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Fiches Morale

Ce document traite de la notion de bonheur et du devoir moral. Il présente différentes conceptions antiques du bonheur comme accord entre l'homme et le monde, et examine ensuite les visions chrétiennes et kantiennes qui mettent l'accent sur l'impératif moral plutôt que sur le bonheur.

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Fiches Morale

Ce document traite de la notion de bonheur et du devoir moral. Il présente différentes conceptions antiques du bonheur comme accord entre l'homme et le monde, et examine ensuite les visions chrétiennes et kantiennes qui mettent l'accent sur l'impératif moral plutôt que sur le bonheur.

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La morale

Le bonheur

Introduction

Du bonheur, une chose au moins est certaine : tous les hommes sont à sa recherche.
Cf. Pascal : "Tous les hommes recherchent d'être heureux. Cela est sans exception, quelques
différents moyens qu'il emploient ".

Problématique adoptée :
I. Qu'est-ce que le bonheur?
II. Comment l'atteindre?

I. Nature du bonheur
A. Plaisir - Joie – Bonheur

Le bonheur (étymologiquement : bonne chance) est un état de satisfaction complète et


de plénitude, est distinct du plaisir, bien-être agréable, essentiellement d'ordre sensible. Si le
premier correspond à un complet repos et se donne comme l'éternité même, le second
appartient à l'ordre du temps : c'est un mouvement et un dynamisme que l'imagination et la
mémoire amplifient et prolongent.
Mais le bonheur se distingue aussi de la joie. Alors que le plaisir est fragmentaire, la
joie est un état affectif global et total. Elle représente bien, comme l'a vu Spinoza, un passage
d'une perfection moindre à une perfection supérieure, un état où la puissance d'agir de mon
corps est augmentée, où domine en moi un sentiment de puissance et de force. Or le bonheur
n'est précisément pas un passage: la joie est dynamique alors que le bonheur est statique,
tout comme la béatitude, cette félicité et ce bonheur parfait.

B. Le bonheur est un accord

Or, ce plein repos qu'est le bonheur suppose un accord et une harmonie : une unité
entre les valeurs de l'homme et l'ordre du monde et des choses. Pour qu'il y ait bonheur, ne
faut-il pas, en effet, que s'opère une rencontre entre les choix et les valeurs de l'être humain,
d'une part, et l'ordre universel, d'autre part ? Le bonheur est cette harmonie et cet accord entre
les deux ordres, unité que nous allons trouver dans les philosophies classiques du bonheur :
"Pour un homme donné, le bonheur, entendu dans son sens le plus classique, est la jouissance
de l'accord qui s'établit entre l'ordre de ses valeurs et l'universel qui le transcende et
l'englobe, que l'on peut appeler symboliquement l'ordre du monde. " (R. Polin, Le bonheur
considéré comme l'un des beaux arts, PUF, 1965)

II. Les recherches du bonheur


A. L'eudémonisme antique

a) Aristote et le bonheur de la vie contemplative


Le bonheur est-il le bien suprême ? L'eudémonisme (du grec eudaimon: heureux)
antique va répondre affirmativement à cette question. L'eudémonisme est la doctrine morale
affirmant que le but de l'action humaine est le bonheur. Chez tous les philosophes anciens, le
bonheur, fin de l'action, apparaît comme un accord entre l'homme et les choses. Les
eudémonistes divergent seulement sur les moyens de parvenir au bonheur et à la complète
satisfaction.

