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Vers Une Gestion de La Nature en Termes D'Action PUBLIQUE. Analyse D'une Dynamique D'appropriation Des Ressources Végétales À Tobré, Nord Bénin

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Unicentre

CH-1015 Lausanne
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Year : 2014

VERS UNE GESTION DE LA NATURE EN TERMES D’ACTION


PUBLIQUE. Analyse d’une dynamique d’appropriation des
ressources végétales à Tobré, Nord Bénin

Danko Nouratou

Danko Nouratou, 2014, VERS UNE GESTION DE LA NATURE EN TERMES D’ACTION


PUBLIQUE. Analyse d’une dynamique d’appropriation des ressources végétales à Tobré,
Nord Bénin

Originally published at : Thesis, University of Lausanne

Posted at the University of Lausanne Open Archive [Link]


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INSTITUT DES SCIENCES SOCIALES

VERS UNE GESTION DE LA NATURE EN TERMES

D’ACTION PUBLIQUE
Analyse d’une dynamique d’appropriation des ressources
végétales à Tobré, Nord Bénin

THESE DE DOCTORAT
présentée à la
Faculté des Sciences Sociales et Politiques
de l’Université de Lausanne
pour l’obtention du grade de
Docteur ès sciences sociales
par
Nouratou DANKO

Directeur de thèse
Prof. François-Xavier MERRIEN
Co-directeur
Prof. Yvan DROZ
Jury:
Prof. Dominique JOYE
Prof. Nicolas BANCEL
Prof. Dominique JUHE-BEAULATON

LAUSANNE

2014

1
2
REMERCIEMENTS

Au Professeur François-Xavier MERRIEN


Au Professeur Yvan DROZ
Au Professeur Nicolas BANCEL
A Madame Dominique JUHE-BEAULATON
Au Professeur Dominique JOYE
Au Professeur Nassirou BAKO-ARIFARI
Au Professeur Philippe LAVIGNE-DELVILLE
Aux chercheurs du LASDEL
A ma famille
A Madame Eléonore NOUNAGNON
A mes amis
Aux gens des villages de Tobré, Pehunco et Gnemasson
A tous ceux qui m’ont soutenu

Merci…

3
CARTE DE LA ZONE D’ETUDE

4
Résumé

Cette étude se fonde sur des recherches ethnographiques menées autour de la mise en œuvre d’une
politique publique de gestion de la nature à Tobré, une région baatonu au Bénin. L’étude se place
dans une dynamique d’appropriation des ressources naturelles en rapport avec l’entrée en jeu de
multiples acteurs publics et privés dans l’arène locale de gestion de la nature. En effet, ces acteurs
ont acquis ces dernières années de l’expérience et de l’efficacité à la faveur des changements
institutionnels et politiques et s’incluent davantage dans le processus de décision au point de
suppléer l’Etat dans les actions qui étaient ses prérogatives. L’étude met en lumière les rapports de
conflits, de compétitions, de concurrence ou de compromis autour des enjeux sociaux, politiques
et économiques de protection de la nature. Elle décrit et analyse les formes d’interactions entre les
différents acteurs individuels, collectifs et institutionnels, afin de voir en quoi ces interactions
participent du processus de mobilisation d’acteurs locaux et de confrontation de vision, qui
finalement définit et oriente les politiques locales de protection de la nature. Pour atteindre cet
objectif, l’étude mobilise des apports théoriques de plusieurs disciplines, notamment de la socio-
anthropologie du développement, de l’histoire et de la sociologie politique. Elle repose également
sur des données empiriques collectées à partir d’une combinaison d’outils techniques, des
entretiens et des observations jusqu’au dépouillement de presse et des études de cas. Les
principaux résultats montrent que les acteurs locaux, particulièrement les comités de gestion sont
parvenus à inscrire la gestion des ressources naturelles dans l’espace public à travers les débats
dans les médias, les forums, les marches de protestation, etc. De fait, ils ont été capables d’influer
sur le processus de définition et de mise en œuvre des politiques locales de protection de la nature
et donc de reconfigurer l’arène locale de gestion des ressources naturelles. Ce qui amène l’Etat et
ses services déconcentrés, en premier lieu les services des Eaux et Forêts et la mairie à pactiser
avec ces différents comités, sans pour autant perdre de leur notoriété. Au contraire, ils participent
de la gouvernance de l’ensemble des actions et permettent de mettre en place des formes de
gestion négociée.

Mots-clés : Gestion des ressources naturelles, actions publiques, dispositifs participatifs,


développement local, comités de gestion, Baatonu, Tobré, Bénin.

Abstract

This is an ethnographic research on the implementation of a public policy for the management of
natural resources in Tobre, a baatonu village in Benin. The study focuses on the dynamic of
natural resources ownership in a context of multiple stakeholders in the public and private sectors.
In recent years, these stakeholders have become more experienced and efficient as a result of
several institutional and policy changes. The stakeholders are more involved in the decision
making process to the point that they can complement the role of the State in natural resources
management. This study highlights the conflicts, competition, or compromise associated with the
social, political and economic constraints of nature conservation. The interactions between
individual, collective and institutional stakeholders were analyzed, to understand their role in the
process of mobilizing local stakeholders and confronting their visions. This process ultimately
defines and guides local policies on the management of nature. To achieve this goal, this study
combined theoretical approaches from developmental socio-anthropology, history and political
sociology with empirical data collected using interviews, observations, newspapers analysis and
case studies. The results show that local stakeholders, particularly the management committees,
were successful at introducing the need for sustainable natural resource management in the
mainstream public discourse through the media, forums, and demonstrations. They were able to
influence the process of identifying and implementing local policies on nature conservancy. This
has encouraged the State, through its forestry services, and the district mayors to collaborate with
these committees in the shared governance of natural resources.

Keywords: Management of natural resources, public actions, participatory measures, local


development, management committees, Baatonu, Tobré, Bénin.

5
SOMMAIRE

Résumé ..................................................................................................................... 5
Abstract………………………………………………………………………………..4
LISTE DES TABLEAUX, SCHEMAS ET PHOTOS.............................................. 12
INTRODUCTION GENERALE ............................................................................. 13
Problématique ......................................................................................................... 14
CHAPITRE 1 : UNE SOCIO-ANTHROPOLOGIE DE LA GESTION DE LA
NATURE : APPROCHE THEORIQUE ET METHODOLOGIQUE ....................... 24
1.1. Conservation et protection de la nature : de l’exclusion à la co-gestion ........ 24
1.2. Interventions externes et dispositifs participatifs .......................................... 27
1.3. Les ambigüités des concepts de « communauté » et de participation ............ 30
1.4. Réguler l’exploitation des ressources naturelles : une perspective d’action
publique pluri-acteurs .......................................................................................... 32
1.5. Approche méthodologique : une option pour le qualitatif .............................. 42
1.6. Difficultés et perspectives méthodologiques.................................................. 52
CHAPITRE 2 : CONTEXTES ET ACTEURS DE LA GESTION DES
RESSOURCES NATURELLES.............................................................................. 56
2.1. La notion d’acteurs locaux ............................................................................ 56
2.2. Organisation socio-politique Baatonu ........................................................... 63
2.3. Activités socio-économiques et types d’espace végétal ................................. 70
2.4. Contexte actuel de gestion des ressources naturelles à Tobré......................... 83
CHAPITRE 3 : HISTOIRE DE PEUPLEMENT ET APPROPRIATION DES
RESSOURCES NATURELLES.............................................................................. 87
3.1. Histoire de peuplement des Baatombu .......................................................... 87
3.2. Appropriation des ressources naturelles ........................................................ 99
3.3. Modes d’accès et d’exploitation des ressources naturelles .......................... 111
CHAPITRE 4 : ETAT ET GESTION DES RESSOURCES NATURELLES A
TOBRE ................................................................................................................. 118
4.1. Ancrage de l’Etat colonial........................................................................... 119
4.2. Multiplication des pôles de contrôle des ressources naturelles ..................... 125
4.3. Dynamiques administrative et institutionnelle ............................................. 135
CHAPITRE 5 : LES DISPOSITIFS PARTICIPATIFS DE LA GESTION DES
RESSOURCES NATURELLES............................................................................ 143
5.1. Processus de mis en place des dispositifs participatifs à Tobré .................... 144
5.2. Dispositifs participatifs à l’ère de la démocratie à Tobré ............................ 150
5.3. Décentralisation : Renforcer le pouvoir des acteurs locaux ......................... 156
CHAPITRE 6 : UNE ACTION PUBLIQUE DE LA GESTION DES RESSOURCES
NATURELLES ......................................................................................................166

6
6.1. Entrée des comités de gestion dans l’arène des politiques publiques : entre
conflits et négociations ...................................................................................... 167
6.2. Espaces publics de débats à Tobré .............................................................. 172
6.3. Gestion polycentrique des ressources naturelles .......................................... 183
6.4. Etat toujours présent, mais autrement… ...................................................... 195
CHAPITRE 7 : LA GESTION NEGOCIEE DES RESSOURCES NATURELLES :
LE CAS DU JARDIN BOTANIQUE DE DAKERERU ........................................ 207
7.1. Présentation de l’espace végétal de Dakeruru .............................................. 207
7.2. Création du jardin botanique de Dakereru ................................................... 212
7.3. Révision des règles et mode de surveillance ................................................ 216
7.4. Formalisation du comité de gestion ............................................................. 223
CONCLUSION GENERALE.................................................................................233
BIBLIOGRAPHIE .................................................................................................240
ANNEXES………………………………………………………………………….250

7
GLOSSAIRE

Alfa : Déformation du mot arabe alim qui signifie savant ou


détenteur de la science et dont le pluriel se lit uléma
Baatonu/Baatombu ou : « La personne du père »/ les gens du père » (autochtone
Bariba – gens de la terre)
Baatonu « giyo » : Vrai autochtone
Balemam : Celui qui dirige la prière chez les musulmans
Barasunon : Chef griot
Bặsu : Champ abandonné
Baature : Homme de l’Occident (l’homme « blanc »)
Buanbu : Troupe
Buba : Forêt au sens large (écosystème)
Bugninro : Prêtre de culte
Bunu : Fétiches (culte)
Buyebu : Jarre sacrée
Damaru : Chasse collective
Dama sunon : Chef de la chasse collective
Dô : Ménage
Dokri : Beau-parent
Domaru : Prière
Fura : Boullie à base de mil
Gberu : Champ
Gberu komboro : Boubou des champs (terme pour désigner l’agent des
Eaux et Forêts)
Gbεru : Champ maudit
Gbesunon : Lion
Gnakuyeru : Espace sacrée abritant des bons génies
Gnapké : Titre du chef griot
Gninu yinro : Chef ménage
Goridon : Zona (Maladie infectieuse)
Gossikoru : Enterrement
Gossiko : Fossoyeur
Kinsiru : Malheur
Kirikou : les captifs de guerre ou de razzia
Mare : Peul
Mare sunon : Chef Peul
Masa : Gâteau à base de maïs
Odε : Chasseur traditionnel en langue « nago »
Sara : Offrande
Sekosunon : Chef forgeron
Sina duwiru : Chef de cortège du roi, titre du chef de terre
sina tonkurobou : Rois-femmes
Sobu : Etrangers
Son : Forêt 8
Sunon : Chef
Taso : Chasseur
Tedomankoo/tegniro : Chef de culte de terre/possesseur de la terre
Tesunon : Chef de terre
Tim gberu : Champ de « médicaments » (jardin botanique)
Tim gui (bu) : Guérisseur (s)
Wa bounou : Anti-vol (protections contre le vol)
Wassangari : Gens du pouvoir (« aventurier »)
Wèrèku : Génie
Wuguibu : Propriétaire du village
Wuru : Entraide
Wutombu : Gens du village (propriétaire du village et étrangers)
Yakasu : Herbe, Brousse
Yararisunon : Chef-boucher
Yo : Esclave

9
LISTE DES ACRONYMES

APAD : Association euro-africaine pour l’anthropologie du changement social et du


développement
AEV : Adduction d’Eau Villageoise
BIOTA : Biodiversity Monotoring Transect Analysis
B.M : Banque Mondiale
C.A : Chef d’Arrondissement
C.A.D.E : Commission des Affaires Domaniales et Environnementales
CARDER : Centre d’Action Régionale pour le Développement Rural
CENAGREF : Centre national de gestion des réserves de faune
CERGET : Centre de Recherche pour la Gestion de la Biodiversité et du Terroir
CERPA : Centre Régional de Promotion Agricole
C.F.D.T : Compagnie Française de Développement Textile
CLCAM : Caisse Locale des Crédits Agricoles et Mutuels
C.P : Commune de Pehunco
C.P.R : Common Property Resources
C.V.D : Comité Villageois de Développement
DAGRN : Direction de l’Aménagement et de Gestion des Ressources Naturelles
D.C.P.R.N : Direction de la Conservation et de la Promotion des Ressources Naturelles
D.E.A : Diplôme d’Etude Approfondie
D.F.R.N : Direction des Forêts et des Ressources Naturelles
D.P.C.E.F : Direction des Politiques du suivi et du Contrôle de l’Exploitation forestière
D.S.I : Direction des Services de l’Intendance
ECRIS : Enquête Collective pour l’Identification des Conflits et des Groupes Stratégiques
FAC : Fonds d’Aide à la Coopération
FAO : Food and Agriculture Organization
FUPRO : Fédération des Union des Producteurs du Bénin
G.V : Groupement Villageois
IUCN : International Union for Conservation of Nature
LASDEL : Laboratoire d’Etudes et de Recherches sur les Dynamiques Sociales et le
Développement Local
M.D.R : Ministère du Développement Rural
O.C.D.E : Organisation de Coopération et de Développement Economique
O.M.D : Objectif du Millénaire pour le Développement
O.N.G : Organisation Non Gouvernementale
P.A.E : Plan d’Action Environnemental
PAP : Programme d’Action Prioritaires
P.F.B : Politique Forestière du Bénin
PAS : Programme d’Ajustement Structurel
PAVICO : Projet pour l’Auto-promotion Villageoise dans les Communes
PDRI : Projet de Développement Rural Intégré
P.F.N : Plan Forestier National
PGRN : Projet de Gestion des Ressources Naturelles
PGFTR : programme de gestion des forêts et des terroirs riverains
10
P.P.E.A : Projet de Promotion de l’Elevage dans l’Atacora
PRODECOM : Programme d’Appui au Démarrage des Communes
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
ProCGRN : Programme de Conservation et de Gestion des Ressources Naturelles
REDERC : Le Réseau de Développement des Réserves naturelles Communautaires
SONAPRA : Société Nationale des Produits Agricoles
T.D.L : Taxe de Développement Local
U.A.C : Université d’Abomey-Calavi
UCODA : Union des Coopératives du Dahomey
U.C.P.C : Union Communal des Poducteurs de Coton
U.E.P : Union pour la Protection de l’Environnement
U.S.P.P : Union Sous-Préfectorale des Producteurs
Z.A.P : Zone d’Action Pilote

11
LISTE DES CARTES, PHOTOS, SCHEMAS ET TABLEAUX

Carte1: Situation de l'arrondissement de Tobré……………………………………….3


Carte 2: Situation des forêts classées de l'Alibori supéieur et de la Mékrou………...44
Carte 3 : Répartition des baatombu : Origine et zone d’installation ......................... 60
Carte 4: Situation des hameaux de Tobré et de Pehunco…………………………...114

Photo 1 : Albori buyeru le bun de la protection extérieure de Tobré représentée par


Diospyros mespiliformis (wibu)…………………………………………………….101
Photo 2 : Kpetawari le bun de la production de Tobré représentée par Afzélia africana
(gbekuroru ou gbébu)……………………………………………………………….101
Photo 3 : Bois en vente devant la maison d’un exploitant à Tobré.......................... 162
Photo 4 : Arbre coupé pour exorciser le village...................................................... 188
Photo 5 : Enseigne du jardin botanique de Dakereru .............................................. 229

Schéma 1 : Structure administrative de la commune de Pehunco ............................. 21


Schéma 2 : Organisation socio-politique des Baatombu à Tobré .............................. 62
Schéma 3: Clans fondateurs de Tobré……………………………………………….96
Schéma 4 : Fonctionnement hiérarchique et sectoriel de l’administration forestière au
Bénin..................................................................................................................... 152

Tableau 1 : Carte de récits de fondation de Tobré ............. Erreur ! Signet non défini.
Tableau 2: Différents cultes à Tobré, leurs fonctions et les clans responsables……102
Tableau 3 : Principe de distribution des droits sur les ressources naturelles à
Tobré………………………………………………………………………………..108
Tableau 4 : Représentation socio-ethnique des membres des comités villageois de
gestion ……………………………………………………………………………...154
Tableau 5 : Exemple de mobilisation de rente financière pour le financement d’une
œuvre socio-communautaire .................................................................................. 163
Tableau 6: Notes de presses écrites relatives à la question de la gestion des ressources
naturelles dans la commune de Ouassa .................................................................. 199
Tableau 7 : Représentation des comités revendicatifs en fonction du groupe ethnique
des principaux membres et de leur niveau de compétence ………………………..199
Tableau 8: Représentation socio-ethnique des membres du comité de jardin botanique
de Dakereru…………………………………………………………………………228

12
INTRODUCTION GENERALE

La gestion durable des ressources naturelles est au centre de débats scientifiques


comme dans les questions de développement. Elle constitue un enjeu socio-politique
et économique. En effet, depuis déjà quelques décennies et sous la houlette des
institutions internationales, la plupart des pays en Afrique de l’Ouest ont revu leurs
législations en matière de gestion des ressources naturelles, du fait des limites de la
gestion publique telle qu’elle a été mise en œuvre par les Etats (Lavigne Delville &
Hochet, 2005). Depuis lors, ces Etats ont intégré la dimension participative à leur
principe de gestion faisant alors intervenir des groupements villageois et des comités
de gestion dans la prise de décision concernant la définition des règles et la mise en
œuvre des politiques locales. Parallèlement, le processus de décentralisation
enclenché dans le même contexte donne des pouvoirs importants de gestion aux
collectivités locales. De leur côté, les projets de développement et les ONG ont
multiplié leurs interventions et diversifié les sources de financement afin d’intégrer
les nouveaux objectifs de protection de la nature. Sur le terrain, ils ont ainsi tenté de
mettre en place « des règles du jeu et des instances censées assurer une gestion
durable » (Lavigne Delville & Hochet, 2005 :7). De fait, on assiste à l’émergence des
modes de décision horizontale où l’Etat n’a plus le monopole de la régulation et du
contrôle des ressources naturelles. Les pouvoirs de décisions sont partagés avec de
multiples acteurs publics et privés situés à différents niveaux d’intervention (local,
national et international) et dont les logiques d’actions et d’intérêts sont parfois
divergentes ou contradictoires.

L’ensemble de ces dynamiques relève de l’action publique au sens de processus


complexe de négociations, de concurrence et de compromis entre de multiples acteurs
interdépendants, agissant conjointement pour produire des actions collectives
(Commaille, 2004 :). En effet, ces dernières années, les approches en termes d’action
publique ont été largement sollicitées pour analyser les transformations de l’Etat dans
plusieurs domaines, notamment la gestion durable des ressources naturelles (Ndione
et Lavigne Delville, 2012 ; Lavigne Delville, 2012 a ; Chauveau, et al.2006 ; Jacob,
2007). La plupart des travaux évoquent les questions de gouvernance, de partage de
pouvoirs, de conventions locales, de co-gestion, etc. insistant sur les pouvoirs et les

13
rôles acquis par les acteurs locaux, particulièrement les comités de gestion dans la
nouvelle configuration de l’arène locale. Ces notions font sens pour appréhender les
formes renouvelées de mise en œuvre d’action publique. Car, « les actions publiques
"traditionnelles", fondées sur un monopole public et un principe de rationalité
technique, sont au mieux inéfficaces, au pire contre-productives » (Lavigne Delville
& Hochet, 2005 :7). Il faut donc prendre acte que la gestion des ressources naturelles
est pluri-acteurs et multi-niveaux et les démarches pour l’appréhender nécessitent une
combinaison de « l’action des individus et des publics et leurs finalités vécues, les
ordres locaux construits par leurs interactions » et celle de l’Etat selon une finalité
choisie (Massardier, 2003 :8).

C’est dans cette perspective scientifique que s’inscrit la présente thèse sur la gestion
des ressources naturelles. L’objectif poursuivi est de décrire et d’analyser les
recompositions des modes de contrôle de l'accès aux ressources naturelles et
l'évolution des représentations dans une perspective d'action publique qui prend acte
de la multiplicité des interventions, et de la multiplication des acteurs, et en particulier
avec un accent sur la mise en place et le fonctionnement des comités de gestion.
Autrement dit, je tente de montrer en quoi les interactions entre les multiples acteurs
contribuent à la mise en place de formes de régulation de gestion collective. A partir,
de l’analyse des politiques publiques de gestion des ressources naturelles au Bénin, le
cas de la mise en œuvre de ces politiques à Tobré, une localité au Nord du pays, sera
étudié.

Problématique

La présente étude aborde la problématique de la protection de la nature en rapport


avec l’émergence et l’implication des comités de gestion dans les politiques locales de
gestion des ressources naturelles. Elle se situe dans une dynamique de contrôle de
l’accès aux ressources naturelles, qui met en exergue l’entrée en jeu de multiples
acteurs publics, privés et associatifs de plus en plus pertinents dans la définition et la
mise en œuvre des politiques de protection de la nature. Elle tente d’analyser le
glissement de ces politiques centrées au niveau de l’Etat vers des systèmes multi-
acteurs aussi bien dans la réalité que dans les approches théoriques (Muller, 2004). En
effet, depuis deux décennies, « l’hétérogénéité et la diversité des acteurs de l’action

14
publique se sont renforcées avec l’accroissement des acteurs externes (multiplication
des ONG, nouveaux bailleurs de fonds...) et la différenciation des acteurs nationaux
(comités de gestion, organisations paysannes, collectivités locales...) » (Lavigne
Delville, 2011 : 148). Il s’agit alors d’appréhender comment l’action publique en
matière de gestion des ressources naturelles dans la localité de Tobré fait apparaître
des enjeux sociaux, politiques et économiques qui sont « des espaces d’échanges de
controverses sur la définition des problèmes publics et leur mode de résolution »
(Massardier, 2003 :75).

A Tobré, la gestion des ressources naturelles met en jeu des acteurs individuels
(maire, chef de quartier, agent forestier, chef de comité, autorité traditionnelle...) ou
collectifs (comité de gestion des ressources, groupes de scieurs, chasseurs
traditionnels, représentants de projets de développement...) dans des rapports
complexes de conflit ou de négociation. Les politiques locales de contrôle de l’accès
aux ressources naturelles se construisent au moyen des différentes actions menées par
ces acteurs, notamment les comités de gestion. Par conséquent, cette étude cherche à
comprendre comment ces acteurs en interaction se positionnent dans une arène de
gestion locale des ressources naturelles (Olivier de Sardan, 1995 ; Bierschenk, et al.
2000), en tenant compte des ressources (matérielle, politique, sociale...) dont ils
disposent, des intérêts poursuivis et des systèmes de représentations auxquels ils
adhèrent (Hassenteufel, 2011). Dans le cadre d’une action publique, ces déterminants
définissent les stratégies des acteurs. Ils influent sur les modes de contrôle de l’accès
aux ressources naturelles et permettent d’analyser la dynamique d’appropriation des
ressources naturelles dans le contexte de Tobré.

Situé dans le département de l’Atacora au Nord Bénin, Tobré est l’un des trois
arrondissements que compte la commune de Ouassa Pehunco (carte 1). Elle fait partie
des régions les plus boisées du pays avec deux forêts classées (l’Alibori supérieur et
le Mékrou) et de nombreuses savanes arborées. Cette localité connaît depuis 2002,
début du processus de décentralisation au Bénin, une recrudescence de l’exploitation
des forêts, notamment du bois d’œuvre et une prolifération des comités de gestion. En
effet, « du fait, de l’expérience de la coopération décentralisée et des pratiques de
développement participatif, nombre d’acteurs non étatiques interviennent tantôt en
complément tantôt concurremment avec les services étatiques ou communaux dans la

15
définition et la mise en œuvre de politiques publiques de base » (Bako-Arifari et
Kpachavi, 2010 : 8). C’est le cas des groupements villageois (GV), des unions sous-
préfectorales des producteurs (USPP), des Unions Communales des Producteurs de
Coton (UCPC), des comités de gestion des ressources naturelles, qui mènent des
actions de lutte contre la dégradation des forêts et l’exploitation frauduleuse de bois
d’œuvre.

Ces comités multiplient en effet leurs actions par des mouvements de contestation et
de dénonciation dans la presse et s’impliquent davantage dans le système de décision
et de gestion publique (Duran, 1999). Ils ont ainsi incité le conseil communal, les
services déconcentrés de l’Etat et le gouvernement à prendre des mesures de
régulation de la coupe de bois. Les ONG, les projets de reboisement, les comités de
gestion des jardins botaniques ont aussi renforcé leur action en recherchant des
sources d’influence et en mobilisant des fonds auprès des institutions nationales et
internationales. Dès lors, la gestion locale des ressources naturelles n’est plus un
domaine exclusif des pouvoirs publics, mais un domaine partagé entre de multiples
acteurs dont les statuts, les compétences, les pouvoirs et les visions sont fort variables
en fonction des enjeux.

Dans cette étude je m’intéresse au processus de mise en place et au fonctionnement


des comités de contrôle de l’accès aux ressources naturelles à Tobré, et plus
largement des dispositifs actuels mis en place par l’Etat et les projets. Ces comités
sont à l’interface entre d’un côté des espaces locaux où il y a des représentations de la
nature, une organisation socio-politique, des pouvoirs locaux, des règles
d’appropriation et de contrôle des ressources (elles-mêmes évolutives) ; de l’autre
côté des modèles (biologistes, techniques) de représentation de la nature et de sa
conservation, des politiques actuelles qui, bien que "participatives" ont une filiation
avec les représentations et les politiques coloniales.

En effet, les différents comités de gestion qui sont créés à l’initiative d’acteurs locaux,
nationaux ou internationaux et qui côtoient en concurrence ou en appui les institutions
étatiques ou communales de gestion des ressources naturelles, procèdent d’un
dynamisme des acteurs locaux à organiser la protection de la nature selon leurs
visions. Même si dans les faits, la vision de certains acteurs est parfois suscitée par

16
l’extérieur et opportuniste et que celle d’autres acteurs est liée aux enjeux politiques,
économiques et sociaux. Dans les deux cas, nous avons à faire à des transformations
en matière de gestion de la nature et d’appropriation des ressources naturelles, qui
procèdent de l’évolution des représentations sociales, des usages de la nature, de
nouvelles modalités d’accès ou de contrôle des ressources et également de nouvelles
modalités de transfert et de distribution de ces ressources (Weber, 1995). Ces
transformations observées rendent plus complexes et hétérogènes les modes
d’appropriation des ressources naturelles, en ce sens qu’ils se superposent à ceux déjà
existants ou parfois les remettent en cause.

En outre, les modes d’appropriation des ressources naturelles sont caractérisés par une
vision polyarchique et multipolaire qui remplace une approche hiérarchisée et
descendante dans la mise en œuvre des actions qui étaient les prérogatives de l’Etat
(Delvaux & Mangez, 2008). Un exemple qui fait ressortir ces caractéristiques est la
présence au sein des comités de chasseurs traditionnels, de groupes de lignages, de
groupes de jeunes, de leaders d’opinion qui jouent des rôles importants de prise de
décision, d’autorisation de coupe de bois d’œuvre, de contrôle des exploitants
forestiers, d’application d’amende en cas de fraude, etc. Il y a donc une
complexification progressive de l’espace public de gestion de la nature, marqué par
l’apparition de plusieurs centres de décision et d’exécution des programmes de
protection des ressources naturelles. Un espace public de plus en plus caractérisé par
une polyfonctionnalité des comités qui servent à des fins diverses (politique,
économique, sociale...) et qui sont aussi comme des lieux de dénonciation de
multiples problèmes publics parfois contradictoires (protection de la nature,
déscolarisation des jeunes, réhabilitation de la chefferie politique, développement
local...).

En fait, les visions polyarchiques et multipolaires dénotent ou entrainent des relations


d’interdépendance entre acteurs situés à différents niveaux et dotés de pouvoir
d’autorisation ou de contrôle de l’accès aux ressources naturelles. Elles sont issues ou
conduisent à des situations de dualisme institutionnel entre législation forestière et
normes coutumières pour l’appropriation des ressources naturelles. Elles sont
également favorables à un enchevêtrement de logiques, de stratégies d’acteurs et de
systèmes d’action entre comité de gestion ou/et entre comité et structure

17
étatique/privée, ONG suivant un schéma non linéaire, flexible et fragmenté
(Commaille, 2004). L’ensemble de ces caractéristiques se confronte à travers des
acteurs individuels, collectifs ou institutionnels. Il détermine des « actions disparates
de la part d’acteurs multiples, dont les autorités publiques, agissant selon leur propre
finalité vécue, actions qui finissent tout de même par produire a posteriori, un système
collectif d’action » (Massardier, 2003 :6). C’est ce système d’action qui désormais
oriente le processus de mise en œuvre des politiques locales de gestion des ressources
naturelles et qui définit la configuration des différents comités, groupes stratégiques
ou groupes d’intérêts dans l’espace public de protection de la nature dans la localité
de Tobré.

Ainsi, la problématique de cette étude porte sur les recompositions des modes de
contrôle de l’accès aux ressources naturelles et l’évolution des représentations locales
de la nature dans les projets "participatifs" de conservation à Tobré. Il s’agit de
décrire et d’analyser le processus de participation et d’inclusion des différents acteurs
dans l’espace public de gestion de la nature, leurs visions et leurs stratégies autour des
enjeux économiques, sociaux et politiques, les dynamiques relationnelles et les
positionnements dans l’arène de gestion locale. Tout ceci étant en rapport avec les
représentations de la nature, les différents usages des ressources naturelles au fil du
temps, l’évolution des institutions en termes de contrôle de l’accès aux ressources,
etc.

Dans ce sens, l’hypothèse centrale de cette étude est la suivante: dans le contexte
actuel de décentralisation de la gestion des ressources naturelles à Tobré, les
démarches participatives ouvrent des espaces pour que certains acteurs locaux, à la
trajectoire spécifique qui se construisent une vision originale de la question de
protection de la nature, trouvent dans les comités une façon de la promouvoir et de la
mettre en œuvre aboutissant à des pratiques hybrides de régulation de l’accès aux
ressources. Il sera donc question dans cette étude non seulement de comprendre les
formes d’interactions et leur recomposition dans le temps entre acteurs individuels et
collectifs autour des multiples activités de gestion de la nature, mais aussi de voir en
quoi ces interactions sont le produit du processus de mobilisation d’acteurs locaux et
de confrontation de visions, qui finalement définissent et orientent les politiques
locales de protection de la nature. C’est à partir de l’étude de ces différents paramètres

18
que sera appréhendée et explicitée la dynamique des modes d’appropriation des
ressources naturelles, ainsi que les différentes représentations et usages des ressources
naturelles qui visent à concilier les besoins sociaux et les conditions écologiques de
protection de la nature à Tobré.

Cette étude s’organise autour des questions de recherche suivantes :


- Comment comprendre la dynamique d’appropriation des ressources naturelles dans
cette localité de Tobré comme une action publique de protection de la nature ?
- Comment les différents groupes d’acteurs locaux perçoivent-ils et utilisent-ils la
nature en tenant compte des différents intérêts et enjeux ?
- Comment leurs visions de la gestion des ressources naturelles s’articulent-elles
autour de projets de protection et au sein des comités de gestion ?
- Comment ces comités de gestion arrivent-ils à s’impliquer dans l’espace public de
gestion et à influencer les processus de mise en place des politiques locales de gestion
des ressources naturelles ?

A ces questions, je tenterai de répondre tout au long du présent travail de recherche,


par une connaissance de l’histoire socio-politique de la zone d’étude et en rapport
avec les réflexions actuelles sur l’action publique permettant de bien saisir les
dynamiques d’appropriation des ressources telles qu’elles se déroulent dans le
contexte de décentralisation à Tobré.

Présentation de Tobré

Tobré qui constitue ma zone d’étude est situé dans le département de l’Atacora. Il a
une superficie de 780 km2 repartie entre dix villages et dix-huit hameaux1 et
représente ainsi la plus grande localité de la commune. L’Atacora est un département
au Nord du Bénin situé à 600 kilomètres environ au Nord-ouest de Cotonou. Il a une
superficie de 20 499 km2 et une population estimée à 549 417 habitants avec une
densité de 27 hab/km². Il comprend neuf communes à savoir : Natitingou,
Toucountouna, Boukoumbé, Cobly, Matéri, Tanguiéta, Kouandé, Kerou et Pehunco.
Les trois dernières communes forment un territoire appelé sous le vocable 2KP2. Elles

1
Carte 1 de la présentation de la zone d’étude à la page 3
2
Kerou, kouandé et Pehunco suivant l’initial de leur nom donne les 2kp.

19
ont en commun les zones cynégétiques et les forêts classées de la région. Le milieu
physique présente des sols ferrugineux tropicaux lessivés non concrétionnés et
sablonneux. Selon la monographie de Pehunco (Afrique conseils, 2006) ces sols
gravillonnés et sablonneux sont très peu fertiles et ont une capacité de rétention d’eau
assez faible.

L’arrondissement de Tobré est situé dans une zone soudano-guinéenne et connaît


deux saisons par an, une pluvieuse de mi-avril à mi-octobre avec une moyenne
pluviométrique de 1000 mm par an et une sèche de mi-octobre à mi-avril, marquée
par l’harmattan qui souffle entre novembre et mi-mars. La température moyenne est
de 26°C avec un maximum au cours du mois de février. Sur le plan hydraulique, il est
traversé par de nombreuses rivières à régime torrentiel telles que l’Alibori, et des
cours d’eau à caractère saisonnier que sont : bouerou et assari. Sa végétation est
composée de savanes arbustives et arborées, de strates herbacées et d’aires classées
notamment les forêts classées de l’Alibori supérieur et celle de la Mekrou d’une
superficie estimée à 20 700 hectares (Atlas monographique, 2001). La majorité des
galeries forestières de la commune de Ouassa Pehunco d’une surface de 207 km2 soit
10% du territoire communal, est partagé avec l’arrondissement de Tobré qui dispose
également d’une superficie de terres cultivables estimée à 20618 hectares. Ce qui fait
que cette localité est une zone riche en ressources forestières, notamment les espèces
telles que Anogeissus leiocarpus, Afzelia africana, Khaya senegalensis, Pterocarpus
erinaceus etc. recherchées par les exploitants forestiers. La faune de Tobré est
constituée de singes, de phacochères, de buffle et autres petits gibiers.

Il est peuplé de 65% de Baatombu encore appelés Bariba, de 33 % de Peuls et de 2%


de plusieurs autres groupes ethniques notamment les Somba, les Yoruba, les Haoussa
et les Zerma. Sur le plan administratif, Tobré est un arrondissement depuis 1978
dirigé d’abord par un maire, puis depuis 1990, début du processus de décentralisation
sous la responsabilité d’un chef d’arrondissement (CA) subordonné au maire de la
commune de Ouassa-Pehunco selon la hiérarchie administrative (schéma 1). Le CA
gère l’arrondissement en collaboration avec les délégués de quartiers ou les chefs
villages qui lui sont rattachés. Au niveau des villages, chaque chef dispose d’un

20
comité3 de gestion mis en place par la mairie et qui l’aide à gérer les ressources
naturelles situées dans les limites de son espace d’autorité. En dehors de ces comités,
plusieurs autres comités sont crées autour d’initiatives diverses (lutte contre la gestion
frauduleuse du bois d’œuvre, gestion de jardins botaniques, protection des forêts). Il
s’agit des comités villageois de Développement (CVD), des comités villageois de
gestion (CVG), des comités gabatier, des comités de l’UCPC, des comités
communaux et intercommunaux, etc. On note également la présence de multiples
ONG (PAVICO, ProCGRN, GiZ, REDERC, etc.)4 qui s’intéressent à l’évolution des
écosystèmes forestiers. Cette diversification des acteurs de la gestion des ressources
naturelles et leurs modes de fonctionnement quotidien constituent des espaces
d’analyse de nombreuses dynamiques d’appropriation des ressources naturelles dans
le cadre de cette étude.

Schéma 1 : Structure administrative de la commune de Pehunco

Commune Maire
Pehunco

Arrondissements
chef
Pehunco, Tobré et d'arrondissement
chef d'arrondissement

Gnemasson

chef village ou chef village ou


chef village ou chef de village délégué de
Villages ou délegué de délégué de
quartier
délegué de quartier quartier
26 villages et quartiers quartier
de ville
comité de gestion
des ressources
naturelles

3
Les comités de gestion ont été mis en place à Tobré en 2004 après les premières élections municipales
et communales de 2002 et le deuxième tour des élections locales de 2003.
4
Liste complète à l’annexe.

21
Structuration de l’étude

L’étude est structurée en sept chapitres. Le premier chapitre s’articule autour des
données générales permettant de comprendre le cadre théorique et méthodologique
justifiant les réflexions scientifiques de la recherche. Le deuxième chapitre présente
les contextes et les acteurs de l’étude. Dans ce chapitre, les données historiques,
géographiques, environnementales, économiques et politiques qui sous-tendent la
gestion des ressources naturelles au Bénin et à Tobré sont présentées. Le contexte
actuel de la gestion de ces ressources en rapport avec le processus de la
décentralisation y est décrit, afin d’appréhender les transformations des politiques
publiques dans ce domaine.

Les chapitres 3 et 4 révèlent les faits historiques de l’appropriation des ressources


naturelles. Ils décrivent les modes d’appropriation des ressources naturelles tels qu’ils
ont été définis par les acteurs locaux, les Baatomu et les acteurs extérieurs représentés
par l’Etat et les projets de développement. Ainsi, le chapitre 3 donne un aperçu de
l’histoire de peuplement baatonu de Ouassa pour comprendre la fondation de la
localité de Tobré, afin de saisir l’espace socio-politique, religieux et institutionnel
dans lequel s’insèrent les modes d’appropriation des ressources naturelles. Quant au
chapitre 4, il se donne un triple objectif : tout d’abord appréhender empiriquement "la
construction de l’Etat" à partir de la production des politiques publiques
(Hassenteufel, 2011) ; ensuite, la revue de l’histoire des politiques forestières et leurs
conséquences sur les modes traditionnnels de gestion des ressouces naturelles; et
enfin relater les défaillances de l’Etat forestier qui ont conduit à une gestion pluri-
acteurs des ressources naturelles. Il s’agit de situer dans ce chapitre les influences
coloniales, les politiques publiques définies et leurs mises en œuvre et les
transformations (environnementale, politique, économique et sociale) induites par
l’Etat dans le système de contrôle de l’accès aux ressources naturelles dans la localité
de Tobré. Ces deux chapitres posent le problème de la dualité institutionnelle de la
gestion des ressources naturelles.

Les chapitres 5, 6, et 7 se structurent autour d’études de cas qui présentent les comités
de gestion en tant que dispositifs participatifs progressivement apparus dans la
définition et la mise en œuvre des politiques publiques locales de la gestion des

22
ressources naturelles. Le chapitre 5 décrit l’entrée en jeu de ces comités dans les
politiques locales de la gestion des ressources naturelles à partir des exemples de
gestion participative introduite tant par l’Etat que les projets de développement. Plus
particulièrement, les expériences de regroupements villageois, de champs collectifs,
de gestion du terroir, etc. en lien avec les formes d’interaction entre acteurs locaux et
intervenants extérieurs (aide publique au développement, ajustement structurel,
pratiques des ONG, etc.) y sont décrites. Le chapitre 6 retrace l’action publique de
gestion des ressources naturelles. Il met en exergue le caractère complexe de la
gestion des ressources naturelles à partir de la description des nouveaux espaces
publics et de l’action polycentrique de gestion des ressources naturelles. Ainsi, les
conflits, la concurrence dans les médias, le fonctionnement interne des comités de
gestion, leurs dynamiques externes, les formes d’interactions entre les multiples
acteurs, sont abordés dans ce chapitre. Enfin, le chapitre 7, qui est le dernier, présente
un exemple de gestion négociée des ressources naturelles entre de multiples acteurs
situés à plusieurs niveaux. Il s’agit d’une étude de cas sur le jardin botanique de
Dakereru en tant que modèle de projet initié par les acteurs locaux et autour duquel se
mettent en place des dynamiques de mobilisation d’acteurs et de fonds externes. Les
formes de contrat et de gouvernance qui ont abouti à une négociation de cette
politique locale de gestion y sont décrites et analysés.

23
CHAPITRE 1 : UNE SOCIO-ANTHROPOLOGIE DE LA
GESTION DE LA NATURE : APPROCHE THEORIQUE ET
METHODOLOGIQUE

Ce premier chapitre présente le cadre théorique et méthodologique de l’étude. Il


retrace l'histoire de la conservation et de la protection. Ensuite, il présente les
interventions externes dans le domaine de la gestion des ressources naturelles et décrit
les dispositifs actuels participatifs dans la perspective d’une anthropologie du
développement en rapport avec les notions d’interfaces, de la multiplication des
comités, de courtage et d'inscription des interventions dans les arènes locales, et les
ambigüités des notions de "communauté" et de "participation". Ce préalable théorique
permettra de développer une perspective d'action publique pluri-acteurs qui fonde les
analyses de la présente étude. Enfin, la démarche méthodologique autour de laquelle
est structuré tout le processus de recherche est présentée.

1.1. Conservation et protection de la nature : de l'exclusion à la


co-gestion

Je propose ici une mise en perspective historique de la conservation et de la protection


pour comprendre comment les dispositifs participatifs, notamment les comités de
gestion ont fait leur entrée dans l’arène locale de gestion des ressources naturelles. En
effet, la conception de la conservation de la nature en tant que domaine d’activité
faisant l’objet de politique ciblée s’est créée au cours des XVIIe et XVIIIe siècles lors
de la colonisation des tropiques et suite aux débats entre conservationnistes et
préservationistes dans la seconde moitié du XIXe siècle aux Etats-Unis (Aubertin et
al., 2005). Selon une lecture historique et analytique de son évolution, la conservation
de la nature est marquée par trois périodes fondamentales (Rodary et al., 2003). Le
début de l’ère coloniale (1880) caractérisé par les mouvements conservationnistes qui
se démarquent des approches "ressourcistes" ; la période coloniale (1914-1939) dite
excluante au cours de laquelle se généralisent les aires protégées à l’échelle mondiale
et les mesures répressives prises à l’endroit des populations autochtones ; et la période
de conservation intégrée apparue dès les années 1970 et qui marque le début du
rapprochement entre les préoccupations environnementalistes et le développement.
Cette approche de conservation intégrée sera vulgarisée sur tous les continents,

24
notamment en Afrique à partir des années 1980 et précisément après la conférence de
Rio (1990) à travers, par exemple, la gestion participative ou décentralisée des
ressources naturelles, proposées par les institutions internationales.

En deux décennies, la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest ont révisé leur mode
de gestion des ressources naturelles en ce qui concerne la législation forestière, la
délégation des pouvoirs aux conseils communaux, l’action des ONG et des projets en
vue de garantir une meilleure prise en compte des réalités locales. En fait, l’inquiétude
liée aux changements écologiques, économiques et sociaux (dégradation des forêts,
désertification avancée dans les zones sahéliennes, sécheresse, politique d’ajustement
structurel, migrations, croissance démographique, etc.) survenus dans les milieux
ruraux fondent les premières réflexions pour une gestion participative des ressources
naturelles. Cette inquiétude s’est doublée du constat de l’échec des différentes
approches proposées jusque-là (régulation étatique, gestion par le marché ou
privatisation) tant par les scientifiques que par les politiques. Selon Lavigne Delville
(2005), les interventions publiques des décennies passées ont fragilisé les systèmes
locaux d’utilisation et de contrôle des ressources instaurant un accès libre de fait et
une accélération des prélèvements. Dès lors, une gestion locale avec tous les acteurs,
notamment les usagers, semble s’imposer et l’approche conservationniste est
progressivement remplacée par une vision plus dynamique et aménagiste privilégiant
la nécessité de gérer et de négocier avec tous les acteurs concernés. Cela suppose
également de faire recours à plusieurs partenaires ou instances (étatique/communale,
communautaire ou associative) qui assument des rôles variés.

Pour autant la pluralité institutionnelle, la diversité et l’hétérogénéité des acteurs


observées dans la gestion actuelle des ressources naturelles est un fait inhérent au
fonctionnement des Etats africains depuis la période coloniale. Par exemple, Aubertin
et al., (2005) soulignent que les ONG ont accompagné en permanence les choix
gouvernementaux coloniaux et post-coloniaux en ce qui concerne les stratégies, les
modes de financement, et les formes de gestion des ressources naturelles sur le
terrain. Ces actions d’accompagnement ont ainsi contribué à accentuer le phénomène
de dépendance des structures étatiques, mêmes décentralisées, vis-à-vis des bailleurs
de fonds et de l’aide publique. De fait, les collectivités locales sont aujourd’hui
caractérisées dans leur majorité par une faible capacité d’organisation, de régulation

25
et de contrôle dues particulièrement à la faiblesse de leurs moyens financiers (Tidjani
Alou, 2009 ; Bako-Arifari, 2011). Dans un tel contexte, elles ne peuvent plus
prétendre avoir le monopole des services publics, sans en avoir souvent les moyens.
Elles sont donc concurrencées, suppléés ou complétées par de multiples acteurs
notamment les comités de gestion dans la définition des actions publiques de gestion
des ressources naturelles et dans la recherche de fonds nécessaires pour leur mise en
œuvre.

En tenant compte de ces analyses sur l’évolution du contexte de conservation de la


nature, le concept de conservation serait passé d’un usage restrictif de la nature avec
possibilité de valoriser les ressources naturelles à des mesures d’exclusion notamment
des ruraux, pour ensuite intégrer la notion de développement. Quant à la notion de
protection, elle serait « l’évolution de la logique de conservation et désigne toute
action politique, économique, technique ou tout autre visant à maintenir ou à
améliorer des écosystèmes naturels contre des dynamiques anthropiques notamment
jugées négatives » (Rodary et Castellanet, 2003 cité par Levée, 2006 : 4). Cette
définition correspond à la conception de la gestion des ressources naturelles dans cette
étude qui renvoie à l’ensemble de pratiques et de procédures techniques,
institutionnelles et économiques servant à règlementer l’accès à une ressource par
l’Etat ou par les acteurs extérieurs dans une logique de gestion durable et/ou de
protection de certaines ressources spécifiques. En effet, la "gestion" revêt plusieurs
sens. Lavigne Delville distingue quatre niveaux de compréhension du mot "gestion":
il s’agit de "governance", "management", "operating", "enforcement", qui renvoient
respectivement au fait de définir les règles, d’en organiser la mise en œuvre, de les
mettre en œuvre et d’en garantir la mise en œuvre. (Lavigne Delville, 2005 :34). Dans
le cadre de cette étude, la gestion stipule d’une part l’ensemble des pratiques locales
de régulation, de l’accès aux ressources et de leur exploitation, et d’autre part les
pratiques effectives des comités mis en place tant par les acteurs locaux que par les
acteurs extérieurs. Et, c’est pour comprendre les interactions entre ces différents
acteurs (locaux et externes) que je m’intéresse aux interventions externes et aux
dispositifs participatifs sous l’angle de la socio-anthropologie du développement.

26
1.2. Interventions externes et dispositifs participatifs

Les interventions externes en gestion des ressources naturelles concernent


globalement le domaine du développement dans les pays en Afrique. En effet, les
travaux portant sur la thématique de la gestion des ressources naturelles en tant
qu’objet de développement sont très nombreux. Certains l’abordent dans des
approches internationales, s’intéressant notamment à la biodiversité et son implication
dans le développement durable (Rodary E., C. Castellanet et G. Rossi, 2003 ;
Aubertin, 2005 & al.,), d’autres suivent les approches institutionnelles (Ostrom, 1990
; Lavigne Delville (1998, 2005, 2011), et dans une moindre mesure en rapport avec
l’Etat, en particulier les confrontations de pouvoir (Bierschenk, 2007), les logiques de
courtage (Bierschenk, & al., 2000), la délivrance de services publics et la
gouvernance (Olivier de Sardan, 2004 ; Blundo et Le Meur, 2009). Cette dernière
approche théorique inscrite dans la socio-anthropologie du développement permet de
rendre compte de la complexité de la gestion des ressources naturelles telle qu’elle
apparaît dans le cadre de cette étude.

En effet, la socio-anthropologie est une discipline qui « affirme la complexité du


social et la divergence des intérêts, des conceptions, des stratégies ou des logiques des
divers "partenaires" ou "adversaires" que met en rapport le développement » (Olivier
de Sardan, 1995 :14). Elle a longtemps focalisé ses analyses sur les approches
théoriques de type déconstructionniste du "discours de développement", de type
populiste ainsi que celle s’intéressant à "l’enchevêtrement des logiques sociales" et à
l’hétérogénéité des acteurs qui se confrontent autour des actions de développement
(Olivier de Sardan, 2001). L’auteur définit l’approche populiste comme celle qui
défend les intérêts des acteurs locaux dans les rapports de développement avec les
développeurs. Dans ce sens, on peut citer les descriptions et les analyses qui
s’intéressent à la revalorisation des savoirs locaux (Warren, 1989, 1993 ; Dupré,
1991). En ce qui concerne l’approche par l’enchevêtrement des logiques sociales, elle
se situe entre l’approche populiste et celle de la déconstruction des discours du
développement. Elle est centrée sur les acteurs et les institutions, les politiques et les
discours en rapport avec les dynamiques engendrées par les politiques de
développement proposées par les projets et les institutions internationales (Olivier de
Sardan, 2001). Ainsi, les faits sociaux de développement, notamment la

27
décentralisation, les normes professionnelles, etc. sont décrits et analysés en tant
qu’objet d’étude empirique. Les travaux de l’APAD au début des années 1980 sont
caractérisés par cette posture théorique, avec une contribution très remarquable des
auteurs africanistes (Dozon, 1978 ; Olivier de Sardan, 1983 ; Chauveau, 1985). Mais,
depuis quelques années, la socio-anthropologie du développement a focalisé ses
analyses sur « la "déconstruction" des projets de développement et/ou des
interventions planifiées, et sur les acteurs, met l’accent sur "les politiques de
développement" et les approches sectorielles » (Bierschenk, 2007: 14). Cette posture
théorique ouvre alors de nouveaux débats qui permettent de situer la problématique de
la gestion des ressources naturelles.

Dans cette étude, j’aborde l’appropriation des ressources naturelles en tant qu’espace
d’affrontement de visions qui met en rapport les acteurs locaux avec les acteurs
externes, notamment les services administratifs communaux, les services
déconcentrés de l’Etat, les projets, les ONG, etc. Cela permet d’appréhender comment
les différents acteurs se positionnent par rapport aux multiples intérêts, aux
représentations de la nature, aux logiques d’action et aux différentes stratégies mises
en jeu. En fait, tout « dispositif de développement apparaît comme un enjeu ou
chacun joue avec des cartes et des règles différentes » (Olivier de Sardan, 1995 :173).
Dans le contexte de Tobré, la gestion des ressources naturelles est devenue « un
système de ressources et d’opportunités que chacun tente de s’approprier à sa
manière » (idem). Les comités de gestion affûtent chacun leurs stratégies d’action
pour capter les ressources sociales, économiques et politiques. Plus particulièrement,
certains leaders d’opinion, chefs de comité ou de groupement utilisent cet espace de
gestion des ressources naturelles pour se positionner non seulement par rapport aux
enjeux de la protection de la nature, mais également par rapport à leur légitimité
sociale et politique ou vis-à-vis des ONG et projets de développement.

Le développement prend ici la forme d’une gestion locale des ressources naturelles
mise en place dans la plupart des pays en Afrique de l’Ouest dans le contexte de la
démocratisation et du processus de décentralisation. Cette forme de gestion des
ressources naturelles a succédé à bon nombre d’approches théoriques qui ont tenté
d’appréhender la gestion des ressources naturelles en lien avec la participation des
acteurs locaux. En effet, le discours développementiste sur la gestion locale en

28
Afrique reste ambigu et divergent selon les différents acteurs (populations,
gouvernements, bailleurs de fonds, etc.). Lavigne Delville (2005) en précise deux
niveaux d’acceptions : la gestion locale en tant que gestion publique sous le contrôle
des services techniques de l’Etat, limitant alors le pouvoir des acteurs locaux à des
propositions d’ajustement ou à la mise en œuvre des règles définies, et la gestion
décentralisée impliquant davantage ces acteurs locaux, les organisations locales, les
conseils communaux, les comités de gestion dans la définition des règles. Pour
Lavigne Delville (2005), la question de transfert de pouvoir aux acteurs locaux et à
leurs représentants est au centre des débats entre une simple déconcentration et une
véritable gestion décentralisée.

Ces aspects ont été également discutés par les tenants de la théorie de la "propriété
collective" (Ostrom, 1990 ; Griffon, 1992 ; Agrawal & Gibson, 1999 ; Mathieu &
Freudenberger, 1998). Ces auteurs se sont intéressés au transfert de la gestion, voire
de la propriété des ressources naturelles aux acteurs locaux, à la définition et au
respect des règles qui régissent l’accès aux ressources, à la prise de décision sur la
manière dont les ressources sont utilisées. Ils décrivent ainsi les caractéristiques de
ces acteurs locaux qui, dans leur interaction quotidienne, tendent vers des systèmes de
gestion durable et de gouvernance efficace des ressources collectives à travers la
définition des règles adaptées et modifiables selon le contexte local.

Toutefois, le constat fait par plusieurs auteurs qui se sont intéressés à la pratique du
développement en général ou de la gestion de la nature en particulier, est que les
règles traditionnelles d’accès aux ressources définies par les instances coutumières
sont rarement prises en compte par les projets de développement ou de gestion des
ressources naturelles (Boiral, P., Lanteri J.-F & Olivier De Sardan, J.-P, 1985 ;
Lavigne Delville, 2005 ; Olivier de Sardan, 1995 ; Dozon, 1978 ; Lavigne Delville &
Hochet, 2005). Très souvent, ces projets définissent de nouvelles règles d’accès et de
contrôle de ces ressources (délimitation des zones de pâturage, forêts aménagées,
etc.), les mettent en œuvre à travers des organisations, des comités de gestion ou des
regroupements villageois qu’ils mettent en place. C’est le cas des Comités Villageois
de Développement (CVD) promus dans le cadre de l’approche "gestion du terroir" un
peu partout en milieu rural africain, comme à Tobré vers la fin des années 80 pour
trouver des alternatives aux "logiques de filière". A ce propos Lavigne Delville (1988)

29
souligne que ces nouvelles règles et instances créées par les interventions externes
risquent souvent de concurrencer celles existantes, de les fragiliser au lieu de les
renforcer. Ce qui renvoie à la récurrente question de la participation marquée par les
débats sur les pessimismes méthodologiques et idéologiques (Chauveau, 1996). En
effet, distinguer entre ces deux niveaux d’analyse, implique de considérer les
approches qui tentent de rompre avec le populisme idéologique non pas pour postuler
leur efficacité, mais pour se donner les moyens de prendre en compte la diversité des
expériences participatives et de leur signification sociale dans un contexte qui inclut
tant les enjeux sociaux macro que micro (Lavigne Delville, 2011).

Dans ce sens, la littérature d’anthropologie du développement qui met l’accent sur le


caractère exogène des dispositifs participatifs, leur conception fonctionnaliste, leur
instrumentalisation politique dans les arènes locales ne peut suffire. Il est nécessaire
de choisir une approche qui tienne compte non seulement « des actions des multiples
acteurs, leurs interactions et le sens qu'ils leur donnent, mais aussi les institutions, les
normes, les procédures qui gouvernent l'ensemble de ces interactions, ainsi que les
représentations collectives » (Lascoumes et Le Galès, 2007: 10). Cela permet de
comprendre comment les acteurs locaux, particulièrement les comités de gestion se
positionnent par rapport à leurs intérêts ou leurs légitimités politiques acquises et par
rapport aux acteurs extérieurs dans cette arène locale de gestion des ressources
naturelles. C’est une perspective théorique qui s’inscrit dans une approche de l’action
publique. Mais auparavant, il convient de relever les ambigüités des concepts de
communauté et de participation pour mieux préciser l’approche pluri-acteurs.

1.3. Les ambigüités des concepts de "communauté" et de


participation

La "communauté locale" est un concept clé des politiques de développement. Il est


utilisé dans les discours sur la décentralisation en milieu rural africain pour suggérer
l’implication des populations dans la gestion des ressources naturelles. Aussi bien
l’Etat que les institutions nationales et internationales affichent cette idée de
communauté comme étant un groupe homogène partageant des normes et des intérêts
communs. Pourtant, comme le souligne Lavigne Delville « idéaliser " la communauté
locale" et sous-estimer les différenciations internes et les rapports de force, peuvent

30
conduire à une vision biaisée des règles de gestion des ressources naturelles et des
modes d’intervention » (Lavigne Delville, 2001 :16). De ce fait, j’utilise le concept
"d’arène locale" pour m’éloigner de celui de "communauté locale", dont je note
l’ambigüité. Le concept "d’arène locale" permet de rendre compte des aspects de
confrontations et de négociations des acteurs autour des enjeux locaux, des stratégies
et des conflits en lien avec les dynamiques d’appropriation des ressources naturelles.
Selon Olivier de Sardan, « dans une arène, des groupes stratégiques hétérogènes
s’affrontent, mus par des intérêts (matériels ou symboliques) plus ou moins
compatibles, les acteurs étant tous dotés de pouvoirs relationnels plus ou moins
inégalement distribués » (Olivier de Sardan, 1995 : 174). Ainsi, le concept "d’arène"
me permet de mieux cerner dans la problématique de protection de la nature, les
rapports des acteurs locaux entre eux, avec la nature et avec les acteurs externes. La
gestion des ressources naturelles relève alors d’une interaction entre de multiples
acteurs hétérogènes dans une arène, et non d’une communauté homogène. Cette
hétérogénéité qui caractérise l’arène locale de gestion des ressources naturelles
s’observe également dans la logique d’interprétation des rapports entre "acteurs
locaux" et "acteurs externes" dans le cadre des projets participatifs.

Théoriquement le concept de participation permet de saisir la configuration de l’arène


locale de gestion de la nature. La participation est un thème récurrent dans les débats
scientifiques comme dans les questions de développement. Elle englobe les approches
générales de développement communautaire, décentralisé, à la base, auto-centré, de
mouvements coopératifs, etc. (Chauveau, 1994), et est un « des moyens censés
réduire le décalage entre situations locales et interventions externes » (Lavigne
Delville, 2011 :34). La plupart des institutions locales, nationales et internationales
prônent cette philosophie de participation au nom de l’équité, de l’efficience ou de
l’efficacité de l’action de conserver la nature. Elle la définit en tant que processus
associant les acteurs locaux à la détermination des objectifs et à la mise en œuvre des
politiques de protection. Pour autant, bien « qu'expérimentées depuis plusieurs
décennies, et malgré les évolutions indéniables qu'elles ont entraînées dans la façon
de mettre en œuvre les programmes de développement et les politiques publiques, les
approches participatives se retrouvent toujours face aux mêmes interrogations sur leur
efficacité et leur pertinence » (d’Aquino, 2007 :3). Ainsi, certains auteurs proposent
de prendre en compte la complexité du social, de prévoir une négociation entre

31
acteurs pour un jeu social normal (Lavigne Delville, 1992 ; Olivier de Sardan 1990),
de connaître le poids de l’environnement politique et celui des interventions
extérieures (Chauveau, 1994). Car, « il n’existe pas de participation authentique qui
ne serait détournée par les acteurs et groupes d’acteurs » (idem). Plus que de simples
participants, les acteurs locaux sont aujourd’hui des décideurs dans l’arène locale de
gestion des ressources naturelles. Il est alors important de relever les ambigüités
structurelles de la participation sans toutefois postuler une inévitable
instrumentalisation (Lavigne Delville, 2011) à travers la mobilisation de débats
théoriques en sciences politiques, particulièrement en sociologie de l’action publique.

1.4. Réguler l'exploitation des ressources naturelles : une


perspective d'action publique pluri-acteurs

La sociologie de l’action publique est « une sociologie politique qui s’intéresse à


l’articulation de régulations sociales et politiques, aux conflits, aux ressources, aux
activités politiques et aux questions de légitimité des acteurs et en premier lieu de
l’Etat, des gouvernements et des gouvernants » (Lascoumes et Le Galès, 2007 : 9). En
effet, pendant longtemps, l’analyse des politiques publiques s’est centrée sur l’Etat.
Partant « d’une approche normative sur l’efficacité de l’Etat et les façons de
l’améliorer, elle s’est progressivement orienté vers une sociologie politique de l’Etat
en action » (Jobert et Muller, 1987 cité par Lavigne Delville, 2011 : 141).

Ainsi, depuis quelques décennies, les domaines d’intervention de l’Etat se sont


multipliés et complexifiés mettant les politiques publiques au centre de nombreux
débats et travaux. La plupart de ces travaux insiste sur le fait que « l’analyse des
politiques publiques ne peut se limiter à l’action des autorités publiques puisque
celles-ci agissent en interaction avec des acteurs non étatiques pour coproduire
l’action publique » (Hassenteufel, 2011 : 9). Elle tend vers des approches qui mettent
l’accent sur les politiques publiques et leur évolution vers une conception en termes
« de construction collective de l’action publique » (idem : 25) ou vers « un système
d’ordre négocié » entre de multiples acteurs situés à différents niveaux (Lascoumes et
Le Galès, 2007 : 111) permettant alors d’analyser les transformations des Etats
contemporains.

32
C’est le cas des travaux de Massardier (2003) qui se structurent autour des « actions
collectives productrices de dispositifs concrets de politiques publiques » ; ou les écrits
de Lascoumes et Le Galès (2004, 2009) et Muller (2004) qui abordent les thématiques
plus large de politiques publiques avec l’analyse des diverses formes de régulations
sociales et politiques, remettant en cause les approches stato-centrées ; ou encore
Lacasse et Thoenig (1996) qui traitent de la conduite des politiques publiques ou qui
s’intéressent aux instruments d’action publique. Ces travaux ont participé au
renouvellement de la notion de politique publique pour celle de l’action publique
(Thoenig, 1998), permettant ainsi d’appréhender les interactions multi-acteurs
enchevêtrées à plusieurs niveaux.

Toutefois, du point de vue méthodologique et conceptuel, l’analyse de l’action


publique ne relève pas d’une épistémologie particulière. Elle emprunte ses outils aux
grands paradigmes des sciences sociales, notamment la sociologie politique,
l’économie, l’histoire, le droit, etc. (Lascoumes et Galès, 2007). Dans ce sens, certains
théoriciens du choix rationnel ont critiqué dans leurs écrits les programmes
d’intervention de l’Etat (politique, militaires, sociales). D’autres auteurs d’inspiration
marxiste ont utilisé le paradigme de lutte des classes pour expliquer l’évolution des
politiques sociales ou les dynamiques politiques urbaines. On note également l’apport
de Durkheim sur les représentations, normes et contribution des politiques publiques à
la régulation de la société et celui de Weber pour son analyse de la bureaucratie, de
l’individualisme méthodologique et de la comparaison historique. La contribution de
Bourdieu sur les trajectoires et habitus des hauts fonctionnaires en sociologie du droit
s’inscrit aussi dans cette réorientation théorique.

Ainsi, la sociologie de l’action publique bien que constituant un domaine de recherche


à part entière, ne peut se détacher de la réflexion des sciences sociales sur le
fonctionnement des sociétés, la connaissance des modes d’organisation sociale et de
leurs transformations. Son mérite est de tenter de rompre avec « l’unicité de l’Etat, le
fétichisme de la décision et le volontarisme politique » (Lascoumes et Le Galès, 2007
:16), de permettre « un regard moins "technocratique" sur les dispositifs de politiques
publiques au profit de la réalité des systèmes d’actions concrets qui les fabriquent »
(Massardier, 2003 :75).

33
Dans cette étude, je m’intéresse au processus de mise en place et au fonctionnement
de ces systèmes d’actions concrets. Plus précisément, je situe la gestion des
ressources naturelles, dans une dynamique d’action collective et complexe où, les
acteurs individuels, collectifs ou institutionnels se rencontrent et se confrontent tous
les jours pour produire des dispositifs concrets de politiques publiques. Cela me
permet d’appréhender la multiplicité des acteurs en jeu, la multipolarité de l’action
dans un contexte où l’Etat n’a plus le monopole de la définition et de la mise en
œuvre des politiques publiques. C’est pourquoi je prône une approche qui prenne en
compte non seulement l’intervention des autorités publiques, mais également les
actions disparates d’acteurs multiples. Dans ce sens, l’approche axée sur l’action
publique permet de montrer cette "multiplexité" qui caractérise la gestion des
ressources naturelles.

1.4.1. Apport d'une perspective pluri-acteurs

Pour comprendre et saisir dans quelles conditions les multiples acteurs, notamment
les comités de gestion émergent et inscrivent leur action dans la gestion publique des
ressources naturelles, qui sont ces acteurs locaux engagés dans la définition et la mise
en œuvre de cette politique publique, je pars de l’analyse de Massardier (2003) qui
considère l’action publique comme une action "multiplexe" combinant trois notions
clefs : la pertinence des nouveaux acteurs, le rôle grandissant des espaces publics et
l’aspect à la fois polycentrique et négociée de l’action publique. Cette assertion repose
sur le rôle incontestable de nouveaux acteurs dans la structuration formelle des
politiques publiques, les formes d’interactions qu’ils organisent, leur niveau
d’enchevêtrement, et les résultats auxquels ils aboutissent en termes de contrat ou de
gouvernance.

De fait, la perspective d’analyse en termes d’action "multiplexe" s’inscrit dans une


approche "actionniste" ou "polycentrique" qui « met l’accent sur la mobilisation
sociale des "publics" autour d’enjeux de politiques publiques, ainsi que sur leurs
modes de participation à l’action publique ou encore leurs stratégies pour résoudre
leurs conflits et construire leurs accords » (Massardier, 2003 :83). Cette approche a
été développée dans le cadre des critiques apportées aux théories élitiste, pluraliste et
néo-corporatiste axées sur les "actions des autorités publiques". Elle s’ancre

34
précisément dans les débats théoriques sur les modèles en termes de réseaux ou de
gouvernance, qui tentent de faire la part entre les actions des "publics" et celles de
l’Etat. Ces différents modèles d’analyse se fondent sur la perte relative du monopole
de l’Etat dans les processus d’action publique en rapport avec l’émergence des
réseaux d’action publique qui s’organisent à différents niveaux et le jeu des acteurs
qui prennent en compte la gouvernance polycentrique et multi-niveaux (Lascoumes et
Le Galès, 2007).

Pour comprendre cette approche dans le cas de cette étude, rappelons dans un premier
temps que les comités de gestion des ressources naturelles dont il s’agit ne sont pas de
nouveaux acteurs dans ce domaine. On peut les comparer aux groupements collectifs
paysans de la période coloniale, aux coopératives agricoles ou encore aux
groupements villageois de la filière coton. Certes, ces différents comités sont pour la
plupart issus d’organisations étatiques ou sont promus par les ONG et les projets de
développement (Rouvière, 1989), mais, il faut noter qu’ils ont accumulé de
l’expérience au fil du temps et de la participation, et la capacité d’imposer leur
opinion, leur représentation de la gestion, leur logique d’action, ou à faire valoir leurs
ressources, s’améliorent (Massardier, 2003).

Dans le cadre de la gestion des ressources naturelles, cette notion d’acteurs pertinents
a été discutée par plusieurs auteurs qui relèvent la défaillance de l’Etat comme une
disposition favorable à cette montée en puissance des acteurs locaux dans les
politiques publiques locales (Ostrom, 1990 ; Lavigne Delville, 2005). Certains auteurs
soulignent les nombreuses difficultés (corruption, manque de moyens, échec des
modèles exogènes, etc.) qui caractérisent le secteur forestier (Blundo, 2009 ; Kabala,
1994; Rodary & Castellanet, 2003). D’autres insistent sur le rôle croissant des acteurs
extérieurs dans ce secteur en vertu de la protection de la biodiversité, concept en
vogue depuis déjà deux décennies (Bertrand et al. 2006) et pour lequel il existe un
financement certain auprès des institutions internationales spécialisées. La
problématique du "moins d’Etat" (Laurent, 1998) dans lequel évoluent les comités de
gestion en rapport avec le processus de la décentralisation à été également soulignée
dans des travaux s’intéressant à l’entrée en jeu de multiples acteurs sur la scène de
l’action publique.

35
Au vu de ces nombreuses ambigüités en termes de difficultés et d’opportunités qui
caractérisent la gestion des ressources naturelles, il faut comprendre l’arène locale de
gestion de ces ressources comme un espace d’échanges et de controverses sur la
définition des problèmes publics et leur mode de résolution (Massardier, 2003). Et
c’est là, la deuxième assertion que je tente de comprendre dans le contexte de ce
travail. En effet, « un problème devient public à partir du moment où des acteurs
sociaux estiment que quelque chose doit être fait pour changer une situation »
(Lascoumes et Le Galès, 2007 : 70). La situation posée dans le cas de l’étude par les
acteurs locaux, notamment les chefs de comités, est la gestion frauduleuse des
ressources naturelles par des exploitants forestiers étrangers en complicité avec
certains agents des Eaux et Forêts et des autorités locales. Ces chefs de comité ont
pensé changer la situation par des revendications muries au sein des comités de
gestion, à partir des médias (communiqués radios, débats sur les ondes de la radio
locale, invitation de presse écrite), ou par des marches de contestations. Ces espaces
choisis par les comités de gestion et leurs représentants pour débattre désormais de la
gestion des ressources naturelles se trouvent être déconnecté de l’espace habituel,
structuré au sommet de l’Etat, où se définissait toute la procédure de mise en œuvre
des politiques de gestion forestière. On se retrouve ainsi dans une situation où des
positions différentes se concurrencent.

Cette concurrence s’exprime tant à travers les formes de mobilisation des acteurs
locaux et de leur influence face à l’Etat, que par rapport à la structuration de l’espace
public. En fait, d’une part les mouvements observés dans le contexte de la gestion des
ressources naturelles à Tobré sont bien loin des traditionnelles oppositions entre
agents forestiers et acteurs ruraux. Ils prennent les allures d’une volonté
d’institutionnalisation de leurs actions. D’autre part, l’espace public actuel de gestion
des ressources naturelles s’est complexifié. Sa compréhension s’inscrit dans les
nouveaux espaces de débats sur les politiques publiques non seulement en termes de
controverses, mais aussi en tant que « lieu de la hiérarchisation de la parole sur la
chose publique structurellement fragmenté » (Massardier, 2003: 78). Cette acception
de l’espace public renvoie à la concurrence dans les médias, aux modes d’échanges
dans les forums, à l’organisation des réseaux de politique publique, etc. Dans ce sens
l’auteur note que « si d’un côté l’espace public publicise le privé, d’un autre côté, les
divers forums et arènes privatisent le public dans la mesure où des problèmes y sont

36
débattus, voire traités dans l’entre soi d’un secteur ou d’un réseau inaccessible et
opaque pour qui n’en fait pas partie » (Massardier, 2003 : 80-81). C’est cette
structuration qui participe de la fragmentation de l’espace public en de multiples
espaces juxtaposés et variés.

Ainsi, l’Etat ne serait plus seul dans la définition et la mise en œuvre des politiques
publiques de gestion des ressources naturelles. Il existe de multiples acteurs qui
s’impliquent dans le système de décision et de gestion publique et avec lesquels l’Etat
doit composer. C’est à cela que renvoie la troisième dimension de l’approche
"mutiplexe" de l’action publique qui insiste sur les aspects polycentriques et négociés.
Plus précisément, l’aspect polycentrique de l’action concerne son pluralisme, son
horizontalité, son côté processuel et sa localisation (Massardier, 2003).

Dans le contexte de l’étude, je souligne ce pluralisme de l’action publique dans le cas


concret de la décentralisation. En effet, la gestion des ressources naturelles dans un
contexte de décentralisation est caractérisée par une configuration des arènes locales,
marquées par une multiplicité de structures et, une pluralité d’acteurs hétérogènes en
interactions. A Tobré deux niveaux d’analyse peuvent être dégagés de cette
interaction entre les différents acteurs impliqués ou concernés par la gestion des
ressources naturelles. Un premier niveau où l’on retrouve des acteurs individuels
(maire, chef de quartier, agent forestier, représentant de comité, autorités
traditionnelles, etc.) ou collectifs (comité de gestion des ressources, groupes de
scieurs, etc.) qui sont dans des relations diversifiées de conflits, d’échange, d’alliance,
etc. ; et un second niveau, où les différentes actions des instances coutumières
(collectif de chasseurs traditionnels odε, chefferie villageoise ou chefferie de terre,
etc.) et des institutions de contrôle de l’accès aux ressources naturelles (mairie,
administration forestière, élus locaux, etc.) se confrontent. Chacun de ces acteurs
collectifs, individuels ou institutionnels intervient dans l’espace public de gestion des
ressources naturelles selon ses intérêts particuliers.

Dans ce nouveau contexte, l’Etat, particulièrement les services des Eaux et Forêts
peinent désormais à appliquer la législation forestière. Les agents forestiers en poste
dans la localité de Tobré sont contraints de pactiser avec les autorités locales dans la
délivrance de la fiche d’autorisation de coupe de bois d’œuvre initiée par la mairie.

37
Pour être valide, cette fiche doit être cosignée par l’agent forestier, le délégué ou chef
de village en tant que chef de comité, le représentant des ayant-droits à la ressource
naturelle et le chef d’arrondissement qui représente également le chef de tous les
comités. Lavigne Delville le souligne autrement dans le cadre de la gestion durable
des ressources naturelles, à travers « l’importance croissante des codes locaux et
conventions locales qui mettent l’accent sur une approche fondée sur la négociation
pluripartite des règles du jeu, entre acteurs locaux et administration de façon à définir
et formaliser des règles du jeu partagées » (Lavigne Delville, 2005 : 3). Ainsi, l’Etat
n’est plus qu’un acteur de l’action collective de gestion des ressources naturelles dans
ce domaine très concurrentiel. D’où l’effacement d’une hiérarchie d’action entre les
acteurs locaux et l’Etat. Il résulterait plutôt « une horizontalisation de fait des acteurs,
de leurs logiques d’action et des discours sur des problèmes publics et leur résolution»
(Massardier, 2003 : 82).

Toutefois, comme le souligne certains auteurs « l’action publique n’est ni un


ensemble de désordres, ni un chaos local où tous les acteurs n’en font qu’à leur guise,
selon leurs intérêts et leurs particularismes » (Lascoumes et Galès, 2007 : 34). Elle
évolue vers une action collective. C’est ce que définit l’aspect processuel qui donne
sens à la dimension plurielle de l’action publique. Dans le cas de Tobré, il s’agit de
toute la dynamique interactionnelle entre les acteurs locaux et extérieurs autour du
processus de mise en place des comités de gestion et de leur fonctionnement. Il faut
noter que, l’interaction s’insère certes dans un contexte socio-politique et économique
controversé, mais elle prend tout son sens dans un système collectif, où tous les
acteurs mettent en commun leurs "finalités vécues", tout en gardant une certaine
autonomie relative liée au fonctionnement interne de leurs comités ou groupes
d’intérêts. De fait, la gestion des ressources naturelles dépend tant de ces différents
comités et groupes que de l’Etat. L’action de l’Etat se trouve être fragmentée
(Massardier, 2003 ; Commaille, 2004). Par ailleurs, ce constat se rapproche de
l’analyse de Laurent (1998) sur la logique de « petits gouvernements locaux »
caractéristique des systèmes de décentralisation en Afrique dans lesquels les autorités
laissent les comités émerger soit parce qu’elles y ont intérêt, soit parce qu’elles sont
incapables d’appliquer les normes étatiques. Ce qui témoigne également de la
défaillance de l’Etat dans le domaine de la gestion des ressources naturelles.

38
Partant de ces constats relatifs à la défaillance de l’Etat et à sa fragmentation, à
l’entrée en jeu de multiples acteurs dans la définition des politiques publiques et à
l’horizontalisation de l’action, certains auteurs penchent pour le principe de la
"gouvernance" comme mode de régulation des politiques publiques (Stoker, 1998).
D’autres mettent l’accent sur la notion de contrat pour montrer l’existence de
partenariat de plus en plus complexe entre ces multiples acteurs (Massardier, 2003).
Ces deux approches en termes de contractualisation ou de gouvernance tentent de
rendre compte de l’aspect négocié de l’action publique.

A Tobré la négociation recouvre un aspect fondamental, celui lié à la coercition


réciproque entre les différents acteurs concernés ou impliqués dans la gestion de la
nature. Cette coercition s’exprime par les types de pouvoirs dont sont dotés chacun
des acteurs collectif ou individuel en fonction des ressources dont ils disposent et
selon le contexte politique et institutionnel dans lequel, ils s’insèrent. Pour Stoker
(1998) « aucun acteur ou organisation ne peut s’y imposer à un autre : ils sont
interdépendants et négocient leurs pouvoirs et leurs ressources » (cité par Massardier,
2003 :145). Ressources et pouvoirs constituent des notions au centre des débats dans
l’approche en termes de réseaux d’action publique.

1.4.2. Les "réseaux d’action publique" à Tobré

Dans la section ci-dessus, la gestion des ressources naturelles est présentée comme
une action multiplexe. L’analyse a porté sur le processus de mise en place des comités
de gestion à travers les aspects polycentriques et négociés des actions de multiples
acteurs situés à des niveaux d’enchevêtrement différents. Mais comment ces acteurs
aux logiques d’action et aux intérêts différents finissent-ils par stabiliser leurs
relations d’interdépendances, voire leurs représentations de la gestion des ressources
naturelles pour agir ensemble ? Cette question permet d’aborder le fonctionnement
interne des comités de gestion, ou entre comités ou encore avec les autres acteurs à
partir de la notion de réseaux d’action publique qui montre comment les organisations
sont liées entre elles et aux autres par des dépendances en termes de ressources, et qui
se distinguent les uns des autres par des différences de structure de cette dépendance
(Marsh et Rhodes, 1995). Comme l’écrit, Le Galès « les réseaux d’action publique
sont le résultat de la coopération plus ou moins stable, non hiérarchique entre les

39
organisations qui se connaissent et se reconnaissent, négocient et échangent des
ressources et peuvent partager des normes et des intérêts » (Le Galès, 1995 cité par
Hassenteufel, 2011 : 134).

