Développements limités en mathématiques
Développements limités en mathématiques
Nous avons vu au chapitre précédent qu’une fonction dérivable peut être ap-
prochée par une droite (sa tangente) dans le sens où
f (x) = f (x0 )+f � (x0 )(x−x0 )+r(x) avec r(x) négligeable devant (x−x0 ) quand x → x0 .
Par exemple, le polynôme P (x) = 1 + 2x − 3x2 + x4 peut être approché par la droite
1 + 2x près de 0. Mais il est logique d’aller plus loin dans le développement si besoin
et d’approcher P (x) par 1 + 2x − 3x2 , ce qui donne une meilleure approximation.
On peut procéder de même pour une fonction et écrire que
ce qui veut dire que f est approchée par un polynôme d’ordre 2 en négligeant des
termes d’ordre plus petit près de 0.
Cette logique existait dès le début du calcul infinitésimal. Newton écrivait sous
la forme (x + o)3 = x3 + 3ox2 + 3o2 x + o3 et disait par exemple que le terme o3 était
négligeable pour o petit. Leibniz utilisait la notation dx et négligeait les termes
du type ddx devant dx. L’idée d’approcher une fonction par un polynôme est très
naturelle et importante. En effet, c’est le seul moyen de calculer les valeurs d’une
fonction puisque les additions et multiplications sont les seuls calculs que l’on peut
vraiment faire, à la main ou par une machine. Ainsi, toutes les courbes que l’on
calcule et dessine ne sont que des polynômes. La police de caractères dans laquelle
est écrite ce cours est elle aussi composée de courbes codées à l’aide de polynômes.
Nous verrons par exemple l’approximation pour x proche de 0 :
1 1 5 1 7 1 1
sin(x) = x − x3 + x − x + x9 − x11 + r(x)
6 120 5040 362880 39916800
avec r(x) négligeable devant x11 près de 0.
x − 16 x3 + 1
120 x
5
− 1
5040 x
7
+ 1
362880 x
9
− 1
39916800 x
11
sin(x)
Écrite ainsi, cette approximation semble tombée du ciel. Le but de ce chapitre est
de comprendre d’où elle vient et comment obtenir de telles approximations.
89
Développements limités
Brook Taylor (1685-1731, Angleterre) est le nom qui est resté associé aux dévelop-
pements limités. Mais bien d’autres mathématiciens ont été de l’aventure : Newton,
Leibniz ou Lagrange que nous avons déjà vus, ainsi que Pierre Fermat, William
Hery Young ou John Machin par exemple. Comme on peut le voir sur son portrait,
Taylor a aussi étudié la géométrie projective et son utilisation en peinture, ainsi que
les liens entre mathématiques et musique.
90
Développements limités
Proposition 4.2
Soit x0 ∈ R ∪ {±∞}. Quand x → x0 , la relation � ∼ x0 � est une relation
d’équivalence :
Proposition 4.4
Si f (x) ∼x0 g(x) et si g(x) a une limite � ∈ R ∪ {±∞} quand x → x0 , alors
f (x) a la même limite en x0 .
Proposition 4.5
Quand x → x0 ∈ R ∪ {±∞}, on a f (x) ∼ g(x) si et seulement si 1/f (x) ∼
1/g(x).
1/f (x)
Démonstration : En revenant aux définitions, cela correspond juste à 1/g(x)
=
g(x)
f (x)
et donc à g(x) ∼ f (x). �
91
Développements limités
Proposition 4.6
Quand x → x0 ∈ R ∪ {±∞}, si f1 (x) ∼ g1 (x) et si f2 (x) ∼ g2 (x) alors
f1 (x)f2 (x) ∼ g1 (x)g2 (x).
Proposition 4.7
Soit x0 ∈ R ∪ {±∞} et y0 ∈ R ∪ {±∞}. On suppose que limx→x0 φ(x) = y0 et
que f (y) ∼ g(y) quand y → y0 . Alors f (φ(x)) ∼ g(φ(x)) quand x → x0 .
La conclusion de toutes ces règles, c’est que les équivalences fonctionnent bien
pour gérer des produits et des fractions et pour obtenir des limites.
