Tema 5. Le Processus de Communication: Situation de Communication. La Langue en Emploi. La Négociation de La Signification
Tema 5. Le Processus de Communication: Situation de Communication. La Langue en Emploi. La Négociation de La Signification
Tema 5.
Le processus de communication: Situation de communication. La
langue en emploi. La négociation de la signification.
Introduction: La situation de communication et la didactique des langues. 1. La situation de
communication: définition et composantes. – 1.1. La situation socio-culturelle. – 1.2. La situation
physique. – 1.3. La situation psychologique. – 1.4. La situation matérielle. 2. La langue en emploi. 3. La
négociation de la signification. 4. Conclusion. Références bibliographiques.
Introduction.
3) la période actuelle: la situation est envisagée comme génératrice d’un certain type
de discours, ce qui revient à la rendre opératoire non plus seulement du point de vue de
l’auditeur (interprétation du message) mais aussi du point de vue du locuteur (choix
langagiers effectués en fonction de la situation de communication). Cette évolution a conduit
la didactique à une révision essentielle de son matériel pédagogique, afin de rendre compte
des règles qui organisent l’emploi de la langue. Parallèlement se produit une redéfinition des
objectifs généraux d’apprentissage où la notion de compétence linguistique a été remplacée
par la notion, plus complexe, de compétence de communication (t. 6). Enseigner une langue
pour quel locuteur et pour quelle forme de compétence, telles sont en fait les questions
fondamentales qui renvoient à la conception de situation investie dans les outils pédagogiques
actuels.
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Cette notion déborde largement celle de « cadre spatio-temporel ». Selon Dell Hymes
(repris dans Suso, 2000: 117-121), on peut repérer huit éléments de base présents dans toute
situation de communication, éléments dont les initiales forment en anglais l’acrostiche
SPEAKING: le cadre physique et psychologique de l’échange, les participants (et leurs
caractéristiques psychologiques, professionnelles et socioculturelles particulières), les
intentions des locuteurs, le référent ou thème, la tonalité générale de l’acte de langage, les
instruments ou canal, les normes d’interaction et d’interprétation, et le genre ou type d’activité
de langage.
La situation de communication est donc formée de tout ce qui, dans l’univers des
interactants et dans la réalité socioculturelle qui les entoure, a des implications sur les
conduites verbales et comportementales des sujets. De ce fait, elle se trouve être un facteur de
premier ordre ayant une influence directe sur les choix linguistiques et discursifs, en fonction,
bien entendu, de l’intention de communication (ou visée illocutoire) et de l’objet du discours,
mais aussi de l’identité des sujets impliqués, de la relation qu’ils entretiennent entre eux et du
cadre spatio-temporel dans lequel s’inscrit la communication. Ces dernières variables peuvent
être schématisées comme suit1:
SITUATION
DISPOSITION PARTICIPANTS
SPATIO-
TEMPORELLE
participants individuels Relations entre participants
témoins lieu temps
Individu comme Individu comme membre
d’une catégorie sociale Relations Relations de
individu
interper- rôle et de
sonnelles catégorie
Propriétés Propriétés
stables temporaires
1
Schéma adapté de P. Brown et C. Fraser (1979), “Speech as a marker of situation” in K.R. Scherer et M. Giles
(eds.): Social markers in speech. Cambridge, CUP; traduit et reproduit dans D. Erpicum et M. Page, 1988: 164.
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un statut social défini, mais il change de rôle plusieurs fois par jour (rôle du père, de l’employé, du
conducteur, du syndicaliste, etc.) ; son attitude peut également varier (hostile ou bienveillant, indifférent
ou agressif, etc.) ; il appartient à un groupe social défini (celui dans lequel il participe à la vie collective),
mais il peut rêver ou envisager d’appartenir à un autre groupe auquel il emprunte parfois ses modes de
vie et son langage ; il a également une « histoire », c’est-à-dire un passé socio-culturel 2 (Moirand,
1979:11).
Tous ces éléments définissent pour chacun des interactants un arrière-plan psycho-social
qui s’articule à celui de l’interlocuteur, de telle sorte que leur interrelation donne lieu, dans le
discours et dans les comportements langagiers, à des manifestations diverses: prosodiques
(intonation qui révèle un état affectif ou une situation de supériorité ou de subordination),
lexicales (jargons, argot, niveaux de langue, formules de politesse, termes d’adresse),
kinésiques (gestes d’attouchement, mimiques), proxémiques (distance physique par rapport à
l’interlocuteur, qui augmente ou diminue en fonction du degré de familiarité), etc. En effet,
puisque tout locuteur s’adresse à un interlocuteur, réel ou potentiel, chacune des individualités
se trouve soumise au jeu des relations interpersonnelles, qu’elles soient égalitaires ou
hiérarchiques, affectives ou professionnelles, consensuelles ou conflictuelles, etc. Par ailleurs,
la situation ne constitue pas une donnée statique: les relations entre les interactants évoluent,
des liens se nouent et se dénouent tout au long de la communication et justifient des variations
dans les choix langagiers et comportementaux.