Notons que la notion de réseaux dont il est question ici concerne les interactions entre
les différents acteurs. Il revêt un caractère particulier de pouvoir qui met les
différentes parties impliquées ou concernées dans une interaction entre domination et
résistance (Lacousmes et Le Galès, 2007). Pour comprendre cette relation
ambivalente, il faut garder à l’esprit que l’espace public de gestion des ressources
naturelles a été depuis les interventions coloniales, un espace de mise en scène de
plusieurs formes de coercition, particulièrement par l’Etat à travers les services
déconcentrés des Eaux et Forêts sur les acteurs locaux "gens du village". Avec la
participation et la coopération décentralisée ces derniers ont acquis non seulement de
l’expérience, mais un pouvoir économique lié à la fiscalité locale. En effet, depuis
déjà des décennies ces acteurs locaux représentés par les Unions sous-préfectorales de
Producteurs (USPP) financent le développement local grâce aux ristournes
cotonnières et depuis la décentralisation grâce aux Taxes de Développement Local
(TDL). Dans ce contexte de décentralisation "inachevée" où les collectivités locales
sont dotées de fort pouvoir (politique et réglementaire), mais faiblement pourvues de
ressources financières, la mairie dépend de ces (TDL) pour assurer son
fonctionnement. Ceci favorise un échange en termes de ressources permettant aux
différentes organisations de producteurs d’avoir un pouvoir de coercition sur les
mairies et sur les services des Eaux et Forêts et donc sur l’Etat. Ce qui leurs permet
non seulement de résister aux contraintes de l’Etat, mais surtout d’avoir un rôle
décisif à jouer dans la définition et la mise en œuvre de politiques publiques en
matière de gestion des ressources naturelles. Ainsi, l’interaction entre ces multiples
acteurs se passe dans un contexte socio-politique, économique et institutionnel où
chacun des acteurs dépend de l’autre et a besoin de l’autre pour asseoir sa légitimité.
Cette interdépendance souligne l’idée qu’il s’agit d’une coopération entre des acteurs
qui n’ont pas forcément des valeurs et des intérêts convergents. Elle met en exergue
aussi le caractère horizontal des réseaux d’action publique.

Ces derniers ont par ailleurs fait objet d’une typologie très vaste dans plusieurs
recherches suivant des critères d’analyse variés. Certains auteurs mettent l’accent sur

40
les acteurs, les fonctions remplies, la structure, l’institutionnalisation, le mode
d’interaction, la répartition du pouvoir et les stratégies d’action publique (Van
Waarden, 1992 cité par Hassenteufel, 2011 :131). D’autres insistent sur les critères
ouverts/fermés ou stables/instables (Massardier, 2003). A partir de l’analyse de ces
critères et de la diversité de réseaux d’action publique qu’elle recouvre, une synthèse
a été proposée par des auteurs tels que Marsh et Rhodes (1995). Selon eux, « les
différents types de réseaux d’action publique peuvent être situés le long du continuum
dont les deux pôles opposés sont formés par les réseaux d’enjeux et les communautés
de politique publique. Ils sont distingués par trois grandes catégories de critères : la
composition du réseau, son degré d’intégration et de cohésion, les rapports de pouvoir
au sein de celui-ci » (Marsch & Rhodes, 1995, cité par Hassenteufel, 2011 :136).

Le réseau d’enjeu inclut tant les acteurs locaux que les acteurs extérieurs. Dans cette
analyse il se rapporte en particulier aux acteurs locaux "gens du village". Ils sont pour
la plupart directement ou indirectement concernés par les enjeux sociaux,
économiques et politiques de gestion des ressources naturelles. Ces acteurs se
trouvent dans les activités collectives, au sein des comités de gestion pour échanger
sur les modes d’utilisation des ressources naturelles, les formes de répartition de
l’accès à ces ressources, les rentes qu’elles peuvent procurer aux différents acteurs,
les conditions de leur répartition, la définition des règles d’accès et de contrôle de
l’accès aux ressources, la mise en œuvre de ces règles définies. Certes, les rapports
entre les membres du réseau sont, à priori conflictuels, inégalitaires et le processus
d’institutionnalisation de leur action limité, mais comme le souligne Lavigne Delville,
seuls les acteurs locaux ont un intérêt à préserver une ressource à long terme, en
dehors sans doute d’aires protégées, et compte-tenu de la nature de l’Etat et de ses
capacités (Lavigne Delville, 2012).

A l’inverse, dans les communautés de politiques publiques « les acteurs du réseau


parlent le même langage, se comprennent mutuellement et connaissent la logique
d’action de chacun parce qu’ils partagent un même système de représentation »
(Hassenteufel, 2011 : 139). Ces types de « réseau sont plus soudés et très clôturés »
(Massardier, 2003 :134). Dans la localité de Tobré, les comités de gestion structurés
autour de l’Union Communale des Producteurs de Coton (UCPC) en sont un exemple
patent. Leurs membres ont payé un coût important pour rester dans les comités de

41
lutte contre l’exploitation de bois d’œuvre. Certains ont été emprisonnés à deux
reprises pour des périodes allant de trois jours à trois mois, ils ont versé de fortes
amendes aux services des Eaux et Forêts pour usurpation de rôle, ils y ont investi leur
temps, et continuent de le faire. De fait, la stabilité de leur interaction est mieux
assurée et les stratégies coopératives dominent (Hassenteufel, 2011). Et comme le dit
Massardier (2003), plus qu’un "problème", c’est une politique publique qui unit ces
acteurs, voire les destinées du secteur forestier dans son ensemble, même s’ils ne
représentent qu’une partie de celui-ci.

1.5. Approche méthodologique : une option pour le qualitatif

L’approche méthodologique utilisée dans cette étude s’article autour de trois grandes
étapes qui associent la théorie au terrain. Précisément, c’est une démarche
méthodologique inductive qui part des données empiriques pour construire une
problématique autour des pistes identifiées et des hypothèses théoriques formulées.
Cette option méthodologique est conforme non seulement à la tradition
épistémologique qui consiste à étayer la théorie par l’empirie, mais procède aussi de
la volonté de produire des données qualitatives conformes au choix de l’Enquête
collective rapide d’indentification des conflits et des groupes stratégiques (ECRIS5)
retenue comme canevas d’analyse en socio-anthropologie.

Mais avant de présenter les différentes phases de collecte de données, j’aborde


d’abord les justificatifs du choix du thème et du site de recherche, les groupes
stratégiques, les outils de recherche ; ensuite je présente les difficultés et les
perspectives.

5
La méthode ECRIS est conçue pour précéder, impulser, et coordonner des enquêtes classiques
ultérieures de chercheurs individuels dans le cadre d'une recherche comparative menée sur plusieurs
sites. Elle permet d'améliorer considérablement le rendement et l'efficacité de ces recherches
individuelles, ainsi que d'en raccourcir la durée. Elle permet également de fournir à ces recherches un
canevas véritablement comparatif, par la mise au point collective sur le terrain d'indicateurs qualitatifs
communs que chaque chercheur individuel utilisera ensuite dans son propre site de recherche »
(Thomas Bierschenk et Jean-Pierre Olivier de Sardan (1994). Ainsi, ECRIS est un continuel va-et-vient
entre phases individuelles et phases collectives.

42
1.5.1. Choix du thème et du site de recherche

La présente recherche fait suite à une précédente étude que j’ai menée en 2006 dans le
cadre de l’obtention du Diplôme d’Etude Approfondie (DEA) sur le thème :
Ressources végétales et économie domestique à Tobré, commune de Ouassa Pehunco,
Nord Benin. L’étude s’intégrait dans un contexte plus global de recherche au sein du
programme Biodiversity Monitoring Transect Analysis (BIOTA), en collaboration
avec le Laboratoire d’Etudes et de Recherches sur les Dynamiques Sociales et le
Développement Local (LASDEL). C’est une recherche pluri-disciplinaire et multi-
sites à laquelle avaient participé des anthropologues, des botanistes, des géographes et
qui s’étendait sur le Bénin, le Burkina Faso et la Côté d’ivoire. Il en ressort, comme
thèse centrale, que les acteurs ruraux extraient l’essentiel de leur revenu de
l’exploitation des ressources végétales. Cette exploitation exerce une pression sur la
biodiversité, du fait de l’effet combiné des aléas climatiques, des activités agricoles, et
d’une dynamique socio-économique à l’échelle domestique. Au-delà de ces effets
climatiques et anthropiques, l’on constate également que les transformations de la
nature sont liées à l’existence de multiples enjeux économiques, politiques et sociaux
en rapport avec l’émergence et l’inclusion des dispositifs participatifs à la définition
et la mise en œuvre des politiques locales de gestion des ressources naturelles. Pour
saisir ces transformations de la nature, une analyse fine des dynamiques
d’appropriation des ressources naturelles est nécessaire, afin de reconsidérer
l’influence des "arènes participatives", et donc les interactions entre les multiples
acteurs en présence, voire de mettre en lumière les systèmes de représentations, les
stratégies d’acteurs qui concourent à la reconfiguration de l’espace public de gestion
de la nature à Tobré. C’est ce qui justifie la présente étude.

Le choix de Tobré, comme terrain de recherche a été motivé par le fait que cette
localité m’était déjà relativement connue parce que j’y ai passé plusieurs séjours de
terrain de 2004 à 2006 dans le cadre de BIOTA et avais gardé depuis ce temps des
rapports cordiaux (visites, dons, appels téléphoniques, ...) avec la majorité de mes
interlocuteurs, notamment la famille qui m’avait hébergée, les notables de la cour du
roi (chef de terre, chef de culte, chef forgeron...), les guides de terrain, les chefs
d’arrondissement, etc. Ce qui m’a permis de me familiariser avec les "gens du
village" et de suivre de façon continue l’évolution des dynamiques qui s’opéraient

43
dans le cadre de la gestion des forêts dans toute la commune de Ouassa Pehunco. J’ai
choisi Tobré en tant que village, canton, chef lieu de commune et aujourd’hui
arrondissement à l’intérieur de la commune de Ouassa Pehunco.

Les dix6 villages que compte l’arrondissement ont servi de terrain d’investigation afin
de cerner les rapports socio-politiques et économiques qui les lient en matière de
gestion des ressources naturelles. Aussi, le chef-lieu de la commune de Ouassa
Pehunco est choisi comme centre administratif où se mènent la plupart des activités
des comités de gestion. C’est également l’espace des marches de protestations et de
toutes les négociations autour de la gestion des ressources naturelles.

Les ressources naturelles dont il est question sont composées de plusieurs espaces
boisées appartenant aux différents groupes de lignages, aux villages, puis à l’Etat et à
la commune. Ces ressources sont considérées par les acteurs locaux comme étant des
ressources "communes" soumises aux normes coutumières, aux règlementations
forestières et communales. Tobré ne dispose donc pas de ressources naturelles lui
appartenant exclusivement. Cependant la particularité de son histoire socio-politique
en rapport avec ces ressources naturelles permet de situer l’espace végétal sur lequel
"les gens du village" exercent un droit de possession. Ainsi, cet espace végétal connaît
des dynamiques socio-culturelles, politiques et économiques qui le caractérisent et qui
permettent de l’étudier en tant que ressources naturelles de Tobré. Les forêts classées
de l’Alibori supérieur et du Mékrou ont été choisies parce qu’elles font parties des
forêts gérées par la commune de Ouassa Pehunco en tant que ressources naturelles de
l’Etat, et depuis la décentralisation en tant que ressources potentielles de
développement local (voir carte ci-dessous).

La région de Ouassa est une agglomération de villages d’une superficie de 1 900 km2
devenue commune depuis 2002. Elle compte trois arrondissements (Tobré, Pehunco
et Gnemasson), 26 villages et quartiers de ville. Elle est limitée au Nord par la
commune de Kérou, au Sud par la commune de Djougou dans le département de la
Donga, à l’Est par la commune de Sinendé dans le département du Borgou et à

6
Tobré, Sinaou, Kika, Mare orou, Gonri, Bana, Tonri, Oussamaro, Guimbérérou et Nimgoussourou

44
l’Ouest par la commune de Kouandé. Elle partage avec Tobré la même histoire de
peuplement et de migrations.

Carte 2: Situation des forêts classées de l'Alibori supéieur et de la Mékrou

45
1.5.2. Groupes stratégiques

Les acteurs sociaux rencontrés lors de cette étude sont constitués en groupes
stratégiques pour rester dans la logique du choix de ECRIS comme canevas de
recherche. Le groupe stratégique en effet, forme avec les conflits et l’arène les trois
concepts clés de l’ECRIS. Il est défini comme des « agrégats empiriques, à géométrie
variable, qui défendent des intérêts communs, en particulier par le biais des formes
d’actions observables en vue de l’appropriation de ressources » (Olivier de Sardan,
2003 :25). Ce choix des groupes stratégiques m’a permis d’approcher les groupes
pertinents pour l’analyse des dynamiques d’appropriation des ressources naturelles à
partir des actions de confrontation, de négociation ou de concurrence autour de la
gestion de la nature. Ceci suppose que les acteurs n'ont ni les mêmes intérêts, ni les
mêmes représentations, et que, selon les enjeux de gestion de la nature, leurs intérêts
et leurs représentations s'agrègent différemment et suivant des logiques données
(Olivier de Sardan, 2003). Ainsi, les groupes stratégiques pour cette étude sont entres
autres :
- Les "propriétaires du village" que sont les groupes autochtones (baatombu et
wassangari), les "gens du village" (sages et notables, femmes, hommes, jeunes,
étrangers, etc.). Ce sont eux qui définissent les règles d’accès et de contrôle de
ressources naturelles au niveau des villages. Dans les conflits de gestion, ils sont les
principaux concernés et ce sont eux qui mobilisent les gens pour lutter contre
l’exploitation frauduleuse du bois,
- Les membres des comités, les exploitants forestiers, les représentants de l’Etat
(forces de l’ordre, agent de la justice, etc.). Ils sont dans des relations
d’interdépendance et sont appélés à collaborer pour trouver une issue favorable au
conflit de gestion en cours,
- Les élus locaux (chefs d’arrondissement, chef de village ou de quartier, etc.).
Ils représentent l’Etat central et doivent prendre des mesures nécessaires pour la mise
en application des décisions issues des réunions entre les différents acteurs impliqués
dans la gestion conflictuelle des ressources naturelles,
- Les agents des services publics déconcentrés (agents des Eaux et Forêts,
agents de la gendarmerie, agents des CERPA, etc.). Ce sont les agents des services
déconcentrés de l’Etat. Ils jouent le rôle de groupes intermédiaire dans la mise en

46
œuvre des politiques publiques de l’Etat. De fait, dans les conflits de gestion des
ressources naturelles, ils doivent tenir compte des décisions des mouvements sociaux,
- Les représentants d’ONG et associations (agents des projets et autres membres
de groupes organisés, etc.). Ils sont les principaux bailleurs de fonds qui permettent
aux comités de gestion de fonctionner. Ils contribuent également à la définition des
politiques locales de gestion des ressources naturelles, par leur intervention dans les
actions de protection de la nature,
- Les catégories sociales (chefs de ménage et chef de collectivité) et
professionnelles (agriculteurs, chasseurs, etc.). Ils soutienent les mouvements sociaux
de gestion des ressources naturelles et permettent d’exercer la coercition sur les
réprésentants des services publics,
- Les exploitants forestiers. Ce sont les principaux acteurs concernés par la
gestion frauduleuse de bois d’œuvre de par leurs activités d’exploitation des forêts.

Ces groupes stratégiques ne sont pas constitués une fois pour toutes, et un seul acteur
peut appartenir à plus d’un groupe stratégique. Par exemple, un chef de ménage peut-
être un élu local et membre d’un comité de gestion des ressources naturelles. Cela m’a
permis de mieux cerner les interactions entre les acteurs.

1.5.3. Les outils de recherche : une combinaison de méthodes

La perspective d’analyse de la gestion des ressources naturelles en termes d’action


publique telle que proposée dans le cadre de cette étude implique une combinaison de
méthodes, afin de cerner les dimensions historique et actuelle de l’appropriation des
ressources naturelles en rapport avec le contexte d’interactions entre de multiples
acteurs situés à plusieurs niveaux (local, national et international). En effet, les
méthodes qualitatives classiques que sont les entretiens et les observations n’ont pas
été suffisantes et ont été combinées avec d’autres outils tels que les dépouillements de
presse, les histoires de vie et les études de cas.

Ainsi, les entretiens avec les acteurs ont été le plus souvent articulés avec les
observations directes et/ou participantes, les dépouillements de sources médiatiques
(articles de presses, émission radio ou télévisée, note de communiqué radio, etc.), le
recueil de sources administratives (procès verbaux de journée de concertation entre

47
comités, de réunions entre collectivité locales, document d’huissier, etc.). Le recours à
des histoires de vie ne s’est pas limité à la recherche et à la construction de sens à
partir de faits temporels personnels ou collectifs, elles ont été aussi utilisées pour
comprendre les interactions entre les acteurs de l’action publique de gestion des
ressources naturelles et également pour réaliser les études cas.

Les entretiens ont donc concerné des individus et des groupes d’individus. Les
entretiens de groupe ont particulièrement retenu les collectifs sages et notables de la
cour royale, "détenteurs" des histoires de peuplement. Les guides d’entretien ont été
conçus en tenant compte des groupes stratégiques retenus pour l’étude et sont
structurés autour des indicateurs descriptifs que sont : les modes d’exploitation, les
règles d’accès et de contrôle, le système d’autorité local, les enjeux de pouvoir, les
représentations, les modalités de distribution des ressources. Au total 314 individus
ont été interviewés au cours des trois phases importantes de collecte (enquête de
repérage, enquête collective et individuelle approfondie). Il faut noter que ce chiffre
ne prend pas en compte les enquêtés par téléphones. En effet, une partie des
compléments de données ont souvent été collectés par téléphone auprès des enquêtés
que nous avions déjà rencontrés, ou de nouvelles personnes ressources vers lesquelles
nous ont souvent renvoyé nos interlocuteurs.

En ce qui concerne les observations deux facettes ont été utilisées : l’observation
participante et l’observation descriptive. L’observation participante m’a permis
particulièrement d’être dans le quotidien des acteurs ruraux, de m’impliquer dans
leurs différentes activités champêtres, économiques et surtout de gestion des
ressources naturelles. Dans cette partie de l’observation, certaines situations ont été
observées par nos guides qui nous ont fait des comptes rendus. Il s’agit des cas de
règlement de conflits, de négociation entre les autorités communales et les chefs des
comités, des séances de confrontations entre exploitants forestiers et gens du village.
Cette forme d’observation nous avait été imposée par les difficultés de terrain liées à
la complexité des conflits. Toutefois, elle nous a permis de distinguer les différents
types de conflits (latents, cachés, ouverts, violents,...), d’appréhender les causes,
circonstances et les processus de règlements et leur impact, etc. L’analyse de ces
conflits m’a également permis de comprendre les formes de régulations de conflits,
les autorités locales impliqués ou mobilisés selon les types de conflits, bref le

48
fonctionnement des institutions de gestion des ressources naturelles. Quant à
l’observation "descriptive" elle a consisté à visiter les champs lors de la cueillette des
fruits de néré (mars-avril 2010), à faire des tours dans les forêts où les coupes de bois
d’œuvre sont faites, ou dans les entrepôts de madriers saisis, etc. Ces observations ont
duré pendant toute la collecte des données.

Les récits de vie combinent les observations et les entretiens approfondis avec les
parties prenantes et des acteurs impliqués ou concernés (agent de police, maire, chef
village, roi, membres du comité, etc.). Elles ont consisté à faire recours « à des
sources variées dans le cadre d’une séquence diachronique d’évènements reliés entre
eux » (Le Meur, 2002 :11). Ainsi, les séquences de vie de chacun des acteurs nous ont
été relatées en lien avec le thème central et sur leur parcours et leur expérience
personnelle de la gestion des ressources naturelles, les atouts dont ils disposent, bref
sur leur « savoir issu du sens commun ou pratique » (Droz et Miéville-Ott, 2001 :18),
leur vision de la conservation, les institutions sur lesquelles ils s’appuient et leur
représentation de la gestion de la nature. Des entretiens avec d’autres acteurs ont été
faits pour approfondir ou recouper l’information que j’avais recueillie sur la base de
mes observations.

La presse s’est intéressée à l’actualité de la coupe de bois d’œuvre dans la région de


Ouassa-Pehunco. En effet, la gestion des ressources naturelles dans cette localité de
Tobré a fait l’objet de débat sur les ondes de la télévision nationale, sur les radios
locales et dans les journaux écrits. J’ai pu trouver dans ces différents supports
informationnels des données qui ont contribué à affermir mes analyses sur le sujet.
Plus précisément, la concurrence entre les différents acteurs dans l’occupation de
l’espace médiatique a fait l’objet d’une analyse.

Par ailleurs, j’ai adopté une démarche socio-historique dans cette étude, afin de
prendre la mesure des processus de transformation sociale, politique et
environnementale, et interroger les temporalités propres des faits sociaux. Elle a
consisté dans un premier temps à faire recours aux discours sur l’histoire de
peuplement de la localité de Tobré et de la région de Ouassa pour comprendre les
rapports entre les acteurs locaux et avec la nature et d’appréhender les dynamiques
d’appropriation des ressources naturelles. Dans un second temps, je me suis intéressée

49
aux faits politiques coloniaux et post-coloniaux de la gestion des forêts pour faire
ressortir l’implication de l’Etat et les transformations engendrées dans les rapports
sociaux d’appropriation des ressources naturelles. Mais au-delà, et comme le pensent
Bancel et Al, « étudier les traces du colonial dans le présent et les imbrications du
passé dans le présent revient à analyser la multiplicité des mécanismes institutionnels
et les pratiques qui sous-couvert de neutralité continuent de produire des inégalités »
(Bancel, et al. 2007 :73). Dans le cas des politiques publiques, un des intérêts de
l’approche socio-historique est de prendre en compte l’historicité de ces politiques
(Laborier et Trom, 2003, cité par Hassenteufel, 2011 :14), ce qui permet notamment
de réduire le hiatus entre l’analyse des politiques publiques du passé et celles du
présent.

Les études de cas ont été réalisées à partir de différents outils (entretiens,
observations, histoires de vie, dépouillements de presse). Elles ont consisté à recouper
l’ensemble des données collectées pour étayer les exemples concrets de dynamique
d’appropriation de ressources naturelles, notamment la mise en place et le
fonctionnement de quatre comités de gestion. Ces études de cas permettent de
comprendre les interactions entre les différents acteurs concernés ou impliqués dans la
gestion des ressources naturelles dans la localité de Tobré, leurs logiques d’action et
leurs stratégies tant au niveau local que national/international. Les types de conflits et
leur mode de résolution, les formes de négociations ou de consensus ont été
documentés dans ce sens.

1.5.4. Collecte de données en trois étapes : une adaptation du


canevas ECRIS

Trois phases fondamentales ont été retenues pour la collecte de données (enquêtes de
repérage, collective et individuelle approfondie)7. Elles ont été entrecoupées par des
phases de synthèses et de revue de littérature, avec l’objectif d’identifier les études de
cas pertinentes, de déterminer les nouvelles pistes de recherche, et de repréciser les
hypothèses théoriques formulées.

7
ECRIS se déroule en six phases : Une enquête individuelle de repérage, un séminaire de préparation,
une enquête collective, un séminaire bilan de l’enquête collective, une recherche individuelle sur
chaque site et un séminaire final. Mais, ECRIS peut être adapté selon les besoins de l’étude. C’est le
cas ici, où trois phases ont été retenues.

50
Une première phase de terrain consacrée à l’enquête de repérage a duré une semaine
au cours du mois de septembre 2009. Au cours de cette phase, il s’est agi de faire des
entretiens avec les personnes âgées et notables du village sur l’histoire de peuplement,
faisant ainsi appel à la mémoire des faits historiques et socio-culturels. Ensuite, des
entretiens avec les différentes catégories de genres et socio-professionnelles (femmes,
hommes, jeunes, artisans, cultivateurs, guérisseurs, chasseurs, etc.) ont permis de
déterminer, les modes d’appropriation et d’accessibilité aux ressources ; puis de
comprendre de façon générale les formes de résistance et les logiques d’adaptation
sociales. Cette phase a permis de cerner le contexte général de gestion des ressources
naturelles.

Une deuxième phase d’une durée relativement plus courte (cinq8 jours dans le mois
d’octobre 2009) s’est déroulée dans le village de Tobré et a connu la participation des
collègues du LASDEL et deux acteurs locaux9. Elle a permis de comprendre les
dynamiques des modes de régulation de l’accès aux ressources naturelles, les
systèmes d’autorité en rapport avec l’efficacité des sanctions, le degré d’acceptation
des inégalités d’accès, les rapports socio-économiques et les rapports entre législation
étatique et logique locale, etc. Dans ce sens les responsables des ex-groupements
villageois, des comités de gestion et autres organisations locales ont été abordés, pour
comprendre à travers leur fonctionnement, les formes de compétitions et de conflits
générés par les modes de régulation et d’accès les sous-tendant. Il a été également

8
C’est dans le cadre de l’enquête collective suivant le principe de base de ECRIS : En fait pendant
cette phase collective « l'ensemble de l'équipe d'enquêteurs tourne successivement sur chaque site et
reste deux jours sur chaque site. Sur un site donné, les enquêteurs se divisent en plusieurs groupes
d'enquêteurs (2 à 3 personnes maximum par groupe). Chaque groupe d'enquêteurs se focalise pendant
les deux jours sur un groupe stratégique local et un seul. Il n'enquête que sur des personnes relevant du
groupe stratégique qui lui a été affecté. La composition des groupes d'enquêteurs change d'un site à
l'autre. Cette enquête collective est le noyau central de ECRIS. Elle permet à chacun de se confronter à
l'approche d'un problème via la notion de groupe stratégique, ainsi que de se confronter à la variété et à
la relativité des groupes stratégiques » (Olivier de Sardan & Bierschenk, 1994 : 5). « Le fait d'enquêter
pendant deux jours sur un groupe stratégique et un seul permet d'approfondir un point de vue
particulier, sans risquer pour autant de s'identifier à celui-ci, puisque la confrontation avec les résultats
obtenus auprès des autres groupes, comme le fait de changer de groupe sur le site suivant, permettent
de relativiser les points de vu » (idem : 7).
9
Les personnes qui ont participé avec moi à l’enquête collective sont : Trois chercheurs du LASDEL
(Aziz MOSSI, Ayouba SAYO, Daouda A. TIDJANI). Deux personnes ressources identifiées sur le
terrain (un ex-agent de BIOTA et membre de REDERC : François BANIGUI et un stagiaire à la Mairie
de Pehunco : Yaya ALIDOU). Trois groupes de deux personnes ont été constitués pour enquêter sur un
thème retenu et sur un groupe stratégique identifié.

51
question de saisir les logiques des acteurs individuels, leurs intérêts à conserver ou
non une ressource à laquelle ils ont accès.

Une troisième phase de terrain a été menée pendant quinze mois (de mars à septembre
2010, de juillet à octobre 2011, de février à avril 2012) dans la perspective
d’approfondir certaines pistes, notamment le règlement de conflits entre les acteurs,
les activités de fonctionnement des comités de gestion des ressources naturelles, les
cas d’arrestation des exploitants frauduleux, etc. Cette phase de terrain, m’a permis
d’avoir des données pour préciser mes analyses. Par exemple, lors de mes précédents
terrains le roi de Tobré Orou Suru était encore vivant, et les ambitions politiques d’un
chef de comité n’étaient pas apparues. Le retour au terrain a permis de comprendre les
enjeux politiques liés à la chefferie traditionnelle en rapport avec la gestion des
ressources naturelles. J’ai pu rencontrer le collectif de faiseurs de roi venu des régions
voisines (Sinendé et Kouandé) pour statuer sur les campagnes en vue de l’élection
d’un nouveau roi. Ce collectif est detenteur de certaines précisions sur les histoires de
peuplement et de gestion des ressources naturelles, du fait de leur profil10. Les
entretiens avec ce collectif ont ainsi permis d’avoir des compléments d’information
sur l’histoire du peuplement, l’évolution des règles de gestion des ressources
naturelles et surtout sur la guerre de pénétration française qui s’est déroulée à Gountia
et qui fut le point de départ de la remise en cause des normes coutumières d’accès et
d’exploitation des ressources naturelles. Dans cette phase nous avons pu suivre les
conflits d’exploitation de bois qui ont conduit certains chefs de comité en prison.

1.6. Difficultés et perspectives méthodologiques

Ma difficulté principale a été celle d’observer par moi-même certains faits liés aux
conflits autour de la gestion des ressources naturelles sans faire l’objet de "méfiance"
ou tout en gardant une posture de neutralité. Du fait de mon long séjour dans le
village de Tobré et de mon adoption par certaines familles, particulièrement celle qui
m’hébergeait, ma personne était affiliée à un camp parmi ceux qui s’affrontaient dans
le cadre de la gestion des ressources naturelles. En effet, un moment important de la
gestion des ressources naturelles furent les périodes de crise. Presque chaque jour les

10
Pour être membre d’un collectif de faiseurs de roi, il est important de maîtriser l’histoire du village,
de la région et des lignages qui les composent, afin de pouvoir défendre les candidatures proposées.

52
comités de gestion des ressources naturelles s’affrontaient avec les autorités
communales, les agents des Eaux et Forêts autour des contradictions diverses. Les
membres des comités de gestion se rendaient sur le terrain pour arrêter les
tronçonneuses des scieurs, les camions chargés de bois d’œuvre. La police intervenait
et opérait des arrestations. La présence sur le terrain avec les membres d’un comité
signifiait qu’on avait un parti pris et faisait objet de méfiance. Il a été donc difficile de
suivre le déroulement de ces conflits tant sur les espaces ouverts que leur dénouement
dans les espaces fermés, notamment au sein des comités de gestion, des conseils
communaux, les commissariats de police, les tribunaux, etc.

Le recours à un guide pour suivre et restituer les faits a été l’alternative trouvée pour
collecter les données relatives à cette partie de l’étude. A ce niveau également, j’ai été
confronté au choix d’un guide qui pourrait être neutre. Car, le conflit opposait les
"gens du village" aux acteurs de la mairie, des services des Eaux et Forêts, des ONG
etc. parmi lesquels certains sont "des gens du village", et même à l’intérieur du
village, il y avait des clivages entre clans autochtones et étrangers. J’ai pu noter que
parmi les "gens du village" se trouvaient les guides qui accompagnaient les scieurs
dans les forêts. Chacun avait donc un intérêt particulier. Les conflits recouvraient
plusieurs formes : ils étaient souvent violents et ouverts, mais également cachés et
latents.

Ainsi, dans un premier temps, j’ai fait appel à mon principal guide11 qui m’a toujours
aidé à collecter les données dans les phases antérieures de l’étude. Il m’accompagnait
auprès de certains acteurs concernés par les conflits, afin de pouvoir approfondir les
analyses en recoupant plusieurs sources d’information. Mais, celui-ci avait un parti
pris dans les conflits et essayait de m’orienter vers des acteurs qui lui étaient
favorables. Aussi, les autres informateurs se méfiaient de moi parce qu’ils pensaient
que j’étais du côté de leurs opposants. Dans cette interaction conflictuelle, j’étais donc
limitée dans la reconstitution de l’histoire et l’objet des conflits, dans la
compréhension des argumentaires des acteurs et des parties et des légitimités
auxquelles ils se réfèrent, etc. Dans un second temps, j’ai donc choisi un deuxième

11
Banigui François est un guide qui a travaillé avec plusieurs ONG sur la gestion des ressources
naturelles, notamment GTZ (PPEA), BIOTA, CERGET. Il a participé à la mise en place de la majorité
des jardins botaniques de la région (voir liste à l’annexe). Il est membre de l’ONG REDERC (Réseau
de Développement des Réserves naturelles Communautaires).

53
guide12 qui était de la localité, mais n’y avait séjourné que pour une courte durée.
Celui-ci du fait de son statut ambigu "fils du village et étranger" avait une neutralité
apparente. Toutefois, au début, ce guide n’avait eu accès qu’aux informations d’ordre
général auquel tout étranger à droit. Mais, au fil du temps la situation s’est améliorée,
et il a pu observer et collecter des données qui m’ont permis de recouper les
informations issues des acteurs en conflit.

Une autre difficulté à laquelle j’ai été confrontée est celle liée à la définition de ces
conflits en tant qu’objet en construction dans l’action publique. Chaque fois, de
nouveaux comités de gestion sont crées par de nouveaux acteurs, ce qui change le
cours des conflits. Il a donc été difficile d’identifier clairement le début et la fin de ces
conflits autour desquels se construit la dynamique de gestion des ressources naturelles
en termes d’action publique. J’ai donc essayé de procéder par étapes en redéfinissant
tout au moins partiellement les "séquences de conflits" et en les mettant en connexion,
au fur et à mesure que de nouveaux "évènements" se produisait et que se construisait
l’action publique. Ce qui m’a permis de disposer des données importantes sur les
conflits de gestion des ressources naturelles pouvant être analysé en tant qu’objet de
recherche en termes d’action publique.

Une perspective méthodologique se dégage de ces difficultés d’enquêter sur les


conflits liés à la gestion des ressources naturelles. Elle s’articule autour de l’approche
socio-anthropologique du développement qui considère les « conflits comme des
indicateurs privilégiés du fonctionnement d'une société locale » (Olivier de Sardan,
2003 : 23). Tout en adhérant à ce postulat, j’ai jugé plus productif de considérer « le
caractère temporel » lié aux analyses des politiques et de l’action publique. En effet,
« les politiques publiques et leur mode de fabrication sont des objets sociaux en
mutations » (Massardier, 2003 :2). Ainsi, il convient de bien définir l’espace et la
période de la collecte des données, afin de mieux cerner les difficultés auxquelles peut
être confronté le choix d’une entrée méthodologique axée sur les conflits en rapport
avec le processus d’action publique. En effet, la rencontre avec les acteurs clés hors
de l’espace de conflits et après leur apaisement ou leur règlement d’une partie de ces
conflits m’a permis d’obtenir des données intéressantes notamment les formes de

12
Alidou Yaya a fait un stage à la mairie dans le cadre de son master portant sur l’économie en rapport
avec la gestion des ressources naturelles. Il avait participé à l’enquête collective.

54
coercition, de négociations ou de consensus, les erreurs avouées, les projets de relance
de débats. J’ai pu également accéder aux comptes rendus de procès, aux documents
d’huissiers, aux arrêtés pris par la mairie, au courrier envoyé au chef de l’Etat, aux
résumés des débats à l’Assemblée Nationale, etc. L’ensemble de ces informations
croisées et diversifiées à travers la multiplication des sources a permis de reconstituer
le processus de mise en place des comités de gestion de comprendre leur
fonctionnement, d’apprécier les débats sur les espaces publics de gestion des
ressources naturelles, de saisir les différents enjeux et les intérêts des acteurs. Ces
résultats auxquels je suis parvenue ont été instructifs pour suivre les cas de conflits de
gestion des ressources naturelles dans un contexte de construction de l’action
publique.

55
CHAPITRE 2 : CONTEXTES ET ACTEURS DE LA GESTION
DES RESSOURCES NATURELLES

Ce chapitre est consacré au cadre contextuel de l’étude. Il précise les différentes


données géographiques, environnementales, historiques, sociales, politiques,
économiques et institutionnelles de la gestion des ressources naturelles de façon
générale au Bénin et plus spécifiquement à Tobré. Il commence ainsi par une brève
description des acteurs locaux autour desquelles se produit toute la dynamique
d’appropriation des ressources naturelles, à travers les différentes migrations qui
caractérisent le peuplement de Tobré. L’organisation socio-politique autour des
Baatombu, les activités socio-économiques et les types d’espace végétal sont aussi
décrits. Enfin, le nouveau contexte de gestion des ressources naturelles à travers
l’actualité de la gestion des ressources en lien avec l’entrée en jeu des comités de
gestion dans l’arène politique locale est présenté.

2.1. La notion d’acteurs locaux

Dans cette section, je commence par la présentation des acteurs pour mieux cerner la
configuration de l’arène locale de gestion des ressources naturelles. En effet, la notion
"d’acteurs locaux", me fait entrer au cœur d’une société baatonu qui se caractérise par
une dynamique d’appropriation des ressources naturelles, faisant intervenir de
multiples acteurs, dont les actions semblent reconfigurer l’arène locale de gestion de
ces ressources. Ainsi, à Tobré, localité majoritairement baatonu (65% de sa
population), cette notion "d’acteurs locaux" renvoient à ce que les Baatombu
appellent les "gens du village" wutombu qui englobent les "propriétaires du village"
wuguibu et les étrangers sobu. Les "propriétaires du village" sont les lignages
autochtones baatombu auxquels appartiennent le chef de terre tedomankoo/tegniro,
les wassangari lignage du chef de village tesunon. Quant aux étrangers sobu, ils sont
constitués de groupes socio-ethniques peul, zerma et haoussa installés dans le village
depuis l’arrivée des premiers habitants. L’ensemble de ces "gens du village" entretient
des relations avec les éléments de la nature représentés par les fétiches bunu et les
génies wèrèku qui ont un impact indéniable sur les pratiques de conservation de la
nature. Ainsi, les "acteurs locaux" dans leurs interactions quotidiennes avec la nature
sont à la fois sujet et objet. Ils disposent d’une relative autonomie d’action qui leur

56
permet d’opérer des choix stratégiques, indépendamment des multiples contraintes
inhérentes à ce contexte socio-culturel et religieux qui visent à circonscrire leurs
comportements. Ce concept "d’acteurs locaux" est donc plus adapté dans notre
analyse que celui de "populations locales" qui semble être large, imprécis et passif.

2.1.1. Brève description des Baatombu

Les Baatombu font partie du groupe ethnique du Bénin appelé bariba. En langue
baatonu, ba signifie "père" et "tonu" (singulier) ou "tombu" (pluriel) signifie
"personne" ou "gens". Selon une traduction littérale le mot baatombu (pluriel) et
baatonu (singulier) signifie "les gens du père" ou "la personne du père". Ceci pour
marquer une différenciation sociale avec les autres groupes socio-ethniques. Ils
constituent à l’origine un peuple d’agriculteurs, de chasseurs et d’artisans vivant dans
le nord-ouest du Nigéria. Venus de Busa au Nigéria, les Bariba se sont installés à
Nikki dans la région nord du Bénin depuis plus de cinq siècles. Ils s’appellent eux-
mêmes les Baatombu "giyo" " vrais autochtones" en référence à cette origine locale
Nikki et par opposition à ceux qui ont recours aux récits migratoires. Ils se distinguent
également par la forme de leur tombe en cône et les rites d’enterrement (conservation
du corps par la fumée produite par les graines de coton traditionnel en attendant
l’arrivée de tous les parents, tombe creusée avec un pilon cassé, membres supérieurs
et inférieurs du défunt pliés pour le réduire en boule, etc.). Cette conception du Bariba
correspondrait au « groupe ethnique baatonu d’origine roturière s’opposant d’une part
à la catégorie des nobles et d’autre part aux autres groupes ethniques comme les boko
de langue mandé ou les Mokollé d’origine yoruba » (Mouhamadou, 2005 : 102).
Cependant, la langue baatonu a connu des emprunts d’autres langues et les accents,
les terminaisons des mots et les voyelles varient d’une région à une autre.

Dans un sens large et suivant la dimension politique, le mot bariba renvoie à


l’ensemble de la société politique composé de nombre de régions baatombu ayant à
leur tête des chefs aristocrates wassangari. Ces derniers sont considérés comme des
guerriers qui vivaient de pillages. Ils seraient des aventuriers venus de l’Inde ou de
l’Arabie Saoudite vers 1480 fuyant la guerre sainte et à la recherche de terre paisible
habitable. Mais le long séjour parmi les Baatombu, leur aurait fait perdre leur langue

57
parlée à l’origine. Selon Lombard (1960), depuis les XVIIe et XVIIIe siècle les Bariba
ont formé le royaume de Nikki13 situé au nord-est du Dahomey. Ils ont exercé leur
influence sur l’ensemble du département du Borgou et sur une partie de celui de
l’Atacora. De la fragmentation du royaume de Nikki et de l’agrégation de hameaux et
de nouveaux villages fondés par un "premier habitant", se sont formées d’autres
chefferies baatombu notamment dans les régions de Parakou, Tchaorou, Pérèrè,
N’Dali, Kandi, Bonikora, Kèrou, Bembéréké, Gogounou, Kalalé, Kouandé, Sinendé,
Pehunco, Tobré… (Carte 3). Cette conception du mot "bariba" a par ailleurs été
privilégiée dans la majorité des études consacrées à ce groupe ethnique mettant le plus
souvent l’accent sur le caractère hiérarchisé des rapports entre les nobles wassangari
et les roturiers baatombu (Lombard, 1965 ; Bierschenk et Le Meur, 1997 ; Kuba,
1996). Toutefois, comme le souligne Bako-Arifari « en présence d’une aristocratie
locale ne se référant pas au groupe wassangari pour légitimer son pouvoir, les critères
de différenciation et de hiérarchisation politique privilégient plutôt la relation à la
terre et la dimension rituelle de cette relation » (Bako-Arifari, 2011:37). De nos jours
les deux groupes socio-ethniques sont assimilés14 et vivent de l’agriculture, de
l’artisanat et de la chasse.

Dans un autre sens encore plus large, le mot "bariba" fait intervenir d’autres groupes
socio-ethniques liés par des modes de vie proches et ayant participé ou subi à un
moment donné de leur histoire le système politique institué par les Wassangari. Il
s’agit notamment des Peuls et des Gandos. Leur origine remonte à des trajectoires
migratoires différentes selon les régions. Ils sont deux groupes socio-ethniques liés
par une situation particulière de servitude ou de dépendance de fait. En effet, dans les
travaux relatifs aux Peuls et aux Gandos dans le Nord Bénin, on note que « les
Gandos sont représentés par divers groupes d’esclaves, notamment les prisonniers de
guerres des Wassangari ou des enfants naturels de Baatombu vus comme des
ensorcelés15 et laissés à l’éducation des Peuls » (Bierschenk & Le Meur, 1997 :11-

13
L’ancien royaume Nikki, constitue le centre politique des Bariba depuis les XVIIe et XVIIIe siècles
(se référer à Lombard, 1965 pour plus de précision). Ce royaume correspond aujourd’hui à la commune
de Nikki localisée dans le département du Borgou. Elle est limitée au Nord par la commune de Kalalé,
au Sud par celle de Pèrèrè et à l’Ouest par les communes de Bembéréké et de N’Dali.
14
Cette définition a été également adoptée lors du regroupement des ethnies adopté au recensement de
1979 au Bénin.
15
Ce sont des enfants nés par le siège ou qui ont poussé des incisives de la mâchoire supérieure avant
celle de la mâchoire inférieure.

58
12). Les Peuls seraient à leur tour des dépendants des chefs Baribas particulièrement
de l’aristocratie wassangari. Ils sont aujourd’hui unis par des liens de parentés et sont
fortement intégrés dans le système d’organisation socio-culturelle, politique et
économique baatonu.

La société bariba est donc caractérisée par une hétérogénéité et une diversité socio-
ethiniques. Dans cette étude, je privilégie la conception du mot bariba qui met
roturiers baatombu, nobles wassangari et les groupes socio-ethniques peuls et gandos
dans des rapports hiérarchiques et complémentaires. Cette conception me permet
d’analyser dans le contexte de Tobré, les rapports entre autochtones et migrants dans
les dynamiques d’appropriation des ressources naturelles.

59
Carte 3 : Répartition des baatombu : Origine et zone d’installation

60
2.1.2. Les migrations à Tobré

La population de Tobré est composée de plusieurs groupes de migrants. Il s’agit des


Peuls, des Zerma, des Haoussa, etc. Selon les récits locaux, le peuplement des Peuls
de cette localité se serait constitué suivant trois vagues migratoires successives. Une
première vague de Peuls mare suan installés dans la localité de Tobré seraient
majoritairement venus par petits groupes du Burkina Faso à la quête de pâturage. La
période précise de leur migration reste indéterminée et la tendance a été de calquer le
phénomène de cohabitation entre Peul et Baatonu comme un fait séculaire et naturel.
Une deuxième vague de peuls mare gaou16 de Tobré seraient issus d’une migration
qui remonte à la guerre de Ousmane Danfodio17, suite à la quelle il y aurait eu un
déplacement massif de Peuls de cette catégorie vers les régions du Borgou à partir des
villes nigérianes conquises. Un troisième groupe de Peuls aurait récemment migré de
Bagou dans la commune de Gogounou pour la localité de Tobré, qui était à l’époque
très riche en pâturage, en rivières et faiblement peuplée. Ces Peuls proviendraient du
Mali et se seraient constitués en diaspora au milieu du XIXe siècle. Tous ces groupes
peuls sont des éleveurs et s’étaient déplacés à la quête de pâturage, mais aussi à la
recherche d’une protection auprès des groupes baatombu.

Le groupe des étrangers est représenté dans la localité de Tobré par une multitude
d’ethnies minoritaires, notamment des ressortissants du Niger (haoussa, zerma) et des
migrants béninois (somba et apparenté) venus des villages voisins. La trajectoire
empruntée par chacun des groupes n’est pas uniforme et il existe plusieurs versions
quant à l’origine de leur migration. En effet, la migration zerma dans la localité de
Tobré est très récente. Elle pourrait se situer après la Deuxième Guerre mondiale
(1945) selon les récits historiques locaux qui remontent à deux ou trois générations.
Les premiers Zerma installés dans la localité de Tobré seraient un couple bénino-
nigérien dont l’époux est un ancien combattant, fils de Tobré et l’épouse est une
Zerma. De retour de la guerre et après un long séjour au Niger, le couple décide de
rentrer à Tobré. Il devient une famille d’accueil pour les Zerma à la recherche d’un

16
Cette catégorie de Peul est traité de Peul "noir" en référence à la couleur mate de leur peau et à la
différence des Peuls dits « suan » qui ont la peau claire
17
L’histoire de Ousmane remonte à la guerre sainte contre les Haoussas de 1804 à 1808, au cours de la
quelle de nombreux Peuls se sont dirigés vers Gobir au Nigéria, puis vers les villes conquises que sont :
Katsina, Zaria, Noupé, Kebbi, Liptako et du Nord-Cameroun

61
mieux être en commerce et en agriculture. Quelques uns se seraient définitivement
installés et forment le groupe des Zerma de Tobré. Mais, certains récits avancent une
période plus lointaine (1930), année de la grande famine qui aurait entrainé le
déplacement de plusieurs Nigériens vers les régions du Bénin, dont Tobré. D’autres
récits évoquent les commerçants des caravansérails vers Accra au Ghana. Ceux-ci
auraient emprunté des raccourcis de voie qui passaient par le village de Bourbouey
dans le Borgou et Tobré dans l’Atacora pour ensuite rejoindre le Togo puis le Ghana.
Cette troisième version, concernent également le groupe ethnique haoussa. Dans la
littérature se rapportant au Borgou précolonial, on note la présence de ces deux
groupes ethniques comme faisant partie des critères de stratification au même titre
que les commerçants dendi (Lombard, 1965). Ils sont identifiés comme des "alfas18",
une catégorie de musulmans distingués par leur pratique de l’islam.

Ainsi, en dehors des Haoussa commerçants, Tobré a accueilli des Haoussa "alfas" qui
ont été au service des rois et en ont profité pour islamiser une partie des Baatombu.
Dans cette catégorie des "alfas", il y a eu également à Tobré, le groupe des manè dont
l’origine se rapporte à l’histoire de la dynastie lafiararu de Nikki. Pour autant, selon
certains récits locaux, l’origine de ces manè remonte à la migration mandingue en
provenance de l’ancien empire du Mali et passant par la boucle du Niger et certaines
régions du Nigéria notamment Sokoto, Zaria dès le XIIe ou XIIIe siècle. Le nom manè
serait donc une déformation de mandingue. Leur présence aux cotés des aristocrates
wassangari daterait alors de cette période. Ils étaient chargés d’aider le roi dans ses
ambitions de quête de prospérité et de conquête de territoires. Ces alfas étaient
entretenus par le roi, mais pouvaient recevoir en don des espaces-ressources pour des
activités agricoles. Le village de Ouassa maro dans l’arrondissement de Tobré
apparaît dans les récits d’installation comme le territoire qui leur a été concédé par le
chef de terre suprême pour s’établir. Ce qui justifie par ailleurs le nom de ce village
Ouassa maro qui signifie littéralement Ouassa des "étrangers" ou des "citadins".

Dans le groupe des étrangers on note aussi la présence des Somba et apparentés issus
d’une migration agricole locale (temporaire ou définitive) à partir des régions voisines
que sont Djougou, Natitingou, Ouaké, etc. Ils seraient venus dans la localité de Tobré

18
Alfas est une déformation du mot arabe alim qui signifie savant ou détenteur de la science et dont le
pluriel se lit uléma.

62
à la recherche de terres fertiles il y a quelques décennies. Ces groupes s’apparentent
aux colons agricoles décrits dans d’autres régions au sud du Bénin, comme étant des
migrants organisés ou non qui s’installent dans des régions fertiles dans le but d’une
exploitation agricole (Igué, 1970). Ils n’étaient donc pas intégrés au système socio-
politique baatonu et leur organisation, quand il y en avait, se limitait à l’accès aux
ressources naturelles. Cette forme de migration locale liée à l’exploitation des
ressources naturelles s’est renforcée depuis une décennie et concerne les exploitants
forestiers localement appelé les "scieurs". Ils sont pour la plupart des ressortissants de
la commune de Bassila. Ces "scieurs" migrants constituent le groupe autour duquel se
développent les pratiques nouvelles d’exploitation de bois d’œuvre destiné à
l’exportation vers des pays comme la Chine. L’ensemble de ces migrants se sont
insérés au fils du temps dans l’organisation socio-politique baatonu.

2.2. Organisation socio-politique Baatonu

L’organisation sociale et politique est centrée sur des Baatombu roturiers et des
Wassangari issus des lignages qui se sont succédés au pouvoir à Nikki. En fait, les
nobles guerriers wassangari sont à l’origine des sociétés lignagères. Les lignages aux
quels ils appartiennent sont nées des différentes femmes de Zimé Dobudia, fils aîné
de Sunon Séro fondateur du royaume. Il s’agit des lignages des Makararu (Baatombu
roturiers), des Lafiaru (descendant d’une femme Haoussa originaire du Nigeria), des
Mako Gbassi (descendant d’une femme originaire de Bué/Gamia dans la commune
voisine de Bembéréké), des Mako Koraru (descendant d’une femme provenant de la
région Boo de la commune de Kalalé, des Tosu enfin des Sané Koraru. Cependant,
selon la monographie de Nikki sur les six lignages, quatre seulement continuent de
maintenir la royauté par la succession tournante. Les lignages Tosu et Sané Koraru
n’accèdent plus au pouvoir central (Afrique Conseils, 2006). Ils font partie des
princes déchus ou évincés et sont fondateurs d’autres chefferies, notamment à Birini,
Kouandé, Tobré, etc.

L’organisation socio-politique à Tobré se réfère à cette structuration de base de Nikki


considéré comme le pôle politique des Wassangari (Lombard, 1965). Elle se fonde sur
une hiérarchie structurée à deux niveaux: un premier niveau qui se situe dans la
dépendance les uns des autres au sein de la classe noble structurée autour des

63
principes de dévolution au pouvoir et un second niveau qui met en rapport les groupes
peuls, gandos et étrangers dans une position de dépendance vis-à-vis des Wassangari
et des Baatomu roturiers. Particulièrement, pour avoir accès aux ressources naturelles,
ces groupes dépendants doivent s’adresser aux groupes autochtones.

Schéma 2 : Organisation socio-politique des Baatombu à Tobré

Les nobles wassangari


Niveau 1

Les Baatombu roturiers


Position de
dépendance

Les étrangers (Haoussa, Zerma,


Niveau 2
Somba)
Les Peuls

Les Gandos

2.2.1. Les principes de dévolution du pouvoir à Tobré

Les deux clans19 qui se succèdent au trône tournant sont des Sessi, issus de la lignée
des Orou Suru et des Bio Doko deux clans liés par des relations filiales. Ils sont
divisés en plusieurs sous-lignées et sont reconnus par la tradition locale comme les
ayants-droit à la chefferie de la localité de Tobré. Ce sont eux qui ont étendu leur
hégémonie sur l’ensemble du territoire communal, particulièrement les dix villages de
l’arrondissement de Tobré suivant le principe de la "frontière interne" fondée sur un
enchaînement à caractère cyclique de production d’entrepreneurs de frontières éjectés

19
Ce sont des clans fondateurs (père et fils). De plus amples explications au chapitre 3.

64
de leur société originelle et de formation d’une suite de parents puis de sujets
(Kopytoff, 1987).

Ainsi, lorsqu’un chef de village venait à mourir à Tobré, l’autre lignée proposait des
candidats suivant les critères d’alternance entre lignée connue en milieu baatonu
comme principe de dévolution au pouvoir (Lombard, 1965). Toutefois, la tradition
locale en matière de succession au trône précise qu’il existe plusieurs autres critères
qui permettent de procéder à l’exclusion de certaines candidatures et de n’en retenir
que deux qui passent au vote. Par exemple, un fils né pendant le règne de son père ne
peut accéder au trône, du fait du doute sur sa légitimité en tant que enfant génétique
du roi. Ainsi, très souvent le principe de l’âge est mis en avant pour exclure toutes les
sous-lignées concernées par ce critère. En effet, selon la règle de primogéniture, ce
sont les aînés de la famille qui sont souvent présentés comme des ayants-droit à la
succession. De fait, les princes nés pendant le règne de leur père sont souvent des
cadets. Usant de ce principe ces cadets finissent par être frappés par un autre critère,
selon lequel toute lignée ou sous-lignée n’ayant pas eu accès au trône pendant trois à
quatre générations est d’office exclue de la compétition au pouvoir. L’exclusion
devient alors définitive pour ces lignées ou sous-lignées. C’est le cas de Saca Yerima
du clan des Bio Doko qui malgré cette exclusion tente actuellement de se mettre en
lice pour la compétition au trône de Tobré, suite au décès de Orou Suru en 2011.

En dehors de cette catégorie de princes exclus de la compétition dans la localité de


Tobré, il est ressorti dans les discours que certains candidats étaient aussi exclus du
pouvoir parce qu’ils n’ont pas pu avoir le soutien des notables locaux. En effet, les
candidatures à la chefferie politique à Tobré sont validés par le collectif des sages de
la cour royale composé des différents chefs des groupes socio-professionnels (chef,
griot, chef forgerons, etc.) avec à sa tête le chef de terre sina duwiru. Le collectif doit
témoigner du bon statut social et familial présent et passé du candidat. Ce dernier
devrait donc être en bon terme avec le collectif de notable et réussir davantage à les
convaincre de son comportement exemplaire par des gestes de respect de la hiérarchie
lors des prises de parole et des dons divers. C’est seulement sur cette base que le
Bagana, roi de Kouandé dont est issu l’ancêtre fondateur de Tobré, peut en dernier
ressort donner son aval pour une candidature.

65
Après l’échec d’un candidat dans le cadre de la compétition pour la chefferie, certains
se contentent de titre compensatoire, d’autres s’exilent pour revenir à la charge lors
des prochaines compétitions ou créer de nouvelles chefferies dans leur village
d’accueil, d’autres encore refusent de reconnaître le pouvoir du vainqueur et préfèrent
rompre les liens claniques. En effet, dans l’histoire de la chefferie de Tobré, il
semblerait que les trois cas de situation se soient présentés avec la sous-lignée des
Orou Suru et des Bio Doko lors de la compétition qu’a connu la succession au
quatrième roi de Tobré dans les années 50. Selon les récits, parmi le groupe des
princes évincés, un membre de la sous-lignée des Orou Suru aurait accepté le titre de
gnapké (chef griot) à la cour du roi élu pour compenser l’échec de son lignage. Un
groupe de candidats malheureux s’est exilé de Tobré et s’est installé dans leur village
maternel Sinendé pour ne pas subir la honte de l’échec. Un autre groupe de perdants à
cette même compétition au pouvoir aurait refusé de se prosterner devant le vainqueur
comme cela est de tradition en milieu baatonu. C’est le cas du fondateur de la
chefferie de Pehunco, qui usant de son rang aristocratique, s’est fait élire roi à Gonri
un village situé à 4 km de Tobré et dont le trône était vacant. Lombard (1965) a fait
cas de cette scission au sein des clans vassaux de Nikki comme une caractéristique
fondamentale de la reproduction des chefferies en pays baatonu. Dans ce contexte les
rapports à la terre et aux ressources naturelles se caractérisent par un système de
relations où les liens claniques et les liens d’"insubordination" à la chefferie
s’interférent. La hiérarchie entre les différents groupes sociaux s’exprime aussi en
fonction des positions sociales qui caractérisent la société globale baatonu.

2.2.2. Les hiérarchies entre positions sociales

Les hiérarchies entre positions sont un critère fondamental dans les principes d’accès
et de contrôle des ressources. En effet, selon la hiérarchie socio-politique
traditionnelle, on distingue en dehors des nobles wassangari, les Baatombu roturiers
composés des castes de griots, de forgerons, de bouchers, etc. Chaque caste est dirigée
par un chef "sunon", dont le nom de la chefferie se compose du préfixe désignant le
nom de la caste et du suffixe "sunon". On a ainsi les chefs griots barasunon ou
gnankpé, chefs bouchers yararisunon, chefs forgerons sekosunon, etc. Ils sont souvent
ceux qui détiennent les vraies prérogatives sur la terre et les ressources naturelles,
malgré la prééminence des clans wassangari. A Tobré, ils constituent le groupe des

66
autochtones dont le notable supérieur chef de terre sinaduwiru détient un pouvoir
traditionnel religieux structuré autour de la croyance aux ancêtres et aux génies.

En dehors de cette strate ethno-professionnelle, on distingue dans la société baatonu


autochtone, des gens sans attribution particulière dans l’organisation sociale. Ils
n’appartiennent à aucun clan dans le village et sont de libres agriculteurs liés aux
autres membres de la strate par les relations matrimoniales, de parenté, d’amitié, etc.
Leur autorité dépasse rarement le cercle de la famille ou du ménage au sein desquels
ils ont des responsabilités. Toutefois, l’ensemble de ces strates (premier venu,
baatombu giyobu, libres agriculteurs, groupe ethno-professionnel, etc.) constitue le
groupe des autochtones baatombu. Ils entretiennent des relations réciproques et
horizontales entre eux et leur accès aux ressources naturelles est très peu différencié.

A côté de ces groupes, on note la présence des Peuls et des Gandos qui constituent la
classe dépendante. Les Peuls, du fait de leurs richesses en bétail étaient régulièrement
victimes de razzia de la part de certains groupes wassangari qui étaient des gens sans
champ, ni grenier. La recherche de sécurité faisait alors des Peuls des dépendants de
chefs baatombu dans des localités déjà stables du fait d’une organisation sociale et
politique établie par les Wassangari et les autochtones baatombu. Chaque famille
peule était tributaire d’un chef baatonu et elle n’avait pas de lien direct avec le
pouvoir politique. Les Peuls sont représentés par un chef mare sunon, souvent l’aîné
du groupe ou du hameau qui joue l’intermédiaire entre ses paires et les aristocrates
wassangari en ce qui concernent l’accès aux ressources naturelles.

A Tobré, le premier Peul consacré mare sunon (chef peul) par Orou Surou baada
bawurama (1er roi) s’appelait Saïdou et était installé à Pehunco gah, sur la route
souvent emprunté par le roi à qui, il offrait des cadeaux. Plus tard, un second chef
peul appelé Asso Bakaru fils du premier Peul Tourerou fut nommé et installé à Tobré
gouru. Ceux-ci étaient chargés de collecter les dons auprès des groupes peuls de la
localité, afin de les ramener au roi, car ils étaient les seuls autorisés à avoir accès au
palais royal. Ils ne détenaient pas de chefferie et s’inséraient dans le groupe des ayants
droit aux ressources naturelles à travers les relations de réciprocité (bétail contre
sécurité) qui les liaient à leurs protecteurs. Ce sont eux qui gardaient également le
bétail des Baatombu, et bénéficiaient en retour du lait de vache et des têtes de bœufs

67
selon la fréquence de reproduction du cheptel confié. Ils avaient à leur service les
Gandos qui s’occupaient non seulement du bétail, du champ mais aussi du tissage de
pagnes traditionnels, etc.

Les Gandos de Tobré appartiennent à cette tradition de servitude et sont confinés dans
les quartiers à part qui portent le même nom que celui qui sert à les désigner Gando.
Toutefois, d’après la mémoire des personnes âgées, ils auraient bénéficié, dès leur
installation, d’une certaine largesse de la part des autochtones qui les reconnaissaient
en partie comme les leurs du fait de leur origine baatonu. En fait, le groupe des
Gandos est constitué majoritairement de gens qui pour des raisons variées cherchent
la protection auprès d’un groupe puissant. Ils distinguent en leur sein quatre sous-
groupes suivant l’origine : les captifs de guerre ou de razzia appelés kirikou qui
exécutaient des travaux domestiques à la cour du roi, les Wassangari errant tigban
non qui viennent vivre parmi les Gandos, les Baatombu qui, fuyant la guerre, se
refugiaient à Gando et les cas d’enfants abandonnés dont le nombre est très faible. On
peut classer ces quatre catégories de Gandos en deux selon qu’ils sont au service du
roi ou non. En effet, les sages de la localité de Tobré retiennent deux noms dans le
groupe de kiriku ayant servi les rois, particulièrement à partir du règne de Bio Doko
(2ème roi). Il s’agit de Dan Mado et de San Koro. Ils représentaient les coursiers du roi
et étaient chargés de récupérer la contribution en ressources des sujets pour la
participation à une guerre ou pour l’entretien quotidien du roi, de ses étrangers et des
notables de la cour. Ce sont des portes-paroles du roi, chargés de répondre aux
salutations qui lui sont adressées, de transmettre à haute voix les paroles de celui-ci.
Ils tiennent son crachoir et son parapluie lors des sorties, etc. Ils sont également
chargés de faire disperser le marché en cas de décès d’un prince ou du roi. C’est le
groupe de captifs gandos le plus privilégié, du fait de leur proximité quotidienne avec
le roi. Ils pouvaient abuser des sujets en faisant de fausses demandes de ressources au
nom du roi, qu’ils gardaient par devers eux, sachant bien que personne n’avait le
courage de venir vérifier.

Ainsi, au point de vue des relations sociales, cette catégorie de Gandos serviteurs du
roi a un statut analogue à celui de captifs royaux qui se maintiennent de génération en
génération suivant les modalités générales de transmission patrilinéaire (Izard, 1997 :
25). En effet, les kiriku étaient insérés dans des familles au sein desquelles les

68
différents rois pouvaient faire des recrutements selon leur besoin. Cependant, à la
différence des captifs royaux du Yatenga, les possibilités d’alliance matrimoniale des
kiriku avec le lignage royal étaient limitées, même si les notables de la cour de Tobré
reconnaissent que ces kiriku courtisaient les nombreuses femmes du roi, avec
lesquelles il n’arrivait pas à assumer le devoir conjugal20 (notables, Tobré le
28.3.2010).

En ce qui concerne les Gandos qui n’étaient pas directement liés au service du roi, ils
étaient aussi à la disposition des Wassangari et des chefs baatombu. Selon la tradition
locale, ils s’occupaient de l’enterrement d’un prince ou du roi. Ils étaient chargés
d’apporter des chevrons de rônier pour servir de traverse dans la tombe, afin d’éviter
la décomposition rapide du corps. Ils devaient aussi creuser la tombe, bref tous les
travaux nécessitant la force leur étaient réservés. Cette tradition continue, mais du fait
de la rareté de cette espèce végétale et de l’évolution du statut des captifs, les
chevrons de rôniers sont apportés de façon symbolique par le chef de famille gando
ou par le représentant d’un groupe de Gando. Pour autant, les Gandos toutes les
catégories confondues ont le même rapport quant à l’exploitation des ressources
naturelles. Dans le système politico-religieux ils sont tous représentés par le Gando
Sunon qui peut être un patriarche sina gbéré au service des autochtones baatombu et
du chef wassangari. Il est chargé de rassembler ses pairs en temps de guerre. De fait,
ils exerçaient un contrôle sur les terres et les ressources qui leur sont concédées pour
l’agriculture. Ils continuent d’être les spécialistes du tissage des pagnes traditionnels
peuls, mais fortement engagés dans l’agriculture plutôt que l’élevage, activité de leur
ancien maître.

Par ailleurs en se référant aux critères de stratification des Baatombu dans le Nord du
pays au temps précolonial, tels que définis par certains auteurs, on note la présence
des commerçants haoussa et zerma comme composantes sociales dépendant de
l’aristocratie wassangari (Lombard, 1965 ; Bierschenck & Le Meur, 2007). Meyagui
serait le premier Haoussa installé à Tobré. A son arrivée toutes « les activités du
village ont prospéré » dit un notable de la cour. Il a également attiré beaucoup
d’étrangers ce qui lui a valu le titre de serky zongo, c’est-à-dire chef des étrangers. Il

20
Cette pratique n’est pas condamnée en société baatonu.

69
sert de répondant entre les autochtones bariba et ses pairs en ce qui concerne
notamment l’accès aux ressources naturelles. Ces deux groupes ethniques haoussa et
zerma ont intégré progressivement l’organisation sociale et politique.

Dans le groupe des "alpha" représenté à Tobré, on note la présence des manè et des
kotocoli. Le premier alpha invité par le roi Orou suru serait d’une origine Kotocoli, un
groupe ethnique dans l’Atacora venu du Togo. S’en est suivi le groupe des manè dont
les pouvoirs liés à leur maîtrise du coran étaient sollicités par le souverain. Ils sont des
musulmans qui représentent leur communauté auprès du roi par un balemam. Celui-ci
bénéficiait d’une autorité consultative à la cour du chef village en ce qui concerne les
prises de décisions importantes telles que l’issue d’une guerre. Mais, les manè furent
utilisés plus tard par les autorités coloniales pour déstabiliser leurs anciens "logeurs"
les Wassangari. Depuis cette période, les relations entre les Baatombu et les
musulmans sont restées conflictuelles à Tobré et leurs accès aux ressources naturelles
est problématique. Plusieurs cas de disputes autour des terres ont été signalés,
notamment à propos de la place "idi" pour les grandes assemblées de prières à
l’occasion des fêtes musulmanes (tabaski et ramadan). Les Baatombu remettent
fréquemment en cause les contrats séculaires qui les liaient aux groupes des manè en
particulier et aux musulmans en général, du fait surtout de l’évolution du statut des
ressources foncières. Bierschenk et al., ont aussi souligné ces conflits fonciers à
propos des Baatomu et des Peuls. Ils notent que « les rapports entre ces deux groupes
se caractérisent par de sérieux conflits fonciers (suite à la forte extension des cultures,
et en particulier de la culture cotonnière) et, dans une moindre mesure, à propos de
l’eau. Ces différends concernant le droit d’utilisation des terres entre cultivateurs et
pasteurs constituent donc un problème social de tout premier plan dans cette région de
Tobré » (Bierschenk et al., 2004 :2).

2.3. Activités socio-économiques et types d’espace végétal

Les activités socio-économiques dans la localité de Tobré sont traditionnellement


calquées sur la hiérarchie politique et socio-professionnelle caractéristique des
sociétés baatomu. Ces différentes activités socio-économiques permettent de définir
les types d’espace végétal et leur mutation.

70
2.3.1. Les activités socio-économiques

Dans le domaine socioéconomique les principales activités dans la localité de Tobré


sont : la chasse, la cueillette, l’élevage, l’agriculture, l’exploitation forestière, le
commerce de vivriers, etc. Ces activités sont souvent soumises à des normes sociales
structurées autour des représentations du monde.

La chasse et la cueillette constituaient des activités importantes dans le milieu


baatonu. On distingue la chasse individuelle tasoru et la chasse collective damaru
organisée en saison sèche de décembre à mi-mai. Celle-ci mobilise tous les jeunes
d’un village ou groupe de villages toute classe sociale confondue. Cette partie de
chasse organisée par les chefferies ou confréries de chasse est dirigée par un chef
appelé dama sunon issu de groupes ethno-professionnels de chasseurs. L’un des
objectifs de cette chasse collective qui se faisait non loin des villages, était d’éloigner
les reptiles, les gibiers... afin de protéger les enfants de nombreuses maladies
infantiles, dont ces animaux seraient la cause, notamment la crise convulsive encore
appelée "maladie du lièvre" (Danko, 2002). Cette chasse permettait également
d’assainir les alentours des champs des rongeurs et des oiseaux qui détruisaient les
semences au début de la saison pluvieuse. Toutefois, la chasse à Tobré se fait
aujourd’hui plus par prestige et loisirs que par nécessité socio-culturelle et
économique. La « chasse collective21 aux lions a disparu et celle aux petits gibiers ne
permet plus de couvrir les besoins en viande du foyer. Les gens s’y rendent juste pour
se faire plaisir ou pour colectionner quelques trophées de chasse (peau de biche, tête
d’oiseau, ….) » (Représentant des chasseurs, Tobré, 2.8.2012). Les groupes socio-
professionnels de chasseurs tasobu appelés odε22 sont constitués en gardiens de nuit.

Depuis 2005, en effet, le ministère de l’intérieur en collaboration avec le


regroupement de ces chasseurs a procédé à leur recrutement pour garder les
principales routes à l’intérieur du pays, dans le but de lutter contre les malfrats
appelés "coupeurs de route". Cette mission aurait porté ses fruits, et le taux de

21
Elle permettait de maintenir l’unité territoriale entre les terres et les ressources naturelles de Ouassa
(Conf. Chapitre 3).
22
Signifie chasseurs traditionnels en langue nagot parlée dans les localités de Tchaorou, Kilbo, Savè au
Bénin. Ce nom est retenu sur le plan national pour désigner cette catégorie de chasseurs officiellement
désignés pour maitenir l’ordre.

71
braquage sur les routes a baissé. C’est au vu de cette expérience que les communes
s’appuient depuis quelques années sur ce système organisé de chasseurs traditionnels
pour traquer les exploitants forestiers fraudeurs de bois. Reconnus pour leur maîtrise
de la forêt, ces odε constituent désormais les agents forestiers pour les différents
comités de gestion des ressources naturelles.

En ce qui concerne la cueillette, en milieu baatonu, le karité et le néré constituaient les


ressources naturelles autour desquelles une organisation collective d’exploitation était
faite. A chaque saison, le chef de terre tegninro ou tedomakoo annonçait de façon
symbolique par une prière domaru le début de la cueillette afin d’évacuer les
éventuels malheurs (morsure de serpent dans les champs, rencontre avec les génies de
la brousse, etc.). Ensuite, chaque chef de famille ou de lignage pouvait alors autoriser
la cueillette sur les portions de ressources qui lui revenaient. En récompense, le roi et
les différents notables de la cour du roi recevaient de la part des sujets des produits de
cueillette (noix de karité, graine de néré). Les lundis et les vendredis sont décrétés
jour d’interdiction de cueillette, il en est de même tous les jours quand le soleil est au
zénith entre 12 et 14 heures. Ce principe est toujours en vigueur bien que la cueillette
se soit progressivement individualisée, avec l’apparition d’un marché et la possibilité
d’une accumulation monétaire. Aujourd’hui la cueillette des graines de néré et des
noix de karité permet, seulement après leur transformation, d’améliorer
l’autosuffisance du ménage. En outre, la vente de ces produits offre aux femmes la
possibilité d’augmenter leurs revenus monétaires.

L’élevage est aussi une activité socio-économique très développée à Tobré, du fait
d’un fort taux de la population peule (33% de la démographie globale de la localité).
En effet, l’élevage est une activité exercée particulièrement par les Peuls. Il constitue
par ailleurs le principal critère de démarcation avec les Baatombu agriculteurs. Ces
derniers confient, pour la plupart, leurs bovins et caprins aux Peuls dont ils sont les
tuteurs. Il existe un marché de bétail dans la localité qui s’anime tous les quatre jours.
En fait, l’élevage local à Tobré est une activité d’épargne, et surtout de prestige,
particulièrement au sein de la société peule où « la taille du troupeau est le principal
indicateur du statut social et du prestige » (Bierschenk et al. 2004:13). Toutefois, les
ménages peuls combinent l’élevage à l’agriculture, afin d’assurer l’économie

72
domestique et de garantir sa durabilité face aux aléas climatiques. Dans ce sens, la
culture attelée est très développée surtout dans les zones cotonnières.

Plusieurs ONG se sont intéressées à ce secteur d’activité dans le cadre des projets de
développement. Le Projet Promotion de l’Elevage dans l’Atacora (PPEA) notamment
s’est investi au début des années 1980 pour améliorer les revenus des éleveurs, pour
augmenter le rendement du secteur de la production animale, pour préserver les
équilibres écologiques, et pour réduire la transhumance, dont l'objectif à terme est de
transformer un élevage traditionnel de prestige (ou vu comme tel) en une activité
moderne et rentable d'un point de vue économique (Bierschenk, 1988, cité par FAO,
1997). En outre, la notion de gestion des terroirs a été introduite dans le système agro-
pastoral pour prendre en compte la dimension écologique de l’élevage. Car, comme
l’indique certains auteurs « l’élevage au Nord Bénin est purement écologique et
dépendant totalement des ressources naturelles » (De Haan et al, 1997 : 33). Cette
nouvelle orientation a permis la mise en place des comités villageois de
développement qui plus tard s’investiront dans la gestion des ressources naturelles,
afin de maintenir l’équilibre entre la préservation des ressources naturelles et la
rentabilité économique de l’élévage.

L’agriculture constitue la première activité de subsistance à Tobré. L’unité


d’exploitation est le ménage dô dirigé par le chef de ménage gninu yinro. Dans les
systèmes de production les cultures de céréales et de tubercules d’ignames constituent
la base alimentaire. En effet, jouissant d’une relative disponibilité de terre, le paysan
baatonu de Tobré pratique l’agriculture extensive sur brûlis caractérisée par une
longue jachère. La culture associée représente le modèle dominant, avec alternance
entre le maïs et le mil. Très souvent la première défriche sert de culture d’igname
reconnue comme exigeante en terre fertile. Un ou deux ans après, cette terre servira à
la culture des différentes céréales. Depuis l’introduction du coton dans le système de
production, le mode cultural des Baatombu a fortement changé. Certes, le coton23 fait
traditionnellement partie du système de production des Baatombu de Tobré, mais son
adoption en tant que culture de rente par les paysans s’inscrit dans le contexte général

23
Le cotonnier a été introduit au début du XXe siècle (1903) pour la première fois au Dahomey (actuel
Bénin. Il est une plante du genre Gossypium, dont quatre espèces sont cultivées. L’espèce qui intéresse
l’Afrique au sud du Sahara est [Link] et c’est pratiquement la seule depuis la quasi disparition de
la culture de variétés de G barbadense en Afrique occidentale» (G. Sément, 1986 :19).

73
d’introduction de cette culture en Afrique de l’Ouest, en rapport avec la politique
agricole et économique mise en place par les gouvernements colonial et post-colonial.
Considérée au début de son introduction comme un symbole de la domination
coloniale24, la culture du coton a connu une réticence dans les ménages à Tobré
(Secrétaire de groupement villageois, Tobré, 2005). Mais, par la suite, elle connaitra
l’engouement de la grande majorité des paysans pour devenir une culture de prestige,
symbole de la prospérité et de la bravoure des paysans dans les sociétés baatombu.
Ceci grâce aux possibilités d’accumuler de l’argent et de pouvoir réaliser de grands
projets familiaux (mariage, cérémonie de deuil, voiture, maison, etc.).
« …L’aspect de notre village a changé avec le boom cotonnier. Tout le monde a refait
la toiture de sa case. Les feuilles de tôle ont remplacé les pailles. La majorité des
maisons en "dur" ont été construites pendant cette période. Le nombre de motos et de
voitures a augmenté… » O.K. cultivateur, Tobré, 6.6.10.

La culture du coton a également transformé les pratiques culturales, les modes de


production, en augmentant les superficies cultivées et surtout de la nécessité
d’emblaver des terres neuves et fertiles pour satisfaire les exigences de cette plante.
En effet, le coton est l’un de ces secteurs qui revêt de nombreuses contradictions avec
la protection de l’environnement. Source principale de richesse pour le paysan, il est
aussi grand destructeur de l’environnement. Les cultures vivrières traditionnelles à
l’exception de l’igname sont moins exigeantes en termes de température et de
photosynthèse ce qui implique une possibilité de production malgré la présence
d’ombre. « Ce qu’on faisait, c’est couper les branchages entraînant l’élévation en
hauteur des arbres. Or, le coton a une exigence forte de chaleur et en continu, ce qui
entraîne la destruction systématique de toutes espèces végétales ombrageuses
entraînant une certaine incompatibilité coton-espèces végétales » (S. T. Cultivateur,
baatonu, Tobré, 2.4.2005). Au-delà de cette contrainte, il faut voir un décalage entre
les discours sur la protection de l’environnement et les représentations sociales. Droz
et & Miéville-ott (2005) ont également noté cette différence de perception dans le cas
des associations de protection de la nature. En effet, pour ces auteurs, ces associations
« évoquent fréquemment un devoir moral universel de sauvegarde du patrimoine
naturel, dans le registre de défense du bien commun, et se heurtent alors à des
perceptions locales, ancrées dans l’histoire et la culture, qui, elles voient la nature
24
Parce que se cultivant sous contrainte

74
non comme un bien mais comme un cadre de vie » (Droz et & Miéville-ott, 2005 :
31).

Par ailleurs, sur le plan de la politique nationale agricole plusieurs structures et


institutions ont été crées pour soutenir la production du coton. Il s’agit du Ministère
du Développement Rural (MDR), de la Société Nationale de Promotion des Produits
Agricoles (SONAPRA), du Centre d’Action Régionale et de Développement Rural
(CARDER), des Unions Sous-préfectoral des producteurs (USPP), des Groupements
Villageois. De par leur expérience de la gestion de la filière coton et de la
mobilisation des acteurs ruraux, les USPP et les GV font partie des structures qui
créent des comités depuis la recrudescence de l’exploitation forestière, afin de lutter
contre la fraude dans ce domaine.

En fait, l’exploitation des ressources naturelles, particulièrement du bois d’œuvre ne


constituait pas une activité économique dominante en milieu baatonu, du fait des
considérations sociales liées au statut du bûcheron. Selon les discours de certains
acteurs locaux, le statut du bûcheron est ambivalent. Il était l’être le plus craint en
milieu baatonu, mais aussi le plus misérable. Craint parce qu’il était en contact avec
les génies des arbres et possédait des pouvoirs occultes. Il était considéré comme
misérable parce qu’il détruisait les êtres faisant partie de l’univers des Baatombu et
pour cela, était maudit tant par la communauté des humains que par celle des génies.
Ainsi, il ne prospérait jamais et toute la fortune accumulée ne lui servait que pour se
détruire. Par exemple, c’est souvent des alcooliques, des célibataires endurcis, des
marginaux, surtout pendant la vieillesse. Dans tous les cas, il est en permanence dans
des difficultés. Cette conception liée à l’"ethos25 de bûcheron" a donc longtemps
maintenu l’exploitation des bois d’œuvre dans sa forme traditionnelle. Mais,
progressivement elle a changé et certains acteurs ruraux à Tobré s’adonnent à
l’exploitation du bois d’œuvre à but commercial, contrairement à l’usage du bois de
feu qui reste encore un domaine très peu marqué par l’économie du marché.

25
L’ethos est « un "réservoir" non structuré (ou peu structuré) de principes et d’actions tenus pour
légitimes et reconnus intuitivement comme justes, de concepts idéaux testés par des aspects moraux ou
symboliques » (Droz et Lavigne, 2006 :48). Autrement dit, « l’ethos rassemble divers principes qui
orientent les actions et les discours des individus en fonctions de leurs identités sociales et de leurs
histoires personnelles et qui sont reliés à un idéal de soi » (Droz et Forney, 2007 :68).

