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ÉNERGIES

Ti302 - Réseaux électriques et applications

Problématiques communes
des réseaux électriques :
du fonctionnement au comptage
Réf. Internet : 42266 | 4e édition

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Tec h n ique s de l ’I n gé ni eur
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III
Cet ouvrage fait par tie de
Réseaux électriques et applications
(Réf. Internet ti302)
composé de  :

Généralités sur les réseaux électriques Réf. Internet : 42261

Réseaux électriques de transport et de répartition Réf. Internet : 42263

Réseaux électriques de distribution publique Réf. Internet : 42264

Réseaux électriques industriels et tertiaires Réf. Internet : 42265

Problématiques communes des réseaux électriques : du Réf. Internet : 42266


fonctionnement au comptage

Problématiques communes des réseaux électriques : Réf. Internet : 42267


ingénierie

Applications électromécaniques Réf. Internet : 42268

Électrothermie industrielle Réf. Internet : 42270

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IV
Cet ouvrage fait par tie de
Réseaux électriques et applications
(Réf. Internet ti302)

dont les exper ts scientifiques sont  :

Alain DOULET
Directeur Prospective à la Direction Réseau et patrimoine d'ERDF, Ancien
Directeur réseau d'ERDF (EDF Réseau Distribution)

Jean-Paul HORSON
Ingénieur de l'Ecole Nationale Supérieure des Ingénieurs Electriciens de
Grenoble, Ancien Attaché auprès du Directeur technique Electricité d'EDF-
Distribution

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V
Les auteurs ayant contribué à cet ouvrage sont :

Christian ATLANI Jean MAHSEREDJIAN


Pour les articles : D4140 – D5101 – Pour l’article : D4130
D5102 – D5103
Meriem MERAÏ
Fabrice AUZANNEAU Pour l’article : D4267
Pour l’article : IN118
Jean MICHAUD
Sophie CHABIN Pour l’article : D4750
Pour l’article : D4140
Mohamed Wissem NAOUAR
Jacques CHERON Pour l’article : D4267
Pour l’article : D4965
Roger OTT
Jacques COURAULT Pour les articles : D4261 – D4262 –
Pour les articles : D4315 – D4316 D4263 – D4264

Alain DOULET Guillaume de PREVILLE


Pour les articles : D4950 – D4963 Pour les articles : D4315 – D4316

Pierre FERRAND Olivier ROCHON


Pour les articles : D4951 – D4952 – Pour l’article : D4957
D4953 – D4954 – D4956
Alain SABOT
Jean-Paul HORSON Pour l’article : D4750
Pour l’article : D4963
Jean-Louis SANHET
Laurent KARSENTI Pour les articles : D4315 – D4316
Pour l’article : D4964
Ilhem SLAMA-BELKHODJA
Henri KUZYK Pour l’article : D4267
Pour les articles : D4541 – D4542 –
D4543 – D4544

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VI
Problématiques communes des réseaux électriques : du
fonctionnement au comptage
(Réf. Internet 42266)

SOMMAIRE

1– Le fonctionnement des réseaux, protections et Réf. Internet page

automatismes
Régimes transitoires électromagnétiques : simulation D4130 11

Qualité de la tension. Introduction D4261 15

Qualité de la tension. Creux et coupures brèves D4262 17

Qualité de la tension. Fluctuations et flicker D4263 21

Qualité de la tension. Harmoniques D4264 25

Compensation des courants harmoniques et réactifs dans un réseau électrique D4267 29

Diagnostic filaire. Détection, localisation et caractérisation de défauts dans des IN118 33


réseaux filaires complexes
Fluctuations de tension et flicker. Évaluation et atténuation (partie 1) D4315 37

Fluctuations de tension et flicker. Évaluation et atténuation (partie 2) D4316 43

Lignes et postes. Choix et coordination des isolements D4750 45

2– L'exploitation et la conduite des ouvrages Réf. Internet page

Travaux sous tension D4140 55

Prévention des accidents électriques. Présentation générale D5101 59

Prévention des accidents électriques. Mesures de protection D5102 63

Prévention des accidents électriques. Exploitation D5103 67

Câbles d'énergie  : recherche et identification de défauts D4541 77

Câbles d'énergie  : prélocalisation des défauts par échométrie D4542 79

Câbles d'énergie  : théorie de l'échométrie D4543 83

Câbles d'énergie  : méthodes de localisation des défauts D4544 85

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VII
3– Le comptage et la gestion des données de comptage Réf. Internet page

Comptage d'électricité. Présentation générale D4950 91

Comptage d'électricité. Fondements de la tarification D4951 93

Compteurs à courant alternatif. Généralités D4952 95

Compteurs à courant alternatif. Compteurs électromécaniques D4953 97

Compteurs à courant alternatif. Compteurs électroniques D4954 101

Comptage d'électricité. Ensembles de comptage D4956 105

Communications dans les comptages d'électricité D4957 109

Smart Grids : contexte, acteurs et enjeux D4963 115

Solutions smart grids pour mieux intégrer les EnR aux réseaux de distribution D4964 123

Système de communication Linky. Technologie et apports D4965 127

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Problématiques communes des réseaux électriques : du
fonctionnement au comptage
(Réf. Internet 42266)

1
1– Le fonctionnement des réseaux, protections et Réf. Internet page

automatismes
Régimes transitoires électromagnétiques : simulation D4130 11

Qualité de la tension. Introduction D4261 15

Qualité de la tension. Creux et coupures brèves D4262 17

Qualité de la tension. Fluctuations et flicker D4263 21

Qualité de la tension. Harmoniques D4264 25

Compensation des courants harmoniques et réactifs dans un réseau électrique D4267 29

Diagnostic filaire. Détection, localisation et caractérisation de défauts dans des IN118 33


réseaux filaires complexes
Fluctuations de tension et flicker. Évaluation et atténuation (partie 1) D4315 37

Fluctuations de tension et flicker. Évaluation et atténuation (partie 2) D4316 43

Lignes et postes. Choix et coordination des isolements D4750 45

2– L'exploitation et la conduite des ouvrages

3– Le comptage et la gestion des données de comptage

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9
1

10
Référence Internet
D4130

Régimes transitoires
électromagnétiques : simulation
par Jean MAHSEREDJIAN
1
Professeur à l’École polytechnique de Montréal

1. Rappel théorique : analyse d’un circuit électrique......................... D 4 130 – 2


2. Simulation des transitoires ................................................................... – 3
2.1 Interface graphique...................................................................................... – 3
2.2 Système d’équations ................................................................................... – 3
2.3 Exemple démonstratif ................................................................................. – 5
2.4 Modélisation................................................................................................. – 6
3. Écoulement de puissance ...................................................................... – 7
4. Régime permanent................................................................................... – 8
5. Initialisation............................................................................................... – 8
6. Domaine du temps................................................................................... – 9
6.1 Modèles linéaires......................................................................................... – 9
6.2 Discontinuités............................................................................................... – 10
6.3 Modèles non Iinéaires ................................................................................. – 11
6.4 Solution des systèmes de contrôle ............................................................ – 11
7. Conclusion ................................................................................................. – 12
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. D 4 130

es méthodes numériques permettent de simuler les transitoires électro-


D magnétiques dans les réseaux électriques. Elles sont axées sur la
formulation automatique des systèmes d’équations d’un réseau électrique et
sur les méthodes de solution génériques.
Cet article se veut un document de référence sur les méthodes de calcul
appliquées dans les logiciels modernes. Il présente l’ensemble du sujet qui
comprend le calcul de l’écoulement de puissance multiphasé, les méthodes
d’initialisation en régime permanent et la solution des équations algébriques
différentielles du réseau électrique en régime transitoire.
Les applications pratiques des méthodes de simulation ainsi que les notions
sur les phénomènes transitoires électromagnétiques sont présentées dans
l’article « Régimes transitoires dans les réseaux électriques » [D 82].
Le lecteur peu familiarisé avec l’étude des réseaux électriques en général
pourra consulter les articles « Réseaux d’interconnexion et de transport :
fonctionnement » [D 4 091] et « Outils de simulation dynamique des réseaux
électriques » [D 4 120].
Pour les théories fondamentales, définitions et méthodes d’analyse des
réseaux électriques, le lecteur peut consulter « Réseaux électriques linéaires.
Définitions, principes, méthodes » [D 60], « Théorèmes généraux et
quadripôles » [D 62] et « Systèmes triphasés » [D 80].
Parution : mai 2008

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie


est strictement interdite. – © Editions T.I. D 4 130 – 1

11
Référence Internet
D4130

RÉGIMES TRANSITOIRES ÉLECTROMAGNÉTIQUES : SIMULATION ____________________________________________________________________________

1. Rappel théorique : analyse S


+ R
d’un circuit électrique +
+
+
vs L
L’approche classique d’analyse d’un circuit électrique est basée
sur l’application de la transformée de Laplace. Dans l’exemple sim-
ple du circuit de la figure 1 l’interrupteur S est initialement ouvert

1 et puis enclenché à l’instant t = 0. L’équation différentielle du cir-


cuit est donnée par :
Figure 1 – Exemple simple de circuit avec comportement transitoire

di (t ) 4 L1 1 + R1 2 L2 3
Ri (t ) + L
= Vm sin (ωt + θ ) (1) + +
dt
où i(t) est le courant de l’inductance et la source de tension est + +
décrite par une fonction sinusoïdale d’amplitude Vm, de phase θ et vs is + +
de pulsation ω = 2πf avec f la fréquence en hertz. L’application de C1 C2
la transformée de Laplace à l’équation (1) permet d’obtenir la solu-
tion pour le courant de l’inductance :

Vm Figure 2 – Exemple de circuit pour la formulation des équations


I (s ) = [ω cos θ + s sin θ ] (2)
(
L (s + R / L ) s 2 + ω 2 ) d’état

observées. À titre d’exemple, l’équation (6) pour le circuit simple


où s est l’opérateur de Laplace. La transformée inverse de cette
de la figure 2 est donnée sous forme symbolique par :
équation permet d’obtenir la solution dans le domaine du temps :

Vm Vm R ⎡vɺC1 ⎤ ⎡v C1 ⎤
i (t ) = sin (ωt + θ − ϕ ) − sin (θ − ϕ ) exp ⎛⎜ − t ⎞⎟ (3) ⎢vɺC ⎥ ⎡0 0 1 −1 ⎤ ⎡0 1⎤
⎢v ⎥
( ) ( ) ⎝ L ⎠ ⎢ ɺ 2 ⎥ = d −1 ⎢ 0 0 0 1 ⎥ ⎢
⎢ C2 ⎥ + d −1 ⎢0 0⎥ ⎡v s ⎤
1/ 2 1/ 2
R 2 + ω 2L2 R 2 + ω 2L2 (8)
⎢ iL1 ⎥ ⎢ −1 0 0 0 ⎥ 0⎥ ⎢⎣ i s ⎦⎥
⎢ 1 −1 ⎢ iL1 ⎥ 1
avec tan ϕ = ωL/R. Le premier terme dans la partie droite de l’équa- ⎢ iɺ ⎥ ⎣ 0 −R1 ⎥⎦ ⎢⎣ iL2 ⎥⎦
⎢0
⎣ 0⎥⎦
⎣ L2 ⎦
tion (3) représente la réponse forcée, soit le régime permanent. Le
deuxième terme représente la réponse naturelle, soit le régime avec :
transitoire. Ce terme décroît selon la constante de temps (L/R dans
le cas présent) du circuit et devient nul quand le régime permanent ⎡C1 0 0 0 ⎤
est atteint. On constate ici que si l’angle de fermeture remplit la ⎢ 0 C2 0 0 ⎥
d =⎢ (9)
condition θ = ϕ, la partie transitoire est inexistante. Par contre, si 0 0 L 0⎥
⎢ 0 0 01 L ⎥
θ = ϕ ± π/2, la partie transitoire est maximale. ⎣ 2⎦

En régime permanent, les ondes de tension et courant sont Les variables d’état du circuit sont les tensions des condensa-
périodiques avec une fréquence fondamentale (nominale) de 50 ou teurs C1 et C2 et les courants des inductances L1 et L2. Le vecteur
60 Hz. Un phénomène transitoire ou une forme d’onde transitoire des sources (u) comprend la tension vs de la source de tension et
est un état temporaire de transition d’un régime permanent à un le courant is de la source de courant. Si l’objectif est d’observer la
autre. Le système ne revient pas nécessairement au point d’opéra- tension v3 du nœud 3, alors l’équation (7) devient :
tion initial ou, autrement dit, au régime permanent initial. Dans
certains cas, le régime permanent peut contenir des harmoniques : ⎡v C1 ⎤
on parle alors de régime permanent harmonique. ⎢v C ⎥ v
y = [0 1 0 0] ⎢ 2 ⎥ + [0 0] ⎡⎢ s ⎤⎥ (10)
Il est possible de calculer directement le régime permanent du ⎢ iL1 ⎥ ⎣ is ⎦
circuit en appliquant les phaseurs. Dans le domaine fréquentiel, ⎢⎣ iL2 ⎥⎦
l’impédance du circuit est donnée par :
L’équation (8) peut être solutionnée dans le domaine fréquentiel en
Z = R + jωL (4)
utilisant la transformée de Laplace. La solution dans le domaine tem-
où j est l’unité imaginaire. En régime permanent, s = jω. Le pha- porel requiert l’utilisation d’une méthode d’intégration numérique.
seur de courant est donné par :
Les approches d’analyse symboliques deviennent impraticables
pour des circuits complexes et de façon générale il devient impéra-
ɶI = Vm∠θ = Vm∠θ (5) tif d’utiliser des logiciels de simulation qui peuvent assembler et
R + sL Z ∠ϕ
solutionner les systèmes d’équations automatiquement. Notons de
Puisque le phaseur de tension représente la fonction sinusoïdale plus que les résultats de simulation dépendent de plusieurs fac-
de la source avec une phase θ, la conversion au domaine du temps teurs, tels que les conditions initiales, les instants d’apparition des
de cette équation donne exactement le premier terme de la partie perturbations et la complexité des modèles (voir Régimes transi-
de droite de l’équation (3). toires dans les réseaux électriques [D 82]). La tension initiale d’une
Si, dans le circuit précédent, on ajoute une capacité en série capacité, par exemple, est une variable d’état qui peut affecter de
avec la résistance, l’équation différentielle du circuit se complique façon significative le comportement du circuit étudié (voir Régimes
et l’effort de développement de la solution devient plus important. transitoires dans les réseaux électriques [D 82]). Une ou plusieurs
Une approche directe de formulation des équations d’un circuit de perturbations peuvent subvenir alors que le circuit étudié est en
topologie arbitraire est obtenue par le formalisme des équations régime permanent (au repos) ou en état transitoire.
d’état. La forme générale des équations d’état est donnée par : Un réseau électrique est traité comme un circuit électrique com-
xɺ = Ax + Bu (6) plexe dont les différents modèles sont construits à partir des éléments
constitutifs de base (résistance, inductance et capacité) et des équa-
y = Cx + Du (7) tions algébriques-différentielles. La simulation d’un réseau électrique
où le vecteur x est le vecteur des variables d’état, u est le vecteur ajoute des complexités supplémentaires, telles que le calcul de l’écou-
des sources (excitations) et le vecteur y est le vecteur des variables lement de puissance et la représentation des systèmes de contrôle.

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie


D 4 130 – 2 est strictement interdite. – © Editions T.I.

12
Référence Internet
D4130

_____________________________________________________________________________ RÉGIMES TRANSITOIRES ÉLECTROMAGNÉTIQUES : SIMULATION

Les principes de modélisation des réseaux électriques ainsi que 2.1 Interface graphique
les catégories de phénomènes transitoires sont présentés dans
Régimes transitoires dans les réseaux électriques [D 82]. Le pré- La première étape est l’assemblage du réseau de topologie arbi-
sent dossier présente les méthodes numériques de simulation. traire dans une interface graphique. Cette interface permet de
générer les données de l’étude. Un exemple d’interface graphique
pour un réseau typique de 230 kV est présenté sur la figure 4.
Dans le cas des réseaux électriques, le schéma de base est nor-
2. Simulation des transitoires
L’analyse des transitoires dans les réseaux est un processus
malement un schéma unifilaire, mais l’interface graphique doit
permettre l’accès distinctif aux trois phases et de représenter des
schémas différents (topologies différentes). Dans l’exemple de la
1
mathématiquement complexe et nécessite l’utilisation de logiciels figure 4, le schéma unifilaire est composé de plusieurs barres tri-
spécialisés. Des logiciels de type EMTP (electromagnetic transients phasées et de lignes de transmission qui interconnectent cinq
program), comme EMTP-RV [1], appliquent des méthodes numéri- machines synchrones (SM) et des charges. À la barre BUS13,
ques pour la représentation et la résolution de réseaux de différen- l’accès distinctif à chaque phase permet de représenter une condi-
tes natures. Contrairement à un logiciel de type stabilité (voir tion de déséquilibre de charge. L’ensemble du réseau triphasé
Outils de simulation dynamique des réseaux électriques [D 4 120]), peut être déséquilibré. Les lignes de transmission peuvent
la simulation des transitoires électromagnétiques s’applique à une employer des modèles qui ne sont pas nécessairement continuel-
large gamme de fréquences et nécessite donc une représentation lement transposés. Un composant peut être multiphasé si cela est
très détaillée des composants. La simulation est effectuée entière- nécessaire d’employer plusieurs fils pour sa représentation.
ment dans le domaine du temps et l’objectif est de calculer les for-
mes d’onde des variables d’état à un point arbitraire dans le Les interfaces graphiques modernes utilisent aussi la représen-
réseau simulé. Il est normalement nécessaire de représenter cha- tation par sous-réseaux. Un sous-réseau peut contenir d’autres
cune des phases et les conditions de déséquilibre. La figure 3 pré- sous-réseaux. Les sous-réseaux sont utilisés pour regrouper et
sente les principaux modules qui constituent le processus de encapsuler un ensemble d’éléments sous un symbole de dimen-
simulation. Les modules qui précédent le module d’initialisation sions réduites et permettent ainsi de simplifier la visualisation et la
peuvent aussi être utilisés indépendamment. Si le module d’initia- manipulation du réseau complet. Dans le cas du schéma de la
lisation n’est pas renseigné par des calculs du régime permanent, figure 4, les transformateurs possèdent un circuit interne (sous-
toutes les variables d’état sont initialisées à zéro. réseau) détaillé et les contrôles des machines synchrones sont
encapsulés dans les symboles de forme carrée (AVR & Gov) pour
Le module « domaine du temps » effectue les calculs dans le
simplifier la visualisation de premier niveau. Le sous-réseau
domaine temporel et obtient les formes d’onde des variables
observées. C’est le module qui permet d’obtenir les régimes transi- SubofBUS1 comprend une autre partie du réseau avec la machine
toires du réseau simulé. Il est à préciser que ce module permet synchrone SM3 et son transformateur.
aussi d’observer le régime permanent d’un réseau en calculant
point par point les formes d’onde du régime permanent. Ces for-
mes d’onde peuvent contenir des harmoniques aussi bien en 2.2 Système d’équations
régime transitoire qu’en régime permanent.
Cette section présente le système d’équations de base utilisé
Le module de régime permanent peut aussi fonctionner en mode
pour la formulation automatique et la solution numérique des
autonome pour permettre d’effectuer des balayages en fréquence
équations du réseau simulé.
pour des besoins de calcul d’impédance d’entrée, par exemple.
Il est possible de programmer une méthode automatique de for-
La suite détaille les différents modules et méthodes de calcul qui
mulation et de solution des équations d’état (6) et (7) d’un réseau
interviennent dans la simulation numérique des transitoires
électromagnétiques. électrique arbitraire. Cette méthode est utilisée dans certains logi-
ciels [2], mais la génération automatique des équations d’état pour
un réseau de grandes dimensions demeure impraticable et peut ren-
contrer plusieurs obstacles de généralisation, notamment au niveau
Interface graphique de la représentation et de la solution des fonctions non linéaires. Il
s’agit cependant d’une représentation utile dans les applications de
conception des systèmes de contrôle et de modélisation.
Données L’approche classique la plus répandue dans les logiciels de
réseaux consiste à utiliser un système d’équations d’analyse
nodale symétrique (équilibre des courants) :
Écoulement de puissance Y n v n = in (11)
La matrice Yn est la matrice d’admittance nodale, vn est le vec-
teur des tensions de nœud et in représente la somme des courants
Régime permanent
de nœud. Chacune des lignes du système d’équations à gauche du
signe de l’égalité exprime la somme des courants qui quittent un
nœud et chacun des membres de in représente la somme des cou-
Initialisation
rants qui entrent dans un nœud. Les sources de courant contri-
buent à in. L’équation du nœud de référence (le potentiel zéro,
terre) n’est pas compris dans le système d’équations (11) car sa
Domaine du temps tension est connue. Les sources de tension fixent la tension à leurs
nœuds et il est donc nécessaire de les classer à la fin du vecteur vn
et de partitionner Yn :
Résultats
⎡Yn11 Yn12 ⎤ ⎡v n1 ⎤ ⎡ in1 ⎤
⎢Y ⎥ ⎢v ⎥ = ⎢i ⎥ (12)
Figure 3 – Modules de simulation ⎣ n21 Yn22 ⎦ ⎣ n2 ⎦ ⎣ n2 ⎦

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est strictement interdite. – © Editions T.I. D 4 130 – 3

13
1

14
Référence Internet
D4261

Qualité de la tension
Introduction
par Roger OTT
1
Ingénieur senior, EDF Recherche et développement

1. Continuité et qualité de la tension ..................................................... D 4 261 - 2


2. Compatibilité électromagnétique ....................................................... — 2
3. Réseau d’énergie électrique et perturbations ................................. — 2
4. Aspects réglementaires et normatifs................................................. — 3
5. Exemples .................................................................................................... — 4

’électricité est une forme d’énergie particulièrement souple et adaptable.


L Elle peut être convertie en d’autres formes d’énergie (chaleur, énergie
mécanique, énergie chimique) et est à la base des technologies nouvelles
(informatique, télécommunications).
L’électricité, sauf cas particuliers pour les faibles puissances, ne se stocke
pas ; sa production est en permanence adaptée pour satisfaire la demande. Elle
parvient au client par l’intermédiaire d’un système de production, de transport
et de distribution. Chaque élément constitutif du système peut être l’objet de
dommages ou d’avaries. Soulignons en particulier l’incidence des conditions
climatiques sur les paramètres qui définissent les caractéristiques du produit
électricité. De plus, de nombreuses caractéristiques peuvent perturber ou
endommager les équipements des clients. Notons que certaines de ces carac-
téristiques sont liées à des phénomènes transitoires inhérents au réseau
lui-même, causés par des défauts, des manœuvres ou par des phénomènes
atmosphériques (foudre en particulier).
Ainsi, la qualité de l’électricité, définie comme son aptitude à alimenter de
façon continue et satisfaisante les appareils qui l’utilisent, dépend des perfor-
mances des réseaux. Mais, contrairement aux autres produits, les perfor-
mances du produit électricité dépendent aussi de l’usage qui en est fait, non
seulement par un utilisateur donné, mais aussi par d’autres utilisateurs raccor-
dés sur les mêmes circuits. Par ailleurs, la qualité dépend aussi des caractéris-
tiques du réseau interne du client, qui devient alors un partenaire important
dans l’effort commun du maintien de la qualité.

Les perturbations, leur méthode d’étude et les moyens pour y faire face sont détaillés dans
les articles suivants :
— D 4 262 - Creux et coupures brèves ;
— D 4 263 - Fluctuations et flicker ;
— D 4 264 - Harmoniques ;
— Doc. D 4 265 - Pour en savoir plus.
Parution : novembre 2002

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© Techniques de l’Ingénieur, traité Génie électrique D 4 261 − 1

15
1

16
Référence Internet
D4262

Qualité de la tension
Creux et coupures brèves
par Roger OTT
1
Ingénieur senior, EDF Recherche et développement

avec la collaboration de France de CHATEAUVIEUX (RTE)

1. Définitions.................................................................................................. D 4 262 - 2
2. Origine......................................................................................................... — 2
2.1 Réseau du distributeur ................................................................................ — 2
2.2 Réseau de l’utilisateur ................................................................................. — 3
3. Caractérisation ......................................................................................... — 4
4. Mesures....................................................................................................... — 4
5. Conséquences ........................................................................................... — 4
5.1 Différentes perceptions ............................................................................... — 4
5.2 Matériels existants....................................................................................... — 5
5.2.1 Contacteurs ......................................................................................... — 5
5.2.2 Moteurs ............................................................................................... — 5
5.2.3 Équipements à vitesse variable......................................................... — 6
5.2.4 Automates et systèmes informatiques ............................................. — 7
5.2.5 Éclairage .............................................................................................. — 7
6. Atténuation et élimination.................................................................... — 8
6.1 Réduction du nombre et de l’amplitude des perturbations ..................... — 8
6.1.1 Sur les réseaux du distributeur ......................................................... — 8
6.1.2 Sur les réseaux de l’utilisateur : cas particulier des creux de
tension ................................................................................................. — 9
6.2 Réduction des conséquences ..................................................................... — 9
6.2.1 Applications informatiques................................................................ — 9
6.2.2 Applications industrielles................................................................... — 10

’énergie électrique est distribuée aux clients sous forme de tension


L constituant un système triphasé sinusoïdal de fréquence 50 Hz. Un des para-
mètres caractéristiques de ce système est l’amplitude de la tension. Or, on peut
parfois observer en un point donné du réseau d’énergie électrique, pendant un
faible intervalle de temps, soit une baisse brutale de l’amplitude, soit une dis-
parition totale de la tension. Ces perturbations sont appelées creux de tension
et coupures brèves.

Cet article fait partie d’un ensemble consacré à la qualité de la tension dans les réseaux. Les
autres articles traitent des sujets suivants :
— D 4 261 - Introduction ;
— D 4 263 - Fluctuations et flicker ;
— D 4 264 - Harmoniques ;
— Doc. D 4 265 - Pour en savoir plus.
Parution : novembre 2002

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17
Référence Internet
D4262

QUALITÉ DE LA TENSION ________________________________________________________________________________________________________________

1. Définitions Les causes externes sont les conditions atmosphériques (dans


plus de 70 % des cas pour un réseau aérien), les amorçages avec
des corps étrangers (végétation, animaux, percussions de véhi-
Il n’existe pas à l’heure actuelle de définition universelle du cules, travaux de terrassement, etc.).
creux de tension et de la coupure brève. Les valeurs de l’amplitude Les causes internes correspondent principalement à des défail-
et de la durée varient suivant les différentes normes existantes ou lances de matériel (lignes, câbles, transformateurs, etc.).
en projet.
Les défauts sont de différents types :

1
Les creux de tension sont caractérisés par l’amplitude résiduelle
et par leur durée. — suivant le nombre de phases atteintes : entre une phase et la
Nota : la caractérisation d’un creux de tension par sa profondeur se heurte à une terre, entre deux ou trois phases ;
difficulté : quelle valeur prendre en référence ? Par contre, la tension résiduelle est parfai- — suivant leur durée : autoextincteurs (défauts qui s’éliminent
tement définie (en volts par exemple).
d’eux-mêmes), fugitifs (défauts qui s’éliminent après ouverture des
disjoncteurs) ou permanents (défauts durables qui nécessitent une
Un creux de tension est une diminution brusque (§ 4) de la mise hors tension définitive de l’ouvrage et une intervention locale
tension de fourniture U f à une valeur inférieure à une valeur de avant remise en service de l’ouvrage).
seuil (comprise entre 10 et 90 % de la tension contractuelle U c ), Les causes, le nombre et le type de défauts varient suivant le
suivie de son rétablissement après un court instant. La durée type de réseau (aérien ou souterrain, urbain ou rural) et suivant le
d’un creux de tension est prise conventionnellement supérieure niveau de tension (moyenne ou basse tension) (tableau 1).
à 10 ms (les phénomènes de durée inférieure sont considérés
comme des phénomènes transitoires) et usuellement inférieure Un défaut d’isolement provoque un court-circuit où s’écoule un
à 3 min. courant important. Les variations brutales de courant sur un
ouvrage du réseau électrique entraînent des variations brutales (ou
à-coups) de tension sur tout le reste du réseau.
Les coupures brèves, pendant lesquelles l’amplitude de la
tension résiduelle est nulle, sont caractérisées par leur durée. Afin de limiter la durée de ces courants de défaut et la gêne qui
en résulte, une solution souvent adoptée par les distributeurs
consiste à mettre temporairement hors tension l’ouvrage en
Il y a coupure lorsque les valeurs efficaces des trois tensions défaut. Cette mise hors tension est effectuée en déclenchant le ou
composées sont inférieures à une valeur de seuil (quelques les disjoncteurs qui relient l’ouvrage en défaut au reste du réseau.
pour-cent, usuellement) de la tension contractuelle U c pendant
une durée supérieure ou égale à 1 s. On distingue : Dans le cas des réseaux aériens, les défauts sont en grande
— les coupures brèves, de durée comprise entre 1 s et majorité, fugitifs. Un automatisme de réenclenchement automa-
3 min ; tique assure la remise en service le plus rapidement possible.
— les coupures longues, de durée supérieure ou égale à Par contre, les défauts sur les réseaux souterrains sont presque
3 min. toujours permanents, aucun réenclenchement automatique n’est
tenté.
Nota 1 : la tension de fourniture U f est la valeur que le distributeur délivre au point de
livraison au client, à un instant donné. ■ Les réseaux de transport et de répartition fonctionnent en régime
Nota 2 : la tension contractuelle Uc constitue la référence des engagements du distribu- « bouclé » et ont le neutre mis à la terre. Le principe de détection des
teur. Sa valeur est fixée dans les conditions particulières du contrat de fourniture. Elle peut défauts est basé essentiellement sur la mesure de l’impédance,
différer de la tension nominale Un du réseau. donc de distance, ce qui permet d’assurer une sélectivité de déclen-
chement des disjoncteurs en fonction de la forme et de la localisa-
tion du défaut.

2. Origine Le système de protection, complexe, vise :


— pour chaque forme et position de défaut, à limiter le nombre
de disjoncteurs à ouvrir. Notons que pour les réseaux à très haute
Les creux de tension et les coupures brèves sont causés par des tension, les défauts étant essentiellement entre une phase et la
phénomènes aléatoires. Ces phénomènes concernent soit le terre, les ouvertures de disjoncteurs sont limitées à la phase atteinte
réseau du distributeur, soit le réseau de l’utilisateur. par le défaut ;
— à tenter, chaque fois que cela est possible, une remise auto-
matique en service afin de limiter l’impact sur la clientèle des cou-
2.1 Réseau du distributeur pures pouvant résulter des déclenchements.
Des défauts d’isolement qui affectent les réseaux de transport, La figure 1 montre l’évolution de la tension d’alimentation d’un
de répartition ou de distribution sont provoqués par des causes client raccordé en A lors de l’élimination d’un défaut sur la portion
externes ou internes au réseau du distributeur. de ligne comprise entre les disjoncteurs D1 et D2. (0)

Tableau 1 – Principales caractéristiques des défauts enregistrés aux différents niveaux de tension
Type Principales causes Occurrence des défauts Occurrence des défauts
Principaux types
de réseau des défauts HTB HTA
Conditions climatiques Monophasés
Aérien Amorçages avec des corps Peu fréquents Fréquents
extérieurs Fugitifs

Avaries de matériels Monophasés


Souterrain Impacts avec des engins Rares Peu fréquents
de terrassement Permanents

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D4262

________________________________________________________________________________________________________________ QUALITÉ DE LA TENSION

400 kV

1
Poste HTA
225 kV
Défaut R R

Client A Client B

R réenclencheur

A D1 90/63 kV D2

20 % 80 %
Longueur de la ligne T0 T1 T2 T3 T4 T5 T6 T7

U
Tension au point A

T0 T1 T2 T3 T4 T5 T6 T7
0
t (s) T0 apparition du défaut
80 à 300 ms 5 à 10 s
T1 ouverture du disjoncteur en tête de départ 200 ms plus tard
T2 fermeture du disjoncteur en tête de départ 300 ms plus tard
300 à 800 ms
T3 ouverture du disjoncteur en tête de départ 500 ms plus tard
O1 O2 F2 O2 T4 fermeture du disjoncteur en tête de départ 15 à 30 s plus tard
O1 ouverture du disjoncteur D1 T5 ouverture du disjoncteur en tête de départ 500 ms plus tard
O2 ouverture du disjoncteur D2 T6 fermeture du disjoncteur en tête de départ 15 à 30 s plus tard
F2 fermeture du disjoncteur D2 T7 ouverture définitive du disjoncteur en tête de départ 500 ms plus tard

Figure 1 – Séquence d’élimination d’un défaut permanent Figure 2 – Séquence d’élimination d’un défaut sur un réseau HTA
sur un réseau HTB (> 50 kV) (1 à 50 kV)

■ Les réseaux de distribution fonctionnent « en antenne » et ont le 2.2 Réseau de l’utilisateur


neutre aujourd’hui mis à la terre par l’intermédiaire d’une impé-
dance de limitation du courant de défaut. Le principe de détection
des défauts est basé essentiellement sur la mesure du courant. De Les creux de tension peuvent être causés non seulement par des
plus, le nombre de défauts atteignant plusieurs phases étant relati- défauts d’isolement survenant sur une partie de l’installation, mais
vement important, les déclenchements sont toujours triphasés. La aussi par des phénomènes qui se produisent sur le réseau de l’uti-
reprise automatique du service utilise un dispositif de réenclen- lisateur. Ils sont dus à des appels de courants importants, par
chement triphasé. Après un premier déclenchement, trois tentatives exemple, démarrage direct de gros moteurs, enclenchement de
de réenclenchement sont effectuées : la première, au terme d’une charges importantes, enclenchement de charges particulières
temporisation courte (quelques centaines de millisecondes) et les (transformateurs, condensateurs, etc.).
deux suivantes avec des temporisations plus longues (plusieurs
dizaines de secondes). En tout, trois tentatives de réenclenchement Ces courants qui circulent dans les impédances du réseau pro-
automatique sont effectuées avant de conclure à une cause perma- voquent des à-coups de tension et vont perturber l’installation de
nente de défaut. l’utilisateur lui-même ou celle d’un utilisateur voisin situé sur le
même départ ou dépendant du même jeu de barres.
En conséquence, pendant un cycle d’élimination d’un défaut, un
utilisateur raccordé en moyenne tension (MT) sur un départ voisin Ainsi, on a mesuré, sur certains appareils dont la puissance
du départ aérien en défaut peut ressentir quatre creux de tension maximale était de l’ordre de quelques kilovoltampères et qui
successifs, tandis que celui raccordé directement sur le départ en étaient utilisés dans des ensembles informatiques, des courants de
défaut est soumis d’abord à un creux de tension, puis trois démarrage dont l’intensité de pointe pendant la première demi-
coupures brèves et enfin une coupure longue (figure 2). période atteignait dix à vingt fois celle de leur valeur assignée.

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1

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D4263

Qualité de la tension
Fluctuations et flicker
1
par Roger OTT
Ingénieur senior, EDF Recherche et développement

avec la collaboration de Jacques LACHAUME (EDF/DGES)

1. Définitions .................................................................................................. D 4 263 - 2


1.1 Classification ................................................................................................ — 2
1.2 Une gêne physiologique : le papillotement ............................................... — 2
1.3 Sensibilité des lampes ................................................................................. — 3
1.4 Origine .......................................................................................................... — 4
1.5 Estimation ..................................................................................................... — 4
2. Mesure du papillotement ....................................................................... — 4
2.1 À-coups de tension réguliers ...................................................................... — 4
2.2 Variations de tension de forme quelconque : flickermètre....................... — 5
3. Variations isolées ..................................................................................... — 5
3.1 Détermination de la valeur de l’impédance amont ................................... — 5
3.2 Enclenchement de condensateurs.............................................................. — 6
3.3 Démarrage des moteurs asynchrones ....................................................... — 6
4. Générateurs de fluctuations répétitives ou aléatoires .................. — 7
4.1 Four à arc ...................................................................................................... — 7
4.2 Machine à souder par résistance ................................................................ — 11
4.3 Four à résistance .......................................................................................... — 12
4.4 Influence des signaux de télécommande centralisée à 175 Hz
sur les tubes fluorescents............................................................................ — 13
5. Propagation................................................................................................ — 14
6. Normes et recommandations................................................................ — 16
6.1 Deux particularités du papillotement ......................................................... — 16
6.2 Niveaux d’émission ..................................................................................... — 16
7. Réduction du papillotement .................................................................. — 17
7.1 Augmentation de la puissance de court-circuit ......................................... — 17
7.2 Diminution des variations de puissance réactive...................................... — 17
7.3 Autres solutions ........................................................................................... — 18
8. Traitement d’un problème de fluctuation de tension .................... — 18
8.1 Diagnostic ..................................................................................................... — 18
8.2 Variations de tension sous forme d’à-coups rectangulaires distincts ..... — 19
8.3 Raccordement des charges résistives fluctuantes .................................... — 19
8.4 Variations de tension sous forme d’à-coups non rectangulaires............. — 19
8.5 Raccordement d’un four à arc..................................................................... — 19
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. D 4 265
Parution : novembre 2002

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D4263

QUALITÉ DE LA TENSION ________________________________________________________________________________________________________________

a figure A résume la terminologie appliquée aux différents phénomènes


L affectant la valeur efficace de la tension. Parmi ces phénomènes, on
distingue la zone où il y a fluctuations de tension.

Cet article fait partie d’un ensemble consacré à la qualité de la tension dans les réseaux. Les
autres articles traitent des sujets suivants :
— [D 4 261] - Introduction ;

1
— [D 4 262] - Creux et coupures brèves ;
— [D 4 264] - Harmoniques ;
— [Doc. D 4 265] - Pour en savoir plus.
Sur les fluctuations de tension et les flicker, le lecteur est également invité à se reporter à la
série d’articles :
— [D 4 315] et [D 4 316] - Fluctuations de tension et flicker : évaluation et atténuation ;
— [D 4 317] - Contrôle dynamique de puissance réactive. Dispositifs statiques ;
— [D 4 318] - Compensateurs statiques de puissance réactive : pour en savoir plus.

Amplitude

Surtensions
Un + 10 %
Un Fluctuations de tension
Un – 10 %

Creux de tension

Coupure brève Coupure longue

10 ms 1s 3 min 1h Durée

Figure A – Perturbations affectant la valeur efficace de la tension

1. Définitions — type d : série de fluctuations aléatoires ou continues de tension


(par exemple : charges variant cycliquement ou aléatoirement,
fours à arc typiquement).
Le type de fluctuation de tension peut être déduit des caractéris-
1.1 Classification tiques de l’appareil générateur de celle-ci ou observé par un appa-
reil de mesure adapté.
Les fluctuations de tension sont soit des variations cycliques de
la valeur de la tension efficace, soit des séries aléatoires d’à-coups Par la suite, nous prenons en compte les variations répétitives et
de tension. Ces fluctuations se situent dans les limites de variation les à-coups isolés.
normale de la tension, c’est-à-dire dans la tolérance de ± 10 %
autour de la tension nominale.
Il y a plusieurs types de fluctuations de tension. Elles sont clas-
sées de la façon suivante dans la publication CEI 61000-3-3 1.2 Une gêne physiologique :
(figure 1) : le papillotement
— type a : à-coups de tension rectangulaires et périodiques d’am-
plitude constante (par exemple : commutation de charges résisti- Comme les variations de tension se situent dans les limites nor-
ves, machines à souder à résistances, certains cycles de déclenche- males de variation de la tension, les appareils ne sont généralement
ments/réenclenchements automatiques) ; pas affectés par les fluctuations de tension.
— type b : série d’à-coups de tension irréguliers. Leurs ampli-
tudes peuvent être identiques ou non, aussi bien en descendant Le principal effet des fluctuations de tension est la gêne produite
qu’en montant ; par le papillotement de l’éclairage (fluctuation de la luminosité des
— type c : variations de tension clairement séparées qui ne sont lampes). La gêne physiologique dépend de l’amplitude, de la
pas toutes des à-coups (par exemple : commutation de charges non cadence de répétition et de la durée des variations de tension, ainsi
résistives, démarrage de moteurs) ; que de la composition spectrale de la lumière.

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D4263

________________________________________________________________________________________________________________ QUALITÉ DE LA TENSION

Veff Veff

t t
1
Type a Type b

Veff Veff

t t

Type c Type d

Représentations pour une durée de quelques secondes

Figure 1 – Fluctuations de tension (d’après [1])

Le papillotement est toujours une sensation désagréable, géné- Dans le cas où la fluctuation de tension à l’origine du phénomène
ratrice de tension nerveuse. Tout le monde a pu expérimenter une a une forme périodique simple telle que sinusoïde, créneau, dent
sensation similaire, dans un bureau dont l’éclairage par tubes fluo- de scie, etc., l’amplitude de la fluctuation qui correspond au seuil
rescents est défaillant : un tube qui clignote crée un papillotement de perceptibilité du phénomène est une fonction simple de la fré-
très fort. Une situation comparable peut être rencontrée dans une quence de la fluctuation.
installation résidentielle lorsque les variations de tension sont par-
ticulièrement fortes.
Nota : le papillotement dû à un néon défectueux, bien que comparable dans son effet,
n’est pas dû à une tension d’alimentation fluctuante. Il n’est donc pas détaillé dans la suite.
Le terme papillotement est traduit en anglais par flicker,
Cependant, le papillotement de certains tubes fluorescents lors d’impulsions de télécom- terme en pratique très usité en français.
mande centralisée à 175 Hz est un type très particulier de papillotement. Il est décrit dans
le paragraphe 4.4.
À forte dose, le papillotement peut poser des problèmes aux per-
sonnes épileptiques. On a ainsi reproché aux jeux vidéo de provo-
quer l’épilepsie chez les sujets à risque, à cause des fréquences 1.3 Sensibilité des lampes
d’images utilisées qui étaient largement inférieures aux fréquences
du cinéma. L’armée utilise le papillotement « à forte dose » (éclairs
à 10 Hz) pour détecter des maladies nerveuses chez les futurs La théorie du papillotement est fondée sur une lampe de
pilotes d’hélicoptère qui pourraient être sensibles à l’effet strobos- référence : la lampe à incandescence de 60 W et 230 V à filament
copique des pales occultant périodiquement la lumière du soleil. bispiralé. Le choix d’une lampe particulière comme référence est
Les valeurs de papillotement que l’on rencontre sur le réseau élec- une étape obligatoire du processus normatif. Les lampes de puis-
trique sont en général beaucoup moins fortes. Elles n’en restent pas sance plus élevée possèdent un filament plus épais, donc une
moins gênantes, notamment pour les deux activités domestiques inertie thermique plus importante. Elles produisent donc un papillo-
privilégiées que sont la lecture et la télévision. tement plus faible pour une variation de tension identique. Il en est
de même pour les lampes à tension d’alimentation plus faible (lam-
Nota : l’image émise par un récepteur de télévision n’est pas directement perturbée car
l’amplitude des variations de tension est en général trop faible pour affecter le fonction- pes 100/120 V pour réseaux américains et nord-japonais).
nement du récepteur. Par contre, si une source de lumière est placée à la périphérie du
champ de vision, le papillotement de l’ampoule électrique est perçu par le téléspectateur Les éclairages fluorescents sont également beaucoup moins sen-
de façon très gênante. sibles aux variations de tension (on considère que leur sensibilité
La sensibilité de la perception visuelle aux variations de la lumière est 3 à 4 fois plus faible). Ils sont donc à privilégier pour l’alimen-
produite par une lampe à incandescence donnée évolue avec la fré- tation des clients très perturbés par le papillotement, en particulier
quence et présente un maximum de sensibilité entre 8 et 10 Hz ; la pour l’alimentation interne d’usines sources de fluctuations de
limite de perceptibilité à ce maximum de sensibilité est à 0,3 % de tension. Remplacer les dispositifs d’éclairage d’un client particuliè-
variation relative de tension. Il existe une limite de perception à rement sensible peut donc être parfois un palliatif peu onéreux à
environ 35 Hz car les fréquences supérieures ne sont pas vues à un problème de papillotement localisé.
cause du filtrage passe-bas effectué par le système nerveux de
l’observateur et de l’inertie thermique du filament de la lampe. Les lampes halogènes sont aussi sensibles que les lampes à
incandescence de même puissance.
La fluctuation de la luminosité produite par une fluctuation de
tension donnée dépend beaucoup du type, de la puissance et la ten- Des expériences sont en cours pour étudier la sensibilité des
sion assignée de la lampe. lampes alimentées à travers un variateur électronique.

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23
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QUALITÉ DE LA TENSION ________________________________________________________________________________________________________________

1.4 Origine 2. Mesure du papillotement


Les principales sources de fluctuations de tension sont :
— des charges industrielles : machines à souder par résistance,
laminoirs, moteurs de puissance importante dont la charge varie 2.1 À-coups de tension réguliers
(tunneliers), fours à arc, soudeuses à arc, enclenchements de
condensateurs, chaudières de forte puissance ;

1 — des charges de forte puissance raccordées au réseau public


basse tension chez des artisans ou des clients de profession
libérale : appareils à rayons X (radiologues), lasers, grosses photo-
Pour le cas des variations régulières de tension par échelons
d’égale profondeur, qui donne le papillotement le plus pénalisant,
la courbe de la figure 2 indique l’amplitude tolérable des échelons
copieuses ou tireuses de plan (architectes), moteurs, par exemple en fonction du nombre d’échelons par minute. À une variation de
pour des pompes à chaleur chez des clients domestiques ou pour forme rectangulaire correspondent deux échelons (un échelon dans
des groupes frigorifiques de chambres froides (boucheries). un sens suivi d’un échelon dans l’autre).

Les à-coups de tension provoqués par l’enclenchement ou le Le document [2] donne les facteurs de correction des différentes
déclenchement d’équipements importants provoquent des effets formes d’à-coups possibles. Pour des à-coups dont l’enveloppe de
similaires. Certains équipements électrodomestiques peuvent éga- l’amplitude de tension varie de façon sinusoïdale, triangulaire, tra-
lement provoquer du papillotement si le réseau basse tension pézoïdale, en escalier, etc., des abaques du coefficient à appliquer
auquel ils sont raccordés est particulièrement faible. sur l’amplitude des à-coups existent. On peut ainsi se ramener à un
à-coup de tension rectangulaire produisant une gêne équivalente à
Il est important de noter que ces fluctuations, produites par des celle de l’à-coup complexe étudié.
charges industrielles, peuvent affecter un grand nombre de
consommateurs lorsqu’ils sont alimentés par la même source. Les caractéristiques des à-coups ou des variations doivent être
Comme les impédances des réseaux publics d’alimentation sont déterminées sur la base d’un enregistrement de la valeur efficace
très différentes d’un lieu à un autre, les fluctuations de tension pro- de la tension de chaque alternance (demi-période). Lorsque les
duites par ces équipements perturbateurs varient considérablement variations sont aléatoires, alors la méthode définie au paragra-
si le point de raccordement du perturbateur est près d’un poste phe 2.2 doit être appliquée.
source ou à l’extrémité d’une ligne en antenne.
La partie droite de la courbe de la figure 2, au-dessus de 12 varia-
Il faut noter que les creux de tension [D 4 262] peuvent être tions par minute, a été réalisée suite à des expériences menées sur
considérés, du point de vue de leur effet sur les lampes à incan- 80 personnes. Elle représente le niveau de fluctuation de tension
descence, comme des fluctuations extrêmes de tension. pour lequel 50 % des observateurs ont trouvé le papillotement inac-
ceptable. Cette courbe a ensuite été confirmée à de multiples
reprises par l’expérience. La partie gauche de la courbe, pour moins
de 12 variations de tension par minute, a été établie grâce à l’expé-
1.5 Estimation rience d’EDF (recueil de multiples plaintes de clients).

La partie gauche de la courbe (pour des variations de tension


On utilise les notations suivantes :
supérieures à 3 %) peut être limitée différemment suivant le
V tension simple (tension entre phase et neutre), contexte. Le paragraphe 6 indique la limite entre les à-coups de
tension et les variations de tension à fréquence faible.
U tension composée (tension entre phases),
Nota : cette courbe est valable pour les réseaux à 230 V, car elle a été établie à partir
S cc puissance de court-circuit, d’une lampe à incandescence de référence : 60 W - 230 V. La courbe équivalente pour les
réseaux à 120 V et 100 V est en cours de définition dans les organismes internationaux de
V n , U n tension nominale du réseau (simple et composée), normalisation.

R partie résistive de l’impédance du réseau amont,


X partie inductive de l’impédance du réseau amont,
P puissance active absorbée par la charge,
Q puissance réactive absorbée par la charge,
10
PCC point commun de couplage de la charge perturbatrice.
∆U /U (%)
Pour calculer la fluctuation de tension ∆V de la tension provoquée
par des variations ∆P et ∆Q des puissances appelées par une charge
fluctuante, il suffit d’appliquer la formule approchée, mais suffisante 1
en pratique :

∆V R ∆P + X ∆Q
--------- = ---------------------------------
2
- (1)
V Vn
0,1
en introduisant les valeurs réalistes de la résistance R et de la réac- 0,1 1 10 100 1 000 10 000
tance X de la source d’alimentation. En particulier, il ne faut pas Nombre de variations par minute
considérer la valeur de X correspondant à la puissance de court-cir-
cuit maximale, qui est utilisée pour les calculs de dimensionnement
des matériels. En effet, cette valeur sous-estimerait les fluctuations
de tension. C’est en fait l’impédance maximale de réseau qu’il faut Figure 2 – Amplitude maximale des variations relatives de tension
considérer, celle qui maximise la somme R ∆ P + X ∆ Q et qui corres- admissibles en fonction du nombre de variations par minute, dite
pond à la puissance de court-circuit minimale. « courbe Pst = 1 ». Cas des variations rectangulaires

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D 4 263 − 4 © Techniques de l’Ingénieur, traité Génie électrique

24
Référence Internet
D4264

Qualité de la tension
Harmoniques
1
par Roger OTT
Ingénieur senior, EDF Recherche et développement

avec la collaboration de Jean MARTINON, ingénieur, EDF Recherche et développement

1. Définition.................................................................................................... D 4 264 - 2
2. Origine des distorsions .......................................................................... — 2
2.1 Émission en tension .................................................................................... — 2
2.2 Émission en courant.................................................................................... — 2
3. Effets ........................................................................................................... — 2
3.1 Effets instantanés ........................................................................................ — 2
3.2 Effets à terme ............................................................................................... — 4
4. Propagation ............................................................................................... — 4
4.1 Impédance harmonique des réseaux......................................................... — 4
4.2 Résonances .................................................................................................. — 4
4.3 Cas particulier des harmoniques de rang multiple de 3 .......................... — 6
5. Foisonnement............................................................................................ — 6
6. Solutions .................................................................................................... — 6
6.1 Selfs antiharmoniques et filtres passifs..................................................... — 7
6.2 Filtres actifs .................................................................................................. — 8
6.3 Convertisseurs propres ............................................................................... — 8
6.4 Autres méthodes ......................................................................................... — 9
7. Niveaux admissibles sur les réseaux.................................................. — 9
8. Mesure......................................................................................................... — 9
8.1 Principe......................................................................................................... — 9
8.2 Incidence des transformateurs de mesure ................................................ — 9
9. Conclusion ................................................................................................. — 10
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. D 4 265

e bon fonctionnement de la plupart des appareils électriques raccordés au


L réseau nécessite une alimentation sinusoïdale – à 50 Hz en France. Dans ces
conditions, les charges dites passives, comme les résistances de chauffage ou
les condensateurs, absorbent un courant périodique à 50 Hz, sinusoïdal.
Mais certains appareils, utilisant pour la plupart l’électronique de puissance,
absorbent un courant qui n’est pas sinusoïdal. Ce courant a toujours une fré-
quence de 50 Hz, mais il est déformé. Lorsqu’il traverse l’impédance du réseau,
ce courant produit une déformation de la tension. Ces perturbations se propagent
alors à l’ensemble du réseau.
On dit que ces appareils sont non linéaires et qu’ils produisent des courants
Parution : novembre 2002

et des tensions harmoniques.


