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Tema 3.: Théories Linguistiques Actuelles. Leur Apport À La Connaissance de La Communication

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Thèmes abordés

  • interaction verbale,
  • interaction sociale,
  • didactique des langues,
  • savoir-faire communicatif,
  • thèmes de discours,
  • distance interpersonnelle,
  • types de discours,
  • actes de langage,
  • efficacité communicative,
  • réception du discours
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Tema 3.: Théories Linguistiques Actuelles. Leur Apport À La Connaissance de La Communication

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  • interaction verbale,
  • interaction sociale,
  • didactique des langues,
  • savoir-faire communicatif,
  • thèmes de discours,
  • distance interpersonnelle,
  • types de discours,
  • actes de langage,
  • efficacité communicative,
  • réception du discours

Profesores de Enseñanza Secundaria – Francés

Tema 3.
Théories linguistiques actuelles. Leur apport à la connaissance de la
communication

Introduction. 1. Le courant énonciatif. 2. Le courant pragmatique. 3. L’analyse du discours. 4. L’analyse


conversationnelle. – 4.1. La conversation comme pratique sociale : normes et principes
conversationnels. – 4.2. Les stratégies interactionnelles. – 4.3. La conversation comme lieu de
rencontre interpersonnelle. – 4.4. La structure conversationnelle : routines et formules. – 4.5. La
compétence de communication. 5. Vers une redéfinition de la notion de « communication ». 6.
Conclusion : implications pour la didactique des langues étrangères. Bibliographie.

Introduction

On assiste, depuis quelques décennies, à une sorte d’éclatement interne de la discipline


linguistique —dont témoigne la multiplicité des théories proposées—, en même temps qu’à
un estompement de ses frontières : l’ouverture de la linguistique sur de nouvelles
problématiques l’engage à une collaboration de plus en plus étroite avec d’autres disciplines,
telles que la psychologie, la sociologie, l’ethnographie...

La linguistique moderne se caractérisait, au départ, par une étude de la langue en tant


que système, en immanence, à partir de certaines unités de base telles que le signe (Saussure)
ou la phrase (Chomsky). Or, ce genre de travaux se heurtaient à l’impossibilité de rendre
compte du sens, qui, lui, n’est pas un fait de langue mais de parole. En effet, le sens n’est pas
à chercher dans la signification linguistique d’un signe ou d’une phrase isolée : il est
indissociable des conditions entourant la production d’un énoncé donné (situation), des
énoncés qui le précèdent et le justifient (contexte) et des interlocuteurs impliqués dans l’acte
de communication (intentions de communication, relation interpersonnelle, connaissances
partagées donnant lieu à des sous-entendus et des implicites, etc.). Toute recherche visant à
rendre compte des modes de génération, existence et appréhension du sens doit, par
conséquent, faire appel à des données aussi bien linguistiques qu’extralinguistiques, qui
conditionnent l’acte de communication.

C’est ainsi que la linguistique, dans son évolution s’est tournée de plus en plus vers la
description de l’acte de communication dans toutes ses dimensions, que ses recherches se
sont diversifiées dans le but de rendre compte de toutes les composantes intervenant dans la
construction dynamique du sens: théories de l’énonciation et pragmatique, analyse du
discours, analyse conversationnelle... Chacune de ces branches de la linguistique se donne
pour but de saisir le fonctionnement effectif de la langue dans le processus de la
communication. De ce point de vue, la linguistique, en tant que théorie de référence, devient
un auxiliaire indispensable de la réflexion didactique.

En effet, l’évolution de la linguistique a conduit la didactique à une révision essentielle


de son matériel pédagogique, et à une redéfinition des objectifs généraux d’apprentissage,
où la notion de compétence linguistique a été remplacée par la notion, plus complexe, de
compétence de communication. Enseigner une langue pour quel locuteur et pour quelle
forme de compétence, telles sont en fait les questions fondamentales qui renvoient à la
conception de communication investie dans les outils pédagogiques actuels. Or, il a fallu pour
ce faire, que l’évolution des théories linguistiques s’accompagne d’un changement de
perspective dans la psychologie de l’apprentissage, traduite par un déplacement du centre
d’intérêt : de l’enseignement à la primauté accordée à l’apprentissage.
1
Centro de Estudios Tecnoszubia

1. Le courant énonciatif

À partir de la définition d’énonciation donnée par Benveniste (1966), comme étant la


« mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d’utilisation », le courant
énonciatif s’intéresse aux termes de la langue qui renvoient à l’acte d’énonciation lui-
même: il recherche les traces de l’inscription, dans le système de la langue, de ses conditions
d’utilisation, autrement dit, les traces que l’énonciation laisse dans l’énoncé.

La description du fonctionnement de la langue suppose l’étude de cette mise en exercice


du système qui rend possible la production des énoncés: la conversion de la langue en
discours par l’énonciateur. En général on ne peut pas déterminer le sens d’un énoncé si l’on
ne prend pas en compte, outre ce qu’il signifie du point de vue linguistique, les circonstances
de son énonciation. Ceci est particulièrement vrai de ce qu’on connaît comme déictiques, qui
ne prennent de sens qu’à travers l’actualisation momentanée que leur confère la production de
l’énoncé où ils apparaissent. Ainsi par exemple je renvoie-t-il à la personne qui, lors de
l’énonciation particulière, assume le rôle d’émetteur et pose l’existence d’un tu interlocuteur
avec lequel il échange le rôle pendant la communication. Je et tu ne renvoient pas à un
individu concret et définitif, leur interprétation suppose nécessairement à chaque fois leur
situation d’énonciation, puisqu’ils permettent à chacun de se poser comme sujet dans le
discours en relation avec un destinataire.

Loin d’être des unités isolées, ces éléments forment un véritable système, celui des
indiciels, selon le terme de Benveniste, ou embrayeurs, selon Maingueneau. Outre la
personne, la temporalité et la localisation spatiale permettent l’ancrage de l’énoncé par
rapport à la situation d’énonciation. Considérons l’exemple suivant : « Je suis ici
maintenant ». Je signifie dans ce cas concret Karmele, ici renvoie à Albolote et maintenant au
moment présent (11h50 du dimanche 2 octobre 2005). La compréhension de l’énoncé,
autrement dit, l’attribution d’un référent à chacune de ses composantes, est impossible si l’on
ne réfère pas l’énoncé à l’acte d’énonciation qui le fait naître avec toutes ses variables.

Mais l’énonciation fournit également au locuteur les moyens de se situer par rapport
au contenu de son énoncé: c’est ce que l’on appelle modalités1. En effet, un locuteur ne fait
pas que référer, le langage n’a pas pour unique fonction de transmettre des contenus : tout
énoncé, outre le contenu qu’il véhicule, accomplit une certaine prise de position, un acte de
langage à l’égard de son allocutaire (promettre, menacer, questionner...). Cette prise de
position de l’énonciateur est toujours là, plus ou moins explicite. Le « degré zéro », pour ainsi
dire, est celui de la simple modalité assertive (positive ou négative): c’est le pur constat par
lequel l’énonciateur présente la vérité de la proposition assertée (il pleut). Mais par-delà ces
modalités assertives, il existe toute une variété de modalités qui permettent au locuteur de
nuancer l’assertion de son énoncé (il est probable que, il se peut que..), d’émettre un jugement
subjectif à son propos (je souhaite que, j’aimerais que, pourvu que..) ou encore de se situer
par rapport à son interlocuteur (injonction, prière...). De même, la langue fournit au locuteur
toute une gamme de procédés lui permettant d’emprunter un énoncé ou une expression à
autrui en s’en démarquant plus ou moins (discours indirect, discours indirect libre).
L’expression de ces modalités peut emprunter des moyens linguistiques (verbes, adverbes),
qui se rattachent souvent à des routines et formules linguistiques, ou être implicitement
véhiculée par l’intonation : il pleut, pourrait selon les circonstances signifier (hélas, je ne
pourrai pas sortir ; j’attends que la pluie arrête pour aller te voir, ou heureusement, il pleut
1 ?
V. T. 15.
2
Profesores de Enseñanza Secundaria – Francés

enfin, entre autres). L’étude des modalités s’avère donc elle aussi indissociable de la situation
de communication.

