J'optimise l'espace
au potager
Vers une meilleure productivité
et plus de diversité
AVANT-PROPOS
Avant-propos
Densifier pour une meilleure
écologie du jardin
« L’ombre du jardinier est le meilleur des engrais. »
Deux principes de permaculture résonnent parfai-
tement avec le propos de cet ouvrage. Le premier,
« Privilégier les petits systèmes intensifs », invite à
concentrer ses efforts sur une petite surface pour
limiter les pertes d’énergies. Dans un contexte de
crise énergétique, cultiver sur une petite surface
facilite le recours à des techniques manuelles et
sobres, limitant ainsi l’usage d’énergies non renou-
velables (le jardinier pourra par exemple utiliser une
Arrosage manuel.
cisaille en remplacement d’un taille-haie et un simple
arrosoir plutôt qu’une lourde installation d’arrosage
automatique). Il aura par ailleurs moins recours aux
engrais et pesticides : compost et paillis ne seront
nécessaires qu’en faible quantité pour fertiliser une
petite surface potagère et les ravageurs (escargots,
limaces, chenilles…) pourront simplement être
ramassés manuellement, ce qui n’est pas envisa-
geable à l’échelle d’un grand potager.
Densifier pour plus de productivité…
et de motivation
Le deuxième principe, « Créer une production », nous
invite à rendre nos jardins productifs, comestibles,
esthétiques, accueillants…considérant que les pro-
ductions obtenues (matérielles ou immatérielles)
sont une forme de récompense qui entretient le
système qui l’a créée.
L’idée qui sous-tend ces principes est que plus on
apporte de soin à ses cultures, ce qui est d’autant
Jardin productif,
esthétique, accueillant…
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J'optimise l'espace au potager
plus facile que la surface est petite, mieux elles se
portent et plus elles nous le rendent par une belle
production, qui sera pour le jardinier la meilleure des
récompenses. Sa motivation ainsi entretenue par
les bons résultats, le jardinier aura alors tendance à
pérenniser et à développer ses bonnes pratiques.
Le cycle vertueux est alors enclenché !
Densifier pour plus de diversité
et d’autonomie
Rappelons-le : en permaculture, la notion de « pro-
duction » ne se limite pas aux produits du potager.
On y inclut aussi les éléments qui entretiennent et
valorisent le système (fruits et légumes mais aussi
fertilité, biodiversité, esthétique, bien-être…). En
Densifier libère
réduisant la taille du potager et en le cultivant plus des espaces.
intensément, on libère des espaces qui peuvent
accroître l’autonomie et la résilience du jardin : sur
ces espaces, on peut alors implanter une prairie ou
un parterre de consoude pour répondre à ses besoins racinaires. Cette litière alimentera la faune et la flore
en paillis, planter des végétaux ligneux à croissance (algues, champignons…) du sol, indispensables à la
rapide (sureau, noisetier…) pour les transformer en fertilité du potager. Contrairement à ce que l’ima-
bois raméal fragmenté* tout au long de la saison, ins- ginaire collectif nous laisse entendre (le végétal
taller des poules, une mare, un tas de branches pour épuiserait le sol), la plante constitue un réservoir
accueillir la biodiversité, une haie sèche… d’énergie solaire qui entretient la fertilité du sol.
Loin de l’appauvrir, la plante le nourrit ! Chaque jar-
Densifier pour une meilleure fertilité dinier devrait dès lors faire en sorte que son jardin
soit très densément planté, de telle sorte qu’aucun
« C’est le végétal qui fait le sol. » rayon du soleil ne touche le sol sans avoir rencontré
Densifier les plantations contribue également à amé- une surface végétale. En densifiant les cultures, en
liorer la fertilité du sol. Celle-ci découle indirectement cultivant les toits, en exploitant les trois dimensions,
de l’énergie lumineuse émise en continu par le soleil. le jardinier répond à cette exigence et améliore la fer-
Grâce au mécanisme de la photosynthèse, la plante tilité du sol.
est en effet capable de capter l’énergie solaire pour
la transformer en biomasse (feuilles, tiges, racines…).
