Notes de Cours
Notes de Cours
Critique historique : le paradoxe de l’historien est qu’il n’a pas accès à son objet d’étude (le passé est
mort, il n’est plus là). Le temps nous sépare du passé.
Il faut distinguer l’histoire réalité de l’histoire connaissance. L’histoire réalité c’est ce qu’il s’est
réellement passé, l’histoire connaissance est ce qu’on pense qu’il s’est passé, c’est un récit.
Les passerelles entre ces histoires sont les sources, les documents.
Les sources sont la matière première de l’historien. > La critique historique est la procédure qui traite
ces sources.
L’homme est un animal temporel : il est inscrit dans le temps et il a la conscience du temps. Mais il
reste incapable de définir le temps (< Saint Augustin).
La conception qu’on a du temps influence notre fa con de considérer le monde :
− Il y a une mémoire individuelle qui façonne l’identité personnelle.
− Il y la mémoire collective des sociétés, sur laquelle on fonde l’organisation, les valeurs, les
lois…
La critique historique n’est pas vue d’un bon œil par tous les historiens, philosophes, auteurs… l’esprit
critique n’est pas toujours bien vu.
Ernest Renan, auteur de la fin du 19e s : ‘’La critique est contraire à l’allure normale de l’intelligence.
La tendance spontanée de l’homme est d’ajouter foi aux affirmations et de les reproduire sans même
les distinguer de ses propres observations’’ > la critique n’est pas naturelle à l’esprit. Elle ne
correspond pas à la manière dont l’homme pense; l’homme croit à ce qu’on lui dit, et c’est renforcé
lorsque l’affirmation est délivrée par une autorité. Cette croyance est un obstacle à ce que l’homme
peut observer par lui-même, une paresse lui fera l’acceptation plutôt que l’observation personnelle.
Cette tendance est très ancienne, parfois elle fut plus forte et parfois moins. Les époques durant
lesquelles une confiance aveugle était faite aux autorités sont des périodes où la critique et la libre-
pensée étaient oubliées.
Ex : Au Moyen-âge, on ne distingue plus la pensée rationnelle de la pensée irrationnelle (le magique)
> les discours mêlent des faits et des légendes qui seront crues par l’interlocuteur, surtout si ils
émanent d’une autorité.
Philippe Raxhon, 2011-2012
I. Il ne faut pas croire que l’esprit critique est vrillé à notre intelligence, on ne nait pas avec.
Louis Pasteur : ‘’l’instinct naturel de l’homme face à l’eau est de se noyer, apprendre à nager est
réprimer …’’ > la critique historique n’est pas naturelle même si elle est pleine de bon sens.
− ‘’La critique est l’art de discerner le vrai du faux en histoire’’.
Histoire : c’est ce que les hommes ont fait, mais aussi ce qui se passe maintenant ou ce qu’il va se
passer (espérer vivre une belle histoire). Cela désigne également une branche du savoir, de la
science humaine. > L’étude de l’histoire s’appelle l’histoire.
L’histoire peut désigner 2 choses, ce qu’il s’est passé et ce qu’on croit qu’il s’est passé (l’histoire
connaissance, c’est une histoire parcellaire de la réalité). Hélas l’histoire-réalité est inaccessible
car le passé est mort.
Mais l’histoire peut aussi raconter des histoires, être un récit. L’histoire connaissance est un récit >
elle obéit aux règles du récit, à ses limites. Ces conditions de construction pèsent sur la
formulation de l’histoire-connaissance.
Et donc quelle distinction peut-on faire entre l’histoire-connaissance et la fiction littéraire?
Ex : Auschwitz et Napoléon, ils ont eu lieu…
Un philosophe a dit : ‘’le récit historique repose sur une visée véritative (il tend vers la vérité)’’ Cet
élan vers la vérité est produit par un historien qui est soumis au contrôle d’autres historiens.
Les concepts ne rendent pas compte de la réalité car ils restent une idée générale. Ce n’est pas
une expression complètement adéquate de la chose que c’est.
Les concepts sont indispensables à l’histoire. > La question sur la nature de la connaissance et
la question sur le rapport problématique de connaissance et réalité. ‘’L’eau bouille à 100°,
jusqu’à preuve du contraire!’’
La réalité est le champ d’investigation des scientifiques, comment doit-on traiter le réel ? Car même
dans les sciences ‘’dures’’, le regard du regardant est déterminant. Et cela est d’autant plus vrai en
histoire. > Ce qui provient du passé est reçu à la manière de celui qui reçoit.
Le passé pèse lourdement sur le présent (et l’avenir), cette pesanteur est souvent inconsciente dans
nos actes et pourtant elle est déterminante.
Ex : dans une journée, tous nos actes reposent les décisions du passé, qui a définit le petit-déjeuner?
Les magasins? Un CD? L’argent? La famille, l’école, le gouvernement…; tout vient du passé, parfois
même datant de plusieurs siècles.
Le présent est régit par le passé.
Elle a bien une date de naissance; Ve siècle av JC en Grèce. Il n’y avait pas d’histoire-connaissance
avant cela, mais il existait déjà un souci du passé, une relation au temps depuis que l’homme est
homme.
Ex : on a retrouvé le squelette d’un homme préhistorique adulte paraplégique, pour atteindre cet
âge il a dut être aidé par les autres, il y avait déjà la notion de solidarité.
A l’arrivée de l’écriture; des supports écrits qui témoignent du souci du passé mais pas encore
d’histoire-connaissance.
Ex : Les anales écrites par les logographes, ce sont des évènements transcrits dans l’ordre
chronologique mais qui n’ont pas vraiment de lien entre eux, ce sont des données.
Les généalogies, apparues assez tôt, lorsque la société est dirigée par un souverain, il veut
montrer une longue lignée, si possible d’origine divine.
Les codes juridiques, recueils de lois, de rituels, dans des sociétés organisées qui ont besoin de
règlement. Ces lois sont accompagnées de références anciennes (mythiques).
Les textes religieux, des données en vrac, mais où il s’inscrit tout de même une chronologie.
C’est le moyen de transmettre des valeurs religieuses. Il y a des textes plus ‘’historiques’’ que
d’autres. Une ‘’histoire’’ est un récit accompagnant la réalité, la Bible est une sorte de livre
d’histoire. Le culte est une opération de remémoration. Ici, le souci du passé est encadré dans une
perspective religieuse.
Des récits littéraires, plein de soucis du passé.
Les mythes ont la particularité d’être intemporels, ils ne font pas référence à des événements
historiques précis. Ils sont originaires; ils renvoient à passé indéterminé, sinon à un passé du
Philippe Raxhon, 2011-2012
début. Le mythe est en quelque sorte hors du temps tout en venant du passé, il est porteur de
valeurs intemporelles, il s’adapte donc aux époques et aux sociétés.