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La morale

Aristote voit nettement dans le bonheur la fin de la vie. Dans L’éthique à Nicomaque,
il pose la question: quel est le souverain bien de notre activité? C'est le bonheur. Or, ce
dernier consiste dans l'activité la plus parfaite de l'homme, c'est-à-dire dans la vie
contemplative. Le sage qui contemple l'Éternel dans une vie de loisir incarne véritablement
l'homme heureux : il représente l'idéal de la réflexion grecque, idéal dont notre civilisation est
bien éloignée.

b) Épicure et la sérénité de l'âme


Epicure est également eudémoniste, mais diffère profondément d'Aristote sur la façon
d'atteindre le bonheur.
En apparence, Épicure est surtout hédoniste, car sa doctrine éthique fait du plaisir le
Souverain Bien. Le plaisir est le bien primitif et naturel, il représente la fin de la vie.
Néanmoins tous les plaisirs ne sont pas souhaitables et le vrai bonheur consiste dans la paix
de l'âme que rien ne vient troubler (ce qu'Épicure appelle l'ataraxie : l'absence de trouble et
l'indifférence de l'esprit). L'âme du Sage, parfaitement sereine et libre en toutes circonstances,
est à même de répudier certains plaisirs. Ainsi distingue-t-elle trois sortes de désirs : ceux qui
ne sont ni naturels ni nécessaires (comme la recherche des honneurs), ceux qui sont naturels
sans être nécessaires (une nourriture fine par exemple), enfin les désirs naturels et nécessaires
(comme manger à sa faim), seuls dignes d'être retenus par l'éthique. Cf. Epicure, Lettre à
Ménécée
Ainsi, le sage épicurien vise-t-il le bonheur comme équilibre de l'âme et calme de
l'esprit : "Lors donc que nous disons que le plaisir est la fin, nous ne parlons point des
plaisirs des prodigues et des plaisirs de sensualité, comme le croient ceux qui nous ignorent,
ou s'opposent à nous, ou nous entendent mal, mais nous parlons de l'absence de douleur
physique et de l'ataraxie de l'âme. " (Épicure, Lettre à Ménécée)

c) les Stoïciens et la liberté


Le stoïcisme est également un eudémonisme, une morale qui vise le bonheur. En quoi
consiste le bonheur, chez Sénèque, Epictète et Marc-Aurèle, les plus connus des Stoïciens?
Avant tout à rester libre et maître de ses opinions, de ses pensées, quelles que soient les
circonstances. L'essentiel n'est-il pas de conserver sa liberté, sur le trône comme dans les
chaînes ? Le sage stoïcien trouve en toutes situations l'ataraxie, la paix de l'âme,l'indifférence
de l'esprit. Comme on le voit, épicurisme et stoïcisme ont d'importants points communs, en
particulier cette conception du bonheur envisagé comme liberté spirituelle. Cf. Epictète : " Tu
espères que tu seras heureux dès que tu auras obtenu ce que tu désires. Tu te trompes. Tu ne
seras pas plus tôt en possession, que tu auras mêmes inquiétudes, mêmes chagrins, mêmes
dégoûts, mêmes craintes, mêmes désirs. Le bonheur ne consiste point à acquérir et à jouir,
mais à ne pas désirer. Car il consiste à être libre. "
Néanmoins, le bonheur stoïcien diffère du bonheur épicurien : le sage épicurien réalise
un accord et une harmonie avec un monde matériel et formé d'atomes, alors que le sage
stoïcien, maître de soi, accepte l'ordre divin, l'étincelle divine présente dans tout ce qui existe
(les stoïciens étaient panthéistes : ils identifiaient Dieu à la nature).

B) La révolution chrétienne

Les analyses de l'eudémonisme antique, pour admirables qu'elles soient, ne semblent


pas adaptées à la vérité de notre univers. En effet, le christianisme nous a apporté sa vision
pessimiste des choses. Le chrétien, s'il espère que l'au-delà et la Cité de Dieu lui apporteront
un bonheur éternel, considère le monde temporel comme celui du malheur et de l'épreuve.
Salut et espérance remplacent l'eudémonisme antique, l'accord profond de l'homme et du