On parle alors de distorsion harmonique. Dans certains cas, la configuration
du réseau peut provoquer une amplification de la distorsion harmonique. La

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D4264

QUALITÉ DE LA TENSION ________________________________________________________________________________________________________________

présence de charges non linéaires peut alors entraîner le dysfonctionnement


d’autres appareils raccordés à proximité.

Cet article fait partie d’un ensemble consacré à la qualité de la tension dans les réseaux. Les
autres articles traitent des sujets suivants :
— [D 4 261] - Introduction ;

1
— [D 4 262] - Creux et coupures brèves ;
— [D 4 263] - Fluctuations et flicker ;
— [Doc.D 4 265] - Pour en savoir plus.

1. Définition pression). Chaque source d’harmoniques est caractérisée par le


spectre du courant qu’elle absorbe.
La figure 2 montre le spectre du courant absorbé par un redresseur
L’analyse de Fourier permet de quantifier la distorsion harmonique à 6 thyristors et par un redresseur à 12 thyristors (filtrage inductif
d’un signal. Un signal périodique (de tension ou de courant) de forme côté continu dans les deux cas).
quelconque et de fréquence f 0 se décompose en une somme de
Les redresseurs triphasés à 6 thyristors (ponts de Graëtz) produi-
signaux sinusoïdaux dont chacun a une fréquence — dite harmo-
sent des courants harmoniques de rangs h = 6k ± 1 (k en entier).
nique — qui est un multiple entier de la fréquence fondamentale f 0 .
Pour un filtrage inductif de la charge, l’amplitude des courants har-
Ce multiple est appelé rang harmonique. Un exemple de cette
moniques est donnée par Ih – I1 / h (où I1 est le courant fondamen-
décomposition est donné figure 1. L’amplitude d’une composante
tal). Les ponts à 12 thyristors produisent les rangs de la forme
harmonique est généralement exprimée en pourcentage de la gran-
h = 12k ± 1 (k entier).
deur fondamentale correspondante — c’est le taux d’harmoniques.
Nota : en pratique, les sources d’harmoniques pairs sont rares. Les niveaux harmoni- Les courants harmoniques émis par les convertisseurs à filtrage
ques pairs observés sur les réseaux sont donc nettement inférieurs aux niveaux harmoni- capacitif sont généralement beaucoup plus intenses. Pour plus
ques impairs. Par ailleurs, les niveaux de rang 3 et multiples de 3 sont généralement faibles d’information à ce sujet, on se reportera à l’article traitant des
sur les réseaux moyenne et haute tension (§ 4.3).
convertisseurs statiques [D 3 210].
On étudie la propagation des harmoniques sur un réseau élec-
trique en analysant celui-ci comme s’il était soumis de façon indé-
pendante à chacune de ces fréquences.
3. Effets
2. Origine des distorsions En présence d’harmoniques, la valeur efficace vraie du signal est
supérieure à la valeur efficace du seul fondamental (figure 3). Les
appareils (comme les disjoncteurs) dimensionnés pour un courant
Les appareils électroniques sont les principaux responsables de fondamental donné peuvent alors être soumis à de sévères
la pollution harmonique, mais les autres charges du réseau peuvent contraintes supplémentaires.
également y contribuer. L’effet le plus connu des harmoniques est la destruction de
condensateurs ou de disjoncteurs en cas de résonance. Un autre
phénomène fréquent dans les réseaux à basse tension est l’échauf-
2.1 Émission en tension fement des conducteurs de neutre sous l’effet des courants harmo-
niques de rang 3.
Les machines synchrones et les transformateurs saturés sont des Les harmoniques peuvent aussi avoir des effets moins visibles,
sources de tensions harmoniques. Les niveaux harmoniques pro- mais tout aussi réels, qui se traduisent par une fatigue accélérée du
duits par ces sources restent toujours inférieurs au pour-cent. matériel. On distingue donc les effets instantanés et les effets à
Certains équipements destinés à la compensation des creux de terme.
tension (alimentations sans interruption – ASI – de conception rudi-
mentaire) produisent également des harmoniques de tension sur
leur réseau aval. 3.1 Effets instantanés
Les effets instantanés concernent principalement les appareils
2.2 Émission en courant produisant une image (téléviseur, moniteur) ou un son (téléphone,
chaîne hi-fi) électronique. La précision de certains équipements de
mesure peut être altérée. Des vibrations peuvent apparaître dans les
Les charges non linéaires se comportent comme des sources de
appareils électromagnétiques (transformateur, inductance). Les har-
courants harmoniques, en ce sens que les courants émis ne
moniques peuvent également entraîner le mauvais fonctionnement
dépendent pas de l’impédance du réseau auquel l’appareil est
de systèmes électroniques.
raccordé. C’est le cas de la plupart des appareils à base d’électro-
nique de puissance mais aussi des appareils à arc électrique (fours Nota : ce sont principalement les appareils utilisant le passage par zéro de la tension à
des fins de synchronisation qui sont affectés par ce phénomène. En effet, la présence de forts
à arc, machines à souder), des petits moteurs asynchrones et de cer- taux d’harmoniques peut rendre incertain, voire décaler, le passage par zéro de la tension
tains moyens d’éclairage (lampes fluorescentes et à vapeur haute du réseau (figure 4).

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D4264

________________________________________________________________________________________________________________ QUALITÉ DE LA TENSION


Amplitude du signal

Amplitude
(en % du fondamental)
100
Signal périodique 50 Hz 80
C1
60
40
20

1
0
20 40 t (ms) 0
1 3 5 7 9 11 13
– C1 Rang harmonique

a à 6 thyristors

Amplitude
(en % du fondamental)
100
Amplitude du signal

80
Signal fondamental : f1 = 50 Hz 60
C1
40
20
0 0
20 40 t (ms) 1 3 5 7 9 11 13
Rang harmonique
– C1 b à 12 thyristors

+ Figure 2 – Spectre du courant absorbé par un redresseur


Amplitude du signal

C1
Harmonique 3 : f3 = 150 Hz

0 U (V) Ueff = Un
20 40 t (ms)
1,4 Un

– C1

0
+ t

Ueff = 1,11 Un
Amplitude du signal

– 1,4 Un
C1
Harmonique 5 : f5 = 250 Hz

0 Figure 3 – Augmentation de la valeur efficace de la tension


20 40 t (ms) en présence d’harmoniques

– C1

+
U (V)
Amplitude du signal

1,4 Un
∆t
C1

Harmonique 7 : f7 = 350 Hz
0
0 10 20 30 40 t (ms)
20 40 t (ms)

– C1 – 1,4 Un

Figure 1 – Décomposition d’un signal périodique 50 Hz Figure 4 – Décalage du passage par zéro sur une tension déformée
en série de Fourier par l’harmonique 3

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1

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D4267

Compensation des courants


harmoniques et réactifs
dans un réseau électrique 1
par Meriem MERAI
Docteur en génie électrique
Ingénieur en génie électrique
Assistante technologue à l’École supérieure privée d’ingénierie et de technologie (Esprit)
Université de Tunis El Manar, École nationale d’ingénieurs de Tunis
Laboratoire de systèmes électriques, LR11ES15, Tunis, Tunisie
Mohamed Wissem NAOUAR
Docteur
Ingénieur en génie électrique
Maître de conférences à l’École nationale d’ingénieurs de Tunis
Université de Tunis El Manar, École nationale d’ingénieurs de Tunis
Laboratoire de systèmes électriques, LR11ES15, Tunis, Tunisie
et Ilhem SLAMA-BELKHODJA
Professeur des universités
Université de Tunis El Manar, École nationale d’ingénieurs de Tunis
Laboratoire de systèmes électriques, LR11ES15, Tunis, Tunisie

1. Dégradation de la qualité d’énergie électrique........................................ D 4 267 - 2


1.1 Métriques et critères d’évaluation de la qualité d’énergie électrique .... — 2
1.2 Origine et effets de la dégradation de la qualité d’énergie électrique ... — 3
2. Solutions classiques d’amélioration de la qualité d’énergie électrique ..... — 3
2.1 Compensation de la puissance réactive.................................................... — 3
2.1.1 Compensation par condensateurs.................................................... — 3
2.1.2 Compensation par générateur statique de la puissance réactive .... — 5
2.2 Compensation de la puissance déformante ............................................. — 7
2.2.1 Compensation par filtres passifs ...................................................... — 7
2.2.2 Compensation par filtres actifs parallèles........................................ — 12
3. Conclusion ................................................................................................... — 13
Pour en savoir plus .............................................................................................. Doc. D 4 267

n réseau électrique constitue un système complexe qui inclut essentielle-


U ment des éléments de génération, de distribution et de consommation
d’énergie électrique. En dépit de sa complexité, un réseau électrique doit
assurer une génération d’énergie électrique adaptée à la consommation ins-
tantanée des charges. L’énergie électrique étant très difficilement stockable, la
stabilité du réseau électrique nécessite un équilibre permanent entre la généra-
tion et la consommation. C’est pourquoi, de nos jours, la qualité d’énergie
électrique (QEE) dans les réseaux électriques est devenue un enjeu crucial.
Ceci est dû au fait que l’amélioration de la QEE assure :
– une meilleure maîtrise de la consommation d’énergie électrique ;
– un gain de productivité lors de la génération de l’énergie électrique.
L’énergie électrique est généralement distribuée sous la forme d’une source
triphasée de tensions sinusoïdales et équilibrées dans le cas idéal. La forme
d’onde des courants consommés par les charges impose la nature de l’énergie
Parution : février 2018

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D 4 267 – 1

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D4267

COMPENSATION DES COURANTS HARMONIQUES ET RÉACTIFS DANS UN RÉSEAU ÉLECTRIQUE ___________________________________________________

transmise. Celle-ci peut être décomposée en une partie « active », une partie
« réactive » et une partie « harmonique ». En général, l’utilisateur final ne
bénéficie que de l’apport énergétique fourni par la partie « active » de l’énergie
électrique transmise. Les énergies « réactive » et « harmonique » transmises
ne peuvent pas être éliminées, mais peuvent être compensées par des disposi-
tifs appropriés qui offrent les avantages suivants :
– la possibilité de compenser les courants harmoniques consommés par des
1 charges non linéaires. Ceci contribue à l’amélioration de la qualité d’énergie
électrique par la diminution du TDH (taux de distorsion harmonique) des cou-
rants parcourant les lignes de distribution d’énergie électrique ;
– la possibilité de compenser le courant réactif consommé par des charges
non linéaires et réactives. Ceci permet d’augmenter le facteur de déplacement
de puissance.
On parle dans ce cas d’amélioration de la qualité d’énergie électrique, et
l’énergie totale soutirée aux sources du réseau électrique sera globalement
réduite.
Dans ce but, cet article est une contribution à une meilleure connaissance
des problèmes liés à la consommation de courants harmoniques et réactifs
dans le réseau électrique. Par ailleurs, cet article dresse un état de l’art sur les
solutions classiques d’amélioration de la qualité d’énergie électrique au travers
de la compensation des parties « réactive » et « harmonique » de l’énergie
électrique distribuée. Dans ce contexte, les auteurs souhaitent sensibiliser les
lecteurs quant au potentiel énergétique et économique offert par ces solutions,
mais aussi aux défis technologiques et limitations qui leur sont associés.

1. Dégradation de la qualité
d’énergie électrique S (VA)
D (VAR)
1.1 Métriques et critères d’évaluation
de la qualité d’énergie électrique
Q (VAR) ζ1
L’énergie électrique est distribuée aux consommateurs sous
forme de courant alternatif incluant une composante fondamen- P (W)
tale i f et une composante harmonique i h comme le montre l’équa-
tion (1) [D4220], [D4200]. La composante fondamentale du courant
est la somme d’un courant actif ia (en phase avec la tension et lié Figure 1 – Décomposition vectorielle des puissances
au transfert de la puissance active P) et d’un courant réactif ir (en
quadrature de phase avec la tension et lié au transfert de la puis-
sance réactive Q). Quant au courant harmonique i h, il est lié au En approximant la tension V fournie par le réseau à une
transfert de la puissance déformante D. source sinusoïdale de pulsation ω et de valeur efficace
Veff (V(t)=√[Link](ωt)), les puissances active P, réactive Q et
(1) déformante D s’expriment comme suit :

La figure 1 illustre la décomposition vectorielle des puissances (3)


active P, réactive Q, déformante D et apparente S.
En utilisant la décomposition en série de Fourier, le courant i (4)
absorbé par une charge donnée s’exprime comme suit :
(5)

(2)
(6)
avec Ihneff la valeur efficace du courant harmonique de rang n, ζn
la phase du courant harmonique de rang n, ζ1 la phase du courant
fondamental et ω = 2πf est la pulsation du courant fondamental (f
étant la fréquence du courant fondamental). La quantification de la qualité d’énergie électrique est générale-
ment effectuée au travers des métriques décrites ci-après.

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D 4 267 – 2

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D4267

____________________________________________________ COMPENSATION DES COURANTS HARMONIQUES ET RÉACTIFS DANS UN RÉSEAU ÉLECTRIQUE

■ Taux de distorsion harmonique THD tiques tels que les transformateurs, les machines tournantes, les
Le taux de distorsion harmonique du courant, noté THDi (THD inductances, etc.
est l’abréviation de Total Harmonic Distortion), est défini comme – la destruction d’appareils à cause du phénomène de réso-
étant la valeur efficace de tous les courants harmoniques (excepté nance ;
le fondamental) en pourcentage par rapport à la valeur efficace du – le mauvais fonctionnement des dispositifs de protection ;
courant fondamental : – la surcharge des câbles, moteurs et transformateurs ;
– les erreurs de lecture de certains instruments de mesure et
d’enregistrement dans les compteurs ;
(7)
– l’interférence avec les réseaux de télécommunication et les
appareils électroniques.
Quant aux effets à moyen et long terme, il s’agit essentielle-
1
ment des effets suivants :
Ce paramètre traduit l’ondulation du courant par rapport au fon-
damental et s’annule lors d’une absorption purement sinusoïdale – le vieillissement accéléré et la réduction de la durée de vie
du courant. d’équipements électriques tels que les isolants, les transforma-
teurs, les moteurs, les batteries de condensateurs, etc.
■ Facteur de déplacement de puissance DPF – l’échauffement des câbles dû aux pertes par effet Joule qui
augmentent étant donné qu’aux pertes issues du courant fonda-
Le facteur de déplacement de puissance, noté DPF (Dispalce-
mental s’additionnent les pertes issues du courant harmonique ;
ment Power Factor), est défini comme étant le déphasage entre le
– les pertes supplémentaires dans les équipements utilisant les
fondamental de tension et celui de courant. Il s’exprime donc
circuits magnétiques étant donné que les courants harmoniques
comme suit :
font accroître les pertes fer (pertes par courant de Foucault) et par
(8) hystérésis ;
– l’échauffement des batteries de condensateurs. En présence de
■ Facteur de distorsion DF courants harmoniques, l’impédance des condensateurs décroît
proportionnellement en fonction du rang des harmoniques pré-
Le facteur de distorsion, noté DF (Distortion Factor), est défini sents. Il en résulte une augmentation du courant absorbé par les
comme étant la valeur efficace du courant fondamental par rap- batteries de condensateurs entraînant leur échauffement.
port à la valeur efficace du courant total. Il s’exprime selon la rela-
tion (9). En régime déformé, lorsque l’absorption du courant est
non sinusoïdale, le facteur de distorsion est inférieur à 1.

(9)
2. Solutions classiques
d’amélioration de la qualité
■ Facteur de puissance PF
d’énergie électrique
Le facteur de puissance, noté PF (Power Factor), est défini
comme étant le rapport entre la puissance active P et la puissance
apparente S. Il s’exprime donc comme suit : Dans la majorité des applications, l’utilisateur bénéficie unique-
ment de l’apport énergétique de la puissance active. C’est pour-
quoi, il est utile de compenser la puissance réactive ainsi que la
(10) puissance déformante au travers de dispositifs appropriés, et ce
en vue de réduire de manière efficace l’énergie totale fournie par
le réseau. Dans ce qui suit sont détaillés les procédés de compen-
sation des puissances réactive et déformante. Il est important de
1.2 Origine et effets de la dégradation noter ici que :
de la qualité d’énergie électrique – pour améliorer le facteur de déplacement de puissance DPF, il
faut injecter du courant réactif ;
Durant les dernières décennies, les réseaux électriques ont – pour améliorer le facteur de puissance PF, il faut d’une part
connu un accroissement important de l’utilisation des charges injecter du courant réactif pour augmenter le DPF, et d’autre part
non linéaires. Comme exemples de charges non linéaires, nous augmenter le facteur de distorsion DF à travers un traitement des
citons les fours à arc, les variateurs de vitesse pour les entraîne- harmoniques ayant pour objectif la réduction du contenu harmo-
ments électriques à vitesse variable, les équipements électromé- nique du courant.
nagers, les téléviseurs, les ordinateurs, les imprimantes et
photocopieuses, les lampes à ballast électronique, etc. Ces
charges sont assimilées à des générateurs de courants harmo- 2.1 Compensation de la puissance
niques qui dégradent la qualité d’énergie électrique [D4315]
[D4316]. Les effets néfastes de dégradation de la qualité d’énergie
réactive
électrique peuvent être classés en deux catégories, à savoir les
effets instantanés et les effets à moyen et long terme [D4264] [1] 2.1.1 Compensation par condensateurs
[2].
Historiquement, la solution à base de condensateurs fut la pre-
Les effets instantanés sont essentiellement les suivants : mière à être utilisée pour la compensation de la puissance réac-
– le disfonctionnement de certains appareils électroniques qui tive [D4315]. Le principe de l’opération de compensation est
sont sensibles aux courants harmoniques présents dans les lignes illustré sur la figure 2. Comme le montre cette figure, pour amé-
de transport d’énergie électrique ; liorer le DPF d’une valeur initiale égale à cos(ζ1) vers une valeur
– la détérioration du facteur de puissance PF. En régime déformé finale égale à cos(ζ2), il est nécessaire de réduire la consomma-
et lorsque l’absorption du courant est non sinusoïdale à cause de tion de puissance réactive d’une quantité Qc égale à la différence
la présence de charges non linéaires, le facteur de puissance PF se entre la puissance réactive Q1 initialement consommée et la puis-
trouve réduit ; sance réactive Q2 à atteindre après compensation (cf. équation
– les bruits et vibrations causés par les courants harmoniques, (11)). Dans ce cas, la puissance apparente fondamentale (liée au
notamment dans les équipements utilisant les circuits magné- transfert du courant fondamental) diminuera d’une valeur initiale

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D 4 267 – 3

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D4267

COMPENSATION DES COURANTS HARMONIQUES ET RÉACTIFS DANS UN RÉSEAU ÉLECTRIQUE ___________________________________________________

charge consommant un courant i incluant une composante active


ia, réactive ir et harmonique ih. Un condensateur de compensation
P C est mis en parallèle avec la charge en vue de compenser le cou-
ζ2 rant réactif qu’elle consomme. Étant donné que le réseau élec-
ζ1
trique est de nature inductive, il est approximé à une source de
Sf2 Q2
tension sinusoïdale de pulsation ω en série avec un circuit (L, R)
Q1 représentant l’impédance équivalente en amont du PCC. Pour un
Sf1
harmonique de rang n, la figure 3b montre le circuit électrique

1 Qc = λQ1 équivalent obtenu en négligeant l’effet de la résistance R. Dans


cette figure 3b, la charge est approximée à un générateur de cou-
rant harmonique ihn ayant une pulsation ωn = nω. L’impédance
équivalente Zéq(ωn) qui sera vue par ce courant s’exprime selon la
Figure 2 – Principe de compensation de la puissance réactive relation (13) :

(13)
Sf1 vers une valeur finale Sf2. La puissance réactive Qc s’exprime
aussi comme étant le produit de Q1 par un coefficient λ définit
selon l’équation (11). Afin d’augmenter le DPF (cos(ζ2)> cos(ζ1)), le La figure 3c présente l’évolution du module de l’impédance
coefficient λ doit être compris entre 0 et 1 et un fonctionnement à équivalente Zéq en fonction de la pulsation ωn. Comme le montre
DPF unitaire est atteint lorsque λ est égal à 1. cette figure, lorsqu’un courant harmonique de rang n possède une
pulsation très proche de la pulsation de résonance ωr, dont
l’expression est donnée par (14), il en résulte une surtension qui
(11) entraînera le claquage des condensateurs de compensation.

La puissance réactive Qc peut être fournie par des condensateurs (14)


de compensation ayant une capacité équivalente C donnée par la
relation suivante En vue de neutraliser le phénomène de résonance, il est possible
d’ajouter des inductances anti-harmoniques Lah qui sont mises en
(12) série avec les condensateurs de compensation qui sont surdimen-
sionnés en tension. Dans ce cas, le schéma simplifié résultant est
donné par la figure 4a. Quant à l’évolution du module de l’impé-
où Veff est la valeur efficace de la tension réseau par phase et ω dance du réseau vue du PCC en fonction de la fréquence fn du
est sa pulsation. courant harmonique ihn, elle est donnée par la figure 4b.
Il est à noter qu’il existe différents types de compensation par Avec l’ajout de l’inductance Lah, l’impédance équivalente
condensateurs de la puissance réactive. En effet, l’opération de Zéq(ωn) s’exprime selon la relation (15). Par ailleurs, la branche
compensation peut se faire par condensateurs fixes ou bien au constituée par l’inductance Lah et la capacité équivalente C, forme
travers de batteries de condensateurs à régulation automatique en un système résonnant série dont l’impédance ZLahC s’exprime
vue d’assurer une compensation adaptative par rapport aux varia- selon (16).
tions de charges. D’un autre côté, la compensation peut être glo-
bale (en tête d’installation), partielle (par groupement de charges
réactives) ou locale (aux bornes de chaque charge consommant (15)
du réactif).
Les principaux avantages de la compensation par condensa-
teurs sont la maintenance réduite et les faibles pertes. Par contre, (16)
cette méthode de compensation présente un risque de résonance
avec l’inductance L du réseau électrique. Pour mettre en évidence Ainsi, avec l’ajout de Lah et à partir des équations (15) et (16), deux
ce problème, considérons le schéma simplifié donné à la fréquences déterminent le fonctionnement du circuit équivalent
figure 3a. Celui-ci donne une représentation simplifiée du réseau donné par la figure 4b. La première fréquence est la fréquence de
électrique alimentant au point de connexion commun (PCC) une résonance parallèle far connue aussi sous le nom de fréquence d’anti-

S = P + Q2 + D P + Q1 + D Zéq(ωn) |Zéq|
(L,R) ia + ir2 + ih PCC i = ia + ir1 + ih PCC

ic Qc
C ihn
V C Charge Lr

ωn
ωr

a schéma simplifié du réseau électrique b circuit électrique équivalent c évolution du module de l’impédance
alimentant une charge non linéaire pour un harmonique de rang n Zéq(ωn) en fonction de la pulsation ωn
avec compensation par condensateurs du courant harmonique ihn

Figure 3 – Schéma simplifié du réseau électrique alimentant une charge non linéaire avec compensation par condensateurs, circuit électrique équi-
valent pour un harmonique de rang n et évolution du module de l’impédance Zéq(ωn) en fonction de la pulsation ωn du courant harmonique ihn

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D 4 267 – 4

32
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IN118

INNOVATION

Diagnostic filaire
Détection, localisation et caractérisation 1
de défauts dans des réseaux filaires
complexes

par Fabrice AUZANNEAU


Chef du Laboratoire de fiabilisation des systèmes embarqués au CEA LIST

Résumé : Les câbles électriques sont vecteurs de l’alimentation et de l’information


pour les systèmes communicants. Ils sont soumis aux mêmes contraintes et peuvent
aussi être affectés par des défauts (court-circuit, rupture, corrosion et usure, etc.). En
cas de panne du système, il peut être intéressant de vérifier l’état physique du réseau
d’interconnexion filaire avant de changer de coûteux appareils. Des systèmes de dia-
gnostic filaire permettraient d’énormes gains de temps et d’argent dans de nombreux
domaines tels les transports, l’énergie, le bâtiment et les infrastructures, les
télécommunications.

Abstract : Electrical cables are the support for energy and information transmission
of many systems. They are subject to the same constraints and can as well be subject
to defects (short circuit, break, corrosion, wear out...). In the event of a breakdown of
the system, it can be interesting to check the status of the wiring interconnection
network before changing expensive devices. The use of wire diagnosis tools would allow
huge time and money savings in many fields such as transport, energy, building and
infrastructures, telecommunications.

Mots-clés : diagnostic, réseaux, câbles, interconnexion, défauts, maintenance

Keywords : diagnosis, wires, network, defects, maintenance

Points clés
Domaine : Fiabilité des réseaux de câbles
Degré de diffusion de la technologie : Émergence | Croissance | Maturité
Technologies impliquées : Électronique analogique et numérique, radiofré-
quence, microélectronique
Domaines d’application : Transports, énergie, communication, bâtiment et
infrastructures
Principaux acteurs français :
Centres de compétence : CEA LIST, Supélec LGEP, INRIA
Pôles de compétitivité : SYSTEM@TIC
Autres acteurs dans le monde : Université de l’Utah, Livewire, Wirescan...
Parution : mai 2010

5 - 2010 © Editions T.I. IN 118 - 1

33
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IN118

INNOVATION

1. Contexte troniques (qui a pu atteindre 70 à 80 ces dernières années), du


couplage entre les fonctions et de l’augmentation des câbles.
Les câbles sont présents dans tous les systèmes électriques L’architecture d’interconnexion est un principe fonda-

1 ou électroniques, souvent de manière discrète car ils sont


considérés comme peu importants : leur rôle est pourtant fon-
damental, qu’il s’agisse de l’alimentation électrique ou de la
mental mais aussi un élément souvent oublié. En trente ans,
la longueur des câbles embarqués sur une automobile a décu-
plé, passant de près de 200 à plus de 2 000 m. Dans une voi-
transmission de l’information. Cependant, leur maintenance ture moderne, on peut compter jusqu’à 100 capteurs et plus
est souvent négligée et aucun système n’existe pour fournir de 1 800 connexions : on comprend que le réseau d’inter-
un diagnostic rapide et précis de leur état. connexion soit aujourd’hui considéré par les constructeurs
comme un maillon faible pour les véhicules modernes.
Ce document vise à présenter un état de l’art des méthodes
et outils pour le diagnostic des réseaux filaires de topologie Cet exemple n’est pas isolé. La figure 1 donne une idée des
complexe, leurs avantages, performances et limitations. longueurs cumulées de câbles rencontrées dans le domaine
des transports et par conséquent de leur importance.

1.1 Problématique Cette augmentation de complexité s’accompagne cependant


d’un désagrément : l’augmentation du taux de pannes. À elle
Le marché de l’électronique automobile a progressé plus vite seule, l’électronique est responsable de 35 % des
que le marché global de l’électronique et beaucoup plus vite pannes dans l’automobile.
que la production réelle de véhicules. La part de l’électronique Pour aider à la maintenance, les calculateurs électroniques
embarquée dans l’automobile, d’après Strategy Analytics, est embarqués dans les véhicules sont de plus en plus équipés de
passée en moins de 20 ans de 2 % à plus de 20 % du coût de fonction d’autodiagnostic, ce qui a permis de constater que
production des voitures. La course actuelle à plus de sécurité 70 % des équipements renvoyés aux constructeurs étaient en
et de confort de conduite alliée à la vogue de l’écologie bon état de fonctionnement. La panne venait d’autre chose...
entraîne une augmentation de la part de l’électronique le faisceau de câbles.
dans l’automobile qui atteint 25 % en valeur. Le coût des
systèmes électroniques embarqués dans une voiture moderne
a aujourd’hui dépassé celui de l’acier. 1.2 Domaines d’application
Ce mouvement sera tiré par la généralisation prochaine des L’exemple du secteur automobile n’est pas isolé. La figure 1
technologies dites « X-by-Wire », c’est-à-dire par le remplace- montre que de grandes longueurs de câbles peuvent exister
ment des principaux éléments mécaniques et hydrauliques par dans de nombreux domaines. Si l’on constate qu’un garagiste
des systèmes électroniques programmés (direction, freinage, peut mettre jusqu’à 2 jours pour localiser et réparer un défaut
suspension, etc.) et par l’avènement prochain des véhicules dans un faisceau automobile, on imagine le problème qui peut
hybrides et électriques. Cette augmentation de complexité exister pour un avion de transport moderne où la longueur
s’accompagne d’un accroissement du nombre de systèmes élec- cumulée de câbles électriques est 100 fois plus importante.

Voiture moderne Avion civil Queen Mary 2

1 km/m

5 km/m

8 km/m

Bus

40 200 1 200
km

1 4 10 100 400 1 000 2 500 10 000


Hélicoptère

Avion de chasse moderne TGV FPSO (système flottant de production,


de stockage et de déchargement)

Figure 1 – Longueurs cumulées de câbles dans les transports (en km) et rapport avec la longueur

IN 118 - 2 © Editions T.I. 5 - 2010

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IN118

INNOVATION

Les bâtiments et infrastructures donnent des ordres de câbles est celui de l’avionique militaire : l’USAF (US Air Force)
grandeurs encore supérieurs : 1 000 km de câbles dans une a compilé depuis plusieurs années les résultats d’analyse des
centrale nucléaire (parfois dans des environnements mortels pannes ayant entraîné des incidents (avion cloué au sol,

1
pour l’homme), 5 000 km dans un bâtiment moderne, et retard au décollage, etc.), voire des accidents (fumée ou feu
50 000 km le long des voies ferrées en France. De quoi don- dans le cockpit, panne d’appareils, etc.). Il a été rapporté une
ner des cauchemars aux agents chargés de la maintenance. moyenne de 3 cas de fumées par jour dans des avions de
transports légers (jet) aux USA et au Canada uniquement.
1.3 Besoin, intérêt, avantages Des études commandées par la FAA (Federal Aviation Admi-
nistration, USA) ont permis de catégoriser les divers types de
Car c’est bien de maintenance qu’il s’agit dans un pre- défauts liés aux câbles rencontrés sur des avions (figure 2).
mier temps : comment localiser précisément l’endroit du Les défauts les plus rencontrés sont :
défaut pour le réparer en un temps minimum, si possible
sans interrompre le service rendu par le réseau (alimenta- – des connecteurs endommagés ou cassés ;
tion ou communication) ? – des câbles élimés (figure 3) ou coupés ;
– un défaut de broche d’un connecteur ;
Le besoin d’un système de diagnostic – détection, locali- – la corrosion.
sation et caractérisation – de défauts dans un réseau de
câbles est aujourd’hui présent pour de nombreuses applica- D’une manière générale, on distingue deux grandes familles
tions. de défauts :
L’intérêt est multiple : minimiser le temps d’intervention et – les défauts francs (court-circuit, circuit ouvert) qui sont
le temps d’immobilisation (pour un camion dont la charge utile localisés et produisent une signature de forte amplitude (coef-
doit être livrée rapidement) ou d’arrêt du service (pour la ficient de réflexion égal à ± 1, cf. § 3.2.1) ;
fourniture d’énergie électrique dans une agglomération) ; les – les défauts non francs, qui peuvent être localisés ou
enjeux financiers sont énormes. étalés sur une certaine distance (figure 3) dont les échos sont
Mais il est aussi possible d’embarquer le diagnostic au sein souvent très faibles voire impossibles à distinguer du bruit.
du réseau pour des applications critiques : le système surveille
Un autre type de défaut apparaît dans certains cas : une
en temps réel les câbles, détecte les défauts et prévient le
décharge partielle qui est une fuite diélectrique localisée au
contrôle qui prend les décisions adéquates.
sein d’un isolant apparaissant sous l’effet d’une forte tension.
Alors qu’une décharge de Corona est, en général, identifiable
par une luminosité particulière ou par des arcs électriques,
2. Méthodes de diagnostic une décharge partielle est un phénomène intermittent et, le
plus souvent, invisible. Une fois amorcée, la décharge va pro-
2.1 Défauts sur les câbles gressivement détériorer l’isolant, conduisant finalement à un
claquage du diélectrique et à la destruction du système. La
Avant de parler des méthodes de diagnostic, il faut s’inté- prévention des décharges partielles constitue donc un enjeu
resser aux défauts que l’on rencontre sur les câbles. Le princi- capital pour les industries électriques en vue d’assurer un ser-
pal domaine qui a recensé et analysé des défauts sur des vice de qualité sur le long terme.

4% 2%
5% 19 %
5%
5%

6%

6% 18 %
7%
7% 16 %

Connecteur abîmé/cassé Connecteur corrodé


Câble usé Mauvais câblage
Câble coupé Câble en court-circuit
Défaut de pinoche Défaut à une épissure
Composant défaillant Patte terminale endommagée
Câble corrodé Autres

Figure 2 – Répartition des défauts liés aux câbles dans les avions (source NASA)

5 - 2010 © Editions T.I. IN 118 - 3

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1

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D4315

Fluctuations de tension et flicker


Évaluation et atténuation (partie 1)
par JACQUES COURAULT
1
Directeur des développements en Électronique de Puissance – ALSTOM Power Conversion
Guillaume de PREVILLE
Chef de projet de développements en Électronique de Puissance –
ALSTOM Power Conversion
et Jean-Louis SANHET
Responsable Normalisation et Réglementation – ALSTOM Power Conversion

1. Caractérisation et normalisation de l’effet


des charges fluctuantes ......................................................................... D 4 315 – 3
1.1 Caractérisation des fluctuations ................................................................. — 3
1.2 Références normatives................................................................................ — 4
2. Évaluation et moyens de mesure des fluctuations de tension et
de leurs effets ........................................................................................... — 4
2.1 Méthode de mesure .................................................................................... — 4
2.2 Évaluation des risques liés aux fluctuations de tension .......................... — 13
2.3 Autres phénomènes avec effet similaire aux fluctuations de tension .... — 14
3. Charges fluctuantes et limites d’émission ....................................... — 18
3.1 Réseaux à moyenne tension....................................................................... — 18
3.2 Réseaux à haute tension ............................................................................. — 20
3.3 Réseaux à basse tension............................................................................. — 21
4. Annexe. Calcul de chute de tension. Approximation de la
valeur de la variation de phase tan ∆ϕ ............................................... — 24
Références bibliographiques ......................................................................... — 25
Atténuation des fluctuations de tension .......................................... D 4 316
Pour en savoir plus ......................................................................................... Doc. D 4 318

a qualité de la tension distribuée aux installations utilisatrices d’électricité est


L un souci partagé tant par les industriels, dont certains équipements peuvent
être sensibles aux non-qualités, que par les distributeurs d’électricité soucieux
de la satisfaction de leur clientèle.
On peut noter que la dérégulation du marché de l’électricité complique la tâche
des transporteurs et des distributeurs d’électricité en matière de qualité. Par
ailleurs, on constate que la multiplication des applications, d’une part, de plus en
plus sophistiquées et, d’autres part, de plus en plus puissantes ont une influence
sur la qualité de la tension. Si l’on note encore que la situation moyenne sur les
réseaux européens est actuellement meilleure que celle décrite par la norme
européenne dite de « qualité de la tension » (EN 50160), on peut alors craindre
que cette situation favorable soit difficile à maintenir.
Il convient donc de mettre à disposition des moyens de compensation à toute
nuisance issue d’une utilisation de l’énergie électrique. C’est là le rôle de la tech-
nique. Si les moyens existent, le débat relatif à leur mise en œuvre peut s’ouvrir,
débat qui, par sa nature, sort du cadre de cet article. En revanche, il est indispen-
Parution : novembre 2001

sable de s’entendre sur la manière d’appréhender les phénomènes. Là où inter-


vient une part de subjectivité, il convient de s’accorder sur les évaluations
nécessaires à la connaissance. Là où la complexité des phénomènes ne peut

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D4315

FLUCTUATIONS DE TENSION ET FLICKER ____________________________________________________________________________________________________

plus être suivie analytiquement mais fait l’objet d’un examen statistique, il
convient de s’accorder sur les méthodes. Ce sont les raisons pour lesquelles la
normalisation internationale, dont la vocation est d’établir des consensus, est
essentielle pour définir les nuisances, la manière de les aborder, les méthodes
pour les mesurer et finalement les règles pour les limiter.
Parmi les nuisances, on a noté depuis longtemps les chutes de tension qui, si
elles se répètent à certaines cadences, ont des effets particulièrement gênants
1 pour une des principales applications de l’électricité : l’éclairage. On a aussi
identifié très tôt que les chutes de tension sont d’autant plus importantes que la
puissance appelée est grande et que l’impédance du réseau de distribution est
forte. Si l’impédance est une caractéristique constructive du réseau qui ne peut
être changée que par son adaptation à la puissance qu’il prétend distribuer, en
revanche les appels de puissance peuvent être compensés par un appareillage
approprié.
En courant alternatif, les fluctuations de puissance réactive sont la principale
source des fluctuations de tension surtout sur les réseaux moyenne tension
(HTA) et haute tension (HTB) dont l’impédance interne est principalement induc-
tive. La compensation consiste donc à lisser les fluctuations de puissance réac-
tive au moyen de dispositifs permettant de moduler une consommation
complémentaire à celle de la charge à lisser. Des techniques relativement simi-
laires permettent de compenser les déséquilibres de tension qu’introduisent les
charges monophasées de grande puissance.
Aujourd’hui, ces dispositifs sont classiquement réalisés avec des thyristors ; il
permettent de répondre avec satisfaction aux problèmes de la compensation
des déséquilibres, du réglage de tension des réseaux vis-à-vis des fluctuations
de la puissance réactive et du réglage du facteur de puissance.
Avant de détailler la technique des compensateurs statiques, il convient
d’introduire les mesures associées aux fluctuations de tension ainsi que la nor-
malisation traitant de l’évaluation des phénomènes ou de la limitation de leurs
effets. Ces questions sont examinées à tous les niveaux de puissance et de ten-
sion, y compris en basse tension avec, pour les européens, l’aspect réglemen-
taire de la norme harmonisée EN 61000-3-3. Cette partie est dictée par le rôle
capital de la normalisation, pour laquelle il s’agissait de mettre en commun les
expériences et d’établir un consensus à partir d’idées initialement différentes,
pour ne pas dire divergentes.
L’ensemble « Compensateurs statiques de puissance réactive » fait l’objet de quatre articles :
D 4 315 Fluctuations de tension et flicker. Évaluation et atténuation (partie 1)
D 4 316 Fluctuations de tension et flicker. Évaluation et atténuation (partie 2)
D 4 317 Contrôle dynamique de puissance réactive. Dispositifs statiques
Doc. D 4 318 Pour en savoir plus
Les sujets ne sont pas indépendants les uns des autres.
Le lecteur devra assez souvent se reporter aux autres fascicules.
Nota : d’autres informations peuvent aider le lecteur à comprendre cet article, ou le complètent. Le lecteur est ainsi invité à
se reporter dans ce traité aux articles suivants :
— Compensation de l’énergie réactive et tenue de la tension dans les réseaux publics ;
— Compensation de l’énergie réactive et tenue de la tension dans les installations industrielles ;
— Circulation d’énergie réactive : effets sur un réseau ;
— Réseaux de distribution – Flicker et harmoniques ;
— Appareillage électrique à basse tension – Technologie ;
— Condensateurs de puissance ;
— Électrothermie – Fours à arcs ;
et à la rubrique Électronique de puissance.
Avertissement : pour les besoins de cet article, et conformément à la spécification technique internationale CEI 61000-3-7,
on désigne par réseau très haute tension (THT) un réseau de tension nominale supérieure à 230 kV. De 230 kV inclus à 35 kV, il
s’agit de réseau haute tension (HT). De 35 kV inclus à 1 kV, on parle de moyenne tension (MT), contrairement à l’usage français
(HTA), tandis qu’à 1 kV ou en dessous on retrouve la classique basse tension (BT).
Remerciements et copyright – Les titres 2 et 3 du fascicule D 4 315 sont pour une large part un commentaire explicatif de
normes de la Commission Électrotechnique Internationale. Des relations mathématiques, des figures ou des principes exposés
dans cette partie sont issus de ces normes. Les sources sont essentiellement la CEI 61000-3-7 et parfois d’autres parties des
séries CEI 61000-2 ou CEI 61000-3. En conséquence, l’auteur remercie la Commission Électrotechnique Internationale (CEI)
d’avoir accordé l’autorisation d’utiliser ces sources. Tous les extraits sont sujet au « copyright © IEC, Geneva, Switzerland ».
Tous droits de reproduction réservés. Le lecteur peut trouver des informations complémentaires concernant la CEI, ses publi-
cations et sa mission sur le site [Link]. La CEI décline toute responsabilité et ne saurait assumer aucune conséquence de
quelconques dommages pouvant résulter d’un défaut d’interprétation par le lecteur des articles cités en référence quel que soit
leur emplacement et leur contexte dans cette publication. Les sources sont reproduites ou réécrites avec autorisation.
The author thanks the International Electrotechnical Commission (IEC) for permission to use the following material. All
extracts are copyright © IEC, Geneva, Switzerland. All rights reserved. Further information on the IEC, its publications and its
role is available from [Link]. IEC takes no responsability for and will not assume liability for damages resulting from the
reader’s misinterpretation of the referenced material referenced due to its placement and context in this publication. The mate-
rial is reproduced or rewritten with their permission.

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___________________________________________________________________________________________________ FLUCTUATIONS DE TENSION ET FLICKER

1. Caractérisation Dans un premier temps, la sensibilité maximale au voisinage de


10 Hz (résonance à l’inverse de la rémanence rétinienne) a conduit à
et normalisation de l’effet définir la fluctuation de tension ∆V10 à 10 Hz et à établir des fluctua-
tions équivalentes de tension pour les fréquences différentes :
des charges fluctuantes ∆V
∆ V 10 =  -------- (1)
 V  10 Hz

1
et :
1.1 Caractérisation des fluctuations
∆V
∆V 10 équivalent = a (f ) ⋅  -------- (2)
 V f

1.1.1 Phénomène observé La composition de modulations à des fréquences différentes était


alors évaluée par une somme quadratique :

Les charges fluctuantes sont des charges qui, par nature, fonc- ∆V 2
tionnent à puissance variable : par exemple, une presse, un laminoir ∆ V 10 équivalent = ∑ a i ⋅  -------- (3)
i
V fi
discontinu, une soudeuse par point, un four à arc et, de manière
générale, tout procédé cyclique ou à variables internes aléatoires. Le calcul de ∆V/V est détaillé au paragraphe 2.3.3. On utilise les
Le procédé de conversion d’énergie peut, pour sa part, atténuer ou équations (39) ou (40), selon les données immédiatement disponi-
amplifier le phénomène de modulation de puissance par la manière bles, ou des relations plus précises selon l’objectif recherché.
dont la puissance réactive est à son tour modulée. La modulation, à Cependant, l’approximation (41) :
fréquence plus ou moins élevée, des appels de puissance active et ∆V ∆Q
réactive est à l’origine de chutes de tension dues à l’impédance -------- = ----------
V S SC
interne du réseau d’alimentation (cf. § 2.3.3). De ces chutes de ten-
sion fluctuantes résultent des fluctuations de tension. (dans laquelle ∆Q représente la variation de puissance réactive et
Les fluctuations de tension sur les réseaux publics de distribu- SSC la puissance de court-circuit au point considéré) est assez sou-
tion d’électricité se sont révélées très tôt comme un facteur de gêne vent suffisante.
important pour l’ensemble des usagers. L’effet de scintillement des
lampes d’éclairage (flicker) était connu au début de la distribution
de l’électricité en courant alternatif, pour laquelle la fréquence de 1.1.2 Caractérisation historique
25 Hz n’était pas vraiment confortable.
Nota : en France, il a fallu attendre une circulaire du ministre des Transports du 1er avril La caractérisation de l’effet de scintillement a été poursuivie par
1918 pour que la fréquence de 50 Hz soit « standardisée » comme fréquence normale. une évaluation statistique sur une population de volontaires. Le
L’utilisation d’un réseau public de distribution d’électricité pour seuil de gêne ressenti par la moitié de la population a permis de tra-
alimenter des charges produisant des fluctuations de tension a con- cer les premières caractéristiques de perception, associant œil et
duit à qualifier la gêne essentielle et immédiate qui pouvait en lampe, en fonction du type de lampe (230 V, 120 V ou 110 V). Pierre
résulter pour le voisinage. Il s’agit du scintillement des lampes Meynaud a été un précurseur de cette caractérisation. Des travaux
d’éclairage que l’usage a nommé flicker par importation et adoption complets ont été conduits à l’UIE (Union Internationale d’Électro-
du terme anglais plus concis. La perception du scintillement des thermie) qui a publié un rapport [1] dont les conclusions ont été
lampes d’éclairage ou perception du flicker dépend de la fréquence reprises à la CEI à la fin des années 1980.
et de l’amplitude des fluctuations. On a commencé par en rendre La figure 2 représente la perceptibilité du scintillement relatif à
compte au moyen d’une caractéristique de sensibilité de l’œil a(f ) des fluctuations de tension en échelons ∆U /U, en fonction de
donnée en figure 1. l’amplitude des échelons et de leur fréquence. La fréquence corres-
pond au nombre d’échelons par minute. On a déduit de cette carac-
téristique un indice de perceptibilité du scintillement ou indice de
perceptibilité du flicker sur une période courte, noté Pst (st « pour
short term »), en déclarant que cette caractéristique, qui représente
la perception par 50 % de la population, correspond à Pst = 1.
1,000
a (f )

0,500
10
∆ U /U (%) Pst = 1
230 V
120 V
100 V
0,100

1
0,050

0,1
0,001 0,010 0,100 1 10 100 0,1 1 10 102 103 104
f (Hz) Nombre de variations de tension rectangulaires par minute

Figure 1 – Sensibilité de l’œil en fonction de la fréquence Figure 2 – Niveau de perception du flicker

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FLUCTUATIONS DE TENSION ET FLICKER ____________________________________________________________________________________________________

Nota :
1. U est le symbole utilisé à la CEI pour désigner la tension. En France l’emploi de U et 2. Évaluation et moyens
de V est relativement indifférent, en remarquant que certains auteurs réservent U pour
désigner la tension composée d’un système polyphasé, tandis que V désigne la tension
simple.
de mesure des fluctuations
2. ∆V/V désigne une variation de tension ; indifféremment, on utilise aussi ∆U/U. Il s’agit
d’une valeur de régime établi. Il convient de faire la distinction avec dmax qui désigne la
de tension et de leurs effets
variation relative maximale de tension atteinte au cours d’un régime transitoire (voir la
définition au paragraphe [Link]). De même, on distingue la variation permanente dc due à

1
une charge (voir la définition au paragraphe [Link]) ; dc représente l’écart relatif entre la
tension à vide et la tension de régime permanent pour une charge donnée. La mesure conduit à la connaissance, et la connaissance permet
3. En résumé, et sauf indication contraire explicite, on notera indifféremment ∆U/U ou de définir les conditions optimales d’exploitation d’un réseau élec-
∆V/V ou encore d (sans indice), une variation relative de tension dont on ne précise pas la trique. L’optimisation concerne la satisfaction des utilisateurs avec
nature. En appliquant cette règle aux figures 2, 8, 9, 10 ou 12, etc., on peut comprendre
qu’il s’agit de l’amplitude des variations cycliques, puisque génératrices de flicker. La ses deux pôles à priori antinomiques :
caractéristique représentée sur la figure 2 fournit Pst = 1 dans le cas de lampes à incandes- — absence de gêne sur les dispositifs susceptibles d’être pertur-
cence de tension assignée différente.
bés ;
En l’absence d’appareil de mesure et dans le cadre de la mise en
œuvre de fours à arcs, on a utilisé un lien entre la fluctuation à 10 Hz, — correction minimale (au moindre coût) des dispositifs pertur-
∆V10 [relation (1)], exprimée en %, et l’indice de perceptibilité du flic- bateurs.
ker (notamment au Japon), en utilisant un coefficient expérimental La caractérisation des fluctuations de tension concerne à la fois
k valant de 1,0 à 1,3 : l’amplitude des déviations et la fréquence à laquelle elles apparais-
∆ V max sent aussi bien que leur forme. La perception de l’effet de scintille-
∆ V 10 = ----------------
- (4) ment (ou papillotement), en bref la perception de flicker, est
3, 6 fonction de la forme d’onde des fluctuations (nommée caractéris-
∆ Q max tique du changement de tension). La mesure passe donc par une
P st max = 3 ∆ V 10 = 0, 83 ∆ V max = 83 k ⋅ ------------------ (5) analyse statistique de la tension.
S SC
Au-delà de cette approche spécifique à un procédé (four à arc), il
a fallu définir une méthode de mesure de la tension qui permette de
restituer la caractéristique de perception. C’est l’objet de la norme
CEI 61000-4-15. 2.1 Méthode de mesure

1.2 Références normatives 2.1.1 Unités et moyens statistiques


La liste des normes pertinentes correspondant aux phénomènes
examinés dans les fascicules [D 4 315], [D 4 316] et [D 4 317] est La norme CEI 61000-4-15 définit la méthode de mesure et les per-
donnée dans le fascicule [Doc. D 4 318] Pour en savoir plus. formances des appareils destinés au mesurage des fluctuations de
Selon la formule en usage à la CEI, légèrement modifiée pour la tension susceptibles de créer un scintillement des dispositifs d’éclai-
circonstance : « Tout document normatif est sujet à révision et le lec- rage. En plus court, ces appareils mesurent le flicker et s’appellent
teur est invité à rechercher la possibilité d’appliquer les éditions les « flickermètres ». Pour la commodité, on nomme flickermètre inter-
plus récentes des documents normatifs indiqués ci-après. Les mem- national un flickermètre répondant aux définitions et exigences de
bres de la CEI et le l’ISO possèdent le registre des normes internatio- cette norme. Le schéma de principe de cet appareil (figure 1 de la
nales actuellement en vigueur ». norme) est reproduit sur la figure 3.

