Introduction
Partenaires
Remerciements
1 Reconstruire sur les
cendres de la guerre : quand
des ennemis jurés créent
l’Union européenne
Vous avez parcouru des milliers de kilomètres
pour rejoindre l’UE :
Frontières mouvantes: la Syrie et la Turquie
La Première et la Deuxième Guerre mondiale
Ira, 53 ans, guide-conférencière de musée,
Friedland, Allemagne
La guerre froide
Les migrations de travail
Khadija Zamouri, 49 ans, députée,Bruxelles,
Belgique
La fin de la guerre froide
Lua Nguyen Thi, 62 ans, restauratrice,
Francfort, Allemagne
Thomas Hoepker, 80 ans, photographe,New
York, États-Unis
Les guerres de Yougoslavie
Zrinka Bralo, 49 ans, directrice de Migrants
Organise, Londres, Angleterre
L’Europe s’élargit, les déplacements de
populations s’intensifient
Karolina, 36 ans, entrepreneure, Londres,
Angleterre
La situation aujourd’hui
Photographie
2 Les rouages de l’Union
européenne : comment ça
fonctionne ?
Les origines mythologiques de l’Europe
Une union
Comment ça marche ?
Le Parlement européen
Crise de croissance
Brexit
La crise grecque
Une union toujours courtisée
La Turquie et l’Europe
Les dates clés
Emilio Silva, 50 ans, journaliste, Madrid,
Espagne
L’Europe, mon pays
Philipp Fritz, 29 ans, journaliste, Berlin,
Allemagne
Photographie
3 Ce qui fait la particularité
de l’Europe
En Europe, on est toujours le bouffon de
quelqu’un d’autre
Liberté d’expression et d’information
Que signifie LGBTI ?
Nada Diane Fridi, 31 ans, architecte, Paris,
France
Liberté de religion
Les Tatars : une histoire de l’islam en Pologne
Liberté de réunion et d’association
Ramman Ismael, 23 ANS, Lyon, France
(originaire d’Alep, Syrie)
Droit de négociations et d’actions collectives
Liberté sexuelle
Leila, 36 ans, travailleuse sociale et éducatrice
spécialisée, Paris, France
Droits des victimes
Anke Domscheit-Berg, 48 ans, consultante,
Brandebourg, Allemagne
Tilla (nom d’emprunt), 40 ans, demandeuse
d’asile, Pays-Bas
Droit à un procès équitable
Vie quotidienne
4 Venir en Europe
Mort en pleine mer
Un million
Routes
Abisolom (nom d’emprunt), 34 ans, Pays-Bas
L’entrée régulière
Comment la plupart des gens sont arrivés en
Europe
Gibril Njia, 19 ans, apprenti charpentier,
Ténérife, îles Canaries, Espagne
La Grèce
Le règlement Dublin
Stefania Mizara, 40 ans, photographe, Athènes,
Grèce
Les enjeux de l’UE
L’espoir
Maritsa Mavrapidou, 85 ans, Skala Sikaminias,
Lesbos, Grèce
Yonous Muhammadi, 43 ans, médecin, Athènes,
Grèce
Hallow Salam, 44 ans, avocat et sociologue,
Berlin, Allemagne
Des flous juridiques
L’accord avec la Turquie
Mirhatam Safi, 17 ans, étudiant, Lubbeek,
Belgique
Le futur
La vie dans l’UE
Photographies
5 Informations pratiques
Autriche
Belgique
France
Allemagne
Grèce
Italie
Les Pays-Bas
Espagne
Suède
Royaume-Uni
Union européenne
Les partis d'extrême droite en UE
EUROPA: Une introduction
illustrée à l’Europe pour les
migrants et les réfugiés
Ce livre est l’initiative d’un groupe de photographes et de
journalistes qui ont couvert à la fois la crise des réfugiés en
Europe et les différentes situations qui ont provoqué ces
migrations au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique. Témoins
directs des défis que doivent affronter ces nouveaux
arrivants, nous avons été frappés par l’utilité et l’importance
de l’information que peut apporter un livre comme celui que
vous êtes en train de lire.
Ce texte s’adresse à un lectorat très large, en 4 langues :
l’arabe, le farsi (persan moderne), l’anglais et le français. Il
a pour objectif de faire découvrir aux nouveaux venus les
raisons de la construction de l’Union européenne (UE ; en
anglais, EU : European Union), son développement, sa
philosophie et les discussions importantes qui vont
déterminer son avenir.
Une précision concernant le lexique : « réfugié »
et « migrant » ne sont pas des termes interchangeables.
Les réfugiés sont des personnes qui fuient un conflit armé
ou des persécutions, c’est-à-dire des situations trop
dangereuses pour leur permettre un retour dans leur pays
d’origine. Ils ont donc besoin de se réfugier autre part. Les
migrants, eux, sont des personnes qui choisissent de
changer de lieu de vie, non parce qu’elles rencontrent
directement des menaces de mort ou de persécution, mais
principalement parce qu’elles veulent améliorer leurs
conditions de travail, leur éducation ou rejoindre leur
famille, entre autres raisons. Si les migrants décident de
retourner dans leur pays d’origine, ils continueront à
bénéficier de la protection de leur gouvernement. La façon
dont les pays traitent les réfugiés et les migrants varie selon
les lois internationales et nationales.
Puisque l’information fournie par ce livre peut être utile à
la fois aux migrants et aux réfugiés, nous avons choisi de
nous adresser à tous les nouveaux venus.
Parmi les personnes que nous avons rencontrées pendant
leur voyage du désespoir dans l’Union européenne, peu
d’entre elles savaient que cette Union faisait suite à la
dévastation provoquée par deux guerres mondiales, que
certains de ses États membres étaient autrefois des
ennemis jurés ou que des réfugiés franchissent les
frontières européennes depuis des décennies suite à ces
guerres ou à d’autres conflits armés.
Beaucoup de ceux qui arrivent en Europe ne sont pas au
courant de cette histoire à laquelle ils peuvent s’identifier,
et la plupart des Européens semblent l’avoir oubliée. Après
tout, l’aspect de l’Europe d’aujourd’hui n’évoque pas
vraiment son passé, qui ressemble sans doute à la situation
actuelle de pays comme la Syrie, l’Iraq et l’Afghanistan.
Avec l’idée que les migrations et les conflits constituent
l’ADN de l’Europe, et ont joué un rôle déterminant dans la
création de l’UE et dans le développement de ses
populations, nous avons choisi de faire de ces expériences
le filtre à travers lequel nous présentons l’Europe
contemporaine à ces nouveaux arrivants, et rappelons aux
Européens leur propre passé, par la même occasion.
En plus d’offrir un récit personnalisé de l’Europe, ce livre
contient des trésors issus des archives de l’agence
coopérative photographique Magnum et des témoignages à
la première personne. Les lecteurs vont pouvoir faire
connaissance avec beaucoup de personnes qui font l’Europe
d’aujourd’hui – citoyens, résidents, immigrants, réfugiés
d’aujourd’hui et d’hier – et qui parlent avec leurs propres
mots, racontant leurs histoires de périples, de guerres, de
solidarité et de réconciliation.
Nous croyons en l’idée que les réfugiés et les Européens
peuvent se reconnaître dans ces expériences partagées.
Enfin, à la manière d’un guide de voyage, ce chapitre offre
des informations pratiques et vérifiées concernant les 10
destinations de l’UE les plus populaires pour les migrants et
les réfugiés au moment où nous rédigeons ce livre :
Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Grèce,
Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède.
Même si ce livre ne prétend pas être un guide complet de
l’UE, nous espérons que son contenu pourra s’avérer utile.
Afin de vous apporter l’information la plus pertinente
possible, nous avons travaillé avec une équipe de réfugiés,
de migrants, d’historiens, d’experts en politique et de
travailleurs sociaux, que nous tenons à remercier
chaleureusement.
Nous nous rendons compte que, de la même manière que
les politiques actuelles peuvent susciter des débats
passionnés parmi les gens qui en sont affectés, il en va de
même de la façon dont on raconte les événements du
passé. Nous reconnaissons que l’histoire est bien souvent
contestée, notamment quand il s’agit de raconter les
conflits et les guerres. Nous avons fait tout notre possible
pour résumer ces grands moments de l’histoire de la façon
la plus juste possible pour les populations et les pays
représentés dans ce livre. Nous demandons à nos lecteurs
de bien vouloir reconnaître les contraintes d’espace
auxquelles nous avons dû faire face. De la même façon,
parce que la situation en Europe est en changement
permanent à mesure que l’UE et ses États membres gèrent
les événements actuels dont on parle dans ce livre, nous
rappelons à nos lecteurs que l’information contenue dans
ces pages a été mise à jour au moment de l’écriture.
Partenaires
Al-liquindoi
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The Arab Fund for Arts and Culture
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Magnum Photos
[Link]
Magnum Foundation
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On The Move
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Geneviève McMillan–Reba Stewart Foundation
[Link]
MDIC
[Link]
SPRAR
[Link]
UNHCR
[Link]
Ce livre a été conçu et réalisé par
Chef de projet :
Jessica Murray
Conception de l’idée et photographe :
Thomas Dworzak
Directrice du contenu et rédactrice en chef :
Alia Malek
Recherche iconographique et rédactrice photo:
Arianna Rinaldo
Rédactrice :
Lisa De Bode
Rédacteurs collaborateurs :
Clemente Bernad, Matthew Cassel, Colette Davidson, Avra
K. Fialas, Samra Habib, Ryan Heath, Joanna Kakissis,
Christian Laes, Alia Malek, Nick Malkoutzis, Lara J.
Nettelfield, Agathe Osinski, Michael Pizzi, Hugh Pope,
Romain Seignovert, Courtney Tenz, et Lam Thuy Vo.
Responsables des recherches pour “Informations
pratiques” :
Malene Lauritsen et Shahin Zarinbal
Rédacteur pour “Informations pratiques” :
Paul McLoughlin
Relecteur-correcteur de la version anglaise :
Jose Fidelino
Traductrice en langue arabe et relectrice-correctrice
de la version arabe :
Dr. Hanadi Ismail
Traductrice en langue farsi :
Sahar Dowlatshahi
Relectrice-correctrice de la version farsi :
Sheida Mohammad Taher
Traducteurs en langue française :
Émilie Hallard et Nicolas Sergère Tavares Sousa
Relecteurs-correcteurs de la version française :
Marie-Lou Morin et Nicolas Sergère Tavares Sousa
Design :
Thomas Artur Spallek, Sinaida Michalskaja et Shahin
Zarinbal
Mise en page :
Raeeka Nayeri, Jose Peneda et Thomas Artur Spallek
Infographiste:
Rafael Höhr
E-Book:
Hans-Jörg Pochmann
Photographies © Magnum Photos :
Abbas, Christopher Anderson, Bruno Barbey, Jonas
Bendiksen, Ian Berry, Michael Christopher Brown, Rene
Burri, Robert Capa © International Center of Photography,
Henri Cartier-Bresson, Chien-Chi Chang, Antoine d’Agata,
Carl De Keyzer, Raymond Depardon, Bieke Depoorter,
Thomas Dworzak, Nikos Economopoulos, Elliott Erwitt,
Martine Franck, Stuart Franklin, Leonard Freed, Cristina
García Rodero, Jean Gaumy, Burt Glinn, Jim Goldberg,
Thomas Hoepker, David Hurn, Josef Koudelka, Guy Le
Querrec, Erich Lessing, Herbert List, Alex Majoli, Peter
Marlow, Susan Meiselas, Lorenzo Meloni, Martin Parr, Paolo
Pellegrin, Gilles Peress, Mark Power, George Rodger, Moises
Saman, Ferdinando Scianna, Jerome Sessini, David Seymour,
Chris Steele-Perkins, Peter van Agtmael, John Vink, et Patrick
Zachmann.
Remerciements
Afin de fournir l’information la plus pertinente possible, nous
avons travaillé avec une équipe de réfugiés, de migrants,
d’historiens, d’experts en politique et de travailleurs
sociaux, que nous tenons à remercier chaleureusement.
Beaucoup d’autres personnes ont apporté leur aide pour
rendre possible la réalisation de ce livre :
Simon Abou Assali, Carol Al Farah, Mirielle Al Farah,
Mohamed Ehab Al Hindi, Samah Al Jundi and Joachim Baur
and the rest of the sta at the Museum Friedland in Germany,
Hasna Alghaz, Eugenio Ambrosi, Katya Andrusz, Caroline
Arvidsson, Naela Attar, Eirik Bar, Mari Bastashevski, Edu
Bayer, Jonas Bendiksen, Elyse Blennerhassett, Zrinka Bralo,
Antonio Carloni, Ines Casals, Mara Catalán, Domenico
Chirico, Gabriella Colarusso, Bridget Conley-Zilkic, Cathryn
Costello, Araba Coulibaly, Je Crisp, Hamish Crooks,
Alessandro d’Ansembourg, Albin Dearing, Joe Duggan,
Melissa Durda, Franck Duvell, Eka Enukidze, Noelle Flores
Theard, Susan Fratzke, Nada Diane Fridi, Philipp Fritz, Anne
Graumans, Marta Guerrini, Christa Gunsenheimer, Luna
Herschenfeld-Catalan, Thomas Hoepker, Gonzalo Höhr,
Andrea Holzherr, Esther Hovers, Ana Belén Jarrín, Tamsin
Kelk, Cathy Khattar, Sanaa Khoury, Olaf Kleist, Marta Lores,
Anna Luzzolini, Rachel Maher, Mustafa Mahli, Hiba Malek,
Leyla Malek, Maritsa Mavrapidou, Robert McNeil, Susan
Meiselas, Sheryl Mendez, Emanuela Mirabelli, Rima Mismar,
Jina Moore, Jacqueline Mulders, Hubert Murray, Nancy
Murray, Rebecca Murray, Raneem Nahawandi, Gibril Njia,
Kunduzi Omaid, Paola Paleari, Giulietta Palumbo, Steve
Peers, Yolanta Pinchard, Mark Power, Bieke Purnelle, Rawya
Ragheh, Emma Raynes, Zoe Reyners, Oussama Rifahi, Fiona
Rogers, Tommaso Rosa, Mirhatam Sa, Severine Sajous,
Hallow Salam, Rasha Salti, Moises Saman, Francesca Sears,
Rayon Shivanian, Tatiana Shpagina, Amadou Sidibe, Emilio
Silva and the Asociación Para la Recuperación de la Memoria
Histórica in Spain, Alexander Studtho , Lua Nguyen Thi,
Giulia Ticozzi, Gubse Tokgoz, Peter van Agtmael, Wido van
Bergen, Hilde Van Brussel, Nikolas Ventourakis, Rut Vilar,
Katarzyna Wysokinska, and Khadija Zamouri.
Certaines personnes ont offert leur aide et leur voix à ce
livre et ont choisi de ne pas être citées. Nous tenons
toutefois à les remercier.
Nous tenons aussi à remercier aussi les organismes
suivants :
The Center On Migration, Policy and Society à l’Université
d’Oxford, la Commission européenne, l’Agence des droits
fondamentaux de l’Union européenne, Eurostat,
International Crisis Group, l’Organisation internationale pour
les migrations, Frontex, Migration Policy Institute, le Haut
Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, et
Vluchtelingenwerk Vlaanderen.
Reconstruire sur les
cendres de la guerre :
quand des ennemis jurés
créent l’Union européenne
VOUS AVEZ PARCOURU DES MILLIERS DE KILOMÈTRES
POUR REJOINDRE L’UE :
sachez que c’est un bloc de 28 pays hébergeant des peuples
métissés par des siècles de migrations. Même si les États
membres de l’Union ont des histoires et des traditions
différentes, ils partagent aujourd’hui une base commune de
lois et de politiques.
[Pour en savoir plus, voir « Les rouages de l’Union
européenne »]
Mais cela n’a pas toujours été le cas : il y a tout juste 71
ans, l’Europe était en ruine après avoir connu deux guerres
mondiales impliquant plus de 30 pays en Europe, en Afrique,
en Amérique du Nord et en Asie. Ces territoires reflètent
l’étendue du colonialisme européen et son fonctionnement :
les pays d’Europe ont cherché à répandre leur influence dans
le monde en exploitant d’autres territoires, mais les
habitants n’ont généralement pas souhaité accueillir la
présence de ces Européens. C’est à la suite de ces guerres
qu’ont été tracées les frontières de certains pays que
beaucoup d’entre vous ont traversés, notamment la Turquie,
la Syrie, le Liban, la Jordanie, l’Irak, la Palestine et Israël.
Frontières mouvantes: la Syrie et
la Turquie
En 1939, la Turquie a annexé à la Syrie le sandjak (une
division administrative) d’Alexandrette, suite à un accord
secret avec la France, qui dominait la Syrie depuis la fin de la
Première Guerre mondiale. Ce changement de pouvoir a eu
lieu suite à un vote populaire, placé sous la surveillance de
l’armée turque, qui a déclaré les Turcs peuple majoritaire
dans la région, leur offrant ainsi la possibilité de faire
sécession d’avec la Syrie. Ce référendum – en contradiction
avec le recensement organisé par la France en 1936 qui
indiquait que les Arabes étaient plus nombreux (46%) que le
peuple turc (39%) – a été parfaitement orchestré : des
milliers de Turcs nés dans la région, mais habitant ailleurs,
ont été rapatriés pour influencer les résultats du vote. Mais
la connivence que la France entretenait avec la Turquie – une
violation de ses obligations légales envers la Syrie – a fini
par sceller l’accord. En juillet de la même année, la province
turque de Hatay était née.
Si la domination turque de la région avait déjà pris de
l’ampleur avant 1939, le bouleversement démographique
qui s’ensuivit allait la rendre bien plus concrète. Des dizaines
de milliers d’Arméniens, de chrétiens de langue arabe, de
sunnites et d’alaouites ont quitté leur maison pour s’installer
dans les zones de la Syrie se trouvant au-delà des nouvelles
frontières, désormais étendues. Beaucoup d’Arabes ont
malgré tout choisi d’y rester et, malgré un projet concerté de
turquification de la région, Hatay n’a jamais perdu son
caractère syrien. Encore aujourd’hui, il est courant
d’entendre des personnes d’origine turque parler l’arabe
dans les rues des villes, comme à Antakya.
Depuis 2011, le caractère syrien de la région est redevenu
une source de tension politique. On craint que l’arrivée en
masse de réfugiés arabes à majorité sunnite, qui
représentent aujourd’hui plus de 9% de la population de
Hatay selon les estimations du gouvernement turc, puissent
perturber l’équilibre communautaire fragile de la région, ou
provoquer des débordements de violence. Déjà en plein
cœur d’une dégradation de leurs relations avec le
gouvernement turc, les médias contrôlés par l’État syrien ont
commencé à poser la question de « l’occupation » de Hatay
par la Turquie, après être restés relativement silencieux à ce
sujet pendant des années. Hatay est l’une des deux seules
provinces turques
(sur 81 au total) qui refusent d’offrir des permis de séjour
aux Syriens. Alors que les manifestations anti-réfugiés
deviennent monnaie courante, on peut craindre que la porte
d’entrée dans la région se ferme petit à petit.
Henri Cartier-Bresson Allemagne. Dessau. Avril 1945. Une grande partie de la
ville a été détruite pendant la Deuxième Guerre mondiale.
La Première et la Deuxième
Guerre mondiale
Les pays européens, qui sont aujourd’hui des membres
pacifiques de l’UE, ont combattu dans des camps différents
et parfois opposés entre 1914 et 1918 (Première Guerre
mondiale) et entre 1939 et 1945 (Deuxième Guerre
mondiale). Pendant la Deuxième Guerre mondiale,
l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et le Japon (baptisés les «
forces de l’Axe ») ont combattu contre le Royaume-Uni, la
France, les États-Unis, la Chine et l’Union soviétique de
l’époque (baptisés les « Alliés »). La Première Guerre
mondiale a décimé une génération entière de soldats, tués
dans ce qu’on a appelé « la guerre de tranchées », et la
Deuxième Guerre mondiale a été encore plus meurtrière,
tuant plus de 60 millions de personnes, pour la plupart des
civils, c’est-à-dire environ 3% de la population mondiale.
Ces tueries incluent l’extermination délibérée par
l’Allemagne de certaines catégories de personnes pendant
l’Holocauste, soit 11 millions de morts au total. La plus
grande majorité d’entre elles provenait des communautés
juives d’Europe (6 millions de personnes). Les autres cibles
de cette extermination étaient les Roms (220 000
personnes), les personnes d’origine slave (principalement
des Polonais, Serbes et Russes), les personnes handicapées
physiquement ou mentalement, les Noirs, les socialistes, les
prisonniers politiques et les homosexuels.
La Deuxième Guerre mondiale est le premier conflit qui a
eu recours à l’utilisation d’armes nucléaires. Les États-Unis
ont largué des bombes nucléaires sur les villes de Hiroshima
et Nagasaki, au Japon, tuant 220 000 habitants sur le coup
et dans les jours suivant les explosions.
En plus d’avoir détruit des usines, des exploitations
agricoles, des immeubles, des maisons et d’autres
infrastructures, la Deuxième Guerre mondiale a provoqué
des déplacements massifs de personnes à travers les
frontières des pays. Suite à la guerre, les limites des États
ont été redessinées, modifiant radicalement l’aspect de
l’Europe.
Entre le début de la Deuxième Guerre mondiale et 1950,
l’Union soviétique et ses alliés ont expulsé environ 12
millions d’Allemands ethniques (des populations
d’ascendance allemande) des territoires qu’ils contrôlaient,
dont les zones cédées par l’Allemagne, ainsi que celles qui
se situaient dans les anciennes frontières (datant d’avant la
guerre) de la Pologne, de la Hongrie et de ce qui était alors
la Tchécoslovaquie, un pays fondé après la Première Guerre
mondiale. On estime qu’environ 7,8 millions de personnes
ont été déplacées vers l’Allemagne de l’Ouest, et 3,5 millions
vers l’Allemagne de l’Est.
IRA, 53 ANS, GUIDE-CONFÉRENCIÈRE DE MUSÉE,
FRIEDLAND, ALLEMAGNE
J’ai rencontré mon mari, Victor, en 1973. C’était
lors d’un cours du dimanche à l’église évangélique
dans la banlieue de Sigulda, en Lettonie. Le pays
faisait alors partie de l’Union soviétique. Victor
était mon professeur et me donnait des cours en
secret. L’Union soviétique avait interdit la religion
et persécutait les protestants allemands comme
nous. La logique était la suivante : Hitler était
allemand, nous aussi, donc nous étions censés être
des collaborateurs de son régime.
Notre position ne facilitait pas notre vie en
Lettonie, bien au contraire. Un matin, à l’école
primaire, peu après Pâques, ma professeure m’a
montrée du doigt en pleine classe, parce que
j’étais allée à la messe avec ma famille. Elle s’était
engagée contre les Allemands pendant la
Deuxième Guerre mondiale et par conséquent
n’aimait pas les enfants allemands. Elle était
méchante. Les choses se sont envenimées ce jour-
là.
Elle m’a demandé : « Est-ce vrai que tu es allée à
l’église ? Qui t’a accompagnée ? » C’était un
véritable interrogatoire, et j’ai choisi de dire la
vérité. Elle m’a alors fait jurer devant toute la
classe : « Je n’irai plus jamais à l’église. Je ne
croirai plus jamais en ce Dieu. »
Victor, qui avait émigré en Allemagne avant moi,
envoyait des lettres à l’église évangélique, à
destination de ses élèves du cours du dimanche.
Nous n’étions pas encore amoureux à cette
époque, mais ses mots me réconfortaient. Je savais
combien l’Allemagne de l’Ouest était différente. Je
savais qu’on pouvait y trouver la liberté. De moins
en moins d’Allemands restaient en Lettonie et nous
voulions réintégrer notre communauté.
J’avais 14 ans quand nous avons déménagé en
Allemagne de l’Ouest, en octobre 1977. Je me
souviens de la nuit de mon arrivée [au camp de
transit] de Friedland. Je restais au beau milieu des
rails qui menaient au camp. Les géraniums étaient
en fleurs. Les infirmières nous apportaient du café
et du chocolat chaud. Ma mère a pleuré lorsqu’elle
a entendu les cloches de l’église. Elle était très
croyante, et n’en avait encore jamais entendu
sonner.
Après cet accueil très chaleureux, les choses ont
rapidement changé. J’étais Allemande, mais j’étais
bien différente : mes vêtements, ma coupe de
cheveux, mon accent…
En Lettonie, les filles portaient encore des
minijupes, alors que ce n’était plus du tout la mode
en Allemagne. Ce qui faisait fureur, c’étaient les
jupes qui arrivaient au genou. Heureusement, sur
le chemin de Friedland, nous nous étions arrêtés à
Riga, et ma mère m’y avait acheté une jupe à
carreaux rouges parfaite, et une veste bleue. Cet
ensemble était très beau. Mais comme c’étaient les
seuls vêtements que j’aimais dans ma garde-robe,
je les portais tous les jours à l’école. Les autres
filles ont donc commencé à me persécuter en
disant que je ne me lavais jamais, et que j’étais
sale.
Mon père m’interdisait de me faire couper les
cheveux. Alors je me faisais deux tresses épaisses,
ce qui n’était pas du tout cool à l’époque. Un jour,
à l’école, des filles m’ont tenu les mains dans le
dos, pendant qu’elles détachaient mes cheveux et
étalaient du maquillage sur mon visage. Elles
voulaient prendre une photo de moi et m’ont dit
qu’elles l’enverraient à Bravo, un magazine très
populaire chez les jeunes. « Maintenant, tu es
comme nous », ont-elles dit, en riant.
Bien entendu, je n’étais pas comme elles. J’avais
appris à parler allemand à la maison, en lisant de
vieux exemplaires de la Bible que Victor m’avait
donnés. À l’école, mes professeurs m’avaient mise
dans la classe du niveau le plus bas, croyant que je
n’étais pas assez intelligente. En fait, c’est juste
que nous n’avions pas appris la même grammaire.
Mais puisque je venais d’Union soviétique, ils
m’avaient mise dans ce groupe. C’était à moi de
trouver une porte de sortie.
J’ai énormément travaillé pour améliorer mon
niveau d’allemand, et au final, seule mon
apparence pouvait trahir mes origines. J’ai obtenu
mon diplôme d’infirmière en 1984 – en tête de ma
classe de 33 étudiants – et je suis retournée à
l’école quelques années plus tard, en 1998, pour
étudier l’architecture du paysage.
Un jour, au travail, j’ai lu un article sur le camp
de Friedland. Un musée venait d’y être inauguré.
C’est, encore aujourd’hui et depuis la Deuxième
Guerre mondiale, le principal point d’entrée des
Allemands ethniques [populations d’ascendance
allemande] ainsi que d’autres populations qui
veulent émigrer ici. J’ai alors quitté mon ancien
emploi et j’ai commencé à travailler comme guide
dans ce musée en avril 2016.
Pendant les visites guidées, j’explique aux
nouveaux arrivants que ça ne va pas être facile
pour eux. Peut-être que si j’avais intégré plus
rapidement la culture allemande, coiffé mes
cheveux comme je l’entendais ou acheté d’autres
vêtements, les choses auraient été plus simples
pour moi. Mais je crois qu’à l’époque je n’étais pas
prête à renier qui j’étais : ni en Union soviétique,
où ma religion était interdite, ni ici, en Allemagne.
Je crois donc qu’il faut toujours demander
conseil aux gens à qui l’on fait confiance, de la
même façon que j’ai cherché du soutien auprès de
Victor. Nous nous sommes finalement mariés, et il
est aujourd’hui pasteur et conseiller conjugal en
Allemagne. J’espère que mon expérience pourra
apporter quelque chose aux réfugiés.
En tout, 60 millions de personnes ont été déplacées suite à
la Deuxième Guerre mondiale. Ce chiffre équivaut au niveau
actuel de migration dans le monde, mais il est moins élevé
en proportion que le nombre de Syriens en exil : environ 9
millions d’entre eux vivent en dehors de leur pays, sur un
total de 22 millions.
Thomas Hoepker Allemagne. Berlin. 1990. Après la chute du mur de Berlin,
sur un morceau non détruit, l’artiste Dmitri Vrubel a peint Le Baiser de la
fraternité, une relecture d’une photo de 1979 montrant les leaders soviétique et
est-allemand Léonid Brejnev et Eric Honecker.
La guerre froide
La fin de la Deuxième Guerre mondiale a marqué le début de
la guerre froide, qui durera jusqu’en 1991. La guerre froide
est une expression utilisée pour décrire la rivalité entre
l’Union soviétique d’un côté, et les États-Unis et leurs alliés
de l’autre. Les deux camps étaient alors en compétition pour
établir leur influence sur le monde entier. Ils ne se sont
jamais affrontés dans leur propre pays, mais ils soutenaient
certaines forces dans les différents conflits autour du monde,
et notamment en Afghanistan.
KHADIJA ZAMOURI, 49 ANS, DÉPUTÉE,BRUXELLES,
BELGIQUE
Mes professeurs n’auraient jamais cru que je
deviendrais députée. J’étais une enfant d’origine
marocaine, née en Belgique, dont les parents
étaient analphabètes. Mais mon parcours prouve
que quiconque peut réaliser ses rêves s’il a accès à
une éducation de qualité et si quelqu’un croit en
lui.
Mon père a quitté le Maroc pour la Belgique en
1965, lorsque le gouvernement avait besoin de
main-d’œuvre immigrée. La Deuxième Guerre
mondiale s’était terminée peu de temps avant, et il
y avait beaucoup à faire : construire des métros,
des ponts, des usines… Et il n’y avait pas assez de
monde pour cela.
Mon père avait 20 ans et ma mère 17 lorsqu’ils
sont partis de Tétouan.
Il a trouvé un emploi chez Umicore, une société
métallurgique d’Anvers, où il a travaillé pendant
45 ans.
J’étais le premier enfant de mes parents à naître
en Belgique, en 1967. Mes 10 frères et sœurs et
moi-même parlions arabe à la maison. J’ai appris le
néerlandais progressivement. Cela m’a fait
prendre du retard à l’école. Un jour, en cours au
lycée, ma professeure de néerlandais a lu ma
dissertation à voix haute et a déclaré que c’était le
plus mauvais devoir qu’elle n’ait jamais eu à
corriger. Je n’ai jamais oublié cette humiliation.
Cela a provoqué en moi une grande frustration.
Ma mère m’a toujours dit que l’éducation était la
seule chose qui pouvait sauver une femme d’une
vie misérable, d’une vie, selon elle, oppressée par
un mari. « Si tu échoues à l’école, tu devras rester
à la maison et te marier. » C’était ma plus grande
crainte.
J’ai donc étudié comme une folle et, âgée d’à
peine 20 ans, j’ai transformé ma frustration en
activisme pour la justice sociale.
Après avoir terminé mes études à 20 ans, j’ai fait
ma demande de nationalité belge. Pour enseigner,
il fallait être belge. Je suis ainsi devenue la
première enseignante de la région issue de
l’immigration. J’ai ensuite emménagé à Bruxelles
pour enseigner aux nouveaux arrivants – réfugiés,
immigrés – au sein du centre communautaire Le
Foyer. Plus vite vous améliorez vos compétences
linguistiques, plus vite vous vous intégrez.
L’une des raisons pour lesquelles je souhaitais
devenir enseignante était le besoin de réformer le
système éducatif et l’enseignement des langues.
Enfant, on m’obligeait à apprendre par cœur
d’interminables listes de vocabulaire, et non à
déduire le sens des mots d’un contexte élargi. Et je
suis convaincue que l’inverse aurait été plus
efficace : apprendre les mots en découvrant le
monde, et pas l’inverse.
Si vous demandez à une étudiante syrienne
d’écrire sur son périple jusqu’en Europe et qu’elle
ne parle pas la langue locale, cela ne devrait pas
être un problème. C’est là que commence notre
travail d’enseignant. Il faut lui apporter tout notre
soutien pour qu’elle puisse raconter son histoire en
toute confiance. Je le sais car j’ai vécu la situation
inverse, et je sais combien cela est douloureux.
Mon travail a attiré l’attention des politiques.
J’étais une femme, immigrée, néerlandophone et
déterminée à influer sur le destin de ma
communauté.
On m’a demandé d’entrer en politique en 1999,
10 ans après mes débuts d’enseignante. Je suis
devenue membre du Parlement flamand en 2011,
où j’ai travaillé sur l’amélioration de l’accès à
l’éducation pour les minorités. Je voulais réussir là
où mes professeurs avaient échoué : assurer une
éducation de qualité aux immigrés dans un
environnement stimulant.
J’ai serré mes deux poings et pleuré pendant les
commissions parlementaires lorsqu’on débattait
sur les chiffres. Comment était-ce possible que
30% de nos enfants issus de l’immigration soient
envoyés dans des établissements d’éducation
spécialisée ou de formation professionnelle ? Est-
ce que nos enfants sont globalement moins
intelligents, ou bien s’agissait-il de discrimination
structurelle ?
Bien que j’aie eu la chance de trouver un emploi
lorsque le taux de chômage était encore faible, j’ai
toujours eu l’impression que je ne comptais pas
autant que mes collègues blancs. Les gens pensent
encore aujourd’hui que les candidats avec un nom
occidental sont meilleurs que les autres. C’est
difficile de faire évoluer les mentalités et de faire
arriver à croire que « l’autre » est aussi bon, ou
bon d’une autre façon.
J’ai remarqué ça avec mes fils, âgés de 21 et 23
ans, qui parlent quatre langues. Leurs
compétences leur ouvrent de nombreuses portes,
mais ils veulent tous deux quitter la Belgique. Ils
ressentent vivement la ségrégation au sein de
notre société, cette différence entre « eux » et «
nous ». Ce fossé s’est tellement agrandi que cette
discrimination leur coûte encore plus qu’à moi.
Mon cadet, qui fait des études d’économie à
l’Université libre de Bruxelles, se retrouve toujours
dans des groupes de travail avec des immigrés
d’origine marocaine ou kosovare. On ne trouve
jamais un Belge blanc dans son groupe. Comment
est-ce possible ? Il n’y a jamais un Jan, un Pietje ou
une Sofie à ses côtés. Ça me fait mal de réaliser
qu’ils sont la troisième génération d’immigrés dans
ce pays et qu’ils ne se sentent pas encore chez eux.
Je ne veux pas que les réfugiés en fassent
aujourd’hui l’expérience, ou bien qu’ils vivent la
même chose que mes parents analphabètes il y a
50 ans, qui n’ont pas su se frayer un chemin dans
la société belge. Les réfugiés ont le droit à
l’information afin de ne pas perdre leur temps et
leurs enfants doivent pouvoir être scolarisés tout
de suite. Je ne veux vraiment pas qu’ils perdent
deux générations, comme cela a été notre cas.
Aujourd’hui, en tant que députée à Bruxelles,
j’organise des visites guidées avec des réfugiés
pour leur dire : « Regardez, vous pouvez vraiment
devenir qui vous voulez si vous travaillez en ce
sens, et que vous trouvez les bonnes personnes
pour vous guider. N’acceptez jamais les conseils
d’un professeur qui ne croit pas en vous. »
Une frontière imaginaire baptisée « le rideau de fer »,
clôturée et surveillée par des gardes armés, séparait le
continent européen en deux zones : d’un côté les pays de
l’Ouest (pour la plupart membres de l’OTAN : l’Organisation
du Traité de l’Atlantique nord ; en anglais, NATO : North
Atlantic Treaty Organization), de l’autre les pays de l’Est
(sous l’influence de l’Union soviétique).
Pendant la guerre froide, le rideau de fer était
principalement visible en Allemagne, qui était divisé en deux
pays distincts : l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de
l’Est. La ville de Berlin, située à l’Est, était aussi coupée en
deux. En 1961, le gouvernement communiste de l’Allemagne
de l’Est a construit un mur autour de Berlin-Ouest pour
empêcher la population de passer à l’Ouest.
L’émigration depuis les pays de l’Est était interdite
pendant la guerre froide. Mais en 1956, pendant
l’insurrection de Budapest contre le gouvernement contrôlé
par l’Union soviétique, environ 200 000 Hongrois ont fui vers
l’Autriche et la Yougoslavie. Les Soviétiques ont rapidement
écrasé cette révolution, avant de garder le contrôle du pays
jusqu’à la fin de la guerre froide.
Environ 300 000 Slovaques et Tchèques, alors citoyens du
pays qu’on appelait la Tchécoslovaquie, ont fui en 1968,
après que les Soviétiques avaient envahi le pays pour
écraser une révolte de courte durée contre le régime
contrôlé par l’Union soviétique.
Les migrations de travail
Les décennies suivantes ont été marquées par une migration
continue, due à des motifs différents : les besoins de main-
d’œuvre en Europe de l’Ouest, la fin de la guerre froide et les
violences ethniques des guerres en Yougoslavie ont
provoqué le déplacement de plus de 2 millions de
personnes. Avant vous, beaucoup d’autres gens venant du
monde entier ont déjà fait ce même voyage à travers
l’Europe, et notamment des millions d’Allemands.
Pendant les années 1950 et 1960, au moment de la
reconstruction d’après-guerre, l’Europe de l’Ouest est en
plein boom économique : des millions de travailleurs
d’Europe, mais aussi d’ailleurs, sont allés s’installer dans les
zones plus prospères au nord et à l’ouest du continent.
Beaucoup d’entre eux ont quitté des territoires qui étaient
alors des colonies européennes. Au total, ce sont près de 8
millions de permis de travail qui ont été distribués au
Royaume-Uni, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne de
l’Ouest, en Italie, au Luxembourg et en Belgique. La plupart
des migrants venaient d’Inde, du Maroc et d’Algérie. Plus
d’un million d’Algériens sont arrivés seuls en France. Un tiers
des travailleurs était originaire d’un autre pays d’Europe,
principalement d’Italie. Quant aux pays qui n’avaient pas de
grandes colonies, comme l’Allemagne, ils ont embauché des
travailleurs de Turquie, mais aussi d’Italie, de Grèce, du
Portugal, d’Espagne et d’ex-Yougoslavie. En 1973, 10% des
habitants de l’Allemagne étaient nés dans un autre pays.
Ainsi, après la Deuxième Guerre mondiale, la reconstruction
de l’Europe aurait été impossible sans les efforts des millions
de travailleurs invités, qui ont accepté des emplois dans la
construction et l’exploitation de charbon et de l’acier.
Leur arrivée en Europe était réglementée par des accords
entre les pays, qui prévoyaient un emploi temporaire, suivi
d’un retour au pays d’origine du travailleur. Pourtant,
beaucoup d’entre eux sont restés et ont élevé leur famille en
Europe. Ainsi, la plupart des enfants de travailleurs immigrés
sont finalement devenus des citoyens de leur pays d’accueil.
Cependant, leur nouvelle citoyenneté n’a pas forcément
garanti leur intégration, et le niveau de chômage de cette
deuxième génération était très élevé dans toute l’Europe. À
l’origine de cette intégration difficile et donc incomplète, on
trouve un accès inégal aux universités, des politiques de
logement qui ont produit un déséquilibre entre les quartiers,
et des pratiques salariales discriminatoires qui ont exclu les
immigrés du marché du travail.
LUA NGUYEN THI, 62 ANS, RESTAURATRICE,
FRANCFORT, ALLEMAGNE
Un jour, en 1973, à Saïgon, j’ai reçu une lettre qui
provenait de Hanovre, en Allemagne. Elle était de
Liem, un étudiant vietnamien en échange à
l’université Gottfried Wilhelm Leibniz. Nous ne
nous étions jamais vraiment parlé avant son départ
de Saïgon, nous n’étions que de simples
connaissances. Mais il a eu le coup de foudre pour
moi juste avant de partir. Bien sûr, il a réalisé
combien il m’aimait une fois que 9 500 kilomètres
nous séparaient. Il a donc décidé de m’écrire. Sa
première lettre m’a surprise, mais comme il était
charmant, j’ai répondu.
Nous nous sommes écrit pendant neuf ans. Il me
racontait sa vie en Allemagne, combien la
nourriture lui semblait étrange, combien l’hiver
était froid et solitaire, et combien Saïgon lui
manquait. Je lui racontais ma vie, mes études et
mes histoires de famille. Je lui ai demandé de
m’envoyer des photos de la neige. Je n’en avais
encore jamais vu.
La guerre du Vietnam contre les forces
américaines occupait aussi beaucoup de place
dans notre correspondance. Le conflit avait amené
l’héroïne dans les rues de Saïgon, et je lui
racontais combien la criminalité avait augmenté
dans notre quartier à cause de cela. Je lui écrivais
que, même s’il y avait de moins en moins
d’affrontements, il y avait de plus en plus de
victimes dans chaque camp.
Je crois que mes histoires l’ont rendu encore plus
patriotique. Il s’est lié avec d’autres étudiants
vietnamiens en Allemagne, des gens avec qui nous
sommes toujours amis aujourd’hui, des gens avec
qui il chantait, protestait et levait des fonds. La
guerre nous a réunis, d’une certaine façon.
Il est revenu quelques fois au Vietnam pendant
toutes ces années. La première fois, c’était juste
avant la fin de la guerre. Il voulait me connaître en
personne. Il est venu me chercher à la sortie des
cours et m’a emmenée au cinéma voir « Les Temps
modernes » de Charlie Chaplin. J’étais si heureuse
d’être avec lui.
La deuxième fois qu’il est venu, c’était quatre
ans après la fin de la guerre. Le Vietnam était
devenu une république socialiste dirigée par les
Nord-Vietnamiens. La famine régnait. Mon frère a
été emprisonné et a passé plusieurs années dans
un camp de rééducation pour s’être battu dans
l’armée sud-vietnamienne. Liem et moi, nous nous
sommes mariés et je suis tombée enceinte. Tout a
changé à la naissance de notre fils Luan. Nous
savions qu’il était alors devenu impossible pour
nous de vivre au Vietnam.
Liem est donc reparti en Allemagne après notre
mariage et m’a aidée à déposer une demande de
regroupement familial dans le cadre d’un
programme d’accueil de réfugiés vietnamiens,
pendant qu’il avait encore son visa étudiant. Ernst
Albrecht, le gouverneur de la Basse-Saxe, où vivait
Liem, avait mis en place ce programme quelques
années plus tôt. J’ai reçu le statut de réfugié et j’ai
été installée à Hanovre, où vivait Liem.
Je suis arrivée dans le camp de réfugiés en
décembre 1981. Je me souviens qu’il faisait froid et
qu’il neigeait. J’avais vu la neige sur les
photographies que Liem m’avait envoyées et dans
le film « Le Docteur Jivago ». Liem est venu me
chercher, et nous avons commencé une nouvelle
vie en Allemagne, enfin réunis après neuf ans de
séparation.
Nous avons passé les deux années suivantes
dans la chambre de sa résidence universitaire
pendant qu’il terminait ses études. Les premiers
mois, tout me faisait peur. Je restais à la maison
pendant que Liem allait en cours, et j’allais aux
cours du soir une fois Liem revenu à la résidence
pour s’occuper de Luan. Nous mangions à la
cafétéria de l’université pour économiser notre
argent.
Petit à petit, les choses se sont améliorées. J’ai
appris l’allemand, et Liem m’a acheté un vélo pour
que je puisse me déplacer en ville. Beaucoup
d’Allemands nous ont aidés : des bénévoles nous
ont enseigné l’allemand, des gens nous ont donné
des vêtements et de la nourriture pour bébé. Nous
avons reçu de l’argent du gouvernement pour nos
dépenses courantes.
Il y avait aussi des gens qui ne nous aimaient
pas. Je me souviens de mes visites à l’Office de
l’Immigration, où les fonctionnaires nous
regardaient comme si nous étions des mendiants.
Un jour, dans le tramway, une femme a demandé à
Liem de lui laisser sa place. Elle lui a montré son
passeport allemand en lui disant : « Ce siège est à
moi. »
Ça fait maintenant plus de quarante ans que
nous vivons en Allemagne. Nous habitons à
Francfort, où je tiens un restaurant. Liem travaille
dans sa propre entreprise comme ingénieur
aéronautique. Notre fils et notre fille ont reçu une
très bonne éducation et sont devenus des gens
bien. Nous travaillons beaucoup et nous pouvons
ainsi aider nos familles au Vietnam. Je n’aurais pu
demander mieux.
Mais j’ai toujours un sentiment bizarre car il y a
des choses de ma jeunesse au Vietnam qui me
manquent. Pourtant, lorsque j’y retourne, je ne me
sens pas chez moi. Et même si je parle allemand, je
ne me sens pas vraiment d’ici non plus. Les
Allemands ne nous voient pas comme des
Allemands, mais nous ne sommes plus vraiment
des Vietnamiens non plus. Nous sommes assis
entre deux chaises et nous ne savons pas où nous
allons.
Je suis très intéressée par ce qui se passe
maintenant. Bien sûr, ça me déchire le cœur de
voir les réfugiés avec leurs enfants. Il y a des
Allemands qui aident vraiment beaucoup : ils sont
bénévoles et fournissent de nombreux services.
Mais il y en a plein d’autres qui ne sont pas aussi
gentils.
Alors que l’embauche de travailleurs s’est quasiment arrêtée
après le premier choc pétrolier de 1973, l’immigration a
continué via le regroupement familial. Dans les années 1970,
ce sont près de 240 000 personnes par an qui sont allées
rejoindre un membre de leur famille en Europe.
Burt Glinn Allemagne. Berlin-Est. Été 1961. Un ouvrier bouche une fenêtre
avec des briques, une construction qui allait faire partie du mur de Berlin.
La fin de la guerre froide
Puis, dans les années 1980, tandis que le pouvoir de l’Union
soviétique s’affaiblissait, des millions de personnes prises
dans le piège de la guerre froide ont cherché à s’enfuir vers
l’Europe pour y trouver refuge. Parmi elles, plus de 4 millions
d’Allemands ethniques. Mais aussi des Afghans, des
Vietnamiens, des Iraniens et des Tamouls. Ils fuyaient le
chaos provoqué dans leur pays par la chute des régimes
communistes, une situation politique qui ouvrait de plus en
plus la voie libre vers l’Ouest.
THOMAS HOEPKER, 80 ANS, PHOTOGRAPHE,NEW
YORK, ÉTATS-UNIS
Dans les années 1970, je travaillais comme
photographe, j’étais salarié pour le magazine
« Stern », quand l’Allemagne de l’Ouest et
l’Allemagne de l’Est ont passé un accord pour
échanger leurs correspondants de presse. Ma
femme et moi avons donc déménagé à Berlin-Est,
ce qui à l’époque était complètement inédit pour
un journaliste.
L’expérience était plutôt exotique : je vivais dans
un pays où l’on parlait la même langue que la
mienne, mais contrôlé par un régime
complètement différent. J’ai essayé de vivre
comme les Allemands de l’Est, et de faire mes
courses dans les mêmes magasins qu’eux, mais les
produits étaient très difficiles à trouver car les
stocks étaient très limités. Impossible de se
procurer une bonne tablette de chocolat ou une
bonne bouteille si on n’avait pas le bon contact.
Quant au cinéma, on ne pouvait y voir que des
films russes. Enfin, il y avait bien des librairies,
mais elles ne vendaient que les livres autorisés par
le régime. Et encore, nous étions parmi les plus
chanceux : notre voiture avait une plaque
diplomatique, ce qui nous permettait d’aller passer
quelques jours à Berlin-Ouest. Ça faisait partie du
contrat. En revanche, pour la plupart des gens, il
était impossible de traverser [le mur de Berlin].
Pour le journaliste que j’étais, cette période était
à la fois fascinante et très déprimante. Par
exemple, on vivait au 16e étage d’un HLM, si je me
rappelle bien, et l’ascenseur ne fonctionnait
presque jamais. Même la vue depuis nos fenêtres
était désagréable. La moitié de la ville était encore
en ruine après la guerre. Le mur de Berlin était
laid, bien entendu, et il n’y avait pratiquement pas
d’espace entre les immeubles. Ainsi, les gens qui
habitaient près du Mur ont découvert une vue bien
différente du jour au lendemain : une fois le Mur
construit, ils ne voyaient plus qu’une clôture de fil
de fer barbelé. Plus tôt [en 1963], j’avais réalisé un
essai photographique dans lequel on voyait des
gamins de Berlin-Ouest grimper sur le Mur, alors
en construction. Pour eux, ce n’était qu’un terrain
de jeu.
En 1989, quand le Mur est tombé, je me trouvais
à San Francisco pour le travail. Je ne suis donc
arrivé à Berlin que trois ou quatre jours plus tard,
mais on pouvait sentir que l’ambiance avait
complètement changé du. J’ai pris des photos des
gens qui célébraient la chute du Mur, en le
saccageant, ainsi que les immeubles, qu’ils
détestaient. Il y avait aussi ces chars de combat
est-allemands garés dans une décharge, attendant
d’être vendus. Au même moment, les entreprises
occidentales sont arrivées, et c’était assez
impressionnant de voir tous ces changements, jour
après jour. J’ai pris la photo d’une femme
complètement sidérée à la vue d’une vache dans
un supermarché. Ce n’était pas un vrai animal,
évidemment, mais une publicité pour du chocolat.
La pauvre femme ne comprenait absolument pas
ce que pouvait bien faire une vache dans un
supermarché !
En 1990, un an après la chute du mur de Berlin et la
réunification de l’Allemagne, 397 000 Allemands ethniques
ont migré depuis l’Europe de l’Est et l’Union soviétique. Plus
tard, au cours de la décennie, des milliers d’autres sont
arrivés et ont demandé l’asile.
LES GUERRES DE YOUGOSLAVIE
Si vous êtes entré en Europe en passant par la
Bulgarie ou la Grèce, il y a de fortes chances que
vous ayez parcouru des pays qui constituaient
autrefois la Yougoslavie. Il y a 25 ans, ce territoire
a vécu une guerre brutale et un génocide
particulièrement cruel.
Fondée sur les cendres de la Deuxième Guerre
mondiale, la République fédérative socialiste de
Yougoslavie était constituée de 6 républiques
(Serbie, Macédoine, Croatie, Slovénie, Bosnie-
Herzégovine et Monténégro) et de 2 provinces
autonomes (Kosovo et Voïvodine).
Le pays était tenu par trois forces : le Parti
communiste, l’armée et le dirigeant historique de
la nation, le président Josip Broz Tito, mort en
1980. Même si la Yougoslavie était officiellement
communiste, elle n’a suivi pendant la guerre froide
ni la ligne de l’Union soviétique, ni celle de l’Ouest.
Le pays est resté pacifique de 1945 à 1990, au
moment où, simultanément, l’effondrement global
du communisme, la crise financière, les conflits
concernant la distribution des ressources et la
gouvernance de l’État ont ouvert la voie à des
hommes politiques de mouvance nationaliste.