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La morale

monde, de l'existant et des choses, de la liberté et de l'ordre divin. A la belle unité grecque, a
succédé le monde déchiré et souffrant du christianisme. "Le chrétien est une conscience
malheureuse, comme dit l'analyse fameuse de Hegel, puisqu'il est conscience déchirée de son
opposition au monde. Le déchirement qui s'opère entre son moi temporel, empirique, et son
moi transcendantal... fait son malheur: il est isolé dans un monde qu'il tient pour hostile. "
(R. Polin, op. cit)

C) La doctrine kantienne

La doctrine kantienne est à cet égard particulièrement significative. La morale de Kant


se déploie dans la perspective de l'impératif et de la loi, non point à travers le thème du
bonheur, comme dans l’eudémonisme antique. Ce qui est premier, c'est la morale universelle
comme principe de l'éthique. Aucun bonheur temporel ne sera attendu dans ce monde de la
pratique de la vertu envisagée comme obéissance à l'impératif catégorique. Cf. Kant, Critique
de la raison patique
Néanmoins, des postulats de la raison pratique (immortalité de l'âme et existence de
Dieu, principalement) peuvent être admis dans la sphère de la morale. Il s'agit ici d'objets de
foi. Il est permis d'espérer, si Dieu existe, un bonheur parfait dans un au-delà futur. Ainsi, la
morale est de l'ordre de la loi et le bonheur seulement un objet d'espérance.

Conclusion. Le pessimisme moderne

La pensée du XIXe siècle, mais aussi la réflexion moderne sont bien souvent pessimistes. Au
XIXe siècle, Schopenhauer a souligné que l'ordre des choses engendre mal et souffrance. Au
XXe siècle, Freud a mis en évidence la pression puissante des possibilités de souffrance (Cf.
Malaise dans la civilisation). Les philosophies de notre époque sont celles du " bonheur
compromis ".

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La morale

Le devoir

Introduction

Définition

Le devoir est une obligation, morale.


L'obligation morale doit être distinguée de la nécessité.
Ce qui est nécessaire est ce qui ne peut pas ne pas être. Ainsi s'il est nécessaire que de
l'eau portée à ébullition s'évapore, toute eau portée à ébullition ne pourra que s'évaporer.
Tout en s'imposant à notre conscience comme devant être accompli par nous, ce qui
est obligatoire n'est pas pour autant nécessaire, au sens ou nous n'aurions pas la possibilité de
nous dérober : l'obligation morale sollicite notre volonté tout en la laissant libre. Que nous
ayons des devoirs prouve d'ailleurs que nous sommes libres. Il n'y aurait aucun sens à nous
dire " tu dois " faire ceci ou cela si nous n'avions pas à prendre sur nous de le faire. Cf. Kant,
qui tire de l'existence du devoir une preuve en faveur de l'existence de la liberté.
Ainsi l'obligation morale que nous avons de respecter le bien d'autrui n'a pas le
pouvoir de nous empêcher de nous en emparer. Elle nous demande de ne pas le faire, sans
pouvoir nous y contraindre psychologiquement ou physiquement.
Cf. Distinction en allemand entre sollen et müssen, auxiliaires de mode (en anglais entre i
shall et i must)
Le devoir apparaît ainsi comme étant une modalité de l'action, une façon d'agir.
N.B. L'existence du devoir témoigne d'un ordre à instaurer, différent de celui de la nature,
déterminé par mes penchants.

Problématique
Question

Qu'est-ce qui m'indique ce que je dois faire ?


N.B. = Question portant sur l'origine du devoir.
Réponse examinée: celle de Kant
Kant est le philosophe du devoir : pour lui, agir moralement, c'est agir par devoir. Il
développe ce point de vue dans Les fondements de la métaphysique des moeurs (1785) et La
critique de la raison pratique (1788).

Quelle est pour lui l'origine du devoir ?


Selon Kant le sentiment du devoir ne procède ni de la considération d'un but à atteindre, ni
d'une inclination.
Le devoir - qui détermine la volonté d'agir - se fonde sur la seule autorité de la raison.
Le fondement de la moralité se trouve ainsi résider dans l'autonomie de la volonté.