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On peut encore ajouter à cette “histoire” socioculturelle ce que Kerbrat-Orecchioni nomme “histoire
conversationnelle commune”, faite des divers échanges maintenus avec l’interlocuteur et qui conditionnent aussi
les comportements lors de l’interaction. (Kerbrat-Orecchioni, 1990: 81)
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Il est un autre facteur constitutif du cadre spatio-temporel qui exerce une influence
considérable dans les interactions: c’est la présence potentielle de témoins. Très souvent, en
effet, surtout lorsque la communication se déroule dans des lieux publics, plusieurs personnes
se trouvent entendre, sans le vouloir3, des propos qui ne leur sont pas adressés. Ces témoins,
que Goffman nomme « overhearers » et Kerbrat-Orecchioni (1996: 17-18) désigne sous le
nom de « récepteurs en surplus », n’ont pas le statut conversationnel d’interactants
« ratifiés »: ils n’appartiennent pas à l’échange communicatif. Or, les interlocuteurs, qu’ils le
veuillent ou non, dès qu’ils perçoivent cette présence, ne peuvent qu’en tenir compte, ce qui
se traduit dans la communication par l’adoption, soit d’un ton chuchoté qui vise à exclure le
témoin, soit d’un ton plus élevé qui lui permette d’entendre ce qui est dit. Un témoin peut,
occasionnellement, s’arroger le statut de locuteur et intervenir dans la conversation, comme
dans l’exemple suivant:
A — Je ne sais pas comment on va faire pour arriver à la gare. Il faudrait peut-être demander à quelqu’un...
B — Mais non, c’est sûr que c’est par ici...
C (qui ne fait pas partie de la conversation) — Excusez-moi, je n’ai pu m’empêcher de vous entendre.
Vous cherchez la gare ? Je peux bien vous y conduire.
Le repérage de la situation sociale peut être effectué selon trois axes: comportement
interactionnel, comportement langagier et comportement non-verbal.
a) les groupes de base sont unis par une trame de liens communs (perception de
similitudes, désir d’identification, sentiment de sécurité et de solidarité) qui créent un lien
collectif où prédomine le sentiment du “nous”. Cela implique des conduites de
compréhension mutuelle, des comportements solidaires qui n’excluent pas cependant les
situations de conflit, celles-ci étant différemment vécues selon les caractéristiques du
groupe. Ainsi, dans le groupe familial, l’expression de tensions négatives de la part d’un
enfant ne doit pas outrepasser certaines normes fixant ce que l’on considère une conduite
socialement admissible. Les groupes fonctionnent donc en vertu de modèles
comportementaux établis par la société.
b) les groupes de travail et, principalement, les groupes institutionnels reposent sur une
structuration préalable qui détermine le statut et la fonction des membres selon un
organigramme hiérarchique à la tête duquel se trouve le chef ou le groupe dirigeant. Les
relations attendues sont de nature fonctionnelle, d’où une orientation psychologique
tendant vers la neutralité (ce qui n’exclut cependant pas la possibilité de conflits:
tensions, révoltes, grèves...).
Sur le plan verbal, les motivations affectives se traduisent par l’emploi d’un vocabulaire
spécifique signifiant soit le désir de plaire ou de solliciter la sympathie, soit l’intention de
dominer, d’agresser l’autre (lexique du sentiment, termes d’adresse, injures...), mais c’est la
communication non-verbale qui forme le niveau informationnel le plus riche relativement à la
situation psychologique. Parmi les facteurs vocaux, la mélodie est l’indice premier de l’état
affectif du sujet: l’intonation représente le plan impressif de la langue qui matérialise
l’attitude du locuteur et l’émotion qu’il manifeste. Les variations marquées de la courbe
mélodique de la colère s’opposent ainsi à la ligne mélodique plate de la tristesse ou de l’ennui.
