100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
5K vues17 pages

Caractéristiques de la poésie engagée

Ce document définit la poésie engagée comme une poésie qui met l'art du poète au service d'une cause, souvent ancrée dans la réalité historique. Il décrit les caractéristiques formelles, les thèmes et les objectifs de ce genre de poésie.

Transféré par

papa yoro
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOC, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
5K vues17 pages

Caractéristiques de la poésie engagée

Ce document définit la poésie engagée comme une poésie qui met l'art du poète au service d'une cause, souvent ancrée dans la réalité historique. Il décrit les caractéristiques formelles, les thèmes et les objectifs de ce genre de poésie.

Transféré par

papa yoro
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOC, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Synthèse 

: La Poésie engagée 
Essai de définition
 

Le professeur, à l’issue de l’étude des quatre poèmes, demande aux élèves


d’élaborer une fiche présentant les caractéristiques de la poésie engagée.
(définition, caractéristiques formelles, thèmes, visées)

1.    Définition :

Articles du Petit Robert :

Engagement = (sens n°10) (1945) Acte ou attitude de l’intellectuel, de l’artiste


qui, prenant conscience de son appartenance à la société et au monde de son
temps, renonce à une position de simple spectateur et met sa pensée ou son art
au service d’une cause.
Engagé = (1945) Mis par son engagement au service d’une cause.

Le poète, de même que l’écrivain, le chanteur, le peintre,… peut,


dans un contexte historique précis (guerres de religion, guerres
mondiales, périodes de misère sociale,…) décider de
…………………………………………. On parle alors de poésie
engagée.
La poésie engagée est toujours …………………………………………..
On trouve donc souvent des noms de lieux, de personnes, et des
dates.
Exemples :
………………………………………………………………………..
…………………………………………………………………………………
….
…………………………………………………………………………………
….

2.    Caractéristiques formelles :

La poésie engagée met en jeu


………………………………………………
………………………………… Elle incarne les idées par des images
concrètes.
Exemple :
………………………………………………………………………..
Les figures de style : ……………………………………………… sont
nombreuses, et utilisées dans une démarche argumentative, afin de
solliciter l’imagination et la sensibilité du lecteur pour susciter son
émotion et son adhésion.
Le rythme et le jeu sur les sonorités sont particulièrement
importants dans un poème engagé : la reprise d’expressions ou de
structures syntaxiques (…………..…et…..………..),
………………………………………………………………………, créent
un dynamisme musical qui facilite la mémorisation et la diffusion
des textes.
Ces caractéristiques se retrouvent dans le poème …………. (ex :
………………………….).

3.    Thèmes :

Le poète prend la plume lorsque les droits de l’homme sont bafoués


dans différents domaines :
-         ……………….. (intolérance, fanatisme)
-         ……………….. (injustice, inégalité, misère, racisme…) :
…………………...
…………………………………………………………………………………
….
-         ………………... (guerre, dictature, violence…) :
……………………………
…………………………………………………………………………………
….
…………………………………………………………………………………
….
…………………………………………………………………………………
….

4.    Visées :

Le poète engagé vise à :


-         révéler la réalité, ……………., dénoncer
-         transmettre un message ……………………..
-         convaincre les hommes d’adhérer à une …………, défendre des
…………..
-         faire ………..
-         mettre en garde contre l’……….., rendre hommage

Pour atteindre ces objectifs, le poète engagé doit :


-         toucher la sensibilité du lecteur :
…………………………………………
-         toucher l’esprit du lecteur : le faire ……………, l’amener à une
prise de conscience
Corrigé : La Poésie engagée
Essai de définition
 
 
1.    Définition :

Articles du Petit Robert :

Engagement = (sens n°10) (1945) Acte ou attitude de l’intellectuel, de l’artiste


qui, prenant conscience de son appartenance à la société et au monde de son
temps, renonce à une position de simple spectateur et met sa pensée ou son art
au service d’une cause.
Engagé = (1945) Mis par son engagement au service d’une cause.

Le poète, de même que l’écrivain, le chanteur, le peintre,… peut,


dans un contexte historique précis (guerres de religion, guerres
mondiales, périodes de misère sociale,…) décider de mettre son art
au service d’une cause. On parle alors de poésie engagée.
La poésie engagée est toujours ancrée dans la réalité, dans
l’Histoire. On trouve donc souvent des noms de lieux, de personnes,
et des dates.
Ex : « Napoléon Bonaparte » dans « Souvenir de la Nuit du 4 » de V.
Hugo
« C’est Hitler, C’est Goebbels » dans « Le Legs » de [Link]

2.    Caractéristiques formelles :

La poésie engagée met en jeu des symboles, des


personnifications, des allégories. Elle incarne les idées par des
images concrètes.
Ex : L’allégorie de la liberté chez Eluard
Les figures de style : hyperboles, métaphores, comparaisons …
sont nombreuses, et utilisées dans une démarche argumentative, afin
de solliciter l’imagination et la sensibilité du lecteur pour susciter son
émotion et son adhésion.
Le rythme et le jeu sur les sonorités sont particulièrement
importants dans un poème engagé : la reprise d’expressions ou de
structures syntaxiques (répétition et anaphore), les rejets et les
enjambements, les parallélismes et les oppositions, les
assonances et les allitérations, créent un dynamisme musical qui
facilite la mémorisation et la diffusion des textes.
Ces caractéristiques se retrouvent dans le poème classique (« Le
Legs » de Desnos).