Durant l’Antiquité, ils sont des cadres mentaux qui donnent un sens au réel. Sa théorie; nous ne
pourrions pas voir quelque chose qui ne se rattacherait pas à quelque chose qu’on a déjà vu. Le
mythe a donc un statut très puissant, métaphysique. Les mythes sont les portes d’entrée pour
connaitre l’organisation des sociétés du passé. Ils véhiculent des vérités intemporelles,
intangibles.> le récit mythique est donc l’antithèse de l’histoire-connaissance.
La légende est beaucoup moins puissante. Elle repose sur un fond historique et peut prêter à
rire, or dans le mythe il n’y a pas d’humour. La légende est aussi un récit qui donne du sens à la
réalité.
Pourquoi au Ve siècle quelque chose se passe et modifie le rapport de force du présent au passé ?
En Grèce au Ve s, les auteurs ont parlé de ‘’miracle’’. C’est un mot important et positif. Il y a le
sentiment qu’une révolution a eu lieu à ce moment-là: l’émergence de la raison, la rationalité, le
rationalisme, c'est-à-dire l’utilisation de la raison pour appréhender le réel, le comprendre et le
conquérir. C’est devenu l’instrument de conquête du monde, c’est la révolution de l’homme par
rapport à son statut. Il y a un essor général de la science grecque, la musique, la rhétorique et la
philosophie.
La philosophie, via Socrate qui ramène la philosophie sur terre et la considère comme une manière de
faire émerger une morale, donc une conduite. Elle peut donner des réponses sur ‘’comment faire’’. Le
rationalisme c’est donc ramener tout à l’homme, et plus aux dieux. Au niveau de la science on voit
apparaitre la recherche positive, c’est étudier les phénomènes (externes à moi) et cette étude
demande une certaine méthode; la base et l’observation. On passe de la spéculation à l’observation
(qui est différente de l’introspection). Cela émerge dans la cité et donc dans la politique,
l’organisation de l’état. > la raison renforce, le statut de chacun dépend du statut de tous, c’est tribal.
Le rationalisme apporte que la somme des uns est supérieure à quelque chose supérieur à la somme
de tous: 1+1+1…= x + qqch (la plus value)
La plus value est ce qui fait que l’homme agit pour les autres en plus de pour lui.
Ex : la démocratie est faite pour ceux d’aujourd’hui et ceux de demain. L’homme-citoyen apparait, il
est concerné par le destin de la collectivité.
C’est dans ce contexte que l’histoire-connaissance apparait.
Le 1e auteur qui est considéré comme le père de l’histoire par Cicéron est Hérodote, 484-425 av JC. Il
est né en Asie mineure, fut contemporain des guerres médiques (il était encore enfant quand elles
finissent) et il a donc encore accès à des témoins vivants. Elles ont opposé les Grecs aux Perses et
finies par la victoire grecque. C’est le sujet de son étude, et c’est dans sa façon de l’aborder qu’il fait
apparaitre les principes de l’histoire-connaissance, c’était il y a 25 siècles.
Son œuvre ‘’Histoires’’ ou ‘’Istorie’’ signifie enquête. Il se désigne comme un Istore, c’est un mot qu’il
invente pour définir son statut.
Philippe Raxhon, 2011-2012
Il va mener une enquête, se déplacer sur les lieux, rencontrer les témoins… il a en sa possession 2
supports:
• Obsis : optique, il va voir, il va en direction des lieux, des témoins…
• Acoe : acoustique, il va écouter les témoins.
En même temps, il observe l’environnement culturel des témoins, des habitants.
Son but est d’empêcher que ne tombent dans l’oubli les grands exploits des grecs et des barbares (les
perses).
‘’Histoires’’ est un recueil de textes destinés à être lus à haute voix. La technique de transmission est
opposée/ parallèle à la technique de l’aède (poète) qui transmet le Kleos (la gloire des héros) pour la
rendre immortelle. Le poète chante les exploits.
La conscience politique naissante est la source de l’identité. Elle rend possible le basculement des
légendes (Homère) vers une vrai histoire des peuples. On
passe d’un discours épique (qui fait référence à des dieux et des mythes) vers un discours historique.
Il y a une désacralisation du contenu des discours. Le discours
d’Hérodote est l’analyse des actions des hommes sur terre, il n’y a pas de référence à des mythes ou à
des dieux, il s’agit d’un virage fondamental.
Un élément clé: il cherche à expliquer les évènements des guerres médiques. Il ne fait pas référence à
une cause originelle supranaturelle, divine. Il fait seulement référence à des causes humaines.
‘’Les choses auraient pu se passer autrement’’ > idée tout à fait nouvelle. Le destin des hommes et des
nations n’est pas écrit d’avance, donc ce qui se produira sera le fruit des actions des hommes et des
causes humaines. L’idée que l’homme n’a pas de destinée écrit e est une véritable révolution dans la
pensée grecque.
Il examine les grecs et les perses et met en relief une opposition entre 2 organisations politiques de la
société (politologie). Il découvre de grandes différences entre ces 2 régimes et en tire une source
d’explication de la victoire des grecs:
∗ Dike : l’organisation politique grecque repose sur la mesure, le propre de la démocratie. Elle
donne une impression d’instabilité mais c’est cela la source de la démocratie.
∗ Hubris : l’empire perse repose sur la démesure. Le régime perse est autocratique, tyrannique.
C’est une situation antidémocratique.
Selon lui, quelque soit la taille d’un empire, son système politique fera la différence entre victoire
ou défaite.
Attention, son analyse ne se fonde pas sur la culture ou la religion, il la fonde sur le système politique!
C’est très innovant.
Cependant, il y a une dimension qui n’apparait pas chez Hérodote, il ne met pas en relief la différence
de perception des guerres médiques pour les grecs et les perses. Selon les grecs, si ils ne résistent pas
contre cet immense empire ils seront balayés.
Hérodote nous enseigne que tout historien est le fils de son temps et de son lieu, il est marqué par
son environnement et son époque. Même si l’histoire est un récit explicatif contrôlé par des faits, par
une enquête, il reste un choix arbitraire de l’historien.
Philippe Raxhon, 2011-2012
Nous lisons Hérodote à la lumière de notre environnement actuel et des évènements passés entre lui
et nous (des dizaines de générations).
Le passé nous vient toujours marqué par le présent de l’historien qui nous le raconte et par le
présent du lecteur.
