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Marbres: De la Carrière au Décor

Ce chapitre traite de l'utilisation des marbres et pierres marbrières en France, notamment leur approvisionnement pour la décoration des bâtiments. Il décrit leur usage important dans l'Antiquité et à partir du règne de Louis XIV, ainsi que les principales carrières françaises exploitées.

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Marbres: De la Carrière au Décor

Ce chapitre traite de l'utilisation des marbres et pierres marbrières en France, notamment leur approvisionnement pour la décoration des bâtiments. Il décrit leur usage important dans l'Antiquité et à partir du règne de Louis XIV, ainsi que les principales carrières françaises exploitées.

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Chapitre 4

Marbres blancs et pierres marbrières colorées·


de la carrière au décor

Lise Leroux, Annie Blanc


Laboratoire de recherche des monuments historiques, 29 rue de P aris, 77420 Champs-sur-Marne, France
[Link]@[Link]

L'approvisionnement des pierres utilisées à des fins décoratives sur les chantiers de
construction répond à des schémas légèrement différents des pierres de construction.
Si les problématiques de coût de transport sont toujours identiques, et fonction de
la distance parcourue, du moyen de transport (routier, fluviatile, ...), ou du contexte
géopolitique, un effort financier est souvent associé au décor des édifices, que ce soit
pour la sculpture, l'ornementation ou les pavements. Ce chapitre traite des marbres
au sens large, qui englobent toutes les roches décoratives prenant le poli, alors que les
géologues ont restreint l'utilisation du terme aux roches calcaires métamorphisées. Il
faut différencier les marbres blancs (marbres au sens strict des géologues) des pierres
marbrières. Un vocabulaire traditionnel, pétri de confusions, est affilié à ces roches
(voir encadré ci-après) .

4.1 L'u t ilisa t ion d es r o ch es marbrièr es en Fra nce


Le goût du décor en marbre a connu deux sommets en Europe: l'Antiquité, puis à
partir du siècle de Louis XIV jusqu'au XIXe siècle.
Dans l'Antiquité, les marbres étaient largement utilisés, tant dans la sphère privée que
dans les édifices publics. On les considère comme un signe de richesse et de pouvoir. Les
plus prestigieux provenaient de l'ensemble du pourtour méditerranéen. Les marbres
classiques de la marmom romana étaient surtout de provenances grecques, turques
et italiennes, et diffusés à la faveur d'un commerce rodé. Les ports du sud de la
France constituaient des points de relai , soit en relations directes avec les principales
zones d'extraction marbrières du centre et de l'Est du Bassin Méditerranéen, soit
par l'intermédiaire du statio marmorum d'Ostie où les marbres de l'ensemble des
provinces impériales étaient stockés. Dans ce contexte, le Rhône, constituait un axe de
• M a rbres b la n cs e t pi e rr es m a rbri è res co lo rlles

circulation privilégié. Concernant les marbres antiques à large diffusion , il existe une
bibliographie très dense et particulièrement bien illustrée, qui retrace les techniques
d 'exploitations, localise les principales carrières, illustre les différentes variétés, .. .
et à laquelle il faut se référer, même si les écrits les plus anciens sont incomplets,
et même parfois erronés [1-4] . Ces roches décoratives possèdent souvent plusieurs
dénominations, du fait de leur grande diffusion , et de l'intérêt qu 'elles ont suscité
depuis le XVIIIe siècle. On se réfèrera tant que possible à la dénomination latine en
ce qui concerne l'Antiquité.
On notera que certaines roches extraites en Gaule (en particulier dans les P yrénées)
ont eu leur succès. On les retrouve utilisées en Italie ou en Turquie, et ce sont des
pierres qui sont très présentes dans les décors des édifices antiques de l'ensemble du
territoire français. Citons les griottes roses, rouges ou vertes des P yrénées, de type
Campan (<< cipolino mandolato » des italiens) ou encore le Grand Antique d 'Auber
(marmor celticum , « manno d'Aquitania », « manno bianco et neTO antico ») retrouvé
par exemple dans des colonnes à Ravenne ou à Philippi.
Outre les carrières réputées de la mannora romana, de grande diffusion commerciale,
il existe des sites d 'extraction de roches sans doute considérées à l'époque de moindre
intérêt, qui ont fourni des décors à l'échelle locale, et dont l'aire de répartition est
fonction de la réputation , de la capacité de production de la carrière et des moyens
de transport. Citons par exemple le marbre de Châtelperron (Allier) utilisé dans des
édifices domestiques de proximité (à Lyon pal· exemple), diffusé à la faveur de la Loire
jusqu'en région nantaise [5-6], mais jusqu 'à présent non reconnus dans les grandes
cités antiques du pourtour médi terra néen. Il faut noter que très souvent ces roches
d 'origine locale sont très abondantes sur les sites, et utilisées sans retenue. Les plaques
de pavage ou de décors muraux peuvent être très épaisses, contrairement a ux roches
colorées importées, tel le porphyre rouge antique venu d'Egypte (lapis porphyrites)
rare, souvent choisi pour de petites pièces et épais de quelques millimètres.
Les roches extraites localement sont parfois des succédan és de roches plus réputées:
ainsi le calcaire à entroques de type Pouillenay (Côte-d 'Or) ressemble au porphyre
rouge; la brèche de Lez (dite brèche romaine) ressemble à la brèche cOl·allin (mannor
sagarium) , d'autant plus si les marbriers antiques ont pris soin de faire rougir sa
matrice jaune en cha uffant les plaques [7].
Au Moyen Âge, les circulations de ces roches décoratives répondent à des schémas
malheureusement moins connus, et il semble qu'en parallèle l'extraction en carrière,
en Fra nce, ait été en perte de vitesse. Un grand nombre de monuments de l'Antiqui té
tardive et romans ont été décorés avec les blocs récupérés dans les monuments a n­
tiques, voire même dans les édifices carolingiens ou mérovingiens où ils avaient été
réemployés préalablement . Citons pêle-mêle l'Abbatiale Saint-1)·ophime à Arles, le
portail de Moissac, les cryptes de Jouarre (figure 4.1), les façades occidentales de la
basilique Saint-Denis à Saint-Denis, ou de la basilique Saint-Remi à Reims, ... Pour
la plupart de ces édifi ces il existait à proximi té immédiate des monuments publics
(théâtre, amphithéâtre, forum ... ) pouvant fournir la matière, mais en d 'aut res lieux
les grandes cités étaient éloignées, ce qui témoigne d 'un commerce établi.
L . Le roux, A. Blanc