! On ne
√ peut pas sommer des équivalents en général. Par exemple si f (x) =
x+ x√ et g(x) = x, on a f (x) ∼ g(x) ∼ x quand x → +∞. Mais f (x) −
g(x) = x n’est pas équivalent à 0 (d’ailleurs rien n’est équivalent à 0).
On peut retenir que les équivalents donnent le terme principal (le premier
ordre de grandeur) mais que si deux termes principaux s’annulent lors d’une
somme, alors on ne peut prédire ce qu’il reste (il faudrait connaı̂tre les ordres
suivants).
Exemples :
• Par définition, si f est dérivable en x0 , alors f (x)−f
x−x0
(x0 )
→ f � (x0 ) quand x → x0 .
Donc si f � (x0 ) est non nul, alors (f (x) − f (x0 )) ∼x0 f � (x0 )(x − x0 ). On trouve
en particulier :
x+x2
• On a x
= 1 + x → 1 quand x → 0. Donc x + x2 ∼ x quand x → 0.
2 3
• On veut calculer la limite de (x+xsin) 2 ln(1+2x)
(x2 )
quand x → 0. Il s’agit d’une forme
indéterminée, mais d’après les calculs précédents et les propositions :
92
Développements limités
Les équivalents sont pratiques pour des calculs � au premier ordre � mais il faut
les voir comme une simple notationet et on fera très attention en les manipulant. En
particulier, on ne peut faire des calculs avec des égalités en les utilisant car il s’agit
seulement de limites. Les deux notions suivantes sont beaucoup plus commodes pour
des calculs généraux.
Définition 4.8
Soient x0 ∈ R ∪ {±∞} et f et g deux fonctions définies près de x0 . On dit que
f est négligeable devant g près de x0 (ou � f est un petit o de g �) et on
note f (x) = o(g(x)) si f (x)/g(x) → 0 quand x → x0 .
Définition 4.9
Soient x0 ∈ R ∪ {±∞} et f et g deux fonctions définies près de x0 . On dit que
f est dominé par g quand x → x0 (ou � f est un grand O de g �) et on
note f (x) = O(g(x)) si |f (x)/g(x)| est borné dans un voisinage de x0 .
Les propositions suivantes permettent de faire des calculs impliquant des � pe-
tits o �. Pour ce chapitre, le plus important sera l’application des propositions qui
suivent dans pour les puissances de x comme énoncée à la partie 3. Dans toutes les
propositions suivantes, x0 est un point de R c’est-à-dire un réel ou ±∞ et f et g sont
deux fonctions définies et non nulles près de x0 . Tous les équivalents et comparaisons
sont sous-entendues avoir lieu quand x → x0 .
Proposition 4.10
Si λ �= 0 alors o(λf (x)) et λo(f (x)) sont aussi des termes o(f (x)). Un terme
o(f (x)) + o(f (x)) est aussi un terme o(f (x)).
93
Développements limités
h(x) h(x)
Démonstration : Si h(x) est tel que h(x) = o(λf (x)), alors f (x)
= λ λf (x)
→ 0.
Les autres propositions se démontrent de la même façon. �
Proposition 4.12
Un terme o(o(f (x))) est aussi un terme o(f (x)).
Proposition 4.13
On a f (x) = g(x) + o(g(x)) quand x → x0 si et seulement si f (x) ∼ g(x) en
x0 .
Proposition 4.14
Si f (x) ∼ g(x) près de x0 alors f (x) = O(g(x)) quand x → x0 .
94
Développements limités
Proposition 4.15
Si f (x) = O(g(x)) près de x0 alors un terme o(f (x)) est aussi un terme o(g(x)).
En particulier, si f (x) ∼ g(x) près de x0 les notations o(f (x)) et o(g(x)) sont
interchangeables.
Démonstration Si �on a |f
� h(x) � � h(x) :f (x) (x)|� ≤ M |g(x)| près de x0 et si h(x) = o(f (x)),
� h(x)
alors g(x) = f (x) g(x) ≤ M f (x) � → 0.
� � � � � �
Il faut bien compredre que les � petits o � sont un raccourci pour noter un terme
qu’on n’a pas envie de détailler. Comme il s’agit d’un vrai terme, on peut faire avec
tous les calculs que l’on veut avec des égalités selon les règles usuelles :
• ce terme � petit o � ne peut être négligé et retiré d’une égalité sans raison sous
peine de perdre l’égalité. Par exemple ex = 1 + x + o(x) près de 0 est vrai mais
ex = 1 + x est faux.