Parmi les plus puissants d’entre eux se trouvait le
président de la République de Serbie, Slobodan
Milošević. Il a encouragé les Serbes qui vivaient en
Croatie et en Bosnie à se rassembler par
communauté ethnique, et leur a fourni les moyens
de mener des actions nationalistes violentes. On
comptait aussi d’autres dirigeants nationalistes,
dont Franjo Tudjman, le président de la Croatie.
La décomposition de la Yougoslavie a commencé
en 1991, quand la Slovénie a déclaré son
indépendance, suivie de celle de la Croatie. Une
guerre a alors rapidement éclaté entre la toute
nouvelle armée croate et la Serbie contrôlée par
l’Armée populaire yougoslave et des forces
paramilitaires financées par l’État. Dans le village
croate de Vukovar, le long de la frontière avec la
Serbie, des civils non serbes ont alors subi une
vague d’attaques mortelles. Pendant l’une d’entre
elles, plus de 250 patients d’un même hôpital ont
été enterrés dans une fosse commune, la majorité
d’entre eux avec leur intraveineuse encore au bras
(si vous êtes passé par Tovarnik, vous n’étiez qu’à
25 kilomètres de Vukovar). Plus tard, au cours de
la même année, la Macédoine, qui n’avait
quasiment pas de minorité serbe sur son territoire,
a déclaré son indépendance sans toutefois
provoquer de conflit.
La violence des guerres yougoslaves de
sécession a atteint un sommet de terreur dans la
République de Bosnie-Herzégovine. La population
de la Bosnie était alors constituée de Bosniaques
(des Bosniens de confession musulmane, 44%), de
Serbes orthodoxes (32%), de Croates catholiques
(14%), de Juifs, de Roms et d’autres minorités.
Néanmoins, les principaux groupes étaient tous
issus d’ethnies slaves et parlaient des variantes de
la même langue. Mais, en raison de leurs
différences, notamment religieuses, on les
considérait et traitait comme des populations
distinctes en Yougoslavie et on les désignait par
leur ethnie.
Après les élections multipartites de 1991, les
leaders serbes bosniens défendaient le maintien de
la Bosnie au sein de la Yougoslavie, tandis que les
leaders croates et bosniaques réclamaient
l’indépendance, qu’ils ont obtenue suite au
référendum du 6 avril 1992. Quelques actes isolés
de violence contre des civils ont précédé le vote.
Par la suite, les Serbes de Bosnie, qui s’étaient
préparés à une guerre et bénéficiaient du soutien
de la Serbie voisine, se sont lancés dans le projet
de créer une république serbe au sein de la Bosnie.
En conséquence, ils attaquèrent violemment les
populations civiles bosniaques et croates vivant sur
les territoires réclamés par les Serbes, commettant
meurtres, viols, tortures, vols, et provoquant le
déplacement forcé des non-Serbes. Dans certaines
villes de Bosnie, comme Prijedor, des nationalistes
serbes réunis en comités de crise ont ainsi obligé
les musulmans à porter un bracelet blanc, ou ont
accroché du linge blanc à leurs maisons et réprimé
leur mouvement. Les forces serbes ont par ailleurs
également détruit les mosquées et les objets de
culte musulman sur les territoires qu’ils
contrôlaient. Le gouvernement de Bosnie, quant à
lui, réclamait le maintien de l’unité et du caractère
multiethnique du pays, bien qu’au fil du temps les
Bosniaques devinrent progressivement la force
dominante. Cette domination s’est amplifiée après
le début d’un désaccord entre le gouvernement
bosnien et les forces croates bosniennes,
soutenues par la Croatie.
Bien que la Bosnie ait été admise au sein de
l’Organisation des Nations unies (ONU ; en
anglais, UN : United Nations) le 22 mai 1992, la
communauté internationale n’a pas réussi à
protéger le pays, qui plongea dans une guerre de 3
ans et demi, faisant un total de 100 000 morts.
Bien que l’UN eût déployé sa force de protection,
elle n’avait pas de mandat pour protéger les civils.
En outre, un embargo sur les armes étendu à toute
la région avait affaibli les capacités des forces
gouvernementales. Parmi les horreurs de ce
conflit, on retient le siège de Sarajevo (à l’époque,
le plus long siège d’une métropole), les viols de
masse des femmes bosniaques, le déplacement de
plus de 2,5 millions de personnes et le massacre de
Srebrenica. Ce massacre, perpétré en juillet 1995,
est la plus grave atrocité commise pendant cette
guerre : les Serbes de Serbie et de Bosnie ont tué
8000 hommes et garçons bosniaques après que
l’UN ait perdu le contrôle d’une zone sécurisée. Au
total, plus de 83% des victimes civiles de cette
guerre sont des Bosniaques.
En décembre 1995, les accords de paix de
Dayton ont mis fin à la guerre en Bosnie, divisant
le pays en deux entités largement autonomes :
51% du territoire sont devenus la Fédération de
Bosnie-et-Herzégovine, et les 49% restants, la
République serbe de Bosnie (Republika Srpska).
Cette division a ainsi consolidé la stratégie que les
agresseurs avaient menée pendant la guerre. Il
existait, en outre, une séparation de facto des
bastions croates de Bosnie.
Alors qu’en Bosnie les négociations réglaient le
conflit et qu’en Croatie la victoire militaire croate
mettait fin à la guerre (et déplaçait les Serbes
croates), des tensions éclataient au Kosovo, une
province du sud de la Serbie. Sur ce territoire, la
majorité ethnique était constituée d’Albanais qui
subissaient la discrimination du gouvernement
dominé par les Serbes. Les Albanais du Kosovo ont
d’abord essayé une stratégie de désobéissance
civile non violente, qui s’est avérée être un échec.
Ils ont alors décidé de former l’armée de libération
du Kosovo. Dès 1998, les forces serbes ont
répondu aux provocations de ce groupe en ciblant
les civils, commettant notamment un massacre
dans le village de Račak, un acte qui fut alors
largement médiatisé. Suite à l’échec de la
médiation internationale qui visait une résolution
pacifique du conflit, la Serbie a lancé une
offensive, provoquant le déplacement de plus de
850 000 Albanais du Kosovo. L’attaque fut si
violente qu’en mars 1999, l’Otan (Organisation du
traité de l’Atlantique nord ; en anglais, NATO : the
North Atlantic Treaty Organization) a décidé de
procéder à des offensives aériennes pour stopper
le bain de sang. Cette opération militaire a mené à
la capitulation de la Serbie et à la présence sur le
terrain de forces internationales militaires et
civiles dirigées par l’UN. Le Kosovo a finalement
déclaré son indépendance en 2008.
Thomas Hoepker Allemagne. 1991. Près de Rostock. Une promotion pour du
chocolat dans un nouveau centre commercial, ouvert suite à la réunification de
l’Allemagne.
Si vous êtes arrivés en Grèce par la Turquie et que vous avez
ensuite voyagé vers un autre pays de l’UE, comme environ
un million d’autres personnes, vous avez traversé certains
des pays qui autrefois constituaient la Yougoslavie. Cet État
fondé en 1918 était une fédération multiethnique et
multireligieuse de 6 républiques : la Slovénie, la Croatie, la
Macédoine, le Monténégro, la Serbie et la Bosnie-
Herzégovine. Cette fédération ayant toujours été instable et
précaire, elle a commencé à se désintégrer en 1991, pour
finalement plonger dans la guerre.
Le conflit a pris fin en 2001 et a déplacé environ 2 millions
de personnes qui ont fui vers l’Allemagne, la Grèce,
l’Autriche et d’autres pays plus à l’ouest. Ce conflit est
souvent décrit comme le plus sanglant et meurtrier en
Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale avec 125 000
morts, selon les estimations. Il est tristement connu pour les
viols et le génocide que les Serbes ont fait subir aux
Bosniaques.
D’abord basé sur le contrôle du territoire, le conflit
yougoslave a ensuite pris une dimension religieuse.
Le Monténégro et la Macédoine, malgré quelques violentes
révoltes sur leur territoire, ont réussi à échapper à la guerre
tandis qu’ils cherchaient à obtenir leur indépendance
pendant le conflit yougoslave
Josef Koudelka Bosnie-Herzégovine. Mostar. 1994. Un des nombreux
bâtiments détruits par la guerre dans le quartier musulman.
ZRINKA BRALO, 49 ANS, DIRECTRICE DE
MIGRANTS ORGANISE, LONDRES, ANGLETERRE
J’ai grandi, vécu, étudié et travaillé à Sarajevo
(située en ex-Yougoslavie), de manière
relativement heureuse, je dois dire, jusqu’en avril
1992, au moment où la guerre a éclaté. À cette
époque, je travaillais comme journaliste pour le
programme jeunesse de Radio Sarajevo, qui faisait
partie du réseau national de radiodiffusion. Grâce
à mon métier de journaliste, j’avais donc une
position privilégiée pour être mieux informée des
changements politiques qui avaient lieu dans le
pays. Pendant longtemps, je me suis sentie
coupable de ne pas avoir vu venir le mal qui allait
s’abattre sur nous en 1992. Mais maintenant, je
sais que je n’étais pas si naïve. C’est juste que
personne ne pouvait s’imaginer ce qui allait se
passer en Bosnie.
Il y avait plusieurs niveaux dans cette guerre. On
connait bien les divergences religieuses qui ont
mené à cette guerre. Si l’on avait dit aux gens de
sortir tuer leurs voisins pour que leurs dirigeants
puissent s’enrichir et voler de l’argent, il est assez
probable qu’aucun ne l’aurait fait. Mais les
hommes politiques ont manipulé les gens en
utilisant leurs peurs, en réécrivant l’histoire ou,
tout simplement, en leur racontant des mensonges.
Le discours est ensuite diffusé dans un
environnement où règnent la peur et la
propagande. Et voici comment ça marche.
Soudain, la vérité, la réalité ou l’humanité de votre
voisin n’a plus vraiment d’importance.
Je suis restée un an et demi à Sarajevo. Au début
de la guerre, je venais de sortir de l’hôpital suite à
une opération. Je ne pouvais pas aller me faire
enlever mes points de suture car la ville était
bloquée et, pour atteindre l’hôpital, il fallait passer
devant la ligne de mire de nombreux snipers. J’ai
donc dû m’enlever mes points toute seule.
Dès que j’ai été remise sur pied, je me suis
rendue à la chaîne de télévision où j’ai commencé
à travailler avec des correspondants inter‐
nationaux pour les 18 mois à venir. C’était, d’une
certaine façon, une manière de survivre
mentalement, mais aussi de survivre tout
simplement, car j’avais un accès amélioré à la
nourriture, aux médicaments mais également à des
petits luxes comme le shampoing.
Mais c’était devenu psychologiquement très
éprouvant car je voyais tous les jours défiler sur les
écrans les images de chaque cadavre et de chaque
conflit qui avait lieu dans la ville. J’ai senti que je
ne pourrais pas tenir beaucoup plus longtemps et
j’ai décidé qu’il était temps de partir.
Je savais exactement ce que j’abandonnais, mais
aussi que je ne reviendrais probablement pas. Je
laissais derrière moi ma famille et mes amis, ce qui
était particulièrement difficile car il n’y avait
aucune garantie qu’ils survivent. C’était
insoutenable. Rien, dans la vie, ne vous prépare à
vivre ces moments-là et à prendre de telles
décisions. Je ressentais l’immense culpabilité du
survivant.
Du fait que je travaillais avec des journalistes
étrangers, je bénéficiais d’une carte de presse des
Nations unies (NU ; en anglais, UN : United
Nations), ce qui, fondamentalement, vous donnait
accès à l’avion de transport militaire Hercules, qui
acheminait l’aide humanitaire vers la ville
assiégée. Je suis donc montée à bord d’un avion
Hercules vide.
Suite à une série de circonstances totalement
hasardeuses, j’ai fini par atterrir à Londres. Après
18 mois de siège, je découvrais enfin un monde
extérieur. Il n’y avait pas de plan défini. Pour moi,
le monde extérieur consistait à être en sécurité et
à avoir accès à de l’eau chaude et de la nourriture.
Ça n’avait rien à voir avec la bureaucratie, des
statuts juridiques, et bon, vous voyez, les choses
normales du quotidien.
Puis il a fallu que je fasse ma demande d’asile.
Ce n’était pas simple car ce système est
contradictoire : en tant que demandeur d’asile,
vous devez fournir de nombreuses pièces
justificatives que vous n’avez pas en votre
possession, parce qu’en fait lorsque vous fuyez une
zone de conflit armé, vous ne pensez pas vraiment
à votre future demande. Je partais aussi du
postulat « si les troupes britanniques sont en
Bosnie, si les journalistes britanniques sont aussi
en Bosnie, alors pourquoi je dois fournir autant de
pièces ? Vous ne regardez donc pas la télévision ?
», sans comprendre qu’il y avait en fait un discours
politique général qui visait à restreindre le nombre
de réfugiés. Ils ne se soucient pas beaucoup de qui
vous êtes, ou de ce qui vous est arrivé. Pour eux,
vous êtes juste une statistique. Un simple nombre.
Un nombre qu’ils essaient de réduire.
Ma demande a été rejetée pour une raison
technique. Ils n’ont même pas examiné le bien-
fondé de mon dossier. Ils ont dit que j’avais
traversé des pays sûrs et que j’aurais dû y faire là-
bas ma demande d’asile. Et ceci avant même que
cela fasse partie de la législation. J’ai donc fait
appel, une procédure qui a duré deux ans, avant de
finalement obtenir mon titre de séjour. Ça a été
très éprouvant, aussi car la guerre se poursuivait.
Vous devez travailler, vous devez étudier et vous
devez vous battre contre le système pour avoir le
droit de rester. Et il y a toute cette douleur que
vous portez en vous, votre inquiétude pour vos
proches restés au pays. On suppliait les
journalistes d’emporter avec eux en Bosnie des
petits paquets de nourriture et d’autres choses.
C’était vraiment horrible.
Et maintenant, je vois les Syriens qui vivent la
même chose. Ceux qui ont réussi à arriver jusqu’ici
ne peuvent pas travailler, ne peuvent pas aller à
l’université. Ils sont traités comme des personnes
de seconde zone, vivant dans l’incertitude. Il y a
ensuite les nuits d’insomnie et d’inquiétude à
penser à leurs amis et leur famille restés là-bas.
De nombreuses villes syriennes ressemble aux
villes bosniaques, car la méthode de destruction
est très similaire. Lorsque je vois des photos
d’Alep, la ressemblance aux photos de Sarajevo
pendant la guerre est troublante. Et ça vous
anéantit, car en ce sens, lorsque vous passez par
des événements aussi tragiques, avec de telles
pertes, vous espérez que… ou du moins j’essaie de
donner du sens à tout cela en imaginant que c’est
bon, on a peut-être tiré les leçons de tout ça, et
nous, les humains, on ne va pas refaire les mêmes
erreurs.
Mais malheureusement ce n’est pas le cas. Le
prix à payer est élevé pour celui qui vit la guerre,
mais le reste de l’humanité n’est pas très doué
pour tirer des leçons à partir des erreurs des
autres.
La Tchécoslovaquie est un autre pays qui a échappé au
conflit armé à la fin de la guerre froide. Il a été
pacifiquement divisé en deux nations en 1993, la République
tchèque et la Slovaquie, après un épisode que l’on appelle la
révolution de Velours (« The Velvet Revolution », en anglais).
Pendant les années 1990, le volume net de l’immigration
en Europe a plus que triplé, comparé aux niveaux des
années 1980, pour atteindre environ 750 000 personnes par
an. On note une augmentation du nombre d’Irakiens,
Afghans et Africains (venant de pays comme la Somalie et la
République démocratique du Congo). Puis, dans les années
qui ont suivi, des millions d’autres personnes ont continué
d’arriver en Europe.
L’Europe s’élargit, les
déplacements de populations
s’intensifient
En 2004, 10 pays ont rejoint l’UE (Chypre, Malte, la
République tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie, la
Slovénie, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie), venant rallier
les 15 pays déjà membres (les Pays-Bas, l’Allemagne, la
France, la Belgique, le Luxembourg, l’Espagne, l’Italie, le
Portugal, la Suède, le Danemark, la Grèce, l’Irlande, le
Royaume-Uni, l’Autriche et la Finlande). [Vous pouvez en
savoir plus sur le processus d’adhésion d’un pays à l’UE en
lisant « Les rouages de l’UE »] Cet élargissement était le plus
important dans l’histoire de l’UE. Il a effectivement accueilli
des pays et des populations à l’histoire très différente des
autres membres. Alors que l’Europe de l’Ouest a depuis
longtemps adopté un capitalisme de marché, l’Europe de
l’Est a, quant à elle, vécu sous des régimes communiste et
socialiste entre la Deuxième Guerre mondiale et la fin de la
guerre froide.
Après cet élargissement, des centaines de milliers de
personnes sont allées à l’Ouest, notamment depuis la
Pologne : ce sont environ 300 000 Polonais (quasiment 1%
de la population du pays) qui sont allés travailler ailleurs
dans l’UE. Entre 2004 et 2007, ce chiffre a atteint 2 millions.
Les immigrés d’Europe de l’Est ont été rejoints par des
migrants pauvres et des minorités persécutées (comme les
Roms), originaires de pays non-membres de l’UE comme la
Serbie, l’Albanie, la Macédoine et le Kosovo - un pays
partiellement reconnu par la communauté internationale.
Enfin, après la crise économique de 2008, beaucoup de
jeunes au chômage originaires d’Espagne, du Portugal et de
Grèce sont allés chercher du travail dans d’autres pays plus
prospères de l’UE.
KAROLINA, 36 ANS, ENTREPRENEURE, LONDRES,
ANGLETERRE
J’ai grandi à Terespol, une petite ville dans l’est de
la Pologne, à la frontière avec la Biélorussie. Mon
père était chauffeur de bus. On avait du mal à
joindre les deux bouts avec son seul salaire. Je
n’avais jamais imaginé pouvoir quitter la Pologne
un jour.
À l’âge de 15 ans, je suis rentrée dans une école
où l’on nous enseignait à coudre, à cuisiner et à
s’occuper des enfants, en plus des cours
traditionnels. On avait l’habitude de l’appeler «
L’École des bonnes épouses ». Les après-midi, je
travaillais dans une jardinerie pour subvenir à mes
besoins. Un été, j’ai décroché un stage dans une
ferme en Allemagne. C’était la première fois que je
partais à l’étranger. J’étais censée apprendre à
traire les vaches mais, comme j’étais gauchère,
j’avais du mal à le faire correctement. J’ai donc
passé l’été à cuisiner, à faire le ménage et des
travaux de peinture. Je ne le savais pas encore à
l’époque, mais ces compétences allaient m’être des
plus utiles lorsque j’emménagerai à Londres un an
plus tard.
Je suis arrivée en Angleterre en 1999, à une
époque où il était encore difficile pour les Polonais
de venir ici. Je suis entrée avec un visa touristique,
en prétendant que je venais rendre visite à une
amie. Et je suis restée illégalement pendant
plusieurs mois, après la date d’expiration de mon
visa.
Ma vie était très difficile au début. Je dormais
par terre, puis j’ai eu une chambre dans une pièce
en sous-sol, qui avait été autrefois des toilettes. Et
malgré tout, pour moi, c’était quand même le
palais de Buckingham.
Je n’ai pas trouvé de travail tout de suite, mais
avec ce que j’avais appris à l’École des bonnes
épouses, j’ai pu aider à la cuisine et au ménage
dans la maison où je vivais. J’ai ensuite trouvé un
emploi de femme de ménage dans un Bed &
Breakfast et j’ai pris des cours d’anglais.
Ensuite, alors que j’étais nounou, mes
employeurs me demandaient sans cesse de leur
trouver des plombiers et des femmes de ménage
polonais. Nous avions la réputation d’être fiables
et travailleurs.
Après 12 ans en Grande-Bretagne, j’ai décidé de
monter ma propre société où je mettais en relation
des particuliers avec des personnes pour faire le
ménage et s’occuper des enfants. J’embauche
beaucoup de Polonaises. Pour la majorité d’entre
elles, il est beaucoup plus facile aujourd’hui de
venir ici depuis que la Pologne est un État membre
de l’Union européenne
[depuis 2004]. Le vol ne coûte que 19 livres
[environ 25 €] et elles n’ont pas à se soucier de
leur visa ou bien du risque d’être expulsées,
comme c’était notre cas. Beaucoup d’entre elles
connaissent déjà quelqu’un à Londres, et si ça ne
marche pas pour elles ici, elles peuvent repartir
facilement.
Comme je suis partie très jeune de Pologne, je
n’ai plus grand chose là-bas : un peu de famille,
quelques amis et, malheureusement, plusieurs
personnes au cimetière. Ma fille est née en
Grande-Bretagne, et c’est surtout depuis ce
moment que je me sens chez moi ici. Je crois que
les Polonais qui sont arrivés récemment ne sont
pas aussi bien intégrés dans la société britannique.
En ce moment, je trouve que les étrangers sont vus
comme ceux qui volent les emplois des Anglais,
ainsi que leur lit d’hôpital et leur place à l’école…
Je pense que cela va être compliqué pour les
nouveaux migrants de s’intégrer dans ces
conditions.
Parfois, avec mon mari, nous parlons de repartir
en Pologne, de vivre dans les montagnes et d’y
passer nos vieux jours. Mais notre fille de 4 ans va
bientôt être scolarisée. Je ne crois pas qu’on
rentrera là-bas. C’est ici chez nous maintenant.
Seuls le Royaume-Uni, l’Irlande et la Suède ont
immédiatement ouvert leurs frontières.
Le délai d’ouverture des frontières des autres pays
membres de l’UE, parmi d’autres éléments, a obligé de
nombreux migrants à accepter des situations de travail
illégales. Les chiffres exacts ne sont pas connus, mais on
estime qu’à cette époque environ 7 à 12% de la population
immigrée des 15 États membres étaient sans papiers, c’est-
à-dire travailleurs clandestins.
La situation aujourd’hui
En 2011, les premiers réfugiés du mouvement migratoire
actuel – dont vous faites partie – ont commencé à se rendre
en Europe. Le nombre de Syriens arrivés en Grèce a plus que
doublé, comparé aux années précédentes. En 2015, plus de
1,3 million de personnes originaires de Syrie, Irak,
Afghanistan, Somalie, Érythrée et d’autres pays d’Afrique et
d’Asie ont demandé l’asile. Ce chiffre est presque deux fois
plus élevé que les demandes d’asile de 1992, quand un
nombre record de personnes originaires de l’ex-Yougoslavie
cherchaient refuge. Dans les trois premiers mois de l’année
2016, environ 173 000 personnes originaires d’Afrique et
d’Asie sont arrivées en Grèce et en Italie par la mer.
L’Europe s’est élargie et a profondément changé depuis
ses débuts, en 1951, quand 6 pays sont devenus membres
de la Communauté européenne du charbon et de l’acier
(Ceca ; en anglais, ECSC : European Coal and Steel
Community). Aujourd’hui appelé Union européenne, le bloc
défend la libre circulation des personnes, des biens et des
services dans ses 28 pays membres. Les habitants de ces
États – ainsi que de l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et
la Suisse (qui sont en Europe mais n’ont pas rejoint l’UE) –
ont la liberté de se déplacer sur ce territoire et d’y travailler
ou d’y vivre.
La politique d’ouverture des frontières intérieures se
conjugue avec une politique de contrôle stricte des frontières
extérieures.
[Pour en savoir plus, voir « Les rouages de l’UE » et « Venir
en Europe ».]
Au final, cet ensemble de pays très différents crée une
union variée et diversifiée. Environ 3% des personnes qui
vivent dans l’UE sont citoyens d’un État membre différent de
celui dans lequel ils résident actuellement.
Sur les 503 millions de personnes vivant dans l’UE,
quasiment 7% sont nés en dehors de ce territoire. Parmi ces
7%, environ les deux tiers sont citoyens d’un pays
n’appartenant pas à l’UE. En 2013, le plus grand groupe de
nouveaux citoyens résidant dans l’UE et nés en dehors du
bloc venait d’Inde, de Turquie et du Maroc.
Parmi les États membres, l’Allemagne, le Royaume-Uni et
l’Italie sont ceux qui ont accueilli le plus grand nombre
d’habitants nés à l’étranger.
Photographie
Robert Capa Allemagne. Dans les environs de Wesel. 24 mars 1945. Alors que
les Alliés avancent vers le Rhin, des fermiers allemands fuient les combats.
Robert Capa Allemagne. Berlin. 1945. Des réfugiés traversant le secteur
soviétique en ruine.
Henri Cartier-Bresson Allemagne. Avril 1945. Un camp de transit a été
installé entre les zones américaine et soviétique pour accueillir les réfugiés de
retour du front de l’Est. La rivière faisait partie de la délimitation entre les deux
secteurs.
David Seymour Grèce. 1948. Des réfugiés de la guerre civile grecque, qui a
duré de 1946 à 1949.
Herbert List Italie. Naples. 1959. Un homme salue son gendre qui quitte le
pays.
Erich Lessing Hongrie. Frontière avec l’Autriche. 1956. Dans un bref moment
de détente avant la révolution hongroise de 1956, des soldats hongrois
procèdent au déminage du sol et détruisent une clôture de barbelés à la frontière
avec l’Autriche.
Patrick Zachmann Jérusalem. Juin 1981. Un survivant des camps de
concentration lors de la première rencontre internationale des survivants de
l’Holocauste.
Josef Koudelka Tchécoslovaquie. Prague. Août 1968. Les troupes du pacte de
Varsovie envahissent Prague.
Raymond Depardon Allemagne de l’Ouest. Berlin-Ouest. 1962. Des enfants
jouent à construire un mur.
Mark Power Allemagne. Berlin-Est. 12 novembre 1989. Des soldats est-
allemands se tenant devant la porte de Brandebourg pendant que des Allemands
de l’Ouest escaladent le mur de Berlin.
Mark Power Allemagne. Berlin-Ouest. 10 novembre 1989. Des Allemands de
l’Est émus traversent la frontière vers l’Ouest après la chute du mur de Berlin.
Gilles Peress Bosnie. Ahmići. 1993. Le minaret détruit de la mosquée de
Ahmići au bord de la route principale. Le matin du 16 avril, plus de 100 villageois
ont été tués. C’est un des exemples les plus sauvages du nettoyage ethnique des
Balkans.
Cristina García Rodero Macédoine. Stenkovac. 1999. Des enfants dans un
camp de réfugiés.
Josef Koudelka Bosnie-Herzégovine. Mostar. 1994. Le Stari Most, ou le Vieux
Pont, une arche de pierre située à 29 mètres au-dessus de la rivière Neretva, a
été construit en 1566 sous le règne de Soliman le Magnifique pendant
l’occupation ottomane. Il a été détruit en novembre 1993 par les chars de
combat serbo-croates. Au premier plan, une carte postale montrant le pont avant
la guerre.
Gilles Peress Croatie. Dvor. 1995. Des réfugiés croates fuient une offensive
serbe, traversant la frontière avec la Bosnie sur la rivière Una.
Les rouages de l’Union
européenne : comment ça
fonctionne ?
En 2012, l’Union européenne s’est vue récompensée par le
prix Nobel de la paix, le prix de promotion de la paix le plus
prestigieux au monde, pour maintenir la stabilité
économique et politique entre ses États membres. Toutefois,
67 ans plus tôt, il s’agissait d’un continent en ruine, qui avait
survécu à la plus grande guerre que le monde ait jamais
connue, tuant plus de 60 millions de personnes, pour la
plupart des civils.
Depuis, les pays européens, tous anciens alliés ou
ennemis, ont fait le serment de ne plus jamais se refaire la
guerre et, à cet effet, ont mis en place un ensemble de lois
qui renforceraient leur coopération par le biais de plusieurs
institutions. L’intégration commerciale est devenue le
principe fondateur de l’UE, en partant du principe qu’une fois
les anciens ennemis devenus partenaires commerciaux, il
serait plus difficile de s’attaquer les uns les autres.
Au cours d’un célèbre discours donné en 1950, le ministre
français des Affaires étrangères de l’époque, Robert
Schuman, déclara qu’il entendait rendre la guerre « non
seulement impensable, mais matériellement impossible. »
LES ORIGINES MYTHOLOGIQUES DE L’EUROPE
L’Europe est souvent représentée par une belle
femme chevauchant un taureau blanc. Vous l’avez
peut-être déjà vue sur une pièce de 2 €. Elle est
aussi représentée par une célèbre statue en face
du siège du Parlement européen à Strasbourg, en
France. Mais saviez-vous qu’elle était libanaise ?
Dans la mythologie grecque, Europe était une
princesse, fille du roi Agenor qui régnait sur Sidon
et Tyr, des villes portuaires importantes de
Phénicie (une civilisation de la côte
méditerranéenne, vivant sur les territoires actuels
de la Syrie, du Liban et Israël / Palestine). Selon le
mythe, le dieu grec le plus puissant, Zeus, est
tombé amoureux d’Europe alors qu’elle ramassait
des fleurs dans une prairie avec ses amies. Afin de
l’approcher, il se transforma en un magnifique
taureau blanc, musclé et docile. De sa bouche se
dégageait un parfum de crocus jaune safran. Ainsi,
il séduit Europe qui s’enhardit à monter sur son
dos. L’animal traversa la Méditerranée en nageant
et l’amena sur l’île de Crète, à Gortyne. Zeus reprit
sa forme humaine et se révéla à Europe sous un
platane sacré. De cette union naîtront trois enfants
: Minos (un roi sage et puissant de Crète),
Sarpédon et Rhadamante. Plus tard, Europe sera
donnée par Zeus comme épouse au roi de Crète,
Astérion, qui élèvera les enfants.
De nombreux écrivains grecs et latins ont
raconté à plusieurs reprises cette histoire. Celle-ci
était aussi racontée sous forme de sculptures, de
fresques et de vases dans les temples anciens. Les
peuples de l’Antiquité connaissaient souvent les
origines de cette histoire. Après tout, les
Phéniciens étaient un peuple de navigateurs et de
commerçants qui traversaient toute la
Méditerranée pour se rendre jusqu’en Espagne ou
au Maroc. Dans la Rome et la Grèce antiques, ils
étaient aussi connus pour leur teinture violette.
D’une certaine manière, le mythe de Zeus et
d’Europe symbolise le transfert de culture de
l’Orient vers l’Occident. Par exemple, l’alphabet
grec vient de celui des Phéniciens : une écriture
simple, pratique et exceptionnelle où chaque lettre
représente un son.
En phénicien, « asu » signifiait le levant et
« eureb » le couchant. Au cours de leurs voyages
en mer, les Phéniciens voyaient le soleil se lever
sur l’actuelle Turquie et se coucher sur la Grèce.
Ainsi, selon eux, l’Asie (« asu ») était devenue la
région du lever du soleil et l’Europe (« eureb »)
celui du coucher.
Au Ve siècle avant J.-C., l’historien grec Hérodote
distinguait ainsi l’Asie (l’Orient, incluant l’Égypte),
l’Europe et la Libye (l’Afrique sans l’Égypte). Dans
sa vision eurocentrée du monde, l’Europe
apparaissait aussi grande que les deux autres
continents réunis. Il doutait que l’Europe tire son
nom d’une légende de princesse phénicienne qui,
hormis la Crète, n’avait jamais foulé le sol de ce
que les Grecs appelaient à cette époque l’Europe.
Ce n’est qu’au XIXe et au début du XXe siècle, en
raison d’un intérêt académique croissant pour la
mythologie et pour les racines de l’Europe dans la
civilisation classique, qu’est née la fascination pour
le mythe de Zeus et de la princesse phénicienne.
Bien sûr, les controverses sur le territoire et les
frontières de l’Europe n’ont pas cessé. Bien
qu’aujourd’hui peu de gens considéreraient une
princesse libanaise comme une vraie Européenne,
les millions de personnes qui traversent
actuellement la Méditerranée nous rappellent que
l’Europe et l’Asie partagent depuis longtemps cette
mer ancienne.
Stuart Franklin Autriche. Klagenfurt. Journée de l’Europe. 2001. Des écoliers
avec les drapeaux européens pendant une cérémonie plurilingue et
multiculturelle tenue à l’extérieur de l’hôtel de ville sur la place municipale.
Une union
Dans ce but, les pays européens n’ont dès lors cessé
d’intégrer leurs économies. Il a fallu au préalable convenir de
normes d’échanges commerciaux, de réglementations et de
droits humains avant de s’engager à respecter ces principes.
Ensemble, ils forment une union, c’est-à-dire un groupe de
pays qui ont accepté d’abandonner une partie de leur
autonomie nationale ou souveraineté, lorsqu’ils pensent
qu’une action collective serait plus efficace que de traiter les
problèmes individuellement. C’est notamment le cas de la
sécurité des voies ferroviaires et de la propreté des rivières.
A cet effet, ces pays ont mis en place un gouvernement de
l’Union européenne, recouvrant 28 pays. Tous les États
membres élisent et envoient des représentants à cet
organisme qui gouverne plus de 508 millions d’Européens en
matière d’immigration, de création d’emplois, de croissance,
de technologie numérique, d’agriculture, de justice, de libre-
échange commercial, d’énergie, de politique économique, de
protection environnementale et de droits humains.
Les 28 États membres de l’EU sont :
Allemagne
Autriche
Belgique
Bulgarie
Chypre
Croatie
Danemark
Espagne
Estonie
Finlande
France
Grèce
Hongrie
Irlande
Italie
Lettonie
Lituanie
Luxembourg
Malte
Pays-Bas
Pologne
Portugal
République Tchèque
Roumanie
Royaume-Uni
Slovaquie
Slovénie
Suède
L’intégration de ces 28 pays est sans précédent. Il s’agit
d’une grande expérience qui unit formellement des
gouvernements autonomes afin de promouvoir la paix et la
coopération entre eux.
Stuart Franklin France. Strasbourg. 2001. Une session au Parlement
européen.
Comment ça marche ?
Pour y arriver, les États membres ont convenu de créer des
institutions conjointes qui correspondent à celles que l’on
trouve dans tous les pays : un parlement, des tribunaux et
une banque centrale. Voici les plus importantes :
La Commission européenne est un organe exécutif
qui élabore des avant-projets de propositions législatives
et d’accords politiques.
Le Conseil européen est composé de chefs d’État des
États membres, d’un président et du président de la
Commission européenne. Ils émettent des
recommandations mais ne détiennent aucun pouvoir
législatif.
Le Conseil de l’Union européenne (ou Conseil des
ministres) est composé de ministres des États membres
de l’éducation, de la santé, des finances et d’autres
domaines. Il fait partie du système législatif,
conjointement au Parlement européen.
Le Parlement européen compte 751 représentants
élus issus des 28 États membres. On y parle 24 langues
officielles et son siège se trouve à Bruxelles, en
Belgique, et à Strasbourg, en France. Les lois du
Parlement européen sont contraignantes pour
l’ensemble des États membres. Certaines lois obligent
un État membre à atteindre un objectif précis, mais il
revient au pays de décider de la manière de procéder.
LE PARLEMENT EUROPÉEN
Le Parlement européen est constitué de
751 députés (en anglais, Members in the
European Parliament : MEPs) élus dans les 28
États membres de l’Union européenne. Depuis
1979, les députés sont élus au suffrage universel
direct pour un mandat d’une durée de 5 ans.
Auparavant, c’étaient les gouvernements nationaux
qui désignaient les députés.
Chaque pays détermine son propre mode de
scrutin, sachant qu’il doit forcément garantir le
suffrage universel (tous les citoyens adultes de
l’Union européenne doivent avoir le droit de voter)
et le secret du vote.
Les sièges sont attribués selon le nombre
d’habitants de chaque État membre, mais les pays
les moins peuplés comptent plus de députés par
habitant que les plus grands États. Un peu plus
d’un tiers des députés sont des femmes. Les
députés ne sont pas regroupés par nationalité,
mais par affinité politique.
Les députés partagent leur temps entre leurs
deux circonscriptions : Strasbourg, en France, et
Bruxelles, en Belgique.
LE FONCTIONNEMENT
Les 751 députés sont membres de 16 partis
politiques, appelés « Europartis », qui reçoivent le
financement de l’Union européenne et ont
l’autorisation de faire campagne pendant les
élections.
Ils forment 9 groupes politiques (non
permanents) qui regroupent les partis nationaux
des 28 États membres, et des hommes et des
femmes politiques indépendants. Ces groupes ne
sont pas autorisés à faire campagne durant les
élections.
Les groupes recouvrent l’ensemble du spectre
politiques au Parlement européen : de la gauche,
avec des idées écologistes qui prônent
généralement une plus grande intégration
européenne et un approfondissement de la social-
démocratie [pour une définition de ce concept,
allez à « La particularité de l’Europe »], à la droite,
défenseur de politiques eurosceptiques, qui
s’oppose à l’élargissement de l’Union.
GROUPES ACTUELLEMENT PRÉSENTS AU
PARLEMENT
[en juin 2016, classés par ordre d’importance]
Parti populaire européen [European People’s
Party] : centriste, chrétien
Alliance Progressiste des Socialistes et
Démocrates au Parlement européen
[Progressive Alliance of Socialists and
Democrats] : centre-gauche
Conservateurs et Réformistes européens
[European Conservatives and Reformists] :
droite
Alliance des démocrates et des libéraux
pour l’Europe [Alliance of Liberals and
Democrats for Europe] : centriste
Groupe confédéral de la Gauche unitaire
européenne/Gauche verte nordique
[Confederal Group of the European United Left–
Nordic Green Left] : gauche
Verts/Alliance libre européenne [Greens–
European Free Alliance] : gauche, régionaliste
(défendant l’indépendance des régions de leurs
pays)
Europe de la liberté et de la démocratie
directe [Europe of Freedom and Direct
Democracy] : eurosceptique
Europe des Nations et des Libertés [Europe
of Nations and Freedom] : droite, eurosceptique
Non-inscrits : pour la plupart d’extrême droite
Information tirée du site web du Parlement
européen.
La Cour des comptes européenne (CCE ; en anglais ECA :
European Court of Auditors) contrôle le budget de l’UE
auquel contribue chaque État membre. Les autres sources
de financement de l’UE comprennent notamment les droits
de douanes à l’importation en provenance de pays hors zone
UE. Les membres ne respectant pas la loi européenne
s’exposent à des sanctions.
Le Contrôleur européen de la protection des données
(CEPD ; en anglais, EDPS : European Data Protection
Supervisor) veille au respect des données à caractère
personnel des citoyens lors de leur traitement par les
institutions européennes.
La Banque centrale européenne (BCE ; en anglais, ECB :
European Central Bank) gère l’euro et sa politique
monétaire.
La Banque européenne d’investissement (BEI ; en anglais,
EIB : European Investment Bank) met à disposition des
financements pour investir dans des projets importants pour
les États membres qui favorisent les objectifs de l’UE,
comme la construction du métro à Athènes en Grèce
(connecter les citoyens européens), le nettoyage de la mer
Baltique (préserver l’environnement) et la prévention des
inondations à Venise, en Italie (préserver l’héritage culturel).
La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE ; en
anglais, CJEU : Court of Justice of the European Union) veille
à l’application du droit de l’Union. Les membres ne
respectant pas la loi européenne s’exposent à des sanctions.
Elle règle aussi des litiges entre des gouvernements et
apporte son concours aux juridictions nationales dans
l’interprétation de la loi européenne. Les juridictions des
États membres doivent veiller à ce que la législation
européenne soit correctement appliquée dans leur pays.
Le Comité des régions (CdR ; en anglais CoR : Committee
of the Regions) et le Comité économique et social européen
(CESE ; en anglais, EESC : European Economic and Social
Committee) sont conçus pour donner la parole aux intérêts
régionaux et aux organisations de la société civile. Chaque
organe compte 353 membres issus des 28 États membres.
Ils donnent leurs conseils au Parlement, à la Commission et
au Conseil et s’expriment sur des questions juridiques.
Le Médiateur enquête sur les plaintes à l’encontre des
institutions européennes pour des retards, des
discriminations et des abus de pouvoir. Ces plaintes peuvent
êtes introduites par des citoyens, des résidents, des
entreprises ou des associations.
Le Service européen pour l’Action extérieure
(SEAE; en anglais, EEAS : European External Action
Service) opère comme un ministère des Affaires étrangères.
Il gère les relations diplomatiques de l’UE avec les pays non-
membres et mène la politique étrangère de sécurité de
l’Union.
Ian Berry Angleterre. Londres. 1972. Manifestation contre le marché unique à
Londres.
Crise de croissance
Alors que l’UE propose des lois lorsqu’une action collective
s’avèrerait plus efficace et pertinent que l’action individuelle
d’un pays, il n’en demeure pas moins que chaque
gouvernement d’un État membre reste responsable de
l’élaboration de ses lois, de leur mise en vigueur et de la
gestion de la vie quotidienne de ses résidents.
Cette règle n’est néanmoins pas toujours respectée du fait
que certains pays déclarent, et ce sans surprise, que l’UE a
sa part de responsabilité dans leurs difficultés croissantes.
Certains pays souhaitent bénéficier d’un degré
d’autonomie supérieur et émettent une certaine résistance
face à l’autorité de l’UE. C’est pour cette raison notamment
que dans une démarche sans précédent, les citoyens de la
Grande-Bretagne ont voté leur sortie de l’UE en juin 2016.
BREXIT
Le Royaume-Uni a toujours montré une certaine
réserve vis-à-vis de l’Union européenne depuis son
adhésion en 1973. Les Britanniques ont ainsi
décidé de quitter l’UE en juin 2016. Cette décision
fut choquante bien que prévisible, en raison de la
relation tumultueuse que le Royaume-Uni
entretient avec l’UE.
Du fait que le Royaume-Uni fut historiquement le
plus grand et le plus durable des empires
coloniaux européens, la majorité des Britanniques
considèrent leurs pays comme l’une des plus
grandes nations au monde. Appartenant à un État
insulaire, ses citoyens se sentent aussi, d’une
certaine façon, séparés du reste du continent.
Enfin, en tant que grand gagnant de la Deuxième
Guerre mondiale – un statut qu’ils ont payé au prix
fort –, ils sont fortement préoccupés par les
ambitions des autres pays européens. Presque
toute l’élite politique britannique accorde une
grande importance à la relation qu’entretient leur
pays avec les États-Unis.
Tous ces facteurs permettent d’expliquer
pourquoi le Royaume-Uni ne fut pas membre
fondateur de l’UE et pourquoi il ne l’a rejointe
qu’en 1973. Avant sa sortie de l’Union, il y avait
déjà eu au Royaume-Uni des votes nationaux et des
débats entre les partis politiques sur le choix de
rester ou non au sein de l’UE. Les individus et les
partis politiques ont depuis changé d’avis sur la
question et se sont retrouvés profondément divisés
sur ce que devrait être leur relation avec l’Europe.
Les médias britanniques, en particulier les
journaux tabloïds appartenant à des groupes
privés, se sont souvent montrés hostiles vis-à-vis
de la Commission européenne, basée à Bruxelles,
en Belgique, qui élabore les ébauches de lois
européennes.
Du fait que les pouvoirs de l’UE se sont accrus et
que la taille de l’UE a aussi augmenté en intégrant
des anciens pays du bloc soviétique, les relations
avec le Royaume-Uni se sont progressivement
crispées.
La montée du Parti pour l’indépendance du
Royaume-Uni (en anglais, UKIP : UK Independence
Party), le scepticisme de nombreuses personnalités
du Parti conservateur (Conservative Party) et
l’ambivalence de nombreuses figures du Parti
travailliste (Labour Party) affichée ces dernières
années ont contribué a affaiblir le soutien de la
Grande-Bretagne pour son maintien dans l’UE.
Ce contexte a mené à une solution radicale et
brusque en 2016 à l’issue du référendum
britannique sur le Brexit, dont la question était de
savoir si le Royaume-Uni devait sortir ou non de
l’Union.
À la surprise de la majorité, y compris de
nombreux partisans du « leave » (partir), les
Britanniques ont voté la sortie de l’Union, à 52%
contre 48%. Plus de 17 millions de citoyens ont
ainsi voté contre le maintien dans l’UE alors que la
majorité des observateurs et experts, des sondages
et des voix des marchés financiers avaient prédit
une victoire serrée du « remain » (rester).
Les conséquences immédiates ont été,
notamment, la démission du Premier ministre
David Cameron, qui avait soutenu la présence du
Royaume-Uni dans l’Union, et du commissaire
européen britannique, Jonathan Hill.
Le gouvernement britannique doit désormais
décider de la position à adopter concernant le
résultat de ce vote. Elle ne sera connue que
lorsque le nouveau Premier ministre, Madame
Theresa May, prendra ses fonctions. Elle est la
deuxième femme Premier ministre de l’histoire du
Royaume-Uni.
Il existe un grand débat sur les raisons qui ont
motivé les Britanniques à voter pour la sortie de
l’UE. Il y a néanmoins un consensus sur l’idée que
certains d’entre eux sont en colère ou affectés
négativement par la politique d’immigration de
l’UE. En Europe, les citoyens des 28 États
membres ont le droit de travailler dans les
27 autres pays que le leur, quasiment sans
conditions particulières. Cette possibilité a permis
à de nombreux citoyens originaires de pays aux
salaires relativement faibles de s’installer au
Royaume-Uni pour profiter d’un marché du travail
plus flexible.
Le ressentiment anti-UE est principalement
visible en province où vivent cependant moins
d’immigrés venant de pays européens et non
européens. Londres, la capitale, compte en
revanche une majorité de personnes en faveur de
l’UE et de l’immigration. Londres reste l’une des
villes les plus multiculturelles et prospères au
monde.
Si le Royaume-Uni décide de confirmer le
résultat du vote en faveur de la sortie de l’UE, il
faudra compter entre 2 et 10 ans pour sortir de
l’Union et établir de nouveaux accords
commerciaux avec l’UE, selon les experts.
Certains membres reprochent à d’autres pays de ne pas
respecter la loi européenne. À titre d’exemple, l’Allemagne
accuse la Grèce de ne pas honorer sa dette, aggravant la
crise financière. En retour, la Grèce se voit limitée par des
conditions qu’elle ne peut remplir sans souffrir d’énormes
coûts sociaux.
LA CRISE GRECQUE
Plusieurs facteurs ont contribué à la crise
économique grecque, en particulier la mauvaise
gestion des finances publiques par les dirigeants
grecs, et l’incapacité du pays à moderniser son
infrastructure fiscale et sa production économique
afin de satisfaire aux exigences de pays aux
économies plus avancées concernant le respect des
critères de convergence de la monnaie unique,
comme l’Allemagne ou les Pays-Bas.
En 2009, 8 ans après l’adhésion de la Grèce à
l’UE, le pays a changé de gouvernement. Le nouvel
exécutif a alors annoncé que ses prédécesseurs
avaient partiellement dissimulé l’état déplorable
des finances publiques du pays. Il est ainsi apparu
en 2009 que la Grèce avait dépensé 36 milliards
d’euros de plus que le montant levé par les impôts.
Pour couvrir son déficit, le gouvernement grec
avait dû emprunter, mais dès que l’ampleur du
problème fut révélée, les investisseurs
internationaux ont cessé de vouloir prêter à la
Grèce.
Cette situation a créé un enjeu sans précédent
pour la zone euro car, dans des circonstances
normales, un pays dans la position de la Grèce se
serait vu contraint de se mettre en défaut de
paiement auprès de ses créditeurs et à dévaluer sa
monnaie pour regagner en compétitivité.
Néanmoins, c’était impossible car en tant que pays
de la zone euro, la Grèce n’avait pas d’autonomie
concernant le contrôle de sa monnaie. Les
dirigeants de la zone euro ont alors considéré que
laisser un pays membre en défaut de paiement
signifierait une perte de confiance des
investisseurs auprès des autres pays de la monnaie
unique, ce qui déclencherait une crise financière
en Europe.
Ceci a motivé les décideurs à renflouer la Grèce
en mai 2010 avec l’aide du Fonds monétaire
international (FMI ; en anglais, IMF : International
Monetary Fund), qui a l’expérience des plans de
sauvetage dans d’autres pays, principalement en
voie de développement. La Commission
européenne, la Banque centrale européenne et
l’IMF ont prêté à la Grèce le montant nécessaire
afin de maintenir les remboursements dus aux
entreprises et aux banques qui détenaient des
obligations émises par le pays.
En contrepartie de cette somme, la Grèce a dû
appliquer une politique économique d’austérité, en
réduisant radicalement ses dépenses publiques et
en augmentant ses impôts. Les retraites et les
salaires du secteur public ont ainsi diminué
drastiquement ces dernières années, et le revenu
par habitant est désormais d’environ 30% plus bas
qu’avant la crise. À cause de la décision de ne pas
laisser la Grèce entrer en défaut de paiement et du
rythme soutenu des ajustements fiscaux exigés,
l’économie grecque s’est effondrée. Des centaines
de milliers d’emplois ont été supprimés dans le
secteur privé en raison du déclin de la demande,
de la réduction des dépenses, des difficultés à
accéder aux prêts et d’une incertitude généralisée.
Tout au long de la crise, la décision de la zone
euro, avec l’IMF, d’exiger des politiques d’austérité
aussi fermes en contrepartie de prêts financiers
pour que la Grèce puisse remplir ses obligations au
titre de la dette, a soulevé de nombreuses
critiques. De nombreux économistes à travers le
monde ont expliqué qu’exiger à maintes reprises
des coupes budgétaires et des réformes de
l’économie grecque sans allégements de la dette –
des mesures qui permettent de réduire la somme à
rembourser tous les ans à ses créditeurs – exerçait
trop de pression sur le pays et ses habitants. Les
dirigeants politiques européens ont néanmoins
senti qu’ils avaient peu le choix car effacer une
partie de la dette grecque aurait affaibli la
politique d’austérité fiscale générale et se serait
avéré peu populaire dans leurs pays, où de
nombreux électeurs avaient l’impression que la
crise était dû à la paresse et au gaspillage des
Grecs.
L’économie a continué à sombrer dans la
récession, un quart de l’économie de la Grèce a été
anéanti en quelques années, ce qui a provoqué
mécontentement social et instabilité politique. Par
exemple, le pays a connu 4 gouvernements entre
2011 et 2015. Il en a résulté une spéculation
constante, alimentée par les dirigeants politiques
européens, sur une éventuelle sortie de la Grèce
de la zone euro.
En mars 2012, les dirigeants de la zone euro ont
décidé d’accorder un deuxième plan de sauvetage
à la Grèce d’un montant de 130 milliards d’euros.
Le déclin économique, les politiques d’austérité,
les changements fréquents de gouvernement, le
mécontentement des électeurs, et l’incapacité des
dirigeants grecs à mettre en œuvre des
changements structurels (comme une amélioration
de la collecte des impôts et du système judiciaire,
une création de conditions plus souples pour
encourager l’investissement des entreprises) a
engendré un cercle vicieux dont la Grèce peine à
sortir depuis 2009.