F IGURE 4. 1 - C ry p te Saint-Pau l à Jo uar re ( 77) - Les colo n nes et colon nettes q ui ne sont pas
en calcaire lutétien son t des c ipo li ns à veines grises, des calcaires nodu le u x (d its g riottes)
et une brèch e (d it Grand Antique). Ces roches ornementales prov iennent des Pyrénées. Les
chap iteaux sont e n mar b res b lancs do n t cer tains v ien nent de Carrare ( Italie), e t d'autr es
de Sa int- Béat (Py ré nées fr ançaises) (Cliché Ph. B la nc).

Dans les édifices gothiques et à la Renaissance, des exemples d 'approvisionnement


en marbre blanc extrait spécifiquement à Carrare sont connus: colonnade gothique
du cloître Saint-Trophime à Arles, commande de grands blocs pour l'exécution des
gisants de l'abbaye de Brou à Bourg-en-Bresse [8]. Ceci n'exclut pas le réemploi de
marbres colorés provenant de cités antiques, ce que nous enseigne par exemple les
vestiges du palais des Tuileries de Philibert Delorme et de Catherine de Médicis :
colonnade en griottes des P yrénées, façade est de la Galerie d 'Apollon décorée de
marbres colorés, dont des griottes de P yrénées, un calcaire provençal et de l'Africano
(mannor lucullaeum) .
Le XVIIe siècle et le règne de Louis XIV voit naître une nouvelle apogée de l'utili­
sation des marbres, symboles de pouvoir et de richesse, et en particulier des roches
colorées, que l'on retrouve en grande quant ité à Versailles. Les besoins du roi font alors
l'objet d' une véritable politique de prospection et d 'exploitation des ressources miné­
rales françaises, da ns les P yrénées et en Languedoc [9] . De nombreuses carrières sont
alors ouvertes en France, et des voies de circulation établies, permettant une grande
diversité de couleur et d 'aspect. Nombres de ces centres carriers perdureront jusqu 'au
XIXe siècle, et l'Opéra Garnier à Paris en est le témoignage, mont rant tant la richesse
en faciès fr ançais, que les nombreux approvisionnements européens du moment [10]
(figure 4.2). Il ne faut pas oublier de citer la façade du théâtre des Champs-Elysées
(début du xxesiècle), avenue Montaigne à P aris, recouverte de marbre blanc bleuté
de Châtelperon avec des sculptures cie Bourdelle en blanc de Saint-Béat. C'est le chant
du cygne des carrières fra nçaises de marbres bl ancs.
III [Link] es blan cs e t. pi er r es mnrbl"i l! r cs c o l or ée s

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F IG U RE 4,2 - O pé r a Garni e r à P a ri s (75)
- balust re d é p osé d u balcon d e l'extrém ité

s ud ( rue Aube rt) e n B rocatelle de T o r tosa,


provena nt d ' Espagne (C lich é D B P M),

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Il..