Simulateur Bloc 3 lampe-œil-cerveau

Filtre démodulateur
et passe-bande
Bloc 1 Bloc 2 de sensibilité Bloc 4 Bloc 5

Adaptateur Démodulateur Mise en forme du signal Analyse


Sélecteur
d'entrée quadratique de sensation statistique
de gamme
Normalisation — classe de niveau
0,5 %
de la sortie — (parmi 64)
à
à l'unité — durée cumulée
20 %
— (sur la période
X2 X2 — d'observation)
— quantiles Pst
— somme pondérée
300 ms P,t
0,05 Hz 35 Hz 8,8 Hz — de quantiles
0,53 Hz — racine
calibre Écart Mémoire
isolement
gain adaptatif

S
Valeur efficace Fluctuation Sensation
de la tension pondérée instantanée Période
par alternance de tension de flicker d'observation

Figure 3 – Schéma de principe du flickermètre international [d’après UIE et CEI 61000-4-15]

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___________________________________________________________________________________________________ FLUCTUATIONS DE TENSION ET FLICKER

On caractérise la sévérité du flicker à partir d’une mesure de la


tension dont le traitement statistique sur une période courte repré- S + + + = t7
sente un niveau de perception ou indice de perceptibilité, noté Pst
(§ 1.1.2). La période courte peut être choisie entre 1 min, 5 min, 10
10 min et 15 min, la valeur préférentielle étant 10 min. L’indice de 9
perceptibilité à long terme est notée P ,r . 8
7
6

1
[Link] Grandeur mesurée 5
4
■ La mesure de tension est mise à l’échelle au moyen d’un gain 3 Tst = 10 min
ajustable de façon à améliorer la sensibilité de la mesure ; la gran- 2
1
deur mesurée est ainsi normée à l’unité par le bloc 1 du flicker-
mètre international (cf. figure 3). t

■ Après cette adaptation d’entrée, la tension est élevée au carré ; il Figure 4 – Enveloppe pondérée des fluctuations : amplitude de S
s’agit de la fonction dite démodulateur quadratique du bloc 2. durant la période d’observation
Cette étape correspond au phénomène physique qui crée le flicker ;
le flux lumineux d’une lampe d’éclairage est en effet proportionnel
au carré de la tension qui lui est appliquée.
■ Au bloc 3, la tension est filtrée pour éliminer la composante
continue et les composantes de fréquences supérieures à 35 Hz, ne pν
1àν
conservant ainsi que la partie des fluctuations dans la bande de fré- 1,0
quences perceptibles (0,05 Hz à 35 Hz). La tension filtrée est alors
pondérée en fonction de la fréquence pour approcher la réponse
physiologique. La pondération est assurée par un filtre passe-bande
particulier centré sur 8,8 Hz qui, à cette fréquence, a un gain unité et
déphase de 0,408 radian en retard (cf. § [Link]). 0,5

■ La fonction obtenue est représentative des écarts de la tension du t7 /Tst


réseau d’alimentation, et présente une forme d’onde particulière,
image de la caractéristique du changement de tension. L’écart peut 0,1
être positif (tension supérieure à la référence) ou négatif (tension
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
inférieure à la référence). La grandeur représentative de l’effet sur le Classes de S
couple œil-cerveau est le carré de l’écart, tandis que la mise en Quantile des classes
mémoire est simulée par un filtre passe-bas du premier ordre et de dépassées
constante de temps 300 ms (coupure à 0,53 Hz). Une mise à l’échelle pendant 50 % du temps
P50
permet une nouvelle adaptation de la sensibilité. La grandeur résul-
tante en sortie du bloc 4, désignée par S, est usuellement nommée Quantile des classes
sensation instantanée du flicker et est exprimée en unités de per- dépassées
ception (udp). pendant 10 % du temps
P10
■ La fonction de transfert des blocs 1 à 4 est résumée par les
tableaux 1 et 2 de la CEI 61000-4-15. L’analyse qui suit consiste à Figure 5 – Enveloppe pondérée des fluctuations : densité
caractériser la sensation instantanée du flicker en fonction de la de probabilité cumulée de présence de S dans les classes 1 à n
gêne qui peut en résulter, compte tenu de la caractéristique du chan-
gement de tension (forme d’onde). Il s’agit d’une analyse statistique
des fluctuations (bloc 5).

dépasse la classe ν, ou soit compris dans la classe ν, pendant x % du


[Link] Traitement statistique temps. On caractérise ce quantile par :
■ L’amplitude de S est définie par des classes de niveaux, 64 au
Px = ν ,
moins selon la norme. L’illustration donnée par les figures 4 et 5 ne
représente que 10 niveaux pour en assurer la lisibilité. Le traitement
repose sur la durée d’appartenance à chacune de ces classes. quantité homogène au carré de l’écart de tension. À titre d’exemple,
sur la figure 5, P50 = ν6 et P10 = ν9.
■ Au cours de la période d’observation, on cumule le temps tν pen-
dant lequel l’amplitude de S est comprise dans une classe ν (ν = 7 ■ L’indice de perceptibilité Pst est la racine carrée de la somme pon-
sur la figure 4). On définit pν, la fonction de probabilité cumulée de dérée de cinq quantiles.
présence de S dans les classes ν à 10 (en fait de la classe ν à la plus Les quantiles 1 à 50 % sont de préférence lissés. Le symbole des
grande classe), c’est-à-dire la probabilité que S soit supérieure ou quantiles lissés est affecté de l’indice s. Le lissage d’un quantile est
égale à un niveau ν donné : obtenu par la moyenne arithmétique avec les quantiles voisins. P30
et P80 pour P50 (soit une moyenne sur trois termes) ; P6, P8, P13 et P17
j = max
pour P10 (moyenne sur cinq termes) ; P2,2 et P4 pour P3 (trois termes)
∑ tj et P0,7 et P1,5 pour P1 (trois termes). Cette loi admise par la commu-
j=ν nauté internationale, à la suite des travaux de l’UIE, est décrite par
p ν = -------------------
- (6)
T st l’équation (7) (cf. 4.10.1 de la CEI 61000-4-15). Elle représente la
sévérité de la forme de la caractéristique de changement de ten-
avec Tst période courte d’observation. sion :
■ La figure 5 illustre la densité de probabilité cumulée pν en fonc-
tion des niveaux de S. Soit Px le quantile tel que le niveau de S P st = 0,0314 ⋅ P0, 1 + 0,0525 ⋅ P1s + 0,0657 ⋅ P3s + 0,280 ⋅ P10s + 0,080 ⋅ P50s (7)

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D4316

Fluctuations de tension et flicker


Évaluation et atténuation (partie 2)
par JACQUES COURAULT
1
Directeur des développements en Électronique de Puissance – ALSTOM Power Conversion
Guillaume de PREVILLE
Chef de projet de développements en Électronique de Puissance –
ALSTOM Power Conversion
et Jean-Louis SANHET
Responsable Normalisation et Réglementation – ALSTOM Power Conversion

1. Critères d’atténuation des fluctuations de tension ....................... D 4 316 – 2


1.1 Évaluation du flicker. Four à arc courant alternatif ................................... — 2
1.2 Atténuation du flicker .................................................................................. — 2
1.2.1 Méthode .............................................................................................. — 2
1.2.2 Rapidité................................................................................................ — 3
2. Absorbeurs................................................................................................. — 3
2.1 Fonctionnement........................................................................................... — 3
2.2 Dimensionnement de l’actionneur............................................................. — 4
2.3 Dimensionnement du filtre ......................................................................... — 6
2.4 Technologie .................................................................................................. — 8
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. D 4 318

es fluctuations de tension d’un réseau peuvent avoir des origines diverses,


L tous les procédés industriels sont susceptibles d’en produire si la puissance
de court-circuit au point de raccordement et d’évaluation est faible. Sans entrer
dans les détails des perturbations pour chaque activité, on peut cependant clas-
ser ces perturbations en deux grandes catégories : les fluctuations lentes et les
fluctuations rapides.
Les fluctuations lentes ont pour origine les charges réactives lentement
variables des réseaux. Leur atténuation est réalisée par des statocompensateurs
de réseau. La bande passante des actionneurs utilisés ne dépasse pas quelques
hertz. Par ailleurs, ces équipements ne sont généralement pas conçus pour éli-
miner une composante inverse ; ils ont donc un fonctionnement équilibré.
Les fluctuations rapides de la tension, qui engendrent le flicker, ont principa-
lement pour origine les activités métallurgiques, fours à arc, laminoirs, machi-
nes à souder. La compensation de la gêne engendrée par ces perturbations ne
pourra se faire qu’avec des actionneurs capables d’une bande passante supé-
rieure à 20 Hz.
Pour être exhaustif, il est nécessaire d’évoquer les équipements de rééquili-
brage des réseaux. On les rencontre surtout pour rééquilibrer les réseaux tripha-
sés qui alimentent des installations monophasées de la traction ferroviaire.
Dans les paragraphes qui suivent nous ne considérerons que les statocom-
pensateurs rapides de flicker ; ils comprennent, dans leur puissance et dans
leur contrôle, toutes les particularités des appareils lents de réseau et leur
dimensionnement prend nécessairement en compte la nécessité de rééquili-
brage.
Parution : février 2002

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D4316

FLUCTUATIONS DE TENSION ET FLICKER ____________________________________________________________________________________________________

L’ensemble « Compensateurs statiques de puissance réactive » fait l’objet de quatre articles :


D 4 315 Fluctuations de tension et flicker. Évaluation et atténuation (partie 1)
D 4 316 Fluctuations de tension et flicker. Évaluation et atténuation (partie 2)
D 4 317 Contrôle dynamique de puissance réactive. Dispositifs statiques
Doc. D 4 318 Pour en savoir plus
Les sujets ne sont pas indépendants les uns des autres.
Le lecteur devra assez souvent se reporter aux autres fascicules.

1 1. Critères d’atténuation des Puissance


fluctuations de tension active P
Fonctionnement
assigné
SN
1.1 Évaluation du flicker.
Four à arc courant alternatif Court-circuit
θN

Plusieurs formules sont couramment utilisées ; il est bien évident


θSC
qu’elles prennent toutes en compte la puissance de court-circuit du
four SSC f et du réseau SSC r au point de couplage commun. Ces for-
Puissance
mules ont une double origine, théorique et pratique ; elles contien- réactive Q
nent des coefficients empiriques dont la plage de variation est ∆Qmax
fonction de l’expérience des utilisateurs (cf. D 4 315 § 1.1.2 et § 2.3.1).
Les premières évaluations significatives, du fait de leur nombre,
de la gêne engendrée par le flicker ont été réalisées au Japon avec Figure 1 – Évaluation de la plage de puissance réactive d’un four
un critère parfois encore utilisé (∆V10). On a pu établir une relation à arc
avec les variations de tension du réseau, et faire un lien direct avec
Pst [relations (1) et (2)] :
∆ V max
∆ V 10 = ----------------
-
3, 6
1 1 1
∆ Q max
P st max = 3 ∆ V 10 = 0, 83 ∆ V max = 83 k ⋅ ------------------
S SC P + jQ P jQ P jQ – jQ
∆V10 est exprimé en % ; d’où l’évaluation suivante de Pst max : 2 2 2

∆ Q max ⋅ δ 100
P st max = 3 ------------------------------------- (1)
3, 6 S SC r
3 3 3
dans laquelle δ est un coefficient d’expérience compris entre 1 et 1,3.
Pour Pst 99 % pour la prédétermination du flicker engendré par un La partie réactive de la charge est facile à compenser. On ajoute – j . Q
four à arc au point commun de couplage PCC, on trouve : entre 1 et 2, il ne reste alors que la puissance active P à répartir sur les
trois phases...
S SC f
P st 99 % = K st ------------- (2)
S SC r 1 1
P = U . I . 3 = U 2 . Y0
où Kst est un coefficient caractéristique d’émission pour le calcul de Y0
P
Pst compris entre 50 et 85. U .Y
2 2 jY 1 IL = 0
Si l’on assimile la variation de puissance réactive maximale à la 3
puissance de court-circuit du four, il est évident que les deux formu-
jY 2 I1 = U12 Y0 + U13 j .Y1
les sont sensiblement identiques. On a (cf. figure 1) :
3 3
SN 2 2
∆ Q max = ---------------- ( sin θSC – sin θN ) (3)
sin θ N
avec U tension entre phases
1
La figure 1 met en évidence la méthode de détermination de la IL courant dans la ligne
variation de puissance réactive maximale engendrée par un four à Q Y admittances entre les phases
arc triphasé dans un fonctionnement équilibré. Mais, sur un four à P + jQ
(comme indiqué)
arc, les fonctionnements déséquilibrés sont fréquents et il importe 2
Après quelques calculs on arrive au
d’en tenir compte dans le dimensionnement électrotechnique des résultat suivant :
composants en partant du principe de Steinmetz qui sera évoqué P P
Y Y0
largement dans le fascicule [D 4 317] pour définir la structure de 3 3 Y1 = – 0 et Y2 =
contrôle de la boucle rapide. 3
3 3
Les quelques considérations de la figure 2 permettent d’évaluer
l’importance, du point de vue dimensionnement, des conséquences
Figure 2 – Compensation de déséquilibre
d’un fonctionnement monophasé.

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D4750

Lignes et postes
Choix et coordination des isolements
par Alain SABOT
1
Ingénieur de l’École supérieure d’électricité
Ingénieur senior au Laboratoire de génie électrique de la Direction des études
et recherches d’EDF
Secrétaire du Comité d’études 28 « Coordination de l’isolement » de la CEI
et Jean MICHAUD
Ingénieur de l’Institut industriel du Nord
Ingénieur au Département postes et lignes, à la Direction des études et recherches d’EDF

1. Isolements, isolations et catégories des contraintes


de tension................................................................................................... D 4 750 - 3
1.1 Différents isolements et types d’isolation ................................................. — 3
1.2 Classes et catégories des contraintes de tension : classification CEI...... — 3
1.3 Aspect statistique des amplitudes des surtensions en réseau.
Surtensions représentatives ....................................................................... — 10
2. Tenue des matériels aux diverses contraintes diélectriques....... — 10
2.1 Notions de champ électrique disruptif, de claquage,
de tenue d’une isolation.............................................................................. — 10
2.2 Tenue des isolations dans l’air et lignes de fuite
des isolations externes................................................................................ — 11
2.3 Tenue diélectrique des PSEM isolés au SF6 .............................................. — 15
2.4 Tenue des isolations solides, liquides ou composites.............................. — 16
3. Dispositifs de protection ....................................................................... — 17
3.1 Protection contre les coups de foudre ....................................................... — 17
3.2 Protection contre les surtensions : éclateurs et parafoudres................... — 21
4. Lignes et postes : choix et coordination des isolements ............. — 23
4.1 Combinatoire et simplification du problème ............................................ — 23
4.2 Aspects statistiques et évaluation du risque............................................. — 24
4.3 Facteurs atmosphérique et de sécurité...................................................... — 25
4.4 Réduction du nombre des tensions d’essais normalisées....................... — 26
4.5 Tensions de tenue et niveau d’isolement normalisés ou assignés ......... — 27
4.6 Dimensionnement diélectrique global....................................................... — 27
4.7 Niveaux d’isolement normalisés................................................................ — 29
4.8 Distances minimales dans l’air recommandées par la CEI
pour les postes............................................................................................. — 29
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. D 4 750

e mot coordination désigne des actions dont l’objectif est d’harmoniser deux
L ou plusieurs choses. C’est un concept tout à fait commun que l’on rencontre
fréquemment dans la vie courante. Dans le monde technique, il recouvre géné-
ralement l’harmonisation d’une contrainte et d’une capacité de résistance à cette
contrainte. De façon encore plus spécifique, à la conception d’une réseau élec-
trique, il est nécessaire de sélectionner des matériels afin qu’ils résistent aux
différentes contraintes auxquelles ils sont soumis sur ce réseau. Réciproquement,
si le matériel existe et, par conséquent, si le niveau de tenue est défini, alors
on peut aussi songer à limiter les contraintes à des valeurs inférieures à ce niveau.
La coordination peut donc être obtenue soit en augmentant la tenue, soit en dimi-
nuant la contrainte. Comme toujours en technique, il y a un compromis à trouver
Parution : mai 1997

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D4750

LIGNES ET POSTES _____________________________________________________________________________________________________________________

entre, d’une part, l’aspect confort d’utilisation qui demande que la tenue à la
contrainte soit bien supérieure à cette contrainte et, d’autre part, le point de vue
économique qui requiert, pour minimiser le coût des équipements, de réduire
au strict nécessaire la tenue à la contrainte.
La coordination de l’isolement d’un réseau électrique s’intéresse, pour sa part,
aux contraintes de tension et à leurs pendants, les tenues diélectriques des maté-
riels, tenues qui caractérisent la capacité d’une isolation à supporter certains
1 niveaux de tension sans rupture diélectrique, c’est-à-dire sans amorcer. La coordi-
nation de l’isolement consiste donc à ajuster les tenues diélectriques en service
des équipements (lignes, postes, transformateurs, alternateurs) aux niveaux des
surtensions susceptibles d’apparaître sur ces équipements durant leur exploi-
tation, de telle sorte que la probabilité de court-circuit due à la défaillance d’une
isolation donnée soit acceptable tant du point de vue opérationnel qu’écono-
mique. Cet ajustement est obtenu soit en diminuant les contraintes, soit en aug-
mentant les tenues diélectriques, soit, enfin, en agissant simultanément sur ces
deux paramètres. Une des difficultés essentielles du processus de coordination
de l’isolement réside dans le fait que tant les contraintes de tension appliquées
aux matériels que les tenues diélectriques de ces matériels sont de nature
probabiliste ; cette double incertitude rend délicat l’ajustement des tenues
diélectriques à spécifier par rapport aux contraintes.
En chaque point d’un réseau, la coordination des isolements consiste donc à
déterminer l’isolement optimal en tenant compte des conséquences d’une avarie
ou d’une interruption de service. Dans cette optique, on peut envisager une grada-
tion de l’isolement, c’est-à-dire de l’aptitude des isolations à supporter les
contraintes électriques. Par exemple, le risque de défaillance doit être pratique-
ment nul pour les isolations dont la défaillance empêche l’utilisation pendant
plusieurs jours d’une tranche nucléaire (isolation de ses transformateurs) et très
faible pour l’isolation d’un jeu de barres d’un poste, où les conséquences d’un
amorçage sont graves ; par contre, un risque d’amorçage plus élevé peut être
toléré sur une ligne d’un réseau fortement maillé, puisque le temps pendant
lequel la ligne doit être mise hors tension pour qu’elle recouvre sa tenue
diélectrique initiale n’est que de quelques centaines de millisecondes. Un facteur
essentiel pour définir le risque de défaillance acceptable d’un équipement (et
donc son prix) est la qualité du service exigée par les clients.
Cependant, il existe certaines contraintes électriques auxquelles aucune iso-
lation économiquement réalisable ne résisterait : c’est le cas notamment des sur-
tensions dues à la foudre sur les réseaux BT ou MT, voire même HT et THT. On
accepte alors les amorçages inévitables en des points où ils peuvent se produire
sans dommage durable et l’on protège les autres points en équipant le réseau
d’appareils de protection tels qu’éclateurs ou parafoudres ; le rôle de ces appa-
reils est de limiter les surtensions qui parviennent à leurs bornes en écoulant
à la terre un maximum de l’énergie injectée dans le réseau par la contrainte.
Un choix rationnel des isolements impose donc à la fois la connaissance des
diverses contraintes électriques apparaissant dans un réseau, la connaissance
de la réponse des isolations à ces contraintes, celle des caractéristiques de l’appa-
reillage de protection et enfin celle des concepts et des méthodologies utilisés
pour la mise en œuvre pratique de la coordination de l’isolement. Ce dernier
aspect est plus particulièrement important pour qu’un dialogue clair et fructueux
puisse s’établir entre le spécificateur qui définit les contraintes et les moyens
de protection et le constructeur qui, in fine, dimensionne les isolations des maté-
riels. Ces quatre points sont explicités dans les paragraphes suivants.

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D4750

____________________________________________________________________________________________________________________ LIGNES ET POSTES

1. Isolements,
isolations et catégories
des contraintes de tension
1.1 Différents isolements
et types d’isolation
On appelle isolement d’un ouvrage ou d’un appareil électrique son
1
aptitude à supporter la tension ou, plus généralement, les contraintes
électriques qui lui sont appliquées. On appelle isolation l’élément
matériel ou l’ensemble des dispositifs constructifs qui assurent cet
isolement.
Sur un réseau électrique triphasé, quelle que soit la tension nomi-
nale, on distingue trois configurations d’isolement à considérer lors
des études de coordination de l’isolement (figure 1).
■ L’isolement entre une des trois phases et la terre (a) (isole-
ment dit phase-terre) comprend tous les isolements entre les parties Figure 1 – Schématisation des 3 configurations d’isolement
sous tension et celles mises à la terre ; c’est par exemple l’isolement qu’il faut considérer pour la coordination de l’isolement
existant entre un conducteur de ligne aérienne et le pylône, ou bien d’un réseau d’énergie électrique triphasé
encore entre une borne d’un transformateur et sa cuve.
■ L’isolement entre deux des trois phases (b) (isolement dit
phase-phase) comprend tous les isolements entre les phases des Cette répartition basée sur les caractéristiques de forme des sur-
réseaux triphasés ; c’est par exemple l’isolement entre les phases tensions remplace l’ancienne classification basée sur l’origine des
d’un jeu de barres ou l’isolement entre les enroulements de même contraintes : fréquence industrielle, manœuvre et foudre. Elle repose
tension d’un transformateur triphasé. sur une description plus physique des surtensions, mais on peut
préciser les correspondances générales qui existent avec l’origine
■ L’isolement entre deux parties d’un réseau ou entre deux
des contraintes.
réseaux (c) (isolement dit longitudinal) comprend tous les isole-
ments entre deux parties d’un réseau ou entre deux réseaux ; c’est ■ Tensions à basses fréquences
par exemple l’isolement entre deux lignes de tensions différentes qui
Elles sont divisées en deux sous-classes :
se croisent, ou bien l’isolement entre les enroulements de tensions
différentes de la même phase d’un transformateur, ou bien encore — la tension permanente à fréquence industrielle est la tension
l’isolement entre les bornes d’une même phase d’un sectionneur ou du réseau qui contraint de façon continue les équipements pendant
d’un disjoncteur ouvert. Cet isolement entre entrée et sortie d’un toute leur exploitation ;
disjoncteur pendant une opération d’ouverture est soumis à une — les surtensions temporaires sont des surtensions à la fréquence
tension de rétablissement ou à une tension transitoire de réta- industrielle ou à une fréquence harmonique ou sous-harmonique,
blissement. Ce cas particulier au fonctionnement des appareils de pas ou faiblement amorties, et dont la durée est supérieure à une
coupure n’est pas traité ici, mais dans l’article [D 4 700] Appareillage période de la fréquence industrielle.
électrique d’interruption à haute tension du présent traité. C’est en ■ Surtensions transitoires
référence à ces isolements entre bornes de l’appareillage de coupure
que cette configuration d’isolement est couramment appelée isole- Ce sont des surtensions de courte durée (quelques millisecondes
ment longitudinal. ou moins), oscillantes ou non et généralement fortement amorties ;
elles peuvent être superposées ou non à des surtensions tempo-
Chacune de ces trois configurations d’isolement peut être consti- raires. Elles se répartissent elles-mêmes en trois types :
tuée d’un ou des deux types d’isolation suivants :
— les surtensions à front lent (p. ex : surtensions de manœuvres),
— l’isolation externe, comme les chaînes d’isolateurs en verre ou ayant un temps de crête compris entre 20 et 5 000 µs et une durée
plus simplement un conducteur de ligne par rapport à la terre : c’est totale jusqu’à la mi-amplitude de moins de 20 ms ;
une isolation en général autorégénératrice, c’est-à-dire qu’elle — les surtensions à front rapide (p. ex : surtensions de foudre),
retrouve intégralement ses propriétés isolantes après une décharge ayant un temps de front compris entre 0,1 et 20 µs, et un temps
disruptive (ou amorçage) ; jusqu’à la mi-amplitude de moins de 300 µs ;
— l’isolation interne, comme l’isolation papier-huile d’un trans- — les surtensions à front très rapide, ayant un temps de front infé-
formateur ou l’isolation au SF6 d’un disjoncteur : cette isolation est rieur à 0,1 µs, et un temps jusqu’à la mi-amplitude de moins de 3 ms.
en général non autorégénératrice, c’est-à-dire qu’elle perd ses pro-
priétés isolantes ou ne les retrouve pas intégralement après une ■ Tensions continues
décharge disruptive (ou amorçage). Ce sont des contraintes de tension qui apparaissent sur les capa-
cités (parasites ou non) du réseau chaque fois qu’elles sont mises
hors tension. Ces tensions résiduelles continues, dues aux charges
1.2 Classes et catégories des contraintes capacitives qui restent « piégées », ont cependant tendance à
décroître plus ou moins rapidement avec le temps. Cette catégorie
de tension : classification CEI de contraintes de tension n’est pas définie en tant que telle par la
norme CEI 71-1, mais, comme elle joue un rôle important sur le
1.2.1 Définitions dimensionnement diélectrique des ouvrages sinon directement mais
tout au moins indirectement par les niveaux de surtensions plus
Les contraintes de tension sont réparties en deux classes, les
tensions basses fréquences et les surtensions transitoires et, suivant
leurs formes et leurs durées, selon des catégories dont les carac-
téristiques sont reprises dans le tableau 1. (0)

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LIGNES ET POSTES _____________________________________________________________________________________________________________________

Tableau 1 – Classification des contraintes de tension apparaissant sur les réseaux d’énergie électrique triphasés,
formes normalisées de tensions d’essais et essais de tenue diélectrique normalisés
Basse fréquence Transitoire
Classe
Permanente Temporaire À front lent À front rapide À front très rapide

1
Forme de tension

3 < Tf < 100 ns


f = 50 ou 60 Hz 20 < Tp < 5 000 µs 0,1 < T1 < 20 µs 0,3 < f1 < 100 MHz
Domaine des formes Tt > 1 h 10 < f < 500 Hz
de tension 0,03 < Tt < 3 600 s 30 kHz <f2 < 30 MHz
T 2  20 ms T2 < 300 µs Tt < 3 ms
(durée)
(durée)
Forme normalisée Tp = 250 µs T1 = 1,2 µs
f = 50 ou 60 Hz 48 < f < 62 Hz aucune
de tension T2 = 2 500 µs T2 = 50 µs
Essai de courte durée Essai aux chocs Essai aux chocs
Essai de tenue aucun à fréquence de manœuvre de foudre aucun
normalisé
industrielle normalisé normalisé

élevés qu’elle engendre, il apparaît nécessaire d’en faire mention ici. 1.2.2 Tension permanente
Parmi les origines des surtensions sur lesquelles ces tensions
continues jouent un rôle important, on peut citer : Les contraintes diélectriques dont les durées sont les plus élevées
— les surtensions au réenclenchement de lignes à vide ; sont celles qui résultent de la tension de service du réseau sur lequel
— les surtensions à l’ouverture de charges capacitives ; le matériel considéré est utilisé.
— les surtensions lors des manœuvres des sectionneurs de postes
Rappelons que, dans le cas des systèmes triphasés, les tensions
sous enveloppe métallique.
sont généralement exprimées en tension composée (ou entre
■ Les isolations entre phases et les isolations longitudinales phases) U, alors que l’isolation du matériel est le plus souvent
peuvent être soumises à des surtensions combinées qui résultent de soumise à une contrainte électrique entre phase et point neutre,
l’application simultanée, sur deux phases ou deux réseaux de c’est-à-dire, en régime permanent, à la tension simple V = U  3 .
contraintes de tension différentes : par exemple une surtension à Ces tensions semblent bien connues, mais il est, en fait, difficile
front rapide due à la foudre arrivant sur l’un des contacts d’un dis- de les définir avec précision. En effet, la tension peut varier dans
joncteur ouvert, l’autre étant alimenté à la tension à fréquence indus- le temps et suivant le point du réseau ; elle est plus élevée près des
trielle du réseau. Elles sont classées dans la catégorie de leur sources de production qu’à proximité de la consommation. Pour
composante d’amplitude la plus forte. cette raison, on a été amené à définir plusieurs tensions pour un
■ Les surtensions résultent très souvent de la superposition de sur- même réseau de la façon suivante :
tensions d’origine ou de nature différente : la tension de régime per- — la tension nominale d’un réseau triphasé (Un) est la valeur effi-
manent à fréquence industrielle se superpose pratiquement toujours cace de la tension entre phases par laquelle le réseau est dénommé ;
aux contraintes d’autres natures. Par exemple, la présence d’une ten- — la tension de service (U ) est la valeur efficace de la tension entre
sion continue rend plus sévères les surtensions dues aux phases, existant le plus souvent en un point d’un réseau en fonc-
manœuvres. On peut également citer la surtension temporaire qui tionnement normal ;
résulte d’un défaut à la terre dû à une première surtension. — la tension la plus élevée d’un réseau triphasé (Umr) est la valeur
efficace de la tension entre phases la plus élevée qui puisse appa-
En coordination de l’isolement, il est très commode d’exprimer
raître en un point du réseau, dans les conditions d’exploitation
toutes les contraintes de tension en une unité appelée per unit (pu)
normales. Cette valeur ne tient pas compte des variations tempo-
et définie par référence à la tension phase-terre la plus élevée du
raires de tension dues aux défauts ou aux déclenchements brusques,
réseau, Umr (§ 1.2.2), sur lequel sont évaluées les surtensions :
provoquant la séparation de charges importantes et correspondant
1 p.u. = valeur crête de la tension entre phase et terre, à des surtensions temporaires que nous examinerons au paragraphe
suivant ;
la plus élevée =  2  3  U mr — la tension la plus élevée pour le matériel (Um) est la valeur
efficace de la tension entre phases, la plus élevée pour laquelle un
On parlera dans la suite de surtensions de 2 ou 3 p.u. au lieu de matériel est spécifié en ce qui concerne notamment son isolation.
les exprimer en kilovolts. L’avantage de cette unité est que, pour Cette tension doit être au moins égale à la tension la plus élevée
les surtensions générées par les manœuvres ou les défauts, les du réseau auquel le matériel est destiné.
amplitudes exprimées en p.u. sont du même ordre de grandeur Il existe cependant certains cas où la tension permanente
quelle que soit la tension du réseau. appliquée à un matériel peut être encore plus élevée que Umr . Ainsi,
si un appareil d’interruption sépare deux réseaux non synchrones,
il apparaît, entre entrée et sortie, un battement tel que la tension
oscille plus ou moins rapidement, suivant la différence des

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D 4 750 − 4 © Techniques de l’Ingénieur, traité Génie électrique

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____________________________________________________________________________________________________________________ LIGNES ET POSTES

fréquences, entre 0 et 2  2  3  U en valeur de crête. Cette tension En effet, chaque phase d’une ligne est un élément du réseau à
constantes réparties (inductance et capacité principalement), qui
alternative d’amplitude variable peut exister pendant de très longues peut être représenté très schématiquement à fréquence industrielle
durées. Ce battement de tension existe également pour des (pour le phénomène basse fréquence qui nous intéresse ici) comme
conducteurs voisins appartenant à des réseaux différents. une suite de cellules élémentaires : chaque cellule de longueur unité,
La tenue à la tension de service n’est pas, en général, le principal comprenant une inductance série L et une capacité phase-terre C
problème pour les isolations externes, sauf parfois en ce qui (figure 2). Comme chaque cellule constitue un circuit résonnant (du
concerne la tenue à la pollution atmosphérique. Par contre, les deuxième ordre) dont le gain à fréquence industrielle est supérieur
milieux diélectriques susceptibles de vieillissement (généralement
les isolations internes : solides ou composites) posent des problè-
mes de dimensionnement diélectrique à la tension de service.
à 1, en bout de ligne la tension à fréquence industrielle est donc supé-
rieure à celle appliquée à l’extrémité alimentée.
À partir de la théorie générale des lignes (équations des télé-
1
graphistes) (cf. article [D 1100] Réseaux électriques linéaires à
constantes réparties), nous pouvons obtenir une expression simpli-
1.2.3 Surtensions temporaires fiée de la tension V ( ᐉ ) à la distance ᐉ de l’alimentation (en km)
en fonction de la tension Ve à l’entrée (figure 2) :
[Link] Surtension temporaire due à un défaut phase-terre
V (ᐉ) 1 LC ω ᐉ 2 2
Lorsqu’un défaut met à la terre l’une des phases d’un réseau --------------- = ------------------------- ≈ 1 + ----------------------
Ve cos ( β ᐉ ) 2
triphasé, les deux autres phases subissent, jusqu’à l’élimination du
défaut, une variation de tension par rapport à la terre, qui est géné- avec ω = 2 πf pulsation du régime sinusoïdal observé, f étant la
ralement une surélévation de tension. On caractérise celle-ci par le fréquence du réseau,
facteur de défaut à la terre. Il faut la distinguer de la surtension transi-
toire, traitée plus loin, et qui apparaît pendant les premières milli- β = ω (LC )1/2 angle appelé constante de phase de la ligne, (β
secondes qui suivent le défaut. En un emplacement défini d’un varie environ de 5,5 à 6o par 100 km à 50 Hz et de 6,6
réseau et pour une configuration donnée de ce réseau, on appelle à 7,2o par 100 km à 60 Hz en fonction de la géométrie de
facteur de défaut à la terre le rapport entre la tension efficace la plus la ligne).
élevée entre les phases saines et la terre en présence du défaut et Pour un réseau à 50 Hz, le facteur de surtension est de l’ordre de
la tension efficace entre phase et terre en l’absence de défaut à 1,05 pour une ligne de 300 km et de 1,16 pour une ligne de 500 km.
l’emplacement considéré. L’amplification de tension en extrémité de ligne ouverte ne se
Ce facteur de défaut Sd n’est pas nécessairement le plus élevé au limite pas à la tension à fréquence industrielle mais affecte aussi les
point du réseau où se produit le défaut. tensions harmoniques existantes (l’effet Ferranti est proportionnel
Une estimation de Sd est donnée par la formule suivante : au carré de la fréquence).
Les manœuvres de réseau qui engendrent les surtensions tempo-
Sd = 3 K 2 + K + 1 (K + 2) raires dues à l’effet Ferranti sont toutes celles qui conduisent une
ligne à être ouverte à une extrémité alors que l’autre reste alimentée.
où K = X0 / Xd On peut citer :
avec X0 réactance homopolaire, — l’enclenchement ou le réenclenchement de ligne ouverte en
extrémité : c’est le cas à chaque enclenchement mais, en général,
Xd réactance directe du réseau vu du point de défaut ; on connecte une charge très rapidement après ;
on a supposé ici que la réactance inverse X i était égale à Xd et l’on — la perte de charge : cette situation se rencontre en réseau
a négligé les résistances R. lorsque, à la suite d’un défaut ou d’une manœuvre intempestive, le
La surtension sur les phases saines dépend directement du mode disjoncteur d’une des extrémités de la ligne ouvre en triphasé ; une
de mise à la terre du réseau : telle situation peut d’ailleurs entraîner elle-même des surtensions
temporaires, se cumulant à l’effet Ferranti.
S d = 3 si X 0 = ∞ (cas du neutre isolé) ; Il existe deux moyens pour réduire ces surtensions qui peuvent
Sd = 1 si X0 = Xd (mise à la terre parfaite du neutre). être gênantes sur les lignes très longues :
La plupart des cas réels sont intermédiaires, le neutre n’étant — la réactance shunt, qui consiste à placer aux extrémités de la
jamais ni complètement isolé ni parfaitement à la terre. ligne une réactance phase-terre permettant de diminuer la capacité
apparente de la ligne ;
En pratique, tant que X 0  3 X d et en tenant compte des
— la capacité série, dont l’utilisation se justifie surtout pour des
résistances, la tension de la phase saine la plus perturbée ne peut besoins de transit de courant, mais qui contribue aussi à réduire
pas dépasser 0,80 3  fois la tension simple existant en l’absence l’effet Ferranti en diminuant l’inductance apparente de la ligne.
de défaut. Cette limite est atteinte pour des défauts sur des lignes
longues, pour lesquelles X0 / Xd tend précisément vers 3. Pour de
telles situations, le réseau est appelé réseau à neutre effectivement
à la terre. C’est le cas général des réseaux HT et THT (90, 225, 400 kV).
Par exemple, en France, X0 / Xd est plus souvent proche de 1 que de 3.
Pour X0 / Xd > 3, on dit qu’à l’emplacement considéré le réseau est
à neutre non effectivement mis à la terre.

[Link] Surtension temporaire due à l’alimentation Figure 2 – Schéma équivalent à fréquence industrielle d’une ligne
d’une ligne ouverte (effet Ferranti)
avec des cellules L et C
Lorsqu’une ligne, alimentée par une de ses extrémités, est ouverte
à l’autre extrémité, il se produit un phénomène de résonance propre
à la ligne ; ce phénomène se manifeste par une tension croissant
vers l’extrémité ouverte.

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Référence Internet
D4750

LIGNES ET POSTES _____________________________________________________________________________________________________________________

[Link] Surtension due à l’alimentation d’une charge Ces surtensions dépendent de la nature de la ligne et des élé-
capacitive au travers d’une inductance élevée ments dont elle est constituée (moyens de compensation, tronçons
C’est le cas, par exemple, d’une ligne aérienne ou d’un réseau de en câble souterrain...), de la puissance de court-circuit de la source,
câbles, alimenté par un ensemble de centrales de puissance limitée du type de disjoncteur et de l’instant de l’enclenchement (figure 3).
ou encore l’enclenchement de transformateurs ayant une forte Elles sont en général prises en compte pour dimensionner les
charge capacitive, comme une capacité shunt ; ce phénomène, sur- matériels sur les réseaux à très haute tension ( 300 kV ) .
tout sensible aux très hautes tensions, est évidemment à rapprocher Le niveau de surtension lors d’un enclenchement peut dépasser

1
du précédent. 2,4 pu à l’extrémité ouverte de la ligne. Si la ligne ou le câble ont
conservé des charges électriques avant la remise sous tension (réen-
[Link] Surtension due à un déclenchement brusque clenchement), la surtension peut dépasser sensiblement 3,6 pu En
d’une charge cas de réenclenchement, le niveau de surtension dépend des pos-
sibilités d’écoulement à la terre qu’ont les charges piégées sur la
Dans ce cas, la chute de tension interne des alternateurs et de leurs ligne. Les facteurs suivants contribuent à diminuer ces charges, et
transformateurs disparaît, et la tension fixée se rapproche de la force donc à réduire la surtension de réenclenchement :
électromotrice interne des alternateurs. Or, en raison de la grande
— présence de transformateurs de mesure de tension inductifs
valeur de la réactance synchrone de ces derniers, cette force électro-
TT (à la place de transformateurs capacitifs TCT) ;
motrice est notablement plus élevée que la tension aux bornes en
— humidité de l’air et l’état de pollution des chaînes d’isolateurs ;
régime normal. La montée en vitesse des alternateurs ainsi à vide
— durée précédant le réenclenchement, pendant laquelle la ligne
peut aggraver la surélévation de tension. Celle-ci disparaît en général
hors tension peut se décharger.
plus ou moins rapidement, en fonction de l’action des régulateurs
de tension et de vitesse des alternateurs. La surélévation de tension Ces surtensions à l’enclenchement ou au réenclenchement
peut facilement dépasser un facteur de 1,4. dépendent de l’instant de fermeture effectif sur chacune des phases.
Leurs valeurs crête suivent une fonction de répartition que l’on peut
La tension entre phase et terre atteint alors :
déterminer par une approche statistique en effectuant des calculs
1,4 U à l’aide d’un programme de simulation (cf. article [D 4 410] Régimes
--------------- = 0,8 U transitoires dans les réseaux électriques ) sur un nombre important
3
de cas où l’instant de fermeture est fixé de façon aléatoire (figure 4).
Parmi les moyens de réduction de ces surtensions, on peut citer :
[Link] Surtension due à l’enclenchement
de transformateurs — une résistance insérée transitoirement dans le circuit pendant
la fermeture du disjoncteur, avant la fermeture complète, ce qui
Ces contraintes apparaissent lorsqu’il existe à la fois de fortes permet d’amortir le régime transitoire initial ;
capacités localisées et des inductances non linéaires (circuit magné- — les parafoudres, en principe installés dans les postes aux extré-
tique saturable de transformateurs ou d’autotransformateurs). Une mités de la ligne. Dans ce cas, le point le plus contraint se trouve
résonance à fréquence harmonique ou sous-harmonique peut appa- au milieu de la ligne et non à son extrémité ouverte. L’efficacité
raître. On rencontre ce cas lors de l’enclenchement d’un transfor- dépend du choix des parafoudres, par ailleurs souvent justifiés pour
mateur à vide à travers un tronçon de câble d’une centaine de mètres limiter les surtensions à front rapide dues à la foudre ; elle est plus
de longueur. Il est assez difficile de s’en affranchir autrement qu’en importante pour les surtensions dues aux réenclenchements dont
modifiant la longueur du câble ou en amortissant l’excitation par un les amplitudes peuvent être très fortes à cause de l’existence de
enclenchement en deux temps avec insertion temporaire d’une résis- tensions résiduelles ;
tance. La mise à la terre du neutre est également une solution efficace — la maîtrise de l’instant de fermeture du disjoncteur : synchro-
(cf. article [D 3 050] Transformateur statique : principes et fonction- nisation de tous les pôles ou, mieux, fermeture de chaque pôle au
nement dans ce traité). passage par zéro de la tension entre les contacts. Dans le premier
cas, on peut ainsi réduire les surtensions transitoires de 20 % environ
[Link] Surtension due à la ferrorésonance jusqu’à les supprimer complètement dans le second cas. Cependant,
ce dernier cas suppose une commande du disjoncteur très élaborée
Ce phénomène qui apparaît sur un réseau comportant des induc- et surtout très fiable dans le temps, ce qui a limité, jusqu’à présent,
tances non linéaires et des éléments capacitifs, et pour lequel son utilisation pratique.
plusieurs régimes stables peuvent exister pour une même excitation,
n’est cité ici que pour mémoire. On se reportera à l’article [D 4 745]
Ferrorésonance dans les réseaux. [Link] Surtension due à l’enclenchement de batteries
de condensateurs
La mise sous tension de batteries de condensateurs, en particulier
1.2.4 Surtensions transitoires à front lent si leur neutre est isolé, peut générer des surtensions entre phases
qui peuvent être contraignantes pour les isolements entre enroule-
Ces surtensions sont généralement dues à des changements de ments des transformateurs.
configuration électrique du réseau (manœuvre de disjoncteurs) qui La figure 5 donne un exemple des surtensions lors de l’enclenche-
se traduisent par des régimes transitoires complexes, pouvant ment d’une batterie de condensateurs sur un jeu de barres (sans
comporter des surtensions plus ou moins élevées. moyens de réduction) quand il y a accord entre la fréquence de
charge de la capacité C à travers l’inductance Ls et la fréquence de
[Link] Surtension due à l’enclenchement résonance de la ligne en quart d’onde.
ou au réenclenchement d’une ligne à vide
La mise sous tension (enclenchement), ou la remise sous tension [Link] Surtension lors de l’élimination
rapide, quelques centaines de millisecondes à quelques secondes ou de l’apparition de défauts
après son découplage du réseau (réenclenchement) d’une ligne, L’apparition d’un défaut provoque simultanément des surtensions
engendre des surtensions transitoires à front lent, dont les ampli- à front lent et des surtensions temporaires. La partie à front lent est
tudes les plus élevées sont situées à l’extrémité ouverte de la ligne. générée par la propagation sur le réseau de l’échelon de tension dû

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D 4 750 − 6 © Techniques de l’Ingénieur, traité Génie électrique

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Référence Internet
D4750

____________________________________________________________________________________________________________________ LIGNES ET POSTES

Figure 3 – Exemples de forme typique de surtensions transitoires à front lent phase-terre résultant de l’enclenchement d’une ligne à vide,
sans moyen de réduction des surtensions et avec des tensions résiduelles préexistantes du côté de la ligne

à la chute brutale de tension à l’endroit du défaut. En théorie, la 1.2.5 Surtensions transitoires à front rapide
combinaison des surtensions à front lent et des surtensions tempo- ou très rapide dues aux manœuvres
raires peut atteindre 2,7 pu dans les réseaux à neutre isolé ou mis
à la terre par bobine de Petersen ; cependant, en général, les niveaux
[Link] Surtension due à la manœuvre des sectionneurs
atteints en réseaux restent inférieurs.
L’élimination d’un défaut provoque aussi simultanément des sur- Les manœuvres de sectionneurs aussi bien dans les postes aériens
tensions à front lent et des surtensions temporaires ; la partie à que dans les postes sous enveloppe métallique PSEM génèrent des
front lent (tension transitoire de rétablissement, cf. article [D 4 700] surtensions à la terre à front très rapide dont les amplitudes
Appareillage électrique d’interruption à haute tension du présent dépendent (comme pour les surtensions à l’enclenchement des
traité) est générée par la propagation sur le réseau de l’échelon de lignes) fortement des tensions résiduelles laissées du côté de la
tension dû à l’élimination du défaut, alors que la partie temporaire charge avant l’amorçage (fermeture) ou le réamorcage (ouverture)
résulte de la perte de charge (§ [Link]). En l’absence de perte de entre les contacts du sectionneur. L’amortissement de ces sur-
charge, la partie transitoire seule a des amplitudes qui peuvent tensions est très important dans l’air alors que, dans les PSEM, il
atteindre : est quasi nul vu leur configuration coaxiale qui favorise la propa-
gation des très hautes fréquences (quelques dizaines de MHz). Pour
• de 1,7 à 1,8 pu sur les réseaux THT à neutre mis à la terre ;
des différences de potentiel entre contacts de 2 pu, les amplitudes
• 2,2 pu sur des réseaux HT et MT à neutre isolé ou mis à la terre
maximales théoriques restent inférieures à 3 pu Dans la pratique,
par bobine de Petersen.
ces amplitudes maximales sont plutôt de 1,6 pu dans l’air et de
l’ordre de 2 pu dans les PSEM (figure 6). Exceptionnellement, elles
peuvent atteindre 2,5 pu dans des configurations de PSEM bien
particulières.

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1

52
Problématiques communes des réseaux électriques : du
fonctionnement au comptage
(Réf. Internet 42266)

1– Le fonctionnement des réseaux, protections et


automatismes
2
2– L'exploitation et la conduite des ouvrages Réf. Internet page

Travaux sous tension D4140 55

Prévention des accidents électriques. Présentation générale D5101 59

Prévention des accidents électriques. Mesures de protection D5102 63

Prévention des accidents électriques. Exploitation D5103 67

Câbles d'énergie  : recherche et identification de défauts D4541 77

Câbles d'énergie  : prélocalisation des défauts par échométrie D4542 79

Câbles d'énergie  : théorie de l'échométrie D4543 83

Câbles d'énergie  : méthodes de localisation des défauts D4544 85

3– Le comptage et la gestion des données de comptage

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53
2

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Référence Internet
D4140

Travaux sous tension

par Christian ATLANI


Ingénieur de l’École Supérieure d’Électricité

2
Ancien rapporteur général du Comité des Travaux Sous Tension
Membre de la commission AFNOR UF 78 – Travaux sous tension
Membre de la commission AFNOR U21 – Prévention des accidents
Membre de la commission CENELEC TC 78 – Outils et équipements pour travaux sous ten-
sion
Membre de la commission IEC TC 78 – Travaux sous tension
et Sophie CHABIN
Ingénieur de l’École des Hautes Études industrielles (HEI)
Responsable de SERECT développement, méthode et expertise
Membre de la commission AFNOR UF 78 – Travaux sous tension
Secrétaire de la commission IEC TC 78 – Travaux sous tension

1. Intérêt des travaux sous tension............................................................... D 4 140v4 - 3


1.1 Sécurité des personnes .............................................................................. — 3
1.2 Continuité et qualité de service et de fourniture ...................................... — 4
1.3 Conditions économiques et sociales......................................................... — 4
2. Réglementation spécifique ........................................................................ — 4
2.1 Réglementation pour les réseaux.............................................................. — 4
2.2 Réglementation pour les installations....................................................... — 5
3. Méthodes des travaux sous tension ......................................................... — 6
3.1 Domaines de tension .................................................................................. — 6
3.2 Distance minimale d’approche .................................................................. — 6
3.3 Distance de travail sous tension ................................................................ — 6
3.4 Méthodes de travail .................................................................................... — 7
4. Techniques pour intervenir sur les réseaux ............................................. — 7
4.1 Techniques utilisées sur les réseaux basse tension ................................ — 7
4.2 Techniques utilisées sur les réseaux haute tension A ............................. — 8
4.3 Techniques utilisées sur les réseaux haute tension B ............................. — 9
5. Techniques pour intervenir sur les installations basse tension ............. — 10
5.1 Travail au contact........................................................................................ — 10
5.2 Matériels et équipements........................................................................... — 11
6. Conclusion ................................................................................................... — 12
7. Glossaire ...................................................................................................... — 14
Pour en savoir plus ..................................................................................... Doc. D 4 140v4

a méthode des travaux sous tension est une méthode permettant d’entre-
L tenir, de réparer ou de construire des ouvrages ou des installations
électriques tout en maintenant la tension électrique et en respectant les règles
de sécurité des travailleurs. Cette méthode de travail permet de maintenir la
distribution d’énergie électrique lorsqu’elle s’applique aux réseaux publics.
Cela suppose de respecter des procédures rigoureuses, d’utiliser des outils et
des matériels particulièrement étudiés et de former, suivre et habiliter le per-
sonnel. Dans cet article, et conformément à la réglementation qui est différente
Parution : mai 2017

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D 4 140v4 – 1

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Référence Internet
D4140

TRAVAUX SOUS TENSION ____________________________________________________________________________________________________________

pour les ouvrages de distribution et de transport d’énergie électrique et pour


les installations électriques, ces principes sont explicités. On notera que, pour
les réseaux publics, l’utilisation de la méthode des travaux sous tension est
laissée au libre choix du chef d’établissement, alors que pour les installations
électriques privées la règle est de supprimer la tension et ce n’est, qu’en cas
d’impossibilité ou de danger, que la méthode des travaux sous tension est
admise.
Le texte d’origine date de 1985, une première révision a eu lieu en 2013 et la
révision actuelle a été rendue nécessaire, par l’évolution de la réglementation.
Qu’il nous soit cependant permis de remercier les auteurs précédents qui
avaient ouvert la voie aux futurs rédacteurs. Qu’il leur soit ici rendu hommage
2 d’avoir imaginé à l’avance les possibilités des techniques nouvelles qui voient
le jour peu à peu.
Les principes fondamentaux sont toujours conservés, seules les méthodes
ont évolué et les performances des nouveaux matériaux ont été augmentées.

Historique Historique (suite)

Les travaux sous tension débutent, en France, par la création, Le Comité technique d’études devient en 1966 le Comité des
en 1960, d’un Comité technique d’études, dont la gestion est travaux sous tension et achève, en 1970, la réglementation
confiée à Électricité de France (EDF), sous la responsabilité de sa connue sous le titre d’Instruction générale pour l’exécution
direction générale. Le premier rôle de ce comité est de choisir, à des travaux sous tension, qui est transformée en publication
partir des réalisations étrangères, une méthode s’appliquant par- UTE C 18-520 et approuvée par le ministère du Développe-
faitement au réseau de distribution publique d’électricité. ment industriel et scientifique le 26 octobre de la même
Par la suite, ce comité établit et élabore la réglementation année.
des travaux sous tension. À partir du 1er janvier 1974, tous les travaux sous tension
En 1962, EDF crée la SERECT (Section d’études, de réalisation effectués sur les réseaux de distribution publique doivent être
et d’expérimentation du comité technique) ayant pour but de réalisés conformément à l’Instruction générale.
mettre au point les méthodes et l’outillage propres à ces travaux. En 1982, le décret n° 82-167 du 16 février, relatif aux
Le nom de cet organisme change en 1984, devenant départe- mesures particulières destinées à assurer la sécurité des tra-
ment SERECT (département spécialisé d’études, de réalisation et vailleurs contre les dangers d’origine électrique lors des tra-
d’expérimentation du comité des travaux sous tension), mais sa vaux de construction, d’exploitation et d’entretien des
fonction est conservée. Depuis 2009, SERECT est rattaché à RTE ouvrages de distribution d’énergie électrique, confirme le rôle
mais continue à élaborer méthodes et outils pour intervenir sur du Comité pour sa mission générale et celui de la SERECT
les réseaux, de la basse tension (BT) à la haute tension (HT). pour sa fonction d’expérimentation.
En 1962, le décret 62-1454 du 14 novembre 1962, relatif à la En 1988, le décret n° 88-1056 du 14 novembre, pris pour
protection des travailleurs dans les établissements qui mettent l’exécution des dispositions du livre II du Code du travail
en œuvre des courants électriques, prévoit, dans son (titre III : Hygiène, sécurité et conditions de travail) en ce qui
article 50, les travaux sous tension comme un cas exception- concerne la protection des travailleurs dans les établisse-
nel et préconise les travaux hors tension. Cette philosophie ments qui mettent en œuvre des courants électriques, rem-
passe dans les mœurs et explique les réticences rencontrées à place celui de 1962 et prévoit que « les travaux sous
la généralisation des travaux sous tension. tension, autorisés par l’ancien décret, seulement dans les
Jusqu’en 1965, les travaux effectués en France sur les cas exceptionnels, sont désormais admis lorsque les condi-
réseaux de distribution sont le plus souvent exécutés hors ten- tions d’exploitation rendent dangereuse ou impossible la
sion. Les exceptions sont admises lorsque : mise hors tension ou si la nature du travail requiert la pré-
– la mise hors tension peut mettre en danger la vie ou la sence de la tension ».
santé des personnes, par exemple lors de la coupure d’ali- En 1989, le 17 janvier, l’approbation de la publication UTE
mentation d’un hôpital ou d’une clinique ; C 18-510, par le ministre chargé de l’Énergie électrique et
– la mise hors tension altère la continuité du service public par le ministre chargé du Travail, consacre ainsi la révision
du réseau, soit parce qu’elle conduit à interrompre l’alimenta- et la fusion des publications précédentes et donne à
tion d’un grand nombre d’abonnés, soit parce qu’elle risque l’ensemble des électriciens un recueil s’appliquant à toutes
de porter de graves préjudices à certains d’entre eux ; les activités.
– la nature des travaux nécessite la présence de la tension, En 2010, le décret n° 2010-1118 du 22 septembre 2010 relatif
par exemple lors de la vérification des circuits ou des réglages aux opérations sur les installations électriques ou dans leur
des systèmes de protection des installations. voisinage remplace pour la sécurité des personnes le décret
Ces dispositions répondent imparfaitement aux besoins du du 14 novembre 1988 et inscrit dans le Code du travail l’article
distributeur d’électricité national et la réalisation des travaux R. 4544. Ce décret, d’une part, impose à tous les travailleurs
sous tension pour toutes les tensions et tous les ouvrages est concernés une formation et une habilitation et, d’autre part, en
alors étudiée. ce qui concerne les travaux sous tension, une organisation dif-
En 1965, le Comité technique propose une réglementation per- férente de celle des réseaux qui débouche sur des normes
mettant à EDF de réaliser de tels travaux : l’Instruction générale homologuées et sur la certification du personnel pour être
provisoire pour l’exécution des travaux sous tension est approu- habilité. La mise en application de ces dispositions était pré-
vée le 1er octobre par le ministre chargé de l’Énergie électrique. vue pour le 1er janvier 2013.

