Db5a 9782294773464
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Besoins en nutriments
et en micronutriments
PLAN DU C HAPITRE
Besoins nutritionnels 3
Macronutriments 6
Micronutriments 11
Nouvelles dimensions de l'alimentation 27
Nutrition
© 2021, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés
1. Besoins en nutriments et en micronutriments
3
I. Fondamentaux en nutrition humaine
questions relatives à l'adéquation aux besoins nutritionnels de vérifier que ces repères de consommation respectent, au
théoriques, mais aussi des questions de santé publique, en niveau d'une population, les recommandations nutrition-
particulier les priorités de santé publique dans la popula- nelles définies par les RNP.
tion. Ces repères correspondent généralement au BNM
auquel on ajoute deux écarts types (figure 1.1).
Notion d'essentialité
Parmi les divers nutriments absorbés par l'Homme, on
Exemple d'évaluation des RNP de la vitamine C distingue :
chez l'adulte ●
les nutriments essentiels (indispensables) devant
Dans l'étude [Link], un sous-groupe d'environ 6 000
être obligatoirement apportés par l'alimentation car l'orga-
sujets adultes sains (hommes de 40 à 60 ans et femmes nisme humain est incapable de les synthétiser, du fait de
de 35 à 60 ans) a été analysé pour établir les besoins en l'absence des gènes des enzymes nécessaires à leur synthèse.
vitamine C. Ces personnes avaient des apports jour- Ils ne peuvent pas être remplacés par d'autres nutriments
naliers en vitamine C de 90 mg (étude diététique) et ou formés à partir d'autres nutriments. Ces nutriments
présentaient une concentration sérique de 10 mg/l essentiels sont par exemple :
[57 μmol/l]. Ce niveau d'apport spontané de 90 mg par – acides aminés essentiels : Leucine, Isoleucine, Phé-
jour en vitamine C a donc été retenu comme besoin nylalanine, Thréonine, Tryptophane, Lysine, Valine,
nutritionnel moyen (BNM). En tenant compte du calcul Méthionine, Histidine (chez le nourrisson) ;
statistique évoqué plus haut, les RNP sont actuellement
– acides gras essentiels : acide linoléique et acide
pour l'adulte de l'ordre de 110 mg par jour.
α-linolénique ;
(D'après : ANSES. Actualisation des repères du PNNS, 2016.)
– tous les oligoéléments et minéraux ;
– toutes les vitamines hydrosolubles et liposolubles,
sauf les vitamines D et K ;
●
les nutriments semi-essentiels (conditionnellement
Repères de consommation indispensables) dont la synthèse est possible par l'orga-
des aliments nisme (entièrement ou à partir de précurseurs présents
dans l'alimentation) mais est insuffisante dans certaines
La dernière étape est la traduction des recommandations situations physiologiques ou pathologiques, imposant alors
en nutriments (nutrient-based dietary guidelines) en recom- un certain apport alimentaire pour un fonctionnement
mandations en aliments (food-based dietary guidelines). En optimal de l'organisme dans ces situations — par exemple,
France, ce sont les repères de consommation du Programme l'apport en cystéine chez l'enfant prématuré ou l'insuffi-
National Nutrition Santé (PNNS, [Link] sant hépatique, la vitamine D en cas de non-exposition au
[Link]) (figure 1.2). Des modélisations statistiques ont permis soleil, la vitamine K en cas d'anomalie majeure de la flore
intestinale, les acides gras EPA et DHA dans les pathologies
inflammatoires ;
Besoins nutritionnels moyens ●
les nutriments non essentiels (non indispensables)
qui sont synthétisés par l'organisme en quantités suffisantes
RNP
quelles que soient les circonstances (par exemple, Glycine,
acide palmitique).
Besoins énergétiques
- 2ET - 1ET M + 1ET + 2ET
RNP
Les besoins énergétiques quotidiens sont déterminés à
Relation entre besoins et RNP partir de l'estimation de la dépense énergétique totale.
70% 85% 100% 115% 130%
Celle-ci est en moyenne de 2 000 kcal par jour chez
Figure 1.1. l'adulte modérément actif (1 800 kcal chez la femme,
Détermination des références nutritionnelles pour la population 2 200 kcal chez l'homme), soit de 30 kcal/kg. Cette
(RNP) à partir des besoins nutritionnels moyens.
ET, écart type ; M, moyenne. valeur repère issue des résultats d'une population de
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1. Besoins en nutriments et en micronutriments
Le pain complet
ou aux céréales, les pâtes,
la semoule et le riz complets L'alcool
L'huile de colza,
de noix, d'olive
Le fait maison
Figure 1.2.
Repères de consommation du Programme National Nutrition Santé.
Source : Santé Publique France. Repères de consommation du Programme National Nutrition.