75
Le bois de feu est la catégorie de végétaux la plus exploitée dans les forêts. Il est la
source d’énergie domestique utilisé par presque tous les ménages, sauf les prêtres
installés à Tobré et quelques fonctionnaires de l’Etat affectés dans cette localité, qui
en plus bien sûr de cette énergie utilisent le gaz (butane). Les acteurs ruraux
s’approvisionnent en bois de feu dans les champs et dans la brousse. Certaines
femmes principalement les Gando en font le commerce, mais leur clientèle est très
limitée. La catégorie d’acteurs qui achète le bois concerne les étrangers zerma et
haoussa, les fonctionnaires qui ont la capacité financière de s’en procurer, les femmes
handicapées qui n’ont personne pour le leur chercher, quelques rares femmes
enceintes qui n’ont pas prévu cela, les nouvelles mariées, les femmes qui ont une
activité économique et disposent de moyen financier pour s’en procurer, ceux ou
celles qui utilisent le bois pour leur activités commerciales (vendeuses de repas,
vendeur de thé, de viande grillée, etc.). En dehors de ces personnes, tout le monde se
le procure dans les champs et la brousse, et pense que c’est "gratuit". Le bois ne se
vend ni au marché, ni de façon ambulante. Il est exposé dans les maisons ou les
devantures de maisons. Comme le bois, la plupart des ressources naturelles qui
servent dans l’alimentation (sauce, légume, fruit) ou dans l’artisanat et l’habitation
sont très peu commercialisées. Elles sont par ailleurs de plus en plus rares et sont
remplacées par les produits des cultures maraichères, ou manufacturés pour le cas de
l’artisanat et de la construction. Les nattes et les paniers en plastique ont remplacé
ceux tressés avec du Borassus aethiopum ou du Raphia sudanica et les tôles sont
utilisées à la place de la paille.

Contrairement à ces domaines où les ressources naturelles sont peu commercialisées,


il y en a un qui a pris de la valeur monétaire. Il s’agit du domaine de la santé qui était
une activité exercée par une catégorie socio-professionnelle appelé tim gui. Ces
guérisseurs étaient rémunérés de façon symbolique. Aujourd’hui, dans la localité de
Tobré ils sont organisés en comités et possèdent des tim gberu "champ de
médicaments" (jardin botanique) qu’ils gèrent et les prestations sont payantes.

Toutes ces ressources naturelles exploitées n’ont pas les mêmes représentations
sociales. En effet, à Tobré, les acteurs locaux justifient leur comportement face à
certains végétaux par rapport à la place qu’ils occupent dans la classification sociale.
Pour, ces acteurs il existe toute une hiérarchique dans le monde végétal. On a des

76
essences reines ou privilégiées comme l’iroko dan ou Sterculia setigera (koronkorou).
Ensuite on a des essences vulgaires ou ordinaires comme l’Anogeissus, leiocarpus
(kakara). Selon le critère genre on a des essences femelles, qui sont les arbres
fruitiers et des essences mâles, les non fruitiers. Suivant le critère d’usage et
d’accessibilité, il y a des espèces non cessibles ou d’accessibilité limitée. Par exemple
le Vitellaria paradoxa (karité) sombu ou le Parkia africana (néré) dombu sont une
propriété privée selon certains et selon d’autres des espèces appartenant à tous. « Si la
terre ne t’appartient pas et que tu détruis un arbre de néré ou du karité, le possesseur
te renvoie. Par contre, les étrangers (Zerma et Yoruba), peuvent s’autoriser à ramasser
les graines de néré ou de karité dans les champs des Baatombu » (N’po, migrant
agricole, Tobré le 27.3.2005).

Quant au Vitex doniana, (yankunoku) il est classé parmi les essences privées
d’accessibilité ouverte ou ce que "Dieu a donné". Le vitex est un arbre qu’on ne
plante pas. Quand il pousse sur un espace non occupé (brousse, forêt), il est exploité
par tout individu qui se trouve dans le besoin. Mais, sur un espace mis en valeur
(champ, jachère, jardin) le vitex devient un arbre privé.

Si cette classification reflète simplement la hiérarchie entre les végétaux, il y a une


autre qui limite l’usage ou l’exploitation. Il s’agit des mythes autour de certaines
espèces dont voici quelques exemples : le Bombax costatum (monrorou) rend fou le
paysan ou son enfant, épuise la terre et se multiplie en grand nombre dans le champ
quand on détruit un pied de cet arbre ; Sterculia setigera (korokorou) rend lépreux le
paysan ou paralyse son enfant, il le rend aussi malade et il peut en mourir ; le
Diospyros mespiliformis (wibu) rend aveugle le paysan ou son fils ; pour le gorokou,
quand on y met du feu, on souffre de gros abcès, Milicia excelsa (l’iroko) dan est
sacré et on le vénère, l’Afzelia africana gbekorou abrite des esprits, et ne doit pas être
coupé au risque de rentrer à la maison paralysé.

Autrefois, tous ces végétaux étaient très peu commercialisés du fait des critères
symboliques qui renvoient au caractère maléfique de certaines espèces empêchant
leur usage domestique et suscitant même une attitude d’évitement à leur égard.
Aujoud’hui, malgré toutes ces espèces supposées maléfiques, il y a tout de même
exploitation de certaines espèces, surtout par les jeunes. Pour certains, cela se justifie

77
peut être par le fait qu’il existe un abandon du registre de justification des risques liés
à la destruction des végétaux. Un chef de culte pense que « les espèces vénérées ou
sacrées à cause des mythes ne bénéficient plus d’un grand privilège pourvu qu’elles
ne soient pas dans le village » (Chef de culte, Tobré le 2.3.2005). Pour d’autres, c’est
parce que les habitudes alimentaires ont évolué sous l’effet des facteurs de
changement économique et social. Ainsi, le critère central de l’accessibilité collective
ou limitée à une ressource végétale est aussi fonction de sa valeur d’usage.

Pour autant, au-delà de toutes ces conceptions mettant en exergue les aspects sociaux
et symboliques de la nature, c’est la notion d’interactions culturelles entre le monde
des humains et celui des non-humains qui est relévée. Ainsi, les Baatombu de la
localité de Tobré disposent d’un registre d’interdits et de sanctions qui leur permet
d’interagir avec la nature. Cette dernière « n’existe pas indépendamment de l’homme
qui la vit et se la représente » (Droz & Miéville-ott, 2005 : 9).

2.3.2. Les types d’espace végétal

Il s’agit ici de voir comment les Baatombu se représentent l’espace végétal et


comment ils se situent par rapport à cet espace. Cette partie traite des différentes
subdivisions de l’espace selon les perceptions locales et en rapport avec les activités
socio-économiques. Les différents types d’espaces permettent de mieux situer les
modes de prélèvements des produits des ressources naturelles : la brousse yakasu, le
champ gberu, champ abandonné bansu, la forêt son, forêt au sens large buba, gbεru,
forêt "maudite", forêt "sacrée" gnakuyeru, forêt "communautaire"/jardin botanique
tim gberu etc.

En milieu baatonu de Tobré, yakasu signifie brousse, herbe. Il désigne un espace


végétal sans propriétaire à usage libre et public. Tout le monde peut mener l’activité
qui lui convient sur cet espace. Ce sont souvent de petites portions qui se trouvent non
loin des maisons et dont les limites ne sont pas fixes. Généralement, ces espaces
servent de lieu pour la petite chasse collective, de cueillette des fruits de néré et de
karité, de ramassage de bois mort, de culture de tabac, etc. Mais dès que l’espace est
utilisé pour les cultures traditionnelles de subsistance, il devient un champ gberu.

78
Gberu indique donc une portion de terre mise en valeur par l’agriculture. Il est la
propriété d’un individu, d’une famille ou d’une collectivité. L’accès est limité.
L’usage est privé. On peut même exclure ou interdire l’accès à une tierce personne.
Ce sont des espaces dont les limites sont fixes et quelques fois matérialisées. Le karité
et le néré constituent des arbres pérennes laissés par le paysan du fait non seulement
de leur utilité pour l’alimentation en milieu baatonu, mais surtout parce qu’ils servent
de titre foncier (Danko, 2006). Ces arbres plantés dans les champs gberu confèrent au
planteur la possession de cette portion de terre et des ressources naturelles qui s’y
trouvent. Cette pratique culturale s’est élargie à d’autres espèces végétales depuis la
grande sécheresse des années 1970. Dès lors, les champs sont soumis à un contrôle
des agents des Eaux et Forêts et la coupe d’une espèce interdite est soumise à une
amende26. Toutefois, les dynamiques des habitudes alimentaires et l’introduction des
plants fruitiers, notamment l’anacardier, font que ces arbres sont actuellement en
régression (Danko, 2008).

Une autre dynamique qui affecte ces espaces gberu est la disparition des champs
collectifs pour des champs individuels de plus en plus nombreux. En effet, les champs
collectifs réunissaient les membres d’une famille élargie autour des cultures pour des
fins de consommation. Le chef de lignage ou de ménage est le responsable de ce
champ. Il est chargé de coordonner les activités pour remplir le grenier et pourvoir au
repas de tous. La main-d’œuvre est essentiellement composée des membres de la
maisonnée. Les hommes s’occupent du labour et les femmes du semis et de la récolte.
De nos jours les champs collectifs n’arrivent plus à réunir tous les membres d’une
maisonnée, même les formes d’entraide wuru sollicitées par les jeunes pour le labour
du champ de l’un de leur beau-parent dokri a disparu (D.S, sage baatonu à Tonri, le
10.5.2011). Les champs collectifs sont de plus en plus individualisés pour des fins
d’accumulation de richesse. Même, les femmes, outre leur travail sur les champs du
ménage, cultivent des champs personnels plantés surtout en gombo, arachide, soja,

26
L’agent forestier dans son rôle de protection de l’environnement devrait pouvoir appliquer les
normes suivantes : coupe non autorisée (5000 à 50.000 FCFA d’amende ou 15 à 6 mois
d’emprisonnement), coupe d’espèces protégées (50.000 à 500.000 FCFA d’amende ou 2 mois à 2 ans)
d’emprisonnement ferme. Dans la pratique ces normes ne sont pas appliquées à la lettre et comme le
dit l’un des agents des Eaux et Forêts « il y a des possibilités de négociation: diminution de l’amende,
intervention des élus locaux, reconnaissance de sa faute et de demande de pardon… ». C’est à ce
niveau qu’apparaît la corruption et les differents détours qui aboutissent aux critiques et aux manques
de crédibilité des services et organismes de protection des forêts.

79
etc. Souvent, elles vendent presque toute leur récolte et disposent de leur argent (De
Haan et al., 1997). Bako-Arifari (2004) a également noté le recul des champs
collectifs. Il a souligné que « les membres dépendants des familles développent des
cultures "autonomisantes" comme le coton, le maïs, etc. dont les revenus sont
réinvestis dans d’autres activités (embouche bovine, moulin, etc.) qui permettent au
dépendant de préparer sa scission » (Bako-Arifari, 2004 : 9). Par ailleurs, il convient
de noter que ces types de champs peuvent être mis en gage. Il peut ainsi arriver
qu’une personne perde les récoltes de son champ et soit obligée de changer d’activité
le temps de gagner de l’argent pour reprendre ses activités champêtres (exploitant
forestier local: le 12-3-2010 à Tobré). Le champ est donc abandonné. Il devient bặsu.
C’est-à-dire des portions de terre laissées en jachère ou des hameaux abandonnés qui
deviennent ou peuvent devenir des forêts. Ces types d’espace avaient existé au début
des indépendances, lors des regroupements villageois. Les acteurs ruraux étaient
déplacés vers les centres pour bénéficier des infrastructures (écoles, dispensaires,
puits, etc.).

Son signifie forêt au sens de réserve de grands arbres, de lianes, d’animaux sauvages.
C’est une propriété villageoise ou collective appartenant souvent aux premiers
installés aux abords ou aux premiers habitants qui y ont mené des activités de chasse,
de pêche, de culture, etc. L’usage est libre pour un certain nombre d’activités
(cueillette, chasse...) et limité pour les autres activités comme la culture et la
plantation des arbres. Mais des portions de cet espace peuvent faire l’objet d’un
accord (don, prêt). A Tobré, les espaces sont désignés suivant les espèces végétales ou
animales qu’on y trouve. Une dizaine de forêts sont identifiées comme étant la
propriété du village précisément des clans autochtones. Elles portent des noms tels
que konuson forêt des renards, gbabison forêt peuplée d’isoberlinia tomentosa.
Aujourd’hui, ces forêts ne portent plus ces marques, la grande partie ayant servi de
champ et d’exploitation forestière.

Bouba signifie forêt au sens large de l’écosystème. C’est un espace où on trouve des
montagnes, des cours d’eau, des arbres, lieu de chasse, de pêche, de cueillette, etc.
C’est une propriété villageoise dont l’usage n’exclut personne, mais qui est contrôlée
et règlementée par les normes traditionnelles. Ce sont ces espaces qui ont servi de
forêts classées dans la localité de Tobré. Mais, faute de suivi rigoureux de la

80
législation forestière, ces bouba sont aujourd’hui dégradés. A Tobré, il n’existe
pratiquement plus de Bouba au sens premier du terme.

A côté de ces différents espaces végétaux, il existe en milieu baatonu d’autres


variantes issues des métamorphoses. Il s’agit des champs maudits gbεru.

Gbεru est une portion de terre craint par les "gens du village" et où ne se mène aucune
activité humaine, surtout aucune culture. Selon les récits locaux, il y a plusieurs sortes
de gbεru suivant les causes. Gbεru peut signifier une terre qui a été l’objet d’un litige
dans le passé et qui a été maudite par les deux parties. Les "gris-gris" enterrés à cet
endroit font qu’il est devenu un lieu craint, porteur de mauvais sort. Il s’agit
également d’un ancien champ dans lequel le propriétaire a fait des protections27
contre le vol wa bounou. Celui-ci meurt sans avoir détruit l’effet du produit. Ainsi,
toute personne qui se hasarde pour cultiver ce champ sera considérée comme un
voleur et l’effet du "gris-gris" peut le rendre malade. Gbεru est aussi un endroit où on
a tué et dépecé un lion dans le passé. L’aura de cet animal est très forte et quiconque
fait son champ à cet endroit peut être atteint d’une maladie très grave. Ignorant la
cause, on n’arrive pas à le guérir et il meurt. Cet endroit est désormais craint et
devient gbεru. C’est donc suite à une succession de malheurs intervenus dans un
espace qu’il devient maudit gbεru.

Pour autant, cette représentation de l’espace ne fait pas l’unanimité au sein de la


société baatonu de Tobré. Particulièrement les jeunes gens pensent que :
« Ces histoires de gbεru ou de la malédiction cachent parfois derrière une main
humaine mal intentionnée. Il y a des individus courageux qui possèdent des
pouvoirs et sont capables de détruire ou défaire ce qui s’y trouve. Ils sont craints
par les autres et personne n’ose leur faire du mal… Il faut aussi noter que ce sont
de petites portions de terre sans grand intérêt… Les autres activités comme la
recherche de bois, la cueillette, la recherche de ressources végétales, de sauce, de
bois, etc. y sont possibles sans conséquences. Mais dès que l’exploitation devient
forte de sorte à dénuder la forêt, il peut avoir une réaction. Sinon, c’est
exclusivement le champ gberu qui est souvent interdit dans ces endroits… »
Extraits des entretiens avec les jeunes de Tobré (2005-2010).

27
C’est souvent des produits maléfiques pour jeter le mauvais sort au voleur

81
Ces divergences de représentations entre les jeunes et les personnes âgées justifient
selon certains acteurs locaux le comportement des jeunes gens de Tobré reconvertis à
l’exploitation forestière. Pour Langewiesche (2004) si le nombre de terrains ainsi
protégés de toute exploitation humaine diminue, c’est parce que les citadins qui
retournent cultiver à la campagne ou les immigrés ne respectent pas les interdits.
L’idée de protection qui apparaît dans l’analyse de l’auteur n’apparaît pas dans
l’intention des acteurs locaux puisque toutes les activités d’exploitation forestière y
sont possibles, sauf l’agriculture ; même si à Tobré la tendance à transformer ces
types d’espaces en forêts "communautaires" est très remarquable.

Langewiesche (2004) relève également l’ambigüité qui existe dans la classification de


ces types d’espace végétal et note que la "forêt sacrée" est une notion imprécise mais
fréquemment utilisée dans le français local pour traduire ce que les Baatombu
désignent par gbεru. Toutefois, cette conception doit être nuancée même dans le
contexte baatonu par les notions de sacré et de maudit. Certes, le sacré désigne ce qui
est inaccessible, indisponible, mis hors du monde normal, objet de dévotion et de
peur, mais il ne rend pas compte de la notion de gbεru. Ce dernier se rapproche du
sens de maudit qui renvoie à ce qui semble avoir été condamné au malheur par une
puissance divine ou maléfique et qui accumule les catastrophes. Plus, précisément en
milieu baatonu le sacré et le maudit s’oppose en termes de bons ou mauvais génies.
Par ailleurs, Langewiesche apporte cette précision en soulignant que « gbεru sont des
territoires et pas forcément des forêts, dont la population dit qu’ils sont habités par des
génies, généralement des génies malveillants » (Langewiesche, 2004 : 205). Les
Baatombu se servent du terme gnakugneru pour désigner l’espace végétal abritant les
bons génies "sacré". C’est un espace considéré comme des habitats d’une multitude
de divinités vénérées par les Baatombu. Ils y font souvent des sacrifices. Pour autant,
quand l’espace "sacré" est souillé, il peut devenir un espace maudit. Toutes ces
dynamiques dans les rapports homme/nature participent de la définition d’un
nouveau contexte à Tobré.

82
2.4. Contexte actuel de gestion des ressources naturelles à
Tobré

L’implication des comités de gestion des ressources dans la définition et la mise en


œuvre des politiques de conservation de la nature est un contexte récent à Tobré, qui
permet d’analyser les dynamiques d’appropriation des ressources naturelles. Plusieurs
facteurs ont été favorables à l’émergence de ces comités de gestion et à leur inclusion
dans les débats publics de gestion de la nature. Il s’agit notamment des réformes
institutionnelles, politico-administratives et de la résurgence de l’exploitation
forestière.

Depuis 1990, le Bénin a opéré plusieurs réformes pour soutenir la gestion des
ressources naturelles. En effet, sur le plan institutionnel, le pays s’est doté de
règlementations forestières, notamment l’adoption d’une nouvelle politique de
développement rural (MDR/DFRN, 1997), suivi de l’élaboration et l’adoption du Plan
d’Action Environnemental (PAE) en juin 1993, de la promulgation de la loi 93-009
portant régime des forêts en république du Bénin en juillet 1993, de l’adoption de son
décret d’application en juillet 1996, de l’adoption de l’agenda 21, etc.

Par ailleurs, dans les grands axes d’actions inscrits dans l’agenda 21 figure la
première expérience en matière de gestion participative des forêts, avec l'appui du
Projet de Gestion des Ressources Naturelles (PGRN). A sa suite, le Programme de
Gestion des Forêts et des Terroirs Riverains (PGFTR) commencé en 2003 et la prise
en compte de la dimension décentralisée devenue effective à partir de la même année.
Toutes ces réformes importantes visaient une plus grande responsabilisation des
acteurs locaux dans la gestion des ressources naturelles et leur environnement. Mais,
comme la plupart des technologies institutionnelles importées, « la mise en œuvre de
ces projets a été marquée par ces tensions et contradictions entre objectifs qui
renvoient à des divergences de vues et d’intérêts entre organismes financeurs et
opérateurs28 » (Edja et Le Meur, 2004 :4). C’est là un constat des ambigüités des

28
Au côté du gouvernement béninois, se trouvaient des bailleurs de fonds et agences de développement
que sont : la Banque Mondiale, le PNUD, le GiZ, l’AFD pour la réalisation de ces projets.

83
projets et programmes gouvernementaux en matière de gestion des ressources
naturelles.

Sur le plan politico-administratif, l’arrondissement de Tobré est dirigé depuis 2002


par un chef d’arrondissement (CA) membre du conseil communal ayant à sa tête le
maire. Les autres membres du conseil communal sont le premier et le second adjoint
au maire, le chef d’arrondissement de Ouassa Pehunco (chef-lieu), le chef
d’arrondissement de Gnemasson et cinq conseillers. Les quartiers et les villages
administratifs sont dirigés par les délégués de quartier et les chefs villages. Ces
derniers forment avec l’agent des eaux et forêts, le CA et un chef de famille/clan, le
comité local de gestion des ressources naturelles. Ces comités créés dans tous les
villages de l’arrondissement à la faveur de la décentralisation ont un pouvoir de
décision sur la gestion des forêts de la localité à travers la signature conjointe de la
fiche d’exploitation du bois d’œuvre. Le délégué de quartier ou le chef de village
détient un pouvoir exécutif au niveau du village et le CA jouit de ce même pouvoir à
l’échelle de l’arrondissement. Les autres membres du comité que sont les notables, les
jeunes ont des fonctions consultatives. Dans la pratique ces différents niveaux de
compétences se superposent parfois avec ceux des agents des Eaux et Forêts, du fait
de flou inhérent à loi 93-009 portant sur le transfert de compétence aux communes en
matière de gestion de ressources forestières. A ce niveau apparaît des contradictions
liées à la répartition des compétences qui sont peu ou mal effectuées.

Toujours dans le contexte de la décentralisation, on constate que la délégation de


pouvoirs aux collectivités locales contrastait avec un manque de moyens financiers.
Les communes ne disposent souvent pas de sources de revenus autres que celles liées
aux taxes sur les activités de production agricole, particulièrement le coton pour faire
face à leurs programmes de développement local. Mais, les difficultés internationales,
doublées d’une crise socio-économique et organisationnelle au niveau national et
local ont provoqué la chute de la filière coton. Ce qui expliquerait, selon certains
acteurs ruraux rencontrés, la résurgence de l’exploitation forestière dans la localité de
Tobré, afin de renflouer les caisses de la mairie. Dans ce cas, on note une
contradiction entre les intérêts économiques des communes et les ambitions du
gouvernement de protéger les forêts.

84
Ces insuffisances et ambigüités qui caractérisent les projets de gestion des ressources
naturelles et le processus de décentralisation, ont donc suscité auprès des acteurs
locaux des formes de mobilisations et de revendications diverses qui aboutissent à des
regroupements en comités de gestion, portés par les Unions Sous Préfectorales de
Producteurs (USPP). Ces comités avaient organisé la première manifestation de lutte
contre la gestion frauduleuse de bois en février 2006. Ils sont aujourd’hui encore les
principaux acteurs qui s’impliquent dans la définition et la mise en œuvre des
politiques locales de la gestion des ressources naturelles. Certains de ces comités
proposent des arrêtés communaux relatifs à la régulation de coupe de bois, ou
associent des chasseurs traditionnels odε pour arrêter les exploitants forestiers qui
n’ont pas de permis de coupe à la place des agents des eaux et forêts. D’autres servent
d’intermédiaires entre les exploitants forestiers, l’administration forestière et les élus
locaux dans le but de capter les rentes financières pour réaliser des infrastructures
communautaires.

A côté de ces comités qui ont acquis de l’efficience dans la gestion des ressources
naturelles à Tobré, j’ai pu observé que les ONG et les projets tels que PAVICO,
PDRI, ProCeGRN, GiZ, etc. qui intervenaient dans le domaine général de l’agro-
pastoral ont réorienté leurs actions vers le reboisement, la mise à disposition de plants,
l’aménagement des bas-fonds, afin de répondre efficacement aux exigences des
bailleurs de fonds et de s’inscrire dans les nouvelles politiques sectorielles du
gouvernement en matière de conservation de la nature.

Ainsi, il existe désormais une multitude et une diversité d’acteurs qui s’impliquent
dans la gestion des ressources naturelles dans la localité de Tobré. Leurs modes de
fonctionnement quotidien se présentent comme un contexte nouveau qui s’insère dans
des contextes sociaux, politiques, religieux et économiques déjà existants à Tobré.
Ces contextes qui soutendent les actions des multiples acteurs locaux ou nationaux et
internationaux constituent des espaces d’analyse intéressants de nombreuses
dynamiques de gestion de la nature dans la localité de Tobré.

85
Conclusion

Dans ce chapitre qui a porté sur les contextes et les acteurs de la gestion des
ressources naturelles au Bénin et à Tobré, j’ai présenté le contexte général de Tobré
en lien avec les aspects géographique, environnemental, économique et politique
permettant alors de mettre un accent particulier sur la décentralisation. Tous ces
aspects constituent le fondement des différentes analyses qui seront faites dans le
cadre de cette étude. Ils permettent de donner une vue globale et précise du type de
société dont il est question. Ainsi, les caractéristiques historiques en rapport avec les
migrations, l’organisation socio-politique, les activités socio-économiques et les types
d’espace végétal ont été abordés, afin d’appréhender les modes locaux de gestion des
ressources naturelles. Le contexte actuel de gestion de ces ressources a également été
présenté pour mettre en exergue les dynamiques apparues dans la gestion locale des
ressources naturelles. Plus, précisément, l’émergence des comités de gestion en tant
que dispositifs participatifs de la définition et de la mise en œuvre des politiques
locales de gestion de ressources naturelles a été présentée. Ce chapitre a exposé les
diverses données susceptibles d’aider à comprendre la configuration socio-politique et
économique du site de recherche.

86
CHAPITRE 3: HISTOIRE DE PEUPLEMENT ET
APPROPRIATION DES RESSOURCES NATURELLES

« …Ces forêts qui entourent notre village nous appartiennent parce que nos
arrières grand-parents ont été les premiers à s’installer sur cet espace et ont été
aussi les premiers qui y ont mené des activités de chasse, de cueillette et de
champ. Ils sont ceux qui ont installé les premiers cultes…» chef de terre. Tobré,
10-11-05.

Ces propos du chef de terre révèlent comment l’appropriation des ressources


naturelles est un construit socio-historique. En fait, la plupart des acteurs locaux font
recours à ce discours du premier venu ou du dernier arrivé sur un espace donné pour
justifier la maîtrise sur la terre, sur les ressources naturelles ou sur les hommes
(Kopytoff, 1987 ; Lentz, 2003 ; Chauveau et al. 2004 ; Le Meur 2006). C’est par ce
discours que les acteurs structurent les modes de contrôle de l’accès aux ressources
naturelles, les modalités de distribution et de transfert des ressources.

Dans ce chapitre, il s’agit d’identifier l’espace dans lequel s’insère Tobré en termes de
maîtrise territoriale et politique, ainsi que les différents espaces conquis par les
habitants de Tobré et de comprendre les interactions entre eux, avec la nature et avec
les autres à travers les formes d’appropriation des ressources naturelles et des
institutions mises en place. Ainsi, il est nécessaire de faire appel à l’histoire de
peuplement pour comprendre les stratégies de conquête de l’espace, le fondement des
pouvoirs cultuels, ainsi que les dynamiques des règles d’appropriation et de contrôle
de l’accès aux ressources.

3.1. Histoire de peuplement des Baatombu

Je fonde mes analyses sur les approches théoriques et méthodologiques générales


relatives à cette question. Les récits de peuplement de nombre de régions bariba
rapportent comment les guerriers wassangari ont établi leur autorité sur des villages
déjà peuplés de groupes autochtones. Un des fondements du système bariba
d’appropriation des ressources naturelles est l’opposition entre les détenteurs de
pouvoir religieux que représentent les autochtones baatombu et les détenteurs du
pouvoir politique qui sont les conquérants wassangari. Cette catégorisation des

87
Wassangari comme gens de pouvoir et les Baatombu comme gens de terre est décrite
dans plusieurs travaux sur les Bariba du Borgou pré-colonial (Lombard, 1960 ;
Bierschenck, 1997). Toutefois, selon certains auteurs, les gens de la terre pourraient
être d’anciens gens de pouvoir en référence à l’archétype des premiers arrivés qui a
été déconnecté du flux temporel et de l’ensemble spatial dans lequel il s’insère
(Amselle, 1990 ; Izard, 1985). Pour d’autres auteurs, « l’idéologie "bi-fonctionnelle"
qui oppose gens de la terre et gens du pouvoir est plutôt l’expression d’un contrat
social, d’une négociation qui peut se faire sous un fond de ruse renforcée par la
volonté des deux camps de s’accorder dans la paix (Schott, 1993) ou à l’opposé sous
fond de manipulation » (Lentz, 2007 cité par Zougouri, 2008 :66). Toutes ces
situations se retrouvent parfois dans une même société.

C’est le cas de la plupart des sociétés baatombu, où la négociation, la ruse, et la


substitution de statut, ont été mises en œuvre pour maintenir l’équilibre traditionnel
entre gens de la terre et gens du pouvoir. Ceci transparait parfois dans des ambigüités
comme dans les cas où, les Baatombu reconnus comme gens de la terre se retrouvent
être des autochtones sans maîtrise de la terre, c’est-à-dire n’accédant pas à la chefferie
tournante entre les clans détenteurs de ce pouvoir, alors que les Wassangari cumulent
sous des statuts différents négociés ou acquis par la ruse, les pouvoirs politique et
religieux. Ce cumul des pouvoirs, par les Wassangari a marqué l’histoire de fondation
de la plupart des villages dans la région de Ouassa et dans la localité de Tobré, et
justifie aujourd’hui leur omniprésence dans les arènes de définition et de mise en
œuvre des politiques locales de gestion des ressources naturelles.

L’ambigüité de faire la différence entre gens de la terre et gens du pouvoir est parfois
liée à une difficulté d’ordre méthodologique du fait du poids de "l’oralité" inhérente à
toutes les sociétés africaines pré-coloniales. Pour la relever, je postule que
l’opposition gens de la terre et gens du pouvoir pourrait être un construit socio-
politique historiquement négocié ou manipulé, en ce sens que les discours et les récits
qui la structurent sont détenus et restitués par les seules classes détentrices du pouvoir
politique ou de la maîtrise de la terre ou par les membres des lignages qui les

88
composent. En effet, que ce soit à Ouassa Maro (Sinagourou)29, pôle de la chefferie
de terre de la région de Ouassa ou à Tobré, pôle politique de cette même région, on
note, comme une appropriation des histoires de fondation par les différents
fondateurs, afin que ce soit leur version des faits de peuplement qui soit authentifiée
par tous. De fait, j’ai pu noter des réticences de la part des "gens du village"
n’appartenant à aucun lignage de pouvoir de parler de l’histoire de fondement de ces
villages. Et, même entre lignage ce respect strict de l’histoire de l’autre est très
marqué. Les gens prétendent ne pas connaître, « parce que ces histoires sont racontées
au sein de chaque lignage ». A ce niveau également, la crainte de déformer l’histoire
prime, au point où on préfère toujours la raconter au sein du collectif des
représentants des gens de pouvoir ou des gens de la terre. Pour autant certains
lignages opposés, ont donné leur version des faits de peuplement, tout en gardant
l’anonymat. Ce qui a permis d’utiliser les discours et récits pour des fins de
reconstitution "scientifique" des histoires régionales des Baatombu et précisément de
Ouassa et de Tobré. Par ailleurs, Bako-Arifari en parlant des Tchenga et des Songhai
en pays dendi avait relevé ce rapport entre contrôle des récits de fondation et
justification des droits politiques et fonciers. Il stipule que « le contrôle du récit de
création du village et les circonstances de la différenciation institutionnelle entre les
deux types de pouvoirs contrôlés par les deux types de groupes (chefferie de la terre et
chefferie de village), peut devenir un enjeu symbolique important, puisqu’il participe
de la définition et de la justification des droits politiques et fonciers pour ces deux-
sous groupes » (Bako-Arifari, 2011 : 57).

3.1.1. La fondation de la région de Ouassa

Pour entrer dans l’histoire de peuplement de Ouassa, je dresserai une brève


description de l’espace qui le compose, ensuite je m’attarderai sur les discours et
récits qui permettent de comprendre sa place en tant que chefferie suprême dont
dépendent traditionnellement les localités de Tobré, de Pehunco, et de Gnemasson en
ce qui concerne la maîtrise de la terre et des ressources naturelles. En effet, Ouassa
couvre un territoire d’environ 1900 km2 divisé en trois localités qui ont été marquées
par des faits particuliers. Ce qui fait que l’on parle de Ouassa Tobré, de Ouassa

29
C’est à Sinagourou que le chef de terre suprême s’est établi. Dans le découpage territorial, Ouassa
Maro est pris comme village et Sinagourou un quartier de ce village.

89
Pehunco et de Gnemasson. Toutefois, les trois localités continuent d’honorer la
mémoire d’un ancêtre commun fondateur de la localité, de restituer à une différence
près les mêmes histoires de peuplement et de se référer à une même chefferie de terre,
en dehors des chefferies de terre de chacun des villages.

Ainsi, selon les différents informateurs rencontrés dans ces localités, la chefferie de
terre est détenue par la dynastie Mako Koraru, des Wassangari, gens du pouvoir. Ils
s’appellent aujourd’hui ouassaguibu "propriétaire de Ouassa", ayant à leur tête le
sinaoussagui30, chef suprême de terre ou maître territorial. Ces "propriétaires" de
Ouassa se considèrent comme des autochtones et sont considérés comme tels par
l’ensemble des lignages de la région. Cependant, ils reconnaissent qu’ils ont été
précédés dans cette région par des clans wonko et nari spécialisés dans la métallurgie
et qui seraient des groupes ethniques gourmanché, devenus baatombu dirigés par des
sina tonkurobou rois-femmes. Ces dernières auraient été détrônées par les derniers
venus, les Wassangari, qui ont occupé la place de premiers venus tandis que les
premiers installés sont devenus les derniers venus. De fait, ces gens de la terre appelés
autochtones de nos jours sont des anciens gens du pouvoir, des Wassangari issus du
royaume de Nikki, de Birni ou de Kouandé. Les membres de leur lignage occupent
une place importante dans la production des récits de fondation de l’ensemble des
villages qui sont liés au même ancêtre fondateur de Ouassa.

Selon les récits, l’ancêtre fondateur serait Sunon Birene une femme issue de la
dynastie mako-koraru de Nikki, exclue du pouvoir et contrainte à l’exil par ses frères
qui la trouvait très rigoureuse et qui craignait pour la stabilité du royaume. Venue vers
le XVIIIe siècle dans la région actuelle (Ouassa-maro, Kambani, Sinagourou, etc.),
elle fit construire sa case à Wodu situé à une dizaine de kilomètres de Tobré, où elle
vivait seule non loin de ces villages habités par les clans wonko et nari qui seraient
des forgerons installés depuis déjà le XVe siècle et spécialisés dans l’extraction et le
travail du zinc31. Elle aurait progressivement pris le contrôle de cette région en
instituant les rituels religieux liés à la terre. Comme le souligne Le Meur (2006) il ne

30
L’actuel chef de terre est le 11ème de cette lignée.
31
Les clans wonko et nari étaient aussi installés dans les régions de Kika, Bana au même titre que les
Kinou et les Boro. Cette région est reconnue comme zone d’altération météorique des roches basiques
et ultrabasiques comme le zinc, le nickel (document d’orientations et de plans stratégiques de
développement du secteur minier en République du Bénin, 2007).

90
suffit donc pas d’être le premier arrivé sur un site, mais de nouer un pacte avec les
génies de la terre ou de la brousse. C’est ce rituel qui donne sens à l’autochtonie.

Dans le cas de Ouassa, l’histoire locale reconnaît à cette princesse déchue de Nikki la
particularité d’avoir instauré les rituels relatifs au contrôle des ressources naturelles,
notamment l’installation du lieu de culte de woderé. Elle aurait eu un caractère
rassembleur et a marqué la région par sa capacité à distribuer les droits de chasse, à
répartir les terres et assurer leur production par les rituels. Elle distribuait aussi le sel
de cuisine qu’elle achetait en revendant des esclaves. Mais, plus tard, sur la demande
de l’un de ses frères venu lui rendre visite, elle aurait cessé cette pratique, ce qui
aurait positivement amélioré ses relations avec ses sujets. Et, c’est pour être
reconnaissant à ce frère qu’un de ses fils aurait été nommé premier ministre et plus
tard promu à la chefferie de terre par le clan des anciens captifs libérés grâce à son
père. Il serait devenu le chef de terre suprême sina ouassagui imposant alors son
autorité sur cette agglomération de vingt-six villages. Depuis, les descendants de son
clan officient aux rituels religieux et cultuels relatifs à la terre et aux ressources
naturelles.

Quant aux sina tonkurobou "rois-femmes" premières venues sur le site, elles furent
définitivement écartées du pouvoir. Déchues, ces dernières quittèrent le village pour
s’installer dans un village voisin qu’elles ont crée, appelé Kambani32 par le nouveau
chef de terre sina ouassagui qui s’était établi à Sinagourou33. Toutefois, ces rois-
femmes n’ont pas émergé sur le nouveau site et sont restées sous la domination de
ceux qui les ont évincé de leur site d’origine. Aujourd’hui, « on ne parle plus de ces
rois-femmes » (collectif de sages, Ouassa maro, le 12.4.2011), même si on les
retrouve sur le même territoire de Ouassa confinées dans les clans wonko et nari dont
elles sont issues occupant parfois la place de premiers venus et constituant avec
d’autres clans, comme les Nassou la classe des autochtones sans maîtrise de la terre.

En fait, la maîtrise territoriale dont il est question dans le cas de Ouassa, est une
maîtrise liée à la chasse et non à la terre. Elle a été acquise depuis la première
installation à partir de la capacité de Sunon Birenin d’organiser des chasses

32
Ce mot signifie littéralement "les maudits". Ce village est situé à l’arrondissement de Tobré.
33
L’actuel chef de terre est le 11ème

91
collectives entre les villages et donc de disposer d’une grande étendue de brousse sous
son contrôle. Les vingt-six villages sur le territoire de Ouassa rappellent souvent leur
origine commune et leur espace symboliquement soudé à partir de ces faits :

« Tout chasseur qui tuait un lion gbesunon sur le territoire de Ouassa le ramenait
au sina ouassagui pour les rituels. Ensuite la viande était partagée entre tous les
villages et les peaux sont gardées dans la cour du chef de terre suprême. Et bien
que cette chasse collective aux lions a presque disparu, l’unité territoriale entre
les terres et les ressources naturelles de Ouassa est maintenue, à travers le droit
rituel du chef de terre suprême sur l’espace occupé par des villages dépendants
dont les limites sont pourtant nettement définies » (collectif de sages, à Ouassa
Maro le 12.4.2011).

Le paradoxe est que les conquérants de Ouassa ne sont maîtres de terre d’aucun des
villages sous leur souveraineté. Ils ont conquis ces villages où ils ne s’étaient même
pas installés à travers une maîtrise territoriale suffisamment étendue par la chasse.
Car, avec la chasse les limites entre les villages étaient symboliquement suspendues,
« les chasseurs de différents villages invités ne pouvaient en effet, pas pratiquer ce
genre d’activité s’ils étaient constamment stoppés dans leur élan par des problèmes de
limites de terre » (Jacob, 2003 :90). Ainsi, les fondateurs de Ouassa ont constitué une
unité spatiale entre les vingt-six villages à partir de l’étendue de la chasse collective
de ces conquérants et ont statut de maîtres territoriaux. L’institution d’une chefferie
de terre dans les différents villages, suivie de la chefferie politique permettra une
subdivision du territoire de Ouassa en des localités certes indivisibles, mais dont les
espaces de juridiction des chefs de terre sont bien définies.

3.1.2. A l’origine de la chefferie de terre à Tobré

Tobré se trouve sur le territoire de Ouassa, précisément à une quinzaine de kilomètres


de Sinagourou, siège de la chefferie suprême de terre. Cette distance correspond à la
marche d’un chasseur pendant une journée et constitue l’écart suffisant pour créer un
nouveau village en milieu baatonu. Ainsi, le chasseur qui parcourt cette distance et ne
rencontre aucune trace d’installation humaine peut s’y arrêter et devenir le premier
habitant (Bakilou, Parakou, le 12.3.2012). L’histoire du peuplement de Tobré est

92
structurée autour de ce discours du premier arrivé sur l’espace forestier. Il existe deux
versions quant à son origine. D’après le récit des notables34 de la cour royale, le
fondateur de Tobré serait un chasseur baatonu issu du clan yari venu de Sinendé35 à la
recherche de gibiers, qui découvrit une forêt giboyeuse et s’y installa. Il se cachait
sous un arbre de karité sombu pour guetter les animaux. Cet endroit est devenu son
lieu où il se positionne toyerou appelé plus tard Tobré36 par les colons. Le chasseur
fut progressivement rejoint par sa femme et ses enfants, puis d’autres membres de la
famille et des vagues successives de migrations, parmi lesquelles celle du prince
wassangari, des Peuls nomades, des Gando, etc. D’autres récits reconnaissent la
présence de ce chasseur sur les lieux, mais précisent qu’un autre chasseur baatonu
issu du clan tossu venu de Birni37 utilisait aussi le site actuel de Tobré comme lieu de
chasse. Mais, il habitait une rive opposée du nom de tobreworu38 devenue aujourd’hui
un quartier de village. Il aurait été le premier à transformer le lieu de chasse en habitat
où il passait des jours à fumer les viandes.

La constante dans ces deux versions sur le peuplement de Tobré, reste que le premier
occupant des lieux est un Baatonu, gens de la terre à la recherche d’un espace propice
pour chasser. Pour autant la nuance apportée sur leur origine semble être
fondamentale. En effet, dans leurs discours, le clan des Yari se réclame d’une origine
avec référence aux récits migratoires liés au pouvoir politique à Nikki, contrairement
au clan des Tossou qui se présente comme des Bariba "vrais" autochtones baatombu
giyobu en rapport avec l’histoire locale de Birni. Or, historiquement le royaume de

34
Les notables de la cour royale rencontrés le 13-08-2005 sont : Sina Duwirou Bio N’gobi (chef de
terre), Chabi Yérima Sina Torégui (chef quartier, notable), Yimongui Kora Yarisounon (chef boucher),
Bounè (chef de clan Tossou), Sina Wonkagui Banigui (chef de clan Yari), Gbèré yangbé (chef griot). A
l’occasion de la campagne pour la désignation d’un nouveau roi suite au décès de Orou Suru en 2011,
un collectif de sage venu de Sinendé, de Kouandé et de Nikki a été rencontré et la même version des
faits a été donnée le 14-06-2012 à Tobré.
35
Selon le découpage territorial, la commune de Sinendé est située au Nord Ouest du département du
Borgou et s’étend sur une superficie de 2.289 km2. Elle est limitée au nord par la commune de
Gogounou, au sud par celle de N’Dali, à l’est par Bembèrèkè et à l’ouest par les communes de Ouassa-
Péhunco et Djougou.
36
Tobré serait une déformation phonétique de toyeru par les Français pendant la colonisation
37
Birni est un arrondissement de la commune de Kouandé situé à l’est de la commune de Ouassa
Péhunco.
38
Tobré woru serait le premier village situé vers moninkou, un cours d’eau local à l’Est de l’Alibori. En
ce moment, Tobré (lieu de chasse) n’existait pas. C’est dans ce premier village qu’un Bariba est arrivé.
Celui-ci quittait ce village pour venir à la chasse à moninkou gourou (une montagne près du village
actuel de Tobré). Après la chasse, il s’asseyait auprès d’un arbre de karité pour fumer la viande avant
de renter au village. Mais, à la longue, il décida de rester au pied de ce karité pour en faire un hameau
et implanter un hangar en paille puisqu’il y avait assez de gibiers à cet endroit toyeru.

93
Birni dans l’actuelle commune de Kouandé39 aurait été créé par l’un des petits-fils de
Sunon Séro fondateur du royaume de Nikki. Selon ces récits locaux, celui-ci aurait
quitté le foyer familial, parce que menacé de renvoi par ses frères qui le trouvaient
très fainéant et ambitieux. Par ailleurs, les Tossou faisaient partie des six lignages à
Nikki. Il se pourrait donc que les Tossou, appelés Batombu giyobu aient un lien avec
cet ancêtre fondateur du royaume de Birni en rapport avec l’expansion des peuples
bariba vers l’Atacora depuis le XVIIIe siècle. Ces deux clans seraient donc tous des
anciens gens du pouvoir en référence à leur trajectoire migratoire qui paraît limité
dans le temps.

Cependant, les fonctions de maître de terre tegninro ne sont exercées que par eux
(tossou, yari). Les clans nari, nassou et wonko qui les ont précédé sur l’espace sont
considérés comme les derniers venus dans le groupe des autochtones. Ils ne disposent
souvent pas d’autorité de contrôle sur la terre et les ressources naturelles. Ils sont
constitués en groupes ethno-professionnels que sont les forgerons sekobu, les griots
barôbu, les fossoyeurs gossiko, les prêtres de culte bougninro, etc. Particulièrement,
les nari, nassou et wonko sont responsables des enterrements traditionnels gossikoru.
Ce sont eux qui exercent la forge sekoru et assument les fonctions de guérisseurs
traditionnels spécialisés dans le traitement des maladies du zona goridon. Ils partagent
cette fonction avec le prêtre du culte qui a en charge l’organisation des sacrifices
bugnankuru en vue de la guérir de la stérilité et autres maladies d’infortune. Chacun
de ces groupes ethno-professionnels dispose d’un chef sunon, autorité morale,
dispensateur du savoir à ses pairs. Leur savoir est essentiellement basé sur la maîtrise
des vertus de certaines plantes. L’ensemble de ces strates est au service de la société
globale grâce aux différentes activités qu’ils exercent. Cette stratification sociale sera
transformée avec l’arrivée d’un prince wassangari sur cet espace. Leur présence
permettra à Tobré de devenir le siège de la chefferie politique du territoire de Ouassa.

3.1.3. Les Wassangari dans l’hégémonie de Tobré

Les Wassangari sont ces conquérants du pouvoir qui aurait permis à la localité de
Tobré d’acquérir son hégémonie depuis la période précoloniale. Cette hégémonie

39
Il faut noter que le royaume de Kouandé est créé par l’un des fils légitime nés avant le règne de son
père.

94
s’est construite progressivement autour de Tobré sur un territoire contigu de dix
villages conquis par les descendants d’un même ancêtre à travers l’institution d’un
système hiérarchique de contrôle des hommes et des ressources naturelles. L’histoire
locale raconte que ces Wassangari sont des princes venus de Kouandé dont l’aîné est
Mansa Kossia fils de Bio Dokogbeou et petit fils de Orou Suru alors roi de Kouandé.
Le prince Mansa Kossia aurait quitté le royaume de Kouandé vers les années 1830 à
la recherche d’une terre où il pourrait régner. La localité aurait été choisie en fonction
de la proximité avec son village maternel Fô dans l’actuelle commune de Sinendé
qu’il pourrait vite rejoindre en cas de déchéance, afin de bénéficier du soutien
matériel et militaire des parents maternels.

Dans le contexte de Tobré, le prince se serait installé avec sa troupe buanbu non pas
en conquérant, mais en conciliateur. Cependant, il troublait la quiétude des premiers
habitants dont il faisait fuir les proies par les sifflements de ses trompettes et tam-
tams. Le premier habitant du clan yari venu de Sinendé quitta le lieu pour s’installer à
Kika un village voisin situé à 15 km, laissant sur place celui venu de Birni avec qui, il
partageait le pouvoir de chef de terre. Le prince Mansa Kossia instaure alors un
pouvoir politique hiérarchique mettant les autochtones baatombu dans une position de
dépendance du fait de sa maîtrise des techniques de guerre de l’époque (cheval,
flèche). Il devint le chef politique de Tobré qui, en vertu de son pouvoir politico-
militaire, exerça un contrôle de fait d’abord sur les hommes, puis sur les ressources
naturelles. L’ensemble des récits de fondation est résumé en cinq principales étapes
dans le tableau suivant.

Tableau 1 : Récits de fondation de Tobré

Les étapes Résumé des faits qui composent chacune des étapes
essentielles du récit
de fondation de
Tobré
Installation d’un premier chasseur baatonu (yari) venu de
Sinendé sur un espace forestier giboyeuse appelé toyeru,
suivi de sa famille et des groupes de migrants. Présence sur
La situation initiale le même espace forestier d’un deuxième chasseur baatonu
giyo de Birini (tossou) vivant à une rive appelé tobreyoru qui
transforma l’espace en une habitation. Les deux chasseurs
mettent en place une institution religieuse (chefferie de la
terre) à partir des sacrifices aux ancêtres et aux génies de la

95
brousse.
L’arrivée d’un prince wassangari Mansa Kossia appélé Orou
L’élément Suru de Kouandé avec sa troupe pour dominer les clans
perturbateur baatombu (yari et tossou) présents sur l’espace

Le déroulement Départ du premier chasseur pour un autre site (Kika), laisse


le second chasseur
Le dénouement Le second chasseur continue les rites en rapport avec les
cérémonies cultuels et collabore avec les Wassangari
La situation finale Institution d’une organisation socio-politique par les
Wassangari incluant les deux clans de baatombu yari et
tossou. Stabilité acquise, fin de création du village de Tobré
et extension de l’hégémonie wassangari sur neuf autres
villages avec l’aide des baatombu.

Ensuite, Orou Suru aurait entamé avec son fils Bio Doko et ses frères consanguins la
conquête des territoires politiquement vacants, y compris Sinagourou dans Ouassa
Maro centre du pouvoir religieux où s’était établi le chef suprême de la terre de
Ouassa. De cette conquête sont nés les neuf villages, ce qui permit à Tobré, premier
village conquis d’avoir la suprématie politique et de faire de Orou Suru, le chef
suprême de cette localité de Tobré, et de tout le territoire de Ouassa.

A la mort de Mansa Kossia dit Orou Suru son fils Bio Doko lui succéda au trône40.
Ainsi, à Tobré le pouvoir politique tourne autour des lignées de Orou Suru et de Bio
Doko, tous deux appartenant au lignage des Sessi. L’hégémonie de cette localité de
Tobré devient totale, car abritant désormais les deux pôles politique (Tobré) et
religieux (Sinagourou dans Ouassa Maro).

40
A ce jour six rois se sont succédés à la chefferie de Tobré, le 6e est mort en 2011 après 24 ans de
règne. Tandis que le 8ème chef de terre est encore au pouvoir depuis plus de 20 ans.

96
Schéma 3 : Clans fondateurs de Tobré

Wassangari (gens Baatombu (gens


du pouvoir) de la terre)

Clans (tossou et yari)


Clan (sessi) Orou
seconds venus, mais
Suru : 1er roi de
exercent les fonctions de
Tobré
maître de terre

Clans (nari, nassou et


Clan (sessi) Bio Doko
wonko ) premier installés,
(fils de Orou Suru):
mais considérés comme
2ème roi de Tobré
derniers venus

Dans tous ces villages (y compris Kika, Mare orou, Gonri, Bana, Tonri, Sinaou,
Oussamaro, Guimbérérou, Nimgoussourou), où règnent les Wassangari, il est institué
une hiérarchie qui inclut les gens de la terre. Par exemple, à Tobré les Tossou et les
Yari, outre leur fonction initiale de maître de terre, assument les responsabilités de
premier ministre sinadouwirou. Ce sont eux qui intronisent le roi tesunon et prennent
le devant de son cortège à chaque sortie. Les autres membres de la cour sont, les
conseillers bumongui, sinawonkagui, sangasakou, sounonyèrè. Contrairement au
premier ministre les quatre principaux conseillers disposent juste d’un titre
honorifique gobiru. Ils ont un pouvoir consultatif sur le foncier et sont considérées
comme les chefs de village bapkasounon. Mais dans un contexte où la relation à la
terre est dominante et le pouvoir politique très peu influent, ces conseillers du roi,
chefs de villages sont ceux qui contrôlent et autorisent l’accès à la terre et aux
ressources naturelles. Mis à part ces chefs villages, les différentes strates sociales sont
représentées en tant que notables de la cour. Il s’agit du chef forgeron Seko sunon, du
chef boucher yarari sunon, du chef griot barasounon, etc. Chacun d’eux exerce une
fonction relative à sa catégorie ethno-professionnelle. La plupart d’entre eux
pouvaient assister le roi de leur conseil, notamment en cas de règlements des conflits
liés à l’appropriation de la terre, à l’exploitation des ressources végétales, à
l’agriculture, etc. A ce conseil d’autres notables sont également représentés

97
notamment des sina wonon (princes évincés) qui bénéficient d’un titre compensatoire
comme celui de gnapkè ministre des affaires intérieures.

De par cette organisation socio-politique, Tobré se présente comme le village le plus


puissant de la région. Tous les autres chefs de village sont subordonnés au chef de
Tobré et ils lui doivent respect. Pour comprendre l’hégémonie de ce village et de cette
localité de Tobré, les récits locaux insistent sur la puissance du pacte contracté avec
les ancêtres et surtout sur le rôle d’attraction d’hommes et de richesse joué par la jarre
sacrée implantée par les premiers conquérants wassangari à la cour royale. En effet,
après avoir conquis les différents villages, Orou Suru aurait procédé aux cérémonies
cultuelles qui consistaient à mettre sous terre une jarre sacrée buyebu remplie d’eau,
et à se rendre sur les tombes des premiers wassangari. Cette jarre sacrée41 constitue le
symbole de la puissance occulte du chef de village et de toute sa lignée. Elle aurait
une double fonction : attirer les hommes pour faire prospérer le village et proscrire les
malfaiteurs. Par exemple, « tout sorcier qui goutte à l’eau de la jarre meurt » (chef
village de Gimbirerou, le 6.5.2011). Au-delà, de ces deux fonctions, le culte institué
par les Wassangari sert à maintenir un ordre social entre les différentes couches de la
société, en ce sens qu’il permet de bénir ou de maudire les individus dans leur quête
de survie en rapport avec la gestion des ressources naturelles. « Avant, tout individu
qui veut la bénédiction du chef de village lui apporte une part de sa récolte ou de sa
proie de chasse. Contrairement, celui qui ne respecte pas ce principe de partage de ses
ressources avec les membres de la cour du roi peut encourir des malédictions »
(Informateur, à Tonri le 18.5.2011).

Il était donc important pour les conquérants wassangari de contrôler les hommes,
d’asseoir une hégémonie politique avant de contrôler les ressources naturelles. Par
ailleurs, ces ressources ont été appropriées par les autochtones baatombu, qui en ont
fait leur prérogative. De fait, malgré la forte influence de ces Wassangari, la conquête
des différents villages aurait été essentiellement une expansion de la chefferie de
terre, par les Baatombu à partir de l’implantation des cultes et l’appropriation des
ressources naturelles.

41
Actuellement cette jarre sacrée est l’objet de conflit entre les chefferies de Pehunco et de Tobré, nous
y reviendrons dans le chapitre 4 pour montrer comment s’est opéré le déclin symbolique de Tobré.

98
3.2. Appropriation des ressources naturelles

Dans cette section, je m’intéresse à l’appropriation des ressources naturelles en lien


avec l’histoire du peuplement pour relever comment les "gens de Tobré" ont acquis
"la propriété" des ressources sur leur territoire et institué la distribution des droits
d’accès et d’usage entre eux et avec les groupes étrangers.

Dans la littérature en effet, deux thèses fondamentales se complètent sur ces


questions. L’une se fonde sur une approche politique privilégiant le contrôle des
hommes (Kopytoff, 1987) et l’autre montre la primauté des rapports à la terre (Kuba
& Lentz, 2002). Pour Kopytoff « dans les phases anciennes de peuplement, ce sont les
hommes qui sont rares et qu’il faut contrôler, c’est-à-dire attirer et retenir, et non pas
les richesses naturelles dont ils vont tirer parti » (Kopytoff, 1987 : 41 cité par Jacob,
2007 : 179). Inversement, Kuba et Lentz (2002) s’appuyant sur l’exemple des Dagara
stipulent que l’appropriation de la terre et donc des ressources naturelles est la
condition première dans le processus de colonisation de l’espace par un groupe. Dans
leur analyse, les auteurs soulignent l’importance des autels de terre dans l’installation
d’un village et aussi dans la consolidation des droits sur la terre.

Cette approche sur l’appropriation de la terre doit être relativisée. Car, que ce soit à
Ouassa ou à Tobré, les ex-conquérants fondateurs des villages en cherchant à
s’approprier la terre, se sont aussi occupés à attirer et organiser les hommes. C’était
pour la plupart, des Wassangari anciens gens du pouvoir qui avaient la prérogative de
l’appropriation rituelle de la nature, mais aussi l’organisation sociale des hommes.
D’un autre point de vue, il semblerait que, même dans les conditions d’abondance de
ressources et de rareté des hommes, les fondateurs de certains villages de Tobré ont
privilégié l’implantation des cultes de la terre et la maîtrise des ressources naturelles.
A ce propos, Jacob (2007) s’appuyant sur l’exemple des Dagara étudié par Kuba et
Lentz (2002) montre que l’absence d’intégration politique remarquée chez ces
peuples s’explique par le fait que l’abondance des ressources et la rareté des hommes
n’étaient plus présentes dans le contexte des Dagara. Selon les récits dans le contexte
de Ouassa dont l’installation est antérieure à Tobré, les ressources naturelles seraient
rares et les hommes abondants, contrairement à Tobré où les ressources naturelles
étaient abondantes et les hommes rares. Pour autant, l’appropriation rituelle a

99
constitué dans les deux cas la stratégie de conquête entre groupes sociaux pour
l’accaparement des ressources naturelles.

3.2.1. L’appropriation rituelle de l’espace

L’appropriation rituelle de l’espace se fait par l’implantation des différents cultes de


village. Dans la société baatonu, l’univers religieux est représenté par les différents
cultes de terre, de brousse, de l’eau, d’ancêtres, et de nombreuses divinités
représentées par les vivants. L’implantation de la plupart de ces cultes remonterait à la
période de la première occupation de l’espace. Le culte de la terre précède tous les
cultes de village. Et parmi les cultes de terre, celui territorial est antérieur et supérieur
à tous les autres localement instaurés dans l’ensemble des différents villages sous
l’influence du chef de terre suprême. Il est celui qui met en rapport les Baatombu et
les différents génies de la terre qui leur donnent autorisation d’entreprendre les
activités humaines (chef de terre à kika, le 3.5.2011). Le processus d’installation se
fait à travers trois étapes fondamentales :

« …D’abord, il faut identifier l’endroit où le culte sera érigé en tenant compte de


la présence du karité (sombu) et du Ficus sp. (gã guro swãau). Ensuite, il faut
creuser un trou à cet endroit et enfouir entre autres ingrédients rituels, les
empreintes des membres inférieurs et supérieurs d’un singe rouge, plus sa
langue, la tête d’un rat géant, un bout de bois d’un vieux mortier retrouvé sur un
ancien lieu d’habitation, le tout enrôlé dans un morceau de tissu traditionnel.
Enfin, avec une calebasse d’eau, le chef de terre fait la demande d’installation
humaine, notamment la construction des habitats, la production dans les champs
et surtout l’extension de la région par l’arrivée des hommes de partout… »
(Collectif de sages, à Ouassa Maro, le 1.7.2012).

Selon ce collectif de sages, le karité symbolise la "propriété", le ficus indique la


présence d’une source intarissable d’eau, représentant ainsi la vie. La présence des
deux arbres à un même endroit signifierait l’existence de bons génies qui ne
s’opposeront pas à la demande d’installation des humains. L’enfouissement des
organes de singe et de rat géant a le sens de la mobilisation d’une abondante ressource
naturelle sur cet espace, vu que « le singe rouge a toujours mangé et gardé une réserve

100
entre ces mâchoires et le rat ne manque jamais de quoi grignoter » (collectif de sages
à Ouassa Maro, le 1.7.2012). Le morceau de mortier et le pagne traditionnel traduisent
la demande de transformation des ressources naturelles en des biens utilisables par les
humains. Le mortier est un tronc d’arbre travaillé et le pagne est tissé à partir du coton
traditionnel. De fait, à travers ces différents symboles, les cultes de terre auraient pour
fonction de contrôler les ressources naturelles, et de favoriser une organisation
sociale.

En ce qui concerne le rituel de l’eau dans une calebasse, accompagné de parole, il


consiste à demander l’installation des humains, et à la pérennisation du rapport entre
les Baatombu, les génies et les ancêtres. En effet, c’est ce rituel qui est mémorisé et
répété à l’installation de nouveaux groupes dans le processus d’occupation de
l’espace. Sa répétition fait de ces premiers serviteurs du culte de terre les seuls
détenteurs des prérogatives sur les ressources naturelles. Il crée au profit des
descendants de ceux-ci une situation privilégiée par rapport aux autres groupes
sociaux. Ainsi, le nom du chef de terre suprême est chaque fois prononcé dans les
rituels d’installation de nouveaux cultes de terre, ou dans toute entreprise visant
l’appropriation de la terre sur toutes ces formes.

Cette maîtrise rituelle de l’espace est commune à l’ensemble du pays baatonu. Elle
permet l’attraction des hommes dont les premières cases seraient construites vers l’Est
en face du Ficus souvent situé vers l’Ouest (chef de terre, à Gonri, le 2.7.2012). En
effet, c’est à l’Ouest que le soleil se couche, il est l’horizon où les Baatomu enterrent
leurs morts. Contrairement, l’Est, représente le levé du soleil, et est signe d’un
nouveau jour et donc de découverte d’un nouvel espace favorable à la production et à
la reproduction. Ce qui attirerait les hommes. De fait, il est donc primordial pour les
Baatombu de s’assurer une maîtrise totale sur la terre et les ressources naturelles avant
d’entreprendre l’organisation des hommes.

Dans le contexte de Ouassa, on retrouve l’importance pour les fondateurs de maîtriser


et de contrôler l’institution de la terre, de communiquer avec les génies de l’espace,
avant toute forme d’organisation des hommes. En effet, dans leur processus
d’installation de cette société baatonu de Ouassa, l’institution en premier du culte de
woderé a été très significative pour s’assurer une maîtrise des ressources naturelles.

101
Car, dans cette région riche en fer et zinc, et où les premiers arrivés vivaient de la
forge, les ressources naturelles étaient rares et les hommes abondants. Par ailleurs,
certains récits se rapprochant de l’étymologie de "Ouassa", insistent sur cette rareté
des ressources naturelles comme étant à l’origine du nom.
« …Les concertations mutuelles qui rentrent dans le cadre de la préparation des
expéditions des chasseurs Baatombu de Kouandé et de Sinendé furent à l’origine
du nom Ouassa qui signifierait "souffrance". En effet, cette zone où venaient
chasser les populations de Kouandé et de Sinendé serait un domaine où il n’y
avait ni montagne, ni buisson, où il n’y avait ni à manger ni à boire. Ainsi, dans
leur préparation, ces chasseurs laissaient entendre : Nkou damouassaraco qui
signifie « je vais aller souffrir là où il n’y a rien» car le terme ouassara signifie
"souffrir" ». (Monographie de Ouassa, 2006 :10)

On comprend alors pourquoi bien qu’étant des Wassangari gens du pouvoir, les
fondateurs de Ouassa se sont intéressés à la nature plutôt qu’à gérer politiquement les
hommes. Ainsi, pour l’ancêtre de Ouassa, l’appropriation et le contrôle des ressources
naturelles à travers le culte de la terre ont été des conditions qui auraient permis
d’établir des droits et d’organiser des ressources de sorte à « attirer ensuite les
hommes, à contraindre leur comportement, et à définir un projet de reproduction
sociale élargie » (Jacob, 2004 :27 cité par Zougouri, 2008 : 127). C’est dans cette
logique que l’extension des terres à travers, l’organisation de la chasse, a permis de
joindre à Wodu (premier village où s’est installé le fondateur), des villages situés sur
des terres contiguës disposant d’énormes ressources naturelles et faiblement peuplées,
notamment Tobré. Toutefois, seule la chefferie suprême de terre est occupée par les
fondateurs de Ouassa. Chacun des villages sous leur contrôle a son chef de terre qui
n’est pas forcément issu du clan de l’ancêtre de Ouassa. Le processus d’implantation
de culte de terre n’a pas suivi non plus les mêmes logiques, puisque les conditions
environnementales étaient différentes.

Ainsi, contrairement à Ouassa, la rareté des ressources naturelles n’a pas constitué le
motif pour lequel, les autochtones de Tobré ont implanté le culte de la terre. Il faut
comprendre ici que la terre est l’élément essentiel et premier dans la constitution des
sociétés paysannes en Afrique. Elle occupe une place spéciale parmi les divinités
secondaires, intermédiaires entre le Dieu suprême et les hommes (Kouassigan, 1966).

102
Dans ce sens, le culte qui la représente est important dans toute occupation sur une
partie d’un territoire. Il permet d’établir un pacte entre les premiers occupants et les
génies de la terre. C’est pour cela qu’instituer un culte de la terre est l’étape qui
précède toute entreprise humaine. Plusieurs auteurs ont effectivement souligné cette
primordialité du culte de la terre sur tous les autres cultes de villages (Kuba, 2004 ;
Jacob, 2004 ; Kuba et Lentz, 2002).

Ainsi, chez les autochtones tossou et yari de Tobré, qui ont été les seconds arrivés
dans cette région peuplée par les clans nassou, nari, wonko, l’appropriation rituelle de
la terre a été la préoccupation première. Selon les récits, quelques mois après
l’installation des premiers habitants sur les nouveaux sites conquis, le chef de file du
groupe souvent le plus âgé organise les cérémonies d’implantation du culte de la terre.
Elle consiste à inviter les génies de l’espace ou de l’arbre, implorer son pardon et
obtenir son accord pour la cohabitation entre eux et les êtres humains. Les ancêtres
présents sur les lieux intercèderaient en faveur des humains pour la conclusion du
pacte. En échange les humains sacrifient des animaux, font des dons de vivres et de
boissons locales, etc. De petites jarres sont déposées à l’endroit, des morceaux de
tissus rouges ou blancs sont attachés au tronc de l’arbre pour marquer la différence
avec les autres arbres de la même espèce. L’institution du culte de la terre se fait une
fois dans la vie des habitants d’un village, mais les rituels qui lui sont consacrés sont
périodiques ou occasionnels selon les besoins.

En dehors de ce culte de la terre, d’autres cultes du village existent: kpetawari, albori


bouyeru et nanyeru. Ces cultes sont représentés par les végétaux tels que Diospyros
mespiliformis (wibu), Khaya Senegalensis (gbiribu), Afzélia africana (gbekuroru ou
gbébu), Ficus platyphylla (ganguro), Cola laurifolia (tiku), situés aux abords des
cours d’eau (voir photo 1 et 2).

103
Photo 1 : Albori buyeru le bun de Photo 2 : Kpetawari le bun de la
la protection extérieure de Tobré production de Tobré représentée par
représentée par Diospyros Afzélia africana (gbekuroru ou gbébu)
mespiliformis (wibu)

Chaque culte est spécialisé dans un domaine social donné. Ainsi, nanyeru est
représenté par un Ficus platyphylla. Il est considéré comme un culte qui protège
contre tout malheur à l’intérieur du village. Par exemple, il est chargé de faciliter la
procréation aux femmes stériles. Les Nari seraient les principaux prêtres de ce culte.
L’albori buyeru est représenté par un arbuste situé dans un cours d’eau (alibori)
traversant le village. Contrairement à nanyeru qui protège contre les malheurs à
l’intérieur du village, albori buyeru serait un culte de guerre qui permet de vaincre
tout malheur venant de l’extérieur. Ainsi, il aurait permis de repousser la troupe
française qui voulait envahir le village. Le culte serait intervenu par une crue du cours
d’eau (alibori) jamais survenu auparavant, empêchant alors la troupe d’avancer lors
de la guerre de Gountia contre l’occupation française dans les années 1897. En ce qui
concerne Kpetawari il est un culte qui jouerait le rôle de facilitateur de la production
sous toutes ses formes. Il serait celui qui favorise la pluie en cas de sécheresse
prolongée. Ces deux derniers cultes sont sous la supervision des wonko et nassou.
L’ensemble de ces cultes (tableau 2) est entretenu par un chef de culte bugnankoyo
qui est un dignitaire différent du chef de terre même si leur pouvoir se recoupe à
certains niveaux, notamment la communication avec les génies et les ancêtres et la
demande d’intercession des ancêtres pour une productivité des activités. Il officie les
différentes cérémonies sous la supervision des représentants des trois clans nari,
nassou et wonko.

104
Tableau 2 : Différents cultes à Tobré, leurs fonctions et les clans responsables

Les cultes Fonctions Clans responsables


Culte de terre Etablir les droits de possession Maître territorial de
suprême des terres et des ressources Ouassa (sinawassagui)
(Wodéré) naturelles
Culte de terre à Tobré Maintenir la cohésion sociale Tossou et yari (sina
douwirou)
Cultes de village Protège contre tout malheur à Nari (autochtone baatonu
Nanyeru l’intérieur du village. Chargé sans maîtrise de la terre)
de faciliter la procréation aux
femmes stériles
Culte de village
Buyebu Attire les hommes et instaure Sessi (wassangari, gens du
Cultes des ancêtres la prospérité dans le village pouvoir)
(les tombes des
ancêtres)
Culte de guerre Permet de vaincre tout malheur
(albori buyeru) venant de l’extérieur wonko et nassou
Culte de brousse Joue le rôle de facilitateur de la (autochtones baatombu
Kpetawari production. Favorise la pluie sans maîtrise de la terre)
en cas de sécheresse prolongée
Divinités (les Intervient auprès des ancêtres Personne âgée de la
jumeaux) pour des cas de malheur famille

Sources : données de terrain

Les différentes fonctions sociales des cultes (de terre, de village ou de brousse)
participent de la mise en place d’un système de distribution des droits sur les
ressources naturelles, dont les garants sont les maîtres territoriaux, les chefs de terre et
dans certains cas les chefs de cultes.

3.2.2. La distribution des droits sur les ressources naturelles

J’aborde ici, la distribution des droits sur les ressources naturelles, afin d’appréhender
comment circulent ces ressources entre les différents groupes sociaux (autochtones,
wassangari, étrangers), tout en restant un patrimoine commun. Autrement dit
comment la production (cueillette, chasse, agriculture, etc.) et la redistribution des
ressources naturelles sont maintenues au sein de la société de Ouassa et de Tobré ?

105
Pour comprendre, il importe de se référer à la fonction du chef de terre qui apparaît
centrale de par sa relation avec les génies et les ancêtres, dont le respect s’impose aux
hommes. En effet, le chef de terre est le garant des droits communs, du respect des
obligations et de l’application des sanctions des différents cultes de terre. Il est celui
qui possède des droits supérieurs pour assurer les fonctions de reproduction sociale au
bénéfice du groupe (Jacob, 2007). A Tobré, les différents entretiens permettent de
retenir que la distribution des droits sur les ressources naturelles dénote, au moyen des
rituels faits et des cultes, des obligations qui leurs sont liées, ainsi que des sanctions
qui découlent (Notes d’entretiens recoupés).

Dans la localité de Tobré, les chefs de terre sont subordonnés au maître territorial Sina
Ouassagui. Le droit rituel revient au maître territorial qui laisse aux chefs de terre
locaux les prérogatives de concéder le droit d’exploitation. Ces derniers concèdent ces
droits aux différents groupes sociaux et aux individus. Toutefois, les droits acquis par
des groupes de parenté (clan, famille) ou par des individus restent subordonnés au
droit commun acquis dès la première occupation par les chefs de terre, en ce sens
qu’ils sont tous liés par l’obligation de sacrifier à cette tradition de prière avant tout
usage des ressources naturelles.

« Pour mettre en valeur une terre tu n’as pas besoin de venir me voir. Il en est de
même pour l’exploitation des ressources végétales…Mais, avant toute
exploitation tu dois prononcer les prières traditionnelles donmaru en évoquant le
nom du trône que j’occupe… Je suis à genou et je prie Sina ouassagui et sa terre
de me bénir et de bénir ce que je cherche, de me satisfaire. C’est une sorte de
demande, de permission... Si tu ne le fais pas, tu n’es pas souvent satisfait des
résultats de tes activités ». Chef de terre, Tobré le 22. 10.2005.

De fait, l’autorité du Sina ouassagui couvre l’ensemble du territoire composé des


vingt-six villages. Il représente le garant du respect de l’alliance qui a été passée avec
les génies de l’espace et les ancêtres. Il est chargé des sacrifices nécessaires
périodiquement aux possesseurs mythiques de l’espace et c’est de cette médiation
qu’il tire son pouvoir sur la terre. Il est l’autorité de référence en ce qui concerne la
gestion des ressources naturelles sous son contrôle, mais la terre ne lui appartient pas.
Parmi ses principaux pouvoirs, il y a le partage des terres entre les lignages,

106
l’autorisation d’installation d’arrivants ultérieurs, la garantie des limites du terroir du
groupe, le jugement des litiges fonciers, etc.

Au niveau des villages, il existe des chefs de terre qui exercent leur autorité dans les
limites des différents espaces conquis par les descendants d’un ancêtre commun. A
Tobré, le chef de terre Sina Douwirou existe en tant qu'autorité distincte du chef
village. Il est celui qui gère les terres collectives. Il implore les dieux de la terre pour
la production et gère tous les litiges concernant l’appropriation des ressources
naturelles. D'abord c'est lui qui distribue les terres aux différents chefs de clan ou de
famille qui composent la société. Ensuite, il peut transférer une portion de ce
patrimoine aux étrangers venus s’installer sur son espace de juridiction. C’est lui qui
procède aux rites agraires au début de chaque saison des pluies et à la récolte.

Ce pouvoir est délégué aux différents chefs de clan, de famille ou à des individus.
Ainsi, à chaque échelle, le chef de lignage ou de famille organise les rituels, fait des
offrandes périodiques sara aux génies tutélaires et aux ancêtres fondateurs. Ces
sacrifices, leur ouvre l’accès aux ressources naturelles, ils leurs permettent d’acquérir
les droits de produire et de redistribuer, de se maintenir et de contrôler l’accès aux
ressources naturelles. Les sacrifices se font souvent au défrichage d’un nouveau
champ en trois étapes : la visite et la réservation de l’espace, la demande
d’autorisation aux génies et ancêtres occupant l’espace et les cérémonies de
négociation ou de remerciement.

- Dans un premier temps, il s’agit de la visite de l’espace à défricher et sa


réservation qui consiste à ce que l’individu se rende dans la forêt et vérifie que
personne n’y a encore fait son champ. Ensuite, il doit déraciner une touffe d’herbe et
l’attacher à un arbre pour qu’elle soit visible pour celui qui passe. Si personne ne
réagit pendant au moins une semaine c’est que l’espace n’est pas encore occupé ;
- Dans un deuxième temps, il faut passer à l’étape qui consiste à enfouir un
œuf de poule sur cet espace et le lendemain à se rendre sur les lieux pour constater ce
qui s’est passé. Si l’œuf est déterré ou si l’individu voit non loin du lieu une pintade
immobile les génies et ancêtres tutélaires n’auraient donc pas accepté de céder
l’espace pour cette activité. L’individu devrait se rendre chez un devin pour savoir la
cause de leur refus. Les consultations du devin révéleront les sacrifices à faire ;

107
- Dans un troisième temps, vient l’étape du sacrifie. Très souvent c’est la
bouillie à base de petit mil fura, des galettes à base de farine de maïs massa qui sont
amenés à l’endroit pour négocier avec les occupants invisibles.

Selon ce principe, les chefs de familles des clans fondateurs ont délimité pour leur
groupe de parents un espace sur lequel les premières cultures ont été pratiquées. Les
tubercules d’igname ont été produits en première position, ensuite les céréales (mil et
sorgho) seules ou associées aux arachides et aux haricots. Les premières années, les
champs collectifs ont été exploités par le groupe de parenté, qui ont formé plus tard
d’autres groupes de parentés autour d’autres champs collectifs au fur et à mesure que
les aînés se séparent, ou que le fondateur (chef de lignage ou de famille) meurt
laissant ces fils qui se partagent le champ commun. Les champs se sont donc
multipliés au fil du temps et en fonction du nombre des groupes de parenté qui va en
croissant. Ils s’agrandissent au fur et à mesure d’un nouveau défrichement jusqu’à
atteindre les limites d’un espace déjà occupé ou les limites naturelles sont
représentées par des montagnes, des marigots, etc.

Plus tard les anciennes jachères deviennent des réserves de terre et de ressources
naturelles appartenant aux groupes de parentés ayant fait des champs sur ces espaces.
Progressivement les champs collectifs se sont individualisés. Certains membres des
groupes de parents ont obtenu l’accord de leur chef de clan ou de famille de faire leur
propre champ. Ils ont acquis des droits privés sur des portions de champs collectifs,
sur lesquels s’exercent toujours des droits communs.

A ce propos, Kouassigan a montré que, les droits communs sont « une souveraineté,
et non un véritable droit de propriété que les diverses collectivités exercent sur leurs
terres » (Kouassigan, 1966 : 134). En effet, pour l’auteur « la terre appartient à une
communauté, le canton, le village ou la famille élargie, mais jamais à un individu à
titre privatif et exclusif » (Idem:54). Cependant, Jacob (2007), a pu noter dans son
étude sur les Winye, que des groupes de parents ou des individus ont acquis des droits
privés qui sont subordonnées aux droits communs. L’auteur souligne que cette
subordination se révèle dans « l’obligation de combiner des objectifs de production et
de reproduction qui impose à la fois que la terre soit mise en valeur, ce qui entraîne
forcément une certaine distribution de droits, et qu’elle soit maintenue dans une

108
situation de disponibilité, ce qui implique que les droits distribués soient limités,
restent en quelque sorte subordonnés à des droits supérieurs mis en action de manière
ponctuelle, en cas de besoin » (Jacob, 2007 : 196). C’est donc sur cette base que se
réalise le projet sociétal pour les différents groupes de parents présents sur un
territoire.

Cette analyse corrobore le principe de distribution de droit sur les ressources


naturelles en milieu baatonu. Mais, dans le contexte de Tobré, il ressort que ces
obligations de produire et de reproduire s’accomplissent dans le respect du pacte
trilogique (homme-génie-ancêtre), dont l’irrespect engendre des sanctions. Selon, la
tradition locale, les génies, les morts et les ancêtres sont naturellement bons. Mais,
quand ils sont offensés, ils peuvent sanctionner la personne fautive au moyen de
maladies ou de cas d’infortune au niveau individuel, familial, villageois ou régional,
etc.

Au niveau individuel, des cas de maladie ont été relevés dans les récits locaux comme
étant une manifestation ou une sanction des génies ou des ancêtres. Par, exemple la
maladie infectieuse zona goridon fait partie des sanctions symboliques données par
les morts. L’individu qui enfreint à la règle de respect du pacte trilogique peut souffrir
du zona. Cette maladie qui signifie littéralement le "feu des ancêtres" est guérie par le
clan des forgerons (wonko, tossou, etc.) qui disposent d’une maîtrise du feu. Ils le
font avec les feuilles de néré triturées dans du lait de vache qu’ils font boire au
malade, après avoir implorer le pardon des ancêtres à travers un rituel appelé "essuyer
le feu", fait à la forge avec les résidus de métal travaillé (chef forgeron à Tobré, le
30.1.2010).

Au niveau familial, les difficultés à réussir dans la vie ou les cas d’infortune sont cités
pour illustrer la sanction symbolique liée au non respect de la régularité des sacrifices
aux ancêtres et aux génies : mauvaise récolte, morsures de serpent, etc. Par exemple,
défricher un champ malgré le refus des ancêtres et des génies habitant l’espace
pourrait aboutir à des malheurs dans la famille, (maladie, décès inexpliquée, etc.). Ces
manifestations font que cette partie sera délaissée et deviendra une forêt inexploitable
dite maudite gbεru.

109
Au niveau du village ou de la région, ce sont des cas de sécheresse prolongée, de
mauvaise récolte, d’une épidémie de maladie qui témoignent de la sanction
symbolique en rapport avec le changement de l’ordre établi entre les hommes et les
non humains ou entre le naturel et le social.

On peut retenir que la distribution des droits sur les ressources naturelles remplit trois
fonctions : symbolique, productive et politique. D’abord, elle renvoie à la
transmission du droit rituel aux niveaux hiérarchiques que sont : chefferie suprême,
chefferie de terre locale, groupes de parents (clan, lignage, famille) et individu. Cette
transmission permet l’acquisition du droit privé par la production (droit de culture,
d’investissement, de cueillette de karité, etc.). Elle ouvre l’accès aux ressources
naturelles (acquisition de terre par le droit de planter les arbres pérennes notamment le
karité pour les clans autochtones, interdiction pour les étrangers de planter ces arbres)
ou facilite la redistribution et l’arrivée de nouveaux arrivés (droit de transmission,
droit d’accès à de nouvelles terres), etc.

