Module:
Pollution: Eau, Air et sol
M. SAIBA Ali
Chapitre 1: EAU
L’Eau
L’eau n’est pas seulement un ensemble de molécules H20 (deux
atomes d’hydrogène et un atome d’oxygène). Elle contient en
réalité naturellement une très grande variété de matières
dissoutes, inertes ou vivantes : des gaz, des substances
minérales ou organiques, des microorganismes (bactéries,
virus, plancton), ainsi que des particules en suspension (fines
particules d’argiles, limons et déchets végétaux).
• En effet, l’eau est un excellent solvant qui se charge en
composés solides ou gazeux tout au long de son cycle,
suivant les milieux (rivières, zones humides, roches,
atmosphère, etc.) dans lesquels elle circule ou séjourne :
• quand elle tombe en pluie, elle se charge des poussières
atmosphériques,
• quand elle ruisselle sur les sols (lessivage),
• quand elle s’infiltre dans le sous-sol, elle se charge des
produits d’altération des roches.
La composition chimique de l’eau est ainsi complètement liée
aux caractéristiques du bassin versant dans lequel elle opère
son cycle (la nature du sol et du sous-sol, les espèces
végétales et animales, mais également les activités humaines).
Définition de la pollution
• Modification physico-chimique ou biologique d’un
écosystème par l’introduction d’un élément extérieur qui
créait des nuisances, dégradation du milieu naturel voir un
danger pour le monde du vivant.
• La pollution est la conséquence de l’introduction de
matières, en quantité suffisamment importante pour
perturber son fonctionnement habituel à cours, moyen, ou
long terme. La plus part du temps elle est due à l’activité de
l’homme mais pas toujours.
Pour cerner correctement la notion de pollution par un
effluent, il faut intégrer plusieurs facteurs qui caractérisent
l’eau usée et le site ou elle est rejetée :
• La nature des produits incriminés,
• Leurs concentrations (leurs quantités) dans l’eau usée,
• La durée pendant laquelle elle est rejetée,
• La sensibilité du milieu récepteur, c’est à dire, de
l’écosystème qui recevra ces produits !
Les sources de la pollution des eaux
1. Pollution domestique
• Elle provient des utilisations de l’eau par les habitants. On distingue
les eaux vannes, douches, toilettes, lavage et ménagères.
• La pollution domestique est surtout organique (graisses, déchets
organiques) ; elle peut aussi être chimique (poudres à laver,
détergents, produits utilisés dans les jardins…).
• Aux eaux usées domestiques traditionnelles s’ajoutent les eaux de
pluie et les eaux “collectives” de lavage des rues, des marchés, des
commerces, des bâtiments scolaires, des hôpitaux… ainsi que les
pollutions par des pesticides pour le traitement des espaces verts et
des voiries.
2. Pollution agricole
• La concentration des élevages peut entraîner un excédent de déjections
animales par rapport à la capacité d’absorption des terres agricoles ;
ces déjections, sous l’effet du ruissellement de l’eau et de l’infiltration
dans le sous-sol, enrichissent les cours d’eau et les nappes souterraines
en dérivés azotés et constituent aussi une source de pollution
bactériologique. Les engrais chimiques (nitrates et phosphates),
employés en agriculture, altèrent la qualité des cours d’eau et des
nappes souterraines vers lesquels ils sont entraînés.
• Les herbicides, insecticides et autres produits phytosanitaires utilisés
par les agriculteurs s’accumulent dans les sols et les nappes phréatiques
et polluent les cours d’eau. À noter que ces produits sont également
utilisés, dans une moindre proportion, par les particuliers ou encore
pour le traitement des espaces publics, des voiries et autres voies de
transport.
3. Pollution industrielle
• La pollution générée par ces rejets varie suivant le type d’activité.
• Les eaux d’une industrie agro-alimentaire (conserverie de légumes,
cave coopérative) véhiculent essentiellement des déchets organiques.
Celles provenant d’une tannerie sont chargées de chrome et d’acides,
produits toxiques utilisés pour le tannage des peaux. C’est une
pollution chimique.