• le calcul sera toujours correct du moment que l’on garde tous les termes. Par
exemple, près de 0, (1 + o(x))2 = 1 + 2o(x) + (o(x))2 est vrai, même si à cette
étape, on n’utilise pas que 2o(x) peut s’écrire simplement o(x) ni que (o(x))2
s’écrit plus simplement o(x2 ).
• on peut utiliser les simplifications ci-dessous comme dire que o(x) + o(x2 ) =
o(x) quand x → 0. Dans ce cas, on n’a pas éliminé o(x2 ) : on a juste dit que la
somme o(x) + o(x2 ) est elle-même négligeable devant x. Mais les deux termes
o(x) et o(x2 ) sont toujours présents dans le regroupement o(x) et il y a bien
égalité.
• xn o(xm ) = o(xn+m )
95
Développements limités
Tous les calculs peuvent se faire de façon habituelle avec les termes o(xn ) puisqu’il
s’agit de vrais termes que l’on note juste d’une façon raccourcie en ne gardant que
la seule propriété de comparaison qui nous intéresse.
Exemple :
On veut développer un terme (1 + x + o(x))2 le plus précisément possible quand
x → 0. Le calcul standard du développement du carré donne
Puis on avise que le premier terme négligé est un o(x). Cela ne sert à rien de
mettre des précisions plus grandes du type x2 ou o(x2 ) car elles n’ajoutent aucune
information puisque o(x) + x2 = o(x) = o(x) + 42x3 = o(x) + 7o(x2 ) = . . .. Les
règles ci-dessus donnent finalement
(1 + x + o(x))2 = 1 + 2x + o(x) .
On notera qu’il s’agit depuis le début d’égalités. Toutes les écritures sont donc
correctes. Mais la dernière est celle qui nous donne de façon la plus simple l’in-
formation voulue.
Avec l’habitude, on ne prendra même pas la peine de marquer ni même de calculer
les termes inutiles si on sait d’avance que tout ce qui est négligeable devant x sera
négligé.
Définition 4.16
Soit x0 ∈ R et f une fonction réelle définie près de x0 . On appelle
développement limité de f à l’ordre n en x0 un développement du type
f (x) = a0 +a1 (x−x0 )+a2 (x−x0 )2 +a3 (x−x0 )3 +. . .+an (x−x0 )n +o((x−x0 )n )
96
Développements limités
f (x) = a0 + a1 (x − x0 ) + a2 (x − x0 )2 + . . . + an (x − x0 )n + o((x − x0 )n )
= b0 + b1 (x − x0 ) + b2 (x − x0 )2 + . . . + bm (x − x0 )m + o((x − x0 )m )
Notons que la proposition 4.17 nous dit aussi comment tronquer un développement
limité que l’on aurait poussé trop loin. En effet, si on a un développement limité à
l’ordre n
f (x) = a0 + a1 (x − x0 ) + a2 (x − x0 )2 + . . . + an (x − x0 )n + o((x − x0 )n )
alors les propriétés des � petits o � nous disent que si k ≤ n, on peut tronquer le
développement précédent en
f (x) = a0 + a1 (x − x0 ) + a2 (x − x0 )2 + . . . + ak (x − x0 )k + o((x − x0 )k ) .
97
Développements limités
En particulier, on a
f �� (x0 )
f (x) = f (x0 ) + f � (x0 )(x − x0 )+ (x − x0 )2 + . . .
2
f (n) (x0 ) � �
+ (x − x0 )n + O (x − x0 )n+1 .
n!
(x − t)2 (3)
g � (t) = −f � (t) + f � (t) − (x − t)f �� (t) + (x − t)f �� (t) − f (t) + . . .
2
(x − t)n (n+1)
+ f (t) + K(n + 1)(x − t)n
n! � �
n 1 (n+1)
= (x − t) f (t) + K(n + 1)
n!
Il reste encore à revenir au fait que K vérifie aussi g(x0 ) = 0 pour obtenir la
première formule de l’énoncé.