L’histoire est existentielle, elle me touche dans mon existence, et c’est l’étude des hommes par des
hommes marqués par une barrière infranchissable, le mur du temps (le passé est mort).
Donc la connaissance du passé est médiate (par intermédiaires) et jamais une question d’observation
directe. Or les témoignages peuvent être lacunaires.
Thucydide fut un contemporain d’Hérodote, il a suivi ses cours.
‘’Il n’y a pas de bonheur sans liberté et de liberté sans courage’’ > cela définit son environnement.
Thucydide fut général athénien durant les guerres du Péloponnèse (qui opposèrent les grecs entre
eux), défait, il est condamné à l’exil. Durant son exil, il décide de relater les faits de la guerre. C’est un
facteur témoin direct et un marqueur personnel fort, son regard est influencé par sa propre défaite.
Il établit une méthode: il n’attribue pas son échec à un dieu ou au destin mais à des faits, des causes
terrestres. Il est prêt à combler les trous dans les traces, il est prêt à inventer des histoires (mais
toujours crédibles) > ‘’de ce que je sais, il a du se dire ceci…’’
Thucydide veut tirer des leçons du passé, c’est une des fonctions attribuées par la société aux
historiens. Mais les évènements ne se reproduisent jamais comme tel, c’est la singularité des
évènements.
Pourquoi étudier les évènements du passé puisque ceux à venir seront différents ?
Il existe tout de même des similitudes, pour pouvoir analyser le présent et le futur.
On appelle ça la pensée analogique, la ressemblance entre des évènements. C’est l’opposé de la
pensé cartésienne, qui met l’accent sur les différences pour définir un élément.
Ex : dans la pensée analogique, si le tournesol s’appelle ainsi c’est parce qu’il ressemble au soleil.
Le risque est grand de glisser vers une pensée analogique lorsque l’on étudie l’histoire.
Polybe, grec du IIe s av JC. Il est tombé sous le charme de Rome et même fasciné par le destin de
cette ville liée à l’impérialisme. Il désire en faire l’histoire, raconter son développement. Polype
présente les choses comme si le destin était prédéfinit. Il donne un sens de l’histoire impulsé par le
destin de cette ville. Il incarne un ‘’philosophe de l’histoire’’ qui se distingue d’un historien car il
donne des ‘’lois de l’histoire’’. Il présente une vision déterministe de l’histoire (quelque chose
détermine à l’origine l’histoire, ici c’est Rome).
Philippe Raxhon, 2011-2012
‘’Le temps est quelque chose que l’on sent mais qu’on ne parvient pas à définir’’ Saint Augustin, +- 500
ap JC.
* 1e grande différence: elle a un début et une fin. Chaque évènement est unique et tragique, il
n’y a aucun espoir de retour en arrière.
Apparait avec le triomphe du christianisme, le monothéisme, c’est un phénomène
considérable dans la destinée de l’humanité. Le passage au monothéisme génère une vision du
temps linéaire avec un sens, une direction: Dieu. Un dieu qui n’est plus proche des hommes
(avant il existait même des demi-dieux).
Philippe Raxhon, 2011-2012
Le début des temps; la création par Dieu, au milieu; Jésus-Christ et à la fin, la parousie, juger
les bons et condamner les mauvais. Il y a quand même une vision cyclique à partir de Jésus,
c’est une dimension rassurante.
C’est la conception du temps judéo-chrétienne.
Cette conception implique le providentialisme. Ce concept qui veut qu’il y ait un sens à l’histoire,
voulut par Dieu. Néanmoins, les hommes disposent du libre-arbitre, ils peuvent s’éloigner de Dieu
mais alors ils iront vers l’échec, la décadence, la fin. L’homme est libre, surtout de se tromper.
Sil il s’inscrit dans le sens de l’histoire, alors il sera sur la bonne voie, il accomplira le destin fait pour
lui.
Mais c’est une ‘’paroi poreuse’’; ‘’si je m’inscris dans ce sens de l’histoire et accomplis la volonté de
Dieu, ne puis-je pas accélérer ce sens? Et si j’accomplis ce sens de l’histoire, je n’ai pas à justifier ces
faits commis pour Dieu…’’ > massacres, soumissions des non-croyants…
On ne peut opposer d’argument à cela, sauf en confrontant une autre vision du temps, on appelle
cela une guerre de religions.
L’écriture de l’histoire est donc énormément influencée par cette vision du temps (= cette religion).
On peut étudier l’émergence du providentialisme en étudiant l’évêque Saint Augustin. C’est un
personnage important, lorsque Constantin reconnait la religion chrétienne, Saint Augustin est témoin
de l’évènement et du pillage de Rome par le barbare Alaric en 410.
Selon St Augustin, si l’empire romain connait une chute, il risque d’emporter avec son partenaire,
l’Eglise chrétienne. Il faut donc séparer la religion de l’état politique.
L’augustinisme médiéval est la pensée de l’époque qui crée des tensions entre les papes et les
dirigeants des états.
Le providentialisme répond à une accusation des païens; depuis que les chrétiens sont reconnus, rien
ne va plus dans l’empire romain. > St Augustin fait des recherches pour trouver dans le passé des
sociétés qui se sont effondrées bien avant le Christianisme, il prouve que bien avant l’apparition du
christianisme, des empires déclinaient déjà.
Condorcet, philosophe français du 18e s. il réalise un tableau historique des nations où le progrès est
le moteur de l’histoire.
Désormais une nouvelle ligne du temps:
* Le progrès ne s’arrête jamais et s’étoffe, c’est une manifestation de ce que peut produire la
raison. L’optimisme à l’égard du progrès est dû à la raison.
Voilà ce qui prend la place quand Dieu s’efface.
* Les mathématiques, langage de toutes les sciences, connaissent désormais une importance
exponentielle.
* Il y a aussi une paroi poreuse; elle sépare la raison et le progrès de ceux qui sont morts pour
elles > c’est au nom de la raison que Louis XVI sera guillotiné, au nom du progrès que des pays
sont colonisés, que des crimes sont commis, des peuples soumis.
* Il y a une hiérarchisation dans le progrès, ceux qui sont en tête et ceux qui sont à la traine.
C’est la hiérarchisation des sociétés, donc des races (Paris/peuples plus primitifs).
Au nom de la science et du progrès, les juifs ont été présentés comme des rats.
Quel est le contexte historique dans lequel ont émergés les grands principes de critique historique.
A la Renaissance:
Elle est considérée comme la 2e grande révolution de l’histoire de l’Occident. On estime qu’il y
en a eu 3:
1. La révolution agricole vers 1100.
Augmentation des capacités de production agricole
Croissance démographique (le nombre d’enfants qui meurent diminue)
Les campagnes sont capables de cesser d’être en autarcie, développement du commerce et de
l’urbanisme.