3.    Thèmes :

Le poète prend la plume lorsque les droits de l’homme sont bafoués


dans différents domaines :
-         religieux (intolérance, fanatisme)
-         social (injustice, inégalité, misère, racisme…) : [Link] dénonce le
travail des enfants dans « Mélancholia »
-         politique (guerre, dictature, violence…) : durant la 2ème GM, de
nombreux poètes ont refusé l’indifférence et le silence face au
nazisme ; ils ont parfois pris le risque physique de résister jusqu’à y
laisser leur vie ([Link]).

4.    Visées :

Le poète engagé vise à :


-         révéler la réalité, témoigner, dénoncer
-         transmettre un message d’espoir
-         convaincre les hommes d’adhérer à une cause, défendre des
valeurs
-         faire agir
-         mettre en garde contre l’oubli, rendre hommage

Pour atteindre ces objectifs, le poète engagé doit :


-         toucher la sensibilité du lecteur : l’émouvoir, l’indigner
-         toucher l’esprit du lecteur : le faire réfléchir, l’amener à une prise
de conscience
…………………………………………………………………………………

Dans leurs emplois spécifiques, les termes engagement et littérature engagée


renvoient à une conception militante de la littérature liée à partir des années
trente à la philosophie existentialiste et à la pensée marxiste; ils évoquent
habituellement le nom de Jean-Paul Sartre. Toutefois, le concept d'engagement
est employé rétroactivement pour qualifier des textes anciens qui résultent d'une
intention morale ou politique d'agir sur la société.
Cette catégorie de textes ne relève pas de la littérature populaire, il ne s'agit pas
d'une littérature populaire au sens où elle est produite «spontanément» par le
«peuple» hors des canons de l'«institution» lettrée, mais plutôt d'une littérature
souvent qualifiée de populaire par l'action qu'elle prétend entreprendre[pour la
libération des classes, des cultures, des sociétés asservies pour la libération du
«peuple», l'émancipation des classes, des cultures, des sociétés asservies. Dans
l'ordre des presque synonymes, le qualificatif militant fortement marqué par une
volonté d'agir sur la société ou le monde est sans doute un peu moins fort que
le terme engagé renvoyant peut-être à un projet plus précis, plus structuré .
Dans le théâtre-action, Armand Gatti par exemple met au service de sa foi
révolutionnaire toutes les ressources d'un théâtre militant. L'engagement résulte
d'une réflexion sur les problèmes de société produite par des intellectuels; elle
réunie donc généralement à une idéologie construite. Elle a un message à faire
passer, à faire accepter; elle relève en cela des genres de la conviction qui visent
à emporter l'adhésion; elle s'apparente donc à la catégorie de la littérature
didactique dans la mesure où elle à «conscientiser» l'engagement de l'artiste
pour une cause le conduit à transmettre une leçon, des consignes même, à
proposer une vision du monde. Etre engagé pour l'intellectuel, pour l'artiste, c'est
s'être rendu capable d'une réflexion critique sur la société et sur son propre
action politique. L'étranger peut être ainsi. Souvent ce message contemporain ne
peut s'affirmer que dans la dissidence, la marginalité, la rupture: les littératures
d'exil, notamment la littérature allemande opposée au nazisme, ou les
littératures de contestation politique (littérature underground en Occident, ou
samizdat dans l'ancienne Union Soviétique) supposent normalement un
engagement personnel des producteurs. Certains emplois du terme dans la
seconde moitié du XXe siècle, n'excluant pas le principe de l'engagement
personnel de l'artiste dans la révolution communiste, sans pourtant lui être lié,
s'étendent à toute création liée à un projet d'émancipation ou de transformation
sociale, voire simplement à la dénonciation des abus caractérisant une situation
politique. On aboutit ainsi à une esthétique de l'engagement fondée sur l'émotion
sociale et tendue vers l'action politique dans un mouvement dynamisé par
l'enthousiasme qui reprend à son compte l'alliance du dulce, du beau, et de
l'utile, de l'efficace (ou peut aussi sans doute parler d'une esthétique de
l'efficace). C'est le sens «étendu» qui apparaît par exemple dans le titre du
congrès du CERPANA à Montpellier en 1991: «Littératures africaines; esthétique
et engagement». Les littératures émergentes, surtout celles du Tiers-Monde, et
toutes les littératures d'identité œuvrant pour une révolution dans d'autres
paysages littéraires,[quatre paysages littéraire] culturels, linguistiques,
reprennent volontiers la notion d'engagement. L'engagement des écrivains pour
l'émancipation de leur peuple peut d'ailleurs être considéré comme un puissant
facteur d'émergence. L'écriture est ainsi considérée comme une arme («un
