelle et ensemble de processus pour créer, communiquer et délivrer de la
2004 valeur aux consommateurs et pour manager les relations avec les consommateurs d’une manière
qui soit bénéfique à la fois aux consommateurs et aux parties prenantes
Activité, institutions et processus visant à créer, communiquer et échanger les offres qui ont de la
2007
valeur pour les consommateurs, les clients, les partenaires et la société au sens large
Encadré 1.1
Qu’est-ce que la valeur étendue17 ?
La valeur étendue s’inscrit en complémentarité avec la valeur consommateur, en intégrant les
externalités – positives et négatives – qu’exercent les activités d’une marque, notamment l’offre
qu’elle développe sur la société et l’environnement à long terme. Les externalités peuvent se
définir comme l’ensemble des impacts environnementaux et sociaux générés par les offres sur
l’ensemble de leur cycle de vie, sans que les parties prenantes touchées ne reçoivent de com-
pensation directe pour ces effets. Elles concernent donc les conséquences environnementales
et sociales de l’activité de production-consommation. La valeur du produit n’est plus unique-
ment définie par ses attributs intrinsèques (texture, couleur, marque, design) et les bénéfices
individuels associés, mais aussi par d’autres attributs, non visibles à première vue par le consom-
mateur, comme son mode de production ou sa fin de vie.
La valeur étendue intègre donc l’impact des offres sur la société et sur l’environnement à
différentes étapes, faisant le lien avec la perspective de cycle de vie (voir chapitre 5) :
• La vie du produit avant sa consommation concerne toutes les étapes précédant l’acte
de consommation, comme l’extraction des matières premières, les modes de production,
le stockage et la distribution.
Exemples : acheminer les produits en bateau plutôt qu’en avion, s’assurer des conditions
de travail favorables dans les usines de production.
• La vie du produit pendant sa consommation a trait au temps pendant lequel le consom-
mateur fait usage du produit ou du service choisi.
Exemples : limiter l’énergie utilisée en phase d’usage, augmenter sa durée de vie via le
soin qui lui sera apporté, accroître sa capacité à être utilisé par des personnes en situa-
tion de handicap.
• La vie du produit après la consommation s’attache aux événements une fois que le
consommateur n’utilise plus le produit.
Exemples : gérer les déchets, les filières de recyclage.
Encadré 1.2
Parole de chercheur : Les relations entre développement durable et
croissance économique : limites et voies d’ouverture
La question des relations entre environnement et croissance s’est posée de manière aiguë dans
les années 1970 avec l’émergence de nouveaux problèmes environnementaux comme l’aggra-
vation des phénomènes de pollution, le changement climatique ou la diminution des réserves
de biodiversité. L’environnement et les ressources naturelles ne sont pas perçus de manière
uniforme chez les économistes. Les économistes de la « soutenabilité faible » reconnaissent au
capital naturel un statut de substitut à toute autre forme de capital (économique ou humain).
Par conséquent, une destruction du capital environnemental peut être compensée par la hausse
des autres types de capitaux. Chez les économistes de la « soutenabilité forte », le capital naturel
est complémentaire aux autres formes de capitaux. Cette conception invite les agents écono-
miques à préserver l’environnement et les ressources naturelles, car aucune compensation n’est
possible ; la croissance est limitée. À l’extrême, si la croissance est souhaitée dans le cas de la
soutenabilité faible sous contraintes environnementales, elle n’est pas forcément considérée
comme un objectif absolu chez les économistes de la soutenabilité forte : la croissance est
limitée, voire nulle. Depuis, la croissance verte – promue plus récemment par l’OCDE, les Nations
unies et la Banque mondiale – repose sur un découplage d’une croissance rendue possible par
une utilisation des ressources limitée. Une des conditions à la croissance verte est de pouvoir
mettre en œuvre des innovations technologiques aptes à réduire à la fois l’usage des ressources
et les externalités environnementales. Cependant, la succession des crises pétrolières, sanitaires
et environnementales récentes (réchauffement climatique, Covid-19…) nous montre les diffi-
cultés inhérentes au maintien ou à l’atteinte d’un niveau de croissance économique. Dans la
promotion du développement soutenable et des comportements proenvironnementaux, nous
sommes nombreux en économie de l’environnement à penser que les avancées se feront aussi
à l’échelle microéconomique, sous l’angle de l’économie comportementale. Une condition forte
est par conséquent de pouvoir inciter les consommateurs et les producteurs à modifier leurs
actes économiques de manière à tendre vers des comportements proenvironnementaux plus
durables21.