4.2 Prove nance des roches décoratives colorées


De tous temps, les marbriers ont travaillé différents calcaires et brèches, ainsi que
des roches siliceuses, dont la finesse et la dureté permettent le poli et l'ut ilisation
en décoration, La simple observa tion visuelle de ces roches, s'attacha nt à t rouver les
critères de distinction caractéristiques (couleur , veinages, fossiles dans les calcaires,
forme et nature des éléments des brèches, composition minéralogique des roches sili­
ceuses) permet , dans la plupart des cas, de retrouver la carrière ou tout a u moins la
zone de provenance.
Concernant les roches ayant circulé da ns le monde méditerranéen ant ique, les déter­
minations de provenance peuvent s'appuyer sur la bibliographie illustrée [1-3], surtout
si celle-ci tient compte des variations de faciès qui existent touj ours dans les zones
carrières [4], La consultation de collections de référence, associée à un oeil expert , est
un gage supplémentaire de réussite dans ces identifications (fi gure 4. 3).
Concernant les roches de provena nce française, la bibliographie est plus dispersée [11­
15]. Ce sont majoritairement des roches calcaires, a uxquelles s'ajoutent des conglo­
mérats, des brèches et des poudingues.
P armi les calcaires marbriers ext raits en France les plus ut ilisés, retenons :
les carrières du Languedoc, et en part iculier celles du Minervois (Aude) (cal­
caires d 'âge Dévonien) [16], qui ont fourni de nombreuses variétés, a ux co­
100'ations rouges et grises, surtout ut ilisées à partir du XVIIe siècle (dont à
Versailles) .
les calcaires du Viséen gris, roses et rouges, exploités dans plusieurs anciennes
carrières près de Sablé (Sarthe) et de Laval (Mayenne) , depuis l'Antiqui té
(diffusion régionale - sites gallo-romain d 'Allonnes, dans la Sart he pa r exemple)
jusqu 'au XXe siècle (salle des pas perdus de la gare Saint-Lazare en gris de
Bois-Jourdan) [1 7].
L . L er o ux , A . Blan c
III
les calcaires noduleux des P yrénées (Dévonien), dont les principales carrières
connues sont aux alentours de Campan et d 'Estours, présentent des amandes
de calcite blanche, rose ou verdâtre, entourées d 'une pâte schisteuse rouge,
verte ou noirâ tre (cipolino mandolato) . Dans sa thèse, Fabrizio Antonelli [18]
a décrit les nombreux faciès observés dans une dizaine d 'anciennes carrières et
a trouvé des critères pour les différencier.
les griottes rouges, qui sont aussi des calcaires noduleux d 'â.ge dévonien. Les
nodules sont constit ués d 'anciennes coquilles de gonia ti tes (mollusques, cépha­
lopodes) dont les loges centrales ont été remplies de calcite blanche, évoquant
le noyau d 'une cerise. Les affleurements de ces faciès sont répart is dans les
P yrénées et la Montagne Noire où l'on t rouve de veilles carrières. Dans l'état
de nos connaissances, il n 'est pas possible de localiser la carrière d 'origine par
la simple observation: P yrénées, Minervois ou P yrénées-Orientales.
les calcaires jaunes, brèchoïdes, issus de la tectonique provençale, des environs
de Brignoles et de Pourcieux (Var), exploités à l'Antiquité jusqu'au début du
XXe siècle.
les nombreux calcaires marbriers de Franche-Comté, dont l'exploitation a connu
son apogée à la fin du XIxesiècle et au début du xxesiècle [19] : brocatelles
jaune et violet te de Chassal et de Molinges, calcaire de Sampans, calcaire jaune
La martine de Pratz, ...
P armi les conglomérats, brèches et poudingues exploités en France, citons :
- le Grand Antique utilisé dès l'Antiqui té (m armor celticum ), une brèche
pr 'sentant des éléments anguleux , centimétriques de calcaire noir , entourés
d 'un marbre blanc. La simple observation d 'un ' Iément de quelques cen­
t imètres permet d 'avancer qu 'il provient de la carrière d 'Aubert , près de
Moulis (Ariège).
une aut re brèche de provenance pyrénéenne, facile à ident ifier, issue de l'an­
cienne carrière de la Pène-Saint-Martin, sur la commune de Lez, près de
Saint-Béat (Haute-Garonne), dite aussi « brèche des romains ». De nom­
breux sites gallo-romains en étaient décorés, en particulier la tour de Vésone
à Périgueux.
la brèche du Tholonet (Bouches-du-Rhône), commercialisée au XIXe siècle.
sous le nom de « brèche d 'Alep », dont la carrière est située a u pied de la
montagne Sainte-Victoire.
la brèche de Vimines, qui est en fait un poudingue anciennement exploité
près de Chambéry (Savoie) , dont il est possible d 'observer une colonne
dans la crypte de l'église Saint-Laurent à Grenoble et dont un tronçon de
colonnette a été retrouvé en fouilles, à Saint-Denis, ur l'emplacement d ' un
édifice carolingien.
Les calcaires marbriers belges ne sont pas en reste, que ce soit les variétés noires
(Tournai, Dinant , ... ) diffusées dès l' Antiquité, ou les variétés rouges, telle le
Rouge de Ra nce, ut ilisé aussi à Versailles [20-21] .
• Marb res b lan cs e t pi e rres mnrbri l! res co lo r6 cs