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D 4 140v4 – 2

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D4140

____________________________________________________________________________________________________________ TRAVAUX SOUS TENSION

Historique (suite)
1.1 Sécurité des personnes
La sécurité des personnes (et des biens) vis-à-vis des dangers
En 2012, le 21 janvier, la norme NF C 18-510 est homo- électriques a toujours été une préoccupation majeure dans l’exé-
loguée, elle remplace pour les installations électriques la cution des travaux électriques, qu’il s’agisse de travaux neufs, de
publication UTE C 18-510 de 1988. travaux d’entretien ou de réparation.
En 2012, le 26 avril, un arrêté relatif aux normes définis- Pendant longtemps, cette sécurité a été recherchée uniquement
sant les opérations sur les installations électriques ou dans sous la forme passive procurée par la suppression de la tension, il
leur voisinage ainsi que les modalités recommandées pour faut malheureusement constater que des accidents se produisent
leur exécution désigne la norme NF C 18-510 comme réfé- encore sur ou près des installations électriques.
rence.
En effet, la sécurité ainsi obtenue est imparfaite pour plusieurs
En 2013, le 9 juillet, un arrêté relatif aux dimensions de la
raisons :

2
zone de voisinage autour de la pièce nue pour les véhicules ou
les engins. – le travail habituel des électriciens consiste à modifier les cir-
cuits électriques et à vérifier leur bon fonctionnement. La présence
En 2014, le 19 juin, un arrêté modifiant l’arrêté du 17 janvier de tension est alors nécessaire pour la seconde phase. Le voisi-
1989 porte approbation d’un recueil d’instructions générales nage immédiat de pièces nues sous tension est un cas très fré-
de sécurité d’ordre électrique. quent, qui reste alors une cause d’accident ;
En 2016, le 10 février, une décision n° 383756 du 10 février – la procédure des travaux dits « hors tension » s’avère d’appli-
2016 du Conseil d’État statue au contentieux venant annuler cation incomplète dans les travaux courants. Une des précautions
l’arrêté du 19 juin 2014. fondamentales prévue dans cette procédure, la mise à la terre et
En 2016, le 3 août, un décret relatif à la procédure de déro- en court-circuit, peut ne pas être appliquée dans certaines configu-
gation permettant aux jeunes âgés d’au moins quinze ans et rations en basse tension ;
de moins de dix-huit ans en situation de formation profession- – des erreurs humaines sont constatées dans l’ouverture
nelle dans la fonction publique territoriale d’effectuer des tra- d’organes de séparation ou dans l’ouverture d’appareils qui n’ont
vaux dits « réglementés rentre en vigueur. pas les qualités de séparation requises. On rappelle que les
En 2016, le 5 octobre, un décret relatif aux opérations sur les normes d’appareillage précisent les distances dans l’air entre deux
installations électriques ou dans leur voisinage modifie contacts électriques permettant de garantir, pour des valeurs de
l’article R. 4544-11 du Code du travail surtensions bien définies, que le franchissement de ces contacts
est statistiquement impossible ;
En 2016, le 24 octobre, une lettre de la DGT précise que le – la complexité des installations, tant dans les réseaux urbains
guide UTE C 18-510-1 garde une forte valeur de recommanda- que dans les installations industrielles, ne permet pas toujours
tion pour les travaux électriques sur les réseaux de distribu- d’identifier et de séparer toutes les sources de tension ou de cou-
tion publique rant ;
En 2016, le 21 novembre, un arrêté relatif à la procédure et – de nos jours, la présence de groupes de production décentrali-
aux modalités de l’agrément des organismes de formation sée (éolien, photovoltaïque notamment raccordés en divers points
aux travaux sous tension sur les installations électriques visés de l’installation) fait apparaître, malgré la mise hors tension des
à l’article R. 4544-11 du code du travail fixe les conditions de sources principales, des tensions dangereuses en des points inat-
formation. tendus ;
Cette évolution pas à pas est la conséquence de la régle- – des défaillances matérielles, bien que la qualité des appareils
mentation française en matière de travaux électriques. Pen- augmente de jour en jour, peuvent apparaître et, dans le cas d’une
dant la même période, l’évolution dans les autres pays a été confiance aveugle, provoquer soit des retours inopinés de la ten-
plus ou moins rapide, sous la pression des utilisateurs de ces sion, soit tout simplement l’absence d’ouverture commandée ;
méthodes de travail. Les règles des travaux sous tension – lorsque les installations sont constituées de fils nus, la chute
commune aux pays européens sont inscrites à l’article 6.3, d’un objet ou d’un outil ou le contact avec un autre ouvrage est de
de la norme EN 50110-1 : Exploitation des installations élec- nature à provoquer des retours dangereux de tension ;
triques. – des phénomènes d’induction électromagnétique provoqués
par des ouvrages électriques voisins ou par des parallélismes plus
lointains sont à l’origine d’accidents sur des ouvrages neufs non
raccordés aux installations en exploitation. Ce risque est d’autant
plus difficile à appréhender qu’il met en jeu des éléments phy-
1. Intérêt des travaux siques difficilement accessibles aux personnes directement concer-
nées par le travail.
sous tension Les travaux sous tension abordent les problèmes de sécurité
électrique de façon active. Ils éliminent tous les risques que nous
Au début des années 1960, les interruptions de service sont venons de mentionner, puisqu’ils présupposent l’existence d’une
dues à 50 % à des incidents d’exploitation et à 50 % à des tension au moins normale, conservée en permanence. Des indica-
coupures pour travaux. La continuité de service devient un teurs ou dispositifs de surveillance préviennent la personne en
souci croissant pour Électricité de France (EdF) face à la dépen- cours de travail si la tension disparaît :
dance de plus en plus forte de la société française vis-à-vis de – les risques dus à cette tension sont pris en compte et maîtrisés
l’électricité. systématiquement par l’application des règles strictes de travail ;
Les enjeux de l’introduction des travaux sous tension en France – le fait de ne travailler que sur un potentiel à la fois écarte les
sont multiples : risques dus aux autres potentiels ;
– la nature et la valeur des tensions ou des surtensions à
– enjeu vis-à-vis de la sécurité. Il faut faire baisser le nombre prendre en compte font partie des hypothèses d’établissement des
d’accidents ; méthodes de travail ;
– enjeu économique pour la collectivité. Il faut assurer la conti- – le choix et la qualité des outils, dispositifs ou équipements
nuité de service ; employés, ainsi que les méthodes de vérification et d’entretien
– enjeu social. Il faut veiller à faire travailler les opérateurs donnent les garanties nécessaires à l’élimination des risques liés
durant les heures ouvrables. aux emplois de ces outils ;

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D 4 140v4 – 3

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Référence Internet
D4140

TRAVAUX SOUS TENSION ____________________________________________________________________________________________________________

– l’organisation et la préparation du travail permettent de – l’identification de l’ouvrage, sur le lieu de travail, pour être cer-
concentrer l’attention des travailleurs sur la bonne exécution et tain que les travaux sont bien effectués sur l’ouvrage ainsi mis
intègrent naturellement les gestes et les attitudes de sécurité ; hors tension ;
– les contraintes liées à la rapidité de remise en service sont – la vérification d’absence de tension ;
écartées. – la mise à la terre et en court-circuit.
Les bons résultats des travaux sous tension, en matière de Dans le travail hors tension, toutes ces étapes doivent être
sécurité, sont confirmés en France. Le nombre d’accidents est impérativement respectées pour que le personnel travaille en
inférieur à celui des autres méthodes lorsque le personnel a été sécurité, et ces étapes se révèlent lourdes.
bien formé et travaille dans le respect des procédures des travaux
sous tension. Au bénéfice des travaux sous tension, il faut ajouter que ceux-ci
sont exécutés, dans la pratique, pendant des périodes normales
d’activité, certains pouvant être effectués pendant des heures ou

2 1.2 Continuité et qualité de service des périodes particulières lors de dépannages ou à la demande
des clients. Une bonne gestion du temps de travail et le bon
et de fourniture emploi des personnes sont des facteurs de qualité.
Le développement et l’usage de l’électricité rendent les usagers Par opposition, les travaux hors tension, ayant une incidence
de plus en plus exigeants vis-à-vis de la fourniture d’électricité. directe sur la production industrielle, se font généralement pen-
Que l’on parle de réseau, d’installation ou d’appareils d’utilisation, dant les périodes de non-activité ou d’activité réduite de l’entre-
la garantie de continuité d’alimentation devient primordiale. Cer- prise, ils imposent au personnel des horaires gênants et peu
taines applications ou process industriels tels que l’électronique conformes à une qualité de vie familiale que les personnes
ou l’informatique ne supportent plus de discontinuité. concernées peuvent souhaiter.
Pour éclairer l’évolution des coupures de courant, on peut Par ailleurs, la réduction du temps de mise hors tension est une
mesurer celle enregistrée par le distributeur national français. préoccupation constante du personnel concerné et cette forme de
En 1982, les coupures de courant pour travaux en moyenne ten- conscience professionnelle conduit parfois à des accidents.
sion, aujourd’hui dénommée HTA, enregistrées sur le réseau ne Le choix de l’introduction des travaux sous tension en France
représentaient plus que 36 % de celles de 1970. Celles de la basse dès le début des années 1960 a eu une incidence forte sur la
tension n’en représentaient plus que 29 %. En 1990, les mêmes construction et l’exploitation du réseau électrique. Les investisse-
coupures de courant pour travaux en moyenne tension (HTA) ne ments réseau ont été faits en prenant en compte les travaux sous
représentaient plus que 9 % de celles de 1970, celles en basse ten- tension ce qui a permis de limiter les coûts de construction du
sion à peine 10 %. réseau de distribution.
Les prévisions et les engagements des distributeurs tendent à En conclusion, le travail sous tension présente beaucoup
supprimer ce type de coupures. Les intempéries et les aléas d’avantages potentiels par rapport au travail hors tension. De
seront à terme les seules causes d’interruption. plus, la qualité de vie sous toutes ses formes est un facteur de
Les travaux sous tension (TST), sans être les seuls à participer à progrès et de développement qu’il faut prendre en compte et qui
cette amélioration, contribuent largement à l’obtention de ces se traduit par des gains de productivité et de sécurité qui rejail-
résultats. En 2010, 17 000 000 de clients ont évité une coupure lissent sur la collectivité tout entière.
grâce aux TST, soit un sur deux.
Dans l’industrie, bien que les statistiques ne soient pas
publiées, l’incidence des coupures d’alimentation des équipe-
ments électriques dans les processus de fabrication est effacée 2. Réglementation spécifique
par l’entretien sous tension des circuits. Des développements de
travaux sous tension sont en cours dans des domaines de basse
et très basse tensions jusqu’alors considérés comme n’ayant
aucune conséquence sur la qualité des produits (par exemple,
2.1 Réglementation pour les réseaux
pour les télécommunications, interruption de la communication
La réglementation existant en matière de travaux sous tension
téléphonique) et sur la sécurité du personnel.
pour les réseaux découle directement du décret du 16 février 1982
et trouve sa présentation globale et synthétique dans l’article 5 de
la publication UTE C 18-510 de 1988 : Recueil d’instructions géné-
1.3 Conditions économiques et sociales rales de sécurité d’ordre électrique puis, de nos jours, dans
l’article 8 de la publication UTE C 18-510-1 de 2012 : Recueil d’ins-
On a souvent cherché à comparer le temps d’exécution des tra-
tructions de sécurité électrique pour les ouvrages.
vaux hors et sous tension.
La règlementation confirme par l’arrêté du 19 juin 2014 modi-
Le temps de travail d’une équipe exécutant des travaux sous
tension, en particulier pour ceux exécutés sur les ouvrages à fiant l’arrêté du 17 janvier 1989 portant approbation d’un recueil
haute tension, peut parfois durer plus longtemps que la même d’instructions générales de sécurité d’ordre électrique la publica-
opération exécutée par la méthode hors tension, lorsque l’on tion UTE C 18-510-1.
mesure uniquement son déplacement depuis la base de départ, En 2016, le 10 février, la décision n° 383756 du 10 février 2016
puis le travail effectif, et enfin le retour au point de départ. du Conseil d’État statuant au contentieux vient annuler l’arrêté du
Toutefois, la comparaison revient en faveur des travaux sous 19 juin 2014, au motif que le guide NF C 10-510-1 est en fait équi-
tension lorsque l’on intègre dans les travaux hors tension les valent à une norme et doit être consultable gratuitement, confor-
temps de consignation et de déconsignation des ouvrages qui mément aux normes obligatoires.
sont exécutés par un personnel différent des équipes de travaux. En 2016 le 24 octobre, une lettre de la direction générale du tra-
En effet, la consignation comprend cinq opérations qui sont : vail (DGT) adressée au directeur général AFNOR précise que le
– la séparation de l’ouvrage de toutes les sources de tension ; guide UTE C 18-510-1 garde une forte valeur de recommandation
– la condamnation en position d’ouverture des organes de sépa- pour les entreprises réalisant des travaux électriques sur les
ration ; réseaux de distribution publique.

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D 4 140v4 – 4

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Référence Internet
D5101

Prévention des accidents électriques


Présentation générale

2
par Christian ATLANI
Ingénieur, membre du groupement des industries de l’équipement électrique,
du contrôle commande et des services associés GIMELEC
Membre des commissions U 21 et UF 78 de l’AFNOR
Membre de la commission CENELEC BTTF 62-3
Ancien animateur du groupe de travail chargé de la révision de la publication
UTE C 18-510, commission U 21 de l’UTE (Union technique de l’électricité)
Ancien rapporteur général du Comité des travaux sous tension

Cet article est la version actualisée de l’article [D 5 101] intitulé « Prévention des accidents
électriques. Présentation générale » rédigé par Christian ATLANI et Dominique SERRE et
paru en 2012.

1. Risque électrique...................................................................................... D 5 101v2 - 2


1.1 Légende et histoire du risque électrique.................................................... — 2
1.2 Histoire de la normalisation ........................................................................ — 3
1.3 Statistiques d’accidents électriques ........................................................... — 3
2. Nature et importance des accidents d’origine électrique ............ — 6
2.1 Terminologie ................................................................................................ — 6
2.2 Classement ................................................................................................... — 6
2.3 Sensibilité au courant électrique ................................................................ — 8
2.4 Actions physiopathologiques du courant électrique ................................ — 8
3. Cas particulier lié à la présence d’eau ............................................... — 8
3.1 Résistivité des solutions aqueuse............................................................... — 8
3.2 Résistivité du corps humain........................................................................ — 8
3.3 Courants conduits au travers d’un corps immergé................................... — 10
3.4 Effets physiologiques du courant au travers d’un corps immergé.......... — 10
3.5 Seuil de courant ........................................................................................... — 11
3.6 Tension de sécurité intrinsèque.................................................................. — 11
4. Classement des installations en fonction de la tension ............... — 12
5. Conclusion.................................................................................................. — 12
6. Glossaire ..................................................................................................... — 12
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. D 5 101v2

’emploi généralisé de l’énergie électrique dans toutes ses applications et


L dans tous les domaines (depuis la production d’énergie électrique jusqu’au
consommateur final) fait que le risque électrique est présent partout et doit
être évalué et maîtrisé en toute occasion.
Présent et invisible comme tous les risques inhérents aux formes supé-
rieures de l’énergie, il a en revanche le mérite d’être bien connu, facile à
maîtriser, ce qui, tout compte fait, le rend presque familier et en tout cas moins
redouté que, par exemple, le danger des rayonnements ionisants.
Les articles [D 5 101], [D 5 102] et [D 5 103], chacun pour leur partie, vont
développer les manières de comprendre, d’analyser et de maîtriser le risque
électrique.
Parution : août 2018

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Référence Internet
D5101

PRÉVENTION DES ACCIDENTS ÉLECTRIQUES _____________________________________________________________________________________________

Le présent article s’attache à présenter les statistiques d’accidents connues à


ce jour et les fondamentaux du choc et du courant électriques passant à
travers le corps humain. Si le poids relatif des accidents d’origine électrique ne
paraît pas très élevé par rapport à ceux dus aux autres risques tels que la cir-
culation et le milieu domestique, la prévention n’en demeure pas moins
indispensable, notamment dans certains secteurs d’activité, plus particulière-
ment exposés aux risques, tels que le bâtiment, les travaux publics, les
installations électriques dans l’industrie et les réseaux de distribution publique.
L’article [D 5 102] s’attache à présenter les règles de construction et d’instal-
lation des ouvrages et des installations électriques.
L’article [D 5 103] s’attache à présenter ce que l’on appelle l’exploitation des
2 ouvrages et des installations électriques, c’est-à-dire toutes les opérations de
construction, d’entretien, de dépannage et de déconstruction ainsi que la pré-
vention des incendies dans ces installations.
Ces trois articles bien que s’appuyant sur les textes réglementaires concer-
nant les ouvrages ou les installations électriques peuvent s’appliquer, dans
leur principe, à d’autres ouvrages tels que ceux de la traction électrique ou les
navires. Ils peuvent aussi servir de base à d’autres pays que la France dans la
mesure du respect de leur réglementation.
Pour les véhicules et engins électriques, la réglementation de base est la
même mais des normes spécifiques sont désormais applicables.

de soie, et posa le principe de la mise à la terre. Cette précau-


1. Risque électrique tion importante était bien connue de son contemporain, le profes-
seur Richmann, membre de l’Académie des sciences de Saint-
1.1 Légende et histoire du risque Pétersbourg qui, répétant des expériences sur la foudre (celles de
Franklin, Buffon, Lemonnier, de Romas et autres) avait été électro-
électrique cuté, le 6 août 1753. Par temps d’orage, se disposant à mesurer les
décharges au moyen d’un électromètre « n’étant plus qu’à un pied
Les historiens de la science se réfèrent avec complaisance aux du conducteur, un globe de feu bleuâtre, gros comme le poing,
textes bibliques et aux témoignages anciens. L’histoire de l’électri- vint le frapper au front et l’étendit mort ». On peut le considérer
cité n’a pas échappé à leurs investigations, et plus particulièrement comme étant le premier exemple, attesté scientifiquement, d’acci-
le risque électrique. dent électrique.
On a trouvé dans les textes bibliques une référence inattendue :
Vers 1790, l’anatomiste italien Galvani introduisit le courant élec-
l’arche d’alliance aurait été la première machine électrique. Sou-
trique dans le domaine des réactions de l’organisme animal avec
mise aux champs électriques qui, dans la zone désertique, peuvent
ses expériences sur les grenouilles, et Volta, pour réfuter les
atteindre plusieurs centaines de volts par mètre à 2 m du sol, son
conclusions du premier, construisit la première pile électrique
armature métallique pouvait se charger à un potentiel dangereux,
qui marque le début de la nouvelle et grande période de l’électri-
et foudroyer les impies, tout en restant sans danger pour les
cité.
prêtres enfermés dans leur cage de Faraday constituée de fils d’or
tissés dans leurs vêtements. L’arche était équipée d’anneaux d’or Les premières études scientifiques sur l’action physiologique
aux quatre angles dans lesquels coulissaient des bâtons de bois du courant électrique s’engagèrent alors en France et les noms
d’acacia recouverts d’or, réalisant ainsi la première mise à la terre. des chirurgiens des armées impériales Larrey et Bichat y sont atta-
L’électricité sous la forme de ses manifestations atmosphériques chés, tandis que le docteur Uré réalisa les premières expériences
a été longtemps considérée comme l’esprit du mal, l’effet de la de réanimation des électrisés. La voie était ouverte à ces méthodes
colère des dieux. L’histoire abonde des tentatives tragiques de dont on connaît l’importance aujourd’hui.
nombreux chercheurs et même, parmi eux, deux rois qui imagi- Des recherches sur les effets physiopathologiques du cou-
nèrent des systèmes de protection contre la foudre. Au Xe siècle, le rant électrique ont été effectuées par de nombreux chercheurs ;
savant Gerbert, plus connu sous le nom de pape Sylvestre II, parmi eux, il convient de citer les noms de Dalziel, Ferris, Jacob-
jalonnait le sol de perches terminées par des fers de lances très sen, Knickerbocker, Koeppen, Sam, Ozypka, Lee... Ces travaux ont
pointus pour protéger les lieux. porté sur des animaux vivants dont les réactions peuvent être
La découverte des propriétés de l’électricité statique avec la extrapolées par rapport à celles de l’homme. Des mesures de
bouteille de Leyde, vers 1746, et les expériences de décharge élec- résistance ont également été effectuées sur des cadavres humains
trique que propageait le savant abbé Nollet a polarisé pour un peu de temps après leur décès.
temps l’opinion qui se ruait dans les salons parisiens. Entre 1970 et 1980, le professeur autrichien Biegelmeier s’est
Mais les savants, poursuivant les recherches pour domestiquer livré sur lui-même à des mesures de courant et d’impédance sous
la foudre établirent un rapport entre celle-ci et l’électricité. Il y a des tensions allant de 10 à 220 V, entre différentes parties de son
plus de deux siècles, Benjamin Franklin réalisa de nombreuses corps et dans différentes conditions d’humidité. Il a ainsi effectué
expériences (le cerf-volant restant la plus célèbre) ; il adopta le pre- plus de 600 mesures qui ont permis d’améliorer de façon impor-
mier la notion d’isolement électrique de l’opérateur avec des fils tante nos connaissances sur les effets du courant électrique sur le

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D5101

_____________________________________________________________________________________________ PRÉVENTION DES ACCIDENTS ÉLECTRIQUES

corps humain. Inutile de préciser que cet homme courageux s’était mesures effectuées sur des animaux ; la publication a été reprise
entouré de toutes les précautions nécessaires pour éviter tout en trois documents :
risque d’accident ; en particulier, le circuit qui l’alimentait était – CEI/TS 60479-1 : effet du courant sur l’homme et les animaux
protégé par quatre dispositifs différentiels de 30 mA en série, et domestiques, première partie Aspects généraux (2005) ;
son assistant disposait des moyens de réanimation nécessaires.
– CEI/TS 60479-2 : effet du courant sur l’homme et les animaux
domestiques, deuxième partie Aspects particuliers (2017) ;
1.2 Histoire de la normalisation – CEI/TS 60479-3 : effet du courant passant par le corps des ani-
maux domestiques (1998).
En 1969, la Commission électrotechnique internationale décida
d’établir les seuils d’apparition de danger en fonction des
divers paramètres qui agissent toujours en interdépendance étroite 1.3 Statistiques d’accidents électriques
(en particulier le courant i et le temps t avec la charge q = it ), afin
notamment de permettre aux différents comités d’études de fixer
avec précision les règles de sécurité que devaient respecter les
matériels et installations électriques. Il s’agissait, en particulier, de
Il n’existe pas, en France, de structure nationale permettant l’éta-
blissement d’une statistique exhaustive sur l’origine des accidents.
Des éléments partiels sont cependant disponibles auprès des
2
déterminer les conditions de protection qui devaient permettre aux divers organismes intéressés, susceptibles de donner une repré-
dispositifs à courant différentiel résiduel d’assurer une protection sentation assez cohérente ; la principale difficulté est, toutefois, de
contre les contacts directs en cas de défaillance des autres discerner les causes premières de ces accidents qui, sauf cas parti-
mesures de protection. culiers, ne sont pas connues avec suffisamment de précisions, et
Cette étude fut confiée par la CEI au groupe de travail no 4 du peuvent également faire l’objet d’interprétations diverses.
comité d’études 64 – Installations électriques des bâtiments. Ce
groupe de travail, composé de médecins, de physiologistes, Exemple
d’ingénieurs de sécurité, publia dès 1974 un premier rapport por-
tant l’indice 479 et établissant une première approche des dangers Prenons le cas d’une chute d’échelle causée par un choc
du courant électrique passant par le corps humain ; cette publica- électrique : le décès éventuel sera classé sous la rubrique « chutes ».
tion reconnaissait notamment que la probabilité d’apparition des Nombreux sont les incendies réputés provenir d’un court-circuit ;
accidents était très faible dans des circonstances habituelles, à des ce qui est certain, c’est que, en cas de feu, des courts-circuits se
tensions inférieures ou égales à 50 V en courant alternatif à 50 Hz produisent ; sont-ils survenus avant ou après le départ du feu ? cela
et à 75 V en courant continu. reste à discerner.
Ayant rassemblé toute la littérature disponible à ce sujet, le
groupe de travail reprenait ses études d’une façon plus approfon- Sont présentés ci-après des tableaux qui bien que portant sur
die et une deuxième édition de la publication 479 était publiée en des périodes différentes ont permis de croiser des informations et
deux parties, comprenant six chapitres ; ce rapport donne des de proposer des conclusions qui montrent que la pédagogie des
informations très complètes : accidents d’origine électrique doit continuer tant que l’on n’atteint
– le rapport 479-1, sur les valeurs de l’impédance électrique du pas la suppression de tous ces accidents.
corps humain, sur les effets du courant alternatif de 1,5 à 100 Hz,
sur les effets du courant continu ; 1.3.1 Statistiques de l’INSERM
– le rapport 479-2, sur les effets des courants de fréquence supé-
rieure à 100 Hz, les formes d’onde spéciales, les impulsions de L’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médi-
courte durée. cale) recense la plupart des cas mortels. Le tableau 1 en récapitule
Tenant compte, d’une part, des plus récentes expériences du les données pour les années 1970 à 1999 (les statistiques actuelles
professeur Biegelmeier sur lui-même et, d’autre part, de nouvelles n’étant plus publiées).

Tableau 1 – Accidents mortels (d’après données INSERM)


1 2 3 4 5 6 7 8
Population Consommation Taux (7/6)
Taux (4/5)
par millions pour 106 habitants
Année Hommes Femmes Total pour
d’habitants et 103 kWh
106 habitants (1)
[en 106 habitants] (103 kWh) consommés (1)
1970 176 26 202 50,52 2,573 4 1,55
1975 144 29 173 52,65 3,166 3,28 1,04
1980 130 19 149 53,59 4,326 2,78 0,64
1985 146 22 168 55,06 5,077 3,05 0,60
1990 112 22 134 56,61 5,704 2,37 0,41
1995 76 10 86 58,02 6,341 1,48 0,23
1999 69 12 81 58,39 6,735 1,39 0,20
Les colonnes 1 à 4 proviennent de l’INSERM.
Les colonnes 5 à 8 proviennent du croisement avec les chiffres tirés des enquêtes annuelles du ministère chargé de l’Énergie.
(1) Ce taux tient compte tant de l’accroissement de la population que de celle de la consommation.
On note, sur cette période, une baisse constante du nombre d’accidents.

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Référence Internet
D5102

Prévention des accidents électriques


Mesures de protection

par Christian ATLANI

2
Ingénieur, membre du groupement des industries de l’équipement électrique, du contrôle -
commande et des services associés GIMELEC
Membre des commissions U 21 et UF 78 de l’AFNOR
Membre de la commission CENELEC BTTF 62-3
Ancien animateur du groupe de travail chargé de la révision de la publication UTE C 18-510,
commission U 21 de l’UTE (Union technique de l’électricité)
Ancien rapporteur général du Comité des travaux sous tension

Cet article est la version actualisée de l’article D 5 102 intitulé « Prévention des accidents
électriques. Mesures de protection » rédigé par Christian ATLANI et Dominique SERRE et
paru en 2012.

1. Principes, définitions et méthodologie ......................................... D 5 102v2 - 2


1.1 Principes. Définitions............................................................................... — 2
1.2 Méthodologie ........................................................................................... — 2
2. Conception des installations et protections par l’installation — 3
2.1 Conception des installations................................................................... — 3
2.2 Protections par l’installation ................................................................... — 3
3. Choix des dispositifs de protection en fonction du schéma
des liaisons à la terre .......................................................................... — 5
3.1 Détermination du schéma des liaisons à la terre.................................. — 5
3.2 Choix des dispositifs de protection ........................................................ — 5
3.3 Appareils de protection à courant différentiel résiduel ........................ — 6
4. Appareils mobiles en basse tension ............................................... — 6
4.1 Contexte.................................................................................................... — 6
4.2 Outils portatifs.......................................................................................... — 6
4.3 Lampes baladeuses ................................................................................. — 6
4.4 Appareils de mesure................................................................................ — 7
5. Mesures particulières et chantiers extérieurs ............................. — 8
5.1 Mesures particulières .............................................................................. — 8
5.2 Chantiers extérieurs................................................................................. — 8
6. Entretien et vérification des installations .................................... — 9
6.1 Entretien ................................................................................................... — 9
6.2 Vérifications.............................................................................................. — 9
7. Réglementation..................................................................................... — 9
8. Conclusion ............................................................................................. — 10
9. Glossaire ................................................................................................. — 10
Pour en savoir plus ........................................................................................ Doc. D 5 102v2

es articles [D 5 101], [D 5 102] et [D 5 103], chacun pour leur partie, vont


L développer les manières de comprendre, d’analyser et de maîtriser le
risque électrique.
L’article précédent [D 5 101] s’est attaché à présenter les statistiques d’acci-
dents connues à ce jour et les fondamentaux du choc électrique et du courant
électrique passant à travers le corps humain.
Parution : août 2018

Le présent article s’attache à présenter les règles de construction et


d’installation des ouvrages et des installations électriques.

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Référence Internet
D5102

PRÉVENTION DES ACCIDENTS ÉLECTRIQUES _____________________________________________________________________________________________

Les améliorations techniques apportées au matériel et aux installations ont


toujours été liées à une élévation du niveau de sécurité dès la conception des
matériels. Nous verrons l’importance des normes françaises, européennes
et internationales dans ce domaine.
La France bénéficie d’une réglementation très complète – d’aucuns disent
trop complexe –, de textes d’application bien adaptés aux différents usages, et
d’une qualité de matériel garantie par les normes. Une bonne partie de cette
réglementation se trouve aujourd’hui incluse dans le Code du travail. Les
matériels de protection des installations électriques bénéficient de tous les
progrès de la recherche qui reste importante dans ce domaine.

2
La prévention des accidents dès la construction ne nécessite pas des moyens
très onéreux. La conception rationnelle des installations assure à la fois la pro-
tection des personnes et des biens et en particulier la protection contre les
dangers d’incendie.
L’article suivant [D 5 103] s’attachera à présenter ce que l’on appelle l’exploi-
tation des ouvrages et des installations électriques, c'est-à-dire toutes les
opérations de construction, d’entretien, de dépannage et de déconstruction,
ainsi que la prévention des incendies dans ces installations.
Les trois articles, bien que s’appuyant sur les textes réglementaires
concernant les ouvrages ou les installations électriques peuvent s’appliquer,
dans leur principe, à d’autres ouvrages tels que ceux de la traction électrique
ou les navires. Ils peuvent aussi servir de base à d’autres pays que la France
dans la mesure du respect de leur réglementation.
Pour les véhicules et engins électriques, la réglementation de base est la
même mais des normes spécifiques sont désormais applicables.

1. Principes, définitions 1.2 Méthodologie


et méthodologie Les mesures de protection peuvent être classées en protection
contre les contacts directs et en protection contre les contacts
indirects.

1.1 Principes. Définitions 1.2.1 Protection contre les contacts directs


Les différentes protections susceptibles d’être mises en œuvre Les mesures de protection contre les contacts directs sont desti-
répondent aux impératifs suivants : nées à rendre impossible un contact avec des parties actives de
– soit empêcher le contact avec une partie sous tension ; l’installation électrique :
– soit rendre ce contact non dangereux. – protection par éloignement : cas des lignes à haute tension ;
– protection par isolation : câbles électriques ;
Les parties sous tension auxquelles il est fait référence sont : – protection par enveloppe : armoires ou boîtes de raccor-
– soit des parties conductrices destinées à être normalement dement.
sous tension (conducteurs, bornes, etc.), dites parties actives ;
– soit les parties conductrices des matériels électriques non 1.2.2 Protection contre les contacts indirects
normalement sous tension, mais susceptibles de le devenir en cas
de défaut d’isolement par exemple, et dites masses. La protection contre les contacts indirects est réalisée par :
– le raccordement des masses au conducteur de protection,
Les contacts peuvent être de deux types :
associé à la coupure de l’alimentation en cas de défaut ;
– avec des parties actives nues : contacts directs ; – l’isolation double ou renforcée ;
– avec des masses mises sous tension à la suite d’un défaut – la séparation électrique pour l’alimentation d’un seul matériel ;
d’isolement : contacts indirects. – l’usage de la très basse tension.
Pour qu’un contact dangereux survienne et que le corps soit
parcouru par un courant, il faut qu’il soit soumis à une différence 1.2.3 Protection contre les conséquences
de potentiel. Cela peut être soit : des courts-circuits
– un contact simultané avec des conducteurs à potentiels La protection contre les conséquences des courts-circuits est
différents ; réalisée par :
– un contact simultané entre un conducteur sous tension ou une – la conception des installations et le choix des matériels ayant
masse en défaut et le potentiel de la terre (sol ou élément une protection intrinsèque ;
conducteur au potentiel de la terre ou à un potentiel voisin) ; – la réduction des temps d’élimination des défauts ;
– des courts-circuits et leurs conséquences sur les personnes. – le port d’équipements de protection adaptés par les opérateurs.

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64
Référence Internet
D5102

_____________________________________________________________________________________________ PRÉVENTION DES ACCIDENTS ÉLECTRIQUES

2. Conception des 2.2.1 Types de schémas des liaisons


à la terre
installations et protections Les différents schémas de distribution en basse tension
par l’installation (figure 1) sont codifiés par les lettres suivantes.
– 1re lettre : situation de l’alimentation par rapport à la
terre :
2.1 Conception des installations • T : liaison directe d’un point de l’alimentation avec la terre,
• I : isolation de toutes les parties actives par rapport à la terre,
Les règles (normes) des installations électriques, quelles que ou liaison d’un point de l’alimentation à la terre à travers une
soient leurs tensions (basse tension (NF C 14-100, NF C 15-100), impédance ;
haute tension (NF C 13-100, NF C 13-200), etc.) ont pour principes
fondamentaux que leur respect « est destiné à assurer la sécurité – 2e lettre : situation des masses de l’installation par rap-
des personnes, des animaux domestiques ou d’élevage et des
biens, contre les dangers et dommages pouvant résulter de l’utili-
sation des installations électriques dans les conditions qui peuvent
port à la terre :
• T : masses reliées directement à une prise de terre électri-
quement indépendante de celle de l’alimentation,
2
raisonnablement être prévues ». • N : masses reliées directement au point de l’alimentation mis
Si, toutefois, ce respect strict peut assurer l’intégrité de la sécu- à la terre, soit par un conducteur commun avec le neutre
rité des biens et des personnes du point de vue « exploitation (troisième lettre C), soit par un conducteur distinct de celui du
courante » des installations (cas du présent article), d’autres élé- neutre (troisième lettre S).
ments sont à prendre en compte pour ce qui est de l’entretien, du
dépannage, des circonstances autres que celles de l’exploitation
courante [D 5 103]. En courant alternatif, le point de l’alimentation mis à la
terre est généralement le neutre, s’il est accessible, ou, dans le
Trop souvent, en effet, les préoccupations de coût minimal lors de cas contraire, une phase.
l’investissement font l’impasse sur ces éléments ; il s’ensuit soit une
exploitation déficiente, soit des dépassements obligés des niveaux
de sécurité admissibles, tant pour les matériels que pour le person- Les schémas ont une importance majeure dans la détermination
nel. À la limite, ce dernier peut être amené à travailler dans des des conditions de protection contre les contacts indirects, basées
situations hasardeuses, par exemple sous tension, dans des sur la mise à la terre des masses associée à un dispositif automa-
conditions que l’on aurait pu éviter par une conception intégrant les tique de coupure. Ces conditions tiennent compte :
facteurs suivants (que les normes ne prennent pas en charge) : – de l’utilisation de matériels de classe I (§ 2.2.1) mis à la terre au
– un schéma bien pensé, disposant suffisamment de disposi- moyen d’un conducteur de protection ;
tifs de sectionnement pour travailler hors tension sur une partie – de la valeur du courant de défaut If circulant dans la boucle de
limitée de l’installation, sans en perturber inutilement d’autres ; défaut ;
– de la probabilité qu’un défaut se manifeste dans l’installation
– une accessibilité de l’appareillage (tant pour la manœuvre fixe, en l’absence d’un contact d’une personne avec la masse en
que pour l’entretien) et des matériels d’utilisation, respect des défaut ; la durée maximale d’élimination du défaut est :
distances minimales autour des tableaux de distribution ;
• fonction de la tension nominale et du schéma des liaisons à
– un éclairage suffisant, naturel et artificiel, normal et de
la terre pour les circuits terminaux, comportant des matériels
secours ;
tenus à la main ou susceptibles d’être fréquemment
– une disposition auto-explicative de l’appareillage, accom- manœuvrés,
pagnée d’étiquettes, de plaques indicatrices claires dont le libellé
correspond à l’usage, de schémas ou de synoptiques, d’un repé- • de 5 s au plus, pour la partie distribution, dont les matériels
rage des circuits et bornes de connexion, des consignes d’exploi- fixes sont moins souvent utilisés ou soumis à sollicitations.
tation affichées, en un mot, une recherche ergonomique menée en Le tableau 1 indique les temps de coupure maximaux pour les
essayant, autant que faire se peut, de se mettre à la place d’une circuits terminaux.
personne n’ayant participé ni à la conception, ni à la réalisation,
conditions dans lesquelles le non-dit connu complète une partie de
la réalité perçue par un tiers. Ce qui précède est valable principalement pour la basse
tension. Pour la haute tension, une notation complémentaire
prend en compte le genre de liaison des masses du poste qui
intervient notamment pour la protection contre les sur-
2.2 Protections tensions.
par l’installation
Les mesures de protection contre les contacts directs nécessitent
la mise en œuvre d’isolation ou d’enveloppe, les mesures par 2.2.2 Classification des matériels
éloignement étant réservées en général au transport de l’énergie.
Les mesures de protection contre les contacts indirects néces- [Link] Classes des matériels
sitent dans certains cas la mise hors tension de la partie en défaut Les matériels sont répertoriés, du point de vue de la protection
de l’installation. contre les contacts indirects, en quatre classes, dont la numéro-
Le choix des dispositifs de coupure est lié à la valeur du courant tation n’implique aucune hiérarchie de valeur :
de défaut, qui est lié au schéma des liaisons à la terre, encore – classe 0 : matériels sans borne de terre, avec une isolation
dénommé régimes du neutre, c’est-à-dire les situations respec- principale, la sécurité reposant sur l’environnement (potentiel de la
tives du point neutre des transformateurs HT/BT, des masses et du terre absent, sol et parois isolants). Les matériels de classe 0 ne
conducteur neutre des installations. sont plus admis depuis 1991 ;
– classe I : matériels ayant une borne destinée à être reliée à un étant assurée par un dispositif de coupure associé ;
conducteur de protection, ayant une isolation principale, la sécurité

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65
2

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D5103

Prévention des accidents


électriques
Exploitation des ouvrages et installations
électriques
par Christian ATLANI
2
Ingénieur
Membre du groupement des industries de l’équipement électrique, du contrôle-commande
et des services associés GIMELEC
Membre des commissions U21 et UF78 de l’AFNOR
Membre de la commission CENELEC BTTF 62-3
Ancien rapporteur général du Comité des travaux sous tension

1. Sécurité du personnel lors des opérations électriques ................. D 5 103v3 -2


1.1 Prévention du risque électrique.................................................................. — 2
1.2 Mesures de sécurité..................................................................................... — 3
1.3 Formation et habilitation ............................................................................. — 11
1.4 Organisation du travail ................................................................................ — 13
1.5 Matériels de protection................................................................................ — 16
1.6 Accidents d’origine électrique .................................................................... — 24
1.7 Incendies sur ou près des ouvrages ou installations électriques ............ — 25
2. Incendies dans les installations électriques ..................................... — 27
2.1 Caractéristiques des incendies électriques................................................ — 27
2.2 Mesures de prévention des incendies d’origine électrique...................... — 29
2.3 Caractéristiques des matériels électriques du point de vue du risque
d’incendie ..................................................................................................... — 30
2.4 Détection du feu et lutte contre l’incendie ................................................. — 31
3. Réglementation......................................................................................... — 34
4. Conclusion.................................................................................................. — 35
5. Glossaire ..................................................................................................... — 35
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. D 5 103v3

es articles [D 5 101], [D 5 102] et [D 5 103], chacun pour leur partie, vont


L développer les manières de comprendre, d’analyser et de maîtriser le
risque électrique.
Le premier article [D 5 101] s’est attaché à présenter les statistiques d’acci-
dents connues à ce jour et les fondamentaux du choc électrique et du courant
électrique passant à travers le corps humain.
Le deuxième article [D 5 102] s’est attaché à présenter les règles de construc-
tion et d’installation des ouvrages et des installations électriques.
Le présent article s’attache à présenter ce que l’on appelle l’exploitation des
ouvrages et des installations électriques, c’est-à-dire toutes les opérations de
construction, d’entretien, de dépannage et de déconstruction ainsi que la pré-
vention des incendies dans ces installations.
La protection du personnel lors des opérations de construction, d’entre-
tien, de dépannage et de déconstruction est maintenant encadrée par des
Parution : décembre 2021

règles européennes et françaises que les employeurs doivent respecter scrupu-


leusement. Il s’agit de règles simples et de bon sens qui demandent à chacun
et en permanence de savoir apprécier et évaluer le risque électrique à sa juste

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PRÉVENTION DES ACCIDENTS ÉLECTRIQUES _____________________________________________________________________________________________

valeur et d’appliquer les règles explicitées dans de nombreuses publications.


En plus de la formation, l’employeur est tenu de délivrer une habilitation
adaptée aux opérations à effectuer, dès qu’il y a risque électrique.
Cet article présente les modes opératoires et procédures retenus en Europe,
à savoir les travaux hors tension, représentant la meilleure sécurité puisqu’il
n’existe pas alors de risque de choc électrique, les travaux au voisinage où
les mesures de protection permettent de travailler dans un espace sécurisé, et
enfin les travaux sous tension où la présence permanente de la tension est
gérée par des mesures rigoureuses de protection du personnel qui conduisent
à une situation de travail sécurisée. Les outils, dispositifs et équipements uti-
lisés doivent être de bonne qualité et bien entretenus ; la référence aux normes

2 est une condition de sécurité.


En ce qui concerne les incendies dans les installations électriques, cet
article présente les causes des incendies, les mesures de prévention compre-
nant la sélection des bons matériels et leur installation dans de bonnes
conditions.
Les trois articles, bien que s’appuyant sur les textes réglementaires concer-
nant les ouvrages ou les installations électriques, peuvent s’appliquer, dans
leur principe, sur d’autres ouvrages tels que ceux de la traction électrique, les
véhicules électriques ou sur les navires. Ils peuvent aussi servir de base à
d’autres pays que la France dans la mesure du respect de leur réglementation.
Pour les véhicules et engins électriques, la réglementation de base est la
même mais des normes spécifiques sont maintenant séparées.

– le risque de court-circuit et les conséquences sur les personnes


1. Sécurité du personnel lors qui travaillent sur ou près des circuits concernés (prévenu par des
des opérations électriques projections spécifiques).

Les accidents d’origine électrique surviennent :


1.1.1 Principes
– parfois du fait de défauts des matériels ; La protection des personnes est assurée en premier par
– souvent du fait de comportements inadéquats des personnes ; construction [D 5 102] lorsque tout contact avec une partie active
– et dans certains cas, de la combinaison des deux. est rendu, soit impossible, soit non dangereuse. Les méthodes de
travail correspondantes seront explicitées au paragraphe 1.2.
Le premier cas a été largement traité dans l’article [D 5 102].
Par application du Code du travail, article R. 4544-1, pour les ins-
Le comportement des opérateurs, intervenants, etc., doit être tallations électriques, le travail hors tension doit être privilégié.
adapté aux situations susceptibles de se produire par l’informa- Plusieurs situations et procédures sont cependant susceptibles
tion, la formation théorique et pratique, et, surtout, le respect de d’être utilisées.
procédures adaptées aux cas à traiter, ainsi que par l’emploi
d’outillages, de protections, de matériels spécifiques. ■ Travaux sur un ouvrage ou une installation hors tension
(§ 1.2.4)
Les définitions des termes employés sont données au
paragraphe 1.2.2. Encore faut-il être sûr :
– qu’elle le soit effectivement ;
– qu’elle le restera pendant les opérations ;
1.1 Prévention du risque électrique – que la consignation soit effectuée correctement ;
– que la remise sous tension sera faite avec soin.
La préparation d’une opération quelconque sur un ouvrage ou
■ Travaux au voisinage (§ 1.2.5)
une installation électrique, dès sa première mise sous tension
(auparavant, il s’agit de travaux sans risque électrique), comporte Ils sont caractérisés par :
potentiellement des risques qu’il s’agit de gérer. – l’éloignement des pièces dangereuses ;
La prévention du risque électrique passe par l’analyse préa- – l’interposition d’obstacles ;
lable de tout ce qui est susceptible de se produire, avec accompa- – l’emploi des isolations.
gnement, pas à pas, de la ou des mesures de prévention. Les distances à respecter dépendant de la tension des ouvrages
ou des installations, y compris pour les outils, engins et les pièces
C’est ainsi, par exemple, que l’on traite différemment :
manipulées.
– le risque de choc électrique par :
• contact entre une personne et une partie active (prévenu par ■ Travaux sous tension (§ 1.2.6)
l’usage des outils isolants, gants isolants, écrans, isolation, Ils sont effectués suivant trois méthodes :
etc.), – travaux au contact ;
• contact entre deux parties actives de polarités différentes – travaux à distance ;
(prévenu par espacement, écrans, isolation, etc.) ; – travaux au potentiel.

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■ Interventions en basse tension (§ 1.2.7) Le décret du 16 février 1982 et les textes d’application faisait
référence à la publication UTE C 18-510 de 1988 par le biais de
Elles peuvent être de deux types bien différents et s’appliquent à
l’arrêté du 17 janvier 1989.
des personnes ayant des compétences électriques importantes
pour les uns et élémentaires pour les autres : Le décret du 22 septembre 2010 relatif aux opérations sur les
– intervention BT générale ; installations électriques et dans leur voisinage remplace pour ce
qui le concerne celui du 14 novembre 1988. Ce décret fait référence
– intervention BT élémentaire. à des normes homologuées, qui seront précisées dans des arrêtés.
■ Opérations spécifiques (§ 1.2.8) Les deux décrets indiquent que l’employeur remet à ses salariés
un carnet de prescriptions en adéquation avec les conditions de
Elles couvrent les essais, les mesurages, les vérifications et les
travail, établi sur la base des prescriptions pertinentes de la norme
manœuvres.
NF C 18-510.
■ Opérations particulières (§ 1.2.9) Cette norme tient compte aussi des règles pour les travaux
Elles couvrent notamment les opérations sur les installations
d’éclairage extérieur, les batteries d’accumulateurs, les installa-
tions photovoltaïques.
d’ordre non électriques exécutés à proximité des ouvrages ou des
installations électriques. Ces règles étaient précédemment incluses
dans l’ancien titre XII du décret du 8 janvier 1965. Elles se trouvent
2
actuellement incluses dans le Code du travail aux articles R. 4534-
107 à R. 4543-125.
1.1.2 Mise en œuvre D’autres publications viennent compléter cet ensemble
réglementaire :
Le risque électrique a la particularité d’une présence invisible sur
les ouvrages ou les installations. Ceux-ci ne présentent en général – le guide UTE C 18-510-1 (2012) : Recueil d’instruction de sécu-
aucun signe apparent de leur état de tension, sauf pour certains rité électrique pour les ouvrages destiné au personnel des réseaux
d’entre eux où des dispositifs de mesure ou de signalisation publics de distribution d’énergie ;
mettent en évidence cette présence ; encore faut-il que, en cas – le guide UTE C 18-510-2 (2013) : Prescriptions de sécurité
d’absence d’indication, il ne s’ensuive pas une erreur d’apprécia- d’ordre électrique relatives aux opérations effectuées sur les instal-
tion due à un non-fonctionnement (usure, défaut). lations de production d’électricité ou dans leur environnement des-
tiné au personnel des installations de production ;
– le guide UTE C 18-510-3 (2013) : Prescriptions de sécurité
La règle générale, pour tout personnel, est de considérer d’ordre électrique relatives aux opérations effectuées sur les instal-
qu’un ouvrage ou une installation électrique non consigné est lations électriques ou dans leur environnement destiné au person-
sous tension. nel des installations privées ;
– le guide UTE C 18-531 (2012) : Prescriptions de sécurité élec-
En raison des règles tenant précisément au caractère invisible trique pour le personnel exposé au risque électrique lors d’opéra-
du danger, des mesures strictes, et parfois complexes, ont été éla- tions d’ordre non électrique et lors d’opérations d’ordre électrique
borées pour les travaux, les interventions et les opérations spéci- simples destiné au personnel non électricien ;
fiques sur les ouvrages et les installations électriques. – le guide UTE C 18-540 (2012) : Prescriptions de sécurité élec-
trique pour les opérations basse tension sur les installations et les
Les principes généraux sont les suivants : ouvrages hors tension destiné au personnel en formation à l’édu-
– dans tous les cas : cation nationale.
• notion de formation et d’habilitation du personnel (§ 1.3), Nota : ces guides sont en cours de réactualisation en 2021 et seront produits sous la
• utilisation de matériel de protection collective et individuelle forme de fascicules de documentation sous couvert de l’AFNOR.
mis à disposition et sélectionné par l’employeur, souvent nor-
Pour les véhicules et engins automobiles à motorisation élec-
malisé (§ 1.5) ;
trique et énergie électrique embarquée en basse tension, c’est la
– pour les travaux hors tension et au voisinage, application norme NF C 18-550 qui tient compte des évolutions techniques et
des règles de base (§ 1.2.4 et 1.2.5) ; réglementaires.
– pour les travaux sous tension, application des procédures
En amont de ces normes et publications, la norme européenne
opératoires spécifiques (§ 1.2.6).
NF EN 50110-1 (Exploitation des installations électriques) portant
sur le même domaine d’application a été publiée en 2013, elle est
en application dans toute l’Europe. Elle sert de base commune aux
1.2 Mesures de sécurité échanges européens. Dans plusieurs pays de l’Union européenne,
elle est d’application réglementaire. Elle est complétée par la liste
des documents réglementaires nationaux propres à chaque pays
1.2.1 Documents normatifs de l’Union européenne inclus dans la norme NF EN 50110-2.
Les prescriptions de sécurité auxquelles les employeurs doivent
se conformer lors des travaux d’ordre électrique effectués dans les 1.2.2 Définitions
établissements soumis au Code du travail sont actuellement men-
tionnées dans deux textes réglementaires : le décret n° 82-167 du Les définitions des termes employés et leur exacte compréhen-
16 février 1982, pour les ouvrages de transport et de distribution sion sont l’un des éléments clés de la sécurité dans le domaine
de l’énergie électrique et le décret n° 2010-1118 du 22 septembre électrique lors des travaux, des interventions, des opérations spé-
2010, pour les installations électriques (articles R. 4544-1 à R. 4544- cifiques ou des opérations particulières ; cela explique que l’on y
11 du Code du travail). attache un grand intérêt.
Indépendamment d’une formation adaptée aux fonctions et à la Il n’est pas possible, dans le cadre du présent article, d’en
nature de travaux pouvant être confiés aux travailleurs, et basée reprendre l’intégralité (il en existe près de 70). On ne reprendra
sur les prescriptions de sécurité, les prescriptions sont codifiées que les principales, nécessaires à la compréhension du contexte,
dans une norme homologuée de l’UTE, référencée NF C 18- qui sont, en particulier, des définitions d’ouvrages, d’installations,
510:2010 et son amendement A1:2020 pour les installations élec- de matériels (§ [Link]), d’opérations (§ [Link]), de la consignation
triques. (§ [Link]) et de zones d’environnement (§ [Link]).