98
Développements limités
� f �� (x0 )
f (x) = f (x0 ) + f (x0 )(x − x0 )+ (x − x0 )2 + . . .
2
f (n) (x0 ) � �
+ (x − x0 )n + o (x − x0 )n .
n!
On pose maintenant
ε(x) = f (n) (ωx ) − f (n) (x0 ) .
Comme ωx est coincé entre x et x0 , on a que ωx → x0 quand x → x0 . Comme
f (n) est supposée continue, on a donc ε(x) → 0 quand x → x0 . On obtient
donc
n−1 (k)
� f (x0 ) (x − x0 )n (n) (x − x0 )n
f (x) = (x − x0 )k + f (x0 ) + ε(x)
k=0
k! (n)! (n)!
�n
f (k) (x0 ) � �
= (x − x0 )k + o (x − x0 )n .
k=0
k!
Pour être complet, nous donnons cette troisième forme qui est la seule qui donne
un reste exact. Pour les calculs concrets des exercices de ce cours, elle ne donne
aucune précision supplémentaire mais elle sera utile les années suivantes.
99
Développements limités
f �� (x0 )
f (x) =f (x0 ) + f � (x0 )(x − x0 ) + (x − x0 )2 + . . .
2
� x (n+1)
f (n) (x0 ) n f (t)
+ (x − x0 ) + (x − t)n dt .
n! x0 n!
On fait ensuite une récurrence sur n. Grâce à une intégration par parties, on
transforme le reste du rang n − 1 en
� x (n) � (n) �x � x
f (t) n−1 f (t) n f (n+1) (t)
(x − t) dt = − (x − t) − − (x − t)n dt
x0 (n − 1)! n! x0 x0 n!
(n) � x (n+1)
f (t) f (t)
= (x − x0 )n + (x − t)n dt
n! x0 n!
En ce qui concerne ce cours, ces théorèmes vont surtout nous servir à obtenir les
développements limités classiques qu’il faudra retenir par cœur. Par exemple, si on
considère f : x �→ ex , c’est une fonction indéfiniment dérivable sur R et sa dérivée
n−ième est f (n) (x) = ex . Le théorème 4.18 nous donne donc le développement à
l’ordre n comme ci-dessous.
Quand x −→ 0, on a :
x2 x3 xn � �
ex = 1 + x + + + ... + + O xn+1
2 6 n!
x2 x4 p x
2p � �
cos x = 1 − + + . . . + (−1) + O x2p+2
2 4! (2p)!
x3 x5 p x
2p+1 � �
sin x = x − + + . . . + (−1) + O x2p+3
6 5! (2p + 1)!
α(α − 1) 2 α(α − 1) . . . (α − n + 1) n � �
(1 + x)α = 1 + αx + x +...+ x + O xn+1
2 n!
x 2
x 3
(−1) n+1 � �
ln(1 + x) = x − + + ... + xn + O xn+1
2 3 n
100
Développements limités
Dans le cadre ci-dessus, nous précisons que le reste est de l’ordre de la puissance
suivante du développement (notons le cas des sinus et cosinus où on gagne même un
ordre puisque le développement ne contient qu’une puissance sur deux). Mais si on
demande un développement à l’ordre n en zéro, il suffit par définition de mettre un
reste o(xn ). Un reste du type O(xn+1 ) est plus précis, mais cette précision n’est pas
forcément exigée.
Certains cas particuliers des puissances de (1 + x)α sont très utilisés : α = −1
et α = 1/2 (les puissances α ∈ N sont aussi utiles. . . mais ce sont carrément des
polynômes et on préfère faire le calcul comme un développement classique d’une
puissance). Il est donc bien de les connaı̂tre individuellement, même s’ils sont déjà
inclus dans la formule générale.
Quand x −→ 0, on a :
1 � �
= 1 + x + x2 + x3 + x4 + . . . + xn + O xn+1
1−x
1 � �
= 1 − x + x2 − x3 + x4 + . . . + (−1)n xn + O xn+1
1+x
√ 1 1 � �
1 + x = 1 + x − x2 + O x3
2 8
101
Développements limités
y y
x2
x �→ 1 + x + 2
x2 x4
x �→ 1 − 2 + 24
x �→ 1 + x
x �→ 1
x
x �→ e
0 x 0 x
x �→ cos(x)
2 3 x2
x �→ 1 + x + x2 + x6 x �→ 1 − 2
Figure 4.1 – Les courbes de l’exponentielle et du cosinus, ainsi que les courbes
correspondants aux premiers développements limités en x = 0. En rouge, on voit
la droite tangente. Suit le développement contenant le premier terme non linéaire
qui donne la position de la courbe par rapport à sa tangente. Le développement
suivant augmente la précision mais n’apporte pas un grand changement qualitatif.