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situation physique est concernée par le problème de la référence. C’est ainsi que l’on fait la
distinction entre discours en situation et discours hors situation.
a) le discours en situation est celui qui compte sur les éléments extralinguistiques
présents dans le lieu-cadre pour prendre signification, ce qui se traduit, au niveau
linguistique, par divers procédés d’économie du discours, une partie de l’information
étant fournie par la situation (ellipses, emploi de déictiques, gestes de désignation...)
b) le discours hors situation, par contre, ne montre pas de rapport entre la situation
physique entourant la communication et les énoncés. La situation est dans ce cas double:
situation d’énonciation et situation d’énoncé. Imaginons deux personnes qui parlent dans
un café, l’une racontant à l’autre un événement survenu la veille dans un hôtel: la
situation d’énonciation est constituée par l’entourage physique immédiat des
interlocuteurs, mais la situation d’énoncé doit être recréée par le locuteur. C’est ce qui
explique que le discours hors situation se caractérise par une verbalisation maximale
(descriptions, expressions référentielles complètes).
En réalité, la distinction entre ces deux types de discours ne doit pas être prise dans un
sens absolu. Il serait plus juste de parler de différents niveaux de situation ayant comme
points extrêmes un discours en situation totalement inclus dans la situation physique et un
discours complètement hors situation. Par ailleurs, cette distinction n’est valable que par
rapport à la situation physique, car, en fait, tout discours, quel qu’il soit, est toujours émis
dans une situation sociale particulière qui fait partie de ses conditions de production.
On peut finalement signaler que la situation physique doit contempler une dernière
variable, celle du locuteur dont la place dans la communication se mesure relativement à deux
critères fondamentaux: intention de communication et implication dans le discours. En fait,
c’est la place du locuteur qui est en jeu: l’effacement du sujet dans la communication en tant
que personne a pour corollaire la prédominance du cadre situationnel dans le discours
(fonction référentielle), alors que si c’est le sujet lui-même qui devient le centre de l’échange,
il ouvre immédiatement la voie aux multiples manifestations de la subjectivité dans le
discours (fonction expressive ou conative).
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système communicatif le plus riche et le plus complet puisqu’il inclut aussi les
comportements non verbaux..
2. La langue en emploi
— les catégories énonciatives (t. 3): il existe des traces, repérables dans l’énoncé, qui
renvoient à l’acte d’énonciation qui le supporte. Ces catégories énonciatives permettent de
repérer des informations concernant aussi bien l’implication du locuteur dans son discours
que celle de la situation discursive (présence/absence de déictiques). Elles illustrent
également les intentions de communication du locuteur à travers les diverses modalités
énonciatives (t.15), manifestant les prises de position du sujet parlant à l’égard de son
allocutaire, de la réalité qui l’entoure et de son propre discours.
— la nature des actes de langage accomplis: dans la mesure où parler c’est agir ou
essayer d’agir sur l’autre, l’emploi de la langue devient nécessairement un espace d’action où
l’interlocuteur se voit engagé à déceler les intentions de communication du locuteur (souvent
implicites) et à établir avec lui une coopération pouvant assurer le succès de la
communication. La nature des actes de langage informe également sur le type de relation que
les interactants entendent maintenir entre eux.
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— les articulateurs du discours: un discours n’est jamais une simple suite d’énoncés
posés les uns à côté des autres. Il existe un lien nécessaire entre ce qui est dit et ce qui
précède, et l’emploi de la langue révèle l’existence d’une certaine articulation et organisation
du discours (t. 25), ce qui se traduit linguistiquement par l’emploi de connecteurs et
marqueurs relationnels, par des procédés de reprise anaphorique du contenu (t. 27 et 28),
et par l’existence de schémas textuels prototypiques (t. 30-35).
Le sens d’un énoncé est le produit d’un « travail collaboratif » […], il est construit en commun par les
différentes parties en présence —l’interaction pouvant alors être définie comme le lieu d’une activité
collective de production du sens, activité qui implique la mise en œuvre de négociations explicites ou
implicites (Kerbrat-Orecchioni, 1990:28-29).
3. La négociation de la signification
Prenons un autre exemple pour montrer qu’une réponse à une question toute simple
doit toujours tenir compte aussi bien de la personne qui pose la question que des
circonstances entourant l’acte de communication. Imaginons que l’on pose à un parisien la
question suivante: Où se trouve le siège de l’UNESCO? Si on lui demande cela alors qu’il est
en séjour à Rome, il répondra tout naturellement À Paris. Mais si on lui pose cette même
question alors qu’il se trouve place Fontenoy, il pourra répondre Juste derrière vous et, dans
ce cas, il ne lui viendra jamais l’idée de dire À Paris. C’est ce qui fait que la première chose à
faire dans une conversation, c’est de s’assurer de ce qui n’a pas besoin d’être mentionné.