poème et un fusil»). La littérature féministe militante présente un autre cas
d'engagement de la littérature dans un combat de libération et d'identité non
spécifiquement marxiste .
Les termes connexes de littérature de combat, de littérature de libération et de
littérature révolutionnaire, peut-être plus généraux, sous-entendent une
détermination plus affirmée d'où la violence n'est pas toujours absente ces
termes sont proches de la notion de political literature en anglais. Le poète et
homme politique du Niger Mamani Abdoulaye utilise les expressions poésie de
combat et poésie de solidarité dans son anthologie compilée vers 1972.
On doit associer à la notion d'engagement un certain nombre de termes relatifs à
une volonté militante ou révolutionnaire. L'idée d'aliénation par exemple est
inséparable d'une prise de conscience et va de pair avec un engagement en vue
de la désaliénation: la littérature apparaît[comme un moyen de lutter contre la
dépossession comme un moyen de surmonter la dépossession économique
culturelle, linguistique ou sociale Par assimilation, l'appellation de littérature
engagée désigne toute littérature de combat ou de libération, plus
particulièrement certains textes des philosophes des Lumières ,Voltaire en
particulier, des romantiques à l'ère des nationalités, des naturalistes à la suite de
Zola, etc.
Des aspects engagés avant la lettre se manifestent dans les courants réalistes
dans la littérature portugaise comme dans les littératures allemande, anglaise,
espagnole, etc... Au Portugal un mouvement néo-réaliste engagé s'est affirmé
avec des écrivains, comme Alves Redol, Fernando Namora et Urbano Tavares
Rodrigues.
On peut même trouver des exemples de rapprochement ou d'assimilation
rétrospective de la littérature engagée avec toute littérature mise délibérément
au service d'une cause; ce pourrait être le cas d'une partie de l'art et de la
littérature baroque ou jésuite de la Contre-Réforme tendant à ramener dans le
giron de l'Eglise romaine les chrétiens égarés par l'humanisme, l'évangélisme et
la Réforme. Mais nous touchons là aux limites de l'extension de la notion
d'engagement. En effet, sans doute en raison du propre engagement du grand
théoricien de la question, il importe que la cause dans laquelle est engagé
l'artiste soit une cause de progrès au sens que le marxisme donne à ce terme. La
littérature prolétarienne et tout le réalisme sont donc par définition engagés.
La littérature engagée s'oppose à une autre conception plus classique, ou plus
formelle de la production artistique, et on ne la comprend bien que dans cette
opposition. L'intention ou les procédés esthétiques, ludiques, expressifs doivent
ici céder le pas à la nécessité de promouvoir une cause. Il en résulte chez les
écrivains engagés une tendance à réprouver, condamner tout ce qui n'est pas
favorable ou conforme à cette cause. Passé dans sa propre logique,
l'engagement peut conduire à l'intolérance et au totalitarisme. Il suppose en tout
cas une forte cohésion à une cause, à une idéologie et à une volonté de
transformer l'homme. La littérature engagée se définit donc seulement par
l'émetteur, mais aussi par l'effet qu'elle doit produire sur le destinataire. il s'agit
habituellement d'une prise de conscience (conscientisation des masses) et d'une
réflexion critique à susciter. Pour atteindre cet effet, Berthold Brecht préconise
l'emploi de procédés de distanciation pour créer chez le spectateur un
détachement critique à l'égard de la représentation et une conscience de sa
théâtralisation; il s'agit donc de «désengager» le récepteur de la transe
hypnotique produite dans le théâtre traditionnel que Brecht appelle aristotélicien
par l'identification avec les personnages, par l'empathie, la catharsis. L'effet
d'étrangeté ,ostranenie rend le spectateur réceptif au besoin de changer de la
société. Passant de la «spontanéité immédiate» à la «réflexion critique», il
devient susceptible lui-même d'engagement.
L’engagement doit tendre vers les conceptions humanistes les plus nobles , c'est
l'engagement pour la liberté, la justice et la paix dans le monde.
Dans son préambule la déclaration des droits de l'homme dénonce ce qui suit
que la méconnaissance ou le mépris des droits de l'homme ont provoqué des
actes de barbarie qui révoltent la conscience humaine.

……………………………………………………………………………………………………………………………………
Sujet
Dans sa Lettre à Hetzel, Victor Hugo propose de « réveiller le peuple ». Les poètes, les
écrivains, les artistes en général, vous paraissent-ils pouvoir, mieux que d’autres, remplir
cette mission ?
Vous répondrez à cette question en un développement composé, prenant appui tout à la fois
sur les textes qui vous sont proposés, ceux que vous avez étudiés en classe et vos lectures
personnelles.