I. Analyse de la solution kantienne


A. Distinction entre l'acte accompli par devoir et l'acte simplement conforme au devoir

Kant prend soin de distinguer l'acte accompli par devoir de l'acte accompli en pure et simple
conformité avec le devoir. Cf. Extrait des Fondements de la métaphysique des moeurs, pp. 94-
96
• Cas de figures distingués :
a) Les actions reconnues contraires au devoir.

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La morale

b) Les actions réellement conformes au devoir, pour lesquelles les hommes n'ont aucune
inclination immédiate.
c) Les actions conformes au devoir, pour lesquelles le sujet a une inclination immédiate
• Ces trois cas de figure sont distingués en fonction de leur relation différente au devoir:
opposition d'une part, conformité de l'autre et, quant il y a conformité, par devoir ou par
inclination.
• Kant s'intéresse-t-il plus particulièrement à l'action accomplie conformément au devoir sans
l'être par devoir afin de montrer le caractère spécifique de l'action accomplie par devoir, la
seule, à ses yeux, à être morale.
• Une action faite par devoir est une action faite sans inclination, dans la seule intention de
faire ce que l'on doit faire, parce que notre raison nous le demande. C'est la seule qui soit
morale: il est immoral de ne pas faire ce qu'il faut, et si on fait son devoir parce que cela nous
arrange, ça n'a rien de moral (sans être pour autant immoral)
• L'exemple, final, de l'accomplissement du devoir de conserver sa vie montre que seule est
morale l'action accomplie par devoir. Si l'on reste en vie parce qu'on a envie de vivre, cela est
naturel et n'a donc rien de " moral ". Par contre rester en vie alors que l'on aurait envie de
mettre fin à ses jours, par sens du devoir, est authentiquement moral: c'est agir comme il faut
et non parce qu'on y est enclin.
En distinguant l'acte accompli par devoir de l'acte simplement conforme au devoir, Kant
épargne à la moralité le risque de conformisme que les conceptions antérieures
(hétéronomistes ) lui faisaient courir.

B. L'existence du devoir témoigne en faveur de la liberté de l'agent moral

1. La notion de devoir implique, métaphysiquement, celle de liberté. Cf. Kant, texte extrait de
la Critique de la raison pratique
Agir par devoir, c'est agir sans y être poussé, en dehors de toute contrainte qui pèserait sur
notre volonté, en toute autonomie, par pure obéissance à un ordre de la raison que l'on se
donne soi-même. Or agir en toute autonomie, c'est agir librement. Donc agir par devoir, c'est
agir librement.
L'obéissance en effet n'a de sens que chez un sujet capable de désobéissance, non déterminé
mécaniquement à accomplir ce qu'il considère être son devoir, et ainsi capable de choisir le
mal, libre en un mot - avec tout ce que cela implique de possible déchéance. Cf. Rousseau
"L'obéissance à la loi que l'on s'est prescrite est liberté."

2. De quelle dualité intérieure l'action accomplie librement par devoir est-elle révélatrice ?
Dans l'acte accompli par devoir la nature sensible se soumet à la nature intelligible, la
sensibilité à la raison. L'accomplissement du devoir témoigne ainsi de l'existence en l'homme
d'une double nature, sensible et intelligible, en relation hiérarchique de subordination de l'une
(sensible) à l'égard de l'autre (rationnelle).