●
diurèse : 1 000 à 1 500 ml (adaptable) ; Macronutriments
●
perspiration (cutanée, pulmonaire) : 500 à 1 000 ml ;
●
digestive : 100 ml. Les macronutriments se caractérisent non seulement
Remarque : Des urines claires sont un bon moyen de par leur quantité — ils constituent la part majoritaire des
savoir si les apports hydriques sont suffisants. aliments — mais aussi par le fait qu'ils sont une source
De nombreuses situations cliniques peuvent augmenter d'énergie pour l'organisme. On distingue trois types de
les besoins hydriques (en tenant compte des besoins en macronutriments : les glucides, les lipides et les protides.
minéraux) en générant des pertes pathologiques d'origines Le tableau 1.1 présente les caractéristiques physiques,
diverses (digestives, urinaires, respiratoires, cutanées) ou alimentaires et biochimiques des macronutriments. Ces
du fait d'une hyperthermie (300 ml par degré au-delà de caractéristiques vont conditionner la biodisponibilité, l'effi-
37 °C). cacité et les spécificités métaboliques des macronutriments
Les apports hydriques se résument à trois dimensions : sur les plans énergétique et fonctionnel.
●
l'eau endogène (« eau métabolique ») via les réactions
d'oxydation (environ 300 ml par jour) ; Glucides
●
les aliments (environ 1 000 ml par jour pour une alimen-
tation normale) ; Les recommandations actualisées des glucides sont
●
les boissons (habituellement 1 000 à 1 500 ml par jour). de 40 à 55 % de l'apport énergétique total sans dépas-
Remarque : Une diminution des apports alimentaires ser 100 g pour les sucres totaux hors lactose.
doit être compensée sur le plan de l'hydratation par une Sur le plan structurel, les glucides comportent les sucres
augmentation des boissons (en privilégiant les boissons simples, monosaccharides (par exemple, le glucose) ou
nutritives pour limiter le risque de dénutrition). disaccharides (par exemple, le saccharose), et les sucres
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1. Besoins en nutriments et en micronutriments
complexes ou polysaccharides (par exemple, l'amidon). L'hydrolyse intestinale totale conduit à la libération de glu-
L'amidon est apporté par les céréales, les féculents (par cose, absorbé de façon active (consommant de l'énergie)
exemple, la pomme de terre) et représente la moitié de l'ap- par l'entérocyte.
port glucidique. Le saccharose, essentiellement apporté par Le lactose, disaccharide de galactose et de glucose pré-
le sucre dit raffiné (sucre blanc), apporte environ un tiers sent dans le lait, est la principale source énergétique du
des glucides journaliers. L'apport en fructose contenu dans petit enfant. Sa digestion dépend de la présence de lactase
les fruits et celui du lactose dans le lait sont variables en intestinale dont l'activité, maximale à la naissance, devient
fonction du profil alimentaire des personnes. Les disaccha- variable avec l'âge et les individus. L'intolérance au lactose,
rides et l'amidon sont hydrolysés dès la cavité buccale par avec douleurs abdominales, ballonnements et diarrhée,
l'amylase salivaire et au niveau intestinal par des enzymes est liée à ce déficit d'activité enzymatique chez un sujet
spécifiques. Les oses obtenus, absorbés par les entérocytes, consommateur de lactose.
se retrouvent dans le sang portal, essentiellement sous Le galactose est absorbé selon le même processus actif
forme de glucose (80 %) et également sous forme de fruc- que le glucose. Il est impliqué dans la pathogénie de la cata-
tose et de galactose. racte, maladie qui accompagne le diagnostic de galactosé-
Les glucides absorbés n'augmentent pas la glycémie mie congénitale dans la première année de vie si aucune
avec la même intensité : le pouvoir hyperglycémiant des ali- éviction du galactose n'est mise en place précocement.
ments glucidiques a donné naissance au concept d'index Le fructose est de plus en plus présent dans les boissons
glycémique (IG) qui correspond au rapport de l'aire sous sucrées du fait de son fort pouvoir sucrant (saveur sucrée supé-
la courbe de la glycémie au cours du temps pour l'aliment rieure à celle du glucose) et de son faible IG. Il est également
testé sur celle obtenue avec le glucide de référence (le glu- souvent présent dans les aliments « sans sucre » — le sucre
cose, le plus souvent). Par rapport au glucose (dont l'IG est étant sur le plan réglementaire réduit au saccharose. Il est par
de 100), les IG du fructose et du lactose sont bas, ceux du ailleurs le sucre le plus représenté dans la plupart des fruits : qu'il
saccharose et de la pomme de terre sont intermédiaires, soit sous forme de monosaccharide (miel, dattes, figues, cerises,
et ceux du miel, du maltose, du riz rapide sont équivalents etc.) ou de saccharose (maïs, sucre de canne). Le fructose est
(proches de 100). Les facteurs de variabilité de l'IG pour un absorbé par un phénomène passif, facilité par un transporteur
aliment donné sont nombreux, liés au processus de trans- GLUT-5. Le métabolisme du fructose est essentiellement hépa-
formation de l'aliment, à la préparation culinaire, aux condi- tique et s'oriente vers la production d'énergie ou la synthèse de
tions métaboliques de la digestion : la présence de lipides, lipides. Son pouvoir hypertriglycéridémiant doit entraîner une
une proportion élevée d'amylose, ainsi que la présence de consommation limitée chez les sujets atteints de dyslipidémie
pectine, et les éléments retardant la vidange gastrique dimi- de type IV, qu'ils soient diabétiques ou non.