Introduction
Les écrivains ont souvent cherché l'origine de leur art. En particulier les poètes se sont
demandé quelle était la source de leur inspiration, ce qu'ils ont appelé leur muse. Il s'agissait
pour eux de déterminer le rôle de l'artiste, son utilité sociale : être le guide inspiré découvrant
les liens invisibles entre le moi et l'univers ou plutôt le chantre des combats dans l'arène
sociale ? L'histoire de notre littérature oscille entre le lyrisme personnel illustré par du Bellay,
Baudelaire, Rimbaud, et l’engagement dans les préoccupations de l'époque comme avec
Agrippa d’Aubigné, Boileau, Chénier, les poètes de la Résistance. D'autres comme Ronsard
ou Hugo ont trouvé tour à tour leur inspiration dans ces deux pôles opposés.
Pour ce dernier cependant, le rôle éminent et ultime de l'écrivain est de « réveiller le
peuple ». C'est ainsi qu'il s'exprime dans une lettre à son éditeur Hetzel.
D’abord il convient de se demander ce que veut dire « réveiller le peuple », ensuite
d'examiner pourquoi et par quels moyens les artistes s’acquittent de cette mission
« politique » et même de s’interroger si les poètes et les artistes sont les mieux placés pour
remplir cette responsabilité.

I. Définition des termes


Plusieurs hommes de lettres, comme Lamartine et Hugo, ont joué un rôle politique à leur
époque. C'est au romantisme, en tant qu'enfant de la Révolution française et initiateur de
bien des consciences nationalistes, que revient cette conception du rôle du poète : il trouve
une première expression dans le Moïse de Vigny. Nous y voyons le personnage religieux, le
prophète qui touche au divin devenir aussi le guide des Hébreux. Sa quête mystique est
aussi au service de son peuple. Mais sa mission lui pèse et il ne rêve que de revenir « au
sommeil de la terre ». C'est chez Hugo que le passage d'une poésie personnelle qui s'élargit
à une expression communautaire est le plus marqué. Dans la préface des Voix intérieures,
Hugo avait déjà abordé la « fonction sérieuse » du poète, sa mission civilisatrice. Dans le
poème « Fonction du poète » du recueil Les Rayons et les Ombres de 1840, il écrit :

Dieu le veut, dans les temps contraires,


Chacun travaille et chacun sert,
Malheur à qui dit à ses frères :
Je retourne dans le désert !
Malheur à qui prend ses sandales
Quand les haines et les scandales
Tourmentent le peuple agité !
Honte au penseur qui se mutile
Et s'en va, chanteur inutile,
Par la porte de la cité ! [...]
Le poète en des jours impies
Vient préparer des jours meilleurs. [...]
Car la poésie est l'étoile
Qui mène à Dieu rois et pasteurs.

Prophète, annonciateur de l'avenir, il ne saurait se soustraire à sa fonction d'espérance,


ni la trahir en se limitant à la poésie pure, mais il est encore, par l’élévation de sa pensée,
au-dessus de la mêlée.
Cette définition de la mission de la poésie est récurrente dans l’œuvre de Hugo. Déjà dans
« Amis un dernier mot » (Les Feuilles d’automne, novembre1831) il descendait dans l'arène :

Alors, oh ! je maudis, dans leur cour, dans leur antre,


Ces rois dont les chevaux ont du sang jusqu’au ventre !
Je sens que le poète est leur juge ! je sens
Que la muse indignée, avec ses poings puissants,
Peut, comme au pilori, les lier sur leur trône
Et leur faire un carcan de leur lâche couronne,
Et renvoyer ces rois, qu’on aurait pu bénir,
Marqués au front d’un vers que lira l’avenir !
Oh ! la muse se doit aux peuples sans défense.
J’oublie alors l’amour, la famille, l’enfance,
Et les molles chansons, et le loisir serein,
Et j’ajoute à ma lyre une corde d’airain !

Hugo affirmait son engagement politique. La dénonciation de la tyrannie est un ardent devoir
supérieur au lyrisme quotidien et sentimental.

Pour Hugo la mission de l’art est bien de « réveiller le peuple », c’est-à-dire de le sortir
de la torpeur où le maintiennent le mensonge, la propagande, la peur, la lâcheté, la
compromission, la facilité, l’art officiel. La poésie doit éduquer, éveiller les consciences.
Pourtant réveiller suppose un éveil préalable. Victor Hugo laisse entendre, dans sa formule,
qu'il existerait une conscience populaire parfois assoupie. Dans La Légende des siècles, il a
explicité cette intuition : les « pauvres gens » sont tout à la fois courageux, généreux,
solidaires. De même, dans Les Misérables, il nous expose les trésors de bonté, de
conscience et d'altruisme dans l'âme populaire lorsque la pression sociale et l'injustice ne
désespèrent pas les pauvres et les simples. Le rôle du poète ou de l'écrivain est bien de
révéler, puis de réveiller ces richesses enfouies.