On remarque qu’augmenter l’ordre du développement augmente bien la précision et
la zone sur laquelle l’approximation polynomiale est correcte. Mais il ne s’agit que
d’une approximation locale et le développement limité en x = 0 devient vite mauvais
quand on s’éloigne de ce point.
102
Développements limités
sin x x + o(x2 )
sinc(x) = = = 1 + o(x) .
x x
Ce résultat n’est pas faux, mais il n’est pas à la précision demandée. On voit
que c’est dû à une division par x qui diminue l’ordre. On reprend donc le calcul
en prenant l’ordre 3 pour le sinus
x3
sin x x− + o(x3 ) x2
sinc(x) = = 6
=1− + o(x2 )
x x 6
ce qui est ce qu’on voulait.
• Gestion des termes inutiles : lors des calculs, on obtient souvent des termes
d’ordre plus petit que le reste négligé. Leur précision est inutile et on peut les
retirer. Par exemple, dans le calcul fait plus haut
(1 + x + o(x))2 = 1 + 2x + o(x)
C’est avec l’entraı̂nement qu’on progresse sur cette technique. Mais il est im-
portant de rappeler que le calcul avec tous les termes marqués est correct
quand même. Tant qu’on n’est pas à l’aise, on peut se contenter de marquer
tous les termes puis les éliminer dans un deuxième temps.
103
Développements limités
� 2 �
cos(x) − 1 1 − x2 + o(x3 ) − 1 − x2 + o(x2 )
= 3 = 2
sin x x − x6 + o(x3 ) 1 − x6 + o(x2 )
� x � 1
= − + o(x2 ) · � x2 �
2 1 − 6 + o(x2 )
� x � � � x2 � � x2 ��
= − + o(x2 ) · 1 + + o(x2 ) + o + o(x2 )
2 6 6
� x � � x 2 �
= − + o(x2 ) · 1 + + o(x2 )
2 6
x 2
= − + o(x )
2
� 2 �
où on a utilisé le développement de 1/(1 − u) avec u = x6 + o(x2 ) . On notera
d’une part qu’on a anticipé la simplification des puissances en développant à
l’ordre 3 les fonctions
�� x2 trigos.
� D’autre
� part on a utilisé de la gestion de reste
2 2 4
comme o(u) = o 6 + o(x ) = o(x ) et on n’a pas calculé dans la dernière
ligne les termes qui étaient du type o(x2 ). Par exemple, c’est inutile de calculer
2
− x2 × x6 car c’est une puissance d’ordre 3 (on aurait donc pu simplifier les
calculs si on avait anticipé cela).
104
Développements limités
• Par les formules de Taylor : c’est peut-être le premier qui vient à l’esprit mais
ce n’est pas en général une bonne idée car il faut calculer les cinq premières
dérivées de la tangente et c’est rapidement fastidieux, la cinquième dérivée
étant par exemple
d5
tan x = 120 tan6 (x) + 240 tan4 x + 136 tan2 x + 16 .
dx5
Comme cela n’illustrera pas les techniques usuelles, nous laissons le calcul
complet au lecteur courageux qui se convaincra qu’il ne s’agit pas de la façon
la plus rapide.
• Par intégration : comme la tangente est infiniment dérivable là où elle est
définie, les formules de Taylor nous donne le lien entre son développement et
celui de sa dérivée. On va donc commencer par développer à l’ordre 4 près de
0 la dérivée tan� (x) = 1/ cos2 (x). On a
1 1 1
=� �2 = � �2
cos2 (x) x2 x4 1+ − x2 2 4
− 2 x2 + 2 x24 + o(x4 )
1− 2
+ 24
+ o(x4 ) 2
1 � 1 � � 1 �2
= 1 4 = 1 + x2 − x4 + x2 − x4 + o(x4 )
1− x2 + 3
x + o(x4 ) 3 3
1
= 1 + x2 − x4 + x4 + o(x4 )
3
2
= 1 + x2 + x4 + o(x4 )
3
Puis, on intègre ce développement en faisant attention à la constante. . . qui
vaut 0 puisque tan(0) = 0. On obtient donc que, près de 0,
1 2
tan(x) = x + x3 + x5 + o(x5 ) .