II. Critique de la solution kantienne


A. Objections

a) Kant tient la loi morale pour universelle. - Cf. formule de la loi morale
Or force est de constater la relativité non seulement des moeurs, mais aussi des codes moraux.
Cf. Nietzsche, L’Antéchrist
Nietzsche rejette l'idée d'impératif catégorique, càd l'idée selon laquelle il faudrait agir par
pure obéissance à une règle inconditionnelle de conduite, la même pour tous en tous temps et
en tous lieux. Il la rejette en raison de son caractère dangereux, et donc au nom de la vie et de

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La morale

ses exigences : "Les profondes lois de la conservation et de la croissance exigent le


contraire: que chacun s'invente sa vertu, son impératif catégorique. Un peuple va à sa perte
quand il confond son devoir propre avec l'idée générale du devoir. Rien ne cause de ruine
plus profonde, plus intérieure, que toute forme de devoir " impersonnel " de sacrifice au
Moloch de l'abstraction "
De fait, le plus souvent, autres pays, autres moeurs, car autres conditions de vie. Cf. Pascal "
vérité en de-ça des Pyrénées, erreur au-delà ",
On peut toutefois se demander s'il n'existe pas, de fait, des règles qui s'imposent
universellement.
Cf. Lévi Strauss, Structure élémentaires de la parenté.

b) Kant fonde le devoir sur la seule liberté de la volonté.


Or, la volonté n'est-elle en fait, à l'insu du sujet moral, l'expression
- de son tempérament ? Cf. Nietzsche, Par-delà le Bien et le Mal
- ou de sa position sociale ? Cf. Trotski, Leur morale et la notre : la classe bourgeoise
présente sa propre morale comme étant " La " morale, universelle, alors qu'en fait il s'agit de
la morale de la classe dominante.

Contrepoint :
En voyant les choses ainsi, ne risque-t-on pas de tomber dans un réductionnisme qui a pour
effet de dénaturer la morale ?
La morale est de nature normative et non de nature positive. Elle intime à chacun son devoir,
sans se contenter de constater les pressions qu'il subit !

2. Réponse

a) La perspective contemporaine, hétéronomie, se heurte


- à l'irréductibilité de l'exigence morale à l'obligation sociale, dont témoigne l'objection de
conscience.
Cf. Sophocle, Antigone. Antigone, fille d'Oedipe, incarne la dignité humaine fidèle à
l'exigence morale, opposée à l'arbitraire de l'État. Polynice, le frère de l'héroïne, est mort,
tombé devant Thèbes alors qu'il combattait dans l'armée ennemie. Son corps est interdit de
sépulture par décret de Créon, roi de Thèbes et oncle d'Antigone. Cette dernière refuse de se
soumettre et préfère mourir pour un peu de poussière répandue sur un cadavre.
- à la pluralité des obligations qui s'exercent au sein d'une collectivité
Exemple : le droit civil et le droit de l'Église catholique, appelé, droit canon, divergent sur la
question de l'avortement, légalisé dans un cas, condamné dans l'autre.

b) Par ailleurs la conscience morale fait à chacun le devoir de promouvoir le respect des
personnes
C'est ce respect que traduit précisément la seconde maxime de l'impératif catégorique de Kant
: "Agis toujours de manière telle que tu traites l'humanité dans ta personne comme dans celle
d'autrui toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen."

Conclusion

Il semble bien qu'il nous faille parier en faveur dune origine rationnelle du devoir.
Ce pari est anthropologique : l'homme est-il capable de se hausser au-dessus de l'animalité et
d'affirmer ainsi sa dignité ? A l'homme d'aujourd'hui de se mesurer avec cette interrogation !

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La morale

LA LIBERTÉ

-- L'indépendance : absence de contraintes : possibilité de suivre son bon plaisir.


-- L'autonomie : "L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté" Rousseau .La volonté
morale pose la loi (pour tous) à laquelle elle se soumet: la volonté se prend elle-même pour
objet, elle veut sa réalisation, elle a pour fin elle-même. (Rousseau.)
--La liberté économique : Que l'esclavage assurait ... Cf. Aristote, que l'argent peut assurer...,
se pose alors le problème: liberté , travail , loisirs

La liberté peut se concevoir selon trois figures, selon trois formes de pouvoir s'exerçant sur
trois sortes d'objets.