Ensuite, ces droits privés sur les ressources naturelles sont soumis aux droits
communs à travers l’obligation de sacrifier à l’autel de terre, de reprendre les rituels à
chaque nouvelle appropriation de ressources. C’est dans ces conditions, que ces droits
privés peuvent se pérenniser.

Enfin, les sanctions interviennent pour maintenir les droits privés dans une dynamique
de circulation entre production et distribution au sein de la société, de sorte à réguler
les comportements des individus et permettre la réalisation de leur projet social. Un
exemple de régulation est la formation des espaces maudits qui sont hors usage des
humains pour certaines activités et pour un temps donné.

Tableau 3 : Principe de distribution des droits sur les ressources naturelles à


Tobré

Pacte trilogique (Homme – Droits (commun/privé) Devoirs après Sanctions


génies - ancêtres) avant l’installation sur installation sur
un nouvel espace un nouvel espace
Produire (chasse, Produire, Espace/champ

110
Représentation Culte de cueillette, pêche, reproduire, maudit (présence de
symbolique terre/brousse agricultures, etc.) et distribuer mauvais génies)
reproduire, distribuer Accueillir de Sècheresse
Attirer de nouveaux nouveaux arrivés prolongée, Epidémie
arrivés de maladie
Garants Chef de terre Rituels de bénédiction Répétition de Maladie, infortune
et sa lignée rituel

Sources : données de terrain

Ces principes constituent un élément parmi d’autres pour ouvrir, maintenir et


contrôler l’accès aux ressources (Arnaldi Di Balme et al., 2010).

3.3. Modes d’accès et d’exploitation des ressources naturelles

Après avoir décrit la distribution des droits sur les ressources naturelles à partir du
rapport des hommes avec la nature, il convient de présenter les rapports entre les
hommes à propos de la nature (Lavigne Delville, 2005), c’est-à-dire d’identifier les
modes d’accès et d’exploitation des ressources naturelles qui permettent de distinguer
les catégories d’utilisateurs et les formes d’échanges des ressources naturelles entre
positions sociales au sein des groupes de parents et des villages dans la localité de
Tobré.

Les modes d’accès et d’exploitation des ressources naturelles sont calqués de façon
générale sur les modes d’appropriation. Ces derniers peuvent être décrits en croisant
les types de droits et le niveau d’organisation sociale. En effet, partant d’une analyse
sur les droits de propriété néoclassique Schlager et Ostrom, (1992) distinguent « les
droits de propriété à un niveau opérationnel – c’est-à-dire où les événements se
déroulent – et les droits depropriété à un niveau collectif ou administratifs – où se
prennent les décisions -, il s’agit d’un droit opérationnel dont disposent à la fois le
propriétaire en droit, le propriétaire de fait, «l’ayant droit », l’utilisateur autorisé et
l’utilisateur non autorisé » (Schlager et Ostrom, 1992 : 68 cité par Cubrilo et Goislard,
1998). Ces différents propriétaires et utilisateurs des ressources disposent de façon
cumulative ou non des droits d’accès, d’exploitation, de gestion, d’exclusion et
d’aliénation. Cependant, pour certains auteurs le mode d’appropriation des ressources

111
naturelles est au-delà de la simple notion de propriété. Il « définit l’état d’un système
de relations nature – société » (Weber, 1995 :10). De ce fait, l’auteur décline en cinq
niveaux les modes d’appropriation des ressources de la nature que sont : les
représentations ou perceptions, les usages alternatifs des ressources, les modalités
d’accès et de contrôle de l’accès, les modalités de transfert, et les modalités de
répartition (idem). Il me semble que le système de gestion baatonu des ressources
naturelles se rapproche de cette conception des modes d’appropriation, de par
l’appropriation rituelle de l’espace et les formes de distribution des droits sur les
ressources qui sont enchâssées dans l’organisation sociale.

Dans ce sens, et en tenant compte des faits de peuplement tels que décrit plus haut,
l’analyse des modes d’accès et de prélèvement permettent d’identifier les clans ou
groupes de parents qui détiennent historiquement un contrôle sur certaines portions
d’espace naturel, et les rapports entre ces groupes. Autrement dit, les catégories
d’utilisation et les formes de transfert et de répartition des ressources.

3.3.1. Les catégories d’utilisateurs de ressources naturelles

Les Baatombu constituent une société hiérarchiquement organisé en trois classes


distinctes : nobles wassangari, Baatombu roturiers et le groupe des étrangers. En
considérant les hiérarchies qui découlent du peuplement de Ouassa et de Tobré, c’est
une histoire de l’occupation de l’espace relativement différenciée qui apparaît. Elle
peut être structurée autour de trois catégories d’utilisation que sont : les utilisateurs de
droits, les utilisateurs de faits et les utilisateurs autorisés.

Dans le groupe des utilisateurs de droits se trouvent les autochtones baatombu. C’est
la classe des conquérants fondateurs encore appelés baatombu giyo vrais autochtones.
Ils forment avec les clans nassou, wonko et nari qui constituent des autochtones sans
maîtrise de la terre, la classe des roturiers. De fait, dans cette catégorie d’utilisateurs
des ressources naturelles, les distinctions entre "vrai" giyo ou entre classe ethno-
professionnel (forgeron, griot, bouchers, etc.) ne constituent pas un critère
fondamental d’accès aux ressources naturelles. L’ensemble de ces clans jouit des
droits égaux en ce qui concerne également l’exploitation des ressources naturelles.
Mais, sur le plan des décisions, seuls les Tossou et les Yari qui sont en réalité les

112
seconds venus sur l’espace actuel du site de Tobré, cumulent les droits de gestion
(répartition et réglementation), d’exclusion (autorisation et interdiction) et
d’aliénation (droit de disposer librement de tous les autres droits). Ce sont eux qui
accordent les droits d’exploitation aux autres groupes sociaux. Quant aux autochtones
sans maitrise de la terre (nassou et nari), ils ne disposent souvent pas des droits de
décision en dehors de leurs clans et de leurs groupes de parentés. Ils peuvent déléguer
l’usage des ressources, transférer sous forme de legs, hériter, mais ne peuvent
administrer le droit des autres que s’ils sont représentés à la cour du roi. Il y a donc
comme une superposition de la hiérarchie au sein des autochtones et au niveau des
détenteurs de droits.

Les utilisateurs de faits, que sont les gens du pouvoir participent à l’administration
des ressources naturelles. Il s’agit des clans sessi issues de l’aristocratie wassangari et
considérés comme la classe des nobles sinabibu. Ils bénéficient des mêmes droits que
les autochtones baatombu avec maitrise de la terre, sauf celui de l’aliénation. Ainsi,
ils participent à la définition des différents droits sur les ressources naturelles. Pour
autant, ces droits acquis pendant les périodes précoloniales, se sont émoussés, avec le
temps.

En dehors de ces deux catégories (autochtones et wassangari) d’utilisateurs de


ressources naturelles, les Peuls, les Gandos et le groupe des étrangers (haoussa,
zerma, somba et apparentés) seraient considérés comme des utilisateurs autorisés à
des degrés divers. Ainsi, les Peuls sont considérés comme des ayants droit, à l’opposé
des Gandos qui ne disposent que de droits d’accès et d’exploitation limités du fait de
leur statut servile. Leur position dans l’accès et l’exploitation des ressources
naturelles est inégalitaire par rapport au groupe peul, auquel, ils sont pourtant
assimilés.

Quant au groupe des étrangers, les espaces et les ressources dont ils jouissaient en tant
qu’utilisateurs autorisés étaient souvent négociés au cas par cas par le serky zongo
pour ce qui concerne les Zerma et les Haoussa. L’usage qu’ils faisaient de la
ressource était limité à l’agriculture. Ils n’étaient pas autorisés à exploiter les fruits
particulièrement du néré et du karité parce que ces arbres sont signes de possession de

113
la terre, en termes de "titre foncier". Ces mêmes interdictions sont faites au groupe
des Sombas et apparentés issus des migrations agricoles.

Ainsi, on distingue trois groupes d’utilisateurs des ressources naturelles : les


utilisateurs de droits que sont les autochtones baatombu sans distinction aucune, les
utilisateurs de fait représentés par la classe noble wassangari et les utilisateurs
autorisés que sont les Peuls, les Gandos et le groupe des étrangers qui bien
qu’appartenant à des strates sociales différentes jouissent de façon horizontale d'un
droit commun qui structure leurs agissements dans l'appropriation des ressources
naturelles. Cette classification élémentaire des catégories d’utilisateurs permet de
comprendre le principe de transfert des ressources naturelles. Il s’agit de l’héritage, du
don et du prêt.

3.3.2 Le principe de l’héritage, du don ou du prêt

L’héritage constitue le mode élémentaire de distribution de droit dans les sociétés


rurales précoloniales. Il est « le ciment de la solidarité du groupe » (Kouassigan,
1966 : 44). Il représente le droit d’exploitation partagé à l’intérieur des clans, des
lignées et familles. Dans la localité de Tobré, le principe de l’héritage en matière de
contrôle et d’accès aux ressources naturelles concerne les clans fondateurs
autochtones baatombu et wassangari. La transmission du patrimoine foncier et des
ressources naturelles d’un clan ou d’une famille se fait au décès du représentant du
groupe de parenté et selon le nombre d’épouses et le nombre de descendants (garçon
ou fille). Cependant, la tradition locale précise que la portion de terre mise en valeur
par les différentes activités (culture, chasse, pêche) constitue souvent ce patrimoine.

Les forêts restent la possession du village et ne s’héritent pas. Le roi et le chef de terre
donne l’autorisation d’exploiter à des personnes qui désirent y faire le champ ou y
exploiter une ressource quelconque. Ainsi donc, même à l’intérieur des clans, des
lignages ou des familles ce sont les droits d’exploitation qui sont partagés. Les
champs et les ressources naturelles sont une "propriété" collective dont l’aîné de la
famille ou le chef de clan qui succède au défunt prend la responsabilité morale de
contrôler. Très souvent, les femmes n’héritent pas de cette position même si elles sont
les aînées. Elles bénéficient des usufruits de l’exploitation des ressources naturelles,

114
notamment le karité sombu et le néré dombu dont le droit de possession revient à
l’homme et le droit d’exploitation à la femme (Danko, 2006).

En dehors de l’héritage, le don est cité dans les récits locaux comme le deuxième
principe qui donne droit à l’accès aux ressources naturelles. C’est un principe qui lie
les clans autochtones et les Peuls. En effet, dans les relations de dépendance avec les
autochtones baatombu, les Peuls recevaient des portions d’espace et de ressources
naturelles pour leur campement sous forme d’aliénation avec contrepartie en
bienséance. Ils bénéficiaient de tous les droits (d’exploitation et d’aliénation).
Cependant, la relation de transfert de droit de contrôle de l’accès aux ressources
naturelles entre les Peuls et les clans autochtones baatombu est une disposition sociale
collectivement mise en œuvre. La demande d’installation d’un camp peul se faisait
auprès du chef de terre ou de chef de village qui octroyait une portion de terre
appartenant à n’importe quel clan ou groupe de parenté. Un accord conclu entre les
autorités religieuse et politique engage toute le village et ne peut-être facilement remis
en cause individuellement par les membres des clans possesseurs de l’espace même
en cas de conflit. La plupart du temps ces camps peuls sont situés non loin des
agglomérations baribas, dont ils dépendent et sont alors désignés en fonction de ceux-
ci (kikagah, Tobré gah, etc.). Ces camps ou hameaux peuls sont considérés comme
des habitats annexes des Baatombu. Les Peuls pouvaient transmettre les droits
d’exploitation et d’accès à des tierces personnes (d’autres Peuls) selon leur mode de
circulation des ressources naturelles. Mais, ils étaient tenus de respecter les règles de
cohabitation pacifique, notamment rester dans les limites de l’espace concédé, éviter
les conflits avec les voisins, etc.

Par contre les Gandos recevaient des espaces et des ressources sous forme de prêt.
Seuls les droits d’usage leurs étaient concédés, du fait de leur statut de servile. Ainsi,
de la part des autochtones baribas, ils bénéficiaient des droits d’exploitation sur une
durée indéterminée, mais ils sont limités par la notion de transfert au sein de leur
groupe. Le gando sunon ne peut octroyer de portions de terre à un nouveau venu dans
leur groupe. Il l’obtient auprès d’un clan bariba avec qui il négocie. Il en était de
même pour le groupe des étrangers que sont les Zerma, les Haoussa, les Sombas et
apparentés. Aujourd’hui, ces prêts à durée indéterminée sont parfois remis en cause et
font l’objet des conflits entre les Gandos et les Baribas, l’accord ayant été conclu

115
entre parents défunts. La longue cohabitation entre eux n’a pas suffi pour faire des
Gandos des possesseurs de ressources ou de terre.

Ainsi, les droits coutumiers baatonu sur les ressources naturelles se structurent à trois
niveaux dans la localité de Tobré: lignager et villageois, car ils sont de l’ordre de la
régulation interne (au sein des lignage/clan/famille), interne-externe (entre
lignage/clan/famille), externe (autochtone et groupe étrangers). Ce dernier niveau de
transfert est pris en compte par le tutorat foncier et concerne les droits et obligations
des étrangers. En effet, « le terme de "tutorat" désigne les relations sociales
réciproques qui naissent de l’accueil d’un étranger (ou d’un groupe étranger) et de sa
famille dans une communauté villageoise locale pour une durée indéterminée,
incluant une dimension transgénérationnelle (la relation de tutorat se transmet d’une
génération à une autre) » (Chauveau et al., 2006 :16). Cependant, comme les auteurs
le soulignent le "tutorat" est favorable dans des contextes où la reproduction passait
plus fondamentalement par l’adjonction de nouveaux venus. Les ressources naturelles
étant abondantes et les hommes rares. Aujourd’hui, l’institution du tutorat est soumise
à des pressions liées à la rareté relative des ressources, à l’arrivée massive de
migrants, à la disponibilité d’un marché foncier, etc. Cette situation est présente à
Tobré, qui connaît depuis déjà des décennies, une pression sur les ressources
forestières. Ce qui amène les autochtones à remettre en cause les clauses de transfert
coutumières de droit d’accès et d’exploitation de ces ressources du tutorat.

Conclusion

Le chapitre est consacré à l’histoire de peuplement et à l’appropriation des ressources


naturelles. Il a permis de situer l’espace traditionnel politique et religieux dans lequel
s’insère la localité de Tobré. Il a aussi permis de saisir les différents modes
d’appropriation notamment, les formes de représentations sociales à travers les formes
primaires d’appropriation (implantation de cultes), les types d’usage des ressources à
partir des différentes activités de production (chasse, agriculture,...), les modes
d’accès et de contrôle de l’accès par des règles définies et des sanctions instituées, les
modes de distribution et de transfert de ces ressources entre acteurs locaux (gens du
village et groupes d’étrangers). Ces modes d’appropriation précisent les interactions

116
des acteurs locaux entre eux et avec la nature.

Cependant, en dehors de l’antériorité sur un espace qui permet de fixer un village,


l’installation de culte et la production (agriculture, chasse, pêche, etc.) sur l’espace
conquis sont nécessaires pour s’approprier les ressources naturelles. Cette
structuration des modes d’appropriation des ressources naturelles énonce le chapitre
suivant en ce sens, qu’il décrit l’espace de gestion traditionnelle des ressources dans
lequel, les acteurs extérieurs représentés ici par l’Etat interviennent.

117
CHAPITRE 4 : ETAT ET GESTION DES RESSOURCES
NATURELLES A TOBRE

L’action de l’Etat superpose aux modes traditionnels d’appropriation des ressources


naturelles décrits dans le chapitre précédent, une autre conception de la gestion des
ressources. En effet, les périodes coloniale (1894-1959) et post-coloniale (1960-
1989)42, marquent la forte présence de l’Etat dans les nouveaux systèmes de contrôle
de l’accès aux ressources naturelles. Dans les discours locaux, cette présence de l’Etat
est ressortie comme un élément significatif de l’évolution des modes de gestion de
l’espace forestier. Les anciennes chefferies de terre et de village auraient été reléguées
au second plan et leurs prérogatives sur les modes d’accès et de transfert de droits sur
les ressources affaiblies dans la plupart des localités de Tobré. Pendant ce temps, les
groupes socio-ethniques étrangers ou soumis, notamment les Peuls et les Gandos
auraient été promus à de hauts rangs, transformant alors la hiérarchie socio-politique
et les modes coutumiers d’appropriation des ressources naturelles.

Dans l’étude des transformations induites par l’intervention de l’Etat dans les arènes
locales de gestion des ressources naturelles en milieu rural africain, plusieurs auteurs
ont insisté sur les aspects démographiques (Jacob, 2007), économiques et socio-
politiques (Chauveau et al., 2006). Pour ces auteurs, le contexte actuel de la gestion
des ressources naturelles est marqué par de nombreux conflits dont les causes sont
entre autres liées à l’arrivée massive des migrants dans les villages, à un marché
foncier "émergent", aux réformes institutionnelles et politico-administratives
(villagisation, individualisation du tutorat...), etc. Par ailleurs, nombre de ces
dynamiques à l’œuvre dans plusieurs pays en Afrique de l’ouest sont à l’origine, une
émanation des politiques publiques coloniale et post-coloniale (Bates, 1981 ;
Colchester, 1994 ; Mamdani, 1996 ; Neumann, 1998). Ces travaux présentent des
contextes similaires à celui du Bénin, où la dégradation des ressources naturelles se
justifie souvent par les difficultés connues par les services des Eaux et Forêts dans la
mise en œuvre des politiques de protection adoptées par l’Etat colonial (Tchiwanou,
2004). De fait, il est difficile de séparer le processus de l’Etatisation des questions
contemporaines de gestion des ressources naturelles comme « la dépossession des

42
Depuis 1990 le pays est dans une période démocratique. Cette période est prise en compte dans le
chapitre 5 sur les modes participatifs de gestion des ressources naturelles.

118
sociétés rurales de la maîtrise de leur espace, la fragilisation des systèmes de contrôle
de l’accès aux ressources, l’accentuation des défrichements en zones de colonisation,
la réduction de la durée des prêts, l’aggravation de l’insécurité foncière » (Lavigne
Delville, 2001 : 12). Dans ce sens, l’implication du pouvoir d’Etat dans la gestion de
la nature à Tobré constitue une piste intéressante pour appréhender les rapports de
l’Etat avec les "gens du village", en ce qui concerne l’évolution des modes
d’appropriation des ressources.

Mon objectif, dans ce chapitre est d’analyser les transformations politiques,


institutionnelles et sociales qui ont historiquement affectés les modes d’appropriation
des ressources naturelles à Tobré, à partir des faits et récits mettant en scène des
acteurs réels. Ainsi, dans une première section sera présenté l’ancrage de l’Etat à
travers les influences coloniales et les différentes politiques publiques définies à
Tobré. Dans une deuxième section seront déclinées les différentes réformes apportées
par l’Etat post-colonial (réorganisation territoriale, regroupement villageois,...). Une
troisième section s’articulera autour des dynamiques sociales, politiques et
économiques en lien avec les actions publiques qui ont été favorables à la mise en
place de dispositifs participatifs de gestion des ressources naturelles.

4.1. Ancrage de l’Etat colonial

L’Etat naît de la monopolisation de la force physique et des ressources fiscales sur un


territoire donné (Elias, 1975, cité par Hassenteufel, 2011 : 15). Ce double monopole
permet d’enclencher les trois processus constitutifs de l’Etat distingués par la
sociologie historique (Badie & Burnbaum, 1982) : la centralité territoriale, la
différenciation du pouvoir politique par rapport à la société et l’institutionnalisation
de celui-ci sous la forme de l’administration (Hassenteufel, 2011 : 15). Ces
caractéristiques généralement reconnues aux différents types d’Etat en Europe, sont
identifiables dans le contexte africain en rapport avec le processus de construction de
l’Etat colonial. Toutefois, selon les politiques en vue, les principes de conquêtes mis
en œuvre ont varié.

Au Bénin, Lombard notait à cet effet, que « contrairement aux régions du sud où les
commerçants et les missionnaires précèdent les militaires et les administrateurs, le

119
pays baatonu ne connut l’Europe d’abord que par l’armée. L’orientation de la
colonisation va donc être de type différent : Plus militaire que civile et plus politique
qu’économique » (Lombard, 1965 : 18). De fait, l’ancrage de l’Etat colonial dans la
localité de Tobré, est passé par deux faits importants : la guerre de conquête et la mise
en place des politiques publiques à but essentiellement "politique".

4.1.1. La Guerre de Gountia

J’aborde ici, l’implication de l’Etat dans la gestion des ressources naturelles à Tobré à
partir des influences coloniales, des différentes politiques définies afin de relever
leurs importances dans les transformations subies par les modes traditionnels
d’appropriation des ressources. En effet, une guerre de domination se trouve au début
du processus d’implantation de l’Etat dans la localité de Tobré. Cette guerre constitue
une référence pour les "gens du village" de parler du début des interactions entre eux
et avec les acteurs extérieurs en matière de gestion des ressources naturelles. Elle s’est
déroulée au début de l’ère coloniale, et a été marquée par les affrontements de 1897
menés entre les troupes françaises du capitaine Baud-Vermeersch et des guerriers
baatombu au niveau de Gountia43 un hameau de Ouassa maro situé à 6 km de Tobré.

Selon la Revue française de l'étranger et des colonies et Explorations qui retrace les
faits, cette guerre entre dans le cadre général de la mission de domination des
royaumes baatombu, afin « d'assurer l'exécution du traité qui conférait le protectorat
du Borgou à la colonie et, en même temps, de venger le meurtre des inspecteurs
Forget et Carré en donnant une sévère leçon aux pillards Baribas »44 (Marbeau et
Demanche, 2007). Ainsi, pendant que certains chefs de la région de Kouandé se
soumettaient à l’autorité française, le chef Orou Wari de Kouandé avait tenté de
s’allier au chef Sina Gbogbogui de la région de Ouassa-Pehunco. Il avait donc été
déchu et remplacé par Yarou-Bori fidèle aux Français, et capable de rallier les

43
Gountia était un poste de garde gbere où le roi nommait ses représentants pour faire des razzias ou
pour négocier avec les commerçants, etc. Ce village à l’image de beaucoup d’autres est également un
village stratégique de défense qui est créé pour servir de barrière à tout conquérant de la chefferie à
Tobré. Gountia est actuellement un site qui sert de jardin botanique et où les populations qui sarclent
aux alentours continuent de ramasser des munitions de fusils utilisés par la troupe française et où
trainaient jusqu’en 2005 les crânes humains qui selon les habitants des lieux se déplacent d’eux-
mêmes du soleil à l’ombre.
44
[Link]://[Link]/books/about/Revue_francaise de l’étranger, consulté, le 2-3-2012.

120
populations à la cause coloniale. Les affrontements avaient été très rudes avec
plusieurs blessées et morts des deux côtés45. La troupe française à court de munitions
avait quitté le lieu du combat sans anéantir les guerriers baatombu qui avaient pris la
fuite en direction de Tobré. Les pluies torrentielles, les débordements des eaux
(Mekrou et Alibori), la hauteur des herbes, l’épaisseur de la brousse, etc. ont été
évoqués dans ce récit du capitaine Baud-Vermeersch comme étant des obstacles qui
avaient rendu difficile la mission.

Pour autant, cette version des faits est autrement interprétée dans les récits locaux.
Selon la mémoire des sages rencontrés lors de mon terrain, la rudesse des
affrontements est un signe de la nature et des génies. Particulièrement, « le
débordement des eaux est une réaction du culte alibobuyeru afin de défendre le
territoire de Ouassa et de Tobré au nom du pacte trilogique de fondation qui lie les
humains, les ancêtres et les génies. La guerre de Gountia est une victoire remportée
grâce à la protection des cultes » (Collectif de sage à Tobré, le 8.7.2012). Même, s’ils
reconnaissent avoir été affectés par la suite des évènements qui ont changé leur mode
d’organisation sociale et politique, en ce sens qu’ils insinuent « les Blancs baature
sont venus pour nous rendre tous esclaves yo, sans distinction de classe sociale, et
surtout pour s’accaparer de nos ressources naturelles. Mais, comme ils n’ont pas
réussi par la guerre, ils sont passés par la désorganisation progressive de notre mode
de vie…» (G.H. à Gountia, le 1.7.2012). Pour saisir comment l’Etat colonial a affecté
la hiérarchie socio-politique et les modes d’appropriation des ressources naturelles,
dont parlent les "gens du village" de Tobré, il convient d’aborder les différentes
politiques publiques définies et mises en œuvre dans cette région.

4.1.2. Les politiques publiques à Tobré et la fin de l’hégémonie


wassangari

Après, la guerre de Gountia, les conquérants européens ont occupé la région de


Ouassa et ses villages. Ils ont défini et mis en œuvre des politiques publiques, afin de
mieux asseoir leur domination sur le peuple baatonu. En effet, comme le souligne

45
Les Baatombu évaluent à 60 leurs morts à partir d’un système de comptage de chapeaux en rafia
kèsèru déposés par chaque guerrier devant la case de réunion du palais royal avant les combats et dont
60 sont restés sans propriétaires à la fin.

121
Hassenteufel, d’un point de vue historique, « l’Etat se construit à partir de la
production de politique publique : il s’étend et s’étoffe en développant de nouveau
domaine d’action » (Hassenteufel, 2011 :14). Selon Théodore Lowi (1972), il existe
une multitude de politiques publiques, structurée essentiellement autour de quatre
types : les politiques constitutives ou institutionnelles, règlementaires, distributives et
redistributives ou sociales. Cette distinction permet dans le contexte de Tobré une
lecture du développement historique des actions menées par l’administration
coloniale. Il s’agit notamment du découpage territorial, du classement des forêts, de la
construction des pistes rurales et de l’octroi de crédit aux paysans. Toutefois, il faut
remarquer que, l’ensemble de ces politiques publiques bien que remplissant des
fonctions différentes avait convergé vers le seul objectif politique, celui de mettre fin
à l’hégémonie wassangari. Des auteurs comme Lombard (1965), avait même constaté
par exemple que « la politique du morcellement en canton n’a fait que renforcer la
tendance à l’indépendance amorcée en pays baatonu avec la désolidarisation des
anciens vassaux » (Lombard, 1965 : 18). Pour l’auteur, « les subdivisions avaient eu
pour conséquence de restreindre les pouvoirs (judiciaires, disciplinaires,
administratifs) des chefs coutumiers ce qui leur a fait perdre leurs prestiges et leurs
ressources financières sans lesquels le commandement coutumier est difficile »
(idem).

En effet, la première politique mise en place par l’Etat colonial, fut celle relative au
découpage administratif. Trois ans après la guerre de Gountia (en 1900) avait eu lieu
le premier découpage du royaume de Daxomè à partir de la ville d’Abomey divisé en
cantons et quartiers de ville ; puis à la suite d’un arrêté du gouverneur de la colonie du
Dahomey, eu lieu le découpage de l’ensemble du territoire comptabilisé en cent
cinquante cantons à la date du 19 décembre 1930 (Gléglé, 1974 ; Reste, 1934 cité par
Bako-Arifari, 2011). A partir de 1904 l’ancienne région de Kouandé formera une
subdivision à l’intérieur du cercle de Natitingou (Lombard, 1965 : 402). Plus tard,
toute la région de Ouassa (Tobré, Pehunco, Gnemasson) fut intégrée au dispositif
administratif colonial français d’abord dans le cercle de Djougou ensuite dans le
cercle de l’Atacora (Alber, 2000 repris par Langewiesche, 2006: 223). Ce furent les
premiers actes de réorganisation du territoire qui ont marqué l’implantation de l’Etat
colonial dans la région de Ouassa et ont participé à l’affaiblissement de l’hégémonie
de Tobré. Le chef village de Tobré, comme ceux des autres villages qui lui étaient

122
soumis ne disposaient plus que d’un pouvoir administratif concédé par l’autorité
coloniale et limité au recrutement militaire, au recouvrement d’impôts, à l’entretien
des pistes rurales, etc. Ces chefs de village ont été davantage affaiblis, quand leurs
prérogatives sur la gestion des ressources naturelles ont été réduites à travers la mise
en place d’une politique publique relative au classement des forêts.

L’année 1935 a été celle du classement des forêts dans la plupart des pays en Afrique
occidentale française suivant le décret du 4 juillet 1935 portant sur le régime forestier
de la région. Ces dispositions institutionnelles ont permis de prendre des mesures de
protection des écosystèmes forestiers du Dahomey, à travers l’arrêté local n° 414 du
18 mars 1937 qui a réglementé la coupe de bois et les réformes forestières du
Dahomey, et un an plus tard a favorisé la création du service des Eaux et Forêts et
chasse par arrêté n° 2428 du 2 juillet 1938 qui consacre le monopole de l’Etat sur les
ressources forestières. L’ensemble de ces décisions qui procède d’une politique
publique forestière définie et mise en œuvre par les autorités gouvernementales
coloniales, marque le début des forêts classées au Dahomey46.

Le périmètre de reboisement de Pahou d’une superficie de 12 ha dans le cercle de


Ouidah fut le premier classé en 1940 (Note circulaire signé par Léon CAYLA le 18
avril 1940 à Dakar)47. Ensuite, le processus fut généralisé à l’étendu du territoire
dahoméen et les forêts classées de l’Alibori supérieur et du Mekrou furent créées dans
la localité de Tobré. Ces forêts s’étendent également aux régions suivantes: Sinendé,
Kèrou, Bonikora, Gogounou (carte n°3). D’une superficie de 250205,73 ha, la forêt
classée de l’Alibori supérieur est crée par l’arrêté 6459 du 20 août 1955. Celle de la
Mekrou est classée par arrêté n°478 S.E. du 28 janvier 1950 avec une superficie de
9350 ha à l’origine. Ces forêts ont constitué les zones d’exploitation de bois pour les
usages de la métropole. Les ressources exploitées dans la localité de Tobré faisaient
l’objet de rapports réguliers envoyés à la représentation coloniale, basée à Kouandé
par les brigadiers forestiers. Langewiesche (2006) se servant de ces rapports archivés,
note que les mêmes espèces végétales étaient coupées et les permis d’abattage des
espèces avaient augmenté chaque année particulièrement de 1956 à 1959. Il s’agit des

46
Selon une étude réalisée en 2001 au Bénin, le domaine classé de l’Etat couvre une superficie de 2
664 075 ha soit 23,7 % de la superficie totale du pays de 1941 à 1961 (Agbahungba et Al, 2001 :20).
47
A noter que le parc national w est classé plus tôt en 1913 par le pouvoir colonial français. Et depuis
2002 comme réserve de biosphère transfrontalière entre le Niger, le Bénin et le Burkina Faso.

123
rôniers, des calcédrats, des karités, des irokos, etc.

Dans le même temps, ces espèces étaient interdites d’usage aux "gens" de Tobré et
des autres villages de Ouassa. L’autorité coloniale avait défini une politique
règlementaire sur les forêts dont la mise en œuvre a été l’objet de plusieurs
restrictions. Les droits d’usage qui étaient reconnus aux riverains de ces forêts étaient
réduits au ramassage de bois morts et à la cueillette des fruits. Les directives sont
clairement définies et le chef de cercle représente l’autorité chargée de les faire
appliquer souvent par la violence. A ce propos, Rouchiche (2004) souligne que
l’administration forestière coloniale assurait le contrôle des forêts à travers une
législation et une police forestière contraignante qui soumettait les hommes à de rudes
épreuves. Le statut de l’agent des Eaux et Forêts, a particulièrement marqué les
acteurs locaux. Ils leurs ont donné le nom gberu koumboro traduit littéralement
comme les "boubous des champs ou des forêts".

En marge de ces règlementations et dans le cadre de la réorganisation administrative


et économique, l’Etat colonial avait aussi mis en place une politique de reconstruction
des pistes, routes et ponts. Dans la localité de Tobré, l’actuelle piste qui relie Kouandé
à Pehunco a été construite pendant la période coloniale. C’est le cas également du
pont à la hauteur de Kouandé réalisé en 1954 et pour lequel les villageois étaient
mobilisés pour couper et transporter le bois. De façon générale, la construction des
pistes rurales et des routes répondait sans doute à une nécessité d’ordre pratique et
avait pour but d’assurer le déplacement des populations et des représentants de
l’administration coloniale, mais elle était également une stratégie politique, celle de
supprimer l’économie traditionnelle fondée notamment sur la razzia et de développer
le commerce et les communications intérieures au profit des groupes musulmans
(dendi) des caravansérails (Lombard, 1965). La décadence des routes traditionnelles
et des postes de razzia a contribué à abolir rapidement les liens anciens de dépendance
et à déstructurer la chefferie politique. Ainsi, cette politique qui devait répondre à la
fois à une politique distributive et sociale, c’est-à-dire qui permette l’organisation de
l’économie et la recherche de l’équité dans la redistribution des revenus, s’est
également révélée très contraignante pour les gens de Tobré, particulièrement les
Wassangari, gens du pouvoir.

124
Il en a été de même pour les politiques d’aide publique au développement ou de
protection sociale (Merrien, 2013) institué une année après la Deuxième Guerre
mondiale (1946). Selon les faits historiques, Lombard (1965), les populations du
Borgou avaient bénéficié à l’instar des autres régions du Sud de l’octroi des fonds
d’investissement pour le développement économique et social, sous forme de crédit
fourni par la France, pour la réalisation de la principale route qui relie Parakou à
Malanville (ville frontalière de Gaya au Niger) permettant alors, d’écouler les
produits vivriers. Ces fonds ont également servi au niveau des villages à accroître la
superficie des champs de coton ou pour augmenter le nombre de bétail. Dans le même
sens, la Communauté européenne a fait des transferts de fonds d’aide au
développement à partir de 1959. La localité de Tobré n’est pas restée en marge de
cette politique d’aide au développement. Cependant, il faut noter que cette localité ne
fait pas partie des villages à fort rendement agricole, et les politiques agricoles et de
crédits aux paysans n’ont connu que très peu de succès. Cela est peut-être dû à son
statut d’ancienne chefferie politique, où les Wassangari se sont tardivement mis aux
activités agricoles. Lombard notait que sur le plan du progrès, « en aucun cas, on ne
trouvera une même région ayant été un haut lieu de l’histoire baatonu, devenir après
la colonisation une zone de grande production. Il existera toujours comme une
antinomie géographique entre les pays soumis à une vieille influence wassangari et
ceux orientés vers le développement et le progrès » (Lombard, 1965: 428). Après les
indépendances, l’ensemble de ces politiques définies par l’Etat colonial ont été
poursuivies par les différents Etats post-coloniaux.

Pour conclure, cette section, il ressort que malgré la diversité des politiques publiques,
elles ont essentiellement servi l’administration coloniale à se substituer à l’autorité
coutumière existante. Dans ce cas, l’ancrage de l’Etat a été ressenti par les
autochtones baatombu comme une domination qui a bouleversé non seulement les
hiérarchies, mais surtout a multiplié les pôles de contrôle des ressources naturelles.

4.2. Multiplication des pôles de contrôle des ressources


naturelles

Dans cette partie, il s’agit de comprendre comment fonctionnent les rapports de


distribution des droits aux ressources naturelles, entre les autochtones baatombu,

125
détenteurs des droits de contrôle et les groupes peuls et gandos considérés comme des
étrangers, qui à la faveur de la colonisation sont devenus non seulement indépendants,
mais ont aussi acquis des pouvoirs de décision politique et de gestion des ressources
naturelles. Deux faits sont particulièrement cités par les "gens du village" pour
illustrer cette évolution relative à l’élargissement des clans des détenteurs des droits
de contrôle sur les ressources naturelles : il s’agit de l’octroi des pouvoirs aux Peuls et
Gandos et de l’ingérence de l’administration coloniale à l’organisation de la chefferie
politique.

4.2.1. Les fonctions d’autorité pour les Peuls et les Gandos

La multiplication des pôles de contrôle s’est faite progressivement avec la


transformation de la hiérarchie socio-politique et la création de nouvelles fonctions
politique et sociale pour les groupes socio-ethniques autrefois dominés. Ces faits qui
ont permis la déstructuration des modes traditionnels d’appropriation des ressources
naturelles remontent à la guerre de Gountia. Selon les récits locaux les autochtones
baatombu sont restés fidèles aux Wassangari en participant activement aux combats et
en sollicitant les pouvoirs religieux dont ils sont les garants. Pendant cette guerre ce
sont « les Baatombu autochtones qui ont pris le devant, comme de tradition dans cette
société. Ce sont eux qui ont manipulé les flèches empoisonnées qui ont été utilisées
pendant cet affrontement… Le renfort leur était aussi venu des habitants de Fo Bourré
proche du village maternel du roi Orou Suru » (I.M, chef village à Gountia, le
1.7.2012).

Les groupes ethniques peuls auraient fait un double jeu. Ils étaient aux côtés de leurs
protecteurs baatombu et wassangari, mais avaient été aussi les informateurs de la
troupe française à laquelle ils ont offert des vivres et dénoncé la stratégie de guerre
des Baatombu. Les faits historiques retracés par les conquérants européens
corroborent avec ces récits locaux. On peut lire : le capitaine Vermeersch et sa troupe
à la poursuite des Baatombu ont traversé plusieurs villages peuls. Ils y ont rencontré
quelques Peuls qui leur ont apporté des provisions et leur ont fait savoir que les
Baatombu qui ont fui jusqu'à Tobré, ont reçu des renforts et vont renouveler leur
attaque (Marbeau et Demanche, 2007).

126
Cette attitude a marqué le début de la collaboration entre certains groupes peuls et les
nouvelles autorités que sont les représentants de l’administration coloniale française.
Dans ce sens plusieurs perspectives de pouvoir se sont alors ouvertes pour les Peuls
de la localité de Tobré en tant que groupes organisés. Les chefs peuls mare sunon
occuperont des fonctions d’autorité politique et aussi de contrôle des ressources
naturelles. Par exemple, vers les années 1920 le premier campement48 peul de la
localité indépendante des agglomérations baatombu a été crée par les nouvelles
autorités. A la tête de ce campement a été désigné un chef peul du nom de Mare Gobi,
alors adjoint de Asso Bakaru, chef peul de Tobré au service de la chefferie politique.
Il est décrit comme un chef peul qui disposait du plus grand cheptel de la région de
Tobré, et avait donc la capacité de payer ses impôts et de faire payer les autres
groupes peuls. De plus, il était reconnu comme un homme dynamique et très
généreux. Ces atouts avaient participé à faire de lui un chef peul mare sunon puissant
et incontournable. Il était invité à toutes les réunions organisées par l’administration
coloniale. Selon, la mémoire historique Mare Gobi jouissait d’un pouvoir au même
titre que les Wassangari des temps passés. « Il avait un cheval avec lequel il
participait à la fête traditionnelle de la gaani49 et s’habillait aussi en prince
wassangari. Désormais, il rentrait au palais du chef village à son gré » (Un
informateur, à Bana, le 28.8.2012). Pour ses pairs, il a été un chef conciliateur (Chef
peul de Tonri, le 2.5.2010).

Par ailleurs, les chefs peuls furent désormais désignés par les leurs à la demande du
chef de cercle de la région comme chargé de collecter les impôts de capitation auprès
des autres familles peules et gandos, dont ils assuraient l’autorité. Ainsi, les rapports
des groupes peuls avec l’administration coloniale prient des allures
d’institutionnalisation de leur pouvoir sous forme de chefferie. Ils étaient à la fois le
représentant des groupes peuls auprès de l’administration coloniale française et
étaient aussi chargés de faire respecter les décisions des nouveaux maîtres. Certains
Peuls s’étaient établis en tant que chefs et recevaient en retour des honneurs et des

48
Il s’agit de l’actuel hameau peul du nom de mare Orou, situé à 4 km de Tobré centre. Il est
aujourd’hui un hameau peul modernisé, abritant des centres d’éducation. A l’époque trois cantons
peuls ont été crée dans la région de Kouandé (Lombard, 1965).
49
C’est une fête du trône et du souvenir célébré annuellement à Nikki, puis dans les régions bariba où
s’est installée une chefferie politique comme à Tobré. A noter que le cheval était un animal de prestige
réservé aux princes et à la classe noble. Il permettait également d’identifier le Wassangari à l’époque
précoloniale.

127
dons comme cela se faisait avec les chefferies wassangari. On peut citer entre autres
Mare orou (aîné des peuls) qui vit à Tonri, Asobakaru (aso le grand) à Tobré et Jaajil
à Kika. Pour Bierschenk et Forster (2004), l’aptitude de ces leaders peuls à défendre
les leurs face à l’extérieur constitue la principale source de leur autorité politique.
Toutefois, face à l’autorité coloniale, il s’agissait plus d’une politique contre les
Baatombu qui a favorisé l’ascension politique des Peuls, que d’un droit acquis par la
défense des groupes peuls.

De fait, de par leurs nouvelles positions, les Peuls ont réussi à s’intégrer dans le
processus de décision concernant la gestion des ressources naturelles avec la
bénédiction de l’administration coloniale. En plus du droit d’accès et d’exploitation
que leur octroyaient, les autochtones baatomu, les Peuls ont pu avoir le contrôle d’une
portion d’espace-ressources dont ils sont les possesseurs "exclusifs". C’est le cas des
couloirs de passage et de pâturage des bœufs considérés juridiquement comme des
espaces végétaux en accès libre par l’administration coloniale. Mais, ceux-ci sont
devenus plus tard des zones de conflits entre les agriculteurs et les éleveurs peuls, du
fait de l’extension des superficies agricoles favorisée par la culture attelée (cf. De
Hann, et al. 1997).

En outre, les Peuls ont participé à la gestion de tous les projets, le cas de Maré Gobi
est illustratif :
« …Son campement a bénéficié de la première école de l’alphabétisation peule
de la région. Aujourd’hui, il existe une école primaire publique, qui représente la
première également dans un camp peul de la localité de Tobré. Cependant les
habitants de Tobré lui ont reconnu son dévouement pour toutes les activités et
contributions concernant le développement de la localité. Ces enfants ont été
membres influents du Comité de Gestion Communale (COGEC), du comité de
Barrage, etc. Au même titre qu’il servait l’administration coloniale, il participait
également à toutes les cotisations relatives aux demandes du roi. Il fut un homme
très puissant et tous ses enfants ont été scolarisés et sont aujourd’hui de hauts
cadres dans l’administration publique » (Instituteur à la retraite, Pehunco, le
8.9.2011).

De leur côté, les Gandos de la localité de Tobré ont aussi saisi l’occasion de la
domination coloniale pour améliorer leur statut servile et sont devenus des chefs

128
canton et des collecteurs d’impôt, position qui leur permettaient d’exercer la
contrainte sur leurs pairs et de faire respecter la loi coloniale. En fait, la colonisation
française aurait permis l’abolition de la main-d’œuvre agricole que représentaient les
Gandos dans les hameaux peuls. Dans l’Atacora, les Gandos avaient commencé par
quitter les hameaux peuls à partir de la même période (1920) pour s’installer
progressivement dans des quartiers de village comme c’est le cas de leur actuelle
agglomération à Tobré, à Sinagbéré et à Kpédoré situés respectivement à 9 et 8 km de
Tobré centre. Cette indépendance des groupes ethniques gandos fut proclamée plus
tôt vers les années 1906 dans d’autres localités du Borgou comme à Kandi
(Bierschenk, 1996).

Pendant ce temps les Wassangari perdaient leur autorité. Le chef wassangari Orou
Suru bada bawura man50, alors chef village de Tobré aurait été déporté vers une
destination inconnue et ramené plusieurs semaines plus tard. En son absence
l’administration coloniale responsable de son enlèvement se serait imposée aux sujets
autrefois sous son autorité. Le pouvoir socio-politique des Baatombu se trouvait ainsi
diminué et désacralisé et leur chef réduit à une autorité morale et symbolique.
Désormais les Wassangari qui ne vivaient que des tribus, des butins de guerre et du
commerce de captifs, connaissaient alors une déchéance qui portait atteinte à leur
pouvoir politique, voire à leur prestige social.

En fait, la transformation de la hiérarchie bariba instituée par les Wassangari


correspond à l’objectif colonial de faire "une politique de race" en attribuant
l’autonomie à chaque groupe ethnique statutaire qui pouvait constituer sa propre
chefferie, même le groupe qui ne disposait pas d’une organisation politique (cf.
Lombard, 1967 :108 cité par Bierschenck, 1996 : 100). Au-delà de cette politique de
race, la colonie avait une ambition double : celle de contrôle administratif des
ressources naturelles en vue de « la nécessité de constituer au Dahomey un domaine
forestier classé et des peuplements forestiers d’intérêt économique » (CD.
CENAGREF, 2007) et celle d’une maîtrise du pouvoir politique traditionnel, afin
d’assujettir les peuples autrefois dominants. Cette ambition passait par l’instauration
d’une administration qui s’implique dans la gestion des forêts et des hommes la

50
Bada bawura man est un surnom donné au roi Orou Suru de l’époque pour signifier « déporté et
ramené »

129
désignation des chefs de cercle et de canton dans le processus d’établissement de
l’autorité coloniale.

4.2.2. Le transfert d’une chefferie politique à Pehunco

J’aborde ici, l’histoire de l’implantation de la chefferie politique à Pehunco dans


Ouassa, pour montrer comment l’implication de l’administration coloniale dans
l’organisation politique de Tobré, a changé les formes de distribution de droits des
ressources naturelles. Pehunco était un hameau sous le contrôle de la chefferie de
terre de Gbogbo51 un village distant de 10 km, qui était politiquement subordonné à
Tobré, à l’instar de tous les villages situés sur le territoire de Ouassa. Aujourd’hui,
Pehunco tente de se positionner comme la principale chefferie politique de la région à
la faveur des différents avantages qui lui ont été concédés depuis les périodes
coloniales et post-coloniales. Il interfère également dans la gestion des ressources
naturelles, ce qui constitue un problème public, objet de débats pour certains comités
de gestion.

En effet, selon la mémoire collective dans la localité de Tobré, certains représentants


de l’administration (chef de cercle, chef canton, secrétaire du chef canton, etc.) ont
abusé de leur pouvoir. Il s’agit particulièrement des groupes "musulmans" d’origines
étrangères diverses (manè, dendi, etc.) qui avaient occupé des positions privilégiées
(alpha ou leman du roi) dans la chefferie politique et étaient devenus des
collaborateurs du nouveau système administratif. Dès lors ils sont accusés de traîtrise
et de profanateur du pouvoir traditionnel religieux. Mais à Tobré, c’est surtout pour
leur ingérence dans le fonctionnement de la chefferie politique qu’on leur en veut. En
effet, Bierschenk et al., ont aussi remarqué que « les intermédiaires coloniaux n’ont
pas simplement joué un rôle de courroie de transmission. Ils ont largement détourné et
amplifié la fonction prescrite par le dispositif colonial et contribué à orienter les
politiques et les pratiques coloniales dans le sens de leurs intérêts ou en fonction de
leurs propres systèmes de représentations du politique » (Bierschenk, al. 2000 : 6).

51
C’est le roi de ce village gbobgo sunon qui s’est joint au roi de Kouandé déchu par les français, pour
mener la guerre de Gountia de 1897 dont nous avions fait état plus haut.

130
Ce fut le cas du secrétaire du chef canton52 Moussa Ba lemam appartenant à la
communauté manè et envoyé de Kouandé en tant qu’autorité pour siéger à Tobré dans
les années 1950. Moussa Ba lemam a profité de sa position de secrétaire du chef
canton pour détourner la femme d’un autochtone bariba aidé par le frère aîné de celle-
ci, Kora Travaux qui aspirait à la chefferie politique. Après son acte et craignant une
réplique de l’homme cocu, il emmena la femme à Pehunco d’où il continua à gérer les
affaires administratives de Tobré, qui était pourtant le chef-lieu de l’administration
coloniale. Lors de l’élection du successeur de Bio Doko (4ème roi), Moussa Ba lemam
aurait soutenu la candidature de Kora Travaux et l’aurait aidé à devenir le 5ème roi de
la chefferie politique à Tobré contre Sacca Yerima53 de la lignée des Orou Suru, qui
était positionné54. Le principe des élections a été truqué, comme le souligne un de nos
informateurs.
« …ici à Tobré les rois sont élus par vote. Le principe est le suivant : A la suite
du décès d’un roi, les candidats potentiels se déclarent et le collectif composé du
chef de terre et des notables de la cour royale se prononcent pour retenir ceux qui
sont éligibles. Ensuite la population se prononce par vote. Dans le cas de Bio
Doko Travaux, sa candidature n’était pas retenue par le collectif mais imposé par
le secrétaire du chef canton Moussa Ba lemam, prétextant que le candidat de la
lignée des Orou Suru, Sacca Yerima un ancien combattant ne pouvait pas
candidater, de plus qu’il n’était pas favorable à la collecte des impôts, et aurait
promis aux habitants de les supprimer dès qu’il accéderait à la chefferie
politique. Cependant, il reste le candidat du collectif de sages. Le jour des
élections, les électeurs favorables aux candidats de la lignée Orou Suru ont été
empêchés de vote. Car, les organisateurs des élections désignés par Ba lemam
Moussa auraient aligné d’abord les électeurs favorables à Kora Travaux qui se
reconnaissaient à partir des quartiers où ils habitaient, et après que ceux-ci

52
Le chef canton résidait à Kouandé et c’est son secrétaire qui est chargé des affaires administratives
dans la localité de Tobré.
53
Plus tard celui-ci accepte de jouer les princes évincés et se serait contenté d’un titre compensateur de
ministre des affaires intérieures gnapkè à la cour du roi.
54
Six rois se sont succédés à Tobré depuis la première occupation par les conquérants wassangari. Il
s’agit de 1-Mansa (Orou Suru Torkoru), 2-Séro Yérima (Bio Doko Dottonou, 3-Mora (Orou Suru
Alpha) 4-Tikandé (Bio Doko Banganou) 5-Kora Trabo (Bio Doko Baarassa), 6-Lafia (Orou Suru,
vingt-six ans de règne). Il mourut en 2011 et parmi les princes en campagne électorale, un sera élu en
2013. Les Bio Doko ont cumulé les 4ème et 5ème règnes ce qui posent aujourd’hui des difficultés
d’alternance au trône. Les Orou Suru veulent aussi cumuler deux fois successives la place de roi (les
6ème et 7ème règnes), afin de rétablir le principe de tour.

131
avaient fini de voter, ils ont signalé la fin du vote… » (Wonkagui, chef quartier à
Tobré, le 26.8.2010).

La chefferie politique a donc été désorganisée avec l’élection d’un roi qui n’était
accepté que par une partie des habitants de Tobré soutenu par l’administration
coloniale. Le collectif de notables faiseurs de roi n’avait plus aucune autorité de
contrôle sur les hommes. Profitant de cette situation, un autre prince évincé qui ne
voulait pas se contenter d’un titre compensateur a préféré déterrer la petite jarre
buyebu du palais royal, symbole de toute la puissance du roi et de la prospérité du
village. Il alla l’implanter à l’actuel site de Pehunco, après être passé à Gonri pour se
faire élire roi vu que le chef village était aussi décédé dans la même période et le
pouvoir était vacant, en attendant que celui de Tobré soit mis en place selon l’ordre
hiérarchique de suprématie.

Dans la hiérarchie des chefferies wassangari de la région de Ouassa, Gonri occupe


une position inférieure à celui de Tobré. Donc si un prince du rang supérieur venait se
positionner dans la lutte pour le pouvoir, c’est un honneur pour le village de Gonri55.
C’est ce qui justifie que le prince évincé de Tobré avait pu facilement avoir le bâton
de commandement à Gonri. Mais, « il avait proposé aux habitants de ce village de
revenir chercher ses affaires personnelles avant de retourner s’y installer. C’est alors
qu’il transféra la chefferie de Gonri à Pehunco. D’où le titre chef de Gonri
sinagonrigui porté par les différents rois qui se succèdent à la chefferie politique de
Pehunco » (chef de village, Gonri le 19.4.2011).C’est aussi « depuis cette implication
de l’administration coloniale que Pehunco a commencé par élire un roi malgré les
contestations des autres chefs villages de la région » (un informateur, à Péhunco, le
24.3.2011), élargissant alors le cercle des détenteurs de pouvoirs politiques et de
contrôle sur les ressources naturelles.

Pendant ce temps, Tobré a progressivement perdu de sa notoriété sur les plans


politique, religieux et économique. De fait, les différents Sinagonrigui qui se sont
succédés au pouvoir auraient tenté à plusieurs occasions de remettre en cause la
relation de subordination qui les lie aux chefs villages de Tobré dans le registre

55
Gonri est un village de Tobré, situé à 4 km du centre de Tobré.

132
coutumier56. A ce propos, Lombard note que « la création de ces chefferies entrainait
évidement des déplacements nombreux ayant pour conséquence la dispersion des
clans et la substitution du lien de clientèle à la solidarité clanique, la protection de la
famille et des ancêtres étant devenue moins efficace que celle d’un prince puissant et
craint » (Lombard, 1965 : 15). Cette analyse de l’auteur, s’est avérée effective dans le
cas de Tobré, d’autant plus que le prince fondateur de Pehunco, n’avait eu aucun
revers concernant son acte de désobéissance aux ancêtres et de profanation de la jarre
sacrée. Au contraire, les rois ont pu faire prospérer Pehunco et sont aujourd’hui
puissants. Ils recherchent une plus grande visibilité de leur chefferie à par une
collaboration étroite avec les autorités administratives qui les ont de tout temps
supporté. Par ailleurs, l’actuel roi qui siège sur le trône depuis cinq ans est plus
sollicité dans la définition et la mise en œuvre des politiques publiques que le roi de
Tobré Orou Suru resté dans un presque "anonyme" pour les autorités politiques et
administratives.

Certains récits locaux avancent que l’administration s’est progressivement déplacée


de Tobré vers Pehunco depuis l’implication du secrétaire du chef canton. En effet,
cette implication à la chefferie politique aurait pu être bénéfique à la localité de
Tobré, si et seulement si le roi Bio Doko Travaux avait tenu jusqu’au bout ses
promesses. Mais, cela n’a pas été le cas, parce qu’une fois intronisé Bio Doko Kora
Travaux (5ème roi) rompt le contrat en désignant un chef griot barassounon autre que
celui que lui proposait le secrétaire du chef canton. La collaboration entre les deux
complices a échoué, et les revers auraient été très préjudiciables à la localité de Tobré.
D’autres récits précisent que c’est depuis lors que les courriers57 destinés à Tobré ne
sont plus transmis. « Le secrétaire du chef canton craignait toujours pour sa sécurité,
vu qu’il n’a plus le soutien de son ancien ami et beau-frère, chef de village Bio Doko
Travaux » (un informateur, Tobré le 6.5.2012).

Aujourd’hui, Pehunco a une position informelle de centralité locale au détriment de


Tobré. Les fils de Gonri réclament leur "pouvoir", afin de le rétablir en son lieu initial
à Gonri. Et ceux de Tobré ont l’ambition de récupérer la jarre sacrée boyebu. C’est

56
La tendance actuelle des fils de Tobré est de relever le défi. C’est ce que tente de faire le chef
d’arrondissement de Tobré. (Nous y reviendrons dans le chapitre 6 sur les comités de gestion).
57
Les cantines qui servaient pour l’organisation des élections sont restées jusqu’à une date récente
(2000) à Tobré pour témoigner des traces de la présence l’administration coloniale dans ce village.

133
une des raisons de la candidature de l’actuel Chef d’Arrondissement (CA) Gounou
Séro à la chefferie politique de Tobré.

Pour autant, certains hommes politiques rencontrés ne lient pas l’avance


administrative de Pehunco à ces faits historiques, bien qu’ils en reconnaissent
l’authenticité. Pour eux, Pehunco dispose des atouts géographiques naturels qui sont à
la base de son dynamisme économique et politique. Situé au carrefour de deux villes
(Kouandé et Kèrou), il était le lieu de rencontre de plusieurs étrangers qui ont fini par
s’établir pour des raisons commerciales. Pour d’autres, le tracé des routes par
l’administration coloniale a davantage favorisé la prospérité de la ville de Pehunco.
Mais, ils reconnaissent tous que l’une des conséquences de l’instauration d’une
administration coloniale est la perte de l’autorité des chefs baatombu de la localité de
Tobré sur le contrôle des forêts et en partie sur les groupes statutaires.

Dans une analyse faite par Lombard, (1965) sur le Borgou colonial et son
organisation territoriale, l’auteur note que les anciennes capitales, typiquement
wassangari, n’étaient devenues que des centres secondaires aussi bien sur le plan
administratif que sur le plan économique58. En outre, l’implantation de
l’administration dans les grands centres était une politique de rapprochement du
groupe des musulmans (imam, ba-parakpé) du pouvoir colonial, qui a permis aux
premiers administrateurs de bénéficier d’une assistance qu’aucun chef wassangari ne
leur apporterait (Lombard, 1965). Rapprochant cette politique coloniale des faits
historiques de Tobré, il se pourrait qu’il y a une similitude. Du fait de son hégémonie
politique traditionnelle, Tobré serait donc passé comme centre secondaire et Pehunco
devenu chef-lieu et Moussa Ba Leman aurait profité de cet avantage accordé au
groupe musulman. De toute façon, l’administration coloniale a apporté des
changements qui ont affecté la stratification sociale baatonu, dans la gestion des
hommes et des ressources naturelles. Cette dynamique sera poursuivie avec les Etats
post-coloniaux, aux niveaux institutionnel et administratif.

58
Nikki était subordonné ainsi à son ancien ennemi Parakou devenue chef lieu de cercle et Kouandé
recevait « des ordres d’une administration établie dans un petit centre du pays somba », tandis que
Kandi « chefferie secondaire devenait le grand centre des pays bariba septentrional » (Lombard, 1963 :
405)

134
4.3. Dynamiques administrative et institutionnelle

Au lendemain de la colonisation, le Bénin, à l’instar des autres pays de la sous-région


ouest africaine, n’a pas rompu avec les politiques publiques et les mesures
conservatrices mises en place par l’administration coloniale. Ainsi, la déchéance
politique et de contrôle des ressources naturelles de Tobré, commencée avec la
colonisation va s’accentuer avec les Etats post-coloniaux. En effet, les premières
politiques publiques en termes de découpage territorial et de regroupement villageois
adoptées et mises en œuvre par le premier président du pays Hubert Maga, après les
indépendances ont contribué de la perte de centralité administrative de Tobré.
Parallèlement à cette dynamique, la chefferie de terre de Tobré a connu une
désorganisation liée aux réformes politiques mises en place par l’Etat révolutionnaire,
qui consiste à la remise en cause des prérogatives des chefs coutumiers sur la gestion
des ressources naturelles. De fait, le monopole du contrôle des ressources naturelles
est assuré par Pehunco, qui abrite depuis lors le service administratif des Eaux et
Forêts. Mais, au fil des années, ce service a connu des difficultés, favorisant un accès
libre, de fait, aux ressources naturelles.

4.3.1. La perte de centralité administrative de Tobré

Le déclassement administratif de Tobré marque le début de son rapport avec l’Etat


post-colonial. En effet, Tobré, qui était un chef-lieu de canton depuis 1945 devient
avec les indépendances une mairie sous le département de Pehunco. Selon certains
acteurs, cette politique gouvernementale, répondait plus à une politique de règlement
de compte qu’à une nécessité politico-administrative. Les faits qui le démontrent se
situent dans le contexte des premières élections législatives dahoméennes. En effet, à
la veille des indépendances en avril 1959, l’administration coloniale a organisé des
élections législatives dans le pays. Lors des ces élections les habitants de la localité de
Tobré se seraient en majorité alliés au parti (Union Démocratique) UDD-RDA de
Justin Ahomadégbé tandis que les électeurs de Péhunco auraient voté pour le
Rassemblement Démocratique Dahoméen (RDD) de Hubert Maga. La première
Assemblée nationale dahoméenne était élue sans majorité politique distincte. Le Parti
Républicain du Dahomey (PRD) de Suru Migan Apithy obtint 28 sièges, le RDD, 22
et l’UDD-RDA, 20 sièges. Maga sera élu premier président du Dahomey le 26 juillet

135
avec le soutien de UDD-RDA et proclama l’indépendance du pays le 1er août 1960.

Ces premières élections législatives dahoméennes se sont déroulées dans un contexte


local conflictuel, celui de l’implication de l’administration coloniale dans les élections
à la chefferie politique à travers les actions du secrétaire du chef canton Moussa Ba
léman. Pendant les campagnes électorales, les habitants des deux localités se sont
alignés dernières des candidats différents. Tobré a été favorable à UDD-RDA et
Pehunco au RDD. Le Rassemblement Démocratique Dahoméen (RDD) de Maga sort
vainqueur dans cette localité parce qu’il aurait bénéficié d’un soutien de taille, celui
de Gounou Tekoun59, puissant homme des temps coloniaux devenu plus tard roi de
Kika sinakikagui. Il aurait joué de son influence pendant les campagnes. Il était un
prince wassangari très remarqué qui était déjà depuis les années 1950 dans les
méandres du pouvoir. « Une fois Maga élu, le choix électoral des habitants de
Pehunco leur a valu des récompenses (principales routes, marché, brigade, etc.)
contrairement à la localité de Tobré dont la marginalisation politique et administrative
se serait accentuée. L’avantage administratif dont a bénéficié la localité de Pehunco,
lui a permis d’avoir un contrôle des ressources naturelles de toute la région en tant
que chef lieu de la région » (B.F à Tobré, le 27.3.2011). Cette situation aurait pendant
longtemps pénalisé les intérêts économiques et écologiques de la localité de Tobré.

Par ailleurs, la politique de villagisation proposée dans les années 1963-1964 s’est
faite à l’avantage de Pehunco devenu le centre de Ouassa. Le regroupement villageois
sous le régime du Président Maga, se situe dans le cadre de la politique d’accessibilité
des populations aux infrastructures (école, centre de santé, station de pompage d’eau,
routes, etc.). Cette politique menée dans presque toutes les régions du Nord-Bénin,
avait essentiellement pour but de réunir autour des centres plusieurs hameaux dont les
populations s’étaient dispersées pour fuir les impôts de capitation, pour rechercher des
terres cultivables fertiles parce que celles aux alentours des agglomérations s’étaient

59
Gounou Tekoun est décrit comme un personnage très charismatique devenu très riche et puissant sur
le plan occulte au point où les présidents du Bénin (Kérékou Mathieu), Blaise Compaoré du Burkina
Fasso, Yéyadema du Togo auraient demandé ses services pour mieux asseoir leur pouvoir. Il devient
plus tard roi de Kika. Les dons matériels reçus de ces présidents sont encore dans son palais royal à
Kika, après sa mort en février 2009. Il a été également cité comme quelqu’un qui défiait les autorités
administratives, particulièrement forestières. Dans le cadre de l’exploitation forestière les "gens du
village" le désigne comme très impliqué dans la coupe anarchique parce qu’il avait une tronçonneuse,
logeait les colonels des Eaux et Forêts (Kapko). Son fils serait depuis sa mort un grand exploitant
forestier. Nous en parlerons dans le chapitre 6.

136
appauvries à cause des nouvelles cultures de rente, ou pour jouir de leur liberté de
s’installer loin de leur anciens maîtres Baatombu, pour ce qui est des Gandos et des
Peuls, etc. Ainsi, dans la localité de Tobré, les habitants de plusieurs villages et
hameaux étaient appelés à rejoindre le centre proche de Pehunco, qui disposait déjà à
l’époque d’un minimum d’infrastructures qu’il fallait juste renforcer.

Les habitants de la localité de Tobré se souviennent encore de ce déplacement massif


des populations des périphéries vers le centre comme d’une politique du
gouvernement qui a favorisé le rapprochement de cinq hameaux de Tobré à savoir:
Bantiakou, kpawolou, Tobré worou, Boumon et Gbari devenus aujourd’hui des
quartiers de Tobré (carte 4). Les anciens habitats et les champs laissés en jachère se
sont constitués en des portions de ressources naturelles, dont les seuls possesseurs
sont ceux qui les avaient mises en valeur, comme cela est de coutume en milieu
baatonu. Dans le même cadre certains hameaux (Sinahou, Bouerou, Beket, etc.),60
autrefois sous le contrôle de la chefferie politique de Tobré se sont déplacés vers
Pehunco et leurs anciennes jachères feraient partie du patrimoine végétal de cette
dernière localité. Pehunco exerça aussi son autorité coutumière sur la terre et les
ressources naturelles à l’égard des différents groupes socio-ethniques dépendants et
étrangers pour légitimer sa souveraineté administrative sur Tobré. Par ailleurs, le
poste de cantonnement forestier positionné à Tobré, rend compte de sa gestion à
Pehunco de par sa position administrative de chef-lieu de commune. L’Etat forestier a
remplacé au fil du temps, la chefferie traditionnelle dans le contrôle des ressources
naturelles.

60
Ces hameaux auraient été au temps précolonial des sites de razzia ou de garde pour la collecte de
ressources pour le roi.

137
Carte 4 : Les hameaux de Tobré et de Pehunco

138
4.3.2. L’Etat forestier et ses implications

Les normes métropolitaines ont marqué encore longtemps la gestion des ressources
naturelles partout en Afrique occidentale, malgré la décolonisation des années 1960.
Par ailleurs, Aubertin et al. (2005), notent que ceci « est clairement déclaré à la
convention sur la conservation qui s’est tenu à Londres dans les années 1933 précisant
par exemple que les parcs nationaux doivent être des "Etats dans l’Etat" destinés à
survivre aux alternances politiques » (Aubertin et al., 2005 :66). Ainsi, le monopole
étatique sur les forêts n’est pas remis en cause. Au Bénin, une des mesures prise par
l’Etat forestier a été l’affaiblissement de la chefferie traditionnelle par le retrait de ses
prérogatives sur la gestion des ressources naturelles et sur le règlement des conflits y
afférents.

Particulièrement, la période révolutionnaire a été très significative. De 1972 à 1989, le


secteur forestier a été placé successivement sous l’autorité du ministère de la défense,
du ministère en charge des fermes d’Etat et du ministère du développement rural.
L’autorité de l’Etat est restée entière sur les espaces forestiers. Au début, les
politiques développées par ces institutions gouvernementales ont été favorables à
l’amélioration du couvert végétal, avant d’être affectées par les différentes réformes
territoriale et agraire. En effet, les premières années du régime révolutionnaire sont
consacrées aux mouvements coopératifs. C’est l’époque de la gestion collective des
ressources naturelles cultivées. Les paysans étaient sollicités pour participer au projet
de plantations massives, afin de sauver le patrimoine forestier en régression suite aux
rudes aléas climatiques et à la sécheresse survenue au début des années 1970
(Rouchiche, 2004). Cette initiative de l’Etat en faveur du reboisement61, connut des
succès dans la localité de Tobré, avec l’aménagement des zones arides, la protection
et la restauration des sols, et surtout la réalisation des premières plantations
d’eucalyptus et d’anacardier sur des domaines privés.

Pour les paysans sans distinction de classe noble, roturière ou statutaire, l’acquisition
de domaines de plantations privés a été favorisée par la nouvelle politique de lutte
contre la chefferie mise en place par le gouvernement du Président Kérékou. En fait, à

61
A noter que la première forme de reboisement à partir des plantations d’anacardier a eu lieu dans la
période coloniale, vers les années 50, ensuite vers 1963 par l’Etat dahoméen indépendant.

139
partir de 1974 année d’adoption de l’idéologie marxiste-léniniste62, avait eu lieu une
réorganisation territoriale divisant alors le pays en province, district, commune et
village63. La localité de Tobré devient une commune avec à sa tête un maire et des
délégués de villages. Ceux-ci étaient désormais chargés de la gestion des ressources
naturelles en collaboration avec l’agent forestier. Mais, selon les acteurs locaux, cette
période a été celle d’une gestion abusive des ressources naturelles. En effet, les
délégués de village chargés du contrôle des forêts étaient souvent corrompus avec des
sacs de sel et du pétrole de lampe.

« …Les ressources forestières ont été à la portée des gens qui ont les papiers.
Particulièrement ceux, que vous appelez exploitants forestiers profitaient de
notre naïveté pour détruire nos forêts. Cela se faisait en complicité avec l’agent
des Eaux et Forêts… De par le passé, il y avait les animaux sauvages tels que les
lions, les panthères les gros arbres dont la grosseur est presque indéfinie. Mais
tous les arbres des forêts sont détruits par ces exploitants. Ils venaient voir le
délégué du village et présentaient des "faux papiers" puisque nous ne savons pas
lire pour vérifier l’authenticité des papiers… Parfois, ils négociaient
l’exploitation du bois d’œuvre contre 0 francs ou contre un sac du sel de cuisine
ou du pétrole de lampe auprès du délégué » (ancien délégué, Bongourou le
13.2.2010).

Dans le sud du pays, cette période est apparue comme celle de la répression des cultes
coutumiers par le régime marxiste-léniniste. La répression a eu pour effet la
destruction de certains espaces boisés considérés comme forêts "sacrées" (Juhé-
Beaulaton, 2007). Toutefois, l’auteur note qu’à partir de 1981, cette vision des
rapports homme/nature sera contrariée par des évènements importants, notamment la
crise économique, sociale et environnementale, l’intérêt des scientifiques aux arbres
"sacrés", etc. (idem). Il s’en suit un revirement de la situation en faveur d’une gestion
conservatrice marquée par une révision de la législation forestière (1988) qui a abouti
à la définition de plans directeurs de développement forestier favorable à l’émergence
des projets de gestion de la nature, mettant ainsi un terme à la législation coloniale des
années 1930.

62
Date de l’adoption de l’idéologie 30 novembre 1974.
63
Selon l’ordonnance n°73-63 du 14 novembre 1973 portant réorganisation des pouvoirs
révolutionnaires locaux.

140
Pour autant, Tchiwanou (2004) avait remarqué la non application de cette législation
forestière, ce qui a favorisé la déforestation rapide et anarchique. Pour l’auteur « les
mesures de protection strictes dont les forêts ont bénéficié au début de leur classement
(1940-1950) se sont progressivement émoussées avec le temps pour diverses raisons
dont surtout la faiblesse des moyens humains et matériels de l’administration
forestière » (Tchiwanou, 2004 :4). Dans ce sens la corruption s’est révélée comme la
plus pernicieuse et la plus profonde cause de la dégradation des forêts. Corruption qui
s’exprime à travers, notamment la coupe illégale de bois, la fraude dans l’exploitation
forestière et la falsification de taxe (idem). Tchiwanou précise que « ces formes de
corruption sont le reflet du manque de comptabilité et de transparence des entreprises
d’exploitation forestières, du gouvernement et d’autres acteurs du secteur forestier »
(Tchiwanou, 2004 : 4).

Pour Lavigne Delville, « la volonté de lutter contre une surexploitation supposée des
ressources naturelles renouvelables a conduit l’Etat à donner aux services techniques
le pouvoir d’accorder les droits d’exploitation (permis de coupe, permis de pêche,
etc.). Mais, dans la pratique, ces droits se sont monnayés sans rapport avec l’état de la
ressource, créant une situation de quasi accès libre de fait, qui a favorisé la
surexploitation. La référence à des textes de loi inapplicables, mettant les ruraux en
situation d’illégalité permanente, a permis aux agents de l’Etat d’extorquer amendes
et prébendes » (Lavigne Delville, 2001 :12). En effet, parmi les principales raisons à
cela, le statut paramilitaire et la corruption des services forestiers, occupent une place
importante (Dabiré, 2002). Ce qui explique que, dans tous les pays de l'Afrique de
l'Ouest, les services forestiers ont été pendant longtemps considérés avec méfiance,
par la population (idem). L’auteur souligne également, la coexistence d’une multitude
de règles et procédures parfois contradictoires, relevant de légitimités différentes
(coutumières, projets, politiques, étatiques), comme élément explicatif à ces
dysfonctionnements de l’institution forestière »64 (Dabiré, 2002). Dans ce cas, « ce
qui se présente, a priori, comme un contrat sans ambiguïté est soumis à
l’interprétation des différents groupes d’intérêt, car droits d’usage et droits de
propriété pour un même terrain se superposent souvent » (Langewiesche, 2004 : 205).
De fait, malgré les règlements locaux et étatiques, des conflits autour de

64
[Link]

141
l’exploitation des ligneux économiquement importants, comme les karités et les nérés,
sont récurrents au sein des groupes villageois. Par ailleurs, pour Georges Rossi et al.,
c’est toute la "politique occidentale" de protection de la nature "sauvage" qui est en
cause, car elle n’a abouti qu’à des situations absurdes ou dramatiques pour un résultat
que l’on considère globalement comme un échec » (Georges Rossi & al., 1998 :13).

Conclusion

Ce chapitre a montré comment l’Etat colonial à travers la définition et la mise en


œuvre de politiques publiques a joué, d’une manière générale un rôle clé dans
l’affaiblissement des droits coutumiers sur les ressources naturelles et dans la
légitimation de l’Etat forestier, de même que dans le développement de nouvelles
formes de pouvoirs politiques, particulièrement pour les groupes socio-ethniques
étrangers ou dépendants. Ce qui a eu pour effet, de déstabiliser les anciens chefs
village et de terre et d’instituer une dualité institutionnelle qui a été favorable à un
accès libre de fait des ressources naturelles. Et c’est justement pour apporter des
solutions à ces difficultés apparues dans la gestion des ressources naturelles, que les
dispositifs participatifs ont progressivement intégré le système de gestion de ces
ressources naturelles.

142
CHAPITRE 5 : LES DISPOSITIFS PARTICIPATIFS DE LA GESTION
DES RESSOURCES NATURELLES

L’un des postulats de cette étude avance que les dynamiques interactionnelles des
acteurs locaux autour de la gestion des ressources naturelles aujourd’hui dans la
localité de Tobré sont le produit des politiques publiques coloniales qui facilitent la
création des dispositifs participatifs et l’inclusion de ces acteurs locaux dans l’espace
public de gestion de la nature. Ainsi, après avoir appréhendé comment s’est fait
l’ancrage de l’Etat à Tobré, et de ses différents rapports avec les hommes et les
ressources naturelles, ce chapitre présente comment l’implication des acteurs
extérieurs, particulièrement les projets et les ONG dans l’arène locale de la gestion
des ressources naturelles a permis la mise en place des comités de gestion.

En effet, considérant l’évolution des politiques d’intervention dans le domaine du


"développement" en général, et dans la gestion des ressources naturelles en
particulier, les auteurs qui se sont intéressés à la problématique des rapports
Etat/développement, ont constaté que les pays en Afrique de l’Ouest ont été depuis la
colonisation caractérisés par un « transfert des fonds d’aide au développement »
(Bierschenk, & al., 2000), une forte implication des projets et ONG dans la mise en
œuvre des politiques publiques (Aubertin et al., 2005 ; Rodary,& al., 2003), une
influence des « politiques d’ajustement structurel » (Lavigne Delville, 2011) et ont
conclu à une forte dépendance de l’Etat de l’extérieur. De fait, le rôle et la place de
l’Etat ne sont plus centraux dans la gestion des ressources naturelles. Il est
progressivement relayé par les dispositifs participatifs, qui dans le contexte de la
décentralisation sont de plus en plus représentés par les comités de gestion.

Ce chapitre comprend trois sections. La première section explore le processus de mise


en place des comités de gestion à travers l’histoire de la participation au Bénin et à
Tobré en rapport avec les initiatives de champs collectifs et de gestion des terroirs. La
deuxième section s’attèle à monter les changements politiques et institutionnels qui
ont soutenu les initiatives participatives. La troisième et dernière section s’articule
autour du processus de la décentralisation, afin de relever les impacts des dispositifs
participatifs sur la gestion des ressources naturelles.

143
5.1. Processus de mis en place des dispositifs participatifs à
Tobré

J’examine ici, l’histoire des dispositifs participatifs à partir de diverses études de cas
sur les pratiques de développement participatif et de coopération décentralisée, afin de
comprendre comment les comités de gestion ont progressivement acquis de
l’efficacité dans la définition et la mise en œuvre de politiques publiques de base
relatives à la gestion des ressources naturelles.

5.1.1. L’histoire de la gestion "participative" à Tobré

L’approche participative comme modèle de gestion de la nature apparaît très ancré


dans les pratiques paysannes depuis des lustres, même si elle constitue un modèle
développé par les systèmes institutionnels et proposée comme solutions alternatives
aux échecs des projets dans le monde paysan, au temps colonial. Elle apparaît récente
dans la gestion de la nature. Elle constitue selon Chauveau, « le modèle de référence
des discours "développementistes" depuis la fin de la Première Guerre mondiale, à
travers la mise en place des sociétés indigènes de prévoyance, mutuelles,
coopératives, associations, etc. par les administrations coloniales » (Chauveau, 2006 :
2). Par ailleurs, Lavigne Delville souligne que historiquement, « le projet de
développement est la forme qu’a prise l’action publique dans les colonies, organisant
le clivage entre les territoires "utiles", ceux qui bénéficient d’investissements massifs
et de moyens spécifiques (les centres villes, les zones d’irrigation ou de culture de
rente, les projets industriels et d’exploitation minière, etc.), et les autres, où
l’intervention publique se limite à une administration sans ressources » (Lavigne
Delville, 2011 : 151).

C’est dans ce contexte qu’à Tobré, dès le début de l’intervention coloniale, l’activité
agricole s’était généralisée à toutes les classes nobles, roturières ou statutaire à travers
notamment l’organisation de l’économie de rente. Ainsi, les cultures telles que le
coton et l’arachide ont été introduites entre 1920 et 1930. Pendant cette période,
l’exportation des produits de cueillette (néré et karité) avait également cru. Les
champs collectifs et les coopératives, notamment l’Union des Coopératives du

144
Dahomey (UCODA) ont été encouragées entre 1947-1948 et concrétisées en 1950, en
tant que dispositifs favorisant la participation de tous les paysans. Le même principe
de gestion collective avait concerné les plantations d’arbres ligneux et les acteurs
ruraux étaient motivés à participer aux plantations collectives. Langewiesche a
souligné « qu’à partir de 1953, le commandant du cercle de Natitingou proposa trois
méthodes, en cours auparavant dans le sud du Bénin, afin de rendre l’utilité des
plantations compréhensible aux yeux de la population. Il s’agit des plantations dans
les écoles, des plantations collectives en faveur des groupements villageois et de la
mise en valeur forestière de petites surfaces dont les bénéfices reviendraient au
propriétaire du terrain » (Langewiesche, 2004 : 202).

Dans les années 1960, le nouvel Etat indépendant n’a véritablement rien changé du
système colonial de la gestion collective. Les champs collectifs sont réintroduits sous
forme de Magawuru65 du nom du premier président Hubert Maga. L’Etat dans un
souci d’accroître la production a fait bénéficier les paysans d’un appui de la
Compagnie Française de Développement Textile (CFDT) en termes d’encadrement
cotonnier et vivrier sur financement du Fonds d'Aide à la Coopération (FAC) un
programme de cinq ans (1964-1969). Les méthodes de plantations collectives se sont
poursuivies et étaient soutenues par des institutions étatiques ou des organisations de
développement.

