LE DOMAINE MARIN
A. GENERALITES
1. INTRODUCTION
Le domaine marin est défini par opposition au domaine continental. Il comprend les océans et mers
recouvrant en grande partie une croûte océanique (Atlantique, Méditerranée...) et les mers
épicontinentales sur croûte continentale (Mer du Nord par exemple). Leurs traits les plus
caractéristiques sont l'étendue de leur surface et la salure de leur eau. Le domaine marin couvre près
de 3/4 de la surface du globe. Sa salinité est assez homogène et voisine de 36 pour mille. La
distance au continent et la profondeur de l'eau permettent de définir plusieurs zones caractérisées
par leur hydrodynamisme et leur type de sédimentation.
2. HYDRODYNAMISME
L'eau des océans est agitée par divers types de mouvements qui sont dus au phénomène de la marée,
à l'action des vents créant des vagues, aux différences de température et de densité qui déterminent
les déplacements en masse des grands courants océaniques.
a) Les marées
Les marées sont des variations du niveau des mers provoquées par l'attraction de la lune et du soleil.
Les marées ont une amplitude maximale quand la lune et le soleil ajoutent leur action au moment de
la pleine et de la nouvelle lune ("marées de vives eaux"). Elles sont minimales quand les actions des
deux astres se contrarient ("marées de mortes eaux"). L'action de la lune est dominante, l'attraction
du soleil ne représente que 45% de celle de la lune : les marées suivent le cycle lunaire, soit 29 jours
environ, pendant lequel il y a deux périodes de vives eaux et deux de mortes eaux.
A : mécanisme des marées ; a : le bourrelet de marée est formé par l'attraction conjointe de la lune (en gris) et du
soleil (dans le coin A) : il s'agit de marées de vives eaux ; b : la force d'attraction du soleil atténue celle de la lune :
ce sont des marées de mortes eaux ;
B : origine des alternances de petites marées hautes et de grandes marées hautes lorsque l'orbite de la lune fait un
angle avec l'équateur terrestre. Ce mécanisme est également à l'origine des marées diurnes ;
C : formation des bourrelets de marée ; la force centrifuge prise en compte s'exerce par rapport au centre de masse
"cm" du système terre-lune
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Courbe de marée journalière (type semi-diurne)
La masse d'eau oscille selon une période correspondant à la moitié d'un jour lunaire qui est
d'environ 24 heures 50 minutes. Pendant 6 heures environ la mer monte ; elle reste étale pendant
quelques minutes (marée haute) ; puis elle redescend pendant 6 heures, reste étale (marée basse), et
le cycle recommence (cycle semi diurne). Dans certaines régions, le cycle est diurne (un cycle de
marée par jour dans le golfe du Mexique).
L'amplitude des marées, ou marnage, varie selon les lieux et les masses d'eaux mises en
mouvements. Le marnage est faible en haute mer ; il est faible dans les mers, fort dans les océans
plus vastes. Les côtes sont dites microtidales quand le marnage est inférieur à 2m (cas de la
Méditerranée), mésotidales pour des valeurs comprises entre 2 et 4 mètres, macrotidales pour des
valeurs supérieures à 4m.
Les marées déterminent des courants côtiers alternatifs qui se propagent sur la plate-forme dans un
sens quand la marée monte (courant de flot) et dans le sens opposé quand elle descend (courant de
jusant). En général, la vitesse du courant dépend du marnage, de la profondeur et de la forme des
côtes.
b) Les vagues
Les vagues correspondent à l'oscillation de la surface de l'eau sous l'action du vent. Leur longueur
d'onde varie de quelques mètres à plusieurs centaines de mètres. Leur amplitude atteint plusieurs
dizaines de mètres pendant les grandes tempêtes (cas de la Mer du Nord). Les vagues en haute mer
ne produisent pas de déplacement latéral de l'eau mais seulement un mouvement alternatif dans le
plan vertical. Ce phénomène oscillatoire peut se propager très loin. Les vagues n'ont alors plus de
relation avec le vent qui reste local : on parle de houle. La houle peut parcourir des milliers de Km.
Trajectoires des particules sédimentaires dans une vague en fonction de la profondeur. En eaux profondes, le
mouvement est quasi-circulaire et le diamètre de l'orbite correspond à la hauteur de la vague; ce diamètre diminue
de façon exponentielle avec la profondeur et devient négligeable à une profondeur égale à la moitié de la longueur
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d'onde de la vague (L/2). Dans les eaux peu profondes (profondeur <L/2), les orbites s'aplatissent avec la
profondeur. Enfin, lorsque la vague déferle, le mouvement devient une translation vers le rivage.