Figures Formes de pouvoir Objets


Le corps - le caractère - les
Maîtrise de soi, de ce qui
Moral besoins - les désirs - les
m'est propre.
instincts - le moi?
Sciences, techniques, travail Les choses - le donné
Maîtrise de la nature
qui Transforme le milieu extérieur -
Maîtrise du développement La société qui travaille et qui
L'état, le politique.
économique et social échange

La liberté semble bien une donnée immédiate de la conscience qui accompagne chacun jusque
dans les états d'aliénation les plus graves... Ce peut être une illusion reposant sur la
méconnaissance des forces qui agissent sur le moi.
Si la volonté a le pouvoir de dire oui ou non, ce pouvoir pour être efficace doit être éclairé par
la connaissance de la situation particulière: or toute connaissance est partielle, construite par
le sujet. La liberté est donc toujours un risque.

L’élaboration du concept de liberté fera autour de deux concepts :

1- celui de choix : L'homme est libre en tant qu'il a le pouvoir de choisir. Il sera qualifié au
Moyen-Age de "libre arbitre ", au sens de pouvoir des contraires ("faire ou ne pas faire,
poursuivre ou fuir", dira Descartes), et symbolisé (négativement) par l'âne de Buridan. - On
parle aussi à son propos de "liberté d'indifférence". Le libre arbitre ne saurait être purement et
simplement identifié avec la liberté. St Augustin, déjà, avait soigneusement distingué la
liberté, pouvoir de faire ce que l'on a choisi de faire, du libre arbitre, pouvoir de choisir.
Leibniz fait observer que le cas envisagé n'est pas possible : "il y aura toujours des choses
dans l'âne qui le détermineront à aller d'un côté plutôt que de l'autre"

2- et celui de volonté : Saint-Augustin et Descartes voient dans la liberté une propriété


évidente de la volonté. Pour St Augustin, être libre, c'est pouvoir faire ce que l'on a choisi de
faire. S'il y a toujours Libre-arbitre là où il y a liberté, la réciproque n'est pas toujours vraie.
Pas de liberté sans pouvoir de choix, mais tout choix n'est pas bon : faire le mal, conduit à se
dégrader, et donc à aliéner sa liberté. Pour Descartes, comme pour Saint-Augustin, "la liberté
de notre volonté se connaît sans preuve, par la seule expérience que nous en avons." La
liberté/libre-arbitre était une et indivisible. Elle va connaître des degrés.
· On peut être libre à des degrés divers. Ces degrés sont liés à la relation de l'entendement à la
vérité :
- au plus haut degré, l'évidence (cf. cogito)

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La morale

- au plus bas degré, l'ignorance avec règne de la liberté d'indifférence. Cf. Descartes,
Méditation IV & Lettres.
La liberté est fondée dans la subjectivité liberté et volonté reposent sur l'autonomie du
sujet.
N.B. Le jugement (grec) et la volonté (chrétienne) se rejoignent dans la vision cartésienne, le
rôle ultime étant toutefois reconnu à la volonté, (perspective qui restera au cœur de la vision
moderne de la liberté.)

La liberté soupçonnée

Lorsque se posera la question de savoir si l'homme est vraiment libre, ce sera par
référence à la notion de volonté (dans la ligne d'Augustin et de Descartes). Cette question,
Spinoza sera le premier à la poser. Nietzsche abondera dans le même sens.
Définition spinoziste la liberté: " J'appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit
par la seule nécessité de sa nature; contrainte, celle qui est déterminée par une autre à
exister et à agir d'une certaine façon déterminée." "Vous le voyez bien, je ne fais pas
consister la liberté dans un libre décret, mais dans une libre nécessité." (Spinoza, Lettre à
Schuller)
Idée de Spinoza : lorsque nous pensons être libres, nous nous trompons. Cette illusion
est la conséquence d'une ignorance qui s'ignore conscients de nos actions, nous ignorons ce
qui les détermine et nous pensons ainsi agir volontairement. )