La classe bourgeoise apparait
L’Europe cesse de refermée sur elle-même, elle s’ouvre et devient offensive au lieu
de défensive.
2. La révolution marchande > la Renaissance.
3. La révolution industrielle.
Les sciences et les techniques s’allient
Les banques se développent
La révolution marchande:
Les européens bougent beaucoup. La révolution agricole s’achève avec la peste noire au XIVe.
Les mentalités européennes seront profondément marquées, surtout au niveau de la religion
(Pourquoi somme-nous punis?).
La relation à la mort évolue. On entre dans un siècle de marasme.
A partir du XVe-XVIe s, la Renaissance apparait avec la révolution marchande.
L’Europe représente 7% des terres émergées de la planète, elle se trouve tout proche de la mer.
On entreprend les grandes expéditions maritimes:
− Attisée par le besoin d’or et d’argent
− Les européens améliorent leur quotidien grâce à des produits exotiques (épices, soie…)
Le commerce lointain implique beaucoup d’intermédiaires (qui coûtent) et des risques
importants (conflit chrétiens/musulmans).
Il faudra 50 ans pour longer l’Afrique et franchir le cap au sud.
Christophe Colomb explore une autre idée, visant la rotondité de la Terre, il entreprend le voyage vers
l’ouest et atteint les Amériques. Ainsi l’économie devient mondiale.
Il n’y a pas un seul peuple sur Terre qui n’ait pas un jour vu débarquer les européens…
Les grands voyages et les découvertes apportent des questions sur l’homme (les indiens sont-ils des
hommes?).
Le renforcement du rôle des villes, du rôle de certains princes qui deviennent des monarques et
règnent comme chefs d’état > apparition des capitales.
Philippe Raxhon, 2011-2012
Le pouvoir se centralise, un nouveau mode de gouvernance apparait, ils investissent dans les armées,
le commerce et les arts (ils financent les artistes).
Le renforcement des états continue à nourrir les ambitions de la nouvelle classe sociale, la
bourgeoisie, qui n’est pas à l’aise dans le système féodale (nobles-clergé-peuple).
Cela n’empêchera pas l’épanouissement de l’expression artistique avec comme socle de pensée:
‘’L’homme est la mesure de toutes choses’’. On ne peint ni ne sculpte plus de la même manière, c’est
le temps des grandes œuvres.
On n’écrit plus qu’uniquement en latin et les langues internationales (allemand, français, anglais…)
sont fondées.
Les humanistes sont des lettrés qui maitrisent plusieurs langues et qui ont le souci du texte, dans sa
forme et son contenu.
Il y a une sous-révolution: l’imprimerie. Elle permet de démultiplier les écrits et oblige les auteurs à
être très attentifs à ce qui est publié (si 1 faute est faite, 1000 fautes seront publiées) cela entraine
plus de rigueur. Mais c’est aussi une entreprise commerciale.
Le 1e ouvrage à être imprimé sera la Bible, on est sûr qu’il y aura des acheteurs.
Renaissance de quoi?
C’est la renaissance de l’Antiquité. Et c’est pour cette raison que nait la critique historique.
Les humanistes sont ceux qui seront en admiration devant cette remontée de l’Antiquité, ils rejettent
le Moyen-âge, veulent remonter aux fondamentaux.
La culture antique revient de loin, elle a été transportée par les gens du voyage (arabes, moines
copistes…). Les textes qui parviennent sont des copies de copies de copies, il n’y a presqu’aucun
original de l’Antiquité. Ces copies sont pleines de fautes et de contradictions. Les humanistes ne sont
donc pas assurés d’avoir les bons outils pour étudier l’Antiquité.
⇒ C’est dans ce contexte que les principes de critique historique seront introduits.
Les humanistes communiquent beaucoup entre eux, ils ont le sentiment d’appartenir à une
même culture. Le partage des expériences autour de la critique historique nourrit le lieu
commun de l’Europe.
La fascination pour le passé place les intellectuels dans une bonne relation avec l’histoire-
connaissance. Via la critique textuelle, les humanistes vont remonter aux sources de l’Antiquité.
Philippe Raxhon, 2011-2012
Pendant très longtemps, le document écrit sera la source noble. Les illustrations sont perçues comme
des illustrations des sources.
Aujourd’hui, le champ des sources s’est considérablement agrandi.
‘’Tout ce qui vient du passé est source’’
Plus on remonte dans le temps, plus elles se raréfient et on essaie de les presser fort, de les faire
parler le plus possible.
Une source n’existe que parce qu’elle est interrogée (le silex n’est qu’un caillou si on ne l’interroge
pas).
L’heuristique.
C’est la 1e phase de la critique historique; la recherche des sources, des matériaux historiques.
Il y a une 1e façon de catégoriser les sources: relever les documents, inconscients ou conscients.
1) Documents inconscients: docs qui n’ont pas été produis pour être une source. Ce sont des
choses qui nous renseignent mais dont ce n’est pas la fonction première.
Ex : les voies romaines faites pour faciliter les conquêtes, on a pu déterminer le rythme des
légions grâce aux concentrations de monnaie romaine retrouvée (perdue par les soldats lors
des camps) > ils ne les ont pas laissées là exprès.
2) Documents conscients: docs produits pour laisser une trace.
Ex : un monument érigé en hommage à un empereur.
En général, il n’y a pas d’épuisement de sources tant qu’il y a des questions posées. Parfois, l’historien
peut sortir une conclusion étonnante d’une source; dans les archives de police, on peut trouver des
rapports de personnes infiltrées dans des réunions ouvrières au 19e s, ils ont été fait pour le
gouverneur mais ils ont servis aux historiens pour étudier les ouvriers du 19e s.
A. Sources écrites.
Qui pense archives, pense écrit. Elles sont spontanément associées à l’historien. Il y en a 2 sortes:
∗ Sources diplomatiques. Document officiel émanant d’une autorité supérieure. C’est l’étude
du document officiel, qui a une fonction déterminée dans la vie administrative ou
juridique. L’auteur s’est effacé derrière le doc, il ne fait pas apparaitre son avis. Ce sont des
docs qui représentent une certaine sécurité, car l’auteur ne s’implique pas et qu’ils font
souvent partie d’une série.
Philippe Raxhon, 2011-2012
Ex : les registres paroissiaux, ils font apparaitre les grands moments de la vie. L’ensemble
des textes de loi, les règlements d’une société. Les docs judiciaires, lettres officielles,
compte rendus d’assemblée, factures, …
∗ Sources narratives. Elles sont écrites dans un but littéraire; envoyer un message, l’auteur
s’implique. C’est une notion très vaste, but littéraire, politique, religieux, publicitaire… elles
sont là pour informer les contemporains mais ne sont pas une nécessité pour
l’organisation sociale.