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PRÉVENTION DES ACCIDENTS ÉLECTRIQUES _____________________________________________________________________________________________

[Link] Ouvrages, installations, matériels [Link] Consignation (électrique)


■ Ouvrage (électrique) Procédure conduisant à une mise hors tension certaine permet-
tant d’assurer la protection des personnes et de l’ouvrage ou de
Ensemble de matériels, appareillages, canalisations assurant le l’installation contre les conséquences de tout maintien accidentel
transport, la distribution, la transformation de l’énergie électrique. ou de tout retour intempestif de la tension sur cet ouvrage ou cette
Ce terme est généralement retenu pour les ouvrages de distribu- installation.
tion d’énergie électrique dont les opérations répondent au décret
du 16 février 1982. La procédure inverse s’appelle la déconsignation.
Il existe d’autres types de consignation telle que la consignation
■ Installation (électrique) d’arrêt d’une machine ou d’un appareil.
Ensemble des matériels électriques et canalisations qui assurent La consignation se compose de plusieurs opérations indiquées
la production, la transformation et la distribution de l’énergie élec- ci-après :
trique aux divers équipements qui l’utilisent. Ce terme est particu-

2
– pré-identification : préalable à la procédure de consignation,
lièrement utilisé pour les installations répondant au Code du
cette opération permet de valider la partie d’ouvrage ou d’installa-
travail.
tion sur laquelle la consignation va être réalisée ;
■ Matériel (électrique) – séparation : élément de la procédure de consignation réali-
sant le sectionnement de tous les conducteurs actifs provenant des
Appareillages et canalisations des moteurs et autres appareils sources d’alimentation, au moyen de dispositifs dont les caracté-
utilisant l’énergie électrique, y compris les circuits de commande, ristiques assurent cette fonction ;
protection, mesure, qui leur sont affectés. – condamnation : élément de la procédure de consignation
consistant en une suite d’actions sur un appareil de sectionne-
[Link] Opérations ment, pour :
• le mettre et le maintenir dans une position déterminée
■ Opérations (ouvert ou fermé),
Terme générique utilisé pour englober les travaux, les interven- • interdire la manœuvre (verrouillage, cadenas, etc.),
tions BT, les essais, les vérifications, les mesurages, les • signaler l’interdiction de manœuvre de cet appareil ;
manœuvres et les opérations particulières. Les opérations peuvent – identification : élément de la procédure de consignation per-
être d’ordre électrique ou d’ordre non électrique. mettant de s’assurer que la partie de l’ouvrage ou de l’installation
sur lequel on va travailler est bien celle prédéterminée ;
■ Travaux – vérification d’absence de tension : élément de la procé-
Opérations ayant pour but de réaliser, modifier, entretenir, répa- dure de consignation permettant de s’assurer par l’utilisation d’un
rer un ouvrage électrique. Ils peuvent être d’ordre électrique ou dispositif de vérification d’absence de tension, conforme à sa
non et font l’objet d’une préparation (générale ou particulière à norme, que la partie de l’ouvrage ou de l’installation sur lequel on
chaque opération). Les travaux ne sont pas limités en tension, en va travailler est bien hors tension à l’endroit où l’on va mettre à la
courant, etc. terre et en court-circuit.
– mise à la terre et en court-circuit : élément de la procédure
■ Interventions BT de consignation permettant de protéger l’opérateur d’un retour de
Opérations de courte durée et d’étendue limitée, sur une instal- tension sur le lieu de travail après avoir mis en place un équipe-
lation ou un ouvrage du domaine TBT ou BT. Les interventions BT ment de mise à la terre et en court-circuit encadrant le chantier
peuvent être : conforme à sa norme et dimensionné pour supporter un éventuel
court-circuit.
– générales (pour permettre un dépannage, remédier à un
défaut, y compris la connexion ou la déconnexion sous tension [Link] Zones d’environnement électrique
des circuits de faible puissance) ;
– élémentaires (pour permettre le remplacement d’appareillages Par zones d’environnement électrique, on entend celles relatives
particuliers ; fusibles, lampes, etc., et leur raccordement). aux personnes et aux objets qu’elles manipulent, par rapport aux
pièces nues sous tension ou aux canalisations isolées.
Elles font toutes deux l’objet d’une analyse sur place. Par oppo-
sition aux travaux, les interventions BT sont limitées en tension, en On distingue les zones définies autour des pièces nues sous ten-
courant et en section des conducteurs. sion en champ libre (figure 1), les zones définies dans les locaux et
emplacements d’accès réservés aux électriciens (figure 2) et les
■ Opérations spécifiques zones autour des canalisations isolées (figures 3 et 4).
Ces opérations comprennent les essais, les vérifications, les Pour définir ces zones, un certain nombre de distances ont été
mesurages et les manœuvres : définies par rapport aux pièces nues sous tension et par rapport
– essais : opérations destinées à vérifier le fonctionnement ou aux canalisations isolées. On note que les distances définies pour
l’état électrique ou mécanique d’un ouvrage ou d’une installation les tensions alternatives peuvent être utilisées pour les tensions
qui reste alimenté en énergie électrique ; continues.
– vérifications : opérations destinées à vérifier les ouvrages et
[Link].1 Pièces nues sous tension en champ libre
les installations suivant des règles ou des critères opérationnels ou
réglementaires ; ■ Distance minimale d’approche (DMA)
– mesurages : opérations permettant le mesurage de grandeurs C’est la somme de la distance de tension et de la distance de
électriques, thermiques, mécaniques, etc., au moyen d’appareils garde.
mobiles ou fixes ;
La distance de tension t (exprimée en mètres) est donnée, en
– manœuvres : opérations conduisant à un changement de la l’absence de dispositifs de protection appropriés ou de mise hors
configuration électrique d’un ouvrage ou d’une installation ; effec- de portée, par :
tuées au moyen d’appareils ou de dispositifs prévus à cet effet
(interrupteurs, disjoncteurs, sectionneurs, ponts, etc.), elles
peuvent faire l’objet d’un ordre de succession déterminé. On dis- avec Un (en kV) valeur nominale de la tension, t est arrondi par
tingue des manœuvres de consignation, d’exploitation et excès au décimètre le plus proche, sans pouvoir être inférieure à
d’urgence (pour la sauvegarde des personnes et des biens). 0,10 m en HT.

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_____________________________________________________________________________________________ PRÉVENTION DES ACCIDENTS ÉLECTRIQUES

Âme Isolant
Tension nominale [kV]

900
700

DLVR
500
300
250 Travaux
DLVR

DLVS
sous 1
50 tension
HT
50 cm Zone
d’approche
DLVR

DLVS
DMA

DLAP

DLI
prudente

1
3 2 0
2
4 1
DMA

Figure 3 – Zone d’approche prudente pour les canalisations isolées


(doc. COMST)
0,30,6 1 2 3 4 5 50
Distance [m]

Figure 1 – Zones d’environnement pour les pièces nues sous tension


en champ libre (doc. COMST)
Marquage au sol
Tension normale [kV]

900
Limite locale ou clôture

700
DLVR

500
300
250 Travaux
DLVR

sous
Position théorique
50 tension
HT de la canalisation
enterrée
DLVR

DLVS
DMA

Zone d’incertitude
de la canalisation
3 2
Figure 4 – Canalisation isolée enterrée – zone d’incertitude
1 (doc. OPPBTP)

4 1
corrigée définie par l’exploitant. Cette distance, supérieure à la
DMA

DMA, tient compte, en particulier, des conditions atmosphériques


et des surtensions propres à ce domaine de tension. Ces valeurs
0,30,6 1 2 3 4 5 sont disponibles auprès des distributeurs et transporteurs d’électri-
Distance [m] cité des réseaux publics en France. Elles sont données à titre indi-
catif ici :
Figure 2 – Zones d’environnement pour les pièces nues sous tension – pour 63 kV : 0,95 m ;
dans les locaux et emplacements d’accès réservé aux électriciens
(doc. COMST) – pour 90 kV : 1,10 m ;
– pour 150 kV : 1,55 m ;
– pour 225 kV : 1,85 m ;
La distance de garde g a pour objet de libérer l’opérateur du
– pour 400 kV : 3,10 m.
souci permanent de respect de la distance de tension.
g est égal à 0,30 m en BT et 0,50 m en HT. ■ Distance limite de voisinage renforcé (DLVR)
La zone définie par la distance minimale d’approche (t + g ) Elle permet de définir des zones de travaux en haute tension dits
est appelée zone de travaux sous tension en haute tension. « au voisinage renforcé » et concerne les travaux exécutés par des
Dans certains pays d’Europe, cette zone est appelée zone de personnes habilitées ou par des personnes non habilitées mais
danger. surveillées par des personnes habilitées (§ 1.2.6).
Les distances limites de voisinage renforcé des pièces conduc-
Les distances minimales d’approche sont données dans le trices nues sous tension sont :
tableau 1. • 2 m pour 1 kV < Un ≤ 50 kV ;
Pour les ouvrages du domaine de tension HTB, la DMA est rem- • 3 m pour 50 kV < Un ≤ 250 kV ;
placée par la DMAC c’est-à-dire la distance minimale d’approche • 4 m pour Un > 250 kV.

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PRÉVENTION DES ACCIDENTS ÉLECTRIQUES _____________________________________________________________________________________________

Tableau 1 – Distance minimale d’approche (DMA)


Tension nominale Un Distance de tension t Distance de garde g Distance minimale d’approche (DMA)
entre phase et opérateur au potentiel de la terre
[kV] [m] [m] [m]
0,4 0 (1) 0,30 0,30
1 0 (1) 0,30 0,30
15 0,10 0,50 0,60
20 0,10 0,50 0,60
30 0,20 0,50 0,70
45 0,20 0,50 0,70

2 63
90
0,30
0,50
0,50
0,50
0,80
1,00
150 0,80 0,50 1,30
225 1,10 0,50 1,60
400 2 0,50 2,50
(1) Sans contact.

En basse tension, la DLVR est égale à 0,30 m. Elle est confondue intervention BT, opérations spécifiques et particulières). Par contre,
avec la DMA. les opérations d’ordre non électrique y sont interdites.
■ Distance limite de voisinage simple (DLVS) [Link].2 Canalisations isolées
Elle permet de définir des zones de travaux dits « au voisinage Pour les canalisations isolées, les deux distances retenues sont
simple » et concerne les travaux exécutés par des personnes habi- la distance limite d’investigation et la distance limite d’approche
litées ou par des personnes non habilitées mais surveillées par des prudente.
personnes habilitées (§ 1.2.6).
Les distances limites de voisinage simple des pièces conduc- ■ Distance limite d’investigation (DLI)
trices nues sous tension sont : Elle permet de définir la limite extérieure de la zone d’investiga-
• 3 m pour Un ≤ 50 kV ; tion. Elle est fixée à 50 m des pièces nues sous tension et des
• 5 m pour Un > 50 kV. canalisations isolées.

■ Distance limite d’investigation (DLI) ■ Distance limite d’approche prudente (DLAP)


Elle permet de définir la limite extérieure de la zone d’investiga- Elle permet de définir la limite extérieure de la zone d’approche
tion et par là même la limite extérieure de la zone d’environne- prudente autour d’une canalisation électrique isolée. Elle est fixée
ment électrique. Elle est fixée à 50 m des pièces nues sous tension à 0,50 m (figure 3). Cette distance de 0,50 m peut être portée à
et des canalisations isolées. C’est la distance à partir de laquelle il 1,50 m dans certaines classes de précision selon le code de l’envi-
est nécessaire de se poser la question du risque électrique, dès ronnement relatif à l’exécution de travaux à proximité de certains
que l’on prévoit de réaliser des travaux. ouvrages souterrains, aériens ou subaquatique de transport ou de
distribution.
Ces distances permettent de déterminer, pour les pièces nues
sous tension, des zones numérotées de 0 à 4 dans lesquelles des ■ Distance d’incertitude
prescriptions spécifiques sont de plus en plus contraignantes Elle permet de définir la zone d’incertitude des canalisations iso-
lorsque l’on s’approche de ces pièces : lées enterrées. Elle varie suivant la classe de précision de ces cana-
– zone 0 : c’est la zone comprise entre la distance limite d’inves- lisations (voir article 1 de l’arrêté du 15 février 2012 pris en
tigation et la distance limite de voisinage simple. Cette zone est application du chapitre IV du titre V du livre V du code de l'envi-
aussi nommée zone d’investigation ; ronnement relatif à l'exécution de travaux à proximité de certains
– zone 1 : c’est la zone comprise entre la distance limite de voi- ouvrages souterrains, aériens ou subaquatiques de transport ou de
sinage simple et la distance minimale d’approche en basse tension distribution) de 0,50 m à 1,50 m selon la classe de précision.
et la distance limite de voisinage simple et la distance limite de
Pour les canalisations isolées, les trois zones retenues ne sont
voisinage renforcé en haute tension. Cette zone est aussi nommée
pas numérotées. Il s’agit de la :
zone de voisinage simple ;
– zone 2 : c’est la zone comprise, en haute tension, entre la dis- – zone d’investigation : c’est la zone comprise entre la dis-
tance limite de voisinage renforcé et la distance minimale tance limite d’investigation et la distance limite d’approche
d’approche. Cette zone est aussi nommée zone de voisinage prudente ;
renforcé HT ; – zone d’approche prudente : c’est la zone comprise entre la
– zone 3 : c’est la zone comprise, en haute tension, entre la dis- distance limite d’approche prudente et l’extérieur de la canalisation
tance minimale d’approche et la pièce nue sous tension. Cette isolée visible.
zone est aussi nommée zone des travaux sous tension en – zone d’incertitude : c’est la zone comprise entre la distance
haute tension ; d’incertitude (classe de précision) et l’extérieur de la canalisation
– zone 4 : c’est la zone comprise, en basse tension entre la dis- isolée enterrée.
tance minimale d’approche, confondue avec la distance limite de
voisinage renforcé et la pièce nue sous tension. Cette zone est [Link].3 Zone de travail
nommée zone de voisinage renforcé BT. La zone 4 a la particu- C’est la zone dans laquelle l’opérateur est amené à évoluer avec
larité de pouvoir permettre toutes les opérations électriques BT ses outils ou les matériels qu’il manipule. À l’intérieur de cette
(travail hors tension, travail au voisinage, travail sous tension, zone, qui doit être balisée, ne doivent pénétrer que les personnes

D 5 103v3 – 6 Copyright © – Techniques de l’Ingénieur – Tous droits réservés

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D5103

_____________________________________________________________________________________________ PRÉVENTION DES ACCIDENTS ÉLECTRIQUES

autorisées ou désignées pour le travail à y effectuer ou des per- appliquées ; celles-ci doivent être reçues, non comme autant de
sonnes dûment surveillées. contraintes et de prescriptions tatillonnes, mais comme une aide
Cette notion de zone de travail est à prendre en considération dont le suivi permet d’éviter la survenance de conditions dange-
quelle que soit l’opération à effectuer, qu’elle soit hors tension, reuses (par oubli, par méconnaissance, par interversion d’opéra-
sous tension, au voisinage, ou qu’il s’agisse d’une intervention ou tions, etc.).
d’une opération spécifique. La zone de travail peut parfois empié- Ces règles sont précisées dans la norme NF C 18-510 et son
ter sur plusieurs zones d’environnement. amendement A1 qui fixe les rôles de chacun des intervenants à
divers titres et donnent des modèles de documents à utiliser dans
1.2.3 Organisation du travail les différentes procédures.

Toute opération doit faire l’objet d’une analyse de risque, d’une


organisation constituée d’une préparation du travail, d’une analyse 1.2.4 Travaux hors tension
sur le chantier et du respect des procédures plus ou moins appro-
fondies et détaillées, suivant la nature de l’opération, l’environne-
ment électrique, les risques objectifs et subjectifs, le nombre
d’intervenants, l’utilisation d’engins particuliers, etc.
Pour réaliser des travaux hors tension sur un ouvrage ou une
installation ou sur une partie, la consignation est la mesure de
sécurité à appliquer en premier et la plus sûre.
2
Cette consignation (figure 5) dont le strict respect doit être
[Link] Préparation du travail absolu, consiste à effectuer :
Avant de débuter l’exécution du travail, il convient :
– la pré-identification de la partie d’ouvrage ou d’installation
– de le définir d’une façon claire ;
concernée par les travaux ;
– d’en faire une étude précise, en étudiant les différentes phases
et les moyens à utiliser ;
– d’analyser complètement tous les risques possibles ;
– de connaître le matériel sur lequel l’opération va être effectuée,
ou de rechercher les informations nécessaires (notices, plans,
schémas, etc.) ; Au préalable 1
– de se concerter avec les autres intéressés : exploitant, chargé s’équiper
d’exploitation électrique, autres entreprises travaillant sur place, etc. ;
– de faire le choix des procédures adaptées à utiliser.
Tout cela constitue le dossier d’exécution.

[Link] Analyse du risque électrique sur le chantier


Cette analyse du risque électrique, effectuée d’abord par
l’employeur lorsqu’il désigne les personnes, puis sur place en pré-
sence du personnel, consiste à : Séparer l’ouvrage des sources
– examiner le dossier d’exécution ; de tension
– prendre en compte l’environnement électrique ;
– déterminer les emplacements où se trouveront les monteurs,
l’outillage et leurs mouvements ;
– vérifier l’existence du risque électrique, en conformité avec la 2 3
préparation, et des moyens de prévention correspondants.
On passe ensuite à la vérification :
– de l’exactitude des plans et schémas ;
– de la conformité des matériels aux buts poursuivis ;
– du bon état des outils ;
– de la présence des dispositifs de protection collectifs et
individuels ;
– de l’aptitude de l’équipe pour le travail.
L’étape suivante consiste en l’information du personnel Condamner les organes Identifier l’ouvrage
concernant : de séparation en position ouverte sur le lieu de travail
– les risques et les moyens de s’en prémunir ;
– les modes opératoires à mettre en œuvre, avec explications
complémentaires éventuelles ;
– la bonne compréhension, pour chaque acteur, de son rôle. 4 5

[Link] Exécution des tâches


Pour cette exécution on applique, suivant les cas, les règles des
travaux hors tension, des travaux sous tension, des travaux au voi-
sinage, les règles des interventions en basse tension, celles des
opérations spécifiques ou des opérations particulières. On ajoute
les règles d’emploi des outils, des équipements et des matériels,
parfois des modes opératoires, en utilisant les protections collec-
Vérifier l’absence de tension Mettre à la terre et en court-circuit
tives et individuelles mises à disposition. On s’efforcera à une cer-
sur chacun des conducteurs (VAT) nécessaire si : risque de remise
taine rigueur de gestes dans l’environnement électrique, en les sous tension des installations,
limitant à ceux nécessaires à l’exécution des tâches prévues. condensateurs, longs câbles…
Quelle que soit la nature du travail (hors tension, au voisinage
ou sous tension), les procédures correspondantes doivent être Figure 5 – Règles de base de la consignation (doc. COMST)

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PRÉVENTION DES ACCIDENTS ÉLECTRIQUES _____________________________________________________________________________________________

– la séparation de l’ouvrage ou de l’installation (figure 5), de – la vérification de l’absence de tension (figure 5), aussi
toute source possible de tension par les organes prévus à cet effet, près que possible du lieu de travail, sur chacun des conducteurs
suivie de la vérification de cette opération par l’examen de la posi- actifs (y compris le neutre) au moyen des dispositifs, conçus à cet
tion des organes de manœuvre, ou de la visibilité de la séparation effet, adaptés à la tension nominale à détecter et conformes à leur
des contacts, ou par d’autres procédés donnant une assurance norme respective, donnant la preuve indiscutable de l’absence de
équivalente ; tension. Ces dispositifs doivent être vérifiés, sur une source de
tension, un générateur approprié ou par une fonction interne,
– la condamnation en position d’ouverture des organes de
avant et après chaque opération effectuée avec ce dispositif ;
séparation, par immobilisation de l’organe par blocage mécanique
– la mise à la terre et en court-circuit des conducteurs
ou un dispositif offrant les mêmes garanties (figure 5), suivie de la
(figure 5) soit à l’emplacement du travail, soit en l’encadrant en
signalisation, apposée sur chaque organe ou dispositif, signalant la
amont et en aval par des équipements conçus à cet effet, adaptés
condamnation et l’interdiction de manœuvre (figures 5 et 6) ;
aux caractéristiques du courant de court-circuit présumé et
– l’identification de l’ouvrage ou de l’installation (figure 5) conforme à leur norme spécifique. Dans le cas de lignes aériennes

2 pour être certain que les travaux seront bien exécutés sur le maté-
riel, ou la partie d’ouvrage ou d’installation ainsi mis hors tension ;
cette identification peut être effectuée par divers moyens. Elle doit
ou de circuits où il y a des risques de tension induite, de réalimen-
tation fortuite, de présence de condensateurs ou de câbles de
grande longueur, la mise à la terre et en court-circuit doit être réa-
être matérialisée, sur place, par marquage, banderoles, délimitant lisée en prenant des précautions particulières, tels que moyens
la zone consignée. En basse tension, la présence de l’opérateur fai- isolants ou équipotentialité, précisées dans la notice du fabricant
sant obstacle, sur place, peut constituer cette matérialisation ; ou par l’analyse de risque.

TRAVAUX ÉLECTRIQUES HORS TENSION :


CINQ RÈGLES IMPÉRATIVES

1 - Séparer l’ouvrage des 2 - Condamner les organes de séparation


sources de tension AU PRÉALABLE , S’ÉQUIPER en position ouvertes puis identifier
l’ouvrage.

3 - Vérifier l’absence de tension sur 4 - Et mettre aussitôt l’ouvrage à la terre 5 - Délimiter et signaler la zone
chacun des conducteurs (VAT). et en court-circuit (MALT/CC). de travail et se protéger
contre les pièces voisines
restant sous tension.

Figure 6 – Règles de sécurité : pancartes et dispositifs de consignation (doc. COMST)

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En plus de la consignation de la partie d’ouvrage ou d’installa- Le détail des procédures des travaux au voisinage est indiqué à
tion que l’on a consignée et sur laquelle le travail va être effectué, l’article 9 de la norme NF C 18-510:2010 et de son amendement
il peut persister dans la zone de travail ou dans l’environnement A1:2020.
des pièces nues restant sous tension dont il faut se protéger par Les procédures administratives d’approche des ouvrages ou des
éloignement, par obstacle ou par isolation, c’est-à-dire par mise installations en conducteurs nus ou des canalisations isolées pour
hors de portée. des opérations telles que celles des travaux publics ou des travaux
La figure 6 présente différents modèles de pancartes et de dis- du bâtiment sont précisées dans le décret n° 2011-1241 du
positifs de condamnation. 5 octobre 2011 relatif à l’exécution de travaux à proximité de cer-
Dans le cadre des travaux hors tension, la procédure de mise tains ouvrages souterrains, aériens ou subaquatiques de transport
hors tension peut être utilisée non pas pour travailler sur un ou de distribution. Ce décret a été réactualisé par le décret n° 2014-
ouvrage ou sur une installation mais pour travailler autour des 627 du 17 juin 2014 relatif aux travaux effectués à proximité des
pièces nues sous tension ou autour des canalisations isolées. Cette réseaux de transport et de distribution.

2
procédure, accompagnée de mesures complémentaires et
compensatoires, permet de réaliser des opérations d’ordre non 1.2.6 Travaux sous tension
électriques dans de bonnes conditions de sécurité. L’ensemble de
ces dispositions est traité à l’article 7 de la norme NF C 18-510 et Pour plus de détails, se reporter à l’article [D 4 140].
de son amendement A1. Le Code du travail, article R. 4544-1, précise pour les installations
électriques que la décision de réaliser des travaux sous tension ne
1.2.5 Travaux ou opérations au voisinage doit être retenue qu’en dernier ressort et après s’être assuré qu’il
n’est pas possible de consigner l’installation. Cependant, l’applica-
Il s’agit de travaux ou opérations exécutés au voisinage de tion intégrale des prescriptions et mesures de sécurité relatives aux
pièces nues sous tension, c’est-à-dire dans la zone 1, dans la zone travaux hors tension présente souvent des difficultés à cause de
2 et dans la zone 4, définies plus haut. leur complexité, et les accidents électriques n’ont alors pas été res-
Ces opérations peuvent avoir : treints comme on pouvait l’espérer ; cela résulte souvent d’erreurs,
d’inattentions ou d’oublis, tous facteurs humains pouvant en outre
– un lien direct avec une activité d’ordre électrique et sont alors
être accompagnés d’accidents de matériels ou de phénomènes
considérées comme telles, elles peuvent être d’ordre non élec-
extérieurs (induction, surtension, effets capacitifs, etc.).
trique et concourir à l’exploitation et à la maintenance des
ouvrages ou des installations ; Il y a aussi des cas où il est impossible de supprimer la tension,
– ou ne pas avoir de lien et, dans ce cas, elles sont considérées par exemple dans le cas des batteries d’accumulateurs, dans le cas
comme strictement d’ordre non électrique. des alimentations des hôpitaux ou des centres de soins et de plus
dans le cas d’obligation de desserte.
Cette distinction permet de graduer les procédures, les moyens
de protection à mettre en œuvre et de définir la compétence à Aussi en France, en application du décret du 16 février 1982 et
rechercher pour le personnel. Des zones de travaux différentes comme dans de nombreux autres pays, s’est-on orienté pour les
sont ainsi considérées. ouvrages de distribution d’énergie électrique, vers l’exécution des
travaux sous tension. Cette conception moderne de la sécurité des
Les principes de protection consistent, dans le cas de voisi-
opérations, par une intégration des prescriptions de sécurité dans
nage, à protéger les opérateurs par mise hors de portée c’est-à-
le processus technologique, est en fait l’application de la concep-
dire :
tion ergonomique du travail.
– se tenir éloigné, à des distances définies des pièces nues sous
tension ; L’intégration des mesures de protection dans les processus opé-
– disposer d’obstacles ; ratoires implique, à la base, la réalisation de conditions préalables
– utiliser des protections isolantes placées entre les personnes et rigoureuses, en particulier la formation du personnel, le contrôle
ces pièces ou à disposer sur les pièces nues sous tension. des connaissances professionnelles complété par la délivrance
d’une habilitation spécifique par l’employeur. En outre, l’organisa-
Le maintien d’une distance dans l’air, adaptée à la tension tion du travail exige une préparation minutieuse et l’élaboration de
considérée, aux gestes des personnes et aux mouvements de leurs techniques opérationnelles précises.
outils, répond au premier principe. La matérialisation de cette dis-
tance par des balisages ou des obstacles plus ou moins perfor- [Link] Cas où le travail sous tension est autorisé
mants tels que barrières, écrans, banderoles, placés à des
distances précises suivant leurs qualités de protection et définies En France, le Code du travail (articles R. 4544-7, R. 4544-8 et
dans les règles de mise hors de portée, permet d’assurer la sécu- R. 4544-11), pour les installations électriques, demande de n’utiliser
rité du personnel. les travaux sous tension que lorsque les travaux hors tension sont
impossibles voire dangereux pour les personnes et pour les biens.
L’utilisation d’obstacles placés devant les pièces nues sous ten-
sion, mais à une distance liée à la tension, répond au deuxième Les travaux sous tension sont par contre autorisés sur les
principe. ouvrages de distribution d’énergie électrique par le décret n° 82-
167 du 16 février 1982 en raison de l’obligation de desserte des
L’utilisation de protections isolantes recouvrant ou envelop-
réseaux publics.
pant les pièces nues sous tension répond au troisième principe.
Ces protections doivent avoir des caractéristiques mécaniques et L’employeur (personne assumant la responsabilité légale dans le
diélectriques adéquates et prouvées. Ces matériels doivent aussi cadre du Code du travail) désigne le chef d’établissement qui
résister aux surtensions qui apparaissent sur les ouvrages ou les reçoit délégation en vue d’assurer l’exploitation d’un ouvrage ou
installations en exploitation. Suivant la résistance mécanique de d’une installation électrique. Avant d’autoriser l’approche des
ces dispositifs et des conditions de mise en place, il est permis de ouvrages ou des installations pour exécuter des travaux sous ten-
s’appuyer ou non sur leur surface extérieure. sion, le chef d’établissement doit prendre les dispositions néces-
saires à la sécurité et les notifier aux intéressés.
Pour les ouvrages, selon l’article 8-III du décret du 16 février
D’une manière générale, plus on se rapproche des pièces
1982 : « Les travaux sous tension ne peuvent être entrepris que sur
nues sous tension, plus le danger est grand et plus les exi-
l’ordre du chef d’établissement ou de son préposé. Cet ordre doit
gences de sécurité sont grandes. À la limite, cela peut justifier
être donné par écrit ou par un message verbal enregistré par le
l’application des procédures des travaux sous tension.
chef de travaux qui doit en demander confirmation. Cet ordre peut

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2

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D4541

Câbles d’énergie : recherche


et identification de défauts

par Henri KUZYK


Formateur Chef de projet au SFP (Service de la Formation Professionnelle)
d’Électricité de France
2

1. Généralités................................................................................................. D 4 541v2 – 2
1.1 Câbles d’énergie .......................................................................................... — 2
1.2 Défauts ......................................................................................................... — 4
2. Procédure de recherche de défauts .................................................... — 6
3. Identification du défaut ......................................................................... — 6
3.1 Mesure de résistance d’isolement ............................................................. — 6
3.2 Essai diélectrique......................................................................................... — 8
3.3 Mesure de continuité .................................................................................. — 8
Références bibliographiques ......................................................................... — 8
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. D 4 545

es matériels électriques ont évolué de manière extrêmement importante au


L cours des 5 à 10 dernières années et des méthodes de recherche des défauts
ont considérablement été améliorées. D’ailleurs, après un jeu de chaises musi-
cales très âpre, il ne reste plus que deux constructeurs de voitures laboratoires
en Europe. Dans ce même temps, assez logiquement, plusieurs méthodes ont
progressivement décliné ou ont disparu. En conséquence, les modes opératoi-
res ont finalement été adaptés à cette nouvelle situation.
Après l’apport déterminant de Henri HUBIN (chef de la Division technique Élec-
tricité du Site SFP de Nanterre) dans les méthodes de recherche de défauts, c’est
aujourd’hui, un très petit groupe d’experts du Service de la Formation Profes-
sionnelle (SFP) d’Électricité de France qui entretient ce savoir. Une salle de cours
exceptionnelle permet de mettre en œuvre pratiquement tous les matériels exis-
tants, dans des conditions quasi réelles en prenant en compte toutes les
contraintes réglementaires et de sécurité.
En plus de la formation des utilisateurs (Électricité de France, RTE, filiales
d’EDF, entreprises d’électricité ou d’éclairage public, autres distributeurs en
Europe et dans le monde), cet outil permet également de participer au dévelop-
pement de nouveaux équipements, en partenariat avec les constructeurs de
matériels et de les valider.
Pour des techniques particulièrement nouvelles telles que les essais à très basses
fréquences (VLF), le diagnostic de câbles ou la mesure des décharges partielles, ce
partenariat implique la Division Recherche & Développement du groupe EDF.
Ce fascicule fait partie d’un dossier sur la recherche de défauts dans les
réseaux de câbles d’énergie :
— [D 4 541v2] « Câbles d’énergie : recherche et identification de défauts » ;
— [D 4 542] « Câbles d’énergie : prélocalisation des défauts par échométrie » ;
— [D 4 543] « Câbles d’énergie : théorie de l’échométrie » ;
— [D 4 544] « Câbles d’énergie : méthodes de localisation des défauts » ;
Parution : mai 2006

— [Doc. D 4 545] « Câbles d’énergie. Pour en savoir plus ».

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© Techniques de l’Ingénieur D 4 541v2 − 1

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D4541

CÂBLES D’ÉNERGIE : RECHERCHE ET IDENTIFICATION DE DÉFAUTS ______________________________________________________________________________

1. Généralités 1.1.2 Câble à champ non radial

Cette structure concerne essentiellement les câbles basse tension.


Cependant, il y a quelques dizaines d’années, on a posé en réseau
1.1 Câbles d’énergie des câbles à champ non radial jusqu’à des tensions de service de
15 kV. L’isolant est principalement du papier imprégné d’huile,
On peut les classer selon différents critères. migrante ou non (figure 4).

Par niveau de tension : hormis les cas particuliers des câbles à Faute d’écran individuel, on constate que les isolants sont le siège
huile ou à gaz en HTB, on note que tous les câbles à isolement de contraintes importantes. En effet, le champ électrique en un point
papier ou synthétique, quels que soient leurs niveaux de tension, quelconque de l’isolant est constamment variable en grandeur et en
bénéficieront des mêmes méthodes de prélocalisation et de locali- dimension. Les lignes de force peuvent être tangentielles. Si des

2
sation de défauts. bulles de gaz (vacuoles) sont emprisonnées entre les couches de
papier, on risque la destruction de l’isolant (figures 5 et 6).
Par type de réseau : arborescents en basse-tension, à coupure
d’artère avec ou sans dérivation ou en double dérivation en HTA ou
Ce câble ne dispose que d’un seul écran, collectif. Les défauts
encore strictement sans dérivation en HTB, la structure des réseaux
phase/écran, mais aussi ceux entre phases sont possibles.
va seulement conditionner le choix de certaines méthodes de prélo-
calisation en raison du rapport efficacité/sécurité.
Par structure de câble : avant d’en arriver aux câbles unipolaires à 1.1.3 Tensions maximales d’essais
isolation synthétique posés aujourd’hui, nous avons connu diverses
évolutions en passant par les câbles tripolaires métallisés, les câbles
« tri plomb », ceux à ceinture, etc. La structure des câbles influence La tension assignée est un ensemble de trois valeurs exprimées
directement le nombre des mesures à réaliser pour caractériser le en kV qui s’écrivent habituellement sous la forme suivante :
type du défaut.
U0 / U ( UM )
1.1.1 Câble à champ radial
— U0 est la tension efficace entre phase et écran ;
D’une manière générale, un câble unipolaire se présente sous la — U est la tension efficace entre deux phases ;
forme d’un condensateur cylindrique (figure 1) constitué essentiel-
lement de : — UM est la tension efficace entre phases, pour laquelle le câble
et ses accessoires ont été conçus.
— une âme conductrice câblée ou segmentée, en cuivre ou en
aluminium (les sections variant entre 0,35 et 1 600 mm2) ; C’est la valeur de U0 qui sert à définir l’épaisseur de l’isolant, la
— un écran semi-conducteur interne (pour les câbles dont la ten- tension d’essai diélectrique et la tension maximale à mettre en
sion d’utilisation est supérieure à 3 kV), extrudé ou rubané, dont le œuvre en situation de recherche de défauts. Ce qu’on a appelé
rôle est d’homogénéiser le champ électrique ; « tension spécifiée » il y a quelques années correspond à U0.
— une enveloppe isolante en matériau polymérique (polyéthy-
lène, polyéthylène réticulé, caoutchouc, polychlorure de vinyle, les
enveloppes isolantes en papier imprégné n’étant plus utilisées que
pour les câbles haute tension courant continu) dont l’épaisseur varie
entre 0,5 et 30 mm selon la tension d’utilisation et la nature du Écran semi-conducteur Gaine PVC
matériau ; externe
Laque vinylique
— un écran semi-conducteur externe (cas des tensions Enveloppe
supérieures à 3 kV), dont le rôle est d’homogénéiser le champ élec- isolante PRC Écran en
trique au niveau des électrodes ; Semi-conducteur aluminium
— un écran métallique (en plomb, en aluminium ou en cuivre), interne
dont le rôle est : Poudre
Âme conductrice hygroscopique
en aluminium
• de constituer une électrode de référence,
• de permettre l’évacuation des courants de courts-circuits
homopolaires, Figure 1 – Câble S23 radial
• d’assurer l’étanchéité radiale,
• d’orienter et de canaliser les lignes du champ électrique.
— enfin, une gaine de protection externe en matériau polymé-
rique, jouant un rôle de protection contre la corrosion, favorisant
l’étanchéité, la protection mécanique à la pose et, lorsque cela est
nécessaire, assurant une isolation électrique de l’écran par rapport au
sol.
Dans cette structure de câble, les écrans sont tous au même
potentiel et reliés à la terre. Les lignes de forces sont toujours per-
pendiculaires aux couches de l’isolant (figure 2a). Chaque conduc-
teur dispose d’un écran individuel (figure 2b). Ce câble ne peut donc
subir que des défauts phase/écran. Le défaut phase/phase direct est a câble unipolaire b câble tripolaire
impossible par construction, en théorie. Les utilisateurs disent que
cela peut être une réalité. On ne pose, aujourd’hui, que des câbles
torsadés (figure 3). Figure 2 – Câble radial

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D 4 541v2 − 2 © Techniques de l’Ingénieur

78
Référence Internet
D4542

Câbles d’énergie : prélocalisation


des défauts par échométrie

par Hervé KUZYK


Formateur Chef de projet au SFP
(Service de la Formation Professionnelle) d’Électricité de France
2

1. Méthodes d’échométrie en impulsions BT ....................................... D 4 542 – 2


1.1 Méthode classique ...................................................................................... — 2
1.2 Méthode de réflexion sur l’arc ................................................................... — 2
1.2.1 Comment faisait-on avant ?............................................................... — 2
1.2.2 Pourquoi et comment passer à la méthode
de réflexion sur l’arc ? ........................................................................ — 2
2. Méthodes d’échométrie en impulsion de courant.......................... — 4
2.1 Méthode directe en tension........................................................................ — 4
2.2 Méthode de comparaison 1re forme .......................................................... — 5
2.3 Méthode de comparaison 2e forme ........................................................... — 8
2.4 Méthode directe en chocs........................................................................... — 8
2.5 Méthode de comparaison différentielle..................................................... — 9
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. D 4 545

onnecter simplement un générateur d’ondes de choc à la phase en défaut


C d’un câble en avarie et faire un point d’écoute tous les 5 m environ est une
technique possible pour trouver le défaut et indiquer où commencer l’excavation
nécessaire à la réparation,… lorsque la liaison est courte (quelques dizaines de
mètres, tout au plus).
Plus raisonnablement, le choix d’une méthode de prélocalisation en fonction
des caractéristiques du défaut doit permettre de positionner une zone d’écoute
sur le dessin du câble.
Les méthodes échométriques, fondées sur l’analyse de la réponse d’un câble à
une impulsion électromagnétique, permettent la prélocalisation.
La mesure réalisée donne le centre de cette zone d’écoute et le soin déployé
dans la mise en œuvre de la méthode choisie permet d’en réduire l’incertitude à
environ 5 % de la mesure. Avec une cartographie en bon état, exacte et un cali-
brage « pointu » de l’échomètre, on peut obtenir une mesure à 1 ou 2 %. Avec un
réglage « standard », l’incertitude peut atteindre voire dépasser 10 % de la mesure.
Cette première étape permet donc de se rendre sur la zone présumée du
défaut et ainsi de réduire le temps de recherche par les ondes de choc une fois
sur place.
Nous n’aborderons ici que les différentes méthodes échométriques. Les
notions théoriques seront rassemblées en [D 4 543].
Ce fascicule fait partie d’un dossier sur la recherche de défauts dans les
réseaux de câbles d’énergie :
— [D 4 541v2] « Câbles d’énergie : recherche et identification de défauts » ;
— [D 4 542] « Câbles d’énergie : prélocalisation des défauts par échométrie » ;
— [D 4 543] « Câbles d’énergie : théorie de l’échométrie » ;
— [D 4 544] « Câbles d’énergie : méthodes de localisation des défauts » ;
Parution : mai 2006

— [Doc. D 4 545] « Câbles d’énergie. Pour en savoir plus ».

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D4542

CÂBLES D’ÉNERGIE : PRÉLOCALISATION DES DÉFAUTS PAR ÉCHOMÉTRIE _________________________________________________________________________

1. Méthodes d’échométrie
en impulsions BT
Échogramme d’un conducteur sain

1.1 Méthode classique

On peut aussi nommer cette méthode : échométrie BT en compa- Échogramme du conducteur en défaut
raison, puisque cela caractérise parfaitement la manière dont on

2
doit la mettre en œuvre.

L’échomètre étant aiguillé vers les 3 phases du câble en défaut, un


commutateur interne va diriger successivement l’impulsion vers D
chacune des phases. Selon l’appareil, on pourra visualiser les écho-
grammes, superposés, de 2 ou 3 phases. Échogrammes superposés

L’échomètre permet, à minima, de visualiser les phases par paires, a sans dérivation
en rotation : L1/L2, L2/L3, L3/L1.

Cette méthode requiert de disposer d’une phase « saine », d’un


point de vue échométrique : cela se traduit par la nécessité d’avoir
une résistance mesurée supérieure à environ 150 Ω sur un réseau
sans dérivation et supérieure à environ 50 Ω sur un réseau avec déri-
vations. Échogramme d’un conducteur sain

Des échogrammes caractéristiques après une comparaison entre


une phase saine et une phase en défaut sont donnés sur les
figures 1 et 2. La première divergence correspond à la mesure du
défaut.
Échogramme du conducteur en défaut
Dans le cas des réseaux mixtes aérien/souterrain, l’échométrie ne
s’applique que si l’on injecte le signal sur le câble et non sur la ligne.
En effet, le rapport des impédances est d’environ 10 (20 à 40 Ω pour
le câble et 300 à 400 Ω pour la ligne) et donc le premier câble est un
court-circuit pour la ligne et masque le reste du réseau. D
Échogrammes superposés
Bien sûr, plus le réseau est étendu et plus l’échogramme est,
d’une part, difficile à lire et, d’autre part, difficile à interpréter. Les b avec dérivations
méthodes de comparaison s’imposent pour cela.
Figure 1 – Méthode classique : échogrammes caractéristiques
Remarques sur la méthode

— La gamme de mesure choisie doit permettre de voir à l’écran 1.2 Méthode de réflexion sur l’arc
la courbe représentant la totalité de la longueur du réseau.
— Puisque l’on compare deux phases, il faut que cela soit
possible. S’il n’y a pas de problème, à l’évidence, pour les
réseaux sans dérivation, en revanche, les réseaux avec dériva- Historiquement, cette méthode n’a été mise au point qu’au début
tions doivent être parfaitement identiques. On entend par là que des années 1980. Auparavant, en dehors des méthodes de pont, on
les branchements souterrains monophasés rendent cette ne pouvait pas échapper au brûlage pour ensuite mettre en œuvre la
méthode inefficace. Le réseau doit être symétrique. méthode classique.
— La mesure donnée par l’échomètre est comptée à partir de
son générateur interne : il faut donc penser à déduire la lon-
gueur de la liaison entre le véhicule et la tête de câble. 1.2.1 Comment faisait-on avant ?
— Cette mesure doit être reportée sur le plan du réseau en
tous les points possibles lorsque ce réseau comporte des dériva-
tions. Attention, l’emplacement réel du défaut fait partie de tous Ne disposant que de la méthode classique, il n’y avait pas d’autre
ces points et les mesures suivantes doivent seulement permet- solution que de modifier les caractéristiques du défaut de manière
tre de lever l’indétermination. permanente.
— Pour cela, soit on déplace le véhicule, soit on se déplace
avec un échomètre portable. Dans ce dernier cas, on pensera à Deux types d’actions sont envisageables pour modifier les carac-
déconnecter le véhicule (les phases sont mises à la terre s’il est téristiques d’un défaut :
à l’arrêt) ou à l’aiguiller sur une position qui libère les phases — soit l’affranchissement du défaut, c’est-à-dire la réduction de la
(position de mesure « mégohmmètre », par exemple). résistance du défaut par création d’un pont de carbone, dans le cas
— Lorsque le réseau comporte de nombreuses dérivations ou d’un défaut d’isolement ou d’un défaut éclateur ; il faut noter que,
est très long, les phénomènes d’atténuation peuvent perturber dans le cas de câbles à isolation synthétique, cette opération est lon-
la mesure. gue et parfois sans résultat ;

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— soit le réisolement du défaut, c’est-à-dire la destruction du Les deux essais doivent être réalisés à travers le filtre pour que la
pont de carbone existant (dans le cas d’un défaut de continuité ou, comparaison soit possible. Cette méthode fonctionnera donc
exceptionnellement, dans le cas d’un défaut d’isolement). comme ceci :
— en première étape, on émet une impulsion basse tension.
Aujourd’hui, les techniques de brûlage peuvent être abandonnées
L’échogramme est enregistré dans la première mémoire ;
sans regrets. La méthode de réflexion sur l’arc la supplante avanta-
geusement, et de très loin. — la deuxième étape commence par l’émission d’une onde de
choc. Un capteur permet à l’échomètre de « la voir passer ». Après
Nota : pour mémoire, les notions sur le brûlage ont été conservées en [D 4 543]. un léger retard, parfois réglable (délai trigger), l’échomètre émet
une impulsion basse tension. Lorsque l’onde de choc atteint
l’emplacement du défaut, et après un certain temps d’ionisation, un
1.2.2 Pourquoi et comment passer à la méthode arc prend naissance. L’impulsion basse tension doit alors arriver à ce
de réflexion sur l’arc ? moment et « rencontrer » l’arc/court-circuit pour y rebondir, s’y

2
réfléchir. L’image enregistrée dans la deuxième mémoire est bien
La genèse de cette méthode est finalement assez simple et résulte celle d’un défaut de court-circuit ;
de l’observation de la technique du brûlage. — après superposition des échogrammes situés dans les deux
mémoires, il reste à mesurer la distance jusqu’à la première diver-
En effet, dans son premier état, la phase en défaut est échométri- gence. On peut consulter un exemple de courbe théorique sur la
quement saine, et lors de la deuxième mesure, on traite un défaut figure 5. La figure 6 donne la copie d’écran d’échogrammes de
très faiblement résistant, proche du court-circuit. réseau sans dérivation et avec dérivations.
Les constructeurs ont donc mis au point une alternative au brû-
lage permettant d’en éliminer ou minimiser les inconvénients. Le
schéma de raccordement est celui de la figure 3. Échomètre
impulsions BT
Le défaut ayant une valeur de Rd supérieure à 150 Ω (réseau sans
dérivation) ou 50 Ω (réseau avec dérivations), l’émission d’une onde Distance de l´échomètre au défaut
de choc y provoquera l’allumage d’un arc. D’un point de vue électri-
que, un arc est assimilable à un court-circuit. Impulsions BT
Générateur
On note que la connexion simultanée du générateur d’ondes de de chocs Filtre
choc et de l’échomètre au câble pose un problème : les construc- HT
teurs y ont répondu au travers de la conception de filtres sépara- Choc HT
teurs d’énergie (figure 4).
Véhicule laboratoire Câble Câble en défaut
La plupart des filtres comportent une self de lissage dont l’effet de liaison HT
attendu est de prolonger la durée de l’arc, d’une électronique pour
assurer la coupure de l’énergie haute tension en direction de l’écho- Figure 3 – Réflexion sur l’arc : schéma de raccordement
mètre (empêcher l’onde de choc de remonter vers l’échomètre et le
détruire), tout en permettant la circulation, bidirectionnelle, de
l’impulsion basse tension.