Comme Spinoza, Nietzsche considère que la notion de volonté libre, à l'origine de nos
actes, repose sur une illusion. Et l'illusion tient à une ignorance : "Nous avons faim, nous ne
pensons pas l'origine que l'organisme veut être entretenu; cette sensation paraît se faire
sentir sans raison ni but. Ainsi la croyance à la liberté du vouloir est une erreur originelle de
tout être organisé..."
Allant plus loin que Spinoza, Nietzsche explique le recours métaphysique à la notion
de liberté, tel que Kant a pu le pratiquer. Kant faisait de la liberté l'objet d'un postulat que
requérrait l'accomplissement du devoir : pour qu'obéir ait un sens, il faut qu'existe la
possibilité de désobéir. Kant se serait acquitté d'une tâche théologique, celle d'innocenter Dieu
en faisant porter à l'homme la responsabilité du mal. Si l'homme fait le mal volontairement,
Dieu se trouve par là-même hors de cause ! Pour Nietzsche être libre c'est être capable de
résister. La liberté est la force de la volonté de puissance.

Fatalisme, Déterminisme, Causalisme

-Selon le fatalisme, tout ce qui arrive est soumis à une nécessité absolue parce que c'est écrit
dans un livre : c'est une croyance irréfutable puisque le livre est inaccessible, au delà de la
nature, métaphysique en quelque sorte.
-Au contraire le déterminisme se présente comme un savoir dont la possession donnerait le
moyen de prévoir : selon Bacon on ne commande à la nature qu'en lui obéissant, ce qui
permet de se passer du fatalisme.
-Le causalisme postule que tout phénomène a une cause qui l'a produit, engendré, alors que le
déterminisme se borne à affirmer qu'il y a des antécédents constants, des relations selon des
lois naturelles. Le causalisme déborde l'observable, glisse à côté de la nature alors que le
déterminisme fait la synthèse de l'observation et du calcul, ce qui lui permet de triompher
dans les lois fonction.

Liberté comme oeuvre et conquête.

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La morale

Toute action humaine s'insère dans des événements liés par des lois nécessaire.
La liberté s'exprime par l'intelligence, cette faculté d'inventer des moyens pour une fin en
utilisant le déterminisme, ses lois, pour agir : ce qui serait obstacle devient alors moyen par
l'invention d'une technique qui utilise la force même qui s'oppose à l'action de l'homme.
Exemple : Le voilier avance contre le vent, en utilisant la force même du vent grâce à
l'invention intelligente du zigzag, de la voile et du gouvernail.

Le déterminisme est donc la condition de possibilité de l'exercice d'une liberté, le point


d'appui d'une action humaine. Voilà pourquoi tout progrès dans la connaissance d'un
déterminisme est un progrès de la liberté. Toute ignorance laisse donc place à une liberté
abstraite, théorique.
-Sur le plan du déterminisme de la nature, de l'ordre: "On ne commande à la nature qu'en lui
obéissant" Bacon
-Sur le plan des lois de l'état: "Entre le faible et le fort c'est la liberté qui opprime et c'est la
loi qui libère." Lacordaire.

Conclusion
- La liberté est une notion métaphysique et morale : on ne naît pas libre, mais apte à le devenir
:
- le libre arbitre est l'aptitude métaphysique à la liberté
- Etre libre est la conquête morale de l'autonomie
- Vérité des perspectives spinoziste et nietzschéenne : "L'homme n'est pas un empire dans un
empire ". Le spinozisme, héritier de la vérité la plus haute du cartésianisme : la plus haute
figure de la liberté réside dans le consentement à l'ordre (rationnel) des choses.

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La morale

Est-il justifié de demander à quelqu'un pourquoi il veut être heureux ?