Le régime révolutionnaire (de 1972 à 1989) avait aussi expérimenté les politiques de
groupements paysans ou de champs collectifs. Le gouvernement avait ainsi proposé
les champs collectifs villageois dont les revenus étaient investis dans les réalisations
locales. Dans ce sens, les jeunes de la localité de Tobré ont été sollicités et organisés
en groupements dits Angola, afin de porter une aide alimentaire aux Angolais en
guerre66. Les premiers groupements villageois (GV) sous la révolution furent créés en
1976 soutenus par les nouvelles institutions agricoles, notamment le Centre d’Action
Régionale et de Développement Rural (CARDER). Il s’agit en fait d’une extension
des structures pré-coopératives des années 1960. Ces GV avaient à leur tête des
secrétaires qui assumaient des tâches de "gestionnaires" locaux dans la

65
Wuru a le sens de groupe. Il renvoie à l’entraide et à la solidaité. Elle se fait souvent entre jeunes
dans le cadre du travaildans les champs de l’un de leurs beaux parents.
66
Il s’agit de la guerre civile déclenchée en 1975 et qui pris fin 1991.

145
commercialisation du coton, dans l’approvisionnement en facteurs de production et
dans la récupération des crédits (Pursell, 2001, cité par Kpadé, 2008). Ils ont joué un
rôle important dans la gestion des ristournes67 cotonnières pour la réalisation des
infrastructures communautaires en collaboration avec les élus locaux. En effet,
l’usage des ristournes cotonnières pour des fins de développement local, est une
mesure étatique prise en 1986 et communiquée aux différentes autorités (préfet,
maire, chef de village, etc.) à travers les ministères du développement rural et de
l’intérieur dont dépendaient respectivement les groupements villageois et les élus
locaux. Par ailleurs, les GV se sont constitués en Union Sous-préfectoriales de
producteurs (USPP) et en Fédération des unions des producteurs (FUPRO) au niveau
national pour mieux défendre les causes des ruraux tant dans les domaines de
l’agriculture que de la gestion des ressources naturelles.

Toutefois, bien que l’approche participative a été promue par les différents
gouvernements depuis la période coloniale et post-coloniale à travers cette nécessité
qu’éprouvèrent « les colonisateurs de rationaliser leur savoir et leurs pratiques pour
mieux intervenir sur les agricultures africaines, les années 1970 sont considérées
comme le tournant décisif à partir duquel s’est imposée cette approche »
(Chauveau, 1995 :27). En fait, ces années ont marqué le début, d’une reconversion
d’idée et de vision en faveur des savoirs locaux suite à une série d’événements,
notamment l’échec des logiques et approches de développement dans la plupart des
pays du Sud et la notification de la dégradation des ressources naturelles. Ainsi, la
plupart des politiques de gestion des ressources naturelles a prôné la participation des
ruraux comme principe de base. Au plan pratique, l’espace des acteurs de la gestion
des ressources s’est élargi, avec l’émergence d’organisations paysannes, d’ONG
locales, et d'élus locaux susceptibles de prendre part activement à la protection de la
nature.

Au Bénin, ces changements amorcés dans cette période se concrétisent à partir des
années 1980 avec l’introduction de la foresterie participative dans le cadre des projets
de reboisement villageois. La dynamique a été renforcée à l’issue de l'évaluation des
différents projets assortie de la recommandation d’une meilleure gestion des

67
Les ristournes cotonnières sont des sommes prélevées indirectement sur des revenus individuels des
producteurs de coton et reversées à la communauté villageoise.

146
ressources forestières naturelles disponibles. Dans la même période, du fait du
contexte de crise économique et sociale du pays, l’Etat s’est progressivement
désengagé de plusieurs secteurs de développement. Il a encouragé le développement
du secteur privé, les initiatives participatives de protection de l'environnement, la
création des associations de développement au niveau de chaque circonscription
administrative, etc. Particulièrement, les associations de développement visaient la
participation de chaque fils ressortissant d’une localité donnée à s’investir dans la
mobilisation des fonds pour le développement de son village ou commune d’origine68.

C’est dans ce sens que les cadres ressortissant de Tobré ont crée une association
dénommée atisonwan69 et le premier président en fut Alexandre Tokorou, un agent
des Postes et Télécommunications basé à Cotonou. Il faut noter que contrairement à
certaines régions du Bénin (Bonikora, Kandi) où ces associations de développement
ont connu de véritables succès avec l’aide des hommes politiques des différentes
localités (Bako-Arifari, 2011), celle de Tobré s’est limitée à ses débuts, aux fêtes de
retrouvaille annuelle entre les fils du village, organisée par les intellectuels résident en
ville. Puis, elle a progressivement été inactive, pour refaire surface au début des
années 1990 et surtout avec les premières élections législatives pour servir de canal de
mobilisation des électeurs pour les candidats. Depuis cette période, certains membres
de l’association de développement s’investissent dans les projets du développement.
Ils sont particulièrement actifs dans la gestion des ressources naturelles.

Cependant, cette nouvelle orientation politique et institutionnelle adoptée par le


Bénin, dans cette période n’était pas isolée. Elle se situait dans un contexte plus
général. Lavigne Delville note que « tant dans les pays industrialisés que dans les
pays sous régime d’aide, les années 1980 ont vu à des différences près une même
dynamique de remise en cause de l’intervention publique institutionnalisée, avec un
accent mis sur l’implication et la participation des usagers et leur capacité à prendre
en charge leurs problèmes comme condition et/ou moyen de renouvellement de
l’action publique (Lavigne Delville, 2011 :144). Dans ce sens, « un ensemble d’outils

68
Ce modèle de développement s’inspire d’un cas des cadres ressortissants de Ouidah que le chef de
l’Etat a voulu généraliser à l’ensemble du pays pour régler les problèmes de l’implication de cadres à la
politique publique de développement (confère Bako-Arifari, 2011).
69
Traduit littéralement "bien faire pour soi-même". Dans le sens du développement, de faire disparaître
les signes de sa dégénérescence, etc.

147
et de dispositifs ont été mis en place, orientés autour de la notion de projet, dans une
tension entre des conceptions rationalisantes de l’intervention sociale, et des
conceptions plus sociologisées, considérant l’outil projet comme un moyen de
renforcer l’autonomie des acteurs locaux et de leur permettre de renégocier leurs
rapports aux institutions » (idem). Effectivement, l’implication des projets de
développement dans la gestion des ressources naturelles a contribué à revoir le statut
des groupements et autres associations de développement à Tobré. Cela a été le cas
avec le projet de promotion de l’élevage dans l’Atacora (PPEA) un programme de
l’ONG néerlandaise GiZ qui est intervenu à travers l’approche "gestion de terroir" de
1983 à 2000.

5.1.2. Mise en place du Comité Villageois de Développement par


le PPEA

Une autre expérience importante concernant le processus de mise en place des


dispositifs participatifs à Tobré dans les années 1980 est l’association des ruraux à la
gestion participative des ressources naturelles et forestières au niveau de leur terroir.
L’expérience a été réalisée par le PPEA à travers particulièrement la mise en place
d’un comité villageois de développement (CVD). En effet, implanté depuis 1983 dans
le département de l’Atacora le PPEA était un programme d’appui à la production
animale. Cet objectif de base a été progressivement révisé pour intégrer le concept de
"gestion de terroir". Ainsi, après deux ans d’intervention, les résultats obtenus en
termes d’accroissement du cheptel bovin auraient été satisfaisants selon l’initiateur, la
GiZ. Le projet a identifié un autre objectif de gestion de l’espace agro-pastoral qui
tiendra compte des potentialités pastorales des zones d’intervention. Cet objectif avait
été mis en œuvre à partir de 1986 dans le compte de la deuxième phase du PPEA. De
1991 à 1994, le projet change d’approche et s’intéresse non seulement à la production
animale mais également à la culture fourragère et à l’encadrement des groupes
d’intérêts. Tobré avait été retenu dans cette troisième phase parmi les zones d’action
pilote (ZAP).

Sur la base des premières actions menées, le programme de la gestion des ressources
naturelles a commencé en 1994 dans la quatrième phase d’intervention du PPEA sous
la dénomination gestion des terroirs. Ce programme exécuté jusqu’en 1997 a mis

148
l’accent sur l’aménagement et la gestion de l’espace par les "communautés" elles-
mêmes. En se basant sur l’expérience des structures de gestion des ressources
naturelles tel que le service des Eaux et Forêts au niveau national et régional, le projet
a mise en place une gestion des ressources naturelles qui prend en compte
l’organisation, la réalisation et la gestion d’infrastructures villageois. Les résultats
obtenus à cette phase ont été notamment la prise de conscience des acteurs locaux
pour les ressources naturelles, le respect des normes et obligations légales locales, etc.
Ils ont été orientés vers la réalisation du développement local exécuté entre 1997-
2000 dans le cadre d’une cinquième phase. Lors de cette phase, en dehors du
consensus recherché entre les différents acteurs locaux (producteurs, autorités
villageoises, administrateurs), les formations ont été données aux différentes équipes
retenues (groupe d’agro-pasteurs, cellules de gestion, etc.) dans le but de permettre
une maîtrise des outils de gestion notamment des plans d’aménagement, des photos
aériennes, etc. et aussi la capacité de faire le suivi et l’évaluation des actions mises en
œuvre.

Selon les différents rapports produits par le PPEA, les résultats auxquels le projet est
parvenu en 17 ans de collaboration avec les "communautés locales" des zones
d’action, particulièrement la localité de Tobré sont :
- La création d’un comité villageois de Développement (CVD)
- Le respect des zones de protection végétale et des barrages (pas de coupe
anarchique de bois, ni de feu de brousse),
- Les reboisements collectifs et individuels qui se réalisent dans ces localités.

A travers les actions du PPEA, on note quelques caractéristiques d’une gestion


participative des ressources naturelles. Les acteurs locaux ont été associés à la gestion
des ressources de leur terroir à travers le CVD. En effet, selon certains informateurs,
l’expérience du PPEA leur a permis de comprendre l’importance des ressources
forestières et surtout la nécessité de les gérer en commun.
« C’est depuis que le PPEA est passé par notre village que nous avons un comité
de gestion des forêts qui donne son avis en cas d’exploitation des forêts.
Autrefois, seuls les agents des Eaux et Forêts avaient autorité sur la coupe du
bois » (Chef village, à Bana dans l’arrondissement de Tobré, le 28.5.2010).

149
Pour d’autres informateurs, le CVD constitue un important outil de sensibilisation,
d’information et de mobilisation des ruraux. Il permet de discuter avec les acteurs
extérieurs (Président du CVD, Daouda Mansa, ancien maire de Tobré, le 23.5.2010).
Par ailleurs, « c’est à travers le CVD que nous intervenons quand il y a conflit entre
les éleveurs peuls et les paysans » (informateur, à Sinaou dans l’arrondissement, de
Tobré, le 4.5.2010). Effectivement, le PPEA avait ouvert un débat sur la maîtrise de
l’activité agricole concernant le coton à travers la définition des mesures durables,
notamment la délimitation des zones de pâturage, l’aménagement des espaces non
fertiles, etc. Cette dernière décennie le CVD s’est adjoint à l’association de
développement atisonwan pour régler les différents conflits de gestion des ressources
naturelles. Il s’intéresse de plus en plus à tous les projets qui ont un rapport avec le
développement local et la décentralisation. Le CVD est l’initiateur de la forêt
communautaire de Dakereru, devenu jardin botanique. Il est membre du comité de
gestion de ce jardin.

Ainsi, dans le contexte de Tobré l’approche de gestion du terroir mise en œuvre par le
PPEA a facilité la participation des acteurs locaux. Pour autant, certains auteurs qui se
sont intéressés à cette approche, ont relevé que la gestion du terroir telle que définie et
mise en œuvre par les projets dénote d’une vision technicienne (Bierschenk, 1988 ;
Olivier de Sardan, 1990 ; Bertrand, 1996). D’autres ont mis l’accent sur les
ambigüités de la notion de "terroirs". Ainsi, le "terroir" des développeurs n’est pas
l’espace d’action des ruraux (Painter et al, 1994, cité par Lavigne Delville, 2005 :
155). De toute façon, cette approche en termes de terroir a été progressivement
améliorée en intégrant des notions d’une gestion locale ou décentralisée des
ressources qui prend en compte des dimensions plus participative, et ce depuis
l’avènement de la démocratie dans les pays en Afrique de l’Ouest.

5.2. Dispositifs participatifs à l’ère de la démocratie à Tobré

Il s’agit ici de présenter les contextes politiques et institutionnels qui ont davantage
favorisé l’émergence des dispositifs participatifs à Tobré. En effet, la démocratie
proposée ou imposée dans les années 1990 par les institutions intenationales dans la
plupart des pays africains est considérée comme un changement favorable à
l’implication des comités dans la définition et la mise en œuvre des politiques de

150
gestion des ressources naturelles. Au Bénin, les réformes institutionnelles
commencées déjà vers la fin du régime révolutionnaire se sont concrétisées avec le
renouveau démocratique. Un accent a été mis sur la gestion participative des
ressources naturelles et le développement durable. En effet, suite à la conférence
nationale des forces vives de la nation plusieurs textes législatifs sont adoptés. Les
approches dirigistes et uni-sectorielles ont cédé la place à une gestion communautaire.
On assiste également à une émergence des projets de gestion locale des ressources
forestières dans un contexte législatif soutenu par une révision du décret des lois
portant régime forestier de 1993 et une nouvelle politique forestière adoptée en 1994
et révisée en 2010. Ainsi, les différents dispositifs participatifs mis en place (GV,
CVD, Association de développement, etc.) ont acquis davantage de pouvoir et donc
d’expérience dans le cadre de la mise en application de ces politiques.

5.2.1. Des législations sectorielles aux politiques plus participatives

Avant les années 1990, la législation forestière au Bénin reposait sur un


fonctionnement hiérarchique et sectoriel de l’administration forestière suivant le
schéma : Le Ministère du Développement Rural (MDR) représentait la structure
suprêmequi supervisait toutes les directions s’occupant des ressources naturelles –La
Direction des Forêts et Ressources Naturelles (DFRN) est le premier service sous la
tutelle du MDR. La Direction des Politiques du Suivi et du Contrôle de l’Exploitation
Forestière (DPCEF), la Direction de Conservation et de la Promotion des Ressources
Naturelles (DCPRN) et la Direction des Services de l’Intendance (DSI) étaient
rattachées à la DFRN et étaient situées au même niveau d’intervention – Le Centre
d’Action Régional pour le Développement Rural (CARDER)70 représentait le service
d’appui des trois directions sur-citées. Les Groupements Paysans (GP) étaient les
derniers acteurs organisés auxquels le CARDER apporte son soutien technique.

70
Devenus actuellement des CERPA (Centre Régional de Promotion Agricole)

151
Schéma 3 : Fonctionnement hiérarchique et sectoriel de l’administration
forestière au Bénin

MDR

DFRN

DPCEF DCPRN DSI

CARDER

GP

Des tâches particulières sont définies et exécutées par chaque service. Par exemple, le
ministère du développement rural est chargé de veiller à la préservation et au
développement des ressources naturelles. La direction des forêts et des ressources
naturelles est un service technique du MDR qui élabore les politiques et stratégies de
développement rural, etc. La DSI en collaboration avec la DPCEF et la DCPRN est
chargée entre autre de la mise en œuvre de la politique forestière nationale. Ces
structures décentralisées au niveau des départements que sont les CARDER ont pour
mission la mise en œuvre des stratégies visant la gestion durable et rationnelle des
ressources naturelles. Plus précisément, les CARDER appuient et accompagnent les
acteurs du secteur agricole que sont les groupements paysans.

A partir des années 1990, dans le contexte des changements de politique intervenus
sur le plan international, le cadre politique et institutionnel de la gestion des
ressources naturelles de la plupart des pays africains a connu des réformes. Les
nouvelles politiques instituées prennent davantage en compte des droits locaux. Les
législations forestières ont été revues « et marquent une reconnaissance progressive,
même si limitée, de la légitimité des pratiques locales et de la possibilité de déléguer
la gestion des ressources à des instances locales » (Lavigne Delville et Hochet, 2005 :

152
20). Dans ce sens, plusieurs changements ont été opérés, notamment le transfert, de la
gestion en termes de formulation et de mise en œuvre des règles aux acteurs locaux, le
transfert de compétences en matière de mise place des cadres de concertation pour la
gestion des ressources naturelles. Ces cadres de concertation regroupent notamment
les acteurs ruraux, les groupements villageois, les comités de gestion, les unions de
producteurs, etc. C’est à leur niveau que les conventions locales sont élaborées et
adoptées d’un commun accord entre les collectivités locales et l’Etat.

Dans ce contexte, l’Etat a élaboré et adopté en 1993 un Plan d'Action


Environnemental (PAE) en collaboration avec les acteurs locaux. En effet, dès la
conférence nationale, l’Etat s’est fixé des objectifs pour la nouvelle orientation en
matière de développement rural. Dans ce sens, il y a eu la promotion et l’adhésion des
acteurs locaux à la gestion des ressources naturelles, le développement des
communautés de base et la prise en compte des préoccupations environnementales.
C’est à la suite de ce processus, que ce document cadre de référence (PAE) a proposé
une stratégie et un plan d'action en faveur de la gestion de l'environnement en quatre
points.

Ainsi, à partir de ce plan d’action, il est retenu primo que les ruraux sont
responsabilisés pour la gestion de l’environnement à travers l’intégration d’un volet
sur l’utilité des arbres dans les programmes d’éducation de base, le développement
d’un programme de sensibilisation, la vulgarisation et l’éducation fonctionnelle,
l’élaboration d’un programme de foresterie rurale. Secondo, il est question de la
promotion ou mise en place d’organisations sociales rurales responsabilisées dans la
gestion des ressources forestières locales. Tertio, il s’est agi du développement
d’activités rémunératrices liées à l’exploitation des ressources forestières
(exploitations forestières, surveillance de parcs,...) afin de développer
progressivement la capacité de prise en charge par les acteurs ruraux des activités de
gestion et de restauration du milieu. Quartio le plan d’action a intégré la
responsabilisation du secteur privé notamment dans la commercialisation et la
transformation des produits ligneux et non ligneux (Cf. Politique forestière, 1994).

En ce qui concerne la politique forestière votée en 1994 dans le même contexte des
réorientations politiques et révisée en 2010, elle est assortie d’un plan d’action

153
prioritaire. Elle est fondamentalement caractérisée par une rupture avec les méthodes
directives et conservatistes de gestion des ressources naturelles, et l’adoption d’une
approche de gestion participative avec les acteurs locaux et la délégation de la
maîtrise d’œuvre aux organisations non gouvernementales et prestataires privés. De
fait, plusieurs projets et ONG ont trouvé en ces politiques des terrains favorables pour
leur stratégie de protection de l’environnement. Certains, qui étaient déjà actifs ont
réorienté leurs objectifs afin d’être en harmonie avec les politiques publiques
nationales. D’autres ont été créés à cet effet sur proposition des institutions
internationales pour répondre aux objectifs de ces nouvelles orientations.

5.2.2. Les Projets et ONG : entre diversification et harmonisation


des activités avec les politiques participatives

Depuis ces changements politiques et institutionnels, le nombre des acteurs externes


s’accroît à travers la multiplication des projets et ONG dans le domaine de la gestion
des ressources naturelles. Ces acteurs ont initié des projets "participatifs" au sein
desquels les acteurs locaux, particulièrement les riverains des forêts, ont joué un rôle
important dans la mise en place des forêts villageoises ou aménagées. Il s’agit
notamment du projet de Gestion des Ressources Naturelles (PGRN) qui a été mis en
œuvre de 1992 à 1999 pour tester l’approche participative dans la gestion des forêts
classées du Bénin. Le projet a couvert cinq forêts dans la région sud du pays. Ensuite,
il a été élargi à dix-sept autres massifs forestiers (trois domaines protégés, quatre
périmètres de reboisement et dix forêts classées) prenant en compte le nord du pays, à
travers le programme de gestion des forêts et des terroirs riverains (PGFTR) de 2000
à 2004.

Cette approche participative qui a permis aux acteurs locaux de profiter des avantages
multiples de la forêt de manière durable par le biais d'un contrat sur un plan
d'aménagement signé avec l'État, a été un modèle pour plusieurs autres projets et
ONG. C’est dans ce cadre qu’à Tobré, on a noté la présence de certains projets qui se
sont intéressés à la gestion des ressources naturelles ou qui ont diversifié leurs
activités, afin de prendre en compte les questions de gestion "participative" de la
nature. Il s’agit entre autres de PAVICO, GiZ, ProCGRN qui interviennent dans le
reboisement, la mise à disposition des plants, l’aménagement des forêts et des bas-

154
fonds, etc. Ils appuient les groupements villageois (GV) ou groupements de femmes
(GF) présents sur le terrain. D’autres projets comme REDERC, BIOTA, CERGET,
etc. ont tenté d’inscrire leurs objectifs dans les programmes de gestion durable des
ressources naturelles en harmonie avec les politiques publiques telles qu’elles se
déroulent dans le contexte de la décentralisation.

Ainsi, le projet bénino-allemand pour l'Auto-Promotion Villageoise dans les


communes de l'Atacora (PAVICO) a mené des activités de plantation de plantes
fourragères, afin de répondre aux exigences de l’environnement. Il a soutenu
l’initiative du Comité villageois de développement (CVD) dans la mise en place de la
forêt communautaire de Tobré. Le GiZ installé depuis les années 1980 dans le
département de l’Atacora et qui avait ses objectifs orientés vers les activités agro-
pastorales, a mené les actions de protection de la nature. Il a particulièrement financé
le ProCGRN dans la mise en œuvre de sa stratégie de lutte contre l’érosion des sols.
En effet, le ProCGRN, engagé dans l’appui aux organisations paysannes dans
l’accroissement de la valeur ajouté des filières riz et anacarde s’est ainsi investi
pendant la période de 2004 à 2010 les activités de reboisement et d’aménagement des
bas-fonds dans la localité de Tobré.

Le projet BIOTA-Afrique est installé dans la commune de Ouassa de 2003 à 2009


pour l’étude des changements de la composition floristique suivant un gradient
climatique en Afrique de l’Ouest. Ainsi, ce programme a permis la mise en place d’un
réseau continental des observatoires pour le suivi des changements de la biodiversité.
En marge de cet objectif principal, BIOTA a instauré plusieurs jardins botaniques,
notamment à Tobré (Dakereru), afin de répondre à la nécessité politique de gestion
participative des ressources naturelles. Il a fourni son soutien sous forme de
coopération scientifique, financière et de renforcement de capacités. Ce qui a facilité
la création et la maintenance des jardins botaniques. A la fin de ce programme,
l’ONG CERGET a continué le suivi et l’entretien des différents acquis de BIOTA. En
fait, le Centre de Recherche pour la Gestion de la Biodiversité et du Terroir
(CERGET-ONG) œuvre pour la conservation et l’utilisation rationnelle des ressources
biologiques au Bénin. Il intervient également dans la recherche-action sur la gestion
du terroir, l'étude de faisabilité, la conception et l'exécution de projets de gestion des
ressources naturelles.

155
Le réseau de Développement des Réserves naturelles Communautaires (REDERC) est
initié depuis 2001 par les ruraux au cours d’une assemblée générale constitutive
regroupant les hommes et les femmes de divers domaines : guérisseurs traditionnels,
élèves, artisans, apiculteurs, pépiniéristes, chasseurs, etc. L’ONG a pour mission de
préserver la biodiversité par des actions directes, la création et le suivi scientifique des
aires communautaires protégés,... et des actions de sensibilisation et de formation. Il a
aidé à la mise en place des comités de gestion des ressources naturelles dans les
écoles, au niveau des communautés. Le réseau fait également la promotion de l’éco-
tourisme, l’apiculture, et la vente des produits à base de plantes locales, l’éducation
environnementale, et des stratégies de documentation et de commercialisation pour la
médecine traditionnelle. Particulièrement REDERC apporte un appui technique au
comité du jardin Botanique de Dakereru à Tobré.

Ainsi, à travers leurs interventions et leurs différents appuis aux groupements


villageois, aux comités de gestion, les projets et les ONG sont devenus importants
dans le domaine de la protection de la nature, et ont contribué à accroître le rôle des
groupements et comités en ce qui concerne la gestion participative des ressources
naturelles. Ces différents dispositifs participatifs tenteront d’inscrire davantage leurs
approches dans les projets de décentralisation, afin de renforcer leurs expériences à
propos de la gestion des ressources naturelles en lien avec l’évolution des politiques
publiques nationales et internationales.

5.3. Décentralisation : Renforcer le pouvoir des acteurs locaux

Le processus de la décentralisation s’est déclenché depuis décembre 1990 avec


l’adoption d’une nouvelle constitution qui consacre la libre administration des
collectivités locales71. En 2002, les premières élections communales et municipales
furent organisées, suivies en 2003 de l’installation des conseils communaux. Selon la
loi 97-029 du 15 janvier 1999 portant sur l’organisation des communes en République
du Bénin, de larges pouvoirs et des responsabilités sont conférés aux collectivités
locales dans la délivrance de services publics de base, notamment en ce qui concerne
la protection de l’environnement, la gestion participative des ressources naturelles, la

71
A noter qu’il existait depuis 1955 dans la constitution du pays une loi portant institution des
communes plein temps dans les principales villes (Cotonou, Porto-Novo, Parakou, Abomey et Ouidah).

156
fiscalité locale. Pour « assurer toutes ces compétences, les collectivités territoriales
appuyées de l’Etat et des Partenaires Techniques et Financiers devront renforcer leurs
capacités institutionnelles, techniques, organisationnelles et financières en créant des
institutions spécialisées, en maîtrisant les techniques nécessaires, en mettant en place
une organisation de travail efficiente et en disposant de ressources financières
importantes » (Politique forestière nationale, 2010 : 30). Partant de ces dispositions
institutionnelles, la plupart des communes ont mis en place des comités villageois
(CVG) pour mieux gérer les ressources relevant de leur territoire. A Tobré, l’exercice
de ces différentes compétences a commencé dans un contexte particulier de
recrudescence de l’exploitation forestière par les "fils du village".

5.3.1. Les comités villageois de gestion face à la recrudescence de


l’exploitation des forêts

Selon l’article 134 de la loi citée ci-dessus, le village ou le quartier de ville est doté
d'un organe consultatif composé des représentants du village ou du quartier de ville.
Cet organe est dénommé conseil de village ou de quartier et est dirigé par un chef de
village ou de quartier. C’est au sein de ce conseil que le comité villageois de gestion
des ressources naturelles (CVG) est désigné.

Vingt-six comités de gestion ont été installés dans les 26 villages que compte la
commune de Ouassa. Chaque comité de gestion comprend au moins sept membres
que sont : 1) le chef de comité qui est le délégué de quartier ou le chef village, 2) un
secrétaire chargé d’effectuer pour le compte du comité des activités administratives,
3) un conseiller souvent solliciter pour donner son avis sur la coupe de bois, 4) un
sage qui connaît l’histoire du village, 5) un représentant de lignage qui donne
l’autorisation d’exploiter les forêts du lignage et 6) un pisteur qui est chargé de
conduire les exploitants forestiers dans les forêts, 7) un autre membre jouant le rôle de
remplaçant au poste de pisteur ou de secrétaire est souvent reservé (Tableaau 4).

Une analyse socio-ethnique de ces comités montre que les baatombu, "gens de la
terre" sont majoritairement représentés (117 membres sur 182) soit 64.28%, suivis des
wassangari "gens du pouvoir" (47 sur 182) soit 25.82%. Ces deux groupes socio-
ethniques qui sont les autotchones du village représentent 90% de l’ensemble des

157
membres des comités de gestion. Les groupes ethniques peuls et gandos sont
raremement représentés. Ils ne sont que respectivement 11 et 4 sur les 182 soit 6.04%
et 2.19%. On les retrouve au poste de chefs de comités dans les villages peuls ou
gando où ils sont élus délégués ou chefs villages. Ils sont absents des postes de
représentants de lignages. Quant aux étrangers, ils n’occupent que les postes de
sécrétaires où la compétence " intellectuelle" est socillitée. Ils ne sont que trois sur
vingt-six secrétaires de comités.

Cette composition indique que le contrôle de l’accès aux ressources naturelles est
detenu par les autocthones. Les dynamiques socio-ethniques connues par les Peuls et
les Gandos dans ce domaine, pendant les périodes coloniale et post-coloniale n’ont
influencé que très peu la formation des comités de gestion des ressources naturelles
ou que les autochtones ont repris à la faveur de la démocratie et de la décentralisation
les espaces de contrôle occupés par les groupes minoritaires.

Tableau 4 : Représentation socio-ethnique des membres des comités villageois de


gestion

Membres de Baatonu wassangari Peuls Gando Groupes Nbre par


comités étrangers comité
Chef de comité 15 6 4 1 - 26
(délégué)
Comités Secrétaires 12 8 1 3 2 26
villageois Conseillers 15 8 3 - - 26
De Sages 14 10 2 - - 26
gestion Pisteurs 20 6 - - - 26
(CVG) Représentants 24 2 - - - 26
du lignage
Autres 17 7 1 - 1 26
membres
Total 117 47 11 4 3 182
(%) 64.28 25.82 6.04 2.19 1.64 100

Sources : données de terrain

Ce sont ces comités (CVG) qui, à Tobré, ont été confrontés dès leur installation à une
recrudescence de l’exploitation des forêts suite à la reconversion de certains acteurs
locaux dans l’activité d’exploitation de bois d’œuvre. Selon l’ancien chef

158
d’arrondissement (CA) de Tobré, l’exploitation forestière par les fils du village et de
la localité de Tobré est une activité nouvelle née de la crise du coton.
« De 1992 à 1996, l’exploitation n’était pas forte ; c’est vers 2000 que
l’exploitation a commencé. Et c’est la période où les rendements de la
production du coton ont le plus baissé. On n’avait que deux exploitants locaux
dont l’exploitation ne dépassait pas 30 à 40 madriers par mois et c’était avec des
moyens rudimentaires par les scies. Ils font des mois avant de faire le
chargement d’un camion sous la surveillance du chef de poste résident à
Pehunco. Depuis que certains fils du village se donnent à cette activité, les
sorties de camions chargés d’au moins 300 madriers sortent chaque mois du
village » ex CA de Tobré, 30.10.09.

De cet entretien, on peut retenir que l’exploitation forestière est récente. Elle est
différente de la coupe du bois d’œuvre telle que cela se passait, il y a encore une
décennie. La quantité, la fréquence et la technique sont apparues comme les
principaux éléments de cette dynamique. La chute de la filière coton a été mise en
avant par les exploitants forestiers pour justifier l’abus d’exploitation anarchique des
forêts. A travers la reconstitution des condensés biographiques de quatre exploitants,
fils du village, j’essaie de comprendre la logique locale en construction.

Itinéraires de quelques exploitants forestiers à Tobré

André, 37 ans, Menuisier de profession est un autochtone baatonu, "gens de la terre".


« Je suis devenu exploitant forestier il y a de cela quatre ans sur proposition d’un ami
acheteur de bois d’œuvre. J’ai accepté d’exercer cette activité, parce que j’ai constaté
qu’il existe un marché d’écoulement des bois d’œuvre. J’ai aussi remarqué qu’on
peut se faire plus d’argent comparé à la menuiserie. Depuis que j’exerce cette
activité, c’est cette année que les gens de Tobré m’ont sollicité. Les trois années
passées j’avais exploité les forêts de la commune de Sinendé. L’argent que j’ai gagné,
m’a permis d’implanter une scierie, d’acheter une voiture bâchée pour le transport de
bois, une voiture pour mon déplacement, d’acheter une dizaine de tronçonneuses, et
de réfectionner ma maison » (Tobré le 10.3.2010).

Orou Dandi, ancien chauffeur de taxi, la quarantaine est un baatonu, autochtone du


village. Il est le plus sollicité par les gens du village de Tobré et dispose de plus
grands moyens : Un camion bélier, deux voitures bâchées, trente tronçonneuses.

159
« J’exploite les forêts de Tobré depuis 2005 et j’emploie une vingtaine de jeunes pour
mes différents travaux. Je me suis intéressé à cette activité d’exploitant forestier,
parce qu’il y avait une forte demande en bois dans le village dans le cadre de la
construction des salles de classe et des centres de santé. J’ai beaucoup investi dans la
construction d’une maison et dans l’achat du matériel roulant » (Tobré le 14. 3.2010).

« J’étais un commerçant, acheteur de produits tropicaux (graine de karité, graine de


néré, graine d’acajou). J’ai commencé par exploiter le bois depuis 2008, en
accompagnant d’abord Roger, le seul exploitant forestier agréé de la région de Tobré
et Pehunco qui dispose d’un "vrai permis de coupe". Ensuite, j’ai continué seul, parce
que Roger est décédé en 2009. J’utilise donc son permis de coupe pour exercer mon
activité. J’exploite les forêts de Kika, car c’est mon père qui est le roi de ce village. Il
a d’ailleurs l’habitude de couvrir plusieurs exploitants étrangers. Mais, il est aussi
décédé en 2009 et j’utilise les moyens de déplacement qu’il a laissé pour faire mes
activités. J’essaie d’améliorer mon cadre de vie avec l’argent que je gagne » (Prince,
wassangari, fils de Gounou Tékoun, ancien roi de Kika, le 12.3.2010).

Chabi Tamou Gounou, frère de l’actuel chef d’arrondissement de Tobré (CA) est un
wassangari, "gens du pouvoir". Cultivateur et exploitant forestier depuis trois ans.
« Auparavant, j’avais été sollicité par un ami "scieur". Actuellement, je travaille pour
mon propre compte et je vends du bois d’œuvre dans le village pour la réalisation des
charpentes de maison et des meubles. Cela me permet de me faire un peu d’argent
pour subvenir à mes besoins quotidiens. Je suis souvent interpelé par mon frère, CA
qui saisit le bois, parce que je n’ai pas le permis de coupe, mais notre mère intervient
et le problème se règle en famille » (Tobré, le 10.3.2010).

On peut déceler à partir de ces quatre biographies, deux motifs justifiant la


reconversion à l’activité d’exploitant forestier : la disponibilité d’un marché de bois
d’œuvre et la facilité d’accumulation de biens matériels. En effet, parmi les quatre
exploitants, trois ont enuméré le fait qu’il existe un marché de bois et des acheteurs
potentiels. Selon l’arrêté interministériel N° 0041 du 29 juin 2009 portant conditions
d’agrément et modalités d’organisation et de fonctionnement des marchés ruraux de
bois, un village requérant peut constituer et soumettre un dossier d’agrément d’un
marché de bois par l’intermédiaire du maire de la commune à la Direction Générale
des Forêts et des Ressources Naturelles par l’inspection forestière. Cette disposition

160
regléméntaire a donc facilité le commerce du bois72 dans la localité de Tobré. Elle a
aussi permis l’acquisition de bien matériels par les différents acteurs impliqués. Car, à
l’article 3 de cet arrêté, il est inscrit que le « marché rural de bois est mis en place et
géré en commun par les communes et les communautés organisées en structure locale
de gestion ». L’implication de ces structures locales que sont les comités de gestion,
permet une large manœuvre d’accumulation de ressources financières aux exploitants
forestiers locaux, du fait de leur statut d’autochtone (deux wassangari et deux
baatombu).

De fait, le motif se rapportant aux difficultés de la filière coton n’est pas prioritaire
dans ce cas. Il faut remarquer qu’il n’y a pas de gros producteurs de coton, mais des
individus "habiles" qui profitent de la situation. Aussi, dans leur logique
d’accumulation, il n’apparaît pas l’ambition de contribuer au développement de la
région par les rentes perçues, mais plutôt une prospérité individuelle. Certes, la crise
du coton évoquée par les acteurs locaux est pertinente, mais plusieurs autres facteurs
ont favorisé cette activité. Il s’agit notamment « de la confusion dans les textes de
lois et de l’impunité devenue structurelle » (Agent des Eaux et Forêts en poste à
Tobré, le 29.3.2010). Ceci a été également annoncé par le fils du roi de Kika dans sa
biographie. Il dit utiliser le permis de coupe d’un exploitant forestier décédé et qui fut
son parrain, sans être sanctionné. Loin donc d’une activité conjoncturelle pour pallier
la crise cotonnière, c’est toute une dynamique de mise en place d’une filière de
contrebande de bois qui s’organise (Instituteur, à Bana le 28.3.2010). Cette
contrebande constitue le défi que les CVG devraient essayer de relever pour faire
valoir leur compétence.

Selon les faits rapportés par les élus locaux, « la règlementation a consisté à
collaborer avec les nouveaux exploitants en « leur demandant d’informer le CVG de
leur besoin de bois, et comme ça nous allons pouvoir les aider » (comité de gestion de
Tobré, le 8.3.2010). Cette procédure de négociation enclenchée a été adoptée par la
plupart des CVG. C’est ce que révèlent les propos de certains exploitants concernés.
« Au début nous travaillions en rang dispersé, dans la clandestinité et la peur des

72
Il s’agit des espèces telles que Anogeissus leiocarpus, Afzelia africana, Khaya senegalensis,
Pterocarpus erinaceus exploitées dans les forêts de l’arrondissement de Tobré.

161
agents des Eaux et Forêts, à qui nous versons parfois de fortes amendes. Mais, depuis
que nous travaillons en commun accord avec les chefs villages et leurs comités de
gestion, nous sommes en paix et nous contribuons par les taxes que nous leurs versons
au développement de notre village, de notre localité » (R.N. représentant des
exploitants locaux, Tobré le 8.3.2010). Un signe de cet accord réussi est l’exposition
du bois d’œuvre devant les maisons (Chef quartier à Tobré, 12.3.2010).

Photo 3 : Bois en vente devant la maison d’un exploitant à Tobré

Ainsi, à travers les mobilisations de ces taxes perçues sur le bois d’œuvre, les CVG
ont pu financer plusieurs infrastructures socio-communautaires telles que les salles de
classe, les centres de santé, les pistes rurales, les magasins de stockage de produits
agricoles, les marchés, les panneaux solaires, etc.

5.3.2. Mobilisation de fonds et réalisation d’infrastructures


"communautaires"

Les comités villageois de gestion ont réalisé des infrastructures conformément aux
dispositions règlementaires qui consiste à « percevoir des taxes/redevances et
bénéfices issus de l’exploitation des ressources et de la valorisation de la
biodiversité » (Politique forestière, 2010 : 30). En effet, certains auteurs avaient noté
que les politiques d’aide, notamment en matière d’équipement en milieu rural, avaient
élargi les responsabilités des acteurs locaux à la gestion des infrastructures du village
(écoles, dispensaires, puits, forages) ou productives (infrastructures d’irrigation,
pistes...) (Bonnet, 1999). Les GV, les USPP avaient ainsi contribué au temps du boom

162
cotonnier à la réalisation de nombre d’ouvrages socio-collectifs à partir des ristournes.
Cette expérience a été réitérée dans le cadre de la décentralisation en rapport avec les
rentes forestières.

Les rentes forestières sont partagées entre les différents acteurs impliqués dans
l’exploitation à différents niveaux et peuvent servir à réaliser les projets personnels ou
sont reversées à une structure pour réaliser une œuvre "communautaire" dans le cadre
du développement local. Le tableau suivant donne un aperçu des fonds investis dans
l’exploitation des bois d’œuvre pour un chargement de camion, la part de bénéfice
réalisé par chacun des acteurs impliqués et la part investie dans les infrastructures
"socio-communautaires".

Tableau 5 : Exemple de mobilisation de rente financière pour le financement


d’une œuvre "socio-communautaire".

Profil des acteurs Rentes par camion Finalité/projets Total/%


impliqués dans chargé de bois en CFA
l’exploitation de (en moyenne)
bois
Chef 150 000
village/délégué Projets collectifs
Chef 30 000 180. 000
d’arrondissement 6.26%
Agent forestier 45.000 Frais de dépôt
(cantonnement 45.000
Natitingou) et Projets 1.56%
personnels
Propriétaire 75000
Pisteur 5000
Scieur 300 000
Docker 30 000 Projets personnels 2.650. 000
Transporteur 45 000 92.17%
Exploitant 2 100 000
Total 2.875.000 2.875.000

Sources : données de terrain

Les chiffres sont issus des entretiens avec les exploitants forestiers et tous les acteurs
impliqués dans le processus de l’exploitation. Ils constituent la moyenne obtenue à
partir des prix officiels et des prix appliqués sur le terrain. Ces frais constituent les

163
sommes réellement versées. Les autres dépenses effectuées par l’exploitant forestier
pour corrompre ne figurent pas dans ce schéma proposé. Ainsi, la liste des acteurs
impliqués n’est pas exhaustive, c’est pour rester dans une marge de compréhension
que j’ai choisi les principaux.

A la lecture de ce tableau, il apparaît que seules les taxes perçues (6,26%) par les
représentants locaux (délégué et Chef d’arrondissement) participent à la réalisation
des œuvres collectives (salaire de l’instituteur à la charge du budget commun,
réfection de centres de santé ou salle de classe, participation à la réalisation de
panneau solaire, etc.). Par exemple, en 2009 le chef d’arrondissement de Tobré a
investi dans la réfection des salles de classe d’une école de Tobré pour une somme de
130 000 FCFA issue des taxes perçues sur la vente de bois d’œuvre. Il justifie ses
actions conformes à l’article 82 de la loi 97-029 portant sur l’organisation des
communes en République du Bénin, qui stipule que « la commune dispose de
compétences qui lui sont propres en tant que collectivité territoriale décentralisée. Elle
exerce en outre, sous le contrôle de l'autorité de tutelle, d'autres attributions qui
relèvent des compétences de l'État. Elle concourt avec l'État et les autres collectivités
à l'administration et à l'aménagement du territoire, au développement économique,
social, sanitaire, culturel et scientifique ainsi qu'à la protection de l'environnement et à
l'amélioration du cadre de vie ». Les chefs comités s’allient aussi.
« …S’il s’agit d’une œuvre socio-collective, je n’ai pas le choix, j’ordonne la
coupe après avoir contacté le C.A » chef comité. Tonri, 11.5.10.

Cette participation des acteurs locaux à la réalisation des infrastructures serait exigée
par les projets et ONG comme gage d’un bon entretien de ces infrastructures. Pour un
chef projet « selon la logique de l’ONG opérant sur le terrain, plus les "gens du
village" contribuent mieux elles entretiennent les infrastructures » (chef projet, le
28.4.2010 à Pehunco).
« …Pour la création d’une pompe, le projet a demandé aux "gens du village" une
contribution de 250.000 FCFA : les paysans étaient obligés de faire appel aux
exploitants. C’est le même cas pour la toiture d’une salle de classe. Dans les
années 2004, les ristournes de coton ont servi à payer les enseignants du village,
la construction des écoles, des pompes villageoises. C’est à partir de l’année

164
2007, que l’exploitation forestière a commencé par servir pour des ouvrages
villageois et le payement des instituteurs du village » C.A. Tobré, 21.5.10.

Ainsi, les CVG gèrent les ressources naturelles de leur territoire pour le compte du
développement local. Cependant, de nouveaux défis se présentent tous les jours, les
comités devraient à chaque fois s’adapter afin de pouvoir apporter des solutions. C’est
le cas, de la coupe anarchique en rapport avec la venue des exploitants étrangers en
nombre important et qui a suscité la réaction des USPP et des GV (cf. Chapitre 6).

Conclusion

Ce chapitre a présenté les dispositifs participatifs dans le cadre de la gestion des


ressources naturelles à Tobré, en montrant qu’ils sont à la fois une émanation de
l’intervention coloniale et post-coloniale et des dynamiques locales en présence. Ces
dispositifs participatifs ont été donc progressivement mis en place à la faveur de
multiples changements politiques, institutionnels et sociaux. Ils se positionnent de nos
jours comme des structures incontournables dans la plupart des actions de
développement, du fait de leur expérience sur le terrain. Leur rôle dépasse la simple
participation des acteurs locaux, et s’étend à des prises de décisions dans les
politiques locales. De plus, les prérogatives et les pouvoirs dont disposent ces
dispositifs participatifs contribuent à changer la configuration de l’arène locale
d’intervention des projets de développements. Par ailleurs, c’est dans ce contexte
socio-politique rénové, que ces dispositifs participatifs tentent d’inscrire leurs actions
pour une gestion des ressources naturelles en termes d’action publique.

165
CHAPITRE 6 : UNE ACTION PUBLIQUE DE LA GESTION
DES RESSOURCES NATURELLES

L’approche en termes de « politiques publiques a été inventée pour comprendre


empiriquement par le "bas" les formes et les effets de l’Etat sur les systèmes sociaux »
(Lascoumes et Le Galès, 2007 : 111). Mais, depuis quelques décennies « un nombre
croissant de chercheurs prône l’abandon de l’expression "politiques publiques" pour
la substituer "action publique" (Thoenig, 1998), pour trois raisons principales : tout
d’abord, elle permet de renvoyer à l’avènement de politique publique moins stato-
centrés et surtout multi niveaux ; ensuite, de souligner les limites de la cohérence des
programmes publics et la nécessité de les déconstruire, enfin, de distinguer plus
nettement le vocabulaire des acteurs (qui parlent plutôt de politiques publiques) de
celui des analystes » (Hassenteufel, 2011 :25). Cette perspective aujourd’hui
largement dominante, conduit à s’intéresser à un ensemble plus vaste d’acteurs
(mouvements sociaux, médias, acteurs politiques…) participant à ce travail de
construction, qui passe souvent par la mise en place et la participation à des débats
publics (idem:43). De fait, on pense « souvent que seuls les mouvements sociaux, les
grandes controverses créent des dynamiques suffisamment fortes pour modifier les
buts et les moyens de l’action publique. Mais, à y regarder de près, les influences ne
sont pas unilatérales » (Lascoumes et le Galès, 2007 :112). Les groupes mêmes les
plus revendicatifs agissent en interaction avec les instruments et les adaptations sont
réciproques (idem). L’Etat et les acteurs privés ici les comités de gestion co-
produisent l’action publique. C’est sous cet angle théorique que je positionne mon
analyse de la gestion des ressources naturelles à Tobré.

Ainsi, après avoir analysé le contexte socio-politique et institutionnel qui a permis aux
dispositifs participatifs, notamment les comités de gestion de s’impliquer dans l’arène
locale de gestion des ressources naturelles, il convient dans ce chapitre d’appréhender
comment ces comités fonctionnent et comment leurs activités s’inscrivent dans une
dynamique de l’action publique. Autrement dit, de réfléchir sur les nouvelles
configurations entre l’Etat et les acteurs locaux, entre les comités et les multiples
formes de mobilisation des acteurs sociaux qui s’efforcent d’organiser et de
promouvoir leurs intérêts symboliques autant que matériels (Lacousmes et Le Galès,

166
2007). A partir d’études de cas en matière de fonctionnement de comités, des
biographies d’acteurs clés, la description et de l’analyse de leurs actions, il sera
empiriquement étudié les interactions entre les acteurs locaux ("gens du village") et
les acteurs extérieurs, y compris l’Etat, et leurs influences sur les politiques publiques
locales de gestion des ressources naturelles.

Le chapitre s’articule autour de quatre sections. Une première section décrit et analyse
les faits qui ont contribué à la mise en place de ces comités de gestion en tant
qu’acteurs qui participent et s’incluent dans l’arène publique de gestion des ressources
naturelles. Une deuxième section présente les principaux espaces publics de débats
autour desquels se structurent les comités. C’est une section qui met en exergue la
confrontation théorique entre les "réseaux" d’interdépendance. La troisième section
aborde le pluralisme et la polycentralité des actions à travers la multiplicité des
nouveaux acteurs qui se constituent en pôles de décision, leurs logiques et intérêts
différenciés qui fondent leurs actions et le pacte vers lequel tendent les acteurs malgré
l’apparente "fragmentation" qui les caractérise. Une quatrième et dernière section
décline les formes de gouvernance qui permettent de trouver une meilleure
coordination entre les différentes parties prenantes.

6.1. Entrée des comités de gestion dans l’arène des politiques


publiques : entre conflits et négociations

J’aborde ici, le conflit de gestion qui oppose les "gens du village" (wutombu) et les
autorités communales et les différentes étapes de sa résolution, afin d’appréhender
pourquoi, comment et à partir de quel moment la gestion des ressources naturelles à
Tobré est devenue un problème public. En effet, un « problème ne devient public que
lorsque les acteurs mobilisés parviennent à l’inscrire dans l’espace public, c’est-à-dire
lorsqu’il devient un sujet d’attention, voire de controverses et que des positions se
confrontent pour en caractériser les composantes » (Lascoumes et Le Galès,
2007 :69). Dans ce sens, les acteurs mobilisés utilisent plusieurs modes
d’action collective dont les plus adaptés dans ce contexte sont ceux forgés par Tilly
(1984) et repris par Hassenteufel (2011). Selon ce dernier, la notion de répertoire de
l’action collective « permet non seulement d’analyser historiquement la
transformation des formes de l’action collective, mais aussi de mettre en évidence

167
l’importance du choix collectif d’un mode d’action au sein d’un répertoire
historiquement situé » (Hassenteufel, 2011 :194). L’auteur distingue sept principaux
modes d’action selon qu’ils visent directement l’autorité publique par les interactions
avec les acteurs étatiques, ou indirectement via l’opinion publique, ou encore selon
qu’ils s’inscrivent dans des stratégies de contestation ou d’influence. Il s’agit du
lobbying, de la négociation, de l’action conflictuelle, de l’action juridique, de la
manifestation, des actions symboliques, des prises de position publique (idem). Le
choix de l’un ou l’autre ou de plusieurs de ces modes d’action dépend tant d’enjeux
de politique publique que des ressources dont dispose l’organisation collective. Dans
le cas de Tobré, les faits tels qu’ils se sont passés au début de la mobilisation pour la
lutte contre la gestion frauduleuse du bois d’œuvre permettent d’identifier
essentiellement deux modes d’action collective que sont l’action conflictuelle et la
négociation, même si dans la durée, les modes d’action collective recouvrent plusieurs
aspects de la typologie ci-dessus indiquée.

6.1.1. Les conflits de gestion autour des ressources naturelles

Les conflits de gestion des ressources sont un fait récurrent observé dans la plupart
des milieux ruraux qui abritent les ressources naturelles. Ils ont fait l’objet de
plusieurs études, notamment en termes de monographies qui présentent les formes
d’interactions entre agriculteurs et éleveurs. Les écrits de Abaab, A., Bedrani, S.,
Bourbouze, A. & Chiche, J., (1995) au Maghreb, ou Clanet, & Dulieu, (1977) au
Niger, ou encore (Toutain & Forgiarini, 1996) au Burkina Faso font état des rapports
entre les politiques agricoles et la dynamique des systèmes agro-pastoraux. Ces
auteurs exposent la complexité des interactions entre acteurs ruraux, qui exploitent les
mêmes ressources d’un territoire donné. D’autres travaux se sont intéressés aux
typologies des conflits à partir des résultats de plusieurs études de cas (Thieba, 1997).
Ils en concluent que les conflits liés aux ressources naturelles sont multiples, variés et
dépendants de plusieurs facteurs, contextes et acteurs.

Dans la localité de Tobré, on assiste également à ces nombreux conflits, notamment


entre éleveurs et agriculteurs autour des couloirs de passage de bœufs, entre les agents
forestiers et les cotonculteurs parce que ces derniers seraient les plus grands
destructeurs d’espèces végétales (Danko, 2006), entre les autorités communales et les

168
délégués de village sur les taxes forestières perçues, entre les "gens du village" et les
représentants des services des Eaux et Forêts sur les faits de corruption. Bref le
quotidien de la gestion des ressources naturelles à Tobré se fait sous un fond de
conflit caché, latent et parfois ouvert.
« Le roi nous avait déjà donné des consignes fermes. Il a dit d’empêcher la coupe
anarchique de bois, même si l’exploitant est couvert par une autorité…Ainsi,
nous avons dit aux agents forestiers qu’en principe, ils doivent organiser la
coupe et non la désorganiser. Ils n’ont pas respecté nos consignes et ont couvert
un exploitant, que nous avons arrêté. Celui-ci a voulu emporter le titan de
madriers. Et nous avons tiré des balles réelles sur les pneus du véhicule…Tout le
village a été convoqué à la gendarmerie de Pehunco. Nous sommes allés et le roi
a reconnu que c’est lui qui a ordonné de tirer… » D.Z. Bana, 16.6.10.

« Nous nous sommes serrés les cols avec les exploitants forestiers qui sont entrés
dans les forêts sans permis de coupe. Nous avons arrêté les camions chargés de
madriers, l’agent forestier voulait nous conduire en prison…» G.B. Tonri,
3.12.10.

En dehors de ces conflits devenus "courants" du fait de leur inhérence aux sociétés
rurales depuis les changements opérés au début de l’ère coloniale dans les modes
d’organisation coutumier de gestion des ressources naturelles, il est apparu des
conflits dits "nouveaux" (un informateur, à Séké le 18.3.2011). Selon les autorités
communales, les conflits se sont amplifiés, particulièrement en 2005 avec l’arrivée
des exploitants étrangers. En effet, l’exploitation du bois qui ne se faisait que par les
fils du village à un rythme réduit s’est élargie à des exploitants étrangers forestiers de
carrière comme les ressortissants de Bassila et du Mono. Ces ressortissants ont une
réputation nationale d’exploitants forestiers qui détruisent les forêts à grande échelle.
Ils seraient ceux qui ont fini les arbres de leur région pourtant reconnue comme des
zones boiseuses du Bénin. Les "gens du village" les décrivent comme ceux qui n’ont
pas appris à tenir la houe et « quand ils entrent dans les forêts, c’est pour les mettre à
nu » disait un informateur à Pehunco le 12.3.2010. Du fait de leur spécialisation dans
cette activité, ils seraient dans des réseaux politiques et administratifs très "solides"
qui leur permettent d’agir sans être inquiétés. Leur capacité de corruption des agents
forestiers, délégués, chefs villages, etc. est aussi très reconnue par les acteurs locaux :

169
« …Il y a quelques années, précisément en 2005, des coupeurs de bois sont
venus de la commune de Bassila, envahir notre commune de Pehunco,
particulièrement l’arrondissement de Tobré. Ils sont plus d’une centaine munis
de leurs tronçonneuses. A leur arrivée, ils ont cherché à se lier d’amitié avec les
fils du village qui sont devenus leurs pisteurs dans les forêts et avec les agents
forestiers qui leur délivrent de faux papiers » S. M. Pehunco, 12.5.10.

L’ensemble de ces conflits s’inscrit dans une logique de contestation (Hassenteufel,


2011). Il s’agit d’un mode d’action collective dans le cadre d’une interaction entre les
acteurs locaux et l’Etat. On peut d’ailleurs remarquer que "les gens du village" ont eu
recours aux tirs de balles, aux arrestations de camions chargés de madriers, aux saisies
de tronçonneuses, etc. comme mode d’action pour s’opposer à la gestion frauduleuse
des ressources naturelles. De fait, la principale ressource dont disposent ces "gens du
village" est la ressource militante. On note également la disponibilité de ressources
matérielle (armes à feu, gens du village) politique et symbolique (légitimité du roi).
Toutes ces ressources facilitent l’inscription d’enjeux de politique publique dans la
planification des problèmes publics de gestion des ressources naturelles. Même si les
mouvements sociaux sont moins organisés dans ce cas-ci, contrairement aux grèves et
boycott caractéristiques des actions collectives "classiques" dirigés par les acteurs
revendicatifs spécialisés. En effet, dans la moblisation autour de ce problème, on
retrouve des acteurs directement concernés que sont les acteurs locaux, qui tentent de
présenter la gestion frauduleuse des forêts comme une menace pour la protection des
ressources naturelles. C’est donc un problème collectif qui interpelle la participation
de tous, particulièrement l’autorité politique. Ainsi, face à ces nombreux conflits, ces
acteurs ruraux procèdent souvent par prévention, coercition, arbitrage, jugement,
médiation ou négociation avec les autorités communales ou forestières. Les gens du
village de Tobré ont privilégié les négociations.

6.1.2. La négociation comme mode d’action collective

A Tobré, certains membres de l’Union Communale des Producteurs de Coton


(UCPC) ont été chargés de rencontrer les autorités en charge de la gestion des
ressources naturelles, afin de mettre sur la table de négociation les difficultés de
contrôle des forêts et de trouver des solutions à ces conflits devenus récurrents entre

170
les acteurs locaux, les agents forestiers et les exploitants. Aussi, certains notables
(chef de clan et chef de famille) de la localité de Tobré ont tenté à plusieurs reprises
de faire savoir leur mécontentement à travers des réunions convoquées à la mairie.
Les discussions aboutissent à des promesses jamais mises en application parce que,
« les autorités locales ont toujours joué un double jeu. Officiellement, elles
n’approuvent pas la destruction des forêts, et prétextent que ces criminels sont
envoyés du "haut" ; et ont donc les pieds sur terre. Mais officieusement, elles
profitent des miettes que leur glissent les pillards. Elles interviennent en sourdine
auprès des autorités compétentes pour demander d’opprimer les populations,
parfois en faisant de l’amalgame entre problèmes de personnes, problèmes de
famille, problèmes politiques et problèmes de développement… » (Extrait de la
lettre ouverte envoyée au Président de la République du Bénin par le comité
gabatier le 30 août 2012, journal le matinal le 19.12.12).

Les négociations n’ont pas pu donc arrêter la destruction des forêts, et nombreux sont
les acteurs locaux qui ont renoncé à la lutte contre l’exploitation abusive et
irrégulière. Certains pensent que : « Kètè gu gan gu yin man pka », c’est-à-dire « si
l’âne meurt, finis les pets ». Ceci pour signifier, « quand tous les arbres seront
terminés dans les forêts, finis les débats autour ». Cette situation semble être la même
dans plusieurs pays en Afrique où les acteurs ruraux, en particulier « les autorités
coutumières ont renoncé à exercer leurs responsabilités de gestion d’une ressource,
face aux contradictions avec l’Etat et à leur impossibilité à assurer une régulation
effective, en particulier vis-à-vis des acteurs extérieurs qui prélèvent la ressource avec
l’appui de l’Etat » (Lavigne Delville, 2005 :4). Par ailleurs, l’auteur souligne « qu’un
changement d’attitude de la part de l’Etat peut leur permettre de reprendre ce rôle – à
travers un processus de négociation interne aux acteurs locaux et avec l’Etat,
autrement dit une combinaison d’action collective locale et d’action publique
négociée, pour la construction de ressources communes et leur régulation » (idem). Il
est important de souligner que les conditions d’une telle négociation n’étaient peut-
être pas réunies dans le contexte de Tobré. Toutefois, la négociation a constitué une
étape importante dans la construction du problème de gestion des ressources
naturelles en problème public. En ce sens, qu’elle repose sur l’appel par les acteurs
locaux à une intervention d’autorités publiques (mairie, Etat) qui auraient la capacité à
agir sur le problème défini comme public.

171
De leur côté, les différents acteurs locaux qui ont participé à la négociation avec les
représentants de l’Etat sont reconnus par les autorités publiques, mais ils ne disposent
pas de ressources politique et juridique suffisantes dans le domaine de la gestion des
ressources naturelles, leur permettant de jouer un rôle fondamental dans le processus
de négociation. Ainsi, face à cette nouvelle forme d’exploitation des ressources
naturelles, les "gens du village" décident de résoudre le problème, cette fois-ci non à
travers des négociations mais plutôt à travers de nombreux débats sous les "arbres à
palabres", dans les cabarets de boisson locale, au sein des groupements villageois ou
des Unions de producteurs (UCPC), etc. De petits groupes se forment autour de
certains leaders d’opinion du village (les anciens secrétaires GV, des présidents des
USPP, des anciens collaborateurs d’ONG de conservation de ressources naturelles,
etc.). Ils décident de porter ce problème d’exploitation abusive et irrégulière des forêts
devant l’opinion publique, autrement dit de l’inscrire dans l’espace public.

6.2. Espaces publics de débats à Tobré

La notion d’espace public désigne de « multiples lieux interdépendants et interactifs


où se joue l’action publique » (Delvaux et Mangez, 2008 :8). Pour Massardier (2003)
l’espace public est « un lieu de controverse où se disputent les définitions du possible
des politiques publiques » (Massardier, 2003 : 78). S’inspirant de l’analyse de
Habermas (1962) sur l’art, l’auteur souligne qu’il existe « une concomitance entre
l’apparition de ces espaces d’expression et la perte de monopole de l’Etat de la
définition de l’art » (idem). Ainsi, il en déduit des espaces publics ouverts, fermés,
mosaïques en termes de différenciation fonctionnelle. L’espace public « serait
fragmenté en secteur, niveaux de gouvernance, territoire, réseaux sociaux, etc. autant
de forums, où s’organisent des débats sur les problèmes de la société et les manières
de les régler, mais aussi d’arènes où se décident de façon opaque le sort de pans
entiers de la société » (Massardier, 2003 : 78). Ces mêmes distinctions ont été faites
dans plusieurs travaux consacrés aux politiques publiques. Certains auteurs insistent
surles critères de hiérarchie, de taille, de réputation et de fréquentation, pour montrer
comment l’espace public couvre un large spectre de termes forum, scènes, arènes,
niveaux (Delvaux et Mangez, 2008). Le niveau renvoie à l’idée de hiérarchie, la scène
évoque le théâtre et le jeu, arène le combat et la compétition, forum le débat et les

172
joutes oratoires (idem : 7). D’autres mettent l’accent sur la structuration de ces
espaces pour distinguer les notions d’arène et de forums (Hassenteufel, 2011). Pour
cet auteur l’arène des politiques publiques renvoie aux espaces de négociations de
compromis institutionnalisés tandis que les forums constituent des lieux de
construction intellectuelle des politiques... Les forums peuvent être catégorisés en
forums scientifiques des spécialistes, de la communication politique, des
communautés de politique publique et en celui des professionnels (Jobert, 1994 ;
Fouilleux 2000 cité par Delvaux et Mangez : 2008).

Cette littérature permet de situer les différents espaces publics dans lesquels s’insèrent
les débats sur la gestion des ressources naturelles à Tobré. En effet, ces débats
prennent la forme des marches de protestation, des émissions radio, des réunions au
sein de groupes organisés. De façon générale, ces espaces publics à Tobré, recouvrent
à des degrés divers les différentes notions évoquées dans la théorie. Toutefois, ils sont
proches de la notion d’arène, du fait des conflits inhérents à la gestion des ressources
naturelles, et de celle de forums en rapport avec la discussion de ces problèmes au
sein des comités "spécialisés" au sein desquels se mènent les débats d’intellectuelles
qui aboutissent à la définition des politiques publiques de gestion des ressources
naturelles. Voyons comment se présentent ces espaces dans la réalité.

6.2.1. La marche de protestation et les dénonciations dans les médias

En février 2006, une marche pacifique a été organisée par les membres de l’ex-USPP,
actuelle UCPC regroupant quatre organisations de producteurs (FENAPRA, FUPRO,
FENAGROP, AGROP). L’UCPC a été choisi par les "gens du village" wutombu pour
porter le problème du fait de leur compétence à gérer les difficultés liées à la crise de
coton et plus récemment à s’impliquer dans les problèmes de gestion de ressources
naturelles concernant les conflits entre agriculteurs et éleveurs et entre éleveurs et
agents forestier. Un membre de l’union se rappelle toujours des faits :
« …En 2006 nous avions décidé de marcher pour interdire la coupe de bois
d’œuvre. Nous nous sommes rendus à la mairie de Pehunco accompagnés de
plusieurs jeunes pour dénoncer la destruction anarchique des arbres dans les
forêts et exprimer notre désarroi aux autorités… Mais cette marche a plutôt
accentué la destruction de nos forêts, car ces autorités communales étaient

173
complices et savent que nous avions de très faibles connaissances sur les
règles… et pensent que nous sommes surtout incapables d’aller plus loin…mais
nous leur avons prouvé le contraire » E.T. Kika, 4.7.10.

Effectivement, parallèlement à cette marche de protestation, les acteurs locaux ont


aussi décidé de passer par la radio locale nanè FM pour dénoncer le phénomène et
surtout pour sensibiliser et interdire les coupes. Ils sont passés par des spots
publicitaires mettant à nu les dérives des services des Eaux et Forêts, comme le
témoigne cet extrait d’un sketch proposé en langue baatonu et traduit ici en français:
«…La dernière fois, à proximité de mon champ, j’entendais les bruits d’une
tronçonneuse, je suis allé voir, j’ai aperçu un agent forestier assis et le scieur en
train de couper un arbre… j’ai fait demi tour. Une autre fois, c’est un autre
forestier qui revenait de la chasse avec un gros singe attaché à l’arrière de sa
moto...Tu penses que ces forestiers peuvent interdire les coupes de bois ? Or les
dégâts que peuvent causer ces pratiques sont énormes et vont au-delà de notre
pays… Par exemple, la désertification… Alors dénonçons ces pratiques et
plantons tous des arbres, nous les enfants du Bénin...». Production sonore,
traduction de cassette audio d’une ONG locale, financée par la Banque
Mondiale.

Au-delà donc de l’interpellation des autorités politiques locales à travers la marche de


protestation, on retrouve ici, les notions de controverse médiatisée utilisant les outils
de communication de masse. Il s’agit des prises de position publique qui s’inscrivent
dans une logique d’influence et visent l’opinion publique. Certes, les médias jouent
dans ce cas, plus un rôle de relais par rapport à ces problèmes portés par les unions de
producteurs, qu’un rôle d’initiateur. Néanmoins, « ils accelèrent et élargissent le
cercle où se passe le sceptre » (Massardier, 2003 : 80), et les acteurs politiques
peuvent être conduits à réagir du fait de la médiatisation. D’où, la constitution des
espaces publics de débats qui favorisent la mise sur agenda des problèmes publics de
gestion des ressources naturelles. Ce type d’action repose également sur les
ressources politiques et financières dont dispose l’UCPC. Cette dernière a la
possibilité de prendre la parole au nom de l’intérêt général des acteurs ruraux dont,
elle défend les valeurs "paysannes". Ce qui lui permet de mobiliser ces ruraux autour
des comités de gestion. L’expertise et les ressources sont alors des valeurs qui
determinent la capacité d’action des groupes organisés tels que l’UCPC. Par ailleurs,

174
elles conditionnent les agissements que ces groupes envisagent et qu’ils estiment
possibles (Hassenteufel, 2011).

En effet, à la suite des différentes démarches, l’UCPC a demandé aux acteurs ruraux
de se réunir en comité pour mieux gérer les ressources naturelles. Pour justifier cette
nouvelle orientation, un sage précise que « woda sari tin – il n’y a plus de loi
aujourd’hui », autrement dit les institutions étatiques ne sont plus compétentes et les
"gens du village" doivent s’organiser et créer des comités, afin de limiter les dégâts du
déboisement. Ainsi, la majorité des comités de gestion ont été créé sous forme de
groupes organisés pour lutter contre la coupe anarchique des bois d’œuvre dans la
commune de Ouassa Pehunco et plus précisément dans l’arrondissement de Tobré.
Chaque village a créé son comité de jeunes, de sages, ou de groupe mixte aidé par les
membres de l’UCPC.

6.2.2. La mobilisation au sein l’UCPC

Dans les dispositions règlementaires relatives à la gestion de l’environnement,


s’inscrit le décret N°2004-273 du 12 mai 2004 portant sur l’approbation de la Charte
sur la Gouvernance Environnementale. Ce décret stipule en son article 14 que : « la
société civile a particulièrement pour rôle et responsabilité d’être attentive aux
pratiques en matière de gestion environnementale et de se constituer en groupes de
pression pour influer sur les décisions et les pratiques portant atteinte à
l’environnement ». S’appuyant sur cette disposition règlementaire, les membres de
l’UCPC ont tenu dans le même mois de février 2006, une série de réunions dans les
locaux de leur organisation pour décider de la façon la plus adéquate de résoudre le
problème de la gestion frauduleuse des forêts dans la localité de Tobré. La première
réunion tenue le 11 février a connu la participation des membres de l’UCPC. Lors de
cette réunion, il a été retenu de créer des comités de gestion des ressources naturelles
dans les trois arrondissements de Ouassa à savoir Tobré, Pehunco et Gnemasson. Ces
« comités seront chargés d’agir sur le terrain en renvoyant les scieurs et les
exploitants forestiers qui ne sont pas en règles. Ils peuvent opérer des saisies de
matériels (tronçonneuse) en cas de refus de s’exécuter, arrêter les camions chargés de
bois, etc. » (C.A de Pehunco, le 12.5.2010). Cinq jours plus tard s’est tenue la
deuxième réunion pour informer les acteurs locaux concernés par ces opérations

175
décidées lors de la première rencontre. Ainsi, le 16 février 2006, l’ensemble des
délégués de quartiers, les éleveurs, les scieurs locaux qui sont des "gens du village"
parmi lesquels les exploitants forestiers recrutent la main-d’œuvre ont été réunis dans
cette salle de l’UCPC et l’information est passée. Lors de cette même réunion un
comité communal de gestion des ressources naturelles a été mis en place. Il est
composé de treize membres dont un président Tamou Soumaïla qui est celui qui
présidait déjà l’UCPC. Le comité communal est chargé de faire appliquer « les
différentes résolutions afin de rendre fonctionnels les comités d’arrondissement, de
répondre en cas de litige entre les acteurs locaux et les acteurs extérieurs » (Extrait de
rapport de séance, du 16.02.2006). Les différents responsables ou chefs de comité au
niveau des arrondissements ont également tenu des réunions dans leurs villages
respectifs afin d’informer les "gens du village" qui n’étaient pas à la réunion et de
mobiliser et d’informer plus de personnes autour de cette gestion des ressources
naturelles pour qu’elle devienne un problème public. En fait, la mobilisation et
l’information ont été indispensables pour permettre aux comités de publiciser le
problème, dans le but d’asseoir leur pertinence en tant qu’espace de débats publics
dans l’arène locale de gestion des ressources naturelles. Particulièrement,
l’information a été un élément important dans la gestion des différentes relations
sociales entre les acteurs locaux et l’Etat dans la suite des évènements.

Dans les jours qui ont suivi, les évènements autour de la gestion des ressources
naturelles ont pris effectivement une allure publique, et plus tard ont révélé les
interactions entre membres des comités et représentants de l’Etat que l’on pourrait
qualifier de "réseaux d’interdépendance". Cette notion en référence à la métaphore de
réseau politique publique permet de« rendre compte de formes d’interaction entre
intérêts publics et privés » (Lascoumes et Le Galès, 2007 :63). Dans le contexte de
Tobré, la notion de réseau apparaît particulièrement appropriée pour analyser les
politiques publiques de gestion des ressources naturelles « caractérisées par une
grande diversité des acteurs, par l’importance des liens informels, par la forte
personnalisation des interactions, par des phénomènes d’interdépendance multiples,
par l’absence d’acteur central et par la multiplicité des arènes institutionnelles »
(Hassenteufel, 2011 :152). Toutefois, l’analyse sera limitée ici à trois principales
structures liées par des interdépendances de pouvoirs économiques, institutionnelles
et fonctionnelles.

176
6.2.3. Le réseau d’interdépendance de pouvoir entre l’UCPC, la
mairie et les services des Eaux et Forêts

A la suite de la mobilisation, une controverse publique s’engage. Premièrement, les


comités de gestion d’arrondissement et communal ont mis en application les
résolutions prises à travers des arrestations de camions chargés de madriers et de
saisie de tronçonneuses. Mais, ces actions ont donné lieu à l’emprisonnement de son
chef de file et de certains membres de l’UCPC en début mars 2006. Il se rappelle des
faits :
« …Après cette mobilisation, la population a commencé l’arrestation des
camions chargés de madriers frauduleusement exploités dans nos forêts (…)
C’est dans la même logique que moi, en tant que président UCPCet président de
comité communal de gestion, j’ai arrêté un camion. Nous, nous sommes ensuite
réunis à l’UCPC ex-USPP avec certains membres du comité de gestion. Nous
avons demandé à l’exploitant forestier de s’expliquer. Il a même promis de nous
donner de l’argent et nous avions refusé (…) En dehors de ce titan, au total nous
avions arrêté trois titans dans la même période qui ont servi à réparer un magasin
à Woku, à réaliser une fontaine d’eau dans le même village (…). C’est ce qui a
fait mal aux autorités. C’est comme si on les défiait. La direction des Eaux et
Forêts nous a envoyé une convocation depuis Natitingou pour une réunion à la
direction (…) Nous, nous sommes rendu et au cours de l’entretien avec le
commandement Warapké et sans aucun autre motif, il a demandé de
m’emprisonner (…) J’ai fait trois jours au commissariat avec certains collègues
qui me soutenaient. Le commandant a prétendu que je n’ai pas le droit d’arrêter
les madriers. Il nous a demandé de payer une amende de 700 000 FCFA parce
que nous avions vendu une partie des madriers pour réaliser les forages, réparer
des magasins, etc. Notre structure UCPC nous a emprunté cette somme. Plus tard
le même Warapké est revenu pour nous voir, pour dire que nous devons payé
encore une somme et c’est la mairie qui a payé les 220.000F puisque les services
des Eaux et Forêts ont trouvé que nous sommes entrain de jouer leur rôle… »
(Pehunco, le 03.04.2010).

Au lendemain de l’emprisonnement du chef de comité communal, le comité de


gestion est parvenu à travers ses actions à inscrire la gestion des ressources naturelles
dans l’espace public. Ce n’est plus seulement les membres des comités qui en font
leurs préoccupations, même les "gens du village" se sont mobilisés pour faire changer

177
les choses. Ils ont notamment renvoyé les exploitants forestiers, et les agents des Eaux
et Forêts en service dans cette localité de Ouassa (Tobré, Pehunco et Gnemasson). La
radio locale nanè FM est devenue pour ces membres de l’UCPC, un espace pour faire
passer des communiqués d’interdiction de coupe, de mobilisation de l’opinion
publique. Ces comités et ces médias représentent désormais les espaces de débats sur
le problème public de gestion des ressources naturelles. Ils servent également de
canaux de revendications de multiples problèmes, parfois contradictoires. La lutte
contre la gestion frauduleuse des ressources naturelles se complexifie et le nombre
d’acteurs se multiplie. Ce qui permet à l’UCPC de renforcer son efficience à peser
dans les décisions sur la gestion des ressources naturelles.

En effet, l’UCPC qui représente les comités de gestion n’est pas un nouvel acteur
dans ce domaine puisqu’il a déjà géré les conflits récurrents entre agriculteurs,
éleveurs et agents forestiers. Mais, leur efficacité s’est renforcée depuis la
mobilisation autour de la crise de la gestion des ressources naturelles et surtout depuis
l’emprisonnement du chef de comité. Pour comprendre cela, il faut rappeler les
interactions qui lient les différents acteurs concernés et impliqués dans cette gestion
des ressources naturelles. Les principaux acteurs impliqués dans ce problème public
sont l’UCPC, la mairie et les services des Eaux et Forêts. Chacun de ces acteurs
disposent d’un pouvoir qui lui permet d’exercer la coercition sur l’autre. La mairie
détient le pouvoir politique et règlementaire, l’UCPC est doté de pouvoir économique
et le service des Eaux et Forêts dispose du pouvoir para-militaire dans la gestion des
forêts. Ils sont interdépendants et forment un "réseau". Le problème public de gestion
a donc été une opportunité pour chacun de ces acteurs de faire valoir son pouvoir pour
accroître ou garder sa légitimité, car comme le soulignent Lascoumes et Le Galès,
« l’action publique est indissociable des enjeux de légitimité des détenteurs de
l’autorité » (2007 :41).

C’est dans ce sens que les membres de l’UCPC s’étaient réunis le 9 mars 2006, après
le relâchement de prison du chef de comité et président de l’UCPC, pour décider de
non seulement renvoyer les agents des Eaux et Forêts, mais aussi de ne plus verser les
Taxes de Développement Locale (TDL) de la campagne 2005-2006 à la mairie, qu’ils
pensaient être complice des agents des Eaux et Forêts et des exploitants forestiers. Or,
ces TDL qui se situent entre quinze à vingt millions de francs CFA par campagne

178
cotonnière, constituent les fonds internes les plus importants générés par la commune.
Ces fonds permettent à la mairie de réaliser la grande partie des actions prévues. Par
cette décision, l’UCPC avait décidé de contraindre la mairie à revoir sa position par
rapport aux problèmes publics de gestion des ressources naturelles. Elle en a profité
pour soulever l’ambigüité que relève par ailleurs cette taxe. En effet, dans une analyse
faite sur la mobilisation de ressources locales en Afrique, les auteurs soulignent qu’en
l’absence de texte d’application que cet impôt ne devrait pas être collecté (Chambas
& al. 2007). De plus, pour le cas des filières organisées comme la filière coton qui
peuvent plus facilement que d’autres faire l’objet de prélèvements fiscaux, une
concentration de la fiscalité locale sur les filières organisées conduit à des distorsions
défavorables notamment aux productions d’exportation (idem). Ainsi, cette taxe serait
« une faveur que l’UCPC accorde à la mairie, et non un droit » (un membre de
l’UCPC, Pehunco le 3.5.2010).

Pendant la même période, la mairie avait aussi pris des décisions pour limiter les
ardeurs des comités de gestion dans leurs nouvelles démarches de gestion des
ressources naturelles. En fait, la mairie a usé de son droit de gestion sur la radio locale
nanè FM en tant qu’autorité politique en charge de la communication, pour interdire
les communiqués radio signé par l’UCPC. « Seuls les communiqués signés par la
mairie passaient sur les ondes » (un agent de la radio, le 23.4.2010). Pour autant, cette
radio a été entièrement financée par l’UCPC à partir des TDL. Vu le rôle des médias
dans la construction des problèmes publics, la mairie, en détenant le monopole de cet
espace était parvenue à maintenir une relative accalmie autour de ce problème de
gestion des ressources naturelles.

Les agents des Eaux et Forêts quant à eux, ont réagi, en faisant la patrouille dans les
champs de coton pour sanctionner les producteurs qui avaient transgressé la loi
forestière en coupant les arbres interdits de coupe (néré, karité, afzélia, etc.). Les
amendes ont été distribuées aux paysans pendant cette période de crise. Il a fallu
l’intervention du roi pour calmer les "gens du village" qui avaient décidé de mettre à
exécution le renvoi des agents des Eaux et Forêts présents sur leur territoire.

L’Etat qui avait le monopole de la gestion des ressources naturelles s’était trouvé en
face d’une opinion publique capable de modifier le rapport hiérarchique de définition

179
et de mise en œuvre de politique publique. C’est donc dans cette interaction de
pouvoir et de contre-pouvoir, d’enchevêtrement de plusieurs problèmes, parfois
contradictoires : (la gestion frauduleuse de bois d’œuvre, le redressement de la
fiscalité locale et la protection des espèces végétales en disparition), que les comités
de gestion ont réussi à inscrire leurs actions dans les politiques publiques de gestion
des ressources naturelles. Ainsi, cette dimension interne du fonctionnement des
comités de gestion, les différentes ressources dont ils disposent, leurs modes d’action
et leurs formes organisationnelles sont donc nécessaires pour comprendre la
dimension externe de leurs activités qui leurs permet d’être considéré désormais
comme les nouveaux acteurs avec lesquels l’Etat doit compter pour définir et mettre
en œuvre les politiques dans ce domaine.