Ce contexte a amené les Grecs à voter en janvier
2015 pour un gouvernement dirigé par le nouveau
parti de gauche Syriza, qui avait promis de mettre
fin à l’austérité et d’adopter un nouveau genre de
politique économique. En dépit de longues
négociations, parfois virulentes, avec les autres
membres de la zone euro, le nouvel exécutif n’a
pas été capable d’avancer. Le 5 juillet 2015, Syriza
a soumis l’accord d’un troisième plan de sauvetage
à un référendum national. Les Grecs ont rejeté
massivement ces conditions à 61%, soulevant la
possibilité d’une sortie de la Grèce de l’UE, le
Grexit. En dépit de ce résultat, le gouvernement a
capitulé face aux exigences des dirigeants de la
zone euro et, mi-juillet, a signé le troisième plan de
sauvetage du pays, d’un montant de 85 milliards
d’euros.
La Grèce est restée dans la zone euro, mais se
trouve toujours dans une situation difficile, même
après les plans de sauvetage et les nombreuses
années d’austérité. Son économie a connu une
croissance extrêmement faible depuis le début de
la crise, le taux de chômage frôle les 25%, et la
dette publique grecque représente environ 180%
du PIB.
Le taux de participation aux élections des membres du
Parlement européen a atteint son niveau le plus bas,
montrant probablement que les citoyens ne se sentent pas
suffisamment représentés par les partis politiques
européens. De nombreuses personnes disent qu’il y existe
désormais un fossé entre les dirigeants politiques européens
et le peuple. Il devient dès lors facile pour certains dirigeants
politiques nationaux de désigner l’Europe comme
responsable des problèmes de leur pays.
Les 28 membres s’adaptent à ces défis au fur et à mesure
qu’ils se présentent. Le flux de migration dont vous faites
partie est l’un de ces enjeux.
[ voir « Venir en Europe »].
Thomas Dworzak Turquie. Istanbul. Août 2014. Plus de 300 000 réfugiés sont
arrivés à Istanbul depuis que le début de la guerre civile en Syrie.
Une union toujours courtisée
En dépit de ces difficultés, d’autres pays européens
souhaitent toujours rejoindre l’EU. C’est le cas de l’Albanie,
la Macédoine, le Monténégro, la Serbie et la Turquie qui sont
tous candidats à l’adhésion.
LA TURQUIE ET L’EUROPE
La Turquie et l’Europe ont une longue histoire
commune, parfois basée sur l’admiration et
l’union, et d’autres fois sur la peur et des intérêts
conflictuels. Il existe une donnée constante,
cependant : les deux territoires ont un vrai manque
de connaissance mutuelle.
Il y a 1 000 ans, des tribus turques qui avaient
choisi l’islam comme religion ont commencé à
s’installer dans les régions frontalières à l’est de
l’Empire romain d’Orient (parfois appelé l’Empire
byzantin). Ces tribus ont repris possession de
Constantinople (aujourd’hui Istanbul) en 1453.
L’Empire ottoman qu’elles avaient fondé en 1299 a
pris le contrôle des Balkans et du Moyen-Orient
pendant plus de
4 siècles, et a même réussi à menacer l’Europe
occidentale, avant d’être repoussé aux portes de
Vienne, par deux fois.
Cette histoire de la conquête turque et de
l’inquiétude de l’Europe s’est ensuite inversée
pendant les 200 ans qui ont suivi : les Européens
et les Russes ont repoussé les armées turques sur
tous les fronts, et ont presque fini par abolir le
contrôle des Turques sur l’Anatolie.
Par la suite, la plupart des minorités qui
constituaient la classe marchande et la classe
intellectuelle turques ont été décimées lors d’une
véritable tragédie : entre 1915 et 1922, la
population arménienne a quasiment entièrement
disparu au cours de ce qu’on appelle le « génocide
arménien », un terme rejeté par la Turquie encore
aujourd’hui. Après une évasion échouée du
territoire par les Grecs en 1919, la minorité
grecque a été expulsée en échange de la
communauté des Turcs musulmans qui vivaient
alors en Grèce.
Mais en 1923, un incroyable exploit de la
résistance turque – facilité par l’épuisement des
forces européennes suite à la Première Guerre
mondiale – a forcé l’Europe à reconnaître la
nouvelle République de Turquie, construite sur les
ruines de l’Empire ottoman.
Cette réussite était largement due au général qui
a mené la guerre d’indépendance turque, Mustafa
Kemal Atatürk. Il incarnait parfaitement le
paradoxe des relations entre la Turquie et
l’Europe. Il a appris aux Turcs à ne faire confiance
qu’à eux-mêmes, et à défendre en permanence leur
indépendance. Cependant, afin de rendre la
Turquie aussi forte que les nations d’Europe, il a
exigé des Turcs qu’ils s’inspirent de la civilisation
européenne, en supprimant l’islam de l’espace
public et en adoptant une constitution laïque. Pour
rédiger les textes de loi turcs, il a recopié les codes
commercial, pénal et familial d’Italie, de France,
de Suisse et d’autres pays européens, parfois mot
pour mot.
Et près d’un siècle plus tard, la Turquie continue
d’incarner ces paradoxes.
En théorie, la Turquie est en train de négocier
pour rejoindre l’Union européenne. C’est un
processus qui avance par à-coups depuis les
années 1950, quand la Turquie, effrayée par les
menaces soviétiques que subissait son territoire, a
décidé de rejoindre la principale alliance militaire
d’Occident, l’Otan (Organisation du traité de
l’Atlantique nord ; en anglais, NATO : North
Atlantic Treaty Organization). Par exemple, la
Turquie continue (progressivement) de recopier les
lois européennes dans sa propre législation, en
accord avec les négociations d’adhésion à l’UE ;
les deux tiers de l’investissement venant de
l’extérieur proviennent des États membres de l’UE
; 5 millions de personnes d’origine turque vivent
en Europe ; et plus de la moitié du commerce turc
dépend des États membres de l’UE.
Pourtant, en pratique, le salaire moyen turc
équivaut à la moitié du salaire moyen européen, et
devrait rester aussi faible dans les années à venir.
L’Europe craint que la Turquie, avec sa population
de 80 millions d’habitants, ne devienne une source
d’immigration massive. De son côté, la Turquie est
sur la défensive face à la puissance commerciale
de l’Europe, et reste méfiante envers toute
tentative qui viserait à partager ou diminuer sa
souveraineté, alors que c’est précisément la raison
pour laquelle l’UE a été créée.
Cela signifierait qu’au mieux le processus
d’adhésion à l’UE n’est qu’un jeu, dans lequel la
Turquie prétend qu’elle va rejoindre l’Union, et
l’Union prétend qu’elle va l’accepter. Une sorte
d’exercice ambigu de construction qui,
étonnamment, aura eu beaucoup d’effets positifs
des deux côtés.
Au pire, les deux pays se considèrent comme
hypocrites voire malhonnêtes, en exagérant les
différences entre la culture musulmane de la
Turquie et la chrétienté de l’Europe, ou bien en
utilisant la crise des réfugiés pour marquer des
points faciles, voire en critiquant les figures
politiques.
En revanche, ces derniers temps, les liens tissés
par la Turquie avec l’Europe sont plus forts
qu’avec le Moyen-Orient, la Russie ou les États-
Unis. Quant à l’Europe, au final, la relation globale
qu’elle entretient avec la Turquie est bien
meilleure que ne laissent croire certains détails,
bien qu’elle ait souvent du mal à être lucide à ce
sujet.
Lorsque des pays rejoignent l’EU (une procédure appelée l’«
accession »), ils doivent s’engager à appliquer les lois
européennes et devenir signataires de l’ensemble des traités
européens et des accords contraignants.
Thomas Dworzak Luxembourg. Schengen. Dans ce village près de l’Allemagne
et de la France, un accord a été signé le 14 juin 1985, afin d’ouvrir les frontières
internes de l’Europe, créant ce qu’on appelle aujourd’hui l’espace Schengen.
Les dates clés
Cette chronologie comprend les traités les plus importants
ainsi que les dates d’accession des pays à l’UE ou à ses
précurseurs. Le bloc européen tire son origine dans un
accord entre 6 nations. L’Union européenne en compte
aujourd’hui 28 ; ou 27 dans le cas d’une sortie de la Grande-
Bretagne.
1951, le traité de Paris : ce fut l’un des premiers
accords en vue d’une coopération entre les pays
européens. Il unit l’Allemagne de l’Ouest, la Belgique, la
France, l’Italie, le Luxembourg, et les Pays-Bas au sein
de la Communauté européenne du charbon et de l’acier
(CECA ; en anglais, ECSC : European Coal and Steel
Community). Il organise la mise en commun de la
production entre ses membres afin de réduire la
concurrence, en priorité entre la France et l’Allemagne,
qui furent régulièrement en guerre pendant des siècles.
1957, le traité de Rome : la Communauté
économique européenne (CEE ; en anglais, EEC :
European Economic Community) a été fondée dans le
but de créer un marché commun entre les 6 pays de la
Communauté européenne du charbon et de l’acier, une
étape importante vers l’intégration politique. L’accord
permettait ainsi à ses citoyens de circuler plus
facilement au sein de ces pays à un moment de
croissance économique rapide. Le traité constitue le
premier fondement de la réduction des obstacles au
commerce et des tarifs douaniers sur les marchandises
importées. L’intégration économique était un moyen
d’arriver par la suite à davantage d’intégration politique.
1953, la Convention européenne des droits de
l’homme : en réponse directe à l’horreur et aux
mouvements antidémocratiques et fascistes de la
Deuxième Guerre mondiale [vous avez lu des
informations sur ce sujet dans « Reconstruire sur les
cendres de la guerre »], 12 pays ont fondé le Conseil de
l’Europe et ratifié la Convention européenne des droits
de l’homme afin de protéger les droits fondamentaux,
interdisant notamment la traite des humains, le racisme,
l’exploitation sexuelle, la torture et d’autres injustices. Il
s’agit de l’un des plus grands accomplissements des
pays européens dans le but d’éviter la guerre (le Conseil
de l’Europe est indépendant de l’Union européenne et
compte 47 États membres, dont la Russie et de
nombreux anciens pays soviétiques).
La Charte des droits fondamentaux de l’UE, entrée
en vigueur en 2009, s’appuie sur cette convention. Dans
le cadre de ce traité, les individus peuvent s’adresser
directement à la Cour européenne des droits de
l’homme (CEDH ; en anglais, ECHR : European Court of
Human Rights) pour protéger leurs droits.
Vous pouvez, en tant que réfugié, également
bénéficier de cette convention. Cela veut dire que vous
ne pouvez pas être renvoyé dans des lieux où vous
risquez d’être torturé ou de souffrir de traitements ou de
punitions cruels et inhumains. Vous avez aussi le droit,
selon cette convention, et dans certaines mesures, au
regroupement familial.
[Pour en savoir plus, voir « Venir en Europe ».]
Années 1970 : l’Espagne et le Portugal mettent fin aux
années de fascisme des gouvernements de Francisco
Franco et António de Oliveira Salazar. Leur adhésion à
l’UE en 1986 renforce l’engagement du bloc européen
envers une démocratie libérale et tire vers le haut
d’autres pays, inspirés par les liens qu’ils ont tissés
ensemble à travers la paix, la démocratie et les
économies de marché.
EMILIO SILVA, 50 ANS, JOURNALISTE, MADRID,
ESPAGNE
J’ai 50 ans et j’écris sur quelque chose qui s’est
passé il y a 80 ans. Les sociétés qui ne savent pas
soigner leurs blessures renvoient cette
responsabilité aux générations suivantes.
Ma grand-mère Modesta est morte en 1997,
22 ans après la fin de la terrible dictature du
général Francisco Franco, qui a provoqué de
grandes souffrances : un demi-million d’exilés, des
prisonniers politiques, 114 226 hommes et femmes
portés disparus, et des enfants volés dans les
prisons.
Dans les années 1930, l’Espagne était une
république et connaissait de grandes avancées
sociales. Elle avait rendu l’éducation universelle,
légalisé le droit de vote des femmes, mis en place
une constitution qui reconnaissait les droits
humains internationaux et apporté les arts et la
culture dans les coins les plus reculés du pays. [En
1931, les candidats antimonarchistes ont remporté
la majorité des votes aux élections municipales. Le
roi Alfonso XIII a quitté le pays et les Espagnols
ont célébré le début de la Seconde République. Ses
partisans étaient connus sous le nom des
Républicains.] Mais la création d’un État moderne,
avec des droits pour ses citoyens, a rencontré des
ennemis puissants, amenant les militaires [menés,
entre autres, par les généraux fascistes Emilio
Mola et Francisco Franco] à monter un coup d’État
et à déclencher une guerre terrible.
Ma grand-mère Modesta a passé presque toute
sa vie à se mordre la langue, ayant trop peur de
parler. Bien que j’aie passé de nombreux étés avec
elle, je ne l’ai jamais entendue parler de son mari,
mon grand-père Emilio. Il avait disparu, jusque
dans la bouche de ma grand-mère.
Le 16 octobre 1936, mon grand-père fut arrêté
par les paramilitaires de la Phalange [un groupe
fasciste espagnol fondé par José Antonio Primo de
Rivera]. Ils l’ont emmené quelques kilomètres plus
loin avec 14 autres hommes, qu’ils ont assassinés
et jetés dans une fosse.
Il était républicain et défenseur de l’éducation
publique. Pendant de nombreuses années, il a été
porté disparu dans cette fosse, où il partageait sa
tombe avec ces 14 autres hommes.
Quand la dictature espagnole a pris fin, les
personnes chargées de notre transition vers la
démocratie ont pensé que nous pouvions aller de
l’avant comme si aucun droit humain n’avait été
violé. Mais l’absence de milliers d’Espagnols,
portés disparus, remplissait les silences,
alimentant les peurs des gens et dressant des
barrières invisibles qui empêchaient des milliers
de grand-mères, de fils et de sœurs de faire
entendre leur voix, de parler de ceux qui leur
avaient jadis été chers.
Je suis journaliste, et c’est peut être une façon de
lutter contre le silence de ma famille. Par chance,
en mars 2000, alors que je travaillais sur un article
à propos de la dictature, j’ai fait la connaissance
d’un homme qui savait où se trouvait la tombe de
mon grand-père. Treize corps ont été exhumés de
cette fosse en octobre de cette même année.
Enfouies dans ces fosses se trouvent les histoires
de milliers de victimes.
Je me suis tu toute ma vie, incapable de parler en
public, comme si j’avais hérité du silence de ma
grand-mère. J’ai rompu ce silence quand on a
exhumé le corps de mon grand-père. Mon silence y
avait pris naissance 30 ans avant moi, mais c’est là
aussi qu’il est mort.
En Espagne, on compte aujourd’hui au moins
114 226 disparus dans des fosses communes. Des
milliers d’autres personnes ont aussi disparu dans
l’exil, où ils sont morts, incapables de revenir au
pays. Près d’un demi-million d’hommes, de femmes
et d’enfants espagnols ont traversé la frontière à
pied au début de l’année 1939, cherchant refuge
en France. Ils fuyaient les armées fascistes de
Franco, d’Adolf Hitler et de Benito Mussolini, qui
s’étaient alliés pendant la guerre d’Espagne. De
nombreux réfugiés espagnols ont été envoyés dans
des camps d’internement construits sur les plages
par les autorités françaises, où des femmes
accouchaient à même le sable. Les conditions de
vie étaient misérables, les gens tombaient
malades… Cette image de personnes affamées et
désespérées, coincées derrière des barbelés, s’est
répétée ailleurs dans le monde depuis cette
époque. Ce sont toujours les mêmes peurs, le
même désespoir et le même manque de solidarité
des gouvernements.
Les gouvernements pourront toujours essayer de
nous faire oublier, mais on ne peut pas effacer la
mémoire. Les droits humains sont nés de
montagnes de souffrances. Ma grand-mère repose
désormais en paix à côté de mon grand-père, et
bien que leurs restes se soient décomposés, ils
conversent encore grâce à leurs ADN.
Ces 15 dernières années, 6 500 personnes ont
été exhumées. Comme le gouvernement espagnol
refuse d’entreprendre les recherches, ce fut le
travail de 700 bénévoles issus de 20 autres pays.
On ne peut pas faire disparaître une personne que
quelqu’un a connue et aimée. La mémoire de la
dignité humaine est transmise en héritage à ceux
qui refusent de perdre la leur.
1992, le traité de Maastricht : les pays européens se
sont préparés à davantage d’intégration économique et
à une monnaie unique. Ainsi, en 2003, la France
abandonna le franc, l’Italie la lire, les Hollandais le florin,
etc. Dix-neuf pays ont échangé leur monnaie locale pour
une monnaie unique appelée l’euro (dont le symbole est
€), administrée par la Banque centrale européenne, dont
la première mission est de maintenir la stabilité des prix
en gérant les taux d’inflation au sein de l’Union. L’UE
décide des politiques monétaires et économiques mais
les politiques fiscales (impôts et dépenses) relèvent
toujours de chaque État membre. Le traité de Maastricht
a officiellement institué l’Union européenne.
1993, les critères de Copenhague : les réalisations
sociales et économiques de l’Union suscitant le désir
d’adhésion de nombreux pays, ces critères forment un
ensemble de conditions pour l’accession, comprenant
notamment la démocratie et l’application de la loi
européenne, telle que la Charte des droits
fondamentaux de l’UE [« La particularité de l’Europe »].
1995, la convention de Schengen : elle a mis en
œuvre la libre circulation des biens et des individus
entre les frontières des pays signataires, réduisant ainsi
le contrôle aux frontières, et mis en place un système de
visa, rendu possible par la fin de la guerre froide. Grâce
à cet accord, les citoyens de ces pays peuvent traverser
les frontières sans examen approfondi. La convention a
jeté les bases de la création d’un régime d’asile
européen commun, qui établit les règles en matière de
protection internationale des réfugiés et demandeurs
d’asile [voir « Venir en Europe »]. La Grande-Bretagne et
l’Irlande ont néanmoins décidé de ne pas respecter
pleinement cet accord. Cela signifie que tous les
voyageurs doivent présenter leurs documents d’identité
au passage de leurs frontières.
1997, le traité d’Amsterdam : toutes les questions
d’asile et de migration, dont les accords de Schengen,
sont désormais régies par la loi européenne. La même
année entra en vigueur la convention de Dublin, qui
avait fixé en 1990 les critères permettant de déterminer
l’État membre responsable pour une demande d’asile
[voir « Le règlement Dublin »].
2006, le traité de Lisbonne : en raison de
l’élargissement de l’UE, les gouvernements ont décidé
de clarifier l’architecture institutionnelle de l’Union et de
la rendre plus performante grâce à ce traité. Il établit la
structure actuelle de l’Union européenne et approfondit
l’intégration politique des pays de l’Union en renforçant
les pouvoirs du Parlement européen.
L’Europe, mon pays
En raison de l’accélération de l’intégration économique, l’UE
s’est élargie et diversifiée. Il est devenu de plus en plus
difficile pour les citoyens de chaque pays de se connaitre les
uns les autres. Afin de promouvoir l’interaction entre les
résidents des différents pays, l’UE a lancé des programmes
d’échanges culturels (comme des festivals et des traductions
littéraires), des cours de langues et des expériences
d’études à l’étranger, comme Erasmus, au sein des États
membres de l’Union. Tous les ans, l’UE nomme deux villes
capitales européennes de la culture afin qu’elles partagent
leurs héritages culturels avec le reste de l’Europe. Ainsi, les
Européens ont commencé à découvrir d’autres endroits. En
2016, l’UE a choisi Saint-Sébastien en Espagne et Wrocław
en Pologne.
PHILIPP FRITZ, 29 ANS, JOURNALISTE, BERLIN,
ALLEMAGNE
J’ai toujours voulu étudier en Pologne en raison de
ma famille. Je suis né en Allemagne, à Elmshorn,
un village situé à environ 300 kilomètres de Berlin.
Mais ma mère est polonaise et mon père un
Allemand ethnique [une personne d’ascendance
allemande vivant sur un autre territoire que
l’Allemagne] réfugié en Pologne, et qui a fui ce
pays en 1970, vers ses 18 ans.
À la maison, mes parents se parlaient en
polonais. Petit, j’en avais honte. Je me souviens
que je me demandais : « Oh mon Dieu, est-ce que
les autres parents parlent aussi cette langue
bizarre ? Ils ne pourraient pas parler anglais
comme dans les films d’Hollywood, ou une autre
langue européenne comme le français ou
l’espagnol ? » Même si l’Allemagne est une société
d’immigration et que tous les enfants de ma classe
avaient d’une façon ou d’une autre des origines
étrangères, enfant, je ne voulais pas être différent
des autres. Je m’en moquais un peu de la Pologne
ou encore d’être à moitié polonais.
Je parlais polonais à la maison, mais pas très
bien, me limitant surtout à des « bonjour » et «
merci ». J’étais aussi allé en vacances l’été en
Pologne pour voir la famille, mais ça s’arrêtait là.
Plus tard, à l’adolescence, j’ai commencé à
m’intéresser à la Pologne. Je sentais que je passais
à coté de certaines choses dans les conversations
avec ma famille, dont certains membres ne
parlaient que polonais. La part de mon identité que
j’avais supprimée, enfant, refaisait surface. J’ai
donc voulu parler couramment le polonais et en
apprendre davantage sur mes origines.
Quand j’ai entendu parler du programme
d’échange européen Erasmus, qui finançait le
séjour des étudiants pour étudier dans un autre
pays et y découvrir la culture locale, j’ai sauté sur
l’occasion. C’était exactement ce qu’il me fallait.
En 2011, j’ai obtenu ma bourse pour étudier à
l’université Jagellonne de Cracovie, en Pologne.
Cracovie est une ville étudiante. En fait, c’est
vraiment la ville la plus captivante, donc j’ai eu de
la chance.
Erasmus a changé ma vie.
En Pologne, j’ai approfondi ma réflexion sur mon
identité. « Qui suis-je ? Qu’est-ce qui fait de moi un
Allemand, un Européen ou un Polonais ? Quelle
aurait-été ma vie si mes parents étaient restés en
Pologne ? »
Ma décision de retourner en Pologne a influencé
ma vie à plusieurs niveaux. Sans ce séjour, je
n’aurais pas rencontré Katia, ma petite amie de
longue date. Je l’ai vue pour la première fois dans
un bar. Elle me regardait, et moi aussi, mais je
n’étais pas sûr de pouvoir engager la conversation
car il y avait un autre garçon avec elle. Plus tard,
j’ai su qu’il s’agissait en fait de son meilleur ami.
Le jour suivant, on s’est revus par hasard chez
un ami commun. Nous avons décidé de nous voir
pour prendre un café et parler polonais et
allemand ensemble. Elle voulait perfectionner son
allemand, qu’elle avait déjà appris à l’école.
L’excuse idéale pour un rendez-vous.
Après ça, nous avons travaillé mon polonais, en
particulier les déclamations, le datif, le génitif. Ça
semble ridicule, je sais. Un jour, nous sommes allés
nous promener le long de la Vistule. C’était l’un
des jours les plus chauds de l’année. Elle avait les
cheveux défaits. Je me souviens combien j’avais
envie de sortir avec elle. C’est mon meilleur
souvenir d’Erasmus.
Par ailleurs, comme j’avais amélioré mes
compétences linguistiques, j’étais capable de
mieux comprendre mon grand-père. En réalité,
pour la première fois de ma vie, je pouvais parler
avec lui.
Erasmus m’a aussi réussi professionnellement. Je
suis désormais presque bilingue et je travaille pour
deux journaux allemands, le quotidien
« Berliner Zeitung » [« Le Journal de Berlin »] et
l’hebdomadaire juif « Jüdische Allgemeine »
[« Le Journal généraliste juif »]. Je travaille aussi
en indépendant pour le plus grand journal
polonais, « Gazeta Wyborcza » [« Le Journal
électoral »].
Vous savez, on parle souvent de l’Europe comme
d’une union économique, mais il ne s’agit pas que
de libre-échange et de voyages. Il s’agit
d’encourager une compréhension mutuelle. Bien
que la Pologne soit un pays frontalier, elle semble
toujours lointaine pour beaucoup d’Allemands.
Pour les étudiants des pays qu’on appelle « les
nouveaux États membres de 2004 », la Pologne y
compris, des programmes comme Erasmus
représentent une chance fantastique de voyager et
de voir autre chose. En 2007, Kasia était à son tour
étudiante Erasmus à l’université de Salamanque en
Espagne.
D’ailleurs, Kasia et moi n’avons pas arrêté de
voyager après nos échanges Erasmus. J’ai
emménagé à Brême en Allemagne pour terminer
mes études et obtenir mon diplôme en Histoire et
Sociologie. Elle a déménagé à Amsterdam, aux
Pays-Bas, pour travailler. Un an plus tard, nous
avons emménagé ensemble à Berlin, en Allemagne.
Et on continue d’alterner les langues : une
semaine, l’allemand. L’autre, le polonais.
Photographie
Carl De Keyzer Belgique. Diksmuide. Août 1987. Le pèlerinage de l’Yser (en
néerlandais : Ijzerbedevaart), une commémoration annuelle des soldats flamands
disparus, à laquelle participent principalement des nationalistes de l’extrême-
droite flamande. La Belgique est un des membres fondateurs de l’UE.
Raymond Depardon France. Criel-sur-Mer. La France est un membre fondateur
de l’EU.
Ferdinando Scianna Italie. Corigliano. L’Italie est un membre fondateur de
l’EU.
Thomas Dworzak Luxembourg. Schengen. 2016. L’espace Schengen tire son
nom du village situé à la frontière du Luxembourg, de l’Allemagne et de la
France, où furent signés les accords d’ouverture des frontières internes de
l’Europe le 14 juin 1985.
Carl De Keyzer Pays-Bas. Vrouwenpolder. 2012. Une partie du plus grand
barrage anti-tempête au monde. Les Pays-Bas sont un des membres fondateurs
de l’UE.
Thomas Dworzak Allemagne. Rust. 2016. Europa-Park, le plus grand parc
d’attraction d’Allemagne et le deuxième d’Europe. L’Allemagne est un des
membres fondateurs de l’UE.
Mark Power Danemark. Løkken. 12 août 1995. Une partie du mur de
l’Atlantique, aujourd’hui abandonné. Il fut construit par Adolf Hitler pendant la
Deuxième Guerre mondiale pour défendre l’Europe continentale des attaques
britanniques par les mers. Le Danemark a rejoint l’UE le 1er janvier 1973.
David Hurn Irlande. Killarney. 1984. La tradition des danses irlandaises est
maintenue dans de nombreuses écoles. L’Irlande a rejoint l’UE le 1er janvier
1973.
Martin Parr Angleterre. New Brighton. Début des années 1980. L’Angleterre a
rejoint l’UE le 1er janvier 1973.
Alex Majoli Grèce. Athènes. 2014. Au loin, le Lycabette, le point culminant
d’Athènes. La Grèce a rejoint l’UE le 1er janvier 1981.
Susan Meiselas Portugal. Lisbonne. 2004. Le quartier de Cova de Moura abrite
de nombreux immigrés du Cap-Vert, une ancienne colonie portugaise. Le Portugal
a rejoint l’UE le 1er janvier 1986.
Cristina García Rodero Espagne. Abaràn. 1993. Cruz de Mayo, le festival des
Croix, se tient chaque année le 3 mai. L’Espagne a rejoint l’UE le 1er janvier
1986.
Chien-Chi Chang Autriche. Bad Ischl. 2013. La célébration annuelle rendant
hommage à François-Joseph Ier le jour de son anniversaire. L’empereur
autrichien a régné de 1848 à 1916. L’Autriche a rejoint l’UE le 1er janvier 1995.
Patrick Zachmann Finlande. Le pays membre situé le plus au nord de l’UE, a
rejoint le bloc européen le 1er janvier 1995.
Jonas Bendicksen Suède. Stockholm. 2013. Hammarby Sjöstad, un quartier
résidentiel dans l’est de Stockholm. La Suède a rejoint l’EU le 1er janvier 1995.
Martin Parr Hongrie. Budapest. 1997. Les thermes de Szechenyi. La Hongrie a
rejoint l’UE le 1er mai 2004.
Peter Marlow Chypre. Nicosie. 2004. Le point de passage du palais de Ledra
entre les côtés grec et turc de l’île.
Martin Parr République tchèque. Prague. 2005. Un guide et son groupe de
touristes anglophones. La République tchèque a rejoint l’EU le 1er mai 2004.
Ian Berry Estonie. Tallinn. 2002. Raekoja plats, la place principale de la vieille
ville. L’Estonie a rejoint l’UE le 1er mai 2004.
Alex Majoli Lettonie. Riga. 2004. À l’intérieur du bâtiment de la chaîne TV
nationale. La Lettonie a rejoint l’UE le 1er mai 2004.
Christopher Anderson Lituanie. Parc national de Trakai, près de Vilnius. 2003.
La Lituanie a rejoint l’UE le 1er mai 2004.
Carl De Keyzer Malte. Mellieha. 2004. Festival de Notre-Dame-des-Victoires.
Des touristes devant l’église pendant les fêtes religieuses. Malte a rejoint l’UE en
2004.
Mark Power Pologne. Gdansk. Novembre 2004. Le chantier naval où fut fondé
le mouvement Solidarité (Solidarność) en 1980.
Chris Steele-Perkins Slovaquie. Zilina. 2012. Une usine de la marque de
voiture coréenne Kia. La Slovaquie a rejoint l’EU le 1er mai 2004.
Martin Parr Slovénie. Piran. 2004. La Slovénie a rejoint l’EU le 1er mai 2004.
Bruno Barbey Bulgarie. Sofia. Janvier 2007. Un quartier récemment urbanisé
dans la capitale. La Bulgarie a rejoint l’EU le 1er janvier 2007.
Paolo Pellegrin Roumanie. 2007. Une station d’autobus à Baia Mare. La
Roumanie a rejoint l’EU le 1er janvier 2007.
Carl De Keyzer Croatie. Kraljevica. 2011. Des escaliers servant à la pêche. La
Croatie a rejoint l’EU le 1er juillet 2013.
Ce qui fait la particularité
de l’Europe
Alors que tous les pays européens ont chacun leurs propres
histoire, langues, cultures et traditions, ils ont néanmoins
plusieurs choses en commun qui rendent la vie assez
semblable, où que vous soyez en Europe. Ce chapitre va
vous présenter certaines de ces similarités.
EN EUROPE, ON EST TOUJOURS LE BOUFFON DE
QUELQU’UN D’AUTRE
Comment comprendre les Européens ? Il suffit de
regarder comment ils arrivent à vivre en harmonie,
alors qu’ils ont des cultures et des traditions très
différentes. Raconter des blagues est l’une de leurs
astuces : leur sens de l’humour est ce qui a permis
de faire avancer l’Europe depuis des décennies,
voire des siècles. Ce folklore humoristique très
développé n’est ni agressif ni offensif. Il peut
même être considéré comme un comportement
affectueux et taquin avec les autres membres de la
famille Europe. Tout comme dans n’importe quelle
autre famille. Faire des blagues permet de définir
une identité et d’aider les gens à apprécier et
valoriser leur diversité. Et, bien entendu, c’est
aussi l’occasion de se payer une bonne tranche de
rire !
Les plaisanteries que racontent les Européens en
disent parfois long sur l’histoire de leur continent.
Par exemple, si les Français représentent les
Belges comme des simples d’esprit, c’est parce
que, pendant la révolution industrielle du 19e
siècle, les travailleurs belges ont rejoint les mines
et les usines du Nord de la France et les Français
les considéraient comme des briseurs de grèves
[les travailleurs immigrés de Belgique acceptent
des conditions de travail difficiles et des salaires
faibles que les Français refusent]. Les Suédois
trouvent que leurs voisins norvégiens sont des
campagnards grossiers : cette rivalité amicale a un
peu souffert lorsque les Norvégiens ont fait fortune
en découvrant du pétrole dans la mer du Nord.
Dans les années 1970, les deux journaux les plus
lus des deux pays ont commencé une guerre de
blagues, sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré.
Les Hongrois, quant à eux, se moquent des
Écossais, vivant pourtant à 2 000 km de distance ;
une tradition qui doit sans doute remonter au 15e
siècle, quand de nombreux Écossais ont émigré
vers l’Europe de l’Est.
Allez, assez discuté, il est temps de rire un peu !
Voici une petite sélection des blagues les plus
drôles que les Européens racontent les uns sur les
autres.
Les Belges taquinent les Français qu’ils trouvent
arrogants :
« Après avoir créé la France, Dieu trouva que
c’était le plus beau pays du monde.
Pour rétablir l’équilibre, il créa les Français ! »
Quant aux Français, ils prennent les Belges pour
des idiots :
« Pourquoi les Arabes ont le pétrole, et les Belges
ont les frites ? Parce que quand le monde a été
créé, les Belges ont pu choisir en premier. »
Les Suédois adorent se moquer de leurs «
stupides » voisins norvégiens :
« Pourquoi la bibliothèque d’Oslo a-t-elle fermé ?
Parce que quelqu’un a volé le livre. »
Les Portugais se moquent des Espagnols, qui se
croiraient supérieurs aux autres :
« Selon un récent sondage, 11 Espagnols sur 10
se sentent supérieurs aux autres. »
Les Autrichiens disent de leurs voisins allemands
qu’ils ne savent pas beaucoup rire :
« Quel est le livre le plus court du monde ? 500
ans d’humour allemand. »
Les Grecs pensent que les Albanais sont des
attardés :
« Qu’est-ce que la soupe à la tomate albanaise ?
De l’eau chaude dans un bol rouge. »
Les Ukrainiens accusent les Russes d’exhiber
leur richesse :
« “Je viens d’acheter une cravate à 3000 €”, dit
un Russe à son ami. Celui-ci lui répond : “Tu es
stupide ! Tu aurais pu acheter la même dans le
magasin d’à côté pour 5000 €.” »
Les Européens pensent que les Anglais sont
ennuyeux :
« Qu’est-ce qui est excitant pour un Anglais ?
Manger un After Eight à 19h30. »
Quand aux Italiens, ils font des blagues… sur
eux-mêmes :
« Comment appelle-t-on en Italie un homme avec
ses mains dans les poches ? Un muet. »
L’UE repose sur l’idée que la liberté existe uniquement
lorsque chacun est respectueux des droits de l’autre,
indépendamment de son statut d’immigré.
Toute personne bénéficie des mêmes droits fondamentaux
qui sont inscrits dans la Convention européenne des droits
de l’homme, adoptée à l’issue de la Deuxième Guerre
mondiale, afin de garantir que tous les individus soient
protégés, et notamment les millions de réfugiés fuyant des
persécutions [voir « Les rouages de l’UE »].
Cela signifie concrètement que toutes les personnes
disposent des mêmes droits fondamentaux,
indépendamment de leurs genre, race, nationalité d’origine,
caractéristiques génétiques, religion, opinion politique ou
tout autre type d’opinion, âge, orientation sexuelle, langue,
invalidité et (ou) autres traits – féminin, masculin, vieux,
jeune, noir, blanc, immigrant, natif, musulman, chrétien,
LGBTI, cisgenre [voir encadré].
Ces droits sont réitérés et étendus dans la Charte des
droits fondamentaux de l’Union européenne, s’inspirant des
principes de dignité, justice, liberté, solidarité et égalité.
Chaque pays membre doit mettre en œuvre les lois
nationales et suivre les régulations européennes qui
respectent la Charte.
Cependant, des communautés vulnérables – en particulier
les Roms, les musulmans, les juifs, les personnes LGBTI et
les communautés de migrants – risquent davantage de
souffrir de discrimination (ou tout du moins d’être
désavantagées en raison de leur identité ou convictions) ou
de crimes motivés en raison de leur nationalité d’origine,
genre ou toute autre catégorie citée ci-dessus.
Familiarisez-vous avec vos droits fondamentaux :
Abbas France. Paris. 17 janvier 2004. Manifestation contre
l’interdiction du port du voile dans les écoles publiques et
services publics. Sur un masque fait à la main, il est écrit : «
Où sont la liberté, l’égalité, la fraternité ? », une référence à
la devise de la République française.
Liberté d’expression et
d’information
Toute personne a droit à la liberté d’opinion et à la liberté de
recevoir ou de communiquer des informations sans qu’il
puisse y avoir ingérence des autorités publiques. La liberté
d’expression et une presse libre sont des facteurs essentiels
pour l’accession d’un pays à l’UE.
Il existe néanmoins des exceptions à ce droit. La liberté
d’expression n’est pas un droit absolu car il doit être mis en
regard avec d’autres considérations :
s’il affecte d’autres droits importants, par exemple.
À cet effet, l’UE interdit les discours de haine, ou toute
forme d’expression qui propage, incite ou promeut la haine ;
les stéréotypes négatifs ; la stigmatisation ou les menaces à
l’encontre de personnes en fonction de leur race, genre,
nationalité d’origine, caractéristiques génétiques, religion,
opinion politique, âge, orientation sexuelle, langue ou
invalidité. Cela porte atteinte aux droits fondamentaux
d’égalité et de non-discrimination.
QUE SIGNIFIE LGBTI ?
Dans l’Union européenne, le sigle LGBTI (Lesbien,
gay, bisexuel, transgenre ou intersexe ; en anglais :
Lesbian, gay, bisexual, transgender or intersexual)
décrit un groupe diversifié de personnes qui ne
sont pas conformes aux notions conventionnelles
ou traditionnelles des rôles masculin et féminin.
Les personnes LGBTI sont parfois également
appelées « minorités sexuelles, de non-conformité
de genre et anatomique ».
LESBIEN :
Une lesbienne est une femme dont l’attirance
physique, affective et (ou) émotionnelle est portée
envers d‘autres femmes de manière constante.
GAY :
Le terme « gay » est souvent utilisé pour décrire un
homme dont l’attirance physique, affective et (ou)
émotionnelle est portée envers d’autres hommes
de manière constante, bien que le terme puisse
être utilisé pour décrire à la fois les hommes
homosexuels et les lesbiennes.
BISEXUEL :
Le terme « bisexuel » décrit une personne qui est
physiquement, affectivement et (ou)
émotionnellement attirée à la fois par les hommes
et les femmes.
TRANSGENRE :
Le terme « transgenre » décrit les personnes dont
l’identité sexuelle et (ou) l‘expression de genre
diffère du sexe qui leur a été conféré à la
naissance. Ceci comprend les personnes se situant
entre homme et femme, les transexuels et les
travestis.
CISGENRE :
Le terme « cisgenre » décrit les personnes dont
l’identité sexuelle et (ou) l’expression de genre
correspond au sexe qui leur a été conféré à la
naissance.
INTERSEXE :
Le terme « intersexuation » désigne des ambiguïtés
anatomiques où les organes génitaux sont difficiles
à définir comme mâles ou comme femelles selon
les standards culturels habituels, et comprend des
différences aux niveaux des chromosomes,
gonades et organes génitaux.
Basé sur « The rights of LGBTI people in the
European Union » (« Les droits des personnes
LGBTI dans l’Union européenne »), publié par le
service de recherche du Parlement européen.
Nier l’Holocauste est illégal dans de nombreux pays
européens, notamment en Allemagne, en Italie et en
Autriche. Ces interdictions furent adoptées dans l’espoir
d’éviter la répétition de ces atrocités.
Il est également illégal de faire délibérément et
publiquement des commentaires racistes contre les
migrants. Aux Pays-Bas, lors d’un meeting électoral avant les
élections municipales de 2014, un homme politique nommé
Geert Wilders avait fait scander à ses partisans qu’ils
voulaient « Moins! Moins! Moins! » de Marocains. Le
procureur général l’a accusé d’incitation à la haine raciale.
Cependant, la définition du « discours de haine » est
subjective et varie selon les pays membres. Les cas les plus
difficiles à déterminer sont ceux qui impliquent une injure
aux sentiments religieux.
En effet, en Europe, les individus ont des droits mais les
figures religieuses n’en ont pas. Par conséquent, il est légal
de parler ou de représenter des figures comme Jésus-Christ,
Marie et Mahomet d’une manière qui peut paraître insultante
aux yeux de certaines personnes.
Alors que vous, en tant qu’individu, disposez de droits afin
qu’aucun discours de haine ne vous porte préjudice
physiquement ou économiquement, il n’en sera pas
forcément de même pour un préjudice moral.
Cette distinction a donné lieu à de nombreuses
controverses ces dernières années. Effectivement, de par la
liberté d’expression, certaines personnes ont tourné en
ridicule la religion ou les figures religieuses d’autres groupes,
blessant ainsi leurs sentiments. Cela a provoqué de
nombreuses manifestations dans le monde, parfois
violentes, issus d’une colère alimentée notamment par le fait
que ce discours est précisément protégé.
NADA DIANE FRIDI, 31 ANS, ARCHITECTE, PARIS,
FRANCE
Je suis née entre les montagnes et la mer
Méditerranée, dans la ville ensoleillée d’Alger, en
Algérie, au milieu des années 1980. Jusqu’à la
guerre civile, que l’on appelle aujourd’hui la «
décennie noire », on vivait bien. Mais pendant ces
sombres années, de nombreux civils, intellectuels
et progressistes innocents, ainsi que les
populations de villages entiers ont été massacrés.
Les islamistes ont souvent menacé ma mère, qui
était docteur, car elle m’élevait seule suite à son
divorce.
Ma mère et moi sommes parties pour la France
quand j’avais 10 ans. Bien que cela m’ait brisé le
cœur de devoir tout laisser derrière moi en si peu
de temps, le fait de ne plus avoir à craindre tous
les jours pour la vie de ma mère m’a soulagée d’un
énorme poids, et m’a permis de m’habituer très
vite à mon nouveau pays. J’étais très bonne élève à
l’école, et mes professeurs étaient toujours surpris
de mes origines, car certains stéréotypes
concernant les immigrés nord-africains ont la vie
dure en France. Lors de notre première année en
France, mon professeur de Français m’a donné la
meilleure note de toute sa carrière. Lorsqu’elle
félicita ma mère, elle lui demanda si nous étions
italiennes ou espagnoles, et pourquoi mon français
était à ce point impeccable. Mon professeur resta
sans voix lorsque ma mère lui répondit que nous
étions algériennes.
Le matin du mercredi 7 janvier 2015, j’étais à
mon bureau en train d’attendre que mon client
vienne examiner les plans de son nouveau bar.
Mais en arrivant, il était clairement bouleversé et
m’a demandé : « Vous avez vu ce qui s’est passé ? »
C’est ainsi que j’ai découvert que deux hommes
armés avaient pris d’assaut les bureaux du
magazine Charlie Hebdo, situés à un kilomètre à
peine de l’agence. Mon associé et moi avons suivi
ensemble la situation sur internet. Nous avons vite
appris que les assaillants avaient été identifiés
comme musulmans, et qu’ils avaient justifié leurs
actes horribles comme étant des représailles suite
aux dessins racistes du prophète Mahomet publiés
par le magazine.
J’étais en état de choc. J’ai senti d’un coup que
nous n’étions plus en sécurité à Paris. Les
séquences vidéo des attentats ressemblaient à
celles d’un film, ou à celles des infos télévisées
dans une zone en guerre d’un pays lointain.
Charlie Hebdo est alors devenu le symbole de la
liberté d’expression mais aussi le test ultime pour
savoir si vous étiez un pacifiste civilisé ou bien un
agent de la haine étrangère. Vous n’aviez d’autre
choix que de dire « Je suis Charlie », sans quoi vous
étiez contre la liberté d’expression et en faveur de
ces assassins.
C’est ainsi devenu un moyen de nous diviser en
France. Les gens vérifiaient sur les réseaux
sociaux qui était Charlie et qui ne l’était pas,
cherchant à voir combien de personnes basanées
ou non blanches se déclaraient l’être. Ainsi, « Je
suis Charlie » est devenu le parfait prétexte pour
juger, formuler des hypothèses et discriminer.
Le gouvernement français lui-même l’a utilisé
pour détourner l’attention et masquer ses propres
contradictions. Le président français défilait
derrière ce slogan aux côtés de dirigeants
politiques de différents pays, où, pour certains
d’entre eux, on avait emprisonné, battu ou exécuté
des journalistes et des libre-penseurs.
Cette image était vraiment hypocrite et
révoltante, même si Charlie Hebdo était devenu un
symbole de la liberté d’expression. C’était une
insulte à l’intelligence de tout un groupe
hétérogène de citoyens français que de leur
demander de se rallier derrière un slogan aussi
simpliste et détourné. Cela légitimait aussi l’idée
que ceux d’entre nous qui rejetaient ce slogan
n’étaient pas vraiment français, et nous excluait du
processus de deuil national.
Cette idée a aussi été utilisée pour nous
absoudre, nous les Français, de notre
responsabilité envers ces tueurs. Comme s’ils
étaient des étrangers, alors qu’ils étaient nés et
avaient grandi au sein même du système social
français. Ils faisaient partie de notre société.
Je suis pour la liberté d’expression et contre ces
tueries insensées, mais je ne suis pas Charlie. Je
n’ai jamais aimé Charlie Hebdo. C’est vulgaire et
ce n’est pas drôle. En fait, quand je tombais
dessus, je levais les yeux au ciel en voyant la
couverture, censée être choquante et provocante.
Mais je crois que ce n’était pas un discours
haineux, même si moi-même je ne riais pas quand
Charlie Hebdo se moquait des femmes, des
musulmans, des athlètes et des musiciens, et que,
parfois, ça me dégoûtait. Mais nous vivons dans un
pays où ce type d’expression n’est ni tabou ni
condamnable. Ça fait tout simplement partie de la
culture française. Tout comme le fromage, le
harcèlement sexuel au quotidien, et l’excellence du
système de sécurité sociale.
En 2006, un journal danois, « Jyllands-Posten », a publié
des caricatures du prophète Mahomet.
« Charlie Hebdo », un journal satirique français, cible
d’un attentat terroriste en 2015 qui a tué 12 personnes
dans ses bureaux à Paris, publie régulièrement des
caricatures de Mahomet.
Le magazine polonais « Wprost » publie régulièrement
des caricatures de figures catholiques, comme la Vierge
Marie ou Jésus-Christ, portant des masques à gaz afin de
dénoncer les problèmes environnementaux de
Częstochowa, un lieu de pèlerinage.
Il existe des mesures particulières pour protéger les
médias. Une presse libre joue un rôle prépondérant dans
une démocratie stable. En effet, c’est uniquement
lorsque les journalistes peuvent travailler librement
qu’ils peuvent responsabiliser les personnes et les
institutions puissantes, en ayant la possibilité de
dénoncer les cas de corruption, fraude et abus parmi
d’autres crimes. L’ingérence politique, la concentration
excessive des médias et tout type de harcèlement – dont
la violence à l’encontre des journalistes – sont interdits.
Liberté de religion
Dans l’UE, toute personne bénéficie du droit à la liberté de
pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la
liberté de manifester sa religion par le culte, l’enseignement,
les pratiques et l’accomplissement des rites.
Ce droit est apparu après des siècles de conflits,
particulièrement au 16e et 17e siècle, lorsque les
catholiques ont lutté contre les protestants dans toute
l’Europe. Ils sont tous chrétiens, mais interprètent leur
religion différemment.
Les membres de l’UE ont différentes approches concernant
la religion. Certains pays ont reconnu une religion officielle
d’État pendant que d’autres pays ont séparé la religion de
l’État, un principe qu’on appelle la laïcité. Dans certains
pays, ce modèle a contribué à exclure la religion de la
sphère publique, une procédure appelée sécularisation, où
les individus pratiquent leur religion dans un cadre privé.
La charte ne proscrit pas la différenciation entre les
religions tant que l’égalité est garantie entre les groupes
religieux, mais elle interdit la discrimination. Ceci signifie
que la loi n’interdit pas de maintenir une Église d’État, tant
que toutes les autres religions ont les mêmes chances
d’obtenir des avantages traditionnellement octroyés à la
religion officielle.
Les personnes vivant dans l’UE pratiquent différentes
religions. L’Europe n’est pas exclusivement chrétienne et,
d’ailleurs, ne le fut pas durant des siècles. Le christianisme
et l’islam sont les deux religions les plus courantes dans la
majorité des pays. L’UE est cependant une organisation
séculaire.
LES TATARS : UNE HISTOIRE DE L’ISLAM EN
POLOGNE
L’histoire de l’islam dans les territoires polonais
remonte au 14e siècle, quand les premiers Tatars,
venus d’Asie centrale, se sont installés dans la
région balte, sous contrôle à l’époque de la
Pologne et de la Lituanie. Les premiers Tatars
étaient des migrants fuyant la famine et les luttes
de pouvoir dans la région de la mer Noire, ainsi
que des prisonniers de guerre capturés dans une
série de batailles entre les grands ducs de Lituanie
et la Horde d’or, un khanat de l’Empire mongol.
Communauté profondément ancrée dans l’islam,
les Tatars bénéficiaient de la liberté de culte et du
droit à construire des mosquées dans une Pologne
majoritairement catholique. Pendant les guerres de
cette époque, les Tatars ont sans cesse combattu
du côté des forces polonaises et lituaniennes et ont
gagné la réputation de combattants courageux.
Au 17e siècle, on estimait à 15 000 le nombre de
Tatars vivant dans la « république des Deux
Nations » [la république de Pologne-Lituanie]. La
Contre-Réforme (une période de l’histoire de
l’Europe entre le milieu du 16e et le milieu du 18e
siècle pendant laquelle l’Église catholique romaine
a tenté de réaffirmer sa position dominante en
réaction à la Réforme protestante) n’a fait que
dégrader le contexte politique et augmenter la
pauvreté au sein de la communauté tatar de
Pologne. Les Tatars se sont rebellés en 1672,
abandonnant l’armée polonaise qui combattait
l’Empire ottoman. Afin de regagner la loyauté des
Tatars, le roi de Pologne Jean III Sobieski a négocié
un accord avec le Sejm (le parlement) pour
restaurer leurs droits, leur offrant des territoires
dans la partie orientale de l’actuelle Pologne. Les
Tatars ont ensuite rejoint les rangs de l’armée
polonaise et, en 1683, ils ont aidé à la victoire de la
Pologne dans la bataille de Vienne, considérée par
les historiens comme le début du déclin de
l’Empire ottoman.
Aujourd’hui, entre 1 500 et 5 000 Tatars vivent
en Pologne, principalement dans la partie nord-est
du pays. Même si leurs propres langues sont
tombées dans l’oubli au profit du polonais il y a
déjà plusieurs siècles, beaucoup de Tatars
continuent de pratiquer l’islam en Pologne, et ont
conservé leurs traditions et leur identité. « Je suis
fière de mes origines, dit Magdalena Dżamila
Assanowicz, qui vit aujourd’hui à Varsovie. Mon
père est musulman et ma mère est catholique.
Enfant, je confondais les églises et les mosquées. »
Il existe 5 mosquées en Pologne aujourd’hui, à
Varsovie, Gdańsk (ou Dantzig), Poznań, Bohoniki et
Kruszyniany.
Stuart Franklin Angleterre. Londres. 2012. Une manifestation devant le
Parlement. Certains des participants sont habillés en suffragettes, ces femmes
qui se sont battues pour le droit de vote des femmes britanniques un siècle plus
tôt.