(b) (c)

FIG URE 4.3 - Vaison-la-Roma ine (84), fragme nts de déco r m is au jour sur le site d e la

Ma ison d u Paon et conservés au dépôt de La Vi ll asse :

a) 3 fragments de marbr e rose d ' Eretria.

b) 2 fragments représenta nt le facies typ ique de l' Africa no, avec des inclusions d'un ro uge

inte nse (rouge sang).

c) 4 fragm e nts rep rése nta nt des va ri at ions de faciès de l'Afri cano (Clichés P h . I3ro m b le t ­
C ICRP) .

4.3 Prove nance des marbres blancs


Da ns de très nombreux cas, les marbres blancs ut ilisés en construction et en décoration
dans les édi fices français et en sculpt ure ont été importés des gra nds cent res carriers
localisés en Italie, Grèce, TUrquie et Afrique du Nord , depuis l'Ant iqui té jusqu'à nos
jours. Il existe cependant quelques anciennes carrières de moindre envergure dans les
P yrénées, les Alpes, ou le Morvan.
Le marbre au sens strict , le ma rbre du géologue, est une roche métamorphique car­
bonatée constit uée de cristaux de calcite (ou de dolomi te) joint ifs, de plus ou moins
grande taille (inférieure au mm à supérieure a u cm). Bla nc quand il est p ur , il peut
être gris, rose ou jaune, veiné, rubané, tacheté, ... en fonction des im puretés qu 'il
cont ient parfois (mi néraux accessoires, matière organique, oxydes de fer , .. .). Toutes
ces fi gures variées ne permettent cependant pas de trouver de quelle carrière provient
un marbre blanc.
L . L er o ux. A . Blan c
1111
Pour les marbres blancs, l'observation à l'œil et à la loupe est une phase prélimi­
naire qui permet de faire une première classification. En effet, la taille des crista ux
de calci te et des éventuels minéraux accessoires sont un premier indicateur de prove­
na nce. Une détermin ation précise ne peut être réalisée qu 'en laboratoire, et nécessite
le prélèvement de petits échantillons.
Une a nalyse minéralogique par diffractométrie des rayons X peut éventuellement être
effectuée, si la qua nt ité prélevée est suffisante. Elle permettra essentiellement de vé­
rifier la présence de dolomite, typique de certains marbres (carrières du Cap Vat hy à
Thasos, par exemple) .
L'observation en lames minces au microscope polarisant , apporte aussi des arguments
pour distinguer les marbres blancs les uns des autres. Plusieurs critères sont retenus:
la taille des cristaux de calci te, la présence de minéraux en traces (pyrite, quartz ,
feldspa th , micas) ainsi que la forme des grains et de leurs contours . Les dimensions
des crist aux des marbres blancs varient suiva nt les gisements et parfois au sein d 'une
carrière. Ainsi, la plupart des marbres blancs de Carrare ont des cristaux de calcite
dont la taille est d 'environ 0,2 mm, bien qu 'il existe dans le massif de Carrare des
exemples de t rès gros cristaux , de plusieurs cm, da ns des marbres qui ne sont pas
ut ilisés pour la statuaire. Dans les différentes carrières de l'île de Naxos sont exploités
des marbres blan cs à grands cristaux d'environ 1 à 2 cm, qui ont des contours simples,
rectilignes si bien que leur assemblage arrive à former des points triples.
Ces observations permettent de déterminer précisément la t aill e des grains et en par­
t iculier le MGS (Maximum Grain Size), caractérist ique reconnue internationalement
pour la détermination de la provenance des marbres blancs [3 ,22] .
Cependant seules des analyses isotopiques [22-24], de cathodoluminescence [25-26]
et la résonance paramagnétique électronique [27-28] donnent des orientations plus
précises vers des hyp othèses de provenance.