À la mort du végétal, l’énergie lumineuse stockée
dans les tissus végétaux sera restituée au sol lors
de la décomposition des feuillages et des réseaux
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Avant-propos
D’OPTIMISATION
TECHNIQUES
Organiser Réalisez des planches
de culture standardisées
son potager
Je constate que le mot « permaculture » évoque
parfois des jardins aux formes courbes et des espaces
aux contours découpés. Le jardin mandala en est une
et le suivi illustration. Si l’aspect visuel de ces jardins séduit
nombre d’entre nous, je vous encourage à ne pas
de ses cultures succomber à l’excès à la tentation de la ligne courbe
(en tout cas pas pour l’ensemble de vos planches
de culture) et à concevoir le plan de votre surface
potagère de sorte à ce qu’elle soit pratique et ration-
Avoir une réflexion sur l’organisation de son potager nelle. Cela passe par des planches de culture recti-
me semble indispensable pour limiter les pertes lignes (ou au minimum de même largeur), si possible
d’énergie et envisager d’améliorer ses rendements. standardisées et relativement courtes (maximum
Trop de jardiniers partent tête baissée dans les pre- 3 mètres de long) pour faciliter le passage de l’une
miers semis sans avoir affiné les questions de circu- à l’autre sans avoir à les contourner ou les enjamber.
lation au sein du potager, d’ergonomie des planches Cette disposition, certes très conventionnelle,
de culture*, de praticité des gestes quotidiens et facilite grandement les opérations courantes sur les
sans s’être interrogés sur la manière dont ils allaient
suivre l’évolution de leurs pratiques.
Cultivez sur planches
de culture permanentes
Dans cette organisation, les espaces de culture et
ceux de circulation restent inchangés d’une année
sur l’autre. Cela permet de ne jamais piétiner les
espaces cultivés et limite ainsi le besoin de travail
du sol. La faune s’y multiplie, améliorant le potentiel
de minéralisation et la productivité des parcelles.
Par ailleurs, la portance des allées (tassées avec les
années) s’en trouve améliorée.
Enfin, travailler sur planches permanentes permet
de figer l’organisation du potager, facilitant la planifi-
cation de l’année jardinière.
Planche potagère
standardisée.
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J'optimise l'espace au potager
cultures : pose de voiles de forçage, installation de
filets anti-insectes, pose de tunnels de protection…
Imaginez si vous deviez avoir des voiles et des filets
de taille variable pour s’adapter à chacune de vos
planches de culture !
Ne négligez pas vos allées
Chez moi, les allées sont constituées de simples
planches de bois de 10 cm de large, glanées dans les
rues de ma commune. Cette disposition, contrainte
par le manque d’espace, rend la circulation délicate
au quotidien. Si la place vous le permet, je vous
encourage à prévoir des allées de belle largeur (30 à
50 cm) quitte à les engazonner. Dans ce cas, dimen-
sionnez-les à la largeur de votre tondeuse. Le confort
quotidien en sera grandement amélioré. Idéalement,
Planche avec voile
il vous faut pouvoir vous accroupir dans vos allées
anti-insectes.
sans toucher les cultures de la planche située dans
votre dos.
Prenez des notes régulières
Trop peu de jardiniers tiennent à jour des notes pré-
cises de leurs activités au potager. Pourtant, prendre
l’habitude de noter ses observations et ses retours
d’expériences permet de progresser rapidement
dans sa pratique. De la même manière, je vous invite
à peser vos récoltes. Cet indicateur vous permettra
d’évaluer votre progression et aura tendance à vous
encourager dans votre démarche.
Allées engazonnées.
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Techniques d’optimisation de l’espace
D’OPTIMISATION
TECHNIQUES
Mettre en œuvre
des contre-
plantations
Objectifs recherchés
par la contre-plantation
Meilleure productivité
Comme nous l’avons vu précédemment, la contre-
plantation est l’alliance entre deux végétaux avec
l’objectif d’optimiser l’espace et ainsi d’accroître la
La concurrence pour la lumière freine
productivité au mètre carré.
le développement des adventices.