Liberté de réunion et
d’association
Dans l’UE, toute personne a droit à la liberté de réunion
pacifique et à la liberté d’association à tous les niveaux,
notamment dans les domaines politique, syndical et civique.
Ce droit joue un rôle important dans la mobilisation en
faveur du changement social. Ceci signifie que tout le monde
peut protester contre certains problèmes ou plaider en
faveur de certaines causes en public et dans un cadre
collectif.
RAMMAN ISMAEL, 23 ANS, LYON, FRANCE
(ORIGINAIRE D’ALEP, SYRIE)
Je me souviens de la date de ma première
manifestation en France : le 15 mars 2014, jour du
3e anniversaire de la révolution syrienne. J’étais
arrivé à Paris depuis un mois, où je ne connaissais
personne d’autre que mon frère. Il y avait des
journalistes qui prenaient des photos, mais il n’y
avait pas trop d’ambiance. Personne ne chantait ou
criait comme on le fait toujours en Syrie. Je leur ai
donc dit : « Moi, je vais chanter. Donnez-moi le
micro. »
Depuis ce jour, j’ai chanté dans toutes les
manifestations où je suis allé. À chaque fois qu’il y
avait un événement majeur comme une date
anniversaire, on organisait une manifestation et on
distribuait des tracts à tous nos amis. Sur mon
Facebook, on me voit toujours, ou Zahia (une autre
activiste), chanter en première ligne. Pareil pour
les manifestations en soutien aux réfugiés en
septembre dernier. Sur Facebook il y a des photos
des manifestants devant la place de la République,
en direction de l’Hôtel de Ville. Il y avait 10 000
personnes.
On n’avait pas le droit de manifester comme ça
en Syrie avant la révolution. Et même après le
début de la révolution, quand j’étudiais à Alep,
c’était trop dangereux de manifester en ville. Les
agents du Mukhabarat [les services de
renseignement syriens, ou la police secrète]
étaient partout. Je me rendais seulement dans la
banlieue nord, où l’opposition était plus forte et où
personne ne savait comment je m’appelais. C’était
comme une fête, un exploit. Être un étudiant qui
demandait la liberté, ça n’aurait jamais pu exister
avant en Syrie.
Début 2013, j’ai dû quitter Alep et interrompre
mes études [au lycée] à cause de la guerre. J’ai
déménagé à Kobané, la ville kurde, mais il y avait
aussi des problèmes là-bas, principalement entre
l’ASL (Armée syrienne libre ; en anglais, FSA :
Free Syrian Army) et le PKK (Parti des travailleurs
du Kurdistan ; en anglais, Kurdistan Workers’
Party). La FSA considérait tous les Kurdes, comme
moi, comme des sympathisants du PKK. Sauf que
j’étais aussi contre le PKK. Ils recrutaient des
jeunes pour se battre et brandir les armes, et je ne
voulais pas m’enrôler. Je suis donc parti en Turquie
où j’ai pu travailler un moment à Istanbul. J’ai eu la
chance d’obtenir un visa pour Paris début 2014. Et
je n’ai pas eu à faire à faire le trajet en bateau vers
la Grèce comme la plupart [des migrants].
Il y a quelques mois, j’ai emménagé à Lyon. Je
me prépare pour obtenir mon diplôme d’accès aux
études universitaires [pour faire des études de
génie architectural], et je travaille 35 heures par
semaine dans un magasin de vêtements, Primark,
ce qui ne me laisse plus beaucoup de temps pour
l’activisme. Je ne connais aucun Syrien ici, mais, il
y a peu, des amis syriens qui ne sont pas de Lyon
sont venus pour une manifestation. Ils
connaissaient les organisateurs, donc je les ai
accompagnés. Il y avait principalement des jeunes,
de 17, 18 ou 19 ans, et ils ne savaient pas chanter.
Donc j’ai pris le micro et j’ai commencé à chanter.
Il n’y a quasiment que des Syriens qui viennent
aux manifestations. Sauf en septembre, quand
c’était une manif de soutien aux réfugiés, pas
seulement liée à la situation en Syrie. On avait
l’habitude de scander des slogans en arabe, mais
les Français ne pouvaient pas les comprendre.
Peut-être qu’ils ne savaient même pas ce qu’on
était en train de faire – « C’est une célébration ou
autre chose ? ». Maintenant, on utilise aussi le
français.
Mais pour être honnête, je pense que la majorité
des gens ici se moque de ce qu’il se passe en Syrie.
Ils vont peut-être en parler pendant cinq minutes,
mais ensuite ils oublieront. Depuis les attentats,
sur toutes les chaînes de télévision françaises, on
n’entend plus que ça : « Daesh [L’État islamique],
Daesh, Daesh, Daesh . » Mais le problème en Syrie,
ce n’est pas que Daesh : il y a des gens qui
meurent tous les jours à cause des
bombardements. C’est le message que l’on essaye
de faire passer à tout prix.
Il existe néanmoins des exceptions à cette règle, comme
lorsque des rassemblements incitent à la haine ou à la
violence.
Par exemple, en Hongrie, un tribunal a interdit à un groupe
réactionnaire de manifester dans des villages à forte
population rom. Les juges estimaient que cette association,
dont les membres hurlaient des injures racistes à l’encontre
des Roms en portant des uniformes rappelant ceux du parti
fasciste hongrois de la Deuxième Guerre mondiale, violait le
droit à la sécurité et à la liberté des villageois.
Droit de négociations et
d’actions collectives
Les travailleurs peuvent s’organiser collectivement pour
obtenir de meilleures conditions de travail de la part de leur
employeur. Ils peuvent défendre leurs intérêts – de meilleurs
salaires, congés, droits de retraite et assurance invalidité –
en ayant recours à la grève, parmi d’autres moyens.
Dans l’UE, le nombre d’heures de travail est
obligatoirement limité, et les horaires sont définis par la loi.
Tout travailleur a droit à une limitation de la durée maximale
du travail et à des périodes de repos journalier et
hebdomadaire, ainsi qu’à une période annuelle de congés
payés, et des conditions de travail qui respectent sa santé,
sa sécurité et sa dignité.
Les femmes ont droit à un congé maternité payé et
ininterrompu de 14 semaines et bénéficient de protections
diverses au cours de leur grossesse.
Le travail des enfants est interdit. Dans l’UE, un enfant est
défini comme une personne de moins de 18 ans. Hormis
quelques exceptions, l’âge minimal d’admission au travail ne
peut être inférieur à l’âge auquel cesse la période de
scolarité obligatoire, qui varie entre 16 et 18 ans selon les
pays.
Bruno Barbey Angleterre. Londres. 2016. Des gens font la fête pendant la
marche des fiertés de la communauté LGBT (lesbiennes, gay, bisexuels et
transgenres).
Liberté sexuelle
Les relations consenties entre adultes sont protégées par le
droit du respect à la vie privée de la Charte. L’âge de la
majorité sexuelle varie entre 14 et 18 ans selon les pays de
l’UE.
La majorité des discriminations fondées sur l’orientation
sexuelle (attirance envers des personnes du sexe opposé, du
même sexe ou des deux) sont interdites dans l’UE.
Les États membres doivent respecter ce principe ;
néanmoins, de nombreux pays doivent encore mettre en
œuvre des politiques nationales qui interdisent la
discrimination envers les personnes LGBTI [voir encadré].
Leur protection en Europe demeure limitée, ce qui peut les
exclure des droits aux soins médicaux, à l’éducation et à
l’accès aux biens et services. Elles se voient aussi
régulièrement nier la reconnaissance maritale ou familiale.
Seuls 12 États membres ont légalisé le mariage pour tous.
En France, des milliers de personnes ont manifesté contre sa
légalisation. D’autres pays ont légalisé les unions civiles de
personnes de même sexe – une procédure qui s’apparente
au mariage, mais qui néanmoins ne leur confère pas
exactement les mêmes avantages et protections, comme les
allégements fiscaux, le droit à l’adoption ou au
regroupement familial.
Afin de célébrer les efforts du mouvement pour les droits
des homosexuels, les groupes LGBTI organisent tous les ans
des parades ou marches des fiertés dans de nombreuses
villes européennes.
LEILA, 36 ANS, TRAVAILLEUSE SOCIALE ET
ÉDUCATRICE SPÉCIALISÉE, PARIS, FRANCE
Mon frère jumeau et moi sommes nés en 1980 à
Paris. Je suis afro-arabe, ce qui veut dire que ma
mère est nord-africaine et mon père caribéen.
Mon père est né en Guyane française. Il est venu
en France à la fin des années 1970 pour faire son
service militaire, qui était alors obligatoire à l’âge
de 18 ans. Il est le seul de sa famille à avoir
déménagé en France. C’est uniquement parce qu’il
a rencontré ma mère qu’il a décidé de rester en
France. Elle était née et avait grandi ici. Ses
parents étaient algériens.
Je n’ai pas grandi dans l’islam puisque mon père
nous a enseigné le bouddhisme. Ma mère jeûnait
pendant le mois de ramadan, et c’était les seules
fois où l’on pratiquait l’islam. Même si ma mère
était née dans une famille musulmane, les
politiques d’intégration en France pendant son
enfance conditionnaient la vie des personnes de
confession musulmane.
J’ai toujours été une personne spirituelle, et
j’avais 16 ans quand je me suis intéressée pour la
première fois à l’islam. J’étais à la bibliothèque et
j’ai pris le Coran, dans sa version traduite en
français. Je l’ai lu en 3 semaines. J’en ai parlé avec
ma tata musulmane, et elle m’a donné d’autres
livres à lire sur la vie de notre bien-aimé prophète
Mahomet (sws). J’ai commencé à lire de plus en
plus sur l’islam jusqu’à en tomber amoureuse. À
l’âge de 20 ans, j’ai décidé de devenir muslimah.
J’ai commencé à porter le hijab à l’âge de 25 ans.
Ce fut une décision importante, en particulier dans
un pays islamophobe comme la France. Je devais
lutter pour trouver un travail à Paris. Ma vie en
France était devenue très difficile.
Au fil du temps, mon hijab était moins devenu un
symbole de ma foi qu’un symbole de résistance.
Mon foulard est une résistance. Comme je suis
couverte de tatouages, les gens sont toujours
choqués de me voir porter le foulard. Certains non-
musulmans aiment me dire que je ne devrais pas
être tatouée ou m’habiller de cette manière. Ils
sont devenus les muftis de Paris. J’ai juste envie de
dire : « C’est entre moi et Allah. »
Je ne porte jamais mon foulard de la même
façon, parce que mon humeur change tout le
temps. J’adore le turban, j’adore le hijab porté à
l’arabe, j’adore porter un simple bonnet en laine et
j’adore porter un panama. Me couvrir la tête fait
partie de moi. Et juste pour déranger le système
islamophobe, je continuerai à le faire. J’ai aussi
décidé de me raser la tête. Vous voulez voir ce qu’il
y a sous mon foulard ? Et bien non ! Il n’y a pas de
longs cheveux noirs, doux et brillants comme dans
ton fantasme des Mille et Une Nuits. Je ne suis pas
Jasmine dans Aladdin.
J’ai toujours su que j’étais queer. Je suis née
comme ça.
Ce n’était pas un problème jusqu’à ce que tu
commences à entendre des propos homophobes
dans la bouche de la plupart des gens autour de
toi. Quand t’entends ce genre de choses de la part
de personnes qui partagent ta religion, quand elles
rejettent une partie de toi, ça fait mal.
Les personnes de la communauté musulmane ne
m’acceptent pas en tant que queer. Elles me
demandent comment je peux être queer et
pratiquer en même temps. Le problème le plus
important pour eux est que je pratique.
Être queer et musulmane n’est pas une maladie.
Il nous manque un lieu sûr nous étant réservé. On
se rencontre souvent, en tout petit groupe, mais
c’est toujours pas suffisant. Certaines personnes
du groupe ont peur, c’est vraiment pas facile.
La plupart des membres de ma famille ne savent
pas que je suis queer, et je ne crois pas que je leur
dirai de toute façon. Seules mes deux sœurs sont
au courant, et ça me va très bien comme ça. J’ai 3
enfants, ils connaissent l’islam, tout comme le
système oppressant dans lequel nous vivons. Ils
connaissent la communauté queer et la
communauté antiraciste. Ils viennent à toutes les
manifestations avec moi et leur père, qui est mon
ex-mari et le meilleur allié dont j’aurais pu rêver. Il
est au courant que je suis queer, et il m’a toujours
soutenue et protégée.
J’ai le soutien de mes deux sœurs, du père de
mes enfants et de mes enfants. C’est plus que
parfait.
Je trouve que la scène militante parisienne est
largement blanche. T’as l’impression que tu ne
seras jamais leur égale. En tant que personne de
couleur, et en particulier en tant que queers de
couleur, on subit davantage de préjugés qu’eux. On
doit faire face au racisme et à l’homophobie. Ils
veulent parler en notre nom sans avoir la moindre
idée de ce que cela veut dire d’être queer et de
couleur.
Je rêve de créer un espace pour les jeunes
queers de couleur. Une espace où ils pourraient
être eux-mêmes et grandir en se sentant fiers, sans
culpabilité ou autre connerie comme ça.
Aux nouveaux réfugiés, je leur conseillerais de
continuer à venir. On est de plus en plus actifs. Les
organisations de personnes queer de couleur sont
en train de grandir. On lutte pour vous et avec
vous. Continuez à venir, et dégageons ce système
raciste, détruisons la frontière.
Droits des victimes
Dans l’UE, les victimes de crimes et violences ont le droit
d’être protégées. Ceci comprend le droit à la reconnaissance
et la protection contre des représailles et tout autre
préjudice par le suspect ou l’accusé. Ceci signifie également
le droit au soutien psychologique, à l’accès à la justice et à la
compensation.
Les violences contre les femmes ou les violences sexistes
sont également interdites.
ANKE DOMSCHEIT-BERG, 48 ANS, CONSULTANTE,
BRANDEBOURG, ALLEMAGNE
Je me suis engagée auprès des réfugiés en août
2015, quand la vague de migrants est arrivée par
la route des Balkans. J’ai ressenti le besoin d’agir
car ce que je voyais et entendais me rappelait les
histoires que j’avais écoutées, enfant.
Mes parents étaient tous les deux des enfants
réfugiés de la Deuxième Guerre mondiale. Ce sont
des Allemands nés en dehors de l’Allemagne. Ma
mère vient d’une région appelée la Bessarabie,
située près de la mer Noire. À cette époque, le
territoire était encore gouverné par les Russes, et
les colons allemands y vivaient dans des villages.
La guerre a ensuite éclaté : d’un seul coup, ils
vivaient dans un pays ennemi et ont dû fuir,
d’abord en Pologne puis en Allemagne.
Mon père est né dans l’ancienne Prusse
orientale, à l’époque une région allemande située
très à l’est. Il s’agit aujourd’hui d’une enclave
entre la Pologne et la Lituanie. Mon père avait 10
ans quand il a vu brûler la jolie ville de Königsberg.
Il a fui en Allemagne avec sa mère et ses 3 jeunes
frères et sœurs. J’ai grandi avec ces histoires :
comment ils mouraient de faim sur les routes,
comment ils ont tout perdu – famille, amis, maison,
jardin, jouets.
Quand j’ai vu à la télévision tous ces enfants
arriver chez nous, je me suis sentie obligée de faire
quelque chose pour rendre leur vie un peu plus
facile que celle que mes parents ont eue.
Mon mari et moi faisons partie d’un mouvement
d’accueil organisé dans notre petite ville de
Brandebourg, à une heure de Berlin. Depuis
septembre 2015, nous vivons constamment avec
des réfugiés à la maison : d’abord un groupe de
rock syrien de 8 musiciens, puis une famille
iraquienne, et une famille syrienne avec trois
petites filles… On a vraiment apprécié les avoir à
la maison.
Avec toutes ces rencontres, la question de
l’égalité entre hommes et femmes a souvent été un
sujet qui a suscité de l’intérêt, et ce davantage
chez les Allemands que chez les réfugiés. Il existe
de nombreux préjugés mais aussi de réelles
différences.
Il est vrai que l’Allemagne est assez avancée en
termes d’égalité des sexes : notre constitution
stipule depuis des décennies que les hommes et les
femmes sont égaux ; nous avons une femme
chancelière ; les femmes travaillent ; les femmes
peuvent se marier ou divorcer si elles le veulent ;
elles peuvent élever seules leurs enfants. C’est une
réalité.
Il est aussi vrai que dans d’autres cultures, il y a
moins d’égalité entre les sexes. Mais ce n’est
jamais tout noir ou tout blanc. L’Allemagne s’est
vraiment développée mais cela ne date pas de si
longtemps. Peu de gens en Allemagne de l’Ouest se
souviennent qu’avant les années 1970, les hommes
avaient le droit d’interdire à leur femme de
travailler.
Nous avons tellement avancé ces 10 dernières
années. La société et les valeurs peuvent évoluer.
Les Allemands devraient aussi écouter ce que les
réfugiés ont à dire sur les relations entre les
hommes et femmes. C’est particulièrement
intéressant quand ils abordent le sexisme dans les
publicités et les films occidentaux qu’ils trouvent
irrespectueux envers les femmes. Et je suis
d’ailleurs complètement d’accord : c’est sexiste et
irrespectueux. Nous pourrions tirer des leçons des
pays arabes en ce sens. Ce qui ne veut pas dire
que les femmes doivent être systématiquement
couvertes dans les pubs. Mais on doit réfléchir à la
manière dont on représente les femmes, dans
quelles circonstances, les rôles qu’elles jouent, à
quel point elles sont parfois juste un corps…
Nous sommes toujours en développement en
Allemagne. Le viol au sein du mariage est illégal
depuis 1997 seulement. En juillet 2016, les
relations sexuelles sans consentement sont
devenues illégales en toutes circonstances et sont
désormais considérées comme un viol. J’insiste : en
toutes circonstances. Et les infractions sexuelles
(comme les attouchements) sont désormais punies
plus sévèrement.
Ceci signifie qu’en dépit de ce que portent les
femmes, de leur façon de s’habiller, qu’elles vous
sourient ou pas, cela ne veut pas dire qu’elles
veulent coucher avec vous mais qu’elles ont droit à
leur pleine liberté et au respect. C’est difficile à
comprendre pour certains hommes, quelle que soit
leur origine ou leur mentalité. C’est pourquoi nous
avons ces lois.
De nombreuses personnes verraient d’un très
mauvais œil les réfugiés qui ne respecteraient pas
ces lois. Une nouvelle clause facilite le renvoi des
réfugiés qui violeraient ces règles.
Dans tous les pays, la violence conjugale et les
violences sexuelles constituent un problème, y
compris en Allemagne. J’ai récemment rencontré
un couple de Syriens dont le mari était violent. Ce
fut réconfortant de voir que la communauté de
migrants a parlé avec lui pour lui expliquer que sa
violence ne respectait pas du tout l’éthique du
Coran. Ils sont aujourd’hui séparés. Il peut voir les
enfants, et on peut voir comment la femme
s’adapte vite à sa nouvelle liberté, à savoir vivre
seule avec les enfants et gagner son propre argent.
En même temps, elle garde les valeurs qui lui sont
chères comme prier 5 fois par jour, ou suivre les
traditions du ramadan. Respecter les femmes et
adhérer aux lois allemandes les plus strictes ne
signifie pas abandonner ses valeurs culturelles.
La communauté de migrants, y compris les
hommes syriens, soutient donc cette femme. La
majorité d’entre eux, ici dans notre ville, sont
jeunes. Ils ont moins de 35 ans. Son mari a plus de
60 ans. Ces jeunes hommes m’ont expliqué que ce
n’est pas si différent qu’en Allemagne, c’est-à-dire
que le point de vue sur l’égalité des sexes est plus
souvent d’ordre générationnel que religieux. Ils
partagent la même religion mais pas les mêmes
valeurs.
Sur les photos de ma mère, en Bessarabie, on
voit les femmes et les hommes assis séparément à
l’église, et les femmes sont voilées. Ma mère est
devenue féministe malgré son éducation
traditionnelle. Quand je vois tous les changements
que ma mère a connus, et ceux que j’ai vécus en
Allemagne de l’Est, je vois combien l’Allemagne a
changé. Et je crois que les migrants vont
apprendre à comprendre et adhérer à ce concept
de l’égalité entre les sexes et que l’Allemagne va
continuer à se développer. Les différences entre
deux cultures ou deux communautés peuvent être
énormes, mais on peut tous apprendre les uns des
autres.
TILLA (NOM D’EMPRUNT), 40 ANS, DEMANDEUSE
D’ASILE, PAYS-BAS
J’ai demandé l’asile aux Pays-Bas il y a 3 mois pour
fuir la persécution des religieux en Iran. J’ai vécu
dans 4 camps différents depuis mon arrivée dans
ce pays. Dans l’un d’entre eux, on m’a violée. Et
personne ne m’a entendu crier. Il paraît que le
camp est une ancienne prison. Il n’y avait pas de
fenêtres, les murs étaient insonorisés, et les portes
très épaisses. J’ai essayé de me débattre. J’ai crié
le plus fort possible. Je l’ai repoussé et lui ai donné
un coup de pied. Il est tombé sur la chaise et la
table. Mais personne n’a pu m’entendre à cause
des murs et des portes.
Je me suis sentie si seule dans cette pièce.
C’était à peine 5 jours après mon arrivée dans le
camp. Pourtant, j’avais confiance en ces gens, ils
venaient du même pays que moi. Je ne comprends
pas ce qu’ils ont pu penser de moi. J’étais toujours
habillée de façon très décente.
J’ai raconté cette agression à la police. Mais pas
le jour même. Je me sentais vraiment très mal. Je
ne savais pas quoi faire. Je ne connais pas grand-
chose des Pays-Bas et des réactions des gens ici. Je
pensais que les hommes du camp de réfugiés
allaient raconter des ragots sur moi et me harceler,
si jamais ils étaient mis au courant de ce qu’il
s’était passé. J’étais perdue.
Le lendemain de l’agression, je suis allée voir ma
famille [en dehors du camp]. Quand ils m’ont vue
pleurer et trembler, j’ai fini par tout leur raconter.
Le lendemain, je suis allée voir la police, et je leur
ai tout expliqué. Après ça, on m’a soignée, puis on
m’a donné des médicaments à prendre. Je me sens
beaucoup mieux maintenant. Depuis, [mon
agresseur] a fui les Pays-Bas. La police n’a pas pu
l’attraper.
Quand je suis arrivée ici, j’ai entendu dire qu’il
se passait des choses horribles dans le centre
d’accueil. Je n’avais jamais imaginé que ça puisse
m’arriver, à moi aussi. Je me suis toujours sentie
très forte. Mais parfois, on est impuissant. Les
hommes du camp de réfugiés étaient différents. Je
n’avais jamais vu de gens comme eux avant. Ils
dénudaient les femmes du regard. C’était vraiment
très perturbant. Je détestais ça. D’ailleurs, je pense
que personne n’aimait ça. En général, dans les
camp de réfugiés, il n’y a que quelques femmes
célibataires et surtout une grande majorité
d’hommes célibataires. Je pense que ce sont eux
qui causent des problèmes aux femmes, et
principalement aux célibataires.
La plupart des femmes ne parlent pas [des
violences sexuelles], mais je suis certaine que ça
arrive aussi à certaines d’entre nous. Mais pour la
plupart, il est très difficile de parler d’une
expérience aussi éprouvante. Après cet incident,
toutes les femmes ont été invitées à une rencontre
au centre pour réfugiés. L’équipe du centre nous a
dit que si nous rencontrions un seul problème, il
fallait en parler, et ne pas garder ça secret. Mais
bon, une fois raconté mon agression, personne
n’est venu m’aider. Je suis en Europe, et les choses
ne sont pas mieux qu’ailleurs. J’en suis écœurée.
La police m’a bien dit que je pouvais déposer une
plainte officielle contre mon agresseur, mais que
s’il n’était pas sur le territoire des Pays-Bas ou que
si elle ne le trouvait pas, elle ne pourrait pas
l’arrêter. Je suis retournée plusieurs fois au poste
de police, et j’ai donné toujours plus de détails sur
l’agression, mais c’est resté sans résultats. Ils
n’arrivent toujours pas à lui mettre la main dessus.
Après cette histoire, l’homme m’a envoyé des
messages de menaces et une photo de lui tenant
un long pistolet. Il m’a dit que si je racontais
l’histoire à qui que ce soit, ou que si j’allais voir la
police, il me tuerait.
En fait, c’est très difficile pour moi parce que je
ne peux rien faire du tout. Je me demande : «
Pourquoi moi ? » Mais parfois j’ai envie d’en parler.
Peut-être que je pourrais ainsi aider d’autres
femmes. Ou bien faire quelque chose pour les
droits de la femme.
L’égalité entre les hommes et les femmes est l’un des
principes fondateurs de l’UE. Il a été établi dans le traité de
Rome [voir « Les rouages de l’UE »], au commencement de
l’Union, en considérant que les hommes et les femmes ont le
droit à un salaire égal pour un travail égal. Depuis, l’UE a
ajouté des droits spécifiques, comme l’interdiction de
violence à l’encontre des personnes en raison de leur genre.
Ceci reste néanmoins un travail en cours. Une femme sur
trois de plus de 15 ans en Europe souffre encore de
violences sexistes. Dans de nombreux pays européens, plus
de la moitié des meurtres violents de femmes sont commis
par leur partenaire intime ou un de leurs proches.
Il existe 5 catégories de violence à caractère sexiste : les
violences sexuelles comme le viol, les agressions et le
harcèlement ; les violences dans les relations intimes ;
l’esclavage ; les pratiques comme le mariage des enfants, le
mariage forcé et la mutilation des parties génitales des
femmes ; et la violence en ligne (dit cyberharcèlement,
harcèlement en ligne ou harcèlement virtuel).
Droit à un procès équitable
Dans l’UE, toute personne a le droit à un procès équitable
par un tribunal indépendant. Le respect des droits de la
défense est garanti à tout accusé.
En Europe, la loi requiert que dans tous les États membres,
tout accusé soit présumé innocent jusqu’à ce que sa
culpabilité ait été légalement établie. Toute personne a le
droit de garder le silence et d’être présente lors de son
procès.
Dans le cas où un accusé ne pourrait payer les services
d’un avocat, une aide juridique lui sera fournie.
Vie quotidienne
Alors que les États membres organisent indépendamment de
nombreux aspects du quotidien, ils le font néanmoins sur le
principe commun que toute personne doit pouvoir profiter de
certains avantages comme l’éducation, les transports, le
logement et les soins de santé.
En échange de ces droits et avantages, l’État attend de
ses résidents qu’ils respectent ses lois (devoirs civiques) et
qu’ils participent aux activités (responsabilités civiques)
comme les élections, le bénévolat au sein d’activités
communautaires, qu’ils se portent candidat et qu’ils
assument les rôles politiques afin de devenir productifs et
qu’ils impliquent les autres membres de la société.
Le gouvernement assure des avantages favorisant le bien-
être des résidents, et limite les coûts de l’analphabétisme,
l’immobilisme, l’itinérance et la maladie.
La motivation de garantir ces services repose sur l’idée
que si les personnes sont mieux éduquées, mobiles, logées
et en meilleure santé, c’est l’ensemble de la société qui en
bénéficie. En ce sens, le gouvernement espère diminuer les
inégalités.
Cependant, ce système ne peut fonctionner que si tout le
monde respecte la loi, par exemple en vaccinant ses enfants
et en entretenant sa maison.
L’UE gère des ressources communes comme l’eau, l’air, la
terre et les sites patrimoniaux [voir « Les rouages de l’UE »]..
Sans réglementation, ces ressources seraient polluées,
abîmées ou épuisées.
Les impôts permettent de financer ces services. Les
salaires les plus élevés sont soumis à plus de taxes que les
autres pour une meilleure répartition des richesses au sein
de la société.
Cette répartition demeure néanmoins inégale. Des groupes
vulnérables – les minorités, les mères célibataires et les
migrants – ont généralement moins de revenus. Vous pouvez
passer à « Informations pratiques » pour apprendre
comment améliorer votre accès aux services publics.
Transports
En Europe, les transports publics en ville – tramways, bus et
trains – aident les résidents à voyager de manière
économique et respectueuse de l’environnement. En tant
que réfugié, vous avez le droit de vous déplacer librement à
travers votre pays de résidence.
Araba Coulibaly, 47 ans, membre de l’équipe
d’entretien de la pharmacie d’un hôpital,
Barcelone, Espagne :
« J’ai quitté le Mali il y a presque 30 ans pour
m’installer à Barcelone et fonder une famille. Ma fille et
ma petite-fille sont toutes les deux nées ici. D’où je
viens, il n’y a pas de transports publics, mais on se
déplace en voiture, à moto et dans des vans qu’on
partage. Il n’y a pas beaucoup d’autres possibilités. À
Barcelone, j’utilise le métro et le bus tous les jours. Le
réseau de transport est très intuitif, et c’est très facile
de s’y retrouver. Un haut-parleur annonce les arrêts pour
savoir quand il faut descendre.
Au début, j’avais du mal à comprendre le réseau : je
confondais les stations et je descendais au mauvais
arrêt. Mais en demandant mon chemin à des gens, j’ai
toujours réussi à me rendre où je voulais. Il suffit de
poser la question aux autres passagers ou au
conducteur de bus, qui en général n’hésitent pas à aider.
Mais je trouve que les transports coûtent très cher ici. »
Soins médicaux
Le droit à la santé est un droit social fondamental,
indépendamment de votre statut. La majorité des pays
dispose de systèmes mixtes de santé public et privé. Le
système public couvre les besoins minimaux de santé à tous
les âges. Les traitements pour les maladies et les
médicaments sont fournis par l’État.
Les soins spécialisés comme la chirurgie plastique peuvent
être privatisés.
Vous pouvez passer à « Informations pratiques » pour
obtenir les informations spécifiques à chaque pays
concernant l’accès aux soins médicaux.
Mustafa, 32 ans, chirurgien plastique originaire
d’Alep, Syrie, travaille bénévolement au centre de
santé pour réfugiés à Utrecht, aux Pays-Bas :
« J’ai fui la Syrie pour sauver ma famille – mon fils et
ma femme, qui est aussi chirurgienne plastique – et
échapper au service militaire. Mon père est chirurgien,
et enfant, j’aimais déjà la chirurgie. Ça permettait
d’aider les gens avec des difformités, pas seulement
ceux avec des problèmes esthétiques.
En tant que médecin, je peux aider les Syriens aux
Pays-Bas car je connais leur vocabulaire. Je sais
comment ils parlent de leurs problèmes.
À Utrecht, je pense avoir vu deux ou trois cas de
réfugiés avec des cicatrices dues à la torture. Mais
certaines personnes les cachent : ils sont à mon avis
plus nombreux.
Je suis bénévole car j’ai mes deux mains, et mes
mains perdent de leur habilité si je reste longtemps sans
travailler. J’espère apprendre la langue de ce pays et
passer mes examens de médecine pour obtenir une
équivalence de mon diplôme.
C’est très difficile et cela prend beaucoup de temps
avant de pouvoir travailler. C’est un véritable motif de
dépression pour les personnes diplômées ici. »
Stuart Franklin France. Bondy. 2012. Bakhta Dini, enseignante à l’École
primaire Olympes-de-Gouges, en banlieue de Paris.
Education
Tout le monde a le droit à l’éducation, dont les enfants de
réfugiés, quel que soit leur statut. L’éducation est obligatoire
de 6 à 16 ans dans la majorité des pays. Il existe aussi des
écoles spécialisées pour les enfants handicapés.
Après la scolarité obligatoire, les élèves peuvent continuer
leurs études avec un système en alternance entreprise-
études, rentrer à l’université ou encore chercher du travail.
La majorité des gouvernements proposent des cours de
langue aux réfugiés. Cependant, de nombreux enfants
réfugiés n’ont pas encore eu accès à l’éducation. Veuillez
consulter « Informations pratiques » pour mieux comprendre
l’accès à l’éducation.
Ramin, 50 ans, professeur, originaire d’Iran:
« J’ai fui l’Iran à cause du gouvernement actuel. Je n’ai
jamais adhéré à son idéologie. J’ai essayé de me taire à
ce sujet mais je n’y arrivais plus. Vous ne pouvez rien
dire contre le système. Vous ne pouvez pas critiquer le
gouvernement. Vous ne pouvez faire confiance à
personne, pas même à vos étudiants. Il y a des agents
secrets partout, même à l’intérieur des universités. J’ai
été arrêté et j’ai rencontré encore plus de problèmes
avec les autorités.
Aux Pays-Bas il existe la liberté d’expression.
L’ambiance dans les écoles et les universités n’est pas
aussi sombre et effrayante. Personne ne devrait avoir
peur de qui que ce soit. C’est une énorme différence.
L’éducation est très importante. Les réfugiés viennent
ici pour entreprendre une nouvelle vie. En tant que
réfugié, on a peu d’options. Pour les réfugiés, la seule
façon, ou peut-être la meilleure, de devenir un membre
intégré et honorable de la société est d’étudier et de
devenir quelqu’un. Vous ne serez plus un réfugié, les
gens vous respecteront et ils vous accepteront mieux
dans leur société. »
Travail
Toute personne, dont les réfugiés et les demandeurs d’asile,
a le droit de travailler. Cependant, vous pouvez rencontrer
de nombreuses barrières pendant votre recherche d’emploi.
Effectivement, le manque de compétences linguistiques, la
difficulté pour obtenir une équivalence des diplômes
étrangers et la discrimination sur le marché de l’emploi
contribuent à des taux de chômage plus élevés chez les
réfugiés que chez les locaux.
Par ailleurs, l’accès au marché de l’emploi pour les
réfugiés est progressif. Certains employeurs ne se rendent
pas compte qu’ils peuvent embaucher de nouveaux
arrivants.
Hasna, 34 ans, assistante juridique originaire de
Damas, Syrie :
« J’ai quitté la Syrie car il y avait des agents secrets
partout et pour aider mon fils à réaliser son rêve
d’étudier en Allemagne. Mon fils a failli se faire tuer
deux fois par les bombes et l’école de ma fille a été
bombardée. Je rêve que nous soyons tous réunis ici en
famille. Ils sont toujours en Syrie et j’ai peur tous les
jours pour leur vie.
Je rêve aussi du moment où je pourrai enfin travailler.
Pour l’instant, je ne peux pas travailler à cause de la
langue, mais je veux travailler comme travailleuse
sociale ou avec les réfugiés. C’est pour ça que j’ai arrêté
de porter le hijab – je voulais m’intégrer dans la société
sans que l’on me pose de questions. Je ne veux pas que
mon foulard devienne une barrière dans ma
communauté. Et en particulier plus tard, car j’aurai
moins de chance de trouver du travail en étant voilée. »
Logement
L’UE promeut le droit au logement social pour lutter contre
les inégalités. Les listes d’attente pour les logements
subventionnés par l’État sont cependant très longues, et les
réfugiés sont particulièrement exposés au fait de se
retrouver sans abri.
Tatiana, 35 ans, Allemande ethnique [voir « Ira, 53
ans, Friedland, Allemagne », dans « Reconstruire
sur les cendres de la guerre »], originaire du
Kirghizstan :
« Après avoir quitté le pays, nous avons vécu pendant
un mois dans un appartement en sous-sol. Il était
meublé, nous avions un canapé et un placard que nous
avaient donné des connaissances. Ensuite nous avons
emménagé dans un endroit qui ressemblait à une vraie
maison. Une subvention du gouvernement allemand
nous a permis d’acheter le nécessaire pour le meubler.
En décembre, ma mère est décédée. Je suis donc allée
au Kirghizstan, où j’ai pu prendre des vases et des
statuettes qui lui avaient appartenu. C’est important
pour moi d’avoir ces objets à proximité. »
En plus d’assurer des services publics comme les soins
médicaux, le logement et l’éducation pour limiter les
inégalités dans la société, les gouvernements promeuvent
aussi le bien-être des citoyens en encourageant la créativité
et l’exercice physique.
Ces activités sont perçues comme un facteur d’intégration
pour les groupes vulnérables au sein de la société. Le sport
et les arts jouent par ailleurs un rôle essentiel pour
connecter les citoyens européens entre eux.
Arts
Tout le monde a droit à la liberté d’expression à travers les
arts. Il s’agit de l’un des piliers de la culture européenne,
célébré dans les musées, les théâtres, les opéras, les
librairies et les autres centres d’art, qui reçoivent des
financements de leur pays.
Les arts sont aussi un facteur d’intégration sociale et
encouragent la compréhension mutuelle entre les différentes
cultures en Europe.
Afin de promouvoir l’intégration sociale de différents
groupes et de leurs travaux artistiques, l’UE participe au
financement de projets culturels au sein de ses 28 pays
membres. Dans les 5 prochaines années, l’UE financera au
moins 250 000 artistes et professionnels de la culture, 2 000
cinémas,
800 films et 4 500 traductions de livres. Les entreprises
créatives ont accès à plus de 750 millions d’euros sous
forme de prêts bancaires.
Simon, 35 ans, musicien originaire de Damas,
Syrie :
« En 2002, j’ai fondé le groupe MaBRaD, un acronyme
arabe pour “un citoyen qui veut un salaire décent et un
gouvernement qui le protège”. Nos chansons mélangent
satire et critique sociale de la société syrienne.
J’ai quitté la Syrie car nos chansons ont suscité la
colère des services secrets. Comme pas un seul studio
ne nous laissait répéter, on a créé le nôtre. On y a caché
de nombreux artistes pendant la guerre, jusqu’à ce qu’il
soit occupé puis détruit.
Avant la guerre, la Syrie jouissait d’une belle scène
artistique. Les musiciens jouaient dans les rues et se
rendaient dans les villages. De nombreux artistes
internationaux sont venus à Damas. On y jouait des
musiques issues de tellement de cultures. C’est comme
à Paris : il n’y a pas de musique française, juste une
musique multiculturelle, d’Alger, d’Afrique… La musique
et l’art sont universels. »
Martin Parr Irlande. Université de Limerick. 2014. Kayak dans la piscine de
l’établissement.
Sports
Le sport joue un rôle essentiel dans une bonne santé, tant au
niveau physique que psychologique, et encourage un
sentiment d’appartenance, en particulier chez les jeunes, les
handicapés et les nouveaux venus.
L’UE reconnaît que les athlètes jouent un rôle de modèles.
Ils incitent les individus, en particulier les jeunes immigrés
pauvres, à prendre part à la société. Le programme Erasmus
[voir encadré dans « Les rouages de l’Union européenne »],
soutient financièrement des jeunes pour jouer dans d’autres
pays et unir les personnes à travers leur passion pour le
sport.
Les athlètes aident aussi les personnes handicapées à
montrer leurs aptitudes au sein de différentes compétitions
et lutter contre les stéréotypes liés à leurs capacités.
Du fait que les hommes et les femmes disposent des
mêmes droits, l’Europe œuvre pour une amélioration de
l’accès au sport parmi les femmes migrantes et celles issues
de minorités ethniques.
Amadou, 19 ans, joueur de football originaire du
Mali :
« Le foot est l’une des choses les plus importantes de
ma vie. Mon père m’a inscrit à une école de foot à
Bamako à l’âge de 7 ans. Tout le monde joue au foot au
Mali : les jeunes, les vieux, issus de toutes les origines.
C’est une manière de rassembler les gens.
Je suis monté à bord d’un canot à Tanger [au Maroc]
en direction de Tarifa [en Espagne] car je voulais jouer
professionnellement au foot et changer ma vie. La mer
était agitée et dangereuse. Je suis tombé deux fois à
l’eau et j’ai dû être sauvé. J’ai avalé beaucoup d’eau de
mer et je suis tombé très malade.
Une fois arrivé en Espagne, je me suis rétabli et j’ai
recommencé à jouer au foot. J’ai déménagé à Valence
pour trouver du travail et j’ai été recruté par un club de
foot local pour les jeunes. Rapidement, j’ai changé de
club et je me suis retrouvé à jouer avec le Real
Balompédica Linense dans un match amical contre les
champions de Finlande.
Au Mali, on joue au foot de manière plus détendue, il y
a moins de compétition. En Espagne, il a bien plus de
pression et de rivalité entre les joueurs.
J’espère signer à temps avec l’équipe pour la nouvelle
saison. J’espère aussi que, cette année, je marquerai
plein de buts et que je rendrai ma ville et mon pays fiers
de moi. »
Photographie
Jonas Bendiksen Suède. Stockholm. 2013. La station de métro de Solna
Centrum décorée d’un motif de paysage rural.
Bruno Barbey France. Paris. 11 janvier 2015. Défilé républicain contre le
terrorisme et l’antisémitisme.
2015. Republican march versus terrorism and antisemitism.
Jerome Sessini Allemagne. Leipzig. 11 janvier 2016. Une marche organisée par
LEGIDA – un groupe anti-islam et anti-immigration – lors du premier anniversaire
de sa formation.
Jerome Sessini France. Saint-Denis. 28 décembre 2010. Un bénévole essaie de
convaincre un sans-abri de passer la nuit dans un centre d’accueil.
Mark Power Angleterre. Brighton. 1984. Une manifestation en soutien à la
grève des mineurs de charbon.
Jerome Sessini France. Paris. 1er mai 2016. La police utilise des gaz
lacrymogènes sur la place de la Nation afin de disperser les manifestants après
le défilé du 1er mai.
John Vink Allemagne. Berlin. 7 juillet 1997. La Love Parade, un festival de
musiques électroniques qui a réuni en quelques années plus d’un million de
participants.
Martine Franck France. Paris. 1992. Une manifestation contre Jean-Marie Le
Pen, leader d’un parti d’extrême droite. Il est caricaturé en Adolf Hitler sur des
affiches.
Stuart Franklin Angleterre. Londres. 2015. Une manifestation contre un
programme d’austérité prévu par le gouvernement.
Abbas France. Paris. 1981. Un étudiant dessine à partir d’un modèle vivant à
l’École supérieure nationale des beaux-arts.
Abbas France. Tours. 21 septembre 1996. Une manifestation contre l’Église
catholique, avec un manifestant déguisé en pape à côté de préservatifs gonflés,
en référence à l’interdiction par l’Église de l’utilisation de contraceptifs.
Cristina García Rodero Italie. Région des Pouilles. 2000. Lors du samedi saint,
des femmes commémorent la mort de Jésus-Christ.
Patrick Zachmann France. Bagneux. Avril 1981. Des inscriptions antisémites
dans la partie juive d’un cimetière en banlieue de Paris.
Gilles Peress Berlin. 1973. Une immense brasserie transformée en salle de
prière pendant le mois de ramadan pour accueillir la communauté turque.
Venir en Europe
MORT EN PLEINE MER
Enab, âgé de 26 ans, a demandé à son petit frère Ayham de
penser à leurs parents, alors qu’il lui fermait tendrement les
yeux. Il avait peur que cet enfant de 17 ans ne survive pas à
leur voyage en mer de 4 jours entre la Grèce et l’Italie : à
cause de la faim, de la soif ou du froid. Ehab avait promis à
ses parents qu’il s’occuperait de son petit frère. Mais là, dans
l’exiguïté de l’ambulance qui traverse le petit village italien
où leur bateau a débarqué, il craint que Ayham meure
d’hypothermie.
Ehab a appris à nager il y a 15 ans à Damas, en Syrie, et a
même obtenu un diplôme de maître-nageur sauveteur. Mais
rien ne le préparait aux eaux glacées de la Grèce et de
l’Italie, alors qu’ils faisaient route vers l’Europe en
septembre 2015.
« Il faisait incroyablement froid, si froid qu’on était obligés
de bouger les doigts et les jambes en permanence. Sans ça,
le coeur pouvait s’arrêter à chaque instant. »
Ce voyage entre la Turquie et l’Italie, en passant par l’île
de Symi en Grèce, a malheureusement fait des morts : si
Ehab et Ayham ont survécu, une femme âgée, qui se trouvait
parmi les 78 passagers du canot pneumatique, a succombé
à une crise cardiaque quand l’embarcation s’est fracassée
contre un banc de sable, 200 mètres seulement avant
l’arrivée. Quand les médecins sont arrivés, il était déjà trop
tard pour elle.
Ce décès fait partie des 3 771 morts en pleine mer parmi
les personnes qui ont essayé de rejoindre l’Europe en 2015,
mais il est impossible de connaître le nombre précis des
noyades pendant la traversée. La plupart d’entre vous ont
été témoins d’histoires comme celle de Ehab et Ayham.
Paolo Pellegrin Grèce. Lesbos. 2015. Des bénévoles aident les réfugiés à
atteindre la terre ferme, près du village de Skala Sikamineas, après une traversée
depuis la Turquie sur un canot pneumatique.
Un million
En 2015, plus d’un million de personnes ont déposé une
demande d’asile dans l’Union européenne. Il s’agit très
probablement du maximum atteint en une seule année
depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. La majorité
d’entre elles venaient de Syrie, d’Iraq, d’Afghanistan, du
Kosovo et d’Albanie, notamment en raison de la guerre, de la
pauvreté et de la persécution dans leur pays d’origine.
Par opposition, en 2014, 626 000 personnes ont fait une
demande d’asile dans l’Union européenne, soit environ la
moitié du chiffre de 2015. Avant la crise des réfugiés, ce sont
entre 200 000 et 300 000 personnes qui déposaient chaque
année une demande d’asile.
Au premier trimestre 2016, 287 000 personnes ont fait une
demande d’asile en Europe, soit un tiers de moins qu’au
quatrième trimestre 2015.
Routes
La grande majorité des réfugiés et des migrants entrent en
UE via l’Italie, la Grèce et l’Espagne, pays situés aux
frontières extérieures, avant de rejoindre une autre
destination.
Les passeurs et le budget du voyage de leurs clients
déterminent largement le choix de la route. Le passage en
Grèce via la Turquie était le plus souvent préféré, mais aussi
le plus sûr, du fait que seuls 7 kilomètres séparent la Turquie
de l’île grecque la plus proche.
La géographie joue un rôle secondaire dans le choix de la
route, et la plupart des Syriens passent par la Grèce et la
Turquie, les points d’entrée les plus proches.
ABISOLOM (NOM D’EMPRUNT), 34 ANS, PAYS-BAS
J’avais presque 9 ans quand l’Érythrée a gagné son
indépendance au début des années 1990, après
une guerre de 30 ans contre l’Éthiopie qui a coûté
la vie à des milliers de personnes.
Nous étions une jeune nation, on vivait un
moment plein d’idéaux et d’optimisme. Nous
voulions une société progressiste qui ne répéterait
pas les erreurs de nombreux autres pays africains.
Nous voulions devenir un modèle pour les autres.
Ma génération était confiante et voulait travailler
dur pour y arriver.
Ces ambitions ont néanmoins été freinées dès
que le gouvernement est tombé dans les mains
d’un seul homme [Isaias Afwerki, président de
l’État d’Éryhtrée depuis son indépendance, en
1993]. Si on connaissait déjà les autres
mouvements de guérilla marxistes et léninistes, on
pouvait se douter de ce qui allait se passer. Mais
les gens ordinaires étaient beaucoup plus
confiants.
Sous le prétexte d’un conflit frontalier avec
l’Éthiopie qui avait débuté en 1998 et qui s’est
terminé en 2000, le gouvernement a supprimé de
nombreuses libertés, dont celle d’expression et de
la presse. Les étudiants comme moi ont été
envoyés dans des camps de concentration.
La répression a pris une ampleur exponentielle,
à tel point qu’il était devenu impossible pour tout
jeune de rester dans le pays, et ce pour plusieurs
raisons : un service militaire interminable, la
torture ou l’emprisonnement arbitraire, sans
aucune audience du tribunal ou jugement
préalables.
C’était aussi devenu intenable pour moi, mais je
gardais l’espoir que les choses allaient changer.
Pour partir d’Érythrée, le voyage clandestin
commençait dès la maison, en raison du danger de
se faire prendre à la frontière. On courait le risque
de se faire tirer dessus, ou encore subir un long et
terrible emprisonnement. J’ai essayé de m’enfuir 2
fois du pays, mais sans succès. J’ai passé en tout 3
ans en prison avant de finalement réussir à quitter
le pays. Je suis toujours traumatisé par les
interrogatoires et les conditions d’incarcération
inhumaines que j’ai subis.
Comme de nombreux autres Érythréens, j’ai
traversé la frontière soudanaise, par Kessala, une
petite ville frontalière de l’Érythrée, puis j’ai passé
quelques mois à Khartoum, en essayant de trouver
un moyen de me rendre en Europe. Tout le monde
connaissait le danger de la traversée : d’abord le
Sahara dans des camions surchargés, puis la mer
Méditerranée dans des bateaux peu fiables et
surpeuplés.
Ma famille ne voulait pas que je traverse le
Sahara car j’y avais déjà perdu un frère quelques
années plus tôt. On ne sait d’ailleurs toujours pas
où et comment il est mort. Son décès nous a emplis
d’une immense tristesse, ma mère en particulier.
Prononcer son nom était devenu tabou dans ma
famille. Mes parents m’ont donc supplié d’attendre
qu’apparaisse une voie plus sûre.
Nous avons finalement trouvé une autre façon de
me rendre en Turquie grâce à des faux papiers. On
était tous d’accord sur le fait qu’il était plus sûr de
traverser la Méditerranée depuis la Turquie que
depuis la Lybie. Nous avons payé une grosse
somme aux personnes qui allaient se charger de
faire le sale boulot.
Je suis finalement arrivé à Istanbul en sachant
déjà ce que j’avais à faire en Grèce si j’y arrivais
sain et sauf. Il y avait des passeurs qui
organisaient des voyages jusque dans le nord de
l’Europe. On m’avait juste demandé de rejoindre
Athènes par n’importe quel moyen. Ce que j’ai fait.
D’Athènes, il s’agissait juste de trouver le bon
moment pour me déguiser en touriste – je portais
un appareil photo autour du coup – et de monter la
nuit à bord d’un bateau pour l’Italie. J’ai poursuivi
ma route vers les Pays-Bas en train.
Désormais, quand je regarde en arrière, je vois
toute cette obstination et ces nuits blanches, à tout
organiser, à attendre un signal nous disant de
bouger ou d’attendre. Conscient du danger depuis
le jour où j’ai décidé de partir, je n’ai jamais pu
dormir normalement pendant des mois.
Désormais, je me sens libre et en sécurité aux
Pays-Bas. Bien que j’attende toujours la
régularisation de mon statut, l’ambiance est assez
bonne pour que je puisse me reposer
psychologiquement et enfin dormir normalement.
À partir du premier voyage en train en direction
du premier camp d’accueil, je me suis senti chez
moi. J’ai rencontré un Néerlandais dans le train, on
a tout de suite commencé à discuter – mon niveau
d’anglais est assez bon pour ça – et je lui ai
brièvement raconté mon histoire. Ça l’amusait
assez et il m’a dit qu’il ne pouvait s’imaginer
prendre de tels risques. Il était très sympathique et
m’a souhaité bonne chance avant de descendre du
train. J’ai passé le reste de mon voyage heureux de
cette rencontre positive avec ce jeune homme qui
m’avait dit être du sud du pays.