4 .3.1 Analyse des isotop es stables d u car bon e et de l'oxygèn e


Pa r convent ion, les résulta ts de ces analyses isotopiques sont exprimés b13C 0/00 et
15 180 0/00, c'est à dire les déviations des rapports de 13C/ 12C et 180 / 16 0 par rapport
aux valeurs d 'un standa rd international (PDB ), ramenés à 1000. Ces dosages consti­
t uent une signa ture isotopique, propre à chaque type de marbre; celle-ci peut ensuite
être comparée aux signa tures isotopiques acquises et publiées à pa rtir d 'échantillons
de référence de ma rbres provenant de carrières, et en particulier de carrières ant iques
du pourtour médi terranéen.
Les géochimistes ont dans un premier temps établi des diagrammes où sont représentés
les résul tats des isotopes des principaux marbres utilisés dans l' Ant iquité : Naxos ,
Mont P entélique, Dokimeion, P aros, Thasos Cap Vathy et Thasos Aliky, Proconèse,
Aphrodisias, Carrare. Les champs se recouvrant , il a été possible de procéder à une
séparation en deux graphiques de référence, sur la base du MGS [29] . Un graphique
est dédié aux ma rbres à grain fin (MGS < 2 mm ) : Paros Stefa ni , Dokimeion, Mont
Pentélique, Carrare, ... Un autre est dédié aux ma rbres à grain moyen et grossier
(MGS > 2 mm ).
III Marbres blancs et pierres mnrbri~rC 8 c o lorées

Il faut ajouter à cela que les dosages des isotopes effectués sur les principales carrières
de marbres blancs des Pyrénées centrales donnent des champs qui recouvrent ceux
des marbres du bassin méditerranéen, ce qui a donc donné lieu à un gra phique de
référence séparé 130] .
Comme de nombreux champs se recouvrent encore, en dépit des observations pé­
trographiques, l'interprétation des résultats isotopiques peut être confortée par une
analyse complémentaire en cathodoluminescence.

4 .3.2 C atho doluminesce nce


Cette technique étant décrite plus précisément dans un chapitre dédié de cet ouvrage
(voir chapitre 20), la méthodologie est indiquée ici pour rappel.
La cathodoluminescence mesurée sur les marbres blancs correspond à l'émission de
photons (UV, visibles, IR) consécutive à un bombardement électronique sur les cris­
taux de calcite et / ou de dolomite, en liaison avec une excitation prod ui te par des
éléments en traces. La couleur de l'émission renseigne sur la nature du minéral, et sur
la nature de l'élément en traces responsable de l'excitation. Dans le cas des marbres
blancs, le manganèse sous sa form e ion ique bivalente (Mn2+) produit une émission à
620 nm, pour la calcite et 650 nm dans la dolomite.
C'est l'utilisation combinée de ces méthodes qui permet d'ava ncer des hypothèses sur
les provenances des marbres blancs.