6.2.4. La montée en puissance des comités de gestion

Cette montée en puissance des comités s’observe à travers l’inclusion du chef comité
dans le conseil communal. En effet, le chef de comité, président de l’UCPC a été
plébiscité par l’opinion publique quelques mois après la controverse publique au poste
de chef d’arrondissement de la commune centrale de Ouassa Pehunco, suite aux
élections communales de 2008, afin de lui faciliter ses actions de lutte contre la
gestion frauduleuse de bois d’œuvre.
« C’est pour que Tamou Soumaïla puisse nous aider à mieux gérer notre comité
que nous l’avons motivé à être candidat et nous avons voté pour lui » M.T à
Tobré le 10-10-2009

Cela se voit également dans la biographie du chef de comité communal de gestion des
ressources, président UCPC

« Le responsable de comité Tamou Soumaïla est né en 1970. Il est issu du clan


wassangari et a occupé les fonctions suivantes : gérant de la Caisse Rurale
d’Epargne et de Prêt (CREP), secrétaire groupement villageois de (1992-1997),
président Union Communale Producteur de Coton, président des Unions
Départementales de Producteur de Coton Atacora-Donga et président de la
Commission intrant coton au niveau national de (1997-2008). Depuis 2008, chef
d’arrondissement Pehunco et président de la commission des affaires domaniales

180
et environnementales. En 2009, il a sollicité l’aide des chasseurs traditionnels
odε. En 2010 il formalise le comité de gestion à partir des lois sur la gestion des
ressources naturelles définies dans le cadre de la décentralisation. Il continua son
activité de lutte contre l’exploitation frauduleuse. Et est de nouveau arrêté à la
brigade de Pehunco et déféré à la prison civile de Natitingou pendant 3 mois
avec neuf autres membres du comité en avril 2011 » (Extrait de l’entretien avec
Tamou Soumaila, Pehunco, le 3.4.2010)

Ainsi, le leader a connu des promotions et le comité de gestion a pu se faire une place
dans l’arène des politiques publiques de gestion des ressources naturelles. Il a pu se
faire élire président de la commission des affaires domaniales et environnementales
au sein du conseil communal. En 2006, lors de l’emprisonnement du chef de comité,
il lui était reproché que le comité ne repose sur aucune loi. Après son élection à la
mairie il rectifie cette défaillance en s’associant d’abord aux chasseurs traditionnels
odε puis en adaptant la loi 97-028 portant sur l’organisation de l’administration
territoriale aux normes du comité.

En fait, la structuration du comité autour des odε est liée à leur statut de braves
hommes, reconnu par la tradition, mais surtout au fait qu’ils sont reconnu par l’Etat
comme étant des agents de l’ordre chargé de garder les pistes rurales et les routes les
nuits. C’est à ce titre qu’ils sont chargés d’effectuer des descentes ponctuelles et
inopinées dans les forêts et d’aviser le responsable du comité en cas d’arrestation d’un
fraudeur. Très souvent, ils sont investis de cette mission à la suite de réunions et de
formations que leur donne le responsable du comité. Leur rémunération dépend de
l’efficacité de l’opération, des gains issus des amendes et des saisies des
tronçonneuses. Mais les odε ont la possibilité de négocier directement avec les
fraudeurs afin de ne pas les dénoncer. Donc, le comité n’est averti qu’en cas d’échec
de négociation. C’est donc un biais inhérent au comité qui risque d’accroître le
nombre d’agents corrompus et donc de perpétuer le système de corruption qui
constitue déjà une gangrène dans la pratique de la gestion forestière. Le président des
odε, nous confie ceci :

« ….certes nous sommes réunis pour faire un travail bénévole dans l’intérêt
général de la communauté, mais il faut mettre les outils de travail à disposition.

181
Car c’est un métier à risque et il faut être à tout moment armé afin de pouvoir se
défendre en cas de danger. Or, nous ne disposons que de nos vieux fusils de
chasse… Mieux, il faut une reconnaissance de notre job au niveau de l’Etat. Le
comité ne pouvant pas faire face à tous les risques éventuels… » B.S. Tobré,
12.10.09.

De cet entretien, il ressort qu’en dehors de l’insuffisance de matériel de travail, le


manque de couverture réglementaire pour couvrir les risques de travail est une
préoccupation de ces chasseurs traditionnels. Alors pour éviter de reprendre les
mêmes failles, il faudrait que les comités se dotent des moyens légaux et légitimes.

Ainsi, le 10 février 2010 le chef de comité a réuni les membres de l’UCPC et a établi
un acte d’autorisation inspiré des textes de loi portant sur l’organisation de
l’administration territoriale au Bénin, qu’il maîtrise désormais. Il s’agit de « la loi N°
97-028 du 15 janvier 1999 portant sur l’organisation des communes en République du
Bénin en ces articles 82, 84, 94 et 96 qui confère certaines prérogatives aux conseils
communaux à travers les compétences qui leur sont propres en tant que collectivité
territoriale décentralisée et conformément à la constitution du 11 décembre 199073.
Cet acte leur permettra de continuer l’arrestation des scieurs, de leurs camions, de
confronter les exploitants illégaux devant la justice, etc.

73
Article 82 La commune dispose de compétences qui lui sont propres en tant que collectivité
territoriale décentralisée. Elle exerce en outre, sous le contrôle de l'autorité de tutelle, d'autres
attributions qui relèvent des compétences de l'État. Elle concourt avec l'État et les autres collectivités à
l'administration et à l'aménagement du territoire, au développement économique, social, sanitaire,
culturel et scientifique ainsi qu'à la protection de l'environnement et à l'amélioration du cadre de vie.
Article 84 La commune élabore et adopte son plan de développement. Elle veille à son exécution en
harmonie avec les orientations nationales en vue d'assurer les meilleures conditions de vie à l'ensemble
de la population. Dans ce cadre: 1) elle élabore les documents de planification nécessaires :Le schéma
directeur d'aménagement de la commune, 'le plan de développement économique et social, les plans
d'urbanisme dans les zones agglomérées ;Les règles relatives à l'usage et à l'affectation des solsLes
plans de détails d'aménagement urbain et de lotissements ;2) elle délivre les permis d'habiter et les
permis de construire ; 3) elle assure le contrôle permanent de la conformité des réalisations et des
constructions avec la réglementation en vigueur.
Article 94 La commune a la charge de la création, de 1'entretien des plantations, des espaces verts et de
tout aménagement public visant à l'amélioration du cadre de vie. Elle veille à la protection des
ressources naturelles, notamment des forêts, des sols de la faune, des ressources hydrauliques, des
nappes phréatiques et contribue à leur meilleure utilisation. Elle est consultée sur tout aménagement
relatif aux sites miniers se trouvant sur son territoire.
Article 96 La commune donne son avis chaque fois qu'il est envisagé la création sur son territoire, de
tout projet susceptible de porter atteinte à l'environnement. Elle prend en considération la protection
des terres agricoles, des pâturages, des espaces verts, de la nappe phréatique, des plans et cours d'eau
de surface dans l'implantation des différentes réalisations à caractère public ou privé.

182
Ainsi, outre les ressources financières dont disposent les comités, ils se sont dotés de
ressources juridiques leur permettant d’agir conformément à la loi en ce qui concerne
la gestion des ressources naturelles et d’avoir la possibilité de faire recours aux
instances judiciaires en cas de besoin. De fait, ils peuvent s’opposer aux décisions
publiques dans la mise en œuvre des politiques publiques. Ceci accroît leur
reconnaissance tant par les acteurs politiques que par les acteurs de droit. Il en résulte
une fragmentation de l’espace public de débats au nom de laquelle, les comités
contribueraient à retirer à l’Etat le monopole de gestion des forêts auquel il prétendait
il n’y a pas encore si longtemps, grâce surtout à leur capacité à s’organiser
collectivement (Massardier, 2003). A Tobré le cas le plus visible est l’action des
comités qui s’investissent dans le domaine du développement local à partir des rentes
forestières. Ce qui donne l’allure d’une gestion polycentrique des ressources
naturelles.

6.3. Gestion polycentrique des ressources naturelles

Ici, je tente de montrer comment ces comités de gestion dans leur rapport quotidien
avec l’Etat parviennent à le suppléer dans les domaines où il est prioritaire. En effet,
c’est au fil du temps et à la faveur du processus de la décentralisation que ces comités
ont acquis et vont acquérir toujours plus de pouvoirs et de rôles. Ce constat est
également fait par Commaille (2004), qui souligne que la décentralisation a imposé le
poids du local dans des représentations qui ne connaissaient que le national. De fait,
au nom de la décentralisation la mairie a besoin des chefs de comités que sont les
délégués de quartier ou de village pour la soutenir dans sa gestion des ressources
naturelles et réciproquement. Ceux-ci occupent des positions où des décisions sont
prises pour servir les intérêts des "gens du village" dans le cadre du développement
local. Dans ce contexte d’interdépendance, la hiérarchie s’efface souvent entre les
différents acteurs et leur rapport s’articulent autour de la concurrence motivée par des
intérêts multiples et parfois irréconciliables (Wollenberg et al., 2001). Par conséquent,
il y a comme une fragmentation des actions de l’Etat qui renvoie à son caractère
polycentrique (Massardier, 2003).

La gestion polycentrique que j’illustre dans le cas de Tobré, se passe d’une part entre
les acteurs étatiques situés à différents niveaux de décision (commune,

183
arrondissement, village ou quartier de ville) et d’autre part entre ces acteurs et les
comités de gestion. Elle sera articulée autour de ce problème public de la gestion des
ressources à travers deux études de cas : l’une portant sur la multiplication des centres
de décision à partir du fonctionnement de CVG et d’autres comités et surtout de
l’horizontalisation des acteurs et de leurs logiques d’action qui concurrence celle de
l’Etat et l’autre sur le rebondissement des conflits entre comités et représentants de
l’Etat, qui permet d’aller vers un pacte entre les multiples acteurs situés à différents
niveaux.

6.3.1. La multiplication des centres de décision

Dans cette partie, je présente d’abord le contexte communal de la gestion


polycentrique que j’illustre ensuite par le cas de Tobré. Ainsi, j’aborde la
multiplication des centres de décision à partir du principe de délégation de pouvoir
inhérent aux textes de loi sur la décentralisation, notamment la loi 97-029 et son
article 94 qui donnent une part importante aux acteurs locaux dans la gestion des
ressources naturelles. Selon cette loi, il est prévu au niveau communal, une
Commission des Affaires Domaniales et Environnementales (CADE) composée de
trois conseillers dont un président et un vice-président et chargée d’aider le maire et le
conseil communal à trouver des réponses adéquates sur toutes les questions touchant
l’aménagement du territoire et la gestion de l’environnement.

Au niveau village, ce sont les comités villageois de gestion (CVG) qui sont chargés
d’aider la mairie à gérer les ressources de chaque localité à travers la collecte des
Taxes de Développement Locales de (TDL) sur le bois. Or, dans le contexte antérieur
de gestion des ressources naturelles, seule la Direction de l’Aménagement et de
Gestion des Ressources Naturelles (DAGRN) avait le droit de délivrer un permis de
coupe de bois. Le service des Eaux et Forêts a la compétence d’autoriser
l’exploitation. Mais, depuis le processus de la décentralisation, les CVG ont été
associés à la délivrance d’une fiche autorisant les exploitants forestiers à exercer.
Cette fiche est conçue par la mairie pour permettre la collecte des TDL sur le bois. A
partir de cette fiche, l’exploitant forestier peut obtenir facilement l’autorisation de
coupe de bois. Elle est retirée contre 5000 FCFA auprès de l’agent forestier en poste
dans la commune. Cela favorise la multiplication des centres de décision. En effet,

184
selon la procédure l’accord de plusieurs acteurs clefs est nécessaire pour valider la
fiche. Il s’agit notamment des "propriétaires" de forêts souvent les autochtones du
village, le délégué du village ou de quartier, le maire ou le chef d’arrondissement,
l’agent forestier. Tous ceux-ci doivent apposer leur signature. Particulièrement,
l’accord des acteurs locaux que sont les gens du village est très important pour éviter
les conflits entre ces derniers et les exploitants forestiers. A cet égard, le principe de la
fiche de coupe de bois se rapproche des conventions locales74 (Lavigne Delville,
2001 ; Bonnet, 2000 ; Djiré, 2003).

Les comités villageois de gestion, peuvent imposer la définition des règles d’accès et
de contrôle des ressources naturelles communes. Ils peuvent suivre la mise en œuvre
de ces règles. Ce pouvoir de décision dont ils disposent leur permet de s’inscrire non
seulement dans les arènes des pouvoirs locaux, mais également dans divers rapports
avec l’Etat et ses services déconcentrés représentés à différents niveaux (service
technique de la mairie, service des Eaux et forêts, etc.). Pour Lavigne Delville, du fait
de ce pouvoir de décision, « les instances de gestion peuvent être monopolisées par
les pouvoirs coutumiers, ou au contraire être contrôlés par des factions rivales ou de
nouvelles notabilités en émergence » (Lavigne Delville, 2012b : 2). Il en ressort une
multiplication des centres de décisions et parfois une disparition de la hiérarchie entre
acteurs locaux et Etat dans leurs logiques d’actions et leurs discours en rapport avec la
gestion des ressources naturelles.

6.3.2. Les formes horizontales d’interaction entre acteurs de la


gestion des ressources naturelles

Un autre aspect important de la gestion polycentrique des ressources naturelles


s’observe dans la délivrance des services publics. Il se situe dans la continuité du
service public intégré à des stratégies de développement local ou communautaire et
qui consiste à conférer la gestion des infrastructures à des acteurs privés, publics ou
associatifs (comités et associations ad hoc souvent élus) (Kpachavi et Bako-Arifari,
2011). C’est dans ce contexte qu’apparaissent souvent les formes horizontales

74
La convention locale est un instrument novateur de gouvernance locale des ressources naturelles
développé dans les années 1980-90 pour pallier l’échec de nombreux modèles de gestion des
ressources naturelles (gestion participative, gestion des terroirs, aménagement participatif, etc.) et
surtout pour remédier aux conflits entre acteurs locaux autour de la gestion de ces ressources.

185
d’interaction entre ces acteurs par rapport à l’Etat. Dans le cas de Tobré,
l’intervention des comités de gestion dans la réalisation des infrastructures
communautaires (station de pompage d’eau, centre de santé, école, etc.) se fait dans
un contexte socio-politique différent des contextes habituels de délivrance de ces
services. Ce contexte est structuré autour des enjeux de pouvoir et est traversé par des
conflits multiples et des luttes d’intérêts. En effet, dans le chapitres 4, j’avais noté les
troubles politiques crées par l’administration coloniale, notamment les problèmes
d’insubordination de la chefferie de Pehunco vis-à-vis de celle de Tobré, le recul
politique et administratif de ce dernier, du fait de son hégémonie politico-religieuse.
Dans le contexte actuel de la gestion des ressources naturelles, ces faits constituent un
problème public que les fils de Tobré, particulièrement les membres de comités de
gestion tentent d’inscrire dans l’espace public.

Lavigne Delville (2012) avait souligné l’avantage politique accru que tiraient les
responsables de comités de gestion de leur fonction. Il a relevé qu’en tant
qu’interlocuteur et administrateur des projets, ils devenaient de véritables notables
locaux. Le chef de comité dont il est question ici est également le chef
d’arrondissement (CA). Les comités villageois de gestion qu’il cordonne sont mis en
place par la mairie. Contrairement aux comités de gestion créés par les membres de
l’UCPC, ces comités villageois (CVG) travaillent pour la commune et inscrivent leurs
actions dans les objectifs globaux de développement local. A ce titre, le chef de
comité est le principal acteur de la gestion des différents projets et des infrastructures
de base. Ce qui lui a permis de se positionner dans une logique d’action très
concurrentielle par rapport à l’Etat, plaçant ainsi les comités villageois de gestion
dans une situation "d’indépendance" de fait de la hiérarchie du pouvoir d’Etat. Pour
comprendre cela, il est important de connaître le profil de ce chef comité qui, pour les
acteurs locaux est « un personnage particulier qui accumule des atouts qui justifient
son élection à ces différentes responsabilités » (informateur, à Tobré le 5.3.2010).

« Gounou Séro né vers 1958 à Tobré, prince wassangari, ancien adjudant


chef de l’armée béninoise à la retraite, chef d’arrondissement de Tobré, chef
des comités villageois de gestion des ressources naturelles à Tobré, et
candidat favori à la prochaine élection de la chefferie politique de Tobré
depuis le décès du roi Orou Suru en 2011 (…) Sa candidature est soutenue

186
par le collectif des faiseurs de roi. Il serait celui qui pourrait laver l’affront
des années coloniales et faire revivre à Tobré ses périodes de gloires perdues
en ce qui concerne la chefferie politique. Surtout il pourrait faire face à la
menace que représente la chefferie de Pehunco, parce que l’actuel roi de
Pehunco, un instituteur à la retraite aurait des prétentions d’inverser les
principes de subordination qui le lie à Tobré. Le niveau intellectuel du CA
est un atout qui permet de discuter à niveau égal avec le roi de Pehunco… »
(Condensé biographique issu de différents entretiens, Tobré 2012).

On comprend qu’au-delà de la délivrance des services publics de base pour laquelle le


chef du comité est nommé, il est mêlé à d’autres actions de la politique locale. En
effet, pour atteindre ces objectifs, le CA s’est appuyé non seulement sur les faits
historiques qui opposent Tobré à Pehunco, mais également sur les conflits sur la
gestion frauduleuse des ressources naturelles. Ainsi, il a créé d’abord un
environnement favorable pour instituer sa logique de développement local, ensuite il a
réformé les CVG pour financer le développement, et enfin il a cherché à accéder à la
chefferie locale.

Dès son élection à la tête de l’arrondissement de Tobré, il entreprend un certain


nombre d’actions. Il a procédé à une suite de dénonciations, qui lui a permis de se
construire une représentation autour de sa conception du "développement". C’est à
partir de cette référence qu’il a proposé ses solutions et a organisé ses actions. Selon
Gounou Sero, les grands arbres du village abriteraient les mauvais génies qui
hanteraient en permanence le village. Il a convaincu tous les notables, sages et
autorités coutumières, que le retard d’urbanisation de l’arrondissement est dû à ces
arbres "symboles de domination coloniale et post-coloniale75". Mieux, il a insinué que
c’est sous ces arbres que les individus mal intentionnés venant de Pehunco font des
pratiques occultes pour empêcher le "développement" de la localité de Tobré. C’est ce
qu’aurait affirmé le devin consulté dans la région de Djougou76.

75
Ce sont pour la plupart des manguiers plantés à l’époque coloniale et après les indépendances. Ces
arbres ont servi de bois de feu dans les ménages.
76
En milieu baatonu tout nouveau chef demande l’autorisation des génies et des ancêtres. En cas de
refus, il s’adresse à un devin pour savoir les sacrifices à faire (cf. chapitre 3). C’est dans ce contexte
que le nouveau CA, en tant que prince gens du pouvoir à procéder à la destruction des « grands arbres
du village ».

187
« …C’est nous qui avions demandé la coupe de tous les grands arbres du village.
Car, un devin que nous sommes allés consulter dans l’Atacora, nous a révélé que
ces arbres sont le siège des malfaiteurs qui arrièrent nos villages. J’ai fait le
compte rendu aux sages et notables du village et j’ai fait venir le charlatan qui
leur a confirmé cela. Ce qui a permis d’avoir leur accord » Gounou Séro C.A. de
Tobré, le 28.5.09.

Pour le CA, cette volonté des "gens" de Pehunco d’arriérer la localité de Tobré
remonte au temps colonial et post-colonial. Il accuse ainsi ces gens de Pehunco
d’avoir profité de la domination coloniale pour créer et affirmer la suprématie de la
chefferie politique de Pehunco qui n’était qu’un village dépendant de la chefferie de
terre de gbogbo. Cette argumentation a eu un effet psychologique spectaculaire qui a
facilité la légitimation de toutes les autres actions entreprises par le CA porteur dudit
projet.

Photo 4 : Arbre coupé pour exorciser le village

A l’image de cet arbre, c’est plus d’une centaine d’arbres qui ont été coupés dans le
cadre du projet de relance de développement proposé par le CA de Tobré.

Le CA propose les rentes forestières pour financer son programme de développement.


Et pour cela, il faut réformer les comités villageois de gestion mis en place par la
mairie. Il a d’abord fait une campagne de sensibilisation auprès des différents chefs
villages et chefs quartiers afin de leurs demander de s’associer pour mieux gérer les
ressources naturelles de leur localité. Il a ensuite revu les membres des comités en
associant au délégué de village, un conseiller, un secrétaire, un guide ou pisteur qui
maîtrise la forêt et peut conduire l’exploitant en cas de demande de coupe, un sage qui
détient l’histoire des répartitions ou de zonages des forêts suivant les clans

188
autochtones et qui renseigne en cas de besoin. Enfin, il a décentralisé les TDL sur le
bois de la mairie vers l’arrondissement, afin de réaliser directement les infrastructures
communautaires. A ce propos, il dit :

« Je suis quelqu’un qui a la maîtrise de la gestion des hommes, et qui dans ma


fonction actuelle de CA est très écouté au niveau du conseil de l’arrondissement
et par la majorité des habitants de mon territoire. Je suis très populaire et suis
devenu chef d’arrondissement grâce à ma disponibilité à résoudre les problèmes
des acteurs ruraux (…) A mon actif, je mets la redynamisation de
l’arrondissement en ce qui concerne les réalisations suivantes : la forte animation
du marché qui est un signe de prospérité pour le village, la construction d’une
latrine publique au niveau du marché, la construction de plusieurs forages (les
toilettes) partout dans l’arrondissement, la construction du nouveau bureau de
l’arrondissement par ma capacité à drainer les fonds du gouvernement Yayi Boni
vers ma localité, la construction de deux modules de quatre classes, la création
de deux collèges : un à Wassa-Maro et un à Tobré centre, l’addiction d’eau
AEV à Tobré, etc. (…) En ce qui concerne les projets à court terme, je veux
réaliser : l’électrification rurale à Tobré, et à Wassa-Maro, le lotissement à
Tobré, à Tonri et Wassa-Maro, la création d’un cimetière et d’un terrain de
football, etc. (…) Je pense développer l’arrondissement dans la concorde. Sinon
que chaque fois que je fais quelque chose, c’est d’une manière concertée avec les
acteurs ruraux c’est-à-dire après les assemblés générales avec le comité de
gestion » Gounou Sero, CA de Tobré, le 12.3.2012.

A travers ces actions menées, le CA, devenu chef de comité a acquis plus de pouvoirs
et de rôles. Les positions de pouvoirs qu’il occupe lui permettent de se mettre au
même niveau d’intervention que les représentants de l’Etat tant dans les activités de
protection de la nature que dans les actions de développement local. Ainsi, l’action
publique de la gestion des ressources naturelles dans le contexte actuel de la
décentralisation s’éloigne de la conception classique des sciences politiques selon
laquelle, l’Etat centralisé agit au travers des normes "autoritaires". Elle se comprend
comme l’évolution plus ou moins coordonnée d’actions menées par de multiples
acteurs (publics ou privés) situés à différents niveaux interdépendants (local,
communal, national, international). L’action publique de la gestion des ressources
naturelles n’est pas le seul fait des autorités publiques et doit être comprise comme le

189
résultat d’actions se déroulant sur de multiples espaces liés entre eux de manière
moins verticale et linéaire qu’horizontale et circulaire (Delvaux et Mangez, 2008).

En ce qui concerne les rôles nouvellement acquis par le CA, ils sont le produit des
positions de pouvoirs. C’est ce qui ressort de l’entretien avec certains acteurs locaux
qui témoignent de l’efficacité des comités et par delà de la compétence de son chef à
qui d’autres tâches relevant de la vie politique sont déjà confiées, notamment la
réhabilitation de la chefferie locale de Tobré en perte de notoriété depuis les périodes
coloniale et post-coloniale. En effet, en dehors de ces réalisations et de cette ambition
de développement que lui reconnaissent les gens de sa localité, ils parlent de lui en
ces termes :

« … Il est courageux…il a fait ses preuves en interdisant au roi de Pehunco


d’extraire le zinc au niveau du hameau de Gouboko à 4 km du village de Gonri
dans l’arrondissement de Tobré. Or, tout le monde connaît la réputation de ce
roi, qui n’hésiterait pas à faire des hécatombes autour de lui pour un simple
désaccord. La preuve a son actif des morts : un exploitant forestier et des
dignitaires de la localité, pour des affaires de domaines et de chefferie politique.
Il aurait vendu l’actuel site de l’usine d’égrenage à 150 000 millions, or cela ne
lui appartient pas, il aurait voulu s’accaparer d’un autre site appartenant aux
habitants de Sinawourou sous prétexte que ce sont les Peuls qui le lui ont donné,
les Peuls ont-ils la terre ? C’est donc un roi craint que seul le CA de Tobré a pu
affronter et peut combattre. Il faut donc le faire élire à la chefferie politique de
Tobré pour régler les problèmes historiques, surtout le retour de la jarre sacrée
buyebu, symbole de la prospérité de notre localité… Si Pehunco a prospéré c’est
pour cette raison, car le buyebu a le pouvoir d’attirer les étrangers, or ce sont les
étrangers qui font grandir un village… » (Le conseil des sages de Tobré, le
2.2.2012).

Ainsi, les membres des comités villageois de gestion sont mobilisés pour faire face à
cet éventuel problème de chefferie. Ils pensent élire à la tête des chefferies
traditionnelles « les lettrés en français qui ont la capacité de négocier avec
l’administration publique ou les ONG avec moins d’ignorance » (Chef de terre à
Tobré, le 8.1.2012). Tous ces projets pour reprendre la suprématie dans la gestion des
affaires politiques et de gestion des ressources naturelles, se fait dans une dynamique

190
d’opposition par rapport à Pehunco. Dans cette logique, les CVG de Tobré sous la
responsabilité du CA de Tobré s’opposent aux comités de gestion créés par l’UCPC et
autres comités crée à Pehunco, en ce sens que les chefs de ces derniers appartiennent
à l’aristocratie wassangari de Pehunco qui est accusée d’insubordination. Les chefs de
comités de l’UCPC accusent les comités villageois de Tobré d’encourager la gestion
frauduleuse des ressources naturelles pour le seul compte de développer leur
arrondissement. On constate donc que les comités de gestion des ressources naturelles
ne sont pas seulement en concurrence ou en opposition avec l’Etat, mais entre comités
également. Au-delà du problème public de gestion des ressources naturelles, c’est un
véritable problème socio-politique qui se pose. Il y a donc un amalgame de problèmes
publics qui complexifie l’arène locale de gestion des ressources naturelles.
Particulièrement les rapports entre les comités et l’administration communale se
compliquent.

Toutefois, il faut voir dans cette multiplication des centres de décision et dans cette
horizontalisation des acteurs de la gestion des ressources naturelles, une nouvelle
conception de la gestion des ressources naturelles en termes de recours croissant aux
instances de négociation et de participation des acteurs locaux à des décisions
publiques, depuis le développement de la démocratie et le processus de la
décentralisation. Parallèlement « le cadre de convention et les formes incitatives qui y
sont liées présuposent un Etat en retrait de ses fonctions traditionnelles, renonçant à
son pouvoir de contrainte et s’engageant dans les modes d’échange d’apparence
contratuelle » (Lascoumes et Le Galès, 2007: 113). L’Etat dirigiste est censé faire
place à un Etat activiste ou coordinateur menant principalement des actions de
mobilisation, d’intégration et de mise cohérence, de sorte que l’action publique de
gestion des ressources naturelles viserait en permanence à modifier, à manipuler les
paramètres des institutions au sein desquels les acteurs doivent agir de façon
autonome (idem). Néanmoins, l’ensemble de ces transformations ne conduit pas à un
retrait de l’Etat et à une réduction de sa capacité de contrôle, mais plutôt à une
transformation des formes de coercition (Lascoumes et Le Galès, 2007: 115). C’est ce
qui permet aux comités de gestion de mettre en commun certains de leurs objectifs,
afin de tendre vers un pacte entre eux et les autorités communales sur la base des
politiques collectivement définies.

191
6.3.3. Vers un pacte entre comités et Etat

Ici, je montre que malgré cette tendance à la fragmentation des actions de l’Etat par
les différents comités de gestion, ils tendent vers une stabilisation de leur interaction.
J’illustre cela, à partir d’un conflit entre les comités de gestion et les représentants de
l’Etat à leur plus haut niveau. Tout a commencé par une mise en commun des
objectifs d’une recherche avec l’actualité de la gestion des ressources naturelles dont
voici est un extrait :

« …Mon thème de mémoire était axé sur les grossesses précoces chez les jeunes
filles… J’ai constaté que depuis l’arrivée des exploitants forestiers dans notre
région ce taux va en croissant. Il y en a de même du taux de divorce, de
déscolarisation, etc. Au cours de mon stage à la mairie je me suis rendu compte
que tout le problème était lié à un dysfonctionnement dans la gestion des
ressources forestières…En effet, « la Commission des Affaires Domaniales et
Environnementales, malgré la tâche à elle dévolue qu’est la protection des
ressources ligneuses, volet primordial de la protection de l’environnement, le
constat est qu’aucune action y relative n’a été menée. La fouille des archives ne
nous a pas plus édifié dans ce sens. Et pourtant, l’exploitation anarchique des
ressources ligneuses fait la une des préoccupations des acteurs locaux. Les
dépôts de madriers jonchent les rues et la plupart des concessions de la ville. Pas
un seul jour où un camion titan chargé de bois sciés à la tronçonneuse
accompagné parfois de faux papiers ne quitte la commune. L’activité de
protection des agents assermentés des Eaux et Forêts est presque invisible ou
plutôt se limite à leur positionnement aux abords des routes principales pour
collecter de l’argent et laisser passer les madriers illégalement transportés. Le
constat dans les forêts est alarmant, les dépôts de madriers sont installés partout,
les routes y sont tracées. Il faut remarquer que cette activité illégalement
exercée, est soutenue par les responsables de la brigade de gendarmerie et
certaines autorités locales de la commune. Aucun nom de bûcheron, de scieur,
d’exploitant forestier ou de commerçant de madriers ne figure dans les registres
normalement réservés à cet effet. Et pourtant, la mairie budgétise depuis
quelques années les recettes liées à l’exploitation des ressources ligneuses. Une
Taxe sur le Développement Locale (TDL) est fixée sur le bois. Cette taxe est
collectée par quelques jeunes conducteurs indépendants de la commune recrutés

192
par la mairie qui se positionnent aux abords de certaines routes de
l’arrondissement pour la collecte. » (Madame Kora Zaki Zina, 2012 : 18-19)

A la suite de ce constat, l’auteure Kora Zaki Zina a décidé de mener des actions qui
intègrent les objectifs du comité de gestion créé par l’UCPC, sous couvert de son
ONG-BEL-CRIADE. Elle retrace les faits :

« …Le CA central a été l’un de mes informateurs sur ce sujet de recherche. Je lui
ai alors fait savoir mon intention de m’associer à la lutte contre l’exploitation de
bois d’œuvre, car c’est la seule solution pour résoudre ces problèmes sociaux...
Un jour j’étais donc assise devant ma maison quand mon téléphone a sonné.
C’était le CA de Pehunco qui voulait que je l’aide à arrêter le camion chargé de
madriers en direction de Bassila et qui devait passer devant chez moi. J’ai alors
sollicité l’aide des jeunes qui jouaient au bellotte assis à coté. Nous sommes
donc parvenus à immobiliser le camion à la barrière… C’est ainsi que la lutte a
commencé. Nous avons arrêté plusieurs autres camions et contraint les
chauffeurs à faire le déchargement dans l’enceinte de l’arrondissement. Plusieurs
autorités nous ont contactés, notamment le Chef Brigade, le maire, le délégué et
même le chef village pour qu’on laisse partir les camions. Même sous la menace
d’être emprisonnée, nous n’avions pas cédé. C’est alors quelques trois jours
après, deux de nos jeunes hommes ont été arrêtés et cachés par la brigade. J’ai
aussi reçu deux jours plus tard une convocation pour une réunion. Or, tout était
apprêté pour qu’on nous arrête et nous enfermé. C’est ainsi que le CA central de
Pehunco (Tamou), et huit autres jeunes, nous avons fait trois mois de prison. A
la sortie nous avions continué la lutte et avions préféré la mener dans un cadre
plus légal. Pour le moment le comité est nommé gabatier en référence à l’adage
local « quand on met le feu à la forêt, il y a toujours une touffe d’herbes qui
résiste » Ceci pour signifier qu’il reste encore des gens dignes et capables de
lutter pour la cause de leur village, même si certains sont morts à l’image des
ancêtres qui ont mené la bataille contre le colon, et qu’aujourd’hui la majorité est
prise par la peur et sont très corrompus…» K.Z.Z. le 3.06.2012 à Parakou.

Ce conflit a pris une ampleur nationale tant par le nombre d’acteurs impliqués que par
leurs profils très diversifiés (les agents des Eaux et Forêts, la mairie, les chefs
traditionnels politiques, la justice, la brigade, etc.). En effet, après l’emprisonnement
des membres du comité, les exploitants forestiers concernés ont saisi la justice

193
notamment des huissiers pour constitué des dossiers de défense, les emprisonnés de
leur côté ont également pris des avocats. Il y a une forte mobilisation des acteurs
locaux pour soutenir les emprisonnés, les députés et les responsables politiques de la
localité se sont déplacés pour leur apporter des vivres et aussi pour négocier afin de
laisser tomber la lutte. Mais, au contraire la lutte a continué et le troisième comité
gabatier s’est greffé au comité créé par l’UCPC dont il est issu pour lui apporter le
chainon manquant à travers sa contribution aux débats d’intellectuels.

Le plus important dans la création de ce troisième comité de gestion a été donc la


mise en commun des idées pour mieux affronter les différents acteurs impliqués dans
la gestion des ressources naturelles, notamment la mairie, les agents des Eaux et
Forêts, les services déconcentrés de l’Etat. Les deux comités réunis forment un front
de résistance qui permet de mettre en application plusieurs résolutions prises depuis
des mois sous l’influence des comités de l’UCPC. En effet, de par leurs mouvements,
leurs activités quotidiennes, les chefs comités Tamou Soumaïla et Kora Zaki Zina ont
poussé les autorités communales à tenir des séances de travail, à prendre une série de
décisions, à sortir des arrêtés, à faire des communiqués radio en rapport avec les
résolutions prises depuis 2011.

Le 14 janvier 2011 une réunion s’était tenue à Kèrou sous la présidence du maire de
Pehunco et en présence de tous les acteurs concernés et impliqués (autorités locales
des six communes77, représentants des services déconcentrés de l’Etat, des exploitants
forestiers...). A l’issue de cette réunion, un comité de gestion intercommunal avait été
mis en place pour le suivi des résolutions prises et un communiqué radio diffusé
pendant cinq jours du 17 au 21 janvier 2011 sur les ondes de la radio locale nanè FM
de Pehunco. Le communiqué précisait qu’à la réunion de Kérou, Pehunco a été
reconnu comme le vivrier des scieurs qui écument les forêts des six communes. C’est
pour cette raison que la mairie de Pehunco décida que les scieurs vivant à Pehunco et
leurs logeurs, employeurs, indicateurs avaient quinze jours pour sortir leurs produits
où qu’ils se trouvaient. Pendant ce temps la coupe de bois est suspendue sur toute
l’étendue du territoire communal. Les camions chargés de bois en provenance des
autres communes n’étaient plus autorisés à pénétrer dans la commune de Pehunco et

77
Kérou, Kouandé, Pehunco, Bonikora, Gogounou, Sinendé

194
que la brigade de gendarmerie, l’administration forestière, les chasseurs traditionnels,
les chefs d’arrondissements, les chefs villages, etc. sont chargés de l’exécution sans
faille de la décision de la mairie. Toujours, dans le même sens la mairie a tenu une
réunion entre les conseillers communaux le 14 février 2011 pour constater si le
communiqué est passé et s’il fallait prendre de nouvelles dispositions. Deux autres
semaines ont été accordées aux scieurs pour mettre à exécution les décisions de la
mairie. Le 28 mars 2011 une réunion des conseillers élargie aux chefs comités, aux
présidents de l’association des exploitants forestiers, aux présidents de l’association
des chasseurs traditionnels s’est tenue à Pehunco. Elle a été l’occasion de créer un
comité qui a pour attribution de sensibiliser les populations sur la coupe abusive de
bois, de prendre des mesures pour réglementer cette coupe, de vérifier les
autorisations et autres pièces justificatives de commerce de bois au niveau de tous les
exploitants et commerçants opérant dans la commune, de rendre disponible les procès
verbaux du comité et de rendre compte au maire, etc. Plusieurs autres réunions
communales ont suivi, chaque fois sous la pression du chef comité Tamou Soumaïla
pour rappeler les décisions prises et exiger leur mise en application. Mais, cela n’a été
effectif qu’après la crise généralisée et surtout avec la contribution de Kora Zaki Zina.

Par exemple à la suite des opérations d’arrestation de camions et de saisie de plus de 4


000 madriers par les chefs comités Tamou Soumaïla et Kora Zaki Zina et entreposés
dans les locaux de l’arrondissement, la mairie a mis en application l’arrêté portant
déclaration d’utilité publique sur les bois sciés à la tronçonneuse et saisis dans la
commune de Pehunco. Il s’agit de l’arrêté n° 63-2/012/MCP-SG-SAg du 17 octobre
2011. Copie est faite à tous les services déconcentrés de l’Etat. Désormais, les
autorités communales sont obligées de pactiser avec les comités de l’UCPC et
gabatier en tant que représentants des acteurs locaux. Les comités de gestion
semblent avoir acquis de l’efficience contrairement à l’Etat qui apparemment a perdu
de son monopole dans ce domaine. Mais, à y regarder de près l’Etat est très sollicité
par ces comités de gestion. Ce qui fait penser qu’il est présent mais autrement.

6.4. Etat toujours présent, mais autrement…

195
Plusieurs travaux sur les politiques publiques font état de l’Etat défaillant ou décalé
pour témoigner des nouveaux rapports entre Etat et société (Massardier, 2003 ;
Hassenteufel, 2011 ; Le Galès, 2004). Toutefois « ces relations qui s’inventent entre
Etat et Société sont loin de le déshériter totalement de son autorité » (Massardier,
2003 : 90). L’Etat s’adapte, négocie, contractualise sous une forme moins autoritaire
que les contrats administratifs habituels ses relations avec les acteurs publics privés
ou décentralisés (idem). C’est dans cette dynamique que se positionnent les différents
comités de gestion des ressources naturelles dont il est question dans cette étude.

L’objectif ici, est de présenter dans un premier temps les défaillances de l’Etat en
matière de politique publique de gestion des ressources naturelles, pour dans un
second temps aborder comment malgré ses défaillances, l’Etat est toujours présent, à
travers les différents changements qui s’opèrent dans ses rapports avec les comités de
gestion dans ce tohubohu de la gestion des ressources naturelles. J’illustre ces
transformations des politiques publiques de gestion des ressources naturelles, à partir
d’une part de l’analyse des conflits et d’autre part des faits relatés dans la presse écrite
nationale, les débats télévisés, etc. qui reflètent le fonctionnement de l’Etat.

6.4.1. Les défaillances de l’Etat

Un Etat défaillant est un Etat qui ne parvient pas à faire respecter les règlementations
qu’il prescrit lui-même (Massardier, 2003 : 165). Les défaillances de l’Etat couvrent
plusieurs aspects, notamment les contraintes liées au marché (cf. Le Galès et
Thatcher, 1995). Dans le contexte de Tobré, elles ne se rapportent pas directement
aux mutations socio-économiques, même si certains comités font des pressions sur
l’Etat (mairie) à travers les TDL. Particulièrement, ces défaillances sont axées sur
"l’incapacité" de l’Etat à satisfaire les besoins et intérêts des acteurs locaux en matière
de protection des forêts. On peut distinguer les défaillances structurelles en rapport
avec les phénomènes de corruption dans le domaine forestier, et les défaillances
conjoncturelles liées à l’évolution des conflits et à leur mode de résolution.

En effet, l’analyse des conflits de gestion des ressources naturelles laisse apparaître un
constat fondamental: celui de l’existence de multiples problèmes de régulation et
d’application des normes, soit parce que les autorités étatiques déconcentrées ou les

196
autorités communales sont incapables d’appliquer les lois de l’Etat ou soit parce
qu’elles ont un intérêt à laisser les différentes initiatives de groupes d’acteurs locaux
évoluer. Car, c’est sur la base de cette ambiguïté que les acteurs locaux, notamment
les comités de gestion construisent leur interprétation et leur mobilisation (Lascoumes
et Le Galès, 2007). De sorte que les conflits et leur dénouement amènent à une
discussion sur les défaillances de l’Etat. A qui revient le droit d’interdire la coupe de
bois ? A l’Etat ou aux comités ? Où sont les agents des Eaux et Forêts et quel est leur
rôle ? Le premier fait qui plaide la défaillance de l’Etat est l’arrestation des scieurs et
de leur matériel par les membres du comité, le stockage du matériel arrêté dans un
entrepôt personnel et dont le comité assure la garde (cf. les actions des comités listés
ci-dessous). Le deuxième fait plaidant pour la défaillance de l’Etat est que malgré
l’arrestation des membres du comité par la brigade, le comité a continué ses activités.
Un troisième fait est la passivité des agents de la mairie, et c’est seulement sous la
menace des comités de ne pas payer les TDL qu’une réunion se tient pour décider de
la sortie d’une note circulaire pour règlementer l’exploitation du bois, qui n’a pas été
mise en application, et là encore ce sont les comités qui tentent de pousser au respect
du contenu de cette note. L’ensemble de ces défaillances observées au niveau local
serait un reflet des défaillances du pouvoir d’Etat, en témoigne les constats faits par
les membres du comité gabatier dans leur lettre ouverte envoyé au Président de la
république.

« …Depuis près d’une dizaine d’années, nous, populations des 2KP en général,
et celles de la Commune de Ouassa-Péhunco en particulier, avons observé
impuissantes la destruction de nos forêts, alors que nous en souffrons
énormément dans notre âme et conscience. C’est au cours de l’année 2011 que
nous avons exprimé notre ras-le-bol face à cette situation, dont le règlement
promis depuis des années par les autorités et sages a été vainement attendu…
Des courriers ont été envoyés à ce sujet aux autorités locales et administratives à
divers niveaux, mais ils ont été sans suite, sauf que, certaines expriment
simplement leur impuissance à apporter une solution à ce problème vu les
implications jusqu’au plus haut niveau. Comment certains citoyens béninois
peuvent-ils être supérieurs à l’Etat, si tant est que l’Etat se dit incapable de les
dissuader ? Nous avons même entendu certaines autorités dirent que si un agent
forestier ne coupe pas le bois, on ne l’affecte pas dans les 2KP ; et d’autres de
dire qu’il fallait créer des affrontements pour que l’autorité soit obligée d’agir.

197
Mais là, c’est de la tromperie, car ce sont les populations pauvres qui payent à
travers toutes sortes d’humiliations. Nous constatons malheureusement que les
uns sont au-dessus de la loi, les autres en deçà ; et que la loi s’applique en aval et
pas en amont...Quel pays notre cher Bénin ? Nous croyons même que la mafia
colombienne n’est pas si forte, car nous osons dire qu’elle est indépendante des
pouvoirs de l’Etat. Mais ici au Bénin nous constatons avec amertume que ce
trafic illégal et très dangereux pour tous requiert ouvertement l’adhésion de
presque tous les pouvoirs de l’Etat à savoir : le législatif (à travers certains
députés exploitants illégaux et corrompus ; d’ailleurs certains y sont grâce à
l’argent de la dévastation des forêts), l’exécutif (à travers certains administratifs
irresponsables) et même le judiciaire (à travers certains juges corrompus et sans
pitié pour charger des innocents et les foutre en prison ). Les récents débats à ce
propos au Parlement nous le confirment…» (Extrait de la lettre ouverte envoyée
au Président de la République du Bénin par le comité gabatier le 30 août 2012,
journal le matinal le 12.12.12).

Ces mêmes constats sont faits par les "gens du village" qui pensent que les exploitants
forestiers sont liés à plusieurs hommes politiques qui leur facilitent l’accès à la
ressource naturelle. En effet, le maire, l’actuel député et ancien maire de Pehunco
serait de mèche avec les exploitants. L’actuel maire de Pehunco justifie sa passivité
face aux évènements par le fait que tout se joue du "haut" (maire de Pehunco le
14.3.2011). Certains informateurs pensent « que le réseau d’exploitation frauduleux à
des attaches dans la classe politique, et que ces faits ne datent pas de ce jour ». Des
noms d’hommes politiques ont été cités dans plusieurs cas d’exploitation : le cas du
chef village de Kika Sina Kikagui décédé en 2009 qui aurait commercialisé plusieurs
tonnes de bois d’œuvre coupé dans les forêts de la région de Tobré avec le soutien du
député Capko, le cas du frère de Hamed Akobi un ancien ministre décédé au début du
régime Yayi Boni en 2006. Celui-ci continue par ailleurs l’exploitation du bois sous
couvert des amis politiques de son frère défunt. Parfois « ces réseaux sont virtuels et
servent juste d’alibi pour exploiter les bois » (un informateur, à Pehunco du
21.4.2012). Mais souvent, ils sont réels et constituent de véritables entraves à la lutte
contre l’exploitation frauduleuse des forêts. Mais le contraste est que malgré cette
forte contestation de l’Etat par les acteurs locaux dans la mise en œuvre des politiques
publiques de gestion des ressources naturelles, il est très sollicité par ces mêmes
acteurs locaux.

198
6.4.2. Etat contesté, Etat sollicité

Cette sollicitation est liée non seulement à l’insatisfaction des acteurs locaux, mais
surtout à l’extension du phénomène au-delà des frontières béninoises. Ce qui amène
l’Etat à revoir ses modèles d’intervention dans la définition et la mise en œuvre des
politiques publiques de gestion des ressources naturelles. Le tableau ci-dessous
présente des extraits de presses écrites qui montrent l’évolution du problème public de
gestion des ressources naturelles à Ouassa, les formes d’intervention progressivement
adoptés par les autorités publiques, les modes de résolutions proposés, etc.

Tableau 6 : Notes de presses écrites relatives à la question de la gestion des


ressources naturelles dans la commune de Ouassa

Presses écrites Titre Faits relatés


Le Bénin vu Le Ministre de Le ministre Blaise Ahanhanzo Glèlè a fait une excursion dans
par les jeunes l’environnement la région des 2 KP (Kouandé, Kérou et Péhunco). Ce voyage
du 24 confirme la mafia du n’a fait que révéler le caractère scandaleux de cette activité
septembre bois dont les conséquences sur l’environnement et l’artisanat local
2011 ne sont plus à démontrer. Déjà, il a interdit la coupe du bois
et promet de prendre des mesures plus acerbes au cours des
jours prochains.
Le matinal du Exploitation Des scieurs à la tronçonneuse ont envahi ces trois dernières
12 mai 2012 forestière dans les années, les zones cynégétiques et les forêts classées des
communes de communes de Kérou, Kouandé et Péhunco, dont l’ensemble
Kouandé, Kérou et des territoires est connu sous le vocable les 2Kp. De ce fait,
Péhunco: Alerte ! l’environnement écologique de ces communes du
danger département de l’Atacora-Est est gravement menacé.
Presse du jour Trafic international La douane togolaise a mis la main sur cinq camions chargés
du 16 juillet du bois : Des de bois brut en provenance du Bénin. Le ministre béninois de
2012 par forestiers identifiés l’environnement Blaise Ahanhanzo Glèlè s’est rendu à Lomé
richard comme ennemis des pour faire le constat. Sur le champ, il a pris la décision de
forêts du Bénin limoger les agents des Eaux et Forêts en poste entre la
frontière du Togo et du Bénin…Face à la situation, M.
Kossivi Ayikoué, ministre togolais de l’environnement a

199
appelé à l’application sans faille des lois qui régissent la
protection des forêts aussi bien au Togo qu’au Bénin.
Le matinal Destruction A travers une lettre ouverte adressée au Chef de l’Etat, les
19 décembre anarchique des forêts populations de Kouandé, Kérou et Ouassa-Péhunco
2012 dans la région des expriment leur ras-le-bol quant à la destruction sauvage des
2Kp : Outrées, les forêts dans la région. Impuissantes face à cette situation qui
populations sollicitent dure depuis une décennie environ, elles sollicitent
l’intervention de Yayi l’intervention du président Yayi Boni,
Boni (Président de la
République du Bénin)

A la lecture des contenus de ces journaux, il ressort que l’Etat reste central dans cette
crise de la gestion des ressources naturelles. Il est sollicité tant par les comités que par
les élus communaux. On note par exemple qu’après le passage du Directeur national
des Eaux et Forêts, le trafic de bois d’œuvre a baissé, mais la majorité des élus locaux,
en l’occurrence les maires de ces communes envahies, sollicite l’implication
personnelle du Chef de l’Etat pour arrêter définitivement cette coupe d’arbres qui n’a
que trop duré… (cf. Le matinal du 24 mai 2012 à l’annexe 7). Aussi, dans "Le Bénin
vu par les jeunes du 24 septembre 2011" le pouvoir exécutif est intervenu par le biais
du ministre en charge de l’environnement qui a effectué le déplacement dans les
régions concernées. Le matinal du 12 mai 2012 donne une "alerte de danger". Il
représente une intervention de la presse comme quatrième pouvoir d’Etat. Il faut noter
que le journal "le matinal" fait partie des premières presses écrites au Bénin et se
classe aussi parmi les journaux les plus lus. La "Presse du jour du 16 juillet 2012"
rend compte de l’intervention du pouvoir exécutif de l’Etat à travers son ministre au-
delà de la frontière du Bénin. Dans la même parution on peut noter l’intervention de
l’Union pour la protection de l’environnement (Upe), dont le directeur général M.
Clément Kotan pense que « l’interception du bois brut en provenance du Bénin à la
frontière du Togo est la preuve que le réseau que nous avons mis en place en Afrique
de l’Ouest pour sauver notre environnement porte ses fruits » (Extrait de la presse du
jour du 16.7.2012). La pression sur l’Etat monte jusqu’au sommet du pouvoir
exécutif. Ainsi, on peut lire « les populations sollicitent l’intervention de Yayi Boni,
Président de la République du Bénin » dans les lignes du journal le matinal, du
19.12.2012). En fait, cette lettre titrée « cri de détresse, de colère et demande

200
d’intervention » n’a fait qu’insister pour que le Président réagisse, car il avait déjà
vent du ras-le-bol des acteurs locaux lors de son passage dans la commune de Ouassa-
Pehunco en février 2011. Ces acteurs avaient dénoncé cette destruction à travers une
banderole que « le président avait vraiment lue et avait déjà commencé par poser des
questions à certaines autorités qui dans cette ambiance ne lui avaient jamais dit la
vérité » (chef de comité à Pehunco, le 18.1.2012). Cette fois-ci la cible sollicitée a été
élargie à travers copie de la lettre à toutes les autorités et structures ci-dessous listées :

- Direction des Eaux et Forêts Atacora-Donga


- Compagnie Gendarmerie Djougou
- Groupement Nord Parakou
- Secrétariat Général du Syndicat National des Magistrats du Bénin
- Ambassade de France/Allemagne/Chine
- Représentant de l’Union Européenne
- Secrétaire Général de la Présidence
- Secrétaire Général du Gouvernement
- Ministre du Commerce
- Ministre de l’Economie et des Finances
- Ministre des Transports Maritimes
- Mairie Pehunco
- Brigade de Gendarmerie de Pehunco

Le législatif a été également impliqué à travers des débats à l’Assemblé Nationale


retransmis à la télévision nationale. Les acteurs locaux invitent les honorables députés
à prendre des initiatives « d’une loi qui institue le crime contre la nature » (Extrait de
la lettre ouverte au Président Yayi Boni). A travers tous ces acteurs contactés dans le
cadre du problème public de gestion des ressources naturelles, on pourrait déduire que
l’Etat détiendrait un rôle déterminant dans l’orientation et la gestion de l’action
[Link] ses pouvoirs (législatif, consitutitionnel, exécutif…) sont interpelés.
Ce fait exprime aussi la multiplicité des acteurs impliqués ou concernés par le
problème de gestion des ressources naturelles. Leur intervention jouerait un rôle
important dans la concrétisation de l’action publique de gestion de protection de la
nature. Par ailleurs, à voir la diversité de ces acteurs sollicités, les différentes
positions qu’ils occupent, il apparaît que l’action publique de gestion des ressources

201
naturelles se passe à divers niveaux interdépendants : local (mairie et brigade de
Pehunco), national (les ministères et secrétariats d’Etat) et international (les
ambassades). Chacun des représentants de ces niveaux a des intérêts particuliers et
leurs logiques d’action sont diversifiées. Comment ces logiques et intérêts peuvent-
être coordonnés pour parvenir à une action collective pouvant être institutionalisée ?

6.4.3. De la "gouvernance" des ressources naturelles

Le concept de gouvernance se réfère à « la création d’une structure ou d’un ordre qui


ne peut être imposé de l’extérieur, mais résulte de l’interaction d’un grand nombre de
gouvernants qui s’influencent réciproquement » (Massardier, 2003 : 87-90). Pour
Merrien (1998), il s’agit de la " nouvelle gouvernance" implémentant des
arrangements mouvants entre des acteurs centraux, locaux, publics associatifs ou
privés. En effet, l’emergence du concept de gouvernance est à rapprocher de la
dilution du rôle de l’État qui dans un monde de plus en plus globalisé a perdu une
partie de ses pouvoirs au profit d’échelles spatiales supra ou infranationales et au
profit d’institutions non étatiques telles que des entreprises privées, des ONG locales
ou internationales, des conventions globales, des groupes d’experts internationaux,
des associations d’usagers, etc. (Jessop, 1994).

Dans le contexte de la gestion des ressources naturelles, le concept de gouvernance


est utilisé comme angle d’analyse, plus centré sur les acteurs et les instances politico-
légales (Lavigne Delville et Hochet, 2005). Il doit ainsi permettre d’analyser les
interactions entre de multiples acteurs situés à différents niveaux et aux intérêts
divergents, notamment entre comités de gestion et Etat en vue de la définition et de la
mise en œuvre de la politique locale de gestion des ressources naturelles. Toutefois,
comme le souligne Lavigne Delville, « il ne s’agit pas de "gouvernance" au sens fort
« de coordination d’acteurs, de groupes sociaux et d’institutions en vue d’atteindre
des objectifs définis et discutés collectivement » (Le Galès, 2004), mais d’un
processus socio-politique qui, dans un contexte de pluralisme institutionnel et
d’inachèvement juridique, cherche à construire des articulations originales et
effectives entre régulations communautaires, publiques, associatives et marchandes,
ancrées dans des réalités locales toujours spécifiques » (Lavigne Deville, 2012b : 3).
Ainsi, les différents acteurs en présence doivent négocier pour pouvoir définir et

202
mettre en place une politique locale de la gestion des ressources naturelles qui intègre
les préoccupations des multiples acteurs concernés, notamment celles des acteurs
locaux en lien avec les dynamiques socio-ethniques et politiques en cours depuis les
périodes coloniale et post-coloniale.

En effet, un panorama de ces acteurs tels que présenté dans le cadre de cette lutte
contre la gestion frauduleuse permet de distinguer trois catégories d’acteurs, selon
leurs positions dans l’arène locale et l’intérêt pousuivi : les acteurs représentants de
l’Etat (agent des Eaux et Forêts, mairie, agent de la justice, agent de la gendarmerie),
les acteurs revendicatifs (comité de l’UCPC, CVG de Tobré, le comité gabatier), les
acteurs intermédiaires (les ONG et la presse). Dans ces groupes d’acteurs une
particularité se dessine en ce qui concerne la composition inteme des membres. On
constate que les acteurs revendicatifs sont en majorité constitués d’acteurs locaux
"gens du village" (tableau 5), contrairement aux deux autres groupes acteurs, où le
profil socio-ethnique importe peu.

Tableau 7 : Représentation des comités revendicatifs en fonction du groupe


ethnique des principaux membres et de leur niveau de compétence

Comités Principaux Groupe Niveau de compétence


revendicatifs Membres de ethnique
comités
CVG Tobré Chef Wassangari Définition des règles d’accès et de contrôle
d’arrondissement des ressources naturelles communes
Délégué et Baatombu/wa Suivi de la mise en œuvre de ces règles.
Représentant de ssangari Pouvoir de décision au niveau local
lignage Application de la législation nationale
Agent forestier Etranger

Comité de Chef de comité Wassangari Création d’espace de négociation (réunions)


l’UCPC Chasseurs baatonu Definition et mise en application des
Pehunco traditionnels baatonu politiques de gestion au niveau communal,
Autres membres En majorité de par la position du chef de comité en tant
(agriculteurs) autochtone que chef d’arrondissement de Pehunco,
dans le dispositif communal de décison et
de mise oeuvre de politique local.
Comité Cheffe de comité Wassangari Création d’espace de négociation (réunions)
gabatier Jeunes du village variable Organisation de mouvements sociaux
Pehunco Chasseurs Baatombu Participation à la mise en œuvre des
traditionnels politiques locales

203
Une analyse de ce tableau permet d’avancer la promotion des wassangari au poste de
chef de comité. Même, dans les CVG où dominent les baatombu (conf. Chapitre 5), le
chef de comité qui les représente au niveau arrondissement, est un wassangari (CA de
Tobré). On pourrait penser, que cette tendance de la forte présence des gens du
pouvoir dans cette lutte se justifie par le fait que les compétences requises sont
politiques comme indiqué dans le tableau. Toutefois, on peut emettre une autre
hypothèse selon laquelle, la motivation sous-jacente des chefs de comités est plus
politique qu’écologique. En effet, dans leurs différents parcours, le contrôle du
pouvoir politique transparaît dans les revendications. Le chef de comité des CVG (CA
de Tobré) pense reconquérir la chefferie politique à Tobré, le chef comité des UCPC
est promu au poste politique de CA de Pehunco pour son militantisme dans la lutte
contre la gestion frauduleuse des forêts, et le chef de comité gabatier78 justifie le nom
de son mouvement gabatier en faisant allusion à la colonisation et à sa volonté de
rétablir le pouvoir politique des wassangari.

Mais, au-déla de ces motivations politiques, la gouvernance des ressources naturelles


apparaît comme un défi. Par ailleurs, cette notion de gouvernance est également
perceptible dans les différents mouvements des comités de gestion des ressources
naturelles. En effet, ces comités dans leur appel à l’intervention de l’Etat proposent au
gouvernement d’organiser la tenue d’une table ronde ou d’une conférence sur la
gestion de l’environnement au Bénin, de favoriser la création d’un observatoire de
lutte pour la protection de l’environnement au Bénin (chef du comité gabatier,
Parakou le 21.1.2012). La conférence devrait permettre l’interpénétration des
différents niveaux de décision, de prendre en compte la diversité des acteurs et
intérêts des comités de gestion. En ce qui concerne l’observatoire, il permettra
d’instituer un ensemble d’instance et de pratique d’échange et de compromis
produisant des accords s’imposant aux différents acteurs concernés et impliqués dans
le processus de mis en œuvre des politiques locales de gestion des ressources
naturelles. Ceci n’est pas encore effectif, mais le fait d’y penser est un avantage pour
la gouvernance des ressources naturelles.

78
Gabatier signifie qu’il reste encore des gens braves « pouvant resiter à la destruction des forêts à
l’image des ancêtres qui ont resister à la domination coloniale » (K.Z.Z. Parakou, 21.1.2012)

204
Conclusion

Dans ce chapitre il a été décrit et analysé comment les acteurs et les espaces par
lesquels se construit l’action publique de gestion des ressources naturelles se sont
multipliés et complexifiés. L’Etat et son administration pyramidale sont concurrencés
par de multiples acteurs situés à différents niveaux, au point où et ils n’ont plus le
monopole de l’organisation de l’intervention régulatrice de la gestion des ressources
naturelles. Les problèmes publics débattus semblent infinis et l’autorité publique se
confond dans des relations sociales souvent informelles et de plus en plus
horizontales. Ainsi, on peut constater que:

- Le processus de la décentralisation a opéré un changement fondamental dans les


politiques locales de gestion des ressources naturelles en accordant le privilège aux
dispositifs participatifs de s’impliquer dans la définition et la mise en œuvre des
politiques publiques. Par ailleurs, les comités de gestion, les groupements villageois,
les unions des producteurs, les ONG ont été intégrés comme acteurs
"incontournables" dans les instances de décisions, permettant ainsi une
reconfiguration de l’arène locale de gestion des ressources naturelles. Les
mouvements sociaux de lutte contre la gestion frauduleuse des forêts ont été depuis le
processus de la décentralisation mieux structurés par rapport aux conflits courants
d’accès aux ressources naturelles. Les nouvelles formes d’intervention qui
caractérisent l’arène locale instituent de nouveaux types d’espaces publics de débats
sur la gestion des ressources naturelles.
- Les débats publics sur la gestion des ressources naturelles ont été plus marqués par
les cas d’exploitation des forêts partout dans la commune de Pehunco. Mais à Tobré,
où il existait plus de rapports conflictuels entre les chefferies et l’administration
publique depuis les périodes coloniales l’aspect de ces débats recouvre parfois
plusieurs problèmes contradictoires. Par exemple, les débats sur la réhabilitation de la
chefferie politique de Tobré, n’étaient en réalité pas un problème public de gestion
des ressources naturelles, puisque la gestion frauduleuse des forêts identifiée par les
gens du village relève de l’ordre générale de la protection des forêts, à laquelle
participent les instances coutumières du fait de leurs pouvoirs récemment acquis dans
ce domaine.

205
- Les rapports de co-gestion ont rencontré beaucoup de problèmes tant du côté des
services déconcentrés de l’Etat que des comités de gestion. La relation entre ces
structures se passe dans un contexte de dépendance réciproque de ressources où si la
mairie est détenteur du pouvoir réglementaire, les services des Eaux et Forêts ont le
pouvoir répressif et les unions de producteurs disposent du pouvoir économique.
C’est ce qui explique l’obligation avec laquelle, les collectivités locales ont accepté la
collaboration avec les comités de gestion. Ces comités ont ainsi acquis plus de
pouvoir, ajouté à leur position traditionnelle de pouvoir et la dynamique actuelle de
politique publique de gestion des ressources naturelles est fortement dépendante de
leur mode de fonctionnement. La gestion des ressources apparaît donc comme une
action multi-acteurs et multipolaire. Ce qui est une caractéristique fondamentale de
l’approche en termes d’action publique.

206
CHAPITRE 7 : LA GESTION NEGOCIEE DES RESSOURCES
NATURELLES : LE CAS DU JARDIN BOTANIQUE DE DAKERERU

Il convient dans ce chapitre de voir comment ces acteurs aux logiques parfois
divergentes parviennent à articuler leurs intérêts pour définir des règles autour des
dispositifs de gestion, et ce dans le sens d’une gestion durable des ressources
naturelles. En effet, ces acteurs sont dans une interaction autour d’enjeux multiples
(politique, économique, social, etc.) où les conflits de gestion sont parfois compliqués
à résoudre. Ainsi, ce chapitre met l’accent sur la recherche d’accord entre les
différents acteurs concernés ou impliqués dans le processus de mise en place d’une
politique locale de gestion des ressources naturelles. Il s’agit d’une étude de cas qui
décrit une situation de gestion locale négociée autour des jardins botaniques,
notamment celui de Dakereru, un hameau de Tobré.

Le chapitre s’articule autour de quatre sections. Une première section qui présente
l’espace végétal qui a servi de jardin botanique. Une deuxième section retrace et
analyse le contexte d’implantation du jardin botanique de Dakereru. La troisième
analyse les différentes règles définies dans le cadre de la gestion négociée. La
quatrième et dernière section retrace la mise en place du comité de gestion des
ressources naturelles et son fonctionnement.

7.1. Présentation de l’espace végétal de Dakeruru

Il s’agit ici d’expliciter la nature de l’espace ressource qui a servi de jardin botanique,
afin de comprendre l’évolution des différentes approches qui a permis d’aboutir à une
gestion négociée. En effet, parallèlement, à la dynamique des comités de lutte contre
la gestion frauduleusement des forêts, des "dynamiques" d’instauration des comités de
jardin botanique ou tim gberu qui signifie littéralement "champ de médicaments" se
sont développées à Tobré et dans beaucoup d’autres villages de la région.

207
7.1.1. Le champ maudit de Dakereru : un espace ressource en
mutation

A trois kilomètres au nord du village de Tobré se trouve un hameau appelé Dakereru.


Ce hameau administrativement rattaché à Tobré dispose d’un espace de trois hectares
couverts par des ressources ligneuses et logeant quelques espèces animales. Cet
espace était un ancien champ appartenant à une famille autochtone de Dakereru.
Mais, pendant plusieurs années ce champ est passé comme un espace maudit gbεru
suite à une succession de malheurs intervenus sur les lieux. Les gens du village se
rappellent encore des lumières magiques qui s’allumaient la nuit dans ce champ, de la
mort d’une femme en menstrues qui est allée chercher de l’eau dans le cours d’eau
situé dans le champ. En dehors de ces événements, il se passait régulièrement des cas
d’accident de moto aux abords du champ à une heure donnée, souvent les soirs au
couché du soleil ou tôt le matin avant le levé du soleil. Ce sont les mauvais génies
ziini qui abritent l’espace maudit qui causent tous ces malheurs (un informateur à
Dakeruru, le 4.12. 2010). De fait, par peur de mourir ou de rencontrer le malheur
kinsiru les possesseurs du champ et tous les autres gens du hameau n’y ont plus
exercé aucune activité de production (champ, chasse, collecte de bois mort, etc.),
malgré que seule l’agriculture est souvent proscrite sur ce type d’espace. L’espace a
été abandonné et s’est régénéré au fil des années pour devenir une forêt son au sens de
réserve de grands arbres, de lianes, de gibiers. L’espace est passé d’un espace
villageois appartenant aux autochtones à un champ gberu qui est une propriété
individuelle, familiale ou clanique ; ensuite il devient un espace maudit gbεru ouvert à
un accès limité, puis redevient une forêt son considérée comme une propriété
villageoise. Ce processus de mutation du champ maudit, est décrit dans certaines
regions au Sud du pays comme une sacralisation (Juhé-beaulaton- 2010). En fait, pour
l’auteur, « la sacralisation d’un lieu s’accompagne de la mise en place d’un système
de prescription rituelle allant de l’interdiction de cultiver, de couper la végétation, de
faire du feu, de chasser, à l’obligation de nettoyer, de purifier le site par divers
procédés » (Juhé-Beaulaton, 2010 : 269). Toutefois, même si dans le cas de la forêt de
Dakereru, l’idée de sacralisation n’apparaît pas dans les discours des "gens du
village", on note une volonté de mettre fin aux "malheurs" dont l’espace est porteur.

208
C’est ainsi que les gens du village de Tobré ont décidé en 1998 de transformer cet
espace en une forêt "collective79". En effet, au début des années 1990 est apparue
l’idée de créer les forêts "collective" autour de l’association des guérisseurs du
département de l’Atacora, dans l’objectif de promouvoir la médecine "traditionnelle"
au Bénin80 (Politique forestière nationale, 2012)81. Des comités de gestion de ces
forêts collective furent alors mis en place par le ministère de la santé publique dans
plusieurs régions, notamment à Kouandé et à Ouassa Pehunco (Politique forestière
nationale, 2012). Cette initiative étatique bien accueillie par les acteurs locaux ne dure
cependant que deux à trois années et le projet a presque disparu. Certaines ONG
notamment PAVICO ont continué dans ce sens en appuyant les acteurs locaux par des
séances d’animation et de sensibilisation sur la gestion durable des ressources
naturelles, en leurs fournissant des plants de reboisement. C’est dans ce cadre qu’un
agent de cette ONG a aidé les acteurs locaux gens du village de Tobré à travers le
Comité Villageois de Développement (CVD) à transformer l’espace maudit en une
forêt "collective". L’acquisition de cet espace pour le compte des gens du village a été
négociée82 auprès des autorités locales (Chef de village, sages de Dakereru) et des
"propriétaires" de l’espace. La forêt "collective" a été ainsi érigée à la suite d’un
processus impliquant l’ensemble des gens de Tobré et de Dakererou, et surtout avec le
soutien moral des autorités locales à travers le chef de l’arrondissement (CA). Mais,
malgré toutes ces démarches et les séances de travail et de sensibilisation autour des
avantages de la forêt "collective", le projet a échoué. Cette forêt, à l’image des autres
établies dans la commune par le ministère de la santé a connu le même effet de
négligence et de moindre contribution des "gens du village".

En 2003, la forêt "collective" change de statut et devient un jardin botanique sur


proposition d’un guide de BIOTA soutenu par les doctorants du programme. Ce statut
de jardin botanique est finalement resté et fait aujourd’hui l’objet d’une gestion
négociée entre de multiples acteurs locaux, nationaux et internationaux. Mais, avant

79
C’est-à-dire d’intérêt pour tous les gens du village. Ces forêts renvoient dans une certaine mesure
aux sanctuairses boisés décrits dans d’autres régions en Afrique, comme étant des « points d’ancrage à
la fois territorial et généalogique où se construit l’identité d’un groupe. Leur fonction est avant tout
symbolique et largement indépendante de leur composition écologique ou végétale » (Juhé-Beaulaton,
2010 : 269).
80
Dans le cadre de la mise en œuvre de la politique forestière de 1994.
81
Politique forestière nationale, 2012 DRFRN, MEHU, 54 p.
82
Sous forme de don.

209
d’aborder cette gestion négociée, il est important de comprendre pourquoi l’approche
"forêt collective" a échoué. Je m’appuie sur les discours des acteurs ruraux et leur
conception de l’approche "collective".

7.1.2. La forêt "collective" et la contribution des acteurs locaux

A partir des années 1990, le concept de forêts « collectives » a été introduit dans la
législation forestière au Bénin Politique forestière nationale, 2012). Il repose sur un
transfert des pouvoirs de gestion des ressources naturelles, à travers des contrats de
cogestion liant les acteurs locaux et l’administration forestière. La gestion collective
dirigée par un groupe d’acteurs et disposant d’un réel pouvoir de décision a été
retenue. Cette nouvelle approche de gestion des forêts a été généralisée un peu partout
en Afrique dans un contexte de changement institutionnel, instituant la coopération
des acteurs locaux. Ainsi, l’accès à certaines ressources forestières des forêts classées
ou protégées a été ouvert à ces acteurs locaux qui ont été organisés en comité de
gestion. Il ressort des études sur ces approches que de manière générale, les
interventions de conservation des ressources naturelles ont défini des règles de gestion
en donnant la priorité à la rationalité technique (Bonnet, 1999). Les projets ont créé
ou suscité ensuite directement la constitution de comités locaux comme interlocuteurs
collectifs susceptibles de faire respecter les règles construites de manière externe
(Lavigne Delville, 1998). Les organisations constituées sur de telles bases sont peu
viables. Elles présentent un très faible impact, produisant parfois même des effets
socio-organisationnels contraires à ceux recherché (Lavigne Delville et Jacob, 1994).

L’échec de la foresterie "collective" instituée par l’Etat ou appuyée par les projets
s’inscrit dans ce contexte à Tobré. Mais, selon les acteurs locaux leur réticence à la
gestion basée sur leur implication par l’Etat se justifie aussi par le choix des acteurs
responsabilisés et par le niveau d’implication de l’Etat dans la gestion des forêts
classées ou protégées. Ainsi, il ressort des entretiens avec les acteurs locaux, que les
contraintes liées à l’administration forestière et les modes de sanction mis en place
constituent des faits qui ont limité l’engouement des acteurs à adhérer collectivement
au projet de forêt "collective".

210
Dans un premier temps, les acteurs locaux ont évoqué que « le comité des guérisseurs
traditionnels tim guibu avait particulièrement bénéficié de la pérennisation des
ressources et du renforcement de leurs moyens d’existence. En leur sein, avait été
désigné le responsable du comité par les initiateurs du projet, au lieu du chef de terre
sina duwirou qui traditionnellement décide » (informateur, notable à Tobré, le
28.3.2010). Le profil du guérisseur traditionnel représente une classe au service du
pouvoir local dans la structure sociale baatonu, et ne peut être représentative de tous
les lignages (chef de Terre, Gombireru, le 3.3.2010). Ce principe du choix d’un
groupe d’acteurs pour gérer la forêt "collective" sans s’appuyer sur les instances
traditionnelles de gestion des ressources ne peut que désorganiser les modes de
contrôle. Ces mêmes insuffisances ont été relevées dans le cas de Dakereru. Ici, le
projet s’est appuyé certes sur le Comité Villageois de Développement (CVD) qui a été
chargé d’assurer le contrôle de la forêt, de définir les règles d’accès et les modalités
d’exploitation, mais le chef de terre n’avait joué qu’un rôle consultatif.

Dans un deuxième temps, du fait de sa collaboration avec l’administration forestière,


le comité n’est pas parvenu à mettre en application les différentes règles et modalités.
Les acteurs locaux disent se souvenir encore des contraintes liées aux forêts classées
ou protégées. Ils ont également évoqué l’amende comme sanction instituée, et qui n’a
jamais vraiment fonctionnée. Selon, nos informateurs, l’amende a plutôt permis
d’instaurer la corruption en faveur de l’administration forestière ou des agents
forestiers, sans jamais mettre fin à la dégradation réelle des ressources. Pour les
acteurs locaux, l’amende n’est pas forcément considérée comme le prix à payer pour
une faute commise, mais une disposition propre aux textes de loi et qu’on peut même
négocier parfois à l’avance. Même les agents forestiers en sont conscients et préfèrent
la négociation à l’application des sanctions légales. Voici les explications d’un agent
des Eaux et Forêts :

« …Les textes de loi ne servent à rien ici à Tobré. Il vaut mieux s’entendre avec les
gens du village et les exploitants pour bien exercer son métier de forestier et ne pas
avoir d’ennui… Ainsi, avant d’aller dans la forêt, l’exploitant vient nous voir et nous
donne quelque chose » M. I. Tobré, 23.4.09.

211
Du coup, l’amende ne peut faire changer les pratiques de bradage des ressources
naturelles, ni même viser une quelconque responsabilisation des acteurs en vue de la
conservation. Barrière (1997) pense que cette perception populaire désavoue les textes
de loi forestière, loin d’être légitimée par tous.

Ainsi, le modèle de forêt "collective" proposé semble être une simple copie des
modes de conservation de forêts classées et protégées qui a longtemps frustré les gens
du village. De plus, en termes de rentes, cette proposition n’offre pas de nouvelles
sources d’enrichissement à la grande partie de ces acteurs locaux. Quant aux jardins
botaniques, les perspectives d’acquisition monétaires sont palpables à travers les
activités économiques en vue. Nous verrons dans les motifs de la création du jardin
botanique d’autres éléments d’analyse qui justifient la nécessité de protéger les
ressources naturelles à travers la création du jardin botanique et particulièrement de la
de la définition des règles et de la mise en place d’un comité de gestion.

7.2. Création du jardin botanique de Dakereru

De l’échec de la foresterie "collective" est né le jardin botanique. En effet, du fait de


l’incapacité du CVD à réguler l’accès à l’espace végétal de Dakereru, il a été exposé à
un accès libre. De fait, l’espace ressource a connu une surexploitation et était en voie
de dégradation quand les doctorants du programme BIOTA appuyés par des
chercheurs de l’université de Francfort ont initié le jardin botanique. Cette équipe de
chercheurs et de doctorants avait dans le cadre de leur programme mis en place des
jardins botaniques tels que celui de Nassou (Pehunco) en 2002 ou de Koungarou
(Gnémasson) en 2003. Pour le cas de Dakereru du fait des antécédents, les initiateurs
ont essayé de contourner les obstacles liés à l’approche de foresterie "collective".
Ainsi, ils ont d’abord posé des conditions favorables à la mise en place du jardin
botanique et ont ensuite défini des règles spécifiques de gestion à partir d’un comité
de gestion.

7.2.1. Les conditions de mise en place du jardin botanique

S’appuyant sur « les multiples recherches sur les ressources naturelles communes à
travers le monde, il a été identifié un certain nombre de conditions favorables à

212
l’existence et à la pérennité des systèmes de gestion des ressources naturelles »
(Ostrom, 2010, cité par Lavigne Delville, 2012 :1). Ces conditions relèvent de la
nature de la ressource, des caractéristiques sociales du groupe, de ses règles internes
et des rapports à l’État (Lavigne Delville, 2012 :1). Dans le contexte du jardin
botanique, il a été plutôt question de définir les ayants-droit à la ressource, de
connaître l’intérêt que les acteurs locaux ont à participer au projet et quelles sont les
contraintes liées aux différentes règles.

a) La définition du droit d’appropriation


Le cadre d’implantation du jardin botanique est très précis quant à l’aspect du droit
d’appropriation des ressources. Pour le cas de Dakererou, les gens du village sont
informés que l’espace végétal ainsi délimité est à leur disposition et qu’ils avaient la
possibilité de définir des règles d’accès et de contrôle, dont les responsables seront
désignés par eux et parmi eux. C’est par ailleurs l’une des conditions incitatives qui a
favorisé l’engouement et le dévouement de ces acteurs locaux pour les activités du
jardin botanique.

b) intérêt objectif
Valoriser les ressources végétales dans le cadre de la médecine "traditionnelle" est
très pertinent, mais insuffisant pour motiver les acteurs locaux à protéger les
ressources naturelles. Il a fallu que les initiateurs du jardin botanique proposent la
possibilité de recherche scientifique pour faire accepter le projet. Car, avec cette
proposition les acteurs locaux avaient la possibilité de faire des pépinières de plants
botaniques, qu’ils pouvaient revendre pour être implantés dans le jardin, pour des fins
d’exploitation médicinale. Au même moment, les guérisseurs "traditionnels" et toute
autre personne qui s’y connaissait en matière de traitement de maladies pouvaient
bénéficier de ces ressources. Ainsi formulé, l’intérêt du jardin paraissait objectif pour
les acteurs locaux "gens du village" qui pensaient y gagner immédiatement de
l’argent grâce à la commercialisation des plants pour certains et pour d’autres par
l’usage des plants. La réalisation des bancs pour les visiteurs transformait à moyen
terme l’espace de jardin botanique en un lieu de détente. A long terme l’activité
d’apiculture était encore plus rentable et obtenait l’adhésion de certains des plus
réticents.

213
c) règles internes
Elles reposent sur les règles générales de gestion. Il s’agit de respecter les règles
d’accès au jardin en tenant compte des normes coutumières qui régissent tous les
espaces végétaux de ressources communes. Ces règles s’appliquent souvent aux
heures de visite du jardin (tôt le matin ou le soir vers le coucher du soleil). Quant aux
règles d’exploitation, elles étaient plus axées sur la méthode de cueillette réservée aux
guérisseurs (savoir communiquer avec la plante), et sur la quantité (ne prélever que la
partie utile). En dehors de ces obligations, d’autres dispositions sont prises telles que :
l’interdiction de pratiquer les activités agricoles aux alentours immédiats, d’y faire
paître les bœufs, d’exploiter le bois d’œuvre, bref toute activité en contradiction avec
le développement du jardin botanique. Toutes ces règles consistaient à définir les
conditions d’accessibilité et d’application des sanctions en cas de violation.

Mais, ces règles internes n’ont pas suffi, et des cas de destruction de plants,
d’incendie volontaire en signe de protestation de la part de certains acteurs (ex-
propriétaires de l’espace), ont été observés pour réclamer des droits. Ceci a motivé la
définition de règles spécifiques.

7.2.2. La nécessité de définir des règles spécifiques

Les conditions qui ont favorisé la création du jardin botanique ne se sont relativement
stabilisées qu’à la suite de la gestion de certaines difficultés apparues au début de sa
mise en place. En fait, pendant trois années successives (2003-2004-2005), les feux de
brousses ravageaient une grande partie du jardin botanique. Les enquêtes menées ont
permis d’identifier un riverain du jardin, qui se réclamait propriétaire de la portion de
forêt où est implanté le jardin botanique et n’ayant pas été dédommagé comme il avait
été convenu avec le comité. Le témoignage d’un acteur à ce propos est illustratif :

«… Ceux qui ont eu à mettre du feu au jardin, c’est parce qu’ils considèrent que
l’espace qui abrite le jardin botanique était la propriété de leurs parents défunts. Et
l’installation de ce jardin les exproprie d’une bonne partie de leur héritage foncier. Ils
considèrent cela comme une occupation illégale… Il faut noter que ce n’est pas facile
de gérer ces cas. Nous réunissons tous ceux qui ont leur champ aux abords du jardin
et aussi tous ceux-là qui estiment que l’espace où le jardin est installé fait partie de

214
leur propriété. Nous leur demandons concrètement de nous faire des propositions sur
la façon dont chacun d’eux pense qu’on pourrait mettre fin définitivement à cette
situation de conflits… il arrive que certains proposent qu’on les dédommage en
argent. Mais ce n’est pas possible évidemment !!! Nous arrivons quand même à nous
comprendre en leur donnant des plants de manguier ou d’anacardier » G.T.
Dakererou, 19.6.10.