Ex : ouvrages, témoignages en tous genres, presse…
C. Sources matérielles.
Ce sont les sources en 3D, il y en a une immense diversité.
Ex : le tabac découvert sur les momies égyptiennes > ils auraient été en Amérique, en Chine ? ils
sont devenus d’immenses colonisateurs dans les esprits. Ont a finalement résolu le problème, les
archéologues fumaient la pipe!
D. Sources orales/audiovisuelles.
Il faut distinguer le témoignage oral de la source orale. Le premier est le récit d’un évènement
vécu, le second peut être quelque chose de saisi sur le vif.
Ex : lorsque Baudouin prête serment, quelqu'un dans la salle a crié Vive la république, c’est une
phrase restée célèbre dans les esprits.
Il faut faire attention à l’illusion documentaire. S’il n’y a pas beaucoup de sources, c’est qu’il ne
s’est rien passé et s’il y en a beaucoup, c’est qu’il s’est passé beaucoup de choses > FAUX.
Les sources anciennes sont moins nombreuses pour beaucoup de raisons; destruction par le feu,
guerres, animaux, hommes, intempéries, perte, vétusté, …
L’archiviste doit faire un tri dans les destructions.
les archives familiales ne durent jamais longtemps (cahier d’école…), il faut faire de la
place pour conserver des choses, les déménagements sont des occasions de destruction.
L’idée de conserver et centraliser les sources écrites remonte à loin, dans les sociétés organisées.
les archives datant de la plus haute Antiquité, sous forme de tablettes de Mari, roi du 2e
millénaire av JC. On a plus de 20 000 tablettes d’argile (des comptes, cadastres, édits etc.).
ce qui a été écrit sur papyrus ou parchemin en Grèce et à Rome a disparu à l’Antiquité. Par
contre, les papyrus ont survécus en Egypte, grâce au climat favorable. Ils y étaient très
abondants, au point qu’on les recyclait pour l’habillage des momies. Ces traces sont
complétées par les hiéroglyphes.
durant le haut Moyen-âge, les docs écrits sont rares, la raison est politique: l’organisation
de la société se fait sur un schéma féodale (trifonction: ceux qui prient, ceux qui se battent
et ceux qui travaillent). Les relations de pouvoir entre les hommes sont directes et orales
(il faut respecter sa parole sinon on est un félon).
A partir du 12e s, apparaissent des recueils de documents.
− Les chartriers: on y conserve les chartes (diplômes, testaments, traités etc.)
− Les cartulaires: des recueils de copies de documents officiels.
e
Au 16 s, naissance des archives d’état. L’évolution de la notion d’état est liée à
l’augmentation de production d’archives.
Désormais un souverain n’a plus besoin de se déplacer pour que son autorité soit
reconnue, il peut déléguer à d’autres. Avant, il devait se montrer pour exister, il était la
matérialisation de son pouvoir.
Ex : l’Espagne au 16e s, c’est un grand empire (avec l’Amérique), elle a donc besoin de
beaucoup de documents pour que l’empire fonctionne. Philippe II crée le 1e dépôt
d’archives officielles au château de Simancas. Les souverains comprennent l’importance de
la conservation et font de même.
Une discipline apparait au 17e s, les érudits font des traités d’archivistique.
1789, la révolution française; 2 conséquences très importantes:
• Une simplification administrative, les archives sont classées sous 3 catégories:
archives nationales (générales du royaume en Belgique), archives départementales
(de l’état en Belgique) et archives municipales (communales en Belgique).
Philippe Raxhon, 2011-2012
Le phonographe, inventé par Thomas Edison en 1877 initie la possibilité d’archives sonores. Par
contre, l’idée d’en garder est plus récente. Après 1945, les choses évoluent, les bibliothèques
accueillent également des archives sonores. La bibliothèque royale, musée de la parole depuis 1968.
Les documents sonores sont aussi soumis à ma critique, car ils peuvent être truqués (manipulations,
mises en scène etc.)
Ex : l’appel de Winston Churchill pendant la 2e GM, il n’a pas été lu par Churchill en personne mais par
un comédien imitant sa voix car il n’avait pas le temps de faire l’enregistrement > ca n’a pas été fait
dans un but malveillant.
Ex : l’affaire du Watergate aux USA, durant la campagne présidentielle de 1972, Richard Nixon
enregistre les affaires secrètes à la Maison Blanche pour écrire ses mémoires. Nixon a été inquiété
dans l’affaire du cambriolage du siège du parti opposé (Watergate) et la cour pénale l’a obligé à livrer
ces enregistrements > ses mémoires ont été épurées > ici le résultat est plutôt négatif.
Philippe Raxhon, 2011-2012
La 1e photographie a été prise par Nicéphore Niepce en 1822. La 1e photo couleur en 1900. La presse
insère les photos dans les quotidiens, certains n’utilisent plus que ca (les tabloïds).
On a beaucoup d’exemples de manipulation d’images.
Les premiers films sont tournés fin du 19e, il y a 2 veines: les actualités et les fictions. Parfois elles se
recoupent ;
Ex : la mise en scène de la 1e GM, en réalité on a très peu de films réels de combat.
En 1930, apparaissent les 1es cinémathèques.
Critique externe
C’est la critique d’authenticité ou de provenance. Elle s’efforce de définir si une source est
authentique. De savoir si le document provient bien d’où il prétend provenir, c'est-à-dire un
document qui sort bien des mains de son auteur.
On met l’accent sur l’origine du document. Elle porte sur les éléments extérieurs.
Les faux sont innombrables, définir la provenance d’une source est fondamentale car c’est chercher
l’origine de l’information que contient la source. Nous sommes tous façonnés par l’information. Elle
sert d’anticipation et l’anticipation c’est la survie.
A travers l’Histoire, les faux abondent et certains ont des conséquences ou importances énormes:
• La donation de Constantin, empereur romain. C’est un document en faveur du Pape Silvestre,
il permet à l’Eglise de régner sur des territoires > la religion n’a jamais été purement
spirituelle.
Au 15e s, Valla, un humaniste italien identifie ce document comme un faux provenant des
Papes du 8e s, bien après Constantin. Il y a donc des faux dans les grands documents de
l’Eglise.