Je ne me risquerai par à affirmer, à l’instar des maraî-
chers parisiens du XIXe siècle, que contre-planter
permet de « doubler les produits ». Cette affirmation
doit être nuancée, mais la productivité cumulée de Exemples de contre-plantations
deux cultures contre-plantées se doit malgré tout Pour vous familiariser avec la contre-plantation, com-
d’être meilleure que si l’une ou l’autre avait été mencez par celles qui ne font intervenir que deux
plantée seule. légumes, si possible repiqués en même temps.
Par la suite, vous pourrez augmenter le nombre de
Pour autant, cette recherche de productivité ne doit légumes, ce qui vous imposera parfois d’échelonner
pas faire oublier les autres objectifs parfois visés les dates de semis-repiquage de chacun d’eux.
avec la réalisation des contre-plantations : Vous trouverez dans les pages qui suivent quelques
Réduction de l’enherbement […] exemples de contre-plantations issus de ma pratique.
Meilleure utilisation des éléments nutritifs […]
Apport de fertilité […]
Production de biomasse […]
Brouillage olfactif et visuel […]
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J'optimise l'espace au potager
Pour chacun de ces exemples, vous Choux/laitues
trouverez : Mise en œuvre de la contre-plantation
• Un schéma de la disposition des 1m
légumes sur la planche de culture. L L L L L L L
Cette disposition est celle que j’ai mise 50
cm L C L C L C L C L
en œuvre dans mon contexte et sur mes L L L L L L L
planches de 1 m2 (50 cm de large par
2 mètres de long). Elle doit naturellement Le chou étant une culture à cycle particuliè-
être adaptée à votre contexte. Des fèves rement long, il est intéressant de l’intégrer systé-
qui, dans mon sol drainant, atteignent matiquement comme culture principale dans une
70 cm de haut les meilleures années contre-plantation.
(me permettant des contre-plantations Les choux sont repiqués à une distance de plan-
en inter-rang) peuvent atteindre 1,30 tation habituelle (généralement entre 50 et 70 cm
mètre dans d’autres contextes, rendant entre les pieds, chez moi à 40 cm au vu de la faible
difficile toute contre-plantation. taille de mes planches de culture).
• Un calendrier de semis-repiquage-
récolte de chacun des légumes de la Chou S R Re …
contre-plantation. Celui-ci ne fournit Laitue S R Re …
pas de dates précises mais donne la
chronologie d’intégration de chaque Les laitues prennent place au pied des choux, à une
légume dans la contre-plantation. densité qui leur permette, à maturité, de couvrir tout
Chaque case de ce calendrier équivaut l’espace de la planche.
à 15 jours. Elles commencent leur croissance sans souffrir de
l’ombre du chou. Quand celui-ci devient imposant,
S = Semis les laitues sont récoltées.
R = Repiquage Il est ensuite inutile d’envisager de repiquer un
Re = Récolte légume à la suite des laitues, les choux devenant
Légume marqué en gras = culture principale trop concurrentiels. Un simple paillage peut alors
de la contre-plantation. remplacer les laitues.
Dans cette contre-plantation, les salades maintiennent
Notez que la saison influe notablement sur l’humidité au sol (« paillage vivant ») ce qui profite aux
ce calendrier. Il s’écoulera plus de temps entre choux qui sont des légumes exigeants en eau.
semis et récolte sur une contre-plantation Il me semble par ailleurs que des salades densément
réalisée en février que sur la même contre- plantées peuvent permettre de limiter les attaques
plantation réalisée en mai. de mouches du chou. Ces dernières pondent en
effet leurs œufs au collet du chou. Si celui-ci est inac-
cessible, masqué par les salades, la pression de la
mouche doit pouvoir être limitée.