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On voit ici l’exemple d’une négociation. Celui qui donne les indications doit
s’assurer de ce que son interlocuteur sait ou ne sait pas. Cet effort qu’il faut faire souvent,
en langue maternelle, pour nous adapter à notre auditoire, répondre de façon appropriée,
comprendre à demi-mot ou réclamer des éclaircissements supplémentaires s’avère être encore
plus important en langue étrangère. Et ces efforts ne se limitent pas au strict plan linguistique:
il y a toute une manière de se tenir et d’agir qui n’est pas la même selon la civilisation et la
langue employée. Ainsi par exemple, il ne faut pas s’étonner si un Canadien auquel on a dit
merci répond vous êtes le bienvenu, au lieu de répondre de rien.
Certains psychologues ont montré que lorsque l’individu participe à une conversation
il se construit dans sa tête un modèle mental de la conversation, une représentation mentale de
l’information véhiculée par le message (du point de vue du sens et de la forme) et de son
interlocuteur. Or, ce modèle mental est quelque chose de très riche: il comprend d’abord le
contenu propositionnel du message, mais il y a encore d’autres renseignements nécessaires à
la constitution de ce modèle mental: des renseignements sur les partenaires de l’échange, des
éléments de connaissance générale du monde et enfin une certaine foi dans le principe de
coopération.
Les renseignements sur l’interlocuteur, ainsi que l’image que le locuteur se fait de
l’autre ont une influence directe sur le choix des formules langagières à employer lors de
l’échange et sur l’application des principes de politesse. De ce point de vue, il est évident que
le locuteur adapte ses propos à l’image qu’il se fait de son allocutaire et aux
connaissances qu’il suppose chez lui, ce qui lui permet de savoir ce qu’il doit inclure ou
omettre. Mais ces connaissances partagées doivent en fait être complétées par des
renseignements d’ordre général, ce que l’on appelle la connaissance du monde, autrement la
communication peut échouer. Considérons l’exemple suivant:
Il est évident, comme le montre la réponse fournie par la servante, que celle-ci n’a pas
une grande connaissance du monde, et de ce fait, le locuteur se verra contraint à des
explications supplémentaires, s’il veut au moins que son allocutaire comprenne ce qu’il veut
dire. Cette responsabilité du locuteur de mesurer le degré de compréhension et les
connaissances de son allocutaire, afin de garantir une intercompréhension mutuelle, renvoie
au principe de coopération de Grice (t.7) et aux maximes qui l’explicitent (de quantité,
qualité, relation et modalité). En effet, le processus de négociation qui se produit lors de
l’échange langagier, contraint dès le début à respecter le principe de coopération sans lequel la
communication peut devenir impossible. Même s’il existe une possibilité évidente et
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d’ailleurs bien constatée de violer les maximes de coopération (un mensonge viole
délibérément la maxime de qualité; celui qui ne veut pas répondre à une question
embarrassante peut aussi ne pas respecter la maxime de relation et répondre autre chose), elles
sont généralement observées dans la conversation ordinaire.
Par ailleurs, la communication s’inscrit, comme toute autre pratique sociale, dans le
cadre d’un certain nombre de normes préétablies, qui relèvent, dans une large mesure, du
fonctionnement de la politesse. Ces normes concernent aussi bien les mécanismes de prise de
parole que la gestion des thèmes de discours et l’accomplissement des tâches
interlocutives. On sait ainsi, par exemple, que l’on ne doit pas interrompre l’autre pour
prendre la parole n’importe comment, que l’on ne doit pas imposer à l’autre un sujet de
conversation susceptible de le gêner particulièrement, que certains actes de parole sont
« impolis » dans certaines circonstances (questions indiscrètes), etc.
C’est donc dans le cadre de ces deux grands principes, coopération et politesse,
qu’intervient la négociation, appliquée à tout aspect de l’interaction: toute prise de parole, tout
changement de ton, de sujet, de rôle, toute modification dans la relation interpersonnelle, etc.
doit faire l’objet d’une négociation, d’un accord entre les interactants. Ainsi par exemple,
l’alternance des tours de parole se fonde sur un système de droits et de devoirs que l’on
regroupe sous le nom de principe d’alternance:
- le locuteur en place (L1: « current speaker ») a le droit de garder la parole un certain temps, mais
aussi le devoir de la céder à un moment donné ;
- son successeur (L2: « next speaker ») a le devoir de laisser parler L1, et de l’écouter pendant qu’il
parle ; il a aussi le droit de réclamer la parole au bout d’un certain temps, et le devoir de la prendre
quand L1 la lui cède (Kerbrat-Orecchioni, 1990: 160).
