Intégrale de Riemann et fonctions intégrables
Intégrale de Riemann et fonctions intégrables
Primitives et intégrales
Figure 5.1 –
Remarque 5.1.1. La valeur de f aux points xi de la subdivision n’est pas imposée. Elle peut
être égale à celle de l’intervalle qui précède ou de celui qui suit, ou encore une autre valeur
arbitraire. Cela n’a pas d’importance car l’aire ne changera pas.
48
Définition
Z b 5.1.3. Pour une fonction en escalier comme ci-dessus, son intégrale est le réel
f (x) dx défini par
a
Z b n
X
f (x) dx = ci (xi − xi−1 )
a i=1
Remarque 5.1.2. Notez que chaque terme ci (xi − xi−1 ) est l’aire du rectangle compris entre
les abscisses xi−1 et xi−1 et de hauteur ci. Il faut juste prendre garde que l’on compte l’aire
avec un signe «+» si ci > 0 et un signe «-» si ci < 0.
L’intégrale d’une fonction en escalier est l’aire de la partie située au-dessus de l’axe des
abscisses (ici en rouge) moins l’aire de la partie située en-dessous (en bleu). L’intégrale
d’une fonction en escalier est bien un nombre réel qui mesure l’aire algébrique (c’est-à-dire
avec signe) entre la courbe de f et l’axe des abscisses.
Pour I − (f ) on prend toutes les fonctions en escalier (avec toutes les subdivisions possibles)
Figure 5.2 –
qui restent inférieures à f. On prend l’aire la plus grande parmi toutes ces fonctions en
escalier, comme on n’est pas sûr que ce maximum existe on prend la borne supérieure. Pour
I − (f ) c’est le même principe mais les fonctions en escalier sont supérieures à f et on cherche
l’aire la plus petite possible.
49
Proposition 5.1.1.
I − (f ) ≤ I + (f ).
Une+fonction
Définition 5.1.4.
−
bornée f : [a, b] → R est dite intégrable (au sens de Rie-
mann) si I f = I f .
Z b
On appelle alors ce nombre l’intégrale de Riemann de f sur [a, b] et on le note f (x) dx.
a
Exemple 5.1.1. – Les fonctions en escalier sont intégrables ! En effet sif est une fonc-
+
et supérieure I f − sont atteintes
tion en escalier alors la borne inférieure I f
Z b
avec la fonction ϕ = f . Bien sûr l’intégrale f (x) dx coïncide avec l’intégrale de la
a
fonction en escalier définie lors du paragraphe 1.1.
– Nous verrons dans la section suivante que les fonctions continues et les fonctions mo-
notones sont intégrables.
– Cependant toutes les fonctions ne sont pas intégrables. La fonction f : [0, 1] → R définie
par f (x) = 1 si x est rationnel et 0 sinon, n’est pas intégrable sur [0, 1] .
Convainquez-vous que si ϕ est une fonction en escalier avec ϕ ≤ f alors ϕ ≤ 0 et que
− +
si ϕ ≥ f alors ϕ ≥ 1. On en déduit que I f = 0 et I f = 1. Les bornes inférieure
et supérieure ne coïncident pas, donc f n’est pas intégrable.
Exemple R1 5.1.2. Soit f : [0, 1] → R, f (x) = x2 . Montrons qu’elle est intégrable et calcu-
lons 0 f (x)dx. Soit n ≥ 1 et considérons la subdivision régulière de [0, 1] suivante S =
0, n1 , n2 , · · · , n−1
n
, 1. Sur l’intervalle nous avons [ i−1
n n
, i]
i−1 i i−1 2 i
∀x ∈ [ , ], ( ) ≤ x2 ≤ ( ) 2 .
n n n n
Nous construisons une fonction en escalier φ− en dessous de f par φ− (x) = ( i−1 n
)2 si
[ i−1
n n
, i[ −
(pour chaque i = 1, · · · , n) et φ (x) = 1. De même nous construisons une fonction en
escalier φ+ au-dessus de f définie par par φ+ (x) = ( ni )2 si [ i−1
n n
, i [ (pour chaque i = 1, · · · , n)
et φ+ (x) = 1. et φ− et φ+ sont des fonctions en escalier et l’on a φ− ≤ f ≤ φ+ .
Lintégrale de la fonction en escalier φ+ est par définition
1 n
i2 i i−1
Z X
+
φ (x)dx = 2
( − )
0 i=1
n n n
n
X i2 1
=
i=1
n2 n
n
1 X 2
= i
n3 i=1
1 n(n + 1)(2n + 1) (n + 1)(2n + 1)
= = .
n3 6 6n2
50
De même pour la fonction φ−
1 n
(i − 1)2 1
Z X
φ− (x)dx =
0 i=1
n2 n
n−1
1 X 2
= j
n3 j=1
n(n − 1)(2n − 1) (n − 1)(2n − 1)
= 3
= .
