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Chapitre 6

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Chapitre 6

1 J’ai écrit 6 en haut de cette page mais il me reste que quelques feuilles à mon cahier.
Je n’irai pas au bout de ce chapitre dans lequel j’aurais aimé parler d’elle qui se repose en ce
moment juste à côté de moi.
Ici, l’hiver dure toute l’année. La cabane s’appuie contre deux arbres. La forêt et tout autour.
5 Je ne me lasse pas de la blancheur de ce monde. J’aime la neige et le givre. J’aime le manteau
blanc des forêts. Le bruit des flocons qui tombent sur le sol. J’aime le froid qui saisit ma main
et l’engourdit.
Je ne crains pas le combat de la survie dans un monde difficile, glacé, mais qui au moins ne
nous veut pas de mal.
10 Les premiers mois passés dans ce bout du monde, J’ai surveillé Céleste comme les semis de
lentilles de mon enfance. Je redoutais que sa maladie ne progresse. Je guettais la surface de
sa peau comme si l’ennemi avait pu surgir dans cet horizon blanc.
Je savais que Briss avait échoué. Mon message n’avait pu être envoyé au monde. Je
m’attendais donc à voir se creuser encore sur le corps de Céleste l’aggravation de l’état de la
15 planète.
Un œil sur elle, j’ai bâti notre cabane, organisé le rythme de la vie.
Céleste m’aidait. Elle sortait de plus en plus pour marcher dans la neige. Ses joues se
coloraient de rose.
Il me semblait qu’elle allait mieux. J’aurais voulu arrêter le temps, profiter de ce miracle
20 fragile. Comment aurais-je pu croire que le temps, au contraire, travaillait pour nous ?
Un matin, en la regardant de près, j’ai pensé que la tache de son front s’était réduite.
Le mois suivant, je n’avais plus beaucoup de doutes. Mais
il me fallut près d’un an pour le croire vraiment.
Je l’écris aujourd’hui en bas de cette dernière page :
25 Lentement, Céleste est en train de guérir.

Une seule question monte en moi dans ce désert humain


ou je vis : Et le monde ? Où en est le monde si Céleste va
mieux ?
Sur une des photos à jamais perdues, j’avais juste écrit au
30 feutre rouge comme un message pour l’humanité : «
Voici Céleste, ma planète. »

J’essaye de penser à demain. Peut-être qu’ils finiront par


nous trouver. Peut-être qu’ils nous élimineront comme ils le veulent depuis si longtemps.
Peut-être aussi qu’une tempête nous recouvrira un jour. Ici, tout peut arriver. Je demande
35 alors seulement que celui qui retrouvera ses pages les porte aux parents de Céleste.
Fin du cahier blanc

~1~
Une cabane construite entre deux arbres. Un homme s’en
approche. Il est armé d’un fusil à deux coups. Il a laissé sa
motoneige à cent mètres de là. Il avance prudemment
40 entre les arbres. Il regarde la fine colonne de fumée qui
s’échappe de la cheminée.
L’endroit est habité. La neige a été piétinée autour de la
maison.
L’homme qui approche a armé son fusil. Sa barbe est
45 glacée. Il sort un petit boîtier de sa poche et presse un
bouton rouge.
Il vient d’envoyer un signalement satellite pour
appeler du renfort.
Il a maintenant le dos contre la cabane. Il écoute.
50 À l’intérieur, rien d’autre qu’un craquement
régulier. Impossible de savoir si c’est un pas ou le
bruit du feu dans la cheminée.
Il se baisse pour passer sous une fenêtre sans être
vu, jette un coup d’œil furtif. Il vient de voir quelqu’un avec un crayon à la main, un cahier
55 blanc fermé sur les genoux.

L’homme se tient debout devant la porte. Il arme le deuxième coup de son fusil.
D’un seul élan, il se jette sur la porte et la brise d’un mouvement d’épaule. Il entre, tourne sur
lui-même et braque son arme vers une jeune fille couchée sous des couvertures.
Il hurle :
60 - Ne bouge pas !
Il semble nerveux
- Où est-il ? J’ai vu quelqu’un d’autre !
La fille le regarde.
- Vous m’avez trouvée, répond-elle. Emmenez-moi. Je suis seule.
65 L’homme scrute la pénombre. Il n’a pas l’air de comprendre.
Alors, une ombre bondit derrière lui, roule dans ses jambes, le fait trébucher et se saisit du
fusil.
En une seconde, l’homme s’est retrouvé désarmé
par un garçon de seize ans qui le maintient en joue. Le
70 cahier est tombé sur le sol.
- Vous ne l’aurez pas, dis le garçon. Elle commence
juste à aller mieux.

~2~
75 L’homme regarde la fille. Il n’arrive pas à détacher ses yeux de ce visage. Il se mord les lèvres.
- Vous êtes la …
Des larmes mouillent ses paupières de givre.
- Vous êtes … Céleste ?
Elle le contemple. Elle n’a jamais vu cet homme.
80 - Je ne vous connais pas, dit-elle.
- Je sais, dit l’homme… Personne ne me connaît. Je suis à
trappeur du Nord. Qui connaît mon nom ? Mais vous,
mademoiselle, vous… Le monde entier vous connaît.
Dans la cabane, le silence est devenu très intense.
85 Le jeune homme baisse son arme. Il écoute l’homme qui parle.
- Tous connaissent votre histoire, mademoiselle. Vous avez
changé le monde…
La fille semble surprise, mais son ami est très pâle. Il murmure :
- Briss … Briss a réussi. Les photos …
90 - Les photos sont partout, interrompt le trappeur. Il s’est passé quelque chose
d’extraordinaire. Tout a changé. Les gens ne font plus rien comme avant. Et … Vous, Céleste
… Vous êtes … guérie ?
Alors la jeune fille se lève, laisse tomber la couverture. Oui, elle se porte bien. Elle a un
manteau sur les épaules. Elle interroge :
95 - Et notre planète ?
Un grand sourire illumine le visage du trappeur. Le sourire du médecin qui va vers des parents
quand leur enfant est enfin hors de danger. Le sourire de l’officier annonçant à la fiancée que
le soldat s’en sortira. Le sourire éclatant des grandes nouvelles de la vie.
- Et la planète ? répète Céleste, les yeux brillants.
100 L’homme inspire longuement pour profiter de l’instant. Sa voix est claire quand il répond :
- Elle va mieux. Beaucoup mieux.

~3~

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