Le sujet nous demande explicitement d'élargir la réflexion au-delà de la poésie aux


écrivains et même aux artistes : musiciens, peintres, cinéastes, de nos jours les chanteurs
se devraient d'avoir une conscience politique. Examinons si la peinture, la musique, le
cinéma ou la chanson recèlent de telles œuvres. En peinture, nous pouvons citer Goya et
son Tres de Mayo , Goya, qui avait la guerre et la violence en horreur, voulut avec cette
toile commémorer l'exécution des suspects de l'insurrection du 3 mai 1808 contre
l'occupation napoléonienne en Espagne. Désirant se faire le témoin de ces massacres,
l'artiste choisit de montrer sur chaque visage la réaction de chacun face à la mort. Jouant du
contraste des couleurs, il a volontairement accentué le caractère dramatique de la scène, qui
compte, au même titre que les Scènes des massacres de Scio ou La Liberté guidant le
peuple de Delacroix, parmi les grands exemples du romantisme et de son combat pour la
liberté, durant toute la première moitié du XIX e siècle. On peut aussi citer Picasso et son
fameux Guernica réalisé en 1937, inspiré par le bombardement de la petite ville basque de
Guernica (Biscaye) par l’aviation allemande au service de Franco. Ce grand tableau est une
véritable prise de position politique du peintre durant la guerre civile d’Espagne contre
Franco (que soutient l’Allemagne nazie). D’ailleurs le peintre sort de son égotisme habituel
pour livrer une peinture violemment engagée et tragique. C’est une allégorie intemporelle de
la haine que compose là Picasso, un monument aux morts tout en noir et blanc.

Il est plus difficile de trouver des exemples musicaux, peut-être la Cinquième Symphonie
de Beethoven ou la Deuxième Symphonie de Chostakovitch commandé en 1927 par l'État
soviétique pour commémorer le souvenir de la révolution d'octobre. Il faut attendre les
chanteurs modernes comme Joan Baez ou le mouvement hippie par exemple pour avoir une
véritable expression populaire politique voire contestataire. Au cinéma, des œuvres comme
Z de Costa-Gavras, film qui dénonce le régime fasciste des colonels en Grèce, L’Aveu du
même auteur qui révèle les simulacres de procès de l'ère stalinienne, ont connu un grand
succès populaire. De même le cinéma français des années 70 avec Yves Boisset (R.A.S.
sur la guerre d’Algérie ou l'Attentat sur l'affaire Ben Barka) s'est résolument engagé dans le
pamphlet politique. Le cinéma hollywoodien s'est fait une spécialité de la dénonciation des
horreurs de la guerre du Vietnam : Apocalypse now de Francis Ford Coppola ou Voyage au
bout l'enfer de Michael Cimino…

Finalement force est de constater que les grandes œuvres artistiques destinées à
réveiller le peuple sont assez rares. La raison en est que bien des œuvres d'art politiques
sont issues de commandes, elles sont généralement froides, conventionnelles ou
grandiloquentes et manquent souvent de sincérité. On pourrait multiplier les exemples, mais
les grandes fresques murales communistes relèvent plus de la propagande que de l'art. Il
faut le goût très sûr de Louis XIV pour que les artistes de son siècle réalisent des chefs-
d'œuvre en réponse aux commandes royales sans tomber dans la flagornerie ou la
démesure.


 

II. Pourquoi les artistes s’acquittent-ils de cette mission « politique » ?


Laissons donc ces productions sans réel intérêt pour revenir à ces joyaux de la littérature
et recherchons où le poète trouve les raisons et les moyens de son engagement : le poète,
l’artiste ont un devoir de subversion.

Le devoir s'enracine dans la responsabilité de tout homme pour ce qui se passe en son
temps. L'écrivain, avec sa sensibilité exacerbée, est plus violemment attiré par l'expression
politique que ses contemporains. Sa culture le pousse également à éclairer et à diriger
l'opinion : beaucoup d'hommes de lettres, surtout à partir de la deuxième moitié du XIX e
siècle, ont contribué à des journaux, des revues, ont produit des manifestes ou des
pamphlets. Citons le « J'accuse  » de Zola dans l'Aurore ou la poésie engagée, celle de la
Résistance, la majorité de l’œuvre de Hugo (Les Châtiments, Les Misérables) mais aussi les
« philosophes » des Lumières.

C'est ainsi que le poète peut « penser » la vie de la cité, découvrir les vérités utiles à
l'humanité. Prophète et mage, il déchiffre l'avenir pour y lire les forces de progrès qui vont
civiliser le monde : nous devons cette conception aux poètes romantiques. Nous en avons
un exemple avec La Légende des siècles. L'écrivain peut même parfois réveiller le sentiment
national comme l’Hugo de l’Année terrible après la défaite de Sedan et les événements de
la Commune de Paris, ou le Paul Éluard et son poème « Liberté  » alors que la France
sombre dans le désespoir de l'Occupation.