4.4 Un cas d 'étude : proven a n ce d es marbres du cloître roman


d e B e rdoues (Ger s )
L'histoire matérielle complexe du cloitre de Berdoues 131-32] a suscité la demande de
détermination des provenances des pierres qui le constituent.
L'ancienne abbaye cistercienne de Berdoues, fond ée en 1134, est localisée à quelques
kilomètres au sud de Mira nde, dans la vallée de la Grande Baïse. Le cloître construit
au XIIe ou XIIIe siècle et dont seules deux travées sont actuellement en œuvre dans
la chapelle à la sui te d'un probable remontage, était semble-t-il , essentiellement en
marbre.
L'abbaye, en dépit de son déclin a u XVIe siècle, a été l'objet d'importants travaux
au XVIIIe siècle, puis a été vendue comme bien national en 1792, date à partir de
laquelle elle a servi de carrière. En 1821, l'église et une grande partie du cloître et des
bâtiments conventuels ont disparu. En 1878, des sœurs s' installent et aménagent une
chapelle dans les travées subsistantes de l'aile sud du cloître. En 1905 les restes de
l'abbaye sont vendus et transformés en exploitation agricole.
Ainsi les vestiges de l'abbaye et du cloître ont été dispersés dans les environs, en
particulier à Mirande et à Marciac. En 1900, le cloître est remonté dans une villa du
centre de la France (lieu exact inconnu - existence de photographies). Vendu en 1942
à Goering par le marchand d'art P aul Gouvert , le cloît re était destiné à être remonté
dans le château de Veldenstein, ce qui n'a jamais été réalisé. En 1945, les vestiges
deviennent propriété du Land de Bavière et sont confiés au musée de Nuremberg,
L . Le ro ux, A . Blan c
III
conservés dans les réserves. En 2003, les vestiges du cloître de Berdoues sont restitués
à la France. Cela représente plus de 500 éléments d 'architecture, dont il est certain
que la plupart proviennent d'autres édifices ou sont des créations du XIXe siècle ou
du xxe siècle.
S'il est probable que chapiteaux, tailloirs et bases proviennent de l' ancienne abbaye
de Berdoues, les claveaux d 'arc sont certainement issus d'un autre site. En effet la
longueur des arcatures ne correspond pas au rythme des piles trouvées en fouilles.
Stylistiquement, les voussoirs à boules de ces arcatures (soit 380 éléments) pourraient
être rattachés à un cloître roman du Roussillon ou de Catalogne.
La détermination des zones d 'extraction des pierres en œuvre pouvant donner des
indices sur la localisation des édifices dans lesquels ont été pris les différents éléments
archi tecturaux de ce cloître composite, il a été décidé de procéder à des identifica­
tions géologiques. L'étude s'est déroulée en plusieurs étapes, utilisant les différentes
méthodes analytiques des marbres.
U ne observation a été réalisée in situ, confirmant que les vestiges revenus d 'Allemagne
sont tous en marbre blanc. Pour pouvoir déterminer la provenance de ce(s) marbre(s)
blanc(s), 12 échantillons ont été prélevés sur des éléments architectoniques différents
(chapitea ux pour colonnes libres, chapiteaux adossés, bases, couvertines de mur-bahut,
tailloi rs, voussoir à boules, ... ) et caractéristiques. En sus, les traces d'outil ont t rès
rapidement été observées.
Concernant les deux travées en place (remontées au Xxe siècle 7) dans la chapelle de
l'ancienne abbaye de Berdoues, l'observation a montré aussi la présence de marbre
bla nc dans les colonnes, bases et chapiteaux. Deux colonnes et une base ont été pré­
levées.
Ces 15 échantillons ont été observés à la loupe lors du prélèvement, puis à la loupe
binoculaire en laboratoire, ce qui a permis de déterminer la taille des grains et en
particulier le MGS. Ensuite des analyses géochimiques isotopiques (spectrométre de
masse Scira 9 de VG Instruments - procéd ure standard par rapport à la référence
intern ationale PBD) , ainsi que des mesures de cathodoluminescence optique (appa­
reil Cat hodyn de OPEA , équipé d 'un spectromètre optique Tl'iax 180 de Jobin et
Yvon à CCD refroidie LN2) , ont été réalisées en collaboration avec Philippe Blanc, à
l' université Pierre et Marie Curie, à Paris .

4.4.1 Résultats des observations in-situ


A l'œil et à la loupe à grossissement xl0, il n'est pas possible de déterminer si plusieurs
variétés de marbres blanc ont été utilisées, et donc de distinguer, de ce point de vue,
les voussoirs à boules des chapiteaux, bases et tailloirs.
Lors des prélèvements, une odeur fétide a parfois été détectée, et donc systématique­
ment notée, car représenta nt un cri tère d 'identification (en particulier pour le marbre
de Saint-Béat).
Une observation des traces d 'out ils, surface de montage et trous de goujon a été réa­
lisée sur chaque objet prélevé, car participant à la cri t ique d'authenticité (figure 4.4).
III Ma r bres b l nn cs e t pi e rres mBrbr ières co lo rée s

E n effet les surfaces de pose des bases et chapi teaux possèdent des t raitements dif­
férents, et que les t rous de gouj ons sont de forme et profondeurs variables [31]. Les
surfaces de poses des tailloirs et des couvertines du mur-ba hut présentent des ciselures
périmètriques de taille variables. Les surfaces de pose des bases et cha pi teaux sont soit
pla nes et lisses, soit pl anes et piquetées, soit légèrement surcreusées pour permettre
a u mieux l'ajustement des colonnes; cette diversité est soit le témoin d 'une mise en
œuvre variable des éléments en liaison avec un ouvrier différent ou à un cas part icu­
lier de montage, soit liée à un réemploi, mais dans tous les cas peut être médiévale.
Concernant les trous de goujon , le discours est différent. En effet rappelons que, avant
le XI Xe siècle, les fers étaient forgés, et donc de section carrée, or quelques chapi teaux
et bases sont porteurs de t rous circul aires, de même que la plupart des colonnes, ce
qui tendrait à les attribuer à un remontage du XI xeou du XXe siècle.

F IGURE 4.4 - C loître de Berdoues (Ge rs) - Chapiteau dont le t rou de go ujo n est à sectio n
carrée = X il e ou XIII e s. - Surface de p ose a u n iveau de l'astraga le surcre ll sée.
Mar bre blanc - grain 0 ,2 à 0,5 mm (max. 2 m m) - u n pe u de py ri te - échant illon BER 3
(C liché J.- M. Ca lm e ttes, DRAC M idi- Pyré nées).