A proximité des côtes, les vagues se déforment et induisent la formation de courants. Lorsque le
front d'onde des vagues est oblique par rapport à la ligne de côte, il apparaît par réflexion un courant
parallèle à la côte appelé la dérive littorale.
Transformation des vagues sur la plage et courants induits par le déferlement.
c) Les grands courants océaniques
Outre les courants locaux produits par les vagues et les marées, il existe des grands mouvements
d'eau dans les océans qui dépendent de la conjonction de nombreux facteurs : action des vents alizés
qui entraînent la couche d'eau superficielle, intervention de la force de Coriolis due à la rotation de
la terre, différence de température et de salinité des masses d'eau polaires et équatoriales... La dérive
nord atlantique ou Gulf Stream est un courant chaud qui traverse l'Atlantique nord d'ouest en est.
Courants de surface dans l'océan
Les déplacements d'eau verticaux ou obliques ont une grande importance sur la répartition et le
développement des organismes. La remontée des eaux froides de la profondeur vers la surface
constitue l’upwelling ; cette remontée apporte une grande quantité de nutriments et favorise la
productivité biologique. Les zones d'upwelling au large des côtes de Mauritanie constituent une
zone de pêche convoitée (sardines, anchois...)
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B. LA SEDIMENTATION LITTORALE SILICO-CLASTIQUE
1. LES MILIEUX LITTORAUX
Le littoral comprend la ligne de côte et une bande immergée de largeur variable dont la profondeur
est inférieure à 200 mètres et qui correspond à la plate-forme littorale. La ligne de côte comprend
les plages, les falaises et la partie du continent soumise plus ou moins directement à l'action de la
mer : dunes littorales, marais côtiers, estuaires... La nature de la sédimentation littorale, ou
néritique, dépend essentiellement des apports détritiques du continent et de la productivité
biologique, ces deux facteurs dépendants eux-mêmes de la latitude et du climat.
✓ Dans les régions tempérées et froides, les matériaux détritiques dominent ; leur composition
est surtout siliceuse : on parle de sédimentation silico-clastique.
✓ Dans les régions chaudes, nombreux sont les organismes qui fixent le carbonate de calcium ;
à leur mort, les éléments carbonatés s'accumulent au point de constituer la matière principale
du sédiment : on parle de sédimentation littorale carbonatée.
2. LES PLAGES
Les plages sont des lieux d'accumulation de sables, plus rarement de galets, situés le long du rivage.
a) Origine des matériaux
Les sables proviennent généralement du continent ; ils sont apportés par les fleuves dans les
estuaires et les deltas puis dispersés le long du littoral par les courants. Néanmoins, ils peuvent
provenir du remaniement par la mer de sables littoraux : au cours d'une tempête, les vagues et les
courants peuvent exporter des pans entiers de plage et déposer le sable plus loin. Aux éléments
terrigènes s'ajoutent des éléments calcaires provenant de la destruction des coquillages. Les galets
sont également apportés par les fleuves. Par rapport aux sables, leur dispersion le long de la côte est
plus faible et ne dépassent guère que quelques kilomètres depuis l'embouchure. Certains galets
proviennent de l'usure même de la côte.
b) Zonation
Le balancement des marées et l'énergie des vagues délimitent un certain nombre de zones
d'hydrodynamisme différent dont les noms varient selon les auteurs et le type de sédimentation
Répartition des éléments détritiques sur une plage en fonction de l'hydrodynamisme.
3. LES VASIERES LITTORALES
Dans les parties protégées du littoral, l'hydrodynamisme est plus faible et les particules fines se
déposent ; les estuaires et les fonds de baies présentent ces caractères. On observe un dépôt vaseux
par petits fonds résultant de la floculation des particules fines au débouché du fleuve ; ces dépôts
sont fugaces et remis en suspensions lors des tempêtes.
4. LA PLATE-FORME
C'est le prolongement au large de la zone subtidale. L'hydrodynamisme peut y être fort : oscillation
et succession sur le fond des vagues, érosion et dépôt par les courants de marées.
De plus, pendant les tempêtes, apparaissent des courants "géostrophiques" provoqués par le reflux
en profondeur de la masse d'eau poussée par les vents en direction des côtes ; le déplacement de
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l'eau se fait d'abord perpendiculairement à la ligne de rivage, puis la force de Coriolis dévie le
mouvement vers la droite dans l'hémisphère nord.
Formation d'un courant géostrophique induit par la tempête. (1) le vent souffle en direction de la côte ; (2) il cesse et
l'eau reflue en profondeur.