L'écrivain laisse parler ses sentiments profonds : Voltaire laisse libre cours à son
indignation devant l'absurdité de la guerre dans Candide. Montesquieu et Voltaire sont
révoltés par les horreurs de l'esclavage et les incohérences du christianisme à son égard.
Ces colères nous valent de puissants textes ironiques. Parfois le moteur est l'enthousiasme.
Ainsi Hugo dans La Légende des siècles nous entraîne dans sa foi pour le progrès au
moyen de grandioses fresques épiques.

 

III. Les poètes et les artistes sont-ils les mieux placés pour remplir cette
responsabilité ?
Est-ce qu'une telle définition de la poésie ou de l'art en général est recevable ? Nous
savons bien que l'art a pu emprunter d'autres voies et que l'engagement politique est plutôt
une exception. De même le réveil du peuple appartient-il aux artistes ou aux hommes
politiques ? Aujourd'hui la conscience politique des écrivains se traduit naturellement par un
engagement dans les partis, et la république des lettres est plutôt passée sous l'autorité des
idées de gauche au XXe siècle. Le réveil du peuple doit-il s’effectuer à partir du lyrisme
poétique ou de l’analyse réaliste des hommes politiques ? Qu’ajoute l’art au discours
politique ? Nos contemporains sont toujours friands des joutes oratoires à la télévision, plus
animées que les ternes programmes politiques pourtant si nécessaires. Là où la passion
apparaît, le regain d’intérêt pour la chose publique est réveillé. Nos hommes publics cultivent
toujours la formule assassine ou définitive. Ce n’est pas encore de l’art car il manque le
souffle de l’inspiration, mais c’est déjà mieux que les discours stéréotypés rédigés par les
attachés parlementaires.

L’art a donc son rôle à jouer dans le champ social. En effet, au-delà de leur devoir de
contestation, les artistes exercent aussi un fascinant pouvoir.
Tout d'abord la parole humaine, la conscience morale éventuellement sublimée par l'art ont
une importance, peuvent influencer les destinées du monde. Une anecdote illustre cette
affirmation. Alors qu’on parlait du pape à Staline, le dictateur soviétique rétorquait :
« combien a-t-il de divisions ? » exprimant par là le peu de considération pour le pouvoir
spirituel du chef de l'Église catholique. Pourtant il se trompait puisque quelques décennies
plus tard, un pape polonais contribuait notablement par ses seuls enseignements à la chute
du « mur de la honte » et à la fin de l'empire soviétique.

Pourtant de nombreuses œuvres sont tombées dans l'oubli parce qu'elles ne recélaient
pas une vérité humaine suffisante dans la dénonciation des erreurs du temps. Elles
manquaient surtout de la force d'indignation ou d'enthousiasme, leur enlevant tout éclat pour
leur permettre de durer et de continuer à nous émouvoir.
En fait le réel est souvent absurde et sans beauté. L'art lui donne un sens. L’ironie de
Voltaire volontiers simplificatrice vient piquer notre intelligence. D’abord amusés, puis
révoltés par tant de sottise, nous ne pourrons plus oublier les malheurs de Candide dans
l’armée des Abares. Dans le chapitre 2 du roman éponyme, le héros fait connaissance avec
l’absurdité de l’armée et de la guerre. Avec ironie, Voltaire dénonce les abus de la privation
de liberté et la dépersonnalisation vécue dans le milieu militaire. Candide devient la
marionnette des soldats et du pouvoir royal qui les entretient ; mais il est tout autant (par les
invraisemblances et les exagérations du récit) le jouet de son créateur pour dénoncer la folie
des hommes.

