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Rupture Poétique dans "Nuit Rhénane"

Ce poème d'Apollinaire montre son envie de rupture avec le romantisme à travers deux mouvements: le premier donnant l'apparence d'un poème lyrique traditionnel, le second rejetant ce lyrisme au profit d'un style plus moderne, cassant la forme poétique.
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Rupture Poétique dans "Nuit Rhénane"

Ce poème d'Apollinaire montre son envie de rupture avec le romantisme à travers deux mouvements: le premier donnant l'apparence d'un poème lyrique traditionnel, le second rejetant ce lyrisme au profit d'un style plus moderne, cassant la forme poétique.
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Nuit Rhénane : Apollinaire

Alcools, qu’Apollinaire écrit entre 1898 et 1912, période où il fréquente les milieux artistiques
avant-gardistes, notamment les cubistes, peut se lire comme un parcours autobiographique et
poétique. Le poème «Nuit rhénane» qui s'inscrit dans le parcours modernité poétique ouvre le
cycle des 9 poèmes de la section Rhénanes, inspirée par le voyage d'Apollinaire en Allemagne
et sa rencontre avec une jeune anglaise, Annie Playden. Dans cette section, Apollinaire se
réapproprie les mythes germaniques et fait entrer dans sa poésie les figures surnaturelles des
fées du Rhin, comme pour créer un parallélisme avec Annie Playden, dont il se sent ensorcelé.
Ainsi, au fil de cette présentation, nous aurons pour objectif de répondre au projet de lecture “En
quoi, ce poème lyrique, montre-t-il l’envie de rupture du poète avec le romantisme ?”, tout en
évoquant les mouvements qui séparent ce poème en deux parties distinctes ; le premier
correspondant au premier quatrain qui a toutes les apparences d’un poème lyrique traditionnel
v.1-4, et le second mouvement, exprimant le rejet du lyrisme romantique et la mise en scène d'un
lyrisme plus moderne v.5-13.

Mouvement 1 : Toutes les apparences d’un poème lyrique traditionnel v.1-4


→ Dans ce premier mouvement, le quatrain est composé de rimes croisées et donne au
poème toute l'apparence d'un sonnet élisabéthain, sans doute en hommage à Annie Playden,
la jeune anglaise dont Apollinaire était amoureux. Le premier terme de ce premier mouvement
“mon verre” place le poème sous le signe de l'alcool et de l'ivresse, dont on retrouve les
symptômes avec le “vin trembleur” et la “chanson lente”.
⧫ Dans une première partie,“la chanson lente d’un batelier” fait songer au lyrisme qui désigne au départ
une poésie chantée, accompagnée de la lyre. Aussi, le champ lexical de la musique et du
chant, très présent dans les 2 premiers quatrains souligne que ce poème a pour véritable sujet
le lyrisme “écoutez”, “chanson”, “lente”, “raconte”, “chantez”, “dansant”.
Cependant, ce lyrisme est renforcé par la musicalité du premier vers avec l'allitération en [v] et
l'assonance en [in]. Aussi, l'assonance en [an] ralentit le rythme et crée une atmosphère
mélancolique typiquement lyrique. Ce lyrisme est aussi renforcé par le cadre de “la nuit”, présente
dans le titre et le groupe nominal “sous la lune” au v.3, qui dressent ainsi un décor typiquement
romantique comme dans les tableaux du peintre romantique Caspar David Friedrich.
⧫ Dans une seconde partie, on remarque que les vers 2 et 3 apportent au poème une
atmosphère fantastique de la mythologie germanique. En effet, l'adjectif “sept femmes” est un chiffre
mystique, et les “cheveux verts et longs” font entrer le poème dans le surnaturel.
Cependant, les sept femmes pourraient faire référence aux filles du Rhin, des ondines issues
de la mythologie nordique, chargées de veiller sur l'or du Rhin comme le suggère Apollinaire
dans le troisième quatrain “l’or des nuits”.
→ Ainsi, à ce premier mouvement qui donne à Nuit Rhénane toutes les apparences d’un
poème lyrique traditionnel, va succéder un deuxième mouvement où Apollinaire met à distance
le lyrisme traditionnel pour définir la modernité poétique comme un choc entre tradition et
nouveauté.