Le développement durable part du principe qu’il est possible d’élaborer un modèle écono-
mique assurant la croissance des marchés et de la production, tout en respectant les limites
naturelles et les droits de l’Homme. Cette définition est délibérément conceptuelle, afin de
laisser un large champ d’interprétation. Elle a ainsi soulevé des critiques à la fois sur son
contenu, qui peut paraître vide de sens, « fourre-tout », et sur son association entre croissance
et développement durable.
Encadré 1.3
Développement durable ou développement soutenable ?
Un débat persiste sur la traduction de l’expression anglaise « sustainable development ».
À l’origine, dans le rapport Brundtland, « développement soutenable » a été privilégié, dans
la mesure où ce terme traduisait deux volets : assurer un développement économique accep-
table par tous au niveau tant géographique (pour tous les pays du monde) que temporel (pour
les générations futures). Cela renvoie ainsi à la notion de « soutenir », c’est-à-dire maintenir,
fortifier, défendre, favoriser, stimuler. Peu à peu, le terme « soutenable » a été remplacé par
« durable » dans les discours officiels. Le terme « développement durable » est le plus utilisé,
car il évoque une dimension de stabilité à long terme.
SOCIAL ÉCONOMIE
Satisfaire les besoins de Équitable Créer des richesses et
base : santé, éducation, améliorer les conditions de
habitat, équité, emploi vie matérielles
DURABLE
Vivable Viable
ENVIRONNEMENT
Préserver la diversité des
espèces et les ressources
naturelles et énergétiques
L’ensemble des acteurs – États, société civile et entreprises quelle que soit leur taille – est
mobilisé face aux enjeux du développement durable. On parle alors de transition écologique
et sociale, ce qui correspond au chemin à parcourir, c’est-à-dire aux principes et aux pratiques
qui doivent évoluer pour apporter une réponse aux enjeux environnementaux et sociaux23.
23 La transition : analyse d’un concept, Commissariat général au développement durable, Thema, juin 2017.
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Chapitre 1 Comprendre le marketing durable 15
Chacun des 17 objectifs est détaillé en sous-objectifs (169 au total) qui définissent les priorités
et les actions à mettre en place. Pour l’ODD n° 12 par exemple, « consommation et production
responsable », l’un des sous-objectifs prioritaires est : « d’ici à 2030, réduire de moitié à
l’échelle mondiale le volume de déchets alimentaires par habitant au niveau de la distribution
comme de la consommation et réduire les pertes de produits alimentaires tout au long des
chaînes de production et d’approvisionnement, y compris les pertes après récolte ». Au niveau
national, différents indicateurs permettent d’assurer le suivi annuel, à l’instar des quantités
gaspillées en kg/habitant, aux différentes étapes de la chaîne alimentaire (production, trans-
formation, etc.)25. Les ODD sont interdépendants : les actions sur l’un d’entre eux peuvent
avoir des conséquences plus ou moins favorables sur les autres.
24 https://www.agenda-2030.fr
25 Indicateur pour le suivi national des objectifs du développement durable – https://www.insee.fr
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16 Partie I Diagnostiquer et piloter le marketing durable
Noyau dur
PARTIES PRENANTES PRIMAIRES
Pouvoirs publics
Grand public/Société Actionnaires, Clients nationaux (gouvernements,
Consommateurs, investisseurs, autorités réglementaires),
utilisateurs, propriétaires Parties prenantes locaux (municipalités,
générations futures
internes collectivités locales…)
(dirigeants, collaborateurs/salariés,
comités d’entreprise…)