Enfin, tout discours possède un « ancrage » énonciatif qui lui confère une tonalité
d’ensemble. C’est le rapport de la situation de communication au discours qui détermine des
types discursifs différents. En fonction de la présence/absence de l’interlocuteur et
présence/absence des référents auxquels renvoie le discours, J-P. Bronckart (1994) propose
ainsi par exemple de distinguer entre :

— discours impliqué : celui où les interlocuteurs partagent l’espace-temps de la


communication, c’est le cas typique de la conversation quotidienne ;
— discours autonome : adressé à un interlocuteur absent, par exemple dans le cas de la
communication écrite. Le cadre spatio-temporel de la production et celui de la
réception sont différents.
— mode conjoint : les référents sont présents dans la situation de communication, ils
peuvent être désignés par des déictiques (ex : passe-moi ça).
— mode disjoint : les référents sont absents, leur compréhension exige qu’ils soient
explicitement verbalisés.

De l’entrecroisement de ces variables naissent, selon Bronckart et al. (1994 : 44), les
quatre types discursifs fondamentaux :

— le discours en situation, impliqué et conjoint ;


— le récit en situation ou récit conversationnel, impliqué et disjoint ;
— le discours théorique, autonome et conjoint ;
— la narration, autonome et disjointe.

Chacun de ces types de discours, défini selon le rapport à la situation de


communication, comporte un type d’ancrage énonciatif précis : on peut, dans chaque cas,
repérer à l’intérieur du discours les traces linguistiques renvoyant à la situation de
communication et déterminer si celle-ci se trouve reprise dans le discours, et dans quelle
mesure. Ainsi, par exemple, le discours impliqué et conjoint ou discours en situation sera
marqué par les déictiques spatio-temporels et par le système de la personne (c’est l’univers du
JE–TU–ICI–MAINTENANT) ; alors que le récit conversationnel, tout en impliquant les deux
interlocuteurs, renvoie à un référent absent (je te raconte ce que j’ai fait la semaine dernière à
Paris) dont les divers aspects devront recevoir une explicitation. En ce qui concerne le
discours théorique, il se caractérise généralement par l’emploi du NOUS d’auteur et du présent
de l’indicatif à valeur gnomique. La narration, enfin, apparaît comme tout à fait détachée de la
situation de communication, avec pour tendance générale, l’emploi de la troisième personne
et des temps du passé. Ces grands types de discours et leurs repérages respectifs préexistent
au discours particulier et semblent s’imposer d’eux-mêmes, sans que nous ayons à choisir. Ils
permettent, depuis lors, de tester l’adéquation d’un discours particulier à ses normes de
construction, mais aussi, du point de vue de la réception du texte, d’élaborer des schémas
d’interprétation et d’anticipation.

2. Le courant pragmatique

Bien que le courant pragmatique puisse être relié à des sources non strictement
linguistiques (sémiotiques, logiques, philosophiques), nous ne retiendrons ici que les apports

3
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de ce courant qui concernent les conditions d’emploi de la langue dans des situations
effectives. L’apport le plus essentiel dans ce domaine est sans doute constitué à l’origine par
le courant dit « philosophie du langage ordinaire », qui a mis au premier plan la conception de
la langue comme acte (théorie des speech acts).

La théorie des actes de langage, élaborée par le philosophe anglais Austin et


développée par Searle, repose sur l’idée que « dire c’est faire », parler c’est accomplir un
certain type d’acte de langage (questionner, promettre, menacer, suggérer...). La parole ne sert
donc pas uniquement à communiquer —ce n’est pas qu’un simple moyen de représentation—,
mais aussi à agir sur le monde et sur autrui. Comprendre un énoncé revient depuis lors à
comprendre les intentions de communication qui l’on fait naître. Or, ces intentions ne sont
pas toujours explicitement posées dans le discours, elles imposent donc au sujet-récepteur un
travail déductif et inférentiel.

Dans les années 1970, Oswald Ducrot, l’un des pionniers de la pragmatique linguistique
en France a popularisé ce sujet de l’implication du sens (Dire et ne pas dire, 1972 ; Le dire et
le dit, 1986, etc.). Le sens d’un énoncé recouvre ainsi non seulement le « posé », le contenu
propositionnel, mais aussi certains éléments qui demeurent implicites :

— les présupposés : par opposition aux expressions par lesquelles le locuteur « pose »
et asserte certains faits, il y a en langue des tournures qui permettent de faire passer
subrepticement certains faits sans les asserter : on parle alors de présupposés. Ainsi par
exemple, l’énoncé Tous les enfants de Marie sont en vacances présuppose-t-il sans l’asserter
explicitement que Marie a des enfants. La présupposition constitue donc une espèce de coup
de force qui permet de « dire sans dire », de faire passer quelque chose sans assumer la
responsabilité d’une prise en charge explicite.
— les implicatures lexicales (ou implicitations), qui contrairement aux présupposés ne
contribuent pas aux conditions de vérité des énoncés. Une implicature lexicale est une
signification non dite explicitement, mais impliquée par la présence d’un certain lexème.
Ainsi, l’énoncé Marie gagne bien sa vie, mais son mari n’en est pas jaloux contient, de par la
seule présence du mais, une implicature que l’on pourrait gloser par « le locuteur s’attendait à
ce que le mari soit jaloux ». Dans ce domaine des implicatures lexicales et du rôle qu’elles
jouent dans l’argumentation, Ducrot et son école ont proposé de fines analyses d’un certain
nombre de connecteurs (mais, puisque, etc.).

De proche en proche, c’est toute la question des niveaux de signification qui est posée :
ainsi par exemple, Strawson propose sur l’énoncé Le président a exprimé l’opinion que
cinquante ans est l’âge idéal pour ce poste l’existence de trois niveaux de signification:
— à un premier niveau, celui de la signification linguistique, un lecteur/auditeur
comprendra le sens et sera même capable de le traduire dans une autre langue, même s’il
ignore quels sont le président et le poste dont on parle ;
— au deuxième niveau, celui de la signification référentielle, on accédera à une
compréhension plus complète si l’on est en mesure de connaître la référence aux êtres
particuliers désignés par les termes président et poste ;
— or, ce n’est qu’au troisième niveau que l’on connaîtra la signification complète de
l’énoncé, à condition de pénétrer ce que le locuteur a voulu donner à entendre, c’est-à-dire,
ses véritables intentions de communication (par exemple, que le président a un candidat
favori dont l’âge serait précisément cinquante ans).

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Profesores de Enseñanza Secundaria – Francés

Le point commun à toutes les approches qui se réclament du courant pragmatique réside
sans doute dans la critique d’une conception purement instrumentale du langage: il est vu ici
comme un acte qui doit être replacé dans les circonstances de sa mise en fonctionnement. Ce
qui apparaît comme étant caractéristique et constitutif du langage, c’est le jeu qui fait que la
signification se construit dynamiquement.