• Fin 19e s, l’antisémitisme s’est développé en Europe. Il prend une ampleur nouvelle avec les
théories biologico-raciales en vogue. Elles sont combattues par les mouvements libéraux mais
l’antisémitisme renait toujours. En Allemagne, le chancelier Bismarck accorde aux juifs la
possibilité d’exercer n’importe quelle fonction, les antisémites considèrent alors que les juifs
sont partout. L’ouvrage Protocole des Sages de Sion parait à ce moment là, c’est la fuite d’un
Philippe Raxhon, 2011-2012
compte-rendu d’une réunion secrète, les juifs se sont réunis pour comploter pour dominer le
monde, l’ouvrage aura un immense succès. En réalité, il s’agit d’un faux provenant du Tsar
antisémite de Russie. Mais la démonstration que c’est un faux n’a pas empêcher sa survivance,
c’est toujours un grand succès. La vérité ne tue pas ce genre de faux.
La critique externe est un moment clé, un virage dangereux à ne pas rater.
Pour réaliser la critique externe, on pose des questions: qui a rédigé le document? Quand? Où?
• Auteur, date, lieu (renvoie également au contexte de rédaction).
Pour comprendre comment il est parvenu jusqu’à nous.
I. Identification de l’auteur
Il y a 2 solutions: soit le document est signé, soit il ne l’est pas. C’est 2 cas nécessitent une longue
enquête car celui qui signe n’est pas forcément celui qui rédige (les ministres signent beaucoup de
papiers qu’ils n’ont pas écrit). Et les contrefaçons de signatures sont très répandues, elles tirent leur
origine des généalogistes à l’époque où les Lettres de noblesse étaient recherchées, on a fait
énormément de faux. Il y a des cas extrêmes:
• Vrain-Lucas, faussaire français du 19e s aura comme client M. Chasles, mathématicien
de renom, collectionneur d’autographes. Vrain-Lucas a alimenté sa passion en lui
vendant plus de 2700 autographes: Socrate, Alexandre, Rabelais, Lazare, Dagobert,
Charlemagne… il sera condamné par la loi. C’est un témoignage de la facilité de
vendre des faux lorsqu’il y a une attente.
• Beaucoup d’auteurs se sont cachés derrière des grands noms pour diffuser leurs écris,
par exemple St Augustin…
• Les homonymes; comme les frères Perrault, qui étaient 4.
• Les personnages qui ne signent pas toujours avec le même nom; Talleyrand 1754-
1838, il a d’abord été Abbé de Périgord puis évêque d’Autun puis il y a eu la révolution
française donc il s’est fait appelé Talleyrand Périgord ensuite juste Talleyrand puis la
révolution se termine et il continue une belle carrière avec Napoléon, il signe alors
Prince de Bénévent, monte en grade et signe Charles-Maurice (son prénom) et puis
Prince de Talleyrand.
• Les anagrammes: François Rabelais publie Pantagruel sous le nom Alcofribas Nasier …
• Les pseudonymes; Romain Gary est Emile Ajar, Lénine est Vladimir…
• Les personnes qui ont plusieurs signatures; Salvador Dali avait des dizaines de
signatures différentes, ca l’amusait et ca aide beaucoup pour réaliser des
contrefaçons.
Quand les publications ne sont pas signées les pistes peuvent être très nombreuses.
Philippe Raxhon, 2011-2012
La date ne se fait pas toujours de la même manière et n’est pas pareille partout: par générations, à
partir de la naissance ou du couronnement d’un souverain, d’un personnage important, par ères… il y
a de nombreuses complications.
L’art de dater est une science auxiliaire, la chronologie.
Ex : le calendrier chrétien est compliqué, il date du 6e s. le calendrier grégorien (le notre) date de
1582.
Le fait de dater avant Jésus Christ apparait au 8e s grâce à un moine anglais, Bède le Vénérable et il le
nomme le comput négatif.
Ainsi l’année chrétienne n’a pas toujours commencé le 1er janvier, il y a eu le style de Noël (25
décembre), le style de Pâques… débuter l’année au 1er janvier date du dernier quart du 16e s (+-1575).
Si le document n’est pas daté, il faut déterminer une fourchette chronologique en fonction de son
contenu:
Terminus post quem (date après laquelle le doc. A du être fabriqué) /
Terminus ante quem (date avant...)
Ex : les récits d’un soldat de l’armée de Napoléon, s’il mentionne l’Empereur Napoléon alors c’est
après 1804 > terminus post quem. S’il ne mentionne pas les campagnes de Russie alors avant 1812 >
terminus ante quem.
Critique interne
C’est l’opération clé, elle pose la question de ce qui est vrai dans le document. Elle se fait en 5
opérations:
1) Critique d’interprétation (établir ce que l’auteur a dit)
2) Critique de compétence (déterminer si l’auteur était bien capable de rapporter le fait)
3) Critique de sincérité (le témoin est-il sincère?)
4) Critique d’exactitude (repérer les erreurs involontaires du témoin)
5) Contrôle, comparaison des témoignages (quid si plusieurs témoignages contradictoires?)
Philippe Raxhon, 2011-2012
La critique d’interprétation
Ex : lors de la guerre froide, JF Kennedy se rend à Berlin et déclare «Ich bine ein Berliner!» On peut
comprendre qu’il est de descendance allemande et qu’il en très fier, or c’est totalement faux! C’est
une métaphore pour dire aux berlinois qu’il leur est solidaire.
Attention, il peut y avoir un piège: le commentaire sur le contre-sens; vouloir à tous prix voir un sens
caché aux propos de quelqu'un, il y a un risque d’erreur d’interprétation.
Les erreurs sont facilitées par la langue employée parce que les mots évoluent:
Ex : Le Misanthrope de Molière, «Franchement il est bon à mettre au cabinet» > ne veut pas dire le
jeter dans les toilettes mais le mettre dans un meuble pour le préserver.
Ex : les bourgeois, le mot a une connotation péjorative de nos jours alors qu’à la base, il désigne
simplement les habitants du bourg. Le terme a évolué au cours de l’Histoire.
Ex : dictateur est un terme romain à l’origine, il désigne la personne choisie par le sénat pour
gouverner pendant une période de crise.
La critique de compétence
C’est la somme des connaissances préalables dont doit disposer le témoin pour être à la hauteur de
son témoignage, pour comprendre ce qu’il rapporte.
Ex : assister à un match sans connaitre les règles, c’est impossible à expliquer.
La compétence d’un témoin est aussi liée à son contexte, nous voyons ce que notre culture nous
permet de voir.
Ex : si on étudie les archives de police en Europe et qu’on cherche les témoignages d’apparition du
diable, il y en a énormément, de toutes sortes. C’est fascinant, les descriptions concordent assez bien,
on peut en déduire que le diable existe. Maintenant les temps ont changés, mais au 16e s, si une
autorité affirmait que le diable existe, tous y croirait. Tous les gens qui affirment avoir vu le diable
sont sincères, ils ont vu le diable (selon eux) mais qu’ont-ils vu en réalité?