L’art donne aussi la beauté au réel qui en est privé, le reconstruit comme la tragédie qui
transforme un fait divers en une question essentiellement humaine, dégagée de toute
contingence, auréolée de son éternité. Ainsi le roman historique nous révèle le sens de
l'aventure humaine au travers de la trame si dense des événements. Quatre-vingt-treize
d'Hugo simplifie la Révolution française en une épopée où se heurtent avec fracas des
protagonistes symboliques : le marquis de Lantenac qui incarne l'ancien régime, Gauvain,
son neveu, représentant l'idéalisme généreux de la République, Cimourdain, prêtre défroqué
et séide de l'absolutisme révolutionnaire. Hugo juge le passé et nous enseigne aussi les
principes qui doivent, à ses yeux, constituer la foi du monde. Ce souffle épique nous le
retrouvons également dans La Légende des siècles : le projet initial était envisagé comme
un triptyque, avec Dieu, son achèvement, et La Fin de Satan, son commencement, qui
devait lui donner un épanouissement visionnaire et métaphysique : « l’Humanité, le Mal,
l’Infini ; le progressif, le relatif, l’absolu ». Plusieurs fois interrompu et remanié, le travail de
rédaction de La Légende des siècles trouve un nouveau souffle avec l'exil de l'écrivain à
Guernesey. Celui-ci assume alors les conséquences de son engagement politique
personnel, et, restant préoccupé de modernité, suit de près l'actualité européenne. Il rédige
alors la majeure partie de l'œuvre. C'est l'histoire de l'Humanité conçue non par un savant
attaché à la vérité des faits mais par un poète attaché à la vérité symbolique des mythes. Un
fil relie entre eux tous ces poèmes, le fil mystérieux du labyrinthe humain, le progrès.
L'ascension ne va pas sans difficulté car le mal mène une lutte perpétuelle contre le bien.
L'humanité relève toujours la tête grâce aux héros qui la servent. C’est « l’homme montant
des ténèbres à l’idéal, la transfiguration paradisiaque de l’enfer terrestre, l’éclosion lente et
suprême de la liberté, droit pour cette vie, responsabilité pour l’autre ». C’est une œuvre
syncrétique élevée en monument à l’humanité : « exprimer l’humanité dans une espèce
d’œuvre cyclique, la peindre successivement et simultanément sous tous ses aspects,
histoire, fable, philosophie, religion, science, lesquels se résument en un immense
mouvement vers la lumière ». On peut y voir la tradition humaniste, érudite et
encyclopédique de la Renaissance alliée à une expression poétique particulière, celle du
genre épique. Mais l’érudition hugolienne n’est pas celle d’un savant, mais celle d’un poète si
bien que les « petites épopées », premier titre de l’ouvrage, sont un extraordinaire « magasin
d’images ».

Conclusion
Si les poètes ont pu apparaître comme des descendants d’Orphée : mages visionnaires
initiant leurs contemporains aux liens mystérieux entre le moi individuel et les arcanes de
l'univers, ils sont aussi des guides, des porte-parole qui savent donner forme aux
préoccupations, aux soucis et aux espoirs de leurs contemporains. Notamment lorsque
l'histoire se fait tragique, à l'heure des convulsions politiques, les poètes ont mis leur art au
service de leur indignation ou de leur pitié. C'était pour eux une exigence morale, fruit de
leurs tourments intimes. Témoigner, réunir, dénoncer les poussent hors d'eux-mêmes,
affûtent leurs mots, soufflent sur la braise de leurs propos. Leur art en est stimulé dans cette
incandescence. L'alliance de la générosité et du verbe a donné naissance à de véritables
œuvres d'art, qui résonnent encore aujourd'hui à nos oreilles et continuent d'éveiller des
sentiments forts dans nos cœurs alors même que les événements qui les ont produites se
sont éloignés.
En contrepartie, la voie de la poésie orphique recherchant l'explication ultime du monde,
dans un langage souvent obscur, semble considérée par la plupart de nos contemporains
comme une évasion, une insouciance, une infidélité aux exigences morales du génie
poétique. Ils lui reprochent, en retournant les mots mêmes de Stéphane Mallarmé d’être
devenue un « bibelot aboli d’inanité sonore ». Peut-être pouvons-nous y voir une des causes
par laquelle la poésie a perdu son rayonnement et son lectorat au profit des romans, de la
chanson ou du cinéma plus engagés.

Ce corrigé de dissertation a été élaboré par Jean-Luc.


Vous pouvez consulter la liste de ses contributions sur cette page.
…………………………………………………………………………………………………...

L’ENGAGEMENT DU POÈTE ou LES RISQUES DU


MÉTIER
par Jean-Paul GIRAUX

 
De Ronsard à Prévert, il existe une tradition importante qui, en
fonction des circonstances, assigne à la poésie d’avoir à s’engager.

Quelles circonstances ?
 

Ronsard et Hugo ont presque les mêmes mots pour les désigner : aux
« misères de ce temps » de l’un répondent en effet les « temps
contraires » ou « l’année terrible » de l’autre.

Il y aurait ainsi des époques d’exception où se lève pour le poète


l’impérieuse nécessité de l’engagement, des temps où tout se passe
comme s’il existait une « commande sociale » (Maïakovski) dont le
poète prend soudain conscience avec le sentiment de ne pas pouvoir
s’y dérober : "Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle"
(Lamartine, A Némésis).

On comprend que les guerres de religion, les époques


révolutionnaires, les années noires de l’Occupation soient autant de
circonstances propres à détourner les poètes de la "débauche de
ciels étoilés, de pierres précieuses, de feuilles mortes" qui, selon
André Breton, caractérise la poésie "dans ses plus mortes saisons".

Mais on voit aussi que cet engagement peut être contemporain de


périodes moins dramatiques où il prend pourtant des formes
multiples comme le constat en est établi par André Gide dans une
séquence des Nourritures terrestres qui propose une sorte
d’inventaire des livres, de tous les bons livres :

[...] Il y en a pour faire croire qu’on a une âme ;


D’autres pour la désespérer.
Il y en a où l’on prouve l’existence de Dieu ;
D’autres où l’on ne peut y arriver.
 
 
[...] D’autres où il est tellement question de la nature,
Qu’après ce n’est plus la peine de se promener...
 