3 15
105
Développements limités
• Par dérivation : on utilise le même principe que ci-dessus, mais sous la forme
(ln(cos x))� = − tan x. On a
� x2 x4 x6 �
− ln(cos x) = − ln 1 − + − + o(x6 )
2 24 6!
�� x 2 x 4 x 6 � 1 � x 2 x 4 � 1 � x 2 �3 �
2
=− − + − − − + + − + o(x6 )
2 24 6! 2 2 24 3 2
2 4
x x 16
= + + x6 + o(x6 )
2 12 6!
Donc on sait que tan x qui est la dérivée de − ln(cos x) a pour développement
1 16 1 2
tan(x) = x + x3 + x5 + o(x5 ) = x + x3 + x5 + o(x5 ) .
3 5! 3 15
On fera attention à la nuance suivante. Nous n’avons pas formellement dérivé
le premier développement pour obtenir le second car on ne sait rien dire sur la
dérivée du terme o(x6 ) (qui pourrait même ne pas être dérivable). Mais on sait
que les fonctions sont suffisamment régulières pour appliquer le théorème 4.19
(Taylor-Young) et celui-ci nous donne le lien entre les deux développements.
• Par une équation différentielle : grâce au théorème 4.19, on sait que la tangente
admet un développement limité d’ordre 5 en x = 0. Par ailleurs, comme la
tangente est impaire, on sait que ce développement n’a que des puissances
impaires. Donc il existe a, b et c tels que tan x = ax + bx3 + cx5 + o(x5 ) près de
0. Par ailleurs, le théorème 4.19 nous dit aussi que la dérivée de la tangente a
le développement tan� x = a + 3bx2 + 5cx4 + o(x4 ). Comme tan� x = 1 + tan2 x,
on a donc
4 Applications
4.1 Calcul de limites
Pour lever une forme indéterminée dans une limite, la question est de savoir
quelle partie de l’expression l’emporte sur l’autre. On peut souvent s’en sortir avec
des équivalents, mais il y a des cas où les termes principaux que sont les équivalents
se compensent et disparaissent. Dans ce cas, on n’a pas forcément assez de précision
pour conclure. Quand on procède par développement limité, cela signifie simplement
qu’il faut pousser le développement plus loin jusqu’à avoir suffisamment de termes
pour lever l’indétermination.
Exemples :
x
• On cherche la limite quand x tend vers 0 de f (x) = e −cosxx−sin
2
x
. C’est une
forme indéterminée du type � 0/0 �. En utilisant les équivalents en haut, on
106
Développements limités
et conclure que
x2 � �
g(x) = + o 1 −−−−−−−→ 1 .
x(1 + x) x−→+∞
Suivant le signe de c et suivant que hk soit une puissance paire ou impaire, on obtient
la position de la courbe.
107
Développements limités
Exemple :
On veut connaı̂tre à quoi ressemble la fonction f : x �→ xe−2x près de x0 = 1. On
pose h = x − 1, on a
4.3 Asymptotes
Les développements limités peuvent servir à obtenir des développements suivant
des puissances de x à tout endroit, y compris ±∞. Non seulement on obtient le
premier terme du développement, ce qui correspond à l’équivalent, mais on peut
aussi obtenir suffisamment de termes pour avoir une bonne idée du comportement.
Un cas assez fréquent est celui de la recherche d’asymptotes. On cherche à développer
une fonction f près de ±∞ sous la forme
1 �1
f (x) = ax + b + c + o )
xk xk
avec k > 0 quand x → ±∞. Cela montre que quand x → ±∞, |f (x) − (ax + b)| → 0
et donc que le graphe de f se rapproche de la droite y = ax + b. On dit que cette
droite est asymptote à f en ±∞. Si besoin, le terme suivant c/xk du développement
nous donne la position de la courbe par rapport à cette asymptote.