Les éléments « en place» dans la chapelle sont en marbre bla nc, à l'except ion de 3 des
8 colonnes, qui sont en calcaire noduleux des P yrénées (type Campan). La colonne
sit uée à proximité de l'entrée est taj]]ée dans une variété verte. Deux a ut res sont en
plusieurs tronçons de marbre vert ou rouge.
Parmi les 5 colonnes en ma rbre blanc, l'une d 'elle est a ussi en plusieurs fragments. Il
y a des marbres à grain grossier assez gris et des marbres à grain plus fin .
Ces colonnes cassées et les socles coupés et réajustés sont des indications tendant à
confi rmer un remontage lors de l'aménagement de la chapelle à la fin d u XIXe siècle.
Cela nous indique a ussi que la fo urnit ure de pierre n'était pas homogène dans la colon­
nade, comme souvent dans les cloîtres romans, où les réemplois de blocs ant iques sont
fréquents . Le cloître de l'abbaye de Trie (locali té très proche de Berdoues), remonté
au Cloisters, à New-York , est lui aussi très composite.
L . L e r oux, A . Blanc
III
4.4.2 Résultats des observations en laboratoire
Pour l'ensemble des obj ets prélevés, les observa tions réalisées à la loupe binoculaire sur
les écha ntillons bruts ont révélé une homogénéité de text ure, avec des grains moyens
à gros et des clivages courbes.
Les observations en cathodoluminescence opt ique ont été réalisées sur des pastilles de
poudre de 2,5 mm de diamètre. Les échantillons de marbre étudiés ont une réponse
as ez similaire, avec une luminescence rose-orangé (figure 4.5) .

F1 GU rt E 4.5 - Image en cat hodolu m inescence optiq ue s ur poudre d ' u n mar b re b la nc - C loître
de Berdoues (Gers), écha nt illo n BE Rg = base scu lptée de pet it fo r mat , adossée à u n p i­
lastre, p rése natant un trou d e gouj on de sect io n carrée ( XII e o u Xllj e s.) et u ne s ur face
de pose de la co lonne s urcreusée - m a r b re b lanc à g ros grai n (MGS 2,3 mlll ), p résence de
pyr ite et d e graph ite (C li ché Ph. Blanc).

4.4.3 Analyses d es isotopes stables du carbone et de l'oxygène


e
Les résultats des dosages des isotopes stables du carbone 3 C) et de l'oxygène(l8 0 )
sont repor tés da ns le tableau 4.1 ainsi que sur le diagramme de la fi gure 4.6, en compa­
rai on avec des écha ntillons de référence prélevés dans les carrières pyrénéennes [331.
On pourrait rapporter ces valeurs isotopiques à des marbres d u Proconèse, cependant
les couleurs de cathodolumin scence ne sont pas bleues mais rose-orangé et donc
correspondent mieux aux différentes carrières de Saint-Béat . Notons en sus que toutes
les valeurs sont regroupées cla ns la partie supérieure droite du nuage de référence
des carrières d u massif de Saint-Béat, ce qui correspond aux valeurs classiquement
t rouvées lors d 'analyses d 'objets archéologiques taillés et sculptés dans ce marbre.
Il M a rbr e s bl a n cs e t p ie rres mn rbri è rèS co lo rées

T a bleau 4.1 - Résultats d es analyses d es isoto p es s tab les du ca rbone e t d e l 'oxygè ne d es


écha ntillons cie m a rbres blan cs pré le vés sur les é lé me nts clu cloître cie Be rd o ues (G e rs) .

Échantillo n ,,
13
e 0/00 (vs PDB) ,,
18
0 0/00 (vs PDB) 1

BERl 3 ,13 -2 ,01

BER4 3,00 -1,99

BER6 3 ,18 -2 ,26

BER7 2 ,99 -2 ,01

BER8 3,58 -2,41

BER9 3 ,40 -1 ,90

BERIO 3 ,14 -2 ,17

BERU 3 ,12 -2 ,01

BER12 3 ,36 -2 ,01

BER13 3 ,46 -1 ,82

-20 1 - 10 o PDB 0

Berdoues

10

Gabas i

<:::j> !
fi ' 1 lA
U ·~x
o
Pouy de Géry
PDBC

18
FI GURE 4 .6 - Di ag ramme re prése ntant les rapp o rts isotopiques (vs PBD) ,, 0 0/00 e n abs­
c isses e t ,, 13 e 0/00 e n o rd o nnées po ur les marbres blan cs pyré néens (e llipses) e t les écha n­
t illons préle vés d a ns les élé me nts du clo itre d e Be rdou es ( p o ints ) .