C’est comme les enfants qui disent qu’ils ont vu St Nicolas.
La critique de sincérité
Il s’agit de savoir si un auteur ment. Le mensonge est un acte conscient et volontaire. Les raisons d’un
mensonge sont multiples; intérêt personnel, peur face à une autorité, produit par une autorité pour
influencer, mentir par vanité… Les manières de mentir sont aussi nombreuses (par omission etc.)
consigne pour enquêter sur des sociétés secrètes (les républicains) présentes dans leur département,
c’est assez légitime. Mais c’est sa façon de formuler qui est intéressante: il donne déjà l’inclinaison
des rapports (vaste complot). S’ils ne suivent pas cette inclinaison, les préfets seront considérés
comme mauvais. Donc quand on lit les rapports on pense qu’il y a effectivement un grand complot
puisqu’ils convergent tous en ce sens.
Ex : La Guerre de Gaules de Jules César, c’est le seul document écrit relatant ces évènements. On sait
maintenant que c’était un éloge que César se faisait à lui-même comme instrument politique à Rome.
Il est peut-être sincère, ou peut-être manipulateur et mensonger.
Mentir par vanité; la plupart des témoignages humains sont favorables à leurs auteurs (on lit très
rarement «je suis un salaud»…) et donc quand l’historien tombe sur des aveux, il est content.
Ex : Charles IX, roi de France catholique durant les guerres de religions au 16e s. la nuit du 24 août
1572 a lieu le massacre dit de la St Barthélemy, les catholiques massacrent les protestants à Paris. Le
Pape fera chanter un Te Deum pour célébrer l’évènement, Charles IX se présentera comme
l’instigateur du mouvement. En réalité son rôle a été bien moindre, il s’est vanté.
La critique d’exactitude
Elle examine les erreurs involontaires d’un témoin, on peut se tromper, même à propos de faits
matériels.
Ex : l’assassinat de JF Kennedy, il y a beaucoup de témoins mais ils ne sont pas tous d’accord sur le
nombre de coups de feu tirés, il y en a donc qui se trompent.
Les erreurs sont parfois le résultat de maladresses (+- bienvenues):
Ex : dans le temps, les journaux mettaient un certain temps à paraitre, donc ils publiaient toujours des
infos ‘‘réchauffées’’ > certains anticipaient. Comme en octobre 1934 en France, les journaux font le
récit de la magnifique réception du roi Alexandre de Yougoslavie à Marseille, seul hic, le roi n’y a
jamais assisté puisqu’il a été assassiné avant.
Il s’agit de mettre en relief les contenus des témoignages sur le fond, les détails, les différences, les
points communs etc. C’est un des moments clé de la critique interne.
La Guerre des Gaules contient une description de la vie des gaulois > comment savoir si elle est
exacte? Avec le temps, d’autres types de sources viennent confirmer (ou infirmer) les écrits;
l’archéologie par exemple.
Les sources de sources ne sont jamais définitivement taries.
Le reflexe naturel est de compter les témoignages concordants, il y a une place très importante
accordée à l’arithmétique dans notre société.
Il semble naturel de croire le plus grand nombre de témoins d’accord.
Mais ce n’est pas la bonne solution! «Non numerentur sed ponderentur» > il ne faut pas compter mais
il faut peser > Ce n’est pas le nombre qui importe mais les relations entre les témoins.
Ex : le couronnement de Pépin le Bref, c’est une initiative personnelle de Pépin le Bref selon un grand
nombre de chroniqueurs et selon un plus petit nombre Pépin le Bref a été choisi par ses pairs. Et ils
ont raison. Le plus grand nombre de chroniqueurs est impliqué dans l’image à donner du nouveau
souverain.
Plusieurs témoignages douteux ne signifient pas nécessairement la vérité.
Il faut appliquer le principe d’Ephore, philosophe grec: «Plus un témoignage est proche dans le temps
de son objet, plus il est crédible.» Proche dans le temps signifie exprimé très vite après l’évènement.
Ex : le témoin d’un accident, s’il fait son récit 5 min après il sera plus exacte que s’il le fait 1 semaine
plus tard.
«Plus la chaine d’intermédiaires dont nous vient un récit est longue, moins les détails sont crédibles»
cette dimension est liée à la ‘‘culture d’écriture’’. Une société d’écriture à tendance à laisser
s’émousser la capacité de mémoire orale. En revanche, les sociétés sans écriture ont absolument
besoin d’une mémoire orale, d’où l’importance des conteurs, et la capacité de transmission d’un récit
peut avoir une grande importance dans le temps (sur plusieurs générations).
On ne peut poser des questions aux sources que s’il y a des réponses, par contre, on peut réinterroger
indéfiniment une source, un témoignage.
La comparaison des témoignages, développée à la Renaissance, en même temps que se
développe l’hypercritique historique.
L’hypercritique varie en fonction de la notion de doute. L’acte de douter est différent dans les cas;
∗ L’hypercritique est un doute systématique, a priori négatif, de méfiance.
∗ La critique est un doute qui, malgré la méfiance, laisse un espace de confiance.
Philippe Raxhon, 2011-2012
L’hypercritique
• Selon les intellectuels de la Renaissance, tous les documents étaient des faux, jusqu’à preuve du
contraire.
• Un document est d’autant plus suspect qu’il a l’air ancien.
C’est une façon de raisonner qui prend appui sur le silence ou l’absence de source: s’il n’y a pas de
source, alors l’évènement, le fait ou la personne n’ont pas existé > ils sont le produit de la rumeur. La
rumeur peut devenir une réalité dans l’esprit de celui qui l’accepte, c’est l’infantilisation de la
conscience. La rumeur peut amener une vérité qui contourne les sources.
Ex : la Papesse Jane, déguisée en homme mais elle a trôné sur le siège de St Pierre. C’est après cette
histoire que l’on a instauré le système de la chaise percée pour vérifier. Mais il n’existe aucun
témoignage de l’histoire de la Papesse, c’est une pure invention.
Pour que l’argument du silence soit pertinent, il faut répondre à des exigences;
Etre certain d’avoir toutes les sources (c’est très difficile).
Etre certain que les contemporains d’un fait aient pu avoir connaissance de ce fait.
Ex : après 50 ans seulement on a su que les expériences atomiques développées dans le
désert aux USA ont eu des répercussions sur la santé des populations avoisinantes.