Selon la vitesse des courants le fond est érodé ou des sédiments s'y déposent. Ce sont
principalement des sables. Les formes principales d'accumulation sont des rubans sableux
longitudinaux, des dunes, des mégarides ou vagues sableuses, des rides.
2. ZONATION DU LITTORAL ET SEDIMENTATION
La plate-forme littorale est généralement coupée par une barrière parallèle à la côte qui isole une
plate-forme interne protégée d'une plate-forme externe soumise à l'action des vagues. Comme sur
les plages à sédimentation silico-clastique, le balancement des marées détermine les zones supra-
inter- et sub-tidales.
Zonation d'un littoral à sédimentation carbonatée.
La distance de la barrière à la ligne de côte est très variable ; lorsqu'elle est adossée au rivage, elle
constitue les récifs frangeants. Les exemples actuels sont pris dans les îles Bahamas, le Golfe du
Mexique, la "Grande Barrière" australienne, le Golfe Persique.
Le cas des atolls du Pacifique est particulier ; la barrière de récif ceinture l'île et isole une plate-
forme interne annulaire ; si l'île s'enfonce, ou le niveau général de la mer monte, la barrière isole un
lagon circulaire.
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Formation d'un atoll. (A) cas actuel de l'île d'Uvea ; (B) cas de l'île de Tongareva (Polynésie).
2.1 La plate-forme interne
L'hydrodynamisme est faible, il augmente à marée haute, quand les vagues franchissent la barrière,
et en face des passes.
La zone supratidale peut inclure des dunes éoliennes, des marécages et lagunes à tendance
évaporitique (sebkha littorale).
La zone intertidale correspond à un niveau d'énergie moyen à faible. Sur la plage s'accumulent un
sable bioclastique, formé de débris de squelettes et coquilles calcaires. Des débris moyens à
grossiers et des oolites se déposent dans les chenaux de marées.
Dans la partie supérieure de la zone intertidale peuvent se développer des encroûtements ou des
constructions algaires (stromatolites). Dans certaines régions prolifère la mangrove, végétation
particulière faite de végétaux supérieurs adapté à l'eau salée dont les palétuviers sont les plus
représentatifs.
6 A.KHELLAS
La zone subtidale (ou infratidale) est un milieu très calme de décantation ; il s'y dépose une vase
calcaire.
2.2 La barrière
La barrière est généralement construite par les coraux ; elle est recouverte à marée haute mais
partiellement émergée à marée basse ; elle est localement interrompue par des passes qui mettent en
communication la plate-forme interne avec le large et qui permettent la navigation. Le récif
corallien représente une bioconstruction complexe dont la charpente est constituée par les coraux
eux-mêmes (de nos jours des Hexacoralliaires) auxquels s'adjoignent des éponges, des bryozoaires,
des algues encroûtantes et d'autres cœlentérés. Il s'installe généralement sur un support solide, dans
des eaux chaudes, agitées, limpides et de faible profondeur : la lumière est indispensable à la
photosynthèse des algues symbiotiques que renferment les polypes. Des eaux turbides empêchent le
développement des coraux : la grande barrière australienne est interrompue aux embouchures des
fleuves côtiers. Un très grand nombre d'espèces vivent dans le biotope particulier (biocénose
corallienne) que constitue le récif : mollusques, échinodermes, poissons.... La face externe de la
barrière, du coté de la haute mer, est détruite par l'action des vagues ; les éléments fins sont mis en
suspension, des blocs s'éboulent sur la pente du récif. Du coté interne, l'action destructrice des
organismes perforants ou brouteurs de récifs produit des particules fines qui se décantent dans le
lagon.
Sur les côtes des pays tempérés existent quelques bioconstructions d'ampleur beaucoup plus limitée
mais qui peuvent s'opposer à l'énergie des vagues et favoriser la sédimentation : c'est le cas de
certaines algues incrustantes qui édifient des trottoirs et des platiers en Méditerranée
2.3 La plate-forme externe et Le domaine marin :
On y distingue essentiellement un milieu de plate-forme et un milieu de bassin séparés par un talus
incliné. La différenciation de ces environnements est morphologique, mais en gros, d'un point de
vue bathymétrique, on peut dire que la profondeur varie de 0 à environ 200 m sur la plateforme ;
Le bassin (ou milieu marin franc) étant caractérisé par des profondeurs beaucoup plus importantes.
(Il est évident que cette morphologie générale est schématique et admet de nombreuses exceptions)
7 A.KHELLAS
L'énergie sur le fond est moyenne dans la zone d'action des vagues.
A partir d'une certaine profondeur, une cinquantaine (50) de mètres, l'hydrodynamisme est très
faible.