3. L’analyse du discours.

Il est difficile de dresser un panorama des recherches en analyse du discours, car elles
sont dispersées dans diverses régions des sciences humaines: linguistique, bien sûr, mais aussi
sociologie, anthropologie, psychologie sociale, etc. Cet émiettement de la recherche est
aggravé par l’absence de consensus sur la définition de l’analyse du discours. Comme le
reconnaît D. Schiffrin (1994 : 407), « l’analyse du discours est une des zones les plus vastes et
les moins définies de la linguistique. ». Enfin comme conséquence de la diversification dans
le domaine des études discursives, n’importe quel type de production verbale peut se muer en
un objet digne d’intérêt : textes consacrés (littéraires ou philosophiques), textes
journalistiques, publicitaires, politiques, entretiens, questionnaires, fonds documentaires de
toutes sortes. Il s’agit d’extraire et de structurer l’information que renferment ces énoncés,
considérés comme révélateurs de réalités psychologiques, idéologiques ou sociales en
amont d’eux-mêmes.

D’ailleurs, on ne peut pas rapporter l’analyse du discours à un fondateur reconnu : c’est


un espace qui s’est constitué progressivement à partir des années 1960 par la convergence des
courants venus de lieux très divers. Ses grands inspirateurs des années 60 ne sont que pour
une part des linguistes, l’analyse du discours ayant subi des influences diverses telles que
l’anthropologie, la philosophie, la sociologie ou la psychanalyse. Or, nous pouvons tout de
même signaler deux grandes influences qui ont déterminé l’évolution de ce que l’on connaît
sous le nom d’École Française d’analyse du discours.

1. — la démarche analytique : Althusser

La pensée du philosophe marxiste Althusser inspire les premiers travaux d’une


discipline qui ne veut plus se limiter au commentaire de textes, mais qui se destine à étudier
l’investissement du langage par les processus idéologiques. Dans ce courant, fortement
influencé par la psychanalyse, l’analyse du discours visait avant tout à défaire les continuités,
de manière à faire apparaître dans les textes des réseaux de relation invisibles entre énoncés.
La décomposition du texte vise, pour reprendre une formule althussérienne à « déceler
l’indécelé dans le texte même », le rapporter à un autre texte, celui de l’idéologie.

Or, si, indéniablement, la mouvance althussérienne a donné une impulsion décisive à ce


courant, l’École française ne s’y laisse pas réduire. L’année 1969 a vu aussi la parution de
L’Archéologie du savoir de Michel Foucault, dont l’influence devient depuis lors
incontournable.

2.— le discours et le mode d’énonciation institutionnel : Foucault

Face à la démarche analytique althussérienne, Foucault récuse la quête d’un sens caché
et défend plutôt une conception du discours comme dispositif énonciatif institutionnel.
D’après D. Maingueneau (2005 : 66), « l’intérêt qui gouverne l’analyse du discours, ce serait

5
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d’appréhender le discours comme intrication d’un texte et d’un lieu social, c’est-à-dire que
son objet n’est ni l’organisation textuelle ni la situation de communication, mais ce qui les
noue à travers un dispositif d’énonciation spécifique. Ce dispositif relève à la fois du verbal et
de l’institutionnel : penser les lieux indépendamment des paroles qu’ils autorisent, ou penser
les paroles indépendamment des lieux dont elles sont partie prenante, ce serait rester en deçà
des exigences qui fondent l’analyse du discours ».

L’idée de « lieu social » peut renvoyer :

— soit à un appareil institutionnel : on peut ainsi par exemple poser l’existence de


divers types de discours, parmi lesquels le « discours d’hôpital », c’est-à-dire le
réseau des genres de discours qui sont à l’oeuvre dans l’hôpital (réunions de service,
consultations, comptes-rendus opératoires, etc.), le « discours d’entreprise », le
« discours didactique », etc.

— soit à un positionnement : on parlera ainsi du « discours communiste » pour référer à


la diversité des genres de discours (journal quotidien, tracts, programmes électoraux,
etc.) produits par un positionnement déterminé à l’intérieur du champ politique qui
est une composante essentielle de son identité, de « discours de droite », de
« discours raciste », de « discours féministe », etc.

À l’heure actuelle, comme nous le signalions au début, l’analyse du discours se


caractérise par une extrême diversité dans les approches. Mais il existe encore des « tendances
françaises » qui possèdent une certaine spécificité. En dépit des différences, les chercheurs
partagent un certain nombre de postulats et de ressources conceptuelles et méthodologiques :
genre de discours, cohérence/cohésion textuelle, typologie des discours, polyphonie, actes de
langage, etc. Parmi les études que l’on pratique toujours en analyse du discours, nous pouvons
signaler :

— l’étude des propriétés formelles des énoncés et pas seulement de leur fonction
sociale. La morphologie, la syntaxe, le lexique, les phénomènes énonciatifs, les phénomènes
de cohésion et de cohérence sont soigneusement pris en compte.
— la primauté de l’interdiscours (inter— et intra-textualité) : l’énonciation est de
part en part traversée par les rappel de paroles déjà tenues ou virtuelles, par la menace du
glissement dans ce qu’il ne faut pas dire.

— l’hétérogénéité énonciative: la réflexion sur l’énonciation se noue avec celle sur


l’interdiscursivité pour étudier des problèmes d’hétérogénéité énonciative ou polyphonie.

— l’énonciation: en accordant un rôle privilégié aux problématiques de l’énonciation


linguistique (Benveniste, Culioli...), on est amené à réfléchir sur l’articulation entre le sujet du
discours et le sujet tel qu’il peut être appréhendé par les sociologues ou psychologues.

Enfin l’irruption de l’audiovisuel et les multiples travaux sur l’oral ont fait évoluer une
analyse du discours traditionnellement orientée vers l’écrit. L’analyse du discours tend, dans
les dernières années à se rapprocher de l’oral. Or, comme le signale D. Maingueneau (2005 :
9), « pour autant, cet intérêt pour l’oralité ne marque pas un glissement vers des perspectives
strictement conversationnalistes. Il s’agit plutôt de situations de communication fortement

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contraintes sur le plan institutionnel » (entretien journalistique, discours politique, débat


politique à la radio, la réunion de travail en entreprise).

4. L’interaction communicative. Analyse conversationnelle2

C’est au début des années 1970 que l’on assiste à l’émergence de ce nouveau champ de
recherche, et que les conversations (et autres formes d’interactions verbales) deviennent
l’objet d’une recherche systématique. Non qu’elles aient été jusque-là totalement négligées :
de la Renaissance à nos jours, la littérature est abondante qui traite de la conversation, mais
elle se centre sur règles de « l’art de bien converser ». Actuellement, au contraire, la
perspective se veut scientifique, c’est-à-dire purement descriptive.

Les premiers travaux dans ce domaine portent essentiellement sur les aspects
organisationnels des conversations (règles d’alternance des tours de parole, procédés assurant
la cohérence interne des différentes interventions, organisation thématique, normes et
principes conversationnels, etc.). Plus récemment, la recherche s’est étendue aux aspects
relationnels, concernant non plus la construction du texte conversationnel, mais les relations
qui se construisent, par le biais de l’échange verbal, entre les acteurs engagés dans le
processus communicatif.

Or, l’analyse conversationnelle, comme l’analyse du discours, ne se laisse pas réduire à


une seule approche. Elle a ainsi partie liée avec des disciplines aussi diversifiées que les
suivantes : psychologie sociale et psychologie interactionniste, sociologie cognitive,
sociologie du langage, sociolinguistique ; linguistique, dialectologie (en particulier urbaine), ;
philosophie du langage ; ethnolinguistique, ethnographie, anthropologie ; kinésique, éthologie
des communications… Nous ne retiendrons ici que les principales conclusions de ces diverses
approches qui illustrent particulièrement ce que l’analyse conversationnelle apporte à la
connaissance de la communication orale.