J’ai séjourné dans différents camps, je me suis
toujours porté bénévole pour différents types de
travaux pour pouvoir m’occuper dans l’attente de
mes papiers, mais aussi pour interagir avec les
Néerlandais. J’aime discuter avec eux, je suis
toujours impressionné par leur ouverture d’esprit
et leur mentalité égalitaire. Ils n’aiment pas parler
d’eux ou mettre en avant ce qu’ils ont. Vu de
l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir qui est riche
ou pauvre. Ils se déplacent à vélo et mènent une
vie simple.
J’aime vivre aux Pays-Bas. Ça me correspond
tout à fait.
Frontex, l’agence européenne de contrôle aux frontières
[officiellement, l’Agence européenne pour la gestion de la
coopération opérationnelle aux frontières extérieures des
États membres de l’Union européenne ; en anglais :
European Agency for the Management of Operational
Cooperation at the External Borders of the Member States of
the European Union], aide les États membres à contrôler
leurs frontières extérieures, soit 44 000 kilomètres de
frontières maritimes et 9 000 kilomètres de frontières
terrestres. En 2015, l’agence a reçu des fonds
supplémentaires pour accompagner les garde-côtes grecs et
italiens dans le cadre d’opérations frontalières en mer Égée
et en mer Méditerranée. En revanche, cela ne veut pas dire
qu’elle peut renvoyer les personnes dans des lieux où ils
risquent de faire face à des persécutions ou des préjudices
graves [voir « Les rouages de l’UE »]. En 2012, la Cour
européenne des droits de l’homme a condamné l’Italie pour
avoir repoussé des bateaux transportant des migrants et des
réfugiés des eaux italiennes vers la Libye. Les opérations de
Frontex sont encore très controversées. L’organisation
procède aussi à des expulsions forcées de migrants vers
leurs pays d’origine si leur demande d’asile a été jugée
infondée.
L’entrée régulière
Certaines personnes ont pu néanmoins entrer légalement en
Union européenne, par le biais de ce que l’on appelle les
voies sûres et légales, que gèrent des organisations
internationales comme l’Organisation des Nations unies
(ONU ; en anglais, UN : United Nations). Certaines de ces
routes sont ouvertes à la fois aux réfugiés (les personnes qui
fuient les conflits armés et la persécution et qui sont
éligibles à une protection spéciale) et aux migrants (les
personnes qui se déplacent pour des raisons autres que les
menaces directes ou les persécution). La distinction entre
ces deux catégories n’est cependant pas toujours claire, et
ce flou est exploité par les gouvernements qui ne veulent
pas garantir la protection d’un trop grand nombre de
personnes. Pour en savoir plus sur la distinction entre
réfugiés et migrants, allez à la section « Le futur » plus loin
dans ce chapitre.
Ces voies légales comprennent le regroupement familial,
les bourses d’études, et, dans certains pays européens, des
parrainages privés et des visas humanitaires. Ces visas
donnent accès à un pays tiers et (ou) donnent la possibilité
de déposer une demande d’asile à l’arrivée (parfois avec
procédure accélérée). Souvent, ce schéma s’avère utile pour
le regroupement familial élargi.
Les voies de l’immigration légale n’offrent qu’un nombre
limité de places aux réfugiés : seuls 30 000 Syriens ont pu
venir en Europe grâce à ces voies alternatives depuis 2013.
La voie la plus connue est cependant la « relocalisation »,
une procédure visant à reloger dans d’autres pays des
réfugiés choisis, dont la majorité a trouvé refuge dans des
camps au Liban, en Égypte, en Iraq, en Turquie ou en
Jordanie. Cette procédure prend en compte plusieurs
critères, dont la vulnérabilité et l’urgence médicale du
candidat.
À l’issue de leur sélection par le Haut Commissariat des
Nations unies pour les réfugiés (UNHCR ; en anglais : United
Nations Refugee Agency) et de leur affectation dans l’UE, les
dossiers des candidats sont attentivement étudiés par l’État
membre. Après approbation, les réfugiés se voient recevoir
une aide pratique par l’Organisation internationale pour les
migrations (OIM ; en anglais, IOM : International Organization
for Migration), une organisation intergouvernementale.
Au moment de la rédaction de ce texte en juin 2016, les
États membres de l’UE ne se sont engagés qu’à la hauteur
de 72 000 places d’accueil, et la majorité de ces pays
doivent encore tenir leurs promesses.
La grande résistance politique envers l’immigration et
l’influence croissante de l’extrême droite a réduit la priorité
de la réinstallation des ressortissants autres que les Syriens,
comme c’est le cas des Iraquiens et des Afghans, qui avaient
autrefois davantage de chances d’être réinstallés dans un
pays de l’UE.
Patrick Zachmann Italie. Près de Lampedusa. 8 juillet 2011. Un bateau en
provenance de la Libye, avec 158 personnes à bord. Les garde-côtes italiens l’ont
repéré et escorté jusqu’au port de Lampedusa.
Comment la plupart des gens
sont arrivés en Europe
La plupart des réfugiés et des migrants – principalement des
Syriens, Iraquiens et Afghans – entrent en EU de façon
irrégulière, sur des canots pneumatiques, des plus gros
bateaux de pêche ou des navires. Ils font le voyage entre la
Turquie et la Grèce, là où 854 000 migrants et réfugiés sont
arrivés en 2015. Dans la première moitié de l’année 2016, ce
sont 159 061 migrants et réfugiés qui sont arrivés en Grèce.
D’autres, venant pour la plupart d’Afrique du Nord et
subsaharienne, voyagent sur des canots ou des bateaux de
pêche généralement inadaptés à la navigation, entre la
Libye et l’Italie, où 154 000 migrants et réfugiés sont arrivés
en 2015. La plupart de ces passagers sont enregistrés à
Lampedusa, une île italienne proche de la Libye. Avant d’y
parvenir, la majorité d’entre eux passe par le Niger, un des
principaux nœuds de trafic. Dans les 6 premiers mois de
l’année 2016, ce sont 54 778 migrants et réfugiés qui sont
arrivés en Italie.
En 2015, environ 4 000 migrants et réfugiés, pour la
plupart des Africains embarqués sur des bateaux
pneumatiques, sont arrivés en Espagne via le Maroc, les
enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla en Afrique du Nord,
et les Canaries. Dans les 6 premiers mois de l’année, ce sont
environ 1 000 migrants et réfugiés qui sont arrivés en
Espagne.
GIBRIL NJIA, 19 ANS, APPRENTI CHARPENTIER,
TÉNÉRIFE, ÎLES CANARIES, ESPAGNE
J’ai toujours voulu quitter la Gambie. J’y ai toujours
pensé. Même si mes parents ne voulaient pas que
je parte. C’était impossible à imaginer pour eux. Je
ne serais jamais parti si je leur avais demandé la
permission. C’est moi qui ai décidé de partir en
Espagne pour avoir une situation économique et
une vie meilleures et pouvoir envoyer de l’argent à
ma famille.
C’est finalement à l’âge de 16 ans, en décembre
2012, que j’ai entendu dire qu’il y avait des gens
en Mauritanie qui voulaient partir en Europe.
Donc, un jour, je me suis sauvé de chez moi par la
fenêtre, sans sac, sans argent, sans rien. J’ai
parcouru 650 kilomètres pour arriver en
Mauritanie, en passant par Dakar, où j’avais de la
famille. En Mauritanie, j’ai travaillé comme
pêcheur pendant huit mois, jusqu’à ce qu’un
bateau soit prêt à partir pour l’Europe. Le
propriétaire d’une « patera » [un petit bateau de
pêche] connaissait un homme qui connaissait mon
oncle. L’homme m’a demandé : « As-tu peur de la
mer ? » Et j’ai répondu : « Non, pas du tout. »
J’allais pêcher quand j’étais petit, donc je n’avais
pas peur de voyager en mer. Je n’ai jamais pensé
une seule seconde ne pas pouvoir partir.
Notre groupe a essayé 3 fois de faire la traversée
vers l’Europe, à chaque fois de nuit. On se cachait
dans le désert pour éviter la police, car on n’était
pas censés quitter le pays. Toutes les frontières
entre le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal étaient
fermées. L’Europe avait passé des accords avec
différents gouvernements en Afrique pour
empêcher les gens de partir. Il y avait des
contrôles de sécurité et des gardes tout le long de
la côte. Il y avait toujours des patrouilles au départ
de Mauritanie, d’où nous essayions de partir, mais
nous avons changé notre route pour les éviter.
La troisième nuit où nous avons essayé de
traverser, beaucoup de gens avaient peur et
pleuraient en disant que nous aurions dû partir du
Maroc, et qu’à la place nous allions mourir noyés
dans les vagues. Certaines personnes ont même
pensé à ne pas partir du tout. Le capitaine a dit
que si le bateau ne partait pas après 3 essais, tout
le monde perdrait son argent. Moi, je n’avais rien
payé car je connaissais le capitaine par un ami de
ma famille, mais je peux vous garantir que 3 000 €
représentent beaucoup d’argent pour nous. Et, une
nuit, nous avons réussi à traverser.
Nous étions 42 personnes à bord du bateau, avec
un moteur de seulement 40 chevaux. Nous avons
passé 4 jours en mer. Par chance, il y avait assez
de nourriture et d’eau pour nous tous. Mais
beaucoup d’entre nous n’étaient pas habitués à la
mer et ont été très malades. À un moment de la
traversée, certaines personnes ont commencé à
avoir peur et à dire qu’il fallait faire marche
arrière. Le capitaine leur à répondu : « Si vous
voulez repartir, vous devez sauter. » On a donc
continué le voyage.
Enfin, nous sommes arrivés aux Canaries, sur
l’île d’El Hierro. Je me souviens encore de ce jour.
Les gens nous faisaient signe depuis la plage, nous
disant de faire attention aux brise-lames et nous
dirigeaient vers la plage. Quand nous sommes
enfin arrivés sur la rive, certaines personnes
pouvaient à peine marcher, mais la police et les
ambulances sont arrivées en quelques minutes
pour nous aider. Les plagistes pleuraient et nous
donnaient tous les vêtements et l’eau qu’ils avaient
avec eux. Il faisait vraiment, vraiment froid. Ça a
été ma première pensée. Et la deuxième a été : «
Je dois travailler et gagner de l’argent. »
Après que l’on a pris mes empreintes, j’ai été
emmené au centre d’accueil des migrants mineurs.
On a pu prendre une douche, on nous a donné de
la nourriture, des vêtements et un ballon pour
jouer au foot. Peu après, on nous a donné des
cours de langue et une petite allocation pour vivre.
Les années précédentes, de 2004 à 2010 environ,
des milliers de personnes vivaient dans chaque
centre, mais à l’époque où je suis arrivé, il y en
avait vraiment moins, du fait que moins de monde
essayait de faire la traversée vers l’Europe par la
mer. Il y avait donc assez de ressources pour tout
le monde.
Honnêtement, je ne savais rien des îles Canaries.
Je savais que ça faisait partie de l’Espagne et de
l’Europe et que je pourrais y travailler, gagner de
l’argent et l’envoyer à ma famille, et c’est tout. J’ai
commencé un cours de charpenterie et j’ai fait ça
pendant 4 mois. Ça a si bien marché qu’ils m’ont
offert un contrat d’un an.
J’ai maintenant 19 ans et je cherche un nouveau
travail. J’envoie mon CV partout. Je vis bien ici. J’ai
mon frère en Allemagne et mon oncle et ma tante à
Almeria, en Espagne, mais je veux rester ici. Je
suis complètement intégré. J’ai fait ma demande de
nationalité espagnole et j’attends la réponse. C’est
représentatif de tout mon voyage : si tu veux
quelque chose, tu dois lutter pour l’avoir.
En 2015, environ 33 000 migrants et réfugiés, pour la
plupart des Syriens et des Afghans, ont traversé la Finlande
en voiture et à vélo en passant par la Russie et la Norvège.
Dans les 6 premiers mois de l’année, ce sont 1 063 migrants
et réfugiés qui sont arrivés par cette route. Plus personne n’a
utilisé ce parcours depuis la fin du mois de février.
Au sein de l’Europe, plus de 100 000 Kosovars et Albanais
[voir « Reconstruire sur les cendres de la guerre »] ont fui les
Balkans en voiture, en camion et à pied, en direction du nord
et de l’ouest. Au cours du premier trimestre de l’année 2016,
ce nombre a diminué et environ 8 500 Albanais et 3 000
Kosovars ont demandé l’asile dans l’UE.
La Grèce, l’Italie et l’Espagne n’étaient pas les destinations
finales pour la plupart des migrants. À l’automne 2015 et
dans les 3 premiers mois de 2016, c’est en Allemagne et en
Autriche que la majorité des nouveaux arrivants ont
demandé l’asile, car ils estimaient avoir plus d’opportunités
économiques dans ces pays où ils avaient déjà des liens
familiaux. La Suède est une autre destination très populaire.
Beaucoup de Syriens, d’Afghans, d’Éthiopiens et de
personnes venant des pays anglophones d’Afrique
subsaharienne ont voyagé jusqu’en France en espérant
atteindre la Grande-Bretagne, où l’économie leur semble
plus favorable. Beaucoup d’entre eux cherchent à rejoindre
de la famille ou des amis qui pourraient les aider à trouver
un travail ou un hébergement au Royaume-Uni.
Le détroit du Pas-de-Calais (en anglais, Strait of Dover), qui
sépare la France de la Grande-Bretagne, peut être traversé
en ferry ou en train par le tunnel de la Manche.
Puisque le Royaume-Uni ne fait pas partie de l’espace
Schengen [voir « Les rouages de l’UE »], les voyageurs
doivent posséder des documents d’identité pour faire la
traversée entre la France et la Grande-Bretagne. Environ 6
000 personnes, qui n’ont pas de visa Schengen, sont
bloquées dans un camp qu’on appelle la « jungle », près de
Calais, une ville portuaire française. Pour essayer d’atteindre
leur destination finale, des milliers d’entre eux sautent à
bord des trains ou paient des passeurs pour qu’ils les
cachent dans des camions.
Chien-Chi Chang Grèce. Idomeni. Mars 2016. Des réfugiés se rassemblent
autour d’un point de recharge de téléphone mobile fonctionnant au gazole.
La Grèce
En 2015, la plupart des migrants et réfugiés – 854.000 en
tout – sont entrés en Europe via la Grèce, un pays qui n’était
pas équipé pour gérer ce nombre record de nouveaux
arrivants.
Les rapports des associations et ONG de défense des droits
de l’homme dénoncent des procédures d’enregistrement
chaotiques à Lesbos et ailleurs en Grèce, et notamment des
ratés lors de la prise d’empreintes digitales et
l’enregistrement des nouveaux arrivants dans la base de
données Eurodac ; un accès trop limité à des interprètes ;
des longs délais de traitement des dossiers ; des
équipements sales et surpeuplés ; et un manque de soutien
pyschologique et administratif, contrairement à ce qu’exige
la loi européenne.
Beaucoup de réfugiés, y compris des enfants, vivent dans
des camps de fortune ou dans la rue, avec un accès limité à
la nourriture, l’eau et les autres besoins de première
nécessité.
Avant même la crise actuelle, la Grèce avait un très
mauvais bilan concernant l’accueil des réfugiés. En 2011, la
Cour européenne des droits de l’homme a émis un arrêt (une
décision juridique) contre le pays pour son traitement
inhumain et dégradant des demandeurs d’asile.
Depuis, les pays de l’UE n’ont plus le droit de renvoyer les
demandeurs d’asile en Grèce – quand c’est leur point
d’entrée sur le territoire – malgré le règlement Dublin [voir
encadré].
En 2015, quand des milliers de demandeurs d’asile sont
arrivés en Grèce, la situation s’est rapidement détériorée. La
plupart d’entre eux n’avaient pas l’intention d’y rester et ont
poursuivi leur voyage vers l’ouest pour rejoindre de la famille
ou chercher du travail. Alors que, dans la majorité des cas, la
loi européenne exige que les personnes demandent l’asile
dans le premier pays d’accueil (dans le cadre du règlement
Dublin), beaucoup ont pu continuer leur voyage vers le nord
et l’ouest après leur arrivée en Grèce, privilégiant des pays
comme l’Allemagne, la Suède, l’Autriche et la France.
Il existe un certain nombre de raisons pour lesquelles la
Grèce n’a pas respecté le règlement Dublin, mais c’est
principalement parce que le pays était encore sous le choc
d’une crise économique [voir « Les rouages de l’UE »].
L’Allemagne aussi a ignoré le règlement à l’automne 2015
lorsque le pays a accueilli 162 500 migrants et réfugiés qui
venaient d’arriver de Grèce par les Balkans.
De plus, certaines personnes ont évité l’enregistrement en
refusant que l’on prenne leurs empreintes digitales à
l’arrivée en Grèce ou en brûlant le bout de leurs doigts.
LE RÈGLEMENT DUBLIN
En 1990, 5 ans après l’abolition du contrôle de la
plupart des frontières intérieures de l’Union
européenne, conformément à la Convention de
Schengen [voir « Les rouages de l’UE »], il était
nécessaire de mettre en place un système de
traitement des demandes d’asile dans les États
membres.
Avec la suppression des contrôles aux frontières
intérieures, l’UE voulait décourager l’« asylum
shopping », une pratique qui consiste à demander
l’asile dans plus d’un pays de l’UE.
La convention de Dublin, remplacée ensuite par
le règlement Dublin II, attribuait aux États
membres la responsabilité de traiter les demandes
d’asile selon un certain nombre de critères. Dans
la majorité des cas, cette mission incombait au
premier pays dans lequel les demandeurs d’asile
entraient.
C’est la raison pour laquelle l’UE supposait que
l’Italie et la Grèce étaient les pays qui allaient
traiter la plupart de vos demandes.
Au final, le système s’est avéré être un désastre :
il n’était pas du tout adapté pour un partage
équitable de la responsabilité entre tous les États
membres.
Avant la crise, la Grèce n’avait qu’à peu près 3
000 hébergements réservés aux demandeurs
d’asile. En 2011, après les premières arrivées des
migrants, le pays a vite été débordé par le nombre
de demandes et s’est révélé incapable de les
traiter correctement.
STEFANIA MIZARA, 40 ANS, PHOTOGRAPHE,
ATHÈNES, GRÈCE
Je travaillais comme photographe freelance pour
des médias grecs pour lesquels je couvrais
principalement des sujets sociaux à l’étranger. Et
je n’aurais jamais cru que je couvrirais les mêmes
sujets dans mon propre pays. Nous avons été
élevés dans l’idée que la prospérité ne prendrait
jamais fin, mais ce qui arrive en Grèce depuis 2008
a prouvé le contraire.
J’ai grandi dans l’admiration de tout ce qui
pouvait être européen et qui, vu de l’extérieur,
apparaissait très structuré et organisé ; ce qui
contrastait fortement avec la mentalité grecque
chaotique. Nous avions un complexe d’infériorité
et nous ne nous sentions pas complètement
européens : nous étions un peu comme des
adolescents à la table des adultes.
Ce sentiment a néanmoins changé au cours de
ces 5 dernières années de crise économique, parce
que j’ai découvert des qualités chez mon peuple
que je n’ai pas pu trouver auprès des autres
Européens : solidarité, courage, inventivité et bien
plus encore. Je ne vivrais nulle part ailleurs.
En 2008, la mort d’Alexandros Grigoropoulos,
âgé de 15 ans, tué sans raison par un agent de
police, a suscité une immense vague de
protestations et manifestations dès que les
premiers signes de récession sont apparus. J’étais
alors en Pologne, où je couvrais un sommet sur
l’environnement. À mon retour, j’ai trouvé Athènes
en feu. La mort de ce garçon a provoqué un
soulèvement contre des problèmes sociaux et
financiers de fond qui existaient depuis déjà
longtemps.
La récession a continué à s’aggraver, donnant
naissance à un mouvement social majeur. Cet été-
là, l’occupation de la place Syntagma par les
citoyens réclamant une démocratie directe a duré
presque 3 mois.
Après ça, la vie en Grèce a changé. Lors des
derniers mois de l’année 2011, on pouvait observer
les premiers signes de pauvreté dans la vie
quotidienne. Les soupes populaires ont commencé
à apparaître dans différents quartiers, organisées
par des initiatives citoyennes (principalement de
gauche ou de la mouvance anarchiste), par des
églises ou par l’État.
Après l’occupation de Syntagma, nous nous
sentions menacés mais forts. Nous avions
l’impression que nous pouvions changer les
choses.
Les Grecs ont redécouvert des valeurs qui
unissaient traditionnellement la société : la famille,
les amis, la solidarité ; ce qui a permis de résister
pendant les années de guerre, d’occupation et de
récession. Même si l’on se dispute tout le temps,
personne ne mourra de faim ou de froid, car on ne
laissera jamais personne souffrir de ça ici.
Pour la première fois, certains de mes amis ne
pouvaient se permettre de dépenser 5 € pour
recharger leur téléphone mobile, et certaines
personnes ne pouvaient plus payer leur loyer et
devaient emménager chez des amis ou des
membres de leur famille. Les Grecs faisaient la
queue pour manger. Deux amis sont venus vivre
chez moi jusqu’à ce qu’ils trouvent une solution
pour la suite.
Pendant les 5 ans de crise, j’ai mûri
politiquement parlant, tout comme de nombreux
Grecs. Nous avons appris à réfléchir à des
questions plus importantes que celle de notre
porte-monnaie, à les évaluer et à exprimer notre
opinion par le vote. Nous avons appris que les
gouvernements européens ne sont pas nos amis,
mais nos bailleurs, nos partenaires commerciaux et
nos bourreaux. Ils agissent comme un vieux
professeur qui nous traite toujours comme de
jeunes enfants inexpérimentés qu’il faut surveiller.
La question des réfugiés a débuté il y a plus de
10 ans en Grèce. Ce phénomène existait depuis des
années, mais n’était pas visible. Des camps
existaient à Patras où des gens essayaient de
monter clandestinement à bord de camions en
direction de l’Italie. En 2015, le flux de migrants
est devenu considérable.
Depuis 3 ans, les directives et méthodes de lutte
contre l’immigration ont changé en Europe :
fermeture des frontières par des clôtures, gardes
de Frontex ici et là… 3 années passées à appliquer
les mauvaises solutions et méthodes dans la
gestion des personnes provenant du Moyen-Orient
et d’Afrique, où la guerre et la pauvreté les forcent
à fuir dans l’espoir d’une vie et d’un futur
meilleurs.
La société grecque, et je suis fière de le dire, a
réagi avec énormément d’humanité quand les
réfugiés ont commencé à arriver massivement
dans notre pays. Les Grecs sont loin d’être
politiquement corrects. Ma mère a demandé à un
homme combien de femmes il avait en tant que
musulman. Elle fut heureuse d’apprendre qu’il
n’en avait qu’une. Mais les Grecs ne peuvent pas
laisser quelqu’un mourir de faim ou être trempé
par la pluie devant leur porte. Le principe de
solidarité, qui est une solution à nos problèmes dus
à la crise financière, a été appliqué de nouveau
lorsque la majorité des Grecs a vu arriver sur ses
côtes des migrants cherchant la sécurité.
Je me suis impliquée dans les actions d’aide aux
réfugiés car je pense que l’auto-organisation et la
solidarité peuvent être les meilleures armes contre
le capitalisme. Je crois aussi que s’investir dans
des mouvements sociaux est un devoir pour
chacun d’entre nous, parce que nous vivons en
société. Lorsque la société est faible et malade, on
ne peut pas rester sains tout en y vivant.
Je ne crois plus du tout en les manifestations, les
émeutes, les traités, les politiques, les entreprises,
le profit et le développement. J’espère que dans ce
pays nous allons faire ce que nous connaissons le
mieux : résister au système. Il faut aller vers
l’auto-organisation, où l’on crée un système
logiquement échelonné, dans lequel les individus
produisent localement ce qu’ils mangent et ce dont
ils ont besoin. Une vie où on a le temps de penser,
de sentir et d’agir.
En réponse au nombre record d’arrivées, Frontex, l’agence
européenne de contrôle aux frontières, gère désormais deux
centres d’enregistrement, appelés « hotspots », sur les îles
grecques de Lesbos et Chios. Ces centres aident à prendre
les empreintes digitales, déterminer la nationalité des
arrivants, identifier les éventuels liens avec le terrorisme,
recueillir de l’information sur les réseaux de passeurs et, si la
Grèce l’exige, expulser les gens.
Les Nations unies et l’ONG médicale Médecins sans
frontières (MSF ; en anglais, Doctors Without Borders) ont
dénoncé l’absence de protection suffisante des demandeurs
d’asile dans les centres.
Les enjeux de l’UE
Alors que l’UE aurait dû gérer collectivement la crise [voir «
Les rouages de l’UE »], elle a échoué en ce sens, laissant la
Grèce et l’Italie faire face seules à l’afflux.
Ce flux massif de réfugiés et de migrants a mis l’UE face à
l’un de ses enjeux les plus importants à ce jour.
L’un des enjeux majeurs repose sur le maintien du principe
de l’ouverture des frontières de l’UE dans le cadre des
accords de Schengen [voir « Les rouages de l’UE »]. Ainsi, en
avançant des raisons de sécurité intérieure et de politique
publique, 5 pays européens – l’Allemagne, la Suède,
l’Autriche, le Danemark et la Norvège – ont invoqué des
procédures d’urgence qui leur permettent de suspendre
temporairement la libre circulation des individus, tant que
les migrants et les réfugiés continuent à arriver en Grèce et
à se déplacer par la suite sans entraves.
Le système de Dublin a aussi fait l’objet de fortes
pressions depuis l’année dernière. Il est fort probable
qu’aucun de ces systèmes ne pourra subsister sans changer
sa forme actuelle.
Afin de remédier aux dysfonctionnements du système de
Dublin, la Commission européenne a proposé une règle de
quotas en septembre 2015. Conformément à cette
proposition, chaque État membre prendrait à sa charge un
certain nombre de réfugiés. Néanmoins, les pays tardent à
tenir leurs engagements : moins de 5% des 160 000
personnes que l’UE avait annoncé « relocaliser » de la Grèce
et l’Italie vers d’autres États membres ont été réinstallés en
juin 2016.
Après les attentats terroristes perpétrés par l’EI (État
islamique ; en anglais, Islamic State of Iraq and the Levant :
ISIS) à Paris, en France, et à Bruxelles, en Belgique, les États
membres ont renforcé les contrôles de sécurité auprès des
nouveaux arrivants. Effectivement, au moins 2 des
terroristes étaient entrés en Europe en profitant des flux
massifs de migration de 2015. Certains pays à majorité
chrétienne craignent, par ailleurs, l’arrivée de nombreux
immigrés de confession musulmane.
Évoquant ces craintes, certains pays d’Europe de l’Est,
dont la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la
Slovaquie, ont refusé de participer au système de «
relocalisation ». À l’automne 2015, la Hongrie a dressé une
barrière de barbelés à ses frontières avec ses voisins
n’appartenant pas à l’espace Schengen, à savoir la Serbie et
la Croatie, afin de ne pas laisser entrer les nouveaux
arrivants. En septembre, au plus fort de la crise, le Premier
ministre hongrois Viktor Orban a déclaré qu’il n’accepterait
pas une immigration musulmane massive, afin de «
maintenir l’identité chrétienne de l’Europe ».
En décembre 2015, l’UE a ouvert une procédure
d’infraction à l’encontre de la Hongrie au sujet de sa
législation en matière d’asile, qui prive les demandeurs
d’asile de certains de leurs droits fondamentaux et du
soutien de base.
Indépendamment de cette action juridique, on observe
aujourd’hui en Europe une méfiance croissante envers les
réfugiés et les migrants. En Allemagne, le pays qui reçoit le
plus de réfugiés, la police a enregistré plus de 200 incendies
criminels contre des centres d’accueil de réfugiés en 2015.
Ces chiffres ont encore augmenté en 2016.
Cette crise a en outre aussi incité des pays comme les
Pays-Bas, la Belgique et le Danemark à durcir leurs
procédures de demande d’asile.
Ce type d’opposition n’est néanmoins pas nouveau. Dans
les années 1950, des millions d’Allemands ethniques [des
populations d’ascendance allemande] ont rejoint l’Allemagne
de l’Est et de l’Ouest suite à l’expulsion de leur pays, et leur
arrivée a suscité une vive suspicion. Bien que que certaines
personnes prétendent que ce flux de réfugiés est sans
précédent, ce n’est pas le cas. [voir « Reconstruire sur les
cendres de la guerre »].
Thomas Dworzak Allemagne. Passau. Novembe 2015. Des cours de langues
pour les réfugiés – originaires de pays comme l’Iraq, la Syrie et l’Érythrée –
donnés par des étudiants bénévoles.
L’espoir
Alors que l’opposition à l’immigration est encore très forte
dans beaucoup de pays de l’UE, énormément de gens ont
accueilli les réfugiés en s’engageant comme bénévoles dans
des activités diverses : en les hébergeant chez eux, en les
aidant à traverser les frontières, en leur offrant un appui
médical et en leur enseignant des langages et des
compétences.
MARITSA MAVRAPIDOU, 85 ANS, SKALA
SIKAMINIAS, LESBOS, GRÈCE
Mon nom est Maritsa, j’ai 85 ans et je vis à Lesbos,
la ville où je suis née et où j’ai grandi. Ma cousine
Militsa et ma belle-soeur Efstratia sont mes
meilleures amies. Nous sommes toutes les trois
des grands-mères octogénaires. Efstratia a
presque 90 ans !
On nous avait dit que des familles entières
traversaient la mer depuis la Turquie sur des
bateaux pneumatiques, fuyant les guerres. Nous
avions l’habitude de nous promener ensemble sur
les rochers le long du rivage – même si Efstratia a
du mal à marcher maintenant. Nous y allions tous
les jours pour accueillir les gens qui arrivaient
dans ces bateaux, et leur dire que nous tenions à
eux.
Un jour, alors que nous étions toutes les trois
assises sur des chaises en plastique le long du
rivage, nous avons vu arriver une mère tenant son
bébé dans ses bras. Elle avait le bas du corps
trempé à cause des vagues qui avaient inondé le
canot pneumatique. Il y avait tellement de gens
dans ce bateau, et la plupart d’entre eux étaient en
train de pleurer ou d’embrasser le sol. Mais elle,
elle restait calme. Elle avait l’air si forte. Son bébé
devait avoir un mois environ.
J’ai parlé en grec à cette jeune maman mais elle
ne m’a pas comprise, évidemment. Elle portait un
voile et m’a regardée droit dans les yeux, comme si
elle me connaissait déjà. J’ai tellement apprécié ce
moment. Je lui ai fait signe de nous donner le bébé,
et j’ai pointé du doigt des bénévoles en train de
faire sécher des vêtements. Ils venaient du monde
entier. Et c’était comme si elle m’avait comprise :
elle a passé sa petite fille à Militsa, qui lui a donné
le biberon.
L’an dernier, nous avons vu tellement de jeunes
femmes comme celles-ci, de jeunes mamans tenant
leur bébé alors qu’elles traversaient la mer sur ces
frêles embarcations.
C’est de cette même façon que nos mères sont
arrivées en Grèce, il y a près de 100 ans. La
mienne s’appelait Tasoula et elle n’avait que 15
ans quand elle a fui Smyrne [aujourd’hui Izmir, en
Turquie]. Il y avait eu une guerre, et les Turcs
attaquaient les Grecs qui vivaient là. La plupart
d’entre eux ont été tués. Ma mère a fui vers
Moskonisia [aujourd’hui baptisé l’archipel
d’Ayvalik, en Turquie]. Elle n’avait pu emporter
que les vêtements qu’elle portait ce jour-là.
Evanthia, la mère de Efstratia, s’est enfuie avec
ses trois petits garçons et n’a même pas eu le
temps d’habiller le dernier. Elle a donc déchiré son
jupon pour l’emmailloter dans un morceau de
tissu. Elles s’entassaient dans ces bateaux de bois
et pagayaient tant bien que mal jusqu’à ces
rochers sur la plage. Mais il y a eu tellement de
morts en cours de route.
Quand elles sont arrivées ici, dans ce village d’à
peine 5 fermiers, elles n’avaient nulle part où
s’installer. Elles ont donc décidé de dormir dans les
cabanons qui servaient à stocker les olives,
qu’elles ont nettoyés. Plus tard, elles se sont
mariées et ont fondé des familles. Skala, notre
village, est donc un village de réfugiés, et nous
sommes tous des enfants de réfugiés. Nous avons
grandi en écoutant les histoires de nos mères, et
nous pouvions ressentir leur envie de retourner
sur cette terre et dans ces maisons qu’elles avaient
perdues.
Nous n’avons jamais eu peur des réfugiés. Pas
une seule seconde. Ce sont des gens vraiment
pacifiques. Ils nous ont toujours embrassées, et
nous envoyaient des baisers de la main. Ils nous
ont fait confiance pour tenir leurs bébés dans nos
bras, ces petits êtres qui parfois tremblaient de
froid. Nous les tenions très fermement, comme si
c’était les nôtres, et nous les bercions jusqu’à ce
qu’ils s’endorment dans nos bras.
La mère du bébé a mis des vêtements secs et des
chaussures de tennis provenant des dons – ces
cartons de vêtements, de chaussures et de
nourriture pour enfants nous sont parfois envoyés
depuis l’Australie. Elle était très jolie et semblait
tellement apaisée dans ses nouveaux vêtements.
Elle a souri quand elle nous a vues en train de
chouchouter son bébé. J’ai alors reconnu le visage
de ma mère dans cette jeune femme, mais aussi
dans toutes ces jeunes femmes qui traversent la
mer parfois déchaînée qui nous sépare de la
Turquie. Quand nous les avons embrassées, c’était
comme si nos propres mères étaient en train
d’embrasser ces jeunes mères avec nous.
YONOUS MUHAMMADI, 43 ANS, MÉDECIN,
ATHÈNES, GRÈCE
Ce n’est pas un hasard si je me suis retrouvé en
Grèce. C’est une décision mûrement réfléchie que
j’ai prise en 2001 : aller en Grèce et y faire ma
demande d’asile. J’étais fasciné par la Grèce.
Je suis médecin, et comme tous les médecins du
monde, j’ai prêté le serment d’Hippocrate, qui
remonte à la Grèce antique, quand j’ai obtenu mon
diplôme en 1997 à Mazâr-e Charîf. J’ai donc
toujours voulu me rendre dans le pays de la
médecine.
Je suis de Ghazni, en Afghanistan. J’étais encore
écolier quand les Soviétiques ont envahi mon pays.
Malgré mon très jeune âge, je collais des affiches
dans les rues contre les envahisseurs aux cotés des
activistes. Mais ce qui a vraiment détruit le pays
fut la guerre civile, qui a débuté après le départ
des Soviétiques.
C’est à cause de la guerre civile que je suis parti
au Pakistan en 1997, où j’ai rejoint des
organisations pour les réfugiés, mais aussi
enseigné aux enfants. Je suis retourné en
Afghanistan en 2000, désirant participer à la lutte
contre les Talibans. Mais ils m’ont capturé et
emprisonné pendant 28 jours à Mazâr-e Charîf.
C’est ce qui m’a poussé à quitter définitivement
l’Afghanistan. Je suis parti au Pakistan, en passant
par Mazâr-e Charîf, puis j’ai rejoint l’Iran où est né
mon fils, juste avant d’arriver en Turquie. Enfin, le
5 septembre 2001, je suis arrivé en Grèce avec ma
femme et mon fils.
Je me souviens de la date parce que c’était juste
quelques jours avant les événements du 11-
Septembre. Si j’avais encore été en Turquie après
ces attentats, je ne serais jamais allé en Grèce ; je
serais reparti en Afghanistan pour me battre pour
mon pays.
Mais aujourd’hui je suis ici.
Je voulais vraiment vivre en Grèce, donc je m’y
suis affairé, en allant dans les ministères et les
bureaux compétents, jusqu’à obtenir ma demande
d’asile. Je fus l’une des 11 personnes, sur 6 000
demandes, à obtenir le droit d’asile en Grèce cette
année-là.
Malheureusement, ma femme et moi n’étions pas
heureux ensemble, même en Afghanistan, et nous
avons tous les deux demandé le divorce. Mais vous
savez comment c’est, en Afghanistan. Là-bas, ce
n’était culturellement pas acceptable de divorcer,
surtout pour une femme. Nous avons donc pris la
décision de nous séparer en Grèce.
Après 15 ans, je vis et travaille toujours à
Athènes. Être médecin, parler anglais et travailler
toute la journée pour MDM (Médecins du Monde ;
en anglais : Doctors of the World) m’a beaucoup
aidé pour obtenir ma protection internationale. Je
ne vivais donc pas dans l’incertitude en Grèce.
Je suis devenu le leader de la communauté
afghane [à Athènes], et j’occupe aujourd’hui le
poste de président du Forum grec pour les
réfugiés, une organisation non gouvernementale
qui aide les refugiés en Grèce et plaide en leur
faveur.
La vie des réfugiés et des migrants en Grèce a
changé progressivement. Au début des années
2000, nous étions socialement bien acceptés,
même si les médias dépeignaient un profil
problématique du réfugié. Il y avait alors encore
peu d’incidents racistes.
Cependant, de 2008 à 2011, les attaques et les
incidents racistes à l’encontre des réfugiés ont
rapidement augmenté. La discrimination de la part
de la police grecque était devenue courante, et le
manque d’acceptation sociale s’est accru. Si un
groupe d’extrême droite avait attaqué un migrant
dans la rue, personne ne serait intervenu. C’est ce
qui faisait le plus peur.
Un jour, je suis allé rendre visite à un réfugié
détenu en prison. L’agent de police l’a frappé a
plusieurs reprises devant moi. J’en ai fait des
cauchemars pendant des semaines.
Les choses ont commencé à changer en Grèce en
2014, après l’assassinat par Aube dorée du
musicien grec Pavlos Fyssas. Ce n’était plus
seulement le lot des réfugiés et des migrants : le
racisme s’était aussi retourné contre les Grecs.
La situation en Syrie a marqué un virage dans
les politiques et le climat social en Grèce, avec la
naissance d’un fort mouvement de solidarité
envers les réfugiés.
Avant, les médias présentaient négativement les
réfugiés, mais maintenant, même les journalistes
les plus méprisants écrivent des choses positives
sur les réfugiés.
La crise en Europe n’est pas une crise des
réfugiés mais une crise politique, une crise de
responsabilité. Et à moins d’une répartition
égalitaire de ces responsabilités, nous observerons
une montée croissante de l’extrême droite en
Europe. Ce que nous demandons donc aux gens, ce
n’est pas seulement une aide alimentaire, mais
aussi de pousser les gouvernements à accepter et
intégrer les réfugiés.
HALLOW SALAM, 44 ANS, AVOCAT ET
SOCIOLOGUE, BERLIN, ALLEMAGNE
Je suis arrivé en Allemagne il y a 20 ans. J’étais
l’un des nombreux Iraquiens, et en particulier l’un
des Kurdes d’Iraq, à partir en Europe pour fuir le
régime de Saddam Hussein. Mon nom me
prédestinait peut-être à un futur à l’étranger : mon
prénom signifie « aigle » en kurde, et mon nom de
famille « paix » en arabe.
En 1996, j’ai parcouru à pied la distance entre
Souleimaniye, en Iraq, et Istanbul, en Turquie, où
je suis resté 3 mois. J’ai pris un bateau pour la
Grèce, avant d’arriver en Allemagne. J’ai fait ma
demande d’asile à Hanovre. Deux ans plus tard, je
suis officiellement devenu réfugié.
Ces 2 années furent les plus difficiles de ma vie.
Je travaillais dans un restaurant de 5 à 8 heures du
matin, et ensuite j’allais en cours d’allemand
jusqu’à midi.
Entre-temps, je m’étais inscrit à l’université
technique de Berlin (TU Berlin ou Technische
Universität Berlin) pour étudier la sociologie et
l’enseignement, en gagnant ma vie avec des petits
boulots le week-end.
Cette décision ne fut pas facile à prendre : en
Iraq, j’avais fait des études de droit, mais à Berlin,
quand j’ai présenté mon diplôme iraquien, ils
m’ont dit d’un ton méprisant que je devais
reprendre toutes mes études à zéro. C’était
extrêmement frustrant, mais je suis heureux de
l’avoir fait, sans quoi je n’aurais pas obtenu la
qualification nécessaire pour mon métier
aujourd’hui.
Pendant mes études, j’ai soutenu de nombreux
camarades réfugiés. Je les accompagnais à l’office
du logement, à la police, à la banque, tous les
jours, pour traduire et les aider.
Enfin, en novembre 2006, la même année où j’ai
obtenu la nationalité allemande, j’ai décroché un
poste de travailleur social dans un centre d’accueil
pour 147 réfugiés, dans le quartier de Kreuzberg,
à Berlin. Ensuite, j’ai été diplômé et j’ai vraiment
apprécié de pouvoir mettre en pratique mes
connaissances.
Les gens ont besoin d’aide. Beaucoup de monde
arrive ici traumatisé par les souffrances
provoquées par les conflits et le long voyage.
Lorsque la crise des réfugiés a commencé l’année
dernière, et que des centaines de milliers de
personnes sont arrivées en Allemagne, j’ai senti
mon cœur se serrer.
Cela m’a rappelé les moments où j’étais à leur
place. Mais à cette époque, les choses étaient
différentes : il y avait moins de services sociaux, on
était abandonnés à notre propre sort. Aujourd’hui,
c’est devenu plus simple pour les réfugiés de
commencer une nouvelle vie ici. Désormais, les
Allemands aident les nouveaux arrivants. Et c’est
très réconfortant à voir.
Malheureusement, certaines personnes profitent
de cette vague de sympathie pour servir leurs
propres intérêts. Des activistes ont dit que
l’Allemagne était nulle car elle ne faisait pas assez
d’efforts pour reloger les gens. Mais ils n’avaient
eux-mêmes ni de plan précis ni d’expérience avec
les réfugiés. Je pense qu’ils ont juste utilisé les
réfugiés pour défendre leurs propres causes.
Ma philosophie en tant que travailleur social est
d’aider les gens à se prendre en main tout seul. Je
ne supporte pas qu’on s’apitoie sur son propre
sort. Je dis aux gens de saisir leur chance de
pouvoir tout recommencer ici. C’est une
renaissance, je leur dis, tout comme j’ai eu la
mienne. L’Allemagne est un très, très bon pays
pour se réinstaller. Ici, il est réellement possible de
débuter une nouvelle vie.
Des flous juridiques
Certaines personnes ou organisations ont délibérément mis
en place des actions là où l’UE ne fournit pas encore de
protection, voire là où elle n’assume pas ses responsabilités
exigées par le droit international des droits de l’homme.
Pendant que des millions de vies sont en danger, les
étudiants en droit et les juristes débattent de la légalité
d’une telle inaction de la part de l’UE.
Voici quelques cas :
La Hongrie qui construit une clôture à ses frontières et
condamne quiconque tenterait de la détruire ou aiderait
les gens à la traverser.
L’expulsion des demandeurs d’asile, après un examen
incomplet ou non-individuel de leur demande, vers des
pays en dehors de l’espace Schengen et considérés
comme sûrs comme la Serbie ou la Turquie [voir le
paragraphe suivant].
L’interdiction faite aux transporteurs routiers de
transporter des réfugiés, et les sanctions appliquées à
ceux qui le font.
Le manque de visas humanitaires délivrés aux personnes
vivant en zone de conflit.
La détention des personnes qui refusent la prise
d’empreintes digitales dans les hotspots.
L’arrestation ou le tir par armes à feu sur les personnes
qui entrent de façon irrégulière en UE par les frontières
de la Grèce avec la Turquie et la Bulgarie.
La sélection des demandeurs d’asile selon leur
nationalité.
Les limitations du regroupement familial.
L’accord avec la Turquie
Après l’échec du programme de « relocalisation » lancé par
la Commission européenne, l’UE a demandé à la Turquie
d’empêcher les migrants et les réfugiés de quitter le pays
pour rejoindre l’Europe. La responsabilité d’offrir un abri aux
réfugiés passait donc de l’UE à la Turquie, destination que la
plupart des réfugiés syriens avait choisie après avoir fui la
guerre dans leur pays. Au mois de juin 2016, on compte 2,5
millions de Syriens en Turquie, 1 million au Liban, et 635 000
en Jordanie.
Le projet : pour chaque personne expulsée de Grèce et que
la Turquie accueille, l’UE promettait d’héberger un réfugié
syrien qui avait été validé par les États membres, selon des
critères tels que le danger encouru, la vulnérabilité du
candidat et l’urgence médicale, comme dans le processus de
« relocalisation » des Nations unies évoqué plus haut.
Avant que cet accord ne soit mis en place et après la
fermeture des frontières dans les Balkans, environ 1 500
migrants et réfugiés arrivaient en Grèce chaque jour. Ce
nombre a aujourd’hui diminué, puisque la police turque
empêche chaque jour des milliers de personnes de se rendre
en Grèce. En juin 2016, environ 441 personnes ont été
renvoyées par Frontex.
Environ 50 000 demandeurs d’asile étaient bloqués en
Grèce en juin 2016, dans l’attente de voir leur requête
examinée, sans aucune certitude sur leur avenir.
Les avocats des droits de l’homme ont critiqué l’UE pour
avoir échoué à assumer sa responsabilité en fournissant une
protection internationale aux personnes qui fuient la guerre.
En juin 2016, l’organisation Médecins sans frontières a
annoncé qu’elle n’accepterait plus de dons en provenance
de l’UE tant que l’accord EU-Turquie était appliqué.
Pour beaucoup de gens, la Turquie n’est pas un pays sûr :
par exemple, le pays oblige les personnes à retourner dans
leur pays déchiré par la guerre, et autorise le travail des
enfants. Il y a déjà 3 millions de réfugiés qui se battent pour
leur survie sur le sol turc.
MIRHATAM SAFI, 17 ANS, ÉTUDIANT, LUBBEEK,
BELGIQUE
Les Talibans sont venus me chercher quand j’avais
15 ans. Je suis de Tagab, un district de la province
de Kâpissa, en Afghanistan. Un jour, ils sont
arrivés dans notre village pour enrôler des
hommes et les envoyer au combat.
Quand j’ai refusé, ils m’ont torturé et cassé la
jambe. La douleur était insupportable. Il m’a fallu
6 mois pour guérir. Il n’y a pas de bon médecin
dans ma ville d’origine. Je suis resté alité pendant
un mois environ, puis j’ai lentement recommencé à
marcher avec des béquilles.
Ce n’était plus possible de rester là-bas. Si je
restais, j’allais devoir rejoindre les Talibans. J’avais
déjà perdu trois amis : les Talibans les avaient
obligés à commettre des attentats-suicides. Ils
disent que vous irez au paradis. Ils n’inventent que
des histoires. Mais aucune n’est vraie bien sûr.
J’ai donc quitté mon village pour Kaboul. J’avais
17 ans. Ma famille voulait venir avec moi, mais le
voyage aurait coûté trop cher. Je suis donc parti
seul. Une fois à Kaboul, un passeur m’a fait
rejoindre l’Iran. Je suis monté dans une Jeep avec
d’autres passagers, des enfants sans leurs parents,
comme moi.
D’Iran, nous sommes allés en Turquie, puis en
Grèce et enfin en Allemagne. Des amis m’ont dit de
continuer jusqu’en Belgique car ils avaient
entendu dire que c’était bien là-bas pour les
réfugiés. C’est donc ce que j’ai fait.
Je suis très content d’avoir pris cette décision.
Désormais, je vais à l’école avec d’autres réfugiés
à l’Institut Saint-Joseph de Kessel-Lo, un village
situé près de Bruxelles. Je vais en cours tous les
jours. Mes disciplines préférées sont l’éducation
sportive, le néerlandais et aussi les maths, je crois.
C’est difficile mais je fais de mon mieux. J’étudie
autant que je peux.
Je comprends mieux maintenant ce que signifie
l’éducation. En Afghanistan, les professeurs nous
interdisaient de voir la plupart des films et
chansons et d’apprendre l’anglais. Ils disaient que
c’était la langue des non-musulmans. Ils étaient
tous affiliés aux Talibans et essayaient de nous
influencer afin que l’on devienne comme eux un
jour.
Dans mon cas, ils n’ont pas réussi, mais j’ai dû
payer le prix fort. Ma famille me manque
terriblement. Je n’ai pu parler avec eux qu’une
seule fois depuis mon arrivée en Belgique, en
novembre 2015. C’est difficile de pouvoir rester en
contact depuis que les Talibans ont détruit
l’antenne-relais de téléphonie mobile située près
de mon village. Mon petit frère, âgé de 12 ans,
m’avait demandé quand j’allais revenir. C’était
difficile de l’entendre poser cette question.
Mes parents m’ont dit de ne pas penser à eux et
de me concentrer uniquement sur mes études. Un
jour, je voudrais devenir médecin. Je veux pouvoir
faire vivre ma famille et les faire venir ici.
Mais pendant ce temps, j’attends. Je ne sais pas
si l’on pourra rester ici. Peut-être qu’une décision
tombera dans l’année ou même dans les trois mois
à venir. Tout ce que l’on peut faire, c’est attendre.
En 2015, on comptait environ 20 000 réfugiés apatrides dans
l’UE, et on ne connaissait pas la nationalité d’au moins 20
000 autres personnes. Devenir apatride est un risque de plus
en plus courant dans l’UE. Certains fonctionnaires ont refusé
d’enregistrer les bébés de réfugiés. Cette pratique viole les
droits fondamentaux de l’enfant. D’autres enfants nés de
femmes syriennes ou iraquiennes pendant leur exil risquent
de devenir apatrides en l’absence du père, qui est celui qui
transmet la nationalité dans la loi syrienne et iraquienne,
tandis que les femmes n’y sont pas autorisées.
Moises Saman Grèce. Lesbos. Septembre 2015. Des nouveaux arrivants
marchent vers la capitale de l’île, Mytilène.
Le futur
En mai 2016, la Commission européenne a proposé un
système de « relocalisation » permanent, en imposant une
amende de 250 000 € par réfugié aux pays qui ne
l’accepteraient pas et refuseraient de réinstaller les réfugiés.
En juin, la Commission a réformé les règles de la « carte
bleue », facilitant l’accès à l’emploi en Europe de certains
réfugiés en délivrant des permis de travail temporaires aux
travailleurs les plus qualifiés et compétents, y compris ceux
qui bénéficient déjà d’une protection internationale.
Beaucoup craignent que la proposition d’amende ne soit
pas adoptée par les États membres et estiment que le
régime de la « carte bleue » ne peut aider qu’un nombre
limité de gens, uniquement les plus compétents d’entre eux.