• La pollution physique peut être due au réchauffement de l’eau par les
centrales thermiques, aux matières en suspension des mines ou des
carrières. Certains rejets troublent la transparence et l’oxygénation de
l’eau ; ils peuvent avoir un effet nocif sur les organismes vivants et
nuire au pouvoir d’autoépuration de l’eau. Ils peuvent aussi causer
l’accumulation de certains éléments dans la chaîne alimentaire
(métaux, pesticides, radioactivité…).
4. Pollution accidentelle
• Leurs origines sont multiples. Certains déversements de produits
polluants sont dus à des accidents (camions citernes, bacs
endommagés, fuites sur canalisations…). D’autres surviennent
dans des usines, lorsque des quantités importantes de gaz ou de
liquides toxiques s’en échappent et sont disséminées en peu de
temps dans la nature.
• Les stations d’épuration elles-mêmes peuvent tomber en panne
et déverser leurs eaux usées ou leurs boues directement dans le
milieu aquatique. Enfin, la pollution peut être due à l’ignorance
ou à la légèreté de certains usagers : rejet de solvants chlorés
dans les égouts, huiles de vidange…
Les conséquences de la pollution
1. Sur l’économie
Il faut se rendre compte que dépolluer reste encore
actuellement une activité de riches. Le maintien de l’activité
touristique implique l’élimination de ces nuisances. Ceci
représente un coût et un manque à gagner important. Comme
c’est souvent le cas, le secteur qui est à l’origine de la pollution
n’est pas le secteur qui en subit les conséquences.
2. Sur le milieu naturel
• L’incidence des rejets sur notre environnement peut s’apprécier au
regard des élévations de températures, des modifications du pH,
des consommations d’oxygène du milieu ainsi que des effets
spécifiques inhérents à chaque polluant.
• Les modifications de température et de pH perturbent le
développement normal de la faune et de la flore. Le rejet de
matière organique entraîne une surconsommation d’oxygène par
les microorganismes et en prive d’autant les poissons. Les matières
en suspension conduisent aussi au colmatage des branchies des
poissons, les rejets d’azote et de phosphore favorisent
l’eutrophisation des lacs.
3. Sur la santé
Les maladies liées à la présence d’éléments pathogènes ou de molécules
toxiques sont très répandues. Les parasitoses d’origine hydrique dominent
très largement la pathologie des habitants du tiers monde :
· Paludisme (un million de décès par an, 100 à 150 millions de cas annuels
dont 90% en Afrique, et 300 millions de porteurs de parasites),
· Filaires (maladie due à un vers injecté par des moustiques sous les climats
chauds et humides),
· Le choléra, du aux vibrions cholériques présent dans les eaux polluées,
· L’hépatite A (due à un virus présent aussi dans les eaux polluées)
· Et les autres comme les dysenteries d’origines parasitaires, bactériennes et
virales aux conséquences qui peuvent être très grave chez le jeune enfant.
Les métaux lourds comme le mercure, le plomb, le cadmium,
le cuivre…etc., présentent la particularité de se concentrer
dans la chaîne biologique. Ils ne sont pas dégradable, leur
présence est donc rémanente. Ils conduisent à des
pathologies diverses en fonction de leurs natures, pathologies
qui peuvent être très graves, voir mortelles.
Classification des polluants
Si l’on cherche à classer les matières polluantes, c’est pour
essayer de s’y retrouver et de bien choisir les procédés qui
permettront de l’éliminer. La nature des matières polluantes
de l’eau dépend bien sûr, de l’origine de l’eau usée.
1. Matière organique ou minérale
- Matière organique : c’est la matière qui est principalement issue de la
matière vivante (végétaux, animaux….) et de l’industrie chimique parfois.
Sa composition est structurée autour du carbone. On y trouve des
sucres, des protéines, des acides organiques (lactique, acétique...), des
acides gras, des macromolécules comme l’amidon, la cellulose….
- Matière minérale : c’est la matière qui n’est pas organique c’est à dire
qu’elle ne contient généralement pas de carbone. Ces matières sont les
sels, toutes les matières structurées autour du silicium, … On y retrouve
les métaux lourds, l’ammoniac, les nitrates, les phosphates…, et le gaz
carbonique (CO2).
Pratiquement, les eaux usées contiennent toujours ces deux types de
pollution à des quantités variables suivant son origine.
2. Matière soluble ou insoluble
Cette matière organique ou minérale peut être sous forme soluble ou
insoluble.