Vers générateur Vers âme


L
de chocs du câble
83,8 m/µs 263,3 m 773,9 m C

Vers l’échomètre

a défaut résistant Figure 4 – Schéma sommaire d’un filtre réflexion sur l’arc

83,8 m/µs 259,7 m 772,7 m

Échogramme sans arc (1)

Échogramme avec arc (2)

b défaut de continuité
D
en noir la phase saine, en bleu la phase en défaut
Superposition des échogrammes (1) et (2)

Figure 2 – Méthode classique : copies d’écran d’échogrammes Figure 5 – Réflexion sur l’arc : échogrammes caractéristiques

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Câbles d’énergie :
théorie de l’échométrie

par Henri KUZYK


Formateur Chef de projet au SFP (Service de la Formation Professionnelle)
d’Électricité de France
2

1. Échométrie : généralités et principes ................................................ D 4 543 – 2


1.1 Mécanisme physique de la propagation d’une impulsion
dans une ligne ............................................................................................. — 2
1.2 Différents types de discontinuité................................................................ — 3
1.2.1 Discontinuité en extrémité de ligne .................................................. — 3
1.2.2 Discontinuité sur une ligne ................................................................ — 3
1.2.3 Cas d’une dérivation .......................................................................... — 4
1.3 Principe de l’échométrie basse tension ..................................................... — 5
1.4 Principe de l’échométrie en impulsion de courant ................................... — 6
2. Notion de brûlage .................................................................................... — 7
2.1 Affranchissement d’un défaut .................................................................... — 7
2.1.1 Affranchissement en courant continu............................................... — 7
2.1.2 Affranchissement en courant alternatif ............................................ — 8
2.1.3 Application de la méthode................................................................. — 8
2.2 Réisolement d’un défaut............................................................................. — 8

e fascicule fait partie d’un dossier sur la recherche de défauts dans les
C réseaux de câbles d’énergie :
— [D 4 541v2] « Câbles d’énergie : recherche et identification de défauts » ;
— [D 4 542] « Câbles d’énergie : prélocalisation des défauts par échométrie » ;
— [D 4 543] « Câbles d’énergie : théorie de l’échométrie » ;
— [D 4 544] « Câbles d’énergie : méthodes de localisation des défauts » ;
— [Doc. D 4 545] « Câbles d’énergie. Pour en savoir plus ».
Parution : mai 2006

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D4543

CÂBLES D’ÉNERGIE : THÉORIE DE L’ÉCHOMÉTRIE _____________________________________________________________________________________________

1. Échométrie : Généralités Supposons qu’à l’instant t = 0, on applique, à une extrémité de


ligne x = 0, un signal u(0,0). Ce signal se propage dans la ligne à la
et principes vitesse (avec c0 vitesse de l’onde dans le vide) :

0 c 1
ν = -------- = ----------
Nota : le lecteur pourra se reporter au dossier Réseaux électriques linéaires à constantes εr ᐉc
réparties [D 1 100].
avec εr permittivité relative.
Il a donc, en une abscisse x quelconque de la ligne, la valeur :
1.1 Mécanisme physique
x
de la propagation d’une impulsion u ( x, t ) = u  0, t – ---
 ν
dans une ligne
2 Une ligne coaxiale (c’est-à-dire constituée de deux conducteurs
S’il existe au point x une discontinuité, l’onde incidente va se
décomposer en une onde transmise à travers cette discontinuité et
une onde réfléchie qui se propage, en sens inverse, à la même
concentriques) peut être considérée comme un système à constantes vitesse ν que l’onde incidente ; elle atteint donc l’extrémité d’injec-
réparties, c’est-à-dire qu’elle peut admettre le schéma électrique équi- tion après un temps :
valent de la figure 1.
t r = 2 x /ν
Dans ces conditions, on montre que la ligne peut être définie
assez simplement par ses constantes de propagation, à savoir : Cette onde réfléchie est une fraction de l’onde incidente et le fac-
teur correctif est appelé coefficient de réflexion en tension ␥ r .
— son impédance caractéristique ZC, définie comme l’impédance
équivalent à une ligne infinie, et qui est égale à environ 40 Ω pour un Pour définir ␥ r , imaginons (figure 2) le câble d’impédance carac-
câble isolé et 400 Ω pour une ligne aérienne ; dans les conditions de téristique ZC fermé en une de ses extrémités sur une résistance R.
Heaviside, on a : Soit une onde incidente ui, associée à un courant ii, à la discontinuité
R. Nous avons donc :
ᐉ ui ur ut
ZC = --- ----- = ----- = Z c et ----- = R
c ii ir it
avec ᐉ inductance, alors :
c capacité linéique. ui ur
u r = u t – u i = R ( i i – i r ) – u i = R  ------ – ------ – u i
— la vitesse de propagation de l’onde qui dépend du milieu de  Z C ZC 
propagation (tableau 1) ;
donc :
— son atténuation :
R – ZC R–Z
u r = u i ----------------- et ␥ r = ----------------C-
a = r 兾 ( 2 ZC ) R + ZC R + ZC

(0)

Tableau 1 – Vitesses théoriques et réelles de propagation sur différents types de câbles


Capacité Permittivité Vitesse Vitesse
Épaisseur Écart Vth,Vm
linéique relative théorique Vth mesurée Vm
Types de câbles (1) d’isolant
du câble c εr (%)
(mm) (m/µs) (m/µs)
(pF/m)
Polyéthylène
Aluminium (S = 75 mm2) 6,5 179,5 2,3 197,8 171 16
avec semi-conducteur extrudé
Polyéthylène
câble coaxial de mesure 75 Ω 1,4 64,7 2,1 207 200 4
sans semi-conducteur
Polyéthylène
câble coaxial de mesure 50 Ω 0,95 89 2,15 204,6 188 9
sans semi-conducteur
Polychlorure de vinyle
Aluminium (S = 150 mm2) 6,5 482 4 150 154 –3
avec semi-conducteur extrudé
Éthylène-propylène rubber (EPR)
Cuivre (S = 50 mm2) 5,5 232 3,1 173,2 165 5
avec semi-conducteur extrudé
Polyéthylène réticulé chimiquement
Cuivre (S = 50 mm2) 5,5 193 2,6 186 170 9
avec semi-conducteur extrudé
Papier imprégné 11,6 kV 4,7 451 3,65 157 156 1
avec semi-conducteur rubané
(1) isolation ; conducteur ; présence ou non de semi-conducteur

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D4544

Câbles d’énergie : méthodes


de localisation des défauts

par Henri KUZYK


Formateur Chef de projet au SFP (Service de la Formation Professionnelle)
d’Électricité de France
2

1. Autres méthodes de prélocalisation .................................................. D 4 544 — 2


1.1 Méthodes de pont ....................................................................................... — 2
1.2 Cas particuliers sur les réseaux basse tension ......................................... — 3
1.3 Perspectives d’avenir .................................................................................. — 5
2. Méthodes de localisation précise ....................................................... — 5
2.1 But de la localisation précise...................................................................... — 5
2.2 Méthode magnéto-acoustique ................................................................... — 6
2.3 Méthodes de fréquences audibles ............................................................. — 7
3. Câbles sous-marins ................................................................................. — 11
4. Particularités sur câbles HTB ............................................................... — 12
4.1 Détection des fuites d’huile ........................................................................ — 12
4.2 Détection des fuites de gaz ......................................................................... — 14

e fascicule fait partie d’un dossier sur la recherche de défauts dans les
C réseaux de câbles d’énergie :
— [D 4 541v2] « Câbles d’énergie : recherche et identification de défauts » ;
— [D 4 542] « Câbles d’énergie : prélocalisation des défauts par échométrie » ;
— [D 4 543] « Câbles d’énergie : théorie de l’échométrie » ;
— [D 4 544] « Câbles d’énergie : méthodes de localisation des défauts » ;
— [Doc. D 4 545] « Câbles d’énergie. Recherche de défauts ».
La localisation des défauts sur les câbles d’énergie s’effectue en plusieurs
étapes : l’identification [D 4 541v2], la prélocalisation [D 4 542] et [D 4 543] et
la localisation précise que nous étudierons dans ce dossier.
Dans ce dossier également, les méthodes de prélocalisation autres que l’écho-
métrie, la recherche de défauts dans les câbles sous-marins et les particularités
sur câbles HTB.
Parution : août 2006

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D4544

CÂBLES D’ÉNERGIE : MÉTHODES DE LOCALISATION DES DÉFAUTS _______________________________________________________________________________

1. Autres méthodes ■ Dans le cas où les sections ou les natures des conducteurs sont
différentes, ou s’il n’y a pas de conducteurs sains, il faut envisager
de prélocalisation des corrections en fonction des sections ou des natures (ou des
deux) des conducteurs. Nous traitons ci-après un exemple
(figure 3).

1.1 Méthodes de pont

La méthode de la boucle de Murray présente encore quelques


intérêts, notamment pour les câbles sans écran présentant des R1 R3
défauts directs à la terre. C’est aussi le cas des défauts de gaine.

2
Les méthodes de ponts capacitifs (Sauty, Wien ou Nernst) sont g
aujourd’hui abandonnées au profit de la méthode classique (défauts
de continuité, cf. [D 4 542]). R2 R4
D’une façon générale, ces méthodes sont fondées sur le principe
du pont de Wheatstone (figure 1).
À l’équilibre, c’est-à-dire lorsque l’indication du galvanomètre est
nulle, on obtient la relation : g galvanomètre
R1 R4 = R2 R3
Figure 1 – Pont de Wheatstone
Il suffit donc d’avoir à sa disposition soit une phase saine de lon-
gueur D en parallèle avec la phase en défaut, soit un conducteur
externe de retour. Les deux phases (ou le conducteur en défaut et le
conducteur de retour), court-circuitées à l’extrémité opposée à celle
de la mesure, constituent deux des résistances du pont.
Appareil de mesure

1.1.1 Méthode de la boucle de Murray R1


Conducteur sain
D
Elle est utilisable dans le cas de défauts d’isolement. C’est la
g Boucle
méthode du pont de Wheatstone (figure 2).
d de Murray
À l’équilibre, on a :
Conducteur
G R2
R 1 rd = R 2 r ( 2 D – d ) en défaut
Rd
avec r résistance linéique des conducteurs (cas où le conduc-
teur en défaut et le conducteur sain sont identiques).
On en déduit :
2 R2 G générateur à courant continu
d = ------------------- D Rd résistance du défaut
R1 + R2

Les appareils de mesure sont en général tels que les deux résis-
tances du pont sont identiques et qu’un rhéostat permet la variation Figure 2 – Boucle de Murray
de R2 comme α R1, d’où :

d = ------------------ D
(1 + α)
La résistance du défaut n’intervient pas dans la précision de la
D
mesure ; en revanche, elle en détermine la sensibilité. Cette sensibi- Appareil
lité est d’autant plus importante que les chutes de tension dans les de
différents tronçons sont grandes et donc que les courants sont éle- mesure
vés. Cela lie directement la tension d’alimentation du pont à la résis- d
tance du défaut ; dans ces conditions :
— pour un défaut à faible impédance (inférieure à quelques mil- Rd
liers d’ohms), une source de tension de quelques volts est
suffisante ;
— pour des défauts d’impédance comprise entre 103 et quelques
104 Ω, une source de quelques centaines de volts (0,5 à 1 kV) débi-
tant environ 100 mA répond aux besoins ; D longueur du conducteur de retour en aluminium (sAl = 150 mm2)
— pour des défauts dont l’impédance est supérieure, il existe des d longueur du conducteur en défaut en cuivre de l’appareil
ponts dont la source de tension est de quelques kilovolts (mais, de mesure au défaut (sCu = 95 mm2)
dans ce cas, le courant débité doit être aussi limité à environ 100 mA
Rd résistance du défaut
afin d’éviter les destructions en cas d’amorçage du défaut).
En règle générale, il faut 2 V de tension d’alimentation par kΩ de
résistance de défaut. Figure 3 – Boucle de Murray avec retour par conducteur externe

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À l’équilibre, on a :

R 1 r Cu d = R 2 [ r Cu ( D – d ) + r AI D ]
Der2
or

r Cu ρ Cu s AI
-------- = --------- --------- Appareil
r AI ρ AI s Cu de
mesure
avec rCu et rAI respectivement résistivités du cuivre et de
l’aluminium,
sCu et sAI respectivement sections du cuivre et de l’alu- Der1 Rd Der3
minium.
On a donc :

r Cu a cas d’un défaut sur artère principale : bouclage sur artère principale
2
-------- = 0,63 × 1,6⬇ 1,008
r AI

On en tire :
Rd
D Der2
R 1 d = R 2 ( D – d ) + ---------------
1,008

Bien évidemment, si l’on ne connaît pas les longueurs des diffé-


rents tronçons, on peut être conduit à faire des approximations suc- Appareil
cessives pour parvenir au résultat. de
mesure
■ Dans le cas de réseaux de câbles contenant des dérivations
(figure 4), on doit aussi faire des approximations successives ; on
est conduit à court-circuiter successivement l’extrémité du câble
principal opposée à celle de la mesure et les extrémités des différen- Der1 Der3
tes dérivations jusqu’à la révélation du défaut (raisonnement simi-
laire aux méthodes de comparaison 1re forme ou différentielle,
cf. [D 4 542, § 2]).
b cas d’un défaut sur dérivation : bouclage sur dérivation
■ Dans le cas de deux défauts (ou plus), la méthode du pont four-
Der dérivation
nit un point fictif F dont la position dépend du rapport Rd2/Rd1 : si
Rd2/Rd1 < 1, F est plus proche de Rd2 et inversement. Rd résistance du défaut

Avant d’utiliser une telle méthode, il est recommandé de procéder


à un brûlage, afin de ne tenir compte, dans un premier temps, que Figure 4 – Boucle de Murray avec dérivations
du défaut le plus faiblement résistant.

le déséquilibre, on a identifié le point à partir duquel on voit que le


Quelques conseils d’utilisation neutre est coupé. Malheureusement, on doit alors refaire les acces-
Les connexions entre conducteur en défaut et conducteur sain soires en remontant vers le départ du poste HTA/BT. Après chaque
doivent être réalisées avec beaucoup de soin et au moyen d’un réfection d’accessoire, on teste à nouveau le réseau pour savoir si le
conducteur dont la section est supérieure ou égale à la plus problème est résolu.
grande rencontrée dans le réseau de câbles en essai.
Avant toute mesure, on vérifie la continuité des conducteurs et
la faible résistance de cette connexion. 1.2.2 Défauts intermittents

Dans l’immense majorité des cas, cela concerne les réseaux basse
tension.
1.2 Cas particuliers sur les réseaux basse Désespoir de l’exploitant, ce type de défaut peut le réveiller plu-
tension sieurs fois par nuit parce qu’il provoque le déclenchement des pro-
tections. Pourtant, à chaque fois la recherche de défauts sera
sollicitée et à chaque fois l’identification sera négative aux trois
1.2.1 Rupture du neutre tests : recherche de défauts résistant, éclateur ou de continuité.
Le chargé d’essai doit résister aux pressions (demandes implici-
Ce type de défaut fait partie des problèmes les plus gênants ren- tes, voire explicites, de monter la tension au-delà de la valeur auto-
contrés en exploitation. La valeur de la résistance de continuité ne risée).
permet pas toujours de procéder à des essais « en bout », c’est-à-
À ce jour, il existe plusieurs dispositifs qui permettraient de répon-
dire par mise en court-circuit de l’extrémité du câble. Cette opération
dre à cette problématique.
permettrait de transformer les deux bouts de la coupure en défaut
éclateur. Il faut alors se résoudre à appliquer des méthodes électro-
techniques. [Link] Discontacteurs de chocs
Après avoir débranché tous les clients, si c’est possible, on se Cet équipement contient un dispositif interrupteur à deux thyris-
déplace de branchement en branchement avec une charge triphasée tors montés tête-bêche et une électronique de commande. Il s’insère
déséquilibrée. Dès que les voltmètres associés à ce montage affiche à la place du fusible basse tension.

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CÂBLES D’ÉNERGIE : MÉTHODES DE LOCALISATION DES DÉFAUTS _______________________________________________________________________________

Dans un premier mode, on peut le configurer en tant que [Link] Enregistreurs de transitoire en réseau BT
réenclencheur : lorsque le défaut se produit, une onde de choc se
De petits boîtiers, sans écran, intègrent toute l’électronique néces-
propage sur le réseau. Le transformateur en est le générateur. saire pour faire une mesure lors d’un incident. L’arc consécutif à un
L’intensité du courant associé à cette onde de choc et sa durée sont défaut génère des impulsions haute tension. Le ou les enregistreurs
à l’origine du fonctionnement du discontacteur. Il commence par de transitoire y réagiront. Ils peuvent être placés chez les clients, sur
agir comme un disjoncteur et interrompt ce courant de défaut. une banale prise de courant. Un voyant témoigne de la mémorisa-
Quelques secondes plus tard, le discontacteur referme le circuit (on tion d’une séquence de mesure.
simule ainsi le remplacement du fusible). Si le défaut s’est réisolé, le De retour à son bureau après avoir récupéré le ou les boîtiers, le
fonctionnement du réseau reprend avec des perturbations à la clien- technicien va décharger les informations des enregistreurs vers un
tèle minimes. Si le défaut persiste, le discontacteur est à nouveau ordinateur. Un logiciel permet alors de déduire la position du défaut.
sollicité et réouvre la phase. Le nombre de manœuvres de ce type Avec plusieurs enregistreurs, on réalise une triangulation.

2
est programmable. Une fois le nombre de manœuvres program-
mées atteint, l’appareil reste ouvert, car cela signifie que le défaut
est maintenant devenu permanent. On revient alors à la procédure 1.2.3 Méthodes en cours de développement
traditionnelle de recherche de défauts. Les versions modernes de
Un constructeur a mis au point un appareil dont la mesure est
discontacteur comportent un filtre réflexion sur l’arc. On a donc la
indépendante de l’amortissement et des variations d’impédance.
distance au défaut en bonus.

Un deuxième mode permet d’utiliser le discontacteur comme un


cadenceur d’ondes de chocs sur un défaut permanent. Le transfor- Principe : on connaît et on applique la méthode dite « directe
en choc ». Elle consiste en l’analyse de l’onde électromag-
mateur du poste HTA/BT en est le générateur. On programme le dis-
nétique périodique amortie (transitoire) émise lors de l’amor-
contacteur pour qu’il rétablisse le courant de défaut pendant 5 à çage d’un défaut qui a reçu une impulsion HT (choc).
10 périodes toutes les 2 à 5 secondes (figure 5). L’ensemble transfor-
mateur/discontacteur est donc un générateur d’ondes de choc dont Cette méthode est utilisée avec succès sur les câbles HTA sans
la tension maximale est la tension nominale du réseau. Équipé d’un dérivations.
voltmètre à envolée d’aiguille ou à mémoire de maximum, le tech- Sur les réseaux BT, la présence de dérivations, interdit l’emploi de
nicien d’exploitation mesure la tension atteinte sur la phase concer- cette méthode.
née, de coffret en coffret, en partant du poste. En traçant la courbe,
Or, le constructeur s’est aperçu que lors de l’amorçage du défaut,
on constate que la tension décroît, puis finit par se stabiliser. Le
le signal transitoire, alors récupéré, n’est pas uniquement constitué
défaut est prélocalisé au croisement de ces deux droites. En mainte- de l’onde transitoire (impulsion de courant) permettant la localisa-
nant le fonctionnement de l’appareil, on s’équipe d’un dispositif tion du défaut, mais également d’une onde fondamentale qui se
d’écoute des ondes de chocs pour localiser précisément l’endroit du superpose à celle-ci (figure 6) et qui résulte des caractéristiques des
défaut. paramètres de mesure (câble, condensateur...) :
— la capacité connue du condensateur de chocs installé dans
On peut noter que ces dispositifs ne nécessitent pas de mettre le l’appareil de mesure et l’inductance linéique du câble jusqu’au
réseau hors tension, ni de déconnecter les clients monophasés. défaut sont les principaux paramètres influant sur la fréquence de
Pour des raisons de sécurité, les clients triphasés, eux, sont l’onde fondamentale ;
déconnectés. — la capacité du câble en défaut est négligeable comparée à celle
du condensateur de choc alors que l’inductance propre du système
En France, cet équipement n’est pas agréé par Électricité de de mesure et de la connexion au câble est bien déterminée et prise
France du fait de la nécessité de le raccorder directement sur un en compte lors de l’exploitation des résultats.
tableau BT, à quelques mètres seulement du transformateur. En cas L’analyse de la fréquence de l’onde fondamentale permet d’esti-
de problème, les intensités de courants de court-circuit qui seraient mer l’inductance du circuit oscillant selon la formule :
mises en jeu pourraient atteindre plusieurs dizaines de milliers
1
d’ampère ! Les procédures restent à écrire. Toutefois, plusieurs pays f 0 = -------------------
européens utilisent d’ores et déjà ce type d’appareil. 2π LC
qui, une fois transformée, donne :
1
L = -----------
-
ω 02C
Discontacteur électronique de chocs
Réseau basse tension Défaut
Ph

N U0

U1 U2 U3 U4 U5 U6 a onde transitoire
U
U0

0
X Longueur l b onde fondamentale

Figure 5 – Discontacteur de chocs Figure 6 – Porteuse ICE plus

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D 4 544 − 4 © Techniques de l’Ingénieur

88
Problématiques communes des réseaux électriques : du
fonctionnement au comptage
(Réf. Internet 42266)

1– Le fonctionnement des réseaux, protections et


automatismes

2– L'exploitation et la conduite des ouvrages 3


3– Le comptage et la gestion des données de comptage Réf. Internet page

Comptage d'électricité. Présentation générale D4950 91

Comptage d'électricité. Fondements de la tarification D4951 93

Compteurs à courant alternatif. Généralités D4952 95

Compteurs à courant alternatif. Compteurs électromécaniques D4953 97

Compteurs à courant alternatif. Compteurs électroniques D4954 101

Comptage d'électricité. Ensembles de comptage D4956 105

Communications dans les comptages d'électricité D4957 109

Smart Grids : contexte, acteurs et enjeux D4963 115

Solutions smart grids pour mieux intégrer les EnR aux réseaux de distribution D4964 123

Système de communication Linky. Technologie et apports D4965 127

 Sur [Link]
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89
3

90
Référence Internet
D4950

Comptage d’électricité
Présentation générale

par Alain DOULET


Ancien directeur réseau à EDF Réseau distribution
Ingénieur ESE

3
1. Technologie de la mesure ...................................................................... D 4 950v2 - 2
1.1 Grandeurs mesurées ................................................................................... — 2
1.2 Technique de mesure .................................................................................. — 2
1.3 Performance de la mesure .......................................................................... — 2
2. Traitement des données de comptage ............................................... — 3
2.1 Énergie et puissance .................................................................................... — 3
2.2 Qualité........................................................................................................... — 3
3. Collecte et transmission des données ............................................... — 4
3.1 Au départ, une lecture visuelle ................................................................... — 4
3.2 Ensuite, une recherche de productivité et de souplesse .......................... — 4
3.3 Premières solutions de transmission à distance ....................................... — 4
3.4 Facteurs de changement déterminants...................................................... — 4

e commerce de l’électricité suppose la facturation de l’énergie et donc son


L comptage. Le caractère immatériel du produit et l’impossibilité de le
stocker sont des éléments structurants pour cette activité de comptage.
Un compteur comprend toujours trois ensembles fonctionnels :
– un organe de mesure de la grandeur électrique : il importe de savoir
quelle grandeur électrique sera mesurée, avec quelle performance. Dans tous
les cas, le compteur donne accès à des grandeurs de type puissance ou
énergie puisque c’est son objet même ;
– un organe de traitement : la grandeur électrique est rarement utilisée de
façon brute ; elle est élaborée de façon plus ou moins importante, en référence
à son usage final qui peut être la vente sur la base d’un prix ou d’un tarif ou la
surveillance contractuelle d’une grandeur. En outre, la grandeur doit être
mémorisée et stockée de façon sûre ;
– une (des) interface(s) avec l’externe. Le compteur est construit pour
fournir de l’information. Historiquement, le seul accès à l’information se faisait
via le(s) cadran(s). Aujourd’hui et notamment dans le cas des compteurs dits
« communicants » ou « intelligents », le compteur comporte le plus souvent un
modem intégré.
Plus généralement, on parle donc de système de comptage pour désigner
l’ensemble des équipements permettant le décompte des énergies et la
collecte des données associées, le compteur étant l’un des équipements
majeurs.
Sur le plan industriel, le domaine des comptages doit se segmenter de la
façon suivante :
Parution : mai 2011

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est strictement interdite. – © Editions T.I. D 4 950v2 – 1

91
3

92
Référence Internet
D4951

Comptage d’électricité
Fondements de la tarification
par Pierre FERRAND
Ingénieur de l’École Nationale Supérieure d’Électricité et de Mécanique (ENSEM)

1. Catégories de consommateurs ............................................................ D 4 951 - 2

3
1.1 Consommateurs résidentiels...................................................................... — 2
1.2 Petits consommateurs industriels ou commerciaux ................................ — 3
1.3 Gros consommateurs industriels ............................................................... — 4
1.4 Grandes industries ...................................................................................... — 4
2. Échanges entre les sociétés d’électricité.......................................... — 4
3. Principes de tarification......................................................................... — 4
3.1 Influence des facteurs économiques ......................................................... — 4
3.2 Tarifications simplifiées............................................................................... — 5
3.3 Tarifications « binômes » ............................................................................ — 5
4. Prépaiement .............................................................................................. — 7
5. Conclusion ................................................................................................. — 7

vec les débuts de l’électrification à la fin du 19e siècle, le problème de la fac-


A turation de l’électricité à leurs clients s’est immédiatement posé aux socié-
tés de production et de distribution d’électricité. Faute d’appareils de mesure
appropriés, elles ont été contraintes d’avoir recours à des tarifs forfaitaires
basés, par exemple, sur la puissance installée chez le consommateur ou encore
sur la surface de son habitation. Il est évident que, hormis sa simplicité, un mode
de tarification aussi primitif n’est pas satisfaisant car il ne représente pas l’image
des services fournis au client. Ce n’est qu’avec l’invention de compteurs d’éner-
gie électrique suffisamment précis et peu coûteux qu’ont pu être instaurés des
modes de tarification et de facturation plus satisfaisants. C’est là qu’intervient le
rôle fondamental du compteur d’électricité qui est de permettre la facturation du
service délivré ; son invention a ainsi joué un rôle fondamental dans le dévelop-
pement rapide de l’électrification.
Cependant, mesurer simplement la consommation d’énergie électrique n’est
pas suffisant pour établir des factures conformes à l’environnement économique
et social du pays concerné. Il s’avère que l’élaboration d’une structure satisfai-
sante des tarifs de l’électricité est une opération très complexe mettant en jeu un
grand nombre de facteurs, mais dont la complexité ne doit pas faire disparaître
la finalité.
La facturation est donc généralement fondée sur des bases contractuelles fai-
sant intervenir des notions caractéristiques à la livraison d’électricité. La mesure
par les compteurs doit permettre de facturer l’électricité en fonction de ces
caractéristiques et de l’énergie consommée. Lorsque les prix sont fixés a priori,
généralement en accord avec ou par les pouvoirs publics, on parle de tarifica-
tion, terme que nous emploierons fréquemment par commodité.
La tarification utilise les caractéristiques de la livraison d’électricité. On peut
donc, en décrivant les techniques très diverses de tarification, définir les possibi-
lités techniques d’un ensemble de comptage. Il va de soi que les ensembles de
comptage doivent rester parfaitement objectifs vis-à-vis du consommateur et du
Parution : mai 2001

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93
Référence Internet
D4951

COMPTAGE D’ÉLECTRICITÉ _______________________________________________________________________________________________________________

fournisseur d’électricité ainsi que des autres intervenants du système que sont
les producteurs et les exploitants des divers réseaux.
D’un point de vue pratique et de manière de plus en plus courante, les tarifica-
tions sont établies en se conformant aux principes suivants :
— le tarif appliqué comporte le plus souvent une composante fonction de la
puissance, que ce soit une puissance installée, une puissance atteinte ou une
puissance contractuelle ; ce terme « puissance » correspond aux investisse-
ments qu'il a été nécessaire de réaliser par le producteur et le distributeur d'élec-
tricité pour permettre au client de disposer de la puissance demandée ;
— le tarif appliqué comporte toujours une composante consommation d'éner-
gie en kilowattheures qui incorpore en particulier les dépenses de combustible
de la centrale productrice ; cette partie du prix de revient dépend fortement des
conditions de production.
On appelle ainsi tarification binôme toute tarification qui applique ces princi-
3 pes. Les diverses formes sont développées en détail dans cet article.

L’article Comptage d'électricité fait l’objet de plusieurs fascicules :


— [D 4 950] Présentation générale ;
— [D 4 951] Fondements de la tarification ;
— [D 4 952] Compteurs à courant alternatif ;
— [D 4 953] Ensembles de comptage ;
— [D 4 954] Communications dans les comptages ;
— [D 4 955] Normes, métrologie légale, étalonnage ;
— [D 4 956] Pour en savoir plus.
et les sujets traités ne sont pas indépendants les uns des autres. Le lecteur devra assez souvent
se reporter aux autres fascicules. Les renvois à ces fascicules seront notés, au cours du texte,
par le numéro du fascicule suivi du numéro du paragraphe.
Par ailleurs, il est fait référence à des tarifs de l’électricité tels qu’ils sont pratiqués en France.
Pour plus de détails et un descriptif exhaustif de ces tarifs, on se reportera à l’article [D 4 930]
Système tarifaire de l’électricité en France et pour les prix pratiqués à l’article [Form. D 4 935]
Tarifs de l’électricité en France : barème des prix.

1. Catégories Nota : la dénomination des niveaux de tension chez EDF est BT (pour réseaux 400 V),
HTA (pour réseaux 10, 15 et 20 kV) au lieu de MT, HTB (pour réseaux 63 ou 90 kV) au lieu de
HT et THT (225 et 400 kV).
de consommateurs Les consommateurs forment une population très diversifiée et il
est pratique de représenter ces derniers par un schéma sous forme
d’une pyramide dont l’axe vertical représente la puissance absorbée
La complexité, donc le coût, de l’équipement de mesure et les par chaque consommateur et la largeur de chaque niveau un indica-
frais dus à l’acquisition des données et à leur traitement croissent teur du nombre de consommateurs correspondant (figure 2).
avec la complexité de la tarification appliquée au consommateur. A dessein, nous ne considérons pas comme consommateurs les
C’est pourquoi, dans l’application des divers tarifs, on tient le plus sociétés d’électricité lorsqu’elles se fournissent ou se procurent de
souvent compte de la consommation totale du client et plus particu- l’énergie électrique entre elles. Cette situation sera développée dans
lièrement de la puissance qu’il est susceptible d’appeler. le paragraphe 2.

Pour bien comprendre comment se posent les problèmes de


comptage en courant alternatif, il est utile de rappeler que l’énergie
électrique qui sort d’une centrale est immédiatement élevée en 1.1 Consommateurs résidentiels
haute tension (HT, de 50 à 150 kV) ou très haute tension (THT, plus de
150 kV) afin de limiter les pertes dues au transport de l’énergie sur
de longues distances. Certains gros clients (transport ferroviaire, Sur cette pyramide, les consommateurs domestiques (ou résiden-
sidérurgie, pétrochimie, etc.) sont alimentés directement en HT ou tiels) qui forment la base (segment 1) représentent usuellement de
THT. Des postes de transformation HT/MT desservent des usines 98 à 99 % du nombre total des consommateurs. Ces consomma-
moins importantes, possédant leurs propres transformateurs MT/ teurs sont toujours connectés au réseau électrique BT. En France,
BT qu’elles utilisent dans leurs installations. Enfin, des postes MT/ leur puissance installée, ou plutôt leur puissance contractuelle, peut
BT alimentent en basse tension (400 V) les établissements les plus atteindre au maximum 36 kVA et ils sont assujettis à la tarification
modestes (artisans, commerces, services, etc.) et les particuliers. La dite du « Tarif Bleu » ; dans les autres pays, la limite supérieure de
figure 1 illustre sommairement cette configuration. cette puissance se situe entre 30 et 50 kVA.

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D 4 951 − 2 © Techniques de l’Ingénieur, traité Génie électrique

94
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D4952

Compteurs à courant alternatif


Généralités
par Pierre FERRAND
Ingénieur de l’École Nationale Supérieure d’Électricité et de Mécanique (ENSEM)

Mise à jour de l’article D 4951 de Robert Mercier paru en 1992 dans le présent traité.

1. Principes de mesure................................................................................ D 4 952 - 2


1.1
1.2
Compteur d’énergie active monophasé ....................................................
Compteur d’énergie active polyphasé .......................................................
1.2.1 Principes ..............................................................................................



2
2
2
3
1.2.2 Utilisation dans un réseau triphasé à 3 fils ...................................... — 2
1.2.3 Utilisation dans un réseau triphasé à 4 fils ...................................... — 3
1.2.4 Mesures avec des transformateurs................................................... — 4
1.3 Compteurs d’énergie réactive et apparente .............................................. — 4
1.3.1 Principes .............................................................................................. — 4
1.3.2 Compteurs d’énergie réactive ........................................................... — 5
1.3.3 Compteurs d’énergie apparente........................................................ — 6
2. Classes de compteurs............................................................................. — 6
3. Éléments communs aux compteurs d’électricité ........................... — 6
Référence bibliographique................................................................. — 6

L ’article Compteurs à courant alternatif fait l’objet de plusieurs fascicules :


— Généralités [D 4 952] ;
— Compteurs électromécaniques [D 4 953] ;
— Compteurs électroniques [D 4 954].
Bien qu’il existe toujours de rares domaines d’application pour les compteurs
à courant continu, les compteurs à courant alternatif sont de très loin les plus
répandus et les plus connus, si bien que, lorsque l’on parle de compteurs élec-
triques, tout le monde pense spontanément aux compteurs à courant alternatif.
Dans cet article, on examinera donc en détail ce vaste domaine qui se divise
aujourd’hui en compteurs électromécaniques et électroniques.
Parution : février 2004

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95
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D4952

COMPTEURS À COURANT ALTERNATIF _____________________________________________________________________________________________________

1. Principes de mesure Il faut donc deux compteurs monophasés pour un circuit tri-
phasé à trois fils et trois compteurs monophasés pour un circuit tri-
phasé à quatre fils.
Pour illustrer le théorème de Blondel, examinons le cas du circuit
1.1 Compteur d’énergie active triphasé à trois fils de la figure 1. Les trois compteurs ont leurs
monophasé bobines de tension raccordées à un point commun d qui peut dif-
férer du neutre n, la différence de potentiel entre d et n étant égale
L’énergie active dans un circuit électrique monophasé est obte- à u n . On voit immédiatement que la puissance instantanée
nue en intégrant dans le temps le produit des valeurs instantanées consommée dans les charges est :
de la tension u aux bornes de ce circuit et du courant i y circulant. p = u a ia + u b ib + u c ic
Cela correspond à l’application de la formule :
p = ( u ′a + u n ) i a + ( u ′b + u n ) i b + ( u ′c + u n ) i c
t
冕ut
0
( ) i (t ) dt Comme i a + i b + i c = 0, on a finalement :

Un compteur d’énergie active monophasé comporte donc un p = u ′a i a + u ′b i b + u ′c i c = p 1 + p 2 + p 3


dispositif multiplicateur complété d’un dispositif intégrateur. Ces

3
dispositifs seront très différents selon la technologie utilisée. p 1 , p 2 et p 3 étant les puissances instantanées traversant les trois
Dans un compteur électromécanique, la multiplication sera faite compteurs.
par un moteur dont la vitesse sera proportionnelle à la tension Si le point d est placé sur l’un des fils, par exemple en δ sur le
d’une part et à l’intensité d’autre part et l’intégration est réalisée fil 3, u ′c = 0 , on a :
directement par le dispositif indicateur.
p = u ′a i a + u ′b i b = p 1′ + p ′2
Dans un compteur électronique acquisition, multiplication, inté-
gration et affichage seront réalisées par des circuits électroniques
et deux compteurs monophasés suffisent donc pour mesurer
analogiques ou numériques.
l’énergie totale consommée dans le circuit triphasé.
Pour des raisons d’économie, qui n’ont de sens qu’avec des
compteurs électromécaniques, on peut parfois s’écarter de l’appli-
1.2 Compteur d’énergie active polyphasé cation stricte de ce principe mais avec une diminution de la préci-
sion de la mesure. Un tel exemple d’écart est fourni par un
compteur monophasé à trois fils branché comme l’indique la
1.2.1 Principes figure 2.
Rappelons qu’il est possible de mesurer l’énergie électrique
consommée dans un circuit polyphasé en utilisant un certain Dans ce qui suit les exemples sont illustrés à l’aide de
nombre de compteurs monophasés. Ce nombre est déterminé par compteurs électromécaniques. Pour des compteurs électro-
le théorème de Blondel (1893) selon lequel : niques ces exemples restent valables en remplaçant les éléments
« Si de l’énergie est fournie par N fils à un système quelconque propres à l’électromécanique (élément moteur, bobine tension,
de conducteurs, la puissance totale qui s’écoule dans le système bobine intensité,...) par ceux propres à l’électronique (circuit de
est donnée par la somme algébrique des lectures de N wattmètres mesure monophasé, circuit tension, circuit intensité, ...).
disposés de telle manière que chacun des N fils contienne une
bobine de courant, la bobine de potentiel correspondante étant
branchée entre ce fil et un point commun. Si ce point commun est 1.2.2 Utilisation dans un réseau triphasé à 3 fils
situé sur l’un des N fils, la mesure peut être effectuée en utilisant
N – 1 wattmètres ». ■ Réseau chargé sur deux fils et un neutre : le circuit d’utilisation
La disposition des éléments générateurs et consommateurs peut représenté par la figure 3 nécessite, suivant le théorème de
être quelconque et il n’y a aucune restriction quant à l’équilibre des A. Blondel, un compteur à deux éléments moteurs, dont les bobines
tensions et des courants et aux valeurs des facteurs de puissance. de tension ont un point commun situé sur l’un des conducteurs.

Bobine de courant
Élément moteur
Bobine de tension
ia
1 p1 u 'a
p'1

ub
ib ua
2 u 'b
p2 p'2
d uc
Charge
ic
3 u 'c
p3 δ
p'1 + p'2 = p1 + p2 + p3

L'énergie mesurée par chacun des deux compteurs est la même

Figure 1 – Application du théorème de Blondel au cas d’un circuit triphasé à trois fils

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D 4 952 − 2 © Techniques de l’Ingénieur

96
Référence Internet
D4953

Compteurs à courant alternatif


Compteurs électromécaniques
par Pierre FERRAND
Ingénieur de l’École Nationale Supérieure d’Électricité et de Mécanique (ENSEM)

Actualisation du texte de P. Mercier paru dans ce traité en 1992.

1. Principe du moteur à induction à rotor massif ............................... D 4 953 - 2

3
1.1 Théorie du transformateur.......................................................................... — 2
1.1.1 Action d’un flux sinusoïdal sur une spire ......................................... — 2
1.1.2 Action d’un flux sinusoïdal non uniforme
sur une plaque conductrice ............................................................... — 2
1.1.3 Action mécanique de deux flux sinusoïdaux sur un disque ........... — 3
1.1.4 Autofreinage du disque...................................................................... — 4
1.1.5 Application aux compteurs................................................................ — 4
1.2 Théorie du champ glissant ......................................................................... — 5
1.2.1 Réalisation d’un champ glissant ....................................................... — 5
1.2.2 Puissance dissipée dans la plaque métallique par un champ
magnétique glissant, d’amplitude constante ................................... — 6
1.2.3 Forces résultant de l’absorption de puissance................................. — 6
1.2.4 Puissance dissipée par la composante stationnaire du champ
magnétique et force de freinage résultante ..................................... — 6
1.2.5 Application aux compteurs................................................................ — 7
1.2.6 Exemple numérique ........................................................................... — 7
2. Compteurs à courant alternatif monophasé.
Réalisation pratique ................................................................................ — 7
2.1 Principe......................................................................................................... — 7
2.2 Compensation.............................................................................................. — 7
2.3 Réglages ....................................................................................................... — 10
2.4 Exemple de réalisation................................................................................ — 11
3. Compteurs à courants alternatifs polyphasés.
Réalisation pratique ................................................................................ — 11
3.1 Principe......................................................................................................... — 11
3.2 Compensation.............................................................................................. — 11
3.3 Réglage des compteurs polyphasés .......................................................... — 12
3.4 Exemple de réalisation................................................................................ — 13
4. Compteurs d’énergie réactive et apparente..................................... — 13
4.1 Compteurs d’énergie réactive monophasés ............................................. — 13
4.2 Compteurs d’énergie réactive triphasés.................................................... — 13
4.3 Compteurs d’énergie apparente................................................................. — 13
5. Compteurs à indicateur de maximum................................................ — 14
5.1 Domaine d’application ................................................................................ — 14
5.2 Principe de fonctionnement........................................................................ — 15
5.3 Exemple de réalisation................................................................................ — 15
Référence bibliographique ............................................................................. — 15

L ’article « Compteurs à courant alternatif » fait l’objet de plusieurs


fascicules :
— « Généralités » [D 4 952] ;
— « Compteurs électromécaniques » [D 4 953] ;
Parution : février 2004

— « Compteurs électroniques » [D 4 954].

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© Techniques de l’Ingénieur D 4 953 − 1

97
Référence Internet
D4953

COMPTEURS À COURANT ALTERNATIF _____________________________________________________________________________________________________

Partout sauf en France, les compteurs électromécaniques à courant alternatif


font l’objet d’une utilisation massive et, chaque année dans le monde, les
compteurs d’énergie active, ou wattheuremètres, sont fabriqués par millions.
Ces compteurs sont du type à induction, c’est-à-dire que ce sont de petits
moteurs à induction à rotor massif, ce dernier ayant la forme d’un disque.

1. Principe du moteur 1.1 Théorie du transformateur


à induction à rotor massif Suivant la loi de Laplace, un conducteur rectiligne de lon-
gueur ᐉ , parcouru par un courant constant I et placé dans un

3
champ magnétique uniforme d’induction B, perpendiculairement à
C’est l’Italien Ferraris qui a énoncé, en 1884, le principe du ce champ, est soumis à une force de module :
moteur à induction à rotor massif sous la forme suivante :
F = B Iᐉ
Pour produire un couple sur un induit (armature) libre de dont la direction est normale au plan déterminé par le conducteur
tourner, celui-ci doit être soumis à deux flux alternatifs : et le champ (règle des trois doigts).
— qui ne sont pas en phase dans le temps l’un avec l’autre ; Si l’induction et le courant sont sinusoïdaux et de même
— qui sont appliqués à l’induit en deux endroits différents, pulsation ω, leurs valeurs instantanées sont de la forme :
alignés suivant la direction du mouvement recherché.
Ce principe est illustré par la figure 1 où l’on voit représentés b = B 2 sin ω t
symboliquement deux flux d’induction élémentaires b 1 et b 2
créant des courants élémentaires i 1 et i 2 et donc des forces élé- i = I 2 sin ( ω t – γ )
mentaires f 1 et f 2 . Il n’y a rotation que si b 1 et b 2 sont déphasés.
avec B et I valeurs efficaces de l’induction et du courant,
γ déphasage de i par rapport à b, compris entre – π
Bien que le principe du moteur à induction soit simple et sa réa- et + π.
lisation facile (cf. article Petits moteurs électriques [D 3 720] réf. [1],
dans ce traité), la théorie des moteurs à induction à rotor massif L’expression de la force devient :
est difficile, même dans les cas les plus simples. C’est pourquoi, il
ne faut pas s’étonner du très grand nombre de travaux qui lui ont f = 2 B Iᐉ sin ω t sin ( ω t – γ )
été consacrés et des controverses auxquelles ils ont donné lieu.
Ces travaux utilisent deux modes d’approche différents : la théorie et sa valeur moyenne est :
dite du transformateur, ou des courants de Foucault (eddy current
F moy = B Iᐉ cos γ
theory ), ou encore de Rogowski, conduit à une analyse détaillée
des phénomènes, alors que la théorie dite du champ progressif ou
glissant (travelling-field theory ) donne une vue plus synthétique du
fonctionnement. 1.1.1 Action d’un flux sinusoïdal sur une spire
L’action exercée sur une spire fermée, plane et indéformable par-
Les compteurs à induction sont aussi appelés compteurs de courue par un courant I, par un flux uniforme sinusoïdal dont les
Ferraris. Le premier dispositif de ce type capable de mesurer de lignes d’induction sont perpendiculaires à son plan, est nulle
l’énergie active en courant alternatif fut présenté, en 1889 à la comme le montre l’intégration des forces élémentaires dF suivant
foire de Francfort, par le Hongrois Otto Titus Blathy, de la le contour de la spire S (figure 2) :
société Ganz. Les principaux pays industriels en achetèrent
immédiatement la licence et en commencèrent la fabrication en
série. Fx = 冕S
d Fx = B I 冕 dy = 0

De même : F y = 0.
Cette constatation introduit la condition nécessaire de non-
uniformité du flux sur une spire de courant, si on veut que l’action
résultante ne soit pas nulle.

b1 b2
1.1.2 Action d’un flux sinusoïdal non uniforme
f2 i1 sur une plaque conductrice
i2 f1
L’action exercée sur une plaque conductrice plane, d’épaisseur
constante, par un flux magnétique non uniforme sinusoïdal Φ dont
les lignes d’induction sont perpendiculaires à son plan, résulte des
actions individuelles exercées par ce flux sur les lignes ou tubes de
courant qui circulent dans la plaque (figure 3) et qui se comportent
Figure 1 – Principe de Ferraris comme des spires.

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
D 4 953 − 2 © Techniques de l’Ingénieur

98
Référence Internet
D4953

____________________________________________________________________________________________________ COMPTEURS À COURANT ALTERNATIF

I
i1
i2
dF S
ᐉ1 f1
dy O1 C

dᐉ

ᐉ2 f2
dFx x O2

B est perpendiculaire au plan x, y

Figure 2 – Action d’un flux uniforme sinusoïdal sur une spire fermée
Figure 4 – Dispositif élémentaire à deux flux sinusoïdaux déphasés

1.1.3 Action mécanique de deux flux


3
sinusoïdaux sur un disque
La figure 4 représente une réalisation élémentaire d’un dispositif
où deux champs magnétiques d’induction b 1 et b 2 créent deux
flux sinusoïdaux, déphasés l’un par rapport à l’autre d’un angle ψ :
Φ

O C ϕ 1 = Φ1 2 sin ω t
F
ϕ 2 = Φ2 2 sin ( ω t – ψ )

avec Φ 1 , Φ 2 valeurs efficaces des flux.


Les zones polaires O 1 et O2 sont en trait plein, les courants
engendrés par ϕ 1 et ϕ 2 sont représentés par deux de leurs lignes
Figure 3 – Action d’un flux sinusoïdal ⌽ non uniforme de courant i 1 et i 2 , en tiretés, qui passent par O2 et O1 .
sur une plaque circulaire conductrice mobile autour de son centre C Les forces électromotrices e 1 et e 2 induites par ϕ 1 et ϕ 2 ont
pour valeurs efficaces :
E 1 = A 1 Φ1 ω
La plaque circulaire représentée sur la figure peut tourner autour et E 2 = A 2 Φ2 ω
d’un axe passant par son centre C et qui lui est perpendiculaire.
L’axe polaire du circuit magnétique perce la plaque en un point O avec A 1 et A 2 constantes.
distinct de C. De ce fait, les lignes de courant en pointillé sur la Si z 1 et z 2 sont les impédances de petits tubes de courant entou-
figure 3 sont plus serrées à gauche de O qu’à droite et la zone rant i 1 et i 2 , les courants dans ces tubes i 1′ et i 2′ ont pour valeurs
polaire agit beaucoup plus à gauche qu’à droite, ce qui a pour effet efficaces respectives :
de créer une force moyenne résultante F, dirigée suivant OC en
raison de la symétrie de la figure, et par conséquent de couple nul I 1′ = A 1 Φ 1 ω / z 1
par rapport à C. Le sens de F est fixé par la loi de Lenz. Un tel I 2′ = A 2 Φ 2 ω / z 2
dispositif ne permet donc pas d’obtenir une rotation uniforme d’un
disque circulaire. Tout au plus permet-il d’obtenir une rotation par- Ces courants sont déphasés de petits angles α 1 et α 2 (quelques
tielle si l’axe ne passe pas par le centre C ou si le disque n’est pas degrés) par rapport à E 1 et E 2 (figure 5).
circulaire et prend une forme dissymétrique, comme c’est le cas
dans certains appareils de mesure à induction, dont l’usage est
aujourd’hui tombé en désuétude, en raison en particulier de leur
sensibilité à la fréquence et à la température.
O B1 , Φ1
ψ Origine des phases
De toute façon, comme on ne doit pas l’oublier, la grandeur que π
l’on désire intégrer dans un compteur à courant alternatif est de I'2 2
α2
la nature d’une puissance, c’est-à-dire du produit d’une tension B2 , Φ2
par un courant, alors que, en général, l’intégrale dans le temps α1
d’une tension ou d’un courant alternatif, considéré isolément, ne ψ
E2
présente pas d’intérêt.
Notons, enfin, que le courant induit dans la plaque est propor-
tionnel au flux et que l’action mécanique résultante, si elle n’est I'1
pas nulle, est proportionnelle au carré du flux. Si le flux est pro- E1
portionnel à la tension du réseau de distribution, on a donc une
action en U 2 et, s’il est proportionnel au courant d’utilisation, on
Figure 5 – Diagramme vectoriel des inductions, des flux, des forces
a une action en I 2.
électromotrices et des courants du dispositif de la figure 4

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99
3

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D4954

Compteurs à courant alternatif


Compteurs électroniques

par Pierre FERRAND


Ingénieur de l’École Nationale Supérieure d’Électricité et de Mécanique de Nancy (ENSEM)

1.
1.1
Principes de fonctionnement ...............................................................
Généralités ...................................................................................................
D 4 954 – 3
— 3
3
1.2 Acquisition des grandeurs électriques ...................................................... — 3
1.3 Multiplication tension courant.................................................................... — 4
1.3.1 Multiplicateurs analogiques .............................................................. — 4
1.3.2 Multiplicateurs numériques............................................................... — 5
1.4 Intégrateur.................................................................................................... — 8
1.4.1 Intégrateur analogique....................................................................... — 8
1.4.2 Intégrateur numérique ....................................................................... — 9
1.5 Dispositif indicateur..................................................................................... — 9
1.5.1 Indicateurs électromécaniques.......................................................... — 9
1.5.2 Indicateurs électroniques................................................................... — 9
1.6 Mémorisation des données ........................................................................ — 10
2. Exemples de réalisation ......................................................................... — 10
2.1 Compteurs monophasés............................................................................. — 10
2.1.1 Compteur à transconductance (Schlumberger Industries) ............. — 10
2.1.2 Compteur à effet Hall (Landis et Gyr)................................................ — 11
2.1.3 Compteur à circuit « dither noise » (Schlumberger)........................ — 11
2.2 Compteurs triphasés ................................................................................... — 13
2.2.1 Compteur à circuit MSA (Schlumberger).......................................... — 13
2.2.2 Compteur numérique (Actaris).......................................................... — 14
3. Introduction aux ensembles de comptage ....................................... — 15
3.1 Fonctions présentes dans les comptages.................................................. — 16
3.2 Ensembles de comptage............................................................................. — 16

’utilisation des compteurs électromécaniques [D 4 953] dans le comptage de


L l’électricité demeure largement majoritaire de nos jours. À l’heure des nou-
velles technologies électroniques et informatiques on peut se demander pour-
quoi, contrairement à beaucoup d’autres applications, les compteurs
électromécaniques n’ont pas été systématiquement remplacés par des comp-
teurs électroniques. L’explication tient essentiellement au fait que le compteur
d’électricité est un appareil qui doit posséder une grande robustesse et une
grande fiabilité tout en étant placé dans un environnement relativement
« hostile » que constitue, d’une part, le réseau électrique de par sa tension et,
d’autre part, les perturbations destructrices que peuvent être les surtensions et
les coups de foudre, sans compter parfois l’intervention humaine en ce qui con-
cerne la fraude. Preuve en est la difficulté qu’il y a à protéger efficacement un
ordinateur ou autre appareil informatique connecté à un réseau électrique. Pour
les compteurs destinés à un usage résidentiel, la précision et les fonctions
évoluées demandées au compteur ne sont pas plus importantes que sa robus-
tesse, sa fiabilité et sa résistance à la fraude. Cela est accentué par le fait que le
compteur d’électricité résidentiel doit être un appareil bon marché et que la
nécessité de disposer d’interfaces de protection efficaces a un impact écono-
Parution : mai 2004

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Référence Internet
D4954

COMPTEURS À COURANT ALTERNATIF. COMPTEURS ÉLECTRONIQUES ____________________________________________________________________________

mique certain sur le compteur électronique. Rappelons qu’un compteur électro-


mécanique a une durée de vie moyenne en service supérieure à trente ans et un
taux de retour pour réparation inférieur à un pour mille par an.
Pour fixer les idées, voici quelles sont les caractéristiques types d’un compteur
électronique destiné à la clientèle résidentielle :
— étendue de mesure de courant de 30 mA à 100 A ;
— précision et linéarité conformes à la norme CEI 62052-21 dans cette étendue
de mesure ;
— tenue à des températures allant de − 20 ˚C à + 70 ˚C ;
— insensibilité aux perturbations radioélectriques, électromagnétiques et
électrostatiques selon des normes sévères (CEI 62052-21) ;
— fiabilité et durabilité du système supérieure à 20 ans ;
— consommation électrique inférieure à 2 W ;
— coût comparable à celui d’un compteur électromécanique équivalent.

3
Aujourd’hui, la caractéristique la plus difficile à atteindre concerne la longue
durée de vie de l’appareil, alors que les autres caractéristiques sont maintenant
considérées comme accessibles, même celles concernant le faible coût de
l’appareil. Dans ces conditions, pourvu que la société exploitante de la distribu-
tion de l’électricité soit disposée à accepter la réduction de la durée de vie de ses
compteurs, elle n’a plus guère de raison de ne pas passer au compteur électro-
nique. Il y a aussi des facteurs qui favorisent maintenant l’implantation des
compteurs électroniques :
— la possibilité d’utiliser des dispositifs antifraude, comme l’emploi de deux
circuits de mesure au lieu d’un ;
— une métrologie meilleure et une dynamique plus grande que pour les
compteurs électromécaniques ;
— une consommation plus faible (0,5 W) que pour les compteurs électroméca-
niques, ce qui peut réduire sensiblement les pertes électriques d’une compagnie
d’électricité ;
— l’utilisation éventuelle d’un système de communication locale ou à dis-
tance, ce qui est quasiment impossible avec un compteur électromécanique.
Dans un domaine différent, les comptages haut de gamme destinés aux gros
consommateurs d’électricité (cf. [D 4 951] « Fondements de la tarification »),
relativement très peu nombreux par rapport au volume des compteurs
résidentiels, ont des exigences de précision et de fidélité très importantes car
elles ont une influence significative sur la facturation de l’utilisateur. Ces comp-
teurs peuvent donc naturellement être plus onéreux et la redondance apporter
un avantage économique.
Cependant, avec les progrès permanents de la technique et les avancées tech-
nologiques déjà mentionnées, il est évident que l’espace occupé par les comp-
teurs électroniques progresse constamment. Le compteur électronique a fait son
apparition au début des années 1970 en offrant immédiatement une précision
supérieure à celle des compteurs Ferraris. Puis dans la seconde moitié des
années 1980, les compteurs électroniques ont commencé à faire une incursion
significative sur les segments de marché à haute précision et à fonctions de
comptage complexes. Enfin, dans les années 1990, les applications se sont éten-
dues au domaine résidentiel, en particulier en France où EDF a adopté une poli-
tique de « tout électronique ». Aujourd’hui, force est de constater que l’emprise
du compteur électronique devient de plus en plus forte. En effet, outre la France,
l’Italie et la Suède n’achètent plus que des compteurs électroniques, la Chine et
l’Inde s’équipent à 50 %, l’Espagne, l’Allemagne, l’Europe de l’Est, le Chili et le
Pérou sont dans un processus de basculement vers la technologie électronique.
Nous sommes donc en plein dans une période de transition, en phase d’accélé-
ration, entre le « tout électromécanique » et le « tout électronique », mais qui peut
durer encore un certain temps car, d’une part, les compteurs Ferraris résolvent
encore parfaitement une très grande partie des problèmes de comptage usuels
et, d’autre part, le passage massif à la technologie électronique nécessite pour
l’opérateur du système de distribution de l’électricité des investissements impor-
tants, surtout s’il veut renouveler rapidement son parc de compteurs.