Mouvement 2 : Le rejet du lyrisme romantique et la mise en scène d'un lyrisme plus moderne v.5-13.
→ Dans ce deuxième mouvement, Apollinaire exprime le rejet du lyrisme romantique en
proposant une poésie nouvelle.
⧫ Dans une première partie, on remarque qu'Apollinaire rejette brutalement “le chant d’un batelier”, qui
symbolisait la poésie lyrique traditionnelle. Sur ce chant ancien, il superpose un chant nouveau
"chantez plus haut”. L'absence de ponctuation crée une anacoluthe au v.5, et c’est ce qui montre la
volonté du poète de rompre avec la poésie et la syntaxe traditionnelle.
Cependant, la polyptote du verbe “chanter” dessine désormais deux chants concurrents, l'ancien
représenté par “le chant du batelier” et le nouveau par “debout chantez”. Les verbes à l'impératif “chantez”, “que je
n'entende plus”, “mettez” montrent le poète comme un chef d'orchestre en train de donner vie à ce
lyrisme moderne. Aussi, les filles blondes pourraient représenter le retour au réel par
opposition au mythe, symbolisé par les filles “aux cheveux verts et longs”.
⧫ Dans une seconde partie, on remarque qu’au v.9, la répétition “Le Rhin Le Rhin” reproduit l'ivresse
de l'alcool qui fait voir double. Cette ivresse permet d'accéder à un autre monde qui est le
reflet du nôtre comme le soulignent les verbes “se mirer” et "refléter". D'ailleurs, dans ce troisième
quatrain les sonorités changent. Alors que les v.1-2 faisaient entendre les assonances
languissantes du lyrisme traditionnel, le troisième quatrain repose sur une musicalité
énergique avec les assonances en [i] et l'allitération en [r] du v.9. Aussi, les allitérations en [v]
et [t], ainsi que les assonances en [é] aux v.10 et 12 font entendre le choc des sons et des
mots. Apollinaire fait ainsi de cette poésie nouvelle, un choc des mythologies et des sonorités,
un point de rencontre entre la tradition et la modernité.
Cependant, Apollinaire brise son sonnet élisabéthain en l’amputant du dernier vers. Au lieu
d'un distique final, comme dans un sonnet élisabéthain, le dernier vers de Nuit Rhénane est
isolé “Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire”. L'homophonie entre “verre” et “vers” suggère la fin et
l'interruption brutale du sonnet ; car on pourrait aussi entendre “Mon vers s’est brisé comme un éclat de rire”.
C’est donc le verre, mais aussi le vers, au sens poétique, c'est-à-dire le poème lui-même qui
se brise.
→ Ainsi, tout au long de ce deuxième mouvement et en cassant la forme poétique attendue,
Apollinaire déjoue les attentes et montre que la poésie est fondée sur la surprise et la
spontanéité comme le suggère le dernier terme du poème “éclate de rire” substitué à l'éclat de verre.

Pour conclure et répondre à notre projet de lecture, on peut dire que ce poème “NUIT
RHÉNANE” fait bien plus que décrire la vision d’un homme ivre, près du Rhin ; en effet, il s’agit
d’un poème qui permet d'éclairer le titre du recueil Alcools. Poème de la brisure des vers, ce
texte est aussi celui de l'ivresse des vers. L’ivresse, associée à l'inspiration poétique, permet la
rencontre et le choc entre le lyrisme traditionnel et une énergie nouvelle, marquant ainsi l’envie
de rupture du poète avec le romantisme.
On peut enfin noter qu'on retrouve cette conciliation entre la tradition et la modernité chez les
poètes surréalistes comme Louis Aragon ou même André Breton.

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