Ce témoignage montre l’insuffisance des règles internes de la société pour gérer des
cas particuliers dans la conservation des ressources naturelles. La définition de
nouvelles règles spécifiques a été importante pour permettre une gestion collective
des ressources du jardin botanique. Elles se structurent autour des règles
opérationnelles et des règles de choix collectif (Lavigne Delville, 2001 : 8).

- Règles opérationnelles
Dans le cas du jardin botanique, les membres du comité ont prévu des activités telles
que : faire les pare-feu et l’inventaire des plants de reboisement, réaliser des pistes
pédestres, vendre du bois mort, etc. C’est autour de ces activités que des règles
précises sont définies pour éviter les feux de brousse et surtout pour bien faire
fonctionner le jardin botanique. Ainsi, il est précisé les types de prélèvements à faire.
Par exemple pour le bois de feu, une journée est retenue par périodicité variable entre
trois mois et six mois pour rechercher les bois morts en compagnie de certains
membres du comité. Les recettes sont reversées sur le compte du comité. Ces
dispositions règlementaires tiennent évidemment compte des principes sociaux de
base, qui fondent les règles de choix collectif.

- Règles de choix collectif


Ces règles concernent pour la plupart du temps des décisions prises après un conflit.
Le fait d’instituer comme règle de dédommagement des ayants-droit d’une portion de
terre occupée par les gens du village, le don de plants d’anacardier ou de manguier,
répond bien aux normes sociales d’appropriation. Car implanter ces plants sur une
portion de terre que des gens du village vous concèdent ou que ce soit sur votre
"propriété", vous donne tous les droits de propriété reconnus par les institutions
coutumières. En effet, ces arbres pérennes sont devenus depuis quelques décennies
déjà le nouveau mode d’appropriation en substitution du karité et du néré qui sont en

215
régression dans la région. Les questions pratiques de ceux qui ont droit aux ressources
du jardin botanique sont aussi réglées. Il est décrété que personne ne peut avoir accès
aux ressources du jardin qu’à condition d’informer les membres du comité et de se
faire accompagner par l’un d’entre eux.

Toutes ces dispositions seront améliorées avec l’implication d’autres acteurs


davantage acquis au développement scientifique. Il s’agit des doctorants du
programme BIOTA. Autour de leurs idéaux va se parfaire la création d’un jardin
botanique, qui dans la compréhension des acteurs locaux se distingue nettement de la
forêt collective comme l’exprime cet instituteur :
« Les forêts collectives, ce sont des forêts de l’Etat concédées aux guérisseurs pour
l’exercice de leur activité, alors que les jardins botaniques sont des espaces verts où
les gens font des recherches scientifiques et où les populations conservent leur
patrimoine végétal » S.R. instituteur à la retraite, Tobré, 6.2.10.

Cette représentation sociale est peut-être à la base de l’intérêt particulier dont


bénéficie le jardin botanique de Dakererou. A cet effet, les règles doivent être
continuellement révisées pour s’adapter au contexte socio-institutionnel et faire face
aux différentes difficultés qui se posent.

7.3. Révision des règles et mode de surveillance

La difficulté majeure à laquelle le comité de gestion a fait face au début de la création


du jardin botanique a concerné le conflit d’expropriation évoqué plus haut. Je propose
ici de reconstituer les faits afin de montrer comment la procédure de règlement adopté
autour du conflit a progressivement permis la révision des règles et la définition des
modes de surveillance et de sanction.

En effet, en 2004, un an après la transformation de la forêt "collective" en jardin


botanique, surgit une série de feux de brousse en termes de protestation. Les
recherches faites ont permis d’appréhender un riverain du jardin botanique comme
étant le pyromane. La gestion de ce conflit a légitimé les règles définies et la mise en
place de modes de surveillance très respectés. Dans les règles révisées par le comité,

216
l’amende n’est plus la seule sanction retenue en cas de violation des normes.
L’emprisonnement est désormais institué et appliqué.

7.3.1. Le conflit : enjeux de pouvoir et logique locale de sanction

Face à cette situation de persistance de la destruction du jardin botanique, on assiste à


l’adhésion d’un grand nombre d’acteurs acquis à sa cause. Les différentes rencontres
pour chercher de solutions ont permis de construire peu à peu l’importance du jardin
autour de l’utilité des ressources naturelles, des activités lucratives en vue, de la
nécessité de définir des règles de conservation, de la mise en place des institutions
auxquelles on peut avoir recours pour faire appliquer les sanctions ou pour légitimer
les décisions prises, etc. L’accusé raconte les faits :

« …Amende et emprisonnement … oui l’emprisonnement qui constitue un grand


déshonneur pour nous ici… Même moi qui vous parle ici j’ai été emprisonné parce
que les gens n’ont pas voulu qu’on s’asseye et qu’on discute des choses entre nous et
se sont précipités à la gendarmerie pour qu’elle vienne me chercher… »
« …Maintenant tu peux connaître la vérité aujourd’hui, car je suis très sûr que ceux là
qui ont eu à demander à la gendarmerie mon incarcération ne peuvent plus procéder
de la sorte.
…En fait, la parcelle sur laquelle est implanté le jardin botanique faisait partie
intégrante de mon champ, donc c’est ma propriété. Et c’est volontairement que j’ai
cédé cette partie de ma propriété pour l’installation du jardin botanique.
….Faire don d’une partie de ta propriété aux gens et comme récompense, que ces
derniers te fassent incarcérer. Tu vois les raisons de ma frustration ? »
En fait, je m’en vais te raconter comment les choses se sont passées. Entre ce qui
désormais constitue le jardin botanique et mon champ, j’ai laissé un espace de
passage d’au moins de deux mètres de largeur. Mon intention en laissant cet espace,
c’était non seulement de faire clairement une démarcation entre le jardin botanique et
mon champ, mais aussi de me permettre de circuler plus ou moins librement pour
surveiller mon champ et permettre aussi la circulation des gens dans le contrôle du
jardin… Mais, malheureusement le passage ne servait pas seulement aux hommes
mais c’est devenu un couloir de passage des troupeaux de bœufs des éleveurs peuls.
Ce qui endommageait énormément mes cultures de maïs… Face à cette situation ma
patience a eu des limites. Croyant bien faire, la solution pour moi c’est de fermer ce

217
couloir de passage afin de protéger ma culture et en même temps le jardin
botanique… Du coup les gens ne m’ont pas donné l’occasion de m’expliquer et sont
allés négocier avec la gendarmerie mon incarcération en donnant comme motif que je
cultive au point d’empiéter sur le domaine du jardin… A la fin je n’ai payé aucune
amende. Les gendarmes sont venus me montrer les limites du jardin. Et ils m’ont
supplié et cela pour le bien de tous de ne plus faire le champ jusqu’à une certaine
limite » T.P. Dakererou, 17.1.10.

Version d’un témoin


« …Je sais qu’il a été convoqué d’abord chez le roi, convocation qu’il n’a pas
honorée. Après on l’a convoqué plusieurs fois chez le CA. Là aussi il n’a pas pris la
peine d’aller. C’est alors que l’affaire est transférée à la gendarmerie, là aussi
plusieurs fois il n’a pas pris le soin de se rendre. Ainsi, la gendarmerie est venue le
chercher… De toute façon l’affaire a été réglée et il lui a été interdit d’empiéter sur
l’espace du jardin… » I.I. Tobré, 3.2.10.

De ces deux versions des faits trois niveaux d’analyse apparaissent : a) l’efficacité des
règles définies, b) la légitimité du comité de gestion, c) l’effectivité de la sanction
retenue.

a) L’efficacité des règles définies s’analyse à travers les différents niveaux de


cohérence proposée par Lavigne Delville (2001). Les obligations et les interdictions
telles que retenues dans les règles du jardin sont-elles cohérentes avec les valeurs, les
représentations, et les institutions sociales de conservation et pertinentes par rapport
aux enjeux économique, socio-politique et écologique ? Au regard des faits présentés,
les principales causes du conflit sont : l’empiètement dans le domaine du jardin
botanique et les feux de brousse. En considérant les règles spécifiques retenues, il est
constaté que ces actions sont interdites, mais les sanctions prévues telles que les
amendes restent inchangées par rapport à l’ancien système de gestion des ressources
naturelles. De plus, la réalité du jardin est tout autre : Elle nécessite une plus grande
rigueur en matière de suivi et surveillance. Les règles devront donc être révisées dans
ce sens. Quant à la pertinence de ces règles par rapport aux enjeux effectifs, elle
apparaît illusoire vu que le jardin n’était encore qu’à ses débuts et les divers avantages
annoncés n’étaient pas encore concrets.

218
b) Légitimité du comité de gestion
L’adhésion d’une bonne partie des gens du village aux principes de la gestion du
jardin botanique est-elle suffisante pour empêcher les sabotages ? Nous pensons que
l’adhésion de toutes les tendances et la participation effective de tous les acteurs est
importante pour légitimer le comité de gestion. Le fait que le problème
d’expropriation de terre n’était résolu que partiellement était une source potentielle de
conflit et donc de mise en cause de la légitimité du comité de gestion. A ce niveau
également les règles définies doivent être révisées pour répondre à toutes les
préoccupations des différents acteurs concernés.

c) Effectivité des sanctions retenues


L’amende comme sanction est retenue dans les règles spécifiques. Mais, comme nous
l’avons expliqué, elle n’est plus efficace dans les processus de conservation de la
nature et précisément dans ce contexte où l’Etat semble effacé. Et pour aboutir à la
résolution de ce conflit, les membres du comité ont graduellement pris d’autres
formes de sanction.

Ainsi, que ce soit pour l’empiètement dans le domaine du jardin, pour la coupe
d’arbre illégale dans le jardin ou pour la fermeture du pare-feu, les causes qui ont
conduit à l’arrestation du P.T. sont à nuancer. Il est important donc de s’intéresser à la
façon dont le conflit a été géré. Les différentes étapes de négociation montrent la
hiérarchie instituée dans le processus de jugement qui part du coutumier au moderne.
Le premier niveau concerne les autorités coutumières, notamment le roi. Première
personnalité du système, il est aussi le premier interpelé en cas de conflit, comme le
témoigne cet interlocuteur.
« ….les conflits se gèrent souvent à travers une réunion et autour des différents
membres du comité de gestion, les principaux accusés, le roi et certains vieux sages…
» Z O. Dakererou, l5.4.09.

Cependant les règles qui amènent les individus à mieux se conduire sont celles de
l’autorité locale, le chef de l’arrondissement. L’usage de la force comme contrainte
d’application des règles dénote d’un besoin d’intervention externe. Pourtant ce
système de répression avait été aussi appliqué dans le cas des forêts protégées ou
classées, mais il a perdu de son efficacité. Ce n’est donc pas une nouveauté, et

219
pourtant elle fait effet. Comment comprendre ce fait ? Deux sources d’explication
apparaissent à ce niveau. L’usage de la force comme enjeux de pouvoir et l’infliction
de la honte comme mode de sanction. Cette seconde explication fait apparaître le lien
entre les perceptions de la gendarmerie en milieu paysan et la honte comme fait social
à éviter.

La honte, fait social à éviter

« Sekuru bakaru bassi, Go buran bo » signifie "la mort est préférable à la grande
honte". Cette perception de la honte en société baatonu montre combien il est
important de garder la face dans la résolution d’un problème. Or, la gendarmerie de
par sa représentation en tant que "force de l’ordre" faire perdre cette face à l’homme,
et peut mener au suicide.

De fait, l’intervention de la gendarmerie dans le dispositif de gestion du conflit est un


acte contraignant qui réduit l’individu à l’impuissance dans les sociétés baatombu. En
effet, dans ce rapport de force, le représentant de la gendarmerie dispose de tous les
moyens pour exercer son pouvoir. Face à cette situation, la légalité du pouvoir du chef
d’arrondissement, parfois contestée dans le cas de la gestion des ressources naturelles
de la commune gagne ici en notoriété, contrairement à la légitimité sociale reconnue
auparavant à l’instance coutumière de gestion de conflit représenté par le roi. Suivons
ce commentaire d’un interlocuteur prenant partie dans le conflit :
« …Nous avions proposé à la gendarmerie et au chef d’arrondissement qui sont venus
chercher TP de résoudre le problème auprès du roi. Ce qu’ils ont refusé. Ils ont par
ailleurs manqué de respect au roi lorsque le chef d’arrondissement dit que « le roi
n’est rien » T. Z. Dakererou, l1.5.09.

Selon les gens du village, l’emprisonnement de l’individu se justifie par un


manquement au roi et même à l’institution dont il est le garant. Pourtant, de cette
confrontation entre institutions coutumières et locales, naît le consensus permettant de
trouver des solutions aux conflits. Pour Lavigne Delville, (2001) ces solutions
constituent la source d’une nouvelle règle efficace et légitime. Ainsi, dans leur
application, ces règles doivent pouvoir rencontrer des éléments coercitifs qui
déclenchent la nécessité de se conformer. Dans ce cas, la honte constitue une

220
contrainte sociale qui facilite l’adoption de l’emprisonnement en tant que règle
efficace dans le cadre de la gestion du jardin botanique. La honte et la prison ont
permis de définir les règles pratiques.

Définition des règles pragmatiques de gestion à travers le rôle de gendarmerie

Les perceptions populaires de la gendarmerie sont très négatives. La gendarmerie est


en effet considérée comme une source d’humiliation et de déshonneur social. Pour
cette raison le règlement à l’amiable est toujours souhaité. Cependant un conflit qui
n’a pu trouver de consensus au sein de la société est donc très grave et ne peut être
résolu qu’en dehors du système coutumier. En effet, et c’est parfois le cas, la notion
de gravité adjacente à cette action rend l’auteur responsable de son humiliation. Cette
perception est source de honte, et peut entrainer dans certains cas la condamnation
sociale pouvant conduire au suicide. C’est ce qui justifie que l’issue de la gestion de
ce conflit ait fait tâche d’huile dans la région et servi d’exemple. L’impunité et la
corruption auxquelles les acteurs locaux étaient habitués sous l’ancien système de
gestion de ressources naturelles, n’ont pas été possibles dans ce cas. Sans être prévu
dans le système de gestion, le déshonneur par l’emprisonnement a engendré un déclic
favorable pour la gestion des ressources du jardin botanique. Il fait partie désormais
des modes de gestion des conflits, craint par tous. Ceci active une participation
collective de la majorité de la population, dont voici des témoignages.

«… Il faut reconnaître qu’aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre. Nous nous sommes
compris. Les colères sont passées. La majorité de ceux qui s’étaient opposés aux
objectifs du jardin botanique, participent activement aux différentes activités de
sarclage et de pare-feu que le comité de gestion organise au début de chaque saison
sèche » T.Z. Dakererou, 10.5.09.

Mais pour respecter encore longtemps ces règles, il faut pouvoir définir également des
modes de surveillance. Dans ce sens, les membres du comité ont fait des propositions,
notamment la surveillance fonctionnelle de proximité, et de présence effective.

221
7.3.2. Mode de surveillance entre proximité fonctionnelle et
présence effective

A la suite du règlement du conflit, il est décidé d’un commun accord entre les
membres du comité et les gens du village d’instaurer des modes de surveillance. Au
lieu d’engager un gardien permanent comme c’est le cas pour certains jardins
botaniques bénéficiant du soutien d’une institution ou d’un projet, les acteurs locaux
de Tobré ont opté pour la surveillance de proximité fonctionnelle dont la procédure
est la suivante :

« …Ceux qui ont leurs champs aux alentours du jardin botanique sont de ce fait les
premiers concernés pour surveiller le jardin botanique. Néanmoins, cela n’empêche
pas toute personne ayant vu de mauvais comportement ou pressenti des intentions de
vol ou de dégradation de ressources du jardin chez des tierces personnes, de faire
appel ou d’informer le délégué ou les responsables du jardin » T.P. Dakererou,
6.2.10.

Ce mode de surveillance est pertinent dans le sens où, dans les sociétés rurales, le
système d’interconnaissance est très développé. Les acteurs locaux se connaissent
parfaitement et sont capables d’identifier l’auteur de chaque acte posé. Car, il existe
des schèmes d’identification facile pour justifier les différentes actions. Ainsi, au
niveau de la société globale, chaque individu est capable de différencier un acte posé
par les Peuls, notamment la destruction des jeunes plants ou d’un arbre, de celui posé
par un guérisseur ou un simple paysan. Chacun des acteurs ayant un besoin spécifique
en matière d’exploitation de ressources naturelles qui dépend de l’utilité de chaque
partie constitutive pour son activité. De plus, il est possible de reconnaître de façon
précise l’individu, si les principes de dénonciation sont acceptés par l’ensemble de la
communauté.

Cependant, le principe ne fonctionne pas aussi correctement au niveau du sous


groupe. Un Peul aurait du mal à dénoncer un autre Peul, et pareil pour le Baatonu. Les
principes de solidarité au sein du groupe étant parfois plus forts qu’entre groupe
ethnique d’une même communauté. Dans ce cas, les scissions internes n’apparaissent
que quand la compétition est très forte autour de la ressource commune.

222
En ce qui concerne la surveillance de présence effective, adoptée pour d’autres jardins
botaniques et qui n’est pas encore le cas pour Dakererou, elle repose sur le principe de
recrutement d’un gardien permanent. Cette option comporte des avantages et des
inconvénients. En effet, de par l’expérience des régions voisines, un agent de l’ONG
CERGET témoigne en ces termes :
« …Avoir un gardien en permanence est une chose souhaitée. Ceci renforce certes la
surveillance de proximité fonctionnelle, mais elle expose les ressources à une plus
grande exploitation à travers des pratiques de corruption que peut instaurer le
gardien… » G. T. Pehunco, 21.3.09.

En analysant ce mode de surveillance, il apparaît peu efficace dans un tel contexte de


gestion collective qui se veut être un modèle de conservation des ressources
naturelles. La présence d’un gardien peut être dissuasive pour les cas de vol, et aussi
pour limiter les dégâts de destruction volontaire. Mais, en termes de régulation
d’accès et d’exploitation de la ressource, l’option d’obtenir un consensus autour des
règles définies auxquelles tout le monde se conforme paraît plus adaptée aux modes
de gestion telle que proposée dans le cas du jardin botanique. L’intégration
d’éléments motivants, notamment à travers le développement des activités lucratives
peut donner sens au projet de développement durable tel qu’initié par les acteurs
locaux à travers la formalisation du comité de gestion.

7.4. Formalisation du comité de gestion

Formaliser le comité de gestion du jardin botanique a consisté à mettre en place un


système rigoureux et moins contrariant auquel tout le monde adhère, et à définir
clairement les modalités de fonctionnement. Dans ce sens, les règles définies doivent
être non seulement pertinentes aux yeux des gens du village, mais effectives sur le
terrain. Cela favorise l’adhésion de tous aux différentes activités et projets du jardin
botanique.

7.4.1. Pertinence et effectivité des règles

Quelques mois après la nouvelle de l’emprisonnement du "pyromane", la


formalisation du comité de gestion revient à l’ordre du jour. Les règles pragmatiques

223
et normatives définies sont révisées pour permettre l’adaptation à un nouveau cadre
institutionnel non prévu, qui intègre désormais l’emprisonnement. Ces règles se
définissent alors par rapport aux divers enjeux : a) la représentation équitable de
groupes ethniques dans le comité (peul, yoruba, gando, etc.) b) le renforcement de la
surveillance autour du jardin botanique ; c) la désignation des instances chargées de
régler les conflits.

a) Le critère de représentativité de tous les groupes ethniques est très significatif dans
le cadre de la gestion des ressources du jardin botanique pour parvenir à un
consensus, qui mettrait fin au sabotage. Ainsi, les Peuls reconnus pour leur
empiètement dans le domaine du jardin à la recherche de pâturage pour leurs
troupeaux sont les premiers associés. Leur adhésion aux principes de fonctionnement
du jardin botanique est très importante. Et vu qu’ils sont ceux qui côtoient le plus la
forêt, les membres du comité n’ont pas hésité à leur accorder une place de choix dans
le comité. Sur les 13 membres actifs du comité, on note la présence de cinq Peuls au
poste de conseiller, d’adjoint au président et de sages. Or les Peuls ne représentent
que 33% de la population totale dans l’ensemble de la commune de Ouassa Pehunco.
Les Yoruba, les Gando, les Dendi, etc. ont aussi eu des postes de responsabilités dans
le comité, afin qu’aucun groupe ethnique ne se sente lésé et que le partage des rentes
issues des activités puisse être équitable.

b) Le renforcement de la surveillance autour du jardin a été aussi présenté à l’ordre du


jour du comité. A ce niveau, les membres du comité ont opté pour une surveillance
réglementaire en plus de la surveillance fonctionnelle. En effet, à la suite du conflit,
les autorités avaient instruits les riverains du jardin d’être très vigilants à toute
incursion dans le périmètre du jardin. Cette forme de surveillance très efficace est
adoptée par les membres du comité. Et c’est pour renforcer celle-ci, que les membres
du comité décident de jouer à tour de rôle les contrôleurs temporaires, qui ont
l’autorité de réguler et pourraient même sanctionner. Ces derniers veillent au respect
des différentes dispositions règlementaires particulièrement en ce qui concerne
l’accès.

c) Le règlement de conflits est soumis désormais à des règles applicables et effectives.


L’amende comme sanction est réinstaurée. En lieu et place de l’argent à verser pour le

224
compte du comité, l’on exécute des travaux pour le compte du jardin. Cependant,
l’emprisonnement reste et demeure une sanction effective en cas de faute grave
n’ayant pas trouvé de solution au niveau des instances coutumières et intermédiaires.
A cet effet, les membres du comité sont désignés selon les critères suivants: charisme,
dynamisme et responsabilité. Sur cette base, les étapes de règlement des conflits
partent de la négociation, à la traduction devant la cour du roi, ensuite au règlement
contre une sanction définie par le chef d’arrondissement et enfin à une convocation et
à une arrestation par la gendarmerie. Cet itinéraire d’application des règles de
sanctions définies, constitue un premier pas vers une formalisation du fonctionnement
du comité. Les différents acteurs à tous les niveaux ont été informés de ces règles et
se sont mis d’accord pour les appliquer:

« ... C’était à Gousson où pour la construction d’un module de classe, les gens du
village se sont réunis pour donner l’ordre aux scieurs d’abattre un arbre dans le jardin
botanique pour en faire du bois de charpente et cela sans aviser le comité de gestion.
Les membres du comité de gestion l’ayant appris, sont arrivés à dissuader les
populations et les scieurs de passer à l’acte. Dès lors le courant ne passait plus entre
nous. Si bien que les populations de Gousson boycottaient les activités où nous nous
regroupons pour tracer des pares-feux autour du jardin botanique. Mais, grâce au
dialogue on peut dire que c’est bien. Tout est revenu dans l’ordre » S.W. Tobré,
28.8.09.

Ce récit montre que, même contre les intérêts généraux de la population, le comité
peut exercer son pouvoir et mettre en application les règles définies. C’est donc un
pas important vers la compréhension de l’objectif général de protection, même si ce
seul fait n’est pas suffisant pour parler proprement de protection de la nature. La
logique qui justifie le refus d’exploitation du bois sans avis du comité en est une
preuve.

« …Nous avons refusé pour plusieurs raisons. D’abord il faut faire comprendre à la
population qu’il ne leur appartient pas de prendre des décisions comme cela et de
chercher à les appliquer sans au préalable informer le comité de gestion. Ensuite,
l’arbre qu’elle voulait abattre n’est pas un vieil arbre. Enfin, il peut endommager
beaucoup de jeunes plants dans sa chute. Voilà autant de raisons pour lesquelles le
comité s’est opposé» S. W. Tobré, 28.8.09.

225
Cette compréhension de l’utilité des ressources du jardin botanique motive également
le projet de valorisation en cours.

7.4.2. Perspective de valorisation des activités du jardin botanique

Dans le plan de gestion des ressources du jardin botanique mis en place par le comité,
il est prévu des activités dans le sens de la valorisation du jardin. En effet, les activités
liées à la gestion collective sont de deux ordres : les activités pratiques lucratives ou
non et les activités organisationnelles. Dans la première catégorie d’activités, les
acteurs ont prévu mettre en place des ruches pour produire localement du miel,
sélectionner des arbres exploitables, rassembler les bois morts, et organiser des visites
sur le site, etc. Dans la deuxième catégorie, il est prévu des activités de lobbying
auprès des projets et institutions, de gestion quotidienne des difficultés, etc.
L’ensemble de ces activités de deuxième catégorie peuvent être analysées comme
étant « des coûts non monétaires liés à une recherche d’information, ou de
négociation, coordination entre acteurs » (Lavigne Delville, 2001: 8). Au regard de
cette analyse, je propose de cerner l’efficacité du comité de gestion du jardin
botanique de Dakererou. Ainsi, dans un premier temps, nous considérons les activités
lucratives, ensuite celles non lucratives et enfin celles qui génèrent ou pas des coûts
de transaction.

a) Les activités pratiques lucratives


Elles sont essentiellement liées à des activités organisées par l’ensemble des acteurs,
dont les fonds sont utilisés pour les dépenses exigées par le fonctionnement du
comité. Dans ce sens, l’apiculture est l’activité principale retenue selon le plan
suivant :
- Le matériel de production est négocié et mis à disposition par les
membres du comité ;
- L’utilisation du matériel est collective selon les besoins de chaque
acteur dans les délais de production ;
- La vente du miel est collective à un acheteur recherché par les
membres du comité afin de maîtriser les prix de vente et d’éviter des
manquants liés à la variation de prix inhérents à la vente dans l’informel ;

226
- Des ristournes sont reversées au comité pour son fonctionnement et
pour l’entretien du matériel en cas de panne ou de besoin de pièce de
rechange, etc. Ces fonds peuvent également servir, à résoudre des difficultés
(par ex. remplacement de plants morts, ou brûlés par les feux de brousse).
Aussi, le comité peut être saisi pour venir en aide à un acteur en faillite. Pour
le moment, les acteurs ne comptent pas participer à la construction des
infrastructures villageoises (école, dispensaire, fontaine, etc.). Car, ils
reconnaissent que la somme demandée étant souvent élevée, cela peut
fragiliser le bon fonctionnement du comité ou exercer une pression sur les
ressources exploitées. Les aides sociales aux acteurs en dehors des difficultés
liées à l’apiculture ne sont pas prévues. Des contrôles réguliers de la gestion
des fonds sont prévus chaque trimestre pour limiter le détournement ;
- Au nombre des activités lucratives se trouve également l’exploitation
du bois de feu au profit du comité. Il en est de même des fruits saisonniers et
des graines de néré ou de karité. En ce qui concerne le bois d’œuvre, il est
strictement interdit sauf dans les cas où les experts forestiers ont détectés que
tels ou tels arbres devraient nuire aux plus jeunes arbres du fait de ses
caractéristiques. Ces cas sont très rares, mais quand même prévus ;
- Une autre forme d’activité de développement qui est certes
individuelle, mais profite aux gens du village est la pépinière. Les acteurs
formés pour cette activité deviennent ainsi, des sensibilisateurs de
conservation dans le sens de la plantation des arbres pour remplacer ceux
détruits tous les jours. Car, ils ont le besoin d’écouler leurs plants et pour cela
il faut convaincre les "gens du village" de l’utilité des plants.

b) Les activités pratiques non lucratives


Il s’agit particulièrement de l’organisation des visites guidées dans le jardin
botanique. En effet, certains acteurs du comité sont désignés pour aider les visiteurs83
à avoir accès au jardin botanique. Cette tâche est confiée aux personnes qui
connaissent les caractéristiques des arbres, leurs noms, leurs vertus, etc. Ils ne sont
pas rémunérés pour leurs actions, car les visites sont aussi gratuites. Ils sont souvent
accompagnés des contrôleurs qui font la garde à tour de rôle. Il faut noter que cette

83
Les visiteurs sont souvent des étudiants et doctorants des universités du Bénin ou en partenariat avec
des institutions affiliées au comité de gestion.

227
activité se fait selon la disponibilité des responsables retenus et ne constitue pas une
tâche supplémentaire. C’est un sacrifice accepté par ceux-ci et qui a un caractère
pédagogique comme nous l’a confié un des guides :

« …C’est toujours un plaisir pour moi d’accompagner nos visiteurs dans notre jardin.
Car je profite pour découvrir la forêt et améliorer mes connaissances en la matière,
car il faut noter que ceux qui s’y intéressent ont aussi certaines connaissances des
arbres en venant. Alors c’est donc aussi un moment d’échange et toujours de
découverte infinie. Cela fait du bien et donc à tout moment ou c’est nécessaire, je me
rends disponible pour le faire… » F. B. Tobré, 23.4.10.

En dehors des visites guidées, il y a aussi les activités de réalisation de pare-feu à la


fin de chaque saison pour éviter les feux de brousse ; ou encore l’entretien des pistes
de visites qui sont souvent retracées surtout en saison pluvieuse. Ce sont des activités
qui se font après une séance de travail où presque tous les acteurs donnent leur
disponibilité qui correspond à un jour où la majorité n’a pas de contraintes
particulières. De plus, telle qu’organisée, cette activité s’ancre dans les habitudes des
acteurs ruraux qui avaient dans leur système agricole des formes d’entraide collective.
Souvent, les paysans peuvent solliciter les frères et amis pour se rendre au champ
d’un beau-parent ou pour travailler collectivement à tour de rôle dans leur champ
respectif. On retrouve cette entraide collective même dans les cas de construction de
maisons.

c) Les activités organisationnelles


Elles sont limitées le plus souvent aux acteurs principaux du comité qui font du
lobbying afin de mobiliser des ressources ou du matériel pour le compte du comité.
Les autres membres peuvent participer aux séances de sensibilisation proposées par le
donateur afin de soutenir la démarche. Dans ce cas, ces activités tiennent compte du
calendrier déjà retenu dans le cadre des réunions de compte rendu, ou de prise de
décisions. C’est aussi l’occasion de demander la participation d’autres acteurs
généreux tels les représentants d’ONG (CERGET, BIOTA), qui soutiennent le comité
à travers des conseils pratiques sur comment entretenir des arbres, des plants, etc.
Certains acteurs externes profitent pour faire de la sensibilisation et parfois même de
la formation, notamment dans le domaine des pépinières. D’autres soutiennent

228
financièrement et exigent que leur nom apparaissent sur l’insigne comme indiqué sur
la photo.

Photo 5 : Enseigne du jardin botanique de Dakereru

On constate que sur la première plaque, à l’arrière plan, il n’y avait pas encore de
mobilisation d’acteurs extérieurs autour de l’initiative communautaire. Aujourd’hui,
une multitude d’ONG et de projets soutiennent et appuient techniquement le jardin
botanique : CS- CFD- CERGET- LEA- RNSCC-IUCN- PAYS-BAS- BIOTA-
TIMGBERU- CVD- Commune de Pehunco. Parmi, ces acteurs participant à la
gestion négociée, on note la présence des dispositifs participatifs qui avaient déjà de
l’expérience dans ce domaine (CVD, TIMGBERU), la Commune de Pehunco,
BIOTA, etc.

On peut constater également sur l’enseigne que les objectifs ont évolué et sont
structurés autour de la protection de la flore menacée, du transfert des connaissances

229
endogènes aux jeunes générations et de la conservation des valeurs culturelles et
gestion durable de la biodiversité.

En définitive, certaines de ces activités sont déjà réalisées avec efficacité sur le
terrain. Il s’agit de la pépinière, de la réalisation de pare-feu, de bancs publics, des
visites guidées, de la vente des bois de feu, etc. Mais celles de l’apiculture, sont
encore en projet avancé. C’est un modèle réalisé dans le cas du jardin botanique de
Gousson financé par les étudiants de BIOTA et les chercheurs de Francfort, et dont
l’aboutissement est concluant, car la relève est assurée par les acteurs locaux qui l’ont
transformé en CERGET ONG dont nous avions parlé plus haut. Certains acteurs de
cette ONG sont des membres actifs du comité de gestion du jardin de Dakererou.

Cependant, des biais de gestion sont déjà présents et il faut penser y remédier plus tôt
pour parvenir à une efficacité réelle du comité. Il s’agit de limiter l’aspect trop lucratif
du jardin botanique, qui risque d’entrainer des pressions imprévisibles sur les
ressources qu’on cherche à conserver. De plus, les acteurs doivent veiller à une
répartition équitable des rentes issues de ces activités pour éviter des frustrations
pouvant aboutir à des revendications qui mettent à mal le comité. Les cas de fraude et
de corruption inhérents aux formes antérieures de gestion doivent être évités. Bref, les
contraintes de gestion collective sont nombreuses. Cependant, le comité de gestion tel
que mis en place, progressivement et à la suite de la résolution de chaque difficulté,
peut aboutir à des résultats positifs, si les contraintes sont limitées.

Par exemple, le comité de gestion de par sa composition socio-ethnique peut


contribuer à une dynamique des modes d’appropriation des ressources naturelles, en
ce sens qu’il fait une part importante à l’entrée en jeu des groupes ethniques
minoritaires (peul, Gando et étrangers) (tableau 8). En effet, on constate que
contrairement aux comités villageois de gestion (CVG), où les baatombu sont
majoritaires, et aux comités revendicatifs dans lesquels tous les chefs de comités sont
des wassangari, le comité de jardin botanique montre majoritairement des Peuls (5 sur
13 membres que compte le comité) soit 38%. Ce chiffre devance celui des baatombu
autochtones qui représentent 30%. Le partage équitable est observé au niveau des
autres groupes ethniques etrangers et y compris les wassangari gens du pouvoir (soit
7%). Certes, les Peuls sont souvent sollicités par les comités de gestion pour leur

230
maîtrise de la forêt, liée à leur profil d’éleveur et donc à leur activité de pâturage,
mais le fait d’occuper des postes de responsabilité dans les comités de gestion est un
pas important vers un partage équitable des fonctions au sein des instances de de
décision.

Tableau 8 : Représentation socio-ethnique des membres du comité de jardin


botanique de Dakereru

Comité de jardin Membres Groupes ethniques Total %


botanique
Président (1) Baatonu Baatombu (4) 30.71
Adjoint (1) Peul Peul (5) 38.46
Secrétaire (1) Baatonu Wassangari (1) 7.69
Dakereru Adjoint (1) Peul Gando (1) 7.69
Trésorière (1) Yoruba Dendi (1) 7.69
Adjointe (1) Baatonu Yoruba (1) 7.69
Conseillers (2) Peul, Baatonu,
Sages (2) wassangari, Peul
Autres membres (3) Peul, Gando, dendi
Total 13 - 13 100

Sources : données de terrain

Ainsi, le comité peut permettre de reduit le caractère conflictuels de la gestion des


forêts autour des instances locales de pouvoir (chefferies politique et de contrôle des
ressources naturelles, administration locale).

Conclusion

La dynamique de changement observée dans la gestion du jardin botanique est


instructive. En effet, la mobilisation des acteurs locaux autour du jardin botanique est
un exemple de gestion négociée des ressources naturelles. Le besoin de conserver
s’est imposé à la suite d’une insatisfaction de gestion étatique. De ce fait, le
fonctionnement du comité se construit progressivement et graduellement pour
atteindre les objectifs de base fixé. De cette initiative endogène apparaissent les
possibilités de « crating institutions » (Ostrom, 1997) c’est à dire de « façonnement
des institutions » (Lavigne Delville, 2001 : 9). En réalité, la gestion des ressources
telle que proposée par les acteurs locaux correspond à une harmonisation des
différentes règles tant coutumières que légales. De cette adaptation continuelle des

231
règles de protection des ressources naturelles, naît une volonté de "réviser les
institutions", de les rendre plus flexibles à répondre aux exigences au cas par cas à des
difficultés de gestion de la nature.

Dans ce processus on a constaté que des acteurs locaux disposent des capacités de
créer des conditions favorables à la mise en place de comités efficaces pouvant être
institués en modèle de protection, si la légitimité de ce comité est assurée et sa légalité
acquise à travers des négociations consensuelles entre les différents acteurs concernés.
Les enjeux multiples doivent être gérés au mieux pour ne pas, d’une part, exiger trop
d’effort de la part des acteurs locaux et d’autre part, exercer des pressions sur la
ressource elle même. Par ailleurs, « les dispositifs de gestion de ressources
renouvelables ne peuvent se limiter aux seuls acteurs locaux, coutumiers ou
associatifs. Ils doivent avoir l’aval et pouvoir mobiliser des acteurs, étatiques ou
décentralisés, qui renforcent leur légitimité et leur capacité à agir, en particulier vis-à-
vis des "outsiders". Ils doivent combiner capacités locales d’action collective et appui
des institutions étatiques » (Ndione et Lavigne Delville, 2012).

232
CONCLUSION GENERALE

L’étude a porté sur la "fabrique" des politiques publiques de gestion des ressources
naturelles dans la localité de Tobré. Elle a montré comment la gestion de ces
ressources n’est plus la seule décision de l’Etat et de ses services déconcentrés des
Eaux et Forêts, mais l’action de multiples acteurs, notamment les comités de gestion,
les collectivités locales, les ONG, les projets de développement et de toutes les
institutions qui participent à la définition et à la mise en œuvre des politiques locales
de gestion de la nature. Ainsi, l’étude s’est focalisée sur l’importance des interactions
relationnelles de conflits, de concurrence, de compromis autour des enjeux de
pouvoirs et de ressources (sociales, politiques et économiques) de l’accès et du
contrôle de l’accès aux ressources naturelles. Elle s’est attelée à montrer que ces
interactions sont principalement construites autour des controverses, des formes de
dénonciations et de mobilisations dans les espaces publics de débats (médias et
forums), mais aussi et surtout autour de l’action collective issue du pacte ou des
accords négociés entre l’Etat et les multiples acteurs situés à différents niveaux
d’intervention et de décision. L’ensemble de ces interactions structure la dynamique
d’appropriation des ressources naturelles telle qu’elle se passe dans la localité de
Tobré.

Pour comprendre ces différentes interactions, j’ai présenté en premier lieu les
différents contextes et acteurs en lien avec les principaux enjeux autour desquels se
structurent les dynamiques d’appropriation dans l’arène locale de gestion. En
deuxième lieu, j’ai présenté la gestion des ressources à partir de deux paramètres
historiques à savoir : 1) les modes d’appropriation précoloniaux mettant en exergue
les différentes représentations de l’espace végétal, les modalités de distribution et de
transfert des ressources naturelles, à travers les notions d’autochtonies, d’implantation
de cultes, et des formes de tutorat. Ils ont déterminé un premier niveau de gestion des
ressources naturelles et une certaine conception de la nature avec ses formes
particulières de régulation (héritage, don, prêt, en fonction de la hiérarchie socio-
politique qui marque une différenciation entre "vrais autochtones" baatonu giyo et
autochtones avec référence migratoire, entre nobles et esclaves). 2) l’institution d’un
Etat forestier au début de l’intervention coloniale et l’octroi de pouvoirs de contrôle

233
de l’accès aux ressources naturelles à des groupes socio-ethniques dominés (peuls et
gandos) et les implications en termes de transformations des hiérarchies socio-
politiques et religieuses et de recomposition de l’arène locale d’appropriation des
ressources naturelles. C’est le second niveau d’appropriation des ressources
naturelles, qui a consacré le monopole étatique sur les forêts à travers les dispositifs
concrets que sont une législation forestière coloniale adaptée au fil des années par les
institutions internationales à travers des décrets et des ratifications de normes,
l’institution d’un service des Eaux et Forêts doté d’un pouvoir paramilitaire, la
constitution d’un budget au niveau des différents ministères et leurs services
techniques chargés de la gestion des ressources naturelles.

L’ensemble de ces dynamiques, en même temps qu’il caractérise l’évolution des


modes d’appropriation des ressources naturelles, ont surtout révèlé les formes
d’interactions entre les acteurs locaux et l’Etat et les types de politiques publiques
mises en œuvre. Il s’agit des politiques dirigistes et d’exclusion des acteurs locaux de
la gestion des forêts protégées et classées. Par rapport, aux chefferies traditionnelles
(chefferie politique, chefferie de terre, instances locales de pouvoir …), les stratégies
de mise en marge ont été adaptés particulièrement contre les Wassangari gens du
pouvoir, la promotion de certaines localités à travers les tracées de pistes rurales, la
réalisation d’infrastructures modernes et l’octroi de pouvoir administratif en tant que
chef-lieu de canton.

Ces politiques se sont poursuivies après la décolonisation dans la plupart des régions
concernées. Les réformes politico-administratives et institutionnelles (villagisation,
découpage administratif et territoriale, urbanisation, etc.) opérées par les différents
Etats indépendant et révolutionnaire n’ont fait qu’accentuer les déchéances des pôles
de chefferie politiques et religieuses (perte de centralité de la localité de Tobré,
désorganisation des normes coutumières de contrôle des ressources) et permis
l’institution d’une chefferie politique à Pehunco. Dans le secteur forestier, on note
également une poursuite des formes d’exclusions des acteurs locaux et l’instauration
des services sectoriels. Pendant le régime révolutionnaire, les chefs de terre ont perdu
de leur notoriété au profit des instances révolutionnaires directement nommées par la
hiérarchie politique (chef de village ou de quartier). Plusieurs problèmes de
défaillance des agents forestiers, de libre accès aux ressources, et de corruption,

234
doublés plus tard de problèmes de dysfonctionnement des services des Eaux et Forêts
et de la non application de la législation, ont laissé le champ libre à l’intervention
extérieure, en termes de gestion participative. Ce qui justifie en partie l’entrée sur la
scène des politiques publiques de nouveaux acteurs disposant des ressources
diversifiées (financières, politiques, symboliques et sociales), le renforcement du
niveau local en matière des politiques de protection des forêts et l’ajustement des
politiques nationales par les impulsions des mouvements sociaux. Sur le terrain, on
relève la prolifération des ONG et des projets de gestion des ressources naturelles
(local, national et international) qui s’alignent sur les programmes de gestion
participatifs (gestion de terroir, aménagement forestier participatif, gestion
communautaire, création de jardin botanique). Les dispositifs participatifs
(groupements villageois, groupements de femmes, comités de gestion) dont
l’existence est signalée depuis les périodes coloniales à travers les champs collectifs
et les mouvements coopératifs sont ainsi devenus plus actifs et leur potentiel de
mobilisation de fonds pour la réalisation des infrastructures socio-communinautaires,
de plus en plus sollicité (payement des instituteurs communautaires, de réalisation de
salle de classe et réfection de centre de santé sur la base des ristournes cotonnières).

Cette dynamique de recomposition de l’arène locale de gestion des ressources


naturelles s’est accélérée pendant le processus de décentralisation en rapport avec les
changements institutionnels (vote d’une nouvelle politique forestière, la loi sur les
transferts de compétence aux collectivités locales). La création des comités de
gestion, les actions menées par les chefs comités, leurs interactions avec les acteurs
extérieurs ont davantage pris des caractères officiel et durable dans le nouveau
contexte politique. Les comités de gestion se sont présentés comme des lieux de
mobilisation des gens du village, où s’organisent des regroupements et une forme de
militantisme plus ou moins favorable à l’inclusion dans les dispositifs concrets de
politique de développement local (protection des forêts, défense des causes des ruraux
et dénonciation de multiples problèmes publics). En effet, les types d’argumentations
mobilisées par les chefs des comités pour justifier leur logique d’action sont multiples
et variés. On peut noter la réglemention de la coupe de bois d’œuvre pour protéger les
forêts, la contribution au développement local, la protection des filles mineures contre
les grossesses précoces, la lutte contre la déscolarisation des jeunes, la réhabilitation
de la chefferie politique locale, etc. Plusieurs problèmes contradictoires s’achevèrent

235
dans cette polémique publique. On a pu noter la remise en cause des politiques
coloniales et la volonté des acteurs locaux, chefs de comité de rétablir les frustrations
subies qui expliquent selon eux le recule de la localité de Tobré. Les comités de
gestion sont devenus les espaces de définition et de mise en œuvre des multiples
problèmes publics. Les conflits entre les différents acteurs en présence sur le terrain
sont toujours plus intenses. Les acteurs faisant recours à des formes variées de
mobilisation (dans les radios rurales, les journaux, les réunions des UCPC, des lettres
ouvertes aux autorités publiques, des forums, etc.). Les formes de négociations et de
compromis ont été également constatées à la lumière des analyses portant sur les
comités de gestion des jardins botaniques, particulièrement celui de Dakereru. De
sorte qu’un nouveau mode de gestion des ressources naturelles est en train de se
mettre en place auquel un droit aux débats publics permet aux revendications locales
d’élargir l’espace de négociation et de décision des politiques de protection de la
nature. Un exemple est la formation des comités inter-communaux de débats publics
composées d’agents forestiers, de gens du village, des membres du conseil communal,
des responsables de comité de gestion, chargé de la définition et de la mise en œuvre
d’un projet de protection des forêts et de la coordination du débat public autour des
difficultés de gestion des ressources naturelles.

De fait, on peut noter que la configuration actuelle de l’arène locale de gestion des
ressources naturelles à Tobré est marquée par une multiplicité d’acteurs occupant des
espaces de débats complémentaires, juxtaposés et conflictuels. En effet, les analyses
ménées dans les différents chapitres montrent une pluralité d’acteurs organisés issus
tant des formes traditionnelles de solidarité (worou), que des regroupements
historiques apparus dans l’évolution des rapports entre l’Etat et les acteurs de
développement. En se référant aux normes institutionnelles et administratives
adoptées par le Bénin dans le cadre de la gestion des ressources naturelles, on peut
dresser une catégorie très générale des acteurs participant à la gestion des ressources
naturelles que sont : les ONG, les projets de développement, les groupements
paysans, les regroupements villageois, les associations de développement. Mais, en
partant d’une approche centrée sur l’action publique et en analysant le fonctionnement
des comités en tant qu’espace public de débats en rapport à leurs logiques d’action, à
leurs représentations et à leurs ressources diversifiées, on peut retenir une autre

236
catégorisation des acteurs organisés en comités de gestion des ressources naturelles en
six points:
- Les comités "informels" qui ne disposent que de ressources sociales et
symboliques. Il s’agit des acteurs sociaux traditionnels qui ont un caractère
institutionnel ou non (les gens du village, les chasseurs traditionnels), dont la
logique d’action repose sur le militantisme.
- Les comités spécialisés dans la gestion participative. On retouve au sein de ces
comités des acteurs issus de mouvements paysans que sont les UCPC et dont
les ressources économiques et politiques sont reconnues par les autorités
publiques, notammant les membres du conseil communal avec lesquels ils
forment un réseau d’interdépendance.
- Les comités des représentants locaux de l’Etat. Ce sont les comités villageois
de gestion qui regroupent les agents du conseil municipal (CA, délégués de
quartier ou de village) et qui sont en collaboration avec les agents des Eaux et
Forêts. Leurs logiques d’action est tantôt complémentaire tantôt concurrentiel.
C’est dans cette catégorie qu’on retrouve les associations de développement.
- Les comités relais des projets et ONG (comité de jardin botanique, les
Comités Villageois de Développement). Ils sont en rapport avec de multiples
acteurs extérieurs dont ils reproduisent souvent les représentations et les
logiques d’action.
- Les comités de "controverse" que sont les comités issus des conflits de gestion
et des mouvements revendicatifs et dont les acteurs peuvent être publics ou
privés. Ces comités sont comme des espaces de privatisation informelle de
l’Etat. Il s’agit des comités gabatier, des comités de l’UCPC qui sont à la fois
des espaces ouverts et fermés au sein desquels se mènent les débats
d’intellectuels dans le sens de la définition des politiques publiques de
protection de la nature, des médias dans leur rôle de traitement de
l’information sur les conflits de gestion, les comités nationaux (l’Union pour
la protection de l’environnement), etc.
- Les comités d’enjeu collectif qui sont les résultats des nouvements sociaux
(comité communal, comité intercommunal). Les acteurs de ces comités
proviennent des divers comités ou organisations et sont appélés à partager les
visions de protection, à négocier leurs ressources diversifiées et à agir de façon
concertée.

237
Cette typologie contribue au changement des formes locales d’appropriation des
ressources naturelles, à la résolution des conflits de gestion des ressources, aux
accords entre différents comités, groupes et intérêts. Elle vise aussi à répartir ou
compenser les inégalités entre groupes socio-ethniques dans l’accès et le contrôle des
ressources naturelles. L’interaction entre les différents comités plus ou moins bien
organisés est donc nécessaire pour une gestion des ressources naturelles en termes
d’action publique qui assure la stabilité de la société, sa capacité à assurer les services
et sa légitimité.

Ce faisant l’Etat local contribue à l’organisation progressive d’un système collective


de gestion des ressources naturelles. Malgré les moyens limités en organisation et en
finance, il pourrait acquérir une forte capacité de définition de règles via la mairie
pour son pouvoir réglementaire. Il pourrait mettre en œuvre des normes et procédures
politiques, adéquates peu à peu pour les différents comités ou acteurs.
L’institutionnalisation de cette forme de gestion peut cependant crée des contractions
entre les membres des comités. Les interactions entraineraient des transferts de
compétence, d’adaptation de conflit dynamique qui produit de nouvelles règles
structurant un espace nouveau d’action publique. Il n’est donc pas possible de parler
de gestion collective des ressources naturelles sans la situer dans le contexte de la
reconfiguration de l’arène locale.

Ainsi, cette configuration de l’arène locale de gestion des ressources naturelles telle
que présentée dans cette étude énnonce une discussion à deux niveaux : d’abord la
reconnaissance de ces multiples acteurs organisés en comités par la pluralité
d’instance de pouvoirs y compris l’Etat, et la co-construction d’une gestion collective
des ressources naturelles à travers la participation et la mise en place de débats
publics. En effet, la reconnaissance de ces comités de gestion des ressources
naturelles est nécessaire et ne doit pas se limiter à leur acceptation par le conseil
communal comme étant des acteurs faisant partie de l’arène locale. Elle doit être
accompagnée de prérogatives en matière de prise de décision, et surtout de soutien
matériel qui permet à ces comités de participer activement à la recherche de réponses
aux problèmes posés par les modes de gestion des ressources naturelles, dans le sens
d’une action publique. Quant à la co-constructution, elle se rapporte à la mise en place
et à la structuration des espaces d’échange où se négocient les enjeux de la gestion des

238
ressources naturelles entre gens du village, comités et acteurs publics. De sorte à
accorder de l’importance aux interactions d’acteurs, notamment à leurs implication
dans les politiques publiques, à l’interpénétration des différents niveaux d’action
(local, national et international), et surtout à la disparition progressive des limites
entre publics et privés, au changement des modes d’intervention étatique devenus plus
horizontaux (libéralisation du secteur forestier, régulation à travers des modes de
gouvernance qui implique tous les acteurs, contractualisation avec des acteurs
extérieurs et locaux) et du rôle croisant des politiques participatives et incitatives. La
prise en compte et la compréhension de ces dynamiques d’ajustements mutuels,
fondés sur des conflits et des négociations deviennent ainsi centrales. Ce qui
permettrait de mettre en rapport les différents pouvoirs en présence et de contribuer à
reléver le défi de la gestion durable des ressources naturelles, au-delà de la lutte
contre la gestion frauduleuse des forêts.

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251
ANNEXES

ANNEXE 1 : INSTRUMENTS DE COLLECTES DE DONNEES

A) Guide d’entretien

I- Historique
1-L’histoire des peuplements, identifier les configurations micro locales
2- Faits historiques marquant l’évolution des écosystèmes forestiers en particulier des
espèces végétales, des cours d’eau, etc. (Évolution écologique, sociale, économique)
3- Mémoire des « personnes âgées » dans l’évolution des écosystèmes forestiers
(espace disparu ou introduit)
4- Diverses illustrations (récits, contes, faits, proverbe, chant, etc.)
5- Les faits socio-culturels, politiques et économiques liées à cette évolution
6- Le rôle, la place et l’importance, des différentes institutions politiques et
administratives qui se sont succédé
7- L’évolution des différents rapports entre acteurs locaux entre eux et entre les
acteurs « externes » c’est - à dire (colons, développeurs, etc.)
8- Les législations et autres évènements institutionnels ayant influencé l’évolution
(regroupement villageois forcée, introduction de l’agriculture de rente, forêt classée,
etc.)
9- Les conséquences sur l’évolution des écosystèmes forestiers
10- Faire l’historique des jardins botaniques

II- La nature des ressources et les caractéristiques sociales

1- Identifier la structuration sociale (Quelle est sa place économique, politique,


religieuse, sociale, administrative, etc.) par rapport aux autres territoires
2- Publics, privées, coutumiers, etc.
3- Quelles sont les différentes ressources ? À qui elles appartiennent ? pourquoi et
comment ?
4- Rare, importante, essentielle, etc.
5- Quelles sont les ressources individuellement exploitées ? pourquoi ?
III- Les règles de gestion des ressources naturelles

252
Pour un écosystème précis ou un territoire concerné
1- Les ayants droits
2- Le droit de prélever ou non
3- Les modes d’accès pour des tiers éventuels ;
4- Les règles d’exploitation (normative et pragmatique)
5- Les modes de surveillance, de contrôle et les modes de révision des règles
6- Les rapports hiérarchiques entre les différents groupes ou villages voisins dans
l’exploitation des ressources
7- Les compétences sociales des acteurs à éditer les règles ?
8- La garantie des droits d’exploitation
9- La pertinence et l’effectivité des règles
10- Le cadre institutionnel
11- Les pouvoirs potentiellement ou réellement présents à travers les négociations
d’accès à la ressource, ou les gestions des conflits

IV- Les modalités de prélèvements

1- Les ressources qui sont prélevées - exploitées


2- Le moment ?
3- Les méthodes, moyens ou technique
4- Les restrictions, ou privation

V- Les finalités

1- Intérêts objectifs (économiques, social, symbolique) pour les ressources sont


exploités
(Vente, consommation, transformation, etc.)

VI- Les conditions

1- Les conditions objectives ?


2- Les systèmes d’autorité
3- Les conflits et comment ils sont gérés ?
4- Les sanctions prévues ? appliquées ?

253
5- Les formes de contrôle ?

VII- Les acteurs (locaux, coutumiers, publics, externes, religieux, etc.)

1- Les acteurs et leurs capacités objectives à intervenir


2- Leurs statuts dans le système local de hiérarchie et de dépendance
3- Relever les situations conflictuelles

VIII- Enjeux

1- Économiques (bénéfices qui peuvent être tiré)


2- Sociaux (la répartition de l’accès à la ressource)
3- Politiques (le pouvoir de définir les règles – et donc la distribution de l’accès et des
opportunités de revenu – et d’en assurer la mise en œuvre)
4- Les enjeux contradictoires

IX- Les problèmes de régulation

1- Quelques récits de conflits


2- Récits de décision, ou de dysfonctionnement
3- Relever les situations conflictuelles
4- Les systèmes d’autorité

B) Etudes de cas

1- Approfondir les entretiens et recouper les informations autour des acteurs locaux et
stratégiques (réformateurs opposés à la dynamique, acteur-leader/ acteur « passive »,
autochtone/ migrant, peul /bariba, etc.)
2- Sur chaque espace, montrer comment les acteurs locaux se présentent (objet précis)
et voilà comment les acteurs extérieurs pensent et voici les implications
3- Comment les groupes d’acteurs locaux différents de l’espace d’étude perçoivent et
pratiquent la nature en tenant compte des différents intérêts économiques
4- Mettre en évidence les agents de conservation

254
5- Parler en termes d’acteurs locaux et de groupes stratégiques qui portent des visions
de conservation et non des confrontations théoriques et virtuelles d’idées (indiquer la
façon dont ils parlent d’un problème précis)
6- Déterminer les visions de protection - les logiques de conservations
7- Voir les compromis, les rapports de force, etc.
8- Modes d’accès : interroger les vielles personnes sur l’évolution de la flore, les
restrictions d’usage, l’évolution des groupes sociaux en rapport avec les différents
politiques
9- Comment les règles d’accès les modes de régulation ont évolué dans la pratique, et
non la théorie.
10- Histoire sociale des modes d’exploitation de la nature, l’évolution des institutions
Quelles sont les règles (qui a le droit ? avec quelle technique? en quelle période ? et
pour quel usage ?)
11- Les changements observés (est –ce qu’il y a eu des conflits ? les sanctions
appliquées et dans quel ordre)
12- Dans quelle mesure les registres d’actions des acteurs sociaux, des notabilités est
contestées et fragilisées
13- Existe-il des acteurs sociaux qui peuvent interdire l’exploitation d’une ressource
ou pas ?
14- Parler de la gouvernance des ressources (la confrontation de la pluralité des règles
– ce qui veulent et ceux qui ne veulent pas)
15- Les conventions locales (les acteurs locaux travaillent, font des propositions et
l’administration amende)
16- Confrontation des visions sur la base des objets et faits de la gestion forestière

255
QUESTIONNAIRE (Pour les chefs comités)
Date de l’entretien
Durée de l’entretien
Observation particulière
Lieu de l’entretien

I. Profil sociologique de l’interlocuteur


Nom
Prénom
Age
Fonctions (paysan, délégué, scieur, chasseur, etc.)
Groupe ethnie (bariba, peul, gando,etc.)
Situation matrimoniale (marié, divorcé, célibataire, etc.)
Nombre d’enfants

II. Parcours de vie


Né où ?
Grandir ou ? auprès de qui ?
Scolariser ? jusqu’en quelle classe
Diplôme obtenu
Premier emploi
Les différentes fonctions occupées
Les expériences au niveau de chaque fonction
De quelle à quelle année ?
Quels sont vos souvenirs ?
Qu’est-ce qui vous marqué ? positivement ? négativement ? (raconter)
Quelles sont les compétences acquises dans ces domaines,
Quels sont leurs effets sur votre fonction actuelle ?
Quels sont les atouts dont vous disposer qui ont fait que vous êtes à cette fonction ?

III. Gestion de la mairie de Tobré

Comment est-il devenu chef d’arrondissement ?


Pourquoi est t-il devenu chef d’arrondissement ?
Quel soutien a t-il eu ?
Depuis quand il est devenu chef d’arrondissement
Qu’est ce qui a changé depuis qu’il chef d’arrondissement
(Au niveau de l’arrondissement, au niveau du village, au de la commune, etc.)
Comment il pense développer l’arrondissement ?
Quelles sont les activités qu’il a méné dans ce sens ?

IV. Connaissance sur la loi de la décentralisation

Existe de nouvelle loi pour gérer la mairie de l’arrondissement ?


Quel est le contenu de cette loi ?
Qui maitrise cette loi ?
La population a t-elle connaissance de cette loi ?

256
Quelle est appréciation sur la mise œuvre de cette loi ?
Quelles sont les insuffisances de cette loi ?
Il y a t-il eu d’autre loi voté ?
Comment il adapte cette loi à la réalité de sa localité ?

V. Logique qui soutend la destruction de grands arbres

Pourquoi les grands arbres du village ont été coupé ?


Quel lien cela a avec le développement de l’arrondissement ? un village ?
Qui a autorisé la coupe de ces grands arbres ?
Qui sont ce qui sont associé (les sages du village, les jeunes, ect.)
Comment il les convaincu ? Car avant les grands arbres faisant peur ?
Qu’est-ce-qui changé depuis que les grands arbres du village ont été coupé ?
Est-ce –que dans les autres villages de l’arrondissement il a fait la même chose ?
Qui sont ceux qui ce sont opposé la coupe de ces grands arbres ? Pourquoi ?
Comment cela été gérer ?

VI. Gestion des ressources naturelles

Comment les ressources naturelles (forêt sont gérer dans l’arrondissement ?)


Avant qu’il ne vienne à la tête l’arrondissement ?
Depuis qu’il venu à l’arrondissement ?
Quels sont les changements qu’il a apporté ?
Avec qui il travaille ? (forestier, chef village/quartier, propriétaire de forêt ?, etc.)
Quel rôle il joue ?
Quel rôle les autres jouent ?
Quelles sont les avantages que la gestion des forêts a apporter à l’arrondissement au
niveau du village ? dans l’arrondissement
Quelles sont les difficultés rencontrées ? (avec les exploitants forestier ? dont son
jeune frère ?)
Combien d’exploitants forestiers se trouvent dans son arrondissement ?
Qui les autorisé ?
Quels sont leurs rapports de travail ?
A qui ils versent les taxes ? combien ? par camion ? par mois ?
Qui sont les autres personnes impliquées dans l’exploitation forestière ?
Quels rôles ils jouent ?
Quels sont (lui CA) ces rapports avec la commune de Péhunco ?
Comment il travaille ?
A qui il rend compte de sa gestion des ressources des forêts ? (au chef village ? au
mairie de péhunco ? aux populations ?)

VII. les comités de gestion

Qui a crée les comités de gestion des forêts ?


Depuis quand ?
Pourquoi ?
Quels sont les villages où cela a été crée ?
Qui gère les comités dans tous les villages
Comment c’est gérer ?

257
Quels son rôle dans la gestion de ces comités ?
Comment ces comités fonctionnent ?
Quels sont les avantages apportés par les comités ? au village ? à l’arrondissement ?
Quelles sont les difficultés apparues ?
Quelles sont les solutions proposées ? pourquoi? comment il compte mettre cela en
application ?

VIII. Sa vision de la protection des ressources des forêts

Comment il pense lutter contre la dégradation des ressources des forêts de sa localité
Avec l’aide de qui ? (les personnes âgées ? les délégués, les order (chasseur
traditionnel), la gendarmerie ? les agents forestier ? )
Comment il pense s’organiser ?
Comment il pense associer ?

Autres interlocuteurs en rapport avec le Chef d’arrondissement

1- Collaborateur à la maire
2- Agent forestier
3- Sage et personne âgée (en accord et en opposition)
4- Chef religieux (lemam)
5- Les exploitants forestiers de Tobré
6- L’ancien CA
7- La mère de l’actuelle CA
8- Le frère de l’actuel CA
9- Les jeunes du village (opposé ou en accord)
10- Les femmes du village
11- Les orders (chasseurs traditionnel)
12- Les scieurs
13- Les pisteurs
14- Quelques membres du comité de gestion
15- Le délégué
16- Les propriétaires de forêts (dont on exploiter les ressources et dont on a pas
exploiter les ressources)
17- Autres (personnes identifiée)

Questionnaires pour ce groupe d’interlocuteurs

I. Connaissance sur la gestion de l’arrondissement

1- Qui est le CA ? qu’est fait comment travail ?


2- Dans quel domaine il intervient le plus ? (protection de forêts ?
construction des infrastructures ?)
3- Quel est leur opinion sur cette gestion ?
4- Quel changement ils ont constaté depuis qu’il est là (sur le plan de
développement de la localité ?, de la gestion des forêts ?)
5- Qui sont ceux qui l’aident dans son travail ? quelle appréciation ?
6- Quelle sont les difficultés rencontrées ?

258
II. Connaissance sur la gestion des forêts ?

1- comment les forêts sont gérées avant et maintenant ?


2- Par qui c’est gérer avant et maintenant ?
3- Quels les acteurs impliqués avant et maintenant ?
4- Quelle appréciation font-ils de cette gestion avant et maintenant ?

III. Connaissance sur les comités de gestion ?

1- Savent-ils s’il existe un comité de gestion des forêts ?


2- Cela existent depuis quand ?
3- Quel le travail que cette comité fait ?
4- Qui sont ceux qui l’on crée ? Pourquoi ?
5- Qui sont ceux qui y travail ? pourquoi ?
6- Participent-ils au travail du comité ? pourquoi ?
7- Comment cela à évolué selon eux ?
8- Il y a t-il eu des conflits dans la gestion des ressources ?
9- Pourquoi ? comment cela a été réglé ?
10- Il y a t-il eu changement depuis que le comité travail ? dans quel sens ?
11- Quelle est leur appréciation de la gestion des forêts actuellement ?
12- Comment ils pensent que ces forêts doivent être gérer?
13- Qui doit être impliqué ? (les sages du village, le délégué ? la commune, les
gens du village ? qui ? pourquoi ?)
14- Quelles propositions font-ils pour gérer les forêts ?

IV. Destruction des grands arbres du village

1. Avez connaissance de la destruction des grands arbres dans le village ?


2. Combien ont été détruire ?
3. Savez-vous pourquoi ?
4. Comment les gens ont réagi ? Pourquoi ?
5. Quel est votre avis ?
6. Qui sont ceux ont été associé ? a quel niveau ? pourquoi ?
7. Qu’est-ce qui a changé depuis ce temps ?

259
QUESTIONNAIRE POUR LE CHEF DE LA COMMUNE DE PEHUNCO

Date de l’entretien :
Durée de l’entretien :
Observation particulière :
Lieu de l’entretien :

I. Profil sociologique de l’interlocuteur

Nom
Prénom
Age
Fonctions (occupée et actuelle)
Groupe ethnie (bariba, peul, etc.)
Situation matrimoniale (marié, divorcé, célibataire, etc.)
Nombre d’enfants

II. Parcours de vie

Né où ?
Grandir ou ? auprès de qui ?
Scolariser ? jusqu’en quelle classe
Diplôme obtenu
Premier emploi
Les différentes fonctions occupées
Les expériences au niveau de chaque fonction ?
De quelle à quelle année ?
Quels sont vos souvenirs ?
Qu’est-ce qui vous marqué ? positivement ? négativement ? (raconter)
Quelles sont les compétences acquises dans ces domaines,
Quels sont leurs effets sur votre fonction actuelle ?
Quels sont les atouts dont vous disposer qui ont fait que vous êtes à cette fonction ?

III. Culture du coton

1. Historique de la culture de coton à Tobré


2. Quel rôle a t-il joué dans ce secteur ?
3. Quelles sont les fonctions qu’il a occupées dans la gestion de la culture du
coton
4. Comment a t-il gérer ?
5. Quels sont les avantages ?
6. Les difficultés ? comment les a t-il surmonté
7. Qu’est ce qui la marqué ?
8. Pourquoi ?
9. Quels souvenirs garde t-il de ses fonctions ?
10. Quels sont ses regrets ?

IV. Gestion de la mairie

1. Comment est-il devenu chef d’arrondissement ?

260
2. Pourquoi est t-il devenu chef d’arrondissement ?
3. Quel soutien a t-il eu ?
4. Depuis quand il est devenu chef d’arrondissement
5. Qu’est ce qui a changé depuis qu’il chef d’arrondissement (Au niveau de
l’arrondissement, au niveau du village, au de la commune, etc.)
6. Comment il pense développer l’arrondissement ?
7. Quelles sont les activités qu’il a méné dans ce sens ?

IV. Connaissance sur la loi de la décentralisation

Existe de nouvelle loi pour gérer la mairie de l’arrondissement ?


Quel est le contenu de cette loi ?
Qui maitrise cette loi ?
La population a t-elle connaissance de cette loi ?
Quelle est appréciation sur la mise œuvre de cette loi ?
Quelles sont les insuffisances de cette loi ?
Il y a t-il eu d’autre loi voté ?
Comment il adapte cette loi à la réalité de sa localité ?

VI. Gestion des ressources naturelles

Comment les ressources naturelles (forêt sont gérer dans l’arrondissement ?)


Avant qu’il ne vienne à la tête l’arrondissement ?
Depuis qu’il venu à l’arrondissement ?
Quels sont les changements qu’il a apporté ?
Avec qui il travaille ? (forestier, chef village/quartier, propriétaire de forêt ?, etc.)
Quel rôle il joue ?
Quel rôle les autres jouent ?
Quelles sont les avantages que la gestion des forêts a apporter à l’arrondissement au
niveau du village ? dans l’arrondissement
Quelles sont les difficultés rencontrées ? (avec les exploitants forestiers ? dont son
jeune frère ?)
Combien d’exploitants forestiers se trouvent dans son arrondissement ?
Qui les autorisé ?
Quels sont leurs rapports de travail ?
A qui ils versent les taxes ? combien ? par camion ? par mois ?
Qui sont les autres personnes impliquées dans l’exploitation forestière ?
Quels rôles ils jouent ?
Quels sont (lui CA) ces rapports avec la commune de Péhunco ?
Comment il travaille ?
A qui il rend compte de sa gestion des ressources des forêts ? (au chef village ? au
mairie de péhunco ? aux populations ?

VIII. les comités de gestion

Qui a crée les comités de gestion des forêts ?


Depuis quand ?
Pourquoi ?
Quels sont les villages où cela a été crée ?
Qui gère les comités dans tous les villages

261
Comment c’est gérer ?
Quels sont leur rôle dans la gestion de ces comités ?
Comment ces comités fonctionnent ?
Quels sont les avantages apportés par les comités ? au village ? à l’arrondissement ?
Quelles sont les difficultés apparues ?
Quelles sont les solutions proposées ? pourquoi? comment il compte mettre cela en
application ?

VIII. Sa vision de la protection des ressources des forêts

Comment vous pensez lutter contre la dégradation des ressources des forêts de la
localité
Avec l’aide de qui ? (les personnes âgées ? les délégués, les order (chasseur
traditionnel), la gendarmerie ? les agents forestier ? )
Comment il pense s’organiser ?
Comment il pense associer ?

IX. Histoire de ces ennuis avec la gendarmerie

1. Comment les ennuis avec les gendarmeries sont venus ?


2. Quelles les raisons de votre arrestation ?
3. Comment le premier cas est-il arrivé et
4. Comment cela a été géré ?
5. Quels étaient les acteurs impliqués ?
6. A quel degré ils étaient impliqués ? Quel rôle concret ont-il joué ?
7. Comment le second cas est arrivé ?
8. Qui sont ceux étaient impliqués ?
9. A quel niveau ?
10. Comment cela a été géré ?
11. Quelles sont vos impressions ?
12. Quelles sont vos projections pour la gestion des ressources forestières ?