Exemples :
√
• On considère la fonction f : x �−→ 2 + x + x2 . Pour pouvoir utiliser le
développement de la racine carrée que l’on a appris, il nous faut un terme du
108
Développements limités
√
type 1 + u avec u → 0. L’astuce habituelle consiste à factoriser par le terme
dominant
� �
√ 1 2 1� 1 2� 1 � 1 ��
2 + x + x2 = |x| 1 + + 2 = |x| 1 + + 2 − 2 +o 2
x x 2 x x 8x x
1 |x| 7 � 1 �
= |x| + + +o
2 x 8|x| |x|
y y
√ � �
x2 + x + 2 x2 ln 1 + x1
1
x− 2
−x − 12 x + 12
x
x
109
Développements limités
où c est la vitesse de la lumière. Son énergie totale est alors E = mc2 . Quand v est
petit par rapport à c, on utilise le développement limité
1 1 3
√ = (1 + x)−1/2 = 1 − x + x2 + o(x2 )
1+x 2 8
110
Développements limités
pour avoir
�
1 v2 3 v4 � v 4 �� 1 3 v2 � v4 �
2 2
E = mc = m0 c 1 + 2 + 4 + o 4 = m 0 c2 + m0 v 2 + m0 v 2 2 + o + o 2 .
2c 8c c 2 8 c c
On obtient donc que pour des vitesses non relativistes, le gain d’énergie dû au mou-
vement est principalement 12 m0 v 2 et on retrouve bien l’énergie cinétique classique.
Pour des vitesses un peu plus grandes, cette énergie cinétique sous-estime la vraie
énergie et il y a une correction positive d’énergie à ajouter à l’énergie classique.
• Coût d’un prêt
On emprunte une somme d’argent S au taux x pendant n années. Cela signifie que
l’on doit rembourser à échéance la somme S(1 + x)n . En général, x est petit (de
l’ordre du pourcent donc du centième) mais n peut être grand. Si on effectue une
approximation du type
n(n − 1) 2
(1 + x)n = 1 + nx + x + o(x2 )
2
on n’est pas certain que le terme o(x2 ) soit vraiment petit. Même les termes pré-
cédents ne sont pas spécialement petits si nx n’est pas négligeable. En fait, nx est
souvent entre 0,5 et 1 donc du même ordre de grandeur que 1. Il est plus judicieux
de supposer que nx = a et de regarder le développement
a
(1 + x)n = (1 + x)a/x = e x ln(1+x)
a x2 2 )) x
= e x (x− 2 +o(x = ea(1− 2 +o(x))
ax � ax �
= ea e− 2 +o(x) = ea 1 − + o(x)
2
C’est un point important à retenir : si la variable du développement (ici x) apparaı̂t
à la fois dans l’exposant et sous l’exposant, alors il faut passer à l’exponentielle
pour faire les développements et les limites voulues. Le deuxième développement
s’effectue bien avec x seul (non multiplié par n) donc les termes sont bien rapidement
négligeable. On trouve par exemple la règle suivante : si le produit a du taux et du
nombre d’année vaut environ 0,7 (emprunt à 2 % sur 35 ans par exemple, ou à 7 %
sur 10 ans ), alors on doit rembourser environ ea = 2 fois le crédit. Le terme correctif
qui suit nous indique qu’à a = nx constant, il faut mieux avoir x grand, c’est-à-dire
emprunter sur un temps court, quitte à avoir un plus grand taux d’intérêt.
• Approximation paraxiale d’une onde sphérique
On considère une
� onde sphérique émise depuis l’origine, elle est de la forme ψ(x,y) =
1 ikr
r
e avec r = x2 + y 2 . Quitte à changer les coordonnées, on suppose que l’on se
trouve proche de l’axe des abscisses avec x > 0 et y/x est petit. On peut utiliser
l’approximation du premier ordre r � x pour l’amplitude. Mais la phase est multi-
pliée par le nombre d’onde k qui peut être grand, on préfère donc utiliser pour elle
une approximation plus précise. On a
� � y 2 �1/2 � 1 y2 y4 �
r= x2 + y 2 = |x| 1 + 2 =x 1+ + O( ) .
x 2 x2 x4
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Développements limités
À connaı̂tre en priorité :
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