Etre certain que les contemporains ont eu conscience de ce fait (cela dépend de la
compétence à prendre conscience d’un fait).
Philippe Raxhon, 2011-2012
La possibilité, le dernier degré de certitude, le plus faible. Elle est émise sans preuve ni indice,
mais la culture autorise la possibilité du fait.
Ex : le débarquement extraterrestre, il n’y a pas de preuve du contraire, on conçoit les
voyages interplanétaires donc… ce n’étais pas possible dans la Grèce antique puisque leur
conception de l’univers n’incluait pas les voyages interplanétaires.
Philippe Raxhon, 2011-2012
La probabilité, faits pour lequel on a des indices mais aucune preuve, le fait est probable si les
indices sont suffisants. Parfois les indices se transforment en preuve au fil du temps.
Ex : l’existence de Jésus, le St Suaire: autour du même document, la relation de certitude peut
être très différente.
Herméneutique
La causalité
C’est une affaire complexe, sinon philosophique (l’effet papillon…) > c’est un exercice difficile.
Le discours historien est explicatif, or expliquer est une opération qui consiste d’abord à comprendre
les causes, selon Aristote.
Il se pose alors le défi de l’objectivité en histoire; une loi scientifique établi une relation entre des
phénomènes, une causalité: si la pomme tombe de l’arbre, c’est à cause de la gravité. Selon les
sciences dites exactes, une même cause produit un même effet. Alors qu’en histoire, il n’y a jamais les
mêmes causes aux mêmes effets, et vice versa.
Car les causes d’un évènement sont innombrables, ainsi l’histoire n’est pas une science exacte, on ne
peut pas dégager de loi dans cette discipline > tous les évènements sont singuliers.
La difficulté de l’herméneutique est d’identifier les causes des évènements (elle ne pourra pas
toutes car elles sont innombrables). Il faut donc le faire en sachant qu’elles sont illimitées et en ne
tombant pas dans l’illusion rétrospective.
Il faut faire une sélection des causes, avec modestie et conscience que ce sera imparfait. D’autant
plus qu’il faut hiérarchiser ces causes, mettre en relief les causes proches et les causes lointaines.
Ex : la 1e Guerre Mondiale, une cause lointaine est la rivalité économique et navale entre
l’Allemagne et l’Angleterre au 19e s, une cause proche est l’assassinat de François-Ferdinand à
Sarajevo en 1914.
La signification
Il s’agit de dégager le sens des évènements, l’orientation qu’ils ont prise. Et c’est ici que se situe le
défi de l’herméneutique.
⇒ Il faut faire ressortir les significations des faits du passé, tel que les contemporains de ces faits
les percevaient.
⇒ On ne peut donc regarder avec nos yeux d’aujourd’hui. C’est un exercice difficile car on n’est
jamais complètement objectif.
⇒ Il faut donc trouver la sensibilité des hommes d’autrefois, sinon on risque de tomber dans
l’illusion de la rétrospectivité et penser que les évènements se sont passés comme ils devaient
se passés.
Ex : le 6 juin, il est certain que le débarquement aurait été un succès. Or, le 5 juin personne ne
savait la tournure que les évènements prendraient, donc si on se met déjà vainqueurs en tête,
on ne pourra jamais comprendre la véritable sensibilité des hommes au 5 juin.
Philippe Raxhon, 2011-2012
Ex : si je voyage dans le passé en sachant avec mes connaissance de maintenant que les
sorcières n’existent pas, que ce sont des victimes brûlées par le fanatisme, alors je prendrai les
personnes du passé pour les imbéciles et je ne saurai jamais comprendre leur manière de
réfléchir pour avoir pu y croire.
⇒ Il faut s’attacher à la manière dont les contemporains percevaient leur monde.
Si j’exporte un concept qui est le produit de ma connaissance actuelle (ex: concept d’adolescence)
à l’état brut, sans l’adapter, alors ce ne sera pas possible de produire un discours historien juste
(au M-A, il n’y avait pas ce stade intermédiaire, on passait directement de l’enfance à l’âge
adulte).
⇒ On ne peut comprendre l’autre si on ne fait pas l’exercice de pénétrer sa sensibilité.
Ex : les guerres de l’Angleterre qui essaie de coloniser les territoires zoulous. Ce sont 2 mondes
bien différents qui s’affrontent. Les anglais ne comprennent pas comment ils peuvent essuyer de
telles défaites alors qu’à l’évidence ils sont supérieurs en nombre et en matériel. Ils pensent alors
que si les zoulous sont de si bons adversaires c’est parce qu’ils ne craignent pas la mort, qu’ils sont
heureux d’aller au ‘‘Paradis’’. Ils ont tout à fait tord, en réalité le sacrifice volontaire de troupes du
côté des zoulous est une stratégie militaire pour mesurer la puissance de feu des anglais.
Attention il est également fondamental d’évoluer dans le passé avec beaucoup de précautions,
sans laisser de traces de son passage.
Explorer les sensibilités des hommes du passé est un défi à cause des sources; elles ne contiennent
pas nécessairement ce dont on a besoin pour comprendre les hommes d’autrefois car leurs
motivations ne sont soit pas conscientes soit pas formulées.
Comment peut-on comprendre leurs motivations si déjà eux n’en avaient pas conscience?
Au 19e s, différentes approches de cette question naissent, comme les théories du soupçon.
Elles cherchent à montrer qu’il y avait des motivations inconnues aux actes des hommes d’autrefois.
Elles veulent donc développer des méthodes pour mettre à jour ces motivations.
* Marx et le marxisme. Ce philosophe de l’histoire met en relief le matérialisme historique, c’est
du socialisme scientifique.
* Freud et le freudisme. Il développe une méthode pour soigner les patientes atteintes
d’hystérie, cette méthode repose sur l’analyse de l’inconscient (les rêves, les actes
manqués…). Freud est intéressé par l’histoire, il rêve d’adapter ses méthodes pour découvrir
les motivations inconscientes des hommes d’autrefois. Son étude va beaucoup intéresser les
historiens.
* Le structuralisme. Il définit les structures du langage et du comportement associé au discours
oral. Il s’adapte à l’anthropologie; c’est un examen de culture pour déterminer les règles sous-
jacentes aux comportements, aux discours etc. cela renforce la perspective d’une histoire où
les motivations sous-jacentes doivent êtres découvertes.
Philippe Raxhon, 2011-2012
De touts façons, quelle que soit l’accumulation d’un héritage, la question historique reste liée à la
source. Il n’y a pas de question sans source (on ne peut étudier le comportement amoureux chez
Néandertal…) et il n’y a pas de source sans question (une source n’en est pas une si personne ne lui
pose de question).