4.1. La conversation comme pratique sociale : normes et principes


conversationnels

À partir du postulat que « dire c’est faire », certains auteurs se proposent de définir les
normes régissant cette notion d’action conversationnelle. En tant que pratique sociale, la
communication se trouve en effet soumise à un certain nombre de normes et de principes :

a) le principe de coopération : dans un article devenu célèbre3 H.P. Grice pose


l’existence d’un principe général auquel doivent se plier les interactants dans le but de faire
réussir une interaction et qui veut que chaque participant à l’échange y contribue de la
façon adéquate : « faites votre contribution à la communication de la façon qui est requise
par le but de ladite communication et au moment opportun ». Ce principe est ensuite explicité
par quatre maximes : de quantité (il faut fournir la quantité d’information juste requise par
l’échange), de qualité (qui contraint en principe à ne dire que la vérité), de relation (qui a
trait à la pertinence de la contribution) et de modalité (impliquant la clarté, la brièveté, etc.).

2
C’est surtout aux analyses des interactions et aux courants sociolinguistiques que nous devons une meilleure
compréhension des paramètres qui interviennent dans la communication. C’est pour cette raison que nous nous
attarderons plus en détail sur les apports de ces études.
3
« Logic and Conversation », 1975.
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Les maximes ne sont pas toujours respectées dans leur intégralité, mais la
communication peut fonctionner tant que le principe général de coopération sera maintenu.
Plus concrètement, l’intérêt de ces maximes réside pour Grice dans le fait qu’elles peuvent
être enfreintes sans pour autant compromettre la communication, et que toute violation des
maximes s’avère significative. Les situations qui expliquent, pour Grice, les infractions au
principe de coopération sont : le désir de mentir, le refus de coopérer, le besoin de faire
prévaloir une maxime au détriment d’une autre, ou enfin, le désir de créer des implicitations.

Or, ces possibilités n’épuisent certainement pas l’éventail des circonstances dans lesquelles
nous sommes quotidiennement amenés à enfreindre l’une ou l’autre de ces maximes.
Imaginons que ma meilleure amie me demande si sa nouvelle robe lui va bien. Est-ce parce
que je désire mentir, ne pas coopérer ou créer des implicitations que je réponds qu’elle lui va
très bien, alors que je ne le crois pas ? Certainement pas. Il faut aussi garder à l’esprit que la
communication se produit entre des êtres munis d’affects et de désirs d’épanouissement
personnel et interpersonnel. C’est ce qui explique le besoin de respecter un autre principe
essentiel : le principe de politesse.

b) le principe de politesse : Depuis la fin des années 1970, plusieurs modèles, dont
ceux de Leech, de Brown et Levinson ou de Kerbrat-Orecchioni essaient de rendre compte du
fonctionnement de la politesse, non plus comme simple répertoire de « formules », mais
comme phénomène exerçant une influence directe sur les comportements langagiers, et qui est
définie comme la mise en oeuvre de diverses stratégies qui visent à préserver le caractère
harmonieux de la relation interpersonnelle.

Ainsi, par exemple, G. Leech (1983) pose que la politesse est un principe, au même titre
que le principe de coopération, constitué comme lui par un certain nombre de maximes (de
tact, de modestie, d’accord, de sympathie, etc.). Brown et Levinson, de leur coté, ont bâti leur
modèle de politesse sur la notion de face. Concept élaboré par Goffman, la face renvoie en
principe à la représentation que chacun se fait de soi et de l’autre. Elle est ensuite
développée dans le modèle de Brown et Levinson (1987 : 61), qui distinguent ainsi deux faces
que tout être social possède :

— face positive : l’ensemble des images valorisantes de soi que chacun des interactants
essaie de transmettre et de maintenir.
— face négative : qui correspond à ce que Goffman appelle le « territoire du moi » et
que l’on peut considérer comme étant le territoire corporel, spatial, la libre disponibilité de
son propre temps, les biens matériels, etc.

Ces deux faces que chacun des interactants met en jeu dans toute activité sociale sont
susceptibles d’être menacées lors de l’interaction par les actes que chacun accomplit à l’égard
de soi-même ou de l’autre. Ces actes menaçants pour les faces sont appelés FTAs (Face
Threatening Acts). Les actes de langage peuvent dès lors être classées, selon la face menacée
du locuteur ou de l’allocutaire, en quatre catégories :

— FTAs pour la face positive du locuteur (autocritique)


— FTAs pour la face négative du locuteur (promesse qu’il fait à ses dépens)
— FTAs pour la face positive de l’allocutaire (insulte, critique)
— FTAs pour la face négative de l’allocutaire (question indiscrète, ordre, etc.).

8
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La politesse apparaît donc pour ces auteurs comme un désir mutuel de préserver toutes
les faces, ce que l’on peut faire à travers un certain nombre de stratégies de politesse. Dans la
révision que Kerbrat-Orecchioni fait du modèle brown-levinsonien, elle remarque surtout le
caractère négatif de cette conception, qui ne considère que les seuls actes menaçants pour les
faces, alors que « sont aussi produits dans l’interaction des anti-FTAs, qui ont sur les faces
une action franchement positive » (Kerbrat-Orecchioni, 1992 : 176). Elle propose d’ajouter,
comme complément des FTAs, la notion de FFA (Face Flattering Act), ou « acte valorisant
pour la face » (Kerbrat-Orecchioni, 1996b : 54), tel que peut l’être par exemple un
compliment. La distinction entre ces deux types d’actes permet de diviser la politesse en :

— politesse négative : de nature abstentionniste ou réparatrice ; elle consiste à éviter


de produire un FTA ou à en atténuer la réalisation ;
— politesse positive : de nature productionniste ; elle consiste à effectuer des FFA,
pour la face négative (cadeau), ou positive (compliment).

La politesse cherche prioritairement à maintenir ou à renforcer les faces de


l’interlocuteur, mais elle n’exclut pas la protection des faces du locuteur lui-même. Or, dans
ce cas, elle est socialement limitée à la politesse négative (éviter d’exposer ses faces, de
s’autodégrader), la valorisation de ses propres faces (ex : auto éloge) étant perçue comme un
acte d’impolitesse.

Le principe de politesse ajoute donc au principe de coopération une prise en compte de


la dimension sociale de la communication. Pour Grice, l’objectif de la communication est
celui d’obtenir une efficacité maximale. Pour les tenants du principe de politesse, cette
efficacité se trouve subordonnée à la préservation de l’harmonie interpersonnelle, l’enjeu
relationnel s’imposant à l’enjeu informationnel. Or, la primauté de l’un ou de l’autre dépend,
évidemment, de la nature de l’échange : dans une conversation quotidienne, c’est sans doute
le plaisir de la rencontre que l’on recherche et la politesse joue depuis lors un rôle
fondamental ; dans une conférence, par contre, c’est le contenu des propos qui importe le
plus, et le principe de coopération s’imposera à la dimension relationnelle.

4.2. Les stratégies interactionnelles

Chacun des buts de la communication —information, relation— met en oeuvre diverses


stratégies que nous pouvons envisager sous deux rubriques essentielles, quitte à les regrouper
ensuite sous le terme générique de la négociation.