Dans l’exercice de leurs droits et devoirs, les interactants déploient tout un éventail de
signaux verbaux et non verbaux (hochements de tête, gestes des mains, expressions du visage,
mouvements du corps, signaux acoustiques [intonation, rythme, pauses...]) visant à signifier
qu’ils sont prêts ou pas à céder la parole à l’interlocuteur, qu’ils veulent intervenir ou qu’ils
refusent par contre de prendre la parole:
on annonce qu’on va prendre la parole […], ou on interrompt dès qu’on reconnaît une césure naturelle
dans le discours de l’interlocuteur […], on encourage son partenaire en donnant des signes qu’on a
compris et qu’on est d’accord avec ce qu’il dit […], on montre qu’on lui laisse la parole en cessant de
parler […] ou en donnant des signes d’hésitation qui l’invitent à offrir de l’aide […], on évite les
interruptions prématurées en construisant son tour de parole de telle manière que l’interlocuteur
comprenne qu’on n’est pas encore prêt à lui céder la parole. Les marqueurs d’hésitation « euh », « ben »,
les faux départs […], les formules atténuantes [disons, bon ben, en fait...], les répétitions […] et
paraphrases […], les parenthèses […] servent à garder la parole et à gagner du temps pour formuler sa
pensée ou en corriger la formulation en prévision de malentendus potentiels. (Kramsch, 1991: 20).
Le respect des normes conversationnelles implique que l’alternance des tours de parole
soit un rituel négocié, que chacun puisse intervenir à un moment donné. Mais il se peut,
évidemment que la négociation échoue, soit que L1 ne cède pas la parole à L2, soit que celui-
ci décide d’interrompre L1 au lieu d’attendre son tour ou choisisse au contraire de se murer
dans un silence hautain et refuse de répondre, soit enfin qu’un troisième locuteur L3 usurpe le
tour.
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Il en va de même pour la gestion des thèmes traités lors de l’interaction. Bien que la
conversation à bâtons rompus » paraisse à première vue anarchique, c’est le contexte, le
« déjà dit », qui indique dans une large mesure quels sont les thèmes susceptibles de paraître:
Le « déjà dit » peut concerner non seulement le contenu d’une interaction concrète,
mais aussi celui de l’histoire conversationnelle commune. Il constitue pour les interactants
aussi bien un arrière-plan de connaissances partagées qu’un horizon d’attentes qui s’articule à
la nature des relations interpersonnelles (si la relation est hiérarchique ou non-familière, on
s’attend à des sujets impersonnels et généraux) et aux paramètres spatio-temporels (avec la
même personne, on parle différemment si la rencontre a lieu dans un « site » institutionnel ou
dans un café, par exemple) pour déterminer le choix des thèmes plausibles de paraître dans
une interaction concrète. Il va sans dire que tout changement dans ces paramètres doit être
signalé par celui qui l’entreprend, et accepté par son allocutaire, s’ils veulent au moins que la
communication réussisse.
Enfin, on peut signaler que la gestion des thèmes abordés et développés obéit également
à une contrainte thématique (F. Jacques, 1988: 58-59), qui résulte en quelque sorte de la
conjonction du principe de pertinence et du principe de politesse. La pertinence contraint à un
traitement des sujets qui exige le minimum de coût cognitif, ce qui implique que l’on
s’abstienne d’effectuer des changements brusques de sujet ou alors qu’on les introduise de
manière adéquate. La politesse, de son côté, enjoint non seulement de projeter une image de
soi favorable tout en essayant de respecter celle des autres, mais aussi d’aborder des sujets
susceptibles d’intéresser tous les interactants et d’éviter en même temps les thèmes frappés
d’interdiction dans une situation donnée —questions indiscrètes, discours exclusivement auto-
centrés et autres tabous conversationnels dont témoigne par exemple l’emploi fréquent
d’euphémismes.
Il est donc aisé de voir que la négociation ne se borne pas à la seule co-construction du
sens du message, elle s’instaure dès le début de l’échange et doit assurer non seulement
l’intercompréhension des interactants, mais aussi leur participation à l’échange et leur
responsabilité dans la production-compréhension des énoncés.
4. Conclusion.
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