- Matière soluble : elle est dissoute dans l’eau et se trouve donc
souvent sous forme d’unité chimique simple, la molécule, ou de
macromolécules comme les protéines, les colloïdes…etc., qui flottent
dans l’eau mais que l’on ne voit pas.
- Matière insoluble : C’est un agrégat de matière qui se retrouve sous
forme particulaire. Les particules solides qui peuvent, soit flotter, soit
tomber en fonction de leurs densités.
3. Matières toxiques ou non
• Parmi les différentes matières présentes dans des eaux polluées,
certaines ont une toxicité élevée pour le monde vivant. C’est à
dire qu’à très faible concentration, elles ont un impact important
sur l’équilibre du milieu naturel.
• Par exemple le cyanure en très faible quantité peut avoir un effet
dévastateur sur un écosystème. C’est le cas aussi de métaux
lourds comme le cadmium, le mercure par exemple qui, présent
en très faible quantité, modifient fortement l’équilibre des
écosystèmes.
4. Matière inerte ou vivante
Les eaux polluées contiennent des matières organiques ou/et
minérales qui n’ont donc pas les caractéristiques du «vivant » et
que l’on peut qualifier de «matières inertes ». Mais on y trouve
aussi, très souvent, des micro-organismes (des bactéries par
exemple), qui sont de la matière vivante. Ces micro-organismes se
développent dès que l’eau est souillée. Ils peuvent être
pathogènes (donner des maladies) ou pas.
5. Température.
C’est un paramètre important surtout pour les eaux usées
industrielles (principalement les industries agro-alimentaires, les
centrales nucléaires…) qui produisent des eaux chaudes.
L’émission d’une eau propre mais chaude dans un milieu naturel
peut créer une pollution.
Traitement des eaux
1. Eaux potables
Une chaine classique de traitement des eaux est composée de:
- étape de coagulation,
- étape de floculation,
- étape de décantation,
- Étape de filtration,
- Étape de désinfection.
a. coagulation:
c’est la déstabilisation des particules colloïdales par une agitation
rapide pendant 1 minute.
Les particules colloïdales sont caractérisées par:
- Taille très fine < 1micromètre
- Densité presque égale la densité de l’eau
- Chargée négativement
- Existence de forces de répulsion entre eux.
Le réactif coagulation ajouté est chargé positivement.
Exemple: Al (SO ) , FeCl
2 4 3 3
Concentration ajoutée: 10 – 100 mg/L
Durée de coagulation: 1 à 3 minutes (2 min)
Agitation : environ 150 tr/min
b. Floculation:
C’est l’agglomération des particules déstabilisées pour former des flocs
qui sédimentent facilement sous l’effet d’un gradient de vitesse.
Exemples de réactif floculant: bentonite, carbonate de calcium, extrait
d’algues,…
Concentration ajoutée: 0,2 – 10 mg/L
Durée de floculation: 20 à 30 minutes (25 minutes).
Agitation: environ 40 tr/min
c. Décantation:
C’est un procédé de séparation solide-liquide.
On utilisera le terme décantation lorsque la phase liquide qui nous
intéresse.
On utilisera le terme sédimentation lorsque la phase solide qui nous
intéresse.
Le but essentiel de la décantation est l’élimination des matières en
suspension et les flocs formés dans l’étape précédente.
Il existe trois classes de décantation:
- Décantation des particules discrètes où individuelles,
- Décantation des particules floculantes,
- Décantation piston.
Durée de décantation: 1heure en générale (30 minutes à 3 heures)
d. Filtration:
C’est l’opération de séparation solide-liquide par laquelle les impuretés
(MES, colloïdes, flocs) sont séparés du liquide lors du passage de se
dernier sur un corps poreux qu’on appellera milieu filtrant (le sable) qui
retient les solides et laisse le liquide (filtrat).
Porosité du filtre environ ξ=v /v = 0,4
vide tot
La filtration permet une bonne élimination de la turbidité, MES,
matière organique naturelle, couleur, odeur, micro-organisme et
d’améliorer le goût.
Vitesse de la filtration: 10 m/h au max.
Hauteur du sable: 1 m.
e. désinfection:
C’est une opération d'élimination momentanée de certains germes, de
manière à stopper ou prévenir une infection par des micro-organismes.