En 2014, seuls 12 964 demandeurs ont reçu une carte bleue
en UE.
La carte bleue ne peut pas répondre à l’enjeu principal de
la crise des migrants : aider les personnes qui ont besoin
d’une protection internationale, alors même qu’ils n’ont
presque pas de possibilités pour rejoindre l’Europe de façon
sûre et légale.
En réponse à l’incapacité de l’UE à se mettre d’accord sur
des propositions qui pourraient créer des routes sûres,
certains ont demandé à rendre plus stricte la procédure
d’adhésion d’un nouveau pays à l’UE.
Quand la Hongrie est devenue membre en 2004, elle a
accepté de respecter les critères de Copenhague [voir « Les
rouages de l’Union européenne »], qui protègent le droit
d’asile. Mais il est souvent facile de faire des déclarations de
principe sans les appliquer dans la réalité, comme l’a montré
la crise.
Aujourd’hui, il n’existe pas de politique d’asile commune
au sein de l’UE, mais 28 régimes différents. Même si tous les
États membres ont signé le règlement Dublin, ce sont à eux
de créer leurs propres procédures d’asile en accord avec la
loi européenne. Certains pays rendent plus facile l’accès au
marché de l’emploi, tandis que d’autres ont des procédures
moins strictes concernant le regroupement familial.
Cependant, beaucoup de pays ont adopté des critères
identiques quand il s’agit d’offrir la protection aux individus.
La Convention de 1951 relative au statut des réfugiés
protège les personnes qui fuient la persécution à cause de
leur race, leur religion, leur nationalité, leur appartenance à
un groupe social ou leurs opinions politiques. En 2011, l’ONU
a révisé sa position et a reconnu la nécessité d’inclure la
protection pour les personnes qui fuient les zones de conflit,
la torture ou toute situation mettant leur vie en danger. En
élargissant ainsi la portée de la Convention, l’ONU s’est
alignée sur les dernières avancées de la loi européenne et
de son application. C’est la guerre de Yougoslavie [voir «
Reconstruire sur les cendres de la guerre »] qui a déclenché
cette réforme, car elle a provoqué le départ massif de
réfugiés qui ne pouvaient prétendre à la protection offerte
selon la définition de base. Cette décision a réduit la
pression sur les demandeurs, qui devaient jusqu’alors
prouver les persécutions individuelles qu’ils subissaient dans
le contexte d’une guerre ou dans d’autres situations de
violence sans discernement. Cela signifie que, dans certains
cas, les demandeurs n’ont pas besoin de prouver qu’ils
risquent de subir des persécutions, s’ils vivent effectivement
dans une zone de conflit.
Malheureusement, cette clause est aujourd’hui réduite.
Alors que le nombre de retours volontaires dans les pays
d’origine des individus (le « rapatriement volontaire ») a
atteint son niveau le plus bas depuis 1983, prouvant la
durabilité des conflits dans certains pays du Moyen-Orient,
d’Asie et d’Afrique, l’UE n’offre pas si facilement l’asile à
d’autres populations que les Syriens.
Cette donnée a poussé beaucoup d’observateurs à
rappeler les principes fondamentaux sur lesquels l’UE s’est
construite – la dignité, l’égalité, la solidarité, la liberté et la
justice – en estimant que la réponse actuelle n’est pas à la
hauteur de ces idéaux.
Pendant que l’Union progresse vers une politique d’asile
commune, et que vous construisez ici votre nouvelle vie,
nous espérons que ce livre vous permettra de comprendre le
contexte historique qui a permis de consolider ces idéaux et
d’inscrire ces principes dans une série de droits
fondamentaux. Malheureusement, ils sont encore loin d’être
appliqués sur tout le territoire de l’UE.
La vie dans l’UE
Une fois Ayham remis de son hypothermie, et après avoir
rejoint l’Italie, lui et son frère Ehab ont acheté de faux visas
Schengen à Milan et ont embarqué en octobre 2014 dans un
avion en direction d’Amsterdam, aux Pays-Bas.
On leur a offert l’asile, et Raneem, la femme d’Ehab, a pu
le rejoindre un an plus tard grâce au regroupement familial.
Sa mère, qui était déjà aux Pays-Bas, a fait venir son père.
« Je n’aurais pas pu rêver d’un meilleur endroit pour
m’installer, dit Ehab. Les gens d’ici sont très sympathiques
et très ouverts d’esprit. »
Il y a 6 ans, l’architecte néerlandais Rem Koolhaas a visité
l’école de Raneem et d’Ehab en Syrie. Ils espèrent
aujourd’hui finir leurs études d’architecture à l’université de
technologie de Delft (en néerlandais : Technische Universiteit
Delft) et commencer un jour la reconstruction de leur pays.
« Il y a beaucoup de règles en Syrie, alors que l’Europe est
ouverte à des concepts architecturaux innovants. Lorsqu’on
y retournera, on envisage de réconcilier notre tradition avec
la liberté qu’on a trouvée ici », dit Ehab.
« Notre rêve est de réhabiliter notre ville, Damas. Comme
Winston Churchill l’a dit : “Nous construisons nos bâtiments,
puis ce sont eux qui nous construisent.” »
Photographies
Moises Saman Grèce. Lesbos. 29 septembre 2015. Des demandeurs d’asile
touchent terre après une traversée en mer souvent dangereuse, depuis la
Turquie.
Jerome Sessini Grèce. Lesbos. 22 décembre 2015. Des milliers de gilets de
sauvetage, que les réfugiés utilisent pour traverser la mer Égée depuis la
Turquie, sont abandonnés à Lesbos.
Jerome Sessini Grèce. Lesbos. 23 décembre 2015. Le camp de réfugiés de
Kara Tepe près de Mytilène.
Paolo Pellegrin Grèce. Lesbos. 2015. Des réfugiés à Mytilène. Au début du
mois de septembre 2015, entre 15 000 et 20 000 réfugiés, dont 70% de Syriens,
attendaient qu’on traite leur demande.
Thomas Dworzak Slovénie. 2015. La Croix-Rouge examine les réfugiés alors
qu’ils entrent dans le pays.
Peter van Agtmael Croatie. Tovarnik. 17 septembre 2015. Une gare à la
frontière avec la Serbie. Après des heures d’attente dans une chaleur étouffante,
des milliers de réfugiés se heurtent à la police et cherchent de l’ombre.
Jerome Sessini Serbie. Vasariste. 12 août 2015. Des réfugiés dans un camp de
Serbie centrale espèrent rejoindre la frontière nord de la Serbie avec la Hongrie,
État membre de l’UE.
Peter van Agtmael Serbie. Horgos. 15 septembre 2015. À la frontière entre la
Serbie et la Hongrie, fermée. Des milliers de personnes sont arrivées après la
fermeture de la frontière, espérant qu’elle soit rouverte. Le lendemain matin, la
plupart d’entre elles se sont dirigées vers la Croatie.
Antoine d’Agata Maroc. Nador. 2013. Des réfugiés d’Afrique sub-saharienne,
qui vivent dans les montagnes entourant la ville, se relaient pour aller chercher
du bois pour faire du feu. Certains sont bloqués ici depuis 2 ans.
Jerome Sessini France. Calais. 8 décembre 2015. Environ 5 000 migrants et
réfugiés vivent dans un camp de fortune appelé la « jungle », dans l’attente
d’une opportunité d’entrer au Royaume-Uni en ferry ou via l’Eurotunnel.
Michael Christopher Brown Turquie. Suruç. 28 septembre 2014. Des réfugiés
kurdes de Syrie et des citoyens turcs regardent les forces kurdes combattre l’État
islamique derrière la frontière, à 5 kilomètres environ de Kobané.
Moises Saman Turquie. Antioche (Antakya). 2 mars 2012. Ahmed, réfugié
syrien, est soigné dans un hôpital après avoir marché sur une mine entre la Syrie
et la Turquie.
Moises Saman Turquie. Boynuyogun. 2 mars 2012. Des réfugiés syriens sur le
terrain de jeu d’un camp près de la frontière avec la Syrie, qui héberge plus de 1
800 personnes.
Jerome Sessini Allemagne. Cologne. 3 février 2016. Un espace dédié aux
activités pour enfants dans un refuge qui héberge 627 réfugiés.
Thomas Dworzak Autriche. Frontière avec l’Allemagne. Novembre 2015. Des
réfugiés syriens, au poste-frontière de Wegscheid, attendent de pouvoir entrer en
Allemagne.
Informations pratiques
À la manière d’un guide de voyage, ce
chapitre vous offre de l’information sur 10
pays qui sont des destinations populaires
pour les migrants et réfugiés qui
rejoignent l’UE au moment où nous
rédigeons ce livre : Allemagne, Autriche,
Belgique, Espagne, France, Grèce, Italie,
Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède.
Il contient des informations de bases sur
le système politique, la géographie, la
démographie, les traditions, ainsi que des
spécialités gastronomiques, quelques
romans et films notables. Vous trouverez
aussi la liste des principales organisations
gouvernementales et non
gouvernementales qui fournissent des
informations et des services aux migrants
et réfugiés dans chacun des pays et dans
l’UE en général.
Toutes les informations de ce chapitre ont
été vérifiées et, à notre connaissance,
sont exactes au moment où nous
rédigeons ce livre.
Autriche
SYSTÈME POLITIQUE
Le système politique de l’Autriche – comme celui de son
voisin l’Allemagne, un pays plus grand – est une démocratie
fédérale. Cela signifie que même si le pouvoir de décision
est entre les mains d’un gouvernement central élu par le
peuple, les autorités locales et fédérales exercent un
pouvoir non négligeable.
Comme dans la majeure partie du reste de l’Europe, les
deux principales forces politiques sont le centre gauche et
le centre droit. Les conservateurs (centre droit) sont
représentés par le Parti populaire autrichien (ÖVP) et le
centre gauche par le Parti social-démocrate autrichien
(SPÖ).
Il existe des opinions d’extrême droite en Autriche, et le
Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) est l’un des partis de
droite les plus plébiscités en Europe, prônant un contrôle
plus strict de l’immigration.
GÉOGRAPHIE
L’Autriche a des frontières communes au nord avec
l’Allemagne et la République tchèque, à l’est avec la
Slovaquie et la Hongrie, au sud avec la Slovénie et l’Italie,
et à l’ouest avec la Suisse et le Liechtenstein.
Le pays est principalement montagneux, et possède
quelques plaines. Vienne, la capitale, est à cheval sur le
fleuve Danube, qui traverse l’est du pays.
DÉMOGRAPHIE
On compte 8,6 millions d’Autrichiens, dont 10% sont nés à
l’étranger, la plupart originaires des Balkans et d’Europe de
l’Est. Comme l’Allemagne, l’Autriche possède une large
communauté turque.
POPULATION
Beaucoup d’Autrichiens sont vus comme des personnes
conservatrices et fières de leurs traditions. Vienne est la
ville de certains des philosophes, artistes et scientifiques les
plus réputés. On dit des Autrichiens qu’ils sont accueillants
mais – comparé aux autres Européens – ils peuvent sembler
très formels, même entre amis.
ÉDUCATION
Les enfants doivent aller à l’école élémentaire pendant 4
ans. Les écoles secondaires sont divisées en deux branches :
un cursus théorique et un cursus plus professionnalisant.
Une fois diplômés et après un examen final de type
baccalauréat, les étudiants peuvent entrer à l’université.
Les enfants réfugiés doivent aller à l’école jusqu’à l’âge
de 15 ans. Les « Jugend colleges » offrent l’enseignement et
la formation aux étudiants âgés de 15 à 21 ans qui sont
récemment arrivés en Autriche.
RELIGION
L’Autriche est un pays à majorité catholique. Parmi les
Autrichiens, on compte un demi-million de musulmans. Les
opinions religieuses sont respectées, et la plupart des gens
préfèrent conserver leur croyance dans la sphère privée. Le
gouvernement adopte une position ferme contre les
discours de haine qui visent les groupes ethniques, religieux
ou sociaux.
PHARMACIES
Les pharmacies sont ouvertes entre 8h00 et 18h00 les jours
de la semaine, et ferment plus tôt le samedi. La plupart sont
fermées le dimanche. Pour les urgences, des pharmacies de
garde restent ouvertes en permanence.
GASTRONOMIE, BOISSONS ET TABAC
Il est interdit de fumer dans la plupart des bars et dans tous
les lieux publics. Même si la réglementation sur le tabac est
plus laxiste que dans beaucoup d’autres pays de l’UE, il est
mal vu de fumer chez les gens et en présence de non-
fumeurs, d’enfants, et de femmes enceintes.
Boire de l’alcool est un élément important de la vie sociale
du pays. Si vous voulez boire comme un vrai Autrichien,
vous devez regardez vos amis dans les yeux et dire « Prost »
(« Santé »).
Le plat national du pays est le wiener schnitzel, une fine
et grande côtelette de veau panée, sautée dans une poêle et
généralement servie avec des pommes de terre, du citron et
de la salade. Un autre plat populaire, particulièrement
apprécié des buveurs noctambules, est le bosna ou bosner,
une saucisse bratwurst servie avec des oignons, de la
moutarde et du ketchup et un trait de curry en poudre. La
saucisse est généralement servie sur une tranche de pain
blanc, le tout légèrement grillé.
Une petite douceur appréciée des Autrichiens est le
kaiserchmarrn (le repas de l’Empereur), une crêpe épaisse
caramélisée dans une grosse quantité de sucre.
La viande est rarement halal, mais beaucoup de
boucheries et supermarchés peuvent en vendre.
SANTÉ
La couverture basique de santé donne aux réfugiés l’accès à
certains services médicaux à travers l’assurance maladie.
Ceux qui n’en possèdent pas ont droit aux soins basiques et
d’urgence. Si vous retardez votre demande d’asile, votre
accès à l’assurance maladie prendra plus de temps qu’en
temps normal. Il existe d’autres obstacles administratifs
pour ceux qui sont en dehors de ce système. L’assurance
maladie universelle est ouverte aux Autrichiens et aux
autres résidents de l’Union européenne. Les services
publics et privés des assurances maladie coexistent dans un
système mixte.
TABOUS
Adolf Hitler est né en Autriche, et les Autrichiens ressentent
une certaine honte à ce sujet. Ils affirment généralement
que l’Autriche était un pays occupé par l’Allemagne nazie
pendant la Deuxième Guerre mondiale, plutôt qu’un
complice de la guerre. Les remarques antisémites sont
clairement inappropriées.
CONCUBINAGE (VIVRE EN COUPLE SANS MARIAGE)
Les Autrichiens vivent généralement en couple avec leur
partenaire avant le mariage ou avant d’avoir des enfants,
mais la plupart finissent par se marier.
MARIAGE ENTRE PERSONNES DE MÊME SEXE
(MARIAGE HOMOSEXUEL)
Le mariage entre personnes du même sexe n’est pas légal
en Autriche, mais les couples peuvent officialiser leur union
auprès de l’administration (sous la forme d’une union
civile). Les couples gays ou lesbiens peuvent adopter des
enfants.
TRADITIONS
Certains Autrichiens adorent faire revivre leur passé et
porter des costumes traditionnels – notamment des
pantalons de cuir pour les hommes – pendant les
célébrations du mois d’août.
Fasching (Carnaval) est une grande célébration en
Autriche, qui a lieu entre l’Épiphanie et le début du Carême.
Elle est très appréciée des Autrichiens, même ceux qui ne
sont pas croyants. La saison de Noël est aussi très attendue
chaque année, et c’est une période qui étincelle de joie et
de bonheur.
Le 6 janvier, les chrétiens célèbrent l’Épiphanie, quand les
trois Rois mages originaires de l’est auraient rendu visite à
l’enfant Jésus, nouveau-né. À cette occasion, les enfants
visitent les maisons et collectent de l’argent, laissant
derrière eux des inscriptions avec les initiales CBM pour
« Christus Mansionem Benedicat » (Que le Christ bénisse
cette maison).
Avant un événement important, comme une réunion ou un
entretien, les Autrichiens ont l’habitude de se souhaiter
bonne chance en imitant le geste de frapper des deux
poings sur une table.
UNE EXPRESSION COURANTE
« Deutsche Sprache, schwere Sprache » est une expression
souvent utilisée en Autriche, qui signifie « langue
allemande, langue difficile ». Mais ne vous laissez
découragez pas, cette langue n’est pas si difficile qu’elle y
paraît.
FILMS
Kuma : Ayse, une adolescente, s’apprête à quitter la Turquie
et devenir la deuxième femme d’un vieil homme turco-
autrichien. Le film s’intéresse aux comportements
chauvinistes et protectionnistes de certains hommes turcs
envers les femmes, et les conflits produits par leur point de
vue sur le rôle qu’une femme devrait jouer dans le couple.
Nordrand (Banlieue nord) : un groupe de jeunes migrants de
Vienne – la plupart originaires d’ex-Yougoslavie et d’autres
régions d’Europe de l’Est – essaient de s’en sortir dans la
capitale autrichienne, entre solitude et défis liés à leurs
origines. Leur sentiment partagé de solitude finit par les
rapprocher.
Import/Export : une infirmière ukrainienne se rend à l’Ouest, à
la recherche d’une vie meilleure, tandis qu’un homme
autrichien plein d’espoir s’installe en Europe de l’Est pour
la même raison. Leurs vies parallèles commencent avec une
note d’espoir, mais échouent dans la déception.
LIVRE
Les Amantes d’Elfriede Jelinek : deux femmes travaillant dans
une manufacture de lingerie des Alpes pensent à leur avenir
et à la possibilité du mariage. Mais leurs désirs
d’indépendance et de liberté sont freinés par les réalités du
mariage.
MAGASINS
Les magasins sont autorisés à ouvrir de 6h00 à 21h00 en
semaine, et jusqu’à 18h00 le samedi. Les magasins sont
fermés le dimanche et pendant les fêtes de Noël, mais il
existe des exceptions dans les plus grandes villes.
TRI DES DÉCHETS ET RECYCLAGE
La loi oblige les habitants à trier les déchets recyclables et
non recyclables, dans des poubelles disponibles pour tout le
monde. Les objets dangereux comme les piles, batteries et
médicaments doivent être déposés dans des conteneurs
spéciaux.
SUPERMARCHÉS
Il y a différents types de supermarchés, dont Aldi et Lidl
sont les moins chers. Spar est une des options les plus
pratiques et courantes.
QUELQUES ORGANISMES QUI TRAVAILLENT AVEC LES
MIGRANTS ET RÉFUGIÉS
Organisation internationale pour les Migrations (OIM ;
en anglais, IOM)
Fournit des services et des conseils aux migrants,
notamment pour les retours volontaires, la réintégration, la
lutte contre le trafic, l’intégration et le relogement dans
l’Union européenne.
Nibelungengasse 13/4
1010 Vienna
+43 (0) 1 585 33 22
iomvienna@[Link]
[Link]
Caritas Österreich
Fournit des services aux demandeurs d’asile, dont le conseil
juridique,
le logement et les cours de langue.
Albrechtskreithgasse 19-21
1160 Vienna
+43 (0) 1488310
office@[Link]
[Link]
Diakonie – Evangelischer Flüchtlingsdienst Österreich
Fournit des services aux demandeurs d’asile, réfugiés et
migrants dans différents domaines : conseil, santé,
logement, éducation, intégration, soins médicaux et
psychothérapiques.
Steinergasse 3/12
1170 Vienna
+43 (0) 1 402675416
fluechtlingsdienst@[Link]
www.fl[Link]
Don Bosco
Flüchtlingswerk Austria
Fournit un logement dans une famille stable et de confiance
aux jeunes originaires de cultures différentes et ne parlant
pas la langue locale.
+43 (0) 1 6650255
office@fl[Link]
www.fl[Link]
Zebra
Offre des conseils juridiques aux migrants, des soins
psychothérapiques, des conseils à la famille, sur l’éducation
et le travail, et aide à obtenir la reconnaissance des
diplômes et qualifications obtenus dans d’autres pays.
Granatengasse 4/3
8020 Graz
+43 (0) 316835630
office@[Link]
[Link]
Asyl in Not
Fournit une assistance juridique dans plusieurs langues :
allemand, anglais, français, russe, farsi (persan moderne) et
arabe. L’organisation oriente et soutient la personne
pendant toute la procédure de demande d’asile, y compris
en rédigeant le dossier de réexamen en cas de recours,
lorsqu’une demande a été rejetée.
Währingerstrasse 59/2/1
1090 Vienna
+43 (0) 14084210
asyl-in-not@[Link]
office@[Link]
[Link]
Deserteurs- und Flüchtlingsberatung
Offre des cours de langue allemande et des services de
conseil, et fournit une assistance juridique pour le recours
en cas lorsqu’une demande a été rejetéee.
Schottengasse 3a/1/59
1010 Vienna
+43 1 5337271
deserteursberatung@[Link]
[Link]
SUPERMARCHÉS À BAS PRIX
Il existe de nombreux supermarchés à bas
prix dans tous les pays.
Belgique
SYSTÈME POLITIQUE
La Belgique possède un des systèmes politiques les plus
compliqués au monde. L’élément le plus simple est la
monarchie, avec le roi à la tête de l’État, et un
gouvernement sous la forme d’une démocratie
constitutionnelle.
Le pays a 3 communautés différentes : les Flamands, les
Français et les Allemands. Ils habitent quasiment tous dans
des régions distinctes. Le néerlandais et le français sont les
langues officielles de Bruxelles, la capitale.
Le pouvoir de décision se partage entre le gouvernement
fédéral, les communautés (flamande, française et
allemande) et les régions (les Flandres néerlandophones, la
Wallonie francophone et Bruxelles). Chaque communauté et
chaque région ont leur propre gouvernement.
GÉOGRAPHIE
La Belgique est constituée des Flandres au nord,
principalement habitées par des néerlandophones ; de la
Wallonie au sud, peuplée majoritairement de francophones ;
et d’une petite région germanophone à l’est. Bruxelles se
situe dans les Flandres du Sud. La Belgique fait partie, avec
le Royaume des Pays-Bas, d’une région historique appelée «
les Pays-Bas » (qui correspond à peu près au Benelux
actuel) : bordée par la mer du Nord au nord-ouest, le
Royaume des Pays-Bas au nord-est, l’Allemagne et le
Luxembourg à l’est, et la France au sud-ouest.
RELIGION
La majorité de la population est catholique, et on compte de
nombreux musulmans, protestants, juifs et des non-
croyants.
DÉMOGRAPHIE
On compte 11 millions de Belges, dont 60% vivent en
Flandres, 30% en Wallonie et environ 10% à Bruxelles. Un
quart des habitants du pays n’a pas des origines belges,
mais notamment marocaines et turques.
SANTÉ
Le gouvernement fédéral fournit généralement une
couverture de santé publique dans le cadre d’un système
d’assurance maladie. La couverture santé pour les
demandeurs d’asile est gérée par l’Institut national
d‘assurance maladie-invalidité. En général, les Belges
comme les demandeurs d’asile doivent d’abord payer le
coût des soins, qui sont ensuite remboursés par l’assurance.
En revanche, dans les centres d’accueil collectif, vous
n’avez pas à avancer les frais, mais vous serez limité dans le
choix des médecins et des spécialités disponibles.
POPULATION
Beaucoup de Belges se moquent de leur propre système
politique, qu’ils considèrent inefficace et trop complexe. Le
pays est constamment menacé par les différences de
langues, et on parle souvent de la division ou désunion du
pays. Les services publics du pays sont généralement très
performants, et quel que soit leur langage, tous les Belges
sont très fiers de leur bière, de leurs gaufres et de leurs
frites.
ÉDUCATION
L’école est obligatoire pour tous les enfants jusqu’à l’âge de
18 ans, y compris les réfugiés. Des classes spécifiques de
transition sont mises en place pour les enfants néo-
arrivants. Une fois que les étudiants ont atteint un certain
niveau, ils sont intégrés dans le système scolaire
traditionnel. Dans les centres d’accueil pour réfugiés, on
propose habituellement des activités spéciales pour aider
les demandeurs d’asile à mieux connaître leur région
d’accueil, tandis que les adultes qui ont le droit de travailler
ont accès à un enseignement spécifique et une formation
professionnelle pour les aider à trouver un travail. On leur
demande généralement d’avoir une connaissance suffisante
de la langue de la région.
TABOUS
Il vaut mieux éviter de parler des problèmes d’identité
(particulièrement ceux des Flamands et des Wallons), des
stéréotypes, des différences de religion ou de langue,
notamment lorsqu’on est un étranger.
MARIAGE ENTRE PERSONNES DE MÊME SEXE
(MARIAGE HOMOSEXUEL)
Les Belges ont une opinion très tolérante à ce sujet et,
depuis 2003, la Belgique est le deuxième pays au monde à
avoir légalisé le mariage entre personnes de même sexe.
CONCUBINAGE (VIVRE EN COUPLE SANS MARIAGE)
La Belgique a un état d’esprit très progressiste au sujet du
concubinage, aux niveaux légal et social. Le pays a l’un des
plus hauts taux de naissances hors mariage en Europe. Le
mariage n’est pas la seule manière d’accéder au statut de
couple, et les couples peuvent établir un contrat d’union
civile, et ainsi obtenir des documents officiels pour certifier
leur union sans se marier.
PHARMACIES
Les pharmacies sont généralement signalées par une
grande croix verte et sont ouvertes du lundi au samedi de
9h00 à 18h00. Sur la vitrine, on peut trouver la liste des
autres pharmacies du quartier qui ouvrent en dehors des
horaires normaux. Dans la plupart des quartiers, on trouve
une pharmacie qui ferme tardivement, ou reste ouverte
24h/24, y compris le dimanche.
SUPERMARCHÉS
Voici quelques chaînes de supermarchés : Colruyt, Aldi,
Lidl, Carrefour et Delhaize.
TRI DES DÉCHETS ET RECYCLAGE
En Belgique, quasiment tous les déchets sont recyclés, et ils
doivent être séparés dans des conteneurs différents. À
Bruxelles, le plastique et le métal (comme l’aluminium et les
canettes) vont dans les conteneurs bleus, qu’on trouve
habituellement autour des immeubles résidentiels. Les
conteneurs noirs sont pour le papier et le carton, et les
verts pour les ordures végétales (fruits et légumes), les
feuilles, l’herbe et les branches. Les bouteilles, pots et
bocaux de verre doivent être jetés dans un conteneur
spécifique. Les sacs blancs et noirs servent pour tout type
d’ordure. Chaque région est susceptible d’avoir son propre
système de tri, et il vaut donc mieux demander conseil à un
habitant du quartier.
GASTRONOMIE, BOISSONS ET TABAC
Il est interdit de fumer à l’intérieur de la plupart des lieux
publics, comme les transports collectifs, les bars, les boîtes
de nuit et les casinos.
Les Belges sont très fiers de leur grande variété de bières,
souvent très fortes et considérées comme parmi les
meilleures au monde. Boire de la bière est une chose très
courante, même pendant la journée, mais pas au point
d’être ivre en public.
Les Belges aiment dire de leur cuisine qu’elle a la qualité
française, et la quantité allemande. Un des plats très
populaires dans toute la Belgique est les « frites-mayo »
(des patates frites accompagnées de mayonnaise). Les «
moules-frites » sont un autre plat national très lié à la
culture belge : une grosse quantité de moules cuites dans
du vin, de la crème, du beurre ou de la bière et servies dans
un seau en métal, accompagnées de patates frites. Les
gaufres sont une autre spécialité populaire, avec des
variantes régionales, et tartinées de fruits, chocolat, crème,
beurre ou sirop.
Dans les villes, on trouve de nombreux bouchers qui
proposent de la viande halal, et beaucoup de restaurants
servent de la nourriture halal, notamment dans les lieux
marocains, turcs et arabes.
MAGASINS
La plupart des magasins sont ouverts du lundi au samedi et
sont fermés le dimanche, à l’exception des dimanches
précédant Noël (25 décembre) et le jour de l’An (1er
janvier). Le dimanche matin, on trouve quand même
quelques magasins ouverts, notamment ceux qui vendent
des produits frais comme les boulangeries. Dans les
grandes villes, les magasins ouvrent généralement à 10h00
et ferment à 18h00. Dans les petites villes et les villages,
certains ferment à l’heure du déjeuner, en particulier les
banques et les bureaux de poste.
FILMS
Illégal (Illegal) : dans une tentative désespérée de trouver un
logement en Belgique, Tania, une mère de famille russe,
tente de cacher son identité en brûlant le bout de ses
doigts. En fuite, elle refuse de suivre le conseil que lui
donne son ami – dire qu’elle est biélorusse et qu’elle
demande l’asile politique – et son acte de bravoure lui vaut
d’être prisonnière d’un système de détention dont elle ne
voit pas l’issue.
Le Gamin au vélo (The Boy With a Bicycle) : un garçon belge au
grand cœur échappe à sa famille d’accueil et cherche à
retrouver son père, qui l’a abandonné et lui a confisqué son
vélo. Repéré et arrêté par un gardien de sécurité, il se
prend d’affection pour une femme qui se trouvait à côté.
Plus tard, elle viendra le visiter chez lui avec son vélo, et les
deux vont passer leurs week-ends à chercher le père du
garçon.
Marina : dans cette histoire basée sur l’histoire vraie de
Rocco Granata, le fils d’un pauvre mineur, immigré italien,
semble destiné à vivre lui aussi une existence faite de petits
boulots clandestins. Mais Rocco se met à apprendre
l’accordéon, et malgré la discrimination et la pauvreté, il
devient l’un des chanteurs les plus appréciés du pays, avec
sa chanson à succès « Marina ».
UN GESTE TYPIQUE
Pour dire que quelqu’un est fou, on fait semblant d’attraper
une mouche qui vole devant soi.
UNE EXPRESSION COURANTE
« Nu komt de aap uit de mouw » signifie en flamand « le
singe est sorti de la pochette », ce qui veut dire que la
vérité va être révélée.
LIVRE
The Sorrow of Belgium par Hugo Claus : ce livre en deux tomes
(« The Sorrow of Belgium » et
« Of Belgium ») est un chef-d’œuvre en langue flamande à
propos d’une famille belge pendant la Deuxième Guerre
mondiale et la tentative d’un garçon à l’esprit libre de se
couper de sa famille, proche des Nazis, et de trouver des
livres interdits par le régime.
TRADITIONS
Chaque année depuis 1955, à Ypres, on célèbre le
Kattenstoet (le Festival des Chats). Cet événement rappelle
une ancienne pratique, pendant laquelle des chats étaient
jetés depuis le clocher de l’église du centre-ville.
Heureusement pour les félins, cette tradition a pris fin ; et
désormais les habitants organisent un grand défilé en
l’honneur des chats, avec notamment des poupées géantes
en forme de félin montées sur des chars.
QUELQUES ORGANISMES QUI TRAVAILLENT AVEC LES
MIGRANTS ET RÉFUGIÉS
Organisation internationale pour les Migrations (OIM ;
en anglais, IOM : International Organization for
Migration)
Fournit des services et des conseils aux migrants,
notamment pour les retours volontaires, la réintégration, la
lutte contre le trafic, l’intégration et le relogement dans
l’Union européenne.
Rue Montoyer 40 | 3rd floor
1000 Bruxelles
+32 (0) 2 287 70 00
iombrussels@[Link]
[Link]
Croix Rouge (Red Cross) – Belgium
Offre un soutien juridique aux demandeurs d’asile et des
évaluations psychologiques pour les populations en
situation de danger. L’organisme fournit aussi de l’aide
humanitaire.
Rue de Stalle 96
1180 Bruxelles
+31 (0) 2 371 31 11
[Link]@[Link]
[Link]
Duo for a Job
Met en relation les jeunes immigrés et des professionnels
expérimentés de plus de 50 ans pour les aider à trouver un
emploi.
Rue de Stassart 48
1050 Bruxelles
+32 (0) 2 203 02 31
info@[Link]
[Link]
Médecins du Monde (Doctors of the World)
Fournit une assistance médicale aux personnes vulnérables.
info@[Link]
[Link]
Pour être redirigé vers le bon service (pas pour les
consultations) :
Rue Botanique 75
1210 Bruxelles
+32 (0) 2 225 43 00
Pour les consultations :
Rue Martine Bourtonbourt 6 Salzinnes 5000 Namur
(jeudi 9h30 - 12h00)
Rue du Moulin 79
7100 La Louvière
(mercredi 9h00 - 12h00)
Sint Sebastiaanstraat 16a
8400 Oostende
(jeudi 10h00 - 12h00)
Van Maerlanstraat 56
2060 Antwerp
(lundi et jeudi 9h00 - 12h00)
Athéna
Propose des services de médecine générale. Un assistant
social vérifie si le service peut être gratuit.
Rue de Brouchoven 2
1000 Bruxelles
+32 (0) 2 209 05 25
[Link]/en-pratique
Medibus
Propose des consultations gratuites à Bruxelles :
Rue Botanique 75
Gare Centrale (lundi 18h30 - 20h45)
Gare du Midi (mardi 18h30 - 20h45)
Gare du Nord (mercredi 18h30 - 20h45)
+32 (0) 2 209 05 25
[Link]
Aide aux personnes déplacées (Aid for Displaced
People)
Offre des services sociaux pour aider les migrants à
comprendre les procédures d’asile en Belgique, et à trouver
des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent dans la vie
de tous les jours. Propose aussi des cours de langue
française.
Rue Jean d’Outremeuse 91-93
4020 Liège
+32 (0) 4 342 14 44
[Link]
Mentor-Escale (Mentor-Stopover)
Aide les mineurs étrangers non accompagnés et les jeunes
réfugiés dans leur chemin vers l’autonomie et l’intégration.
Opperstraat 19
1050 Bruxelles
+32 (0) 2 505 32 32
info@[Link]
[Link]
Comité Belge d’Aide aux Réfugiés / Belgisch Comité
voor Hulp aan Vluchtelingen (CBAR-BHCV ; en anglais
: Belgian Refugee Council)
Offre une aide juridique gratuite aux demandeurs d’asile et
les aide à remplir leur dossier. Assiste aussi les demandeurs
d’asile en détention et défend le rassemblement familial
pour les réfugiés qui ont le statut officiel. Le comité est le
partenaire opérationnel du UNHCR de Belgique.
Rue Botanique 75
1210 Bruxelles
+32 (0) 2 537 82 20
nfo@[Link]
[Link]
Association pour le droit des étrangers (ADDE ; en
anglais : Association for the Rights of Foreigners)
Assiste les migrants et les réfugiés à résoudre leurs
problèmes juridiques et sociaux.
Rue de Laeken 89
1000 Bruxelles
+32 (0) 2 227 42 42
[Link]
Medimmigrant
Offre de l’information et des conseils sur des sujets
médicaux pour les migrants sans papiers, et donne les
contacts d’organismes de la région de Bruxelles,
uniquement par mail ou par téléphone.
+32 (0) 2 274 14 333
info@[Link]
[Link]
Vluchtenlingenwerk Vlaanderen (Action flamande
pour les réfugiés ; en anglais : Flemish Refugee
Action)
Offre du soutien aux demandeurs d’asile et aux réfugiés par
des actions de pression sur les décideurs politiques, et par
des campagnes d’information auprès du grand public.
L’organisme coordonne un réseau de centres d’accueil et est
activement engagé dans l’intégration des personnes, en
soutenant toutes les structures qui aident les demandeurs
d’asile et les réfugiés.
Rue Botanique 75
1210 Bruxelles
info@[Link]
[Link]
Pharmacies
On trouve des pharmacies dans toutes les
villes, et certaines sont ouvertes 24h/7.
On peut y demander des conseils
médicaux.
France
SYSTÈME POLITIQUE
La France a une structure politique démocratique très
centralisée, dirigée par un président. Les citoyens qui ont le
droit de vote élisent le président et les députés de
l’Assemblée nationale (la chambre basse du Parlement)
pour un mandat de 5 ans. Puis le président nomme le
Premier ministre.
L’actuel président, François Hollande, est membre du
Parti socialiste, un parti social-démocrate de centre gauche.
Le deuxième groupe au Parlement est de centre droit : ce
sont des républicains conservateurs, qui étaient rassemblés
jusqu’en 2015 sous l’Union pour un mouvement populaire
(UMP). La France a connu une grande montée du Front
national, parti d’extrême droite, qui est arrivé en 3e
position aux élections de 2012. C’est le parti français qui a
eu le meilleur score aux élections européennes de 2014.
ÉDUCATION
Les enfants vont à l’école jusqu’à l’âge de 16 ans.
L’inscription à l’école primaire peut se faire à la mairie, et
les enfants qui ne maîtrisent pas suffisamment la langue
française sont placés dans un cours spécifique pour
l’apprendre. Les universités considèrent les réfugiés comme
des étudiants internationaux, qui doivent donc payer les
frais d’inscription, dont le montant dépend de l’université et
des cours. Il existe des bourses d’aide à l’étude, notamment
celles du ministère des Affaires étrangères, et certaines
universités choisissent de ne pas faire payer les frais
d’inscription aux réfugiés. L’organisme Campus France aide
les réfugiés qui veulent entrer dans l’enseignement
supérieur. Généralement, tant que leur demande d’asile
n’est pas traitée, les réfugiés n’ont pas accès aux cours de
formation, mais vous pouvez trouver des bénévoles qui
donnent des cours de langue française dans certains
centres d’accueil.
DÉMOGRAPHIE
On compte environ 66 millions d’habitants en France. Le
pays a une grande variété culturelle, avec notamment les
Bretons – qui parlent aussi leur propre langue – au nord-
ouest et les Basques au sud. La langue officielle est le
français, parlé dans tout le pays.
RELIGION
La majorité des Français sont soit catholiques, soit athées
(non croyants). Il y a environ 5 millions de musulmans en
France, la plupart d’origine algérienne. Les relations entre
les musulmans et les non-musulmans ont varié à travers le
temps mais ont toujours été assez bonnes.
La France oblige ses habitants à respecter le code de la
laïcité (ou sécularisme), qui opère une séparation très claire
entre l’Église et l’État, en place depuis 1905.
Cela se traduit par l’interdiction de tous les signes et
symboles religieux dans les écoles publiques (y compris le
voile ou hijab) et, plus récemment, l’interdiction du port du
voile intégral (le niqab) en public.
GEOGRAPHIE
La France occupe une position centrale en Europe de l’Est,
partageant ses frontières au nord-est avec l’Allemagne, la
Belgique et le Luxembourg, à l’est avec la Suisse et l’Italie,
au sud-ouest avec l’Espagne.
GASTRONOMIE, BOISSONS ET TABAC
La France a une véritable culture du tabac, mais il est
interdit de fumer dans les lieux publics comme les gares de
train, et dans les restaurants et les bars.
Le vin est une boisson de base pour la plupart des Français,
et la plupart d’entre eux aiment accompagner leur repas
d’un verre de vin.
Les gens adorent la baguette, et ils font souvent la queue
devant la boulangerie de leur quartier pour acheter leur
pain frais du matin.
Les crêpes – des pancakes très fins – sont très populaires
en France et sont fourrées d’ingrédients savoureux tels que
le fromage et le jambon à l’heure du déjeuner et du dîner,
ou de sauce au chocolat ou de fruits pour un dessert. On
trouve facilement des kiosques à crêpes dans les rues
françaises, et particulièrement dans la région Bretagne.
Autrefois, le repas du midi se prenait dans les bistros du
quartier où les gens travaillaient. Maintenant que les
Français font une pause plus courte, cette tradition tend à
disparaître, mais beaucoup de bistros continuent d’offrir un
« menu du jour », qui inclut deux ou trois plats (entrée, plat,
dessert) pour un prix unique.
Les restaurants qui servent de la nourriture halal sont
faciles à trouver, mais il est plus facile de demander à des
gens. Les supermarchés ont souvent des produits halal, et
on compte de plus en plus d’entreprises halal en France.
SANTÉ
La France offre un système d’assurance maladie universel,
ce qui signifie que tous les résidents peuvent en bénéficier,
y compris les demandeurs d’asile. Quand le revenu annuel
du foyer (ou de la famille) est inférieur à 9 534 €, l’accès à
l’assurance maladie est gratuit. Il suffit de prouver le
montant des revenus par un document officiel. Les réfugiés
peuvent donc faire leur demande d’assurance maladie en
prouvant leur lieu de résidence, leur statut marital
(célibataire, concubin, marié) et l’état de leurs finances.
POPULATION
Depuis des siècles, la France a une très grande influence
dans le domaine de la culture, et les Français sont réputés
pour leur grand intérêt pour le style, la mode et les sujets
intellectuels.
L’esprit d’individualité est une caractéristique culturelle
très importante dans la culture des Français, qui est
parfaitement visible dans la passion des Français pour la
liberté d’opinion. Les Français peuvent être intolérants
envers certains comportements qu’ils considèrent comme
allant contre leurs libertés individuelles.
CONCUBINAGE (VIVRE EN COUPLE SANS MARIAGE)
Il est très fréquent que les couples non mariés vivent
ensemble, et la loi distingue les relations non officielles («
en union libre ») et officielles (« en concubinage »).
MARIAGE ENTRE PERSONNES DE MÊME SEXE
(MARIAGE HOMOSEXUEL)
Le mariage entre personnes de même sexe est autorisé en
France depuis 2013.
MARIAGES
Un des moments les plus importants d’un mariage français
est l’ouverture des bouteilles de champagne avec un sabre
spécifique. On dit que la tradition a commencé avec les
épéistes les plus doués de la cavalerie de Napoléon : montés
sur leurs chevaux au galop, ils pouvaient découper de leur
sabre des bouteilles de champagne tenues en l’air par des
femmes.
TRADITIONS
« La fête nationale » ou « jour de la Bastille » est la fête non
religieuse la plus populaire de France. Elle célèbre la prise
de la Bastille (une prison) par le peuple français en 1789, un
événement qui a marqué le début de la Révolution
française. À cette occasion, on tire des feux d’artifice et on
organise des défilés. C’est un moment très important pour
les familles.
Le 1er avril est le jour du
« Poisson d’avril », quand les enfants passent leur journée à
essayer de coller des papiers en forme de poisson sur le dos
des gens pour leur faire une blague sympathique. Son
origine remonterait à plusieurs centaines d’années, quand
le Pape a décidé de changer le calendrier afin de faire
coïncider le Nouvel An avec le 1er janvier. Les gens qui
continuaient à penser que l’année commençait le 1er avril
étaient donc moqués par les autres.
UN GESTE TYPIQUE
Faire un cercle avec son pouce et son index et le placer sur
son nez est une manière de dire de quelqu’un qu’il est ivre.
On fait semblant de jouer de la flûte pour dire à quelqu’un
qui nous parle qu’il devient ennuyant.
UNE EXPRESSION COURANTE
On dit « les doigts dans le nez » pour parler d’une chose
très facile à faire.
TABOUS
Il est vulgaire de mâcher du chewing-gum devant les gens
et en public, et c’est impoli de claquer des doigts. Les
Français parlent beaucoup de politique, mais demander à
quelqu’un pour qui il vote est un sujet tabou.
PHARMACIES
La plupart des pharmacies sont ouvertes durant les heures
normales des commerces, mais on trouve généralement une
« pharmacie de garde » ouverte le dimanche et parfois la
nuit.
Si la croix lumineuse verte d’une pharmacie est allumée,
cela signifie qu’elle est ouverte, mais il faut parfois sonner à
la porte le soir et la nuit. Dans les villes, on trouve plus
facilement des pharmacies ouvertes 24h/24.
MAGASINS
Dans les petites villes et les villages, les magasins sont
généralement ouverts du lundi au samedi de 9h00 à 12h00
et de 14h00 à 19h00. Dans les centres urbains, les grands
magasins restent ouverts toute la journée, ainsi que les
supermarchés situés à l’extérieur de la ville.
SUPERMARCHÉS
Les hypermarchés comme Géant, Auchan et Carrefour
offrent un choix très complet de produits alimentaires et
ménagers, mais on les trouve généralement à l’extérieur
des villes. Les plus petits supermarchés comme Aldi, Lidl et
Netto se trouvent dans les villages et les villes, et proposent
de la nourriture et des boissons à bon prix.
LIVRE
L’Étranger d’Albert Camus : travail majeur pour le courant de
l’existentialisme,
« L’étranger » raconte l’histoire d’un Franco-Algérien qui
finit par se détacher des émotions humaines.
Un jour, sur une plage d’Alger, il tue un Algérien. On
l’arrête et on le condamne à mort pour le crime qu’il a
commis.
FILMS
Le Havre : un vieil écrivain raté vivote en tant que cireur de
chaussures dans la ville portuaire du Havre, en France. Sa
vie va connaître un revirement inattendu quand il aide un
jeune immigrant africain sans papiers qui fuit la police.
L’homme abrite le garçon sans-abri pour l’empêcher d’être
repéré par un inspecteur qui traque les immigrants sans
papiers dans la ville.
Entre les Murs ( The Class ) : dans une école difficile à Paris,
un professeur de littérature française essaye tant bien que
mal d’intéresser ses élèves, qui sont pour la plupart des
immigrés. Alors que les enfants refusent d’étudier les
écrivains classiques français qui sont au programme, le
professeur est obligé d’expérimenter un programme spécial
qui place les élèves au centre d’une nouvelle forme créative
de littérature.
Un prophète (A Prophet) : un petit délinquant d’origine
algérienne finit en prison, où il est obligé de se familiariser
avec les rouages de la vie carcérale en France. Il va réussir
à gravir les échelons de la hiérarchie de la prison et devenir
une des figures importantes parmi les détenus. Il gagnera
ainsi le respect des factions rivales musulmanes et corses,
mais sa réussite va lui apporter de nouveaux ennemis.
TRI DES DÉCHETS ET RECYCLAGE
Chaque municipalité a la gestion de ses ordures. On trouve
généralement des stations de tri (des « déchetteries ») pour
y jeter les déchets recyclables. Le matériel électronique
usagé peut être remis au magasin dans lequel il a été
acheté.
QUELQUES ORGANISMES QUI TRAVAILLENT AVEC LES
MIGRANTS ET RÉFUGIÉS
Organisation internationale pour les Migrations (OIM ;
en anglais, IOM : International Organization for
Migration)
Fournit des services et des conseils aux migrants,
notamment pour les retours volontaires, la réintégration, la
lutte contre le trafic, l’intégration et le relogement dans
l’Union européenne.
rue du Faubourg Poissonnière 31
75009 Paris
+33 (0) 1 40 44 06 91
iomparis@[Link]
[Link]
Association Pierre Claver
Par l’éducation, l’association aide les demandeurs d’asile à
s’intégrer dans la société française. Elle enseigne la langue
française et les codes culturels et sociaux du pays à travers
des cours et des activités sociales, sportives, artistiques et
culturelles et le contact avec la population française.
Les réfugiés passent généralement 2 années dans
l’association avant d’obtenir une bourse d’étude « Pierre
Claver » (financée à 100% par le secteur privé, et
principalement par la compagnie d’assurances AXA) qui
leur permet d’entrer à l’université ou de bénéficier d’une
formation professionnelle, les aidant à monter une
entreprise ou trouver un travail.
Des avocats expérimentés bénévoles fournissent une
assistance juridique aux étudiants de l’association Pierre
Claver pendant leurs démarches de demande d’asile et de
résidence.
rue de Bourgogne 28 bis
75007 Paris
+33 (0) 1 45 55 57 41
associationpierreclaver@[Link]
[Link]
International Refugee Rights Initiative: Rights in Exile
Programme (Initiative international des droits des
réfugiés : programme Droits en exil)
Répertoire des ressources et données pour les migrants et
les réfugiés en France.
[Link]/france-pro-bono-
directory
La Cimade
Fournit une assistance juridique aux demandeurs d’asile et
aux migrants sans papiers dans ses centres d’accueil, et
possède deux refuges situés à Béziers et Massy. L’organisme
est aussi présent dans plusieurs centres de détention en
France.
infos@[Link]
[Link]
Association Revivre (Association Revive)
Dédiée uniquement aux réfugiés syriens en France,
l’association les accueille, informe, oriente et accompagne à
tous les niveaux. Un service internet est disponible en
arabe, française et anglais, géré par Sabreen Al’ Rassace.
Mairie de Paris 20e
Place Gambetta 6
75020 Paris
Métro : Gambetta ; lignes : 3, 3 bis Bus : 60, 64, 69 ;
+33 (0) 6 34 15 22 40
refugiesrevivre@[Link]
[Link]
Groupe d’information et de soutien des immigrés
(Group for Information and Support for Immigrants)
Organisme spécialisé dans l’aide juridique pour les
étrangers, qui offre des consultations juridiques gratuites
pour les personnes dans le besoin, édite différentes
publications et propose des sessions de formation juridique
appliquée aux lois concernant les étrangers.
Villa Marcès 3
75011 Paris
+33 (0) 1 43 14 84 84
gisti@[Link]
[Link]
Forum réfugiés-Cosi
Accueille les réfugiés dans le Sud-Est de la France et défend
leur droit à l’asile, en leur fournissant une assistance
juridique et sociale. L’organisme travaille aussi avec les
pays d’origine des réfugiés pour défendre les droits
humains, l’application de la loi et la démocratie.
Siège
Rue de la Baïsse 28
69612 Villeurbanne Cedex
+33 (0) 4 78 03 74 45
Plate-forme d’accueil de Lyon
Rue Garibaldi 326
69347 Lyon Cedex 7
+33 (0) 4 72 77 68 02
Plate-forme d’accueil de Nice
Boulevard François Grosso 75
06000 Nice
+33 (0) 4 97 25 46 30
Plate-forme d’accueil de Clermont-Ferrand
Rue de Nie l34
63018 Clermont-Ferrand Cedex 2
+33 (0) 4 73 14 36 00
Plate-forme d’accueil de Marseille
Boulevard d’Athènes 27 b
13201 Marseille Cedex 02
(l’adresse va changer avant fin 2016)
+33 (0) 4 91 50 28 16
direction@[Link]
conseiljuridique@[Link]
[Link]
France Terre d’Asile (France Country of Asylum)
Aide les demandeurs d’asile en France, quel que soit leur
statut : réfugié ou apatride. L’association défend les droits
des réfugiés, leur intégration, l’accès à l’emploi, au
logement et l’enseignement de la langue française.
infos@[Link]
[Link]
Secours Catholique (Catholic Relief) - Caritas France
Offre un soutien pratique et moral à tous les demandeurs
d’asile, quelle que soit leur croyance ou religion. Les
bénévoles ont reçu une formation juridique et les aident à
s’intégrer dans la société française, et à constituer leurs
demandes d’asile ou de résidence.
Rue du Bac 10, 75341 Paris
+33 (0) 1 45 49 73 00
[Link]
HALAL
On trouve de nombreux restaurants de
nourriture étrangère dans la plupart des
villes, et on manger facilement halal et à
bas prix.
Allemagne
SYSTÈME POLITIQUE
L’Allemagne est une démocratie fédérale : même si les
décisions finales sont prises à Berlin par le Parlement
national (le Bundestag), chaque État (Landtag) a aussi son
propre parlement. Les Länder sont représentés au conseil
fédéral (Bundesrat).