nuent l'IG ; en revanche, le traitement hydrothermique des Les glucides assurent un triple rôle :
aliments et la cuisson-extrusion (utilisée notamment pour ●
énergétique :
les céréales du petit-déjeuner) augmentent l'IG. – le glucose est stocké sous forme de glycogène (foie et
Les repères de consommation des glucides sous forme muscles) ;
de mono- ou disaccharides, à l'exception du lactose, sont – le glucose permet la production d'énergie sous forme
un enjeu essentiel de santé publique. En effet, l'augmenta- d'ATP ;
tion de leur consommation, surtout sous la forme de bois- – le glucose est indispensable aux cellules glucodépen-
sons sucrées, pourrait être associée à l'épidémie actuelle dantes (neurones, globules rouges) ;
d'obésité. Il s'agit dans ce cas plus d'un problème de nature ●
structural :
des vecteurs de sucre que de sucre en lui-même, puisqu'une – acide hyaluronique (matrice extracellulaire) ;
quantité importante de sucres peut être apportée par les – protéoglycanes (matrice extracellulaire, constitution
fruits. C'est donc au niveau des repères de consommations de membrane cellulaire) ;
en aliments que des recommandations peuvent être faites – glycolipides (molécules membranaires de reconnais-
pour limiter les sucres, notamment au travers des recom- sance) ;
mandations sur la limitation des boissons sucrées et sur – glycoprotéines (hormones hypophysaires, haptoglobine) ;
celle des sucres ajoutés — souvent qualifiés de calories ●
fonctionnel :
vides, car n'apportant pas d'autres nutriments. – le métabolisme des glucides (ribose-5-phosphate) est
L'amidon, polymère de glucose, se présente sous plu- indispensable à la synthèse des nucléotides (ADN, ARN,
sieurs formes, ramifiées (amylopectine) ou pas (amylose). coenzymes) ;
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I. Fondamentaux en nutrition humaine
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1. Besoins en nutriments et en micronutriments
Acide
palmitique Alimentation
C16:0
Eicosanoïdes
Acide
Acide éisosapentaènoïque
stéarique (EPA) C20:5 (n-3)
C18:0
Acides gras
semi-essentiels
Acide
Acide docosahéxaènoïque
oléique (DHA) C22:6 (n-3)
C18:1 (n-9)
Figure 1.3.
Origines des acides gras des séries n-9, n-6 et n-3.
lipoxines, résolvines et protectines (issues d'EPA ou DHA) stéatose). L'excès d'apport ou de synthèse de cholestérol
dans la résolution de l'inflammation. Les thromboxanes contribue au développement de plaques d'athérome et des
sont impliqués dans les mécanismes d'agrégation plaquet- maladies cardiovasculaires associées. Certains AG saturés
taire et les prostacyclines dans ceux de la vasodilatation. comme l'acide palmitique et surtout les AG trans sont
La nature des AG des phospholipides membranaires source d'hypercholestérolémie, facteur de risque car-
est fortement influencée par celle des AG alimentaires. Le diovasculaire majeur, alors que les AG polyinsaturés de la
rapport AG saturés/AG insaturés influence la fluidité série n-3 sont généralement considérés comme protecteurs
des membranes cellulaires et donc certaines fonctions contre les maladies cardiovasculaires par leur effet hypotri-
membranaires, comme le transport du glucose ou la liaison glycéridémiant et par les effets anti-inflammatoires, antia-
de l'insuline à son récepteur, favorisés par la présence d'AG grégants et vasodilatateurs de leurs dérivés (eicosanoïdes
polyinsaturés dans les membranes. et docosanoïdes).
Les pathologies de malabsorption intestinale chro-
nique, qu'elles soient dues à un déficit héréditaire (abêta-
Protides
lipoprotéinémie), une inflammation de la muqueuse (par
exemple, maladie de Crohn) ou à un défaut d'enzymes Si la majorité des protides ingérés correspond à des pro-
digestives (par exemple, mucoviscidose), conduisent pro- téines, ils ne se réduisent pas à cette composante car les
gressivement à une carence en AG, notamment en AG aliments subissant des processus de transformation (matu-
essentiels. ration, hydrolyse, fermentation) peuvent aussi contenir des
Un excès d'apports énergétiques par rapport aux peptides de diverses longueurs à côté des protéines ali-
dépenses conduit à une augmentation du stockage des AG mentaires. Cette protéolyse limitée est assurée soit par des
sous forme de triglycérides dans le tissu adipeux, à l'origine systèmes protéolytiques intrinsèques aux aliments, soit par
d'une obésité avec éventuellement l'apparition de compli- l'intervention d'agents externes (chimiques, enzymatiques,
cations comme le diabète de type 2 (diabète non insu- bactériens). Quand les peptides issus de ces aliments ont
linodépendant), ou de stockage ectopique (par exemple, un rôle biologique, on parle de peptides bioactifs.
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