4.2.1.— stratégies de politesse


elles peuvent être divisés en deux grands groupes, selon qu’elles relèvent de la politesse
négative, de nature essentiellement abstentionniste ou réparatrice, selon les cas, ou qu’elles
reflètent la politesse positive, à caractère productif.

prévention : elle consiste à éviter des contacts où une


menace de la face —de l’interlocuteur ou du locuteur—
est susceptible de paraître
atténuation : si l’acte menaçant a été accompli ou s’il est
stratégies de politesse négative envisagé comme inévitable, le locuteur essaiera d’en
atténuer la portée, à l’aide de divers
«adoucisseurs» (Kerbrat-Orecchioni, 1996b: 54-58) : non
verbaux (sourire, clin d’oeil) ou verbaux (formulation
9
Centro de Estudios Tecnoszubia

indirecte des actes de langage (question pour requête),


imparfait de politesse, minimisateurs (je voulais juste...),
excuses, litote, euphémisme, etc.)
elles impliquent la production de tout acte ayant pour le
destinataire un caractère essentiellement bénéfique
stratégies de politesse positive (FFA) : compliment, cadeau, invitation, formule votive
ou de bienvenue, etc. Contrairement aux actes
menaçants, qui doivent être adoucis, les actes favorisant
l’interlocuteur tendent à être hyperbolisés et renforcés
(« merci mille fois ! » « t’es super belle ! »)

4.2.2. — stratégies d’expression et d’interprétation

Lorsque le but premier de la communication se ramène à l’efficacité de la transmission


des informations, le principe de coopération gricéen est plus strictement respectée. Le
locuteur cherche depuis lors à rendre son discours clair, cohérent, pertinent, afin de
permettre à son interlocuteur un accès immédiat au sens. Il jouit à cet égard d’un avantage
incontestable à l’oral : la présence de son interlocuteur qui, par ses réactions verbales et non
verbales, lui transmet constamment des informations concernant l’interprétation de son
discours. Le locuteur peut ainsi le modifier au besoin. Les stratégies qu’il adopte relèvent
dans ce cas de la « réparation- reformulation », que celle-ci soit entamée à sa propre
initiative, ou suite à une demande de l’interlocuteur :

—lorsque la réparation est entamée par le propre locuteur, on trouve des procédés tels
que les hésitations, les reprises visant à gagner du temps pour formuler sa pensée de
façon plus explicite, les reformulations du type je veux dire que.., les corrections
instantanées après un faux départ, etc.

—en ce qui concerne les réparations entamées par l’interlocuteur, elles empruntent en
général la forme de questions du type pardon? comment? quoi? Qu?est-ce que tu veux
dire? Qu’est-ce que tu entends par là? ou de paraphrases et reformulations de son
partenaire du type tu veux dire que..., j’imagine.

Le locuteur doit également veiller à ce que l’interlocuteur reste « branché » et


comprenne le sens du discours qui lui est adressé. Il déploie à cet égard des stratégies de
vérification à l’aide de questions (tu me suis ? tu saisis ? vous comprenez ?), et des stratégies
de contrôle à l’aide de phatèmes (hein ? n’est-ce pas ?).

Quant à l’interlocuteur, il ne peut de toute évidence rester passif. S’il est constamment
sollicité par le locuteur à l’aide de phatèmes et de questions, c’est que le sens naît d’une co-
construction. En effet, l’interaction conversationnelle constitue un cas particulier de
communication, dans la mesure où la planification et la production du discours ne relèvent
plus du seul locuteur, mais que celui-ci doit à tout instant tenir compte de son allocutaire. Ceci
implique :

— que le récepteur combine des stratégies d’interprétation (inférences lui permettant


d’accéder au sens du message, hypothèses sur le contenu du message) et des stratégies de
feedback, de nature généralement non verbale (afin de ne pas interrompre le déroulement du
discours), visant à signaler au locuteur une attitude d’écoute active et ses progrès dans le
processus interprétatif (« je te suis », « je ne comprends pas », « je suis d’accord », « je ne

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Profesores de Enseñanza Secundaria – Francés

suis pas d’accord »). C’est notamment le rôle assumé par les régulateurs verbaux et non
verbaux.

— que les deux interlocuteurs s’engagent dans un processus constant de négociation


concernant non seulement les procédés d’expression et d’interprétation (vérification des
connaissances partagées, reformulation si besoin), mais aussi la gestion des prises de
parole et des thèmes du discours.

4.3.3. la négociation

« ce qu’on observe quand on étudie attentivement les conversations authentiques, ce


n’est pas seulement une interaction, mais une véritable négociation entre les interlocuteurs (E.
Roulet, 1991 : 14). Or, qu’entend-on au juste par négociation ? Pour comprendre ce concept,
il faut d’abord admettre que l’espace de la parole est un espace potentiellement conflictuel, où
des problèmes de compréhension, des menaces et des ruptures sont toujours susceptibles de
paraître, d’où le besoin d’un travail « collaboratif », c’est-à-dire d’un engagement, d’une
coopération, et le respect des normes de la politesse. Ces normes concernent aussi bien les
mécanismes de prise de parole que la gestion de l’objet de discours. On sait ainsi, par
exemple, que l’on ne doit pas interrompre l’autre pour prendre la parole n’importe comment,
que l’on ne doit pas imposer à l’autre un sujet de conversation susceptible de le gêner
particulièrement, que certains actes de parole sont « impolis » dans certaines circonstances,
etc. De ce point de vue, la négociation concerne à tout instant le degré d’adéquation de nos
interventions. Elle s’inscrit dans le cadre des grands principes généraux qui gouvernent tout
échange communicatif, le principe de coopération et le principe de la politesse, et s’applique à
tout aspect de l’interaction : toute prise de parole, tout changement de ton, de sujet, de
rôle, toute modification dans la relation interpersonnelle, etc. doit faire l’objet d’une
négociation, d’un accord entre les interactants.

— négociation des tours de parole : l’alternance des tours de parole se fonde sur un
système de droits et de devoirs selon lequel le locuteur a le droit de garder la parole, mais
aussi l’obligation de la céder à un moment donné ; l’interlocuteur a le devoir de laisser parler
le locuteur, le droit de demander la parole, et le devoir de la prendre quand le locuteur la lui
cède. Dans l’exercice de leurs droits et devoirs, les interactants déploient tout un éventail de
signaux verbaux et non verbaux (hochements de tête, gestes des mains, expressions du visage,
mouvements du corps, signaux acoustiques [intonation, rythme, pauses...]) visant à signifier
qu’ils sont prêts ou pas à céder la parole à l’interlocuteur, qu’ils veulent intervenir ou qu’ils
refusent par contre de prendre la parole. Le respect des normes conversationnelles implique
que l’alternance des tours de parole soit un rituel négocié, que chacun puisse intervenir à un
moment donné. Mais il se peut, évidemment que la négociation échoue, soit que L1 ne cède
pas la parole à L2, soit que celui-ci décide d’interrompre L1 au lieu d’attendre son tour.

— négociation des thèmes de discours : bien que la « conversation à bâtons rompus »


paraisse à première vue anarchique, c’est le contexte, le « déjà dit », qui indique dans une
large mesure quels sont les thèmes susceptibles de paraître. Par ailleurs, le locuteur doit
constamment veiller à vérifier les connaissances que possède son interlocuteur : « Sous-
estimer les connaissances de l’interlocuteur peut être insultant, les surestimer peut causer des
problèmes de communication. Les interlocuteurs doivent constamment évaluer ce qui est
nouveau et ce que l’interlocuteur sait déjà de par le contexte verbal et non-verbal de la
communication (Kramsch, 1991 : 15). Enfin, on peut signaler que la gestion des thèmes
abordés et développés obéit également à une contrainte thématique (F. Jacques, 1988 : 58-
11
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59), qui résulte en quelque sorte de la conjonction du principe de pertinence et du principe de


politesse. La pertinence contraint à un traitement des sujets qui exige le minimum de coût
cognitif, ce qui implique que l’on s’abstienne d’effectuer des changements brusques de sujet
ou alors qu’on les introduise de manière adéquate. La politesse, de son côté, enjoint non
seulement de projeter une image de soi favorable tout en essayant de respecter celle des
autres, mais aussi d’aborder des sujets susceptibles d’intéresser tous les interactants et d’éviter
en même temps les thèmes frappés d’interdiction dans une situation donnée —questions
indiscrètes, discours exclusivement auto-centrés et autres tabous conversationnels dont
témoigne par exemple l’emploi fréquent d’euphémismes.