Il y a deux principaux partis politiques en Allemagne :
l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de centre droit,
dirigée par la Chancelière Angela Merkel ; et le Parti social-
démocrate (SPD) de centre gauche.
Le CDU défend les valeurs chrétiennes, bien que le parti
compte beaucoup de membres non croyants ou pratiquant
une autre religion.
Le SPD a tendance à être plus populaire auprès de la
classe ouvrière. Ces deux partis ont l’habitude de former
des gouvernements de coalition avec les autres partis
minoritaires. Le SPD a souvent bénéficié du soutien des
Verts (Bündnis 90/die Grünen, un parti écologiste).
Même si aucun parti d’extrême droite n’a été au pouvoir
depuis la chute du régime nazi en 1945, les opinions
extrémistes sont encore présentes. Par exemple, le
mouvement Pegida est une fusion de plusieurs groupes de
droite et d’extrême droite, qui organise régulièrement des
rassemblements de masse contre l’islam et l’immigration en
Allemagne.
Le parti politique Alternative pour l’Allemagne (AfD) est
eurosceptique, nationaliste et anti-immigration. Quant au
Parti national-démocrate (NPD), d’extrême droite, il ne
bénéficie que d’un soutien limité, essentiellement en
Allemagne de l’Est.
GÉOGRAPHIE
L’Allemagne est un des leaders politiques et économiques de
l’UE, avec la population la plus nombreuse, et l’économie la
plus forte. Le pays est divisé en régions, et certaines sont
très typiques : la Bavière catholique et conservatrice au sud
; les régions de l’ex-Allemagne de l’Est post-communistes,
encore en retard sur leur développement ; et Berlin, la ville
la plus cosmopolite et socialement à l’avant-garde du pays.
Le pays est divisé entre régions, dont certaines sont très
typiques : la Bavière catholique et conservatrice au sud ; les
régions de l’ex-Allemagne de l’Est post-communistes,
encore en retard sur leur développement; et Berlin, la ville
la plus cosmopolite et socialement à l’avant-garde du pays.
ÉDUCATION
Les écoles primaires sont habituellement gérées par l’État,
et sont obligatoires pour les enfants. Les écoles secondaires
se divisent généralement en trois catégories : les «
gymnasiums » pour les meilleurs élèves, les « realschule »
pour les élèves de niveau intermédiaire et les « hauptschule
» pour les cursus professionnalisants. Les élèves des
« gymnasiums » ont plus de chance d’entrer à l’université
que ceux des autres écoles.
L’enseignement tertiaire ou de troisième cycle est divisé
en deux niveaux : un pour l’apprentissage professionnel, qui
inclut des stages, et un parcours universitaire pour les
diplômes de maîtrise ou de thèse.
Les universités sont d’envergure internationale, et les
frais d’inscription sont très faibles, comparés notamment à
ceux des autres pays européens. Pour assister aux cours, les
étudiants doivent avoir un diplôme d’une école allemande.
Ceux qui ont étudié à l’étranger doivent prouver leur
capacité à suivre des cours. Selon l’université et les
matières enseignées, les connaissances prérequises seront
différentes.
Les étudiants étrangers peuvent généralement s’inscrire à
un
« studienkolleg » (une école de préparation aux études
supérieures) afin d’obtenir les compétences nécessaires
pour étudier à l’université.
DÉMOGRAPHIE
Environ 80% des Allemands n’ont aucun ancêtre originaire
d’un autre pays que l’Allemagne, mais on compte beaucoup
d’Allemands ethniques qui sont arrivés depuis l’Europe de
l’Est et la Russie après la Deuxième Guerre mondiale, ou
depuis l’ex-URSS après sa chute.
La minorité ethnique la plus nombreuse est la
communauté germano-turque. L’Allemagne a aussi reçu des
vagues de migration depuis la Pologne, la Grèce, l’Italie,
l’Espagne, l’Iran, l’Afghanistan et les pays arabes.
TRI DES DÉCHETS ET RECYCLAGE
Le recyclage est très répandu en Allemagne, et les
habitants sont censés trier eux-mêmes leurs ordures
ménagères. La plupart des bouteilles de verre peuvent être
rendues au magasin pour obtenir le remboursement de la
consigne. Les autres objets en verre peuvent être déposés
dans les conteneurs spécifiques, qui sont repérables par une
couleur particulière.
Pour les autres matériaux recyclables et les ordures, on
trouve généralement des conteneurs de couleurs différentes
: bleu pour le papier, jaune pour le plastique et marron ou
vert pour les matières végétales et organiques, comme la
nourriture.
Si besoin, n’hésitez pas à demander plus d’explications à
un voisin ou à un commerçant, car les couleurs des
conteneurs ne sont pas toujours les mêmes d’un État à un
autre. Ce site internet est une bonne source d’information :
[Link]
RELIGION
Le pays est de culture protestante, mais les Allemands sont,
de plus en plus souvent, non croyants. Plus de 35% des
résidents disent ne pratiquer aucune religion ; 30% sont
catholiques ; 30% sont protestants ; environ 3% sont
musulmans ; le reste de la population est chrétien,
bouddhiste, juif ou pratiquant d’une autre religion.
SANTÉ
Le système d’assurance-maladie est très performant et il est
obligatoire pour tous. Il est financé par les employeurs et
les employés. L’accès aux soins pour les réfugiés, pendant
les 15 premiers mois de leur vie en Allemagne, est limité
aux urgences et aux situations de douleur extrême ou de
maladie grave.
POPULATION
Une bonne partie de la culture et des traditions allemandes
a survécu à la mondialisation, mais beaucoup d’Allemands
sont quand même fiers d’être des citoyens européens. Les
vieux clichés et stéréotypes qui décrivent les Allemands
comme un peuple efficace et organisé peuvent parfois
agacer les plus jeunes.
MARIAGE ENTRE PERSONNES DE MÊME SEXE
(MARIAGE HOMOSEXUEL)
Les relations entre adultes du même sexe (l’homosexualité)
sont autorisées et ne font aucune différence pour la plupart
des Allemands. Dans les grands villages et les villes, il est
très commun de voir des couples d’hommes ou de femmes
s’embrasser ou se donner la main dans la rue, dans les bars
gays, ou pendant les marches des fiertés (les gay prides).
Le mariage homosexuel n’est pas autorisé, mais les
couples peuvent officialiser leur union auprès de
l’administration (sous la forme d’une union civile), leur
octroyant quasiment tous les droits qu’ont les couples
légalement mariés.
Les employeurs n’ont pas le droit de discriminer les
employés LGBT, et la plupart des gens ne tolèrent pas les
remarques anti-LGBT sur un lieu de travail.
UNE EXPRESSION COURANTE
Si quelqu’un vous dit « Das ist nicht mein / dein Bier » (ce
n’est pas ma / votre bière), il signifie « ce ne sont pas mes /
vos affaires ».
UN GESTE TYPIQUE
Pour dire à quelqu’un qu’il est fou, pointez votre doigt sur
votre tête.
CONCUBINAGE (VIVRE EN COUPLE SANS MARIAGE)
Même si l’Allemagne a été très conservatrice pendant des
décennies, les révoltes étudiantes des années 1960 ont
définitivement changé la société. Les filles et les garçons,
les hommes et les femmes, vivent souvent ensemble, en tant
qu’amis ou amoureux. Beaucoup de couples choisissent de
ne pas se marier, et de plus en plus d’Allemands décident de
ne pas avoir d’enfants.
TABOUS
Les Allemands ressentent une grande honte pour la période
nazie et l’Holocauste. Faire de l’humour sur Adolf Hitler ou
sur les Juifs, exhiber une swastika ou nier l’existence de
l’Holocauste sont non seulement des actes tabous, mais
sont aussi passibles d’une peine de prison.
GASTRONOMIE, BOISSONS ET TABAC
En Allemagne, chaque État a sa propre législation sur le
tabac, et il vaut donc mieux vérifier auprès des habitants du
quartier pour connaître les endroits où fumer est autorisé
ou interdit. Il est mal vu de fumer chez les gens et en
présence de non-fumeurs, d’enfants et de femmes
enceintes.
Boire de la bière et du vin est un élément important de la
culture allemande, mais boire à l’excès est souvent vu d’un
mauvais œil. Beaucoup d’Allemands ne boivent pas, et il est
tout à fait normal de ne pas boire en compagnie de
personnes qui boivent de l’alcool.
Un des meilleurs exemples du multiculturalisme allemand
est le döner (kebab), qui ressemble beaucoup au shawarma
arabe. Apporté en Allemagne par les immigrés turcs, le
döner est aujourd’hui un plat très populaire que l’on trouve
un peu partout dans le pays. La viande du döner est grillée
sur une broche, puis finement découpée et fourrée dans un
pain chaud. Selon les goûts du clients, on rajoute sur la
viande de la salade, de la sauce chili ou de la sauce yogourt.
Une boisson non-alcoolisée allemande très appréciée est
le apfelschorle, un mélange de jus de pomme et d’eau
gazeuse.
La currywurst est très populaire parmi les fêtards
noctambules de tout le pays. On fait d’abord frire ou griller
une saucisse de porc (bratwurst) qu’on découpe et
assaisonne avec du ketchup, de la moutarde et une dose
généreuse de curry en poudre. Des frites accompagnent
généralement ce plat.
Les bouchers turcs proposent de la viande halal, et on
trouve facilement des rayons halal dans les supermarchés.
TRADITIONS
Le carnaval Rhénan (Rheinischer Karneval) est
essentiellement célébré dans les États de Rhénanie-du-
Nord-Westphalie et de Rhénanie-Palatinat. Ce sont des fêtes
et des parades pleines de couleurs, pendant lesquelles un
million de personnes, pour la plupart déguisées, remplissent
les rues de Cologne.
Les volksfeste sont un croisement entre les fêtes de la
bière et les fêtes foraines, et sont très populaires dans tout
le pays.
Le volkfest le plus connu est l’Oktoberfest, qui depuis
1810 attire des Allemands mais aussi des visiteurs du
monde entier. Le festival a lieu au mois de septembre à
Munich, en Bavière, dure 16 jours dans des immenses halls
à bières qui font chaque année le bonheur de millions de
visiteurs.
Le 11 novembre, on célèbre la vie de saint Martin de
Tours, un soldat romain qui a découvert la chrétienté et
s’est tourné vers une vie de charité et d’ascétisme. À cette
occasion, des enfants chantent des chansons sur lui, un
défilé aux flambeaux part d’une église et se déplace dans les
places de la ville. À la fin de la procession, un feu de joie est
allumé, et les gens se partagent des bretzels (un biscuit
salé).
Pendant les 4 semaines qui précèdent Noël, les centres-
villes d’Allemagne sont transformés en marchés en plein air
: les commerçants vendent du vin chaud, de la nourriture et
des produits de saison. Pour s’amuser, on organise des con-
certs de chorales ou de groupes de musique et des
spectacles de danse.
FILMS
Gegen die Wand (Head-On) : un homme germano-turc de 40
ans voit sa vie sombrer après la mort de sa femme. Il va de
bar en bar, et dans un moment d’ivresse, il fonce dans un
mur au volant de sa voiture. Envoyé dans un hôpital
psychiatrique, il rencontre une femme germano-turque qui
le demande en mariage afin d’échapper à ses parents trop
stricts. La vie de l’homme n’est alors plus faite que de
mensonges, douleur et rejet.
Almanya (Allemagne) : une comédie légère et réjouissante à
propos d’un groupe de travailleurs immigrés qui s’adaptent
à un nouveau pays, plutôt étrange pour eux. L’Allemagne,
leur nouvelle maison, leur offre différentes opportunités et
plus de chances de réussir dans la vie, mais s’intégrer et
devenir Allemands s’avère être un véritable casse-tête, qui
les pousse à choisir ce qu’ils veulent réellement adopter
dans la culture européenne.
In der Fremde (Loin du Pays) : réalisé par la cinéaste germano-
iranienne Sohrab Shahid Saless, le film raconte l’histoire
d’un groupe d’immigrés en quête d’une vie meilleure en
Allemagne. Au lieu de rencontrer le bonheur, ils doivent
faire face à un quotidien fait de travail acharné, d’ennui et
de solitude.
La Pirogue : cette production sénégalo-franco-allemande suit
un pêcheur au Sénégal qui choisit d’embarquer vers
l’Espagne avec un groupe de migrants, espérant
recommencer une vie meilleure. Mais leur petit bateau doit
d’abord faire une traversée difficile, dangereuse et
angoissante sur les eaux imprévisibles de l’océan
Atlantique, pendant laquelle le pilote doit réunir toute ses
connaissances, ses compétences et son courage afin de
surmonter la mer dangereuse.
LIVRE
Russendisco ( Discothèque russe ) de Wladimir Kaminer :
même si cet ouvrage n’entrera pas dans l’histoire des chefs-
d’œuvre de la littérature, il s’agit d’un point de vue léger et
gai sur la vie d’un immigré en Allemagne, raconté par un
immigré russe qui essaye de s’intégrer à la communauté
locale, un effort qui provoque souvent des conséquences
hilarantes.
SUPERMARCHÉS
Les supermarchés les moins chers sont Aldi, Lidl et Netto.
Rewe et Edeka sont les plus chers.
MAGASINS
Les magasins sont généralement ouverts du lundi au samedi
; certains restent ouverts jusqu’à minuit. La plupart des
supermarchés ne sont pas ouverts le dimanche. Les
stations-service (qui vendent du carburant pour les
véhicules) ont souvent une petite sélection de produits, et
sont ouvertes 24h/24 et 7j/7.
QUELQUES ORGANISMES QUI TRAVAILLENT AVEC LES
MIGRANTS ET RÉFUGIÉS
Organisation internationale pour les Migrations (OIM ;
en anglais, IOM : International Organization for
Migration)
Fournit des services et des conseils aux migrants,
notamment pour les retours volontaires, la réintégration, la
lutte contre le trafic, l’intégration et le relogement dans
l’Union européenne.
Taubenstraße 20-22
10117 Berlin
+49 30 278 778 11
iom-germany@[Link]
[Link]
Haut Commissariat des Nations unies pour les
réfugiés – Allemagne (UNHCR ; en anglais : United
Nations High Commissioner for Refugees)
Zimmerstraße 79/80
10117 Berlin
+49 30 202 2020
gfrbe@[Link]
[Link] (in German only)
Bundesamt für Migration und Flüchtlinge (Office
fédéral de l’immigration et des réfugiés)
Frankenstraße 210
90461 Nürnberg
+49 911 943 6390
[Link]@[Link]
info@[Link]
[Link]
Pro Asyl
Défend les droits des réfugiés en Allemagne et en Europe.
L’ONG offre des conseils juridiques et de l’aide pour les
demandes d’asile. Elle enquête aussi sur les violations des
droits humains, et fait campagne pour une société plus
ouverte dans laquelle les réfugiés recevraient une
protection. Dans chaque État, on trouve un Flüchtlingsrat
qui fait partie du réseau Pro Asyl, et qui se concentre sur
l’accueil et le soutien individuels.
+49 692 423 1420
proasyl@[Link]
[Link]
Welcome to Europe (w2eu) – Allemagne
Fournit une information complète et à jour en langue arabe,
anglaise, farsi et française à propos de la législation
allemande sur l’asile, les procédures pour déposer sa
demande, le règlement Dublin III, l’aide aux mineurs, la
détention, les expulsions, le rassemblement familial,
l’assistance médicale et l’emploi.
[Link]/[Link]
[Link]
Fournit des informations sur l’Allemagne, sa culture et sa
population pour répondre aux questions que posent les
réfugiés qui viennent d’arriver. Le guide est téléchargeable
gratuitement sur internet et disponible en 17 langues.
NOURRITURE LOCALE
Chaque pays a sa propre nourriture
typique et souvent peu chère et qui est
vendue dans la rue.
Grèce
SYSTÈME POLITIQUE
Après de longues années d’une dictature militaire, la Grèce
est redevenue une démocratie en 1974. Le pays a connu
une histoire faite de mouvements extrémistes, à gauche
comme à droite, même si la plupart des habitants ont voté
pour le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK), de
centre gauche, ou pour les libéraux-conservateurs de
Nouvelle Démocratie (ND).
La Grèce a été touchée de plein fouet par une crise
économique, pendant laquelle le parti de gauche Syriza est
arrivé au pouvoir, en 2015, dirigé par le Premier ministre
Alexis Tsipras.
GÉOGRAPHIE
La Grèce est au carrefour de l’Europe, de l’Asie et de
l’Afrique, ce qui en fait un point d’entrée et de départ en
Europe depuis des siècles.
Le pays occupe la partie sud de la péninsule des Balkans,
et s’étend sur la mer Méditerranée juste en face de la
Turquie (les deux pays partagent aussi une petite frontière
terrestre), de l’Italie et de l’Afrique du Nord. Les milliers de
petites îles qui parsèment les eaux appartiennent à la
Grèce. La capitale du pays est Athènes.
SANTÉ
La législation offre aux réfugiés un accès gratuit aux soins
médicaux s’ils ne sont pas inscrits au système d’assurance
maladie ou s’ils n’ont pas les moyens de payer les
médicaments. Ils peuvent donc gratuitement suivre un
traitement, accéder aux hôpitaux et recevoir un diagnostic
dans les hôpitaux, les centres médicaux et les centres de
santé. Les études récentes montrent que la situation
financière difficile du gouvernement a réduit l’accès aux
soins pour les demandeurs d’asile : pour bénéficier d’un
traitement, ils doivent parfois attendre de recevoir l’accord
d’un comité aux critères très stricts.
DÉMOGRAPHIE
On compte environ 11 millions de Grecs, dont près de 3
millions vivent à Athènes. Il existe aussi une communauté
d’Albanais assez conséquente. En 2015, plus de 800 000
migrants et réfugiés d’Asie sont entrés en Grèce.
RELIGION
L’Église orthodoxe de Grèce est la religion principale, et son
impact sur la culture du pays est énorme, encore
aujourd’hui.
ÉDUCATION
La législation permet aux enfants réfugiés d’accéder
gratuitement à l’école, mais les démarches administratives
peuvent retarder l’inscription des élèves. Les enfants
peuvent s’inscrire dans les écoles locales s’ils ont le statut
de réfugiés, s’ils couraient un danger dans leur pays
d’origine, s’ils ont déposé une demande d’asile, ou s’ils sont
ressortissants d’un pays tiers (hors Union européenne) et
habitent en Grèce. Certains centres d’accueil proposent des
cours de langue grecque et d’informatique.
POPULATION
Comme c’est le cas dans de nombreuses zones rurales, les
villages grecs montrent un attachement plutôt fort aux
traditions et coutumes, et les villes sont généralement plus
ouvertes au niveau [Link] groupes d’extrême droite sont
très actifs, et harcèlent ou agressent régulièrement les
réfugiés. Cependant, la majorité des Grecs sont très
accueillants avec les étrangers, et on trouve de nombreux
organismes et personnes qui aident les nouveaux arrivants.
TABOUS
Les Grecs ont été très fortement touchés par la crise
économique, et si l’on veut parler de ce sujet, il vaut donc
mieux garder en tête les grandes difficultés que la
population a dû affronter.
CONCUBINAGE (VIVRE EN COUPLE SANS MARIAGE)
La famille est une institution centrale en Grèce, ce qui fait
que le concubinage est beaucoup moins développé que dans
les autres pays de l’UE. En 2012, seulement 8% des
naissances ont eu lieu hors mariage ; c’est le taux le plus
faible de l’Union.
MARIAGE ENTRE PERSONNES DE MÊME SEXE
(MARIAGE HOMOSEXUEL)
Les relations entre personnes de même sexe sont autorisées
en Grèce depuis 1951, et les unions civiles ont été
légalisées en 2015. Cependant, le mariage et l’adoption ne
sont pas encore autorisés pour les couples de même sexe.
PHARMACIES
Les pharmacies ont une croix verte lumineuse sur la façade.
Les pharmaciens peuvent donner des conseils et une aide
d’urgence. Les prescriptions sont moins chères si vous
présentez une carte d’assuré.
Les pharmacies sont généralement ouvertes jusqu’à
20h30. Certaines ouvrent toute la nuit. Sur les vitrines des
pharmacies normales, on trouve les adresses de celles qui
restent ouvertes tardivement.
FILMS
Theia apo to Chicago (La tante de Chicago) : dans un coin
paisible de la Grèce, la vie quotidienne est soudain
perturbée quand la sœur d’un discret général à la retraite
rentre dans sa famille après 30 ans passés à Chicago. Elle
apporte de nouvelles idées à sa famille très conservatrice,
en commençant par vouloir marier les filles timides du
général.
Xenia : deux frères albanais, adolescents, embarquent dans
un voyage vers la Grèce pour retrouver leur père absent, un
Grec, et finir le deuil de leur mère, décédée peu avant leur
départ. Sur leur chemin, ils vont devoir faire face aux
fantômes du passé de la Grèce, et leur objectif d’obtenir la
nationalité grecque va vite devenir un combat existentiel.
Nyfes (Les mariées) : en 1922, quelques jeunes futures
mariées choisies sur catalogue, et originaires de Grèce et
d’autres pays, embarquent sur un bateau, direction les
États-Unis, pour commencer une nouvelle vie avec leurs
futurs maris, qu’elles ne connaissent pas encore. Une des
jeunes femmes a été promise à un tailleur de Chicago, mais
pendant la traversée, elle rencontre un Américain,
journaliste correspondant de guerre, qui remet en question
la vision patriarcale que les hommes ont des femmes dans
la Grèce des campagnes.
GASTRONOMIE, BOISSONS ET TABAC
La Grèce a un taux de tabagisme très élevé, comparé au
reste de l’UE, et l’interdiction de fumer dans les lieux
publics n’est pas souvent respectée ou contrôlée.
Les membres de la famille et les amis se rassemblent très
régulièrement pour boire du vin, de la bière ou d’autres
types d’alcool. Le thé et le café sont aussi très populaires.
Les souvlaki sont des morceaux de viande, généralement
du porc ou du poulet, grillés sur des brochettes, servies
dans un pain pita avec de la salade et du tzatziki (une sauce
faite de yogourt, concombre, sel et huile d’olive). Les gyros
sont faits de viande (généralement de l’agneau ou du bœuf)
grillée sur une rôtissoire et servie sur une galette avec de la
salade et du tzatziki (c’est une sorte de shawarma, sans le
mélange de viande, et sans les sauces).
On trouve de la viande halal dans les supermarchés. Pour
les restaurants halal, il suffit de demander aux habitants.
Généralement, les restaurants arabes, indiens et iraniens
servent de la nourriture halal.
MAGASINS
Beaucoup de magasins ouvrent à 8h30 ou 9h00, ferment
pour quelques heures dans l’après-midi, et rouvrent en
début de soirée, pour fermer à 20h30 ou 21h00. Les
horaires dépendent du jour, du type de commerce et de la
taille du magasin. La plupart des commerces sont fermés le
dimanche.
SUPERMARCHÉS
Marinopoulos-Carrefour et Lidl sont les plus grandes
chaînes de supermarchés en Grèce. Galaxias et Sklavenitis
sont aussi très populaires.
TRADITIONS
Les Apokries, qu’on appelle aussi le carnaval, précèdent le
Carême (une période de jeûne et de pénitence). C’est
l’occasion pour les gens de se déguiser et d’organiser des
fêtes.
Au moment du Lundi pur, le premier jour du jeûne, les
familles se réunissent pour manger des fruits de mer et des
légumes, et faire voler des cerfs-volants en plein air.
Mardi 13 (et non pas vendredi 13 comme dans d’autres
pays) est considéré comme un jour de malchance pour la
plupart des Grecs.
UN GESTE TYPIQUE
Pour dire « non », on hoche la tête en arrière, ou bien on
hausse les sourcils. Pour dire « oui », on penche la tête sur
le côté.
UNE EXPRESSION COURANTE
« Parakalo, borite na epanalabete
pio arga? » (Voulez-vous répéter plus lentement, s’il vous
plaît ?)
« Den milao kala ellinika. » (Je ne parle pas très bien le
grec.)
LIVRE
Eleni par Nicholas Gage : l’auteur raconte l’histoire de sa
mère, assassinée durant la guerre civile grecque pour avoir
fait fuir ses enfants du village occupé par la guérilla
communiste. Une fois adulte, l’écrivain part à la recherche
des assassins.
QUELQUES ORGANISMES QUI TRAVAILLENT AVEC LES
MIGRANTS ET RÉFUGIÉS
Organisation internationale pour les Migrations (OIM ;
en anglais, IOM : International Organization for
Migration)
Fournit des services et des conseils aux migrants,
notamment pour les retours volontaires, la réintégration, la
lutte contre le trafic, l’intégration et le relogement dans
l’Union européenne.
Dodekanisou Street 6
Alimos 17456
+30 210 99 19 040
iomathens@[Link]
[Link]
Haut Commissariat des Nations unies pour les
réfugiés – Grèce (UNHCR. United Nations High
Commissioner for Refugees)
+30 216 20 07 800
great@[Link]
[Link] (site en langue grecque uniquement)
Greek Asylum Service
(Service grec d’asile)
S’occupe des demandes d’asile.
+30 210 69 88 660
[Link]
[Link]/greekasylum
Welcome to Europe (w2eu) – Grèce (Bienvenue en
Europe) Fournit une liste à jour des différents
services.
[Link]
Metadrasi – Action for Migration and Development (Action
pour la migration et le développement)
Offre aux réfugiés des services que le gouvernement ne
fournit pas, notamment la traduction et la protection des
enfants réfugiés non accompagnés.
+30 210 52 01 792
+30 210 52 01 794 (pour demander un
traducteur/interprète)
metadrasi@[Link]
[Link]
Comité grec pour les réfugiés (GCR)
Propose les services d’interprètes, de l’aide juridique, de
l’assistance sociale, un centre interculturel, des cours de
langue grecque et anglaise, des cours d’informatique et une
aide à l’apprentissage scolaire.
Solomou Street 25
10682 Athens
+30 210 38 00 990
[Link]
Greek Forum of Refugees (Forum grec des réfugiés)
Fournit une assistance aux réfugiés et aux demandeurs
d’asile pendant le temps de leur demande afin de protéger
leurs droits et suivre leur intégration dans la société
grecque. C’est aussi un réseau qui relie les communautés
de réfugiés en Grèce. On y parle le grec, l’anglais, le
français, l’arabe et le farsi.
Navarchou Notara 12
106 83 Athens
+30 213 02 82 976
+30 694 84 08 928
[Link]
[Link]
[Link]
greekforumofrefugees
Croix Rouge Hellénique
Fournit un service de hotline et d’information par téléphone
à propos des procédures d’asile, des permis de résidence et
des questions juridiques. Offre une médiation pour faciliter
les rapports avec les institutions et administrations. L’aide
est disponible en grec, anglais, français, arabe, dari, kurde
et russe.
Lykavittou Street 1
Athens 106 72
(du lundi au vendredi de 8h00 à 20h00)
+30 210 36 13 848
+30 210 51 40 440 (hotline)
pr@[Link]
[Link]
Arsis
Permet aux mineurs non accompagnés et aux autres
personnes vulnérables d’obtenir une aide juridique, de
l’assistance sociale et des conseils pour les demandes
d’asile, le relogement, le rassemblement familial et les
demandes de logement.
Tenedou 21B (près de la place Amerikis) Athens
Téléphoner pour connaître les horaires de consultation.
+30 210 82 59 880
[Link]
Aitima
Propose un soutien juridique et une assistance sociale aux
demandeurs d’asile et aux réfugiés, ainsi qu’aux personnes
en détention.
Tripou Street 4
117 41 Athens
(mardi et mercredi de 13h00 à 15h00)
+30 210 92 41 677
aitima@[Link]
[Link]
Praksis
Offre des soins médicaux de première nécessité grâce à une
communauté de médecins généralistes, pédiatres,
gynécologues, dentistes et pharmaciens.
Stournari Street 57
10432 Athens
(du lundi au vendredi de 9h00 à 17h00)
+30 210 52 05 200
+30 210 52 05 201
info@[Link]
[Link]
Médecins du Monde – Grèce
Offre des soins médicaux dans des polycliniques ouvertes,
des services de pharmacie sociale, une assistance sociale,
un soutien psychologique, des abris et une unité de soins
mobile pour les personnes vulnérables, un programme de
réduction des risques pour les toxicomanes et de la
médiation interculturelle.
Sapfous Street 12
105 53 Athens
+30 210 32 13 150
info@[Link]
[Link]
Médecins Sans Frontières (MSF)
Offre l’assistance d’urgence, un soutien médical et
psychologique, des abris, de l’eau, des sanitaires et les
produits de première nécessité dans les centre d’accueil et
les camps de transit. Fournit aussi des informations à jour
sur les situations de crise.
Xenias Street 15
115 27 Athens
+30 210 52 00 500
info@[Link]
[Link]
Klimaka
Offre un abri aux demandeurs d’asile et aux réfugiés qui
souffrent de troubles mentaux, propose une assistance
sociale, un soutien psychologique et des soins
psychiatriques.
Dekeleon Street 50
Keramikos 11854
+30 210 34 17 162
[Link]
Babel Day Center
Offre un soutien psychologique et psychiatrique aux
migrants et réfugiés. Propose des services d’interprétariat.
Loannou Drosopoulou 72
(près de la Place Amerikis) Athens (le mercredi et le jeudi
de 9h00 à 20h00 | le reste de la semaine de 9h00 à 17h00)
+30 210 86 16 280
+30 210 86 16 266
babel@[Link]
PUBLICITÉ
Dans la plupart des endroits en Europe,
des publicités montrent des hommes et
des femmes très peu vêtus.
Italie
SYSTÈME POLITIQUE
L’Italie est une démocratie républicaine avec un système
multipartite, dans lequel les partis politiques reçoivent des
sièges selon le pourcentage de votes qu’ils ont obtenus aux
élections. Ce système permet une grande diversité
politique, mais aussi une situation très instable dans les
gouvernements de coalition, dans laquelle les plus petits
partis peuvent facilement décider de ne plus soutenir un
des partis dominants, créant ainsi un déséquilibre du
pouvoir.
Les deux principaux partis au pouvoir ont longtemps été
le Parti démocrate (PD : Partito Democratico) de centre
droit, et le Peuple de la Liberté (PdL : Il Popolo della
Libertà). Le Peuple de la Liberté s’est dissout en 2013 : une
partie de ses membres reforment Forza Italia, dirigé par le
très controversé ex-Premier ministre Silvio Berlusconi, et
les autres rejoignent le Nouveau Centre droit (NCD : Nuovo
Centrodestra).
Beppe Grillo, un nouveau personnage politique haut en
couleurs, a récemment gagné en notoriété, promettant de
bousculer les traditions politiques d’Italie, mais son côté
populiste et son manque d’expérience en font un
personnage lui aussi controversé.
TRI DES DÉCHETS ET RECYCLAGE
Des équipes municipales s’occupent de l’enlèvement des
ordures, mais les services diffèrent selon la région. Dans le
Nord, les habitants doivent faire eux-mêmes le tri entre les
matériaux recyclables, les matières végétales et organiques,
et les produits qui vont à la déchetterie.
GÉOGRAPHIE
L’Italie est un des pays qui a la culture la plus diversifiée
d’Europe, et sa géographie représente cette particularité :
le territoire s’étend du sud des Alpes jusqu’à la
Méditerranée. De l’autre côté des eaux, à l’est se trouvent
les Balkans, et au sud l’Afrique.
Le pays est globalement divisé entre le Nord, région riche
et cosmopolite, et le Sud, un territoire plus pauvre, et
politiquement plus à gauche. Les régions du Nord ont une
longue histoire d’industrialisation et de développement
économique dans plusieurs secteurs, tandis que le Sud est
plus rural, et s’appuie principalement sur les industries
traditionnelles comme l’exploitation des fermes, la pêche,
mais aussi sur les subventions et financement publics. Cette
région a un plus fort taux de chômage, et des
infrastructures moins développées.
DÉMOGRAPHIE
La population du pays est divisé le long des frontières
régionales. Pendant des siècles, et avant l’unification de
l’Italie (qu’on date à 1871, quand Rome est devenue la
capitale), le pays était divisé en cités-États et en royaumes
régionaux, qui ont façonné l’identité des différents
territoires. L’Italie est devenue une mosaïque culturelle et
linguistique avec un fort sentiment d’idendité régionale. On
le voit tout particulièrement lors des matches de football
qui opposent des équipes venant de différentes régions. On
compte de plus en plus de communautés de personnes
originaires du Moyen-Orient, des Balkans, de Roumanie et
de Chine.
POPULATION
L’Italie est un modèle pour la mode vestimentaire en
Europe, et le passé glorieux du pays lui donne le sentiment
de devoir montrer l’exemple dans ce domaine. En effet, les
Italiens sont connus pour leur sens du design, et le pays
possède sans doute la cuisine la plus appréciée au monde.
Cela dit, l’Italie a aussi son lot de problèmes avec la
corruption et la mauvaise gestion des services publics et
administratifs. Certains pensent que ces difficultés ont
permis à l’extrême droite et au crime organisé (comme la
fameuse Mafia) de gagner du terrain, ce qui est
particulièrement visible en Italie du Sud et sur l’île de
Sicile.
SANTÉ
L’Italie a une assurance-maladie de grande qualité, avec la
sécurité sociale nationale offrant des soins médicaux
gratuits aux citoyens et aux habitants. Tous les demandeurs
d’asile bénéficient de la sécurité sociale nationale, comme
les citoyens italiens. Les migrants ont eux aussi les mêmes
droits.
TRADITIONS
Les festivals italiens ont souvent pour thème une fête
religieuse. Pasquetta est un événement populaire, que l’on
célèbre le premier lundi après Pâques, quand les familles
fêtent le début du printemps en sortant faire des pique-
niques.
Le 1er novembre, le jour de la Toussaint, les Italiens
visitent les tombes de leurs ancêtres et décorent les tombes
avec des fleurs.
Les Italiens ont un personnage mythique similaire à Santa
Claus ou au Père Noël. On raconte que le
6 janvier, une vieille femme appelée Befana voyagerait dans
toute l’Italie en volant dans les airs sur son balai,
distribuant des cadeaux aux enfants qui se sont bien
comportés dans l’année.
Une des célébrations non religieuses les plus populaires
est le Jour de la Libération qui a lieu le 25 avril, et qui
marque la fin du régime fasciste, tombé en 1945.
MARIAGE ENTRE PERSONNES DE MÊME SEXE
(MARIAGE HOMOSEXUEL)
Les relations entre personnes de même sexe sont autorisées
en Italie depuis 1980, et les unions civiles viennent d’être
légalisées en mai 2016, garantissant aux couples de même
sexe une partie des mêmes droits que les partenaires
mariés, sauf le mariage et l’adoption.
CONCUBINAGE (VIVRE EN COUPLE SANS MARIAGE)
Malgré la forte présence de la religion catholique, le
concubinage entre les partenaires amoureux a fortement
augmenté récemment. Il existe des différences selon les
régions : les unions hors mariage sont plus communes au
Nord qu’au Sud.
FAMILLE
La société italienne est très centrée sur la famille, et les
parents, enfants, grands-parents et les membres éloignés se
rassemblent souvent le week-end pour des repas cuisinés à
la maison.
SUPERMARCHÉS
Les supermarchés populaires sont notamment Esselunga
(dans le Nord), Carrefour, Coop, Conad et Unes.
UN GESTE TYPIQUE
Les Italiens utilisent plus de 250 gestes pour s’exprimer.
Certaines personnes disent qu’une grande partie de cette
forme de communication non verbale a été imaginée par les
vendeurs des marchés pour ne pas être compris par
l’ennemi pendant l’occupation étrangère du pays. Un des
gestes les plus populaires consiste à enfoncer un doigt dans
sa joue pour dire que quelque chose a beaucoup de goût.
MAGASINS
Les magasins ouvrent généralement à 9h00, ferment à
l’heure du déjeuner entre 13h00 et 15h30 ou 16h00, puis
restent ouvertes jusqu’au moins 19h30, et au plus tard
21h30. La plupart d’entre eux sont fermés le dimanche.
RELIGION
Au coeur de Rome se trouve la cité-État du Vatican, siège de
l’Église catholique. C’est une des raisons pour lesquelles
catholicisme est un élément essentiel de l’identité italienne.
Cependant, l’immigration grandissante venue d’Afrique et
du Moyen-Orient est en train de transformer l’Italie en une
mosaïque multiculturelle, avec l’islam comme nouvelle
religion particulièrement présente dans le pays.
ÉDUCATION
Tous les enfants mineurs, italiens ou non, doivent aller à
l’école jusqu’à l’âge de 16 ans, et les enfants des
demandeurs d’asile bénéficient du même accès aux écoles
publiques que les Italiens.
GASTRONOMIE, BOISSONS ET TABAC
Il est interdit de fumer dans tous les édifices publics.
Le vin est une des boissons les plus populaires en Italie, et
le pays se vante d’avoir parmi les meilleurs vins du monde.
Les pâtes sont un produit de base en Italie, et on en
trouve une grande variété de formes et de tailles, chacune
ayant un nom différent : les longues et fines pâtes de blé
dur comme les spaghetti, ou les larges plaques utilisées
dans des plats comme les lasagnes.
Pour les Italiens, le fast food peut aussi être un délice
culinaire. Entrez dans les endroits qui servent des pizzas «
al taglio » (à la part). Un autre endroit populaire pour un
snack ou un en-cas rapide est la
« rosticceria », qui sert des pâtisseries et d’autres mets
délicieux.
Certains restaurants ou endroits qui vendent de la
nourriture à emporter servent de la viande halal et
l’annoncent généralement à l’aide d’un écriteau.
UNE EXPRESSION COURANTE
« Chi dorme non piglia pesci » (Ceux qui dorment
n’attrapent pas de poisson).
PHARMACIES
Les pharmacies italiennes fonctionnent sur un système de
roulement, et il y en a toujours une ouverte la nuit et les
jours fériés. Toutes les pharmacies affichent leurs heures
d’ouverture et une liste des cliniques de nuit qui se trouvent
aux alentours.
LIVRE
Le Système périodique (Il Sistema Periodico) de Primo Levi :
recueil d’histoires dont chacun des titres est le nom d’un
élément chimique du tableau périodique, cet ouvrage
raconte la vie de Levi, chimiste juif qui doit affronter la
méfiance et la haine des gens dans l’Italie fasciste. Son
identité juive devient rapidement un danger pour lui-même,
et il est obligé de fuir et de risquer sa vie en combattant le
système.
FILMS
Le Village de carton (Il Villaggio di Cartone) : un prêtre italien
en fin de carrière voit son église fermer ses portes à cause
de la baisse de la pratique religieuse dans le pays. Alors
qu’on retire les bancs et les croix, un groupe de migrants
sans-abri venus d’Afrique du Nord s’installe dans le lieu
vide. En aidant ces hommes, le prêtre trouve sa nouvelle
vocation, dans cette mission qui conjugue la foi à
l’humanisme.
Pummaro (Pummarò) : un étudiant en médicine venu
d’Afrique et récemment installé en Italie se met à la
recherche de son frère disparu. Celui-ci était travailleur
sans-papiers dans une ferme pour aider ses frères et sœurs
à payer leurs études à l’université. Le film aborde les
thèmes de l’identité et du racisme dans l’Italie des années
1980, ainsi de l’exploitation des immigrés sans-papiers qui
vivent dans la clandestinité et ne connaissent pas leurs
droits.
Shandurai (L’Assedio) : une réfugiée africaine en Italie trouve
un emploi de travailleuse domestique chez un pianiste
anglais. Amoureux d’elle, le musicien essaye désespérément
de lui faire la cour en lui offrant des cadeaux et en la
demandant en mariage. Elle lui annonce qu’elle n’acceptera
ses avances qu’à la seule condition qu’il libère son mari, ‐
prisonnier en Afrique.
QUELQUES ORGANISMES QUI TRAVAILLENT AVEC LES
MIGRANTS ET RÉFUGIÉS
Organisation internationale pour les Migrations (OIM ;
en anglais, IOM : International Organization for
Migration)
Fournit des services et des conseils aux migrants,
notamment pour les retours volontaires, la réintégration, la
lutte contre le trafic, l’intégration et le relogement dans
l’Union européenne.
Via Nomentana 62
00161 Rome
+39 06 44231428
iomrome@[Link]
[Link]
Welcome to Europe (w2eu) – Italie
Fournit une information complète et à jour en langue arabe,
anglaise, farsi et française à propos de la législation
allemande sur l’asile, les procédures pour déposer sa
demande, le règlement Dublin III, l’aide aux mineurs, la
détention, les expulsions, le rassemblement familial,
l’assistance médicale et l’emploi. Fournit aussi la liste des
endroits où manger et dormir dans certaines villes.
[Link]
Haut Commissariat des Nations unies pour les
réfugiés – Italie (UNHCR. United Nations High
Commissioner for Refugees
Via Alberto Caroncini 19
00197 Rome
+39 06 802 121
[Link]
Caritas Rome
Via Delle Zoccolette 19
00183 Rome
+39 06 6617 7001
+39 06 696 864 125
[Link]
Consiglio Italiano per i Rifugiati (Comité italien pour les réfugiés) À
Catania, Caserta, Salerno, Bologna, Milano, Bergamo,
Verona et Gorizia.
Via Montecallo 6 | Aprelea
+39 06 6920 0114
cir@[Link]
[Link]
ARCI Associazione Ricreativa e Culturale Italiana
(Italian Cultural and Recreational Association)
Offre de l’information, du soutien et des conseils.
Via dei Monti di Pietralata 16, 00157 Rome
+39 80 0905 570
[Link]
Associazione Studi Giuridici sull’Immigrazione
(Association des études juridiques sur l’immigration)
Se préoccupe de tous les aspects juridiques de
l’immigration. Grâce à une équipe d’avocats,
d’universitaires, de consultants et de représentants de la
société civile, l’expertise de ASGI couvre plusieurs
domaines qui concernent les réfugiés et les migrants, dont
la lutte anti-discrimination et contre la xénophobie, les
droits des enfants et des mineurs non accompagnés, les
demandeurs d’asile, les apatrides et l’accès à la
citoyenneté. Les avocats de ASGI sont présents dans
beaucoup de villes d’Italie.
+39 01 1436 9158
+39 04 3250 7115
segreteria@[Link]
info@[Link]
antidiscriminazione@[Link] (service contre les
discriminations)
[Link]
Centro Astalli – Servizio dei Gesuiti per i Rifugiati in
Italia (Centre Astalli – Service des Jésuites pour les
réfugiés en Italie)
Accompagne, rend service et défend les réfugiés et les
personnes déplacées de force, en se concentrant sur
l’éducation, l’aide d’urgence, la santé, les ressources
financières et l’emploi et les services sociaux.
[Link]
Croce Rossa Italiana (Croix Rouge Italienne)
S’assure que les personnes situées en zone de conflit
puissent bénéficier des soins basiques, définis par des
standards reconnus dans le monde entier.
Via Toscana 12
00187 Rome
+39 06 4759 6281
+39 800 166 166 (appel gratuit)
[Link]@[Link]
[Link]
Fondazione Migrantes (Fondation Migrants)
Fournit de l’assistance dans les besoins essentiels et
basiques comme le logement et la santé. Publie chaque
semaine des bulletins d’information et des analyses sur la
législation et les politiques concernant les migrants. Via
Aurelia 468
00165 Rome
+39 06 6639 8452
segreteria@[Link]
[Link]
Centro Welcome (Centre Bienvenue)
Fournit de l’assistance pour les femmes et les enfants dans
les domaines de la santé, des cours de langue, et du
regroupement familial. C’est un centre social pour les
familles d’immigrés.
Viale Romania 32
00197 Rome
+39 06 8530 0916
cwelcome@[Link]
[Link]
Medici per i Diritti Umani (Médecins pour les droits
humains)
Via dei Zeno 10
00176 Rome
+39 06 9784 4892
posta@[Link]
[Link]
Medici Senza Frontiere (MSF : Médecins Sans
Frontières)
S’occupe de nombreux projets, dont des opérations de
recherche et de sauvetage, des centres de soins
psychologiques et un centre d’accueil des migrants et
réfugiés.
Via Magenta 5 | 3rd floor | Rome
+39 06 8880 6000
msf@[Link]
[Link]
PANNEAUX DE SIGNALISATION
Beaucoup de choses sont expliquées à
l’aide de panneaux de signalisation, mais
ça ne les rend pas toujours plus
compréhensibles.
Les Pays-Bas
SYSTÈME POLITIQUE
Les Pays-Bas sont dirigés par un monarque, mais le pouvoir
réel est entre les mains du Cabinet, c’est-à-dire l’instance
exécutive principale du gouvernement.
La nature complexe du gouvernement et l’usage répandu
des coalitions sont censés permettre le partage du pouvoir
et le consensus. Le Parlement est élu par le peuple, et les
sièges sont distribués selon le pourcentage de votes.
Les plus grands partis politiques sont le Parti populaire
pour la Liberté et la Démocratie (Volkspartij voor Vrijheid :
VVD) de centre droit, et le Parti travailliste (Partij van de
Arbeid : PvdA) de centre gauche. Le Parti pour la Liberté
(Partij voor de Vrijheid : PVV), anti-immigration, dirigé par
Geert Wilders, est aussi une force politique importante.
ÉDUCATION
Comme les Néerlandais, les enfants réfugiés doivent aller à
l’école jusqu’à l’âge de 18 ans. Les enfants réfugiés de
moins de 12 ans vont à l’école élémentaire, puis les
étudiants de 12 à 18 ans vont d’abord à l’école
internationale. Une fois qu’ils ont un niveau de langue
néerlandaise suffisant, ils peuvent assister aux cours
normaux. Dans les centres d’accueil, un programme
d’intégration est offert aux adultes qui ont le statut de
réfugié, ainsi que des cours de formation scolaire ou
professionnelle, selon le degré d’avancement de la demande
d’asile du réfugié.
GÉOGRAPHIE
Les Pays-Bas sont un des pays les plus densément peuplés
du monde. Il est situé sur la mer du Nord, et son territoire
est majoritairement plat et de très basse altitude, ce qui le
rend très vulnérable à la montée des eaux des océans.
PHARMACIES
On trouve des pharmacies dans tout le pays, qui restent
ouvertes 24h/24 dans les plus grandes villes. Les
médicaments prescrits par les médecins sont généralement
remboursés par l’assurance maladie.
SUPERMARCHÉS
Voici quelques supermarchés populaires aux Pays-Bas :
Albert Heijn et Dirk. Pour les petits budgets, il vaut mieux
aller dans les Lidl et Aldi.
DÉMOGRAPHIE
On compte environ 17 millions d’habitants aux Pays-Bas,
dont la majorité parle le néerlandais. La population
immigrée du pays vient principalement des anciennes
colonies comme l’Indonésie et le Surinam, mais aussi de
Turquie, du Maroc et d’Europe de l’Est. Les groupes
ethniques qui ne sont pas d’origine néerlandaise
représentent environ 20% des habitants.
GASTRONOMIE, BOISSONS ET TABAC
Il est interdit de fumer dans les lieux publics (à l’exception
de certaines zones extérieures), y compris dans les
transports publics. Fumer de la marijuana est autorisé, et
certains coffee shops ont le droit d’en vendre en respectant
certaines règles.
La bière néerlandaise est connue dans le monde entier, et
certaines grandes marques – Heineken, Grolsch et Bavaria –
sont exportées à travers le monde entier.
Le poisson est un élément central de la cuisine
néerlandaise. Le hareng est le poisson le plus apprécié des
Néerlandais qui le mangent généralement cru et mariné au
vinaigre. Ils dégustent les harengs en les tenant au-dessus
de leur tête penchée en arrière, et les avalent à pleine
bouche.
Le « kroket » est un mélange de ragoût de viande, de
patates, de béchamel et d’autres sauces, en forme de petit
beignet que l’on fait frire dans l’huile. Les « kroketten »
sont un snack très populaire que l’on sert parfois sur une
tranche de pain.
Les patates frites sont un autre snack très répandu,
accompagnées de mayonnaise, de ketchup, de sauce curry,
de sauce saté ou de légumes marinés.
Les « Krentenbollen » (des petits pains aux raisins) sont
aussi très appréciés comme en-cas et sont tartinés de
beurre ou de fromage pour en faire un repas plus copieux.
La préparation aux légumes appelées « stamppot »
(casserole de purée) est une vieille tradition des Pays-Bas :
il s’agit d’un mélange de chou, d’oignons et de carottes
marinés accompagné d’une saucisse grillée.
SANTÉ
Aux Pays-Bas, la santé est couverte par une assurance
maladie, et les habitants aux revenus les plus faibles ont
accès gratuitement aux soins médicaux. En théorie, les
demandeurs d’asile ont les mêmes droits que les citoyens
néerlandais, mais l’accès au système de santé peut être
compliqué pour ceux qui ne le connaissent pas. Vous
pourrez trouver de l’information et de l’aide dans les
centres d’accueil. Les demandeurs d’asile ont généralement
accès aux soins de base, aux médecins généralistes et à
l’hospitalisation.
POPULATION
Le libéralisme de la société néerlandaise a depuis
longtemps déterminé l’attitude tolérante et progressiste du
pays envers les drogues, le sexe et le multiculturalisme. Les
gens attendent donc que l’on respecte leur culture
d’ouverture. Les signes les plus visibles de cet état d’esprit
sont les coffee shops (qui vendent de la marijuana) et les «
red light districts » (les quartiers dans lesquels on trouve
une grande concentration de sex-shops et de travailleurs et
travailleuses du sexe – prostitués et prostituées – qu’on peut
voir derrière des vitres illuminées par des lumières rouges).
CONCUBINAGE (VIVRE EN COUPLE SANS MARIAGE)
Les partenaires qui vivent ensemble depuis plusieurs
années obtiennent le statut d’union civile (concubinage), ce
qui peut les aider à faire un emprunt immobilier ou d’autres
projets communs. Beaucoup de gens choisissent cette forme
de relation et font des enfants sans se marier, même si
beaucoup d’entre eux choisissent de se marier plus tard.
MARIAGE ENTRE PERSONNES DE MÊME SEXE
(MARIAGE HOMOSEXUEL)
Les Pays-Bas ont été le premier pays au monde à avoir
légalisé le mariage entre personnes de même sexe en 2001.
MAGASINS
Les magasins ouvrent généralement à 9h30 (et à 11h00 le
lundi). Ils ferment généralement à 18h00 les jours de
semaine, et vers 17h00 le samedi. La plupart des magasins
sont fermés le dimanche, sauf le premier dimanche du mois,
qu’on appelle Koopzondag.
UN GESTE TYPIQUE
Les gens se tapent sur leur propre front pour signifier que
quelqu’un est fou.
UNE EXPRESSION COURANTE
« Zoals het klokje thuis tikt, tikt het nergens
» (l’horloge fait tic-tac à la maison comme nulle part
ailleurs) signifie « rien ne vaut son propre chez soi ».