Qu'entend-on par l'expression de "souverain bien" ?
Peut-on trouver des idéaux de bonheur complètement opposés ?
Peut-on déterminer précisément ce qui est susceptible de rendre heureux ?
Peut-on être heureux sans le savoir ?
Peut-il y avoir bonheur dans l'inaction ?
Le bonheur est-il nécessairement lié à la vertu ?
Quelle importance accorder à la prudence ?
Peut-on parler d'un bonheur fugitif ?
Est-il si facile d'identifier clairement ce qu'est un plaisir et ce qu'est un déplaisir ?
Qu'est-ce qui fait la difficulté d'un calcul des plaisirs ?
L'ataraxie est-elle un idéal de vie paradoxal ?
Est-il si raisonnable de ne pas craindre la mort ?
En quoi peut réellement consister une "paix intérieure" ?
En quoi le ressentiment est-il fondamentalement nuisible à la vie ?
Quelle différence entre l'affirmation de la puissance et la recherche du pouvoir ?
En quoi la souffrance peut-elle être partie intégrante du bonheur ?
Pourquoi faudrait-il protéger les forts contre les faibles ?
En quoi est-ce que s'occuper de soi-même est le plus grand service que l'on puisse faire à
autrui ?
Peut-on faire le bonheur des autres ?
Pourquoi les choix de vie d'autrui sont-ils souvent difficiles à comprendre et à accepter ?
Peut-on concevoir, comme le suggère Nietzsche, qu'il existe des bons malheureux et des
méchants heureux ?
Le bonheur n’est-il qu’une illusion ?
Le bonheur est-il inaccessible à l’homme ?
Faut-il s’abstenir de penser pour être heureux ?
En quel sens parle-t-on de droit au bonheur ?
Le bonheur est-i promesse de bonheur ?
Faut-i rechercher le bonheur ?
Est-ce un devoir de recherche le bonheur ?
L’homme injuste peut-il être heureux ?
Pourquoi faudrait-il être heureux ?
Peut-on à la fois être moral et rechercher le bonheur ?
La recherche du bonheur peut-elle fonder la vie morale ?
Est-ce un devoir de rechercher le bonheur ?
La recherche du bien-être peut-elle est une fin morale ?
Avons-nous de devoirs envers nous-mêmes ?

Y-a-t-il une hypocrisie du devoir ?


N’accomplit-on jamais son devoir que malgré soi ?
Peut-on être libre sans être moral ?
Le bien e t le mal ne sont-ils que des conventions ?
Les devoirs des hommes varient-ils selon la culture ?
L’obligation morale n’est-elle qu’une obligation sociale ?
A quoi savons-nous que notre devoir est accompli ?
Le sentiment du devoir accompli suffit-il à définir la moralité ?
Le bonheur réside-t-il dans la bonne conscience ?

La liberté peut-elle être un fardeau ?

Fiches sur la Morale 10


La morale

Peut-on avoir peur de la liberté ?


Y-a-t-il un vertige de la liberté ?
En quoi peut-il être commode d’invoquer une détermination ?
La liberté est-elle possible sans courage,
Obéir me dégage-t-il de toute responsabilité ?
Nier la liberté est-ce retirer toute signification à la morale ?
L’hypothèse de l’inconsciente contredit-elle l’exigence morale ?
Puis-je ne pas savoir ce que je fais ?
Est-il contradictoire d’affirmer qu’il faut contraindre pour libérer,
Être libre consiste-t-il à se suffire à soi-même ?
Obéir est-ce renoncer à être libre ?
L’ordre s’oppose-t-il à la liberté ?
L’originalité exclut-elle toute influence ?
L’originalité exclut-elle toute signification ?
Somme-nous toujours libre de nos décisions ?
A-t-on besoin d’apprendre à être libre ?
La spontanéité est-elle systématiquement synonyme de liberté ?
Le savoir garantit-il la liberté ?
L’homme est-il libre ou doit-il s’efforcer de le devenir ?

Fiches sur la Morale 11

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