4.3. La conversation comme lieu de rencontre interpersonnelle

Les normes et principes conversationnels ne prennent tout leur sens que si on les
envisage à la lumière de leur influence sur la construction et l’évolution des relations
interpersonnelles, qui constituent en fait l’un des enjeux majeurs de la communication :

Une part importante du matériel produit au cours de l’interaction n’a d’autre fonction que
relationnelle – si bien que même lorsqu’ils sont incontestablement chargés de contenu
informationnel, les énoncés possèdent toujours en sus une valeur relationnelle : quête
d’un consensus, désir d’avoir raison (ou raison de l’autre), souci de ménager la face
d’autrui ou de la lui faire perdre…, valeur qui agit insidieusement mais efficacement dans
le dialogue, même si elle est souvent plus dissimulée, car moins « officielle » que le
contenu informationnel (Kerbrat-Orecchioni, 1992 : 13).

En effet, d’une part la nature et l’orientation de ces relations dépendent étroitement du


respect vs violation des lois conversationnelles, d’autre part, ce sont justement ces relations
qui déterminent les choix langagiers et comportementaux effectués par les interlocuteurs.
L’étude de la relation interpersonnelle peut être envisagée en termes de :

— distance : horizontale (degré de familiarité) et verticale (rapport hiérarchique ou


de « dominance »), cette distance pouvant être appréhendée à partir de l’étude de certains
marqueurs pertinents à cet égard, comme les termes d’adresse, mais aussi bien d’autres unités
verbales ou non verbales (distance physique, gestes d’attouchement, fréquence et durée des
contacts oculaires).

— composante affective ou émotionnelle, qui confère à l’interaction une visée soit


consensuelle, soit conflictuelle.

4.4. La structure conversationnelle : routines et formules

Il existe à la base de toute conversation une structure dont le signe le plus évident est
marqué en surface par la succession et alternance des tours de parole. Mais d’autres éléments
font partie de cette structure qui est, elle aussi, profondément liée au caractère social de la
communication.

En effet, malgré leur allure souvent chaotique, les interactions verbales se conforment
aussi à un certain nombre de principes de structuration. Mis à part l’ensemble de règles
« génériques », qui déterminent des contraintes de forme et de structure (une interview ne
suit pas le même déroulement qu’une interaction de service au café ou qu’une conversation

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informelle), on constate que la conversation présente des régularités de forme permettant


d’identifier au moins des séquences encadrantes d’ouverture et de clôture, entre lesquelles
apparaît un nombre variable de séquences « transactionnelles » qui constituent à proprement
parler le « corps » de l’interaction (les divers thèmes traités). Si ces dernières sont soumises à
des contraintes de cohésion et de cohérence, les premières font par contre intervenir de près le
principe de politesse et la négociation.

Les séquences d’ouverture sont essentiellement constituées de salutations, mais elles


présentent en général des configurations plus étendues qui résultent de leur caractère ritualisé.
En effet, le fait d’aborder un interlocuteur équivaut à lui imposer notre présence et
l’obligation de correspondre —positivement ou négativement— à nos intentions. La pression
exercée par le principe de politesse contraint de ce fait à échanger certaines formules rituelles
de prise de contact, structurées en phases successives dont les fonctions sont :
établir le contact physique et psychologique entre les interlocuteurs (fonction « phatique »), opérer une
première mais décisive « définition de la situation », et amorcer l’échange proprement dit de façon
favorable, grâce à un certain nombre de rituels « confirmatifs » (salutations, manifestations de cordialité, et
du plaisir que l’on éprouve à cette rencontre) (Kerbrat-Orecchioni, 1996b : 37).

La clôture de l’interaction implique également un processus de négociation qui


permette de mettre un terme à la rencontre. Ce moment s’avère parfois plus délicat que celui
de l’entrée en dialogue, comme en témoignent ses prolongements et les rééditions fréquentes
des mêmes actes d’adieu. La fin de la conversation constituant en quelque sorte la preuve de
sa réussite communicative, il importe de signaler à l’autre le maintien de la disposition
initiale, le plaisir que l’on a éprouvé à la rencontre et l’espoir de la reprendre lors d’une
occasion prochaine.

Le caractère ritualisé —socialement codifié— de ces séquences permet d’être


appréhendé en termes de routines et formules habituelles. Ainsi par exemple, les salutations
sont normalement constituées par des paires adjacentes du type : bonjour/bonjour ; salut ça
va?/ oui, ça va ; comment allez vous?/très bien, et vous même?; au revoir/au revoir ; à
bientôt/à bientôt. En général ces paires adjacentes fonctionnent de façon symétrique
(bonjour/bonjour), or, il n’en reste pas moins que la situation de communication et le statut
respectif des interactants peut justifier des dissymétries, par exemple: Salut André! / bonjour
M. le Directeur.

Ces routines apparaissent également dans des échanges plus ou moins typifiés tels que,
par exemple :

— les conversations téléphoniques: allô! ; je voudrais parler à... ; c’est de la part de


qui? Qui est l’appareil ?; pouvez-vous épeler votre nom s’il vous plait ?; Je
regrette, il/elle n’est pas là, pouvez-vous rappeler plus tard?; Pouvez-vous patienter
un instant ?; Voulez-vous laisser un message ? ; Désolé(e), je crois que vous faites
erreur ; ne quittez pas, je vous le passe, etc.
— les interactions dites « de service » (au restaurant, à l’hôtel, à la gare, au guichet de
vente, etc.), qui se conforment pour l’essentiel à ce que l’on connaît comme des
« scripts » de déroulement, comprenant en général des phases successives (accueil
du client, prise en charge, examen de ses besoins, proposition de services) qui
comportent aussi pas mal de routines et de formules fixes : En quoi puis-je vous

13
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aider ? Que puis-je pour vous ? Que désirez-vous ? Permettez-moi de vous


conseiller,... Voilà monsieur/ madame, etc.
— les macrofonctions linguistiques, ou actes visant à transmettre une visée illocutoire
déterminée (s’excuser/excuser quelqu’un: pardon/ ce n’est rien ; excusez-moi/ce
n’est pas grave ; je suis désolé/ ça ne fait rien ; je vous présente mes excuses... ;
exprimer son accord/désaccord: d’accord/pas question ; OK/pas du tout ; je suis
pour/je suis contre, etc.)

4.5. La compétence de communication

C’est surtout cette idée qui attirera didacticiens et méthodologues des langues
étrangères. En réaction contre la conception chomskyenne du langage, Hymes publie en 1962
un article où il expose que pour lui, savoir parler, ce n’est pas seulement, comme le prétend N.
Chomsky, être capable de produire et d’interpréter un nombre infini de phrases bien formées,
mais c’est aussi maîtriser les conditions d’utilisation adéquate des possibilités offertes par
la langue. La compétence linguistique doit donc être envisagée au sein d’un ensemble plus
large, où savoirs linguistiques et savoirs socioculturels sont inextricablement mêlés : la
compétence communicative, que l’on peut définir comme l’ensemble des aptitudes
permettant au sujet parlant de communiquer efficacement dans des situations culturellement
spécifiques. C’est en tant qu’il possède une compétence communicative, et pas seulement une
compétence linguistique, que l’individu peut survivre en société : le « bébé chomskyen »,
remarque Hymes, serait un « monstre » voué à une mort rapide, car il serait capable de débiter
des phrases impeccablement « grammaticales », mais incapable de les utiliser au bon moment,
au bon endroit, et avec le bon interlocuteur.