4.5 Conclusions
Les analyses isotopiques et les mesures en cathodolumincscence indiquent que ces
marbres blancs utilisés dans les fragments prélevés à Berdoues sont issus des carrières
L . Leroux. A. Blanc
III
du massif de Saint-Béat. Ceci est conforté par l'analyse en microscopie optique qui
montre une homogénéité de texture, avec des gros grains et des clivages courbes.
Il y a donc à Berdoues un lot très homogène en termes de zone carrière. Aucune analyse
ne correspond au marbre de Céret comme on aurait pu le soupçonner pour les éléments
architecturaux qui , stylistiquement, sont à rapprocher d 'édifices du Roussillon ou de
Catalogne.
Les éléments possédant des trous de goujon circulaires, et donc que l'on peut soup­
çonner être des restitutions du XIX e ou du début du XXe siècle, sont aussi en marbre
provenant du massif de Saint-Béat. Ceci est tout à fait plausible quand on sait par
ailleurs que Paul Couvert avait fait rouvrir une carrière à Saint-Béat .

4 .6 Bibliographie
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]33] C h . C ost ed oa t , « Essa i de caracté risatio n d es m a rbres bla ncs pyré née ns p a r m é tho d es phys iques.
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Quelques difficultés de vocabulaire
L . L e r o ux , A . Blanc


autour des pierres marbrières
La géologie, science modern e, contra int à l'usage d ' un vocabula ire précis et internationa l,
notamment basé sur la minéra logie qua nd il s'agit de nommer et décrire les roches. Hors, le
la ngage commun d es ma it res d 'œuvre et ma it res d 'ouvrage de toutes époques, des archéo­
logues et des historiens d 'art, est rempli de confusions d a ns les noms de certaines pierres
ut ilisées en constru ction, pour la sculpt ure ou la réa lisation objets d 'art .
Un m a rbre au sens strict , en terme géologique, est une pierre composée de calcite (car­
bonate de calci um ) is:m e de la tra nsformation d ' un calca ire pa r l'action de fortes pressions
et/ ou de fortes tempéra tures, a ppelée méta morphisme. Ce ma rbre a u sens strict est bla nc
ou grisât re. Il p ut en par tie être dolomi t ique (carb onate de calcium et magnésium).
Certa ins ca lca ires dont le méta morphisme n'est pas a bout i, pourront être q ua lifiés de calcaires
marmoréens.
Un marbre a u sen s large, corres pond plus ou moins à une défini t ion d ' usage. C'est une
pierre qui peut prendre le poli , miroiter, briller. .. Cela peut correspondre à un calca ire ma r­
brier de couleurs va riées, présentant des aspects sédimenta ires, conte na nt d s fossiles ou plus
ou moins métamorphisé. Cela peut a ussi corres pondre à des roches siliceuses telles que des
gra ni tes. Pa rmi ces pierres on t rouve des calca ires issus de dépôt de calcite hydrotherma le,
de ty pe t ravert ins hydrotherma ux .
Ces t ravert ins hydrotherma ux , qui font donc pa rtie des ma rbres a u sens la rge, sont a ussi
pa rfois a ppelés a lbâtres ou onyx. Ces termes sont d ' usage coura nt d a ns la li tté rat ure, en
part iculier concern a nt l' An t iquité égyptienne et roma ine, et pa rmi les ta illeurs de pierre et
ma rbriers. Jls doivent donc être pris en compte; cependa nt , d ' un point de vue géologique, ils
so nt erronés.
Ainsi les sculp t ures égypt iennes, dites en « a lbât re », sont en calcite (carbonate de calcium),
a lors q ue l'a lbât re du géologue est une forme de sulfate de calcium (gy p e et / ou a nhydrite).
Da ns les textes a nciens, l' « a lbâtre », est défini comme une pierre bla nche, tendre semi­
tra nsparente (sans préoccupation de la composit ion chimique, qui est une notion moderne).
n a lbât r e a u sens géologique est une pierre composée de sulfates de calcium sous la forme de
gy pse ou d 'anhydri te. Les a lbâtres dits de Nottingha m sont de vrais a lbât res géologiq uement
parlant. On parle pa rfois d 'albâtres gy pseux (pa r opposit ion a ux t ravert ins hydrotherma ux ,
q ue l'on pourra it a lors qua lifier d 'albâtres calcaires).
Certa ins ont t rouvé la solu t ion pour pla ire à to us en choisissant les termes « a lbâ tre égy ptien »
ou « a lbâtre orienta l » pour ces calci tes, qui sont pa rfois aussi nommées onyx, onyx oriental, ...
Pour les géologues, un vra i onyx est une va riété pa rticulièrement belle d'agate, c'est-à-dire
une roche dure siliceuse, composée essent iellement de silice sous la forme de calcédoine, plutôt
réservée à la réalisation de pet its objets.

Enfi n, a lbâtre et ma rbre bla nc sont souvent confondus d a ns les textes médiéva ux et de la
Rena issa nce, « a lebast re » désigna nt plu la qua lité esthétique du matéria u que sa nat ure
chi m iq ue.

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