RELIGION
La religion est une affaire privée. La majorité des habitants
ne sont pas croyants. Environ un quart d’entre eux sont
chrétiens. Il existe des communautés assez nombreuses de
musulmans, hindous et bouddhistes.
FILMS
Infiltrant (Infiltré) : Sam, un agent de police néerlando-
marocain est puni par ses supérieurs après qu’il a agressé
un homme qui bat sa propre femme. Suspendu de ses
fonctions, Sam a une dernière chance de retrouver sa place
dans les forces de police en mettant la main sur l’un des
trafiquants de drogue les plus connus des Pays-Bas, lors
d’une embuscade.
Die Nieuwe Wereld (Le Nouveau Monde) : à l’aéroport, Mirte,
une femme de ménage plutôt arrogante, entame une
relation inattendue avec un réfugié d’Afrique de l’Ouest, qui
n’accepte pas ses réactions agressives lorsqu’il essaie de
devenir son ami.
Shouf Shouf Habibi! (Regarde, regarde, chérie !) : présenté
comme le premier film multiculturel des Pays-Bas, cette
comédie légère raconte le quotidien d’une famille
marocaine aux Pays-Bas, et les conflits culturels qu’ils
vivent dans la société néerlandaise. Bientôt adulte, le fils au
caractère très joueur doit faire face à des décisions sur
l’identité qu’il souhaite adopter.
LIVRE
Le Journal d’Anne Frank : les écrits authentiques d’une
adolescente juive allemande à Amsterdam qui était forcée
de se cacher quand les Nazis ont envahi les Pays-Bas et
ordonné d’envoyer tous les Juifs dans les camps. Les
pensées de la jeune Anne Frank donnent à réfléchir au
lecteur et sont à la fois très pertinentes et très émouvantes.
TRI DES DÉCHETS ET RECYCLAGE
Il existe une consigne sur certaines bouteilles ou bocaux de
verre, que l’on peut déposer dans les magasins en échange
d’un bon d’achat. Les lieux publics disposent généralement
de conteneurs distincts pour les matériaux recyclables
comme le plastique. Les habitants reçoivent deux poubelles
: une pour la nourriture (comme les épluchures de fruits et
légumes) et l’autre pour le reste des ordures ménagères.
TRADITIONS
Le réveillon de la Saint-Nicolas (Pakjesavond) est célébré le
5 décembre, quand saint Nicolas (Sinterklaas) a visité les
villages des Pays-Bas accompagné d’un servant que l’on
appelle le Zwarte Peter (Pierre le Noir), un personnage
controversé et polémique dans la société d’aujourd’hui.
On célèbre l’anniversaire du roi Willem-Alexander le 27
avril : les gens portent des vêtements de couleur orange,
décorent leur maison avec des éléments de couleur orange,
servent des plats et des boissons à base d’orange. C’est la «
oranjegekte » (la fièvre orange), qui fait référence à la
dynastie du roi, la maison d’Orange-Nassau.
Quand on rend visite à un nouveau-né, on mange un «
beschuit met muisjes », une sorte de biscuit.
QUELQUES ORGANISMES QUI TRAVAILLENT AVEC LES
MIGRANTS ET RÉFUGIÉS
Organisation internationale pour les Migrations (OIM ;
en anglais, IOM : International Organization for
Migration)
Fournit des services et des conseils aux migrants,
notamment pour les retours volontaires, la réintégration, la
lutte contre le trafic, l’intégration et le relogement dans
l’Union européenne.
Carnegielaan 12
2517 KH The Hague
+31 70 318 15 00
missionthehague@[Link]
[Link]
Conseil des Réfugiés aux Pays-Bas (Dutch Refugee
Council)
Défend les droits des réfugiés et des demandeurs d’asile et
les aide à construire une nouvelle vie. Surinameplein 122
1058 GV Amsterdam
Postbus 2894
1000 CW Amsterdam
+31 020 34 67 200
info@[Link]
[Link]
Ros
Offre des conseils et de l’information sur les droits au
logement, les soins médicaux et l’éducation ; des leçons de
langue néerlandaise ; une médiation pour l’appui juridique ;
des logements temporaires d’urgence ; l’assistance en cas
de rapatriement dans le pays de naissance ; un soutien pour
l’organisation, le plaidoyer, le lobbying et les plaintes ; un
espace pour la prière.
Hang 14
3011 GG Rotterdam
+31 062 53 83 472
stichtingros@[Link]
[Link]
Stichting Gast
Aide les réfugiés à Nijmegen et aux alentours pour les
problèmes de logement, d’alimentation et donne des
conseils.
Tweede Walstraat 19
6511 LN Nijmegen
+31 024 32 94 250
info@[Link]
[Link]
Amsterdams Solidariteits Komitee Vluchtelingen
(Comité de solidarité avec les réfugiés d’Amsterdam)
Fournit une assistance juridique et un soutien social, dont le
logement, aux réfugiés sans papiers. Frederik Hendrikstraat
111c
1052 HN Amsterdam
+31 020 62 72 408
askvsv@[Link]
[Link]
International Network of Local Initiatives With Asylum
Seekers (INLIA ; Réseau international d’initiatives
locales pour les demandeurs d’asile)
Offre des conseils aux demandeurs d’asile dans la rue.
Jacobijnerstraat 5
9712 HZ Groningen
+31 050 31 38 181
inlia@[Link]
[Link]
Wereldhuis
Offre de l’information, du conseil, de l’éducation, et des
stratégies de responsabilisation et d’émancipation par et
pour les migrants sans papiers.
Nieuwe Herengracht 20
1018 DP Amsterdam
+31 062 28 21 472
info@[Link]
[Link]
Kruispost
Fournit des soins médicaux et psychosociaux pour les
demandeurs d’asile, les sans-abris et les personnes sans
assurance maladie. Oudezijds Voorburgwal 129
1012 EP Amsterdam.
+31 020 62 49 031
kruispost@[Link]
[Link]
Stichting Gast
Aide les réfugiés à Nijmegen et aux alentours pour les
problèmes de logement, d’alimentation et donne des
conseils.
Tweede Walstraat 19
6511 LN Nijmegen
+31 024 32 94 250
info@[Link]
[Link]
Stichting Landelijk Ongedocumenteerden Steunpunt
(Point d’assistance pour les migrants sans papiers)
Travaille sur les enjeux liés aux conditions de vie des
migrants sans-papiers.
Hang 14
3011 GG Rotterdam
+31 010 74 70 156
info@[Link]
[Link]
PORC
On trouve de nombreux produits à base
de porc dans les supermarchés et les
boucheries.
Espagne
SYSTÈME POLITIQUE
L’Espagne est une monarchie constitutionnelle : le roi est le
chef d’État, mais le réel pouvoir décisionnaire est détenu
par un gouvernement démocratiquement élu, dirigé par le
Premier ministre. Le Parlement espagnol s’appelle les
Cortes Generales, dans lequel le pouvoir est réparti entre la
chambre basse (le Congrès des députés) et la chambre
haute (le Sénat).
Les quatre principaux partis politiques sont le Parti
populaire (PP) de centre droit ; le Parti socialiste ouvrier
espagnol (PSOE) ; Podemos, à gauche ; et les libéraux de
Ciudadanos (Citoyens). Les partis régionaux jouent aussi un
rôle important, et les régions du Pays basque et de la
Catalogne ont chacune des mouvements d’indépendance
très forts.
GÉOGRAPHIE
L’Espagne partage ses frontières terrestres avec le Portugal,
Andorre et la France. Le pays possède aussi d’importants
territoires dans les îles Baléares de la mer Méditerranée et
dans les îles Canaries de l’océan Atlantique. L’Espagne
possède aussi une enclave en France (Llívia) et exerce sa
souveraineté sur quelques petits territoires sur la côte
d’Afrique du Nord et au large : notamment Ceuta et Melilla,
entourés par le Maroc.
TABOUS
Les Espagnols adorent les débats politiques, mais certains
sujets sont tabous, comme la guerre civile espagnole et
l’époque du général Francisco Franco, et doivent être
abordés avec tact et prudence.
RELIGION
Les trois quarts des Espagnols se définissent comme
catholiques, et seule une minorité déclare n’avoir pas de
croyance religieuse. On compte 5% de musulmans,
protestants et bouddhistes. Socialement, les habitants sont
plutôt progressistes, particulièrement dans les zones
urbaines. Mais comme c’est la cas en général, les personnes
qui vivent à la campagne et dans les régions rurales sont
plus conservatrices.
DÉMOGRAPHIE
La majorité des habitants d’Espagne sont nés dans le pays,
et on compte 14% d’immigrés. La plupart d’entre eux
viennent des anciennes colonies espagnoles d’Amérique
latine, d’Afrique et d’Asie, et les autres viennent d’Afrique
du Nord, d’Afrique de l’Ouest et d’Europe de l’Est.
SANTÉ
La législation espagnole garantit aux demandeurs d’asile le
même accès aux services de santé que les citoyens
espagnols. Cela inclut notamment l’accès à un psychologue
pour les personnes qui ont vécu la torture ou d’autres
traumatismes, même s’il n’existe pas de structures
spécifiques qui peuvent s’occuper de ce type de patients. Le
système national de sécurité sociale offre gratuitement
l’assurance maladie à la population. Il est géré de plus en
plus par les autorités autonomes.
ÉDUCATION
L’école est obligatoire pour tous les enfants de 6 à 16 ans, et
les enfants de demandeurs d’asile peuvent fréquenter les
écoles locales. L’inscription des enfants dans le système
scolaire et leur apprentissage de la langue locale dépendent
du règlement de chacune des autorités autonomes. En
général, on leur fait suivre des cours d’intégration ou
préparatoires, ou bien un suivi par des tuteurs de classe.
Cependant, certaines régions n’offrent aucun service
particulier.
POPULATION
L’Espagne est réputée pour sa vie nocturne, et de nombreux
Espagnols aiment sortir en ville jusque tard dans la nuit
pour boire, manger, rencontrer des amis, danser et
s’amuser. Les gens sont très attachés à leur village ou
région d’origine, ce qui fait de l’Espagne un pays très
diversifié.
En 711, les armées musulmanes - qu’on appelait les
Maures - sont arrivées d’Afrique du Nord pour envahir une
grande partie de la péninsule ibérique. Elles ont dominé la
région pendant environ 800 ans. L’héritage laissé par la
domination arabe se retrouve dans les langues parlées en
Espagne, la nourriture, l’art, le nom des villes et région, et
l’architecture.
GASTRONOMIE, BOISSONS ET TABAC
Voici quelques noms de supermarchés : Alcampo,
Mercadona, Carrefour et Lidl. En Catalogne, on trouve aussi
Consum et Bon Area.
Il est interdit de fumer à l’intérieur des lieux publics
comme les bars et les cafés, et à l’extérieur de certains
endroits comme les hôpitaux ou les jardins d’enfants.
Les Espagnols boivent habituellement du vin et de la bière
pendant les repas et les heures de sortie. Certains boivent
du brandy ou du vin avant midi. C’est notamment le cas des
personnes des anciennes générations, et on peut considérer
que c’est une vieille coutume plutôt qu’un problème
d’alcoolisme.
L’Espagne est réputée pour sa cuisine, qui compte aussi
bien les snacks et les délicieuses tapas vendus dans les bars
– notamment la tortilla, une omelette de pommes de terre –
que des plats plus copieux. Un des plus connus du pays est
la paella : un plat de riz cuit dans un bouillon, épicé de
safran et servi avec des fruits de mer, du poulet ou du lapin.
Le porc et le vin sont des ingrédients très présents dans la
cuisine espagnole.
On trouve de la viande halal dans les grandes villes, et
beaucoup de restaurants servent des plats halal, notamment
les lieux tenus par des personnes originaires d’Afrique du
Nord ou du Moyen-Orient.
CONCUBINAGE (VIVRE EN COUPLE SANS MARIAGE)
Au cours des 20 dernières années, l’Espagne a connu un
gros changement dans les pratiques de cohabitation, et
désormais près de 40% des naissances ont lieu hors
mariage.
MARIAGE ENTRE PERSONNES DE MÊME SEXE
(MARIAGE HOMOSEXUEL)
L’Espagne a été le troisième pays au monde à légaliser le
mariage entre personnes du même sexe, en 2005.
UNE EXPRESSION COURANTE
« Tiene más lana que un borrego » (il a plus de laine qu’un
agneau) signifie que quelqu’un est très riche.
UN GESTE TYPIQUE
Pour dire qu’ils n’ont pas d’argent, les gens mettent leur
index et leur majeur sous un œil et descendent les deux
doigts le long du visage.
FÊTES
Semaine sainte : pendant la semaine qui précède Pâques, on
organise de spectaculaires défilés qui rejouent la Passion du
Christ. Les croyants font des processions solennelles dans
les centres-villes, souvent vêtus de tenues médiévales et
portant des croix.
Les fêtes ont lieu dans la plupart des villes et villages
espagnols pendant l’été et ont souvent un rapport avec le
passé agricole du pays ou les célébrations religieuses. Ces
fêtes de rue sont réputées pour être pleines de couleurs et
d’énergie, avec des concerts, de l’alcool, de la nourriture et
des spectacles qui continuent jusqu’au bout de la nuit.
La Fête de la Tomate : le combat de tomates, connu dans
le monde entier, a lieu au mois d’août à Bunyol près de
Valence, et rassemble des milliers d’amateurs de la tomate
du monde entier.
Les courses de taureaux des fêtes de la Saint-Firmin :
chaque année en juillet à Pampelune, pendant 8 jours, près
de 2 000 personnes participent à une course devant des
taureaux lâchés en liberté dans une partie de la ville. Les
participants doivent courir dans des rues étroites jusqu’à
entrer dans une arène de corrida (tauromachie). L’origine
de cette fête remonte à l’époque où les villageois devaient
rassembler les taureaux dans l’arène une fois par an pour
les tuer.
TRI DES DÉCHETS ET RECYCLAGE
On trouve des endroits dédiés au recyclage à côté des
conteneurs à déchets. Le conteneur bleu sert au recyclage
du papier, le vert avec une petite ouverture reçoit le verre,
et le jaune pour le plastique et certains métaux.
PHARMACIES
Les pharmacies sont généralement ouvertes du lundi au
vendredi de 9h30 à 21h30 et ferment à l’heure du déjeuner
entre 14h00 et 17h00. Le samedi, les pharmacies ferment
souvent à 14h00 et la plupart d’entre elles ne sont pas
ouvertes le dimanche. Dans les villes et les plus gros
villages, on trouve généralement des pharmacies qui se
relaient pour rester ouvertes la nuit et les jours fériés.
L’adresse des pharmacies les plus proches est affichée sur
les portes des pharmacies fermées.
FILMS
Biutiful (Beau) : un homme sympathique vivant à Barcelone
gagne de l’argent en aidant les immigrés sans papiers à
trouver du travail. Quand il découvre qu’il a une maladie
incurable, il décide d’héberger une mère de famille réfugiée
et son enfant dans son appartement avec ses deux enfants.
Mais quand un groupe d’immigrés chinois meurent
asphyxiés par un appareil de chauffage à gaz qu’il a installé,
il est assailli de sentiments de culpabilité et de désespoir.
Les Cartes de Alou : immigré sans papiers, Alou est obligé de
voyager à travers l’Espagne pour trouver du travail. Après
une succession de petits boulots ingrats, Alou s’installe à
Barcelone, où il commence à travailler avec d’autres
migrants et se retrouve à nouveau dans l’illégalité.
LIVRE
Don Quixote (Don Quichotte) de Miguel de Cervantes : c’est
un des chefs-d’œuvre de la littérature, publié au début des
années 1600. Il raconte l’histoire d’un jeune chevalier
malchanceux qui se lance dans une quête sur le territoire
espagnol, à la recherche d’aventures pour exercer ses
talents de chevalerie.
QUELQUES ORGANISMES QUI TRAVAILLENT AVEC LES
MIGRANTS ET RÉFUGIÉS
Organisation internationale pour les Migrations (OIM ;
en anglais, IOM : International Organization for
Migration)
Fournit des services et des conseils aux migrants,
notamment pour les retours volontaires, la réintégration, la
lutte contre le trafic, l’intégration et le relogement dans
l’Union européenne.
Calle Fernando el Católico 10 | 1º B
28015 Madrid
+34 914 457 116
iommadrid@[Link]
[Link]
Comisión Española de Ayuda al Refugiado (CEAR,
Commission espagnole pour l’aide aux réfugiés)
Fournit des hébergements temporaires d’urgence, une aide
et des conseils juridiques, un soutien social et
psychologique, de l’éducation, des emplois et une aide à
l’apprentissage de la langue locale. La commission travaille
avec Accem, la Croix-Rouge et d’autres organismes pour
appliquer le programme gouvernemental d’aide aux
réfugiés.
Avenida General Perón 32 | 2º
28020 Madrid
+34 915 980 535
+34 915 980 592
colabora@[Link]
[Link]
La Cruz Roja (La Croix Rouge Espagnole)
Fournit de quoi satisfaire les besoins des nouveaux
arrivants en Espagne. L’organisme travaille avec la CEAR,
Accem et d’autres organismes pour appliquer le programme
gouvernemental d’aide aux réfugiés.
Avenida Reina Victoria 26
28003 Madrid
+34 902 222 292
informa@[Link]
[Link]
Haut Commissariat des Nations unies pour les
réfugiés – Espagne (ACNUR ; en anglais : United
Nations High Commissioner for Refugees)
Conseils juridiques et protection pour les réfugiés et les
demandeurs d’asile en Espagne.
+34 915 563 503
+34 915 563 649
spama@[Link]
[Link]
Accem
Se donne pour objectif de sensibiliser les gens aux
conditions de vie des personnes en risque d’exclusion, dont
les réfugiés et les immigrés sans papiers. Travaille dans le
but d’améliorer ces conditions de vie. L’organisme offre de
l’aide et des conseils juridiques, de la formation
professionnelle, des hébergements temporaires et d’autres
programmes d’accompagnement social. Il joue un rôle très
important dans l’application du programme gouvernemental
pour les réfugiés, aux côtés de la CEAR, de la Croix-Rouge
et d’autres organismes.
+34 915 327 478
+34 915 327 479
accem@[Link]
[Link]
Andalucia Acoge (Andalousie Bienvenue)
Offre des conseils et un soutien juridiques, de l’information
pour faciliter l’accès au logement, à l’emploi, à l’éducation
et à la santé à travers une fédération de 9 associations
installées dans 21 centres en Andalousie et à Melilla.
Cabeza del Rey Don Pedro 9 | bajo 41004 Sevilla
+34 954 900 773
acoge@[Link]
[Link]
Servei d’Atenció a Immigrants, Emigrants i Refugiats -
SAIER (Centre d’aide aux immigré, émigrés et
réfugiés)
Fournit dans plusieurs langues aux nouveaux arrivants à
Barcelone des services et de l’information. Les domaines
concernés sont la migration, l’asile et les retours
volontaires.
Avenida Parallel 202
08015 Barcelona
+34 932 562 700
saierinfo@[Link]
[Link]
Voici le lien internet pour consulter un guide pour les
réfugiés, disponible en langue espagnole, catalane, anglaise
et arabe :
[Link]
Voici le lien internet pour consulter de l’information utile
sur Barcelone, disponible en langue espagnole, catalane et
anglaise :
[Link]
TRANSPORTS EN COMMUN
N’oubliez pas de valider votre ticket dans
les transports publics. Pour voyager entre
les grandes villes, le bus est l’option la
moins chère.
Suède
SYSTÈME POLITIQUE
La Suède est une monarchie constitutionnelle. C’est le roi
Carl XVI Gustaf qui est à la tête de l’État, mais le réel
pouvoir décisionnaire est détenu par le Premier ministre et
son gouvernement démocratiquement élus.
Le système d’État-providence est très généreux et le
paysage politique est plus à gauche que dans la plupart des
autres pays d’Europe. Le Parti social-démocrate suédois des
travailleurs a dominé le jeu politique depuis la fin de la
Deuxième Guerre mondiale, mais les temps changent.
Récemment, la Suède a connu une augmentation des
opinions d’extrême droite. Aux élections de 2014, le parti
des Démocrates de Suède a quasiment atteint 13% des
votes, faisant de lui la troisième force politique du
Parlement. D’autres groupes d’extrême droite ont aussi
connu une hausse de leur soutien populaire.
Contrairement à la plupart des autres pays de l’UE, la
Suède n’utilise pas l’euro pour monnaie, et n’envisage pas
de remplacer sa propre monnaie – le krona – à l’avenir.
GÉOGRAPHIE
La Suède est située en Scandinavie, dans le nord de
l’Europe. Ses voisins sont la Finlande (avec qui elle partage
une longue histoire des migrations et des échanges
culturels), la Norvège et le Danemark. Le pays est
principalement constitué de forêts, possède des chaînes de
montagnes, des dizaines de milliers de lacs et quelques
terres cultivables.
DÉMOGRAPHIE
On compte près de 10 millions de Suédois, et le plupart
d’entre eux ont des origines dans la Finlande voisine, dans
les pays de langue arabe, en Iran et en ex-Yougoslavie. En
2010, près de 14% de la population était née à l’étranger, et
des dizaines de milliers de migrants de Syrie, d’Érythrée et
d’autres pays entrent chaque année en Suède.
RELIGION
Beaucoup d’habitants ne sont pas croyants, mais les
Suédois suivent la tradition historique du luthérianisme.
Cette forme de protestantisme est devenue un élément
majeur de l’identité suédoise, même si peu de gens vont à la
messe de nos jours. L’islam est la deuxième religion du pays,
et on trouve aussi des hindous, des juifs et des pratiquants
d’autres religions.
ÉDUCATION
Les enfants de plus de 1 an vont généralement à l’école
maternelle, puis l’école est obligatoire pour les enfants
suédois âgés de 7 à 16 ans. Les enfants de demandeurs
d’asile ont le droit de s’inscrire dans ces écoles et de suivre
des cours dans leur propre langue maternelle. Cependant, à
cause du nombre important de réfugiés que la Suède essaie
d’intégrer dans le système, il faut parfois attendre des mois
avant de pouvoir assister au premier cours. Quasiment tous
les jeunes de 16 à 19 ans doivent suivre des cours
préparatoires avant de poursuivre leurs études, comme les
formations professionnelles, entre autres.
POPULATION
Même si la Suède est réputée pour être l’un des pays
européens les plus ouverts d’esprit en Europe, la plupart
des Suédois sont plutôt indépendants, introvertis et fiers de
leurs traditions.
SANTÉ
L’assurance maladie suédoise est gratuite pour les
habitants, et le système est financé par les impôts. Les
enfants réfugiés bénéficient du même accès que les
Suédois, mais les réfugiés adultes n’ont le droit qu’aux
consultations, aux urgences, aux examens pré-nataux et à
quelques autres soins. En 2013, les migrants sans papiers
avaient les même accès à l’assurance maladie que les
réfugiés.
GASTRONOMIE, BOISSONS ET TABAC
La Suède fait respecter strictement la législation anti-tabac
dans les lieux publics, interdisant de fumer dans les
restaurants, bars et beaucoup d’autres lieux publics. Si vous
voulez fumer une cigarette chez quelqu’un, bien que ce soit
légal et même quand le temps est trop mauvais dehors, on
vous répondra sans doute non.
On consomme beaucoup d’alcool en Suède. Le pays fait
partie de la
« Ceinture de Vodka », et cette boisson est populaire dans
toutes les générations. En dehors des bars, on peut acheter
de la bière, du vin et de l’alcool fort uniquement dans les
Systembolaget, des magasins gérés par l’État, dont les
horaires sont strictement établis par la législation. Ils
ferment à 20h00 au plus tard et sont fermés le dimanche et
les jours fériés.
Boire du café est une véritable habitude sociale en Suède,
et les amis ou collègues de travail se retrouvent au moins
une fois par jour pour un
« fika », un moment autour d’un café.
Le « sill » (du hareng mariné) est un plat de base qu’il
faut absolument goûter, en buvant un verre, ou accompagné
de pain et de pommes de terre pour en faire un repas plus
copieux.
La Suède est réputée pour ses
« köttbullar », des boulettes de viande servies avec de la
sauce et de la confiture d’airelle rouge.
Les kebabs et les falafel sont des snacks très populaires
en fin de journée, et particulièrement à Malmö, où les
immigrés du Moyen-Orient ont rapporté ces sandwiches.
Le « Surströmmingsskiva », une des traditions culinaires
les plus anciennes de Suède, est une véritable épreuve pour
l’estomac des non-connaisseurs. Il s’agit de hareng
fermenté dans des tonneaux, et le résultat est un plat au
poisson à l’odeur extrêment forte et désagréable. C’est pour
ça qu’on le mange plutôt dehors, en plein air, pendant l’été.
TABOUS
Les droits des femmes et le féminisme sont des idéaux très
importants en Suède, et les remarques sexistes sont
complètement tabous.
FÊTES
Midsommarfesten : célébré en plein cœur de l’été,
Midsommarfesten est une fête très pittoresque pendant
laquelle les Suédois dansent autour d’un mât ou d’un
poteau décoré de fleurs et de feuilles. Cette célébration
vient du passé agricole du pays, et c’est une façon de
maintenir ces traditions, même si beaucoup de Suédois ont
depuis quitté les campagnes.
Valoborgmässoaften : pour dire adieu aux longs hivers
froids et sans lumière et accueillir le printemps, les Suédois
organisent des célébrations dans lesquelles ils allument des
feux de camp, qui évoquent la chaleur des mois à venir.
Första Maj : le 1er mai, le Jour des travailleurs, les
Suédois manifestent dans la rue. Le très fort esprit de
gauche du pays prend vie dans un moment rempli de
passion et de flamboyance.
CONCUBINAGE (VIVRE EN COUPLE SANS MARIAGE)
Le concubinage est depuis longtemps accepté en Suède,
contrairement à beaucoup d’autres pays d’Europe. À la fin
des années 1970, environ 96% de femmes suédoises
mariées avaient déjà vécu avec autre partenaire en dehors
du mariage. Aujourd’hui, plus de la moitié des enfants sont
nés hors mariage.
MARIAGE ENTRE PERSONNES DE MÊME SEXE (OU
MARIAGE HOMOSEXUEL)
Le mariage homosexuel est autorisé en Suède depuis 2009,
et les relations gay et lesbiennes sont très communes et très
répandues.
TRI DES DÉCHETS ET RECYCLAGE
En Suède, la quasi-totalité des déchets ménagers sont triés
pour être recyclés. La législation exige l’installation de
stations de recyclage à moins de 300 mètres de toute zone
résidentielle. Les Suédois n’ont donc aucune excuse pour ne
pas recycler leurs déchets. On dépose la plupart des
déchets recyclables dans des conteneurs spéciaux situés
dans les immeubles ou dans les stations alentour. Les
bouteilles de verre peuvent être rapportées à certains
magasins en échange d’une consigne (un petit montant
d’argent).
IKEA
Tout ce dont vous avez besoin pour la maison se trouve
facilement dans cette véritable institution suédoise. C’est à
vous d’assembler les meubles à la maison.
MAGASINS
La plupart des magasins sont ouverts du lundi au vendredi
de 9h30 à 18h00 et le samedi de 9h30 à 16h00. Da les
villes, certains grands magasins sont ouverts de 12h00 à
16h00 le dimanche mais sont souvent fermés pendant les
jours fériés.
UNE EXPRESSION COURANTE
« Jag pratar inte så bra svenska. » (Je ne parle pas très bien
le suédois.)
« Kan ni prata lite långsammare, tack? » (Pouvez-vous
parler plus lentement, s’il vous plaît ?)
« Jag lär mig svenska. » (Je suis en train d’apprendre le
suédois.)
LIVRE
The Days of His Grace de Eyvind Johnson : situé dans l’Italie du
Nord pendant la période médiévale, « The Days of His
Grace » est un roman historique qui s’intéresse au
quotidien d’une famille au moment où Charlemagne, le roi
des Francs, envahit la région.
FILMS
Svinalängorna (Beyond) : une Suédoise qui vit dans un
logement social des cités apprend que sa mère est sur le
point de mourir. Ce moment de crise l’oblige à affronter le
passé douloureux de sa propre enfance, notamment le
sentiment de perte d’identité de ses parents, des Finlandais,
et la façon dont son père a essayé de rejeter son statut de
citoyen de seconde zone à travers l’alcool et la violence.
Det Nya Landet (Le nouveau pays) : ce film émouvant a ouvert
la voie du cinéma multiculturel en Suède. Il suit la vie
complexe d’un adolescent somalien et d’un Iranien de 40
ans qui se rencontrent dans un camp de réfugiés. Ils
embarquent pour leur nouveau pays d’adoption avec une
ancienne reine de beauté suédoise, pour échapper à la
police, et à leur propre passé.
Utvandrarna (Les émigrés) : film basé sur deux romans d’une
série de quatre tomes, « Utvandrarna » raconte le voyage
d’une famille suédoise qui quitte la misère des campagnes
de Suède du milieu du 19e siècle pour tenter une nouvelle
vie en Amérique. Dans ce nouveau pays, les membres de la
famille doivent accepter leur statut d’immigrés et s’adapter
à leur nouvelle vie de fermiers dans le Midwest des États-
Unis.
QUELQUES ORGANISMES QUI TRAVAILLENT AVEC LES
MIGRANTS ET RÉFUGIÉS
Welcome to Europe (w2eu) Sweden
Fournit une information complète et à jour en langue arabe,
anglaise, farsi et française à propos de la législation
allemande sur l’asile, les procédures pour déposer sa
demande, le règlement Dublin III, l’aide aux mineurs, la
détention, les expulsions, le rassemblement familial,
l’assistance médicale et l’emploi.
[Link]
Ingen Människa Är Illegal (Réseau personne n’est
illégal)
Fournit un soutien pratique aux personne sans papiers qui
restent en Suède après avoir vu leur demande d’asile
rejetée. Le site internet offre plus d’informations dans
différentes langues et donne les adresses et numéros de
téléphone des lieux du réseau.
[Link]
Kontrapunkt
Offre de nombreux types d’aide, notamment les conseils
juridiques, les cours de langue, la mise en réseau
professionnel, l’alimentation et les vêtements. C’est un
organisme très efficace et géré par des bénévoles -
contrairement au Centre de conseil pour les réfugiés
suédois.
[Link]
Swedish Refugee Advice Center (Centre de conseil
pour les réfugiés suédois)
Offre des conseils et une assistance juridiques concernant
l’asile, le rassemblement familial, la citoyenneté et d’autres
questions relatives à la législation sur les étrangers « Aliens
Act ».
Gyllenstiernsgatan 14
115 26 Stockholm
(du lundi au mercredi de 9h00
à 13h00)
+46 20 088 0066
info@[Link]
[Link]
FARR – Swedish Network of Refugee Support Groups
(Réseau suédois des groupes de soutien aux réfugiés)
Offre des conseils juridiques aux demandeurs d’asile dont la
demande a été rejetée, et met en place des cliniques de
santé pour les immigrés sans papiers, tenues par des
bénévoles. Cet organisme a des bureaux dans différentes
régions de Suède.
Box 391
101 27 Stockholm
+46 87 100 245
info@[Link]
[Link]
Caritas Sverige (Caritas Suède)
Offre aux migrants sans papiers des conseils juridiques pour
déposer une deuxième demande d’asile ou demander un
retour dans leur pays d’origine, ainsi qu’une assistance
matérielle. L’organisme a des branches dans tout le pays.
Ölandsgatan 42
116 63 Stockholm
+46 85 5602 000
[Link]
Red Cross Sweden (Croix Rouge suédoise)
Fournit un soutien, de l’information et des soins aux
migrants et réfugiés de Suède.
Hornsgatan 54 | Box 175 63
118 91 Stockholm
+46 77 119 9500
info@[Link]
[Link]
Läkare i Världen (Médecins du Monde – Suède)
Fournit des soins aux migrants sans papiers qui n’ont
normalement pas accès au système de santé. Sa clinique
médicale s’occupe principalement de citoyens de l’UE et
des ressortissants de pays tiers qui possèdent le visa d’un
des pays de l’UE. L’association ne refuse pas de soigner les
autres personnes, mais si vous êtes une personne sans
papiers, vous aurez sans doute accès à de meilleurs soins en
passant par le système de santé normal. L’association
fournit aussi des conseils juridiques pour les personnes dont
la demande d’asile a été rejetée.
Box 390 06 | 100 54 Stockholm
+46 08 664 6687
info@[Link]
[Link]
Läkare Utan Gränser (Médecins Sans Frontières)
Principal service médical pour les migrants sans papiers
dans la région de Stockholm.
Fredsborgsgatan 24
4 trappor | Box 47021
100 74 Stockholm
+46 85 5609 808
[Link]@[Link]
[Link]
RECYCLAGE DES DÉCHETS
Il est très courant de recycler les déchets
en Europe, même si la façon de faire peut
être très différente selon la région.
Royaume-Uni
SYSTÈME POLITIQUE
Le chef d’État est la reine Elizabeth II, et même si elle
occupe une place importante dans la vie du gouvernement,
elle n’exerce qu’un pouvoir de cérémonie.
Le Royaume-Uni comprend l’Angleterre, l’Écosse, le Pays de
Galles et l’Irlande du Nord, chaque pays ayant sa propre
culture et se trouvant, de fait, séparé des autres. Pour sa
monnaie, le Royaume-Uni utilise la livre sterling car il a
refusé d’adopter l’euro. L’Irlande du Nord partage son île
avec la République d’Irlande, un pays séparé du Royaume-
Uni qui utilise l’euro. En juin 2016, un référendum portant
sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE a donné une
majorité de votes pour la sortie de l’Union. Le résultat du
vote n’était pas contraignant, et le Parlement doit encore se
prononcer en votant, mais des négociations avec l’UE sont
déjà en cours.
L’Écosse possède son propre parlement, et le Pays de
Galles et l’Irlande du Nord ont des assemblées, mais tous
ces pays ont des ministres à Londres, où l’on décide des lois
les plus importantes.
L’Irlande du Nord est désormais très pacifique, mais un
conflit qu’on appelait Les Troubles (The Troubles) a semé la
violence dans le pays. Le conflit opposait principalement les
Unionistes protestants qui voulaient rester dans le
Royaume-Uni, contre les Nationalistes catholiques qui
voulaient rejoindre la République d’Irlande.
Le Parti conservateur (Tories) de centre droit, et le Parti
travailliste (Labour Party) de centre gauche ont dominé la
vie politique du dernier siècle. D’autres partis plus petits
ont aussi gagné des voix et des sièges. Le Parti nationaliste
écossais est le plus grand parti d’Écosse. Au Pays de Galles,
le parti Plaid Cymru fait campagne pour l’indépendance du
pays. Un référendum sur l’indépendance de l’Écosse a eu
lieu en 2014, et bien que les participants aient choisi de
rester au Royaume-Uni, le débat continue.
GÉOGRAPHIE
Les îles Britanniques sont un archipel situé au nord-ouest
de l’Europe continentale, entre l’Océan Nord-Atlantique et
les eaux de la Manche anglaise. Sa température est plus
douce que celle des autres régions situées à la même
latitude grâce au Gulf Stream, un courant qui réchauffe le
climat, et sans lequel la région serait de type nordique.
DÉMOGRAPHIE
Le Royaume-Uni est une société multiculturelle dont la
population est fortement représentative du passé colonial
du pays. On compte de nombreuses communautés de
populations originaires des Caraïbes, du sous-continent
indien et d’Afrique.
Aujourd’hui, de nombreux migrants viennent d’Europe de
l’Est, d’Espagne, de France, d’Amérique du Sud et d’autres
régions du monde.
RELIGION
Le pays est majoritairement chrétien mais reste laxiste et
tolérant en ce qui concerne la pratique de la religion et la
messe. Un grand nombre de personnes ne pratique aucune
religion. On compte aussi de nombreuses communautés
musulmanes, hindous, sikh et juives.
ÉDUCATION
Tous les enfants âgés de 5 à 17 ans doivent aller à l’école,
qui est gratuite. Si un élève obtient le niveau A ou un autre
diplôme valide, il peut aller à l’université. Les frais
d’inscription très élevés et la difficulté pour obtenir un prêt
représentent un gros défi pour certains réfugiés, mais
certaines structures offrent des bourses et financements à
un nombre limité de réfugiés.
SANTÉ
Le système national de santé (NHS : National Health
Service) est géré par le gouvernement et financé par les
cotisations. Il offre une assurance maladie gratuite aux
habitants et citoyens du pays. L’accès à l’assurance maladie
est généralement possible et gratuite pour les demandeurs
d’asile qui bénéficient du soutien s.95 ou s.4. Tous les
autres - y compris ceux qui ont vu leur demande d’asile
rejetée - ont accès aux traitements d’urgence, mais on peut
leur demander de payer les soins. Dans ce cas, les frais
demandés dépendent de la volonté de l’administration de
l’hôpital et peuvent même être offerts.
Les réfugiés et les demandeurs d’asile qui sont en Écosse
ont droit à l’assurance maladie gratuite mais doivent
montrer un document d’identité.
POPULATION
Les Britanniques sont réputés pour leur politesse et sont
généralement très sympathiques avec les étrangers, qu’ils
n’hésitent pas à aider. Ils peuvent aussi être assez fiers de
leur culture, et donc très susceptibles sur le sujet.
TABOUS
Les Britanniques font souvent tout leur possible pour ne pas
avoir à insulter ou offenser quelqu’un, donc si vous voulez
faire une critique à quelqu’un, il vaut mieux ne pas être
direct. Il est très impoli de doubler quelqu’un dans une file
d’attente, et ce comportement peut provoquer des regards
colériques ou un conflit.
GASTRONOMIE, BOISSONS ET TABAC
Il est interdit de fumer à l’intérieur des lieux de travail en
Angleterre, y compris dans les pubs, les restaurants et les
autres lieux publics. Cette législation est strictement
contrôlée.
Pour beaucoup de gens, boire de l’alcool fait
essentiellement partie de l’identité britannique, et le week-
end, les gens ont l’habitude de sortir boire des verres entre
amis. Les centre-villes peuvent être très animés la nuit — et
parfois très intimidants — avec beaucoup de personnes
ivres qui errent dans les rues.
Le fish and chips est le plat national le plus connu du
Royaume-Uni, même s’il a perdu en popularité ces derniers
temps. C’est du poisson — habituellement de la morue —
trempé dans de la pâte à frire, puis frit dans l’huile, et servi
avec des patates frites coupées en gros morceaux. Ce plat
est généralement accompagné de petits pois écrasés à la
menthe, de sauce gravy ou curry, et assaisonné de sel et
vinaigre avant d’être enveloppé dans du papier journal.
La nourriture indienne est extrêmement populaire au
Royaume-Uni, et on trouve un restaurant indien jusque dans
certains petits villages. Le poulet tikka masala est un curry
épicé et crémeux. Il aurait été inventé au Royaume-Uni et a
pris le titre de nouveau plat national.
Les sandwiches sont très populaires pour un déjeuner
léger ou un snack et se trouvent dans la plupart des
magasins : les saveurs classiques sont fromage et oignons,
ou saumon et fromage frais.
Vu la composition du petit-déjeuner complet (« full
breakfast »), c’est plus une gâterie qu’une routine
quotidienne, qu’on s’autorise généralement le week-end.
Les cafés — des petits restaurants qu’on surnomme «
greasy spoons », cuillères graisseuses — sont le meilleur
endroit pour déguster ce petit-déjeuner. Ce plat très
copieux contient généralement des haricots, des saucisses,
des oeufs, du bacon, des tomates et du pain toasté.
Tous les dimanches, les familles britanniques se mettent à
table pour une tradition de longue date, le rôti du
dimanche. On fait rôtir de la viande — du poulet, du bœuf,
de l’agneau ou du porc — pendant de longues heures, et on
l’accompagne de pommes de terre, de légumes et du jus de
cuisson de la viande.
PHARMACIES
On trouve des pharmacies dans la plupart des quartiers, qui
restent ouvertes pendant les heures de travail. Quelques
magasins plus gros comme Boots ou Superdrug ont un
rayon pharmacie. La plupart des pharmacies ferment le
dimanche et les jours fériés, mais on trouve facilement des
magasins ouverts 24h/24 dans la plupart des endroits.
CONCUBINAGE (VIVRE EN COUPLE SANS MARIAGE)
Le concubinage est devenu la norme au Royaume-Uni, et
près de la moitié des enfants naissent de parents non
mariés.
UNE PHRASE TYPIQUE
« It’s raining cats and dogs » signifie qu’il pleut très fort.
MARIAGE ENTRE PERSONNES DE MÊME SEXE
(MARIAGE HOMOSEXUEL)
Le mariage homosexuel est autorisé depuis 2014 en
Angleterre, au Pays de Galles et en Écosse depuis 2014.
Mais il est toujours interdit dans l’Irlande du Nord, plus
religieuse et conservatrice, où les couples homosexuels
n’ont accès qu’à l’union civile.
MAGASINS
Les magasins sont généralement ouverts du lundi au
vendredi de 9h00 à 18h00, et ils ferment plus tard dans les
grandes villes. La plupart des magasins sont ouverts le
dimanche entre la fin de la matinée et jusqu’à 17h00, et on
trouve facilement des plus petits magasins indépendants
gérés par des familles, qui restent ouvert jusqu’à la fin de la
journée.
SUPERMARCHÉS
Il y a beaucoup de choix parmi les supermarchés au
Royaume-Uni : les plus économiques comme Aldi, Iceland et
Lidl ; les chaînes aux prix assez raisonnables comme
Morrisons et Asda ; et les supermarchés plus chers comme
Waitrose et Marks & Spencer.
UN GESTE TYPIQUE
Faire le signe de la paix avec les deux doigts dans le sens
inverse est une insulte au Royaume-Uni. Pour dire que
quelque chose est chaud, les gens mettent la main devant
leur visage.
TRADITIONS
Le football moderne a commencé en Angleterre, et ce sport
est encore très populaire, notamment la FA Cup, la Coupe
d’Angleterre de Football. Le cricket, le rugby et les courses
de chevaux sont aussi très suivis.
La reine reste une institution et une personnalité très
populaire dans le pays, et les nouvelles et rumeurs
concernant la famille royale sont suivis avec passion et
attention par tout le pays.
TRI DES DÉCHETS ET RECYCLAGE
Au Royaume-Uni, la plupart des habitants recyclent leurs
déchets, en les séparant dans des sacs et des conteneurs
dédiés. Les ramasseurs d’ordures passent une fois par
semaine pour collecter les poubelles, et il faut sortir les
conteneurs à roulettes dans la rue ce jour-là.
FILMS
My Beautiful Laundrette : portrait d’une famille originaire
d’Asie du Sud-Est dans la Grande-Bretagne nerveuse et
irritée des années 1980,
« My Beautiful Laundrette » pose un regard humoristique
sur les relations entre les différentes ethnies à Londres. Un
homme pakistano-britannique, Omar, reprend contact avec
Johnny, un garçon blanc qu’il avait connu à l’école et qui est
devenu un punk. Les deux amants reprennent la gestion
d’une laverie à l’abandon que possède l’oncle de Omar. Le
film aborde les thèmes du racisme, de la classe sociale et de
l’homosexualité dans un pays qui connaît alors des
changements économiques et sociaux rapides.
Bend It Like Beckham ( Joue-la comme Beckham ) : une
adolescente indo-britannique se passionne pour le football
mais ses parents très conservateurs l’empêchent de
continuer à pratiquer, considérant que n’est pas un sport
pour les filles. Malgré ça, elle persévère et joue pour une
équipe féminine locale. Elle finit par contribuer aux
victoires de son club, et gagne l’approbation et la
reconnaissance de ses parents.
It’s a Free World de Ken Loach : une jeune femme britannique
au chômage depuis peu crée une agence de recrutement
depuis chez elle. C’est un succès, mais l’activité est
clandestine et illégale. À travers son métier, elle rentre en
contact avec des immigrés clandestins qui recherchent un
emploi, ainsi qu’un homme polonais dont elle tombe
amoureuse. Elle regarde alors ses clients étrangers d’un
oeil nouveau. Elle décide alors d’aider un Iranien en fuite
après qu’on lui a annoncé qu’il serait déporté et finirait en
prison en Iran.
LIVRE
The Remains of the Day par Kazuo Ishiguro : le nippo-
britannique Ishiguro dépeint le cadre rigide et ennuyeux
d’une famille aristocratique et les contraintes qui pèsent sur
les relations dans le système anglais de classes sociales,
depuis le point de vue d’un maître d’hôtel modeste et
honnête.
QUELQUES ORGANISMES QUI TRAVAILLENT AVEC LES
MIGRANTS ET RÉFUGIÉS
Organisation internationale pour les Migrations (OIM ;
en anglais, IOM : International Organization for
Migration)
Fournit des services et des conseils aux migrants,
notamment pour les retours volontaires, la réintégration, la
lutte contre le trafic, l’intégration et le relogement dans
l’Union européenne.
Belgrave Road 11
London SW1V 1RB
+44 (0) 207 811 6000
ops@[Link]
[Link]
Refugee Council (Conseil des réfugiés)
Travaille en direct avec des réfugiés, leur offrant un soutien
dans la reconstruction de leur vie.
PO Box 68614
London E15 9DQ
+44 (0) 207 346 6700
[Link]
Migrants Resource Centre (Centre de ressources pour
migrants)
Offre des service de conseil sur les questions de
l’immigration et de l’asile.
Eurocentres 56 | Eccleston Square | 2nd floor
London SW1V 1PH
+44 (0) 207 834 2505
info@[Link]
[Link]
Refugee Action (Action Réfugiés)
Fournit des conseils pratiques et une assistance pour les
demandeurs d’asile récemment arrivés et s’occupe de leur
installation et intégration dans le pays à travers un travail
de développement communautaire.
Victoria Charity Centre 11 | Belgrave Road
London SW1V 1RB
+44 (0) 207 952 1511
info@[Link]
[Link]
Refugee Support Network (Réseau de soutien aux
réfugiés)
Travaille avec les jeunes réfugiés impactés par les
déplacements et les crises, leur permettant d’avoir accès à
l’éducation à tous les stades de leur voyage de migrants.
L’organisme s’occupe aussi d’un programme
d’enseignement supérieur.
Scrubs Lane 8 | Suite 4.1
London NW10 6RB
Conseils par téléphone :
+44 (0) 759 758 3228
+44 (0) 800 331 7292
(le lundi et le jeudi de 14h à 17h00)
[Link]
Amnesty International
Fournit de l’information à jour sur les risques que peuvent
courir les réfugiés dans leur pays d’origine. L’organisme fait
campagne pour les réfugiés et l’asile, et participe à la
campagne « Still human, still here » (« Toujours humain,
toujours ici »).
New Inn Yard 17-25
London EC2A 3EA
+44 (0) 207 033 1500
sct@[Link]
[Link]
British Red Cross (Croix Rouge britannique)
Aide les réfugiés vulnérables et les demandeurs d’asile au
Royaume-Uni et permet aux victimes des conflits et des
catastrophes naturelles de contacter leur famille.
Moorfields 44
London EC2Y 9AL
+44 (0) 344 871 1111 (domestic)
+44 (0) 207 138 7900 (from abroad)
[Link]
Union européenne
QUELQUES RESSOURCES SUPPLÉMENTAIRES EN UE
Haut Commissariat des Nations unies pour les
réfugiés (UNHCR)
L’agence pour réfugiés des Nations unies. Elle décide et
coordonne des actions de protection des réfugiés, et a pour
objectif de trouver une solution à leurs problèmes. Chaque
pays d’Europe a sa propre page sur ce site internet.
[Link]/[Link]
[Link]
[Link]
Organisation internationale pour les Migrations (OIM)
Une organisation intergouvernementale qui joue un rôle
majeur dans la gestion des migrations et dans l’assistance
aux migrants et réfugiés qui sont dans le besoin, y compris
les personnes déplacées à l’intérieur d’un même pays.
Chaque pays d’Europe a sa propre page sur ce site internet.
[Link]
[Link]
Conseil européen sur les Réfugiés et les Exilés (ECRE ;
en anglais : European Council of Refugees and Exiles)
Une alliance paneuropéenne de 90 ONG qui protègent et
font évoluer les droits des réfugiés, des demandeurs d’asile
et des personnes déplacées.
[Link]
L’ECRE a créé la Asylum Information Database (AIDA), une base
de données tenue à jour des procédures de demande d’asile,
des conditions d’accueil et de détention en Europe, avec des
rapports par pays et des liens vers des articles concernant
les migrants et réfugiés.
[Link]
L’ECRE gère aussi le European Legal Network on Asylum (ELENA ;
en français : Réseau juridique européen en matière d’asile), un
réseau qui rassemble la plupart des pays européens et
mobilise environ 500 avocats et conseillers juridiques, et un
carnet d’adresses tenu à jour.
[Link]
Info4Migrants
Une source indépendante d’information en plusieurs
langues concernant la citoyenneté, la vie quotidienne,
l’enseignement et l’emploi au Royaume-Uni, en Suède,
Finlande, Espagne, Autriche et Bulgarie.
[Link]
News That Moves
Une initiative lancée par l’ONG Internews qui fournit de
l’information à jour en plusieurs langues, des liens utiles, et
dissipe les rumeurs en Grèce, Macédoine, Serbie, Croatie,
Slovénie, Autriche, Allemagne, Bulgarie, Hongrie et
Turquie.
[Link]
Refugee Text
Un service automatisé qui envoie aux réfugiés des
informations par SMS et via d’autres plateformes de
communication, en partenariat avec des organismes
fournissant un contenu de confiance.
[Link]
Refugee Aid App
Une application mobile qui montre sur un plan
l’emplacement des aides disponibles, ainsi que les
informations concernant les heures d’ouverture. Tous les
services d’aide proposés proviennent directement des
organisations officielles. Les catégories d’aide incluent les
informations juridiques et administratives ; la nourriture ;
les refuges et abris ; les points d’eau ; les aides pour les
parents et leurs enfants, les enfants seuls, les femmes et les
hommes ; la santé ; l’éducation ; les points sanitaires.
Actuellement uniquement disponible au Royaume-Uni, en
Grèce, Italie, Belgique, Slovénie et Bulgarie (et bientôt dans
d’autres pays).
[Link]
Welcome to Europe (w2eu)
Une source indépendante d’information en plusieurs
langues – anglais, français, farsi (persan moderne) et arabe
– comprenant de l’information approfondie sur les
procédures légales, et les contacts d’organisations.
[Link]
[Link]
Les partis d'extrême droite en
UE
Les partis d'extrê me droite sont présent dans plusieurs
pays européens. Voici une liste de ces pays où les partis
d'extrê me droite ont obtenu des résultats importants aux
dernières élections législatives
RÉFUGIÉS, BIENVENUE
Les migrants et les réfugiés rencontrent
souvent un bon accueil, mais aussi des
réactions d’hostilité.