F cus 42
Cas cliniques : électrophorèse
de protéines sériques
Cas n°1 : M. B. 72 ans, hospitalisé en gastro- Réponse : 4 . En effet, en β2, migrent le C3, les IgA, les IgM.
entérologie pour douleurs abdominales, diarrhées, Les résultats sont C3 = 0,57 g/L (val. ref. : 0,9 – 1,8) et C4 = indo-
vomissements. sable (0,1 – 0,4).
Le commentaire ajouté sur l’électrophorèse est le suivant :
Une électrophorèse des protéines sériques est réalisée (cf "Diminution de la fraction β2-globulines : dosages des fractions
graphe 1) : elle montre une élévation des β1-globulines et une C3 et C4 du complément ajoutés par le biologiste. Hypocom-
diminution des β2-globulines. plémentémie à confronter aux données cliniques".
a/ Elévation des β1-globulines En outre, un dosage du CH50 a été réalisé : CH50 < 10 kU/L
(val. ref. : 37-66).
Quelle analyse proposer en premier ? Une exploration de l’hypocomplémentémie est alors réalisée
1 Immunotypage avec bilans immunologique et auto-immun, dans l’hypothèse
2 Transferrine graphe 1 d’une maladie de système, malgré l’absence de manifesta-
3 Ferritine tions cliniques évocatrices. La recherche de cryoglobulines est
4 Fractions C3, C4 du positive (type III mixte polyclonale). Le bilan étiologique de
complément cette cryoglobuline asymptomatique révèle une hépatite C
5 Chaînes légères libres méconnue (sérologie VHC positive confirmée par PCR), diag-
nostiquée indirectement grâce à l’exploration d’une anomalie
Réponse : 3 . Il convient électrophorétique.
d’évoquer une carence
martiale (la transferrine En observant les antériorités du patient, ces anomalies (dimi-
migre en β1 et s’élève dans nution des β2-globulines et diminution du C3) ont été
les carences martiales) et retrouvées lors de plusieurs hospitalisations.
donc doser la ferritine : le Attention : la cause la plus fréquente de diminution du C3 est
résultat est = 13 ng/mL le vieillissement du sérum, à vérifier en premier lieu (ce qui
chez notre patient (valeurs de référence : 30 – 300). Le com- n’était pas le cas de notre patient : sérum prélevé peu de
mentaire ajouté sur l’électrophorèse est le suivant : "Elévation temps avant l’analyse).
de la fraction β1-globuline probablement en relation avec la
carence martiale (par élévation de la transferrine) ; dosage de
la ferritine ajouté par le biologiste."
Si la ferritine avait été normale ou augmentée, il aurait fallu
Cas n°2 : M. Z. 49 ans, hospitalisé en rhumatologie
pour récidive de lombo-cruralgies chroniques.
faire un immunotypage des protéines pour vérifier l’absence
d’immunoglobuline monoclonale (Ig mc) ou de chaînes Une électrophorèse des protéines sériques est réalisée de
légères libres (CLL). manière systématique dans le cadre du bilan d’entrée (cf
graphe 2) ; le tracé est sans anomalie hormis une diminution
b/ Diminution des β2-globulines des α2-globulines.
Quelle analyse proposer en premier ? Quelle analyse proposer ?
1 Immunotypage 1 Orosomucoïde
2 Transferrine 2 α2-macroglobuline
3 IgA 3 IgA
4 Fractions C3, C4 du complément 4 Fractions C3, C4 du complément
5 Haptoglobine 5 Haptoglobine
Electrophorèse de protéines sériques Focus 42
Réponse : 5 . En effet, en
graphe 2 Cas n°4 : Mme V. 77 ans, hospitalisée en
α2, migrent l’α2-macroglo- médecine interne pour troubles ioniques sous
buline et l’haptoglobine ; il diurétiques.
est logique de commencer
par un dosage d’haptoglo- Une électrophorèse des protéines sériques est réalisée de
bine. L’haptoglobine est manière systématique dans le cadre du bilan d’entrée (cf
< 0,1 g/L (val. ref. : 0,3 – 2,0) graphe 4) ; le tracé montre une dissociation des α1 et des α2-
chez notre patient, signant globulines : α1 normales et α2 augmentées avec un aspect
une hémolyse intravascu- suspect.
laire. Quelle analyse proposer ?
Le commentaire ajouté sur 1 Rien du tout, c’est sûre-
l’électrophorèse est le sui- graphe 4
ment une interférence
vant : "Diminution des a p rè s s ca n n e r a v e c
α2-globulines en relation avec l’effondrement de l’haptoglo- injection
bine (dosage ajouté par le biologiste). Stigmates d’hémolyse 2 α2-macroglobuline
intravasculaire ? A confronter aux données cliniques et au bilan 3 Immunotypage
biologique." 4 C-réactive protéine
Pour étayer notre hypothèse, nous avons recherché les résultats 5 Haptoglobine
du bilan biologique de M. Z. : Hb = 13,2 g/dL (val. ref. : 13 –18) Réponse : 3 . Un immuno-
et LDH = 401 U/L (val. ref. : 210-420). L’aspect du plasma était typage est ajouté par le
non hémolysé et l’ensemble du bilan (hémostase, biochimie), biologiste et ainsi conclu :
strictement normal. Il s’agit donc d’une découverte fortuite de "Mise en évidence d’une
stigmates d’hémolyse intravasculaire dont le bilan étiologique IgA κ monoclonale (pic
est resté négatif. A contrôler à distance. estimé à 9 g/L sur l’électrophorèse des protides sériques). A
confronter aux données cliniques".
Des analyses complémentaires sont réalisées :
Cas n°3 : M. S. 31 ans, hospitalisé en maladies β2-microglobuline = 2,6 mg/L (0,8 –2,2)
infectieuses pour suivi d’une tuberculose disséminée.
CLL κ = 378 mg/L (3,3 –9,4)
Une électrophorèse des protéines sériques est réalisée et CLL λ = 7,9 mg/L (5,7 –26,3)
montre une élévation des α2-globulines (cf graphe 3). Ratio κ/λ = 47,9 (0,26 – 1,65)
Quelle analyse proposer ? Le myélogramme retrouve une infiltration médullaire par 20 à
30 % de plasmocytes d’allure pathologique ; le diagnostic de
1 Orosomucoïde
graphe 3 myélome multiple est établi.
2 α2-macroglobuline
3 Immunotypage Commentaire : il n’y avait chez cette patiente, ni hypercalcémie,
4 C-réactive protéine ni insuffisance rénale, ni signes cliniques évocateurs. Il s’agit
5 Haptoglobine d’une découverte fortuite, sur le tracé de l’électrophorèse,
complété d’investigations ajoutées par le biologiste. L’observation
Réponse : 3 . Un immuno- initiale du médecin était "contexte probablement post-inflamma-
typage est ajouté par le toire, hyper α2-globulinémie".
biologiste : il montre une
répartition polyclonale des
Ig d’allure normale. La
consultation du dossier cli- Conclusion
nique informatisé permet
L’électrophorèse des protéines sériques est un examen systé-
de voir que le patient a eu
matique très courant qui mérite une attention particulière du
un scanner thoracoabdominopelvien avec injection dans les
biologiste car la grande résolution de l’électrophorèse capillaire
heures précédant le prélèvement sanguin. L’anomalie obser-
(largement utilisée aujourd’hui) permet de détecter indirectement
vée sur le tracé correspond donc à une interférence avec le
une variété importante de situations pathologiques si l’on y
produit de contraste migrant en α2-globulines.
prête attention.
Carole Emile, d’après une communication de Valérie Cheminel.