262
ANNEXE 2 : LISTE DES ENQUETES

N° Profil de l’interlocuteur Dates de l’entretien Durée de l’entretien Lieu de


l’entretien
1 DJOBO Dotia, Peul éleveur 21/10/2005 2h : 30mn Tobré
2 SANNI Boko, baatonou, 21/102005 3h : 10mn Tobré
sage de Tobré
3 Sinadouwiou, Baatonu, Chef 22.10.2005/ 3h40 mn 1h 15 mn Tobré
de terre 10.11.2005/ 2h : 30mn
8.1.2012
4 SANNI Gawena, président 12.4.2011 /1.7.2012 4h10mn /2h Ouassa Maro
du Collectif des sages de
Ouassa Maro
5 Bakilou, Baatonu (griot) 12.3.2012 3h : 20mn Parakou
6 Chef village de Gimbirerou 6.5.2011 3h : 35mn Gimbirerou,
7 ISSA Farou, Dendi, 18.5.2011 1h: 45mn Tonri
instituteur à Tonri
8 Issifou TAMOU, autochtone 3.5.2011 2h : 10mn Kika
baatonu
9 Collectif des sages 18.3.2011 2h : 30mn Séké
10 chef de terre 2.7.2012 4h : 45mn Gonri
11 SEKOSSOUNON Karim, 30.1.2010 3h : 10mn Tobré
baatonu, chef forgeron
12 Collectif de sage de Tobré 8.7.2012 4h : 45mn Tobré
13 GAOUE Harouna, baatonu 1.7.2012 2h : 10mn Gountia
14 [Link], 1.7.2012 1h : 50mn Gountia
instituteur
15 AMADOU Poulo, éleveur, 2.5.2010 3h : 45mn Tonri
Chef peul (Djonwouro)
16 Pathé KOBI, baatonu 28.8.2012 2h : 10mn Bana
roturier, propriétaire terrien
17 ISSIAKA Alidou, étranger, 8.9.2011 1h : 50mn Pehunco
Instituteur à la retraite
18 Wonkagui, chef quartier 26.8.2010 1h : 15mn Tobré
19 Domagui Mora wassanagri, 24.3.2011 2h : 10mn Pehunco
sage de Pehunco
20 TABE, wassangari, chef de 19.4.2011 4h : 00mn Gonri
village
21 Sabi Tamou, cultivateur 6.5.2012 3h : 30mn Tobré
22 GOUDA Bani, exploitant 27.3.2011 4h : 45mn Séké
forestier
23 OROU DOKO Ancien 13.2.2010 2h : 10mn Bongourou
délégué de Bongourou
24 MAMA Salifou, agriculteur, 28.5.2010 2h : 35mn Bana
Chef village
25 DaoudaMansa Président du 23.5.2010 1h : 45mn Tobré
CVD
26 GANNI Salami, Baatonu 4.5.2010 3h : 55mn Sinaou
27 ex CA de Tobré 30.10.09 2h : 50mn Tobré

263
28 André, exploitant forestier, 10.3.2010 1h : 30mn Tobré
29 Orou Dandi, exploitant 14. 3.2010 1h : 45mn Tobré
forestier
30 KIKASSOUNON Fils de roi, 12.3.2010 1h : 25mn Kika
exploitant forestier
31 Chabi Tamou, exploitant 10.3.2010 2h : 10mn Tobré
forestier, wassanagari
32 IBRAHIM Abdou Zerma 29.3.2010 3h : 15mn Tobré
33 OUSMANE Aboubacar 28.3.2010 4h : 10mn Bana
Instituteur Zerma
34 SEKEGUI Karim, membre 8.3.2010 3h : 30mn Tobré
du comité de gestion
35 ZIME Kora Gnanki, 8.3.2010 2h : 50mn Tobré
wassangari, ménagère
36 SIMBIO TONGUI Chef 12.3.2010 1h : 10mn Tobré
quartier de Tobré
37 SINASSON Ousmane, chef 11.5.2010 2h : 50mn Tonri
comité
38 BARKA Boni Moïse, Dendi, 28.4.2010 1h : 10mn Pehunco
Chef projet
39 CHABI.A. Kpagnéro, 21.5.2010 2h : 05mn Tobré
wassanagari, guérisseur
40 DAMASSOUNON Zakari, 16.6.2010 2h : 00mn Bana
chef chasseur.
41 GARIGUI Boni agent de projet 3.12.2010. 1h : 20mn Tonri
42 KOMI Batè, agriculteur 18.3.2011 2h : 10mn Séké
éleveur
43 Ramanou TAMOU, force de 12.3.2010 2h : 15mn Pehunco
l’ordre
44 SUANON Malik, force de 12.5.2010 5h : 38mn Pehunco
l’ordre
45 Elie TANKO, agent de 12.5.2010 4h : 50mn Pehunco
CERPA
46 TAMOU Soumaila C.A de 16.03.2005 2h :08 mn Pehunco
Pehunco 03.04.2010 4h :40 mn
12.5.2010 5h :34 mn
47 Sa majesté, le Roi de 14.5.2010 4h : 50mn Pehunco
Pehunco
48 TAÏROU Karim, membre de 3.5.2010 3h : 30mn Pehunco
l’UCPC
49 TOURARE Faroukou, agent 23.4.2010 1h : 55mn Pehunco
de la radio locale
50 MAROGUI Chabi, 10.10.2009 2h : 48mn Tobré
instituteur
51 SACCA Dénis, Wassanagari, 26.5.09 2h : 10mn Tobré
agent de développement rural
52 Bassitou SANNI, wassangari 27.5.2009 1h : 25mn Tobré,
agent de ONG
53 ZIME Rafiou, animateur de 27.5.2009 2h : 35mn Tobré

264
projet.
54 IMOROU Soulémane, 28.5.2009 1h : 40mn Tobré
55 GOUNOU Séro, 28.5.2009 2h : 15mn Tobré
wassanagari, Chef 2.5.2010 5h :19 mn
d’Arrondissement 6.8.2012 3h :40 mn
56 BOURAÏ Guera, Baatonu, 28.5.2009 1h : 30mn Tobré
guérisseur.
57 SAHMOURO Sabi membre 2.2.2012 4h : 35mn Tobré
du conseil des sages de Tobré
58 Sanni KARIM, agent du 12.3.2012 3h : 45mn Parakou
CARDER
59 GBEWA Mariam, agent de 12.3.2012 3h : 20mn Parakou
projet
60 Karim ZATO, agent de la 13.3.2012 2h : 38mn Parakou
gendarmerie
61 IDRISSOU Kamilou Yoruba 21.4.2012 2h : 45mn Pehunco
62 YAROU Chabi, président du 25.2.2010 3h : 20mn Pehunco
comité villageois de gestion 3.06.2012 3 h :10 mn
63 MONRIGUI BIO Bèrogui, 18.1.2012 21.1.2012 2h : 38mn Kika
Baatonu, délégué 1h :30 mn

64 Mariam DOKO, 28.3.2010 2h : 45mn Tobré


tradithérapeute
65 SALIFOU Boukari, chef de 3.3.2010 1h : 35mn Gimbireru
Terre
66 MOHA Issifou, étranger, 23.4.2009 4h : 30mn Pehunco
Scieur.
67 GOUNOU, wassanagri, 19.6.2010. 3h : 39mn Dakererou
68 SERO Baguiri, membre du 6.2.2010 1h : 35mn Bana
comité de gestion des 8.2.2010 4h :14 mn
ressources
69 TAMOU Pierre, guérisseur 17.1.2010 2h : 45mn Dakererou
traditionnel 6.2.2010
70 Inoussa DAMA membre du 3.2.2010 3h : 30mn Tobré
comité de gestion des
ressources
71 ZAGUIDA Oumoul-Haïrou, l5.4.2009 2h : 55mn Tobré,
djerma, ménagère.
72 TABE Zénabou, ménagère 10.5.2009 2h : 35mn Dakererou
l1.5.2009
73 SUANON Lamatou, 14.3.2010 3h : 10mn Dakererou
vendeuse du charbon de bois
74 TONGUI Adiza, vendeuse de 14.3.2010 4h : 00mn Dakererou
charbon de bois
75 GUIWA. Thomas agent de la 21.3.2009 1h : 50mn Pehunco
gendarmerie
76 SABI Waragui, guérisseur 28.8.2009 2h : 45mn Tobré
traditionnel
77 WOROUKO Gambi, 28.8.2009 3h : 55mn Tobré

265
ménagère
78 FABAGUI Bougnon, 23.4.2010 1h : 50mn Tobré
ménagère
79 SAMBO Goula, peul, Agro- 26.4.2010 3h : 55mn Péhunco
éleveur
80 SIDI Dembo, Peul, Agro- 26.4.2010 3h : 00mn Péhunco
éleveur
81 SIMBIO Bani, Peul. Agro- 27.4.2010 4h : 40mn Péhunco
éleveur
82 OROU Nangui, baatonou, 8.3.2010 2h : 25mn Gambireru
cultivateur
83 SERO Pierre, wassangari, 4.3.2010 2h : 10mn Gambireru
enseignant
84 DEMBO Soumanou, agro- 4.3.2010 3h : 20mn Gambireru
éleveur
85 SAKAGUI Alimatou, 19.6.2010 2h : 35mn Dakererou
ménagère
86 OROU YAWA Moussongui, 20.6.2010 1h : 45mn Pehunco
informateur
87 DABA Mama, baatonu, sage 10.7.2011 4h : 30mn Pehunco 2
du village de Tobré
88 SEKO Gariya 10.7.2011 3h : 06mn Pehunco Gah
89 SIYO Dama, baatonu, sage 11.7.2011 2h : 30mn Bouerou
du village
90 SEKEGUI Karim, baatonu, 11.7.2011 1h : 45mn Soamborèkou
agriculteur
91 DAMA Bakouregui, baatonu 11.7.2011 2h : 30mn Somparerou
roturier, ancien chasseur Gah
92 BONDE Basile, agent de 13.7.2011 3h : 10mn Souassararou
développement rural
93 OROU Matchoudo, gando, 13.7.2011 2h : 5mn Sinaourarou
agro-pastoraliste
94 SOUROU Somkpian, 13.7.2011 4h : 50mn Beket Gah
agriculteur
95 GOUNTIA Guy, baatonu 14.7.2011 3h : 30mn Soadou
roturier, chasseur
96 Yarou Méré, baatonu, 14.7.2011 3h : 30mn Pehunco
membre de comité
97 MONRIGUI Samuel, 3.6.2011 2h : 30mn Kika
baatonu, membre de comité
98 SINASSON André, baatonu, 3.6.2011 4h : 40mn Kika
membre de comité
99 FARFA Robert, baatonu, 23.4.2011 3h : 00mn Séké
membre de comité
100 TOROU Dafia, baatonu, 23.4.2011 5h : 10mn Séké
membre de comité
101 CHABI Koto, wassangari, 24.4.2011 4h : 35mn Gonri
membre de comité
102 DAMA Tongui, baatonu, 8.4.2012 2h : 45mn Gonri

266
membre de comité
103 OROU Sika, baatonu, 8.4.2012 3h : 55mn Gonri
membre de comité
104 DJONWOURO Aliou, Chef 9.4.2012 1h : 30mn Gonri
Peul
105 GAWENA Samadou, 2.6.2011 2h : 25mn Guimbirérou
membre de comité
106 KASSO Séidou, informateur, 2.6.2011 4h : 35mn Guimbirérou
guérisseur traditionnel
107 OUSMANE Imorou, sage de 3.6.2011 3h : 10mn Guimbirérou
village
108 DJIBRIL Djamilou délégué 10.8.2010 1h : 50mn Tobré
de village
109 Alfa MOUHAMED Issa, 10.8.2010 2h : 15mn Tobré
Djerma, Imam d’une
mosquée
110 BIO Sikayô, Gando, Jeune 10.8.2010 1h : 30mn Tobré
du village
111 DABA Koné, Gando, ancien 11.8.2010 2h : 18mn Tobré
chasseur
112 SEKO SOUNON Abdoulaye, 11.8.2010 3h : 45mn Tobré
baatonu, forgeron
113 SINA TABE Kpassi, 11.8.2010 5h : 30mn Tobré
baatonu, cultivateur
114 BONI KPERA Bio, Délégué 4.6.2010 2h : 00mn Bana
de village
115 ANDEMI Gounou, 15.5.2010 2h : 50mn Bana
wassangari, sage du village
116 SAWARAGUI Bio Yô, 15.5.2010 2h : 45mn Bana
Gando, cultivateur
117 MADOUGOU Arouna, 16.5.2010 1h : 20mn Tonri
wassangari, cultivateur
118 TOROU Boukari, baatonu, 4.6.2010 3h : 10mn Tonri
Président de comité
119 LAFIA Boni Gado, 4.6.2010 5h : 00mn Tonri
wassangari, Pisteur
120 SABI KPERA Soumanou, 5.6.2010 2h : 50mn Sinaou
Wassangari, Pisteur
121 MOROKOU Gounou Yô, 5.7.2010 3h : 05mn Sinaou
Guérisseur
122 SINA DOMAROUGUI Bâ 5.7.2010 1h : 35mn Kika
Démon, baatonu, Chef de
culte
123 BABA DAMAGUI Issifou, 12.8.2011 1h : 40mn Kika
baatonu, chasseur
124 KOMI Sadou, baatonu, 12.8.2011 1h : 15mn Sinaou
cultivateur
125 KOURA Gounou Yô, 6.7.2010 3h : 20mn Kika
Délégué Gando

267
126 KODO Gaani N’douro, sage 20.9.2010 4h : 40mn Kika
Gando
127 DAMA N’kouro Bona, 20.9.2010 3h : 10mn Sinaou
ménagère, gando
128 WOROU Philippe, baatonu, 21.9.2010 3h : 50mn Bana
secrétaire de comité
129 HAMADOU Soulémane, 7.5.2011 1h : 45mn Bana
Djerma, dignitaire religieux
130 SOUNON Séko, 7.5.2011 2h : 30mn Péhunco
wassanagari, sage de village
131 KOTO Garou N’douro, 8.5.2011 3h : 45mn Péhunco
membre du comité de gestion
132 MORA Lafia, agent des eaux 5.8.2012 4h : 10mn Péhunco
et forêts
133 TOSSOUNON Ganigui, 5.8.2012 1h : 30mn Gountia
vendeuse de boisson locale
134 GOMANDI Sabi Ganni, 6.8.2012 3h : 25mn Gountia
membre du comité de gestion
135 SARE Saka Dandi, 19.3.2011 2h : 10mn Gountia
Responsable de projet
136 SURU Bienvenu, baatonu, 13.4.2012 3h : 150mn Gonri
Président de comité
137 MOUSSA Assana, baatonu, 14.4.2012 3h : 45mn Gonri
menagère
138 KIANDOURO Gomman, 20.3.2012 2h : 30mn Séké
Chef Gando
139 MERE Yarou, wassangari, 13.8.2011 2h : 50mn Kika
pisteur
140 SACCA Tamou, wassangari, 4.6.2011 2h : 00mn Gimbirérou
conseiller de village
141 DAMASSOUNON Kpéra, 5.6.2011 3h : 10mn Gimbirérou
Chef chasseur
142 TOKO Imorou, Secrétaire du 16.5.2010 1h : 45mn Gimbirérou
comité de gestion
143 KOBI Athanase, Scieur 16.5.2010 3h : 20mn Bana
144 IDOHOU Marcel, Scieur 6.6.2010 2h : 45mn Bana
145 GAROU Moïse, Exploitant 6.6.2010 1h : 45mn Tonri
forestier
146 SARIKI Malik, Haoussa, 13.8.2011 2h : 30mn Tonri
commerçant-producteur
147 AMADOU Ibrahim, baatonu, 13.8.2011 2h : 15mn Kika
Président GV
148 KOTO N’gobi, wassangari, 13.8.2011 2h :30m kika
Secrétaire GV
149 DOSSOU Honoré, agent de 8.2.2012 1h : 30mn Parakou
justice
150 GODONOU Léopold, agent 5.2.2012 2h : 45mn Parakou
de justice
151 N’gobi Chabi, baatonou, 6.2.2012 1h : 50mn Boko

268
chef de culte
152 SINA Doumon, baatonou, 4.2.2012 2h : 30mn Boko
chef de clan
153 GBERE Yangbé, baatonou, 21.2.2012 1h : 45mn Sinaou
chef griot
154 SINA Wonkagui, baatonou, 23.2.2012 2h : 20mn Sinaou
chef de clan
155 BOUNE Simè, baatonou, 11.2.2012 2h : 10mn Kika
chef de clan
156 Yarisounon Bani, baatonou, 9.2.2012 1h : 10mn Kika
chef boucher
157 YIMONGUI Kora, 16.2.2012 1h : 30mn Kika
wassangari, notable
158 SINA Yérima, notable 18.2.2012 1h : 25mn Bana
159 TOREGUI Gounou, chef 15.2.2012 1h : 00mn Bana
quartier
160 BIO Wouré, baatonou, 3.3.2010 2h : 30mn Dakérérou
producteur,
161 SINA Bèrogui, baatonou, 21.4.2010 2h : 15mn Dakérérou
producteur
162 BONI Marégoura, Gando 23.4.2010 1h : 45mn Péhunko
163 BOKO Chabi Doumè, 4.3.2010 1h : 30mn Péhunko
baatonou, chef de culte
164 ISSIAKOU Ousmane, gando 7.3.2010 2h : 10mn Péhunko
165 GBINSA Benoît, Gando 2.5.2010 2h : 30mn Gonri
166 CHABI BOUN Ganigui, 5.5.2010 1h : 30mn Gonri
vendeuse de bois de chauffe
167 GOUNOU Yarou, 6.7.2010 1h : 25mn Gonri
wassangari, informateur
168 BAWA Chabi, baatonou, 12.3.2010 2h : 10mn Tonri
producteur de coton
169 GBERE Soulémane, 15.3.2010 3h : 00mn Tonri
animateur de radio rurale
170 TAKOU Imorou, baatonu, 16.3.2010 1h : 30mn Tonri
producteur
171 BIO Tingui, baatonou, tradi- 13.4.2010 2h : 15mn Séké
thérapeute
172 OROU Bio Guéo, baatonu, 11.3.2010 1h : 40mn Séké
pisteur
173 BAKARY Adama, vendeuse 3.7.2010 2h : 30mn Séké
de charbon de bois
174 GOBI Méré, wassanagari, 21.4.2010 2h : 15mn Gimbirérou
agent de développement rural
175 KANSI Robert, Somba 23.5.2010 2h : 00mn Gimbirérou
176 KARIBA Bassarou, 4.8.2010 1h : 30mn Gimbirérou
177 KOTO Alassane, wassangari, 7.9.2010 1h : 10mn Tobré
exploitant forestier
178 SOUNON SEKO forgeron 2.5.2010 3h : 15mn Tobré
179 Gafou, agro-éleveur, gando 5.5.2010 2h : 30mn Tobré

269
180 BAKARI Hassane, agent de 17.2.2010 1h : 05mn Bana
projet
181 SOUROKOU Jean, agent de 17.5.2010 2h : 35mn Bana
développement rural
182 NATA Thoropa, Somba, 18.5.2010 2h : 50mn Bana
colon agricole
183 BOUROU Soumanou, 7.8.2012 1h : 25mn Gountia
baatonou, griot
184 BORO Latifou, exploitant 7.8.2012 3h : 15mn Gountia
forestier
185 GOUNOU Lafia, wassangari, 8.8.2012 4h : 10mn Gountia
conseiller de village
186 SEKE Dabougui, agent des 9.3.2012 1h : 15mn Parakou
Eaux et Forêts
187 KOULOUMA Salami, agent 9.3.2012 1h : 45mn Parakou
de justice
188 SEKO Arouna, exploitant 9.3.2012 2h : 30mn Parakou
forestier
189 SARE Kadirou, colon 21.2.2012 3h : 10mn Sinaou
agricole, exploitant forestier
190 BIO Nangui, Gando 21.2.2012 1h : 30mn Sinaou
191 MORA Ali, agent de 3.7.2010 2h : 10mn Séké
développement rural
192 TAMOU Séké, wassangari, 3.7.2010 1h : 15mn Séké
conseiller local
193 DEROGUI Gnondarou, 7.3.2010 1h : 30mn Péhunko
baatonu, menagère
194 BIO NARI Dado, animatrice 7.3.2010 1h : 45mn Péhunko
de projet
195 SINA Tabé, wassangari 7.3.2010 1h : 30mn Péhunko
membre du comité de gestion
196 GBIAN Orou Sanwe, sage du 21.4.2010 2h : 45mn Dakérérou
village
197 KORA Berkègui, pisteur 21.4.2010 3h : 05mn Dékérérou
198 YAROU Alassane, agent des 21.4.2010 2h : 45mn Dakérérou
eaux et forêt
199 SANRIGUI Orou Robert, 21.4.2010 1h : 45mn Dakérérou
sage du village
200 TOKO N’Gobi Séro, agent 8.3.2010 2h : 45mn Parakou
de la gendarmerie
201 DAOUDA Béfoua, Fulbe, 6.5.2010 1h : 48mn Tobré
pisteur
202 KORA Boni, baatonu, 6.5.2010 2h : 10mn Tobré
producteur
203 BADAROU Akimou, 5.8.2010 3h : 30mn Gimbirérou
Yoruba, commerçant de
madriers
204 KPEGOUNOU Lafia, 5.8.2010 1h : 35mn Gimbirérou
wassangari, notable du

270
village
205 KOURA Sokounon, Peul, 5.8.2010 2h : 45mn Gimbirérou
agro-éleveur
206 TABE Gounou Yô, Gando, 6.8.2010 1h : 25mn Gimbirérou
guérisseur traditionnel
207 OROU SIKA Gnayo, gando, 21.4.2010 2h : 50mn Dakérérou
producteur
208 BAYAGUI Tchokounon, 22.4.2010 3h : 10mn Dakérérou
gando, producteur
209 GBAGUIDI Edouard, Mahi, 22.4.2010 2h : 45mn Dakérérou
scieur
210 MERE Moutawakilou, 19.5.2010 2h : 30mn Bana
exploitant forestier,
211 ODJO Salami, Yoruba, 19.5.2010 1h : 20mn Bana
commerçant de madriers
212 MAKO Bouragui, guérisseur 19.5.2010 1h : 15mn Bana
traditionnel
213 KOGUIDOURO Kassimou, 6.7.2010 1h : 45mn Gonri
producteur
214 BACHABI Nassirou, 6.7.2010 3h : 10mn Pehunco
exploitant forestier
215 BANGNAN Soumaïla, 2.7.2012 4h : 15mn ouassa Maro
Zerma, agriculteur
216 ZIBO Arouna, djerma, 2.7.2012 2h : 15mn ouassa Maro
agriculteur
217 SIME Dourobouro, 3.7.2012 2h : 10mn ouassa Maro
wassangari, sage du village
218 GUIDE Batissou, baatonu, 3.7.2012 1h : 45mn ouassa Maro
spécialiste de la pharmacopée
219 GOBI Simon, wassangari, 4.8.2010 1h : 25mn Gimbirérou
notable du village
220 TCHANDO Boniface, 4.8.2010 2h : 50mn Gimbirérou
Somba, migrant agricole
221 ZONGO Longua, burkinabè, 4.8.2010 2h : 38mn Gimbirérou
migrant agricole
222 PAPOUNE Michel, 27.10.2011 3h : 30mn Bongonrou
burkinabè, migrant agricole
223 YERIMA Sacca, wassangari, 27.10.2011 2h : 38mn Bongonrou
sage et notable du village
224 KOROKONE Doumè, sage 28.10.2011 3h : 30mn Bongonrou
et notable du village
225 BAH Parapé, notable, 10.3.2012 1h : 28mn Parakou
propriétaire terrien
226 NAHIMI Abdoul Madjid 10.3.2012 1h : 50mn Parakou
agent de la police
227 BAKARY Imorou, agent de 10.3.2012 2h : 25mn Parakou
la Police
228 DOUMAGUI Abdou Karim, 4.7.2011 4h : 10mn Séké
baatonu, membre du comité

271
de gestion
229 ALOU Débo, Peul, ménagère 4.7.2011 1h : 55mn Séké
230 GONGUE Sani N’kouro, 5.7.2011 2h : 35mn Séké
Fulbe, ménagère
231 GOURA Yanki, , ménagère 5.7.2011 2h : 15mn Séké
232 BASSIKA Fouléra, baatonu, 6.7.2011 1h : 35mn Séké
ménagère
233 YANGO Bona Douè, chef de 2.7.2010 1h : 30mn Gountia
culte
234 BABATOUNDE Oluwa 2.7.2010 1h : 50mn Pehunco
Toyin, yoruba, exploitant
foestier
235 AGUEMON Tchégoun, 2.7.2010 2h : 10mn Gountia
Yoruba, exploitant agricole
236 Boukari Fatouma, baatonu, 3.7.2010 2h : 30mn Gountia
revendeuse
237 GUIYAKO Boni, baatonu, 7.3.2010 1h : 45mn Péhunko
238 GANDE Kouami, baatonu, 8.3.2010 1h : 30mn Péhunko
239 DOUAROU Gnanki, 8.3.2010 2h : 50mn Péhunko
240 BOURANDI Ganigui, 23.4.2010 1h : 50mn Dakérérou
241 N’po Pascal, Somba, migrant 23.4.2010 2h : 45mn Dakérérou
agricole
242 N’da Clément, Somba, 7.5.2010 1h : 30mn Tobré
migrant agricole
243 SOTIMA Pierre, Somba, 7.5.2010 1h : 50mn Tobré
migrant agricole
244 YIROPA Antoine, Somba, 5.8.2011 2h : 10mn Gimbirérou
migrant agicole
245 KOUAGOU Konaté, Somba 5.8.2011 3h : 30mn Gimbirérou
migrant agricole
246 TIPINTI Frédéric, Somba, 6.8.2011 2h : 15mn Gimbirérou
migrant agricole
247 TOUMOUDAGOU Antoine, 18.2.2012 1h : 30mn Gimbirérou
Somba, migrant agricole
248 TCHANTIPO Jonas, Somba, 18.2.2012 1h : 45mn Kika
migrant agricole
249 NINKIMA Alphonse, 19.2.2012 2h : 10mn Kika
Somba, migrant agricole
250 YODO Yokossi, Somba, 19.2.2012 2h : 30mn Kika
migrant agricole
251 SAI Modeste, Somba, 6.10.2011 1h : 30mn Tonri
migrant agricole
252 BOSSIKO Alain, Somba, 6.10.2011 1h : 45mn Tonri
migrant agricole
253 SERO Sounon, wassangari, 6.10.2011 2h : 10mn Tonri
sage de village
254 BOUYAGUI Koto, 7.7.2010 2h : 30mn Gonri
wassangri, Chef de clan
255 Koto Gobi, wassanagari, chef 7.7.2010 1h : 30mn Gonri

272
de clan
256 N’koué Nobert, Somba, 8.7.2010 14h : 20mn Gonri
migrant agricole
257 OROU NIKKI Bana, 9.8.2010 1h : 45mn Séké
baatonu, ménagère
258 SOUKALE Issiaka, force de 9.8.2010 2h : 30mn Séké
l’ordre
259 KOBI Sikirou, Mahi, 20.5.2010 3h : 15mn Pehunco
exploitant forestier
260 BAKINDE Carlos, exploitant 20.5.2010 2h : 20mn Pehunco
forestier
261 Ba N’gobi Charles, 21.5.2010 1h : 30mn Pehunco
exploitant forestier
262 BATOKO Arouna, exploitant 21.5.2010 2h : 38mn Pehunco
forestier
263 OROU GOURA Boniface, 28.10.2012 1h : 40mn Bongonrou
pisteur
264 SAMSON Thomas, 29.10.2012 2h : 10mn Bongonrou
exportateur de madriers
265 TAIROU Kora, exportateur 29.10.2012 2h : 45mn Bongonrou
de madriers
266 SERO KORA Affissou, 29.10.2012 1h : 50mn Bongonrou
wassanagari,
267 AMADOU Zibo, djerma, 30.10.2012 1h : 15mn Bongonrou
268 SEKO SOUNON François, 7.5.2010 3h : 25mn Tobré
wassangari,
269 GOUNOU YAROU Boko, 7.5.2010 2h : 15mn Tobré
wassangari,
270 YERIMA Bona, wassangari, 8.5.2010 1h : 20mn Tobré
ménagère
271 CHABI Baka, baatonu, 11.3.2012 3h : 30mn Parakou
272 SINAROU André, 11.3.2012 2h : 15mn Parakou
273 ABDOULAYE Safoura, 11.3.2012 2h : 30mn Parakou
revendeuse de miel
274 BABONI Nourou, baatonu, 22.5.2010 2h : 15mn Bana
apiculteur
275 DOKO Gaani, gando, 22.5.2010 2h : 30mn Bana
vendeuse de bois de chauffe
276 YATTI Séraphin, Somba, 23.5.2010 1h : 45mn Bana
277 OROU MERE Naguibou, 22.10.2012 2h : 40mn Bougourou
agent d’ONG Gando
278 AZIZOU Zéinabou, Djerma, 22.10.2012 1h : 20mn Bougourou
ménagère
279 AMIDOU Azaratou, Djerma, 22.10.2012 1h : 40mn Bougourou
ménagère
280 AYOUBA Alimatou, Zerma, 22.10.2012 2h : 55mn Bougourou
ménagère
281 BIAOU Claude, exportateur 14.5.2010 1h : 45mn Tobré
de madriers

273
282 GAOUE Aminath, 14.5.2010 3h : 10mn Tobré
animatrice de projet
283 DOKOTORO Sakina, 14.5.2010 2h : 48mn Tobré
animatrice de projet
284 SOROKOU Richard, 12.3.2012 2h : 50mn Parakou
responsable de projet
285 DANDJIMA Rafiou, 12.3.2012 1h : 39mn Parakou
responsable de projet
286 SAKA Warou Do, 13.3.2012 3h : 25mn Parakou
wassanagri,
287 OROU KO Yawa Di, Gando, 20.3.2010 5h : 10mn Péhunco
agriculteur
288 TEMEDOURO Yanro, 20.3.2010 4h : 00mn Péhunco
gando, agriculteur
289 WOROU Gbégui, gando, 21.3.2010 1h : 10mn Péhunco
agriculteur
290 KISSIRA Alimatou, Boo 10.8.2010 2h : 30mn Séké
291 SOUKOURA Kandé, 10.8.2010 2h : 45mn Séké
292 BOSSO PIBOU Karimatou, 10.8.2010 3h : 10mn Séké
293 YAKOUA Sonkpian, sage de 20.2.2012 1h : 50mn Kika
village, vendeuse de tisane
294 DOSSOU Rigobert, 20.2.2012 2h : 25mn Kika
295 SERO Guidè, membre de 3.8.2010 2h : 15mn Gountia
comité
296 Gnon Kogui, wassanagri, 3.8.2010 1h : 40mn Gountia
membre de comité
297 TOSSOUNON Séidou, 3.8.2010 1h : 35mn Gountia
Membre de comité
298 WESEGUI Kora N’kouro, 23.10.2012 3h : 20mn Bougourou
baatonu, membre de comité
299 Gnon Maré, Peul, notable de 23.10.2012 2h : 15mn Bougourou
village
300 Bona yérou, baatonu 23.10.2012 1h : 30mn Bougourou
conseiller de village
301 YAYA Yérima, wassangari, 5.3.2010 1h : 45mn Gombireru
sage de village
302 KOUBOU Salamatou, 5.3.2010 2h : 35mn Gombireru
baatonu, membre de comité
303 PONOU Abiba, Fon 6.3.2010 2h : 30mn Gombireru
304 Gnon Yérima, wassangari, 15.5.2010 1h : 25mn Tobré
notable de village
305 BIO Koto, wassangari, sage 15.5.2010 1h : 45mn Tobré
de village
306 KORA Daniel, wassangari, 4.7.2012 3h : 10mn Ouassa-maro
menuisier
307 MAMA Akilou, baatonu, 4.7.2012 2h : 15mn Ouassa-maro
308 ADAMBI Séidou, Deputé à 4.7.2012 1h : 30mn Parakou
l’assemblée nationale,
309 SOUMANOU Léilatou, 7.8.2011 2h : 50mn Gimbirérou

274
310 YOUSSAOU Sadou, 7.8.2011 2h : 35mn Pehunco
exploitant forestier
311 TIKANDE Sahabi, 7.8.2011 3h : 05mn Gimbirérou
312 DAFIA Azoumi, 7.10.2011 2h : 10mn Tonri
313 KOFFI Jean-marie, 14.3.2012 1h : 30mn Parakou
exportateur de madriers
314 SOROKO Mamoudou, agent 14.3.2012 2h : 30mn Parakou
des Eaux et Forêts à la
retraite
315 CHABI Augustin, agent de 22.3.2010 2h : 15mn Péhunco
CERPA
316 AGUIBA Loko, ancien 22.3.2010 2h : 50mn Péhunco
exploitant forestier
318 TABE Guèka, membre de 11.8.2010 2h : 15mn Séké
comité
319 SANDA Sourakatou 11.8.2010 1h : 30mn Séké

275
ANNEXE 3 : TRANSCRIPTION D’UN ENTRETIEN COLLECTIF

 SIMBIO TONGUI : cultivateur 32 ans environ bariba


 OROU DOKO, délégué de Boungourou 37 ans environ, bariba
 SERO : Vieux sage du village 71 ans, bariba
 DEMBO Robert : cultivateur 40 ans, bariba
 SAKAGUI Kariba : cultivateur 43 ans
 SAKAGUI Orou Mèré : chef orchestre ; président de l’association de lutte
contre la coupe du bois et le président religieux.
 DABA Mama :
 SEKO SOUNON :
 SIO BIO Tingui, 45 ans guérisseur
 SEKEGUI Karim 38 ans, bariba
 SEKEGUI Alassane, 42 ans
 BONDE OROU BIO,
 DOKO Gandé, 47 ans, boungourou bariba

De par le passé, il y avait les forêts et les gros arbres, de l’eau dans nos marigots. Tout
le village pouvait s’en servir sans difficulté. Les règles qui régissaient cette gestion
sont fondées sur une simple demande d’autorisation auprès de l’autorité royale,
particulièrement le chef de terre pour ce qui est des ressources forestières. Car en ce
moment, très peu de personnes utilisent ces ressources forestières pour des buts
lucratifs. Les usages principaux étaient destinés pour le ménage.

Un propriétaire de terre s’approvisionnait dans les espaces appartenant à sa


collectivité en demandant l’autorisation auprès du chef de la collectivité. Pour celui
qui n’est pas propriétaire il peut demander une autorisation auprès de ses voisins
propriétaires de terre ou auprès du chef de village. Dans ce cas, le chef de village peut
lui indiquer une forêt appartenant à l’ensemble du village, c’est-à-dire dont le
propriétaire n’est pas déterminé. (Notion de terre vacante ?) .

Cette période que je viens de décrire est très loin derrière nous. Aujourd’hui les
ressources forestières se font rares. Cette rareté s’observe d’une part par la distance à
parcourir avant d’attendre une forêt, et d’autre part, par la rareté des animaux de la
brousse. Cela fait que les chasseurs sont aujourd’hui désœuvrés. Les femmes sont

276
obligées de faire plusieurs kilomètres pour s’approvisionner en bois de cuisine. Ces
difficultés témoignent de l’importance des ressources qui méritent alors d’être mieux
considérées pour éviter le pire. C’est-à-dire un moment où il n’y a plus d’arbre dans
nos forêts. Dans ce cas les pluies seront plus rares et les champs ne produiront plus
beaucoup de récoltes. La famine surviendra et nous seront obligé d’aller chercher
ailleurs (l’exode rural ?), ou exposé aux maladies, etc.

Il faut noter aussi que la gestion de ces ressources nous a échappé pour plusieurs
raisons, notamment la peur de l’autorité administrative. Au temps de nos grands
parents, ils géraient les ressources telles que je vous l’ai signalisé il y a quelque
temps. Ensuite nos parents nous ont raconté que les blancs étaient venus imposer leur
manière de gérer ces forêts. Ainsi, c’est le chef canton, représentant de l’Etat qui gère
les ressources forestières avec des agents des eaux et forêts. C’est pendant cette
période que la gestion des forêts est devenue anarchique. Le titre de propriétaires de
forêts et de terre que nous sommes, n’a plus son sens. Les habitants de notre village
demandent l’autorisation du chef canton et des agents des eaux et forêts. Même nos
propres champs sont contrôlés par l’autorité administrative. Ce sont elles qui
définissent les espaces de chasse, de cueillette de fruits ou de ramassage de bois pour
la cuisson des repas. Ce mode de gestion des forêts à crée trop de frustration et
aujourd’hui justifie le désordre que nous observons dans ce domaine. Les ressources
forestières sont à la portée des gens instruits qui se servent quand ils veulent et
comme ils veulent. Particulièrement, ceux que vous appelez « exploitants forestiers »
profitent de notre naïveté pour détruire nos forêts. Cela se fait en complicité avec
l’agent des eaux et forêts.

L’avènement de la « démocratie » et depuis quelque temps de la « décentralisation »


nous a permis de comprendre que nous pouvons nous-mêmes gérer nos ressources
forestières comme auparavant. C’est ce qui justifie la formation des comités de
gestion dans notre village. Il est composé du chef de village, du chef de terre, d’un
représentant de chaque collectivité propriétaire de forêts, d’un jeune instruit, d’un
guide ou pisteur qui maîtrise la forêt…

Actuellement, tout le monde comprend la vie et ses avantages… Pour revenir à votre
question sur la gestion des ressources naturelles dans notre village, je vais commencer
par une petite histoire que j’ai entendue auprès des personnes âgées. Il paraît que dans

277
le temps passé, il y avait les animaux sauvages tels que les lions, les panthères, etc. les
gros arbres dont la grosseur est presque indéfinie. Mais actuellement, tous les arbres
et forêts sont détruits par les scieurs. Les exploitants allaient voir le chef du village ou
le roi avec qui les négociations se font aisément contre zéro (0) francs, parfois un sac
de sel de cuisine. Avant, tout se faisait dans l’ignorance mais à un moment donné tout
le monde a compris et donc a voulu que les pertes soient limitées. Si un scieur ou un
exploitant est arrivé, il doit donner quelque chose de raisonnable. Parmi nous, il y a
certains qui demandent de l’argent avant de donner l’ordre de couper. Si le scieur paie
le montant qu’on lui a demandé alors, il coupe sérieusement les bois.

Actuellement pour revenir à votre question, nous avons compris l’importance de


l’arbre dans notre village. Ce que nous voulons maintenant, c’est comment faire pour
nous aider dans la plantation d’arbres. Nous regrettons du mauvais entretien des
jeunes plantes que les projets nous avaient aidées à planter car le feu de brousse
détruisait ce qu’on avait planté. Nous sommes entrain de réfléchir sur les mesures à
prendre…

Q : Parlez nous du comité de gestion des ressources de votre village…

Le comité de gestion de notre village est crée en 2008. Car pour moi c’est vrai la
coupe du bois est dangereuse, mais nous avons le plus souvent des charges sans
ressources pour combler le vide. C’est pour que si nous avons des infrastructures à
réaliser et qu’un scieur se présente à nous immédiatement, nous l’acceptions et lui
exigions les conditions de coupe. S’il est d’accord avec nous il coupe et c’est ce qui a
fait disparaître nos forêts aujourd’hui.

Je reconnais que les scieurs nous ont aidés dans la construction d’un bâtiment de 03
classes avec bureau et magasin. Nous leur avons vendu les arbres qu’ils sont allés
couper. Sur un changement ils versent 120.000 F à raison de 300 madriers par voyage
pour cette école. Ils ont coupé au moins 1500 madriers et ont versé la somme de
600.000 F pour nous aider dans reboisement

Moi je reconnais que les projets sont venus nous vendre de jeunes plants mais nous
avons décidé quelque temps après de planter les arbres nous-mêmes. Toutefois, les
moyens nous manquent. Nous voulons le faire nous-mêmes car auparavant, cela nous
coûtait cher et nous ne pouvons plus continuer à supporter ces charges. Donc nous

278
voulons nous-mêmes allé seuls. Ainsi, nous faisons nos reboisements dans nos
propres champs. Seulement nos champs étaient prévus pour d’autres cultures. Voilà
que nous sommes tenus de planter d’arbre dans ces mêmes champs. Donc c’est les
difficultés que nous rencontrons. Les projets introduisent des formes de plantations
contraires au mode traditionnel

A la longue il faut quitter les champs qui comportent les plantations pour d’autres
terrains. Ce qui crée un abandon des champs de plantation. Par conséquent, le manque
d’entretien et les feux de brousse détruisent ces plantations. Les espèces d’arbres que
nous avons dans nos champs sont : les anacardiers, les tecks, les mokoto en bariba, les
manguiers greffés. Nous avons même appris à faire le greffage nous-mêmes. Il faut
reconnaître que nous avons aussi des difficultés à protéger nos plantations contre les
peulhs et leurs animaux. Ils transforment les feuilles de nos plantations en nourriture
des animaux. Ils ramassent les graines des anacardiers pour aller vendre en ville. J’ai
sanctionné un peulh un jour parce qu’il avait laissé ses bœufs détruire les jeunes
plantes de mon champ. Il avait payé 3000 F comme amende pour régler ce conflit.

Nous avons saisi des tronçonneuses des scieurs qui opèrent dans l’illégalité. Ils n’ont
été libérés qu’après le paiement des amandes. Entre temps, les amandes coûtaient
120.000 F mais aujourd’hui cela est passé à 140.000 F. Le délégué a arrêté une moto
TV5 BAJAJ d’un scieur avec sa tronçonneuse. Je l’ai arrêté et lui a demandé celui qui
lui a donné l’autorisation, il a donné un nom inconnu. Cela prouve qu’il était en
situation irrégulière. Je suis allé témoigner moi-même cette arrestation. Nous avons
arrêté plus de 10 tronçonneuses ici. Puis à chaque fois, nous leur posons la question
de savoir si un village de cette grandeur peut se rester sans autorité ? Nous avons un
délégué, un conseiller et un chef du village. Si quelqu’un veut couper le bois, il doit
s’adresser à l’un d’entre d’eux. Au cas contraire, s’il arrivait qu’on l’arrête sans qu’il
n’ait l’agrément de tous ceux là, alors il sera amendé. Donc nous arrêtons soit le
scieur lui-même, soit sa moto ou sa tronçonneuse. Et s’il paie cette amende, il
continue sa coupe. Ainsi, la somme est versée au délégué du village. De 100.000 f au
départ, cette amende est passée à 120.000 maintenant. Si l’intéressé est arrêté en
flagrant délit, il paie 140.000 F. Il faut noter qu’il y a des têtus. Ceux là sont punis
sévèrement car leur attitude témoigne d’un manquement d’égard des populations.

279
Nous avons détecté deux (02) cas du genre dans le village. Ils ont payé les frais de
"demande de pardon" allant de 5000 F à plus. Mais cela varie d’un moment à un
autre. Quant aux frais de chargement, ils varient entre 40.000 et 120.000 F. Pour le
vieux, la coupe du bois se faisant d’une manière anarchique. Mais, maintenant tout est
organisé. Il avise le délégué, le CA. Avant, pour couper un arbre on n’a pas besoin
d’aller loin, mais aujourd’hui, il faut parcourir de longues distances avant de trouver
l’espèce dont on a besoin. Selon le délégué, il faut poursuivre le bien qui s’éloigne de
nous sans quoi on risque de tout perdre et ce serait grave pour l’avenir. Il faut donc
arrêter la coupe du bois pour permettre à nos forêts de régénérer. Il faut reconnaître
qu’il n’y a pas de maladie sans remède. Avant nous étions entourés de forêts et c’est
cela qui faisait notre force chimique. C’est la destruction de nos forêts qui fait que
nous manquons aujourd’hui des plantes et des arbres botaniques.

Certains arbres servent à traiter l’asthme, l’hémorroïde, le diabète etc. Si nous ne


cherchons pas de solutions à ce problème nous finirons par mourir un jour tous. C’est
pourquoi nous avons écouté les projets qui nous ont aidés à planter les manguiers
greffés pour remplacer nos forêts disparus. Car, on avait de grandes forêts un peu
partout de Toni et de Caïlcedrat. Avant, les chasseurs n’allaient pas loin pour abattre
les animaux. Là où nous sommes assis présentement, c’était un lieu de chasse. Il y
avait des biches ici et d’autres animaux sauvages. Maintenant que l’endroit est devenu
une habitation, tout est parti même les animaux. Par conséquent, les forêts aussi ont
disparus. Il faut dire que nous n’avons pas des gens pour nous aider à faire de
pépinières. Si nous pouvons gagner des projets qui puissent nous aider dans ce sens là
ce serait vraiment intéressant. Avant nous avions des forêts qui donnent la frayeur,
telle que « Sononon sôn ». Jusqu’aujourd’hui on ne rentre pas dans cette forêt
anarchiquement. Il y a encore des animaux sauvages là-dedans. Il en est de même
pour les forêts appelées « Bana sôn », « Goussounon kpê sôn »

Dans « Bana son » par exemple, nous avons aussi des animaux sauvages et c’est cette
forêt qui nous aide maintenant à trouver des arbres pour la toiture de nos maisons.

Dans « Goussounon kpê sôn » : il y a de gros rats et des lièvres. Ce qui faciliterait les
petites chasses. Il est interdit de faire le champ dans ces forêts. Il en est de même avec
« Sêtékou sôn ». Les scieurs ont commencé par déboiser ces forêts car les arbres
recherchés s’y trouvent. Chez nous on ne s’amuse pas avec Gnêkou sôn et Koton’goyi

280
sôn. Pour moi, en temps que chef féticheur, les arbres sacrés demeurent intacts ici.
Mais ailleurs, les scieurs ont peut être coupé par négligence. Il faut noter que là-bas
c’est les mêmes espèces d’arbres qu’on retrouve. Mais ce n’est pas des arbres fétiches
aux yeux des profanes. Et c’est pourquoi ces scieurs coupent abusivement les arbres.
Tout le monde sait que l’homme ne peut pas permettre aux scieurs d’abattre son
fétiche. Avant les gens utilisaient les espèces d’arbre telles que Gbérou, Tong et
Calcédrat pour leur fétiche. Voilà que c’est ces mêmes espèces que les scieurs aiment.
Mais ils se méfient des arbres déjà choisis comme fétiche.

Parmi les fétiches que nous avons ici, il y a « Sanni » qui est au creux d’un arbre.
Nous lui faisons des offrandes tous les dimanches. Si l’on souffre du ver de Guinée ce
fétiche l’aide à traiter le mal. Aussi, si une femme a des difficultés de conception, ce
fétiche l’aide à concevoir. Si quelqu’un cherche un emploi, le fétiche peut l’aider à
l’obtenir. De même, lorsque quelqu’un est malade le fétiche le guérit. Avant que les
offrandes ne soient exhaussées par le fétiche, il y a des signes qui le montrent. Par
exemple, c’est au pied du fétiche qu’on égorge un coq. Si le sang coule directement
dans une calebasse, il y a de forte chance que la prière soit exhaussée.

Les scieurs n’ont jamais tenté d’abattre cet arbre. Nous n’avons même pas de scieurs
qui vivent avec nous ici. Le lendemain ils partent après le travail. Les scieurs n’ont
jamais abusé de nos femmes ou filles. Nous les appelons communément des
"brûleurs". Lorsque l’un d’entre eux arrive chez nous, nous lui offrons le logement. Et
c’est lui-même qui fait sa cuisine. Il faut quand même noter que leur présence parmi
nous n’a aucun inconvénient.

Toutefois, ils sont tenus de voir le CA, le délégué ou le chef du village sur versement
des sommes exigées avant d’aller couper les bois.

Nous avons des guides qui les amènent dans les forêts ou lieux de coupe. C’est le
scieur qui leur paie leur rémunération. A chaque fois qu’ils les orientent dans la
brousse, ils prennent 10.000 F. Ces guides sont au nombre de deux (02) dans notre
village. Tous ces gains issus des coupes de bois n’ont rien changé dans leur vie. Ils ne
sont ni riches, ni opulent, sauf qu’ils dépensent anarchiquement.

Depuis que les scieurs sont arrivés ici, nous avons pu construire un module de 3
classes, réaliser les toits des magasins du marché, installer les pompes. Mais les

281
conséquences de cette surexploitation de nos forêts sont énormes.

Un adage dit : « Si tu coupes un pantalon sans penser à quelqu’un d’autre, un jour il


va finir et là c’est le comble ». C’est le cas de notre déforestation car un jour on aura
besoin de madrier nous-mêmes sans pouvoir en trouver. C’est ensemble que nous
allons chercher la solution à ce problème. C’est à nous de refuser la coupe de bois aux
fils du terroir.

Nous avons une association qui est chargée de lutter contre la coupe abusive du bois.
Depuis son installation l’association a permis d’acheter des instruments de music à
l’orchestre du village après 4 voyages de madriers. Le nom de ce groupe est "EN
SOMPKIAN" qui veut dire en Baatonu, « si l’on n’a pas pu supporter la chaleur du
soleil, il ne pourra pas bénéficier du jour ».

Un chant a composé à l’encontre des scieurs. Cela est intitulé : « il ne faut pas écouter
les pilleurs de nos ressources ». C’est au fait un cri d’alarme pour renvoyer les
exploitants forestiers. Même si les scieurs nous ont aidés à réaliser beaucoup de
choses. Eux-autres, ils vont chez eux pour se construire de belles maisons, s’acheter
de belles voitures. Il faut que la mairie nous aide à les renvoyer de chez nous de
même que les autorités de PEHUNCO. Car si quelqu’un prend l’initiative de taper un
scieur ici ce dernier va faire appel à la gendarmerie et l’intéressé sera enfermé. Malgré
que vous soyez propriétaire de ces ressources les autorités vont vous enfermer.

Un drame occasionné par la coupe de bois s’est produit ici. C’était un forestier
accompagné d’un scieur qui était arrivé ici dans notre forêt. Le roi nous avait déjà
donné des consignes fermes. Il a dit d’empêcher la coupe anarchique même si c’est
avec une autorité.

Nous avons dit au forestier qu’en principe il doit faire de sorte que la coupe se fasse
dans le respect strict des normes en la matière. Cependant, il a insisté et a voulu
emporter un titan de madrier de chez nous. C’est ainsi qu’on a tiré des balles réelles
sur les pneus du véhicule. Tout le village était convoqué à la gendarmerie de
PEHUNCO. Nous sommes tous allés et le roi a reconnu avoir intimé l’ordre de tirer.
Aujourd’hui ce roi n’est plus en vie. Paix à son âme.

C’est pour cette raison que nous sommes divisés avec les populations de Yébakarou.
Alors que nous sommes dans la commune de Djougou et eux autres à PEHUNCO.

282
C’était au temps du sous-préfet CHA TOKO Naro N’gobi.

C’est le forestier qui nous a convoqués à la gendarmerie. Il a demandé la réparation


du véhicule dont les pneus sont crevés. C’est depuis le temps des scieurs que
Yébakarou a été crée et c’est le sous préfet qui a mis une plaque griffé
YEBAKAROU pour créer une séparation. Nous avons interdit que les gens de
PEHUNCO se marient à nous. La maladie est relative et peut attaquer tout le monde.
Nous savons que chacun a son tour. Maintenant la coupe est organisée et il faut tenir
compte du nombre de bois dont on a besoin pour inviter son scieur. Avant, les
frontières étaient prédéfinies. Ainsi si on poursuit quelqu’un du côté de Yébakarou et
qu’il réussi à rentrer dans Boungourou il est sauvé. Sur notre territoire, il n’y a pas de
terre inexploitable.

283
ANNEXE 4 : QUELQUES ESPECES VEGETALES IDENDIFIEES DANS LES FORETS ET
LEUR USAGE
Nbre Nom scientifique Nom local Domaine d’utilité principale
1 Abrus precatorius Baba yĩku Santé
2 Acacia ataxacantha Boku sãka santé
3 Acacia dudgeoni Yãwaa Bois de feu, santé
4 Acacia polyacantha Sãkugbok santé
5 Acacia nilotica/arabia Bãani santé
6 Acanthospermum hispidum Sãkutãga Santé
7 Aframomum meleguetta Ir Santé
8 Afzelia africana Gbεkuroru fétiche, bois d’œuvre
9 Albizia chevalieri snkugεnu Bois de feu
10 Allopyyllus africanus Dedekuka Santé
11 Allopyyllus africanus Alfa tka Bois de feu
12 Aloe barteri Sinani yabo Sauce
13 Amaranthus spinosus Tεrε Sankuru Sauce
14 Amaranthus vividus Tεrε Sonkekeru Sauce
15 Andira inermis Gbiritotoru Santé
16 Andropogon gayanus Kunusu ou kabanu Bois de feu
17 Andropogon pseudapricus Wudumagami Santé
18 Andropogon pseudapricus. Marewii Habitat
19 Andropogon squailatus Gbĩi Santé
20 Andropogon tectorum Faku Santé
21 Annona senegalensis batk Fruit, fétiche
22 Anogeissus leiocarpus Kakara Bois d’œuvre, santé
23 Argemone mexicana Toyakuru turaku Santé
24 Bassela alba Sakonu Santé
25 Blumea sp. Direbu ou direm Sauce
26 Bombax costatum munru Fruit
27 Borassus aethiopum Bãa, Bangãaru Alimentation
26 Bridelia sp. Kpεkpεra Bois de feu, santé
27 Bryophllum pinnatum Birubinε Santé
28 Burkea africana Gεnu bois de feu
29 Calotropis procera Koraru Sauce
30 Cassia sieberiana Tiina Santé
31 Ceratotheca sesamoides Wari Sauce
32 Cellus integrifolia Seku Kuro Santé
33 Ceiba pentadra Murru/gumã Sauce
34 Chloris pilosa Kuro toko serkpiki Sauce
35 Chrozophoa senegalensis Kparoko naa kεri Sauce
dwaau
36 Cienfrigosa heteroclada Sekuruku Sauce
37 Cissus mauritiana tambkum Santé
38 Cissus populnea Sãaru Alimentation
39 Cochlospermum planchonii Toora Santé
40 Cochlospermum teinterum Kpararu Sauce
41 Cola laurifolia Tiku Fétiche
42 Combretum collinum ou nigricans Sinabii dεkuru ou Santé

284
bwaagosa
43 Combretum geitonophyllum Ber darogi Santé
44 Combretum glutinosum Gbera kooro Santé
45 Combretum micranthum Gberaa kuru dwaabu Sauce
46 Combretum nigricans Sεma Santé
47 Corchorus tridens Yãrike Sauce
48 Costus spectabilis Saka buranu Bois de feu
49 Crossopteryx febrifuga Bobiã Santé
50 Ctenium villosum Yakawurugareru Santé
51 Daniellia oliveri Yannu Bois de feu
52 Desmodium gangeticum swãngbini Santé
53 Detarum microcarpum Bεsεru Santé
54 Dichrostachys cinerea Bokusãka Bois de feu
55 Dioscorea alata Sãkuru santé
56 Diospyros mespiliformis Wĩibu Fruit, fétiche
57 Ectadiopsis oblongifolia Sukatiiyari sauce
58 Entada africana wndru Sauce, santé
59 Erythrina senegalensis Bεsεru alimentation
60 Euclasta condylotricha Nabomgun sauce
61 Euclasta condylotricha Wurugum santé
62 Ficus dycomorus Gã yεhumannu Bois de feu
63 Ficus gnaphalocarpa Gã yayaru Bois de feu
64 Ficus sp. Gãanu Sauce
65 Ficus sp. Gã guro swãau Sauce
66 Ficus thoningii Dεku geeru Santé
67 Gardenia aqualla Purukayiiru (dwaan) Santé
68 Gardenia sp. Yĩiru Alimentation
69 Glinus oppositifolius tenynni Santé
70 Grewia bicolor Baakpakuru Alimentation
71 Grewia bicolor wriyira Sauce
72 Hibiscus asper Sεni (sãsane) Sauce
73 Hyparrhenia sp. gnsu Santé
74 Hyparrhenia sp. Waru Sauce
75 Hyparrhenia subplumosa nεwnku wasu ou Sauce
nεwku waru
76 Hyparrhenia subplumosa Gammi Sauce
77 Hyptis suaveolens Bwεntim Santé
78 Isoberlinia doka Gbaba wruba Bois de feu
79 Isoberlinia tomentosa Gbaba ou gburu Bois de feu
80 Isoberlinia tomentosa Gbaba wruba Bois de feu
81 Khaya senegalensis Gbiribu Bois d’oeuvre
82 Kigehia africana Binia Bois de feu
83 Lannea acida Takuntaru Santé, vaisselle
84 Lannea velutina yrnu Santé
85 Leptadenia hastata Fadobarukaru Sauce
86 Loudetia simplex Son yiiru Sauce
87 Loudetia togoensis wonsnu Sauce

285
88 Margaritaria discoidea Titeu sn Sauce
89 Microchloa indica bookintooru Sauce
90 Milizia excilsa Dãa Bois de feu
91 Monotes kerstingii Guyana Santé
92 Nelsonia canescens simksireku ou Alimentation
Sinkakaku
93 Ocimum basilicum ou Ocimum Bonureku Sauce
canum
94 Opilia celtidifolia sakakuk Bois de feu
95 Ostrioderis stuhlmanii Yamare Bois de feu
96 Oxytenanthers abyssinica Tεma Santé
97 Parinari curatellifolia wnsmbu ou kuku ou Alimentation
fufu
98 Parinari curatellifolia wn smbu Alimentation
99 Parkia biglobosa Dombu Sauce
100 Pavetta crassipes Kikufã bekure Santé
101 Pavetta crassipes Mare mra ou ginufo Santé
102 Pennisetum polystachyon Sakan weru Sauce
103 Pennisetum sp. funsu Santé
104 Pericopsis laxiflora Sinafereku Santé
105 Piliostigma thonningii Bakuru Sauce
106 Polysphaeria arbuscula Baanswi Santé
107 Prosopis africana Gεnsa Bois de feu et santé
108 Pseudarthria hookeri Gu bwεbwεa Santé
109 Pseudocedrela kotschyi bisismbu Bois de feu et santé
110 Pterocarpus erinaceus Tona Bois d’œuvre
111 Raphia sudanensis Kεru Natte
112 Raphia hookeri kεk Natte
113 Rottboellia exaltata kpda Santé
114 Saba florida ou comorensis Bireru Santé
115 Sapium grahamii Mãpuraru Santé
116 Schizachyrium sanguineum Wii swã Habitat
117 Schizachyrium sp. Wĩi Habitat
118 Securidaca longependunculata snuwãa Santé et alimentation
119 Securinega virosa ssa Santé
120 Stachytarpheta augustifolia sunnaki siru Santé
121 Steganotaenia araliacea Sengureku Santé et bois de feu
122 Sterculia setigera Koronkoru ou Santé, fétiche
krunkru
123 Stereospermum kunthianum Wufatiro Santé
124 Strophantus sarmentosus Dεnu Santé
125 Strychnos spinosa Bwεhεmbwεku Santé
126 Stylochiton hypogaeus Mananu Santé et bois de feu
127 Syzygium guineense Woba Santé et bois de feu
128 Tamarindus indica mss Santé, fruit
129 Terminalia glaucescens br ninra Bois de feu
130 Terminalia macroptera brtusuru Bois de feu

286
131 Thelopogon elegans Dungbareru Santé et bois de feu
132 Thelopogon elegans Wurubannu Santé
134 Tricalysia chevalieri yrgãaru Santé
135 Tridax procumbeus Tweebisu Sauce
136 Urginea altissima Yobereku yamaearu Sauce
137 Vitellaria paradoxa Sombu Sauce, bois d’oeuvre
138 Vitex doniana yankunku Sauce, santé
139 Ximenia americana Samun‫כּ‬ru Fruit

287
ANNEXE 5 : LISTE DES PROJETS ET ONG INTERVENANT DANS LA
GESTION DES RESSOURCES A TOBRE ET PEHUNCO

Désignation Mission

PDRI Les objectifs spécifiques du projet étaient: i) d'augmenter la productivité du travail


pour les cultures vivrières; ii) d'améliorer la productivité de l'élevage bovin; iii) de
faciliter l'accès à l'eau potable; et iv) de renforcer l'institution CARDER.
PGTRN (cofinancé par l’ÀFD et la GTZ, il fait suite au PGRN exécuté de 1992 à 1998.
Dans sa mise en œuvre il est proposé des actions en vue de renforcer la
responsabilité des populations dans la gestion des ressources naturelles et en
matière de Plan foncier rural sur des sites représentatifs
ProCGRN Cofinancé par l’AFD et la GTZ, il fait suite au PGTRN dont il consolide et étend
les acquis
Sa mission est d'influencer, d'encourager et d'assister les sociétés du monde entier,
UICN dans la conservation de l'intégrité et de la diversité de la nature, ainsi que, de
s'assurer que l'utilisation des ressources naturelles est faite de façon équitable et
durable.
BIOTA Il a eu pour but d’analyser et d’évaluer les transformations passées et présentes de
la diversité botanique dans les zones choisies le long d’un gradient climatique et
soumises à différents modes d’exploitation. L’objectif général a été de fournir les
données de base permettant d’apprécier l’évolution des ressources naturelles et
d’élaborer des stratégies en vue de leur gestion durable.
REDERC Préserver la biodiversité par des directes, et actions de sensibilisation
Améliorer les conditions de vie des populations dans les départements de
l’Atacora et de la Donga
Valorisation de la médecine traditionnelle
Éducation environnementale
Création d’aires protégées
Développement d’activités génératrices de revenu
Contribution à la recherche scientifique
CERGET Gestion et conservation durable des ressources naturelles
ONG Inventaire de la faune mammalienne, l'entomofaune et forestier
Protection durable des plantes
Bonnes pratiques agricoles et phytosanitaires
Conservation durable du singe à ventre roux «Zin Kaka», espèce menacée
Valorisation des écosystèmes naturels par le tourisme et l'éco-tourisme
Accueil de stagiaire dans différents domaines.
Intervient dans la recherche -action sur la gestion du terroir, l'étude de faisabilité,
la conception et l'exécution de projets de gestion des ressources naturelles.
GTZ/ GiZ Promotion des « Conventions locales » par des projets de la GTZ depuis le milieu
des années 90. D’après la compréhension de la GTZ les conventions locales
comprennent l’ensemble des accords et arrangements locaux, qui visent l’« auto-
restriction » par les différents usagers en matière de l’exploitation des ressources
naturelles dans le but de concilier les prélèvements avec les capacités de
renouvellement de ces ressources.

288
289
ANNEXE 6 : LISTE DES JARDINS BOTANIQUES DANS LA COMMUNE DE PEHUNCO

Désignatio Initiateurs Emplaceme Date de activités Comité de Problèmes rencontrés


n de la forêt nt création gestion
Dakererou Gens du Tobré 2003 - Apiculture Composé de Au début, pendant trois
village - Inventaire des treize ans on avait le problème
soutenu par plants et personnes de feu de brousse mais
PAVICO reboisement actives avec dès que CERGET-ONG
Potalman et - Pare-feu deux femmes : est arrivé, on a plus ce
Doctorants - Bancs pour les la trésorière et problème
de BIOTA visiteurs la trésorière
- Création des adjointe
pistes pédestres
Nassou son Pehunco 2000 -Inventaire des Au départ, il y - Certains membres ne
Doctorants Plants et le avait 13 sont plus actifs parce
de reboisement des personnes qu’ils ont pensé qu’ils
BIOTA plants membres mais devraient être payé
- Pare-feu c’est réduit à mensuellement
08 personnes - les feux de brousse
aujourd’hui arbitraire à l’intérieur de
la forêt
- Il y a aussi les
agriculteurs qui chaque
année coupent les bois ;
conflit entre comité et
agriculteurs chaque fois
il faut aller à la brigade
Koungarou BIOTA Gnemasson 2003 - Mise en place Le comité a été Absence de fonds de
des bancs pour installé en 2004 roulement, pas de
les visiteurs, par CERGET- motivation
- création des ONG, composé
pistes, pédestre de treize
- Inventaire des personnes mais
plants et le actuellement le
reboisement comité est
- Le pare-feu réduit au
président et ces
enfants,
Gouson Ministère de - Inventaire des Pas de comité, Les feux de brousse
la Santé Pehunco 1994 plants et mais c’était chaque année.
Publique du reboisement tous les
Bénin - Les pistes guérisseurs de
- Plaques qui la commune
portent le nom qui allaient là-
des arbres et leur bas travailler
utilité
Gountia REDERC Tobré 2010 Pour le moment C’est le réseau -
aucune activité des guérisseurs
n’a commencé, qui dirigent
cette forêt pour
le moment
Daso REDERC Pehunco 2010 Aucune, Pas de comité Néant
(totéré son) seulement il y a de gestion

290
la délimitation
qui est faite
Koko ou REDERC 2010 Aucune C’est Néant
son Gnemasson seulement le
réseau des
guérisseurs de
Gnemasson qui
s’en occupe
pour le moment

291
ANNEXE 7 : EXTRAIT DE JOURNAL

Journal le matinal du 24 mai 2012

Exploitation forestière dans les communes de Kouandé, Kérou et Péhunco:


Alerte ! Danger
Des scieurs à la tronçonneuse ont envahi ces trois dernières années, les zones cynégétiques et
les forêts classées des communes de Kérou, Kouandé et Péhunco, dont l’ensemble des
territoires est connu sous le vocable les 2Kp. De ce fait, l’environnement écologique de ces
communes du département de l’Atacora-Est est gravement menacé. A l’allure où évoluent les
choses, si le gouvernement, en l’occurrence le chef de l’Etat ne prend pas des mesures hardies
pour remédier à cette tragédie aux conséquences désastreuses au plan environnemental et au
plan zoologique, le désert gagnera d’ici à 2015 l’espace des 2Kp et même les communes
frontalières de Banikoara, Gogounou et Sinendé dans les départements de l’Alibori et du
Borgou.

Depuis trois ans, des envahisseurs de forêts ont séquestré la végétation des communes de
Kouandé, Kérou et Péhunco. Dans ces localités, les exploitants forestiers séjournent à leur
gré, sélectionnant les arbres de leur choix qu’ils abattent à la tronçonneuse. Toutes les forêts
sont assiégées pour la coupe abusive des arbres avec la complicité aussi bien des autorités
communales que de l’administration des eaux et de la protection des ressources forestières.
Dans la commune de Kouandé, rien ne reste plus à la végétation. Les scieurs ont tout dévasté.
Cette année, ils ont attaqué les forêts de Kédékou, de Nassoukou et de Sékogourou. Il en est
de même à Firou, à Kaobagou, à Fètèkou dans la commune de Kérou. A Pehunco, la situation
est identique. Aucune brousse n’est épargnée de la rage des tronçonneuses. Un tour sur les
différents sites a permis de prendre connaissance de l’ampleur des dégâts. Et pour cause, tous
les acteurs intervenant dans cette destruction veulent s’enrichir en peu de temps. Aux dires
des exploitants forestiers qui ne sont que propriétaires de tronçonneuses, il y a un grand
marché à Cotonou qui convoie le bois vers la Chine. Du coup, pour ces exploitants, il ne faut
plus ménager les forêts. Lorsque les différentes autorités communales s’en sont rendu compte,
elles ont, dans un premier temps, tenté de s’interposer et d’arrêter le massacre. Mais
l’opposition et la cupidité des exploitants forestiers ont fini par avoir raison d’eux. Ainsi, elles
sont devenues elles aussi bénéficiaires de l’exploitation du bois par l’instauration des Taxes
de développement local. Toutes les essences d’arbres, sans exception, des forêts des
communes de Kouandé, Kérou et Péhunco sont abattues. Et pour cause, les exploitants
forestiers, tronçonneuses à la main, ont élu domicile dans cette partie septentrionale du pays,
dévastant tout arbre en madriers à des fins commerciales. Les camions poids lourd chargés de
madriers ont pour destination Cotonou, la capitale économique du Bénin, où se trouve le plus
gros maillon de la chaîne. Certaines indiscrétions laissent croire qu’il existe un partenariat
entre l’Etat béninois et la Chine. Plusieurs autres camions chargés de madriers sont également
convoyés au port de Lomé au Togo voisin. Le constat actuel dans les forêts est très triste. Il
est plus triste et plus inquiétant que les effets de feux de brousse. Dans nombre de villages
sillonnés dans ces communes, le désastre fait penser au passage d’un cyclone. C’est véritable
catastrophe forestière. La destruction du couvert végétal est très avancée et presqu’achevée.
Tous les champs, toutes les brousses, toutes les forêts et même la forêt classée de l’Alibori
supérieur sont envahis par des scieurs à la tronçonneuse. Ils sont partout où se trouvent des
essences forestières destinées à la fabrication des meubles et à d’autres utilisations.
Généralement, ces scieurs sont des employés de quelques individus appelés exploitants
forestiers qui, pour la grande majorité, n’ont pas de permis d’exploitation.

292
De l’art dans le travail

Sur les sites où s’opère l’abattage des arbres, on retrouve des gens habillés en haillons et
transpirant à grosses gouttes. Pour affronter les bruits indésirables et embêtants des
moucherons, ils recouvrent leur tête d’étoffes à la manière des Touaregs. Ils opèrent le plus
souvent en duo. L’un se charge de la logistique, notamment de l’approvisionnement en eau
pour étancher la soif et le second tient l’arme de destruction, la tronçonneuse. Ils s’échangent
les rôles pour équilibrer ou renouveler les énergies perdues du fait des efforts considérables
fournis. Ainsi donc, l’un d’entre eux débordant d’énergie se saisit de la tronçonneuse, appuie
sur le démarreur, pose la grosse scie à la base de l’arbre et se met à l’œuvre. La position du
scieur tient grand compte des obstacles éventuels à proximité de l’arbre choisi (tels que les
marigots), afin qu’il ne tombe dans l’irrécupérable. Une fois l’arbre au sol, le scieur le met en
‘’billes’’ ou en madriers. Concrètement, il dégage le tronc d’arbre à l’aide de sa tronçonneuse
en sectionnant la base des branches. Ensuite, il se met à tailler les écorces toujours à l’aide de
sa machine pour obtenir un gros tronc d’arbre en forme de prisme à polygones carrés. C’est
ce prisme qui prend le nom de bille et que le scieur marque d’une peinture en guise de
signature. Par endroits, ils finissent le travail en donnant forme aux bois coupés qu’on appelle
des madriers dont les formes et les tailles varient en fonction de l’arbre abattu.

Maigre rémunération

A cette étape, le scieur peut espérer toucher sa rémunération. Car c’est après avoir effectué ce
travail de transformation de troncs d’arbre en billes ou en madriers, que les deux scieurs
peuvent être payés par leur employeur, connu sous le nom d’exploitant forestier. Chaque
bille, suivant sa longueur (4 à 7 mètres), est payée à 700F ou 800F selon les négociations
conclues entre les deux parties. La recette journalière réalisée est fonction du nombre de billes
réalisées. Elle peut atteindre 8.000 Fcfa. Nombre de ces scieurs, débordant d’énergie et
presque infatigables, donnent l’impression d’être sous l’effet de produits stimulants. Dans un
tel état, ils sillonnent le reste des forêts à longueur de journée en sélectionnant les meilleures
essences forestières aussi bien en qualité de bois, en diamètre qu’en hauteur. Ces essences,
pour la plupart sont communément appelées kosso, vaine, ébène, avzélia, milena etc.

Les scieurs sur tous les fronts

Pendant que certains sont dans les forêts de Sékogourou, Nassoukou, Guilmarou ou de
Kédékou dans la commune de Kouandé, d’autres sont à Gnèmasson ou à Tobré dans la
commune de Pehunco. Un autre groupe sillonne les forêts de Kérou, notamment à Firou ou à
Kaobagou, un arrondissement de la commune de Kérou, en pleine zone cynégétique du parc
zoologique de la Pendjari. Quelques scieurs préfèrent s’attaquer à la forêt classée de l’Alibori
supérieur se situant entre Kérou, Péhunco et la commune de Gogounou. Décidément, tout est
mis en œuvre pour détruire très rapidement et en peu de temps l’environnement écologique
des communes de Kouandé, Kérou et Péhunco à l’Est. Et, même dans les communes du
Borgou et de l’Alibori, frontalières aux 2Kp, à savoir, Sinendé, Gogounou et Banikoara.

Une filière bien organisée

L’exploitation abusive du bois dans les communes de Kouandé, Kérou et Péhunco (2Kp)
s’apparente à une filière agricole où interviennent plusieurs acteurs. A la différence qu’il n’y
a pas d’intrants tels les pesticides, les herbicides et les semences, une chaîne est constituée
autour de l’exploitation forestière. Ainsi, les différents acteurs intervenant dans le système
sont nombreux : scieurs, ramasseurs de madriers, chargeurs, transporteurs, sans occulter les
populations corrompues et les administrations communale et forestière. Du propriétaire
terrien à l’administration communale en passant par les élus locaux au niveau des villages,
arrondissements, associations ou comités de lutte contre l’exploitation forestière,

293
l’administration forestière, la responsabilité est partagée. La quasi-totalité des membres de ces
structures se complètent pour ravager la forêt dans les 2Kp. Ils sont corrompus par des
exploitants forestiers qui mènent allègrement leurs activités de coupe du bois.

Des scieurs aux chargeurs, la main d’œuvre locale

Entre toutes ces structures, la collaboration n’existe presque pas. La mésentente est surtout
perceptible entre agents forestiers et administration communale dans toutes les localités de
grandes forêts. Et la lutte contre l’exploitation forestière dans ces différentes localités est
presque vouée à l’échec. Le nerf de cette guerre est l’argent qu’utilisent les exploitants
forestiers pour les diviser. Pour vite avoir les produits en grande quantité, ces exploitants
utilisent la main d’œuvre locale. Dans l’organisation du travail, les premiers qui s’occupent
de l’abattage des arbres dans les forêts, les taillent en billes ou les réduisent au besoin en
madriers sur les sites d’exploitation. Les ramasseurs ont pour rôle de prendre l’une après
l‘autre, les billes et les madriers qu’ils mettent en tas sur un site accessible aux camions dans
les forêts. A cette étape, les chargeurs interviennent. En effet, l’exploitant forestier envoie un
camion sur le site où sont assemblés les madriers et les billes. Et les chargeurs font le
conditionnement en alignant les bois dans le camion qui les transporte de la brousse au
domicile de l’exploitant forestier (généralement chef lieu de la commune). L’exploitant
forestier fait le point de sa moisson et connaît son revenu après la vente.

Des taxes dans tous les sens

Avant de convoyer la marchandise sur Cotonou, l’exploitant forestier paie à la mairie


territorialement compétente, des Taxes sur le développement local (Tdl) contre quittances. Le
prix de la taxe varie d’une commune à l’autre. Selon nos investigations, l’antenne communale
de l’administration des eaux, forêts et chasses perçoit ses taxes parfois sans aucune trace.
Certains jeunes constitués en défenseurs contre l’exploitation abusive du bois et qui ont lutté
vainement contre le phénomène dans les trois communes, ont fini par devenir eux-aussi des
collecteurs de taxes. Ils prennent leur part du gâteau avant le départ des camions. C’est après
ces formalités, que l’exploitant forestier fait convoyer dans des camions bien bâchés, la
marchandise. Selon quelques exploitants forestiers rencontrés, ce sont les Chinois qui leur
achètent les produits et les acheminent chez eux en Chine. Voilà comment la filière est
organisée. Seulement, ce commerce occasionne des conséquences désastreuses sur le plan
environnemental des communes dans lesquelles l’activité se développe.

Kouandé dévastée de tous ses grands arbres

Dans chacune des trois communes, le constat est le même dans toutes les forêts pénétrées. Les
gros arbres qui, jadis, servaient de couvert végétal ont disparu. Plus rien ne reste. Tout a été
pratiquement vendu par les exploitants forestiers locaux et étrangers s. La coupe du bois dans
cette région a été faite avec la complicité aussi bien des élus locaux que les populations à la
base, y compris les différentes structures créées pour la lutte. Les exploitants forestiers ont
également fait la sourde d’oreille par rapport aux différentes décisions prises au cours des
différentes sessions du Conseil communal. Ils ont tout le temps poursuivi les activités de
coupe de bois dans toutes les communes allant parfois même couper les espèces protégées
telles le Karité et le néré pour en faire du charbon et très souvent sans permis de coupe.
Aucun des arrondissements de la commune de Kouandé, n’a été épargné par la coupe
frauduleuse du bois. Des pistes sont créées dans toutes les forêts des arrondissements de
Chabicouma, Birni, Orougayo, Fô-Tancé, Guilmaro et à Kouandé centre surtout dans les
villages de Sékégourou, Kédékou, Boro, Nassoukou, Sakabou de la commune de Kouandé.

294
Responsabilité de l’administration forestière apostrophée

Le phénomène s’est souvent accentué toutes les fois que le Conseil communal de la localité
prend des décisions pour interdire la coupe du bois. Il y a une complicité entre les élus locaux
des villages et les associations ou comités de lutte installés à tous les niveaux qui ne favorise
pas la lutte contre l’exploitation abusive du bois. Certains membres de ces structures de lutte
qui résistent à la corruption sont devenus des bêtes à battre par tous ceux qui en profitent. Le
maire de la commune de Kouandé, à ce sujet, a affirmé que la question de la coupe
frauduleuse du bois est devenue un casse-tête. Georges Bouko a déploré la mauvaise
collaboration entre l’administration communale et l’administration forestière. Toutes les
tronçonneuses saisies par le comité communal de lutte et transférées à l’administration
forestière se retrouvent sur le terrain quelques jours après la saisine. Ce qui confirme les
déclarations de quelques personnes ressources rencontrées. Elles affirment que des agents
forestiers disposent également de leurs propres tronçonneuses. Quelques-uns mutés en moins
d’une année de fonction dans la commune, s’enrichissent illicitement et sont propriétaires de
plusieurs maisons. Le maire Georges Bouko a d’ailleurs dénoncé à l’autorité préfectorale de
Natitingou, le pillage systématique et sans précédant des ressources forestières avec la
complicité de ceux qui sont censés les protéger. Aussi s’est-il indigné de constater que des
amendes de fortes sommes d’argents perçues par des membres des comités, sous-comités et
cellules de lutte installés étaient détournées. Il a également reconnu que des saisies en nature
opérées par les membres du comité de lutte n’étaient parfois pas convoyées à la mairie mais
vers des lieux inconnus. Des dérapages qui ont amené le maire de la commune à suspendre
l’activité des comités et à prendre d’autres mesures, qui, elles-mêmes, sont restées inefficaces
sur le terrain. Mêmes des délibérations du Conseil communal de Kouandé sont restées sans
effet sur l’exploitation forestière. Informé de cette coupe abusive du bois dans les 2Kp, le
Ministre chargé de l’Environnement, de l’habita et de l’urbanisme nature, Blaise Ahanhanzo-
Glèlè a encouragé la saisie du bois au cours de sa tournée, afin de réaliser des tables et bancs
au profit des établissements scolaires publics. Mais à Kouandé, un lot de madriers saisis et
entreposés dans une scierie par la mairie pour la confection des tables et bancs est encore sous
le véto de l’administration forestière.

Tous les produits issus de cette exploitation abusive et clandestine saisis sont souvent
confisqués d’office au profit de l’Etat. Les produits sont vendus de gré à gré ou par voies
d’adjudication publique par les services des forêts au profit du trésor public. Le bois ainsi
vendu est acheminé avec un laissez-passer spécial qui indique l’itinéraire. Mais de nombreux
élus locaux et populations des 2Kp ont du mal à comprendre cette délivrance des laissez-
passer spéciaux établis par l’administration forestière pendant la période de lutte. L’inspection
forestière des départements de l’Atacora et de la Donga rapprochée refuse de se prononcer sur
ce sujet. Tous les agents forestiers rencontrés sur le terrain ont exigé l’aval de la hiérarchie
avant toute interview sur la situation de la coupe abusive du bois dans ces différentes
localités.

Péhunco, le nid des exploitants forestiers étrangers

Pour mieux coordonner la coupe abusive et frauduleuse de bois, les exploitants forestiers ont
trouvé comme localité de refuge, la commune de Pehunco. Dans cette commune réputée le
centre par excellence de logements des scieurs à la tronçonneuses, la situation de
l’exploitation forestière est semblable à celle des deux autres communes frontalières. Mais la
particularité ici, c’est la manière choisie pour combattre le phénomène qui avait pris une
tournure très inquiétante. Au sein des populations, tous ceux avaient la possibilité de s’acheter
une tronçonneuse sont devenus exploitants forestiers. Sans permis de coupe encore moins
d’agrément, plusieurs jeunes ont envahi les forêts. Des camions chargés de tonnes de
madriers ou des billes ont embarqué de cette localité pour Cotonou et Lomé. Un groupe de
jeunes agissant au nom de la société civile se sont constitués pour la lutte. Ils sont passés à la

295
vitesse supérieure après des avertissements adressés aux exploitants forestiers pour quitter le
territoire. Un ultimatum de déguerpissement de la forêt leur a été lancé. Des opérations de
saisies de bois ont été fructueuses au point où l’esplanade de bureau de l’arrondissement
central de Pehunco est remplie de billes et de madriers. Une opération de saisie de madriers
qui a dégénéré en affrontement entre convoyeurs et membres de la société civile, a fait des
prisonniers. Le Chef de l’arrondissement central de Pehunco, Soumaïla Tamou Sessedé, la
Présidente de l’association, Zinatou Kora Zaki et plusieurs autres membres du comité de
saisie du bois dans la localité ont passé une période de leur vie à la prison civile de Natitingou
pour une affaire pénale. Il leur est reproché d’avoir outrepassé leurs prérogatives dans la lutte
contre la coupe abusive du bois. Mais les opérations de saisie ont permis de rassembler un
gros tas de bois exposé aux intempéries à l’arrondissement de Pehunco centre. Les personnes
interpellées ont été libérées après trois à quatre mois de détention. Ces arrestations ont fait
baisser le moral de la troupe des anti-exploitants forestiers. Même quelques membres du
Conseil communal de Péhunco engagés dans la lutte ont baissé les bras.

Suite à des protestations, des efforts infructueux à Kérou

Les exploitants forestiers ne trouvant plus en abondance des arbres à couper à Kérou, ont
attaqué la forêt classée de l’Alibori supérieur. Ils progressent, avec la complicité des
propriétaires terriens, certains élus locaux et agents forestiers, vers les Parcs nationaux de la
Pendjari et du W. La lutte menée par l’administration communale et l’association des jeunes
pour le développement de la commune de Kérou n’a rien donné. A la faveur d’une marche de
protestation pacifique, cette association a dénoncé l’administration forestière et les élus
locaux impliqués dans la déforestation de leur localité. Les résultats escomptés en initiant
cette manifestation ne sont pas atteints. La détermination du maire de Kérou, Al Hadja Abiba
Dafia épouse Ouassagari, pour la lutte contre la déforestation a engendré des mutations des
agents des eaux et forêt de la localité. Mais malgré cela, les nouveaux agents forestiers ont tôt
fait de s’impliquer et de cautionner la coupe abusive du bois. Ce qui a fait dire à Mme le
maire de Kérou : « On dirait que c’est les mêmes agents qui reviennent en changeant de
visage ». Pour le maire de la commune, l’exploitation forestière est devenue un fléau à Kérou.
Un véritable casse-tête qui a préoccupé le Conseil communal de la localité. Selon le maire, la
lutte contre l’exploitation forestière a échoué, malgré toutes les mesures prises. Au cours de la
première mandature du Conseil communal, le phénomène était moins criard, reconnait la
seule femme maire au Bénin. Elle a fait savoir que c’est depuis 2008 que l’exploitation
forestière a pris de l’ampleur. Ainsi, tous les comités installés dans les villages et hameaux de
la commune de Kérou, en complicité avec les agents des eaux et forêts et même de
l’administration communale, ont participé à la déforestation. Les chefs de villages et des
quartiers de ville responsabilisés pour la lutte après la dissolution des comités, ont également
supervisé des coupes frauduleuses de bois en complicité avec des hommes en uniforme en
charge de la protection de la nature. Pour réduire la coupe du bois dans les forêts de Kérou, le
Conseil communal a élaboré une convention grâce à l’expertise d’un colonel des eaux et
forêts avec pour objectif de réduire le nombre d’exploitants forestiers. Seuls ceux qui étaient
en règle vis-à-vis des textes régissant le secteur, étaient autorisés à couper rationnellement le
bois. Mais c’est sans compter avec la mauvaise foi des exploitants clandestins qui sont
déterminés à en découdre avec les forêts. Ils sont nombreux à envahir les villages de
Bokorou, Bagoubakou, Yokrigorou et bien d’autres localités surtout du côté de la région
située vers l’Alibori supérieur.

La lutte dans le cadre de l’intercommunalité

Toutes les communes de Gogounou, Sinendé, Banikoara et Kérou unies n’ont pu arrêter
l’abattage des arbres. L’exploitation forestière s’est accentuée après la séance de travail qui a
regroupé à Kérou, d’une part le ministre de l’Environnement, de l’habitat et de l’urbanise et
ses collaborateurs, dont notamment le secrétaire général dudit ministère et le Directeur
général des forêts et ressources naturelles, et d’autre part, les maires des communes de Kérou

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représenté par le 2ème adjoint, Kouandé et Péhunco, les deux chargés de mission à la
préfecture de Natitingou. Il était retenu que l’exploitation forestière dans le domaine protégé
de l’Etat devra respecter les dispositions de la loi 03-009 du 02 juillet 1993 portant régime des
forêts en République du Bénin qui ne l’autorise que dans le cadre de la mise en œuvre d’un
plan d’aménagement. Aussi était-il convenu que l’exploitation forestière dans le domaine
protégé de l’Etat est interdite dans l’espace des 2Kp sauf cas de nécessité à but
communautaire avec l’aval de l’administration forestière. Aucune des recommandations de
cette séance n’a été respectée. Hormis les décisions prises ensemble dans le cadre de
l’intercommunalité des 2Kp, chacune de ces communes a pris des arrêtés interdisant
l’exploitation forestière. Des coupes d’arbres à la tronçonneuse se sont souvent opérées dans
ces communes, au vu et au su des élus locaux et à la barbe des agents forestiers chargés de la
protection des ressources naturelles. Le cri de détresse lancé par l’association des communes
riveraines des aires protégées du Parc W (regroupent les communes de Karimama, Kandi,
Banikoara, Malanville et Kérou ) qui œuvre également pour la conservation et la protection
des ressources naturelles, n’a pu émouvoir les exploitants forestiers.

De fermes instructions du Directeur général des forêts et ressources naturelles pour


arrêter la saignée

Pour mettre fin à la coupe abusive du bois, le Directeur général des forêts et des ressources
naturelles a bien voulu prendre le taureau par les cornes. Au cours d’une tournée récente, le
nouveau patron de l’administration forestière a rencontré à Natitingou, tous les acteurs
intervenant dans le secteur du bois. La présence de la presse locale a été formellement
interdite par les hommes du colonel Théophile Kakpo pour qui, le linge sale se lave en
famille. Des consignes fermes ont été données pour redorer le blason des agents des eaux et
forêts souillé par leur complicité sur le terrain. Il a clairement notifié à ses hommes à la base,
non seulement sa vision par rapport à la mission à lui assignée, mais aussi et surtout sur
comment faire le travail selon les règles de l’art. Interrogé sur la situation dans les communes
des 2Kp, le Colonel Théophile Kakpo a laissé entendre qu’il y plus de peur que de mal. « Là
où les gens sont appelés à travailler, précise-t-il, il y a toujours des problèmes ». Pour lui, il
n’y a jamais de corrompu sans corrupteur. Mais il a souhaité que les élus locaux soutiennent
l’administration forestière dans le combat de la lutte contre la déforestation. Selon lui, des
mesures hardies sont déjà prises et la situation est rentrée dan l’ordre dans les 2Kp. Théophile
Kakpo a exhorté chaque acteur non seulement au respect des textes en vigueur du secteur,
mais aussi à jouer pleinement son rôle. Il a annoncé à tous les usagers du bois, que la forêt
classée de l’Alibori supérieur est dotée d’un plan d’aménagements avec des zonages et son
plan de progression. Il a invité surtout les populations riveraines à respecter scrupuleusement
les décisions liées à ce plan d’aménagement, qui selon lui, dispose des zones d’exploitation
agricole, des zones d’exploitation forestière et des zones de conservation. Ce passage du
Directeur général des eaux et des ressources naturelles suivi des actes interdisant
l’exploitation forestière a permis d’observer une certaine accalmie dans les forêts des
communes de Kouandé, Kérou et Pehunco ces derniers jours. Certains exploitants forestiers
ont pris du recul. D’autres poursuivent clandestinement la coupe dans les localités des 2Kp.
Le trafic de bois d’œuvre a baissé, mais la majorité des élus locaux, en l’occurrence les
maires de ces communes envahies, sollicite l’implication personnelle du Chef de l’Etat pour
arrêter définitivement cette coupe d’arbres qui n’a que trop duré.

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