Fournisseurs,
Distributeurs Porteurs d’images
sous-traitants
Concurrents Médias, agences
de notation…
31 Elkington (1998).
32 Blackburn (2007).
33 https://bcorporation.eu
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18 Partie I Diagnostiquer et piloter le marketing durable
Encadré 1.4
Parole de chercheur –
Indicateurs de performance environnementale et sociale
Il existe aujourd’hui dans le monde plus de 5 000 indicateurs de performance environne-
mentale et sociale. Souvent considérés comme reflétant une performance incrémentale,
ils sont de plus en plus remis en cause afin d’évoluer vers des indicateurs de transformation,
mesurant une valeur dite « systémique ». Celle-ci se définit par le fait que « les entreprises
n’entravent en aucune façon la progression de la société – et idéalement y contribuent – vers
l’avenir »34. Par exemple, l’initiative des Science-Based Targets35 permet aux entreprises de
connaître leur « budget CO2 » à ne pas dépasser. Ainsi, leur fonctionnement et leurs produits
ne doivent pas émettre une quantité de CO2 supérieure au budget alloué, afin de ne pas
dépasser la limite planétaire visant à limiter le changement climatique. Déterminer une
« norme » ou un « budget » pour chaque sujet environnemental ou social est difficile. De ce
fait, deux initiatives pionnières ont tenté d’opérationnaliser cette mesure de la
soutenabilité.
34 Future-Fit Benchmark – https://futurefitbusiness.org/
35 Un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre est défini comme étant fondé sur la science s’il
est conforme à l’échelle des réductions requises pour maintenir l’augmentation de la température mondiale
en dessous de 2 °C par rapport aux températures préindustrielles – https://sciencebasedtargets.org
36 Future-Fit Benchmark – https://futurefitbusiness.org/
37 https://www.r3-0.org/project/unrisd/
38 Baue (2019).
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Chapitre 1 Comprendre le marketing durable 19
Stratégie intégrative
Niveau
Au cœur de la stratégie marketing/marque
3
et du marketing-mix
Stratégie proactive
Niveau
Évolution des offres
2
et actions disparates dans le mix
Au niveau 0 (position défensive), l’entreprise adopte une position minimale face aux enjeux
de durabilité, c’est-à-dire qu’elle se limite à respecter le cadre légal (voir chapitre 2). Dans
cette perspective, les enjeux sont perçus comme une menace, contraignante et coûteuse. Par
exemple, en France, la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire
oblige les vendeurs d’équipements électriques et électroniques à afficher un indice de répa-
rabilité sur certains produits.
Au niveau 1 (stratégie défensive), l’entreprise intègre les enjeux environnementaux et
sociaux de manière marginale. Les actions sont peu engageantes et n’impactent ni son offre
ni son modèle d’affaires. Elles correspondent, la plupart du temps, à des actions de mécénat
ou de sponsoring, à des dons ou à la création d’une fondation liée à une cause particulière.
Relayées essentiellement par des actions de communication, elles visent à améliorer l’image
et la réputation de l’entreprise. L’entreprise prend le risque d’être accusée de green ou de
socialwashing (blanchiment écologique ou social), compte tenu du manque de cohérence
potentiel avec ses activités et de la non-prise en compte d’enjeux clés (voir chapitre 8).
Au niveau 2 (stratégie proactive), l’entreprise considère les enjeux environnementaux et
sociaux comme étant plus stratégiques. Les actions sont plus engageantes et les enjeux sont
intégrés dans l’offre, via une évolution plus ou moins marquée vers des gammes/offres plus
durables. C’est le cas, par exemple, de la grande distribution, qui augmente son assortiment
de produits biologiques ou locaux (voir chapitre 7), ou de certaines marques, qui limitent les
impacts négatifs de leurs offres de produits grâce à des démarches d’éco ou de socioconcep-
tion (voir chapitre 5). Néanmoins, cette approche ne s’inscrit pas au centre du modèle d’af-
faires : le modèle économique est inchangé et la réflexion concerne une partie mineure de
l’offre ou des champs d’action particuliers (par exemple, via la réduction des impacts envi-
ronnementaux de ses actions de communication).
Au niveau 3 (stratégie intégrative), les enjeux environnementaux et sociaux sont au cœur
de la stratégie de la marque, de sa « raison d’être » (voir chapitre 4). Toutes les fonctions de
l’entreprise sont mobilisées dans l’objectif d’avoir un impact positif sur la société et l’environ-
nement ; le marketing devient résolument durable. La mission de l’entreprise est guidée par
les enjeux liés au développement durable. La marque, l’assortiment de l’offre et leur décli-
naison sur toutes les variables du mix sont engagés dans cette orientation et sur une majorité
de l’offre de produits. Cette réflexion est au cœur des stratégies des marques de la commu-
nauté des entreprises à mission, telles que la Camif ou Patagonia.