Les sédiments se déposent en fonction de ce gradient d’énergie :
Éléments grossiers à proximité de la barrière,
Boue calcaire ou argilo-carbonatée au large.
La faune comprend des espèces benthiques et pélagiques de haute mer.
Lorsque la production et l'apport de carbonates sont importants, la plate-forme s'étend vers le large
et prograde dans le bassin marin.
Les principaux environnements de dépôts marins
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Milieu marin ouvert
Naissance d’une turbidite
Un glissement de terrain dans la partie supérieure du talus continental mobilise une grande masse de
sédiment ;
Au début du glissement, le sédiment est à peine déstructuré et on retrouve des structures de slumps.
Progressivement, la masse de sédiment va se comporter comme un débris flow en descendant le
talus continental.
Par ailleurs, en érodant et incorporant les sédiments rencontrés sur son chemin, sa densité et sa
vitesse augmentent ;
Ensuite, par incorporation d’eau, la cohésion entre les particules de sédiments diminue et des
tourbillons commencent à se former (Turbidites).
Le courant de turbidité continue seul à se déplacer.
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Séquence de BOUMA
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Séquence turbiditique : Les sédiments déposés par un courant de turbidité, ou turbidites,
se déposent en fonction de la diminution de vitesse de l'eau en une suite d'intervalles
formant la séquence de Bouma.
• A la base se trouvent les éléments grossiers (graviers, fragments d'argile prélevés au
sommet de la séquence précédente);
Au sommet se décantent les particules fines.
• La séquence complète comprend 5 intervalles ; elle se dépose au niveau des lobes du
cônes.
C. LA SEDIMENTATION LITTORALE CARBONATEE
1. CARACTERES GENERAUX
Les sédiments littoraux des régions de basses latitudes sont à dominance carbonatée.
La raison en est le faible apport silico-clastique venant du continent, dû aux conditions
topographiques et climatiques, et surtout l'intensité de la production de carbonates d'origine
biologique.
Sous ces latitudes, les organismes marins côtiers prolifèrent et précipitent l'ion calcium prélevé de
l'eau de mer sous forme de carbonate qui s'accumule puisque moins soluble dans les eaux chaudes.
Le bilan du calcium en solution dans l'eau de mer reste plus ou moins équilibré : les fleuves
apportent des ions calcium issus de l'altération continentale, une partie des carbonates marins est
dissoute en eau froide.
La précipitation biologique de carbonate de calcium se fait de diverses façons :
* des animaux fixent le calcium dans leur squelette et édifient des constructions carbonatées
(bioconstructions) : c'est le cas des coraux (cœlentérés), des bryozoaires, de certaines éponges.
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* des animaux benthiques fabriquent des coquilles ou tests calcaires qui sont transportés,
brisés et accumulés après leur mort, par exemple : mollusques littoraux (gastéropodes, bivalves),
oursins, foraminifères benthiques.
* des micro-organismes et organismes planctoniques accumulent le carbonate de calcium
dans leur test ou leur coquille qui tombent sur le fond après la mort : exemple des foraminifères
planctoniques, des coccolithophoridés (à l'origine de la craie), des ptéropodes (gastéropodes
pélagiques). Leur contribution devient prépondérante en haute mer.
* des algues et des cyanobactéries (ou "algues bleues") précipitent le carbonate autour de
leur thalle et agglomèrent les particules calcaires par des mucilages pour former des constructions
appelées stromatolites.
Il existe également une précipitation purement chimique du carbonate autour de particules en
suspension, quoique l'intervention de micro-organismes n’est pas exclue (formation des oolites).
Enfin, les sédiments carbonatés peuvent provenir du remaniement par les vagues de roches calcaires
préexistantes : sur les côtes atlantiques marocaines, les conditions actuelles sont plutôt favorables à
la sédimentation silico-clastiques mais les vagues remanient des dépôts quaternaires carbonatés et
les mélangent aux éléments détritiques siliceux : les sédiments sont de composition mixte.
Les sédiments calcaires littoraux comprennent donc des constructions autochtones massives (récifs)
ou réduites (stromatolites), des accumulations d'éléments brisés provenant de restes d'organismes ou
de roches calcaires érodées, des vases calcaires formées des particules fines d'origine détritique,
chimique ou biochimique, des précipitations carbonatées localisées autour de particules
quelconques (oolites). Le carbonate de calcium est sous forme d'aragonite, de calcite, de calcite
magnésienne (contenant une quantité variable de MgCO3) et de dolomite (Ca, Mg) CO3.
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Quelques définitions de differentes zones marines( A APPRENDRE)
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