La désinfection implique d'éliminer ou tuer les micro-organismes et/ou
d’inactiver les virus pathogènes de milieux, matières ou matériaux
contaminés en altérant leur structure ou en inhibant leur métabolisme
ou certaines de leurs fonctions vitales.
Le principal désinfectant utilisé est le chlore.
Dose de chloration est : 3 mg/L à l’entrée de l’eau et 5 mg/L à la sortie.
1°ch = 3,17 g/L
Il existe plusieurs types de désinfectant:
- Cl : pas chère, facile à utiliser, facile à transporter, disponible mais
2
forme les trihalométhane (THM) en présence de la matière organique
et forme les chlorophénols en présence de phénol et ne détruit pas
les virus.
- Cl0 : forme peu de THM et ne réagit pas avec le phénol et forme les
2
chlorates et chlorites.
- O : un bon désinfectant mais qui laisse des résidus de bromates et qui
3
possède une faible durée de vie de 30 minutes.
Exercice:
Une station de traitement des eaux ayant un débit de 75 l/s utilise de
sulfate d’aluminium à 100 mg/l pour traiter une eau brute.
- Déterminer le débit de coagulant injecté en l/h s’il est préparé à 150
g/l ainsi que sa quantité mensuelle nécessaire.
- Déterminer le volume de décanteur (pendant 2 h).
- Déterminer la surface du filtre.
- Déterminer la quantité du sable nécessaire pour la filtration.
- Masse volumique du sable= 2600 kg/m3. porosité 0,4.
- Déterminer la quantité journalière nécessaire de l’eau de javel s’il est
préparé à 12 °.
2. Epuration des eaux usées
a. Prétraitement
Il existe trois opérations:
- dégrillage,
- Dessablage,
- Dégraissage-déshuilage.
• Dégrillage: il s’agit de faire passer les effluents entre les barreaux
d’une grille. Il existe trois catégories:
- Dégrillage fin: espacement entre 0,5 et 1 cm,
- Dégrillage moyen: espacement entre 1 et 2,5 cm,
- Dégrillage grossier: espacement entre 2,5 et 10 cm.
Il existe deux formes de dégrillage:
- Grille droite: inclinée de 50 à 70 °.
- Grille courbe: forme de ¼ d’un cercle.
• Dessablage: il permet l’élimination de sables pour éviter le bouchage
des canalisations l’endommagement des équipements. Il élimine les
particules dont le diamètre supérieur à 0,2 mm. Son principe est le
même qu’un décanteur, son fonctionnement consiste en sa longueur.
Les sables sont récupérés par raclage une fois décantés.
• Dégrissage-déshuilage: c’est une opération qui permet d’enlever les
graisses et huiles pour ne pas encombrer les lits bactériens. Dans
certains cas des dégraissants vont être ajouté alors qu’il est nécessaire
d’ajuster le pH après car ces derniers ont un pH basique.
• note: dans certains cas des coagulants et flocculants vont être ajoutés
dans cette étape de prétraitement pour favoriser l’élimination des
particules.
b. décantation: les effluents prétraités contiennent de matières
sédimentables.
c. Traitement biologique: les procédés biologiques sont utilisés pour le
traitement secondaire des eaux résiduaires urbaines et industrielles. Ils
sont essentiellement employés pour l’élimination des composés
carbonés présents sous forme soluble tels que sucre, graisses,
protéines,…etc. Le but des traitements biologiques est d’éliminer la
pollution organique soluble au moyen de micro-organismes, bactéries
principalement (biodégradation). (bactérie aérobique, en présence d’O2)
Ces procédés peuvent éliminer l’azote et le phosphore moyennant une
étape supplémentaire : mise en place d’un bassin d’anoxie. (bactérie
anaérobique, en absence d’O2).
La charge en polluants organiques est mesurée communément par la
demande biochimique en oxygène sur 5 jours (DBO5) ou la demande
chimique en oxygène (DCO).
Les différents procédés utilisés peuvent être classés en fonction des
conditions d’aération et de mise en œuvre des micro-organismes. On
distingue :
• les procédés aérobies à cultures libres ou boues activées,
• les procédés aérobies à cultures fixées,
• les procédés anaérobies à cultures libres,
• les procédés anaérobies à cultures fixées.