Le niveau d’intégration des enjeux environnementaux et sociaux par l’entreprise n’est pas
fixe et peut évoluer au fil du temps, dans un sens comme dans l’autre.
40 Murphy (2017).
41 Dangelico et Vocalelli (2017).
42 Milliot (2011).
43 El-Ansary (1974) ; Kotler et Zaltman (1971).
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Chapitre 1 Comprendre le marketing durable 21
de mettre en place et de promouvoir une offre de produits et services qui favorise le bien-être
général, celui du consommateur mais aussi celui de la société. Comme le mentionnait Lazer44 :
« Le marketing n’est pas une fin en soi. Il ne se limite pas à la transaction vente-achat, il doit
agir de concert avec l’intérêt public général. » Il propose de dépasser la satisfaction immédiate
du consommateur pour favoriser et promouvoir les bénéfices à long terme. Par exemple, la
« malbouffe », au travers de produits alimentaires trop gras et trop sucrés, procure un plaisir
immédiat au consommateur mais s’inscrit en contradiction avec le bien-être général à long
terme, notamment en raison des risques d’obésité qui en découlent.
Le marketing positif45 est un concept plus récent qui englobe les dimensions environnementales
et sociales et qui met l’accent sur le rôle positif que peut avoir le marketing pour participer au
développement durable. Il se définit comme « le marketing dans sa forme idéale, où les parties
– les clients individuels, les marketeurs et la société dans son ensemble – échangent de la valeur
de sorte qu’individuellement et collectivement, elles sont mieux loties qu’avant l’échange »46.
Le marketing social propose quant à lui une méthodologie et des outils contribuant à
atteindre l’objectif de bien-être général et de valeur globale proposé par le marketing sociétal
ou positif. Il se focalise sur le design et la mise en œuvre de programmes d’actions visant à
encourager des comportements favorables au bien-être ou à la santé des individus47. Par
exemple, quel plan d’actions mettre en œuvre pour inciter les personnes à arrêter de fumer ?
Comment motiver les consommateurs à s’inscrire dans une démarche « zéro déchet » ? Des
nudges peuvent alors être mobilisés (voir chapitre 3).
Encadré 1.5
Définition du marketing durable
Le marketing durable est une démarche proactive et un processus (alliant des outils, des
indicateurs, des objectifs et des moyens) qui crée de la valeur de manière combinée et
systématique, à trois niveaux :
• valeur pour l’entreprise ;
• valeur pour le consommateur ;
• valeur étendue (valeur environnementale et sociale).
44 Lazer (1969).
45 Gopaldas (2015).
46 https://www.centerforpositivemarketing.org
47 Gallopel-Morvan et al. (2019).
48 Dekhili (2021).
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22 Partie I Diagnostiquer et piloter le marketing durable
Valeur
entreprise
Valeur
consommateur
Marketing durable
Démarche proactive
et processus pour créer
de la valeur de manière Enjeux
combinée sociaux
Valeur étendue
Enjeux
environnementaux
LE MARKETING
DURABLE
PILOTER
et en analysant ses impacts sur celui-ci. Ce macromarketing est une voie d’évolution du
marketing traditionnel50 qui prend comme unité d’analyse le système marketing de
manière agrégée51 afin de mieux considérer son environnement socioéconomique. Il s’agit
de dépasser la vision uniquement centrée sur le marché pour mieux considérer l’environ-
nement économique, culturel, social, celui du tissu de la société (à l’échelle de la ville, du
pays…), mais aussi l’environnement naturel.
• Au niveau de l’analyse de la valeur, il considère la valeur étendue de ses pratiques (voir
encadré 1.1).
• Au niveau du marché, le marketing traditionnel se concentre sur le marché avec son
potentiel de vente de produits et services, son positionnement concurrentiel. Le marketing
durable intègre le marché et ses influences sur la planète et la société (voir chapitre 2).
• Au niveau des perspectives, le marketing durable intègre de nouveaux indicateurs dans
une temporalité plus longue. Il dépasse une vision court-termiste, centrée sur le chiffre
d’affaires, la croissance des ventes et des parts de marché des produits.