 
[...] Il y en a qui voudraient nous faire aimer la vie ;
D’autres après lesquels l’auteur s’est suicidé.
Il y en a qui sèment la haine...
 
 

Quelle poésie ?
 

Etant entendu que la liberté se doit d’être accordée au poète de


cultiver ses petites fleurs s’il le souhaite, on aimerait savoir à quel
endroit l’engagement fait problème.

Il vient en premier lieu que son principe même est contesté par
certains qui le considèrent comme totalement incompatible avec la
poésie moderne : celle qui fait du mot et non pas de l’idée la matière
première du poème.

La thèse, exposée par Jean-Paul Sartre dans les premières pages de


Qu’est-ce que la littérature ?, réserve en effet à la prose seule la
possibilité de désigner, démontrer, ordonner, refuser, interpeller,
supplier, insulter, persuader, insinuer, ce qu’elle dénie à la poésie. Là
où le prosateur se fonde sur une conception utilitaire des mots et vise
à la clarté, "les poètes sont des hommes qui refusent d’utiliser le
langage" ; ils ont "choisi une fois pour toutes l’attitude poétique qui
considère les mots comme des choses et non comme des signes".

On se trouve renvoyé à Paul Valéry : "C'est le son, c'est le rythme, ce


sont les rapprochements physiques des mots, leurs effets d'induction
ou leurs influences mutuelles qui dominent aux dépens de leur
propriété de se consommer en un sens défini et certain". Ou encore à
Pierre Reverdy : "non seulement c’est le mot qui précède et guide
l’idée, mais c’est même le son qui précède le mot, la source première
étant au surplus le rythme...".

Nous en convenons volontiers.

Nous remarquons cependant que les mots ne peuvent s’empêcher de


signifier même si dans le poème le message est brouillé par "les
propriétés ambiguës des vocables" (Jean-Paul Sartre), même si dans
ce lieu étrange la signification n’est pas le produit d’un projet
clairement établi, mais l’aboutissement d’une alchimie (Rimbaud) qui
mobilise bien autre chose que les seules dénotations recensées dans
les dictionnaires. A moins d’admettre que l’engagement est un signe
de « damnation artistique » (Georges Mounin), on ne voit pas très bien
ce qui pourrait interdire au poème de signifier ceci plutôt que cela, et
par conséquent de prendre en compte la totalité du réel et d’en donner
une traduction.

On dira en conséquence que récuser l’engagement des poètes, sous


prétexte qu’il ne ressemble pas à celui des prosateurs dans leurs
essais ou dans leurs romans, relève quelque peu de l’arbitraire, et on
se souviendra que l’histoire littéraire nous apprend précisément que
tel poème qui s’annonçait comme devant être un poème d’amour s’est
finalement accompli dans un hymne à la Liberté :

Sur mes cahiers d’écolier


Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom...
 
 
                 Paul  ELUARD

Autre difficulté maintenant : cette fois, c’est la nature et la qualité de


l’engagement qui se trouvent contestées comme on le voit à travers le
violent pamphlet de Benjamin Péret, Le Déshonneur des poètes, par
lequel il stigmatise la poésie et les poètes de la résistance auxquels il
reproche de ranimer "les fantômes malveillants de la religion et de la
patrie" et dont les poèmes sont, selon lui, du "niveau lyrique de la
publicité pharmaceutique".

Est-il possible d’empêcher la critique d’être partisane ?

Pour nous, cette Liberté de Paul Eluard nous met en présence d’un
poème considérable figurant d’ailleurs dans L’honneur des poètes
auquel les propos de Péret ne sauraient attenter.

Les risques du métier


 

Il reste que ce n’est pas l’engagement qui fait la qualité du poème.

Il y faut cette autre chose indéfinissable qui s’ajoute à la sincérité du


poète, qui est le fruit de son travail, de son invention, de son génie, du
hasard peut-être aussi, dont l’absence transformerait l’engagement le
plus généreux en catéchisme, plate propagande, bavardage ennuyeux
ou slogan insupportable. Il semble même que, par un effet de
boomerang ou une méchante fatalité, la médiocrité du poème se
trouve encore renforcée, on pourrait presque dire exaltée, par la
vigueur et les bonnes intentions de l’engagement. Le ridicule parfois
n’est plus très loin.

Ce sont là les risques du métier !

On s’en consolera en constatant que l’engagement, dans sa diversité,


aura produit, à côté d’oeuvres inégales dont la survie n’est pas
garantie, des oeuvres fortes que nous lisons chez de nombreux
poètes, telles que celle-ci que empruntée au Rendez-vous allemand de
Paul Eluard :

COMPRENNE QUI VOUDRA

        En ce temps-là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait


       filles. On allait jusqu'à les tondre.
 
 
 
Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
A la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés
 
 
 
Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres
Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête
 
 
 
Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté
 
 
 
Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre
 
 
 
        Paul ELUARD
 

Vous aimerez peut-être aussi