6n 6n2
Maintenant I − (f ) est la borne
R 1supérieure sur toutes les fonctions
R 1 +en escalier inférieures à f
− − +
donc en particulier I (f ) ≥ 0 φ (x)dx. De même I (f ) ≤ 0 φ (x)dx.. En résumé
1 1
(n − 1)(2n − 1) (n + 1)(2n + 1)
Z Z
− − +
= φ (x)dx ≤ I (f ) ≤ I (f ) ≤ φ+ (x)dx =
6n2 0 0 6n2
1
Lorsque l’on fait tendre n vers +∞ alors les deux extrémités tendent vers 3
. On en déduit
R1
I + (f ) = I − (f ) = 31 . Ainsi f est intégrable et 0 x2 dx = 31 .
Une fonction f : [a, b] → R est dite continue par morceaux s’il existe un entier n et une
subdivision (x0 , · · · , xn ) telle que f| ]xi−1 ,xi [ soit continue, admette une limite finie à droite
en xi−1 et une limite à gauche en xi pour tout i ∈ {1, · · · , n} .
Voici un résultat qui prouve que l’on peut aussi intégrer des fonctions qui ne sont pas conti-
nues à condition que la fonction soit croissante (ou décroissante).
Démonstration Comme f est de classe C 1 alors f ′ est une fonction continue sur l’intervalle
fermé et borné [a, b]; f prime est donc une fonction bornée : il existe M ≥ 0 tel que pour tout
x ∈ [a, b] on ait |f ′ (x)| ≤ M.
Nous allons utiliser l’inégalité des accroissements finis :
51
Soit ε > 0 et soit (x0 , x1 , · · · , xn ) une subdivision de [a, b] vérifiant pour tout i = 1, · · · , n :
52
5.2.2 Positivité de l’intégrale
Proposition 5.2.2 (Positivité de l’intégrale). Soit a ≤ b deux réels et f et g deux
fonctions intégrables sur [a, b] .
Z b Z b
Si f ≤ g alors f (x) dx ≤ g (x) dx.
a a
3. Pour tout réel λ, λf est intégrable et on λf (x) dx = λ f (x) dx = Par ces deux
a a
premiers points nous avons la linéarité de l’intégrale : pour tous réels λ, µ
Z b Z b Z b
(λf + µg) (x) dx = λ f (x) dx + µ g (x) dx
a a a
Z b Z b
4. f ×g est une fonction intégrable sur [a, b] mais en général (f × g) (x) dx 6= f (x) dx×
Z b a a
µ g (x) dx.
a
5. |f | est une fonction intégrable sur [a, b] et
Z b Z b
λf (x) dx = λ |f (x)| dx =
a a
Quelques preuve :
1. λf = λ f Soit f : [a, b] → R une fonction intégrable et λ ∈ R. Soit ε > 0. Il existe φ−
R R
Quitte à rajouter des points, on peut supposer que la subdivision (x0 , x1 , · · · , xn ) de [a, b]
est suffisamment fine pour que φ− et φ+ soient toutes les deux constantes sur les intervalles
]xi−1 , xi [ ; on note c− +
i et ci leurs valeurs respectives. Dans un premier temps on suppose
λ ≥ 0. Alors λφ− et λφ+ sont encore des fonctions en escalier vérifiant λphi− ≤ λf ≤ λφ+ .
De plus
Z b X X Z b
−
λφ (x)dx = i
nλci (xi − xi−1 ) = λ i
nci (xi − xi−1 ) = λ φ− (x)dx (5.2.2)
a i=1 i=1 a
53
De même pour φ+ . Ainsi
Z b Z b
+ − +
λφ (x)dx ≤ I (λf ) ≤ I (λf ) ≤ λ φ+ (x)dx (5.2.3)
a a
Lorsque l’on fait tendre ε → 0 cela prouve que I − (λf ) = I + (λf ) , donc λf est intégrable et
Rb Rb
a
λf dx ≤ λ a f (x)dx. Si λ ≤ 0 on a λφ+ ≤ λf ≤ λφ− et le raisonnement est similaire
Théorème 5.2.1. Soit f définie et continue sur [a, b] . Alors il existe c ∈ ] a, b [ tel que
b
1
Z
f (c) = λf (x) dx.
b−a a
Ce
Z x résultat se déduit du théorème des accroissements finis appliqué à la fonction x 7→
f (x) dx sur l’intervalle [a, b] .
a
Trouver une primitive est donc l’opération inverse de calculer la fonction dérivée.