5. Vers une redéfinition de la notion de « communication »

L’évolution de la linguistique a permis une redéfinition de la notion même de


communication, qui s’applique, à quelques nuances près, aussi bien à la communication orale
qu’à la communication écrite. Les premières recherches dans le domaine avaient abouti à
l’élaboration d’un schéma de la communication qui reposait sur six composantes : le
message, produit par un émetteur à l’intention d’un récepteur, le contexte auquel renvoie le
message, le canal et enfin le code (Jakobson). Or, la communication humaine n’est pas un
simple mécanisme d’encodage et décodage d’informations véhiculées par un message limpide
et transparent entre deux partenaires partageant totalement un même code homogène. Si nous
partons de l’idée que comprendre un message quelconque revient à déceler les intentions de
communication qui en commandent la production, il est aisé de constater que la tâche est
souvent bien plus difficile que l’on ne croit, le locuteur pouvant à cet égard se montrer plus on
moins explicite. Quant au code, signalons tout simplement que, même si on partage un code
commun comme celui de la « langue française », il est bien des traits qui empêchent souvent
l’intercompréhension : registres, niveaux de langue, expressions idiolectales, voire différence
d’age ou de statut social des interlocuteurs.

En effet, entre la production d’un discours par un sujet et l’interprétation de ce discours


par son interlocuteur il n’y a pas forcément de symétrie. Le sujet-communiquant est toujours
amené à construire une certaine image de son récepteur, image à laquelle il va adapter son
propos — sans toutefois être totalement sûr de son fait— en fonction de la représentation
qu’il se fait de l’autre, de la nature des relations qu’il entretient avec lui, des connaissances
qu’il lui suppose, de son statut, etc. À l’autre bout, le sujet-interprétant, qui ne correspond

14
Profesores de Enseñanza Secundaria – Francés

jamais exactement a ce qui a été imaginé ou à ce que croit savoir de lui le locuteur, va devoir
à son tour construire un certain nombre d’hypothèses lui permettant —ou non— d’accéder au
sens du message qui lui est adressé.

Les attitudes et les aptitudes des deux sujets ne sont donc pas les mêmes : elles
dépendent de leurs savoirs respectifs, de leurs systèmes de valeurs, mais aussi de leur histoire,
de leur vécu personnel, de leur propre univers de discours et de la position que chacun occupe
par rapport à l’autre dans l’acte de communication. D’où un décalage, susceptible d’être
corrigé par des stratégies d’ajustement, entre le TU visé par le locuteur et le TU vraiment
récepteur d’une part, et d’autre part entre le JE supposé par le TU interprétant et le JE
communiquant.

Les stratégies d’ajustement, de divers types, sont plus facilement repérables à l’oral
qu’à l’écrit, notamment en situation d’interaction face à face, car un simple geste de
l’interlocuteur (feedback) suffit parfois à nous indiquer qu’il n’a pas compris et que nous
devons modifier quelque point de notre discours ou introduire des explications
supplémentaires. Dans les situations orales où il n’y a pas d’interaction (cours magistral,
messages radio ou télédiffusés, etc.), ainsi que dans le cas de la communication écrite, ces
stratégies d’ajustement sont en général suppléées par un plus grand effort d’anticipation. En
effet, l’impossibilité pour l’interlocuteur, réel ou potentiel, d’interrompre et de demander des
informations oblige le locuteur à anticiper sur les réactions provoquées par la réception de son
message. Il doit prévoir les effets, lever à l’avance les ambiguïtés susceptibles de paraître, et
pourvoir en somme son message d’un système d’auto-contrôle de la réception, de façon à
éviter, dans la mesure du possible, les erreurs d’interprétation. Au niveau de l’organisation
pragmatico-discursive du message, cette contrainte se manifestera par des opérations de
hiérarchisation et de liaison concourant à la cohésion et à la cohérence de son discours.

Ces éléments agissent doublement sur la communication : au niveau de la production,


ils déterminent des choix langagiers et comportementaux ; au niveau de la réception, ils
facilitent ou entravent (selon les cas) l’interprétation des messages, mais produisent toujours
des effets.
Tout discours est par ailleurs produit dans le cadre de certaines données spatio-
temporelles dont l’influence est également déterminante pour la forme et pour le contenu
des discours échangés, à commencer par la présence simultanée des interlocuteurs dans le
lieu de l’échange communicatif. Lorsque la communication se produit en face à face, elle se
trouve tout naturellement enrichie par les composantes de ce que l’on appelle le langage non
verbal et par l’entourage immédiat, ce qui permet des usages plus elliptiques, l’emploi de
déictiques et des verbalisations minimales des référents. Il n’en va pas de même lorsque la
communication emprunte un autre canal (communication téléphonique, communication
écrite). Deuxièmement, il va de soi que l’on ne parle pas de la même façon partout et à tout
moment : « à chaque “site” institutionnel correspond un “scénario” particulier […]. Le cadre
spatio-temporel est donc déterminant pour le thème des échanges, mais aussi pour leur
“style” » (Kerbrat-Orecchioni, 1990 : 108-109). La dimension spatio-temporelle de la
communication dessine ainsi en filigrane la notion d’opportunité, d’adéquation des propos
au moment et au lieu, et ce en fonction aussi des normes discursives et socioculturelles de la
communauté de référence.

Enfin, il est un autre facteur constitutif du cadre spatio-temporel qui exerce une
influence considérable dans les interactions orales : c’est la présence potentielle de témoins.

15
Centro de Estudios Tecnoszubia

Très souvent, en effet, surtout lorsque la communication se déroule dans des lieux publics,
plusieurs personnes se trouvent entendre, sans le vouloir 4, des propos qui ne leur sont pas
adressés. Ces témoins, que Kerbrat-Orecchioni (1996 : 17-18) désigne sous le nom de
« récepteurs en surplus », n’ont pas le statut conversationnel d’interactants « ratifiés » : ils
n’appartiennent pas à l’échange communicatif. Or, les interlocuteurs, qu’ils le veuillent ou
non, dès qu’ils perçoivent cette présence, ne peuvent qu’en tenir compte, ce qui se traduit
dans la communication par l’adoption, soit d’un ton chuchoté qui vise à exclure le témoin,
soit d’un ton plus élevé qui lui permette d’entendre ce qui est dit. Un témoin peut,
occasionnellement, s’arroger le statut de locuteur et intervenir dans la conversation, comme
dans l’exemple suivant :

A — Je ne sais pas comment on va faire pour arriver au musée. Il faudrait peut-être demander à quelqu’un...
B — Mais non, c’est sûr que c’est par ici...
C (qui ne fait pas partie de la conversation) — Excusez-moi, je n’ai pu m’empêcher de vous entendre.
Vous cherchez le musée ? Je peux bien vous y conduire.

Nous pouvons depuis lors élargir le schéma traditionnel de la communication afin d’y
intégrer, outre les composantes du schéma jakobsonien, des données concernant le nombre et
le type d’interlocuteurs impliqués (identité, statut, rôle, relation avec l’interlocuteur,
représentation que chacun se fait de l’autre...), les données spatio-temporelles, les intentions
de communication de chacun, ainsi que les effets produits sur l’autre. Le schéma de la
communication pourrait être représenté comme suit5 :

REPRÉSENTATIONS
relations

(référent)

DE QUOI
statut statut
rôle interventions hypothèses rôle
attitude projections attitude
groupe L1 L2 groupe
d’appartenance DISCOURS d’appartenance
groupe de groupe de
intentions effet
référence référence

(fonction)
Où ? Quand ? Où ? Quand ?
Pour quoi faire ? POURQUOI Pour quoi faire ?
Devant qui ? Devant qui ?