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D4954

___________________________________________________________________________ COMPTEURS À COURANT ALTERNATIF. COMPTEURS ÉLECTRONIQUES

L’article Comptage d’électricité fait l’objet de plusieurs fascicules :


• [D 4 950] Présentation générale ;
• [D 4 951] Fondements de la tarification ;
• [D 4 952] Compteurs à courant alternatif. Généralités ;
• [D 4 953] Compteurs à courant alternatif. Compteurs électromécaniques ;
• [D 4 954] Compteurs à courant alternatif. Compteurs électroniques ;
• [D 4 956] Ensembles de comptage ;
• [D 4 957] Communications dans les comptages ;
• [D 4 958] Métrologie légale et étalonnage ;
• [Doc. D 4 959] Pour en savoir plus
et les sujets traités ne sont pas indépendants les uns des autres. Le lecteur devra
assez souvent se reporter aux autres fascicules. Les renvois à ces fascicules

3
seront notés, au cours du texte, par le numéro du fascicule suivi du numéro du
paragraphe.

1. Principes 1.2 Acquisition des grandeurs électriques


de fonctionnement
Il s’agit dans tous les cas de l’acquisition des valeurs instantanées
de la tension appliquée à la charge et de l’intensité du courant tra-
versant celle-ci. Or, il est clair que l’on peut difficilement appliquer
1.1 Généralités des tensions de plusieurs dizaines ou centaines de volts à des cir-
cuits électroniques à semi-conducteurs et faire traverser ces der-
niers par des courants de plusieurs dizaines d’ampères. On aura
donc toujours à l’entrée des circuits de mesure des compteurs élec-
Pour un compteur d’électricité électronique, les principes de troniques des circuits réducteurs de tension et d’intensité.
mesure sont le plus souvent ceux décrits au § 1.1 du chapitre Comp-
teurs à courant alternatif. Généralités. La formule fondamentale de Pour la tension, ce réducteur peut consister en un transformateur
la mesure de l’énergie électrique étant toujours représentée par de potentiel mais il s’agit le plus souvent, quand les conditions
l’intégrale : d’isolement le permettent, d’un simple diviseur résistif ou même
parfois capacitif, beaucoup moins encombrant et beaucoup plus
t
économique.

∫ 0
u(t)i(t) dt Pour l’intensité, ce réducteur est, pour les compteurs monopha-
sés, le plus souvent un shunt, technique parfaitement maîtrisée
aujourd’hui et, de loin, la plus économique. Pour les compteurs tri-
avec u ( t) tension instantanée présente sur le réseau, phasés, puisque, pour des raisons d’isolement entre circuits, il n’est
pas possible d’utiliser de shunt, on utilise soit des transformateurs
i (t ) courant instantané parcourant le réseau. d’intensité à circuit magnétique torique, soit des transformateurs à
inductance mutuelle, appelés aussi capteurs Rogowski.
Un compteur électronique devra donc réaliser un certain nombre
de fonctions telles qu’acquisition, multiplication, intégration, traite- Les transformateurs d’intensité possèdent une très bonne linéa-
ment des mesures, mémorisation, sommation – pour un compteur rité et sont très précis mais ils sont relativement encombrants et
polyphasé – et affichage. Nous allons développer ces fonctions plus sujets à saturation en cas de présence de composante continue
en détail. dans le courant ; dans ces conditions, ils sont réservés pour les
comptages industriels.
Le principe de fonctionnement d’un compteur électronique peut
Le transformateur à inductance mutuelle est un capteur de cou-
être représenté par le schéma bloc de la figure 1 qui montre la
rant dont le principe est le suivant : si on applique le courant i au pri-
configuration la plus complète pour les diverses fonctions utilisées.
maire du circuit, on recueille, au secondaire une tension e
Selon la technologie employée pour le compteur, certaines fonc-
proportionnelle à la dérivée du courant par rapport au temps t :
tions pourront être regroupées : c’est le cas, par exemple de certains
types de multiplicateurs qui travaillent directement à partir des
di
signaux de tension et de courant et ne nécessitent donc pas de cir- e = – M ------
cuits d’acquisition de ces données. dt

En fait, les compteurs électroniques peuvent utiliser deux sortes avec M inductance mutuelle.
de technologie à savoir, soit une technologie dite « électronique Il suffit ensuite d’utiliser un circuit intégrateur pour récupérer la
analogique », soit une technique dite « électronique numérique », quantité i. Les avantages de ce type de capteur sont de permettre
soit encore une combinaison des deux. l’isolation entre phases, d’avoir une bonne linéarité, d’avoir une

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D4954

COMPTEURS À COURANT ALTERNATIF. COMPTEURS ÉLECTRONIQUES ____________________________________________________________________________

U
Acquisition
tension
Traitement
Multiplicateur Intégrateur Mémorisation
du comptage
Acquisition
courant
I Affichage Figure 1 – Diagramme simplifié d’un compteur
électronique

tenue en température meilleure que pour un transformateur, de


n’être pas soumis à saturation en cas de présence de composante
continue dans le courant et de se présenter sous un faible volume. Il
nécessite cependant un blindage de protection contre les perturba-
tions magnétiques et la diaphonie entre voies.

3 Dans les compteurs électroniques de technologie analogique, les I1 I2 A


valeurs réduites de la tension et le courant sont alors directement US
appliqués à l’entrée de l’élément multiplicateur du compteur. Th1 Th2
Dans les compteurs électroniques de technologie numérique, la
tension est appliquée à l’entrée d’un convertisseur analogique U + ∆U U – ∆U
I
numérique et le courant, transformé en tension à travers une résis-
tance calibrée, à l’entrée d’un second convertisseur analogique UE
numérique. La résolution de ces convertisseurs sera plus ou moins
grande selon la précision de mesure demandée, un compromis
devant être choisi car l’exigence d’une plus grande précision
entraîne alors un coût plus élevé. Ces convertisseurs délivrent, à Figure 3 – Multiplicateur à transconductance – Schéma de principe
leur sortie, des valeurs numériques qui seront transmises aux
entrées d’un multiplicateur numérique. Nous verrons, dans le § 1.3.2
portant sur les multiplicateurs numériques, que l’utilisation de pro- [Link] Multiplicateur à transconductance
cédés particuliers permet d’utiliser des convertisseurs analogiques
numériques à nombre de bits plus réduits, donc plus économiques. Ce type de multiplicateur est utilisé en technique bipolaire et per-
met d’effectuer des multiplications à partir de très faibles tensions,
tout en autorisant l’intégration complète du circuit, à condition de
veiller aux problèmes de linéarité et de coefficient de température.
Des circuits peuvent également être réalisés en technologie MOS
1.3 Multiplication tension courant (Metal Oxide Semiconductor) et CMOS (Complementary MOS), qui
facilitent la réalisation de la partie logique, mais compliquent celle
de la partie analogique (cf., dans ce traité, articles sur les compo-
Comme nous l’avons déjà évoqué, les valeurs instantanées u et i sants semi-conducteurs et dans le traité Électronique, Circuits inté-
de la tension et du courant ayant été préalablement abaissées, si grés silicium bipolaires [E 2 425]). Son principe est le suivant : le
nécessaire, aux bas niveaux compatibles avec les circuits électro- courant de collecteur IC d’un transistor à jonction monté en émet-
niques, la multiplication de la tension par le courant pour donner la teur commun (figure 2) est donné par la relation
puissance instantanée peut être réalisée soit à l’aide de circuits de
technologie analogique, soit par des circuits de technologie numé- e
rique. I C = I S exp ------- U BE
kT
avec IC courant du collecteur,
1.3.1 Multiplicateurs analogiques IS courant de saturation,
UBE tension base – émetteur,
Parmi les multiplicateurs analogiques, on distingue : e charge de l’électron (= 1,602 · 10−19 C),
— le multiplicateur à transconductance ; k constante de Boltzmann (= 1,38 · 10−23 J/K),
— le multiplicateur à effet Hall ; T (K) température absolue.
— le multiplicateur à modulation de durée et d’amplitude à rap-
Cette propriété physique fondamentale du transistor est utilisée
port cyclique variable (en anglais, Mark Space Amplitude Multiplier
pour réaliser la multiplication de deux grandeurs électriques au
– en abrégé MSA – ou time division multiplier).
moyen du montage de la figure 3, comportant deux transistors Th 1
et Th 2 et un amplificateur différentiel A.
Si l’on néglige le courant de base, ce qui est justifié avec les tran-
sistors à grand gain, le courant d’émetteur I de la paire différentielle
IC Th 1, Th 2 est égal à la somme des courants I1 et I2 parcourant les
collecteurs de Th 1 et de Th 2. En posant Λ = e/kT et en désignant par
U + ∆U et U − ∆U les tensions appliquées aux bases respectivement
UBE de Th 1 et Th 2, on peut écrire :
I1 = IS exp[(U + ∆U − UÉ)Λ]

Figure 2 – Transistor à jonction monté en émetteur commun I2 = I − I1 = IS exp[(U − ∆U − UÉ)Λ]

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D4956

Comptage d’électricité
Ensembles de comptage
par Pierre FERRAND
Ingénieur de l’École Nationale Supérieure d’Électricité et de Mécanique (ENSEM)

1. Présentation générale............................................................................. D 4 956 — 2

3
1.1 Adaptation du comptage au consommateur ............................................ — 2
1.1.1 Consommateurs résidentiels............................................................. — 2
1.1.2 Consommateurs industriels et commerciaux .................................. — 2
1.1.3 Gros industriels et postes HT ............................................................ — 2
1.2 Fonctions remplies par les comptages ...................................................... — 2
1.2.1 Fonctions principales ......................................................................... — 2
1.2.2 Fonctions auxiliaires........................................................................... — 3
2. Dispositifs auxiliaires utilisés dans les comptages ....................... — 3
2.1 Accessoires de gestion tarifaire ................................................................. — 3
2.1.1 Horloge de commutation ................................................................... — 3
2.1.2 Télécommande centralisée ................................................................ — 4
2.1.3 Autres dispositifs ................................................................................ — 5
2.2 Télécomptage............................................................................................... — 5
2.2.1 Principe ................................................................................................ — 5
2.2.2 Émetteurs d’impulsions ..................................................................... — 5
2.2.3 Totalisateurs ........................................................................................ — 6
2.2.4 Enregistreurs de puissances moyennes ........................................... — 6
3. Exemples de réalisation ......................................................................... — 6
3.1 Comptage résidentiel .................................................................................. — 6
3.1.1 Contexte .............................................................................................. — 6
3.1.2 Compteur triphasé électronique (Stepper)....................................... — 7
3.2 Comptage industriel .................................................................................... — 7
3.2.1 Contexte .............................................................................................. — 7
3.2.2 Compteur Emeraude (Actaris) ........................................................... — 7
3.2.3 Compteur du Tarif Jaune (Actaris) ..................................................... — 8
3.3 Comptages Poste......................................................................................... — 9
3.3.1 Contexte .............................................................................................. — 9
3.3.2 Ensemble de comptage à éléments séparés.................................... — 10
3.3.3 Comptage poste intégré..................................................................... — 10
4. Conclusion ................................................................................................. — 12

’article « Comptage d’électricité » fait l’objet de plusieurs fascicules :


L • [D 4 950] « Présentation générale »
• [D 4 951] « Fondements de la tarification »
• [D 4 952] « Compteurs à courant alternatif – Généralités »
• [D 4 953] « Compteurs à courant alternatif – Compteurs électromécaniques »
• [D 4 954] « Compteurs à courant alternatif – Compteurs électroniques »
• [D 4 956] « Ensembles de comptage »
• [D 4 957] « Communications dans les comptages »
et les sujets traités ne sont pas indépendants les uns des autres. Le lecteur devra
assez souvent se reporter aux autres fascicules. Les renvois à ces fascicules
seront notés, au cours du texte, par le numéro de fascicule suivi du numéro de
paragraphe.
Parution : mai 2005

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105
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D4956

COMPTAGE D’ÉLECTRICITÉ. ENSEMBLES DE COMPTAGE _______________________________________________________________________________________

Dans le présent fascicule, nous rappelons d’abord les besoins requis pour le
comptage de l’énergie électrique en fonction du type de clientèle du distributeur
d’électricité et nous passons en revue les principales fonctions remplies par ces
comptages. Les divers dispositifs employés sont ensuite examinés avant d’étu-
dier quelques exemples concrets de réalisation.

1. Présentation générale complexe, les informations recherchées par le distributeur nom-


breuses, le besoin de facturation rapide important, ce qui requiert,
en plus d’éventuels systèmes de communication locale, des systè-
mes de communication à distance performants.
On appelle ensemble de comptage la réunion des appareils Ces comptages intègrent donc des fonctions comme la mesure
ou des sous-ensembles fonctionnels nécessaires pour réaliser des énergies active, réactive et apparente sur de nombreuses
toutes les fonctions du comptage de l’électricité s’appliquant à périodes tarifaires (parfois jusqu’à une quinzaine), la gestion des

3
un client donné selon un tarification définie par le distributeur maxima de puissance, également par période tarifaire, l’enregistre-
d’énergie électrique. ment de courbes de charge (voir définition au paragraphe 2.2.4) et
des systèmes de communication locale, pour la configuration du
comptage, et à distance, pour le relevé des informations.

1.1 Adaptation du comptage


au consommateur 1.1.3 Gros industriels et postes HT

Les besoins du comptage, entraînant la réalisation de l’ensemble Les sites des gros industriels sont en nombre discret (quelques
de comptage correspondant, sont le résultat du système de tarifica- centaines en France) mais représentent globalement une très
tion s’appliquant au client considéré ainsi que des besoins spécifi- grosse consommation pour le distributeur d’électricité. Les postes à
ques, par exemple concernant les informations et les dispositifs de haute tension ne sont pas à proprement parler des consommateurs
communications, défini par le distributeur d’électricité. mais leur structure s’apparente à celle des postes des gros indus-
Regardant les diverses catégories de consommateurs et les prin- triels. Ces postes ont pour caractéristique commune de comporter
cipes de tarification qui leur sont appliqués, on se reportera à l’arti- plusieurs arrivées d’alimentation électrique, requérant pour cha-
cle [D 4 951] Fondements de la tarification. En fait, en simplifiant, on cune d’elle un comptage complet, éventuellement à double sens
considère, du point de vue des ensembles de comptage trois grands d’écoulement d’énergie (cas des postes HT et des industriels auto-
groupes de consommateurs qui représentent chacun, très approxi- producteurs). Un des problèmes est de pouvoir combiner les con-
mativement, un tiers environ de l’électricité totale consommée dans sommations et les puissances de chaque arrivée de manière à obte-
un pays. nir des chiffres globaux de l’énergie consommée ou produite et de
la puissance globale à un instant donné.

Les fonctions requises dans les comptages de ces postes sont, en


1.1.1 Consommateurs résidentiels sus de celles requises pour les consommateurs industriels et com-
merciaux, des fonctions de sommation ou de soustraction des éne-
Les comptages pour les consommateurs résidentiels représen- rgies et des puissances instantanées ou moyennes.
tent environ 98 à 99 % du nombre des comptages d’électricité instal-
lés dans le monde et ce sont, dans la plupart des pays des
comptages extrêmement simples ne mesurant que l’énergie active
consommée, avec parfois une ventilation de cette énergie sur des
périodes tarifaires.
1.2 Fonctions remplies par les comptages
Il arrive cependant que des comptages plus complexes soient uti-
lisés. C’est le cas en France où EDF a fait développer des compteurs
spécifiques, véritables ensembles de comptage, incluant des fonc- 1.2.1 Fonctions principales
tions telles que la modulation des périodes tarifaires par l’intermé-
diaire de la télécommande centralisée, la gestion des
Il s’agit essentiellement de la mesure des énergies nécessaires à
dépassements, des dispositifs anti-fraude et un système de commu-
la facturation du consommateur, associée à une gestion du temps
nication locale pour le relevé automatique des index du compteurs.
permettant un découpage tarifaire selon la période où l’énergie est
C’est le cas aussi pour des pays, comme l’Inde, où la fraude par le consommée :
consommateur est un problème avéré et où il est souhaité que le
compteur soit muni de systèmes anti-fraude, ce qui requiert que le — mesure de l’énergie active en régime monophasé ou triphasé ;
compteur soit de technologie électronique et comporte des disposi- — mesure de l’énergie réactive en régime monophasé ou
tifs électroniques ou informatiques adaptés. triphasé ;
— découpage du temps en périodes tarifaires (heures pleines,
1.1.2 Consommateurs industriels et commerciaux heures creuses, pointe, etc.) et éventuellement en saisons (mois,
jours fériés, etc.) ;
Les consommateurs industriels et commerciaux, qui représentent — fonction indicateur de maximum (voir définition au
de 1 à 2 % du nombre des comptages, ont chacun une consomma- paragraphe 3.3.2 de l’article [D 4 951] Fondements de la tarifica-
tion importante, leur pointe de puissance absorbée allant d’environ tion), fonction qui nécessite aussi la génération d’intervalles de
50 kVA à environ 10 MVA. La tarification qui leur est appliquée est temps calibrés, appelé périodes d’intégration.

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D 4 956 − 2 © Techniques de l’Ingénieur

106
Référence Internet
D4956

______________________________________________________________________________________ COMPTAGE D’ÉLECTRICITÉ. ENSEMBLES DE COMPTAGE

1.2.2 Fonctions auxiliaires d’enregistrement ; l’ensemble constitué par ces appareils, les connec-
tions et les émetteurs d’impulsions portant le nom de télécomptage ;
Dans les fonctions auxiliaires remplies par les comptages, on dis- — les liaisons constituées par une interface à rayons infrarouge
tingue principalement les fonctions suivantes. située en face avant du compteur ;
— les liaisons constituées par un bus de communication locale,
■ Dispositions anti-fraude type RS 232 ou autre.
La fraude ou la tentative de fraude a toujours été présente dans le ■ Communications à distance
comptage de l’électricité, particulièrement en comptage résidentiel
où les visites du releveur sont généralement assez espacées (plu- Ces dispositifs de communication à distance seront également
sieurs mois pouvant aller jusqu’à un an). Il faut aussi éviter les pos- examinés dans l’article [D 4 957] Communications dans les compta-
sibles tentatives de collusion entre le releveur et le client. Les ges. Rappelons en les divers types essentiels :
dispositifs pour lutter contre la fraude peuvent être assez variés. — le téléphone, par réseau commuté ou non ;
— la radio ;
■ Sommation des énergies et des puissances moyennes
— les câbles ou fibres optiques ;
Dans le cas de comptages comportant plusieurs arrivées d’éner- — les techniques dites « à courants porteurs » utilisant le réseau de
gie où dans le cas d’un consommateur également producteur distribution électrique comme support physique de communication.
d’électricité, appelé auto-producteur, il est nécessaire d’additionner,

3
ou de soustraire, les énergies mesurées par divers points de comp-
tage. Il faut donc disposer d’un dispositif spécifique de sommation.
Cette fonction est réalisée par un totalisateur.
De même, pour la fonction indicateur de maximum, il faut être
2. Dispositifs auxiliaires
capable de déterminer la puissance composite de l’ensemble des utilisés dans les comptages
points de comptage qui représente la puissance totale effective
absorbée par le consommateur. Cela s’applique aussi à la courbe de
charge. Sauf dans les cas les plus simples, le compteur est associé à diffé-
rents accessoires de tarification, autrefois composés d’éléments dis-
■ Mémorisation des données
crets, mais maintenant le plus souvent intégrés au compteur lui
Outre la mémorisation de l’énergie consommée et la puissance même. Nous allons examiner les principaux dispositifs actuellement
donnée par l’indicateur de maximum, qui est réalisée par le comp- encore utilisés en pratique, mais aussi en cours de développement.
teur, il est apparu des besoins de mémorisation concernant essen-
tiellement les gros consommateurs :
— l’enregistrement d’une ou plusieurs courbes de charge, appe-
lées également tableaux de puissances moyennes, qui représentent 2.1 Accessoires de gestion tarifaire
toutes les valeurs de puissance moyenne mesurées pour une ou
plusieurs énergies sur une période de temps, généralement com-
prise entre plusieurs jours et plusieurs mois ; Il s’agit essentiellement de dispositifs de gestion du temps per-
— les données historiques du comptage, comme la valeur des mettant de découper le temps en périodes tarifaires destinées à la
divers index d’énergie et de puissance en fin de mois, permettant la tarification. Pour commander un changement de période tarifaire,
facturation précise du client en fin de période de facturation. Il est communément appelé changement de tarif, il faut envoyer au
possible ainsi de conserver certaines de ces données pendant plu- compteur un signal électrique. Dans le cas d’un compteur électro-
sieurs années. mécanique ou d’un compteur électronique à affichage mécanique,
ce signal actionne un électroaimant qui met en prise l’indicateur
■ Indicateurs de la qualité de tension associé à la période tarifaire désirée. Le signal de changement de
Dans certains ensembles de comptage, des distributeurs comme tarif a pour origine soit une horloge de commutation, soit un relais
EDF ont demandé que le comptage donne et mémorise des informa- récepteur de télécommande centralisée, soit, comme en Grande
tions concernant la qualité de l’alimentation électrique fournie au Bretagne, un relais récepteur radio.
client. Ce sont en particulier :
— les coupures brèves d’alimentation, de durée inférieure à la
seconde, avec leur durée et leur date d’occurrence ; 2.1.1 Horloge de commutation
— les coupures longues d’alimentation, également mesurée et
datées ; Une horloge de commutation, ou commutateur horaire, est une
— les taux de divers harmoniques de tension ; horloge synchronisée par le réseau électrique ou un oscillateur à
— les phénomènes de flicker, qui se manifestent par un quartz, fermant ou ouvrant, à certaines heures de la journée, des
« papillotement » de la lumière. contacts connectés aux circuits de commande des électroaimants
de changement de tarif du compteur. Ces heures peuvent, éventuel-
Nous ne rentrerons pas dans le détail de ces phénomènes qui
lement, varier suivant le jour de la semaine et même selon la
sont aux limites du comptage de l’électricité et dont on pourra trou-
période de l’année pour les modèles les plus évolués. Ces horloges
ver plus de détails dans les articles de ce traité concernant la qualité
possèdent un mécanisme à réserve de marche, de quelques jours à
de tension [D 4 261] et suivants.
plusieurs mois, qui leur permet de fonctionner un certain temps en
■ Communications locales l’absence de courant et de ne pas perdre le synchronisme.
À l’exception de l’émetteur d’impulsions, nous n’entrerons pas Faciles à installer, les horloges de commutation présentent cepen-
dans le détail de la description de ces dispositifs de communication dant les inconvénients, d’abord d’avoir un programme de commuta-
qui seront traités spécifiquement dans l’article [D 4 957] Communi- tion fixé au moment de l’installation qui ne peut être modifié ensuite
cations dans les comptages. Dans les dispositifs de communication que par intervention sur le site, et ensuite de ne pas être protégées
destinés au voisinage du compteur, on distingue principalement : contre une perte du synchronisme en cas de coupure de courant
— les émetteurs d’impulsions : ce sont des dispositifs générant d’une durée supérieure à la réserve de marche.
des impulsions de tension dont chacune représente une quantité Par contre, elles représentent une solution très bien adaptée à la
définie précisément de l’énergie mesurée, ces impulsions étant desti- gestion tarifaire des clients industriels et commerciaux des distribu-
nées à être traitées par des appareils auxiliaires de sommation ou teurs d’électricité. En effet, ceux-ci se voient très souvent appliquer

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107
3

108
Référence Internet
D4957

Communications dans
les comptages d’électricité

par Olivier ROCHON


Chef produits segments Commercial et Industriel (C&I).
Actaris Électricité

1. Protocoles de communication ............................................................. D 4 957 - 2


3
1.1 Définition ...................................................................................................... — 2
1.2 Principes ....................................................................................................... — 2
1.3 Modèle de référence ouvert d’interconnexion de systèmes.................... — 2
1.4 Principes d’échanges................................................................................... — 3
1.5 Exemples de protocoles standards ............................................................ — 3
2
. Protocoles de communication adaptés
au comptage électrique ......................................................................... — 4
2.1 Applications ................................................................................................. — 4
2.2 Scénarios de relevé des données de comptage ....................................... — 4
2.3 Types et performances des supports de communication ........................ — 6
2.4 Protocoles standardisés internationaux .................................................... — 8
2.5 Protocoles de communication EDF ............................................................ — 17
3. Groupes de travail et de normalisation ............................................. — 18
3.1 IECTC13 WG14 ............................................................................................. — 18
3.2 Association DLMS ....................................................................................... — 18
3.3 Association EURIDIS ................................................................................... — 19
/ 
8
4. Futur des syst s de communication
et des rmats d’échange ...................................................................... — 19
4.1 Facteurs d’évolution des protocoles de communication ......................... — 19
4.2 Nouvelles technologies de communication applicables
au comptage électrique............................................................................... — 19
4.3 Formats d’échange informatiques EDI et XML ......................................... — 19
4.4 Systèmes M2M (machine to machine)....................................................... — 19
4.5 Sécurisation des échanges ......................................................................... — 21
5. Conclusion ................................................................................................. — 23
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. D 4 957

ans ce dossier sont décrits les principes de communication applicables


D
c
dans le comptage d’électricité. Après le rappel des protoc oles de
ommunication en général, les communications applicables dans le domaine
du comptage pour différents types de média et de topologies de réseaux sont
présentées, les instances normatives du domaine du comptage électrique sont
listées et le futur des technologies d’échange de données, avec notamment les
systèmes machine à machine (M2M) dans des déploiements de réseaux Tele-
com GPRS, fait l’objet du dernier paragraphe.
Parution : février 2007

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Référence Internet
D4957

COMMUNICATIONS DANS LES COMPTAGES D’ÉLECTRICITÉ ____________________________________________________________________________________

1. Protocoles 1.1 Définition


de communication Un pr otocole de commu nication repose sur un ensemble de
règles qui définissent la transmission d’un message constitué
de données et d’information de contrôle à travers un réseau. Ces
Glos
sair
e règles couvrent le format des données, les temps, les séquences
d’échanges et les mécanismes de contrôle, de reprise et de
ACE SL7 000: compteur d’électricité pour applications correction d’erreur.
commerciales et industrielles développé par la société Actaris.
APN : Access Point Name : point d’entrée sécurisé à un réseau
sans fil tel que WiFi ou GPRS.
ASDU : APPLICATION SERVICE DATA UNIT. 1.2Principes
CCITT : Consultative Committee on International Telegraphy
andTelephony. Un protocole de communication est nécessaire pour permettre à
COSEM : Companion Specification for Energy Metering. Spé- deux équipements appelant et appelé d’échanger des données à
cification d’accompagnement de la norme DLMS appliquée au travers un réseau. L’ap
pean
l test le système qui décide d’initialiser
comptage électrique. une communication avec un équipement distant dit ap

3
pe l
é .Ces
CPL : courants porteurs en ligne. Principe de communication dénominations restent valables pendant toute la durée de vie de la
sur le réseau électrique BasseTension. communication.
CRC : contrôle de redondance cyclique : mécanisme permet- Une communication est décomposée en un certain nombre de
tant de détecter les erreurs de transmission. transact i
o [Link] transaction se traduit par une émission de
DHCP : Dynamic Host Configuration Protocol. Ensemble de l’éme tteurvers le r
écepteur .Au gré de l’enchaînement des transac-
règles utilisées par une machine communicante (ordinateur, tions, les systèmes appelant et appelé jouent tour à tour le rôle
routeur, carte réseau) pour l’autoriser à demander et obtenir d’émetteur et de récepteur.
une adresse Internet depuis un serveur.
DLMS : Device Language Message Specification.
DNS : Domain Name System. Système de traduction des 1.3 M^  référence ouvert
noms de domaines en adresses Internet IP.
EURIDIS : protocole de communication faible coût et ouvert
d’interconnexion de systèmes
pour du relevé sur site ou relevé automatique de compteurs
résidentiels multi-énergies. La plupart des organisations de normalisation utilisent un
FTP : FileTransfert Protocol. Protocole de transfert de données modèle en cou chespour modéliser les spécifications d’un proto-
client – serveur via fichiers. cole de communication, chaque couche étant spécialisée dans des
GPRS : General Packet Radio Service. Norme pour la télé- fonctions et des services précis.
phonie mobile. Dans le but de promouvoir des règles de standardisation dans la
HDLC : High-Level Data Link Control. Protocole de spécification et l’implémentation de protocoles de communication,
communication normalisé. l’ISO (International Standardisation Organisation ) a défini en colla-
ISO : International Standardisation Organisation. boration avec le CCITT (Consultative Committee on International
LAN : Local Area Network. Réseau local d’entreprise. Ex : Telegraphy and Telephony ) un modèle de référence OSI (Open Sys-
Ethernet. tems Interconnect ). Le modèle de r éférence OSI est constitué de
M2 M : désigne un système de communication Machine à couches de protocoles chargées de faciliter les communications
Machine. réseau entre systèmes de divers constructeurs.
OBIS : Object Identification System. Système d’identification Chacune des couches est spécialisée dans la résolution de pro-
de données de comptage. blèmes liés à la transmission de données et procure des services
OSI : Open Systems Interconnect. Modèle de référence de aux couches de niveau supérieur. Les couches supérieures sont
communication. plus proches des besoins de l’utilisateur et fournissent une vue
PDU : Protocol Data Unit. Élément de données du protocole. abstraite des données tandis que les couches basses sont dédiées
RTC : RéseauTéléphonique Commuté. à la transmission physique des données sur le support choisi.
SAP : Service Access Point. Point d’accès aux services DLMS.
SFK (ou FSK) : Switch Frequency Keying. Principe de modula-
tion en fréquence de données binaires pour transport sur
1.3.1 Modèle à sept couches
réseau CPL. Cette architecture constitue le modèle de référence OSI et est
TRIMARAN : protocole de télérelevé de compteurs industriels capable de supporter la majorité des besoins de communication de
haute tension de type compteur électronique Vert spécifié par données de l’industrie. Il est décliné en sept couches (figure 1) :
EDF.
— couche Physique : elle décrit les caractéristiques physiques de
TRIMARAN+ : extension du protocole Trimaran basé sur la
la communication ;
norme DLMS.
— couche Liaison de données : elle spécifie comment les
TSP : Terminal de Saisie Portable. Exemple : PSION Worka-
paquets sont transportés sur la couche physique ;
bout.
— couche Réseau : elle résout le problème de l’acheminement
VDE : Virtual Distribution Equipment. Chaque VDE est de paquets à travers un seul réseau ;
composé d’objets virtuels classés par type et accessibles par
— couche Transport : elle assure que les données arrivent dans
l’intermédiaire de services spécifiques.
l’ordre correct ;
VPN : Virtual Private Network. Réseau privé utilisé par des
— couche Session : elle définit l’ouverture des sessions sur les
sociétés commerciales par l’intermédiaire d’un réseau public tel
machines du réseau ;
que Internet.
— couche Présentation : elle définit la manière dont les données
WAN : Wide Area Network (réseau de transmission longue
vont être représentées ;
distance).
— couche Application : elle est l’interface utilisateur/logiciel et
XML : Extensible Markup Language.
fait parvenir les requêtes à la couche de présentation.

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D 4 957 − 2 est strictement interdite. − © EditionsT.I.

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Référence Internet
D4957

___________________________________________________________________________________ COMMUNICATIONS DANS LES COMPTAGES D’ÉLECTRICITÉ

Protocole d'application FLAG Address Control DATA CRC FLAG


7 Application Application APDU

Figure 2 – Format de trame HDLC

Protocole de présentation
6 Présentation Présentation PPDU

Modèle OSI Suite Internet Protocol

Protocole de session
5 Session Session SPDU Couche
Couche NFS
NFS
Application
Application

FTP,HTTP,
FTP, HTTP,
Protocole de transport Couche
Couche SNMP,
SNMP, XDR
XDR
4 Transport Transport TPDU Presentation
Presentation SMTP,…
SMTP,…

3 Réseau
Routeurs Routeurs

Réseau Paquet
Couche
Couche Session
Session RPC
RPC
3
Couche
Couche Transport
Transport TCP - UDP
TCP UDP

Liaison de Liaison de
2
données données
Trame IP
IP
Couche
Couche Réseau
Réseau Routage
Routage ICMP
ICMP

ARP, RARP
ARP, RARP

1 Physique Physique Bit Couche


Couche Liaison
Liaison
Non spécifique, nombreux
Non spécifique , nombreux
supports physiques
Hôte A Frontière de sous-réseau Hôte B supports physiques
supportés (Ethernet,
Couche
Couche Physique
Physique supportés (Ethernet,
GPRS...)
GPRS..)
Figure 1 – Modèle OSI en sept couches

Figure 3 – Correspondance entre modèle OSI et protocole TCP/IP [3]


1.3.2 Modèle à trois couches
Le modèle à trois couches offre un mécanisme simplifié de entre points. Les données sont organisées entre tra
mes (figure 2).
communication de données. Dans ce modèle, seules les couches Le protocole HDLC utilise la couche numéro deux du modèle OSI,
Application, Liaison (Data Link ) et Physique sont disponibles. Il est la couche Liaison de données.
à noter que la plupart des protocoles de communication interna- Le standard actuel ISO 13239 [5] définit le protocole HDLC.
tionaux utilisés dans le comptage d’électricité et décrits dans ce HDLC peut être utilisé pour des connexions multipoints telles
dossier utilisent un modèle simplifié à trois couches pour des que sur bus RS485.
raisons de simplification d’implémentation et d’efficacité.
Le protocole HDLC a été retenu dans le cadre du standard de
communication DLMS/COSEM applicable au domaine du comptage
1.4 Principes d’échanges d’énergie électrique qui est décrit au § 2.4.2. Sa mise en œuvre est
définie dans les documents normatifs [8] [9] [10] [11] [12].
1.4.1 Full duplex
1.5.2 Protocole TCP/IP
Un système full duplex autorise la communication dans les deux
sens et de façon simultanée sur les deux voies. Les réseaux télé- La suite Internet Protocole ou suiteTCP/IP est un ensemble de pro-
phoniques fixes et GSM sont en full duplex. tocoles de communication utilisé principalement par le résea uI nter-
net. Les deux couches de protocoles les plus importantes sont
Transmission Control Protocol (TCP) et Internet Protocol (IP). La cor-
1.4.2 Half duplex respondance entre le modèle OSI et le protocole TCP/IP est donnée
Un tel système autorise la communication dans les deux sens, sur la figure 3.
mais une seule voie n’est utilisable à la fois. Par exemple, une Ethernet et GPRS utilisent le protocole TCP/IP pour le transport et
communication par talkie-walkie qui requiert un partage de liaison l’acheminement des messages sur le réseau.
radio. La plupart des protocoles décrits dans ce dossier sont utilisés Les applications http (navigateurs Web), ftp (transfert de fichier)
dans ce mode half duplex. et smtp (messagerie électronique) sont utilisées couramment sur
TCP/IP dans le cadre d’internet.
1.5 Exemples de protocoles standards TCP/IP est le second profil de communication normalisé pour le
protocole DLMS/COSEM (§ 2.4.2).
1.5.1 Protocole HDLC
Le protocole HDLC (High-Level Data Link Control ) est un groupe Pour plus de détails sur le protocole TCP/IP, se référer par
de protocoles de transmission synchrone de paquets de données exemple à l’article Wikipédia [3].

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D4957

COMMUNICATIONS DANS LES COMPTAGES D’ÉLECTRICITÉ ____________________________________________________________________________________

2. Protocoles
de communication adaptés
au comptage électrJue
2.1 Applications
La libéralisation du marché de l’énergie en Europe, la législation
en vigueur dans certains pays comme le Scandinavie et le souci des
fournisseurs d’énergie de réduire leurs coûts opérationnels pour le
Figure 4 – Exemple de ports série RS232 de type RJ45
relevé et la facturation de leurs clients ont conduit à développer des
sur un compteur Actaris ACE SL7000
technologies de communication pour du relevé automatique des
données de comptage d’énergie en local ou à distance. Les probléma-
tiques sont néanmoins différentes entre les segments d’applications. Le relevé est en général journalier et est effectué à distance par
modem, par liaison Ethernet ou fibre optique.

3
2.1.1 Segment domestique Le volume et la fréquence des données à relever nécessitent des
moyens de communication efficaces et spécialisés.
Dans le segment domestique (clients Basse Tension avec puis-
sance souscrite inférieure ou égale à 36 kVA en France), la factura- Dans ce segment, les communications sont essentiellement
tion s’effectue en général sur un relevé d’index d’énergie active point à point. Le compteur dispose donc en général de plusieurs
répartis en plusieurs tarifs horaires. Le volume de données à relever liaisons physiques dédiées telles que ports série RS232 ou RS485.
par compteur est limité (quelques centaines d’octets).
Les moyens privilégiés de relevé sont :
2.2 Scénarios de relevé des données
— le relevé individuel d’index avec saisie manuelle ;
— le relevé individuel ou collectif d’index sur site avec terminal de comptage
de saisie portable ;
— le relevé collectif à distance ou télérelevé. 2.2.1 Relevé sur site
La fréquence de relevé moyenne est semestrielle, hors législation Pour les clients domestiques, le besoin est en général un relevé
particulière (comme en Suède où les relevés doivent avoir lieu tous d’index semestriel. Le relevé à distance, ou télérelevé, n’est donc
les mois). Les relevés intermédiaires sont basés sur des estimations. pas en général économiquement rentable, comparé au relevé sur
Il est à noter que dans un souci d’économie des infrastructures site.
de communication, les compteurs à relever peuvent partager des Le relevé par terminal de saisie portable (TSP) (figures 5 et 6 ) est
ressources communes telles que bus de données ou concentrateur en général le moyen le plus utilisé. C’est le cas en France, où EDF
de données. Le compteur dispose généralement d’un port de l’utilise depuis une dizaine d’années associé au téléreport filaire
communication à connexion sur bus tels que EURIDIS (§ 2.4.3) ou (figure 7). Cette technologie a permis d’augmenter significative-
MBUS ou RS485 (plus rare dans ce segment). ment l’efficacité du relevé sur site et a amélioré le confort des clients
Les protocoles de communication doivent donc être adaptés à qui ne sont plus dérangés par le releveur lorsque le compteur est
ces topologies de communication partagées et concentrées. situé dans le logement.
Le téléreport filaire est essentiellement utilisé pour les nouveaux
2.1.2 Segment commercial clients Basse Tension du tarif bleu pour de nouveaux logements ou
immeubles. Cette solution n’est pas adaptée pour les installations
Dans le segment commercial (puissance souscrite [36 à 250 kVA] existantes. En effet, les coûts d’installation de la liaison filaire entre
en France), la facturation est basée sur des arrêtés d’index fin de le compteur et le boîtier de téléreport effacent les avantages
mois pour l’énergie active et réactive ventilés sur une structure escomptés en terme d’accessibilité et de qualité des données.
horaire et saisonnière, sur la puissance maximale atteinte et sur les
courbes de charge pour les clients éligibles.
Le volume de données est donc plus important et les moyens de
relevé sont essentiellement :
— relevé individuel par terminal de saisie ;
— relevé à distance par modem en point à point.
La fréquence de relevé est mensuelle au minimum.
Dans ce segment, les communications sont essentiellement point
à point. Le compteur d’énergie électrique dispose donc en général
d’une liaison physique dédiée telle qu’un port série RS232 (figure 4).

2.1.3 Segment industriel


Dans ce segment (puissance souscrite supérieure à 250 kVA en
France), la facturation est basée sur des courbes de charge qui enre-
gistrent en général toutes les quinze minutes les consommations
mesurées pour les quatre types d’énergie :
— énergie active import (reçue) ;
— énergie active export (délivrée) ;
— énergie réactive import ;
— énergie réactive export. Figure 5 – Terminal de saisie portable (HHU)

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D4957

___________________________________________________________________________________ COMMUNICATIONS DANS LES COMPTAGES D’ÉLECTRICITÉ

Compteurs Compteurs

Coupleur
magnétique

Figure 7 – Prise magnétique en pied d’immeuble pour du relevé


sur site d’un bus EURIDIS de compteurs

Figure 6– Relev é d’un compteur ACE SL7000 Actaris par PDA


3
iPaq2100 et tête optique

2.2.2 Sortie téléinformation client


La sortie téléinformation est une liaison numérique présente sur
certains compteurs électroniques. Elle envoie en continu un flux de
données de consommation pouvant être directement utilisées par
le client à des fins de suivi de processus industriel et de gestion
d’énergie (figure 8) :
— indication de dépassement de puissance ;
— indication du poste tarifaire en cours ;
— énergies instantanées consommées ;
Figure 8 – Exemple de message émis sur la sortie téléinformation
— préavis ou alarme pointe. d’un compteur ACE5000 Actaris
La sortie téléinformation est unidirectionnelle [15].
Certains opérateurs du marché de l’énergie utilisent cette liaison
téléinformation pour fournir à leurs clients domestiques leurs élé- 2.2.4 Télérelevé par GSM
ments de consommation via un portail Internet. À cette fin, des pas-
serelles communicantes Téléinformation ↔ ADSL ou GPRS sont Une des principales difficultés du télérelevé par RTC est la mise
installées chez l’abonné. à disposition, par le client, d’une ligne téléphonique, lorsqu’il s’agit
d’un site isolé, loin de tout réseau téléphonique existant. Les four-
nisseurs d’énergie ont donc recherché des solutions utilisant le
2.2.3 Télérelevé par ligne fixe (RTC) média téléphonique GSM en voie données pour tenter de réduire
le coût de la mise en œuvre de cet accès téléphonique. Mais une
Le réseau téléphonique commuté (RTC) est encore en France le alternative GSM n’est pas forcément possible, si la couverture GSM
premier support de transmission pour le relevé à distance des n’est pas bonne ou s’il s’avère que sa fiabilité est insuffisante.
compteurs commerciaux et industriels à technologie électronique.
À l’époque de la définition et de la conception de ces compteurs En France, EDF a expérimenté l’utilisation du GSM pour quelques
(1984), le RTC était le seul média jugé pérenne et fiable. L’inconvé- cas particuliers où ce choix est justifié économiquement par rapport
nient de cette solution est qu’elle impose l’installation d’une ligne à la mise en place d’une ligne RTC. Le retour d’expérience conclut
téléphonique dédiée sur site. que la fiabilité est globalement moins bonne, surtout s’il s’agit de
télérelever fréquemment des courbes de charges, et non plus seu-
Lorsque le client accepte de « prêter » sa ligne téléphonique lement des index mensuels.
(avec un mécanisme de fenêtre d’écoute), le distributeur ne sup-
porte alors que le coût d’un appel téléphonique mensuel, la mise Dans d’autres pays, tels que l’Italie, les fournisseurs d’énergie ont
à disposition de la ligne et l’abonnement étant alors à la charge du au contraire fait le choix délibéré de n’utiliser que des communi-
client. Mais le système de télérelevé doit alors gérer la contrainte cations GSM pour le relevé journalier des courbes de charge des
d’une fenêtre d’écoute avec un créneau horaire d’appel du clients commerciaux et industriels. En général, le fournisseur
compteur de 30 min, généralement situé vers 2 ou 3 heures du d’énergie détient des parts dans l’opérateur Télécom ou conclut des
matin. Cette solution « ligne RTC partagée » présente une moins accords pour opérer à coût marginal.
bonne fiabilité que la ligne RTC dédiée, et n’est envisagée qu’à titre
exceptionnel pour du télérelevé de courbes de charges, car les
2.2.5 Architecture générique d’un système
appels sont plus longs et plus fréquents.
de télérelev
é
En France, EDF Réseau Distribution assume le coût du raccorde-
ment au RTC à concurrence de 3 000 € pour inciter tous les clients Un système de télérelevé se compose généralement d’une appli-
de puissance supérieure à 250 kW (environ 32 000) à accepter l’ins- cation informatique couplée à une base de données qui recueille
tallation d’un compteur à courbe de charge télérelevable en rem- les données de comptage collectées par modem via un ou plu-
placement de leur ancien comptage électromécanique. sieurs serveurs de communication (figure 9).