54
Nous allons voir que trouver une primitive permet de les trouver toutes
Proposition 5.3.1. Soit f : I → R une fonction et soit F : I → R une primitive de f.
Toute primitive de f s’écrit G = F + c, c ∈ R.
Démonstration
Notons tout d’abord que si l’on note G la fonction définie par G (x) = F (x) + c alors
G′ (x) = F ′ (x) = f (x) mais G est bien une primitive de f.
Pour la réciproque supposons que G soit une primitive quelconque de f . Alors (G − F )′ (x) =
G′ (x)−F ′ (x) = f (x)−f (x) = 0, ainsi la fonction G−F a une dérivée nulle sur un intervalle,
c’est donc une fonction constante ! Il existe donc c ∈ R tel que (G − F ) (x) = c. Autrement
dit G (x) = F (x) + c (pour tout x ∈ I.)
Z Z Z
Notation 5.3.1. On notera une primitive de f par f (t) dt ou f (x) dx ou f (u) du
(les lettres t, x, u · · · sont des lettres dites Zmuettes, c’est-à-dire interchangeables). On peut
même noter une primitive simplement par f.
Z Z
Attention f (x) dx : désigne une fonction de I dans R alors que l’intégrale ab f (x) dx
désigne un nombre réel.
Proposition 5.3.2. Soient F une primitive de f et G une primitive de g Alors G + F est
une primitive de f + g Et si λ ∈ R alors λF est une primitive de λf.
Autrement dit Z Z Z
(λf (t) + µg(t))dt = λ f (t)dt + µ g(t)dt.
Figure 5.3 –
55
5.3.3 Relation primitive-intégrale
Théorème 5.3.1. Soit f : [a, b] → R une fonction continue. La fonction F : [a, b] → R
définie par Z x
F (x) = f (t) dt
a
Théorème 5.3.2.
n b
b−aX b−a
Z
−→
Sn = f a+k =n → +∞ f (x) dx.
n k=1 n a
56
Figure 5.4 –
X 1
Exemple 5.3.3. Calculer la limite de la somme Sn = .
k=1
n+k
1X 1 1
La somme Sn s’écrit aussi Sn = k
. En posant f (x) = , a = 0, b = 1, on
n k=1 1 + n 1+x
reconnaît que Sn est une somme de Riemann. Donc
Z b Z 1
1X 1 1X k −→ 1
Sn = k
= nf =n → +∞ f (x) dx = dx = ln 2.
n k=1 1 + n n k=1 n a 0 1+x
Notation 5.4.1. Le crochet [F ]ba est par définition [F ]ba = F (b) − F (a). Donc [uv]ba =
u (b) v (b) − u (a) v (a) .
Si l’on omet les bornes alors [F ] désigne la fonction F + c où F + c est une constante
quelconque.
La formule d’intégration par parties pour les primitives est la même mais sans les bornes
Z Z
u (x) v (x) dx = [uv] − u′ (x) v (x) dx.
′
Démonstration. Z b Z b Z b Z b
′ ′
′ ′
On a (uv) = u v+uv . Donc ′ ′
(u v + uv ) = (uv) = [uv]ba . D’où ′
uv = [uv]− u′ v.
a a a a
57
Z 1
Exemple 5.4.1. 1. Calcul de xex dx.
0
On pose u (x) = x et v ′ (x) = ex donc u′ (x) = 1 et v (x) = ex et l’on intègre par parties, ce
qui donne :
Z Z 1
x
1xe dx = u (x) v ′ (x) dx
0 0
Z 1
1
= [uv]0 − u′ (x) v (x) dx
Z0 1
= [xex ]10 − [Link] dx
0
= 1.e1 − 0.e0 − [ex ]10
= e − e1 − e0
= 1.
Z e
2. Calcul de x ln xdx.
1
1 1
On pose cette fois u (x) = ln x et v ′ (x) = x. Ainsi u′ (x) =et v (x) = x2 . Alors
x 2
Z e Z e
x2 1 x2
Z Z
x ln xdx = uv ′ = [uv]1 e − eu′ v = ln x. e− e
1 1 1 2 1 1 x 2
e2 12 e2 1 x2 e2 e2 1 e2 + 1
1
Z
= ln e. − ln 1. − exdx = − e= − + =
2 2 2 1 2 2 2 1 2 4 4 4
3. Calcul de arcsin xdx
En écrivant arcsin x = 1. arcsin x, on pose u (x) = arcsin x et v ′ (x) = 1 (et donc u′ (x) =
1
√ et v (x) = x) alors
1 − x2
Z Z
x h √ i √
1. arcsin xdx = [x arcsin x]− √ = [x arcsin x]− − 1 − x2 = x arcsin x+ 1 − x2 +c.