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Techniques d’optimisation de l’espace
D’OPTIMISATION
TECHNIQUES
Faire se Il est tout de même possible de semer des graines
au milieu de la culture en place. L’enjeu sera alors de
chevaucher
faire en sorte que leur germination coïncide avec la
récolte de la culture en place. Même si les plantules
fraîchement germées peuvent supporter quelques
les cultures jours à l’ombre de la culture qui arrive à maturité, il
faut veiller à récolter rapidement pour limiter le phé-
nomène d’étiolement*.
Ainsi, la majorité des légumes pourront être semés
Nous l’avons vu en partie introductive, le chevau- une dizaine de jours avant la récolte de la culture en
chement des cultures (installation d’une culture au place.
sein d’une autre culture qui s’apprête à être récoltée)
vise à optimiser l’espace et à accroître les produc- Que vous optiez pour le repiquage ou pour le semis,
tions. Cette pratique permet d’augmenter le nombre la technique du chevauchement n’est possible que
de successions de cultures sur une année. Quand si la récolte de la culture en place n’engendre pas
les potagers voient généralement se succéder un de perturbation du sol comme c’est le cas avec les
à deux légumes par an sur une même planche, le pommes de terre, les carottes ou les panais.
chevauchement (couplé aux semis en contenants)
permet la succession annuelle de trois, voire quatre,
cultures.
C’est donc une technique de base pour qui veut opti-
miser avec efficacité ses espaces cultivés.
Principe de mise en œuvre
Même s’il est possible de semer des graines dans la
culture en place, je privilégie souvent le repiquage
pour mettre en œuvre cette technique. Cela permet
de profiter de la précocité des jeunes plants ayant
poussé en contenants. Par ailleurs, il n’est pas tou-
jours facile d’estimer avec précision quand sera
récoltée la culture en place. Parfois, celle-ci doit
rester au potager plus longtemps que prévu. Il est
alors plus sûr d’y repiquer un plant, plus résistant à
l’étiolement* que la toute jeune plantule issue d’un
semis.
La récolte des carottes
déstabilise le sol.
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J'optimise l'espace au potager
Exemple de chevauchement être implantés qu’à la suppression des pieds de
Il est impossible d’être exhaustif tant les possibilités tomates, souvent aux alentours de la mi-octobre,
de chevauchements sont nombreuses. Je vous livre voire début novembre certaines années. Or, la
ici quelques exemples, réalisés à différentes périodes majorité des cultures d’hiver s’installent au potager
de l’année et avec des légumes différents, afin que dans le courant du mois de septembre.
vous appréhendiez la logique de cette technique. Il s’agit donc ici de venir repiquer les verdures asia-
Il vous appartient ensuite d’expérimenter tous les tiques sous les tomates encore en place. Cette opé-
chevauchements qui vous paraissent pouvoir fonc- ration est facilitée si vous avez paillé soigneusement
tionner. Avec un peu d’habitude et quelques années le sol sous les tomates durant toute la saison.
d’observation, vous affinerez votre pratique et arri- Je vous invite également à supprimer les feuilles
verez à des résultats fort encourageants. basses des tomates, par ailleurs souvent abîmées à
cette saison.
Tomates puis verdures asiatiques Il est alors très simple de repiquer les jeunes plants
Les possibilités de chevauchements avec la tomate au milieu du paillage.
sont nombreuses et cette technique est souvent Soyez vigilant aux attaques de limaces qui raffolent
nécessaire pour permettre d’installer à temps les des verdures asiatiques et sont parfois nombreuses
cultures d’hiver qui succèderont aux tomates dans à cette période.
la serre. Sans cela, les légumes d’hiver ne pourraient Le moment venu, supprimez les tomates en les
coupant à la base à l’aide d’un sécateur.
Chevauchements similaires
Les verdures asiatiques peuvent facilement être rem-
placées par des salades d’hiver, des épinards, des
betteraves pour la consommation de leurs jeunes
feuilles en mesclun…
Verdures asiatiques
semées en fin de saison.
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Techniques d’optimisation de l’espace