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113
3

114
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D4963

Smart Grids : contexte, acteurs


et enjeux

par Alain DOULET


Ancien Directeur Réseau d’EDF Réseau Distribution
et Jean-Paul HORSON
ex-Consultant senior à EDF Réseau Distribution

1. Contexte législatif et réglementaire ............................................... D 4 963 - 2 3


2. Smart Grids – définition(s)................................................................. — 3
3. Cartographie des technologies Smart Grids ................................ — 8
4. Cartographie des acteurs Smart Grids........................................... — 10
5. Modèles d’affaires................................................................................ — 18
6. Challenges à relever ............................................................................ — 24
7. Opportunités à saisir ........................................................................... — 29
8. Conclusion.............................................................................................. — 30
9. Sigles, notations et symboles........................................................... — 30
Pour en savoir plus ....................................................................................... Doc. D 4 963

’objectif de cet article est de constituer une introduction au concept de


L Smart Grids qui devrait prendre dans les années à venir une place impor-
tante dans la structure de notre système électrique.
De ce fait, cet article se veut être une synthèse qui permet de donner une
vision générale des Smart Grids et qui ainsi introduira les parties plus tech-
niques qui traiteront de questions spécifiques.
Après une description générale du contexte énergétique et environnemental
dans lequel émergent les Smart Grids ou Réseaux Électriques Intelligents (REI),
une revue de différentes définitions du concept est présentée. À partir de
celles-ci, une définition cohérente en est proposée.
Les parties qui suivent présentent les nouveaux éléments intrinsèques à ces
réseaux émergents : technologies, acteurs et pour les lier entre eux, modèles
économiques.
Ensuite, afin de bien comprendre les bénéfices que sont susceptibles
d’amener les Smart Grids à l’ensemble de la chaîne énergétique, quelques
fonctions des systèmes à venir sont balayées.
Une caractéristique fondamentale des Smart Grids est l’intégration des nou-
velles technologies de l’information et de la communication (NTIC) dans les
réseaux électriques. Un point sur la cybersécurité a trait à ces réseaux et sera
donc abordé.
Enfin avant de conclure, compte tenu de l’impact qu’auront ces nouveaux
réseaux sur le monde de l’énergie et sur nos sociétés, les risques et opportu-
nités qu’ils présentent seront examinés avec attention.
Parution : mai 2019

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SMART GRIDS : CONTEXTE, ACTEURS ET ENJEUX _________________________________________________________________________________________

1. Contexte législatif s’agit notamment de maîtriser l’énergie et d’intégrer l’environne-


ment dans la politique énergétique en réduisant la consommation,
et réglementaire en améliorant la qualité de l’air et l’efficacité énergétique dans tous
les secteurs ; de lutter contre le changement climatique en soute-
nant une transition énergétique durable, passant par une économie
Les dix dernières années ont été marquées par un engagement « décarbonée », donc plus robuste et plus compétitive, et par le
croissant des pays développés et en particulier de l’Union euro- développement des énergies renouvelables.
péenne pour définir une nouvelle politique énergétique succédant La loi Grenelle 2 prévoit notamment :
à une période de large disponibilité et de faibles coûts où les
objectifs d’économie des ressources, de préservation de l’environ- – dans son article 68, l’élaboration au niveau régional d’un
nement n’était pas encore l’axe majeur orientant les politiques. schéma régional climat, air, énergie (SRCAE) qui doit faciliter
l’insertion des énergies renouvelables ;
Début 2007, l’Union européenne a présenté une nouvelle poli- – dans son article 71, l’élaboration par le gestionnaire des
tique de l’énergie afin de s’engager résolument vers une économie réseaux de transport (GRT) d’un schéma régional de raccordement
à faible consommation, une énergie plus sûre, plus compétitive et au réseau électrique des énergie renouvelables (S3REnR).
plus durable. Les États membres ont franchi un nouveau pas sur la
question de la consommation et de la durabilité énergétiques en La politique européenne a été révisée en 2014 et complète le
adoptant un premier paquet « énergie-climat » en 2008 [1]. Ce plan cadre 2020 par un nouveau cadre pour le climat et l’énergie à
d’actions vise à mettre en place une politique commune de l’éner- l’horizon 2030 en fixant trois grands objectifs :

3 gie et à lutter contre le changement climatique. Il est composé de


quatre textes, datés du 23 avril 2009 :
– directive 2009/29/CE, qui modifie la directive 2003/87/CE afin
– réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 %
(par rapport aux niveaux de 1990) ;
– porter la part des énergies renouvelables à au moins 27 % de
d’améliorer et d’étendre le système communautaire d’échange de la consommation finale brute ;
quotas d’émission de gaz à effet de serre ; – améliorer l’efficacité énergétique d’au moins 27 %.
– décision 406/2009/CE, relative à l’effort à fournir par les États Ce cadre a été adopté par les dirigeants de l’Union européenne
membres pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre afin en octobre 2014 [4].
de respecter les engagements de la Communauté en matière de
réduction de ces émissions jusqu’en 2020 ; Il se situe sur la trajectoire à long terme définie dans la feuille de
– directive 2009/28/CE, relative à la promotion de l’utilisation de route vers une économie compétitive à faible intensité de carbone
l’énergie produite à partir de sources renouvelables et modifiant à l’horizon 2050, la feuille de route pour l’énergie à l’horizon 2050
puis abrogeant les directives 2001/77/CE et 2003/30/CE ; et le livre blanc sur les transports.
– directive 2009/31/CE, relative au stockage géologique du À la suite de cet engagement européen, le dossier français a été
dioxyde de carbone et qui modifie la directive 85/337/CEE du repris en 2015 et a débouché sur une nouvelle loi complétant les
Conseil, les directives 2000/60/CE, 2001/80/CE, 2004/35/CE, 2006/12/ orientations précédentes, qui devient aujourd’hui la référence pour
CE et 2008/1/CE ainsi que le règlement (CE) n° 1013/2006 du Parle- l’ensemble des politiques énergétiques.
ment européen et du Conseil. Par la loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition
Ce plan d’actions entérine ainsi un objectif énergétique priori- énergétique pour la croissance verte, la France a ainsi réactualisé
taire pour 2020 ; celui des « trois fois 20 » : réduction des émis- sa politique énergétique et a défini des objectifs ambitieux dont les
sions de gaz à effet de serre ou tonne-équivalent CO2 de 20 % par principaux en lien avec le thème traité ici sont rappelés :
rapport au niveau de 1990, part des énergies renouvelables dans le 1) De réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % entre
mix énergétique augmentée à 20 % et amélioration de 20 % en 1990 et 2030 et de diviser par quatre les émissions de gaz à effet
matière d’efficacité énergétique. Sur ce dernier point, des efforts de serre entre 1990 et 2050 ;
supplémentaires sont définis dans une communication de la 2) De réduire la consommation énergétique finale de 50 % en
Commission européenne « Plan 2011 pour l’efficacité 2050 par rapport à la référence 2012, en visant un objectif intermé-
énergétique » [2], et visent à travailler sur le potentiel de gains diaire de 20 % en 2030. Cette dynamique soutient le développement
énergétiques existants dans les domaines du bâtiment et des d’une économie efficace en énergie, notamment dans les secteurs
transports, et également dans celui des procédés de production. du bâtiment, des transports et de l’économie circulaire, et préserve
Afin d’atteindre ces objectifs, l’Europe a mis en œuvre un la compétitivité et le développement du secteur industriel ;
ensemble de politiques et de dispositifs visant à promouvoir une 3) De réduire la consommation énergétique primaire des éner-
Europe efficace dans l’utilisation des ressources, à favoriser le pas- gies fossiles de 30 % en 2030 par rapport à l’année de référence
sage vers une économie à faible émission de carbone, à accroître 2012, en modulant cet objectif par énergie fossile en fonction du
l’utilisation des sources d’énergies renouvelables, à moderniser le facteur d’émissions de gaz à effet de serre de chacune ;
secteur des transports et promouvoir l’efficacité énergétique. 4) De porter la part des énergies renouvelables à 23 % de la
consommation finale brute d’énergie en 2020 et à 32 % de cette
Dans le cadre du programme-cadre pour l’innovation et la
consommation en 2030 ; à cette date, pour parvenir à cet objectif,
compétitivité (CIP) pour la période 2007-2013, l’Union européenne
les énergies renouvelables doivent représenter 40 % de la produc-
s’est également dotée d’un sous-programme intitulé « Énergie
tion d’électricité, 38 % de la consommation finale de chaleur, 15 %
intelligente – Europe » [3], auquel sont consacrés 730 millions
de la consommation finale de carburant et 10 % de la consomma-
d’euros afin de soutenir l’amélioration de l’efficacité énergétique,
tion de gaz ;
l’adoption de sources d’énergie nouvelles et renouvelables, une
plus large pénétration sur le marché de ces sources d’énergie, la 5) De parvenir à l’autonomie énergétique dans les départements
diversification de l’énergie et des carburants et la réduction de la d’outre-mer à l’horizon 2030, avec, comme objectif intermédiaire,
consommation énergétique. 50 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2020.
En France, le Parlement a adopté la transposition du « Paquet Mais à la suite des accords internationaux de Paris (COP 21) sur
énergie-climat » européen fin 2008. Les premiers objectifs énergé- le climat de décembre 2015, qui demandaient au GIEC un rapport
tiques ont été définis par le Grenelle de l’Environnement (loi Gre- spécial sur une limitation à 1,5 °C du réchauffement climatique, ce
nelle 1 ou loi n° 2009-967 du 3 août 2009 de programmation relative document est paru en octobre 2018 et son diagnostic est sans
à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement et loi Grenelle 2 appel :
ou loi n° 2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national « Il est indiqué dans le rapport que la limitation du réchauf-
pour l’environnement. Celui-ci pose les axes stratégiques permet- fement planétaire à 1,5 °C nécessiterait des transitions rapides et
tant à la France de répondre au défi du réchauffement climatique. Il de grande envergure dans les domaines de l’aménagement du

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_________________________________________________________________________________________ SMART GRIDS : CONTEXTE, ACTEURS ET ENJEUX

territoire, de l’énergie, de l’industrie, du bâtiment, du transport et


de l’urbanisme. Les émissions mondiales nettes de dioxyde de car- 2. Smart Grids – définition(s)
bone (CO2) d’origine anthropique devraient être réduites d’envi-
ron 45 % par rapport aux niveaux de 2010 d’ici à 2030, et il
faudrait atteindre un « bilan nul » des émissions aux alen- 2.1 Vision des Smart Grids à travers
tours de 2050, ce qui signifie que les émissions restantes le monde
devraient être compensées en éliminant du CO2 de l’atmosphère. »
(Extrait du communiqué de presse du 8 octobre 2018). Le terme de Smart Grids n’a jamais réellement été explicite et
En France, l’État a publié en février 2019 un projet de décret rela- beaucoup ont placé sous ce terme un contenu sans s’assurer qu’il
tif à la programmation pluriannuelle de l’Énergie (PPE 2019), qui était partagé par toutes les parties prenantes.
couvre la période 2023-2028 et complète la PPE 2016, qui couvrait Déjà il y a quelques années, les acteurs du monde de l’énergie
la période 2018-2023. L’article 3.1 donne les objectifs de dévelop- différenciaient les Smart Grids ou Réseaux Électriques Intelligents
pement des « Énergies renouvelables électriques ». L’article 6 des Smart Meters ou Compteurs Intelligents. Aujourd’hui, pour la
donne les objectifs de développement des véhicules électriques et plupart des acteurs, la notion de Smart Meters est comprise dans
l’évolution des infrastructures de recharge. celle de Smart Grids. Les compteurs intelligents sont considérés
Ces éléments sont rappelés dans les tableaux 1 et 2. comme des composants qui permettent de faire remonter des
informations utiles en amont et de développer de la sorte des ser-
Tous ces textes visent à réduire les émissions de gaz à effet de

3
vices en aval.
serre dus à l’usage des énergie fossiles dans le mix énergétique
avec le développement des énergies renouvelables et à promou- Aussi plusieurs agences nationales et internationales prennent
voir l’usage d’électricité « propre » dans les transports. au fur et à mesure conscience des mutations qui affectent le sec-
teur de l’énergie : les réseaux électriques doivent faciliter la réduc-
Or, la majorité des énergies renouvelables promotionnées par
tion de l’empreinte carbone des sources de production (production
les États sont intermittentes et le véhicule électrique va constituer
décentralisée des énergies renouvelables et lissage des courbes de
un nouvel usage de poids. Ils vont nécessiter une plus grande
charge) et intégrer les nouveaux usages de l’électricité en veillant à
intelligence des réseaux auxquels ils vont être raccordés pour ne
maintenir, voire à améliorer la qualité, la continuité et la sécurité
pas constituer un risque pour la stabilité du réseau et la qualité de
de l’alimentation, ainsi que la sûreté de fonctionnement du sys-
son fonctionnement, le tout dans un marché de l’électricité ouvert.
tème électrique. De ce fait, plusieurs définitions du réseau élec-
trique intelligent sont proposées par ces institutions ; le concept
est toutefois en cours d’harmonisation, même si ces définitions
Tableau 1 – Objectifs de développement sont toutes cohérentes entre elles.
de la production d’électricité d’origine renouvelable Historiquement, les premiers usages du terme Smart Grids
en France métropolitaine continentale viennent des États-Unis. Les instances énergétiques au niveau
international n’ont repris le concept qu’ultérieurement.
Puissance installée 2028
au 31/12 2023 Option Option 2.1.1 Définition du ministère américain
(en GW) basse haute de l’Énergie (United States Department
of Energy (US-DOE))
Énergie éolienne terrestre 24,6 34,1 35,6
Aux États-Unis, le concept de Smart Grids est apparu comme
Énergie radiative du soleil 20,6 35,6 44,5 une évolution du réseau électrique traditionnel, dans lequel des
technologies numériques, comme Internet, permettent à la fois des
Hydroélectricité (dont communications double sens entre les utilities et les consomma-
25,7 26,4 26,7
énergie marémotrice) teurs finaux mais aussi l’observation et la détection sur les lignes
électriques. Dans les Smart Grids, les contrôles, les automatismes,
Éolien en mer 2,4 4,7 5,2
les nouvelles technologies et les équipements logiciels agiront de
Méthanisation 0,27 0,34 0,41 manière coordonnée avec le réseau électrique pour répondre rapi-
dement aux évolutions de la demande électrique.
Les Smart Grids vont permettre de faire passer l’industrie de
l’énergie vers plus de fiabilité, disponibilité, efficacité. Les béné-
Tableau 2 – Objectifs de développement fices attendus en sont :
de l’électromobilité – un acheminement plus efficace de l’énergie ;
– la restauration plus rapide de l’électricité après des défauts ;
31 31 – la réduction des coûts de gestion et opératoires pour les utili-
Échéance décembre décembre ties, conduisant à une diminution du coût de l’énergie pour les
2023 2028 clients finaux ;
– la réduction des pics de consommation, ce qui conduira à une
Véhicules électriques 600 000 3 000 000 diminution des coûts de l’électricité ;
– la pénétration de plus en plus importante et à plus vaste
Véhicules particuliers hybrides
500 000 1 800 000 échelle des énergies renouvelables dans le système électrique ;
rechargeables
– une meilleure intégration du consommateur-producteur
Véhicules électriques 600 000 3 000 000 d’énergie dans le système électrique ;
– une sécurité accrue du réseau.
Véhicules utilitaires légers Toutefois, le concept de Smart Grids ne repose pas uniquement
électriques ou hybrides 170 000 500 000 sur les utilities et les nouvelles technologies, il met le consomma-
rechargeables teur au cœur du système en le rendant acteur car il lui donne les
outils pour être informé de sa consommation d’énergie et de son
Véhicules lourds à faibles prix en temps réel et à tout instant. Cette facturation instantanée
21 000 65 000
émissions au coût réel lui permettra de faire des économies en consommant

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SMART GRIDS : CONTEXTE, ACTEURS ET ENJEUX _________________________________________________________________________________________

moins quand l’énergie est le plus cher. Enfin, les Smart Grids sont (producteurs, consommateurs, producteurs/consommateurs) afin
composés de millions de composants et nouvelles technologies de constituer un système rentable et durable, présentant des pertes
qui gagnent peu-à-peu en maturité, et à terme, à l’échelle de la faibles et un niveau élevé de qualité et de sécurité d’approvision-
société, les changements opérés par les Smart Grids pourront nement ».
s’apparenter à ceux apportés par Internet dans la façon où nos Rendre les réseaux électriques intelligents revenait donc à modi-
sociétés vivent, travaillent, fonctionnent [7]. fier le système de réseaux reposant sur une gestion unidirection-
nelle de l’amont vers l’aval, en introduisant une gestion
2.1.2 Définition de l’Agence internationale systématique, intégrée à plusieurs niveaux, et bidirectionnelle, de
de l’énergie (International Energy Agency – la production centralisée aux productions décentralisées.
IEA) Les Smart Grids doivent alors répondre aux priorités de la nou-
velle économie de l’électricité que l’on peut synthétiser en trois
Pour l’IEA, les Smart Grids sont des réseaux électriques qui uti- grandes valeurs d’usage :
lisent des technologies avancées numériques pour surveiller et
– l’intégration des énergies renouvelables, intermittentes, et des
mieux gérer le transport de l’énergie de toutes les sources de pro-
nouveaux usages électriques ;
duction afin de satisfaire les différents besoins en énergie des
– la flexibilité de la production et de la consommation pour la
consommateurs. Les Smart Grids coordonnent les besoins et capa-
réduction de la pointe électrique ;
cités des sources de productions, des opérateurs réseau, des
– la gestion de flux d’information et d’énergies bidirectionnels

3
consommateurs, des parties prenantes des marchés de l’énergie
entre les trois niveaux de systèmes.
en en faisant fonctionner toutes les parties du système de manière
efficace, en minimisant les coûts et impacts environnementaux et Le consommateur reste l’élément central de la gestion du sys-
maximisant la fiabilité, la sécurité et la sûreté du système. tème électrique.
Ses caractéristiques principales sont : À partir des définitions citées précédemment, des éléments des-
– de permettre la participation avisée des consommateurs ; criptifs issus des réflexions du groupe de travail de la Commission
– de permettre des possibilités de production et stockage européenne sur les Smart Grids peuvent être retenus.
décentralisée ; Les experts de la Commission européenne ont identifié six ser-
– de permettre la création de nouveaux produits, services et vices de haut niveau [8] :
marchés ; 1) Intégration des nouveaux utilisateurs et besoins
– de garantir une desserte d’énergie en correspondance avec les (Enabling the network to integrate users with new
besoins ; requirements) : il s’agit de questions liées à l’insertion de la pro-
– d’optimiser l’utilisation des actifs d’exploitations ; duction décentralisée de petite et de grande taille, en considérant
– de fournir des capacités d’auto-cicatrisation face aux agres- son caractère aléatoire, et à l’intégration du stockage et des véhi-
sions, aux perturbations suite à incidents et autres catastrophes cules électriques sur les réseaux de distribution ;
naturelles, et ainsi permettre de limiter les temps d’interruptions 2) Amélioration de l’efficacité opérationnelle (Enhancing
de service, tant spatialement que temporellement. efficiency in day-to-day grid operation) : améliorer l’efficacité
du réseau grâce à des automates, des systèmes de surveillance et
de protection plus performants, opérant en temps réel. Des détec-
2.2 Smart Grids au niveau européen tions et résolutions de défauts sur les réseaux plus rapides doivent
contribuer à améliorer la continuité du niveau fourniture d’énergie ;
La Commission européenne aussi a ressenti le besoin d’homo- 3) Sécurité et qualité de fourniture (Ensuring network
généiser la vision européenne du concept, et ce bien avant de security, system control and quality of supply) : promouvoir
savoir s’il y avait matière à légiférer en matière de développement la sécurité du système par un suivi intelligent et efficace des
de Smart Grids. La « Smart Grids Task Force » a donc été créée en sources d’énergie distribuées et des services systèmes. Le réseau
2010 sous l’égide de la « Direction Générale Énergie » (Directorate- doit être capable de gérer la production intermittente sans nuire à
General for Energy). L’objectif de ce groupe de travail était d’étu- la qualité de fourniture d’énergie ;
dier les éléments techniques, réglementaires et commerciaux rela- 4) Meilleure planification des investissements (Enabling
tifs aux Smart Grids afin de préparer leur déploiement dans le better planning of future network investment) : utiliser les
cadre du troisième paquet « énergie climat ». Les Smart Grids données collectées pour permettre une modélisation plus précise
étaient considérés comme parmi les outils importants dans du réseau, particulièrement en basse tension, prendre en compte
l’atteinte des objectifs énergétiques affichés par le plan d’action. les nouveaux utilisateurs du réseau pour optimiser le dimension-
Les mots-clés mis en avant étaient : efficacité, performance écono- nement des infrastructures et réduire leur impact environnemental,
mique, bénéfice pour le consommateur, services. Cette démarche introduire de nouvelles méthodes pour une exploitation active des
a complété les initiatives antérieurement prises par la « Direction ressources distribuées ;
Générale Recherche et Innovation » (Directorate-General for 5) Amélioration du marché et des services clients (Impro-
Research and Innovation) visant à favoriser les expérimentations ving market functioning and customer service) : améliorer
de techniques ou de services engagées par les opérateurs. les performances et la fiabilité du fonctionnement du marché de
Pour mener ces travaux à bien, trois groupes de travail (Expert l’énergie grâce à des données plus précises et à de meilleurs
Group – EG) ont été créées : échanges de données entre les acteurs du marché, permettant
ainsi aux utilisateurs une plus grande implication ;
– EG1 – Fonctionnalités des Smart Grids (Functionalities for 6) Implication des consommateurs (Enabling and encoura-
Smart Grid) ; ging stronger and more direct involvement of consumers in
– EG2 – Recommandation de réglementation pour la sécurité des their energy usage and management) : améliorer les informa-
données, le traitement des données et la protection des données tions données aux consommateurs grâce au système de comptage
(Regulatory recommendation for data safety, data handling and intelligent et ainsi leur permettre de modifier leur comportement
data protection) ; énergétique en fonction de signaux tarifaires ou relatif à l’état du
– EG3 – Rôles et responsabilités des acteurs impliqués dans le réseau. Promouvoir de la sorte la participation de tous les acteurs
déploiement des Smart Grids (Roles and responsibilities for actors au marché de l’énergie par des programmes de « Demand
involved in the Smart Grids deployment). Response », une gestion plus efficace des productions d’énergie
À l’issue des réflexions, les Smart Grids ont été définis comme intermittentes. Les bénéfices directs en seront des réductions de
« des réseaux électriques capables d’intégrer efficacement les com- pics de consommation et d’investissements réseaux, une plus
portements et actions de tous les utilisateurs qui y sont raccordés grande capacité d’insertion des énergies renouvelables.

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A. Intégration de nouveaux
utilisateurs et besoins

Périmètre A. Intégration de nouveaux B. Amélioration de l’efficacité


Smart Grids utilisateurs et besoins opérationnelle

C. Sécurité du marché D. Meilleure planification


et du service rendu des investissements

E. Amélioration du marché F. Implication


et du service rendu des consommateurs

Utilisateurs Autres
réseau Opérateurs acteurs

3
réseau

Infrastructure Smart Grids

Interfaces entre Smart Données et applications


Grids et autres smart
systèmes Système de communication

Intelligence des composants

Infrastructure électrique

Figure 1 – Smart Grids – articulation entre réseaux et services (source EU Commission Task Force for Smart Grids – EG 1 – décembre 2010)

Ces six services réseaux amènent à dire qu’il est essentiel de 2.3 Smart Grids en France
bien distinguer le concept de « Smart Grids » des autres concepts
comme « Smart City » ou « Smart Home ». Les Smart Grids Les différents points de vue émis par les acteurs industriels et
concernent d’abord le réseau électrique, des moyens de produc- institutionnels du domaine en France montrent l’ampleur du sujet
tion jusqu’au compteur du consommateur. Il s’insère dans un qui touche à la fois aux technologies du système électrique mais
cadre plus vaste de « Smart System » dans lequel diverses briques également à la réglementation et la régulation du secteur, à la poli-
sont assemblées. Un des objectifs de ce premier travail a été de tique énergétique dans son ensemble vue comme levier pour inflé-
décrire cette brique de façon à ce qu’elle s’assemble facilement chir les choix économiques, aux aspects sociétaux de l’énergie, à
avec les autres en apportant les services attendus qu’elle porte l’évolution des métiers... Le sujet est donc très vaste.
naturellement de par sa fonction.
Le synoptique de la figure 1 permet de comprendre que les Smart
Grids constituent un ensemble de services tournés vers les clients
2.3.1 Historiquement EDF engagé
d’une part et vers l’optimisation globale du système d’autre part. dans l’intelligence des réseaux
Ces services réseaux restent développés au bénéfice du client.
RTE, le gestionnaire de réseau de transport français, et Enedis, le
Les Smart Grids couvrent un vaste domaine et il va falloir savoir gestionnaire d’une majorité des réseaux de distribution français,
tenir compte de l’évolution continuelle des technologies dispo- ont depuis longtemps intégré dans leurs axes de recherche, l’inté-
nibles. Parmi elles, certaines ne sont pas nouvelles et ont déjà rêt de l’introduction de plus d’intelligence dans le système électro-
commencé depuis de nombreuses années. D’autres sont plus inno- technique de transport/distribution.
vantes et entachées d’incertitudes industrielles comme le stockage.
Cette introduction s’est d’abord traduite par une plus forte auto-
La viabilité économique de toutes ces technologies est également
matisation des processus existants pour améliorer la qualité de
un élément à prendre en compte.
fourniture, sans changer fondamentalement le fonctionnement du
D’un point de vue réseau, les Smart Grids couvrent a priori système électrique.
l’ensemble du système électrique, à savoir le transport et la distri- Deux voies principales ont été explorées :
bution. Les ruptures sont cependant plus fortes du côté de la distri-
bution. L’essor de la production décentralisée, l’implication des – mieux connaître les besoins en énergie pour mieux dimension-
clients sur le niveau de la demande, l’instrumentation du réseau ner le système, à la fois au niveau production et acheminement de
ont un plus fort impact sur le réseau de distribution alors que le l’électricité ;
réseau de transport est déjà engagé dans une évolution de même – profiter des performances des nouveaux systèmes de commu-
nature mais depuis plus longtemps. La démarche y est structurée nication pour accélérer toutes les interventions sur le réseau : rece-
au niveau européen, poussée en cela par l’accroissement des voir plus vite et plus d’informations sur le système, commander à
besoins de transits transfrontaliers. distance plus d’équipements de façon de plus en plus intelligente.

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SMART GRIDS : CONTEXTE, ACTEURS ET ENJEUX _________________________________________________________________________________________

Mais des facteurs externes sont venus remettre en cause les pro- a créé un site de partage sur le sujet et elle exprime la question de
cessus traditionnels. la façon suivante [9] :
– la production d’origine renouvelable se caractérise par une « Pour faire face aux mutations du paysage énergétique, il est
intermittence et une prévisibilité plus faible que les moyens nécessaire de moderniser le système électrique. Les contextes
traditionnels ; français et européen des réseaux électriques conduisent à privilé-
gier le déploiement des technologies de Smart Grids plutôt que le
– de nouveaux usages (comme le véhicule électrique), si l’on ne
remplacement et le renforcement massif des réseaux.
gère pas leur raccordement sur le réseau pourraient nécessiter des
investissements considérables qu’il faut optimiser. L’intégration des nouvelles technologies de l’information et de la
communication aux réseaux les rendra communicants et permettra
On constate que le système électrique évolue progressivement de prendre en compte les actions des acteurs du système élec-
d’un système purement descendant (on adapte la production à la trique, tout en assurant une livraison d’électricité plus efficace,
consommation) vers un système interactif ou production et économiquement viable et sûre.
consommation devront s’adapter simultanément et intelligemment
pour assurer au moindre coût l’équilibre permanent offre/demande. Le système électrique sera ainsi piloté de manière plus flexible
Nous ne sommes plus dans l’amélioration des processus tradition- pour gérer les contraintes telles que l’intermittence des énergies
nels mais dans la mise en place de nouveaux processus. renouvelables et le développement de nouveaux usages tels que le
véhicule électrique. Ces contraintes auront également pour effet de
faire évoluer le système actuel, où l’équilibre en temps réel est

3 2.3.2 Vision de la Commission de régulation


de l’énergie
assuré en adaptant la production à la consommation, vers un sys-
tème où l’ajustement se fera davantage par la demande, faisant
ainsi du consommateur un véritable acteur ».
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) chargée de La CRE accompagne cette définition d’un schéma explicatif
réguler et contrôler les différents acteurs du marché de l’électricité (figure 2).

CENTRE
DE CONTRÔLE
• Centrale nucléaire DES GESTIONNAIRES
• Centrale hydraulique DE RÉSEAUX
• Turbine à gaz D’ÉLECTRICITÉ
• Éoliennes offshore

• Éoliennes
• Grand parc
photovoltaïque

• Petit parc
photovoltaïque Ligne
très haute
tension

Ligne • Usine
moyenne • TGV
tension
PARC DE
PRODUCTION

Ligne
basse • Immeuble
TRANSPORT tension • TER
ET DISTRIBUTION • Centres commerciaux
D’ÉLECTRICITÉ • Zone pavillonnaire

• Maison individuelle
• Ferme Injection d’électricité
CONSOMMATION /
Consommation d’électricité
PRODUCTION
Flux d’électricité
Boîtier de communication
transmettant des informations
au réseau et aux consommateurs

Figure 2 – Vision CRE du réseau électrique intelligent

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2.3.3 Vision des industriels du domaine électrique L’association Think Smartgrids est notamment chargée d’organi-
ser, en France et à l’étranger, des manifestations pour promouvoir
[Link] GIMELEC les savoir-faire en matière de REI. Elle accompagne le développe-
ment des PME/PMI et assure la représentation de ses membres
Le GIMELEC, groupement des industriels fabricant et intégrant auprès des pouvoirs publics et des instances européennes et inter-
du matériel électrique, a également exprimé son engagement dans nationales.
les Smart Grids et a publié un livre blanc sur le sujet [18].
Parallèlement, Think Smartgrids réalise un inventaire de la filière
En synthèse, le GIMELEC affiche quatre axes forts : REI/Smartgrids, de ses démonstrateurs et de ses showrooms en
– la disponibilité des technologies nécessaires au déploiement France, afin notamment d’en promouvoir les réalisations à l’étran-
des Smart Grids, ce qui réduit le risque technique ; ger. Elle assure enfin une mission de communication sur les sujets
– un projet efficace sur le plan économique mais qui doit être et les enjeux concernant le secteur des REI/Smartgrids en France,
accompagné sur le plan réglementaire, juridique et fiscal ; en Europe et à l’international.
– une démarche induisant des emplois nouveaux et porteuse
d’avenir ; 2.3.4 Pôles de compétitivité énergie et TIC
– une brique importante dans la construction d’une croissance
durable. « Dans une économie mondiale de plus en plus concurrentielle,
la France a lancé en 2004 une nouvelle politique industrielle. Les

3
Ces axes seraient observés dans les dix domaines mentionnés
sur la figure 3. pôles de compétitivité ont été créés pour mobiliser les facteurs
clés de la compétitivité au premier rang desquels figure la capacité
d’innovation, et pour développer la croissance et l’emploi sur les
[Link] Industrie du génie numérique énergétique marchés porteurs » [12].
et sécuritaire (IGNES)
Les pôles de compétitivité « énergie » et « énergie et TIC » ont
Issu de la fusion de quatre syndicats de la construction élec-
également exprimé leur vision des Smart Grids en tant que moteur
trique (Domergie, Gimes, Gisel, sycabel), IGNES vise à définir et
de la transition énergétique [13].
promouvoir une infrastructure énergétique, numérique et sécuri-
taire unifiée et efficace pour les bâtiments résidentiels et profes- « En permettant la croissance des énergies renouvelables et leur
sionnels. IGNES fédère et représente 60 entreprises industrielles intégration dans les réseaux électriques et en rendant possible
de toute taille, basées en France et en Europe. Ces entreprises l’émergence de services favorisant la maîtrise et l’optimisation de
conçoivent, produisent et commercialisent des solutions pour la consommation d’énergie, les Smart Grids constituent un levier
l’infrastructure énergétique et numérique de tous les bâtiments essentiel de la transition énergétique. Ils cristallisent aussi des
résidentiels et tertiaires. enjeux industriels ».

[Link] Think SmartGrids (expertise française ■ Une nouvelle architecture de réseaux


pour les réseaux intelligents) La croissance des énergies renouvelables constitue un véritable
Créée en avril 2015, Think SmartGrids a pour objectif de déve- défi pour les réseaux électriques. L’intermittence de ces sources
lopper la filière réseaux électriques intelligents (REI) en France et d’énergie et leur caractère décentralisés obligent les acteurs de
de la promouvoir en Europe comme à l’international. réseaux à repenser les architectures de réseaux. Ceux-ci vont
devenir progressivement bidirectionnels et leur topologie en sera
affectée. Les Smart Grids permettront d’optimiser les investisse-
ments nécessaires à cette évolution.
Rendre les réseaux électriques intelligents requiert l’hybridation
des compétences et des technologies de trois familles d’acteurs :
énergéticiens (fournisseurs d’électricité, fabricants d’équipements),
acteurs des télécommunications et du logiciel, industries électro-
niques pour la conception d’une nouvelle génération d’objets
connectés. La France dispose dans ces domaines d’acteurs de
taille mondiale mais aussi de startups innovantes. Le tissu des
entreprises de taille intermédiaire (ETI) reste en revanche encore
trop limité [14].

■ Optimiser la consommation
Les technologies et les services en faveur de l’efficacité énergé-
tique sont amenés à interagir de plus en plus avec les réseaux. Il
s’agit ainsi d’optimiser le recours aux sources de production et
d’assurer le pilotage d’un réseau allant vers plus de décentralisa-
tion. La gestion des pointes de consommation est particulièrement
critique du fait des risques qu’elles font peser sur l’équilibre du
réseau.
Les compteurs intelligents seront amenés à jouer un rôle clé
entre d’un côté des services qui concernent l’optimisation de la
consommation et de l’autre la gestion des contraintes des réseaux
électriques. Son déploiement est essentiel. Le développement des
bâtiments pouvant être consommateur à certaines heures, produc-
teur d’énergie à d’autres, devra être considéré comme une chance
pour l’innovation. Le compteur intelligent sera un des éléments de
cette évolution, il favorisera les innovations dans les technologies,
Figure 3 – Les dix fonctions intégrées des réseaux électriques les services et les usages des « consomm’acteurs » et constituera
intelligents (extrait du livre blanc GIMELEC) l’un des enjeux des prochaînes années ».

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3

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Référence Internet
D4964

Solutions smart grids


pour mieux intégrer les EnR
aux réseaux de distribution
par Laurent KARSENTI
Adjoint au Chef du Pôle Intégration et Déploiement Industriel des Smart Grids
Enedis, Paris La Défense, France

1. Contexte et panorama des EnR raccordés aux réseaux


de distribution............................................................................................. D 4 964 - 2 3
2. Anticipation des réseaux pour accueillir les EnR via les S3REnR .......... — 3
3. Régulation locale de tension en utilisant le réactif des producteurs
raccordés en HTA : une solution industrielle ........................................... — 5
4. Régulation coordonnée de tension HTA au niveau du poste source
en expérimentation .................................................................................... — 7
5. Offres de raccordement intelligentes à puissance modulable en HTA
en expérimentation .................................................................................... — 9
6. Régulation locale de tension en utilisant le réactif des producteurs
raccordés en BT en expérimentation ........................................................ — 12
7. Outil de simulation pour évaluer les impacts réseaux
de son raccordement en BT en cours de développement ...................... — 12
8. Conclusion et perspectives — 13
9. Glossaire ...................................................................................................... — 14
Pour en savoir plus .............................................................................................. Doc. D 4 964

es gestionnaires de réseaux de distribution sont confrontés depuis


L quelques années à un nouveau défi : celui d’accueillir une production d’ori-
gine renouvelable de plus en plus importante, pouvant représenter une part
non négligeable de la consommation soutirée sur les mêmes réseaux. Cela
modifie considérablement l’exploitation des réseaux, et en particulier la ques-
tion du contrôle du niveau de la tension fournie aux clients. Les solutions
smart grids apportent certaines réponses techniques à ces problèmes. La
France et en particulier Enedis qui gère 95 % des réseaux de distribution sur le
territoire français sont engagés depuis plusieurs années dans une feuille de
route des smart grids visant deux objectifs majeurs, d’une part la modernisa-
tion du réseau avec une plus grande performance des métiers, et d’autre part
l’accompagnement des acteurs du système électrique dans la transition éner-
gétique. En rapport avec ce second objectif, Enedis a développé, expérimenté
et déployé des solutions smart grids de gestion de la tension et du réactif en
HTA, mais aussi en BT à un stade de maturité moindre, permettant une meil-
leure intégration des énergies renouvelables (EnR) aux réseaux de distribution.
Après un panorama des énergies renouvelables raccordées au réseau public
de distribution et une introduction du contexte réglementaire et des schémas
régionaux de raccordement aux réseaux des énergies renouvelables (S3REnR)
en particulier, sont présentées dans cet article différentes solutions à différents
stades de maturité mises en œuvre en France : la régulation locale de tension
en utilisant le réactif des producteurs raccordés en HTA et en BT, la régulation
Parution : mai 2018

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D 4 964 – 1

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Référence Internet
D4964

SOLUTIONS SMART GRIDS POUR MIEUX INTÉGRER LES ENR AUX RÉSEAUX DE DISTRIBUTION ____________________________________________________

coordonnée de tension HTA au niveau du poste source, les offres de raccorde-


ment intelligentes à puissance modulable en HTA ainsi qu’un outil de
simulation pour évaluer les impacts réseaux de son raccordement en BT en
cours de développement. Après le développement de solutions et la mise en
œuvre de démonstrateurs, les solutions les plus mûres sont passées en phase
d’industrialisation et sont en cours de déploiement sur le territoire national, de
manière ciblée de façon à optimiser leur valeur technico-économique.

1. Contexte et panorama Les installations photovoltaïques sont raccordées sur le réseau


HTA à hauteur de 46 % et sur le réseau BT à hauteur de 54 %, à mi
des EnR raccordés 2017.

aux réseaux de distribution Dans ce contexte d’évolution massive des EnR raccordées sur le

3
RPD, Enedis a affiché, et ce depuis plusieurs années, un engage-
ment fort dans le développement des smart grids, tant à l’interne
Le contexte d’insertion des énergies renouvelables (EnR) (en qu’à l’externe [8] [9]. Il vise à répondre aux deux enjeux majeurs
particulier les énergies éolienne et photovoltaïque) aux réseaux suivants :
publics de distribution (RPD) est toujours en forte progression, et – moderniser la gestion du réseau de distribution et accroître la
ce grâce à une politique publique favorable et des tarifs d’achat performance d’Enedis en intégrant les nouvelles technologies ;
qui permettent de maintenir un rythme d’évolution quasi stable – accompagner les acteurs du système électrique et les terri-
depuis plusieurs années. La production éolienne augmente régu- toires dans la transition énergétique.
lièrement depuis 2005 et la production photovoltaïque depuis
2009 (figure 1). Ces EnR sont raccordées à plus de 90 % sur les Cet engagement est d’autant plus prégnant dans un contexte de
réseaux de distribution en HTA et en BT. déploiement massif des énergies renouvelables décrit ci-avant,
qui se raccordent à plus de 90 % sur les réseaux publics de distri-
L’état du parc de production raccordé au RPD géré par Enedis bution, mais aussi de fort développement du véhicule électrique
est accessible sur Internet et est donné à fin juin 2017 dans le (VE).
tableau 1.
Il s’intègre également dans le contexte du code « Requirements
Au 30 juin 2017, le parc de production renouvelable représente for Generators » (RfG), un des codes de réseau européens définis-
plus de 19,5 GW, dont 10,9 GW d’installations éoliennes et plus de sant des règles adoptées par l’Union européenne pour être appli-
6 GW d’installations photovoltaïques. Il représente environ 19 % quées à travers les États membres, et dont l’objectif est de faciliter
des 104 GW de production (toutes filières confondues) installés en l’harmonisation, l’intégration et l’efficacité du marché européen
France en 2017. de l’électricité. Le code RfG est un des codes de raccordement
Les installations éoliennes sont exclusivement raccordées au couvrant les règles et exigences de raccordement des producteurs
réseau HTA. aux réseaux. Il s’intègre également aux délibérations de la Com-

L’éolien
12 000 représente
aujourd’hui
10,9 GW
10 000
Puissance [MW]

8 000
Le PV
représente
6 000 aujourd’hui
6 GW

4 000

L’hydraulique
2 000 représente
aujourd’hui
1,5 GW
0
05 06 07 08 09 10
c.-
11 12 13 14 15 16
éc
.- c.- c.- c.- c.- c.- c.- c.- c.- c.- c.-
d dé dé dé dé dé dé dé dé dé dé dé

Biogaz, biomasse, disp, thermique Cogénération Déchets ménagers et assimilés Éolien Hydraulique Photovoltaïque

Figure 1 – Évolution de la production raccordée aux réseaux publics de distribution (RPD) à fin juin 2017

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D 4 964 – 2

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Référence Internet
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_____________________________________________________ SOLUTIONS SMART GRIDS POUR MIEUX INTÉGRER LES ENR AUX RÉSEAUX DE DISTRIBUTION

Tableau 1 – État du parc des installations raccordées au réseau géré par ERDF à fin juin 2017

Photovoltaïque

Total non ENR


Cogénération

Dispatchable
Hydraulique

et assimilés

Total ENR
ménagers
Biomasse

Déchets
Biogaz

Divers
Éolien

Total
Nombre 1 429 362 890 2 113 479 30 82 367 023 647 113 8 768 367 791

Puissance [MW] 10 893 6 013 1 571 368 157 509 19 511 2 126 700 4 2 830 22 341

Écart entre Nombre 101 15 45 60 50 2 1 15 666 76 3 4 83 15 74


photographie (7 %) 2 (4 %) (3 %) (10 %) (7 %) (1 %) (4 %) (12 %) (3 %) (50 %) (11 %) 9 (4 %)
à fin juin 2016

3
et fin Puissance 1 233 464 89 29 8 10 1 833 259 24 –1 282 2 115
juin 2017 [MW] (11 %) (8 %) (6 %) (8 %) (5 %) (2 %) (9 %) (12 %) (3 %) (–11 %) (10 %) (9 %)

mission de régulation de l’énergie (CRE) sur les réseaux élec- régleur en charge du poste source et maintenir les tensions HTA
triques intelligents du 12 juin 2014 puis du 8 décembre 2016 et au dans les limites réglementaires. Pour la régulation locale, une pro-
chantier REI 6 gouvernemental de la Nouvelle France industrielle duction en réactif des producteurs (solution B : Q = f(U)) a été tes-
lancé en 2015. tée.
Après le développement de solutions et la mise en œuvre de Une étude des interactions entre les leviers A et B a été menée
démonstrateurs, le temps est venu, pour les solutions les plus dans le cadre de Venteea, avec la coordination associée si besoin
mûres, de passer à une phase d’industrialisation et de déploie- (solution C). Une méthode de régulation de tension BT reposant
ment ciblé de façon à optimiser leur valeur technico-économique. sur l’utilisation de transformateurs HTA/BT avec régleurs en
Dans le cadre du projet d’entreprise, cette industrialisation contri- charge a aussi été testée (solution D), d’abord en laboratoire puis
buera à placer Enedis comme référence industrielle de la distribu- sur le terrain. Leur gestion est essentiellement locale et s’appuie
tion en Europe et leader de la révolution technologique. sur des capteurs BT. Une gestion de réactif à l’interface RPT/RPD
Chacune des solutions techniques retenues dans la vision cible (via les gradins de condensateurs et l’injection forcée de réactif
des réseaux électriques intelligents en France évolue en suivant des producteurs sur départs dédiés) est aussi à l’étude pour un
les trois mêmes étapes d’intégration et de sélection : prochain palier du système d’information (SI) de conduite
(solution E).
– recherche et développement et open innovation ;
– expérimentations, démonstrateurs ; Des études d’interactions des régulations HTA et BT pourraient
– industrialisation et déploiement. à terme être menées (solution F).

■ Recherche et développement, et open innovation ■ Industrialisation et déploiement


Il s’agit des projets de recherche, des initiatives locales, des par- La phase d’industrialisation consiste à transformer les proto-
tenariats universitaires, une veille technologique mondiale, des types expérimentés en solutions industrielles prêtes à être utili-
concours d’innovation, pour imaginer les solutions techniques qui sées de façon opérationnelle. Elle repose entre autres sur des
répondent aux nouveaux enjeux de transition énergétique et de analyses coûts-bénéfices, sur l’étude de leurs impacts au quoti-
performances des métiers, dans une vision globale intégrée. dien sur les forces vives du gestionnaire de réseau de distribution
et son exploitation, ou encore sur la mise en place de relations
■ Expérimentations, démonstrateurs industrielles durables. Ces activités, menées conjointement par les
équipes nationales et régionales, se concrétisent par un plan de
Après les essais en laboratoire, les directions régionales du déploiement des solutions devenues industrielles (figure 3).
principal gestionnaire de réseau de distribution (GRD) jouent un
rôle majeur en assurant la mise en œuvre et le suivi des essais
menés grandeur nature. La vingtaine de démonstrateurs smart
grids menés sur tout le territoire national ainsi que les quelques
démonstrateurs au niveau européen apportent également des 2. Anticipation des réseaux
opportunités de tests. À ce stade, c’est la maturité technique des
solutions retenues et la valeur technico-économique que l’on pour accueillir les EnR
cherche à évaluer pour décider de leur industrialisation ou non. via les S3REnR
Pour illustrer la meilleure insertion des EnR aux réseaux (objet
de cet article) visée par un démonstrateur, prenons l’exemple de
Venteea dans l’Aube, démonstrateur qui a impliqué un certain Les schémas régionaux de raccordement au réseau des éner-
nombre de partenaires et a été l’occasion de tester un certain gies renouvelables (S3REnR) ont été introduits par la loi
nombre de solutions smart, allant de la gestion du réactif à l’inter- « Grenelle 2 » et ont été mis en œuvre par son décret d’applica-
face avec le réseau public de transport (RPT), à la régulation de tion du 20 avril 2012.
tension coordonnée mais aussi locale. La figure 2 donne une Établis par les gestionnaires des réseaux et validés par le préfet
vision globale de ces solutions smart. de région, ils déclinent les schémas régionaux du climat, de l’air et
La solution testée, pour la régulation centralisée, consiste à uti- de l’énergie (SRCAE), qui fixent pour chaque région administrative
liser une fonction de régulation de tension avec des mesures en des objectifs de développement des énergies renouvelables (EnR).
trois points différents de chaque départ HTA du poste source Les S3REnR constituent un outil efficace pour optimiser et anti-
(solution A : FAR, i.e. fonctions avancées de réseau) pour piloter le ciper les évolutions de réseau nécessaires à l’accueil des EnR, en

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D 4 964 – 3

125
3

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Référence Internet
D4965

Système de communication Linky


Technologie et apports

par Jacques CHERON


Directeur adjoint du Pôle Nex’Us en charge des chaînes communicantes
Enedis, Nanterre, France

1. De nouveaux services pour les consommateurs


avec les compteurs communicants................................................. D 4 965 - 3
3
1.1 Des opérations à distance ....................................................................... — 3
1.2 De nouvelles offres commerciales proposées par les fournisseurs
d’énergie et de services........................................................................... — 3
1.3 Un outil au service de la maîtrise de la demande d’énergie ................ — 4
1.4 La modernisation du comptage favorise l’intégration des énergies
renouvelables et de la mobilité électrique sur le réseau ...................... — 5
2. Une infrastructure de comptage communicant performante
et sécurisée ............................................................................................ — 7
2.1 Une chaîne communicante qui va des compteurs
jusqu’aux systèmes d’information ......................................................... — 7
2.2 Des communications entre le compteur Linky et le concentrateur
assurées par CPL...................................................................................... — 8
2.3 Une infrastructure de comptage sécurisée............................................ — 9
2.4 Une gestion des données de consommation qui garantit
leur confidentialité ................................................................................... — 10
2.5 Compteurs communicants à l’international .......................................... — 10
3. L’infrastructure du système de comptage communicant
permet une gestion optimisée du réseau ...................................... — 11
3.1 Un pilotage du réseau en quasi-temps réel........................................... — 11
3.2 Des services qui permettent d’améliorer la qualité de service
et de fourniture grâce à l’exploitation des données ............................. — 12
4. Conclusion.............................................................................................. — 12
Pour en savoir plus ....................................................................................... Doc. D 4 965

epuis le début des années 2000, la transformation du secteur de l’énergie


D s’est accélérée en France sous l’effet de deux facteurs. Le premier est
l’ouverture à la concurrence des marchés de l’énergie sous l’impulsion du droit
européen, qui s’est parachevée en 2007 avec l’ouverture des marchés pour le
secteur résidentiel. Dans le domaine de l’électricité, les clients ayant un abonne-
ment inférieur à 36 kVA peuvent depuis cette date souscrire une offre de
marché. Le second facteur de transformation est la transition énergétique, qui
doit conduire à décarboner notre économie, notamment à travers le développe-
ment des énergies renouvelables et de la mobilité électrique. La modernisation
du comptage de l’électricité – à travers le déploiement de compteurs
« communicants » – résulte de ce double contexte et s’inscrit dans le cadre
général d’émergence des « réseaux électriques intelligents » ou smart grids.
Déjà mentionné dans la directive 2006/32/CE relative à l’efficacité énergé-
tique, le déploiement des compteurs « nouvelle génération » en Europe est
précisé par la directive n° 2009/72/CE du 13 juillet 2009 concernant des règles
Parution : décembre 2020

communes pour le marché intérieur de l’électricité : « Les États membres


veillent à la mise en place de systèmes intelligents de mesure qui favorisent la

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Référence Internet
D4965

SYSTÈME DE COMMUNICATION LINKY _________________________________________________________________________________________________

participation active des consommateurs au marché de la fourniture


d’électricité ».
Au niveau national, les prémices de la modernisation du comptage de l’élec-
tricité remontent à la loi de modernisation et de développement du service
public de l’électricité de 2000 qui visait notamment à « proposer (aux) clients
des prix différents suivant les périodes de l’année ou de la journée et incitant
les utilisateurs de réseaux à limiter leur consommation pendant les périodes
où la consommation de l’ensemble des consommateurs est la plus élevée ». La
loi « Grenelle de l’environnement » de 2009 prévoit également que les
« objectifs d’efficacité et de sobriété énergétiques exigent (...) la généralisation
des compteurs intelligents afin de permettre aux occupants de logements de
mieux connaître leur consommation d’énergie en temps réel et ainsi de la
maîtriser ». Les attendus portant sur le comptage communicant au service des
clients ont enfin été précisés par la loi de transition énergétique pour une
croissance verte en 2015 (article L341-4 du code de l’énergie) :

3 « Les gestionnaires des réseaux publics de distribution d’électricité mettent à


la disposition des consommateurs leurs données de comptage, des systèmes
d’alerte liés au niveau de leur consommation, ainsi que des éléments de com-
paraison issus de moyennes statistiques basées sur les données de
consommation locales et nationales ».
Dans sa délibération du 7 juin 2011, la Commission de régulation de l’énergie
(CRE) rappelle les objectifs assignés à la modernisation du parc de compteurs
électriques : l’amélioration de l’information du consommateur ; l’amélioration
des conditions de fonctionnement du marché ; la maîtrise des coûts des
opérateurs ; la maîtrise de l’énergie et des émissions de CO2.
Un compteur « communicant » permet, outre le comptage de l’électricité, de
transmettre à distance des informations – index de consommation, informa-
tions sur la qualité de l’approvisionnement... – et de recevoir des données
téléopérées, par exemple pour modifier une puissance d’abonnement ou
mettre en service une habitation dont l’alimentation électrique aurait été
coupée.
En France, c’est Enedis qui est en charge de la distribution et du comptage
de l’électricité sur 95 % du territoire continental. Les 5 % restants sont couverts
par des entreprises locales de distribution qui doivent également déployer des
compteurs communicants d’ici 2024 sur leurs zones de desserte, et avec qui
Enedis collabore pour partager son retour d’expérience technique, industriel et
opérationnel.
Les index de consommation relevés par Enedis sont transmis aux fournis-
seurs d’énergie, qui gèrent la relation contractuelle avec le client, en particulier
la facturation. Le distributeur a mis en place, dès le milieu des années 2000, un
projet de modernisation du parc de compteurs pour les clients ayant un abon-
nement inférieur à 36 kVA. Enedis a développé à cet effet un nouveau
compteur communicant « Linky » reposant sur la technologie du courant
porteur en ligne (CPL).
Après une phase d’expérimentation en 2010-2011, le déploiement généralisé
des compteurs Linky a débuté en décembre 2015, sous le contrôle de la Com-
mission de régulation de l’énergie. Fin 2021, 90 % des compteurs auront été
remplacés pour tendre vers un équipement de l’ensemble du parc en 2024.
La solution mise en place permet aux consommateurs et aux producteurs
d’électricité d’accéder à de nouveaux services tout en contribuant à la transi-
tion énergétique (1). Elle s’appuie sur un système de communication
performant et sécurisé (2) qui renforce les capacités opérationnelles de l’entre-
prise de service public qu’est Enedis (3).

D 4 965 – 2 Copyright © – Techniques de l’Ingénieur – Tous droits réservés

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Référence Internet
D4965

__________________________________________________________________________________________________ SYSTÈME DE COMMUNICATION LINKY

1. De nouveaux services La télé-information client (TIC) (suite)


pour les consommateurs ■ Format des données
avec les compteurs Ces données sont de type modulation d’amplitude sur une
porteuse à 50 kHz. La vitesse de transmission s’élève à 1 200
communicants ou 9 600 bauds selon la configuration choisie : historique,
c’est-à-dire identique à celle du compteur électronique de
génération précédente (le CBE), ou standard, c’est-à-dire véhi-
culant toutes les informations des nouvelles fonctionnalités du
1.1 Des opérations à distance compteur Linky. Toutes les informations techniques concer-
nant la TIC sont décrites dans la note Enedis-NOI-CPT_54E [1]
Le compteur Linky permet de téléopérer un certain nombre de disponible en ligne.
prestations. C’est notamment le cas du relevé des compteurs qui
se faisait jusqu’alors sur rendez-vous, deux fois par an. Désormais, ■ Types de données
la facturation peut être établie sur la consommation réelle, trans- Deux types de données sont proposés : des données rela-
mise chaque mois par Enedis aux fournisseurs d’énergie. tives aux grandeurs électriques mesurées en temps réel par le
D’autres opérations sont réalisables à distance, par exemple : compteur et des données relatives au contrat fournisseur
– les mises en service dans les logements où l’électricité a été
coupée ;
choisi par le client. Les principales informations transmises
par la TIC en mode standard sont les suivantes :
– grandeurs électriques :
3
– les changements de puissance ;
– les changements de grille tarifaire. • 10 index d’énergie active soutirée,
• 1 index d’énergie active injectée,
Ces opérations à distance se traduisent par un coût de service en • 4 index en cours d’énergie réactive totale,
baisse pour de nombreuses interventions qui ne nécessitent plus • puissance apparente instantanée sur chaque phase,
de prise de rendez-vous avec un technicien d’Enedis. À titre d’illus- • puissance apparente maximum soutirée sur chaque phase,
tration, une mise en service avec déplacement de technicien coû- • puissance apparente maximum injectée sur chaque phase,
tait plus de 36 euros avec les anciens compteurs. Ce coût est • intensité instantanée sur chaque phase,
désormais ramené à moins de 4 euros grâce à la prestation • avertissement de dépassement de puissance souscrite,
téléopérée de mise en service. • avertissement de surtension sur une des phases,
• deux derniers points de la courbe de charge active souti-
rée,
1.2 De nouvelles offres commerciales • deux derniers points de la courbe de charge active injectée,
proposées par les fournisseurs • tension efficace,
• tension moyenne par phase calculée à un pas de 10
d’énergie et de services minutes,
• ...
Alors que la précédente génération de compteurs ne permettait
– données du contrat fournisseur :
de gérer qu’un nombre limité de plages horaires, les fournisseurs
d’électricité proposent grâce à Linky des offres plus économiques • calendrier tarifaire souscrit,
et adaptées aux profils des clients et de leurs besoins de • libellé tarifaire en cours,
consommation : offre semaine/week-end, heures super creuses, • intensité souscrite,
etc. Ces offres permettent par exemple à un conducteur de véhi- • puissance de référence,
cule électrique de recharger son véhicule aux heures où l’électri- • préavis, début et fin de pointes mobiles (ou période
cité est la moins chère, contribuant ainsi à rendre plus accessible mobiles),
la mobilité électrique. • date et heure courante,
• messages courts et ultra-courts,
Par ailleurs, là où le compteur Linky seul met à disposition les • état du contact sec et de 7 contacts virtuels,
informations de consommation du foyer sur le compte client avec • numéro de l’index tarifaire en cours,
un différé d’une journée, l’interface TIC (télé-information client) • numéro du jour en cours dans le calendrier fournisseur,
raccordée à un dispositif de type « box énergie » informe le client • profil détaillé du lendemain,
en temps réel sur sa consommation et permet le pilotage des équi- • profil détaillé du prochain jour de pointe (ou période
pements de la maison (par exemple pour déclencher la recharge mobile),
du véhicule électrique au moment où la production photovoltaïque • ...
est élevée).
■ Moyens de transmission
Une multitude d’acteurs, parmi lesquels on trouve en priorité les
fournisseurs traditionnels d’énergie mais également les acteurs de La transmission des données de la TIC se fait de deux façons
l’électroménager et start-up de la domotique, travaillent actuelle- possibles :
ment à l’élaboration de nouveaux services liés à la gestion et au – soit par liaison filaire directe (paire torsadée) entre le
pilotage des consommations à partir des fonctionnalités de Linky. compteur et l’appareil récepteur du client ;
– soit en branchant sur le bornier TIC un petit équipement
radio-émetteur, l’émetteur radio local (ou ERL) qui commu-
La télé-information client (TIC) nique par signaux radio les données à l’appareil récepteur du
client (figure 1).
Le compteur Linky émet toutes les secondes des données L’ERL permet de convertir le signal numérique de la TIC en
dites de télé-information client (TIC) destinées à un usage différents protocoles radio parmi les plus fréquemment
domestique pour les clients souhaitant les exploiter. Ces don- utilisés : WiFi, Bluetooth, Bluetooth Long Range, Zigbee, KNX.
nées peuvent être réceptionnées directement depuis un port D’autres protocoles sont également possibles : MODBUS RTU,
en accès libre (le bornier TIC), situé sous le plastron du comp- MODBUS TCP, OCPP, ISO 15118, ultérieurement IEC 61850 et
teur, et interprétées par différents équipements compatibles. IEC 63110...

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