1 − x2
Z
4. Calcul de x2 ex dx. On pose u (x) = x2 et v (x) = ex pour obtenir :
Z Z
2 x 2 x
xex dx.
x e dx = x e −2
D’où Z
x2 ex dx = x2 − 2x + 2 ex + c.
58
5.4.2 Changement de variable
Théorème 5.4.2. Soit f une fonction définie sur un intervalle I et ϕ : J → I une bijection
de classe C 1 . Pour tout a, b ∈ J
Z ϕ(b) Z b
f (x) dx = f (ϕ (t)) ϕ′ (t) dt.
ϕ(a) a
Voici un moyen simple de s’en souvenir. En effet si l’on note x = ϕ (t) alors par dérivation
Z ϕ(a) Z b
dx ′
on obtient donc ϕ (t) . D’où la substitution f (x) dx = f (ϕ (t)) ϕ′ (t) dt.
dt ϕ(a) a
Z
Exemple 5.4.2. 1. Calculons la primitive F = tan dt
sin t
Z
F = .
cos t
ϕ′ (t)
Z Z
F = − = − f ϕ ((t)) ϕ′ (t) dt
ϕ (t)
1
où f désigne la fonction définie par f (x) = − qui est bijective tant que x 6= 0. En posant
x
x = ϕ (t) et donc dx = ϕ′ (t) dt, on reconnaît la formule du changement de variable, par
conséquent
1
Z Z Z
′
− f (ϕ (t)) ϕ (t) dt = − f (x) dx = − dx = − ln |x| + c
x
59
5.4.3 Intégration des fractions rationnelles.
Premier cas Le dénominateur possède deux racines réelles distinctes x1 , x2 ∈ R. Alors f (x)
αx + β A B
s’écrit aussi et il existe de nombres A, B ∈ R tels que + .
a (x − x1 ) (x − x2 ) x − x1 x − x2
On a donc Z
f (x) dx = A ln |x − x1 | + B ln |x − x2 | + c
Troisième cas Le dénominateur a ne possède pas de racine réelle. on fait apparaître une
′
fraction du type uu (que l’on sait intégrer en ln |u|).
P (x)
Soit une fraction rationnelle, où P (x) , Q (x) sont des polynômes à coefficients réels.
Q (x)
P (x)
Alors la fraction s’écrit comme somme d’un polynôme E (x) et d’éléments simples
Q (x)
d’une des formes suivantes :
γ αx + β
k
, avec b2 − 4ac < 0.
(x − x0 ) ax2 + bx + c
α, β, γ, a, b, c ∈ R. et k ∈ N∗
1. On sait intégrer le polynôme E (x)
γ
2. Intégration de l’élément simple
Z (x − x0 )k
γ
– Si k = 1 alors dx = γ ln |x − x0 | + c
x − x0
60
Z Z
γ γ
– Si k ≥ 2 alors k
dx = γ (x − x0 )−k dx = (x − x0 )−k+1 + c sur
(x − x0 ) −k + 1
R {x0 }
αx + β
3. Intégration de l’élément simple . On écrit cette fraction sous la forme
(ax2 + bx + c)k
αx + β 2ax + b 1
k
=γ k
+δ
(ax2 + bx + c) (ax2 + bx + c) (ax2 + bx + c)k
Z ′
2ax + b u (x) 1 1
Z
−k+1 2
−k+1
(a) dx = dx = u + c = ax + bx + c .
(ax2 + bx + c)k u (x) k −k + 1 −k + 1
1
Z
(b) Si k = 1 calcul de 2
. Par un changement de variable u = px + q on se
ax + bx + c Z
du
ramène à calculer une primitive du type 2
= arctan u + c.
u +1
1
Z
(c) Si k ≥ 2, calcul de dx. On effectue le changement de variable u =
(ax + bx + c)Zk
2
du
px + q pour se ramener au calcul de Ik = . Une intégration par parties permet
(u2 + 1)k
de passer de Ik−1 à Ik .
sont −1, 0 et 1. Les solutions qui sont dans l’intervalle [0, 1] sont 0 et 1. De plus, sur [0, 1] ,
x3 ≤ x2 (on peut le montrer à l’aide d’un tableau de signes). Donc l’aire cherchée est égale à
1 1
x3 x4
1
Z
2 3
x −x dx = − = u.a
0 3 4 0 12
61
Figure 5.5 –
62