Conditions de production

Conditions de réception – interprétation

4
Il se peut, au contraire, que le témoin écoute la conversation qui se déroule entre les interactants à leur insu et
de façon tout à fait délibérée. Il appartient depuis lors à la classe des « eavesdroppers » ou espions.
5
Adapté de S. Moirand, 1982.
16
Profesores de Enseñanza Secundaria – Francés

Conclusion : implications pour la didactique des langues étrangères

« Communiquer » est un processus beaucoup plus complexe que ne le laissent


supposer nos habitudes langagières. Comme le montrent les approches que nous avons
envisagées, il ne s’agit point seulement de l’utilisation d’une langue concrète en vue de la
construction d’un message ; la communication fait aussi intervenir des intentions de
communication, transmises de façons diverses et dans lesquelles il est permis de voir
l’implication des interlocuteurs, leurs prises de position. La production discursive doit par
ailleurs respecter des normes de composition (genres et types de discours), souvent rattachées
à des lieux institutionnels. En tant que pratique sociale, la communication doit également se
conformer à une série de normes et de principes qui en déterminent la recevabilité sociale. Le
sens du discours ne se limite point au contenu propositionnel, mais il se trouve à tout instant
enrichi de présupposés, implicitations qui naissent de diverses données relationnelles,
psychologiques, spatio-temporelles, non verbales... Nous devons en somme manier
simultanément un tel nombre de variables que l’on s’étonne que la communication réussisse.
Et cependant elle réussit le plus souvent.

En effet, nous sommes constamment inscrits dans divers « circuits » de communication


que nous maîtrisons de façon inconsciente pour la plupart du temps, grâce à des stratégies
progressivement acquises au cours de notre développement cognitif : stratégies de politesse,
d’expression, de composition, d’interprétation, de négociation, et grâce aussi à
l’acquisition de divers modèles discursifs, accompagnés des routines et formules qui s’y
rattachent, qui nous permettent d’assurer l’adéquation de nos propos à nos intentions et à la
situation de communication. Autrement dit, nous possédons une compétence de
communication.

Si nous faisons porter ces réflexions sur le domaine de l’acquisition d’une langue
étrangère, il devient vite évident que la communication en langue étrangère ne saurait, pas
plus qu’en langue maternelle, se réduire à la mise en exercice de la langue. C’est pour cette
raison que l’on ne peut pas borner l’acquisition au seul apprentissage du « code linguistique »
avec son lexique et ses règles phonétiques, grammaticales, syntaxiques. Cette compétence
doit nécessairement être élargie par l’acquisition parallèle de compléments discursifs,
socioculturels et stratégiques qui permettent d’obtenir en langue étrangère les mêmes
capacités communicatives que nous déployons en langue maternelle. C’est surtout donc la
notion de compétence de communication que la didactique a retenue des apports de la
linguistique des dernières décennies et qu’elle a posée comme objectif dans le processus
d’enseignement / apprentissage d’une langue étrangère, c’est-à-dire l’acquisition non
seulement d’un savoir, mais aussi d’un savoir faire intégrant toutes les composantes de la
communication. L’apprenant jouit, à cet égard, d’un avantage incontestable, fourni par la
compétence déjà acquise en langue maternelle, qui lui permet d’affronter quotidiennement
avec succès des centaines d’échanges communicatifs.

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Common questions

Alimenté par l’IA

According to Leech and Brown & Levinson, the principle of politeness enhances interpersonal communication by maintaining harmony and allowing social interactions to function smoothly. Leech emphasizes politeness as a system composed of various maxims, such as tact and modesty, which govern the social dimension of communication. Brown & Levinson utilize the concept of 'face' which refers to the self-image each participant presents in interactions. Politeness strategies are employed to preserve both the speaker's and the listener's face, thus ensuring a cooperative and non-threatening exchange. This consideration of the social aspects enhances communication by fostering a positive relational context while minimizing potential conflicts .

Grice's principle of cooperation focuses on achieving communication efficiency through adherence to maxims such as quantity, quality, relation, and manner. In contrast, the principle of politeness places a stronger emphasis on maintaining interpersonal harmony over informational efficiency. Politeness prioritizes strategies that preserve the social face of interlocutors, thereby sometimes subordinating the informational aspect to relational considerations. The principle of politeness often requires careful management of social interactions, aiming to respect personal and social boundaries even at the cost of deviating from strict informational efficiency .

The pragmatic approach views speech acts as fundamental to communication, emphasizing their role in performing actions rather than just conveying information. This perspective, rooted in Austin's and Searle's work, proposes that to speak is to act, with language serving as a tool for questioning, promising, threatening, or suggesting. Speech acts engage interlocutors in a dynamic exchange where meaning extends beyond the literal, requiring the inference of underlying intentions. As such, understanding speech acts involves grasping not only the propositional content but also the implicit communicative intentions that drive interaction .

Theories of enunciation and pragmatics play a crucial role in the study of communication processes by focusing on the effective use of language in communication. They aim to capture the dynamic construction of meaning by considering factors beyond linguistic signs or isolated sentences. This involves addressing the conditions surrounding an utterance, the preceding and justifying statements (context), and the interlocutors involved in the communication act, including their communication intentions and shared knowledge. The integration of extralinguistic data is essential to understanding the generation and apprehension of meaning, thus redefining linguistic inquiry from mere structure to encompassing the complete act of communication .

Discourse analysis faces challenges in presenting a unified framework due to its interdisciplinary influences, as it integrates insights from linguistics, sociology, anthropology, psychology, and other social sciences. The lack of a singular methodological approach or definition complicates creating a standardized framework, as diverse contexts and aims for analysis are considered valid. This diversity, while enriching the field, results in debates over the core principles and objectives of discourse analysis, reflecting the complexity of language as a social phenomenon. As disciplines contribute varied perspectives, consensus on methods and focus becomes elusive, complicating collaborative and consistent theoretical development .

The integration of extralinguistic data into linguistic studies significantly impacts language teaching by shifting the focus from linguistic competence to comprehensive communicative competence. It necessitates a more holistic approach to teaching languages, where cultural context, social interactions, and pragmatic nuances are emphasized alongside grammatical accuracy. Language educators are encouraged to incorporate social and cultural understanding in their pedagogical practices, thereby equipping learners with skills to navigate real-world communication effectively, including situational context and interpersonal dynamics. This evolving focus on communication aligns with modern linguistic theories that prioritize the dynamic construction of meaning in communication .

Discourse analysis plays a significant role in understanding ideological influences in communication by dissecting texts to reveal hidden relationships and ideological underpinnings. Influenced by thinkers like Althusser, discourse analysis moves beyond textual commentary to explore the ideological investment in language usage, aiming to uncover 'unseen' relationships in texts. This analysis identifies how discourse functions within ideological spaces and how it embodies and perpetuates certain ideological stances. Foucault further enriched this approach by viewing discourse as an institutionalized enunciative system, highlighting the interplay between discourse and social structures .

Politeness strategies, as outlined by Brown & Levinson, are categorized into negative and positive politeness. Negative politeness strategies are essentially abstentionist or reparative, aiming to minimize face-threatening acts causing potential impositions on the interlocutor. They include indirect language, apologies, and euphemisms. Positive politeness strategies are more productive, focusing on building rapport and promoting social solidarity through compliments, expressions of approval, and inclusive language. These strategies serve to enhance the listener's self-image and reinforce mutual respect within communication .

Theoretical discourse is distinguished by its autonomous and conjoint nature, often characterized by the use of the author's "we" and the present indicative in a gnomical sense, devoid of direct situational reference. In contrast, narrative discourse tends to be autonomous and disjoint, distanced from the immediate communication situation, frequently employing third-person and past tense. Unlike theoretical discourse, narratives refer to absent referents, requiring explicit elaboration. These differing enunciative anchorings dictate how each discourse aligns with situational and communicative contexts, shaping their interpretation and construction .

Conversational norms influence the construction of interpersonal relationships by dictating the adherence or violation of established communication rules, which directly affect relational dynamics. These norms are essential for creating and maintaining relationships through strategies such as managing turn-taking, choosing appropriate terms of address, and employing polite language. They also facilitate the maintenance of social distance, which includes degrees of familiarity and hierarchy, and affective components that contribute to consensual or conflictual orientations during interactions. Observing these norms fosters positive interaction, while violations can lead to misunderstandings and strained relationships .

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