• Au niveau du ciblage, si le marketing traditionnel considère sa cible comme des consom-
mateurs, potentiels acheteurs, le marketing durable considère sa cible comme des indi-
vidus, citoyens du monde et membres d’une société.
• Au niveau des relations, le marketing durable suppose de s’inscrire au cœur des relations
avec son écosystème (voir chapitre 2). La dimension relationnelle est primordiale car
elle vise à construire et maintenir des relations durables avec son environnement social,
son environnement naturel, ses parties prenantes et ses consommateurs.
profondes et engagées de leurs fondateurs. La légitimité d’un marketing durable peut être
assurée via la formalisation d’une raison d’être ou en faisant le choix d’être une entreprise
à mission (voir chapitre 4) ;
• être en lien avec les différentes fonctions de l’entreprise (voir encadré 1.6) : la pro-
duction/la transformation, la R&D/l’innovation (dans les phases d’écoconception et de
socioconception des offres), la finance et la comptabilité (pour une comptabilité plus
durable), la logistique (pour optimiser les flux, les process et réduire leur impact carbone),
les achats (achats responsables). Il prend donc son sens dans les relations avec les autres
disciplines (voir figure 1.6).
Stratégie
de marque durable
Écoconception Indicateurs
et socioconception de performance
Production Marketing Comptabilité
Transformation durable financière
R&D
Chaînes Achat
logistiques responsable
durables
Logistique Achats
Encadré 1.6
Parole d’entreprise – Le marketing au service de toute la chaîne de
valeur : Les 2 Vaches
Chez Les Prés Rient Bio, filiale de
Danone qui fabrique les yaourts bio
Les 2 Vaches depuis 2006, nous
voulons faire partie de la solution ! La
raison d’être de notre entreprise, telle
qu’inscrite dans les statuts légaux,
engage notre équipe de 15 joyeux mili-
tants à œuvrer collectivement pour
atteindre un objectif : « explorer de
nouvelles solutions et entraîner notre © Les 2 Vaches
écosystème à avoir un impact positif sur
les hommes, les animaux et la planète ». Nous sommes convaincus que nos engagements
sociaux et environnementaux doivent servir la croissance, et nous utilisons l’innovation
comme un moyen de répondre à notre raison d’être. Notre démarche durable nécessite que
la fonction marketing se connecte étroitement aux autres fonctions de l’entreprise :
• à l’équipe achat filières agricoles et certifications RSE, pour que le sourcing de nos ingré-
dients soit transparent et plus exigeant que les standards du marché ;
• à la recherche et développement, pour avoir une liste d’ingrédients la plus courte possible
sans transiger sur le goût de nos yaourts ;
• aux ingénieurs packaging, pour utiliser des emballages plus respectueux de l’environne-
ment et encourager de nouvelles manières de consommer ;
• à la finance pour que le produit soit accessible pour les consommateurs, rémunère de
manière équitable les acteurs de la chaîne de valeur et soit rentable pour nous permettre
de continuer à innover.
Nous cherchons en permanence à faire évoluer nos métiers de sorte à rendre nos fonctions
plus transversales, pour pouvoir ainsi mieux connecter l’amont agricole à nos distributeurs,
les citoyens aux gens derrière la marque. Dans cette optique, l’équipe marketing passe du
temps dans les fermes de nos producteurs laitiers partenaires pour appréhender leurs enjeux,
tandis que l’équipe commerciale et celle responsable des filières agricoles vont à la rencontre
des consommateurs pour comprendre leurs attentes lors de roadshows annuels.
Et ça fonctionne ! En 2020, Les Prés Rient Bio est l’entreprise agroalimentaire française qui
affiche le meilleur score de certification B Corp (126,8 points), et Les 2 Vaches est devenue la
première marque du marché ultrafrais bio, avec +16,7 % de croissance volume.
Conclusion
À chaque dérive opportuniste, le marketing est attaqué dans ses fondements et est jugé comme
étant irresponsable. Pourtant, le marketing occupe une position idéale pour participer à la
promotion d’un monde plus soutenable et de pratiques de consommation durable. Le pouvoir
dont il jouit doit être utilisé pour encourager un impact positif sur la société et sur l’environ-
nement. La discipline du marketing a évolué à travers le temps pour prendre en compte ces
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Chapitre 1 Comprendre le marketing durable 27